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Importance du groupe en formation clinique

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Filigrane
Écoutes psychothérapiques

L’importance du groupe dans la formation universitaire des


psychologues cliniciens
Claudine Vacheret, Évelyne Grange, Magali Ravit, Christiane Joubert et
Bernard Duez

Volume 17, numéro 2, automne 2008 Résumé de l'article


Ce texte présente l’importance du groupe dans la formation universitaire des
L’avenir du clinicien II psychologues cliniciens. Il s’agit bien sûr de la formation « au » groupe,
c’est-à-dire à la transmission de connaissances sur les grands courants
URI : [Link] théoriques psychanalytiques de groupe : école anglaise, école argentine, école
DOI : [Link] française, en particulier. Il s’agit aussi de la formation « par » le groupe, car les
étudiants participent à des expériences de groupe, qui leur sont proposées à
l’Université Lumière-Lyon 2 et, enfin, de l’importance du groupe des pairs dans
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les séminaires de Recherche en Master première et deuxième année. Ces trois
perspectives donnent au groupe une position centrale dans la formation des
futurs praticiens à l’Université.
Éditeur(s)
Revue Santé mentale au Québec

ISSN
1192-1412 (imprimé)
1911-4656 (numérique)

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Citer cet article


Vacheret, C., Grange, É., Ravit, M., Joubert, C. & Duez, B. (2008). L’importance du
groupe dans la formation universitaire des psychologues cliniciens. Filigrane,
17(2), 60–69. [Link]

Tous droits réservés © Santé mentale au Québec, 2008 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de
l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à
Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche.
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Filigrane, volume 17, numéro 2, 2008, pages 60 à 69

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L’importance du groupe dans


la formation universitaire des
psychologues cliniciens
claudine vacheret
évelyne grange
magali ravit
christiane joubert
bernard duez
Ce texte présente l’importance du groupe dans la formation universitaire des
psychologues cliniciens. Il s’agit bien sûr de la formation « au » groupe, c’est-à-dire à
la transmission de connaissances sur les grands courants théoriques psychanalytiques
de groupe : école anglaise, école argentine, école française, en particulier. Il s’agit aussi
de la formation « par » le groupe, car les étudiants participent à des expériences de
groupe, qui leur sont proposées à l’Université Lumière-Lyon 2 et, enfin, de l’impor-
tance du groupe des pairs dans les séminaires de Recherche en Master première et
deuxième année. Ces trois perspectives donnent au groupe une position centrale dans
la formation des futurs praticiens à l’Université.

T
ravaillant à l’Université Lumière-Lyon 2 depuis 1979, d’abord comme char-
gée de cours puis comme Maître de conférences puis comme professeure,
j’ai accumulé au fil des années une longue expérience dans la formation des
psychologues cliniciens. Un des éléments qui m’apparaît comme central dans la
formation professionnelle, c’est la place et l’importance du groupe. Il est vrai que
le groupe joue un rôle fondamental dans la formation et le développement
personnel, mais il est également une des pièces maîtresses dans l’acquisition des
techniques que le clinicien sera appelé à mettre en œuvre dans sa pratique future
et sur des terrains très divers.
Au moment où une vague hostile déferle sur la clinique, tant du côté des
attributions de postes d’enseignants universitaires que du côté de la reconnaissance
des revues scientifiques dans ce domaine, on ressent la crainte que la clinique
disparaisse du paysage universitaire français.
On sait déjà que plusieurs pays européens, en particulier ceux qui sont
récemment entrés dans l’Europe comme la Roumanie ou la Bulgarie ont enseigné
et pratiqué une psychologie dite expérimentale et référée davantage aux modèles
cognitivistes par voie de conséquence, la psychologie clinique référée au modèle
psychanalytique a bien du mal à trouver sa place et sa reconnaissance et que
nombreux sont les collègues universitaires et les psychanalystes qui se retrouvent

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bien isolés dans un environnement au mieux indifférent au pire rejetant et mépri-


sant pour la théorie et la pratique psychanalytique, dans de nombreux pays.
En France, il n’est pas question pour le moment, comme aux Etats-Unis, de
former des psychanalystes à l’université, même si plusieurs universités affichent
des enseignements de psychanalyse, les psychanalystes sont formés dans les
Instituts des Sociétés psychanalytiques reconnues compétentes pour ce faire, en
particulier par l’IPA (International Psychoanalytic Association). Il s’agit donc bien
de la formation des psychologues cliniciens, sachant qu’il n’est pas superflu de
donner et de rappeler une définition claire du terme clinique car sous le vocable
clinique se dessinent plusieurs acceptions.

