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LL - Dipsute DG - Tiberge

Manon Lescault

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SEQ.

4 – Manon Lescaut La dispute avec Tiberge

L.L. n°2

Tiberge, repris-je, qu'il vous est aisé de vaincre, lorsqu'on n'oppose rien à vos armes !
Laissez-moi raisonner à mon tour. Pouvez-vous prétendre que ce que vous appelez le bonheur
de la vertu soit exempt de peines, de traverses et d'inquiétudes ? Quel nom donnerez-vous à
la prison, aux croix, aux supplices et aux tortures des tyrans ? Direz-vous, comme font les
mystiques, que ce qui tourmente le corps est un bonheur pour l'âme ? Vous n'oseriez le dire ;
c'est un paradoxe insoutenable. Ce bonheur, que vous relevez tant, est donc mêlé de mille
peines, ou pour parler plus juste, ce n'est qu'un tissu de malheurs au travers desquels on tend
à la félicité1. Or si la force de l'imagination fait trouver du plaisir dans ces maux mêmes, parce
qu'ils peuvent conduire à un terme2 heureux qu'on espère, pourquoi traitez-vous de
contradictoire et d'insensée, dans ma conduite, une disposition toute semblable ? J'aime
Manon ; je tends au travers de mille douleurs à vivre heureux et tranquille auprès d'elle. La
voie par où je marche est malheureuse ; mais l'espérance d'arriver à mon terme y répand
toujours de la douceur, et je me croirai trop bien payé, par un moment passé avec elle, de tous
les chagrins que j'essuie pour l'obtenir. Toutes choses me paraissent donc égales de votre côté
et du mien ; ou s'il y a quelque différence, elle est encore à mon avantage, car le bonheur que
j'espère est proche, et l'autre est éloigné ; le mien est de la nature des peines, c'est-à-dire
sensible au corps, et l'autre est d'une nature inconnue, qui n'est certaine que par la foi.

Tiberge parut effrayé de ce raisonnement. Il recula de deux pas, en me disant, de l'air le


plus sérieux, que, non seulement ce que je venais de dire blessait le bon sens, mais que c'était
un malheureux sophisme3 d'impiété4 et d'irréligion5 : car cette comparaison, ajouta-t-il, du
terme de vos peines avec celui qui est proposé par la religion, est une idée des plus libertines6
et des plus monstrueuses.

1
La félicité = bien-être, béatitude, bonheur extrême (souvent associé à la foi)
2
Un terme = une fin
3
Sophisme = raisonnement aux belles apparences, mais qui aboutit à une conclusion fausse et absurde
4
Impiété = mépris pour la religion
5
Irréligion = manque d’esprit religieux
6
Libertin(e) = libre penseur, qui s’écarte des normes morales et religieuses
1
TRAVIL à REMETTRE MERCREDI 24 AVRIL 2024 à la vie scolaire

Préparez la lecture linéaire pour la dispute entre DG et T.

1) Situez l’extrait dans l’œuvre. (1 pt)

2) Repérez les 3 mouvements du texte. (2 pts)

3) A) Expliquez le sens des deux premières phrases de Des Grieux (l.1-2).


B) Analysez en particulier le sens du mot « raisonner ». Qu’annonce-t-il du discours qui va
suivre ? (2 pts)

4) A) Commentez le début de la 3° phrase. (1 pt)


B) Observez les phrases interrogatives au début du discours de Des Grieux. (l.2 à 5), quel
procédé emploie-t-il ? Quel est l’effet recherché ? (1 pt)

5) Relevez tous les connecteurs logiques de l’extrait. Que révèlent-ils de l’argumentation de Des
Grieux ? (2 pts)

6) « Vous n’oseriez le dire, c’est un paradoxe insoutenable. » (l. 5-6) : que fait Des Grieux ici ?
Pour répondre, observez également la phrase qui précède. (1 pt)

7) « Ce bonheur, que vous relevez tant, est donc mêlé de mille peines ; ou pour parler plus juste ce
n’est qu’un tissu de malheurs, au travers desquels on tend à la félicité. » (l. 6-8)

A) Quel paradoxe constatez-vous dans cette phrase ? (1 pt)


B) Identifiez l’épanorthose. Dans quel but argumentatif Des Grieux emploie-t-il ce procédé ?
(2 pts)

