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Document:-

A/CN.4/203 and Add.1-5

Troisième rapport sur les relations entre les États et les organisations
intergouvernementales, par M. Abdullah El-Erian, Rapporteur spécial

sujet:
Relations entre les Etats et les organisations internationales

Extrait de l'Annuaire de la Commission du droit international:-


1968 , vol. II

Telechargé du site Internet de la Commission du Droit International


([Link]

Copyright © Nations Unies


RELATIONS ENTRE LES ETATS ET LES ORGANISATIONS INTERGOUVERNEMENTALES

[Point 2 de l'ordre du jour]

DOCUMENTS A/CN.4/203 ET ADD.l À 5

Troisième rapport sur les relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales
par M. Abdullah El-Erian, rapporteur spécial

[Texte original en anglais]


[20 mars, 8 et 13 mai, 5, 16 et 31 juillet 1968]

TABLE DES MATIÈRES

Pages
Introduction 123
Chapitre I. - Résumé du débat de la Sixième Commission à la vingt-deuxième session de l'Assemblée générale 123
A. Diplomatie bilatérale et multilatérale 123
B. Nature juridique du droit diplomatique des organisations internationales en tant qu'élément du droit
international général 124
C. Intérêt que présentent pour l'Organisation des Nations Unies la protection et le respect des privilèges et
immunités des représentants des Etats Membres et rôle de l'Organisation dans ce domaine 124
D. Déclaration du Conseiller juridique de l'Organisation des Nations Unies 124
E. La résolution 2328 (XXII) de l'Assemblée générale 125

Chapitre II. - Projet d'articles sur la situation juridique des représentants d'Etats auprès des organisations
internationales, accompagné de commentaires

Première partie. Dispositions générales


Article premier. Terminologie 125
Article 2. Champ d'application des présents articles 129
Article 3. Organisations internationales ne rentrant pas dans le champ d'application des présents
articles 129
Article 4. Nature des présents articles : leurs rapports avec les règles particulières à une organisation
internationale 130
Deuxième partie. Missions permanentes auprès d'organisations internationales
Section I. Missions permanentes en général
Généralités 130
Société des Nations 131
Organisation des Nations Unies 131
Office des Nations Unies à Genève 132
Institutions spécialisées 133
Organisations régionales 133
a) Organisation des Etats américains 133
b) Conseil de l'Europe 133
c) Ligue des Etats arabes 134
d) Organisation de l'unité africaine 134
Article 5. Création de missions permanentes 134
Article 6. Fonctions d'une mission permanente 136
Article 7. Nomination de la même mission permanente auprès de deux ou plusieurs organisations . 136
Article 8. Nomination d'une mission permanente auprès de l'Etat hôte et éventuellement d'un ou
plusieurs autres Etats 136

121
122 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

Pages

Note concernant la nomination par deux ou plusieurs Etats d'une mission permanente
commune ni
Article 9. Nomination des membres de la mission permanente 137
Note concernant la nationalité des membres d'une mission permanente 138
Accréditation du représentant permanent
Article 10 139
Article 11 139
Article 12. Pleins pouvoirs et fonctions en matière de traités 141
Article 13. Composition de la mission permanente 142
Note relative aux attachés militaires, navals ou de l'air 143
Article 14. Effectif de la mission permanente 143
Article 15. Notifications 145
Article 16. Représentant permanent ad intérim 147
Article 17. Préséance 148
Article 18. Siège de la mission permanente 148
Article 19. Bureaux hors du siège de la mission permanente 148
Article 20. Usage du drapeau et de l'emblème 149
Section II. Facilités, privilèges et immunités
Observations générales 149
Article 21. Facilités en général 150
Article 22. Logement de la mission permanente et de ses membres 150
Article 23. Inviolabilité des locaux de la mission permanente 151
Article 24. Exemption fiscale des locaux de la mission permanente 151
Article 25. Inviolabilité des archives et des documents 151
Article 26. Liberté de mouvement 152
Article 27. Liberté de communication 152
Article 28. Inviolabilité de la personne 153
Article 29. Inviolabilité de la demeure et des biens 154
Article 30. Immunité de juridiction 154
Article 31. Renonciation à l'immunité 154
Article 32. Examen des demandes en matière civile 155
Article 33. Exemption de la législation sur la sécurité sociale 155
Article 34. Exemption des impôts et taxes 156
Article 34 bis. Exemption des prestations personnelles 157
Article 35. Exemption douanière 157
Article 36. Acquisition de la nationalité 158
Article 37. Personnes bénéficiant de privilèges et immunités 158
Article 38. Ressortissants de l'Etat hôte et personnes ayant leur résidence permanente dans l'Etat
hôte 158
Article 39. Durée des privilèges et immunités 159
Article 40. Devoirs des Etats tiers 160
Article 41. Non-discrimination 160
Section III. Comportement de la mission permanente et de ses membres
Article 42. Obligation de respecter les lois et règlements de l'Etat hôte 161
Article 43. Activité professionnelle 161
Section IV. Fin des fonctions du représentant permanent
Article 44. Les différentes façons dont prennent fin ces fonctions 161
Article 45. Facilités de départ 162
Article 46. Protection des locaux et des archives 163
Troisième partie. - Délégations auprès d'organes des organisations internationales ou aux conférences
réunies par des organisations internationales
Observations générales 163
Article 47. Composition de la délégation 163
Article 48. Nomination d'une délégation commune auprès de deux ou plusieurs organes ou à deux
ou plusieurs conférences 164
Article 49. Accréditation 164
Article 50. Pleins pouvoirs et fonctions en matière de traités 164
Article 51. Effectif de la délégation 164
Article 52. Préséance 164
Quatrième partie. - Observateurs permanents d'Etats non membres auprès des organisations inter-
nationales
Observations générales 164
Privilèges et immunités des observateurs permanents des Etats non membres 165
Article 53. Désignation d'observateurs permanents 165
Article 54. Fonctions des observateurs permanents 165
Article 55. Composition du bureau de l'observateur permanent 165
Article 56. Accréditation 165
Relations entre les Etats et les organisations intergouvemementales 123

Introduction CHAPITRE PREMIER

1. En 1967, le Rapporteur spécial a présenté à la Résumé du débat de la Sixième Commission


Commission, à sa dix-neuvième session, un deuxième à la vingt-deuxième session de l'Assemblée générale
rapport sur les relations entre les Etats et les organisations
intergouvernementales1. Comme l'indique le paragraphe 43 5. A sa 1592e séance plénière, le 25 octobre 1967,
de son rapport sur les travaux de sa dix-neuvième session, l'Assemblée générale a décidé d'inscrire la question suivante
"la Commission n'a pu examiner ce rapport, du fait de ses à l'ordre du jour de sa vingt-deuxième session :
autres travaux et de l'absence, pour des raisons de force Question des privilèges et immunités diplomatiques :
majeure, [du Rapporteur spécial]"2. La Commission a
a) Mesures visant à mettre en oeuvre les privilèges et immunités
également indiqué que le deuxième rapport ainsi que celui des représentants des Etats Membres auprès des organes principaux
que le Rapporteur spécial a l'intention de présenter à la et subsidiaires des Nations Unies et aux conférences convoquées par
vingtième session "contiendront une série complète de les Nations Unies et les privilèges et immunités du personnel et de
projets d'articles sur les privilèges et immunités des repré- l'Organisation elle-même, ainsi que les obligations des Etats en ce
sentants d'Etats auprès d'organisations intergouverne- qui concerne la protection du personnel et des biens diplomatiques;
mentales, et les deux rapports devront être examinés en b) Réaffirmation d'une immunité importante des représentants
1968" 3 . des Etats Membres auprès des organes principaux et subsidiaires des
Nations Unies et aux conférences convoquées par les Nations Unies.
2. Le deuxième rapport comportait : a) un résumé des A cette même séance, l'Assemblée générale a renvoyé la
débats de la Commission à ses quinzième et seizième question à la Sixième Commission pour examen et rapport.
sessions, b) une discussion des problèmes généraux relatifs La Sixième Commission a examiné cette question de sa
au droit diplomatique des organisations internationales, 1010e à sa 1017e séance, du 29 novembre au 7 décembre
c) une étude de l'évolution de l'institution des missions 1967 4 .
permanentes auprès des organisations internationales, d) un
bref exposé des questions préliminaires que la Commission 6. Le débat à la Sixième Commission a montré que ses
devrait discuter avant d'examiner le projet d'articles, et e) le membres s'accordaient, généralement à reconnaître la néces-
texte d'un projet d'articles de caractère introductif portant sité pour les représentants des Etats Membres auprès de
sur des dispositions générales. l'ONU et pour l'Organisation elle-même et son personnel de
bénéficier de privilèges et immunités ainsi que l'importance
3. L'objet du présent rapport est de présenter une série que présentent ces privilèges et immunités pour le fonction-
complète de projets d'articles, accompagnés de commen- nement efficace des organisations internationales. On a dit
taires, relatifs à la situation juridique des représentants que le développement des organisations internationales
d'Etats auprès des organisations internationales. Cette série depuis 1945 et la place de premier plan que celles-ci
sera divisée en quatre parties : occupent dans les relations internationales contemporaines
Première partie. Dispositions générales; avaient contribué à mettre en relief l'importance du droit
Deuxième partie. Missions permanentes auprès d'organisations diplomatique des organisations internationales. On a insisté
internationales;
Troisième partie. Délégations auprès d'organes des organisations sur le fait que, si les Etats Membres tenaient à ce que
internationales ou aux conférences réunies par ces organisations; l'Organisation s'acquitte dûment de sa tâche, ils devaient
Quatrième partie. Observateurs permanents d'Etats non membres être disposés à respecter strictement les immunités lui
auprès des organisations internationales. permettant d'exercer ses fonctions librement et avec succès.
4. Depuis la rédaction du deuxième rapport du Rappor-
teur spécial, un débat sur la question des privilèges et A. - DIPLOMATIE BILATÉRALE ET MULTILATÉRALE
immunités diplomatiques a eu lieu à la Sixième Commis-
sion, au cours de la vingt-deuxième session de l'Assemblée 7. Un grand nombre de délégations ont noté que les
générale. Les membres de la Commission ont abordé considérations avancées au sujet de la nécessité pour les
plusieurs des problèmes généraux et des questions préli- représentants envoyés par un Etat dans un autre de
minaires soulevés par le Rapporteur spécial dans son bénéficier d'un statut spécial qui leur permette de s'ac-
deuxième rapport à propos du droit diplomatique des quitter de leurs fonctions dans des conditions de sécurité
organisations internationales, en général, et de la situation satisfaisante et de ne pas être soumis à des pressions ou à
juridique des représentants d'Etats auprès des organisations des contraintes de la part des Etats d'accueil s'appliquaient
internationales, en particulier. Aussi le Rapporteur spécial aux représentants des Etats Membres de l'ONU à l'Organi-
a-t-il jugé approprié de faire figurer dans le présent rapport sation elle-même et à son personnel. On a toutefois fait
un résumé de ce débat. observer que les règles applicables aux missions diploma-
tiques échangées par les Etats devaient s'appliquer aux
représentants auprès des organisations internationales
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1967,
vol. II, documents A/CN.4/195 et Add.l, p. 145 à 167.
2 Voir Documents officiels de l'Assemblée générale, vingt-
Ibid., documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 406. deuxième session, Annexes, point 98 de Tordre du jour, document
3
Ibid. A/6965.
124 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

mutatis mutandis. Certaines délégations ont critiqué l'ap- 10. Selon une autre délégation, il fallait procéder à une
plication par l'Etat hôte du principe de la réciprocité en vue étude juridique détaillée des instruments pertinents en vue
de déterminer le traitement à accorder aux représentants de déterminer avec exactitude la mesure dans laquelle la
des différents Etats Membres, au motif que ce principe Convention de 1946 liait les Etats qui n'y étaient pas
n'était guère approprié en dehors du cadre des relations parties7.
bilatérales.
C. - INTÉRÊT QUE PRÉSENTENT POUR L'ORGANISATION
B. - NATURE JURIDIQUE DU DROIT DIPLOMATIQUE DES DES NATIONS UNIES LA PROTECTION ET LE RESPECT
ORGANISATIONS INTERNATIONALES EN TANT DES PRIVILÈGES ET IMMUNITÉS DES REPRÉSENTANTS
QU'ÉLÉMENT DU DROIT INTERNATIONAL GENERAL DES ÉTATS MEMBRES ET RÔLE DE L'ORGANISATION
8. On a abordé, au cours du débat, la question de la DANS CE DOMAINE
nature juridique de la Convention de 1946 sur les privilèges
et immunités des Nations Unies5 et de ses rapports avec la 11. Il a été communément admis que l'Organisation
Charte des Nations Unies et les normes coutumières du elle-même avait intérêt à ce que les représentants des Etats
droit international. La majorité des délégations qui ont pris Membres jouissent des privilèges et immunités qui leur
la parole à ce propos ont fait observer que l'objet de la étaient nécessaires pour s'acquitter de leurs tâches et que le
Convention sur les privilèges et immunités des Nations Secrétaire général devrait poursuivre ses efforts en vue de
Unies était de fixer les détails d'application de l'Article 105 s'assurer que les privilèges et immunités en question fussent
de la Charte. Les paragraphes 1 et 2 de cet article pres- respectés8. On a fait observer que les obligations imposées
crivent que l'Organisation jouit des privilèges et immunités aux Etats Membres par la Convention de 1946, y compris
qui lui sont nécessaires pour atteindre ses buts et que les celles qui concernaient les représentants d'autres Membres,
représentants des Etats Membres ainsi que les fonction- étaient des obligations envers l'Organisation.
naires de l'Organisation jouissent des privilèges et immu-
nités qui leur sont nécessaires pour exercer en toute 12. Une autre opinion a cependant été exprimée selon
indépendance leurs fonctions. Le paragraphe 3 prévoit que laquelle il convenait de faire une distinction entre deux
l'Assemblée générale peut être amenée à préciser le sens du catégories de privilèges et immunités. La première catégorie
terme "nécessaires" : il stipule, en effet, que l'Assemblée comprenait les privilèges et immunités de l'Organisation
peut faire des recommandations en vue de fixer les détails elle-même et de ses agents, matière dans laquelle l'Organi-
d'application des deux premiers paragraphes ou proposer sation "est . .. compétente pour demander le respect des
aux Membres des Nations Unies des conventions à cet effet. immunités ou pour les lever". La seconde comprenait les
Ces mêmes délégations ont exprimé l'opinion que "les privilèges et immunités des représentants des Etats
règles et les principes [de la Convention] avaient fait l'objet Membres, matière dans laquelle il incombait à l'Etat
d'une acceptation si large qu'ils faisaient partie du droit d'exercer la protection diplomatique à l'endroit de ses
international général régissant les relations entre les Etats et représentants et dans laquelle "l'Organisation . . . n'a pas à
l'Organisation des Nations Unies". Elles en concluaient que se substituer, en se saisissant de la question . . ., à l'Etat
le contenu de la Convention "faisait désormais partie du intéressé". Selon cette conception, "le lien juridique qui
droit international général entre l'Organisation et les Etats existe entre le représentant d'un Membre et l'Organisation
Membres et qu'elle était de ce fait obligatoire pour les Etats ne [peut] être assimilé à celui qui, selon l'Article 100 de la
même en l'absence d'un acte exprès d'adhésion". De Charte, existe entre l'ONU d'une part, et le Secrétaire
nombreux représentants ont indiqué que les privilèges et général. . . d'autre part" 9 .
immunités des représentants des Etats Membres auprès
des organes principaux et subsidiaires des Nations Unies D. - DÉCLARATION DU CONSEILLER JURIDIQUE
résultaient non seulement d'un système de normes conven- DE L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES
tionnelles mais aussi du développement progressif du droit
coutumier. 13. A la fin du débat de la Commission sur la question, le
Conseiller juridique, parlant en sa qualité de représentant
9. Une délégation, cependant, a invoqué la règle pacta du Secrétaire général, a fait une déclaration à la 1016e
tertiis nec nocent nec prosunt pour affirmer que la séance de la Sixième Commission1 °. Dans cette déclaration,
Convention de 1946 n'était pas réputée être en vigueur le Conseiller juridique a pris certaines positions, que l'on
pour les Etats qui n'y avaient pas adhéré conformément à la peut résumer comme suit :
procédure indiquée et qu'il était donc difficile d'admettre
que ces Etats puissent l'invoquer en leur faveur puisqu'ils a) Pour déterminer l'étendue des privilèges et immunités
n'y étaient pas parties. La délégation en question en diplomatiques dont doivent jouir les représentants auprès
concluait que la Convention sur les privilèges et immunités
des Nations Unies devait demeurer res inter alios acta pour 7
Ibid., 1014e séance, par. 18.
les Etats qui n'y étaient pas devenus parties6. 8
Ibid., point 98 de l'ordre du jour, document A/6965, par. 14.
Ibid., vingt-deuxième session, Sixième Commission, 1011e
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 15. séance, par. 79 et 80.
6 10
Voir Documents officiels de l'Assemblée générale, vingt- Ibid., vingt-deuxième session, Annexes, point 98 de l'ordre du
deuxième session, Sixième Commission, 1011e séance, par. 72. jour, document A/C.6/385.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 125

des organes et des conférences des Nations Unies, le intégral de la déclaration du Conseiller juridique serait
Secrétaire général s'inspirerait des dispositions de la distribué comme document de la Commission.
Convention de Vienne dans la mesure où elles s'appliquent
mutatis mutandis auxdits représentants. Il y a bien entendu
lieu de noter que certaines dispositions telles, par exemple, E. - LA RESOLUTION 2328 (XXII)
celles qui ont trait à l'agrément, à la nationalité ou à la DE L'ASSEMBLÉE GENERALE
réciprocité ne s'appliquent pas à la situation des repré-
sentants auprès de l'ONU. 15. Le 18 décembre 1967, l'Assemblée générale a adopté
b) La Convention sur les privilèges et immunités des sa résolution 2328 (XXII) sur la question des privilèges et
Nations Unies qui a été adoptée par l'Assemblée générale le immunités diplomatiques. Il faut mentionner spécialement
13 février 1946 et soumise pour adhésion à tous les le sixième alinéa du préambule et le paragraphe 3 du
Membres de l'Organisation a un caractère très particulier - dispositif de cette résolution étant donné leurs rapports
il s'agit en fait d'une convention sui generis. Presque toutes avec certains des problèmes du droit diplomatique des
les conventions multilatérales qualifient de parties les Etats organisations internationales qui ont été mentionnés ci-
qui les ratifient ou qui y adhèrent et les droits et les dessus. Le texte du sixième alinéa du préambule est le
obligations qu'elles créent s'imposent entre les parties. Il en suivant :
va différemment de la Convention sur les privilèges et Rappelant en outre que la Convention de 1946 sur les privilèges
et immunités des Nations Unies confirme et précise les dispositions
immunités des Nations Unies. Chaque fois qu'elle se réfère de l'Article 105 de la Charte et fixe les règles concernant
aux droits et obligations, elle se réfère aux Membres des notamment l'immunité des biens et l'inviolabilité des locaux de
Nations Unies. La section 35 de la Convention indique l'Organisation des Nations Unies, les facilités relatives à ses
clairement le caractère des obligations qui s'imposent à communications officielles, les privilèges et immunités des représen-
chaque Membre à l'égard de l'Organisation. tants des Membres auprès des organes des Nations Unies et aux
conférences qu'elles convoquent, durant l'exercice de leurs fonc-
c) Le fait que les Membres s'obligent envers l'ONU n'est tions et au cours des voyages à destination ou en provenance du lieu
de la réunion.
pas une simple formalité. Il devrait être évident que
l'Organisation elle-même a tout intérêt à assurer aux
représentants des Membres les privilèges et les immunités Le paragraphe 3 du dispositif se lit comme suit :
qui leur sont nécessaires pour assister et participer libre- Prie instamment les Etats Membres de l'Organisation des Nations
ment à toutes les réunions et conférences. Si les repré- Unies, qu'ils aient ou non adhéré à la Convention sur les privilèges et
immunités des Nations Unies, de prendre toutes les mesures voulues
sentants des Membres sont empêchés d'exercer leurs fonc- pour assurer la mise en oeuvre des privilèges et immunités accordés
tions et de voyager à destination ou en provenance du lieu selon l'Article 105 de la Charte à l'Organisation, aux représentants
de réunion, le bon fonctionnement de l'Organisation s'en des Etats Membres et aux fonctionnaires de l'Organisation.
ressentira. Il semble donc élémentaire que les droits des
représentants soient protégés de façon adéquate par l'Orga-
nisation et ne soient pas entièrement laissés à l'action
bilatérale des Etats immédiatement intéressés.
CHAPITRE II
d) Les privilèges et immunités énoncés dans la Conven-
tion constituent la protection minimale que l'Assemblée a Projet d'articles sur la situation juridique des représentants
jugé nécessaire de la part de tous les Etats Membres en d'Etats auprès des organisations internationales, accom-
application de l'Article 105 de la Charte. pagné de commentaires
e) II faut noter que 96 Etats ont maintenant adhéré à la
Convention de 1946 et que, dans la plupart des Etats PREMIÈRE PARTIE. - DISPOSITIONS GÉNÉRALES
Membres qui n'y ont pas adhéré ainsi que dans de
nombreux Etats non membres, les dispositions de la Article premier. — Terminologie
Convention ont été appliquées par accord spécial. S'il est
vrai de dire qu'en 1946 de nombreuses dispositions de la Aux fins des présents articles :
Convention avaient le caractère de lexferenda, les règles qui a) L'expression "organisation internationale" s'entend
y sont énoncées sont devenues, dans les 22 ans qui se sont d'une association d'Etats constituée par traité, dotée d'une
écoulés depuis l'adoption de cet instrument, la norme qui constitution et d'organes communs et possédant une
régit, dans le monde entier, les relations entre les Etats et personnalité juridique distincte de celle des Etats Membres;
l'ONU. Les règles et les principes de la Convention ont fait b) L'expression "mission permanente" s'entend d'une
l'objet d'une acceptation si large qu'ils font maintenant mission de caractère représentatif et permanent envoyée par
partie du droit international général régissant les relations un Etat membre d'une organisation internationale auprès de
entre les Etats et l'ONU. cette organisation;
c) L'expression "représentant permanent" s'entend de la
14. Il faut noter qu'à la fin de la déclaration du Conseiller personne chargée par l'Etat d'envoi d'agir en qualité de chef
juridique, le Président a proposé que cette déclaration ne d'une mission permanente;
donne pas lieu à un débat, mais que cela n'impliquait, à son d) L'expression "membres de la mission permanente"
égard, aucune prise de position de la part des membres de la s'entend du représentant permanent et des membres du
Sixième Commission. Cela étant, il a été décidé que le texte personnel de la mission permanente;
126 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

e) L'expression "membres du personnel de la mission l'alinéa a, afin de délimiter ce qui constitue, à titre
permanente" s'entend des membres du personnel diplo- principal, l'objet et le champ d'application du présent
matique, du personnel administratif et technique et du projet d'articles.
personnel de service de la mission permanente;
f) L'expression "membres du personnel diplomatique" 4) Premièrement, nous nous intéressons aux associations
s'entend des membres du personnel de la mission perma- d'Etats 11 , par opposition aux associations de particuliers
nente qui ont la qualité de diplomate; ou aux organisations professionnelles. Malgré la grande
g) L'expression "membres du personnel administratif et importance de certaines d'entre elles et le rôle que leur
technique" s'entend des membres du personnel de la reconnaît l'Article 71 de la Charte des Nations Unies, les
mission permanente employés dans le service administratif organisations internationales privées ne sont pas à propre-
et technique de la mission; ment parler des organisations internationales. Leurs
h) L'expression "membres du personnel de service" membres ne sont pas des Etats et elles ne sont pas créées
s'entend des membres du personnel de la mission perma- par traité, bien que des traités puissent les mentionner ou
nente engagés comme employés de maison ou pour des leur assigner certaines fonctions. Dans son Article 71, la
tâches similaires; Charte ne qualifie pas ces organisations d'internationales
i) L'expression "personnes au service privé" s'entend des mais seulement de non gouvernementales. Toutefois, elle
personnes employées exclusivement au service privé des utilise dans cet Article, comme dans son Préambule,
membres de la mission permanente; l'expression "organisation internationale" sans autre pré-
j) L'expression "Etat hôte" s'entend de l'Etat sur le cision pour désigner les organisations internationales pu-
territoire duquel se trouve le siège d'une organisation bliques. Il en va de même pour les Articles 66 et 67 du
internationale ou sur le territoire duquel se réunit un organe Statut de la Cour internationale de Justice. Toutefois,
d'une organisation internationale ou se tient une confé- l'Article 34 du Statut utilise l'expression "organisation
rence; internationale publique".
k) L'expression "secrétaire général" s'entend du fonc-
tionnaire principal de l'organisation internationale en ques- 5) Le terme "Etat" a, à l'alinéa a, le même sens que dans
tion, qu'il soit désigné sous le nom de "secrétaire général", la Charte des Nations Unies, le Statut de la Cour, les
de "directeur général" ou autrement; Conventions générales sur le droit de la mer, la Convention
1) L'expression "Etat membre" s'entend d'un Etat qui de Vienne sur les relations diplomatiques, la Convention de
est membre de l'organisation internationale en question; Vienne sur les relations consulaires, le projet d'articles sur le
m) L'expression "Etat non membre" s'entend d'un Etat droit des traités de la Commission du droit international et
qui n'est pas membre de l'organisation internationale en le projet d'articles sur les missions spéciales de la Com-
question; mission du droit international.
n) L'expression "organe d'une organisation inter-
nationale" s'entend d'un organe principal ou subsidiaire et 6) Bien que, en règle générale, seuls des Etats puissent
de toute commission, comité ou sous-groupe d'un de ces être membres des organisations internationales, il existe des
organes; exceptions à cette règle. L'Union postale universelle, par
o) Le terme "conférence" s'entend d'une réunion de exemple, comprend parmi ses membres des pays et, lorsque
représentants d'Etats aux fins de négocier ou de conclure ceux-ci sont dotés d'une administration postale autonome,
un traité portant sur des questions intéressant les relations les territoires qui en dépendent 12 . Plusieurs institutions
entre les Etats; spécialisées admettent des "membres associés", ce qui
p) Le terme "délégation" s'entend de la personne ou du permet la participation d'entités qui jouissent de l'auto-
groupe de personnes chargé de représenter un Etat à une nomie interne mais n'ont pas encore accédé à la pleine
réunion d'un organe d'une organisation internationale ou à souveraineté. A l'Organisation mondiale de la santé, "les
une conférence; territoires ou groupes de territoires n'ayant pas la respon-
q) Le terme "Organisation" s'entend de l'organisation sabilité de la conduite de leurs relations internationales"
internationale en question. peuvent être admis sur la demande de l'Etat ou de l'autorité
ayant la responsabilité de la conduite desdites relations 13 .
Commentaire La qualité de membre associé ne confère pas tous les droits
dont jouissent les membres. Les membres associés peuvent
1) Comme dans le cas de nombreux projets d'articles se voir imposer des restrictions en ce qui concerne le droit
préparés par des rapporteurs spéciaux de la Commission, le de vote au sein des organes de l'organisation ou le droit
Rapporteur spécial a précisé à l'article premier du projet le d'être élu à certains organes. L'article 4 du Pacte de la Ligue
sens des expressions les plus fréquemment utilisées.

