Concours Centrale-Supélec 2021 filière MP
Mathématiques 2
Présentation du sujet
Le sujet porte, comme son titre l'indique, sur les inégalités de Bernstein. Elles sont étudiées sous deux
formes : l'inégalité de Bernstein sur les polynômes trigonométriques dans la partie I et une seconde version
sur certaines fonctions de ℝ dans ℂ qui sont « localisées en fréquence » dans la partie II.
La preuve développée dans la partie I, initialement obtenue par Riesz, repose sur une formule d'in
terpolation qui permet d'exprimer la dérivée d'un polynôme trigonométrique en fonction d'un nombre
fini de ses valeurs. En application de l'inégalité de Bernstein, la fin de la partie I montre le résul
tat analogue sur les polynômes algébriques, à savoir l'inégalité de Markov s'exprimant sous la forme
‖𝑃 ′ ‖𝐿∞ (−1,1) ⩽ (deg 𝑃 )2 |𝑃 |𝐿∞ (−1,1) pour tout polynôme algébrique.
La preuve développée dans la partie II repose sur les propriétés de la transformée de Fourier par rapport
à l'opération de convolution.
Analyse globale des résultats
Le sujet est assez long pour couvrir un large spectre des points de la partie « analyse » du programme.
Bien que les deux parties du sujet soient indépendantes et de longueurs équivalentes, la seconde partie
du sujet a été beaucoup moins traitée. S'agissant des résultats, le jury considère que, pour la plupart,
les candidats ont compris les questions posées et ont entamé des tentatives raisonnables (qui ont parfois
été couronnées de succès). La première sous-partie du sujet porte sur un thème classique (à savoir les
polynômes de Tchebychev) et a été globalement bien réussie. Elle a permis aux candidats de prendre
confiance en eux dans l'appropriation du sujet. Les autres sous-parties comprennent essentiellement des
blocs quasi-indépendants de questions abordables même si certaines questions étaient difficiles (Q14,
Q27) voire très difficiles (Q30). S'il est vrai que certaines copies sautent bon nombre de questions, ce
phénomène a semblé assez minoritaire vu la forme du sujet et l'agencement de ses questions. En outre,
certaines copies ont montré une bonne maitrise des arguments d'analyse.
Signalons également que les notes d'un nombre trop important de copies (environ un dixième) ont subi
un malus de présentation.
Mentionnons quelques difficultés rencontrées dans les copies et qui devraient être absentes :
− la nécessité d'invoquer un argument par récurrence double (ou forte) est parfois mal comprise (voir
Q1 ci-dessous) ;
− les candidats n'ont parfois pas su factoriser des polynômes simples dont les racines sont données (Q9) ;
− certains candidats ont beaucoup de difficultés à manipuler des valeurs absolues, des modules de
nombres complexes et des calculs algébriques sur des sommes finies (avec une attention particulière
sur la gestion des indices) ;
− certains candidats confondent une application 𝑓 : ℝ → ℂ et le nombre complexe 𝑓(𝑥). Ainsi, la preuve
de la linéarité de la transformée de Fourier a donné lieu à des calculs étranges (comme 𝑓ˆ(𝜆𝜉 + 𝜇𝜉 ′ ) =
𝜆𝑓ˆ(𝜉) + 𝜇𝑓ˆ(𝜉 ′ )).
Finissons par un aspect positif : le jury a été agréablement surpris de l'usage fait des formules d'Euler
de cosinus et sinus dans certaines réponses (Q2, Q5) et des tentatives de représentations graphiques non
demandées dans l'énoncé (Q29, Q30).