8) Reformulez la comparaison qu’il fait, à la fin de l’extrait (à partir de la L.10), entre lui et Tiberge.
(1 pt)

9) Commentez la réaction de Tiberge dans le dernier paragraphe. (1 pt)

10) BILAN : Formulez une problématique globale pour ce texte et rédigez une introduction.
Veillez à choisir une accroche et à présenter le roman en fonction de l’extrait présenté.
/ 5pts

2
L.L. - La dispute avec Tiberge
L’extrait dans l’œuvre.
Après avoir trompé M. de G… M…, Manon et Des Grieux sont arrêtés. La première est envoyée à
La Salpêtrière, tandis que Des Grieux est enfermé à Saint-Lazare, prison pour les jeunes
aristocrates débauchés. Bien décidé à s’évader avec l’aide de Lescaut, il décide de se servir de
son ami Tiberge, et fait en sorte d’obtenir une visite de ce dernier.

Les reproches de Tiberge à Des Grieux juste avant l’extrait


Dès le début de l’entretien, D.G. a annoncé à T. que son arrestation et sa captivité n’avaient en
rien entamé son amour pour M., et qu’il ne souhaitait pas mettre un terme à cette relation. T.
accuse alors D.G. de s’obstiner dans le vice tout en sachant parfaitement que cette histoire ne
peut qu’entraîner sa déchéance.

L’objectif de Des Grieux dans ce passage


Si l’objectif de cette entrevue est pour D.G. d’utiliser T. à son insu en vue de son évasion, le but
qu’il poursuit plus spécifiquement dans l’extrait concerné est différent : il semble qu’il cherche
à justifier sa conduite (plus précisément sa relation avec Manon) aux yeux de son ami.

Les mouvements du texte


1. Des Grieux reprend les arguments de Tiberge : l. 1 à 10
2. Des Grieux fait un parallèle avec son amour pour Manon : l. 10 à 17
3. Effets du discours de Des Grieux sur Tiberge : l. 18 à 22

ETUDE LINEAIRE :

1er mouvement : Des Grieux reprend les arguments de Tiberge : l. 1 à 10

3. a) Expliquez le sens des deux premières phrases de Des Grieux (l.1-2).


Ces deux phrases lui permettent d’introduire son plaidoyer, en annonçant son intention de se
défendre.

La première phrase a par ailleurs une visée polémique, soulignée par le champ lexical du
combat (« vaincre », « armes ») : il affirme que les critiques émises précédemment par Tiberge
n’avaient de la force que parce qu’elles n’ont pas rencontré d’opposition, la phrase sous-entend
que ces critiques seront facilement balayées par la réfutation de D.G.

On peut sentir de l’IRONIE dans « qu’il vous est aisé de…».

Le ton est généralisateur avec le pronom « on » alors que DG s’affirme, lui, ici et s’oppose aux
arguments précédents de T.

b) Analysez en particulier le sens du mot « raisonner ». Qu’annonce-t-il du discours qui va


suivre ?
Le verbe « raisonner » est ici employé dans le sens « formuler des arguments pour convaincre
quelqu’un ou pour élucider, prouver ou contester quelque chose ». On comprend que D.G. veut
développer une argumentation pour contrer les propos de Tiberge. Mais le choix de ce verbe

3
implique également que cette argumentation se fondera sur des principes logiques et
rationnels, davantage que sur l’émotion.

4. a) Observez les phrases interrogatives au début du discours de Des Grieux. (l.2 à 5), quel
procédé emploie-t-il ? Quel est l’effet recherché ?
Ces trois interrogations directes sont en réalité des questions rhétoriques : D.G. n’attend
aucune réponse de T., d’autant plus que la façon dont il tourne ses questions rend les réponses
parfaitement superflues.

La question rhétorique est un outil efficace d’un point de vue argumentatif : elle permet à D. G.
d’impliquer T. dans son raisonnement dès le début, en faisant mine de solliciter son opinion.
De plus, elle permet de donner l’impression qu’il intègre à son raisonnement les idées de son
adversaire. Enfin, elle donne l’illusion d’un raisonnement rationnel, qui se construit par
hypothèses successives, à la manière d’un discours délibératif.