La définition du terme clinique


En s’appuyant sur l’origine grecque klinicos et latine clinicus, Jean Guillaumin
a proposé (1956) une définition du terme clinique. Il y décrit le processus
spécifique qui caractérise la démarche clinique qu’il décompose en quatre étapes
artificiellement, puisqu’il est bien question de processus concomitants dans la
réalité, nous dit-il.
La première étape est celle qui concerne ce que perçoit le clinicien lorsqu’il est
en face d’une demande en réponse à l’offre qu’il propose, en particulier dans le
cadre d’un entretien individuel, lorsqu’il ressent une première ambiance, un climat
global que l’auteur appelle une « image ». En somme, ce serait comme une
photographie qui donnerait une première impression perceptible dès les premiers
instants. Ceci doit être référé à ce que le clinicien connaît de la vie psychique : un
climat phobique, obsessionnel, dépressif ou paranoïde seraient des façons de se
nommer à soi-même ce qui émerge dans la situation d’échanges avec un autre sujet
et ce qu’il donne à voir et surtout à ressentir de son fonctionnement psychique.
Une fois identifiée, cette image est en quelque sorte qualifiée, en appui sur ce que
le clinicien connaît et éprouve de sa propre réalité interne. La troisième étape est
consacrée à la démarche qui consiste à ré-imputer à l’autre, sous une forme qu’il
puisse entendre et tolérer, quelque chose de ce que le clinicien a pu dégager. Ainsi,
sa parole met en mots ce que le patient ou le client a livré de ce qui fait sa vie inté-
rieure. C’est de proche en proche que se déploie l’entretien clinique, le clinicien
toujours en éveil concernant ses éprouvés et le patient mobilisé à reconnaître ce
qui lui revient en propre dans ce qui lui est renvoyé en miroir.
Cette conception de la démarche clinique s’appuie sur un travail au cas par cas
et privilégie l’approche individuelle du sujet singulier, en témoignant d’une grande
écoute non seulement de l’autre mais aussi de sa propre contre-attitude. C’est en
somme l’analyse de cette dernière qui est retenue comme la voie d’approche la
plus éclairante pour rencontrer l’autre dans ce qu’il a de plus intime. Ce qui fait sa
pertinence c’est bien évidemment l’acceptation de l’existence et des effets de
l’inconscient. Aujourd’hui nous savons que la démarche clinique est également
mobilisable et nécessaire dans des situations groupales, familiales, et institu-
tionnelles. L’écoute de plusieurs sujets constituant un ensemble a une dimension

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autre qui se complexifie du fait qu’il s’agit d’entendre à la fois : le sujet, le groupe,
les inter-relations entre les deux, encore nommés par R. Kaës (1998) « les liens
inter-subjectifs ». Ce même auteur à propos du rêve propose la notion de poly-
phonie (2002) que nous pouvons également retenir pour définir cette écoute
particulière que nécessite les situations plurielles. L’approche clinique du groupe
impose une écoute polyphonique au praticien. Or, comme les terrains le montrent,
le clinicien est appelé à instaurer des dispositifs groupaux au-delà des dispositifs
individuels, qui plus est, il est conduit à entendre la dimension groupale dans la
prise en charge des sujets singuliers, étant entendu que le sujet est constitué
psychiquement d’une multiplicité de groupes internes (Kaës, 2005). Ceci rejoint
en partie l’idée classiquement freudienne que toute psychologie est avant tout
sociale.
Cette exigence d’accueillir le groupal dans toute clinique nécessite que le
praticien ait acquis des compétences spécifiques. C’est la raison pour laquelle
depuis 1981 date d’arrivée de R. Kaës à Lyon 2 comme professeur nous avons
grâce à lui et à sa suite, mis l’accent sur l’importance du groupe dans les pratiques
et par conséquent dans la Recherche en clinique et psychopathologie clinique 1.
Ainsi depuis plus de 25 ans nous formons des étudiants au groupe et par le groupe.