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Commentaires sur les réponses apportées et conseils aux futurs candidats
Q1. Question globalement bien traitée. Signalons qu'une argumentation par récurrence apparait souvent
dans les premières questions de l'épreuve et qu'une rédaction nette est attendue :
− explication claire de la nature de la récurrence (simple ou forte). Un principe intermédiaire est celui
de la récurrence d'ordre fini, disons d'ordre 2 dans le cas de la Q1 dans laquelle on a besoin des rangs
𝑛 et 𝑛 + 1 (ou 𝑛 − 1 et 𝑛 selon rédaction) ;
− explicitation d'une hypothèse de récurrence que l'on peut appeler 𝐻(𝑛) par exemple ;
− mention de l'initialisation, par exemple preuve de 𝐻(0) et 𝐻(1) dans le cas d'une récurrence double ;
− preuve de la récurrence, dans le cas d'une récurrence simple démonstration de ∀𝑛 ∈ ℕ, 𝐻(𝑛) ⟹
𝐻(𝑛 + 1), dans le cas d'une récurrence double démonstration de ∀𝑛 ∈ ℕ⋆ , (𝐻(𝑛 − 1), 𝐻(𝑛)) ⟹
𝐻(𝑛 + 1) et dans le cas d'une récurrence forte ∀𝑛 ∈ ℕ, (∀𝑘 ⩽ 𝑛, 𝐻(𝑘)) ⟹ 𝐻(𝑛 + 1).
Pour revenir à la question Q1 et à la preuve de l'égalité deg(𝑇𝑛 ) = 𝑛, certaines copies mentionnent
parfois la formule deg(𝑃 + 𝑄) = max(deg(𝑃 ), deg(𝑄)) en oubliant qu'elle n'est généralement vraie que
si deg(𝑃 ) ≠ deg(𝑄).
S'agissant de la preuve du fait que (𝑇𝑘 )0⩽𝑘⩽𝑛 est une base de ℂ𝑛 [𝑋], l'argument invoquant que (𝑇𝑘 ) est une
famille échelonnée de polynômes (c'est-à-dire deg(𝑇𝑘 ) = 𝑘) devait être accompagné d'une comparaison
entre la longueur de la famille (𝑇𝑘 )0⩽𝑘⩽𝑛 et la dimension de ℂ𝑛 [𝑋] (qui vaut 𝑛 + 1 et non 𝑛).
Q2. Question globalement bien traitée. Étant donné la forme de l'énoncé, le sujet amenait à faire une
récurrence d'ordre 2 (ou forte) via la formule
cos((𝑛 + 2)𝜃) = 2 cos(𝜃) cos((𝑛 + 1)𝜃) − cos(𝑛𝜃)
Cette dernière formule nécessite bien entendu un argument (sans quoi il est impossible au jury de vérifier
que la formule de trigonométrie est bien comprise). Parmi les arguments les plus simples, on peut invoquer
la formule de trigonométrie 2 cos(𝑎) cos(𝑏) = cos(𝑎 + 𝑏) + cos(𝑎 − 𝑏). Signalons que certaines copies ont
invoqué les formules d'Euler de cos afin de prouver facilement l'expression ci-dessus.
Q3. Question globalement bien traitée. Il s'agit d'une conséquence immédiate des deux précédentes
questions. Mentionnons que le jury a tout de même partiellement valorisé les copies ayant tenté de
développer un polynôme 𝑃 dans la base canonique sans réussir à achever la preuve. Cet angle d'attaque
ramène le problème à montrer que 𝜃 ↦ cos𝑘 (𝜃) est un polynôme trigonométrique pour tout 𝑘 ∈ ℕ.
Q4. Question globalement bien traitée. Sachant que la fonction cos : ℝ → [−1, 1] est surjective, il s'agissait
d'écrire
|𝑇𝑛 |𝐿∞ ([−1,1]) = sup∣𝑇𝑛 (cos(𝜃))∣ = sup∣cos(𝑛𝜃)∣ = 1.
𝜃∈ℝ 𝜃∈ℝ
Mentionnons quelques confusions avec la gestion de la valeur absolue et concernant la distinction borne
supérieure/majorant.
Q5. Il s'agit de la première question difficile, elle est essentiellement bien traitée dans la moitié des copies.
Pour la plupart, les preuves de l'indication, à savoir l'inégalité |sin(𝑛𝜃)| ⩽ 𝑛|sin(𝜃)|, ont été faites par un
argument de récurrence reposant sur les formules suivantes :
∣sin((𝑛 + 1)𝜃)∣ = |cos(𝜃) sin(𝑛𝜃) + sin(𝜃) cos(𝑛𝜃)|
⩽ |cos(𝜃)||sin(𝑛𝜃)| + |sin(𝜃)||cos(𝑛𝜃)|
⩽ |sin(𝑛𝜃)| + |sin(𝜃)|
⩽ (𝑛 + 1)|sin(𝜃)|.