On est sensible à l’utilisation de l’accumulation péjorative « à la prison, aux croix, aux


supplices et aux tortures des tyrans » (L.4) pour renforcer sa critique des arguments de T.

5. Relevez tous les connecteurs logiques de l’extrait. Que révèlent-ils de l’argumentation de


Des Grieux ?
Dans le discours de D.G., on peut relever : « donc », « ou », « Or », « parce qu’ », « mais », « car »,
« c’est-à-dire ». On trouve dans la fin de l’extrait : « non seulement », « mais », « car ».
La multiplication de ces connecteurs montre le soin apporté à la construction logique du
discours : D.G. bâtit méticuleusement son argumentaire, et veille à lui donner les apparences de
la rationalité.

6. « Vous n’oseriez le dire, c’est un paradoxe insoutenable. » (l. 5-6) :


Que fait Des Grieux ici ? Pour répondre, observez également la phrase qui précède.
D.G. répond lui-même à la place de T. à une question rhétorique qu’il vient de lui adresser. De
fait, il semble difficile de soutenir que « ce qui tourmente le corps est un bonheur pour l’âme »
(on notera la manière habile dont est tournée la question, avec la double antithèse
« tourmente » / « bonheur » et « corps » / « âme »).

Répondre à la place de son adversaire permet bien sûr de l’empêcher de prendre la parole. Mais
ce procédé a un autre effet redoutable. Le postulat établi implicitement par la dernière question
rhétorique de D.G. est le suivant : ce qui provoque un désagrément physique ne peut pas
susciter le bonheur. Cette affirmation est certes défendable, mais elle n’est pas irréfutable. Or,
avec sa formule définitive (« Vous n’oseriez le dire », « paradoxe insoutenable »), D.G. exclut
totalement toute discussion ultérieure sur ce postulat. À partir de cette base qu’il impose à
son interlocuteur, Des Grieux va pouvoir dérouler le reste de son argumentaire.

7. « Ce bonheur, que vous relevez tant, est donc mêlé de mille peines ; ou pour parler plus
juste ce n’est qu’un tissu de malheurs, au travers desquels on tend à la félicité. » (l. 6-8)
a) Quel paradoxe constatez-vous dans cette phrase ?
D.G. souligne l’aspect paradoxal du bonheur vanté par T., qui veut chercher la félicité à travers
une vie de modération et de privation des plaisirs terrestres. Ce paradoxe est souligné par la
double antithèse « bonheur »/ » mille peines » et « malheurs »/ » félicité ».

4
b) Identifiez l’épanorthose. Dans quel but argumentatif Des Grieux emploie-t-il ce procédé ?
L’épanorthose est signalée par la formule « ou pour parler plus juste » : D.G. corrige son propos
pour l’intensifier, puisque le bonheur qui était « mêlé de mille peines » devient par ce procédé
« un tissu de malheurs, au travers desquels on tend à la félicité ». Là aussi, le procédé est un outil
argumentatif efficace : cette deuxième formulation, beaucoup plus violente, est rendue plus
acceptable par le fait qu’elle est introduite par une première formulation plus modérée. De plus,
l’épanorthose permet de donner l’impression d’une argumentation qui se construit sous nos
yeux (puisqu’elle se « corrige »), et qui est donc à la fois plus authentique et plus honnête.

Les antithèses sont fortes entre « bonheur » et « tissu de malheurs et « mille peines ».

2° mouvement : Des Grieux fait un parallèle avec son amour pour Manon : l. 10 à 17

8. a) À quels moments D.G. compare-t-il les principes de T. avec son propre amour pour M. ?
D.G. introduit cette comparaison aux lignes 9-10 : « pourquoi traitez-vous de contradictoire et
d’insensée dans ma conduite, une disposition toute semblable ? » Il la reprend ensuite aux
lignes 14-15 : « Toutes choses me paraissent donc égales de votre côté et du mien ; ou s’il y a
quelque différence, elle est encore à mon avantage ».

b) Résumez son raisonnement. Vous semble-t-il convaincant ?


Le raisonnement est le suivant : T. défend la recherche du bonheur à travers la vertu et la
religion, qui est une voie souvent douloureuse. C’est donc l’espérance d’un « terme
heureux »(l.9), c’est-à-dire la récompense divine, qui permet de trouver la félicité malgré les
difficultés.