2) Comme l'indiquent son titre et la formule d'intro- Ce premier élément de la définition ressort de l'expression
même d'"organisations d'Etats" que Lauterpacht emploie comme
duction, l'article premier se borne à indiquer le sens dans synonyme de l'expression "organisation internationale" dans son
lequel les termes sont utilisés dans le présent projet. projet d'articles sur le droit des traités. Voir le premier rapport de sir
Hersch Lauterpacht, Yearbook of the International Law Com-
3) L'expression "organisation internationale" est définie mission, 1953, vol. II, document A/CN.4/63, p. 90.
par référence à ses éléments constitutionnels et structurels Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 364, p. 11.
fondamentaux. Cette définition est donnée dès le début, à 13
Ibid., vol. 14, p. 207.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 127

des Etats arabes prévoit que peuvent prendre part aux paraître qu'en opérant cette distinction, on admette que
travaux des commissions créées par le Conseil de la Ligue l'organe collectif constitue une entité distincte en mettant
"les autres Pays Arabes", c'est-à-dire les pays autres que les en relief l'existence d'une volonté unique, à savoir celle de
"Etats arabes indépendants", qui peuvent devenir membres l'organe collectif. En fait, il n'en est pas ainsi. Il est vrai,
de la Ligue conformément à l'article premier 14 . La parti- qu'il n'y a qu'une seule volonté, celle de l'organe collectif;
cipation d'une organisation internationale à une autre cependant, cette volonté n'est pas sa volonté propre, mais
organisation internationale est envisagée par le Traité bien la volonté commune des Etats dont il est collecti-
instituant la Communauté économique européenne, signé à vement l'organe21. Le phénomène des organisations inter-
Rome le 25 mars 1957, dans son article 238 qui stipule : nationales est expliqué en termes d'organes (ou de repré-
"La Communauté peut conclure avec un Etat tiers, une sentants, d'agents) des Etats, en tant que tels; il est traité
union d'Etats ou une organisation internationale, des dans le même chapitre du Cours que la question des agents
accords créant une association caractérisée par des droits et diplomatiques. Bien qu'Anzilotti s'intéresse aux formes
obligations réciproques, des actions en commun et des institutionnelles, il les considère comme des modalités
procédures particulières .. -15 " Afin d'englober certaines nouvelles du système des organes complexes (collégiaux) et
personnes de droit international public autres que les Etats non comme un phénomène nouveau en soi. L'accent est mis
ayant leur pleine indépendance, on a fait figurer l'expres- sur les aspects conventionnels et la qualité d'organes des
sion "dont les membres sont essentiellement des Etats" organisations internationales plutôt que sur l'élément insti-
dans certaines définitions des organisations internationales. tutionnel2 2 .
Exemples : Lauterpacht16 et le Restatement on the
Foreign Relations Law of the United States (Codification Quatrièmement, l'Organisation ainsi créée a une person-
du droit américain en matière de relations extérieures) de nalité juridique distincte de celle des Etats membres et est
l'American Law Institute 17 . Reuter indique, dans sa défi- par conséquent, bien que dans une mesure limitée, un sujet
nition, que "en tant qu'organisation internationale, ce de droit international2 3 . Dans son Avis consultatif du 11
groupe est d'une manière normale, mais non exclusive, avril 1949 sur la "réparation des dommages survenus au
formé d'Etats . . ."* 8 . Chaumont donne la définition sui- service des Nations Unies", la Cour internationale de Justice
vante de l'organisation internationale : "une réunion de a jugé, à l'unanimité, que l'Organisation avait, à beaucoup
personnes représentant généralement des Etats . . ."* 9 . d'égard, la "personnalité internationale" et a affirmé ce qui
suit :
Etant donné que la situation de territoire dépendant est
une situation exceptionnelle dans la communauté inter- On doit admettre que [ses] Membres, en lui assignant certaines
nationale contemporaine et qu'il est rare qu'une organi- fonctions, avec les devoirs et les responsabilités qui les accom-
sation internationale fasse partie d'une autre organisation pagnent, l'ont revêtue de la compétence nécessaire pour lui
permettre de s'acquitter effectivement de ces fonctions.
internationale, il ne serait pas justifié, de l'avis du Rappor-
teur spécial, de faire entrer ces cas particuliers dans une En conséquence, la Cour arrive à la conclusion que l'Organisation
définition de caractère général. est une personne internationale. Ceci n'équivaut pas à dire que
l'Organisation soit un Etat, ce qu'elle n'est certainement pas, ou que
Deuxièmement, toute organisation internationale pos- sa personnalité juridique, ses droits et ses devoirs soient les mêmes
sède une base conventionnelle, c'est-à-dire un traité multi- que ceux d'un E t a t . . . Cela signifie que l'Organisation est un sujet
latéral, qui est la constitution de l'organisation.
Troisièmement, cet instrument constitutif donne à l'orga-
nisation des organes qui sont dotés d'une identité distincte La différence entre les deux points de vue présente peu
d'intérêt dans la mesure où l'unanimité est exigée. Cependant, à
de celle des Etats membres qui les composent. Anzilotti fait partir du moment où les décisions sont adoptées à la majorité, la
une distinction entre les conférences internationales qui ne théorie de l'organe collectif emporte moins la conviction. Voir :
donnent pas lieu à une fusion des volontés des représentants Paul Reuter, "Principes de droit international public", Recueil de
des Etats, qui restent distinctes, bien qu'elles puissent cours de l'Académie de droit international, 1961, vol. II, p. 516.
22
s'accorder, et les organes collectifs au sein desquels une Anzilotti a même formulé des objections à rencontre de
volonté commune apparaît, qui est attribuée à tous les l'expression "organisation internationale". M. O. Hudson a écrit à ce
sujet : "L'expression "organisation internationale" n'a jamais été à
Etats qui font partie de l'organe en question 20 . Il peut ce propos [demandes d'avis consultatifs présentées à la CPJI] définie
avec précision; en 1924, le juge Anzilotti l'a qualifiée d'"expression
Ibid., vol. 70, p. 255. malheureuse", adoptée pour éviter de mentionner l'OIT et il a
15
Ibid.,\o\. 294, p. 132. demandé que ces termes soient définis, mais en 1926 il n'a pas
16
insisté plus avant estimant que l'on pourrait éviter les difficultés
Voir Yearbook of the International Law Commission, 1953, aussi longtemps que la Cour garderait l'initiative." (Hudson, The
vol. II, document A/CN.4/63, p. 90. Permanent Court of International Justice, 1920-1942. A Treatise,
7
American Law Institute, Restatement of the Law, Second, New York, 1943, p. 400.)
Foreign Relations Law of the United States, St. Paul, Minn. 1965, 2 3 ••

p. 17. Le caractère permanent de l'organisation internationale, qui la


18 distingue d'autres formes de coopération institutionnelle entre les
Paul Reuter, Institutions internationales, 3e éd., Paris, 1962, Etats, est explicitement mentionné dans certains instruments consti-
p. 289. tutifs d'organisations internationales. L'article premier de la
1 Q
Constitution de TOIT, modifiée par l'instrument de 1946 pour
Charles M. Chaumont, L'Organisation des Nations Unies, l'amendement de la Constitution de l'OIT, dispose qu'"il est fondé
3e éd., Paris, 1962, p. 5. une organisation permanente chargée de travailler à la réalisation du
D. Anzilotti, Cours de droit international (trad. fr. de programme exposé dans le préambule de la présente Constitu-
G. Gidel), Paris, 1929. tion .. ." (Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 15, p. 43.)
128 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

de droit international, qu'elle^ la capacité d'être titulaire de droits 10) "Secrétaire général". Aux termes de l'Article 97 de la
et devoirs internationaux . . .24 Charte des Nations Unies le Secrétaire général "est le plus
haut fonctionnaire de l'Organisation". Les termes "secré-
7) A quelques exceptions près, les autres alinéas ne
taire général" sont employés dans l'instrument constitutif
semblent pas appeler de commentaires, les définitions qui y
de presque toutes les autres organisations (régionales) ayant
sont données étant explicites, du moins lorsqu'on les lit en
une compétence générale, par exemple, la Ligue des Etats
liaison avec les articles auxquels elles se rapportent plus arabes 31 , l'Organisation des Etats américains32 et le
particulièrement. Conseil de l'Europe 33 . La Charte de l'Organisation de
l'unité africaine34 adjoint l'adjectif "administratif au
8) Les alinéas d, e, f, g, h et i sont inspirés, avec quelques terme "secrétaire général". En revanche, les constitutions
changements de terminologie, des définitions données aux des institutions spécialisées donnent au "fonctionnaire
alinéas b, c, d, e, f, g et h de l'article premier de la principal" de l'institution le titre de "Directeur général"3 s .
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques2 5 et Parmi les organisations internationales ayant une compé-
aux alinéas /, g, h, i, j et k de l'article premier du projet tence spécialisée, autres que celles qui sont rattachées à
d'articles de la Commission du droit international sur les l'ONU (institutions spécialisées), certaines utilisent le titre
missions spéciales2 6 . de "secrétaire général", par exemple l'Institut international
pour l'unification du droit privé 36 , tandis que le Conseil
9) On donne généralement aux chefs des missions per- international du blé emploie l'expression "secrétaire
manentes auprès des organisations internationales le titre de exécutif' 37 .
"représentant permanent". L'article V, section 15, de
l'Accord entre l'Organisation des Nations Unies et les Etats- 11) "Organe d'une organisation internationale". Les
Unis d'Amérique relatif au Siège de l'Organisation des instruments constitutifs des organisations internationales
Nations Unies emploie, dans le texte anglais, l'expression non seulement créent les organisations elles-mêmes mais
"résident représentative" ("représentant permanent") 27 . aussi établissent ou dictent le processus à suivre pour établir
Toutefois, depuis l'adoption par l'Assemblée générale de la des organes aux fins de réaliser les objectifs de l'organi-
résolution 257 A (111) du 3 décembre 1948, relative aux sation. Le Chapitre III de la Charte des Nations Unies fait
missions permanentes, l'emploi de l'expression "repré- une distinction entre les organes principaux et les organes
sentant permanent" ("permanent représentative") a prévalu subsidiaires de l'Organisation. Le paragraphe 1 de l'Article 7
dans les textes constitutionnels et la pratique des organi- attribue la qualité d'organe principal à l'Assemblée générale,
sations internationales, tant universelles que régionales. Il au Conseil de sécurité, au Conseil économique et social, au
existe certaines exceptions à cette tendance générale. Conseil de tutelle, à la Cour internationale de Justice et au
L'Accord entre la République d'Autriche et l'Agence Secrétariat. Le paragraphe 2 de l'Article 7 ne fait que
internationale de l'énergie atomique relatif au siège de prévoir la création des organes subsidiaires qui se révé-
l'Agence internationale de l'énergie atomique emploie dans leraient nécessaires sans toutefois définir l'expression
le texte anglais l'expression "résident représentative"28 . l\ "organe subsidiaire" ou donner une liste de ces organes.
en va de même pour ce qui est de l'Accord entre Deux autres dispositions de la Charte seulement se réfèrent
l'Organisation des Nations Unies et l'Ethiopie relatif au expressément à la compétence qu'a un organe de créer des
siège de la Commission économique des Nations Unies pour organes subsidiaires (c'est-à-dire les Articles 22 et 29 relatifs
l'Afrique conclu avec l'Ethiopie2 9 , qui est le seul accord à l'Assemblée générale et au Conseil de sécurité respec-
relatif au siège d'une commission économique régionale qui tivement). Bien que l'Article 68 autorise le Conseil écono-
traite expressément des représentants permanents. L'Ac- mique et social à instituer des commissions, le règlement
cord entre le Gouvernement de la République italienne et intérieur du Conseil de tutelle permet la création de comités
l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et et le Statut de la Cour prévoit la constitution de chambres.
l'agriculture, relatif au siège de l'Organisation des Nations Il est peu probable que, malgré les différences de termino-
Unies pour l'alimentation et l'agriculture emploie l'expres- logie, les auteurs de la Charte aient entendu opérer une
sion "résident représentative"30. distinction entre les organes subsidiaires de l'Assemblée ou
du Conseil et ceux d'autres organes. Les organes principaux
de l'ONU ont amplement utilisé la faculté que leur donne la
24
Voir Réparation des dommages survenus au service des
Nations Unies, Avis consultatif, Rapports de la C.I.J., 1949, p. 179.
25 31 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 70, p. 257.
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 97 et 99.
26 32 Ibid., vol. 119, p. 81.
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1967,
vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 384. Ibid., vol. 87, p. 121.
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 11, p. 26 et 27. Ibid., vol. 479, p. 79.
28 Ibid., \ol 339, p. 153.
Voir art. premier, sect. 1, alinéa vii, de la Convention sur les
29 Ibid.,\o\. 317, p. 108. privilèges et immunités des institutions spécialisées, approuvée par
30
l'Assemblée générale des Nations Unies le 21 novembre 1947.
Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 33, p. 267.
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et
les immunités d'organisations internationales, vol. II, Amos J. Peaslee, International Government Organizations,
(ST/LEG/SER.B/11) [publication des Nations Unies, numéro de Constitutional Documents, La Haye, 1956.
37
vente : 61.V.3], p. 195. Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 349, p. 31.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 129

Charte de créer des organes subsidiaires, notamment dans les relations consulaires, 1963 et la Conférence des Nations
les domaines politique, économique, social et juridique. Il Unies sur le droit des traités, 1968 et 1969. La même
semble qu'il n'y ait pas de limite au nombre des organes remarque vaut pour les conférences réunies par d'autres
subsidiaires que peut créer un organe principal, à condition organisations internationales à vocation universelle ou
que celui-ci y soit autorisé par la Charte et aussi que les régionale, ainsi que pour les conférences réunies par des
fonctions de l'organe subsidiaire ne soient pas plus étendues Etats 42 .
que celles de l'organe principal.
12) "Conférence". Il ne semble pas que la définition de ce Article 2. — Champ d'application des présents articles
terme exige de commentaires, sinon pour indiquer que du
point de vue du droit international il n'y a pas de différence Les présents articles se réfèrent aux représentants d'Etats
substantielle entre "conférence" et "congrès". Les deux auprès des organisations internationales qui sont ouvertes à
termes désignent des réunions de plénipotentiaires dont l'adhésion universelle.
l'objet est la discussion et le règlement d'affaires inter-
nationales. "Dans l'un et l'autre cas, il s'agit de réunions Article 3. — Organisations internationales ne rentrant pas
dont l'objet est de trancher des problèmes politiques et dans le champ d'application des présents articles
d'examiner des questions de caractère social ou écono-
mique" 38 . Le premier Rapporteur spécial sur les missions Le fait que les présents articles ne se réfèrent pas aux
spéciales (M. Sandstrom) a employé les deux termes organisations internationales de caractère régional est sans
conjointement39 dans le projet d'articles qu'il a préparé préjudice de l'application à ces organisations de toute règle
pour la Commission en 1960. Le deuxième Rapporteur énoncée dans les présents articles à laquelle elles seraient
spécial (M. BartoS) a également employé les deux termes soumises indépendamment de ces derniers.
conjointement dans les questions préliminaires qu'il a fait
figurer dans ses rapports sur les missions spéciales précédant Commentaire
son projet d'articles40. Comme l'indique un spécialiste de la 1) II convient d'examiner ensemble les articles 2 et 3, car
"pratique diplomatique", le terme congrès "a été dans le l'article 3 n'est destiné à être maintenu qu'au cas où la
passé plus fréquemment appliqué aux réunions de pléni- Commission approuverait l'article 2, qui délimine le champ
potentiaires dont l'objet était de conclure des traités de d'application du projet d'articles.
paix . . . La première réunion internationale qui ait reçu le
nom de conférence a été la réunion tenue à Londres de 2) Pour la détermination des organisations internationales
1827 à 1832 sur la question de la Grèce . . . Aujourd'hui, le rentrant dans le champ d'application des présents articles,
terme de conférence est employé habituellement pour on pourrait suivre la méthode adoptée dans la Convention
décrire toutes les réunions internationales auxquelles des de 1947 sur les privilèges et immunités des institutions
questions sont discutées en vue d'un règlement . . ."4 ' spécialisées43. Selon cette méthode, on identifie les organi-
sations en question comme étant l'ONU et les institutions
Un examen de la pratique des Nations Unies révèle une
spécialisées qui lui sont reliées conformément aux Articles
tendance constante en faveur de l'emploi du terme "confé-
57 et 63 de la Charte des Nations Unies. Ce mode de
rence". Exemples : La Conférence maritime des Nations
détermination exclut des organisations telles que l'Agence
Unies, 1948, la Conférence des Nations Unies sur la liberté
internationale de l'énergie atomique, qui n'est pas, à
de l'information, 1948, la Conférence des Nations Unies sur
proprement parler, considérée comme une institution spé-
les transports routiers et les transports automobiles, 1949,
cialisée au sens de la définition donnée ci-dessus, en raison
la Conférence des Nations Unies sur la déclaration de décès
des circonstances dans lesquelles elle a été créée et des
de personnes disparues, 1950, la Conférence de pléni-
arrangements particuliers concernant ses rapports avec le
potentiaires des Nations Unies sur le statut des réfugiés et
Conseil économique et social et le Conseil de sécurité. Il
des apatrides, 1951, la Conférence des Nations Unies sur les
exclut également d'autres organisations de caractère univer-
obligations alimentaires, 1956, la Conférence de plénipoten-
sel qui sont en dehors de ce qu'on appelle les "organismes
tiaires des Nations Unies pour une Convention supplé-
des Nations Unies" ou encore l'Organisation des Nations
mentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des
Unies et les institutions qui lui sont "rattachées" ou
esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'escla-
"apparentées". Exemples : la Banque des règlements inter-
vage, 1956, la Conférence générale sur le Statut de l'Agence
nationaux, l'Institut international pour l'unification du
internationale de l'énergie atomique, 1956, les Conférences
droit privé, le Conseil international du blé et l'Office central
des Nations Unies sur le droit de la mer, 1958 et 1960, la
des transports internationaux par chemin de fer 44 . Le
Conférence des Nations Unies sur les relations et immunités
diplomatiques, 1961, la Conférence des Nations Unies sur 42
L'un des rares cas dans lesquels le terme "congrès" est encore
38 utilisé actuellement est celui de la Convention postale universelle,
Sir Ernest Satow, A Guide to Diplomatie Practice, 4e éd., sous qui continue d'être revisée périodiquement par des "congrès"
la direction de sir Neville Bland, Londres, 1957, p. 303. réunissant des Etats membres de l'Union postale universelle. Nations
39
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1960, Unies, Recueil des Traités, vol. 364, p. 16.
vol. II, document A/CN.4/129, p. 108 et 109. 43
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 33, p. 263.
40
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1964, 44
Pour la liste de ces organisations, voir le Répertoire de la
vol. II, document A/CN.4/166, p. 75. pratique suivie par les organes des Nations Unies, vol. III, p. 135;
41 voir également, Amos J. Peaslee, op. cit.
Satow, op. cit., p. 304.
130 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

libellé de l'article 2 est conçu pour combler ces lacunes, organisations internationales. Ainsi, comme on l'a déjà
étant donné qu'il emploie une définition générale qui inclut mentionné, la règle générale est que seuls les Etats peuvent
toutes les organisations internationales de caractère uni- être membres des organisations internationales, mais il
versel. existe des exceptions à cette règle. L'Union postale univer-
selle, par exemple, comprend parmi ses membres des pays
3) L'article 2 restreint le champ des présents articles aux et les territoires qui en dépendent, lorsque ceux-ci sont
organisations internationales de caractère universel. Les avis dotés d'une administration postale autonome. Plusieurs
étaient partagés au sein de la Commission du droit institutions spécialisées admettent des "membres associés",
international quant à la place que les organisations régio- ce qui permet la participation de territoires qui jouissent de
nales devaient occuper dans ses travaux. Le Rapporteur l'autonomie interne mais n'ont pas encore accédé à la pleine
spécial a exposé les raisons pour lesquelles il recommande à souveraineté. A l'Organisation mondiale de la santé, les
la Commission de faire porter ses travaux tout d'abord sur "territoires ou groupes de territoires n'ayant pas la respon-
les organisations internationales de caractère universel et sabilité de la conduite de leurs relations internationales"
d'élaborer son projet d'articles eu égard à ces seules peuvent être admis sur la demande de l'Etat ou de l'autorité
organisations4 5 . ayant la responsabilité de la conduite desdites relations
(voir ci-dessus, article premier, commentaire, par. 6).
4) L'article 3 est ajouté dans l'hypothèse où la Commis-
sion adopterait l'article 2, lequel exclut les organisations 3) Un autre exemple de règle particulière appliquée par
régionales du champ d'application des présents articles. Cela une organisation internationale a trait au caractère de
nécessite l'inclusion d'une réserve indiquant que cette représentant d'Etat qu'ont les représentants auprès des
limitation du champ des présents articles est sans préjudice organisations internationales. On trouve une exception à ce
de l'application à ces organisations de toute règle énoncée régime général dans le système tripartite de représentation
dans les présents articles à laquelle elles seraient soumises adoptée par l'OIT. Au Conseil d'administration de l'OIT, les
indépendamment de ces dernières. Cette réserve a pour but membres employeurs et travailleurs ne représentent pas leur
de tenir dûment compte du point de vue exprimé par pays d'origine mais sont élus par les représentants des
certains membres de la Commission lors de l'examen du employeurs et des travailleurs à la Conférence. En vertu des
premier rapport du Rapporteur spécial, à savoir que les dispositions relatives à l'OIT annexées à la Convention sur
relations avec les Etats présenteront, dans l'ensemble, les les institutions spécialisées, les membres employeurs et
mêmes caractéristiques,que l'organisation en question ait un travailleurs du Conseil d'administration de l'OIT sont
caractère universel ou régional4 6 . assimilés aux représentants des Etats membres, à cette
exception près que toute levée de l'immunité d'une telle
personne ne peut être prononcée que par le Conseil4 7 .
Article 4. — Nature des présents articles : leurs rapports
avec les règles particulières à une organisation inter- 4) Le Rapporteur spécial n'a pas jugé approprié de faire
nationale figurer des réserves dans chacun des articles qui appellent
une protection des règles particulières suivies par une ou
L'application des présents articles aux missions perma- plusieurs organisations internationales. Il a donc décidé de
nentes d'Etats auprès d'une organisation internationale et formuler une réserve générale et de l'inclure parmi les
autres questions connexes régies par les présents articles est dispositions générales afin de la faire porter sur l'ensemble
soumise aux règles particulières suivies par l'organisation du projet d'articles, en espérant que cela permettrait à la
intéressée. Commission de simplifier la rédaction des articles auxquels,
dans le cas contraire, il serait nécessaire d'apporter des
Commentaire réserves particulières.
1) L'article 4 a un double but. En premier lieu, il tend à
définir le caractère général du présent projet d'articles. Vu DEUXIÈME PARTIE. - MISSIONS PERMANENTES
la diversité des organisations internationales et, par oppo- AUPRÈS D'ORGANISATIONS INTERNATIONALES
sition aux Etats, leur hétérogénéité, les présents articles
cherchent simplement à déterminer le dénominateur com- Section I. - Missions permanentes en général
mun et à poser les principes généraux qui régissent le droit
diplomatique des relations entre Etats et organisations
Généralités
internationales. Leur objet est l'unification la plus poussée
possible de ce droit. 16. Depuis la création de l'ONU, la pratique consistant,
pour les Etats Membres, à créer des missions permanentes
2) En second lieu, l'article 4 vise à sauvegarder la position
des règles particulières applicables à une ou plusieurs
Voir "Pratique suivie par l'Organisation des Nations Unies, les
institutions spécialisées et l'Agence internationale de l'énergie
4S atomique en ce qui concerne leur statut juridique, leurs privilèges et
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1963, leurs immunités, étude préparée par le Secrétariat" (ci-après
vol. I, 717e séance, p. 320. dénommée l'étude du Secrétariat), Annuaire de la Commission du
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1967, droit international, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et Add.l et 2,
vol. II, documents A/CN.4/195 et Add.l.p. 151, par. 36. p. 209, par. 4.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvemementales 131

au Siège s'est considérablement développée. Dans l'intro- juridique internationale, enfin elle était très réticente à lui accorder
duction à son rapport annuel sur l'activité de l'Organisation un droit de légation qu'elle considérait comme n'appartenant qu'aux
Etats.
pour la période du 16 juin 1958 au 15 juin 1959, le Pourtant le besoin s'en faisait sentir; la Pologne établit la première
Secrétaire général de l'ONU a noté que "la représentation délégation permanente dès 1920, et son exemple fut suivi par un
permanente de tous les Etats Membres au Siège de grand nombre d'Etats : dès 1922, on n'en comptait pas moins de 25
l'Organisation et le rôle diplomatique croissant des missions et, en 1930, 43. Toutefois, pendant toute la durée de la SDN et bien
permanentes en dehors des réunions publiques . . . pour- qu'une décision du Conseil fédéral suisse de 1922 les assimilât, au
point de vue de leur statut, aux missions diplomatiques accréditées à
raient fort bien se révéler un jour comme le trait le plus Berne, leur nature ne fut jamais très nette, ni leurs fonctions
marquant de l'évolution "coutumière" qui s'est produite uniformes. Certaines délégations étaient accréditées auprès du
jusqu'ici dans le cadre constitutionnel de la Charte" 48 . La secrétariat de la SDN, d'autres ne l'étaient pas du tout; certaines
plus grande partie de l'évolution institutionnelle qui s'est estimaient qu'elles représentaient véritablement leur Etat alors que
pour d'autres, il s'agissait plutôt d'une mission d'information5 *.
produite dans le cadre de l'ONU a eu des effets sur les
organismes qui lui sont reliés ainsi que sur ceux qui ne le Organisation des Nations Unies
sont pas. Ainsi, la Convention de 1946 sur les privilèges et
immunités des Nations Unies, en servant de modèle, a 19. Il n'existe dans la Charte des Nations Unies aucune
grandement facilité la rédaction de plusieurs conventions disposition de caractère général relative à la question des
relatives aux institutions spécialisées et à diverses organi- délégations permanentes auprès de l'ONU. Cependant, le
sations régionales. Il en va de même en ce qui concerne paragraphe 1 de l'Article 28 dispose que : " . . . le Conseil
l'institution des missions permanentes, dont le dévelop- de sécurité est organisé de manière à pouvoir exercer ses
pement dans le cadre de l'ONU a influencé celui qui s'est fonctions en permanence. A cet effet, chaque membre du
produit dans le cadre d'autres organisations internationales, Conseil de sécurité doit avoir en tout temps un représentant
universelles et régionales. au Siège de l'Organisation." La disposition citée avait pour
objet de permettre au Conseil de sécurité d'exercer ses
fonctions en permanence, de telle sorte que chaque membre
Société des Nations du Conseil devait y être représenté en permanence. En
17. Le système de la représentation permanente auprès d'autres termes, la seule représentation permanente dont il
des organisations internationales n'était pas inconnu avant soit question dans la Charte est la représentation des Etats
la création de l'ONU. De nombreux membres de la Société membres du Conseil de sécurité.
des Nations avaient, à Genève, des délégués permanents49.
Ces délégués faisaient habituellement partie des missions 20. Le règlement intérieur provisoire du Conseil de
diplomatiques accréditées auprès du Gouvernement suisse. sécurité ne contient pas de dispositions se rapportant à la
Cependant, la pratique consistant à accréditer des déléga- clause du paragraphe 1 de l'Article 28 selon laquelle chaque
tions permanentes auprès de la Société des Nations n'était membre du Conseil de sécurité doit avoir, en tout temps, un
pas la règle5 °. représentant au Siège de l'Organisation. Dans sa première
phrase, l'article 13 du règlement se borne à stipuler que
18. La situation des délégations permanentes auprès de la "Chaque membre du Conseil de sécurité est représenté aux
Société des Nations a été décrite comme suit dans un réunions du Conseil de sécurité par un représentant
ouvrage récent sur le droit diplomatique : accrédité"; le reste de cet article 13 a trait aux pouvoirs des
représentants. Tous les membres du Conseil de sécurité ont,
Le développement des délégations permanentes est parallèle à au Siège des Nations Unies, une délégation auprès du
celui des organisations internationales. Leur apparition se situe lors Conseil de sécurité qui se compose habituellement du chef
des premières années de la Société des Nations; leur existence de la délégation, d'un représentant suppléant et d'un ou de
pourtant n'était aucunement prévue par le Pacte de la SDN. D'une plusieurs conseillers5 2 .
part en effet, on n'avait pas prévu la nécessité d'un lien permanent
entre les Etats Membres et l'Organisation; on pouvait penser alors
que, ce lien étant assuré temporairement par les représentants des 21. La Convention sur les privilèges et immunités*des
Etats aux réunions d'organes de la SDN, cela suffirait. D'autre part, Nations Unies, approuvée par l'Assemblée générale de
la doctrine ne voyait pas clairement la nature de la SDN, elle hésitait l'ONU le 13 février 1946, ne comporte pas de règles
sur la question de savoir si elle possédait ou non la personnalité spéciales concernant les représentants permanents. L'article
IV, section 11, parle en termes généraux des "représentants
48 des Membres auprès des organes principaux et subsidiaires
Documents officiels de l'Assemblée générale, quatorzième des Nations Unies et aux conférences convoquées par les
session, Supplément No 1 A (A/4132/Add.l).
Nations Unies" 53 . La Convention dispose que ces repré-
Pitman B. Potter, "Permanent Délégations to the League of
Nations", Geneva Spécial Studies, vol. I, No 8, 1930.
50 5
La distinction entre les représentants permanents et les Philippe Cahier, Le droit diplomatique contemporain, No 40,
délégués non résidents n'avait que peu d'effets pratiques dans le Genève, 1962, p. 411 et 412. Voir également P. H. Frei, De la
système de la SDN, tout au moins pour ce qui est des privilèges et situation juridique des représentants des Membres de la Société des
des immunités, étant donné que le paragraphe 4 de l'Article 7 du Nations, Paris, 1929, p. 27; R. Genêt, "La Société des Nations et le
Pacte de la SDN prévoyait que : "les représentants des Membres de droit d'ambassade actif et passif", Revue de droit international et de
la Société jouissent. . . des privilèges et immunités diplomatiques". législation comparée, 1935, p. 527 à 573.
A l'ONU, la situation est différente. Alors que les représentants 52
permanents jouissent des immunités diplomatiques, les délégués aux Voir Répertoire de la pratique suivie par les organes des
organes de l'ONU ne jouissent que des immunités fonctionnelles Nations Unies, vol. II, p. 118.
5
(voir par. 19 ci-après). Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 15.
132 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

sentants jouissent de certains privilèges et immunités, Bolivie qui a eu lieu à la Sixième Commission (affaires
essentiellement dans l'intérêt de leurs fonctions, tels que juridiques) a donné lieu à une longue discussion sur un
l'immunité d'arrestation personnelle ou de détention et de certain nombre de questions juridiques, parmi lesquelles on
saisie de leurs bagages personnels et en ce qui concerne les peut citer : a) le statut juridique des missions permanentes,
actes accomplis par eux en leur qualité de représentants (y b) la portée de l'institution des missions permanentes,
compris leurs paroles et écrits) et l'immunité de toute c) l'emploi du terme credentials, et d) la compétence de la
juridiction. Commission de vérification des pouvoirs5 8 .
22. La lacune qui existait en ce qui concerne les repré- 26. Le 3 décembre 1948, l'Assemblée générale a adopté à
sentants permanents a été comblée dans l'Accord entre l'unanimité sa résolution 257 A (III), dont le texte est le
l'Organisation des Nations Unies et les Etats-Unis suivant :
d'Amérique relatif au Siège de l'Organisation des Nations
Unies, signé le 26 juin 1947, qui comporte des dispositions L'Assemblée générale,
spéciales touchant les immunités des représentants per- Considérant que, depuis la création de l'Organisation des Nations
manents qui jouissent, en vertu de cet Accord, des mêmes Unies, l'usage s'est établi d'instituer des missions permanentes des
privilèges et immunités "qui sont accordés par les Etats- Etats Membres au siège de l'Organisation,
Unis aux envoyés diplomatiques accrédités auprès d'eux" Considérant que la présence de telles missions permanentes
(art.V,sect. 15) 5 4 . contribue à la réalisation des buts et des principes des Nations Unies
et permet, en particulier, d'assurer la liaison nécessaire entre les
Etats Membres et le Secrétariat dans les périodes entre les sessions
23. La Commission intérimaire de l'Assemblée générale a des différents organes des Nations Unies,
examiné, lors des réunions qu'elle a tenues du 5 janvier au
5 août 1948, la question de la compétence des missions Considérant qu'il convient dans ces conditions de prévoir la
généralisation de l'institution des missions permanentes et de
permanentes. La Commission a examiné une proposition réglementer la présentation des pouvoirs des représentants perma-
soumise par la République Dominicaine, aux termes de nents,
laquelle les chefs des délégations permanentes au Siège des Recommande
Nations Unies devraient être, en cette qualité, autorisés
1. Que les pouvoirs des représentants permanents émanent soit
d'office à représenter leur pays à la Commission intérimaire. du Chef de l'Etat, soit du Chef du gouvernement, soit du Ministre
Ceci donnerait plus de souplesse en n'exigeant pas de des affaires étrangères, et soient communiqués au Secrétaire général;
chaque délégation qu'elle présente de nouveaux pouvoirs 2. Que les désignations et changements de membres des missions
pour chaque convocation de la Commission intérimaire. permanentes autres que le représentant permanent soient commu-
niqués par écrit au Secrétaire général par le chef de la mission;
24. La Commission a également examiné la proposition 3. Que le représentant permanent, en cas d'absence temporaire,
notifie au Secrétaire général le nom du membre de la mission qui
présentée par la délégation bolivienne sur les missions exercera les fonctions de chef de la mission;
permanentes auprès des Nations Unies. Si l'on a générale- 4. Que les Membres désirant être représentés auprès d'un ou de
ment reconnu, à la Commission, la valeur et l'intérêt d'une plusieurs organes des Nations Unies par leurs représentants perma-
telle proposition, certains doutes ont été exprimés sur la nents, spécifient ces organes dans les pouvoirs communiqués au
question de savoir si ce problème était bien de la compé- Secrétaire général,
tence de la Commission intérimaire. On a exprimé l'opinion Charge le Secrétaire général de présenter à chaque session
qu'il devrait être examiné par l'Assemblée générale elle- ordinaire de l'Assemblée générale un rapport sur les pouvoirs des
représentants permanents auprès de ('Organisations des Nations
même et ceci plus particulièrement en raison du peu de Unies.
temps dont disposait la Commission intérimaire qui ne
serait pas en mesure de consacrer audit problème l'étude Office des Nations Unies à Genève
complète et détaillée qu'il méritait. En conséquence, il a été
décidé que la proposition bolivienne serait présentée à 27. L'Arrangement provisoire sur les privilèges et immu-
l'Assemblée générale sous forme d'annexé au rapport de la nités de l'Organisation des Nations Unies conclu entre le
Commission5 5 . Secrétaire général de l'ONU et le Conseil fédéral suisse,
signé le 11 juin 1946 à Berne et le 1er juillet 1946 à New
25. La proposition de la Bolivie relative aux missions York s9 , ne contient pas de dispositions particulières
permanentes auprès des Nations Unies5 6 a été examinée par relatives à la représentation permanente. Cependant, le 31
l'Assemblée générale au cours de la première partie de sa mars 1948, le Conseil fédéral suisse a rendu une décision
troisième session57. Le débat sur la proposition de la intitulée "Décision du Conseil fédéral suisse concernant le
statut juridique des délégations permanentes auprès de
54
l'Office européen des Nations Unies ainsi que d'autres
/&/</., vol. 11, p. 27. organisations internationales ayant leur siège en Suisse".
SS
Rapports de la Commission intérimaire de l'Assemblée géné- Cette décision se lit comme suit :
rale (5 janvier-5 août 1948), Documents officiels de l'Assemblée
générale, troisième session, Supplément No 10 (A/578, A/583,
A/605, A/606).
58
Documents officiels de l'Assemblée générale, troisième session, Le Rapporteur spécial a donné, dans son deuxième rapport, un
première partie, Séances plénières, Annexes, point 47 de l'ordre du aperçu de ces questions. Voir Annuaire de la Commission du droit
jour, document A/609. international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/195 et Add.l,
Ibid., troisième session, première partie, Sixième Commission, p. 158, par. 75 à 78.
59
124e à 127e séance, p. 619 à 651. Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 164.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvemementales 133

1. Les délégations permanentes d'Etats Membres bénéficient, Les représentants des Etats Membres de l'Organisation aux
comme telles, de facilités analogues à celles qui sont accordées aux sessions de ses organes ou aux conférences et réunions convoquées
missions diplomatiques à Berne. Elles ont le droit d'user de chiffres par elle, les membres du Conseil exécutif, ainsi que leurs suppléants,
dans leurs communications officielles et de recevoir ou d'envoyer les délégués permanents auprès de l'Organisation et leurs adjoints
des documents par leurs propres courriers diplomatiques. jouiront, pendant leur séjour en France pour l'exercice de leurs
2. Les chefs de délégations permanentes bénéficient de privilèges fonctions, des facilités, privilèges et immunités qui sont reconnus aux
et immunités analogues à ceux qui sont accordés aux chefs de diplomates de rang comparable des missions diplomatiques étran-
missions diplomatiques à Berne, à condition toutefois qu'ils aient un gères accréditées auprès du Gouvernement de la République fran-
titre équivalent. çaise .
3. Tous les autres membres des délégations permanentes béné-
ficient, à rang égal, de privilèges et immunités analogues à ceux qui
sont accordés au personnel des missions diplomatiques à Berne. Organisations régionales
4. La création d'une délégation permanente, les arrivées et les 30. Une étude de la situation des missions permanentes
départs des membres des délégations permanentes sont annoncés au auprès de diverses organisations régionales permet de se
Département politique par la mission diplomatique à Berne de l'Etat
intéressé. Le Département politique délivre aux membres des rendre compte mieux encore de l'influence que le dévelop-
délégations une carte de légitimation attestant les privilèges et pement de l'institution des missions permanentes auprès de
immunités dont ils bénéficient en Suisse . l'ONU a exercé sur d'autres organisations internationales.

