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The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention 5(02): 4387-4397 2018

DOI: 10.18535/ijsshi/v5i2.02 ICV 2015: 45.28


ISSN: 2349-2031
© 2018, THEIJSSHI

Research Article
Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion
des forêts (classées, parcs et réserves)
Traore Kassoum
Université Péléforo Gon Coulibaly de Korhogo (Côte d’Ivoire),UFR des sciences sociales/Département de
Sociologie

Abstract: Preserving the forest is a "vital" action for maintaining the climate balance and promoting eco-tourism. The
history mentions that the Ivorian forests played an important role in the dynamics of the development of the country
because they sheltered a great diversity floristic and wildlife. Unfortunately, from 16 million hectares at the beginning of
the last century (1900), the dense rainforest increased to 9 million hectares in 1965 and 3 million hectares in 1991. Today, it
is estimated at about 2.5 million hectares. This situation is attributable to extensive agriculture based on the technique of
shifting cultivation, the overexploitation of the forest with timber and wood energy and bush fires. Moreover, the
phenomenon of forest infiltration with regard to the occupation or colonization of forest areas, particularly in the south-
west of the country by migrants to build houses and / or villages, is an important factor in the disappearance of the forest.
Also, successive crises that the country has experienced since 1999 until 2010 (post-election), with periods of tension, have
led to mass displacements of populations. This regrouping of the populations in turn caused the clearing of the forest areas
for their relocation. Thus, from the analysis of the situation of forest pressure in Côte d'Ivoire, the Ministry in charge of
the management of the Ivorian forest cover indicates that the accelerated rate of destruction of Ivorian forests has today
reached an estimated average of 450,000 hectares a year. The forest situation is catastrophic, if corrective measures are
not taken and put into effect, the forest cover is supposed to disappear around 2040. The present work attempts to
contribute to the level of reflection undertaken to improve the management of the sector.
Résumé: Préserver la forêt est une action « vitale » pour le maintien de l’équilibre climatique et la promotion de l’éco-
tourisme. L’histoire mentionne que les forêts ivoiriennes ont joué un rôle important dans la dynamique du développement
du pays car elles abritaient une grande diversité floristique et faunique. Malheureusement, de 16 millions d’hectares au
début du siècle dernier (année 1900), la forêt dense humide est passée à 9 millions d’hectares en 1965 et à 3 millions
d’hectares en 1991. Aujourd’hui, elle est estimée à environ 2,5 millions d’hectares. Cette situation est imputable à
l’agriculture extensive basée sur la technique des cultures itinérantes sur brûlis, la surexploitation de la forêt en bois
d’œuvre et bois énergie et les feux de brousse. Par ailleurs, le phénomène de l’infiltration des forêts au regard de
l’occupation ou la colonisation des zones forestières notamment du Sud-Ouest du pays par des migrants pour bâtir les
habitations et/ou des villages est un facteur important de la disparition du couvert forestier.Egalement, les crises
successives qu’a connues le pays depuis 1999 jusqu’en 2010 (post-électorale), populations. Ce regroupement des
populations à son tour, a occasionné le défrichement des zones forestières pour leur relocalisation. Ainsi, de l’analyse de la
situation des pressions sur les forêts en Côte d’Ivoire, le ministère en charge de la gestion du couvert forestier ivoirien
indique que le rythme accéléré de destruction des forêts ivoiriennes a atteint de nos jours une moyenne estimée à 450.000
hectares par an. La situation des forêts est catastrophique, si des mesures correctives ne sont pas entreprises et mises en
vigueur, le couvert forestier doit en principe disparaitre vers 2040. Le présent travail tente d’apporter sa contribution au
niveau des réflexions engagées pour améliorer la gestion du secteur.
Mots clés : forêts classées, parcs et réserves, gestion du couvert forestier, Côte d’Ivoire

Key Words: Classified forests, parks and reserves, forest cover management, Ivory Coast

INTRODUCTION:
Jadis, le couvert forestier ivoirien estimé à 16 millions En réalité, le développement de l’agriculture s’est caractérisé
d’hectares dans les années 1900 est aujourd’hui réduite à par un rythme aussi rapide de déboisement 1 et a eu des
environ 2,5 millions d’hectares. Plusieurs raisons expliquent
répercussions sur le couvert forestier qui est estimé
cette disparition et/ou diminution de la forêt en Côte d’Ivoire.
En effet, l’agriculture a été et demeure encore un levier aujourd’hui à 7,8% de la superficie totale du pays (Document
important dans le développement économique et humain du Stratégie de Réduction de la Pauvreté). De sorte qu’une facette
pays. Au lendemain de son accession à la souveraineté des problèmes environnementaux dont fait face le pays se
nationale, le pays a structuré sa croissance sur celle-ci en plus caractérise par la déforestation.
de l’industrialisation et de l’urbanisation. Pour atteindre cet
objectif, de vastes étendues de forêts ont été défrichées pour En outre, la croissance démographique constitue un facteur
créer d’immenses plantations des cultures de rente que sont le important dans la perte des forêts ivoiriennes. De 10,8 millions
café, le cacao, le palmier à huile, l’hévéa, l’ananas, etc., et
autres fruits tropicaux destinés à l’exportation. 1
Les statistiques estiment le déboisement à 500 000
hectares/an entre 1960 et 1991.
4387 The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention, vol. 5, Issue 02, February, 2018
Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
d’habitants en 1988 la population ivoirienne est passée à 15,3 Sur le plan méthodologique, le travail privilégie l’approche
millions d’habitants en 1998. Aujourd’hui, le dernier qualitative basée sur une analyse critique axée sur la revue
recensement général de la population et de l’habitat, estime à documentaire, des discours relatifs à la situation de gestion des
22.671.331 millions d’habitants (RGPH, 2014). Cette forêts ivoiriennes au regard du bilan des activités, des
croissance démographique rapide avec un taux observations à partir des résultats des études réalisées dans le
d’accroissement annuel moyen de 2,55% est l’une des plus secteur.
élevées de l’Afrique. En plus, de l’accroissement naturel de la
Le travail présente dans un premier temps la question des défis
population, le phénomène de migration à la recherche d’un
majeurs de préservation des forêts ivoiriennes, ensuite la
bien-être social et les mouvements des populations liés à des
situation du couvert forestier ivoirien, puis le cadre de gestion
crises ou non, ont contribué fortement au peuplement du pays.
du secteur et enfin les enjeux et perspectives pour une gestion
Ainsi, cette forte croissance démographique constitue l’une
durable du couvert forestier ivoirienne
des causes des pressions d’origine humaine -sous toutes ses
formes2- qui s’exerce sur les ressources forestières d’une part I- QUESTION DES DEFIS MAJEURS DE
et sur les terres agricoles d’autre part. PRESERVATION DES FORETS IVOIRIENNE

Par ailleurs, la détérioration de la situation économique durant Le patrimoine forestier ivoirien ou le couvert forestier ivoirien
ces trois décennies a davantage accentué les problèmes traverse un moment difficile de son histoire qui a toujours été
environnementaux notamment la perte vertigineuse des forêts une richesse pour le pays. Les agressions dont il souffre
entrainant le phénomène de désertification dans certaines aujourd’hui laissent à imaginer que si les forêts ne vont pas
régions du pays. Les conséquences néfastes qui en résulte ont disparaitre dans les deux décennies avenirs? Les analyses
contribué à accentuer la pauvreté et remis en cause, le faites de la situation des forêts indiquent que toutes les
processus de développement durable au regard de stratégies prises jusque-là pour les remettre en état n’ont pas
l’exploitation abusive des ressource forestières. Cette situation atteint l’objectif fixé. Les différents massifs qui constituent ce
peut trouver son explication par le fait qu’à l’époque l’Etat couvert forestier continuent de subir la dégradation, à travers
Ivoirien dans sa stratégie de croissance économique, la les multiples actions anthropiques dont les pratiques
sauvegarde de la forêt n’avait pas été explicitement extensives de l’agriculture. En réalité, dans l’entendement ou
mentionnée de façon formelle dans ce processus. dans l’esprit des populations, ces cultures de rente ou
pérennes, notamment le cacao et le café ne peuvent être
Heureusement, depuis le sommet de la Terre en 1992, il est
pratiquées que dans les forêts. Toutes ces cultures se font au
apparue une prise de conscience dans le processus du
détriment des nombreuses forêts. Malgré, les actions de
développement tant au niveau des décideurs que des
mobilisation sociale à l’endroit des différentes générations de
organisations de la société civile et des autres acteurs de la vie
producteurs des cultures de rente en général et la
nationale. Sur cette base, les programmes de développement
sensibilisation menée auprès des producteurs de cacao et de
qui ont été élaboré jusque-là devraient tenir compte de
café du pays pour les convaincre du contraire, ceux-ci
l’exigence d’une gestion durable de l’environnement et des
demeurent attachés à cette croyance, qui a valeur de tradition
ressources naturelles parmi lesquelles la forêt. Face à la
dans leurs pratiques agricoles. Comme résultat, les forêts
diminution au fil des années des ressources forestières du
classées ivoiriennes ne le sont plus que de nom pour la
pays, de nombreuses interrogations légitimes au niveau
plupart, car presqu’elles toutes renferment aujourd’hui non
national sont posées.