La formation au groupe
Intégrer des enseignements au groupe est certes une des réalités pédagogiques
les plus répandues, car on imagine mal une formation universitaire qui ignorerait
l’école psychanalytique anglaise, en particulier les travaux de Foulkes, Balint,
Ezriel, Bion suite au développement de la psychologie sociale américaine (Lewin,
Moreno, Mead, Kardiner…). Il en est de même pour l’école française psycha-
nalytique de groupe avec les 29 thèses du CEFFRAP (Centre d’études française
pour la formation et la recherche appliquées à la personne) publiées sous la
présidence de D. Anzieu puis de R. Kaës. Ce courant de pensée a étendu son aire
d’influence dans les échanges scientifiques entre de nombreux pays, surtout ces
deux dernières décennies, en particulier en Italie (ainsi que l’école anglaise),
Grèce, Espagne, Argentine, Brésil, Mexique, Uruguay… et de ce fait a fait l’objet
de nombreux enseignements. Un grand nombre de praticiens sont parvenus à se
l’approprier non seulement comme faisant partie de leur culture mais surtout
comme une référence majeure pour eux dans l’articulation entre pratique et
théorie.
Reste l’école argentine psychanalytique de groupe qui a trouvé son enracine-
ment à la fois dans l’Ecole fondée par Pichon-Rivière et dans les travaux de
J. Bleger. L’Ecole de Pichon-Rivière existe toujours bien implantée physiquement
à Buenos-Aires. À ceux-là il faut ajouter les travaux de J. Puget, I. Berenstein,
M. Bernard, pour ne citer que ces collègues sachant que la production des
membres de l’Association de psychologie et de psychothérapie de Groupe et de
l’École de psychothérapeutes pour les post-gradués comptent des centaines de
participants dans la capitale argentine et sont fréquentés également par de

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nombreux praticiens des provinces plus ou moins éloignées. Ces grandes asso-
ciations, grâce à leur dynamisme ont signé des accords avec de grandes universités
du pays, en particulier La Matanza, Mar del Plata et UCES, afin d’assurer en-
semble la formation des praticiens et en particulier des cliniciens.
Ces trois grands courants théoriques, leurs histoires, leurs filiations et leurs
interférences ne peuvent plus être ignorés des professionnels qui comprennent que
la dimension groupale du sujet et du groupe, de la famille et de l’institution, font
désormais partie de la réalité des terrains, des pratiques quotidiennes et qu’ils ne
peuvent faire l’économie d’une bonne connaissance de la dimension inconsciente
qui les anime. En France, c’est à Lyon 2, Paris 5, Paris 7, et Aix en Provence qu’ont
été davantage développées les compétences des futurs praticiens du groupe effec-
tivement en appui sur de nombreuses recherches, même si d’autres universités ont
des enseignements sur le groupe, la famille et l’institution.