Institutions spécialisées a) Organisation des Etats américains. Ni la Charte de


28. La situation des représentants permanents auprès des l'Organisation des Etats américains64, signée à Bogota le 30
institutions spécialisées a évolué dans le même sens que avril 1948, ni l'Accord sur les privilèges et immunités de
celle, décrite plus haut, des représentants permanents au l'Organisation des Etats américains, ouvert à la signature le
Siège de l'ONU à New York et à l'Office des Nations Unies 15 mai 19496 5 , ne contiennent de dispositions relatives aux
à Genève. missions permanentes. L'article 104 de cette charte parle en
général des "représentants des gouvernements auprès du
29. La Convention sur les privilèges et immunités des Conseil de l'Organisation", et leur accorde les privilèges et
institutions spécialisées, approuvée par l'Assemblée générale immunités "nécessaires leur permettant d'accomplir leurs
de l'ONU le 21 novembre 1947, régit le statut des fonctions en toute indépendance". L'article 7 de l'Accord
"représentants des membres" en général (art. V) 6 1 . Elle ne parle des "représentants des Etats membres des organes de
contient pas de dispositions particulères au sujet des l'Organisation" et définit les modalités de leurs immunités
"représentants permanents". Cette lacune a été comblée dans le sens des immunités fonctionnelles. Cependant,
dans plusieurs accords relatifs au siège conclus entre l'article premier de l'Accord bilatéral entre les Etats-Unis
diverses institutions spécialisées et les gouvernements hôtes d'Amérique et l'Organisation des Etats américains relatif
intéressés. Par exemple, l'alinéa a de la section 25 de aux privilèges et immunités des représentants au Conseil de
l'article XI de l'Accord relatif au siège de la FAO, signé le l'Organisation et des autres membres des représentations,
31 octobre 1950 entre le Gouvernement de la République signé à Washington le 22 juillet 1952 66 , dispose que :
italienne et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimen- Le Gouvernement des Etats-Unis d'Amérique étendra le bénéfice
tation et l'agriculture stipule que : des privilèges et immunités qu'il accorde aux envoyés diplomatiques
accrédités auprès de lui, sous réserve des conditions et des
Toute personne nommée auprès de la FAO par un Etat Membre obligations correspondantes : a) à toute personne qu'un Etat
en qualité de représentant permanent principal ou de représentant membre désigne comme son représentant titulaire ou comme
permanent ayant titre d'ambassadeur ou de ministre plénipoten- représentant intérimaire auprès du Conseil de l'Organisation des
tiaire, ainsi que les membres de sa mission, jouiront sur le territoire Etats américains; b) à tous les autres membres permanents de la
de la République italienne, qu'ils résident à l'intérieur ou à représentation au sujet desquels un accord est intervenu à cet effet
l'extérieur du siège central, des privilèges et immunités qui sont entre le gouvernement de l'Etat membre intéressé, le Secrétaire
accordés par le Gouvernement de la République italienne aux général de l'Organisation et le Gouvernement des Etats-Unis
envoyés diplomatiques et aux membres de leurs missions de rang d'Amérique.
comparable accrédités auprès du gouvernement et ce, sous réserve
des conditions et obligations correspondantes
b) Conseil de l'Europe. Ni le Statut du Conseil de
Dans le même sens, le paragraphe 1 de l'article 18 de l'Europe, adopté le 5 mai 1949 67 , ni l'Accord général sur
l'Accord entre le Gouvernement de la République française les privilèges et immunités du Conseil de l'Europe, signé le
et l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la 2 septembre 1949 68 n'envisagent la possibilité que les Etats
science et la culture, relatif au siège de l'UNESCO et à ses
privilèges et immunités sur le territoire français, signé à
3
Paris le 2 juillet 1954, dispose que : Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 357, p. 17. Il convient
de noter que cet accord ne limite pas la jouissance des immunités
diplomatiques aux membres des délégations permanentes, mais
60
Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et l'étend aux représentants aux réunions des organes de l'organisation
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et et aux conférences convoquées par elle, qui ne jouissent que
les immunités d'organisations internationales (ST/LEG/SER.B/10), d'immunités fonctionnelles selon les autres accords de siège.
p. 92. 4
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 119, p. 49.
61 5
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 33, p. 271. Union panaméricaine, Série sur le droit et les traités, No 21.
Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et 66
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 181, p. 152.
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et 67
les immunités d'organisations internationales, vol. II (ST/LEG/ Ibid., vol 87, p. 105.
68
SER.B/11), p. 195. Ibid., vol. 250, p. 15.
134 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

Membres installent une mission permanente, et ne font l'Organisation de l'unité africaine, adoptée par la Confé-
donc aucune référence au statut, aux privilèges, aux rence des chefs d'Etat et de gouvernement de cette
immunités ou aux facilités accordés aux représentants organisation72 ne contiennent de dispositions relatives aux
permanents, aux autres membres de la mission ou à la représentants permanents. Lors des séances qu'elle a tenues
mission elle-même. La représentation permanente est ap- du 6 au 9 décembre 1965 au siège de l'organisation, à
parue à la suite d'une résolution que la Comité des Ministres Addis-Abeba, la Commission des institutions a examiné la
a adoptée en mai 1951, à sa huitième session, au sujet de la "question des relations entre le secrétariat général et les
représentation permanente des Etats membres au siège du missions diplomatiques africaines accréditées à Addis-
Conseil; cette résolution se lit comme suit : Abeba", et a adopté la recommandation suivante :
La Commission des institutions recommande que les missions
Le Comité des Ministres, diplomatiques des Etats africains à Addis-Abeba maintiennent les
Considérant qu'il est dans l'intérêt du Conseil de l'Europe de excellentes relations qu'elles ont établies avec le secrétariat général
faciliter la liaison entre les gouvernements et le secrétariat général, de l'Organisation de l'unité africaine et continuent d'assurer la
liaison entre le secrétariat et leurs gouvernements respectifs73.
Adopte la résolution suivante :
Afin de faciliter la liaison entre son gouvernement et le secrétariat Le Conseil des Ministres de l'organisation a approuvé le 28
général, chaque membre est invité à envisager la possiblité de se faire février 1966, à sa sixième session ordinaire tenue à
représenter en permanence au siège du Conseil de l'Europe 69 Addis-Abeba, le rapport de la Commission des institutions.
Il semble ressortir de ce qui précède que l'Organisation de
Le statut des représentants permanents auprès du Conseil l'unité africaine est la seule organisation régionale à
de l'Europe a été défini dans le Protocole additionnel à compétence générale où ne soit pas encore apparue l'insti-
l'Accord général sur les privilèges et immunités du Conseil tution des missions permanentes. La période relativement
de l'Europe, signé à Strasbourg le 6 novembre 1952 70 . courte qui s'est écoulée depuis la création de cette
L'article 4 de ce Protocole stipule que : "les représentants organisation ne permet pas de tirer des conclusions défi-
permanents des membres auprès du Conseil de l'Europe nitives à ce sujet. Lorsque la Commission des institutions a
jouissent, durant l'exercice de leurs fonctions et au cours de examiné cette question, plusieurs difficultés se sont pré-
leurs voyages à destination ou en provenance du lieu des sentées, notamment au sujet des dépenses administratives
réunions, des privilèges, immunités et facilités dont ou budgétaires.
jouissent les agents diplomatiques de rang comparable".
Article 5. — Création de missions permanentes
c) Ligue des Etats arabes. Le Pacte de la Ligue des Etats
arabes, signé le 22 mars 1945, ne contient pas de Les Etats membres peuvent créer des missions perma-
dispositions relatives aux représentants permanents. L'ar- nentes au siège de l'Organisation pour l'accomplissement
ticle 14 du Pacte définit le statut des "membres du Conseil des fonctions définies à l'article 6 des présents articles.
de la Ligue" et de ceux de ses commissions7 *.
A la troisième séance de la douzième session ordinaire du Commentaire
Conseil de la Ligue, tenue le 29 mars 1950, la Commission 1) L'article 5 précise que l'institution d'une représen-
politique a approuvé la troisième résolution relative à la tation permanente auprès d'une organisation internationale
proposition tendant à nommer des représentants perma- ne revêt aucun caractère obligatoire. Les Etats membres
nents auprès de la Ligue en vue d'assurer la continuité de n'ont aucune obligation de créer des missions permanentes
ses travaux et de faciliter les liaisons avec les Etats au siège de l'Organisation.
membres. Le texte de cette résolution est le suivant :
La Commission politique a examiné la proposition du secrétaire 2) Lorsque l'Assemblée générale a débattu de la question
général ainsi que le mémoire joint concernant la nomination, pour des missions permanentes pendant la première partie de sa
les raisons exposées dans ledit mémoire, de représentants perma-
nents des Etats membres auprès du secrétariat général de la Ligue troisième session, certains représentants se sont demandés
des Etats arabes, et a décidé d'en accepter le principe et de s'il était bien opportun de maintenir dans le projet de
recommander aux Etats membres de prendre les mesures nécessaires résolution en discussion (voir note 56 ci-dessus) le dernier
afin de réaliser cet objectif. alinéa de son préambule, qui recommandait aux Etats
Membres de l'ONU d'établir des missions permanentes
d) Organisation de l'unité africaine. Ni la charte de auprès de l'ONU au Siège de l'Organisation. Tout en
l'Organisation de l'unité africaine, signée le 25 mai 1963, ni estimant souhaitable que les Etats Membres eussent une
la Convention générale sur les privilèges et immunités de mission permanente auprès des Nations Unies, il leur
semblait inutile de faire une recommandation spéciale à cet
9
effet, étant donné "les raisons d'ordre interne qui peuvent
Conseil de l'Europe, Assemblée consultative, troisième session empêcher certains Etats Membres de créer une mission
ordinaire, mai-novembre 1951, Message et rapport du Comité des
ministres, p. 61 et 62. Le texte anglais est plus précis : "... each
member should consider the possibility of appointing an officiai to
act as its permanent représentative at the seat of the Council of 7
Texte publié par le secrétariat de l'Organisation de l'unité
Europe". africaine, Addis-Abeba.
70 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 250, p. 33. 73
Organisation de l'unité africaine, document INST/Rpt.l/
71 Ibid., vol. 70, p. 257. Rev.l.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 135

permanente". Un représentant a estimé que la recomman- missions permanentes, mais d'énoncer les principes géné-
dation était "inutile car elle constituait une ingérence dans raux qui doivent régir leur création.
des questions d'administration interne de chaque Etat Cette question a également suscité des controverses
Membre". Un autre représentant a souligné que certains doctrinales. Les divergences de vues sont apparues au sujet
Etats Membres hésitaient à faire fonctionner des missions de l'interprétation qu'il fallait donner au paragraphe 4 de
permanentes au Siège de l'Organisation à cause de "contin- l'article 7 du Pacte de la Société des Nations, qui prévoit
gences administratives ou budgétaires particulières"74. que "les Représentants des Membres de la Société et ses
agents jouissent dans l'exercice de leurs fonctions des
3) Le fondement juridique des missions permanentes se privilèges et immunités diplomatiques". Certains auteurs (P.
trouve dans les actes constitutifs des organisations inter- H. Frei) ont pensé que cette disposition "couvrait aussi les
nationales, tels qu'ils ont été complétés par les conventions délégations permanentes" 78 . D'autres (Philippe Cahier) ont
générales sur les privilèges et immunités des organisations et vu dans une telle interprétation "un élargissement du texte
par les accords pertinents relatifs au siège. Il faut y ajouter de l'article 7, alinéa 4, du Pacte absolument injustifié"79.
la pratique qui s'est instaurée depuis l'apparition de cette Ce dernier s'est également élevé contre l'opinion des
institution dans le cadre de l'ONU. Selon Cahier, "le statut représentants qui, au cours des débats qui ont eu lieu à la
des délégations permanentes découle d'un certain nombre Sixième Commission pendant la troisième session de
de textes : textes législatifs internes, traités internationaux l'Assemblée générale de l'ONU, ont préconisé d'adopter une
tels que accords de siège, ainsi que de règles coutu- interprétation analogue, et il a formulé l'observation sui-
mières" 75 . vante :
Ce problème a suscité une divergence de vues parmi les Certains délégués à la Sixième Commission de la Troisième
membres de la Sixième Commission lorsque l'Assemblée Assemblée générale des Nations Unies, notamment Fitzmaurice,
générale de l'ONU a examiné, à sa troisième session, la Chaumont. . . ont prétendu que les articles des Conventions
générales consacrées aux représentants devraient être considérés
question des missions permanentes. D'après le mémo- comme comprenant aussi les délégués permanents. Il y a là un abus
randum préparé par le Secrétariat relatif aux délégations certain, car les termes employés ne laissent pas d'équivoque, on
permanentes auprès de l'ONU 76 , les délégations perma- parle en effet dans ces conventions : " . . . des représentants des
nentes, en tant que telles, n'avaient aucun statut juridique Membres auprès des organes principaux et subsidiaires des Nations
Unies"80.
reconnu ni aux termes de la Charte ni aux termes des
règlements intérieurs des différents organes des Nations Sans vouloir mêler la Commission à cette controverse
Unies. doctrinale, le Rapporteur spécial tient à signaler qu'à son
Le projet de résolution en discussion soulignait, au avis, il ne s'agit pas tellement de définir le fondement
troisième alinéa de son préambule, qu'il serait de l'intérêt juridique de l'institution des missions permanentes auprès
de tous les Etats Membres et des Nations Unies dans leur des organisations internationales, mais plutôt d'énoncer les
ensemble de conférer un statut juridique à l'institution de différentes règles qui régissent cette institution. Il tient à
missions permanentes auprès des Nations Unies. Certains signaler également que, dans les actes constitutifs des
représentants ont fait remarquer qu'il n'existait effecti- organisations internationales et des conventions générales
vement pas de dispositions régissant le statut des missions sur les privilèges et immunités de ces organisations, les
permanentes mais que celles-ci n'en étaient pas moins dispositions qui ont trait aux représentants des Etats
dotées d'un statut juridique. Ils ont cité le paragraphe 3 de membres auprès des organes de l'Organisation s'appliquent
l'Article 105 de la Charte, ainsi conçu : "L'Assemblée effectivement aux représentants permanents. Si ceux-ci sont
générale peut faire des recommandations en vue de fixer les considérés comme des représentants auprès du Secrétaire
détails d'application des paragraphes 1 et 2 du présent général, ils sont alors couverts par l'expression "repré-
Article ou proposer aux Membres des Nations Unies des sentants auprès des organes de l'Organisation", le Secrétaire
conventions à cet effet " et l'article IV de la Convention sur général étant un de ces organes. Cela s'applique a fortiori si
les privilèges et immunités des Nations Unies77 qui traite les représentants permanents sont considérés comme repré-
des privilèges et immunités des "représentants des sentants auprès de l'Organisation elle-même et non auprès
Membres". Ils ont en conséquence émis l'opinion que le de l'un de ces organes.
problème n'était pas de définir le statut juridique des
4) L'article 5 dispose que la création de la mission
7
permanente a lieu au Siège de l'Organisation. Ceci provient
Documents officiels de l'Assemblée générale, troisième session, du caractère de la mission permanente qui, en tant que
première partie. Sixième Commission, 124e à 127e séance, p. 619 à
651. Un représentant a déclaré que : "seuls sont obligés d'avoir une représentante de l'Etat d'envoi auprès de l'Organisation
représentation permanente les membres du Conseil de sécurité. Ceci elle-même ou de son secrétariat, maintient la liaison
résulte des dispositions de l'Article 28 de la Charte", et a estimé que nécessaire entre son gouvernement et l'Organisation.
"donner à l'envoi de missions permanentes un caractère obligatoire Les organisations internationales ont habituellement un
serait une mesure susceptible d'imposer des charges parfois lourdes à
certains Etats" et a demandé, en conséquence, "que l'envoi de siège principal. L'ONU a cependant un Office à Genève, où
missions permanentes ait un caractère facultatif (ibid., 126e un grand nombre d'Etats Membres ont des missions
séance, p. 637).
75 78
Cahier, op. cit., p. 411. Frei, op. cit., p. 27.
76 79
A/AC.18/SC.4/4. Cahier, op. cit., p. 412, note 5.
77 80
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 21. Ibid., note 8.
136 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

permanentes chargées d'assurer la liaison avec cet Office de l'Etat d'envoi. Dans un mémoire présenté au Secrétaire
ainsi qu'avec plusieurs institutions spécialisées qui y ont général de l'ONU en 1958, le Conseiller juridique a déclaré :
établi leur siège principal (OIT, OMS et OMM). On a déjà L'évolution qu'a connue l'institution des missions permanentes
mentionné, dans le présent rapport, l'Accord relatif au siège depuis l'adoption de cette résolution [résolution 257 A (III) de
de la Commission économique des Nations Unies pour l'Assemblée générale] montre que les missions permanentes as-
l'Afrique, conclu avec l'Ethiopie, qui est le seul des accords sument aussi des fonctions de caractère diplomatique. . . Les
missions permanentes s'acquittent de ces diverses fonctions selon
relatifs au siège d'une commission économique à prévoir des méthodes et procédures analogues à celles qu'emploient les
expressément le cas des représentants permanents (voir missions diplomatiques, et l'organisation de leurs services est elle
ci-dessus, article premier, commentaire, par. 9). aussi analogue à celle des missions diplomatiques que les Etats
accréditent les uns auprès des autres 82 .

Article 6. — Fonctions d'une mission permanente 5) II faut cependant noter que certaines fonctions des
missions diplomatiques ne sont pas remplies par les missions
Les fonctions d'une mission permanente consistent permanentes auprès d'organisations internationales, par
notamment à : exemple les fonctions consulaires et en particulier la
protection diplomatique, qui relève de la mission diplo-
a) Maintenir la liaison nécessaire entre l'Etat d'envoi et matique accréditée auprès de l'Etat hôte. L'article 6 ne
l'Organisation; comprend donc pas la fonction classique de la protection
b) Représenter l'Etat d'envoi auprès de l'Organisation; diplomatique.
c) Négocier avec l'Organisation;
6) L'alinéa e a pour but d'aider à atteindre l'un des buts
d) Suivre les activités de l'Organisation et les événements des Nations Unies qui est, aux termes du paragraphe 4 de
qui s'y produisent, et faire rapport à ce sujet au gouver- l'Article premier de la Charte, d'être "un centre où
nement de l'Etat d'envoi; s'harmonisent les efforts des nations".
e) Promouvoir la coopération avec l'Organisation et
aider à la réalisation des buts et de principes de l'Organisa-
tion. Article 7. — Nomination de la même mission permanente
auprès de deux ou plusieurs organisations
Commentaire
1) L'énumération détaillée de toutes les fonctions d'une L'Etat d'envoi peut nommer la même mission perma-
mission permanente serait très longue. L'article 6 ne fait nente auprès de deux ou plusieurs organisations.
que mentionner les principales fonctions sous des rubriques
très générales.
Article 8. — Nomination d'une mission permanente auprès
2) En tête, à l'alinéa a, vient la tâche qui caractérise de l'Etat hôte et éventuellement d'un ou plusieurs autres
l'activité principale de la mission permanente. Cette fonc- Etats
tion a été décrite de la manière suivante par deux auteurs
qui ont occupé des postes dans les missions permanentes de L'Etat d'envoi peut nommer une mission permanente
deux Etats Membres de l'ONU : "[Les missions] sont en auprès de l'Etat hôte et éventuellement d'un ou plusieurs
contact permanent avec le Secrétariat de l'ONU, font autres Etats.
rapport sur les réunions qui se sont tenues, fournissent des
indications concernant les réunions à venir, et servent Commentaire
d'intermédiaire et d'agent de renseignements pour les 1) II arrive qu'une mission permanente soit nommée afin
rapports de leur pays avec l'ONU" 81 . de représenter son Etat auprès de plusieurs organisations. A
l'Office des Nations Unies à Genève, la pratique s'est établie
3) L'alinéa b définit la fonction de représentation de la de nommer la même mission à la fois auprès des diverses
mission permanente. La mission représente l'Etat d'envoi institutions spécialisées qui ont leur siège à Genève et
auprès de l'organisation. La mission, et en particulier le auprès de l'Office des Nations Unies lui-même.
représentant permanent, le chef de la mission, est le
porte-parole de son gouvernement dans les communications 2) L'article 7 énonce le principe en termes généraux. Bien
avec l'organisation, ou dans les discussions avec cette qu'il se réfère à la mission en tant qu'organe, l'article est
organisation auxquelles les relations entre les Etats censé s'appliquer également aux cas où le représentant
Membres et l'organisation donnent lieu. permanent ou d'autres membres de la mission permanente
ont été nommés afin de représenter simultanément leurs
4) Les alinéas c et d énoncent deux fonctions diplo- pays auprès de deux ou plusieurs organisations pendant la
matiques classiques, à savoir négocier avec l'organisation et même période. Au Siège de l'ONU, des membres des
suivre les activités de l'organisation et les événements qui missions permanentes ont également exercé des fonctions
s'y produisent et faire rapport à ce sujet au gouvernement
82
81
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
John G. Hadwen et Johan Kaufmann, How United Nations droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et
Décisions are tnade (Leyden, 1962), p. 26. Add.let2,p. 179, par. 17.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 137

au nom de leurs gouvernements respectifs, par exemple requiert pas l'absence d'opposition de la part de l'organi-
auprès des institutions spécialisées installées à sation internationale et de l'Etat de réception. Les considé-
Washington83. rations qui inspirent une restriction de cet ordre dans le cas
d'une accréditation simultanée auprès de deux ou plusieurs
3) La pratique consistant à nommer la même mission ou Etats ne s'appliquent pas dans le cas où il y a accréditation
le même représentant auprès de deux ou plusieurs organi- à la fois auprès d'organisations internationales et auprès
sations ne se limite pas aux organisations de caractère d'Etats.
universel. Il est arrivé que certaines personnes représentent
leur pays auprès tant de l'ONU que d'organisations régio- Note concernant la nomination par deux ou plusieurs Etats
nales (par exemple, l'OEA) 84 . Les représentants perma- d'une mission permanente commune
nents de la Suède et de la Norvège auprès du Conseil de
l'Europe ont été accrédités simultanément auprès de la 31. L'article 6 de la Convention de Vienne sur les
Communauté économique européenne. relations diplomatiques8 7 et l'article 5 du projet d'articles
de la Commission du droit international sur les missions
4) L'article 5 de la Convention de Vienne sur les relations spéciales88 contiennent des dispositions concernant la
diplomatiques8 5 , qui réglemente l'accréditation d'un chef nomination d'une mission diplomatique par deux ou
de mission ou l'affectation d'un membre du personnel plusieurs Etats.
diplomatique auprès de plusieurs Etats, et l'article 4 du
projet d'articles sur les missions spéciales de la Commission 32. Dans les rares cas où cette situation s'est présentée
du droit international86 , qui a trait à la question de l'envoi dans le cadre de la représentation auprès d'organisations
de la même mission spéciale auprès de deux ou plusieurs internationales, il s'agissait en fait de la représentation
Etats, exigent l'absence d'opposition de la part des Etats de auprès d'un des organes de l'Organisation ou auprès d'une
réception. Cette restriction a pour but d'éviter le conflit et conférence réunie par celle-ci, et non l'institution même des
les difficultés qui peuvent surgir dans certains cas d'accré- missions permanentes.
ditation du même agent diplomatique auprès de plus d'un
Etat. Cependant, étant donné que les missions permanentes 33. La situation est résumée comme suit dans l'étude du
auprès des organisations internationales ont un caractère Secrétariat :
différent, puisqu'elles jouent essentiellement un rôle de La question de la représentation de plusieurs gouvernements ou
liaison entre l'Etat d'envoi et l'organisation intéressée, les Etats par une seule personne a été soulevée plusieurs fois au sein
considérations qui ont inspiré la restriction apportée à d'organes de l'ONU. Le Secrétariat et les organes intéressés n'ont
jamais cessé de soutenir que ce mode de représentation n'était
l'article 5 de la Convention de Vienne sur les relations admissible que s'il était expressément prévu par le règlement
diplomatiques et à l'article 4 du projet d'articles de la intérieur de l'organe intéressé. La pratique, parfois suivie, consistant
Commission du droit international sur les missions spéciales à accréditer l'agent d'un gouvernement comme le représentant d'un
ne valent pas dans le cas des missions permanentes auprès autre n'a pas été considérée comme donnant matière à objections
sur le plan juridique, à condition que l'intéressé ne remplisse pas
des organisations internationales. C'est pourquoi l'article 7 simultanément les fonctions de représentant de deux pays . . , 8 9
n'exige pas l'absence d'opposition de la part des organi-
sations intéressées pour la nomination de la même mission
permanente auprès de deux ou plusieurs organisations 34. Pour les raisons exposées plus haut, le Rapporteur
spécial a décidé de ne pas traiter de cette situation dans la
internationales. Une telle condition n'est pas justifiée par la
deuxième partie du présent projet d'articles réservée aux
pratique des organisations internationales.
missions permanentes et de l'envisager dans la troisième
5) L'article 8 correspond au paragraphe 3 de l'article 5 de partie concernant les délégués aux organes d'organisations
la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui internationales et aux conférences réunies par des organi-
stipule que : "Un chef de mission ou un membre du sations internationales.
personnel diplomatique de la mission peut représenter
l'Etat accréditant auprès de toute organisation inter- Article 9. — Nomination des membres
nationale." de la mission permanente
6) Plusieurs représentants permanents ou membres de
missions permanentes ont également été ambassadeurs de L'Etat d'envoi nomme à son choix les membres de la
leur pays auprès de l'Etat hôte ou d'un Etat voisin, ou bien mission permanente.
membres d'une mission diplomatique. Commentaire
7) L'article 8, comme le paragraphe 3 de l'article 5 de la 1) Par opposition aux articles correspondants de la
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, ne Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et du