seulement de grandes plantations de cacao mais aussi les
Comme réponse nationale et pour mieux intégrer toutes les habitations des populations voire même les campements et
dimensions environnementales, dans les différentes politiques villages. Une culture de grande importance pour l’économie
et stratégies sectorielles, le pays a lancé depuis 2002, le nationale dont la production a augmenté ces deux dernières
processus du document Stratégie de Réduction de la Pauvreté années, passant de 1,200 millions de tonnes à environ 1,700
(DSRP) pour un diagnostic sectoriel avec un accent particulier millions de tonnes dans la campagne 2015-2016. A telle
sur la situation de la forêt en Côte d’ivoire. Ce tableau sombre enseigne, certains spécialistes du domaine s’interrogent sur
du statut du couvert forestier ivoirien en état de disparition, « la mort » programmée des forêts classées.
interpelle toutes les parties prenantes à un changement de
Pour faire face à la recrudescence des infiltrations et/ou
comportement afin d’éviter ce cercle vicieux non reluisant
agressions des forêts classées, depuis 2007, les gouvernements
pour le développement économique, social et humain du pays.
successifs à travers la Société de Développement des Forêts
Ce présent travail vise à contribuer aux différentes réflexions (SODEFOR3) ont initié comme stratégie la contractualisation
et/ou débats déjà amorcés sur la problématique de la pour gérer cette situation de sorte à maintenir et développer le
destruction et/ou disparition des forêts ivoiriennes en mettant couvert forestier dans ces massifs classés, sans toutefois
l’accent sur la dynamique de l’approche de la gestion du détruire pour autant les plantations de cacao. L’expérience
couvert forestier en Côte d’Ivoire. lancée avait pour période de pilotage 2007-2009 avec pour la

2 3
Pratiques agricoles, urbanisation, feux de brousses, Société de développement des plantations forestières
exploitation forestière abusive, élevage, etc. (Sodefor), une société étatique avec un mode de gestion privé
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Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
phase pilote les forêts classées de la Brassué à Abengourou forestier, cause des dégradations, c’est le cas des
(située à l’est du pays) et de Irobo à Tiassalé (située au sud du défrichements.
pays). Ce projet dans son fonctionnement a rencontré des
Conscient de l’importance des biens faits des forêts, en Côte
difficultés à s’étendre pour diverses raisons. Cependant,
d’Ivoire, plusieurs périmètres ou domaines ont été classées.
malgré les problèmes qu’a connus cette expérience dans sa
Les premiers classements de forêts remontent au cours des
mise en œuvre, les premiers résultats obtenus ne mettent pas
années 1920. A l’époque le domaine forestier classé de l’Etat
en cause son efficacité ou n’autorisent pas sa mise
était répartit sur sensiblement 218 massifs forestiers et
systématique à l’écart. Elle demeure toujours appréciée de
couvrait une superficie d’environ 3.995.200 hectares sur toute
nombreux spécialistes du domaine.
l’étendue de territoire dont 70% en zone forestière et pré-
Face aux défis liés à la gestion des forêts en Côte d’Ivoire, forestière et 30% en zone de savane (SODEFOR).
pourquoi ne pas poursuivre cette expérience par entremises
Les statistiques indiquent qu’en 1960, le pays comptait 234
d’un nouveau programme qui de toute façon devrait prendre
forêts classées d'une superficie globale d'environ 4,2 millions
en compte les faiblesses et les erreurs du passé en se dotant
d'hectares qui aujourd’hui sont estimées à 231 forêts classées
des moyens adéquats, indispensables à sa réussite? Aussi faut-
couvrant une superficie globale environ 4 millions d’hectares
il mentionner qu’avec les réalités financières actuelles qui sont
(Ministère Eaux et Forêts, 2016). Parmi celles-ci, il ne reste
les siennes, la SODEFOR ne saurait efficacement conduire
plus que 1,3 millions d'hectares de forêts encore non dégradée
toute seule ce programme sans ressources additionnelles
selon la SODEFOR. Cependant, malgré des ressource
conséquentes? Les compétences humaines et l’expérience
limitées, les responsables de la SODEFOR estiment avoir doté
requise pour une telle action sont encore présentes à tous les
à 61% des forêts classées du pays depuis 1993, d'un plan
niveaux de la chaine de gestion du patrimoine forestier. Il ne
d'aménagement et réalisé le reboisement de 210.000 hectares
reste que la volonté manifeste et soutenue des pouvoirs publics
de forêts en 50 ans. Toutefois, le bilan de la gestion du couvert
à en faire une priorité nationale, au même titre que d’autres
forestier est mitigé. De plus, la SODEFOR a perdu la quasi-
programmes.
totalité de son acquis en raison de la crise socio-politico-
Un autre défis lié à la gestion des forêts en Côte d’Ivoire, se militaire de 2002 à 2011, qui a secoué et divisé en deux le
situé au niveau du changement fondamental perpétuel que l’on pays. Selon les experts de la SODEFOR, plus de deux millions
a toujours constaté dans l’administration forestière ivoirienne, d'hectares de forêts, soit 113 forêts classées qui étaient situées
dès qu’un nouveau responsable prend la gestion de la filière, en zone contrôlée par la rébellion au Nord, ont été pillées par
sans souvent tenir compte des acquis enregistrés. Dans ce une exploitation anarchique, créant des dégâts importants
contexte, cela ne peut que conduire à faire inévitablement du (Communication SODEFOR, septembre 2016).
sur-place. Ainsi, à l’analyse, l’on est tenté de penser que cette
Cela dénote du niveau de dégradation de nos forêts. Il faut
manière de procéder semble bien servir certains intérêts assez
noter que cette situation de perte à grande vitesse des forêts
particuliers. Mais, malheureusement qui ramène toujours à
ivoiriennes n’est pas un phénomène récent. Depuis des
cette éternelle question relative à la protection du patrimoine
décennies l’alerte avait été lancée et les statistiques estimaient
forestier ivoirien : « pourquoi ça ne marche toujours pas ? »
en 1997 cette dégradation à 30% de la superficie totale des
La question du défi présenté qu’en est-il de la situation du forêts classées des zones forestières et pré forestières
couvert forestier ivoirien ? comprenant 149 massifs pour environ 2.715.000 hectares.