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Signalons que certaines copies ont des difficultés à bien gérer la valeur absolue dans les inégalités précé
dentes.
En outre, le joli argument suivant (sans récurrence) reposant sur la factorisation explicite de 𝑥𝑛 − 𝑦𝑛 par
𝑥 − 𝑦 a été trouvé plusieurs fois :
𝑛−1
2|sin(𝑛𝜃)| = ∣ei𝑛𝜃 − e−i𝑛𝜃 ∣ = ∣ei𝜃 − e−i𝜃 ∣ ∣∑(ei𝜃 )𝑘 (e−i𝜃 )𝑛−1−𝑘 ∣ ⩽ 2|sin(𝜃)| × 𝑛
⏟⏟⏟⏟⏟
𝑘=0
2|sin(𝜃)|
car chaque terme (ei𝜃 )𝑘 (e−i𝜃 )𝑛−1−𝑘 est de module 1. Autrement dit, on a |sin(𝑛𝜃)| ⩽ 𝑛|sin(𝜃)|.
Revenons au cœur de la question : en dérivant la formule 𝑇𝑛 (cos(𝜃)) = cos(𝑛𝜃) par rapport à 𝜃, on trouve
sin(𝜃)𝑇𝑛′ (cos(𝜃)) = 𝑛 sin(𝑛𝜃) mais beaucoup de candidats ont confondu la dérivée de 𝜃 ↦ 𝑇𝑛 (cos(𝜃)) avec
𝜃 ↦ 𝑇𝑛′ (cos(𝜃)), ce qui a amené à la formule fausse ∣𝑇𝑛′ (cos(𝜃))∣ = 𝑛∣sin(𝑛𝜃)∣.
𝑛 sin(𝑛𝜃)
Pour les candidats ayant obtenu la formule juste 𝑇𝑛′ (cos(𝜃)) = sin(𝜃) (pourvu que 𝜃 ∉ 𝜋ℤ), il fallait
2
encore établir ∣𝑇𝑛′ (cos(𝜃))∣
⩽ 𝑛 (conséquence évidente de l'indication) et prouver l'optimalité de cette
inégalité. Les deux arguments les plus fréquents pour l'optimalité ont été :
− une bonne gestion de la limite 𝜃 → 0 ;
− ou encore une preuve plus longue par récurrence de la formule 𝑇𝑛′ (1) = 𝑛2 (via les formules de
′ ′
récurrence 𝑇𝑛+2 (1) = 2𝑇𝑛+1 (1) + 2𝑇𝑛+1 (1) − 𝑇𝑛′ (1) et 𝑇𝑛 (1) = 1).
Signalons que certaines copies ont tenté de prouver directement la majoration |𝑇𝑛′ (𝑥)| ⩽ 𝑛2 par récurrence
pour un nombre quelconque 𝑥 ∈ [−1, 1].
Q6. Moins de la moitié des copies présentent des réponses satisfaisantes. Voici les trois approches les plus
couronnées de succès :
− justifier que les deux membres sont deux polynômes de degrés strictement inférieurs à 2𝑛 et qui
coïncident en 2𝑛 points distincts. Le cours assure alors l'égalité escomptée ;
− invoquer une décomposition en éléments simples de 𝐵 𝐴 où chaque pôle est simple (rappelons que valeur
1 𝐵(𝛼𝑘 )
du coefficient de 𝑋−𝛼𝑘 , à savoir 𝐴′ (𝛼 ) , pouvait être utilisée sans justification) ;
𝑘
− reconnaitre les polynômes d'interpolation de Lagrange (même si parfois le bon nombre de points, ici
2𝑛, n'a pas été bien injecté dans les formules classiques des polynômes d'interpolation de Lagrange).
Q7. Globalement bien traitée. Le seul point à remarquer est l'égalité 𝑃𝜆 (1) = 0.
Q8. Globalement bien traitée. On pouvait s'en sortir par (au moins) deux chemins :
− sans doute la méthode la plus courte, on dérive (𝑋 − 1)𝑄𝜆 (𝑋) = 𝑃 (𝜆𝑋) − 𝑃 (𝑋) et on évalue l'in
déterminée 𝑋 en 1. À ce propos, le jury déconseille fortement d'écrire 𝑄𝜆 (𝑋 − 1) pour signifier le
produit de 𝑄𝜆 par 𝑋 − 1 !