87
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 101.
Ibid., p. 184, par. 38.
88
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1967,
Ibid., par. 39. vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 386.
8S
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 101. 89
Ibid., documents A/CN.4/L.118 et Add.l et 2, p. 185, par. 40.
86 Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1967, Voir également United Nations Juridical Yearbook, 1962 (édition
vol. II, document A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 385. provisoire) [ST/LEG/8], fasc. 2, p. 258.
138 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

projet d'articles sur les missions spéciales de la Commission Note concernant la nationalité des membres d'une mission
du droit international, l'article 9 ne subordonne pas la permanente
liberté de l'Etat d'envoi de choisir les membres de sa 35. La Convention sur les privilèges et immunités des
mission permanente auprès d'une organisation inter- Nations Unies n'apporte aucune restriction à la liberté de
nationale à l'agrément de l'Organisation ou de l'Etat hôte l'Etat d'envoi de nommer des représentants qui ne sont pas
en ce qui concerne la nomination du représentant perma- ressortissants de cet Etat. La section 15 de l'article IV
nent, le chef de la mission permanente. L'article 9 n'oblige dispose cependant que : "Les dispositions des sections 11,
pas non plus l'Etat d'envoi à obtenir le consentement de 12 et 13 ne sont pas applicables dans le cas d'un
l'Etat hôte pour nommer un ressortissant de ce dernier représentant vis-à-vis des autorités de l'Etat dont il est
membre de la mission permanente. ressortissant ou dont il est ou a été le représentant" 92 . Il en
va de même dans le cas de la Convention sur les privilèges et
2) Les membres de la mission permanente ne sont pas immunités des institutions spécialisées. La section 17 de
accrédités auprès de l'Etat hôte sur le territoire duquel le l'article V dispose que : "Les dispositions des sections 13,
siège de l'Organisation est situé. Ils n'entrent pas en 14 et 15 ne sont pas opposables aux autorités de l'Etat dont
relations ou en transactions directes avec l'Etat hôte, au la personne est ressortissante ou dont elle est ou a été le
contraire de ce qui se passe dans le cas de la diplomatie représentant"9 3 . On peut citer d'autres exemples : l'article
bilatérale. Dans ce dernier cas, l'agent diplomatique est 11 du Protocole additionnel No 1 à la Convention de
accrédité auprès de l'Etat accréditaire afin de remplir coopération économique européenne sur la capacité juri-
certaines fonctions de représentation et de négociation dique, les privilèges et les immunités de l'Organisation, du
entre l'Etat accréditaire et son propre Etat. Cette situation 16 avril 1948 : "Les dispositions de l'article 9 ne sont pas
juridique est à la base de l'institution de l'agrément de applicables dans le cas d'un représentant vis-à-vis des
l'agent diplomatique par l'Etat accréditaire et du droit qu'a autorités de l'Etat dont il est ressortissant ou a été le
cet Etat de demander le rappel de l'agent lorsqu'il le déclare représentant"9 4 ; l'alinéa a de l'article 12 de l'Accord
persona non grata. A la 1016e séance de la Sixième général sur les privilèges et immunités du Conseil de
Commission de l'Assemblée générale, le 6 décembre 1967, l'Europe, en date du 2 septembre 1949 : "Les dispositions
le Conseiller juridique de l'ONU a déclaré : des articles 9, 10 et 11 ci-dessus ne sont pas opposables aux
Pour déterminer l'étendue des privilèges et immunités diplo- autorités de l'Etat dont la personne est ressortissante ou
matiques dont doivent jouir les représentants auprès des organes et dont elle est ou a été le représentant"95 ; l'article 15 de la
des conférences des Nations Unies, le Secrétaire général s'inspirera Convention sur les privilèges et immunités de la Ligue des
des dispositions de la Convention de Vienne dans la mesure où elles Etats arabes, en date du 10 mai 1953 : "Les dispositions
s'appliquent mutatis mutandis auxdits représentants. Il y a bien
entendu lieu de noter que certaines dispositions telles, par exemple, des articles 11, 12 et 13 ne s'appliquent pas aux représen-
celles qui ont trait à l'agrément, à la nationalité ou à la réciprocité tants des membres par rapport aux gouvernements des Etats
ne s'appliquent pas à la situation des représentants auprès de dont ils sont les ressortissants ou qu'ils représentent"9 6 ; le
l'Organisation des Nations Unies90. paragraphe 5 de l'article V de la Convention générale sur les
privilèges et immunités de l'Organisation de l'unité afri-
3) Pour ce qui est de l'agrément, la situation des caine : "Les dispositions des paragraphes 1, 2 et 3 de
représentants permanents et délégués auprès de l'ONU à l'article V ne sont pas applicables à des représentants
l'égard de l'Etat hôte et du Secrétaire général a été exposée vis-à-vis des autorités de l'Etat dont ils sont ressortissants ou
par un auteur dans les termes suivants : dont ils sont ou ont été les représentants."
Toutefois, les représentants des Membres ne sont en aucune façon
accrédités auprès du Gouvernement des Etats-Unis. L'agrément On peut également citer quelques exemples de disposi-
implique une approbation préalable et un contrôle national. Il
trouve sa place et sa signification traditionnelles dans le cas des tions législatives : l'article 9 du Diplomatie Privilèges
représentants diplomatiques d'Etats étrangers qui sont appelés à (United Nations and International Court of Justice) Order
traiter avec le Gouvernement des Etats-Unis. Les représentants des in Council, 1947 du Royaume-Uni : "Aux fins de l'appli-
Membres auprès de l'Organisation des Nations Unies n'ont pas à cation de la présente ordonnance, l'expression "repré-
traiter avec les Etats-Unis, pas plus que les représentants à
l'Assemblée générale ou à d'autres organes de l'ONU. Les représen- sentants des gouvernements membres" s'entendra de . ..,
tants à l'Assemblée générale ou à d'autres organes de l'ONU ont des mais ne s'entendra pas de toute personne qui représente le
pouvoirs qui sont examinés par ces organes eux-mêmes. Les Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni, de
représentants permanents, bien qu'ils présentent leurs pouvoirs au toute personne employée par ce représentant, de toute
Secrétaire général, ne sont pas accrédités auprès de lui, car cela
impliquerait un droit de contrôle et celui de s'opposer à la personne qui est ressortissant britannique et qui ne repré-
nomination de certaines personnes par les Etats Membres. Les sente pas un gouvernement de Sa Majesté autre que le
Membres souverains de l'Organisation n'ont pas accordé ce droit au Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni, ni de
Secrétaire général 9l . toute personne accompagnant ce représentant-et employée

90
Voir Documents officiels de l'Assemblée générale, vingt- Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 23.
93
deuxième session, Annexes, point 98 de l'ordre du jour, document Ibid., vol. 33, p. 275.
A/C.6/385, p. 4. 94
91
Voir Annuaire européen, vol. I, p. 244.
Léo Gross, 'immunities and Privilèges of Délégations to the 95
United Nations", dans International Organization, vol. XVI, No 3, Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 250, p. 15.
96
été 1962, p. 491. Recueil des accords internationaux syriens, tome 3, No 68.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 139

par lui" 9 7 ; l'article 24 de la loi yougoslave relative à la Il convient de noter que cet auteur reconnaît que la
procédure civile, de 1957 : "Les règles de droit inter- désignation d'un ressortissant de l'Etat hôte comme
national s'appliquent en ce qui concerne la compétence des membre d'une mission permanente d'un autre Etat ne
tribunaux yougoslaves de connaître des affaires intéressant soulève pas, en principe, les difficultés qu'une situation
des ressortissants étrangers jouissant du droit d'immunité en analogue fait apparaître dans le cadre de la diplomatie
Yougoslavie et de connaître des affaires intéressant des bilatérale. Néanmoins, tenant compte du fait que cela peut
Etats étrangers et des organisations intergouverne- amener l'Etat hôte à accorder des privilèges à un de ses
mentales" 98 ; l'article 6 du l'arrêté canadien P.C. 1791 du ressortissants, il suggère de résoudre le problème en
18 novembre 1954 au sujet des privilèges et immunités de reconnaissant à l'Etat hôte le droit de s'opposer à la
l'Organisation de l'aviation civile internationale : "Aucune nomination de l'un de ses ressortissants comme membre
disposition du présent arrêté ne doit s'interpréter comme d'une mission permanente d'un autre Etat plutôt que le
exonérant un citoyen canadien résidant ou ayant sa droit de restreindre les privilèges et les immunités de
résidence ordinaire au Canada d'un impôt ou droit quel- l'intéressé.
conque levé au Canada par acte législatif' 99 ; l'alinéa c du
paragraphe 1 de l'article 8 du texte revisé du Diplomatie 38. Compte tenu de ce qui précède, le Rapporteur spécial
Privilèges (International Labour Organisation) Order in a décidé de ne pas inclure de disposition générale de
Council, 1949 adopté par le Royaume-Uni : "Les disposi- principe concernant la question de la nationalité des
tions du présent paragraphe ne s'appliqueront pas aux sujets membres de la mission permanente et de l'examiner dans le
britanniques ayant leur résidence ordinaire dans le cadre de l'étude des privilèges et des immunités, dans la
Royaume-Uni" 100 . section II de la deuxième partie du présent projet d'articles.

36. Il ressort de la pratique des Etats comme des 39. La seule objection que l'on pourrait élever est que,
dispositions conventionnelles et législatives que le consen- dans certains Etats, les ressortissants doivent obtenir le
tement de l'Etat hôte n'est pas requis pour la nomination consentement de leur gouvernement avant d'entrer au
d'un de ses ressortissants comme membre d'une mission service d'un gouvernement étranger. Cependant, c'est là une
permanente d'un autre Etat. C'est généralement sous l'angle obligation qui régit uniquement les rapports entre un
des immunités accordées aux membres de la mission que la ressortissant et son propre gouvernement; elle ne concerne
question est abordée et un certain nombre d'Etats font, à pas les relations entre les Etats et ne constitue donc pas une
cet égard, une distinction entre leurs ressortissants et ceux règle de droit international.
qui ne le sont pas.

37. Un auteur pose la question différemment : Accréditation du représentant permanent


Une question qui se pose est de savoir si un Etat pourrait
nommer, comme membre de sa délégation permanente, un ressor- Article 10
tissant de l'Etat du siège. Une telle mesure peut être fort utile pour
les Etats ne possédant pas un service diplomatique développé; de
plus, un des inconvénients d'une telle nomination qui se fait sentir 1. Les pouvoirs du représentant permanent émanent soit
pour les missions diplomatiques disparaît ici, car étant accréditées du Chef de l'Etat, soit du Chef du gouvernement, soit du
auprès d'une organisation internationale, les conflits de loyauté Ministre des affaires étrangères, et sont communiqués au
entre celle qu'une telle personne doit à l'Etat dont elle est Secrétaire général.
ressortissante et celle qu'elle doit à l'Etat qui l'emploie sont peu
problables. Toutefois un inconvénient majeur demeure, à savoir
l'obligation dans laquelle se trouverait l'Etat du siège d'accorder un 2. Le Secrétaire général présente à chaque session
statut privilégié à un de ses ressortissants sur son propre territoire. ordinaire de l'Assemblée générale, ou de tout autre organe
Pour cette raison, nous pensons que les règles de droit diplomatique désigné à cet effet, conformément à la règle en vigueur dans
en la matière doivent s'appliquer aussi ici, c'est-à-dire que l'Etat du l'organisation intéressée, un rapport sur les pouvoirs des
siège peut s'opposer à cette nomination lorsqu'il s'agit de personnel
ayant un caractère diplomatique, alors que la délégation permanente représentants permanents auprès de l'Organisation.
peut choisir librement son personnel administratif et technique
parmi des nationaux de cet Etat. La liberté doit par contre être Article 11
laissée à la délégation permanente d'employer des personnes
ressortissants d'un Etat tiers 101 .
1. Les Membres désirant être représentés auprès d'un ou
de plusieurs organes de l'Organisation par leurs représen-
97
Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et tants permanents spécifient ces organes dans les pouvoirs
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et présentés au Secrétaire général.
les immunités d'organisations internationales (ST/LEG/SER.B/10),
p. 116.
98 2. Sous réserve des stipulations du règlement intérieur de
Ibid., p. 175.
99 l'organisation intéressée et sauf dispositions contraires dans
Canada, Décrets, ordonnances et règlements statutaires, codifi- les pouvoirs du représentant permanent, celui-ci représente
cation 1955, p. 2831.
100
l'Etat d'envoi dans les différents organes de l'organisation.
Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et
les immunités d'organisations internationales, vol. II (ST/LEG/ Commentaire
SER.B/11), p. 55. 1) L'article 10 reprend, avec les modifications de rédac-
101
Cahier, op. cit., p. 419. tion nécessaires, l'alinéa 1 du premier paragraphe et le
140 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

deuxième paragraphe du dispositif de la résolution 257 A ou des transports. A l'Organisation mondiale de la santé, les
(III) de l'Assemblée générale, relative aux missions perma- pouvoirs doivent émaner du Chef de l'Etat, du Ministre des
nentes auprès de l'ONU. affaires étrangères, du Ministre de la santé publique ou de
toute autre autorité compétente.
2) La question de l'accréditation des représentants per-
manents a été débattue à la troisième session de l'Assemblée 5) Si les pouvoirs des représentants permanents sont
générale des Nations Unies 102 . L'emploi du terme "cre- habituellement communiqués au fonctionnaire principal de
dentials" dans la proposition bolivienne a été critiqué par l'organisation intéressée, qu'il soit désigné sous le nom de
certaines délégations. Un délégué a déclaré que "le mot "Secrétaire général", de "Directeur général" ou autrement,
credentials était inopportun, d'une part, parce qu'il tendait il n'existe pas de pratique constante pour ce qui est de
à faire considérer l'ONU comme un Etat dont le Secrétaire l'organe auquel le Secrétaire général doit faire rapport à ce
général serait le chef, les représentants permanents étant sujet. Le deuxième alinéa du dispositif de la résolution
accrédités auprès de lui, d'autre part, parce que les 257 A (III) de l'Assemblée générale charge le Secrétaire
représentants permanents devaient avoir des pleins pouvoirs général de présenter à chaque session ordinaire de l'As-
pour être en mesure d'accomplir certains actes, tels que la semblée générale un rapport sur les pouvoirs des représen-
signature de conventions". On a fait observer que les tants permanents auprès de l'Organisation des Nations
représentants permanents de certains pays Membres des Unies. Dans certaines organisations, les pouvoirs sont
Nations Unies avaient en réalité des "pleins pouvoirs" et présentés au Directeur général qui fait rapport à ce sujet à la
non pas des "credentials" ("lettres de créance"). Certains Conférence (Organisation des Nations Unies pour l'alimen-
délégués ont toutefois été d'un avis différent et ont dit leur tation et l'agriculture), ou au Conseil des gouverneurs
préférence pour le mot "credentials", soulignant qu'il avait (Agence internationale de l'énergie atomique). Dans
été employé à bon escient dans le projet de résolution et d'autres, il n'existe pas de procédure semblable. Le para-
qu'il n'était pas nécessaire que les représentants permanents graphe 2 de l'article 10 a pour but de fixer la pratique et de
reçoivent des pleins pouvoirs pour accomplir leur mission. poser une règle générale en ce qui concerne la présentation
des pouvoirs des représentants permanents au Secrétaire
3) Le terme "pouvoirs" (credentials) est utilisé dans le général et le rapport que celui-ci fait à ce sujet à
règlement intérieur des différents organes des Nations Unies l'Assemblée générale ou à tout autre organe de compétence
(chap. IV du règlement intérieur de l'Assemblée générale; analogue selon le cas particulier de l'organisation intéressée.
chap. III du règlement intérieur provisoire du Conseil de
sécurité; art. 19 du règlement intérieur du Conseil éco- 6) L'article 11 définit la situation des représentants
nomique et social; et art. 14 à 17 du règlement intérieur du permanents en ce qui concerne la représentation de l'Etat
Conseil de tutelle). C'est également le terme "pouvoirs" d'envoi auprès des organes de l'organisation. Le para-
(credentials) qui est couramment employé dans le règle- graphe 1 s'inspire de l'alinéa 4 du premier paragraphe du
ment intérieur d'autres organisations internationales (par dispositif de la résolution 257 A (III) de l'Assemblée
exemple : l'article III-2 du règlement général de l'Organi- générale.
sation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agri- La compétence des représentants permanents a été
culture; le chapitre 5 du règlement général annexé à la examinée par la Commission intérimaire de l'Assemblée
Convention internationale des télécommunications générale lors des séances qu'elle a tenues du 5 janvier au
(Montreux, 1965) dont les dispositions règlent la question 5 août 1948. La Commission a examiné une proposition
des pouvoirs des délégations aux conférences de l'Union soumise par la République Dominicaine. Aux termes de
internationale des télécommunications; l'article 22 b du cette proposition, les chefs des délégations permanentes au
règlement intérieur de l'Assemblée mondiale de la santé de Siège des Nations Unies devaient être en cette qualité
l'Organisation mondiale de la santé). autorisés d'office à représenter leur pays à la Commission
intérimaire. On a fait valoir que cela donnerait plus de
4) Selon la pratique générale, les pouvoirs des représen- souplesse en n'exigeant pas de chaque délégation qu'elle
tants permanents auprès des organisations internationales présente de nouveaux pouvoirs pour chaque convocation de
leur sont remis par le Chef de l'Etat, par le Chef du la Commission intérimaire. En ce qui concernait les
gouvernement ou par le Ministre des affaires étrangères. suppléants et les conseillers, l'article 10 du règlement
Dans le cas d'une ou deux institutions spécialisées, les intérieur de la Commission intérimaire stipulait qu'ils
pouvoirs des représentants permanents peuvent également pouvaient être normalement désignés par le représentant en
émaner du membre du gouvernement qui est à la tête du titre. En conséquence, des pouvoirs particuliers ne seraient
ministère qui correspond au domaine de compétence de nécessaires que lorsqu'un Membre de l'Organisation des
l'organisation intéressée. C'est ainsi que les pouvoirs des Nations Unies désirerait accréditer un envoyé spécial. Outre
représentants auprès de l'Organisation de l'aviation civile son utilité pratique, cette procédure, a-t-on dit, encoura-
internationale sont généralement signés par le Ministre des gerait tous les gouvernements à établir des délégations
affaires étrangères ou par le Ministre des communications permanentes, ce qui constituerait une contribution impor-
tante au travail des Nations Unies.
1 02 •» ^ Par ailleurs, on a fait remarquer qu'il convenait que la
Voir ci-dessus, par. 19 a 26, sect. I, deuxième partie; voir question des pouvoirs soit réglée par les gouvernements
aussi le deuxième rapport du Rapporteur spécial, Annuaire de la intéressés eux-mêmes. Par exemple, en accréditant le chef
Commission du droit international, 1967, vol. II, documents
A/CN.4/195etAdd.l, p. 155, 156 et 158, par. 61 à 65 et 77. d'une délégation permanente, il pourrait être spécifié qu'en
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 141

l'absence d'avis contraire, celui-ci pourrait faire fonction de les représentants permanents de pouvoirs semblables à ceux
représentant au sein de tous les organes et commissions des dont dispose le chef d'une mission diplomatique, est
Nations Unies. Toutefois, le représentant de la République maintenant très répandue" 104 . Cependant, lors de la mise
Dominicaine a bien précisé que la proposition soumise par en forme définitive du projet d'articles sur le droit des
son gouvernement ne visait exclusivement que la Com- traités, la Commission a décidé, en 1966, de remanier
1
mission intérimaire,103 l'alinéa b du paragraphe 2 de l'article 4 du texte de 1962,
dans lequel les chefs de missions permanentes auprès
7) D'après les renseignements fournis au Rapporteur d'organisations internationales étaient traités sur le même
spécial par les conseillers juridiques des institutions spécia- pied que les chefs de missions diplomatiques, de telle sorte
lisées, la question de savoir si les représentants permanents qu'ils auraient été automatiquement considérés comme
accrédités auprès d'elles sont autorisés à représenter leur représentant leur Etat à l'égard des traités rédigés dans le
Etat devant tous les organes a reçu des réponses qui varient cadre de l'organisation et aussi des traités conclus entre leur
quelque peu de l'une à l'autre. Il semble cependant, en règle Etat et l'organisation. Au paragraphe 6 de son commentaire
générale, que l'accréditation en tant que représentant sur l'article 6 du texte de 1966, la Commission a précisé
permanent n'autorise pas ledit représentant à participer aux que : "A la lumière des observations des gouvernements et
débats d'un organe auprès duquel il n'est pas spéci- d'un examen plus approfondi de la pratique, la Commission
fiquement accrédité. est arrivée à la conclusion qu'elle n'était pas fondée à
attribuer aux chefs des missions permanentes un pouvoir
8) Tandis que le paragraphe 1 de l'article 11 codifie aussi général de représenter les Etats dans la conclusion des
cette pratique, le paragraphe 2 tend à développer celle qui traités 105 ."
consiste à reconnaître au représentant permanent compé-
tence générale pour représenter son pays dans les différents 2) Le Rapporteur spécial pense que la Commission a
organes de l'organisation auprès de laquelle il est accrédité. adopté une attitude plutôt rigide à l'égard de la question du
A titre de règle supplétive, il établit une présomption en ce pouvoir des représentants permanents auprès des organi-
sens. Cette règle ne porte toutefois pas atteinte aux sations internationales, de représenter leur Etat dans la
fonctions de la commission de vérification des pouvoirs qui conclusion des traités. En interprétant la pratique dans ce
peut être créée ou autres procédures suivies par les domaine, il ne faut pas oublier qu'elle s'est formée au
différents organes pour examiner les pouvoirs des délégués à moment où l'institution de la mission permanente était au
leurs réunions. stade embryonnaire. Etant donné l'évolution de cette
institution qui est maintenant solidement établie et l'attri-
bution progressive, aux représentants permanents auprès
Article 12. — Pleins pouvoirs et fonctions des organisations internationales, de fonctions et de pou-
en matière de traités voirs semblables à ceux des chefs de missions diplo-
matiques, la Commission pourra examiner si elle entend
1. Les représentants permanents n'ont pas à établir qu'ils formuler la pratique existante ou énoncer une règle relevant
sont habilités à négocier, à rédiger et à authentifier des du développement progressif du droit international en la
traités élaborés dans le cadre d'une organisation inter- matière.
nationale auprès de laquelle ils sont accrédités ou conclus
entre leur Etat et ladite organisation.
3) Le paragraphe 2 de l'article 12 est inspiré de la
pratique des organisations internationales. La pratique des
2. Les représentants permanents doivent établir, en Nations Unies selon laquelle les représentants permanents
produisant un instrument de pleins pouvoirs, qu'ils sont doivent être dotés de pleins pouvoirs pour être habilités à
habilités à signer (définitivement ou ad référendum), au signer des accords internationaux a été analysée comme suit
nom de leur Etat, un traité rédigé dans le cadre d'une
par le Conseiller juridique, répondant à une demande
organisation internationale auprès de laquelle ils sont
formulée par un représentant permanent en 1953 :
accrédités ou conclu entre leur Etat et ladite organisation.
En ce qui concerne les représentants permanents, leur qualité de
représentant permanent n'a pas été considérée à elle seule comme
Commentaire suffisante à les habiliter à signer des accords internationaux sans
1) Le paragraphe 1 de l'article 12 est libellé sur le modèle être dotés de pleins pouvoirs spéciaux. La résolution 257 (III) de
l'Assemblée générale, en date du 3 décembre 1948, relative aux
de l'alinéa b du paragraphe 2 de l'article 4 du projet missions permanentes, ne contient aucune disposition à cet effet et
d'articles sur le droit des traités que la Commission du droit il n'a pas été fait mention de pouvoirs de cette nature au cours des
international a adopté à titre provisoire en 1962. Dans la débats qui ont précédé l'adoption de la résolution par la Sixième
partie correspondante du commentaire de cet article, la Commission de l'Assemblée générale. Il n'en reste pas moins qu'une
Commission a exposé que : "La pratique qui consiste à autorisation générale de signer les conventions et les accords conclus
sous les auspices des Nations Unies est incluse dans les lettres de
établir des missions permanentes auprès de certaines organi- créance de certains représentants. Mais, même en pareil cas, pour
sations internationales, pour représenter l'Etat, et à investir
104
103
Rapports de la Commission intérimaire de l'Assemblée Voir Annuaire de la Commission du droit international,
générale (5 juin-5 août 1948), Documents officiels de l'Assemblée 1962, vol. II, document A/5209, p. 181.
105
générale, troisième session, Supplément No 10 (A/578, A/583, Voir Annuaire de la Commission du droit international,
A/605, A/606). 1966, vol. II, document A/6309/Rev.l, p. 210.
142 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

éviter tout malentendu éventuel, si un accord prévoit que les Etats actuelle pour désigner les chefs de missions permanentes
peuvent être définitivement liés par une simple signature, il est auprès d'organisations internationales. L'article V, section
généralement d'usage de demander qu'un télégramme soit du chef
de l'Etat ou du chef du gouvernement, soit du Ministre des affaires 15, de l'Accord entre l'Organisation des Nations Unies et les
étrangères confirme que le représentant permanent dont les lettres Etats-Unis d'Amérique relatif au Siège de l'Organisation des
de créance contiennent l'autorisation en question est habilité à Nations Unies utilise l'expression "représentant résident"
signer l'accord en cause 106 . (résident représentative)110. Cependant, depuis l'adoption
de la résolution 257 A (III) de l'Assemblée générale sur les
Des pleins pouvoirs, délivrés par le chef de l'Etat ou du missions permanentes de l'ONU, c'est l'expression "repré-
gouvernement, ou par le ministre des affaires étrangères ou sentant permanent" qui a prévalu dans les actes constitutifs
une autre autorité responsable mentionnée au paragraphe 4 et la pratique des organisations internationales, à l'échelon
du commentaire des articles 10 et 11 ciniessus, sont tant mondial que régional. Il y a quelques exceptions à la
généralement nécessaires pour habiliter les représentants règle générale. L'Accord entre l'Agence internationale de
permanents à signer des accords rédigés dans le cadre des l'énergie atomique et l'Autriche relatif au siège de cette
institutions spécialisées. Sauf à l'Agence internationale de organisation emploie dans le texte anglais l'expression
l'énergie atomique et à l'Organisation des Nations Unies "résident représentative"1 ! 1 , et le texte anglais de l'Accord
pour l'éducation, la science et la culture, qui constituent une entre l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation
exception dans une certaine mesure, la qualité de repré- et l'agriculture et l'Italie relatif au siège de cette organi-
sentant permanent accrédité n'est pas considérée comme sation utilise également l'expression "résident représen-
suffisante pour habiliter un représentant à signer des tative' 1 2
accords au nom de son gouvernement; la dérogation limitée
accordée par l'Agence internationale de l'énergie atomique 4) Le terme "représentants" est défini à l'article IV de la
fait actuellement l'objet d'un examen 107 . Convention sur les privilèges et immunités des Nations
Unies. La section 16 de cet article, qui définit les privilèges
Article 13. — Composition de la mission permanente et immunités à accorder aux représentants des Etats
Membres, dispose que :
Une mission permanente se compose d'un ou de plusieurs Aux fins du présent article, le terme "représentants" est considéré
représentants de l'Etat d'envoi parmi lesquels ce dernier comme comprenant tous les délégués, délégués adjoints, conseillers,
peut désigner un chef de mission. Elle peut également experts techniques et secrétaires de délégation113 .
comprendre un personnel diplomatique, un personnel ad-
ministratif et technique et un personnel de service. Cette définition est reprise à l'article premier, section l,v, de
la Convention sur les privilèges et immunités des institu-
Commentaire tions spécialisées114 et à l'article IV, section 13, de
l'Arrangement provisoire sur les privilèges et immunités de
1) L'article 13 est libellé sur le modèle de l'article premier l'Organisation des Nations Unies conclu entre l'Organisation
de la Convention de Vienne sur les relations diploma- des Nations Unies et la Suisse1 x 5 . Cette définition est
tiques 108 et de l'article 9 du projet d'articles sur les généralement adoptée dans les instruments correspondants
missions spéciales présenté par la Commission du droit des organisations régionales. L'expression "secrétaires de
international 109 . délégation" est censée se référer aux secrétaires diplo-
matiques seulement et non au personnel de bureau. Dans
2) Chaque mission permanente doit comprendre au moins l'Accord entre l'Organisation de l'aviation civile interna-
un représentant de l'Etat d'envoi, c'est-à-dire une personne tionale et le Canada relatif au siège de cette organisation,
à laquelle cet Etat a attribué la tâche de le représenter au l'article premier, section 1,/, qui reproduit en substance la
sein de la mission permanente. Si la mission permanente définition ci-dessus, précise que l'expression "secrétaires de
comprend deux ou plusieurs représentants, l'Etat d'envoi délégation" comprend les secrétaires "d'un rang équivalent
peut désigner l'un d'eux comme chef de la mission. à celui de troisième secrétaire de mission diplomatique,
mais non le personnel de bureau"1 J 6 .
3) L'expression "représentant permanent" (permanent
représentative) est le titre généralement employé à l'heure 5) La composition et l'organisation des missions perma-
nentes sont très proches de celles des missions diplo-
106
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et Add.l
et 2, p. 184, par. 35. Pour plus amples renseignements, voir Série uo Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 11, p. 27.
législative des Nations Unies, "Précis de la pratique du Secrétaire m Ibid., vol. 339, p. 153.
général dépositaire d'accords multilatéraux" (ST/LEG/7), par. 28 à
36. Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et
On trouvera des renseignements détaillés sur la pratique des les immunités d'organisations internationales, vol. II (ST/LEG/
diverses institutions spécialisées dans l'Etude du Secrétariat, SER.B/ll),p. 336.
Annuaire de la Commission du droit international, 1967, vol. II, 113
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 25.
documents A/CN.4/L.118 et Add.l et 2, p. 213 et 214, par. 12. 11A
108 Ibid., vol. 33, p. 265.
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 97 et 99. 115
/Wd.,voL l,p. 172.
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 116
1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p.388. Ibid., vol. 96, p. 159.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 143