II- SITUATION DU COUVERT FORESTIER IVOIRIEN Pourtant, les droits d’usage portant sur les fruits et les produits
forestiers sont limités. Il s’agit du ramassage de bois morts, de
La Côte d’Ivoire fait partie de ces pays forestiers africains qui
la cueillette des fruits et des plantes alimentaires ou
ont très tôt compris, l’urgence et la nécessité de conserver
médicinales, de l’exploitation des bois d’industrie et de
certains massifs forestiers du pays pour diverses raisons dont
service, des parcours des animaux. Dans ces forêts classées,
l’une très importante est d’assurer les équilibres
l’exploitation est subordonnée à la délivrance d’un permis
climatologiques régionaux, favorisant les conditions
d’exploitation indiquant les conditions de cette exploitation
écologiques appropriées à une bonne pratique agricole.
(cahier des charges). Toutes ces dispositions sont prises dans
Cependant, après cinquante (50) ans de vie de la nation qu’en
l’optique de pérenniser l’existence des forêts car les forêts
est-il de la situation des forêts au fils des années ?
jouent un rôle important dans l’évolution des sols, de la faune,
II-1- Situation des forêts classées de la flore, du cycle de l’eau, de l’équilibre du milieu et même
Les forêts classées sont l’une des catégories du domaine de la production agricole. De nos jours, la caractéristique
forestier de l’Etat qui comprend entre autres : les forêts essentielle actuelle de ces forêts classées est la succession de
protégées; les périmètres de protection et les reboisements. formations végétales souvent associées : forêt dense fermée,
Les forêts classées consiste en un règlement de l’espace ou forêt dense ouverte, forêt dégradée, association forêt-culture,
périmètre déterminé, délimité et aborné que l’on souhaite cultures, friches et jachères.
conserver en l’état pour des raisons diverses. Il est donc Les résultats de l’étude réalisée (2009) par Société française
interdit l’exercice de certains droits d’usage portant sur le sol de réalisation d’étude et de conseil (Sofreco) par système de

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Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
télédétection des forêts classées en Côte d’Ivoire entre 1998 et dire que les lois protégeant la faune sauvage et les parcs sont
2008 révèlent une véritable dégradation de celles-ci. Les forêts difficiles à faire observer et à appliquer parce que
fermées de certains domaines forêts classées auraient même l’administration de gestion éprouve des difficultés à traduire
disparu avec l’évolution du temps. Il s’agit des forêts de Go les contrevenants devant les tribunaux. Cette situation est
Bodiénou (61 642 ha), Irobo (40 864 ha), Mopri (32 300 ha), aggravée par le manque et/ou l’insuffisance d’infrastructures
Téné (30 036 ha). adéquates dans les parcs et réserves.
Ces mêmes statistiques indiquent également que sur Les études réalisées sur les forêts ivoiriennes indiquent dans le
l’ensemble des forêts classées sous la gestion de la même sens des résultats non reluisants pour celles-ci. Selon
SODEFOR, seulement une soixantaine (60) de forêts classées l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature
en-dessous du 8ème parallèle dispose d’un plan (UICN), la surface totale des du réseau (aires protégées)
d’aménagement rédigé dont une dizaine en application ou s’estimait à 2,10 millions hectares, soit 6,5% du territoire en
exécution. La plupart des forêts classées au nord du pays sont 2008. Ce réseau se constitue principalement de huit (08) parcs
délimitées sur des plans mais pas ou partiellement délimitées nationaux, de trois (03) réserves de faune et trois (03) réserves
sur le terrain. naturelles intégrales avec respectivement une superficie de 1
828 574 ha, de 236 130 ha et de 7.500 ha. Il existe également
Comment se présentent les parcs et réserves sous la gestion de
deux (02) réserves de faune-flore et dix-sept (17) réserves
l’Etat ?
botaniques.
II-2- Situation des parcs et réserves
Au regard du bilan et des résultats d’évaluation, la situation
En Côte d’Ivoire, le gouvernement a fait des efforts des parcs et réserves a été jugée alarmante par l’UICN, car ces
considérables pour préserver ses principaux écosystèmes aires protégées ont connu beaucoup de dégradation et
naturels en mettant en place un large réseau de parcs et de d’infiltrations. A titre d’exemple, en 2008 le seul parc de la
réserves. Marahoué abriterait plus de 49 000 cultivateurs selon l’UICN.
Au fils des années, avec les agressions qu’elles continuaient Ces données confirment les résultats de l’étude de
de subir, ces aires protégées sont passées à environ 1,9 million télédétection réalisée par Sofreco qui indiquent que les forêts
d’hectares, soit 6% de la superficie totale du pays (Banque de certaines aires protégées, auraient même quasiment disparu,
Mondiale Infos, Numéro 5). Les principaux et les plus grands c’est le cas de la Marahoué ou du Mont Péko (Sofreco, 2009).
parcs sont : Qu’en est-il des causes et les contraintes qui font obstruction à
la protection des forêts ?
 la Comoé avec 1,2 million hectares,
 le Taï avec 330.000 hectares, II-3- Cause et Contraintes à la protection des aires
 la Marahoué avec 101.000 hectares, protégées
 le Mont Sangbé avec 95.000 hectares. II-3-1 Cause de la déforestation
Il faut préciser que les réserves de Taï et de la Comoé ont été Du diagnostic de la situation des forêts en Côte d’Ivoire,
déclarés sites naturels de l’héritage universel sous la comme déjà souligné dans l’introduction, l’on note les causes
convention internationale concernant la protection de directes et indirectes de la disparition des forêts. Notre étude
l’Héritage Culturel et Naturel Universel et sont reconnues n’ayant pas la prétention de faire l’analyse exhaustive de
comme réserves de biosphères dans le programme de celles-ci présente quelques-unes.
l’UNESCO/MAB4.
Concernant les causes directes : le secteur agricole constitué
Cependant, ces sites (parcs et réserves) subissent une pression des cultures de rentes et des cultures vivrières ont été et sont
très importante des populations à tel enseigne que le responsables de la perte d’une grande partie du patrimoine
gouvernement éprouve du mal à protéger de manière efficace forestier ivoirien imputable seulement aux surfaces plantées
leur intégrité. Cependant, il faut noter que certain site tel que des cultures de rentes. Toutes ces cultures accompagnées par
la réserve de la Comoé reste encore raisonnablement moins les grands programmes de développement agricole en cours
dégradé, mais celles de Taï et de la Marahoué sont beaucoup comme le programme national d’investissement agricole
infiltrées de parcelles agricoles et autres activités humaines. (PNIA) sont des voies anticipatoires pour la disparition des
Ces sites sont aussi confrontés ou souffrent d’un sérieux forêts attribuables au cacao (18%), à l’Hévéa (9%), au palmier
pratique de braconnage. A l’analyse, il n’est pas alarmant de à huile (5%), au riz (48%) et à l’igname (13% à 42%). Il faut
4 noter que les plantations de café et de cacao, dont la superficie
Le programme pour Man and Biosphère (MAB) est l'un des
a quintuplé en moins de 50 ans, sont des causes principales de
cinq programmes de l'Unesco dans le domaine des sciences
exactes et naturelles. Le programme MAB propose un projet la déforestation. En outre, les données techniques indiquent
interdisciplinaire dont le but est d'améliorer les relations entre également que la pratique de ces différentes spéculations
les gens et leur environnement global. La volonté de ce mentionnées sont généralement itinérantes et annuellement
programme est de mettre à contribution la recherche consommatrices de fertilité forestière ou de jachères. Cela fait
scientifique pour la réduction de la perte de biodiversité, ceci de l’agriculture le plus puissant « moteur » de la déforestation
par des approches écologiques,
4390 The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention, vol. 5, Issue 02, February, 2018
Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
en Côte d’Ivoire. En ce qui concerne les causes indirectes : l’un des
phénomènes le plus visible est la pression démographique liée
Face à cette situation aussi alarmante de la disparition des
aux vagues successives migratoires des populations et à
forêts, le premier ministre du gouvernement 5 en 2014 affirmait
l’accroissement naturel. En effet, l’installation des
que : « Plus des trois quarts (3/4) des forêts de la Côte
communautés issues de grands mouvements migratoires vers
d'Ivoire ont disparu en un demi-siècle du fait de l'agriculture
la Côte d’Ivoire a permis l’occupation et/ou la colonisation des
extensive et de l'urbanisation. Il mentionne que la forêt
zones forestières pour des objectifs agricoles depuis
ivoirienne a connu une "dégradation continue", passant de
l’accession à l’indépendance du pays. La politique agricole
"16,5 millions d'hectares à l'indépendance" en 1960 à "deux
prônée à l’époque en faveur des cultures de rente notamment
millions aujourd'hui", soit "moins de 13% du territoire
le binôme café-cacao, a conduit aux déplacements aussi bien
national contre 78%". La déforestation et la mise en place
des populations du nord du pays et les ressortissants des pays
d'une "agriculture extensive et l'urbanisation accélérée" ont
voisins vers les zones forestières comme main d’œuvre
largement contribué à cette "dégradation", a déploré le
agricole. Après des décennies passées, la réduction et
premier ministre. Le gouvernement a mis en place une
l’appauvrissement des terres cultivables sous l’influence
politique de "gestion durable et rationnelle des ressources
conjuguée de la croissance démographique élevée et d’une
forestière" afin de ramener la "couverture du territoire au-
agriculture trop traditionaliste ont entrainé aussi un important
dessus du seuil international de 20%", a-t-il évoqué »
afflux de populations allogènes et allochtones. Certaines
Ces propos tenus se justifient à partir des réalités des faits populations vivant dans des conditions précaires se sont
évoqués par la Société ivoirienne de développement des déplacées à la recherche de reliques de forêts localisées
plantations forestières (SODEFOR) qui évaluait à 300.000 généralement dans les régions du Sud et de l’Ouest du pays.