La formation par le groupe


Pratiquer en groupe, nous le comprenons bien, ne peut se contenter d’une bonne
connaissance théorique, historique et épistémologique, même si cela est indispen-
sable. Animer et conduire des groupes, travailler avec des familles, nécessitent que
les étudiants passent eux-mêmes par une expérience de ce qu’est un groupe en s’y
impliquant. C’est la raison pour laquelle nous avons créé des enseignements origi-
naux qui constituent une filière sur trois ans. En Licence (après trois ans
d’Université) l’étudiant découvre deux techniques de groupe qui sont le
Photolangage© (méthode d’animation de groupes à partir de photos créée en 1965
par A. Baptiste et C. Belisle à Lyon, qui a fait l’objet d’un travail collectif sous ma
direction intitulé : Photo, groupe et soin psychique) et le Psychodrame psycha-
nalytique. Le module proposé fait que l’étudiant entre en groupe d’abord par le
Photolangage© puis continue par du Psychodrame avec les mêmes parte-
naires réunis en groupes de 15 participants. L’année suivante en Master première
année, l’étudiant choisit une de ces techniques pour l’approfondir et ne travailler
qu’avec l’une d’elles pendant tout un trimestre. Enfin, la troisième année en master
2, des journées complètes en sessions groupées permettent aux étudiants, en début
d’année de se rapprocher de l’une de ces techniques afin de pouvoir cette fois
l’utiliser sur leurs lieux de stages professionnalisants, en particulier le Photo-
langage© qui est très répandu dans les hôpitaux psychiatriques de la région
Rhône-Alpes et qui ne nécessite pas une formation aussi longue et exigeante que
le Psychodrame.
Dans ces groupes sur trois ans, les étudiants sont très mobilisés sur le plan
psychique. Ils découvrent concrètement ce que produit un groupe, dans le dévoi-
lement des processus psychiques inconscients. Ce qui restait lettre morte dans leur
culture théorique en particulier les concepts prennent corps et se révèlent à eux,
dans la surprise et parfois le saisissement. Il en est ainsi par exemple du concept
de chaîne associative groupale (Kaës, 1986) ou de diffraction du transfert (Kaës,
1988) et qui demeuraient bien abstraits jusqu’à l’expérience de groupe. À partir de

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la restitution d’une séquence clinique ils sont invités à réaliser un petit dossier qui
met en valeur un processus sur lequel l’analyse et la théorie viennent s’articuler à
la pratique. Cette expérience est également fondatrice du travail du psychologue
clinicien. Un autre intérêt et non des moindres est que les étudiants apprécient ces
groupes pour leur ambiance, leur convivialité, une autre démarche plus formatrice
que pédagogique à proprement parler. Ils y vivent certes des angoisses mais ce sont
de rares lieux à l’université où ils se retrouvent face aux autres et face à eux-
mêmes dans un lien authentique et une communication vraie. Bien souvent les
liens qu’ils créent dans ces groupes sont à l’origine d’amitiés durables qui rompent
avec l’anonymat des foules et des cohortes d’étudiants.

L’appui sur le groupe


Forts de ces expériences nous avons estimé que l’étayage sur le groupe pouvait
et devait être étendu aux groupes de recherche. C’est dans le Master première
année que les étudiants s’engagent véritablement dans une démarche de recherche,
à partir de leur expérience de terrain. Le dispositif se présente comme un trépied
avec trois pôles importants : le stage lui-même sert pour la première fois pour
l’étudiant d’insertion forte sur un terrain où il s’agit de mettre en œuvre une
approche clinique du sujet, du groupe et des situations dans leurs dimensions
conscientes et inconscientes. Cette expérience étant souvent difficile voire
douloureuse, l’étudiant dispose, en second pôle d’un enseignement dirigé en petits
groupes destinés à l’aider à élaborer ce qui se passe sur le lieu de stage. Cette
élaboration fait l’objet d’un travail écrit sous la forme d’un rapport. Ainsi soulagé
des enjeux institutionnels, pourrait-on dire, l’étudiant peut se consacrer entiè-
rement au troisième pôle qui est la rédaction de sa recherche proprement dite. Le
groupe intervient alors de deux façons différentes mais complémentaires. D’une
part, l’étudiant appartient à un séminaire dirigé par un Directeur de recherche
choisi pour la proximité des thèmes de recherche de celui-ci. Il est proposé aux
étudiants de présenter de la clinique aux séances de séminaire qu’elle soit
individuelle ou groupale. L’écoute attentive du groupe porte sur la contre-attitude
de l’étudiant dans les situations où il est impliqué mais cela passe par le vécu du
groupe qui ne manque pas de dire ce que cette clinique lui fait vivre et ressentir.
Tous les étudiants s’expriment pour dire leur ressenti et expriment de manière
associative en quoi leurs affects et leur imaginaire sont convoqués. De ce réseau
associatif se dégage une ambiance, un climat propre à l’entretien ou au travail de
groupe dans lequel l’étudiant est engagé et qui se ressentent dans le groupe du
séminaire. La convergence des points de vue s’organise en faisceau et permet de
dégager un certain nombre d’axes qui vont servir de point de départ pour une
problématique et qui pourront être déployés dans le champ des hypothèses qui se
profilent à partir des propositions et des intuitions de chacun mais surtout de ce
qu’en fait collectivement et associativement le groupe. Le groupe produit un
travail créateur, les points de vue des chercheurs en présence, étudiants et ensei-
gnants, aboutissent à une sorte de consensus, comme si les processus psychiques