matiques que les Etats accréditent les uns auprès des autres. Article 14. — Effectif de la mission permanente
Aux paragraphes 7 et 8 du commentaire sur les articles 13 à
16 de son projet d'articles sur les relations et immunités L'Etat d'envoi devrait veiller à ce que l'effectif de sa
diplomatiques, la Commission du droit international décla- mission permanente ne dépasse pas les limites de ce qui est
rait : raisonnable et normal, eu égard aux circonstances et
La Commission n'a pas cru devoir traiter dans le projet du rang conditions qui régnent dans l'Etat hôte et aux besoins de la
des membres du personnel diplomatique de la mission. Ce personnel mission en cause et de l'organisation intéressée.
comprend les classes suivantes :
Ministres ou ministres-conseillers; Commentaire
Conseillers;
Premiers secrétaires; 1) L'article 14 est libellé sur le modèle du paragraphe 1 de
Deuxièmes secrétaires; l'article 11 de la Convention de Vienne sur les relations
Troisièmes secrétaires; diplomatiques119. Il y a toutefois une différence fonda-
Attachés. mentale. Selon les dispositions de la Convention de Vienne,
Il existe aussi des fonctionnaires spécialisés tels que les attachés l'Etat accréditaire "peut exiger que l'effectif d'une mission
militaires, navals, de l'air, commerciaux, culturels ou autres, qui soit maintenu dans les limites de ce qu'il considère comme
peuvent être placés dans l'une des classes susmentionnées117. raisonnable et normal.. .". Le texte initial, adopté par la
Commission (art. 10), portait la formule ". . . l'Etat accré-
Note relative aux attachés militaires, navals ou de l'air ditaire peut refuser d'accepter que l'effectif dépasse les
limites de ce qui est raisonnable et n o r m a l . . . " 1 2 0 .
40. La Convention de Vienne sur les relations diplo- L'article 14 énonce le problème différemment. Il formule
matiques comprend un article qui prévoit expressément simplement, en tant que règle de conduite pour l'Etat
que, dans le cas des attachés militaires, navals ou de l'air, d'envoi, la recommandation de s'efforcer, en constituant sa
l'Etat accréditaire peut, conformément à une pratique déjà mission permanente, de ne pas grossir indûment l'effectif de
assez répandue, exiger que leurs noms lui soient soumis à cette dernière.
l'avance aux fins d'approbation (art. 7) 1 1 8 .
2) Le problème de la limitation de l'effectif de la mission
41. Dans le cadre des organisations internationales, excep- a été réglé d'une autre façon dans le Projet d'articles sur les
tion faite des organisations régionales instituées à des fins missions spéciales, adopté par la Commission du droit
militaires, le personnel des missions permanentes ne international. Au paragraphe 6 du commentaire de la
comprend pas d'attachés militaires, navals ou de l'air. Dans Commission sur l'article 9 de ce projet 121 , il est dit que,
la pratique, les Etats ne font pas figurer cette catégorie de compte tenu de l'obligation de l'Etat d'envoi, aux termes de
personnes dans leurs missions permanentes auprès de l'article 8, d'informer à l'avance l'Etat de réception de
l'Organisation des Nations Unies, des institutions spécia- l'effectif qu'il se propose de donner à la mission spéciale, la
lisées, des organisations régionales à compétence générale et Commission n'a pas estimé devoir inclure dans le projet les
des organisations régionales à compétence limitée instituées règles qui sont énoncées dans l'article 11 de la Convention
à des fins non militaires. La seule exception est constituée de Vienne.
par les membres permanents du Conseil de sécurité des
Nations Unies qui, en cette qualité, sont membres du 3) Dans leurs réponses au questionnaire que leur avait
Comité d'état-major. Pour être représentés à ce comité, les adressé le Conseiller juridique de l'Organisation des Nations
membres permanents du Conseil de sécurité estiment Unies, les institutions spécialisées et l'Agence internationale
nécessaire - et c'est d'ailleurs ce qu'ils font - d'inclure de l'énergie atomique ont déclaré qu'elles n'éprouvaient
dans leurs missions permanentes des fonctionnaires spécia- aucune difficulté en ce qui concerne l'effectif des missions
lisés dans les questions militaires, navales et de l'air. permanentes accréditées auprès d'elles, et que les Etats
hôtes n'avaient imposé aucune restriction à l'effectif de ces
42. La question d'une approbation préalable de ces missions. Il résulte de la pratique même de l'Organisation
fonctionnaires ne se pose pas dans le cas des missions des Nations Unies, telle qu'elle est résumée dans l'étude du
permanentes. Comme on l'a précisé plus haut, les membres Secrétariat, que, bien qu'il n'existe, semble-t-il, aucune
des missions permanentes ne sont pas accrédités auprès de disposition limitant le nombre des membres d'une mission,
on a généralement admis qu'il existait une limite à ne pas
l'Etat hôte. En outre, aucune approbation préalable (agré-
dépasser12 2 . Lorsque des négociations ont eu lieu avec les
ment) n'est exigée pour le représentant permanent, chef de
autorités des Etats-Unis au sujet de l'Accord relatif au
la mission permanente. La même règle devrait a fortiori
s'appliquer aux attachés militaires, navals ou de l'air. C'est
pourquoi le Rapporteur spécial n'a pas cru opportun 119 Ibid., p. 103.
d'insérer un article analogue à l'article 7 de la Convention 120 Voir Conférence des Nations Unies sur les relations et
de Vienne sur les relations diplomatiques. immunités diplomatiques, Documents officiels, vol. II, document
A/CONF.20/4, p. 3.
117
Voir Annuaire de la Commission du droit international,
Voïi Annuaire de la Commission du droit international, 1958, 1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 388.
vol. II, document A/3859, p. 97. 122
118
Ibid., documents A/CN.4/L.118 et Add.l et 2, p. 180,
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 101. par. 18.
144 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

Siège, le représentant des Etats-Unis a accepté le principe considérations de nature pratique. Le mémorandum faisait
énoncé au projet d'article V, concernant les représentants valoir que " . . . la FAO n'a pas le caractère politique de
permanents, mais il a estimé "qu'il devrait y avoir une l'Organisation des Nations Unies et son Conseil ne siège pas
garantie contre l'application trop large de ce principe". Le en permanence . . . L'activité courante de l'organisation est
texte qui a alors été proposé (et finalement adopté avec le en outre d'ordre purement administratif et technique. On
légères retouches sous forme d'article V) a été considéré par est donc fondé à penser que les Etats membres de la FAO
le Secrétaire général et le Comité de négociation comme un ne se trouvent pas dans la nécessité de nommer à Rome un
compromis acceptable 123 . Le passage s'y rapportant de représentant permanent ayant rang de chef de mission ainsi
l'article V (sect. 15, par. 2) a la teneur suivante: "tous qu'une mission permanente ad hoc, à seule fin d'assurer la
membres permanents de leur personnel qui seront désignés liaison avec la FAO 1 2 6 ." La Conférence a adopté la
suivant accord entre le Secrétaire général, le Gouvernement résolution No 54 qui recommandait aux Etats Membres de
des Etats-Unis et le Gouvernement de l'Etat intéressé". "consulter le Directeur général pour qu'il puisse se ren-
seigner sur le point de vue du Gouvernement italien" s'il
4) La question de l'effectif des missions permanentes a voulait désigner comme représentant permanent "des per-
été examinée de façon indirecte à la septième session de la sonnes qui n'appartiennent pas à leur mission diplomatique
Conférence des Nations Unies pour l'alimentation et l'agri- accréditée auprès du Gouvernement italien ou n'y seront
culture, en 1953. Le débat portait sur l'interprétation du pas incluses"12 7 . Les problèmes posés par la mise en oeuvre
paragraphes de l'article XI de l'Accord relatif au siège, de cette résolution ont pu être résolus de façon satisfaisante
conclu entre cette organisation et l'Italie 124 . Le Gouver- par voie de négociations 128 . La référence à la section 15 de
nement italien a fait remarquer que, lorsqu'il avait signé l'article V de l'Accord relatif au Siège des Nations Unies,
l'Accord relatif au siège, il avait cru comprendre que les comme base de l'interprétation donnée par le Gouver-
représentants permanents seraient normalement choisis nement italien à l'article XI a de l'Accord relatif au siège de
parmi les chefs ou les membres des missions diplomatiques l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et
accréditées auprès du Gouvernement italien, ou, éventuel- l'agriculture, a suscité certaines observations de la part de
lement auprès du Saint-Siège, sauf dans le cas de pays avec l'ONU. Il était souligné dans ces observations que : "Le but
lesquels l'Italie n'entretient pas de relations diplomatiques de l'accord exigé dans la section 15 b (sic) [de l'Accord
ou dans le cas où l'Etat d'envoi choisirait de confier cette relatif au Siège de l'Organisation des Nations Unies] était
charge à un ressortissant italien. Dans son mémorandum du simplement de désigner administrativement le rang des
6 août 1953 adressé au Directeur général de l'Organisation membres des missions permanentes qui jouiraient des
des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, le privilèges et immunités des envoyés diplomatiques. Un
Gouvernement italien a déclaré que "Certes, l'Accord du accord définitif sur la ligne de démarcation entre les
Siège, qui dans son article XI reconnaît le droit des Etats membres des missions ayant le statut diplomatique et le
Membres de désigner des représentants permanents "prin- personnel purement administratif ou de service est donc
cipaux" ou "ayant rang d'ambassadeur ou de ministre intervenu peu de temps après l'entrée en vigueur de
plénipotentiaire" ne prévoit pas explicitement l'obligation l'Accord relatif au Siège de l'Organisation des Nations
d'obtenir au préalable l'agrément de ce représentant par le Unies. Ni à cette époque ni depuis, il n'a été question
Gouvernement italien". D'autre part, le mémorandum d'envisager la désignation de membres individuels du
soulignait que cet article est inspiré des dispositions de la personnel d'aucun représentant permanent." Il était déclaré
section 15 de l'article V de l'Accord conclu entre les en outre que la consultation avec le gouvernement de l'Etat
Etats-Unis d'Amérique et l'Organisation des Nations Unies hôte avant la nomination des membres des missions
qui prévoit que les membres permanents du personnel permanentes par les Etats Membres "ne doit pas être
desdits représentants sont désignés suivant accord entre le considérée comme correspondant à la pratique suivie au
Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, le Siège de l'Organisation des Nations Unies"12 9 .
Gouvernement des Etats-Unis et le Gouvernement de l'Etat
intéressé 125 . A l'appui de son argumentation en faveur 5) Comme il est dit ci-dessus, au paragraphe 1 du présent
d'une attitude restrictive à l'égard de la composition et, commentaire, l'article 14 ne prévoit pas que l'Etat hôte ou
indirectement, de l'effectif des missions permanentes auprès l'organisation puisse exiger que l'effectif de la mission soit
de la FAO, le Gouvernement italien a fait appel à des maintenu dans certaines limites ou qu'il puisse refuser

Ibid. Voir Rapport commun du Secrétaire gênerai et du 2


Comité de négociation sur les négociations avec les autorités des Conférence de la FAO, septième session, "Interprétation de
Etats-Unis d'Amérique au sujet des arrangements rendus nécessaires l'article XI a de l'Accord entre le Gouvernement de la République
par l'établissement aux Etats-Unis du Siège permanent de l'Organi- italienne et la FAO : note du Directeur général", document
sation des Nations Unies (A/67 et A/67/Add.l, 4 septembre 1946). C.53/52, 25 août 1953, p. 3.
127
Reproduit dans Série législative des Nations Unies, Handbook on the Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
Légal Status, Privilèges and Immunities of the United Nations droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et
(ST/LEG/2), p. 441. Add.l et 2, p. 210, par. 8.
124
Voir Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et 128 Ibid.
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et 129 Conférence de la FAO, septième session, "Observations de
les immunités d'organisations internationales, voL II (ST/LEG/ l'Organisation des Nations Unies sur l'interprétation de l'article XI a
SER.B/ll),p. 195. de l'Accord entre le Gouvernement italien et la FAO", Commis-
125 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 11, p. 27. sion III, document C.53/III/11, 23 novembre 1953.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 145

d'accepter un effectif dépassant ces limites, prérogative qui d) L'engagement et le congédiement de personnes rési-
a été reconnue à l'Etat accréditaire aux termes du para- dant dans l'Etat hôte en tant que membres de la mission ou
graphe 1 de l'article 11 de la Convention de Vienne sur les en tant que domestiques privés ayant droit aux privilèges et
relations diplomatiques 130 . Contrairement à ce qui a lieu immunités.
dans le domaine de la diplomatie bilatérale, les membres des
missions permanentes auprès des organisations inter- 2. L'Organisation communique à l'Etat hôte les notifi-
nationales ne sont pas accrédités auprès de l'Etat hôte. Ils cations visées au paragraphe 1 du présent article.
ne sont pas non plus accrédités auprès de l'organisation 3. L'Etat d'envoi peut également communiquer à l'Etat
internationale au sens propre du terme. Comme on le verra
hôte les notifications visées au paragraphe 1 du présent
dans différentes parties du présent projet d'articles, l'Etat
article.
hôte ou l'organisation qui a des griefs contre la mission
permanente ou l'un de ses membres ne peut pas chercher 4. Toutes les fois qu'il est possible, l'arrivée et le départ
satisfaction en recourant aux prérogatives reconnues à définitif doivent également faire l'objet d'une notification
l'Etat accréditaire dans le domaine de la diplomatie préalable.
bilatérale, prérogatives qui découlent du fait que les
envoyés diplomatiques sont accrédités auprès de l'Etat Commentaire
accréditaire et du droit que possède foncièrement ce dernier 1) L'article 15 est libellé sur le modèle de l'article 10 de la
de refuser en dernière analyse de maintenir ses relations Convention de Vienne sur les relations diplomatiques 132 ,
avec l'Etat accréditant. Dans le cas des missions perma- avec les modifications découlant du caractère particulier des
nentes auprès des organisations internationales, le recours missions permanentes auprès des organisations inter-
doit être recherché dans les consultations entre l'Etat hôte, nationales.
l'organisation intéressée et l'Etat d'envoi, mais le principe
que l'Etat d'envoi peut librement composer sa mission 2) II est souhaitable que l'Organisation et l'Etat hôte
permanente et choisir les membres de celle-ci doit être connaissent le nom des personnes qui peuvent demander à
reconnu. bénéficier de privilèges et immunités. La question de savoir
dans quelle mesure l'Etat d'envoi est tenu de donner
6) De même que le paragraphe 1 de l'article 11 de la notification de la composition de la mission ainsi que de
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, l'arrivée et du départ du chef, des membres et du personnel
l'article 14 prévoit, comme critères de la limitation de de la mission, se pose pour les missions permanentes auprès
l'effectif de la mission, les conditions qui régnent dans des organisations internationales exactement comme elle se
l'Etat hôte et les besoins de la mission. A ces critères, il pose pour les missions diplomatiques permanentes et les
ajoute les besoins de l'organisation intéressée. Plusieurs missions spéciales. Toutefois, il sied tout particulièrement
institutions spécialisée ont fait remarquer que, à cause du dans le cas des missions permanentes auprès des organi-
critère technique et pratique de leurs travaux, elles corres- sations internationales de se demander si l'Etat d'envoi est
pondaient directement avec les ministères ou avec les autres tenu de faire les notifications visées au paragraphe 1 de
autorités compétentes des Etats membres immédiatement l'article 15 à l'Organisation ou à l'Etat hôte ou aux deux.
intéressés, auquel cas les fonctions des représentants per-
manents perdaient de leur importance dans les activités 3) Situation au Siège de l'Organisation des Nations Unies.
quotidiennes, pour revêtir un caractère plus purement Le Secrétariat a adressé en décembre 1947 une lettre aux
officiel et plus espacé1 3 1 . Etats Membres les informant de l'entrée en vigueur de
l'Accord relatif au Siège de l'Organisation des Nations Unies
et rappelant les termes de la résolution 169 B (II) de
Article 15. — Notifications
l'Assemblée générale1 3 3 ; les Etats Membres étaient priés de
1. Sont notifiés à l'Organisation :
1 32
a) La nomination des membres de la mission, leur arrivée Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 103.
133
et leur départ définitif ou la cessation de leurs fonctions La résolution 169 B (II) de l'Assemblée générale, adoptée le
dans la mission; 31 octobre 1947, est ainsi rédigée :
"L'Assemblée générale
b) L'arrivée et le départ définitif d'une personne appar- "Décide de recommander au Secrétaire général et aux autorités
tenant à la famille d'un membre de la mission et, s'il y a compétentes des Etats-Unis d'Amérique de prendre pour guide la
section 16 de la Convention générale sur les privilèges et
lieu, le fait qu'une personne devient ou cesse d'être membre immunités des Nations Unies lorsqu'ils examineront, en vertu de
de la famille d'un membre de la mission; l'alinéa 2 et de la dernière phrase de la section 15 de l'Accord
c) L'arrivée et le départ définitif de domestiques privés concernant le Siège de l'Organisation, quelles sont les catégories
du personnel des délégations pouvant figurer sur les listes qui
au service des personnes visées à l'alinéa a du présent seront dressées suivant accord entre le Secrétaire général, le
paragraphe et, s'il y a lieu, le fait qu'ils quittent le service Gouvernement des Etats-Unis d'Amérique et le Gouvernement de
desdites personnes; l'Etat Membre intéressé."
La section 16 de la Convention sur les privilèges et immunités des
130
Voir note 119 ci-dessus. Nations Unies est ainsi rédigée :
131
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du "Aux fins du présent article, le terme "représentants" est
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et considéré comme comprenant tous les délégués, délégués adjoints,
Add.l et 2, p. 210, par. 9. conseillers, experts techniques et secrétaires de délégation."
146 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

communiquer le nom et le rang de toute personne qui, de système ne porterait en rien préjudice à l'interprétation à donner au
l'avis de l'Etat intéressé, entrait dans les catégories de paragraphe 2 de la section 15 de l'Accord relatif au Siège qui a été
conclu entre l'Organisation des Nations Unies et les Etats-Unis
personnes visées aux alinéas 1 ou 2 de la section 15 de d'Amérique137.
l'Accord relatif au Siège de l'Organisation des Nations
Unies 134 . 4) Situation à l'Office des Nations Unies à Genève. La
La question de la nomination des membres de missions question des notifications est réglée au paragraphe 4 de la
permanentes a été réglée par la résolution 257 A (III) de résolution adoptée par le Conseil fédéral suisse le 31 mars
l'Assemblée générale. A l'alinéa 2 du premier paragraphe du 1948, intitulée "Décision du Conseil fédéral suisse concer-
dispositif de cette résolution, il est prescrit "que les nant le statut juridique des délégations permanentes auprès
désignations et changements de membres des missions de l'Office européen des Nations Unies ainsi que d'autres
permanentes autres que le représentant permanent soient organisations internationales ayant leur siège en Suisse". Ce
communiqués par écrit au Secrétaire général par le chef de paragraphe dispose que ". . . la création d'une délégation
la mission". permanente, les arrivées et les départs des membres des
Sur la base de la pratique établie en 1947 et 1948, la délégations permanentes sont annoncés au Département
procédure normale consiste à l'heure actuelle pour les politique par la mission diplomatique à Berne de l'Etat
missions à communiquer à la Section du protocole et de la intéressé. Le Département politique délivre aux membres
liaison du Secrétariat les nom et qualité de leurs membres des délégations une carte de légitimation attestant les
qui ont droit aux privilèges et immunités visés aux privilèges et immunités dont ils bénéficient en Suisse 138 ."
paragraphes 1 et 2 de la section 15 de l'Accord relatif au Cette règle a été critiquée par un auteur dans les termes
Siège. Le Secrétariat transmet alors ces renseignements au suivants :
Département d'Etat des Etats-Unis par l'intermédiaire de la
D'après la décision de 1948 du Conseil fédéral suisse, c'est à la
mission des Etats-Unis. Sur notification du Département mission diplomatique à Berne de l'Etat intéressé qu'il incombe de
d'Etat, la mission des Etats-Unis envoie ensuite à l'intéressé signaler les arrivées et départs au sein de la délégation permanente.
une lettre type qui précise les privilèges et immunités C'est ignorer que le lien diplomatique a lieu entre l'organisation
accordés13 5 . internationale et l'Etat d'envoi et non entre ce dernier et l'Etat du
Siège. En outre, que se passera-t-il au cas où la délégation
Le 31 juillet 1964, le Secrétaire général adressa aux permanente représente un Etat non reconnu par la Suisse? Il vaut
missions permanentes une note dans laquelle il exposait une mieux que ce soit l'organisation internationale qui transmette à
procédure qui permettrait de réduire ou de supprimer le l'Etat du Siège les allées et venues des membres des délégations
délai qui s'écoule entre l'arrivée des membres du personnel permanentes139.
d'une mission permanente et le moment où le gouverne-
ment du pays hôte reconnaît aux intéressés les privilèges et 5) Pratique des institutions spécialisées. La pratique suivie
immunités accordés en vertu de l'Accord relatif au Siège. La par les institutions spécialisées en ce qui concerne la
note exposait que : procédure prescrite pour la notification de la composition
Les autorités américaines ont fait savoir au Secrétaire général des missions permanentes et de l'arrivée et du départ de
qu'elles se proposaient d'appliquer une nouvelle procédure en vue de leurs membres n'est pas uniforme et est loin d'être
réduire ou de supprimer le délai qui s'écoule actuellement entre systématique. Quelques-unes de ces institutions (l'Orga-
l'arrivée aux Etats-Unis de membres du personnel des missions nisation internationale du travail, par exemple) ont indiqué
permanentes et le moment où le pays hôte reconnaît à ces membres dans leur réponse que, dans certains cas, les Etats membres
les privilèges et immunités accordés en vertu de l'Accord relatif au
Siège. Cette nouvelle procédure permettrait aux missions perma- se bornent à faire savoir au Directeur général, avant ou
nentes qui le souhaiteraient de communiquer au Gouvernement des immédiatement après l'arrivée de l'intéressé, que telle
Etats-Unis le nom des personnes désignées pour faire partie de la personne a été désignée comme représentant permanent
mission avant que les intéressés n'arrivent aux Etats-Unis 6 . auprès de l'Organisation. Dans d'autres cas, la personne
La note soulignait que :
137
Le Secrétaire général a fait savoir à la mission des Etats-Unis qu'à L'interprétation du paragraphe 2 de la section 15 de l'Accord
son avis les missions permanentes qui souhaiteraient suivre cette relatif au Siège a donné lieu à controverse dans l'affaire Santiesteban
procédure pourraient la trouver utile. L'application du nouveau Casanova en 1962. Au cours de ses pourparlers avec les autorités
américaines, l'Organisation des Nations Unies a soutenu que le
libellé du paragraphe 2 de la section 15 et les dispositions
précédemment établies n'autorisaient pas la thèse défendue par les
1 autorités américaines, selon laquelle l'agrément des trois parties en
Les alinéas 1 et 2 de la section 15 de l'Accord relatif au Siège
sont ainsi rédigés : cause (à savoir le Secrétaire général, les Etats-Unis et les Etats
"1) Toute personne nommée auprès de l'Organisation des Membres) signifiait que l'assentiment de chacune des trois parties
Nations Unies par un Membre, en qualité de représentant était nécessaire dans le cas de chaque membre résident de la Mission
permanent principal ou de représentant permanent ayant rang d'un Etat auprès de l'Organisation des Nations Unies. Ibid., p. 187
d'ambassadeur ou de ministre plénipotentiaire, et 188, par. 56 à 59. La question de l'agrément de l'Etat hôte dans
"2) Tous membres permanents de leur personnel qui seront le cas de chacune des nominations de membres des missions sera
désignés suivant accord entre le Secrétaire général et le Gouver- examinée dans la section II de la deuxième partie du présent projet
nement des Etats-Unis et le Gouvernement de l'Etat in- d'articles, intitulée "Facilités, privilèges et immunités".
téressé . . . " Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et
13S
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et les immunités d'organisations internationales (ST/LEG/SER.B/10),
Add.l et 2, p. 187, par. 53. p. 92.
136 139
Pour le texte de cette note, ibid., p. 188, par. 60. Cahier,op. cit., p. 417, note 14.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 147

désignée dépose une lettre de créance. La pratique du de l'article, l'Etat d'envoi a la faculté de communiquer les
Directeur général consiste à faire savoir à l'Etat membre notifications indépendamment à l'Etat hôte. Il est à noter
intéressé, en réponse à une communication sur ce sujet, que le paragraphe 3 apporte un complément et non une
qu'il a pris note de ladite communication. Il n'existe pas à solution de rechange ou de remplacement à la procédure
TOIT de procédure similaire à celle qui a été établie à fondamentale prescrite aux paragraphes 1 et 2 de l'article.
l'ONU en vertu de la résolution 257 A (III) adoptée par
l'Assemblée générale le 3 décembre 1948. L'arrivée et le
départ des représentants, des membres de leurs familles et
Article 16. — Représentant permanent "ad intérim"
des domestiques privés font l'objet de la part des Etats
membres, de notifications distinctes à l'Etat hôte. D'autres
Si le poste de représentant permanent est vacant, ou si le
institutions spécialisées (l'Organisation des Nations Unies
représentant permanent est empêché d'exercer ses fonc-
pour l'éducation, la science et la culture, par exemple) ont
tions, un chargé d'affaires "ad intérim" agit à titre
indiqué que lorsqu'un représentant permanent soumet ses
provisoire comme représentant permanent par intérim. Le
lettres de créance au Directeur général, c'est l'Organisation
nom du représentant permanent par intérim sera notifié à
qui prie l'Etat hôte de fournir au représentant une carte
l'Organisation soit par le représentant permanent soit, au
diplomatique; cette demande constitue une notification
cas où celui-ci est empêché de le faire, par l'Etat d'envoi.
implicite à l'Etat hôte. Dans un très petit nombre de cas,
cette demande est faite par l'ambassade de l'Etat intéressé,
sans l'intervention de l'Organisation. Toutefois, d'autres Commentaire
institutions (l'Organisation mondiale de la santé, par 1) L'article 16 correspond à l'article 19 de la Convention
exemple) ont répondu qu'il n'existe pas d'arrangement de Vienne sur les relations diplomatiques. Il s'applique au
formel : le Directeur général est informé de la désignation cas où le poste de chef de la mission devient vacant, ou au
du représentant permanent, soit directement par le Minis- cas où le chef de la mission est empêché d'exercer ses
tère des affaires étrangères de l'Etat membre intéressé, soit fonctions.
par l'intermédiaire de l'Office des Nations Unies à Genève.
En règle générale, l'arrivée et le départ de représentants ne 2) La résolution 257 A (III) de l'Assemblée générale
font pas l'objet d'une notification à l'Etat hôte. Il faut prévoit que les fonctions de chef de mission peuvent être
également signaler la distinction qui a été faite dans les exercées temporairement par quelqu'un d'autre que le
réponses de certaines organisations entre la notification des représentant permanent. Aux termes de l'alinéa 3 du
nominations, d'une part, et la notification des arrivées et premier paragraphe du dispositif, "le représentant perma-
départs, d'autre part. Alors que la nomination au poste de nent, en cas d'absence temporaire, notifie au Secréatire
représentant permanent est communiquée à l'organisation, général le nom du membre de la mission qui exercera les
habituellement les Etats membres notifient l'arrivée et le fonctions de chef de la mission".
départ des représentants à l'Etat hôte directement par les
voies diplomatiques ordinaires. 3) Dans le "livre bleu" des Nations Unies, qui donne la
liste des membres des missions permanentes, l'expression
6) II semble ressortir de l'étude qui précède de la pratique "chargé d'affaires, a.i." est employée à partir du moment
suivie que l'ONU a mis au point un système de notification où le Secrétariat a été informé d'une telle désignation.
pour la désignation des membres des missions permanentes Lorsqu'on a demandé aux institutions spécialisées s'il était
ainsi que pour les arrivées et les départs mais que les d'usage que les missions permanentes leur notifient qu'un
dispositions appliquées dans les institutions spécialisées sont représentant permanent ou un chargé d'affaires par intérim
fragmentaires et loin d'être systématisées. Au moment de était devenu chef de mission à titre temporaire, ces
poser la règle à adopter en matière de notification, on peut organisations ont fourni des réponses diverses. Plusieurs
envisager deux possibilités : soit prendre acte de la pratique d'entre elles ont indiqué qu'elles reçoivent d'ordinaire des
des organisations internationales et prescrire une règle notifications concernant la désignation de représentants
offrant des possibilités de choix, soit fixer une régle- permanents par intérim. D'autres ont répondu que, dans la
mentation uniforme. Selon la première possibilité, les pratique, certaines missions permanentes notifient à l'orga-
notifications seraient adressées à l'organisation (ce serait le nisation que le représentant permanent adjoint exerce à
terme principal de l'alternative), mais il serait prévu titre provisoire les fonctions de chef de mission, ou que
parallèlement une "variante" en vertu de laquelle les l'organisation est parfois informée qu'un représentant per-
notifications seraient adressées à l'Etat hôte. De l'avis du manent ad intérim ou un chargé d'affaires est tempo-
Rapporteur spécial, il serait bon d'établir une réglemen- rairement chargé d'une mission. D'autres encore ont
tation uniforme; l'article 15 va d'ailleurs dans ce sens. indiqué qu'elles ne suivaient aucune pratique de ce genre.
Une ou deux institutions ont signalé que les missions se
7) Les considérations sur lesquelles est fondée la règle composant fréquemment du seul représentant résident et
formulée dans l'article 15 sont à la fois théoriques et rarement de plus de trois personnes, il n'était pas d'usage
pratiques. L'article repose essentiellement sur l'idée que, la jusqu'à présent d'adresser cette sorte de notification.
relation directe étant entre l'Etat d'envoi et l'organisation,
les notifications doivent être faites à l'organisation (par. 1). 4) II convient de distinguer la nomination d'un chargé
Les notifications sont communiquées à l'Etat hôte par les d'affaires de celle d'un "représentant suppléant" ou d'un
soins de l'organisation (par. 2). Aux termes du paragraphe 3 "représentant permanent adjoint". Ces expressions sont
148 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

toutes deux utilisées par les Etats membres, la seconde 2. Une mission permanente peut, avec le consentement
étant fréquemment employée pour désigner la personne qui de l'Etat hôte ou de l'Etat intéressé, établir son siège dans
vient au second rang, immédiatement après le représentant d'autres localités que celle où se trouve le siège de
permanent lui-même 140 . l'Organisation.