hectares la superficie de forêts disparaissant chaque année du Ce qui a pour corollaire les nombreux conflits fonciers dans
fait de "l'exploitation abusive" du bois, liée à la production de les zones d’accueil.
charbon ou à des coupes d'arbres pour l'exportation d'essences
En effet, les conflits liés aux problèmes fonciers n’est pas un
précieuses. La déforestation est également provoquée par des
phénomène nouveau mais ils se sont beaucoup aggravés
feux de brousse incontrôlés déclenchés par des agriculteurs,
surtout pendant les périodes de crises successives que le pays
qui dégagent ainsi de l'espace pour de nouvelles cultures de
a connu depuis l’évènement du coup d’état de 1999 à 2010
cacao, dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial.
période postélectorale. Aujourd’hui encore, les conflits de
Certaines forêts classées, à l'instar du Parc national du Mont
cette nature demeurent et représentent un obstacle à la
Peko (Ouest) ou de celui de la Maraoué (centre) ont ainsi
cohésion sociale et la gestion des forêts ivoiriennes. Au
presque complètement disparues du fait de la culture du cacao.
nombre des manifestations, l’on note que des dynamiques
Il va plus loin en ces termes, « L'agriculture assure à elle rurales, parfois contradictoires, se sont croisées et ont conduit
seule "plus de 30% du PIB, 70% des recettes d'exportation et la région forestière, notamment à l’Ouest, dans un état de forte
occupe plus 60% de la population active"» et « que les confusion sur l’appropriation des terres, et qui persiste encore
statistiques agricoles indiquent que quelque 1,74 million de malgré les actions de médiation. Ce regroupement des
tonnes de cacao ont été récoltées durant la campagne 2013- populations du fait des conflits se caractérisent par le retour
2014, un record historique pour la Côte d'Ivoire. Outre le des autochtones, le déplacement des populations affectées par
cacao, la noix de cajou, dont le pays est deuxième producteur les crises et l’occupation des nouvelles terres par des
mondial, a connu une production record cette année. » nouveaux arrivants.
Il faut signaler également que les pratiques d’élevage et Les effets de l’insécurité dans cette partie sud-ouest du pays
l’exploitation de gisements miniers jouent un rôle non moins pendant les périodes de crises socio-politiques avec des
important dans la perte du couvert forestier ivoirien. Malgré, manifestations de conflits armés, ont eu un impact
la promotion de l’élevage intensif, l’élevage reste traditionnel considérable sur la destruction des forêts. Les données de
et extensif pour les populations. De nos jours, plusieurs certaines études ont révélé que les communautés allogènes
espaces sont aménagés pour la pratique de l’élevage afin installées (notamment Burkinabés) dans la forêt classée de
d’assurer l’autosuffisance alimentaire. De ce point de vu, on Mont Péko qui a totalement disparu depuis 2008. Plusieurs
peut considérer que l’élevage a un impact sur la perte des milices d’autodéfenses sont toujours actives dans la région de
forêts même s’il semble être modéré. Concernant, l’Ouest précisément les départements de Guiglo et Duekué.
l’exploitation des minéraux, le pays dispose d’un important Dans cette situation incontrôlée, l’on constate des acteurs non
gisement d’or, bauxite, magnésium, nickel, etc. L’extraction professionnels qui sont érigés en exploitant du bois (milices,
de ces minéraux engendre inéluctablement l’expansion des rebelles, mercenaires, populations locales, etc.), car la filière
agglomérations et le développement des infrastructures telles s’est révélée comme une source de financement utile pour
les routes, les habitations, les grands centres ou services l’effort de guerre ou tout simplement pour s’enrichir.
sociaux de base. Ces interventions au profit de l’économie
Par ailleurs, le manque de sécurisation foncière a permis
impliquent la destruction des forêts.
l’installation ou l’occupation anarchique des forêts par des
5 populations ivoiriennes et étrangères. En effet, les pratiques
le premier ministre ivoirien Daniel Kablan Duncan
4391 The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention, vol. 5, Issue 02, February, 2018
Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
administratives coutumières ont longtemps contredire le cadre protection efficace de ces aires protégées. La loi protégeant les
juridique. Selon Chauveau (2009), l’accès des terres de forêts classées, les parcs, réserves et la faune sauvages sont
manière informelle par la pratique administrative coutumière a difficiles à faire observer et appliquer car l’administration
permis à certaines catégories acteurs notamment les hommes éprouve des difficultés à traduire les exploitants véreux de ces
politiques d’influencer la redistribution ou la distribution des aires devant les tribunaux.
droits concernant le domaine coutumier. Cette situation a
Au niveau des contraintes financières, l’étude de Hallé et
permis d’enregistrer beaucoup de transactions foncières. Si la
Bruzon (2006) indique que la part du budget de l’état alloué à
loi foncière de 1998 avait pour objectif de conforter les
la gestion de l’environnement en général tourne autour de
paysans sur leurs terres en leur octroyant des titres
0,8% du budget national, ce qui reste très faible. Ce taux aussi
d’occupation, il convient de souligner néanmoins que peu de
faible du budget révèle le manque d’une réelle volonté
domaine était cédé, c’est le droit coutumier qui avait en charge
politique en faveur de l’environnement encore moins de la
le reste. Les résultats de l’étude de Sofreco (2009) indique que
gestion de couvert forestier. Le soutien financier des bailleurs
seulement 2% des terres du domaine foncier rural fait l’objet
de fonds quoique important ne suffisent pas de gérer tous les
d’un titre de propriété délivré par l’administration. Par
aspects de la gestion des forêts. Généralement ces fonds sont
conséquent, cette loi censée résoudre le problème de la
orientés à des volets bien précis en fonction des projets. Aussi,
concurrence foncière, mais conduite au détriment d’une partie
faut-il insister encore sur l’instabilité institutionnelle car
de la population, n’a fait qu’envenimer ou empirer une
l’administration des eaux et forêts à plusieurs fois été arrimée
situation sociale déjà tendue, avec la survenue d’un débat
à d’autres ministères. Ce changement de tutelle ne favorise pas
national sur l’«ivoirité».