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inconscients dégagés, repérés et analysés s’imposaient d’eux-mêmes, sans pour


autant qu’ils prétendent détenir la vérité, le doute subsiste toujours.
Le groupe valide par sa production collective le lien entre clinique et théorie, ce
qui fait échapper au risque de plaquer de la théorie sur une clinique, reproche sou-
vent fait aux cliniciens, dont les recherches ne s’appuient pas sur des techniques
d’évaluation quantitative ni objectivante. La validation vient ici de la mobilisation
de la réalité psychique du sujet étudié en écho avec l’appareillage des psychés dans
le groupe. Cette expérience est proche de certains groupes de supervision car c’est
du groupe lui-même qu’émerge la production de sens la plus précieuse et la plus
pertinente. L’appui sur le groupe est donc fondamental dans le processus heuris-
tique en Master 1re et 2e année mais il devrait caractériser les chantiers de tous les
Centres de Recherche.

Le travail en petits sous-groupes


L’autre place que prend le groupe concerne l’organisation du travail des étu-
diants en sous-groupes de trois ou quatre, afin d’assurer un étayage fiable et
continu pendant toute la durée de leur recherche. Ceci est valable pour les
étudiants de master première et deuxième année. Il s’agit de les encourager à se
rencontrer régulièrement, à partager leurs points de vue, à échanger des références
bibliographiques, à se soumettre réciproquement leurs textes à des lectures croi-
sées et à accepter de recevoir ou d’énoncer des critiques qui fassent débat dans un
esprit d’ouverture sans jugement, ni a priori. On voit comment ils enrichissent
leurs textes des remarques des autres, comment ils effectuent des corrections plus
rigoureuses. Ainsi le groupe devient un espace formateur où chacun a l’occasion
de transmettre aux autres ce qu’il a compris et acquis, chacun formant chaque
autre en acceptant de se laisser aider, soutenir et guider par le groupe. De la sorte
les petits sous-groupes de travail entrent en synergie avec le grand groupe réuni en
séminaire hebdomadaire autour du directeur de recherche.

L’impact de l’approche groupale


L’approche groupale des familles, des institutions et de toute forme de groupe-
ment, sur les différents terrains où exercent les psychologues, permet non seule-
ment une meilleure appréhension du soin psychique mais contribue également à
une démarche plus large de prévention sur les lieux de soin. Dans de nombreux
services ou structures en psychiatrie c’est le dispositif groupal qui est mis en place
comme principal dispositif garanti par le psychologue clinicien et son équipe
d’animation, les étudiants en stage étant partie prenante dans les équipes de co-
animation de ces groupes. Il s’agit de suivre de manière hebdomadaire les patients
en particulier dans les dispositifs groupaux à médiation comme la peinture, la
sculpture, la musique, le masque, les marionnettes, les textes écrits ou lus, ou la
photographie comme c’est le cas dans le Photolangage©. Ceci permet aux soi-
gnants de prévenir les rechutes, les crises, et favorise l’anticipation de phase
difficiles, douloureuses, par d’éventuels changements de traitements ou des ré-