Article 17. — Préséance Article 19. — Bureaux hors du siège


de la mission permanente
L'ordre de préséance des chefs de mission permanente est
établi conformément au règlement en vigueur dans l'orga- Une mission permanente ne peut, sans le consentement
nisation intéressée. de l'Etat hôte, établir des bureaux dans d'autres localités
que celle où la mission elle-même est établie.
Commentaire
Commentaire
1) La question de l'ordre de préséance des chefs de
mission permanente ne figurait pas dans la liste des 1) Les dispositions de ces deux articles ont pour but
questions composant le questionnaire établi par le d'éviter la situation délicate dans laquelle se trouverait
Conseiller juridique de l'Organisation des Nations Unies14 ï . l'Etat hôte si une mission établissait ses locaux dans
Les réponses des conseillers juridiques des institutions d'autres localités que celle où se trouve le siège de
spécialisées auxquelles le questionnaire était adressé ne l'Organisation.
contiennent pas non plus de renseignements sur ce point.
Le Rapporteur spécial a demandé au Service juridique de 2) L'Accord relatif au Siège de l'Organisation des Nations
l'Organisation des Nations Unies de lui fournir les éléments Unies ne contient rien de particulier au sujet des locaux des
d'information nécessaires sur la pratique des Nations Unies missions. La résolution 257 A (III) de l'Assemblée générale
à cet égard. En attendant de recevoir ces renseignements, le a trait au personnel des missions permanentes (pouvoirs
Rapporteur spécial a décidé d'inclure à titre provisoire dans d'un représentant permanent, communication de la désigna-
son projet le texte du présent article 17. tion du personnel d'une mission permanente, etc.) mais non
aux locaux de ces missions. La pratique suivie au Siège de
2) A la différence de l'article 16 de la Convention de l'Organisation des Nations Unies en ce qui concerne les
Vienne sur les relations diplomatiques 142 , l'article 17 ne locaux a été résumée dans une lettre envoyée par le
fait pas mention des classes auxquelles appartiennent les Conseiller juridique de l'Organisation des Nations Unies au
chefs de mission. La classification entre ambassadeurs, Conseiller juridique de l'une des institutions spécialisées et
ministres et chargés d'affaires en pied n'est pas applicable dont voici un extrait :
au système des missions permanentes auprès d'organisations Dans la pratique, les missions permanentes ne nous font pas
internationales14 3 . connaître à l'avance l'endroit où elles ont l'intention d'établir leurs
bureaux et, pour autant que je sache, n'en avisent pas non plus la
mission permanente des Etats-Unis d'Amérique, sauf dans les cas où
Article 18. — Siège de la mission permanente une mission désire obtenir une aide d'une sorte ou d'une autre, par
exemple, lors de l'acquisition d'un immeuble. Naturellement, les
missions permanentes nous communiquent l'adresse de leurs
1. Une mission permanente a son siège dans la localité bureaux, lorsqu'ils sont établis, ainsi que tout changement d'adresse
où se trouve le siège de l'Organisation. éventuel. Nous publions ces adresses dans la liste mensuelle des
missions permanentes. Nous faisons étalement connaître les nou-
velles adresses à la mission des Etats-Unis d'Amérique; parfois,
140 celle-ci en est informée directement par la mission permanente
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du intéressée mais ceci n'implique aucune procédure, consultation ou
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et acceptation particulière, ni tacite ni formelle
Add.l et 2, p. 179, par. 12.
Voir deuxième rapport du Rapporteur spécial, Annuaire de la 3) A l'Office des Nations Unies à Genève, les autorités
Commission du droit international, 1967, vol. II, documents
A/CN.4/195 et Add.l, p. 146, par. 5 et 6. fédérales suisses ont fait savoir, par lettre circulaire, aux
142 missions permanentes auprès de l'Office, qu'elles n'avaient
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 105. en principe aucune objection à ce qu'une^mission unique
143
L'article 14 de la Convention de Vienne sur les relations représente un Etat à la fois à Berne et à l'Office des Nations
diplomatiques est ainsi conçu : Unies à Genève mais qu'elles ne reconnaîtraient de telles
1. Les chefs de mission sont répartis en trois classes, à savoir : missions comme ambassades que si leurs bureaux étaient
a) Celle des ambassadeurs ou nonces accrédités auprès des chefs situés à Berne. Actuellement, toutes les missions perma-
d'Etat et des autres chefs de mission ayant un rang équivalent; nentes auprès de l'Office des Nations Unies à Genève, sauf
b) Celle des envoyés, ministres ou internonces accrédités auprès trois, ont leurs bureaux à Genève, deux missions ayant leurs
des chefs d'Etat; bureaux à Berne, et une à Paris14 5 .
c) Celle des chargés d'affaires accrédités auprès des ministres des
affaires étrangères. 144
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et
2. Sauf en ce qui touche la préséance et l'étiquette, aucune Add.l et 2, p. 204, par. 154.
différence n'est faite entre les chefs de mission en raison de leur 14S
classe. Ibid.,p. 204, par. 155.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvemementales 149

4) Les réponses des institutions spécialisées indiquent en beaucoup de locaux de missions soient utilisés aussi à
général que l'organisation ni l'Etat hôte n'ont jamais imposé d'autres fins (par exemple, comme ambassade ou comme
de restrictions quant au lieu des locaux d'une mission consulat) semble avoir empêché que s'institue une pratique
permanente. Une organisation (l'Agence internationale de nette ou uniforme.
l'énergie atomique) a signalé dans sa réponse que les locaux
de certaines missions permanentes accréditées auprès de
l'AIEA ne se trouvent pas en Autriche mais dans d'autres
Section II. - Facilités, privilèges et immunités
pays d'Europe.
Observations générales
Article 20. — Usage du drapeau et de l'emblème 43. Tous les accords de siège des organisations interna-
tionales, qu'elles soient universelles ou régionales,
La mission permanente et le représentant permanent ont comprennent des dispositions prévoyant que les repré-
le droit de placer le drapeau et l'emblème de l'Etat d'envoi sentants permanents jouissent des privilèges et immunités
sur les locaux de la mission, y compris la résidence du que l'Etat hôte "accorde aux envoyés diplomatiques accré-
représentant permanent et sur les moyens de transport de dités auprès" de lui. En général, ces accords de siège ne
celui-ci. contiennent pas de restrictions aux privilèges et immunités
des représentants permanents qui sont fondés sur l'appli-
Commentaire cation du principe de la réciprocité dans les relations entre
l'Etat hôte et l'Etat d'envoi. Cependant, les articles perti-
1) Cet article est rédigé sur le modèle de l'article 20 de la nents de certains accords de siège comprennent une clause
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques146. qui fait obligation à l'Etat hôte d'accorder aux représen-
tants permanents les privilèges et immunités qu'il accorde
2) II ne semble pas qu'il existe de dispositions formelles aux envoyés diplomatiques accrédités auprès de lui, "sous
régissant l'emploi du drapeau national par les missions réserve des conditions et obligations correspondantes". On
permanentes; mais, dans la pratique de l'Organisation des peut citer, à titre d'exemples: l'article V, section 15 de
Nations Unies, les Etats Membres font hisser leur drapeau l'Accord relatif au Siège de l'Organisation des Nations
national et apposer leur emblème à l'extérieur des locaux de Unies 149 ; l'article XI, section 24, alinéa a, de l'Accord
leurs missions permanentes et, dans un plus petit nombre de relatif au siège de l'Organisation des Nations Unies pour
cas, à l'extérieur de la demeure et sur les véhicules utilisés l'alimentation et l'agriculture 150 ; l'article premier de
pour le transport du représentant permanent14 7 . A l'Office l'Accord bilatéral entre les Etats-Unis d'Amérique et l'Orga-
des Nations Unies à Genève, le drapeau national n'est nisation des Etats américains relatifs aux privilèges et
arboré que le jour de la fête nationale ou dans des occasions immunités des représentants au Conseil de l'Organisation et
spéciales148. des autres membres des représentations151.
3) On peut résumer comme suit les réponses des institu- 44. En déterminant la raison d'être des privilèges et
tions spécialisées et de l'AIEA : dans un certain nombre de immunités diplomatiques, la Commission du droit interna-
cas, le drapeau national de l'Etat membre est hissé sur les tional a examiné, à sa dixième session en 1958, les théories
bureaux de la mission et, dans un plus petit nombre de cas, qui ont exercé une influence sur le développement des
sur le véhicule utilisé par le représentant permanent. Les privilèges et immunités diplomatiques. La Commission a
drapeaux nationaux ne sont pas arborés sur les bureaux que mentionné la théorie de "l'exterritorialité" d'après laquelle
les missions permanentes utilisent dans les locaux de les locaux de la mission constituent une sorte de prolon-
l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la gement du territoire de l'Etat accréditant; et la théorie du
science et la culture. L'Agence internationale de l'énergie "caractère représentatif qui fonde ces privilèges et immu-
atomique indique que les représentants résidents n'arborent nités sur l'idée que la mission diplomatique personnifie
pas — que l'on sache — de drapeau national au-dessus des l'Etat accréditant. La Commission a souligné "que c'est
bureaux qu'ils utilisent à moins qu'ils ne soient en même maintenant vers une troisième théorie que la tendance
temps accrédités auprès de l'Etat hôte. Par ailleurs, les moderne parait s'orienter, à savoir, celle de "l'intérêt de la
représentants permanents auprès de l'Organisation des fonction", qui justifie les privilèges et immunités comme
Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture qui nécessaires pour que la mission puisse s'acquitter de ses
sont assimilés à des chefs de missions diplomatiques fonctions" 152 .
arborent normalement le drapeau national sur les véhicules
qu'ils utilisent lorsqu'ils sont en déplacement officiel. D'une
façon générale cependant, le fait que beaucoup de repré-
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 11, p. 27.
sentants soient membres de missions diplomatiques et que 0
Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et
146 les immunités d'organisations internationales, vol. II (ST/LEG/
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 107.
147
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du SER.B/11), p. 195.
151
droit international, 1967, vol. Il, documents A/CN.4/L.118 et Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 181, p. 152.
Add.l et 2, p. 204 et 205, par. 159. 15 2
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1958,
l48
Ibid. vol. II, document A/3859, p. 98.
150 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

45. L'intérêt de la fonction considéré comme l'une des intérêt à ce que les représentants des Etats membres
bases des privilèges et immunités des représentants d'Etats jouissent des privilèges et immunités qui leur étaient
auprès des organisations internationales est une notion dont nécessaires pour s'acquitter de leur tâche. Il a été également
on trouve généralement le reflet dans les actes constitutifs reconnu que le Secrétaire général devrait poursuivre ses
des organisations internationales. Suivant le paragraphe 2 de efforts en vue de s'assurer que les privilèges et immunités en
l'Article 105 de la Charte des Nations Unies, "les repré- question soient respectés1 s 3 . Dans la déclaration qu'il a
sentants des Membres des Nations Unies et les fonction- faite à la 1016e séance de la Sixième Commission, le
naires de l'Organisation jouissent également des privilèges et Conseiller juridique, prenant la parole en tant que repré-
immunités qui leur sont nécessaires pour exercer en toute sentant du Secrétaire général, a dit :
indépendance leurs fonctions en rapport avec l'Organi- . . . les droits des représentants doivent être protégés de façon
sation". adéquate par l'Organisation et ne doivent pas être laissés entière-
ment à l'action bilatérale des Etats immédiatement intéressés. Le
46. La représentation des Etats auprès des organisations Secrétaire général continuera donc de se sentir tenu à l'avenir,
internationales est la fonction principale des missions comme il l'a été dans le passé, d'affirmer les droits et les intérêts de
l'Organisation au nom des représentants des membres quand les
permanentes telle qu'elle est définie à l'article 6 du projet. circonstances le demanderont. Je n'ai pas retiré du débat qui s'est
L'alinéa b de l'article premier du projet indique que déroulé à la Commission l'impression que les membres de l'Organi-
l'expression "mission permanente" s'entend d'une mission sation veuillent qu'il agisse d'une manière tant soit peu différente de
de caractère représentatif et permanent envoyée par un Etat celle que je viens d'indiquer. De même, du fait que l'Organisation a
membre d'une organisation internationale auprès de cette intérêt à protéger les droits des représentants, il peut s'élever entre
elle et un membre, au sujet de ces droits, un différend pouvant
organisation. Au paragraphe 3 du commentaire de l'article 6 donner lieu à la demande d'avis consultatif prévue à la section 30 de
il est dit que "l'alinéa b définit la fonction de représen- la Convention (la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités
tation de la mission permanente. La mission représente des Nations Unies). Il est donc clair que l'Organisation des Nations
l'Etat d'envoi auprès de l'organisation. La mission, et en Unies peut être une "partie" au sens de ladite section1 S 4 .
particulier le représentant permanent, le chef de la mission,
est le porte-parole de son gouvernement dans les commu- 49. Les privilèges et immunités des missions permanentes
nications avec l'organisation, ou dans les discussions avec auprès des organisations internationales, étant analogues
cette organisation auxquelles les relations entre les Etats sinon identiques à ceux des missions diplomatiques bilaté-
membres et l'organisation donnent lieu." rales, les articles ci-après sont établis d'après le modèle des
dispositions correspondantes de la Convention de Vienne
47. La représentation d'Etats dans le cadre de la diplo- sur les relations diplomatiques. De ce fait un commentaire
matie des organisations et des conférences internationales a distinct et détaillé sur cette section ne paraft pas nécessaire
des caractéristiques particulières. Le représentant d'un Etat sauf lorsqu'il y aura lieu d'appeler l'attention sur les points
qui s'écartent du texte de la Convention de Vienne, ou de
auprès d'une organisation internationale ne représente pas
souligner tel aspect particulier qu'a pu prendre l'application
son Etat auprès de l'Etat hôte. Il n'entre pas en relations et
d'une règle déterminée dans une ou plusieurs organisations
en négociations directes avec l'Etat hôte, comme c'est le cas
internationales.
en diplomatie bilatérale. Dans la diplomatie bilatérale,
l'agent diplomatique est accrédité auprès de l'Etat accré-
ditaire en vue de s'acquitter de certaines fonctions de Article 21. — Facilités en général
représentation et de négociation entre cet Etat et son
propre Etat. Le représentant d'un Etat auprès d'une L'Organisation et l'Etat hôte sont tenus d'accorder à la
organisation internationale représente son Etat auprès de mission permanente les facilités requises pour l'accomplis-
l'organisation en tant qu'organe collectif qui possède une sement de ses fonctions, compte tenu de la nature et de la
identité à part et une personnalité juridique distincte de tâche de la mission permanente.
celles des Etats membres. En un certain sens, on peut dire
aussi qu'il remplit une sorte de fonction de représentation
auprès des Etats membres de l'organisation en leur qualité Article 22. — Logement de la mission permanente
collective d'organisation d'Etats et non en leur qualité et de ses membres
d'Etat pris individuellement. L'Etat hôte fait partie de cette
collectivité lorsqu'il est membre de l'organisation. Il n'en 1. L'Etat hôte doit, soit faciliter l'acquisition sur son
est pas ainsi lorsque l'Etat hôte n'est pas membre de territoire, dans le cadre de sa législation, par l'Etat d'envoi,
l'organisation. des locaux nécessaires à sa mission permanente, soit aider
l'Etat d'envoi à se procurer des locaux d'une autre manière.
48. Une autre caractéristique de la représentation auprès
des organisations internationales réside dans le fait que le 2. L'Etat hôte et l'Organisation doivent également, s'il en
respect des règles juridiques régissant les privilèges et est besoin, aider les missions permanentes à obtenir des
immunités ne concerne pas seulement l'Etat d'envoi comme logements convenables pour leurs membres.
c'est le cas dans la diplomatie bilatérale. Lors des discus-
sions sur la "question des privilèges et immunités diploma- 153
Voir Documents officiels de l'Assemblée générale, vingt-
tiques" qui ont eu lieu à la Sixième Commission pendant la deuxième session, Annexes, point 98 de l'ordre du jour, document
vingt-deuxième session de l'Assemblée générale, il a été A/6965, par. 14.
communément admis que l'organisation elle-même avait 154
Ibid., document A/C.6/385, par. 8.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvemementales 151

Commentaire mission permanente ne soient envahis ou endommagés, la


1) L'article 21 s'inspire de l'article 25 de la Convention de paix de la mission permanente troublée ou sa dignité
Vienne sur les relations diplomatiques15 5 et de l'article 22 amoindrie.
du projet d'articles sur les missions spe'ciales156. Il énonce 3. Les locaux de la mission permanente, leur ameuble-
en termes généraux l'obligation, tant pour l'Organisation ment et les autres objets qui s'y trouvent, ainsi que les
que pour l'Etat hôte, d'accorder à la mission permanente les moyens de transport de la mission permanente, ne peuvent
facilités requises pour l'accomplissement de ses fonctions. faire l'objet d'aucune perquisition, réquisition, saisie ou
mesure d'exécution.
2) La référence dans le texte de l'article 21 à la nature et
à la tâche de la mission permanente - référence qui ne Article 24. — Exemption fiscale des locaux
figure pas dans l'article 25 de la Convention de Vienne - de la mission permanente
fait dépendre l'étendue des obligations, tant de l'Organi-
sation que de l'Etat hôte, des caractéristiques propres à la 1. L'Etat d'envoi et le chef de la mission permanente sont
mission permanente, compte tenu de l'intérêt de la fonction exempts de tous impôts et taxes nationaux, régionaux ou
particulier à l'Organisation auprès de laquelle la mission est communaux, au titre des locaux de la mission permanente
envoyée. dont ils sont propriétaires ou locataires, pourvu qu'il ne
s'agisse pas d'impôts ou taxes perçus en rémunération de
3) Une mission permanente peut souvent avoir besoin de services particuliers rendus.
l'aide de l'Etat hôte, en premier lieu lors de l'installation de
la mission et puis aussi dans l'exercice de ses fonctions. 2. L'exemption fiscale prévue dans le présent article ne
Dans une plus grande mesure encore, la mission permanente s'applique pas à ces impôts et taxes lorsque, d'après la
a besoin de l'assistance de l'Organisation, qui a un intérêt législation de l'Etat hôte, ils sont à la charge de la personne
plus direct à ce que la mission permanente soit en mesure qui traite avec l'Etat d'envoi ou avec le chef de la mission
de remplir ses fonctions d'une manière satisfaisante. L'Orga- permanente.
nisation peut en particulier aider la mission permanente à
obtenir des documents et des renseignements, activité qui Article 25. — Inviolabilité des archives
est visée à l'alinéa d de l'article 6 du présent projet. et des documents
4) L'article 22 s'inspire de l'article 21 de la Convention de Les archives et documents de la mission permanente sont
Vienne sur les relations diplomatiques 157 . Comme la inviolables à tout moment et en quelque lieu qu'ils se
Commission du droit international l'a fait observer dans le trouvent.
commentaire de la disposition correspondante (art. 19) de
son projet d'articles, qui a servi de base à la Convention de Commentaire
Vienne, les lois et règlements d'un pays peuvent empêcher
1) Les articles 23 à 25 ont trait à certaines immunités et
une mission d'acquérir les locaux qui lui sont néces-
exemptions concernant les locaux de la mission permanente
saires 158 . C'est la raison pour laquelle la Commission a
et ses archives et documents. Ces articles reproduisent, avec
inséré dans le projet un article qui fait un devoir à l'Etat
les modifications de forme nécessaires, les dispositions des
accréditaire d'assurer des locaux à la mission s'il n'est pas
articles 22 à 24 de la Convention de Vienne sur les relations
permis à celle-ci de les acquérir. Ces considérations sont
diplomatiques1 s 9 .
également à la base du paragraphe 1 de l'article 22 du
présent projet.
2) L'obligation pour l'Etat hôte d'assurer l'inviolabilité
des locaux, des archives et des documents de la mission
permanente est généralement reconnue. Dans une lettre
Article 23. — Inviolabilité des locaux envoyée en juillet 1964 au Conseiller juridique d'une des
de la mission permanente institutions spécialisées, le Conseiller juridique de l'Organi-
sation des Nations Unies a déclaré : "L'accord relatif au
1. Les locaux de la mission permanente sont inviolables. Il Siège de l'Organisation des Nations Unies ne contient pas de
n'est pas permis aux agents de l'Etat hôte d'y pénétrer, sauf dispositions précises au sujet des locaux des missions; par
avec le consentement du chef de la mission. conséquent, le statut diplomatique de ces locaux découle
du statut diplomatique du représentant permanent et du
2. L'Etat hôte a l'obligation spéciale de prendre toutes personnel de la mission 160 ."
mesures appropriées afin d'empêcher que les locaux de la
3) Les accords de siège de quelques-unes des institutions
spécialisées contiennent des dispositions relatives à l'inviola-
Nations Unies, Recueil des Traités, p. 109. bilité des locaux des missions permanentes et de leurs
156
Voir Annuaire de la Commission du droit international,
1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 396. 159
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 107 et 109.
157
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 107. 160
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
15 8
Voir Annuaire de la Commission du droit international, 1958, droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et
vol. II, document A/3859, p. 98. Add.l et 2, p. 204, par. 154.
152 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

archives et documents (par exemple, l'article XI de l'Accord siège de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimen-
relatif au siège de l'Organisation des Nations Unies pour tation et l'agriculture167 et aux articles XII et XIII de
l'alimentation et l'agriculture16 ! , et l'article XIII et l'article l'Accord relatif au siège de l'Agence internationale de
XIV, section 33 c de l'Accord relatif au siège de l'Agence l'énergie atomique 168 .
internationale de l'énergie atomique 162 , qui reconnaissent
l'inviolabilité de la correspondance, des archives et des Article 26. — Liberté de mouvement
documents des missions des Etats membres).
Sous réserve de ses lois et règlements relatifs aux zones
4) L'inviolabilité des locaux de l'Organisation des Nations dont l'accès est interdit ou réglementé pour des raisons de
Unies et des institutions spécialisées a été établie par sécurité nationale, l'Etat hôte assure à tous les membres de
l'article II, section 3 de la Convention sur les privilèges et la mission permanente la liberté de déplacement et de
immunités des Nations Unies 163 et par l'article III, circulation sur son territoire.
section 5 de la Convention sur les privilèges et immunités
des institutions spécialisées164. Ces textes disposent que les Commentaire
biens et avoirs de l'Organisation des Nations Unies et des 1) Le présent article s'inspire de l'article 26 de la
institutions spécialisées, en quelque endroit qu'ils se Convention de Vienne sur les relations diplomatiques 169 .
trouvent et quel qu'en soit le détenteur, sont exempts de
perquisition, réquisition, confiscation, expropriation ou de 2) Les réponses des institutions spécialisées indiquent que
toute autre forme de contrainte executive, administrative, l'Etat hôte n'a imposé aucune restriction à la liberté de
judiciaire ou législative. Ces conventions contiennent aussi mouvement des membres des missions permanentes des
des dispositions sur l'inviolabilité des archives et des Etats membres.
documents des Nations Unies et des institutions spécia-
lisées. Elles prévoient également l'inviolabilité de tous les 3) Au Siège de l'Organisation des Nations Unies, l'Etat
papiers et documents des "représentants des Membres hôte a imposé des restrictions à la liberté de mouvement des
auprès des organes principaux et subsidiaires des Nations représentants de certains Etats Membres parce que des
Unies et aux conférences convoquées par les Nations Unies" restrictions analogues avaient été imposées aux représen-
et des "représentants des membres aux réunions convo- tants de l'Etat hôte dans les pays en question.
quées par une institution spécialisée".
4) Le problème de la réciprocité sera traité à l'article 41
sur la non-discrimination. Il suffit de dire ici que, selon
5) L'Accord relatif au siège de l'Organisation de l'aviation l'interprétation du Secrétariat de l'ONU, les privilèges et
civile internationale mentionne expressément les locaux des immunités accordés aux missions permanentes doivent être,
missions permanentes. L'article II, section 4, paragraphe 1, en règle générale, les mêmes que ceux octroyés au corps
de cet Accord dispose que "les locaux du siège de diplomatique dans son ensemble et ils ne doivent pas être
l'Organisation sont inviolables" 165 . L'article premier, sec- soumis aux conditions particulières pouvant être imposées,
tion 1, alinéa b, définit comme suit l'expression "locaux du sur la base de la réciprocité, aux missions diplomatiques de
siège" : "l'expression "locaux du siège" signifie tout bâti- certains Etats1 7 0 .
ment ou partie de bâtiment occupé de façon permanente ou
temporaire par l'un des services de l'Organisation ou par les Article 27. — Liberté de communication
personnes qui assistent aux réunions convoquées par elle au
Canada, y compris les bureaux occupés par les représentants 1. L'Etat hôte permet et protège la libre communication
permanents des Etats Membres"16 6 . de la mission permanente pour toutes fins officielles. En
communiquant avec le gouvernement et les missions diplo-
6) L'article 24 prévoit l'exemption fiscale des locaux de la matiques, consulats et missions spéciales de l'Etat d'envoi,
mission permanente. Les réponses de l'Organisation des où qu'ils se trouvent, la mission permanente peut employer
Nations Unies et des institutions spécialisées montrent que tous les moyens de communication appropriés, y compris
cette exemption est généralement reconnue. On trouvera des courriers diplomatiques et des messages en code ou en
des exemples des dispositions relatives à cette exemption chiffre. Toutefois, la mission ne peut installer et utiliser un
dans des accords de siège à l'article XI de l'Accord relatif au poste émetteur de radio qu'avec l'assentiment de l'Etat
hôte.
16
Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et
les immunités d'organisations internationales, vol. II (ST/LEG/ dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et
SER.B/11), p. 195 et 196. les immunités d'organisations internationales, vol. II (ST/LEG/
162 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 339, p. 183 et 184. SER.B/11), p. 195 et 196.
163 Ibid., vol. l , p . 19. Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 339, p. 183 et 184.
169
164 Ibid., vol. 500, p. 109.
Ibid., vol. 33, p. 267.
165 Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
Ibid., vol. 96, p. 161.
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et
166
Ibid., p. 157. Add.l et 2, p. 194, par. 96.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvemementales 153

2. La correspondance officielle de la mission permanente 4) Une différence entre cet article et l'article 27 de la
est inviolable. L'expression "correspondance officielle" Convention de Vienne sur les relations diplomatiques
s'entend de toute la correspondance relative à la mission et consiste dans l'adjonction au paragraphe 1 des mots "[avec
à ses fonctions. les] missions spéciales", dont le but est de mettre l'article
en harmonie avec le paragraphe 1 de l'article 28 du projet
3. La valise de la mission permanente ne doit être ni d'articles sur les missions spéciales 174 .
ouverte ni retenue.
5) Une autre différence tient à ce que le paragraphe 7 de
4. Les colis constituant la valise de la mission permanente l'article 27 prévoit que la valise de la mission permanente
doivent porter des marques extérieures visibles de leur peut être confiée non seulement au commandant d'un
caractère et ne peuvent contenir que des documents ou des aéronef commercial, comme il est prévu pour la valise
objets à usage officiel de la mission permanente. diplomatique à l'article 27 de la Convention sur les relations
diplomatiques, mais aussi au commandant d'un navire.
5. Le courrier de la mission permanente, qui doit être Cette disposition supplémentaire est reprise de l'article 35
porteur d'un document officiel attestant sa qualité et de la Convention de Vienne sur les relations consulaires17S
précisant le nombre de colis constituant la valise, est dans et de l'article 28 du projet d'articles sur les missions
l'exercice de ses fonctions protégé par l'Etat hôte. Il jouit spéciales.
de l'inviolabilité de sa personne et ne peut être soumis à
aucune forme d'arrestation ou de détention. 6) Suivant le modèle de l'article 28 du projet d'articles sur
les missions spéciales, ce sont les expressions "la valise de la
6. L'Etat d'envoi ou la mission permanente peut nommer mission permanente" et "le courrier de la mission perma-
des courriers ad hoc de la mission permanente. Dans ce cas, nente" qui sont employées dans l'article. Les expressions
les dispositions du paragraphe 5 du présent article seront "valise diplomatique" et "courrier diplomatique" n'ont pas
également applicables, sous réserve que les immunités qui y été employées pour prévenir toute confusion possible avec
sont mentionnées cesseront de s'appliquer dès que le la valise et le courrier de la mission diplomatique perma-
courrier ad hoc aura remis au destinataire la valise de la nente.
mission permanente, dont il a la charge.
7) Au paragraphe 1 de l'article, l'expression "missions
7. La valise de la mission permanente peut être confiée au diplomatiques" est employée au sens large dans lequel elle
commandant d'un navire ou d'un aéronef commercial, qui est employée au paragraphe 1 de l'article 28 du projet
doit arriver à un point d'entrée autorisé. Ce commandant d'articles sur les missions spéciales, de manière à englober
doit être porteur d'un document officiel indiquant le les autres missions auprès des organisations internationales.
nombre de colis constituant la valise, mais il n'est pas Il est dit au paragraphe 4 du commentaire de la Commission
considéré comme courrier de la mission permanente. A la du droit international sur l'article 28 du projet d'articles sur
suite d'un arrangement avec les autorités compétentes, la les missions spéciales que "la Commission tient à souligner
mission permanente peut envoyer un de ses membres que par l'expression "mission diplomatique", qui figure
prendre, directement et librement, possession de la valise dans la deuxième phrase du paragraphe 1 de l'article 28, elle
des mains du commandant du navire ou de l'aéronef. entend soit une mission diplomatique permanente, soit une
mission envoyée auprès d'une organisation internationale,
Commentaire soit enfin une mission diplomatique spécialisée ayant un
caractère permanent"1 7 6 .
1) Le présent article s'inspire de l'article 27 de la
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques17 *.
Article 28. — Inviolabilité de la personne
2) Les missions permanentes auprès de l'Organisation des
Nations Unies, des institutions spécialisées et des autres
organisations internationales jouissent en général de la La personne du représentant permanent, ainsi que celle
liberté de communication dans les mêmes conditions que des membres du personnel diplomatique de la mission
les missions diplomatiques accréditées auprès de l'Etat hôte. permanente est inviolable. Ils ne peuvent être soumis à
aucune forme d'arrestation ou de détention. L'Etat hôte les
traite avec le respect qui leur est dû et prend toutes mesures
3) Les réponses de l'Organisation des Nations Unies et des
appropriées pour empêcher toute atteinte à leur personne,
institutions spécialisées indiquent aussi que l'inviolabilité de
leur liberté et leur dignité.
la correspondance, qui est prévue à l'article IV, section 11,
alinéa b, de la Convention sur les privilèges et immunités des
Nations Unies1 7 2 et à l'article V, section 13, alinéa b, de la Voir Annuaire de la Commission du droit international,
Convention sur les privilèges et immunités des institutions 1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 397 et
spécialisées173, est pleinement reconnue. 398.
175
Voir Conférence des Nations Unies sur les relations consu-
171 laires, Documents officiels, vol. H, Annexes, document A/CONF.25/
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 109.
12, p. 184 et 185.
172 Ibid., vol. l , p . 21. 176
Voir Annuaire de la Commission du droit international,
173 Ibid., vol. 33, p. 273. 1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 398.
154 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