− une autre méthode pour laquelle il fallait être méticuleux, on souhaite faire tendre 𝑥 vers 1 dans
l'égalité
𝑃 (𝜆𝑥) − 𝑃 (𝜆)
𝑄𝜆 (𝑥) = .
𝑥−1
La dérivation au sens complexe est hors programme et il est conseillé de restreindre 𝑥 à un voisinage
réel de 1. Et même sous cette restriction, il n'est pas clair que la limite
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𝑃 (𝜆𝑥) − 𝑃 (𝜆)
lim = 𝜆𝑃 ′ (𝜆)
𝑥→1 𝑥−1
soit dans le programme sans justification (mais le jury n'a bien entendu pas pénalisé cette formule
tant elle est naturelle et surtout vraie !).
Beaucoup de copies ont soigneusement contourné l'écueil de la dérivation (complexe ou réelle) en décom
posant linéairement 𝑃 dans la base canonique des monômes. Dans ce cas, tout se ramenait à traiter le
cas particulier 𝑃 = 𝑋 𝑘 pour lequel des calculs très simples sont possibles.
Q9. Cette question a essentiellement été bien traitée dans la moitié des copies. Le jury a été un peu
déçu par certaines rédactions car la factorisation de polynômes simples doit faire partie des compétences
attendues. Les racines 2𝑛-ièmes de −1 sont les racines du polynôme 𝑋 2𝑛 + 1 et non celles du polynôme
𝑋 2𝑛 − 1. On pouvait :
− soit utiliser la factorisation de 𝑋 2𝑛 − 1 découlant du cours et en déduire celle de 𝑋 2𝑛 + 1 via la formule
𝑋 2𝑛 + 1 = −((𝑋 exp(i 2𝑛 𝜋 ))2𝑛 − 1) ;
− soit vérifier que les 2𝑛 supposées racines 𝜔𝑘 sont bien racines, qu'elles sont distinctes deux à deux et
en déduire que les deux polynômes 𝑅 et ∏2𝑛 𝑘=1
(𝑋 − 𝜔𝑘 ) (de même degré) sont colinéaires (et donc
égaux car unitaires). Sur ce point, la justification que les nombres 𝜔𝑘 sont bien distincts a parfois
donné lieu à de faux arguments (la fonction exp n'est en effet pas injective sur ℂ comme le montre
l'égalité ei0 = e2i𝜋 ).
Voici un point qui ne n'a pas été pénalisé mais que le jury conseille d'éviter : la lettre 𝑋 a parfois
été utilisée comme une inconnue dans l'équation 𝑋 2𝑛 + 1 = 0 (ce fut d'ailleurs également le cas dans la
question Q8). Traditionnellement, la lettre 𝑋 est une indéterminée polynomiale et l'équation 𝑋 2𝑛 + 1 = 0
est fausse si elle est comprise comme égalité dans ℂ[𝑋].
√
La notation 𝑛 𝑧 ne peut pas être utilisée pour désigner les racines 𝑛-ièmes d'un nombre complexe.
Q10 et Q11. Ces questions ont globalement bien été traitées.
Q12. Cette question est facile sur le fond mathématique : on demande de prouver qu'une fonction po
lynomiale trigonométrique 𝑓 peut être représentée sous la forme 𝑓(𝜃) = e−i𝑛𝜃 𝑈 (ei𝜃 ) avec 𝑈 ∈ ℂ[𝑋]. Le
jury a été un peu déçu de constater que, pour plus de la moitié des copies, le problème était d'ordre
rédactionnel. Ainsi, il paraissait assez clair que bon nombre de candidats avaient compris comment ré
soudre cette question mais leur gestion du symbole ∑ (pourtant avec un nombre fini de termes) a été
très problématique notamment sur les indices.
Voici, par exemple, une preuve qui s'émancipe de la gestion du symbole ∑. On affirme qu'il suffit de
trouver des polynômes 𝑈0 , ..., 𝑈𝑛 , 𝑉1 , ..., 𝑉𝑛 de ℂ[𝑋] tels que :
− 𝑎0 = e−i𝑛𝜃 𝑈0 (ei𝜃 ) ;
− 𝑎𝑘 cos(𝑘𝜃) = e−i𝑛𝜃 𝑈𝑘 (ei𝜃 ) pour tout 𝑘 ∈ {1, ..., 𝑛} ;
− 𝑏𝑘 sin(𝑘𝜃) = e−i𝑛𝜃 𝑉𝑘 (ei𝜃 ) pour tout 𝑘 ∈ {1, ..., 𝑛}.