la mise en œuvre des stratégies de lutte contre la dégradation
Le dysfonctionnement au niveau des structures est une cause des domaines forestiers protégés.
indirecte. En effet, l’instabilité institutionnelle du secteur
En outre, le manque d’infrastructures adéquates dans les parcs
depuis l’indépendance de pays (1960) représente une cause
et réserves aggrave cette situation car l’on note l’occupation
dans la mauvaise gestion du patrimoine forestier. En réalité,
anarchique avec un niveau d’agression aussi alarmante de ces
l’arrimage de l’administration des eaux et forêts à plusieurs
domaines protégés. On peut noter également l’absence ou
ministères avec les changements de stratégies privilégiant
‘insuffisance des textes clairs dans les différents plans
tantôt coercition, tantôt la concertation n’ont fait qu’affaiblir le
d’aménagement du territoire relatifs à l’utilisation des terres.
pouvoir contractuel des institutions de gestion surtout de la
Et même quand ils existent, non seulement ils ne sont pas
SODEFOR vis-à-vis des paysans et communautés installés
suffisamment traités et leur application demeure hypothétique
dans les forêts classées et limiter les résultats obtenus au
face à la mauvaise gouvernance (délinquance et corruption).
niveau des déguerpissements. Cette situation renvoie au défaut
Les résultats du diagnostic sur les forêts et la pauvreté en Côte
de pilotage et aux insuffisances de la tutelle du fait du non-
d’Ivoire en 2002 indiquent les nombreux cas de défrichements
apport de correctifs. En outre, le manque de consensus et
illicites, d’exploitation forestière frauduleuse, de fausses
l’insuffisance de concertation entre les différents acteurs sont
déclarations de volumes et de la qualité des bois constituent
un problème crucial dans la gestion du secteur. Le constat est
autant de facteurs négatifs pour une gestion durable de la forêt.
que les différentes administrations se concertent faiblement ou
pas. Ce qui fragilise encore la lutte contre les exploitants A ce propos, l’Union Internationale pour la conservation de la
véreux et les populations clandestins qui infiltrent les forêts Nature (2008) mentionnait que seulement cinq parcs avaient
classées, les parcs et réserves. Ce déficit est préoccupant parce des plans d’aménagement et de gestion à l’exception la forêt
que les mécanismes interinstitutionnels présents ne permettent de Taï pour indiquer la faiblesse à moyenne de la gestion. De
pas de fixer le cadre suffisamment précis. Ce cloisonnement même à part les îles Ehotilé et du parc du Banco, les
de travail rend inefficace les stratégies de lutte déforestation. communautés ne sont pas impliquées dans la gestion des aires
protégées. Par ailleurs, ces plans manquent le plus souvent de
Ainsi, au-delà de causes énumérées qui font obstruction à la
mesures en direction des populations car disent-ils « après
gestion des forêts, il existe également des contraintes.
décret ministériel de classement, les droits d’usage des
II-3-2 Contraintes liées à la protection des forêts communautés locales n’ont quasiment jamais été purgés par
l’Etat et les indemnités compensatrices n’ont jamais été
Les difficultés liées à la protection du couvert forestier
payées, d’où les conflits permanents avec les communautés
ivoirien sont diverses et multiformes. Cette partie essaie de
locales dans quasiment tous les parcs et réserves»
faire une analyse non exhaustive de ces contraintes. En effet,
le Ministère des Eaux et forêts, premier responsable en charge Le défi de l’autosuffisance alimentaire notamment en matière
de la gestion du patrimoine forestier en collaboration avec les de la riziculture représenterait une contrainte pour la
structures de la protection de la Nature des ministères de la préservation des forêts. En plus des cultures de rente
Salubrité, de l’Environnement et du Développement Durable, destructives des forêts déjà connu, la satisfaction de la totalité
des Ressources Animales et Halieutiques, de l’Agriculture et de la demande locale de riz par la production nationale ainsi
du Développement Local, malgré un enthousiasme certain, que la constitution d’un stock de sécurité et l’exportation du
sont confrontées à une insuffisance de ressources humaines, surplus de production pourrait avoir un possible impact négatif
d’équipement et des ressources financières pour assurer la sur les forêts, car demande l’aménagement de beaucoup de
4392 The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention, vol. 5, Issue 02, February, 2018
Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
terres pour atteindre cet objectif. Les statistiques de l’étude 6 1960. L’arrimage de ces structures à d’autres ministères,
réalisée sur les forêts ivoiriennes en 2013, indiquent que la s’accompagne toujours avec le changement systématique des
production 2018 serait de 3,25 millions de tonne par an de noms de celles-ci. Dans son évolution, on est parti de la
paddy sur 1,38 millions hectare, avec un rendement moyen de Direction des Eaux et Forêts à la Direction de la Police
2,35 tonnes par hectare. Sur cette base, la mise en place de ce Forestière de 1960 à 1966; puis la Direction des Eaux et Forêts
plan pourrait entrainer la disparition de près de 48% de la et de la Chasse de 1966 à 1970; pour aboutir au Secrétariat
couverture forestière actuelle. A partir des projections du d’Etat chargé de la reforestation et des parcs nationaux de
document Stratégie Nationale de Développement de la 1971 à 1974.
Riziculture (SNDR), les statistiques ont prévu qu’en 2016 la
Le premier Département ministériel pour les Eaux et Forêts est
satisfaction des besoins en riz blanchi serait 1,9 millions de
créé en 1974; à partir de cette date, cette instabilité va se
tonne par an et qu’en 2018 elle serait 2,1 millions de tonne par
renforcer davantage jusqu’à l’heure actuelle. Ainsi, à partir de
an et en stock de sécurité de 0,2 millions de tonne par an.
1976, les différentes activités relevant du secteur forestier
Avec un surplus d’environ 10% (estimation prévu pour 2018),
seront confiées à deux ministères: le Ministère des Eaux et
l’estimation totale serait de 2,92 millions de tonne de riz
Forêts et le Ministère de la Protection de la Nature. Jusqu’en
blanchi en 2030. Ce scénario serait peu crédible car la mise en
1977.
culture annuelle de plus de 4 millions hectares de riz pluvial,
dont 9% sur la forêt, entraînerait le déboisement de plus de En février 1981, deux Ministères se partagent les activités. Il
360 000 hectares par an et la disparition de l’ensemble des s’agit du Ministère des Eaux et Forêts et du Ministère de
forêts ivoiriennes en moins de 10 ans. l’Environnement. En novembre 1983, le Gouvernement à
l’époque tout en associant les activités forestières et agricoles,
Enfin, les formations pour ne pas dire les élites politiques
crée le Ministère de l’Agriculture et des Eaux et Forêts en
influencent beaucoup et négativement la gestion et/ou la
confiant la pisciculture et la pêche au Développement Rural.
protection des forêts. A ce niveau, la contrainte majeure se
En juillet 1986, le Ministère des Eaux et Forêts retrouve sa
situe dans les relations que celles-ci ont avec les populations.
place au sein du nouveau gouvernement. Les changements se
Pendant que certains groupements politiques luttent pour la
sont toujours poursuivis et en 1990 est né le Ministère de
protection des forêts en prenant des mesures, entre autres de
l’Agriculture et des Ressources Animales.
délocalisation ou le retrait des infiltrés des forêts d’autres
groupements politiques activent la haine entre les différentes A partir de l’an 2000, les différents gouvernements sont passés
communautés et entre les populations et les gouvernants. Cette successivement du Ministère de la Construction et de
situation de méfiance entre les populations rend difficile la l’Environnement, du Ministère de l’Environnement de l’Eau et
gestion et ou le suivi des interventions de lutte contre de la Forêt pour aboutir enfin au Ministère des Eaux et Forêts
l’occupation anarchique et abusive des forêts. et Ministère du Cadre de vie et de l’Environnement en 2001.
Après la longue crise d’une décennie, c’est-à-dire après la
Qu’en est-il de la situation du fonctionnement du secteur
crise post-électorale en 2010, le gouvernement actuel de la
forestier ivoirien ?