Article 29. — Inviolabilité de la demeure Article 30. — Immunité de juridiction


et des biens
1. Le représentant permanent et les membres du per-
1. La demeure privée du représentant permanent, ainsi sonnel diplomatique de la mission permanente jouissent de
que celle des membres du personnel diplomatique de la l'immunité de la juridiction pénale de l'Etat hôte. Ils
mission permanente, jouit de la même inviolabilité et de la jouissent également de l'immunité de sa juridiction civile et
même protection que les locaux de la mission permanente. administrative, sauf s'il s'agit :
a) D'une action réelle concernant un immeuble privé
2. Leurs documents, leur correspondance et, sous réserve situé sur le territoire de l'Etat hôte, à moins qu'ils ne le
du paragraphe 3 de l'article 30, leurs biens jouissent possèdent pour le compte de l'Etat d'envoi aux fins de la
également de l'inviolabilité. mission permanente;
b) D'une action concernant une succession dans laquelle
Commentaire le représentant permanent ou un membre du personnel
diplomatique de la mission permanente figure comme
1) Les articles 28 et 29 reproduisent, sans changement exécuteur testamentaire, administrateur, héritier ou léga-
quant au fond, les dispositions des articles 29 et 30 de la taire, à titre privé et non pas au nom de l'Etat d'envoi;
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques17 7 et
du projet d'articles sur les missions spéciales17 8 . c) D'une action concernant une activité professionnelle
ou commerciale, quelle qu'elle soit, exercée par le repré-
sentant permanent ou par un membre du personnel
2) Les articles 28 et 29 traitent de deux formes d'immu- diplomatique de la mission permanente dans l'Etat hôte en
nités généralement reconnues qui sont essentielles pour dehors de ses fonctions officielles.
l'accomplissement des fonctions du représentant permanent
et des membres du personnel diplomatique de la mission 2. Le représentant permanent et les membres du person-
permanente. nel diplomatique de la mission permanente ne sont pas
obligés de donner leur témoignage.
3) Le principe de l'inviolabilité de la personne du repré- 3. Aucune mesure d'exécution ne peut être prise à l'égard
sentant permanent et des membres du personnel diploma- d'un représentant permanent ou d'un membre du personnel
tique que confirme l'article 28 implique, comme dans le cas diplomatique de la mission permanente, sauf dans les cas
de l'inviolabilité des locaux de la mission permanente, prévus aux alinéas a, b et c du paragraphe 1 du présent
l'obligation pour l'Etat hôte de respecter les personnes dont article, et pourvu que l'exécution puisse se faire sans qu'il
il s'agit et de les faire respecter. A cet effet, l'Etat hôte doit soit porté atteinte à l'inviolabilité de sa personne ou de sa
prendre toutes les mesures nécessaires, qui peuvent compor- demeure.
ter, si les circonstances l'exigent, une garde spéciale.
4. L'immunité de juridiction d'un représentant permanent
ou d'un membre du personnel diplomatique de la mission
4) L'inviolabilité de tous les papiers et documents des
permanente dans l'Etat hôte ne saurait l'exempter de la
représentants des Etats Membres auprès des organes des
juridiction de l'Etat d'envoi.
organisations dont il s'agit est généralement prévue dans les
conventions sur les privilèges et immunités de l'Organisation
des Nations Unies, des institutions spécialisées et des autres Article 31. — Renonciation à l'immunité
organisations internationales.
1. L'Etat d'envoi peut renoncer à l'immunité de juridic-
5) Au paragraphe 1 de son commentaire sur l'article 28 tion des représentants permanents, des membres du per-
(Inviolabilité de la demeure et des biens) de son projet sonnel diplomatique des missions permanentes et des per-
d'articles sur les relations et immunités diplomatiques, sonnes qui bénéficient de l'immunité en vertu de l'article 37.
adopté en 1958, la Commission du droit international 2. La renonciation doit toujours être expresse.
disait : "II s'agit ici de l'inviolabilité qui est accordée à la
résidence et aux biens de l'agent diplomatique. Cette 3. Si un représentant permanent, un membre du per-
inviolabilité étant rattachée à celle de la personne de l'agent sonnel diplomatique d'une mission permanente ou une
diplomatique, il faut, par l'expression "la demeure privée de personne bénéficiant de l'immunité de juridiction en vertu
l'agent diplomatique" comprendre même sa résidence tem- de l'article 37 engage une procédure, il n'est plus recevable
poraire 179 ." à invoquer l'immunité de juridiction à l'égard de toute
demande reconventionnelle directement liée à la demande
principale.
177 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 111.
178 Voir Annuaire de la Commission du droit international, 4. La renonciation à l'immunité de juridiction pour une
1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 398 et action civile ou administrative n'est pas censée impliquer la
399. renonciation à l'immunité quant aux mesures d'exécution
1 79 du jugement, pour lesquelles une renonciation distincte est
Voir Annuaire de la Commission du droit international,
1958, vol. II, document A/3859, p. 101. nécessaire.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 155

Commentaire renonce pas à l'immunité, l'Etat d'envoi s'efforcera d'abou-


1) L'article 30 s'inspire de l'article 31 de la Convention de tir à un règlement équitable du litige.
Vienne sur les relations diplomatiques18 °.
Commentaire
2) L'immunité de juridiction pénale accordée en vertu du 1) Cet article s'inspire de l'important principe énoncé
paragraphe 1 de l'article 30 est totale et l'immunité de dans la résolution II adoptée le 14 avril 1961 par la
juridiction civile et administrative ne comporte que les Conférence des Nations Unies sur les relations et immunités
exceptions indiquées au paragraphe 1 de l'article. Là se diplomatiques18 6 .
trouve la principale différence entre l'immunité "diploma-
tique" dont jouissent les missions permanentes et l'immu- 2) La Commission du droit international a fait de ce
nité "fonctionnelle" accordée aux délégations auprès des principe l'article 42 de son projet d'articles sur les missions
organes des organisations internationales et aux confé- spéciales "parce que — comme l'indique le commentaire de
rences, par les conventions sur les privilèges et immunités de cet article — l'objet des immunités est de protéger les
l'Organisation des Nations Unies et des institutions spécia- intérêts de l'Etat d'envoi et non ceux des personnes en
lisées. L'article IV, section 11, alinéa a, de la Convention sur cause et qu'il s'agit de favoriser, dans la mesure du possible,
les privilèges et immunités des Nations Unies18 J et l'article le règlement satisfaisant des réclamations en matière civile
V, section 13, alinéas, de la Convention sur les privilèges et présentées dans l'Etat de réception contre des membres des
immunités des institutions spécialisées18 2 accordent aux missions spéciales. Ce principe est rappelé, en outre, dans le
représentants des membres aux réunions des organes de projet de préambule établi par la Commission18 7 ."
l'organisation dont il s'agit ou aux conférences convoquées
par celle-ci "l'immunité de toute juridiction" en ce qui
concerne "les actes accomplis par eux en leur qualité Article 33. — Exemption de la législation
officielle (y compris leurs paroles et écrits)". sur la sécurité sociale

3) L'article 31 est rédigé sur le modèle des dispositions de 1. Sous réserve des dispositions du paragraphe 3 du
l'article 32 de la Convention de Vienne sur les relations présent article, le représentant permanent et les membres
diplomatiques 183 . Le principe fondamental de la renoncia- du personnel diplomatique de la mission permanente sont,
tion à l'immunité figure à l'article IV, section 14, de la pour ce qui est des services rendus à l'Etat d'envoi, exempts
Convention sur les privilèges et immunités des Nations des dispositions sur la sécurité sociale qui peuvent être en
Unies 184 , qui porte : "Les privilèges et immunités sont vigueur dans l'Etat hôte.
accordés aux représentants des Membres non à leur avan-
tage personnel, mais dans le but d'assurer en toute 2. L'exemption prévue au paragraphe 1 du présent article
indépendance l'exercice de leurs fonctions en rapport avec s'applique également aux personnes qui sont au service
l'Organisation. Par conséquent, un Membre a non seulement privé exclusif d'un représentant permanent ou d'un membre
le droit, mais le devoir de lever l'immunité de son du personnel diplomatique de la mission permanente, à
représentant dans tous les cas où, à son avis, l'immunité condition :
empêcherait que justice soit faite et où elle peut être levée
sans nuire au but pour lequel l'immunité est accordée." a) Qu'elles ne soient pas ressortissantes de l'Etat hôte ou
Cette disposition a été reproduite mutatis mutandis, à qu'elles n'y aient pas leur résidence permanente, et
l'article V, section 16, de la Convention sur les privilèges et b) Qu'elles soient soumises aux dispositions de sécurité
immunités des institutions spécialisées1 8 5 et dans plusieurs sociale qui peuvent être en vigueur dans l'Etat d'envoi ou
instruments correspondants des organisations régionales. dans un Etat tiers.

3. Le représentant permanent et les membres du per-


sonnel diplomatique de la mission permanente qui ont à
Article 32. — Examen des demandes en matière civile
leur service des personnes auxquelles l'exemption prévue au
paragraphe 2 du présent article ne s'applique pas, doivent
L'Etat d'envoi renoncera à l'immunité de l'une des observer les obligations que les dispositions de sécurité
personnes mentionnées au paragraphe 1 de l'article 31 en ce sociale de l'Etat hôte imposent à l'employeur.
qui concerne les actions civiles intentées dans l'Etat hôte,
lorsqu'il peut le faire sans que cela entrave l'accomplisse- 4. L'exemption prévue aux paragraphes 1 et 2 du présent
ment des fonctions de la mission permanente et, lorsqu'il ne article n'exclut pas la participation volontaire au régime de
sécurité sociale de l'Etat hôte, pour autant qu'elle est
admise par cet Etat.
180
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 113.
181
Ibid., vol. l , p . 21. Voir Conférence des Nations Unies sur les relations et immu-
182
Ibid., vol. 33, p. 271. nités diplomatiques, Documents officiels, vol. II, document A/
183
Ibid., vol. 500, p. 113.
CONF.20/10/Add.l,p. 100.
187
184 Voir Annuaire de la Commission du droit international,
Ibid., vol. l , p . 23.
1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 402 et
185
Ibid., vol. 33, p. 273. 403.
156 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

5. Les dispositions du présent article n'affectent pas les sur les investissements effectués dans des entreprises com-
accords bilatéraux ou multilatéraux relatifs à la sécurité merciales situées dans l'Etat hôte;
sociale qui ont été conclus antérieurement et elles n'em- e) Des impôts et taxes perçus en rémunération de
pêchent pas la conclusion ultérieure de tels accords.
services particuliers rendus;
Commentaire f) Des droits d'enregistrement, de greffe, d'hypothèque
et de timbre en ce qui concerne les biens immobiliers, sous
1) Cet article s'inspire de l'article 33 de la Convention de réserve des dispositions de l'article 24.
Vienne sur les relations diplomatiques18 8 .
Commentaire
2) Pour le paragraphe 2, on a pris pour modèle le
1) Cet article s'inspire de l'article 34 de la Convention de
paragraphe 2 de l'article 32 du projet d'articles sur les
Vienne sur les relations diplomatiques19 2 .
missions spéciales189 qui substitue à l'expression "domes-
tiques privés", qui figure à l'article 33 de la Convention de 2) La question de l'immunité fiscale des représentants est
Vienne, l'expression "personnes qui sont au service privé traitée indirectement à l'article IV, section 13, de la
exclusif. Se référant à cette modification de la termino- Convention sur les privilèges et immunités des Nations
logie, la Commission du droit international précise au Unies, qui prévoit que : "Dans le cas où l'incidence d'un
paragraphe 2 de son commentaire de l'article 32 du projet impôt quelconque est subordonnée à la résidence de
d'articles sur les missions spéciales : "L'article 32 s'ap- l'assujetti, les périodes pendant lesquelles les représentants
plique . . . non seulement aux domestiques, au sens propre des Membres auprès des organes principaux et subsidiaires
du terme, mais également à d'autres personnes dans des Nations Unies et aux conférences convoquées par
l'emploi privé des membres de la mission spéciale telles que l'Organisation des Nations Unies se trouveront sur le
précepteurs des enfants, infirmières . . - 1 9 0 " territoire d'un Etat Membre pour l'exercice de leurs
fonctions, ne seront pas considérées comme des périodes de
3) Les représentants permanents sont généralement résidence 193 ." Cette disposition est reproduite mutatis
exemptés du paiement de toutes contributions à un système mutandis à l'article V, section 15, de la Convention sur les
de sécurité sociale. Les missions permanentes auprès de privilèges et immunités des institutions spécialisées194 et
l'Agence internationale de l'énergie atomique sont exemp- dans un certain nombre d'instruments correspondants
tes, en vertu des articles XII et XIII de l'Accord relatif au d'organisations régionales.
siège, des contributions au titre de la sécurité sociale qui
sont à la charge de l'employeur; il semble cependant que, 3) Exception faite des ressortissants du pays hôte, les
dans la pratique, ces contributions aient été volontairement représentants jouissent d'importantes immunités en matière
payées par les missions permanentes 191 . fiscale. A l'Organisation de l'aviation civile internationale et
à l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la
science et la culture, tous les représentants, et à l'Organisa-
Article 34. — Exemption des impôts et taxes tion des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
et à l'Agence internationale de l'énergie atomique, les
Le représentant permanent et les membres du personnel représentants résidents, jouissent des mêmes exonérations
diplomatique de la mission permanente sont exempts de fiscales que les diplomates de rang comparable accrédités
tous impôts et taxes, personnels ou réels, nationaux, auprès du pays hôte dont il s'agit. Dans le cas de l'Agence
régionaux ou communaux, à l'exception : internationale de l'énergie atomique, le pays hôte ne perçoit
aucun impôt sur les locaux utilisés par les missions ou les
a) Des impôts indirects d'une nature telle qu'ils sont représentants, y compris les locaux et les parties de
normalement incorporés dans le prix des marchandises ou bâtiments pris à bail. Les missions permanentes auprès de
des services; l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la
b) Des impôts et taxes sur les biens immeubles privés science et la culture ne paient de taxes que pour les
situés sur le territoire de l'Etat hôte, à moins que la prestations de services et n'acquittent la contribution
personne en cause ne les possède pour le compte de l'Etat foncière que lorsque le représentant permanent est proprié-
d'envoi aux fins de la mission permanente; taire du bâtiment. Les représentants permanents sont
c) Des droits de succession perçus par l'Etat hôte, sous exonérés de la contribution mobilière — impôt auquel sont
réserve des dispositions du paragraphe 4 de l'article 39; assujetties, en France, les personnes disposant d'une habita-
tion en qualité de locataires ou d'occupants — en ce qui
d) Des impôts et taxes sur les revenus privés qui ont leur concerne leur résidence principale mais non une résidence
source dans l'Etat hôte et des impôts sur le capital prélevés secondaire 195 .
188 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 113 et 115.
189 Voir Annuaire de la Commission du droit international, 192 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 115.
1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 399. 193 Ibid., vol. l,p. 23.
190 Ibid., p. 400. 194 Ibid., vol. 33, p. 273.
191 Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du 195 Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et
Add.let2,p. 220, par. 46. Add.l et 2, p. 220, par. 45.
Relations entie les Etats et les organisations intergouvemementales 157

Article 34 bis. — Exemption des prestations Commentaire


personnelles 1) Cet article s'inspire de l'article 36 de la Convention de
Vienne sur les relations diplomatiques 200 .
L'Etat hôte doit exempter le représentant permanent et
les membres du personnel diplomatique de la mission 2) Bien que les représentants permanents et les membres
permanente de toute prestation personnelle, de tout service du personnel diplomatique des missions permanentes soient
public de quelque nature qu'il soit et des charges militaires en général exemptés des droits de douane et d'accise,
telles que les réquisitions, contributions et logements l'application de cette exemption aux cas particuliers varie
militaires. en pratique d'un Etat hôte à un autre selon le système
d'imposition en vigueur dans le pays en question.
Commentaire 3) Au Siège des Nations Unies, le United States Code of
1) Cet article se fonde sur le texte de l'article 35 de la Fédéral Régulations, Title 19 - Customs Duties (Revised
Convention de Vienne sur les relations diplomatiques 196 . 1964) dispose, à l'alinéa b de sa section 10.30!», que les
représentants permanents et les membres de leur personnel
2) L'immunité au regard des obligations de service natio- peuvent importer " . . . en franchise de douane et de tous
nal inscrite à l'article IV, section 11, alinéa d, de la impôts et taxes tous objets destinés à leur usage personnel
Convention sur les privilèges et immunités des Nations ou à celui de leur famille"2 ° l .
Unies 197 et à l'article V, section 13, alinéad, de la
Convention sur les privilèges et immunités des institutions 4) A l'Office des Nations Unies à Genève, la question est
spécialisées198 a été largement reconnue. Cette immunité réglée en grande partie par le Règlement douanier suisse du
ne s'applique pas, normalement, lorsque le représentant est 23 avril 1952. En résumé, les missions permanentes ont
un ressortissant de l'Etat hôte 19 9 . droit à l'admission en franchise de tous objets destinés à
leur usage officiel et appartenant aux gouvernements
qu'elles représentent (art. 15). Les représentants perma-
nents qui ont un titre équivalant à celui de chef de mission
Article 35. — Exemption douanière diplomatique et qui sont titulaires d'une carte de légitima-
tion ont droit à l'admission en franchise de tous objets
destinés à leur usage personnel ou à celui de leur famille
1. Suivant les dispositions législatives et réglementaires (art. 16, par. 1). Les représentants qui ont un titre équiva-
qu'il peut adopter, l'Etat hôte accorde l'entrée et l'exemp- lant à celui de membre d'une mission diplomatique et qui
tion de droits de douane, taxes et autres redevances sont titulaires d'une carte de légitimation jouissent d'un
connexes autres que frais d'entreposage, de transport et privilège analogue, mais, lorsqu'il s'agit de l'importation de
frais afférents à des services analogues, en ce qui concerne : mobilier, ce privilège ne peut être exercé qu'une seule fois
a) Les objets destinés à l'usage officiel de la mission (art. 16,par. 2 ) 2 0 2 .
permanente;
5) En ce qui concerne les missions permanentes auprès
b) Les objets destinés à l'usage personnel du représen- des institutions spécialisées ayant leur siège en Suisse, la
tant permanent, ou d'un membre du personnel diploma- situation est la même que celle des missions permanentes
tique de la mission permanente, ou des membres de leur auprès de l'Office des Nations Unies à Genève. Dans le cas
famille qui font partie de leur ménage, y compris les effets de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et
destinés à leur installation. l'agriculture, l'étendue de l'exemption des représentants
permanents dépend de leur statut diplomatique et cette
2. Le représentant permanent et les membres du per- exemption leur est accordée conformément aux règles
sonnel diplomatique de la mission permanente sont exemp- générales relatives aux envoyés diplomatiques. Les repré-
tés de l'inspection de leur bagage personnel, à moins qu'il sentants permanents auprès de l'Organisation des Nations
n'existe des motifs sérieux de croire qu'il contient des Unies pour l'éducation, la science et la culture assimilés à
objets ne bénéficiant pas des exemptions mentionnées au des chefs de missions diplomatiques ont droit à l'admission
paragraphe 1 du présent article, ou des objets dont l'impor- en franchise, en tout temps, des objets destinés à leur usage
tation ou l'exportation est interdite par la législation ou personnel et à celui de leur mission. Les autres membres des
soumise aux règlements de quarantaine de l'Etat hôte. En missions permanentes peuvent importer en franchise, au
pareil cas, l'inspection ne doit se faire qu'en présence de la moment où ils prennent leurs fonctions, les objets et
personne qui bénéficie de l'exemption ou de son représen- meubles de leur ménage.
tant autorisé.
200 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 117.
196 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 115. 201 Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
197 Ibid., vol. l , p . 23. droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et Add.l
et 2, p. 200, par. 134. Pour plus de détails sur la situation en ce qui
198 Ibid., vol. 33, p. 273. concerne les divers impôts et taxes parçus à New York par le
199 Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du Gouvernement fédéral et l'Etat de New York, ibid., p. 202 et 203,
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et par. 147.
202
Add.l et 2, p. 219, par. 37. Ibid., p. 200, par. 136.
158 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

Article 36. — Acquisition de la nationalité Commentaire


1) Cet article s'inspire de l'article 37 de la Convention de
Les membres de la mission permanente qui n'ont pas la
Vienne sur les relations diplomatiques2 ° 4 .
nationalité de l'Etat hôte et les membres de leur famille qui
font partie de leur ménage n'acquièrent pas la nationalité de 2) L'Etude du Secrétariat ne contient pas de renseigne-
cet Etat par le seul effet de sa législation. ments sur les privilèges et immunités que les Etats hôtes
accordent aux membres des familles des représentants
Commentaire permanents, aux membres du personnel administratif et
Cet article se fonde sur la règle énoncée dans le Protocole technique et du personnel de service des missions perma-
de signature facultative concernant l'acquisition de la nentes ainsi qu'aux personnes au service privé des membres
nationalité, adopté le 18 avril 1961 par la Conférence des des missions permanentes. On peut supposer que la pratique
Nations Unies sur les relations et privilèges diploma- relative au statut de ces personnes est conforme aux règles
tiques 2 0 3 . correspondantes établies dans le cadre des relations diplo-
matiques interétatiques, telles qu'elles ont été codifiées et
développées dans la Convention de Vienne sur les relations
Article 37. — Personnes bénéficiant de privilèges diplomatiques. Cette supposition est corroborée par l'iden-
et immunités tité quant au fondement juridique du statut de ces
personnes, qui se rattache à celui des agents diplomatiques
1. Les membres de la famille du représentant permanent ou des représentants permanents ou qui en dérive, ces
ou des membres du personnel diplomatique de la mission agents ou représentants bénéficiant de privilèges et immu-
permanente qui font partie de leur ménage bénéficient des nités diplomatiques analogues.
privilèges et immunités mentionnés dans les articles 28 à 35,
pourvu qu'ils ne soient pas ressortissants de l'Etat hôte. 3) Dans le paragraphe 4 de l'article, l'expression "domes-
tiques privés" qui figure au paragraphe 4 de l'article 37 de
2. Les membres du personnel administratif et technique la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques a
de la mission permanente, ainsi que les membres de leurs été remplacée par l'expression "personnes au service privé",
familles qui font partie de leurs ménages respectifs, bénéfi- sur le modèle des articles 32 et 38 du projet d'articles sur
cient, pourvu qu'ils ne soient pas ressortissants de l'Etat les missions spéciales 205 . Le paragraphe 2 du commentaire
hôte ou n'y aient pas leur résidence permanente, des de l'article 32 du projet d'articles sur les missions spéciales
privilèges et immunités mentionnés dans les articles 28 à explique ce changement comme suit : "L'article 32 . . .
34 bis, sauf que l'immunité de la juridiction civile et admi- s'applique en effet non seulement aux domestiques, au sens
nistrative de l'Etat hôte mentionnée au paragraphe 1 de propre du terme, mais également à d'autres personnes dans
l'article 30 ne s'applique pas aux actes accomplis en dehors l'emploi privé des membres de la mission spéciale telles que
de l'exercice de leurs fonctions. Ils bénéficient aussi des précepteurs des enfants, infirmières, etc. 2 0 6 ." Cette expli-
privilèges mentionnés au paragraphe 1 de l'article 35 pour cation est valable aussi pour les missions permanentes
ce qui est des objets importés lors de leur première auprès des organisations internationales.
installation.

3. Les membres du personnel de service de la mission qui Article 38. — Ressortissants de l'Etat hôte et personnes
ne sont pas ressortissants de l'Etat hôte ou n'y ont pas leur ayant leur résidence permanente dans l'Etat hôte
résidence permanente bénéficient de l'immunité pour les
actes accomplis dans l'exercice de leurs fonctions et de 1. A moins que des privilèges et immunités supplémen-
l'exemption des impôts et taxes sur les salaires qu'ils taires n'aient été accordés par l'Etat hôte, le représentant
reçoivent du fait de leurs services, ainsi que de l'exemption permanent et les membres du personnel diplomatique de la
prévue à l'article 33. mission permanente qui sont ressortissants de l'Etat hôte ou
y ont leur résidence permanente ou qui sont, ou ont été les
4. Les personnes au service privé des membres de la représentants de cet Etat ne bénéficient de l'immunité de
mission permanente qui ne sont pas ressortissantes de l'Etat juridiction et de l'inviolabilité que pour les actes officiels
hôte ou n'y ont pas leur résidence permanente sont accomplis dans l'exercice de leurs fonctions.
exemptées des impôts et taxes sur les salaires qu'elles
reçoivent du fait de leurs services. A tous autres égards, elles 2. Les autres membres du personnel de la mission
ne bénéficient des privilèges et immunités que dans la permanente et les personnes au service privé de la mission
mesure admise par l'Etat hôte. Toutefois, l'Etat hôte doit qui sont ressortissants de l'Etat hôte ou y ont leur résidence
exercer sa juridiction sur ces personnes de façon à ne pas permanente ne bénéficient de privilèges et immunités que
entraver d'une manière excessive l'accomplissement des
fonctions de la mission permanente. 204
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 117.
205
Voir Annuaire de la Commission du droit international,
203
Voii Conférence des Nations Unies sur les relations et immu- 1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 399 à
nités diplomatiques, Documents officiels, vol. II, document A/ 401.
206
CONF.20/11, p. 98. Ibid., p. 400.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 159

dans la mesure admise par l'Etat hôte. Toutefois, l'Etat Commentaire


hôte doit exercer sa juridiction sur ces personnes de façon à 1) Cet article s'inspire des dispositions de l'article 39 de la
ne pas entraver d'une manière excessive l'accomplissement Convention de Vienne sur les relations diplomatiques 209 .
des fonctions de la mission.

Commentaire 2) Les deux premiers paragraphes de l'article traitent du


moment où commencent et où prennent fin les privilèges et
1) Cet article reproduit, avec les changements de forme immunités de ceux qui en jouissent à titre personnel. Pour
nécessaires, l'article 38 de la Convention de Vienne sur les ceux qui ne jouissent pas des privilèges et immunités à titre
relations diplomatiques 207 . Ici encore, l'expression personnel, d'autres dates peuvent s'appliquer, comme la
"domestiques privés" a été remplacée par "personnes au date du commencement et celle de la fin des rapports en
service privé". vertu desquels ils y ont droit.
2) Ainsi que nous l'avons déjà mentionné dans le présent 3) L'article IV, section 11, de la Convention sur les
rapport, un certain nombre de conventions sur les privilèges privilèges et immunités des Nations Unies2 * ° et l'article V,
et immunités des organisations internationales, à caractère section 13, de la Convention sur les privilèges et immunités
universel ou régional, stipulent que les dispositions qui des institutions spécialisées2 x * stipulent que les représen-
définissent les privilèges et immunités des représentants des tants jouissent des privilèges et immunités qui y sont
Etats membres ne sont pas applicables dans le cas d'un énumérés, "pendant l'exercice de leurs fonctions et au
représentant vis-à-vis des autorités de l'Etat dont il est cours de leurs voyages à destination ou en provenance du
ressortissant ou dont il est ou a été le représentant2 0 8 . lieu de la réunion". En 1961, le Conseiller juridique de
l'Organisation des Nations Unies a répondu à une question
Article 39. — Durée des privilèges et immunités posée par une institution spécialisée au sujet de l'interpré-
tation à donner à la première partie de cette disposition. La
réponse contient les passages suivants : "Vous demandez s'il
1. Toute personne ayant droit aux privilèges et immunités
faut donner à l'expression "pendant l'exercice de leurs
en bénéficie dès qu'elle pénètre sur le territoire de l'Etat
fonctions" une interprétation étroite ou large . . . Je pense
hôte pour gagner ^on poste ou, si elle se trouve déjà sur ce
que c'est sans aucun doute la plus large des deux inter-
territoire, dès que sa nomination a été notifiée à l'Etat hôte.
prétations que les auteurs de la Convention avaient en
vue 2 1 2 ."
2. Lorsque les fonctions d'une personne bénéficiant des
privilèges et immunités prennent fin, ces privilèges et
immunités cessent normalement au moment où cette 4) La durée des privilèges et immunités des membres des
personne quitte le pays, ou à l'expiration d'un délai missions permanentes a donné lieu à des divergences
raisonnable qui lui aura été accordé à cette fin, mais ils d'opinions entre le Secrétariat de l'Organisation des Nations
subsistent jusqu'à ce moment, même en cas de conflit armé. Unies et les Etats hôtes, tant au Siège, à New York, qu'à
Toutefois, l'immunité subsiste en ce qui concerne les actes l'Office de Genève. L'un des deux Etats hôtes soutenait que
accomplis par cette personne dans l'exercice de ses fonc- le commencement des privilèges et immunités dépendait du
tions comme membre de la mission permanente. moment où la nomination des membres de la mission
permanente lui était notifiée et l'autre exigeait le consen-
3. En cas de décès d'un membre de la mission perma- tement préalable de ses autorités avant l'octroi des privi-
nente, les membres de sa famille continuent de jouir des lèges et immunités diplomatiques à l'intéressé 213 .
privilèges et immunités dont ils bénéficient, jusqu'à l'expi-
ration d'un délai raisonnable leur permettant de quitter le 5) L'article IV, section 12, de la Convention sur les
territoire de l'Etat hôte. privilèges et immunités des Nations Unies 214 , qui est
reproduit mutatis mutandis à l'article V, section 14, de la
4. En cas de décès d'un membre de la mission permanente Convention sur les privilèges et immunités des institutions
qui n'est pas ressortissant de l'Etat hôte ou n'y a pas sa
résidence permanente, ou d'un membre de sa famille qui 209 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 119.
fait partie de son ménage, l'Etat hôte permet le retrait des 210 Ibid., vol. l , p . 21.
biens meubles du défunt, à l'exception de ceux qui auront
Ibid., vol. 33, p. 271.
été acquis dans le pays et qui font l'objet d'une prohibition 212
d'exportation au moment de son décès. Il ne sera pas Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
prélevé de droits de succession sur les biens meubles dont la droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et Add.l
présence dans l'Etat hôte était due uniquement à la et 2, p. 191.
Voir l'affaire B. c. M., Arrêts du Tribunal fédéral suisse, 85,
présence dans cet Etat du défunt en tant que membre de la 1959, II, p. 153 (Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission
mission permanente ou membre de la famille d'un membre du droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et
de la mission permanente. Add.l et 2, p. 192, par. 89), et l'affaire Santiesteban {ibid., p. 187
et 188, par. 56 à 59). Pour les divergences d'interprétation de
l'alinéa 2 de la section 15 de l'Accord relatif au Siège de
207 l'Organisation des Nations Unies, voir ci-dessus, par. 3 du commen-
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 119.
208 taire de l'art. 15.
Voir deuxième partie, sect. 1, p. 138 ci-dessus, "Note concer-
214
nant la nationalité des membres d'une mission permanente". Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 23.
160 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