En effet, le polynôme 𝑈 = 𝑈0 + ∑𝑁
𝑘=1
(𝑈𝑘 + 𝑉𝑘 ) conviendra par linéarité. On traite les trois cas précédents
comme suit :
− on choisit 𝑈0 = 𝑎0 𝑋 𝑛 si bien que l'on a bien le résultat voulu ;
− pour tout 𝑘 ∈ {1, ..., 𝑛}, on écrit 𝑎𝑘 cos(𝑘𝜃) = 𝑎2𝑘 ei𝑘𝜃 + 𝑎2𝑘 e−i𝑘𝜃 = 𝑎2𝑘 e−i𝑛𝜃 (ei(𝑘+𝑛)𝜃 + ei(−𝑘+𝑛)𝜃 ) si bien
que 𝑈𝑘 = 𝑎2𝑘 (𝑋 𝑘+𝑛 + 𝑋 −𝑘+𝑛 ) convient (on a bien deg(𝑈𝑘 ) ⩽ 2𝑛) ;
− le dernier cas se résout de même avec la formule eulérienne du sinus.
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Q13. La plupart des copies gèrent de manière très satisfaisante la formule trigonométrique demandée.
En particulier, la factorisation par « l'arc moitié », c'est-à-dire 1 − ei𝜃 = −2iei𝜃/2 sin(𝜃/2) est bien connue.
La suite a posé plus de difficultés, à savoir la dérivation de 𝑓(𝜃) = e−i𝑛𝜃 𝑈 (ei𝜃 ) par rapport à 𝜃.
Q14. On peut dire que c'est la première question délicate car qu'il fallait utiliser une formule qui apparait
dans la preuve de la question Q11, à savoir −2𝑛2 = ∑2𝑛 2𝜔𝑘
𝑘=1 (1−𝜔𝑘 )2
. Cette question est ainsi révélatrice
des bonnes copies et a été bien traitée dans 25 % des copies.
Q15. Cette question a été globalement bien traitée. Signalons néanmoins quelques écueils :
− la dérivation de la fonction composée 𝜃 ↦ 𝑃 (cos(𝜃)) pose parfois problème ;
− le nombre √1 − cos2 (𝜃) ne vaut pas sin(𝜃) en toute généralité mais |sin(𝜃)| (selon les rédactions, ce
point n'a pas été pénalisé car n'a pas d'impact dans la suite).
Q16. L'indication a été bien traitée dans moins de 25 % des copies. On veut prouver que 𝜃 ↦ 𝑄(cos(𝜃)) sin(𝜃)
est une fonction polynomiale trigonométrique de « degré » inférieur ou égal à 𝑛 pour tout 𝑄 ∈ ℂ𝑛−1 [𝑋].
Voici deux moyens de procéder :
− on commence par fixer 𝑃 ∈ ℂ𝑛 [𝑋] tel que 𝑃 ′ = 𝑄 puis l'on constate que 𝑄(cos(𝜃)) sin(𝜃) =
d
d𝜃 (−𝑃 (cos(𝜃)). Il suffit donc de vérifier que 𝒮𝑛 est stable par dérivation et cela se vérifie immé
diatement par la définition d'un polynôme trigonométrique (à noter qu'il n'y a pas perte de « degré »
par dérivation) ;
− en invoquant la question Q1, il suffit de prouver que 𝜃 ↦ 𝑇𝑘 (cos(𝜃)) sin(𝜃) appartient à 𝒮𝑛 pour tout
𝑘 ∈ {0, ..., 𝑛 − 1}. Il ne reste plus qu'à utiliser les formules de trigonométrie classiques pour linéariser
cos(𝑘𝜃) sin(𝜃) = 12 sin((𝑘 + 1)𝜃) − 12 sin((𝑘 − 1)𝜃).