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hospitalisations. En France, les CATTP (centres d’accueil thérapeutiques à temps


partiel) accueillent de nombreux étudiants en stage dans la mesure où ils donnent
la priorité aux dispositifs groupaux avec diverses médiations. Ces structures
intermédiaires entre hôpital et vie sociale préviennent bien des déboires, des
aggravations ou violences préjudiciables pour le patient, sa familles et la société
toute entière. On peut regretter que les politiques, les responsables administratifs
et les financeurs ne prennent pas toujours la mesure de ce que ces dispositifs
groupaux à médiation favorisent comme contention des malades mentaux et
comme démarche de prévention. À l’heure où le nombre des psychiatres diminue
dangereusement en France, la place des cliniciens et de leurs étudiants stagiaires
devraient être soutenue en vue de favoriser l’encadrement des patients de leurs
familles et des équipes.

Le travail avec les équipes


C’est bien là encore un des points-clefs des dispositifs de soin. En effet, les
équipes elles-mêmes souffrent sur le terrain. Les mouvements de découragement,
de dépression, de rejet ou d’abandon gagnent les équipes qui manquent d’étayage,
de lieu pour élaborer leurs angoisses et leur souffrance individuelle et collective.
La tâche des psychologues cliniciens est de faire face à une pareille demande qui
mobilise également la dimension groupale institutionnelle. Cette mission s’étend
de plus en plus aux hôpitaux généraux qui prennent conscience du besoin de prise
en charge psychologique dans certains services particulièrement éprouvants
comme les services d’oncologie (infantile tout spécialement) les services où sont
pratiquées les greffes, les services de cardiologie, d’endocrinologie, d’urologie ou
de soins palliatifs, pour ne citer que ceux-là. Le suivi des équipes doit être continu,
régulier et rigoureux. C’est par exemple ce qui est pratiqué avec le Photolangage©
(en Argentine C. Finkelstein utilise cette méthode avec des patients asthmatiques
par exemple).
Parmi tous les professionnels de la santé seuls les cliniciens ont une formation
au groupe dans leur cursus universitaire ni les médecins, ni les psychiatres, ni les
infirmiers ne bénéficient d’une semblable formation. Ceci exige de nous que nous
fassions avec soin et implication les formations au groupe à l’université aussi bien
sur le plan théorique avec l’enseignement de la théorie psychanalytique de groupe
que pratique par les expériences de groupe. C’est à ce prix que l’université peut
prétendre former les psychologues cliniciens dont notre société en mutation
permanente, en souffrance d’identité et en attente de modèles, fragilisée qu’elle est
par toutes les formes de violences, a bien besoin.

L’avenir de la clinique : la mise en réseau


Les menaces qui pèsent sur la clinique viennent du dedans et du dehors en
partie, comme R. Kaës l’exprime très clairement dans le précédent numéro. Il
évoque une sorte d’hégémonie du modèle psychanalytique qui a généré des mou-
vements de haine et de rejet définitif. L’inconscient continue de déranger. Nous