spécialisées215, dispose : "En vue d'assurer aux représen- dispositions de l'article IV, section 11, de la Convention sur
tants des Membres aux organes principaux et subsidiaires les privilèges et immunités des Nations Unies et aux
des Nations Unies et aux conférences convoquées par dispositions de l'article V, section 13, de la Convention sur
l'Organisation, une complète liberté de parole et une les privilèges et immunités des institutions spécialisées, qui
complète indépendance dans l'accomplissement de leurs stipulent que les représentants jouiront des privilèges et
fonctions, l'immunité de juridiction en ce qui concerne les immunités énumérés dans ces dispositions "pendant l'sxer-
paroles ou les écrits ou les actes émanant d'eux dans cice de leurs fonctions et au cours de leurs voyages à
l'accomplissement de leurs fonctions continuera à leur être destination ou en provenance du lieu de la réunion".
accordée, même après que ces personnes auront cessé d'être
les représentants des Membres." 3) L'étude du Secrétariat mentionne un problème spécial
qui peut se poser lorsqu'il n'est possible d'aller dans le pays
où doit se tenir une réunion de l'Organisation des Nations
Article 40. — Devoirs des Etats tiers Unies qu'en traversant un autre Etat. Il y est dit : "Bien que
cette question se soit posée rarement dans la pratique, le
1. Si le représentant permanent ou un membre du Secrétariat estime que ces Etats sont dans l'obligation
personnel diplomatique de la mission permanente traverse d'accorder le droit d'accès et de transit aux représentants
le territoire ou se trouve sur le territoire d'un Etat tiers, qui des Etats Membres aux fins exposées précédemment2 * 7 ."
lui a accordé un visa de passeport au cas où ce visa est
requis, pour aller assumer ses fonctions ou rejoindre son
poste, ou pour rentrer dans son pays, l'Etat tiers lui Article 41. — Non-discrimination
accordera l'inviolabilité et toutes autres immunités néces-
saires pour permettre son passage ou son retour. Il fera de En appliquant les dispositions des présents articles, on ne
même pour les membres de sa famille bénéficiant des fera pas de discrimination entre les Etats.
privilèges et immunités qui accompagnent le représentant Commentaire
permanent ou le membre du personnel diplomatique de la
mission permanente ou qui voyagent séparément pour le 1) L'article 41 reproduit, avec les modifications de forme
rejoindre ou pour rentrer dans leur pays. nécessaires, le paragraphe 1 de l'article 47 de la Convention
de Vienne sur les relations diplomatiques2 x 8 .
2. Dans des conditions similaires à celles qui sont prévues
au paragraphe 1 du présent article, les Etats tiers ne doivent 2) L'article 41 ne reprend pas le deuxième paragraphe de
pas entraver le passage sur leur territoire des membres du l'article 47 de la Convention de Vienne, ce qui constitue
personnel administratif et technique ou de service de la une différence de fond entre ces deux articles. Ledit
mission permanente et des membres de leur famille. paragraphe concerne deux cas où, bien qu'il y ait inégalité
de traitement, il n'y a pas de discrimination car l'inégalité
3. Les Etats tiers accordent à la correspondance officielle de traitement en question se justifie par la règle de la
et aux autres communications officielles en transit, y réciprocité.
compris les messages en code ou en chiffre, la même liberté
et protection que l'Etat hôte. Ils accordent aux courriers 3) En général, les accords de siège des organisations
diplomatiques, auxquels un visa de passeport a été accordé internationales ne contiennent pas de restrictions des
si ce visa était requis, et aux valises diplomatiques en transit privilèges et immunités des membres des missions perma-
la même inviolabilité et la même protection que l'Etat hôte nentes fondées sur l'application du principe de la récipro-
est tenu de leur accorder. cité dans les relations entre l'Etat hôte et l'Etat d'envoi.
Cependant, quelques accords de siège contiennent une
4. Les obligations des Etats tiers en vertu des para- clause prévoyant que l'Etat hôte accordera aux représen-
graphes 1, 2 et 3 du présent article s'appliquent également tants permanents les privilèges et immunités qu'il accorde
aux personnes respectivement mentionnées dans ces para- aux envoyés diplomatiques accrédités auprès de lui, "sous
graphes, ainsi qu'aux communications officielles et aux réserve des conditions et obligations correspondantes". On
valises diplomatiques lorsque leur présence sur le territoire peut trouver des exemples de clauses de ce type à l'article
de l'Etat tiers est due à la force majeure. V, section 15, de l'Accord relatif au Siège de l'Organisation
des Nations Unies2 x 9 , à l'article XI, section 24, alinéa a, de
l'Accord relatif au siège de l'Organisation des Nations Unies
Commentaire pour l'alimentation et l'agriculture220 et à l'article premier
1) Les dispositions de cet article reprennent l'article 40 de
la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques 216 . 217
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et Add.l
2) Au paragraphe 3 du commentaire de l'article 39, il est et 2, p. 207, par. 168.
218
fait mention de l'interprétation large donnée par le Conseil-
219 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 123.
ler juridique de l'Organisation des Nations Unies aux Ibid., vol. 11, p. 27.
220 Série législative des Nations Unies, Textes législatifs et
dispositions de traités concernant le statut juridique, les privilèges et
Ibid., vol. 33, p. 273. les immunités d'organisations internationales, vol. II (ST/LEG/
216 Ibid., vol. 500, p. 119 et 121. SER.B/11), p. 195.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvemementales 161

de l'Accord bilatéral entre les Etats-Unis d'Amérique et 2) Le paragraphe 1 stipule que, d'une manière générale,
l'Organisation des Etats américains relatif aux privilèges et toutes les personnes qui jouissent des privilèges et immu-
immunités des représentants au Conseil de l'Organisation et nités ont le devoir de respecter les lois et règlements de
des autres membres des représentations2 2 1 . l'Etat hôte. Ce devoir ne s'applique naturellement pas
lorsque les privilèges et immunités du membre l'en dis-
4) II est dit dans l'étude du Secrétariat que, selon pensent. En ce qui concerne l'immunité de juridiction, cette
l'interprétation du Secrétariat de l'Organisation des Nations immunité implique simplement qu'un membre de la mission
Unies, les privilèges et immunités accordés aux missions permanente ne peut pas être traduit devant les tribunaux
permanentes doivent, en règle générale, être les mêmes que s'il manque à ses obligations. Un tel manquement de la part
ceux qui sont octroyés au corps diplomatique dans son d'un membre d'une mission permanente qui jouit de
ensemble et ne doivent pas être soumis aux conditions l'immunité de juridiction ne dispense pas l'Etat hôte de son
particulières pouvant être imposées, sur la base de la devoir de respecter l'immunité du membre.
réciprocité, aux missions diplomatiques de certains
Etats 2 2 2 . Dans l'exposé qu'il a fait à la 1016e séance de la 3) Le paragraphe 2 dispose que les locaux de la mission
Sixième Commission de l'Assemblée générale, le Conseiller permanente ne doivent être utilisés que pour les buts
juridique de l'Organisation des Nations Unies a déclaré que légitimes auxquels ils sont destinés. Un manquement au
pour l'interprétation des privilèges et immunités diplo- devoir énoncé dans cet article ne rend pas inapplicable
matiques : l'article 23 (inviolabilité des locaux de la mission perma-
Le Secrétaire général s'inspirerait des dispositions de la Conven-
nente). Toutefois, cette inviolabilité ne permet pas d'utiliser
tion de Vienne dans la mesure où elles s'appliquent mutatis les locaux d'une manière incompatible avec les fonctions de
mutandis auxdits représentants. Il y a bien entendu lieu de noter la mission permanente.
que certaines dispositions telles, par exemple, celles qui ont trait à
l'agrément, à la nationalité ou à la réciprocité ne s'appliquent pas à
la situation des représentants auprès de l'Organisation des Nations Article 43. — Activité professionnelle
Unies 223 .
Le représentant permanent et les membres du personnel
Section III. - Comportement de la mission permanente diplomatique de la mission permanente n'exerceront pas
et de ses membres dans l'Etat hôte une activité professionnelle ou commer-
ciale en vue d'un gain personnel.
Article 42. — Obligation de respecter les lois
et règlements de l'Etat hôte Commentaire
1) Cet article reproduit, avec les modifications de forme
1. Sans préjudice de leurs privilèges et immunités, toutes nécessaires, les dispositions de l'article 42 de la Convention
les personnes qui bénéficient de ces privilèges et immunités de Vienne sur les relations diplomatiques2 2 6 et de l'article
ont le devoir de respecter les lois et règlements de l'Etat 49 du projet d'articles sur les missions spéciales2 2 7 .
hôte. Elles ont également le devoir de ne pas s'immiscer
dans les affaires intérieures de cet Etat. 2) Au paragraphe 2 du commentaire de l'article 49 de son
projet d'articles sur les missions spéciales, la Commission
2. Les locaux de la mission permanente ne seront pas déclare :
utilisés d'une manière incompatible avec les fonctions de la Certains gouvernements ont proposé l'addition d'une clause
mission permanente, telles qu'elles sont énoncées dans les stipulant que l'Etat de réception peut autoriser les personnes visées à
présents articles, ou dans d'autres règles du droit interna- l'article 49 du projet à exercer sur son territoire une activité
tional général, ou dans les accords particuliers en vigueur professionnelle ou commerciale. La Commission a estimé que le
droit pour l'Etat de réception d'accorder l'autorisation en question
entre l'Etat d'envoi et l'Etat hôte. allait de soi. Elle a donc préféré n'apporter sur ce point aucun
changement de fond au texte de la Convention de Vienne 228 .
Commentaire
1) Cet article s'inspire des dispositions des paragraphes 1 Section IV. - Fin des fonctions
et 3 de l'article 41 de la Convention de Vienne sur les du représentant permanent
relations diplomatiques224 et de l'article 48 du projet
d'articles sur les missions spéciales2 2 s . Article 44. — Les différentes façons dont prennent fin
ces fonctions
221
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 181, p. 152.
222
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du Les fonctions d'un représentant permanent ou d'un
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et Add.l membre du personnel diplomatique d'une mission perma-
et 2, p. 194, par. 96. nente prennent fin notamment :
2 23
Voir Documents officiels de l'Assemblée générale, vingt-
deuxième session, Annexes, point 98 de l'ordre du jour, document 226
A/C.6/385, par. 4. Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 121.
11 4 227
Voir Annuaire de la Commission du droit international,
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 121. 1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 405.
2 25 228
Voir Annuaire de la Commission du droit international, Ibid.
1967, vol. II, documents A/6709/Rev.l et Rev.l/Corr.l, p. 404.
162 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

a) Par la notification de l'Etat d'envoi que les fonctions les relations diplomatiques, l'Etat accréditaire peut refuser
du représentant permanent ou du membre du personnel cette reconnaissance si l'Etat accréditant refuse d'exécuter
diplomatique de la mission permanente ont pris fin; ou n'exécute pas dans un délai raisonnable les obligations
b) Si l'Etat d'envoi cesse définitivement ou temporai- qui lui incombent aux termes du paragraphe 1 - relatif à la
rement d'être membre de l'organisation internationale déclaration de l'Etat accréditaire qu'un agent diplomatique
intéressée ou si les activités de l'Etat d'envoi dans ladite
est persona non grata233. Ainsi qu'il est mentionné au
organisation sont suspendues.
paragraphe 2 du commentaire de l'article 9 du présent
projet d'articles, les membres de la mission permanente ne
Commentaire sont pas accrédités auprès de l'Etat hôte. Ils n'entrent pas
en relations directes avec l'Etat hôte, à la différence de la
1) L'alinéa a de cet article reproduit, avec les modifica- diplomatie bilatérale. Dans ce dernier cas, l'agent diploma-
tions de forme nécessaires, les dispositions de l'alinéa a de tique est accrédité auprès de l'Etat de réception pour
l'article 43 de la Convention de Vienne sur les relations exercer certaines fonctions de représentation et de négocia-
diplomatiques2 2 9 . tion entre l'Etat accréditaire et son propre Etat. Cette
situation juridique constitue la base de la notion d'agrément
2) L'alinéa b concerne les cas où l'Etat d'envoi rappelle la de l'agent diplomatique par l'Etat accréditaire et du droit
mission permanente pour des raisons ayant trait à sa qualité de cet Etat d'exiger son rappel lorsqu'il le déclare persona
de membre de l'organisation à laquelle la mission a été non grata234.
envoyée. D'une manière générale, les instruments consti-
tutifs des organisations internationales contiennent des 4) L'article VII, section 25, paragraphe 1, de la Conven-
dispositions sur l'expulsion d'un membre, son retrait ou la tion sur les privilèges et immunités des institutions spécia-
suspension de sa participation. L'alinéa b prévoit expres- lisées dispose :
sément aussi le cas de la suspension des activités de l'Etat
d'envoi dans l'organisation. L'absence de l'Indonésie de Les représentants des membres aux réunions convoquées par les
institutions spécialisées, pendant l'exercice de leurs fonctions et au
l'Organisation des Nations Unies, du 1er janvier 1965 au 28 cours de leurs voyages à destination ou en provenance du lieu de
septembre 1966, a été interprétée par l'Organisation comme réunion, ainsi que les fonctionnaires visés à la section 18, ne seront
une suspension d'activités à l'Organisation et non pas pas contraints par les autorités territoriales de quitter le pays dans
comme le retrait d'un Membre. Le 19 septembre 1966, lequel ils exercent leurs fonctions en raison d'activités exercées par
eux en leur qualité officielle. Toutefois, dans le cas où une telle
l'ambassadeur d'Indonésie à Washington a transmis au personne abuserait du privilège de résidence en exerçant dans ce
Secrétaire général un message de son gouvernement décla- pays des activités sans rapport avec ses fonctions officielles, elle
rant qu'il avait décidé "à partir de la vingt et unième session pourra être contrainte de quitter le pays par le Gouvernement de
de l'Assemblée générale, de coopérer à nouveau pleinement celui-ci. . . 2 3 S
avec l'Organisation des Nations Unies et de reprendre sa
participation aux activités de l'Organisation" 230 . A la L'étude du Secrétariat contient le commentaire suivant
1420e séance plénière de l'Assemblée générale, le 28 sep- sur cette disposition :
tembre 1966, le Président, après avoir lu cette communi- Aucune disposition correspondante ne figure dans la Convention
cation, a déclaré : générale [la Convention sur les privilèges et immunités des Nations
Unies] étant donné qu'il ne s'est produit aucun cas dans lequel on
II semble . . . que le Gouvernement de l'Indonésie considère que ait eu l'occasion d'appliquer l'article VII de la Convention sur les
son absence récente de l'Organisation était fondée, non pas sur un institutions spécialisées ou toute autre disposition analogue d'un
retrait des Nations Unies, mais sur une cessation de coopération. Les accord relatif au siège d'une institution spécialisée, il n'existe pas de
mesures prises jusqu'à présent par les Nations Unies en la matière ne pratique en ce qui concerne l'interprétation dudit article 236 .
paraissent pas infirmer cette opinion2 3 x .

3) Cet article ne contient pas de disposition correspon- Article 45. — Facilités de départ
dant à l'alinéa b de l'article 43 de la Convention de Vienne
sur les relations diplomatiques, qui prévoit, parmi les L'Etat hôte doit, même en cas de conflit armé, accorder
moyens de mettre fin aux fonctions d'un agent diploma- des facilités pour permettre aux personnes bénéficiant des
tique, la "notification de l'Etat accréditaire à l'Etat privilèges et immunités, autres que les ressortissants de
accréditant que, conformément au paragraphe 2 de l'ar- l'Etat hôte, ainsi qu'aux membres de la famille de ces
ticle 9, cet Etat refuse de reconnaître l'agent diplomatique personnes, quelle que soit leur nationalité, de quitter son
comme membre de la mission" 232 . Conformément au territoire dans les meilleurs délais. Il doit en particulier, si
paragraphe 2 de l'article 9 de la Convention de Vienne sur besoin est, mettre à leur disposition les moyens de transport
nécessaires pour eux-mêmes et pour leurs biens.
229 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 123.
230 Voir Documents officiels du Conseil de sécurité, vingt- 233
troisième année, Supplément de juin-juillet, août et septembre 1966, Ibid., p. 103.
document S/7498. 234
Voir ci-dessus, p. 138 du présent volume.
Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du 235 Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 33, p. 279.
droit international, 1967, vol. II, documents A/CN.4/L.118 et Add.l 236 Voir l'Etude du Secrétariat, Annuaire de la Commission du
et 2, p. 193, note 39. droit international, 1967, vol. II, document A/CN.4/L. 118 et Add.l
232
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 123. et 2, p. 218, par. 36.
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 163

Article 46. — Protection des locaux et des archives section 11, de la Convention sur les privilèges et immunités
des Nations Unies, dispose que les représentants aux
1. Lorsque les fonctions d'une mission permanente "conférences convoquées par les Nations Unies" jouiront
prennent fin, l'Etat hôte est tenu, même en cas de conflit des mêmes privilèges et immunités que la Convention
armé, de respecter et de protéger les locaux de la mission accorde aux représentants des membres auprès des organes
permanente ainsi que ses biens et archives. L'Etat d'envoi principaux et subsidiaires des Nations Unies2 4 °.
doit retirer ces biens et ces archives dans un délai
raisonnable.
B. Conférences qui ne sont pas réunies par des organisa-
2. L'Etat hôte est tenu d'accorder à l'Etat d'envoi, même tions internationales
en cas de conflit armé, des facilités pour le transport des 53. Le Rapporteur spécial est partisan de traiter conjoin-
archives de la mission permanente hors du territoire de tement de la situation juridique des délégations à des
l'Etat hôte. conférences réunies par des organisations internationales et
de celle des délégations à des conférences réunies par des
Commentaire Etats. Il convient de relever qu'au fond les conférences
Les dispositions de l'article 45 sont, en substance, les internationales, qu'elles soient convoquées par des organi-
mêmes que celles de l'article 44 de la Convention de Vienne sations internationales ou par un ou plusieurs Etats, sont
sur les relations diplomatiques 237 . Les dispositions de des conférences d'Etats. La distinction entre ces deux sortes
l'article 46 s'inspirent de celles de l'article 45 de la même de conférences est purement formelle, le critère étant : qui
convoque la conférence?
Convention2 3 8 . Le Rapporteur spe'cial estime que ces deux
articles n'appellent pas de commentaire particulier.
C. Portée des privilèges et immunités des délégations auprès
d'organes des organisations internationales et aux confé-
TROISIÈME PARTIE. - DELEGATIONS AUPRÈS D'ORGANES
rences internationales
DES ORGANISATIONS INTERNATIONALES OU AUX
CONFÉRENCES RÉUNIES PAR DES ORGANISATIONS 54. Ces privilèges et immunités sont régis habituellement
INTERNATIONALES par la convention sur les privilèges et immunités de
l'organisation en question. D'une manière générale, les
Observations générales privilèges et immunités sont fonctionnels et l'immunité de
juridiction se limite aux paroles et aux écrits ainsi qu'à tous
50. Les articles proposés dans la troisième partie (art. 47 à les actes accomplis par les représentants en tant que tels. Le
52) sont présentés sous une forme provisoire pour per- Rapporteur spécial estime que les représentants des Etats
mettre à la Commission de décider d'abord si elle limitera auprès d'organes des organisations internationales et aux
aux missions permanentes auprès d'organisations interna- conférences devraient bénéficier en principe, notamment en
tionales son projet sur les représentants des Etats auprès des ce qui concerne l'immunité de juridiction, des privilèges et
organisations internationales ou si elle en élargira le champ immunités diplomatiques qui sont accordés aux membres
d'application en y introduisant les délégations auprès des missions permanentes auprès des organisations interna-
d'organes des organisations internationales et aux confé- tionales.
rences convoquées par des organisations internationales.

51. Dans son deuxième rapport, le Rapporteur spécial


avait soulevé un certain nombre de questions préliminaires Article 47. — Composition de la délégation
concernant la manière de traiter le problème des délégations
auprès d'organes des organisations internationales et aux 1. Une délégation auprès d'un organe d'une organisation
conférences internationales, ainsi que la place de ce sujet internationale ou à une conférence réunie par une organi-
dans le présent projet d'articles 239 . Ces questions peuvent sation internationale se compose d'un ou de plusieurs
se résumer comme suit. représentants de l'Etat d'envoi parmi lesquels ce dernier
peut désigner un chef de délégation.
A. Délégations aux conférences réunies par des organisa-
tions internationales
2. L'expression "représentants" s'entend comme englo-
52. Il n'y a guère de désaccord quant à la manière de bant tous les délégués, suppléants, conseillers, experts
traiter, dans le cadre du présent sujet, la question des techniques et secrétaires de délégation.
privilèges et immunités des délégations aux conférences
réunies par des organisations internationales. L'article IV,
3. Une délégation auprès d'un organe d'une organisation
internationale ou à une conférence réunie par une organi-
237
Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 500, p. 123. sation internationale peut également comprendre un per-
238
Ibid. sonnel administratif et technique et un personnel de service.
239
Voir Annuaire de la Commission du droit international,
1967, vol. II, documents A/CN.4/195 et Add.l, p. 162 à 165, 240
par. 95 à 117. Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 1, p. 21.
164 Annuaire de la Commission du droit international, 1968, vol. II

Article 48. — Nomination d'une délégation commune rence réunie par une organisation internationale est établi
auprès de deux ou plusieurs organes ou à deux ou conformément au règlement en vigueur dans l'organisation
plusieurs conférences intéressée.

1. Une délégation auprès d'un organe d'une organisation


internationale ou à une conférence réunie par une organi- QUATRIEME PARTIE. - OBSERVATEURS PERMANENTS
sation internationale doit en principe représenter un seul D'ETATS NON MEMBRES AUPRES DES ORGANISATIONS
Etat. INTERNATIONALES

2. Un membre d'une délégation auprès d'un organe d'une Observations générales


organisation internationale ou à une conférence réunie par
une organisation internationale peut représenter un autre 55. Les articles proposés dans la quatrième partie (art. 53
Etat auprès de cet organe ou à cette conférence à condition à 56) sont présentés sous une forme provisoire pour les
que ledit représentant n'agisse pas simultanément comme raisons indiquées au paragraphe 50 (observations générales
représentant de plus d'un Etat. qui précèdent les articles proposés dans la troisième partie).

56. Certains Etats non membres ont envoyé des observa-


Article 49. — Accréditation teurs permanents au Siège de l'Organisation des Nations
Unies, à New York, et à son Office de Genève. Depuis 1956,
Les pouvoirs des représentants auprès d'un organe d'une le Gouvernement suisse a un observateur permanent. Des
organisation internationale ou à une conférence réunie par observateurs ont aussi été nommés par des Etats comme
une organisation internationale émanent soit du Chef de l'Autriche, la Finlande, l'Italie et le Japon avant qu'ils
l'Etat, soit du Chef du Gouvernement, soit du Ministre des deviennent membres de l'Organisation des Nations Unies.
affaires étrangères, et sont communiqués au Secrétaire Monaco, la République de Corée, la République du Viet-
général. Nam et la République fédérale d'Allemagne, qui ne sont pas
membres de l'Organisation actuellement, y ont des observa-
teurs permanents. En outre, le Saint-Siège a nommé
Article 50. — Pleins pouvoirs et fonctions récemment des observateurs permanents tant à New York
en matière de traités qu'à Genève.
1. Les représentants accrédités par des Etats auprès d'un
57. Il n'y a de dispositions sur les observateurs perma-
organe d'une organisation internationale ou d'une confé-
nents des Etats non membres ni dans la Charte des Nations
rence réunie par une organisation internationale n'ont pas à
Unies, ni dans l'Accord relatif au Siège, ni dans la résolution
établir qu'ils sont habilités à négocier, à rédiger et à
257 A (III) de l'Assemblée générale, en date du 3 décembre
authentifier des traités conclus au sein de cet organe ou à
1948, relative aux missions permanentes des Etats
cette conférence.
Membres. Le Secrétaire général a mentionné les observa-
teurs permanents des Etats non membres dans le rapport
2. Les représentants accrédités par des Etats auprès d'un
sur les missions permanentes qu'il a présenté à la quatrième
organe d'une organisation internationale ou d'une confé-
session de l'Assemblée générale 241 , mais l'Assemblée n'a
rence réunie par une organisation internationale doivent
pris aucune mesure pour donner un fondement juridique au
établir, en produisant un instrument de pleins pouvoirs,
statut des observateurs permanents. C'est pourquoi leur
qu'ils sont habilités à signer (définitivement ou ad réfé-
statut a été déterminé par la pratique (voir mémorandum au
rendum), au nom de leur Etat, un traité rédigé au sein de
Secrétaire général par intérim, daté du 22 août 1962,
cet organe ou à cette conférence.
émanant du Service juridique 242 ).

Article 51. — Effectif de la délégation 58. Dans l'introduction de son rapport annuel sur l'acti-
vité de l'Organisation du 16 juin 1965 au 15 juin 1966, le
L'Etat d'envoi devrait veiller à ce que l'effectif de sa Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies
délégation auprès d'un organe d'une organisation interna- déclarait :
tionale ou à une conférence réunie par une organisation . . . j'estime que tous les pays devraient être encouragés, lorsqu'ils
internationale ne dépasse pas les limites de ce qui est le souhaitent, à suivre de plus près les travaux de l'Organisation et
raisonnable et normal, eu égard aux circonstances et mis à même de le faire. Ils ne pourraient que gagner à avoir des
observateurs au Siège, à l'Office des Nations Unies à Genève et
conditions qui régnent dans l'Etat hôte et aux besoins de la auprès des commissions économiques régionales, à voir l'Organisa-
délégation ou représentation dont il s'agit auprès de tion au travail, à percevoir les courants et contre-courants d'opinion
l'organe ou de la conférence intéressés. qui s'y manifestent et à contribuer à cet échange; l'ONU dans son
ensemble y aurait elle aussi tout intérêt. Ces contacts et ces échanges

Article 52. — Préséance 241


Documents officiels de l'Assemblée générale, quatrième
session, Sixième Commission, Annexe, document A/939.
L'ordre de préséance des chefs de délégation auprès d'un 242
Voir United Nations Juridical Yearbook, 1962 (provisional
organe d'une organisation internationale ou à une confé- édition), ST/LEG/8, fascicle 2, p. 236 (anglais seulement).
Relations entre les Etats et les organisations intergouvernementales 165

permettraient à coup sûr de mieux comprendre les problèmes du immunités aux Etats-Unis. Si leur nom ne figure pas sur la liste
monde et de s'attaquer de façon plus réaliste à leur solution. A cet diplomatique des Etats-Unis, les facilités qui peuvent leur être
égard, j'ai cru devoir suivre la tradition bien établie qui veut que accordées aux Etats-Unis sont de simples gestes de courtoisie de la
certains gouvernements seulement puissent avoir des observateurs. part des autorités des Etats-Unis246.
Je souhaiterais que l'Assemblée générale examine la question plus
avant et donne au Secrétaire général, touchant la politique à suivre à
l'avenir, des directives claires qui, j'ose l'espérer, s'inspireraient des 61. Le Rapporteur spécial est d'avis que la Commission
observations qui précèdent 243 . devrait examiner la réglementation de la situation juridique
des observateurs permanents des Etats non membres, en
Une déclaration semblable figure également dans l'intro- leur reconnaissant en principe des privilèges et immunités
duction au rapport annuel du Secrétaire général sur analogues à ceux dont jouissent les missions permanentes
l'activité de l'Organisation du 16 juin 1966 au 15 juin des Etats Membres.
1967 2 4 4 .
Article 53. — Désignation d'observateurs permanents
59. Il convient de mentionner aussi le message, daté du 17
avril 1968, adressé par le Secrétaire général de l'Organisa- Les Etats non membres peuvent désigner des observa-
tion des Nations Unies à la Commission économique pour teurs permanents auprès du siège de l'organisation.
l'Europe à sa vingt-troisième session, dans lequel le Secré-
taire général déclarait :
S'il y a tout lieu de se féliciter des progrès accomplis jusqu'ici Article 54. — Fonctions des observateurs permanents
dans le domaine du développement économique en Europe, il me
semble que ce progrès aurait été encore plus grand si l'Organisation 1. La principale fonction des observateurs permanents
et ses institutions avaient pu atteindre l'objectif d'une participation consiste à assurer la liaison nécessaire entre l'Etat d'envoi et
universelle. Toutefois, comme il faudra peut-être un certain temps l'organisation.
pour y arriver, je voudrais redire ici ce que j'ai déjà souligné dans
l'introduction à mes deux derniers rapports annuels à l'Assemblée
générale, à savoir qu'il faudrait que tous les pays soient encouragés à 2. Les observateurs permanents peuvent également exer-
suivre de plus près les travaux de l'Organisation, au Siège et sur le cer mutatis mutandis les autres fonctions des missions
plan régional, et soient mis à même de le faire s'ils le désirent 24s . permanentes définies à l'article 6.

Privilèges et immunités des observateurs permanents


des Etats non membres Article 55. — Composition du bureau
60. La situation des observateurs permanents en matière de l'observateur permanent
de privilèges et immunités a été exposée dans le mémo-
randum, daté du 22 août 1962, envoyé par le Conseiller Le bureau de l'observateur permanent peut comprendre,
juridique au Secrétaire général par intérim des Nations outre l'observateur permanent, un ou plusieurs représen-
Unies : tants de l'Etat d'envoi. Peuvent également en faire partie un
personnel diplomatique, un personnel administratif et
Les observateurs permanents n'ont pas droit aux privilèges et technique et un personnel de service.
immunités diplomatiques en vertu de l'Accord relatif au siège ou
d'autres dispositions législatives de l'Etat hôte. Ceux d'entre eux qui
font partie de la mission diplomatique de leur gouvernement auprès Article 56. — Accréditation
du Gouvernement des Etats-Unis peuvent, de ce fait, jouir des
Les pouvoirs des observateurs permanents émanent soit
243
Voir Documents officiels de l'Assemblée générale, vingt et du Chef de l'Etat, soit du Chef du Gouvernement, soit du
unième session. Supplément No 1 A (A/6301/Add.l), p 15. Ministre des affaires étrangères, et sont communiqués au
244
Ibid., vingt-deuxième session, Supplément No 1 A (A/6701/ Secrétaire général.
Add.l),p. 23.
Documents officiels du Conseil économique et social,
quarante-cinquième session, Supplément No 3 (E/4491), an- Voir United Nations Juridical Yearbook, 1962 (provisional
nexe II, A. édition), ST/LEG/8, fascicle 2, p. 237 (anglais seulement).

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