Q17. Moins d'un quart des réponses ont été satisfaisantes. Dans de nombreuses copies, il est affirmé que
𝑥 ↦ 𝑥𝑡 est une bijection de l'ensemble [0, 1]√dans lui-même pour tout paramètre 𝑡 ∈ [−1, 1]. En fait, le
point délicat était de remarquer que l'on a 1 − 𝑥2 ⩽ √1 − (𝑥𝑡)2 pour tout 𝑡 ∈ [−1, 1] et 𝑥 ∈ [0, 1].
Q18. Moins d'un quart des réponses ont été satisfaisantes. Il s'agissait de combiner Q15 et Q17. Il n'y
avait aucune difficulté particulière (hormis d'écrire les deux inégalités dans le bon ordre !).
Q19. Étant donné le sujet, la réponse attendue était un rappel des propriétés vérifiées par les polynômes
de Tchebychev (Q4 et Q5). Mais le jury a bien entendu validé tous les points pour la réponse expéditive
« 𝑃 = 0 » (puisque la question n'imposait pas la non-nullité de 𝑃 ). La valeur de l'entier 𝑛 étant fixée par
l'énoncé, il ne s'agissait pas de trouver un cas d'égalité pour une valeur particulière de 𝑛 mais pour toute
valeur.
Q20. Comme cette question est la première de la seconde partie (qui plus est indépendante de la première),
les statistiques de bonnes réponses repartent à la hausse et cette question a globalement bien été traitée.
Il s'agit d'une application du théorème de continuité sous le signe ∫. Toutes les hypothèses du théorème
du programme ont été attendues pour avoir la note maximale à cette question. Pour autant, et toujours
conformément au programme, l'hypothèse de continuité par morceaux par rapport à la variable d'inté
gration est secondaire1 et le jury n'a pénalisé que de façon très minoritaire un oubli de cette hypothèse.
L'hypothèse importante est la domination de 𝑓(𝑥)𝑒−i𝑥𝜉 par une fonction intégrable en 𝑥 et indépendante
de 𝜉. À ce propos, majorer les nombres complexes directement (par exemple e−i𝑥𝜉 ⩽ 1) n'a pas de sens
et il faut passer par le module.
1 Cette hypothèse peut être sensiblement affaiblie dans le cadre de la théorie hors programme de l'intégration de Lebesgue
au point d'être satisfaite par toute fonction raisonnable. Cette hypothèse de continuité par morceaux a seulement vocation
à être cohérente avec les limitations du programme.
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Mentionnons quelques points négatifs :
− dans cette question et des suivantes, il a été trop souvent affirmé que le produit de deux fonctions
intégrables sur ℝ est intégrable sur ℝ ;
− trop de candidats écrivent |𝑓(𝑥)e−i𝑥𝜉 | ⩽ 𝑓(𝑥)e−i𝑥𝑎 en ayant pris un nombre 𝜉 dans [𝑎, 𝑏] préalablement.
Cela n'a pas de sens car i n'est pas un nombre strictement positif.
Q21. La preuve de linéarité a été globalement bien traitée (le contraire serait surprenant !). Pour une
première preuve de linéarité, le jury conseille d'écrire explicitement l'une des définitions équivalentes de
la linéarité :
− pour toutes fonctions 𝑓 et 𝑔 et tous nombres 𝜆 et 𝜇 on a 𝜆𝑓̂
+ 𝜇𝑔 = 𝜆𝑓ˆ + 𝜇ˆ
𝑔;
̂
− pour toutes fonctions 𝑓 et 𝑔 et tout nombre 𝜆 on a 𝜆𝑓 + 𝑔 = 𝜆𝑓ˆ + 𝑔ˆ ;
− pour toutes fonctions 𝑓 et 𝑔 et tout nombre 𝜆 on a 𝑓̂
+ 𝑔 = 𝑓ˆ + 𝑔ˆ et 𝜆𝑓
̂ = 𝜆𝑓.
ˆ
En effet, des copies ont contenu des tentatives de preuve de la linéarité de l'application 𝜉 ∈ ℝ ↦ 𝑓ˆ(𝜉).
Autrement dit, cette question souligne la confusion entre 𝑓ˆ(𝜉), 𝑓ˆ et 𝑓 ↦ 𝑓.
ˆ
En général, les candidats ont bien conscience que la continuité d'une application linéaire découle d'une
inégalité.