3ème république redonne la gestion du secteur de plein droit et
III- CADRE DE GESTION DU COUVERT FORESTIER de plein exercice au Ministère des Eaux et Forêts.
EN COTE D’IVOIRE
Malgré tous ces problèmes relevés, dans son fonctionnement,
L’analyse du cadre de gestion du couvert forestier ivoirien la diversité des activités forestières a amené l’Administration
s’intéresse non seulement à la dynamique de gestion du forestière à créer des structures plus ou moins spécialisées.
secteur à travers les différentes structures mises en place dans Cette spécialisation s’est opérée dans quatre grands domaines
son organisation mais aussi de l’engagement de l’Etat ivoirien à savoir:
comme réponse aux conventions ratifiées sur la sauvegarde
 la production de bois et l’industrie forestière
des forêts.
 la protection de la nature, de l’environnement et de
III-1- Instabilité de l’Administration forestière l’exercice de la chasse
De l’analyse de l’évolution de la gestion des forêts  la pêche et la pisciculture
ivoiriennes, le secteur a longtemps été influencé dans son  la formation et la recherche forestière
fonctionnement par une instabilité institutionnelle. Les Ces instabilités ont eu pour conséquences : (i) un sérieux
structures administratives en charge de la gestion des activités handicap dans le contrôle, le suivi et même la poursuite des
forestières et environnementales ont connu une instabilité projets et programmes initiés dans le secteur, (ii) l’insuffisance
quasi-permanente depuis son accession à l’indépendance en de la mise en œuvre de certaines réformes qui auraient dû non
seulement apporter un changement structurel, mais aussi une
6
Dans le cadre du Programme de coopération des Nations autonomie fonctionnelle pour apporter une réponse aux
Unies pour la réduction des émissions dues au déboisement et problèmes de gestion du secteur. A cela, il faut noter le
à la dégradation des forêts dans les pays en développement personnel technique en nombre insuffisant et moins
(ONU-REDD) expérimenté, des moyens matériel et financier inexistants. En

4393 The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention, vol. 5, Issue 02, February, 2018
Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
dépit de toutes ces contraintes, le pays dispose néanmoins parcs et réserves existants ; (b) la promotion des ressources
d’une administration opérationnelle qui essaie de mettre en sauvages en dehors des sites protégés ; (c) et l’amélioration
œuvre des politiques et stratégies de gestion des forêts. (Etude des connaissances biologiques grâce au développement des
sur l’environnement, la forêt et la pauvreté en Côte d’Ivoire). programmes de recherches. L’engagement de l’état pour
sauver le patrimoine forestier a permis l’élaboration d’une
Les réalités ou les difficultés liées à la gestion du couvert
stratégie de gestion des parcs nationaux et réserves en 1995
forestier a conduit l’Etat de Côte d’Ivoire à s’engager au plan
avec l’appui de l’Union Internationale pour la Conservation de
international dans le cadre de la préservation de celui-ci.
la Nature (UICN).
Qu’en est-il de l’engagement de l’Etat vis-vis des conventions
internationales relatives à la préservation des forêts? Au plan de la gouvernance, l’engagement de l’état se traduit
par la Toujours création et le maintien d’un ministère en
III-2- Engagement de l’Etat dans la préservation des forêts
charge des Eaux et Forêts même si celui-ci a été plusieurs fois
ivoiriennes.
arrimé à d’autres ministères à cause de l’instabilité
Conscients des problèmes environnementaux qui longtemps se administrative. Ainsi, l’engagement de l’Etat à travers le
sont signalés dans le pays, en particulier la diminution du Ministère en charge des Eaux et Forêts se matérialise depuis
couvert forestier, les différents gouvernements qui se sont 1968 à travers les différents codes forestiers qui ont existé
succédés au fil des années ont eu une gouvernance par dont le dernier adopté en date de 2014 qui est censé inverser la
l’engagement de faire de la bonne gestion des ressources tendance actuelle. La nouvelle loi crée un cadre de "gestion
naturelles et de protection de l’environnement, une question durable de la forêt" et introduit des innovations en matière de
centrale dans la stratégie de lutte contre la pauvreté. Cette conservation et de reconstruction du couvert végétal avec "une
prise de conscience a été constaté tant au niveau des décideurs plus grande implication des populations".
que des organisations de la société civile et des autres acteurs
Ces engagements en faveur de la gestion du couvert forestier
de la vie nationale.
ivoirien ne peuvent être une réalité sans développer des
Dans cette perspective d’idée, la Côte d’Ivoire a démarré son partenariats pour le fonctionnement du secteur.
plan d’action environnemental dans un contexte favorable
marqué par l’organisation de la conférence des Nations Unies
sur l’environnement et le développement (Rio de Janeiro, III-3- Partenariat développé par l’Etat pour la
Brésil 3-4 juin 1992). Le processus préparatoire de ce plan préservation des aires protégées
dénommé Plan National d’Action pour Environnement de
Dans le cadre de la mise en œuvre de sa politique forestière, le
Côte d’Ivoire (PNAE-CI) a vu l’élaboration d’un "livre blanc
développement d’un partenariat est devenu une voie capitale
de l’environnement" qui fut adopté en novembre 1996. Ce
pour un accompagnement dans la gestion des forêts classées,
programme Action 21 ou Agenda 21 reflète un consensus
parcs et réserves sous le contrôle de l’état. Ainsi, la
mondial et un engagement politique au niveau le plus élevé
communauté des bailleurs de fonds ont apporté un appui
sur la coopération en matière de développement et
technique et financier considérable dans le domaine de la
d’environnement.
conservation des forêts et aires protégées en Côte d’Ivoire. A
En signant la déclaration finale de Rio, la Côte d’Ivoire ce niveau, on peut citer entre autres la coopération Allemande
confirme son adhésion aux principes et aux objectifs du GIZ (ex GTZ/KWF), la coopération Canadienne (ACDI), le
développement durable auxquelles se rattachent des Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR) qui ont apporté
Conventions internationales, entre autres la Convention cadre et continue pour certains d’apporter leur appui. A ceux-là, il y
des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), a la Banque Mondiale, la BAD, etc. Cependant, bon nombre
la convention sur la Diversité Biologique (CDB), etc. d’entre eux ont manifesté leur intérêt pour le financement
d’activités spécifiques ou des projets dans le cadre de la
Mais avant, le gouvernement a pris en 1994, des dispositions
politique forestière. Ainsi, plutôt que de renforcer la capacité
pour améliorer son rang dans la conservation au niveau
du pays à gérer les parcs et les réserves, ils ont orienté leurs
international en ratifiant la Convention sur le Commerce
interventions sur le développement de sites spécifiques
International des espèces menacées (CITES7), la Convention
(Banque Mondiale Info, numéro 5).
Ramsar sur les zones humides et la Convention sur la diversité
biologiques de United Nations Conference on Environment Ce partenariat a conduit le Gouvernement ivoirien a déployé
and Development (UNCED). Ces engagements ont été d’énormes efforts pour garantir la conservation des principaux
soutenus par la mise la mise en place du Plan National écosystèmes naturels par la création d’un réseau de parcs et de
d’Actions de l’Environnement (PNAE) dans lequel est réserves. Selon les estimations de la Banque Mondiale ces
comprise une stratégie de la protection de la nature. En aires protégées sont estimées à 1,9 millions d’hectares soit 6%
collaboration avec le soutien du Fond pour l’Environnement de la superficie totale du pays. Elles comprennent les plus
Mondial (FEM), cette stratégie est élaborée et s’articule autour grands parcs et réserves que sont la Comoé, le Taï, la
de trois grands domaines d’intervention : (a) la protection des Marahoué, le Mont Sangbé (voir la situation des parcs et
réserves plus haut).