Or, selon D.G., son amour pour M. relève exactement du même principe : les souffrances et
les malheurs que cause cette relation n’enlèvent rien au bonheur qu’il espère en retirer (« je
tends, au travers de mille douleurs à vivre heureux et tranquille auprès d’elle » (l.11).

L’habileté rhétorique de D.G. est manifeste ici, et son raisonnement peut tout à fait être jugé
convaincant. Il est toutefois possible de relever que le rapprochement qu’il opère entre son
espérance d’être avec M. et la foi religieuse est pour le moins extrême. De plus, le raisonnement
est profondément amoral, puisqu’il écarte complètement la question de la vertu, qui n’est
plus envisagée que comme une voie de souffrance en vue d’un but supérieur.

En faisant de M. un but aussi élevé que la récompense divine, D.G. justifie implicitement toutes
les enfreintes aux lois de la société et de la morale qu’il pourrait commettre pour atteindre
cet objectif. Il est proche aussi du blasphème.

Le passage est d’ailleurs intéressant parce qu’il révèle de nouveau que la vénération portée à
Manon par Des Grieux frôle l’idolâtrie, au sens premier du terme.
-cette idée apparaît de manière encore plus explicite plus loin dans le roman : « cette figure capable de
ramener l’univers à l’idolâtrie ».

c) Pourquoi affirme-t-il finalement que l’amour de M. est préférable à la vertu religieuse ?


La voie qu’il choisit est la meilleure, car la récompense espérée est plus proche et concrète (les
joies de l’amour), tandis que celle attendue par T. est « inconnue », et sa nature incertaine
puisqu’elle dépend de la foi religieuse.

5
3° mouvement : Effets du discours de Des Grieux sur Tiberge : l. 18 à 22

9. a) Quelle est la réaction de Tiberge à ce discours : L. 18-22


T. est horrifié par les propos de D.G., comme le montrent l’adjectif « effrayé » et l’indication « Il
recula de deux pas ». L’effroi et la colère que suscitent chez lui les propos de son ami l’amènent
à prendre physiquement ses distances avec lui.

b) Pourquoi qualifie-t-il les idées de Des Grieux de « libertines » ?


Comme on l’a vu, D.G. compare son amour avec M. à la foi religieuse et aux récompenses divines.
Cette idée est bien sûr inacceptable pour un personnage religieux comme T., surtout dans le
contexte d’une société non sécularisée dominée par les valeurs du catholicisme, comme l’est la
France du XVIIIe siècle.

L’adjectif « libertin » désignait alors ce qui s’affranchissait des principes de la religion, qui
visait même parfois à défier ouvertement ces derniers : c’est donc un terme extrêmement
péjoratif dans la bouche de T., qui souligne l’impiété des propos de D.G.

b) En quoi cet extrait révèle-t-il les talents d’orateur de Des Grieux ?


Cet extrait montre la capacité qu’a D.G. à justifier ses actions envers et contre tout : rappelons
qu’il est, à ce moment, emprisonné pour vol et manipulation ! Malgré cela, il parvient à établir
une comparaison convaincante (en apparence) entre sa passion pour M. et la foi religieuse de T.

GRAMMAIRE- Analysez la négation dans la phrase suivante :


« Vous n’oseriez le dire, c’est un paradoxe insoutenable. »
La phrase comporte une occurrence de négation grammaticale, marquée par l’adverbe de
négation « ne » (ici dans sa forme élidée « n’ »).

Cette négation présente une particularité, caractéristique de la langue classique ou soutenue :


elle ne comporte qu’un seul terme, contrairement à ce qui est d’usage en français. Ici, le
deuxième adverbe de négation, si on devait l’introduire, serait un « pas » (« Vous n’oseriez pas le
dire »).

Il s’agit d’une négation totale, qui inverse la valeur de vérité de l’ensemble de la proposition (le
contraire de « Vous n’oseriez le dire » est « Vous oseriez le dire »).

On pourra également s’intéresser à l’adjectif « insoutenable » : le préfixe privatif « in– » inverse


la valeur du radical « soutenable », ce qui en fait un exemple de négation portée au niveau lexical.

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