Q22. Question bien traitée dans moins de la moitié des copies. Rappelons que le programme indique expli
citement que « les étudiants peuvent appliquer ce résultat sans justification dans le cas de changements de
variables simples » (notamment les changements affines). De plus, certaines copies ont mentionné qu'une
fonction intégrable sur ℝ est forcément bornée (il s'agit d'une erreur à éviter) ou encore que la composée
de deux fonctions intégrables est intégrable.
Q23. Question bien traitée dans moins de la moitié des copies. Bien que l'énoncé soit clair, l'agencement
des phrases a laissé penser à certains candidats que la fonction 𝑡 ↦ 𝑓(𝑡)𝑔(𝑥 − 𝑡) est intégrable (pour tout
𝑥). Or la première partie de la question a précisément pour but de montrer cette intégrabilité sous les
hypothèses 𝑓 ∈ 𝐿1 (ℝ) et 𝑔 ∈ 𝐿∞ (ℝ).
En outre, certains candidats ont fait l'erreur suivante : la version intégrale de l'inégalité triangulaire a été
invoquée comme suit
+∞ +∞
∣ ∫ 𝑓(𝑡)𝑔(𝑥 − 𝑡) d𝑡∣ ⩽ ∫ |𝑓(𝑡)𝑔(𝑥 − 𝑡)| d𝑡
−∞ −∞
pour en déduire l'intégrabilité de 𝑡 ↦ 𝑓(𝑡)𝑔(𝑥 − 𝑡). Cela constitue une méprise car l'intégrabilité nécessite
+∞
plutôt de montrer que l'intégrale ∫ |𝑓(𝑡)𝑔(𝑥 − 𝑡)| d𝑡 est finie.
−∞
Q24. Question globalement bien traitée. Il s'agissait d'intégrer les calculs faits à la question précédente.
Q25. Question bien traitée dans la moitié des copies. Le jury a constaté que beaucoup de copies utilisent
la dénomination « théorème de la convergence dominée » pour évoquer le théorème de continuité ou régu
larité 𝒞𝑘 sous le signe ∫. S'il est vrai que le théorème de la convergence dominée est l'ingrédient principal
des théorèmes concernant les intégrales à paramètres, il est préférable d'utiliser la bonne dénomination
(le jury n'a évidemment pas pénalisé une mauvaise dénomination à partir du moment où les bonnes
hypothèses étaient énoncées). Au niveau de la validation des hypothèses, voici deux commentaires :
− l'hypothèse d'intégrabilité (par rapport à 𝑡) des dérivées intermédiaires est souvent oubliée ;
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− certains candidats n'utilisent pas l'extension 𝒞𝑘 du théorème de dérivation d'une intégrale à paramètre
et proposent une démonstration par récurrence. Une telle démarche est raisonnable mais prend plus
de temps.
Q26. Question bien traitée dans moins de la moitié des copies. Il s'agissait de bien enchainer des calculs
intégraux et d'utiliser les formules admises au bon endroit.
Q27. Il s'agit d'une question classique mais difficile. Elle a donné lieu a des réponses satisfaisantes dans
un tiers des copies. Mentionnons que le point difficile de la question est souvent mal traité : une fois
que la formule 𝜑(𝑘) (𝑡) = 𝑃𝑘 (1/𝑡)e−1/𝑡 est démontrée, on en déduit à raison que lim 𝜑(𝑘) (𝑡) = 0. Cela ne
𝑡→0
𝑡>0
(𝑘) (𝑘)
prouve pas (encore) la continuité de 𝜑 en 0 puisque l'égalité 𝜑 (0) = 0 n'a pas encore de sens. C'est
à cet endroit que le théorème de la limite de la dérivée ou le théorème 𝒞𝑘 par prolongement2 doit être
utilisé (en tenant compte de toutes les limites intermédiaires lim 𝜑(𝑗) (𝑡) = 0 avec 1 ⩽ 𝑗 ⩽ 𝑘). Il semble
𝑡→0
𝑡>0
𝑘
peut-être plus facile de montrer rigoureusement que 𝜑 est 𝒞 par récurrence sur 𝑘 grâce au théorème de
la limite de la dérivée. Un autre moyen, a priori plus efficace, serait de directement invoquer le théorème
𝒞𝑘 par prolongement. On fera alors attention au fait que ce dernier prouve que la restriction de 𝜑 à
]0, +∞[ admet un prolongement 𝒞𝑘 sur [0, +∞[ et il reste à justifier que ce prolongement est la fonction
définie dans l'énoncé. Cela est une conséquence du fait qu'une fonction continue et une fonction 𝒞𝑘 (donc
continue) sur [0, +∞[ sont égales pourvu qu'elles soient égales sur ]0, +∞[. Le jury n'attendait pas une
rédaction aussi précise mais le théorème de la limite de la dérivée (par récurrence) ou le théorème 𝒞𝑘 par
prolongement devait être mentionné pour l'obtention de la totalité des points.