7
Convention on International Trade of Endangered Species
4394 The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention, vol. 5, Issue 02, February, 2018
Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
Ces actions en faveur des parcs et réserves, ont permis d’ériger (communication, Ministère des Eaux et Forêts, février 2015).
les aires protégées de Taï et de la Comoé comme sites naturels
Aujourd’hui encore, dans la mise en œuvre du nouveau code
du patrimoine mondial de l’Unesco ou de l’héritage universel
forestier, l’appui des partenaires au développement est
sous la convention internationale relative à la protection de
nécessaire selon le ministère en charge des Eaux et Forêts.
l’Héritage Culturel et Naturel Universel. Toutefois, la réalité
Parce que le cadre juridique désormais bien défini, il ne reste
sur le terrain révèle que les parcs de Taï et de la Marahoué
que les moyens financiers pour la mise en œuvre des grands
sont infiltrés et font face à une pression anthropique aussi
axes de développement et de promotion de la forêt qui passent
importante avec des parcelles agricoles par endroit.
par une intensification de la politique de reboisement. A
Ainsi, dans le cadre du partenariat, avec le soutien de la preuve, ce sont les partenaires techniques qui ont apporté le
Banque Mondiale, le Plan National de Développement de la financement pour l’organisation des états généraux de la forêt
Forêt (PNDF) pour la période de 1988 à 2015 est élaboré. Ce qui s’est tenu en Mai 2015 à hauteur de 100 millions FCFA
plan à long terme visait d’une part à protéger les ressources (communication, Ministère des Eaux et Forêts, février 2015).
des forêts naturelles restantes et à améliorer leur gestion, et Il est important de rappeler que 380 mille hectares de forêt ont
d’autre part à préserver les avantages produits des aires été reboisés entre 1929 et 2014 avec leur soutien.
protégées et à assurer la contribution à long terme du secteur
En plus des bailleurs de fonds, le partenariat s’étend auprès
de la forêt dans l’économie ivoirienne. Plusieurs programmes
des opérateurs de la filière10 qui contribuent à la reconstitution
et/ou projets ont été exécuté grâce au partenariat développé
du couvert forestier par la réalisation de leur quota de
dans le secteur, entre autres, le Projet Sectoriel Forestier (PSF)
reboisement calculé sur la base de 1 ha de reboisement pour
intitulé prêt 3186 IVC avec pour objectif de promouvoir la
205 m3 de bois exploité en zone forestière ou 150 m3 de bois
conservation et la gestion durable des Forêts Tropicales
exploité en zone pré-forestière. Ici, l’opérateur de la filière
Humides8 existantes. Les résultats sont édifiants car la mise
doit réaliser au prix coûtant en collaboration avec ou sous
en œuvre de ce projet a permis : (i) de renforcer les capacités
contrôle de la SODEFOR, un certain nombre de travaux
humaines et techniques de la SODEFOR principale agence
d’aménagement convenus chaque année d’accord parties.
d’exécution du gouvernement, (ii) d’élaborer une politique
nationale de planification et de gestion de l’interface Les Organisations non gouvernementales (ONG) et les
population/forêts, (iii) à faire l’inventaire des forêts et de la associations de la société civile ont un rôle prépondérant aussi
biodiversité sur une superficie de 900.000 hectares, (iv) à bien en amont qu’en aval par l’identification, la recherche, la
protéger les forêts classées contre de nouvelles infiltrations sensibilisation, la conception et l’exécution des projets initiés
clandestines sur environ plus de 1,9 million d’hectares, (v) à par l’administration technique. Par exemple, pour ne citer que
réduire l’exploitation forestière non contrôlée sur l’ensemble l’Ong SOS-forêt et l’observatoire ivoirien pour la gestion
des forêts classées du pays. durable des ressources naturelles (OI-Ren) qui se sont
mobilisées pour contester contre la décision gouvernementale
Cette expérience de la Banque Mondiale a été significative en
de 2017 de transformation des forêts classées en « agro-
développant une telle approche de partenariat. Son soutien
forêt ». A l’analyse, ils estiment que « maintenir en
s’est montré comme un élément catalyseur pour d’autres
permanence les agriculteurs dans les forêts classées sera un
partenariats tels que le Projet de Conservation et de Gestion
feu vert pour la disparition et/ou la mort programmé des forêts
des Aires Protégées (PCGAP), le Projet National de Gestion
ivoiriennes ».
du Terroir et de l’Equipement Rural (PNGTER)9 en lien direct
avec le Projet National d’Appui aux Services Agricoles A l’analyse, le partenariat demeure un canal essentiel et même
(PNASA). privilégié pour la mise en œuvre des plans stratégies ou de
l’exécution de la politique forestière parce qu’il permet de
En guise d’illustration de l’importance de ce partenariat dans
veiller à une implication de toutes les parties prenantes.
la gestion du couvert forestier, le ministre en charge des Eaux
et Forêts de la 3eme république de la Côte d’Ivoire lançait un Au regard de cette grande mobilisation sociale autour des
plaidoyer auprès du gouvernement et des partenaires au forêts classées, parcs et réserves qui a aboutir la naissance
développement afin qu’ils soutiennent le fonctionnement du d’un nouveau code forestier, que prévoit les nouvelles
secteur car selon lui « Beaucoup de nos hommes travaillent au stratégies de gestion du couvert forestier en Côte d’Ivoire ?
péril de leur vie. Nous perdons chaque année des agents qui IV ENJEUX ET PERSPECTIVES POUR UNE GESTION
sont confrontés à des bandes armées et à des trafiquants qui
DURABLE DU PATRIMOINE FORESTIER
n’hésitent pas à tuer. Nous devons protéger nos agents afin
IVOIRIEN
qu’ils exercent mieux leur devoir de protection de la forêt »,
A partir des analyses faites sur la disparition et/ou la
dégradation du couvert forestier, les problèmes au niveau de la
8
TMF = Tropical Moist forest forêt ivoirienne s’articulent autour : du recul du couvert
9
PNGTER dont l’objectif principal est d’intensifier le niveau de vie
de la population rurale de la Côte d’Ivoire en aidant à créer des forestier, la perte de la biodiversité, dégradation des sols
conditions viables et des mécanismes d’exécution efficace pour le
10
développement et la gestion durable des ressources naturelles et de Ce sont les exploitants et les industriels forestiers, les exploitants
l’infrastructure rurale. agricoles, les coopératives forestières
4395 The International Journal of Social Sciences and Humanities Invention, vol. 5, Issue 02, February, 2018
Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
cultivables, changement climatique et désertification. Face à allogènes, etc. qui se multiplient et menacent la cohésion entre
un tableau sombre qui dépeint la perte vertigineuse du les populations». C’est pourquoi, cette nouvelle loi est une
patrimoine forestier ivoirien, la révision des textes relatifs à la opportunité, puisqu’elle souligne la primauté de l’Etat sur les
gestion du secteur s’est avérée nécessaire. Ainsi, le nouveau forêts classées, les aires protégées et permet d’engager des
code forestier promulgué en juillet 2014 présente les enjeux et actions vigoureuses afin de solutionner ces crises qui
les perspectives d’une gestion durable du couvert forestier apparaissent un peu partout.
ivoirien. En d’autres termes, la nouvelle loi crée un cadre de
Un enjeu aussi capital du nouveau code forestier est le
"gestion durable de la forêt" et introduit des innovations en
rétablissement de la cohésion sociale et le vivre ensemble
matière de conservation et de reconstruction du couvert
autour des forêts, car personne n’ignore que la longue crise
végétal avec "une plus grande implication des populations".
qu’a connue le pays a favorisé de multiples infractions. Sur
Pour rappel, il faut noter que plusieurs écrits et rapports sur le cette base, il a estimé que les recommandations des états
secteur estiment que la situation du couvert végétal est généraux tenus en mai 2015 et rendus publics permettront de
« catastrophique ». Aujourd’hui, le pays ne possède qu’à peine faire la part des choses et de favoriser l’application du
2 millions hectares de forêts. les raisons de cette destruction à nouveau code forestier.