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pouvons nous reprocher d’avoir laissé s’installer l’ambiguïté sur les objectifs de
nos formations universitaires. Il nous faut différencier davantage la pertinence du
modèle de penser psychanalytique, de la pratique et du dispositif psychanalytique
que nos étudiants ne mettront jamais en œuvre, la plupart ne se destinant pas à
devenir psychanalystes. Nous avons à transmettre des dispositifs de clinicien
capables de se référer à la théorie psychanalytique pour élaborer et éclairer les
enjeux inconscients de leur clinique. Telle est la mission de l’Université envers les
cliniciens. Les dispositifs groupaux échappent à toute confusion car ils ont leurs
propres règles du jeu. Certes l’inconscient continuera à déranger : les patients,
leurs familles, les soignants et les équipes en institution mais aussi la société toute
entière. La souffrance humaine à travers les crises collectives (guerres, exodes,
génocides, catastrophes naturelles, attentats et terrorisme à plus ou moins grande
échelle) continuera à faire saigner les corps et les cœurs.
Les prises en charge cognitivo-comportementales ont droit de cité mais com-
ment imaginer qu’elles pourraient à elles seules résoudre ce qui fait rupture dans
le psychisme humain sans que soit prise en compte la dimension inconsciente de
la réalité psychique. Quelle science même la plus pointue et au demeurant néces-
saire parmi les plus performantes des neurosciences cognitives peut-elle prétendre
percer le mystère de l’âme humaine et les imbrications subtiles, intimes et secrètes
du psychique et du somatique ?
Face à cette énigme que demeure le sujet et ses groupes d’origine et d’appar-
tenance, il nous faut résister aux vagues hostiles qui menacent la clinique mais qui
ne pourront l’anéantir faute de pouvoir remplacer l’irremplaçable approche qu’elle
véhicule avec force, finesse et tolérance.
Pour ce qui nous concerne, nous avons choisi de nous organiser en réseau avec
d’autres collègues cliniciens universitaires, de formation psychanalytique. En
Europe c’est avec des collègues d’Athènes, Naples, Rome, Sofia, et Bucarest, tous
francophones que nous avons réuni nos énergies. Ce groupe s’est mis en rapport
avec un autre groupe latino-américain de Buenos-Aires, Montevideo, et Mexico
pour former un réseau intitulé Groupes et liens inter-subjectifs. Tous, praticiens du
groupe, utilisent les dispositifs des groupes à médiation, des groupes de parole, des
groupes de réflexion, le psychodrame… Ces collègues sont proches par leur
expérience, leur culture psychanalytique et leurs références théoriques communes.
La plupart d’entre eux connaissent bien la théorie psychanalytique anglaise pour
ses apports fondateurs dans nos pratiques, mais c’est surtout l’école française
psychanalytique de groupe dans ce qu’elle a apporté de novateur et ce qu’elle a
apporté de radicalement différent dans la façon de penser le sujet et le groupe à
partir des travaux de D. Anzieu et de R. Kaës. Si ce courant a tant d’audience en
Europe et en Amérique latine, c’est bien parce qu’il nous propose de nouveaux
paradigmes qui changent notre vision de la vie psychique su sujet singulier et du
groupe. Nous ne les opposons plus car nous savons désormais que la clinique du
sujet et du groupe passe par une connaissance de la dimension groupale du sujet
singulier. Le sujet est groupe ou du moins la réalité psychique inconscients est

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régie par le principe de groupalité 2. Cette conception de R. Kaës a bouleversé les


modèles de pensée et aujourd’hui les pratiques individuelles et groupales ne
peuvent plus l’ignorer.
En conclusion, nous pensons qu’une fois de plus c’est ensemble, en réseau donc
en groupe, que nous parviendrons à défendre la clinique, à la sauver de ses propres
dérives, à la maintenir face à d’autres modèles et à l’encourager à débattre avec les
autres disciplines, à se positionner face à la psychanalyse. C’est à ce prix que notre
mission universitaire de formateurs des futurs cliniciens permettra aux générations
futures de faire face avec la plus grande acuité et sensibilité possibles aux souf-
frances du monde contemporain avec pertinence et performance, en appui et en
référence aux groupes du dedans comme du dehors.

claudine vacheret,
bernard duez,
évelyne grange,
christiane joubert,
magali ravit
centre de recherche en psychopathologie et psychologie clinique
institut de psychologie, université lumière-lyon 2
5, avenue pierre mendès france
69679 bron
france

Notes
1. Le Centre de Recherche en psychologie et psychopathologie clinique a été créé par R. Kaës à l’Institut de
psychologie de l’Université Lumière-Lyon 2 en 1985.

2. Le concept de groupalité a été particulièrement travaillé par R. Kaës dans de nombreux textes mais en particulier
en 2005.

Bibliographie
Anzieu, D., 1975, Le groupe et l’inconscient, Paris, Dunod.

Duez, B., Vacheret, C., Perin-Dureau, F., 2004, On forme des psychologues, in P. Mercader et A.-N. Henri, La
formation en psychologie, filiation bâtarde, transmission troublée, Lyon, PUL, 97-119.

Kaës, R., 1986, Chaîne associative groupale et subjectivité, Connexion, no 47, 7-18.

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