Q28. Question bien traitée dans environ un tiers des copies. On a la formule 𝜓(𝑡) = 𝜑(1 − 𝑡2 ) qui saute
aux yeux vu les définitions de 𝜓 et 𝜑. Le jury attendait une disjonction de cas selon que 𝑡 ∈ ]−1, 1[ ou
non.
Plusieurs candidats ont écrit la fonction 𝜓 à l'aide de la fonction racine √
carrée avant de conclure au
caractère 𝒞∞ par produits et composition. Rappelons que la fonction 𝑡 ↦ 𝑡 n'est même pas dérivable
sur son ensemble de définition.
Q29. Question globalement bien traitée dans les copies qui l'ont abordée. La première partie de la question
est très facile. Pour la seconde partie, à savoir la preuve de l'inégalité 𝐴 < 𝐵 il s'agissait par exemple
de remarquer que 𝜃 est strictement croissante sur [−1, 1] (car sa dérivée est strictement positive) et donc
que 𝐴 = 𝜃(−1) < 𝜃(1) = 𝐵.
Q30. Il s'agissait sans doute de la question la plus difficile du sujet. Environ 200 copies ont obtenu une
réponse satisfaisante. Le jury a valorisé des représentations graphiques. Tout le jeu de la preuve consistait
en une bonne gestion de transformations affines.
Q31. Question bien traitée par environ un cinquième des copies. On revient sur un thème plus classique
et déjà abordé dans le sujet, à savoir l'étude d'une intégrale à paramètre. Certains candidats ont des
difficultés avec les modules de nombres complexes. Enfin, la fonction 𝜃 ↦ ei𝜃 n'est ni monotone ni
positive (erreur déjà commise en Q21). Il devrait être connu que sa dérivée est 𝜃 ↦ iei𝜃 .
Q32. Environ une centaine de copies contenait une bonne réponse. La première partie de la question, à
savoir le caractère borné de 𝑥 ↦ 𝑥2 𝑟(𝑥), est très difficile et découle d'une double intégration par parties.
La seconde partie de la question, à savoir que 𝑟 est intégrable et bornée sur ℝ, découle cette fois-ci
d'arguments plus standards.
Q33. Environ une centaine de copies contenait une bonne réponse. Il s'agissait d'exploiter convenablement
l'injectivité de la transformée de Fourier (admise dans l'énoncé) et le fait que la transformée de Fourier
2 Voir le programme MPSI 2013 dans le chapitre concernant la dérivabilité.
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d'un produit de convolution est égale au produit des transformées de Fourier (Q26). Le jury a valorisé des
preuves formelles, c'est-à-dire découlant du calcul intégral « pourvu que toutes les intégrales convergent ».
Q34. Environ une centaine de copies contenait une bonne réponse. Cette dernière question n'était pas
difficile mais concluait un marathon de questions ! Elle découlait de l'analyse précédente et notamment
de la question Q25.
Conclusion
Comme mentionné ci-dessus, le sujet est long mais les questions sont très abordables (sauf quelques
questions difficiles) et parfaitement conformes aux exercices et cours étudiés dans le programme. Le
sujet est clairement marqué « analyse » même s'il contient quelques questions d'algèbre linéaire ou ayant
trait aux polynômes. On conseille aux candidats d'écrire soigneusement les arguments qui leur semblent
suffisants pour conclure, de se rappeler qu'une réponse fait rarement une ligne, de tracer des allures de
courbes, de lire une question intégralement (avec les indications) et de parcourir un peu les questions
suivantes ! Enfin, mentionnons que le jury a valorisé les tentatives raisonnables de preuve (même si elles
n'ont pas abouti).
Mathématiques 2 24 novembre 2021 16h56 8