grande échelle sont connues. Il s’agit de l’exploitation
En somme, le nouveau code forestier est le principal ‘'outil''
forestière à des fins commerciales, les feux de brousse et
d'inversion des tendances au triple plan ‘'écologique,
l’agriculture, etc. Les statistiques indiquent un taux de
économique et éducatif''. Selon les responsables du secteur,
déforestation d’environ 200.000 hectares par an, et les
‘'la mise en œuvre du nouveau code permettra aux générations
projections estiment que la forêt ivoirienne doit en principe
présentes et futures ainsi qu'aux amoureux de la nature de
disparaitre vers 2040 si des mesures correctives ne sont pas
découvrir, d'apprendre et de mieux connaitre notre écosystème
entrées en vigueur.
par la préservation de sa biodiversité''. Toutefois, le nouveau
C’est dans cette perspective que les différentes réflexions qui code ne signifie pas un abandon de la gestion des activités
ont eu lieu après la mise en place du Gouvernement au forestière par l'Etat qui se réserve ‘'les fonctions du choix et de
lendemain de la crise post-électorale 2010, estimaient que, la l'encadrement des opérateurs, du suivi et du contrôle des
situation de la disparition de la forêt ivoirienne est aggravée activités, de la réglementation, de la formation et de la
par l’inadaptation du premier code forestier de 1965 et qui recherche''.
aujourd’hui est obsolète. Selon les responsables du secteur, à
CONCLUSION
l’époque « la solution pour les décideurs dès les années 80 a
consisté à reboiser. Cependant, les objectifs d’environ 300.000 Aux termes de notre analyse sur la situation de gestion du
hectares à reboiser chaque année n’ont jamais été atteints. Et couvert forestier ivoirien, il ressort que la quasi-totalité des
que le pic de 10.000 hectares par an n’ayant jamais été forêts classées de Côte d'Ivoire est en voie de destruction en
dépassé ». C’est au vu de toutes ces défaillances, que le raison des occupations illégales et des défrichements
Gouvernement a porté la loi N°2014-du 14 juillet 2014 sauvages. Autrement dit, cette situation est imputable aux
définissant le nouveau code forestier ivoirien. Selon eux, ce ‘'activités anthropiques'' notamment, l'agriculture extensive
nouveau code opère un virage important par rapport à l’ancien basée sur la technique des cultures itinérantes sur brûlis, la
dans le sens où il prend toutes les dispositions pour inverser la surexploitation de la forêt en bois d'œuvre et bois d'énergie,
tendance actuelle. Il corrige plusieurs insuffisances relevées les feux de brousse, les infiltrations et/ou l’occupation
dans l’ancien code. anarchique ainsi que les divers aléas climatiques dont la
sécheresse. Ce qui laisse comprendre que « la situation du
En effet, la nouvelle loi forestière, dispose les règles relatives
couvert végétal est catastrophique »
à la gestion durable des forêts. Spécifiquement, elle vise à : (i)
renforcer la protection de la forêt; (ii) préserver et valoriser la Les premières solutions fondées sur le reboisement jusque-là
diversité biologique et contribuer à l’équilibre des en cours ne représentent qu’à peine 4% "des pertes de forêt
écosystèmes forestiers; (iii) favoriser la constitution des taux estimées à 200.000 hectares par an". Pour seulement environ
de couverture forestière représentant au moins 20% de la 380.000 hectares qui ont été reboisés pour la période de 1929
superficie du territoire national. à 2014 avec l’implication de la société civile aux côtés de
l’Etat (Communication, Ministère de Eaux et Forêts, février
Aux dires des responsables en charge de la gestion du secteur,
2015). Sur cette base, les projections estiment qu’à ce rythme
les raisons sont multiples avec des enjeux importants. Le
"il n’y aura plus de forêt en 2040 en Côte d’Ivoire". L’analyse
couvert forestier se raréfiant, cela occasionne de nombreux
révèle aussi que même la journée nationale qui a été instituée
conflits et provoque l’infiltration d’éléments dans les espaces
en juillet 1983 dans le but de sauvegarder la forêt, en proie aux
protégés. Sans détour et sans la langue de bois, le Ministre en
dangers a connu ses limites pour plusieurs motifs dont l’épine
charge des Eaux et forêts mentionne en ces termes : «
dorsale est la question de financement du secteur.
l’exemple du mont Péko avec une majorité d’exploitants
illégaux venant du Burkina Faso est là pour nous édifier. Néanmoins, le pays a déployé et continue de faire beaucoup
Aujourd’hui, l’on constate la recrudescence des conflits d’efforts pour la restauration du couvert forestier non
fonciers entre allogènes et étrangers ou entre autochtones et seulement avec le potentiel interne par la création des
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Traore Kassoum / Le couvert forestier en Côte d’Ivoire : une analyse critique de la situation de gestion des
forêts (classées, parcs et réserves)
ministères en charge de l’Environnement, des Eaux et Forêts (2013) : Programme de coopération des Nations Unies
mais aussi avec l’accompagnement des partenaires au pour la réduction des émissions dues au déboisement et à
développement. C’est ainsi qu’avec le soutien des bailleurs de la dégradation des forêts dans les pays en développement
fonds, le pays dispose des capacités techniques pour agir sur la (ONU-REDD), RCI, Novembre 2013 Page
réduction de la perte et/ou la disparition des forêts ivoiriennes
[10] Hennu K., 1995. Le visage Humain de l’environnement
prenant en compte l’amélioration de la gestion transversale et
africain, environnement et politique sociale, séries de
participative de l’environnement. Le nouveau code forestier
document de travail, ESP-15, Aout 1995
adopté depuis 2014 illustre bien ce partenariat entre le
gouvernement, les partenaires au développement et les auteurs [11] Lester R. Brown et al, 1996. L’état de la planète,
de la vie nationale. worldwatch institute, nouveaux horizons, 275p, paris

C’est sur cette base que le pouvoir public affirme que ‘'la mise [12] Loi portant code de l’environnement ivoirien, 1996
en œuvre du nouveau code permettra aux générations [13] Ministère des Eaux et Forêts, 2016. Rapports de
présentes et futures ainsi qu'aux amoureux de la nature de communications sur le couvert forestier en Côtes d’Ivoire,
découvrir, d'apprendre et de mieux connaitre notre écosystème 2016
par la préservation de sa biodiversité''. Le pays a besoin
d’élaborer et de mettre en place un modèle de parc national [14] Observateur OCDE, 1989. environnement, climat,
qui prenne en compte les impacts socio-économiques de agriculture, n° 156 février 1989, 32p
l’exclusion de production directe dans les sites protégés et [15] SODEFOR, 2016. Infiltration des forêts classées de Côte
atténuer les conflits avec les populations périphériques et d’Ivoire : Réalités et solutions, Document de Conférence
certaines autorités locales. dans le cadre du lancement officiel de l’opération
Si la Côte d’Ivoire se fixe pour but de parvenir à une société déguerpissement des forêts classées de Côte d’Ivoire,
dont les citoyens sont sensibilisés à la question du initiée par la Croix verte de Côte d’Ivoire, 20p
développement durable sous toutes ses dimensions et qui [16] Martine Tahoux T. 1998. Cours d’écologie humaine,
possèdent les connaissances nécessaire, il faut dans ce cas
université Abobo-Adjamé, Année 1997-1998.
développement la collaboration entre les parties car aucun
individu, aucun groupe, aucun gouvernement ne peut régler à
lui seul la question du développement durable en particulier la
gestion du couvert forestier
REFERENCES BIBLIOGRAPHIES
[1] Académie Nationale des sciences 1992. Une planète, un
avenir, nouveaux horizons, USA, 187p 1992
[2] Alain S. 1993. Rapport sur les domaines et actions
prioritaires en matière d’éducation environnementale :
aspect formation, PNAE-CI, 1993
[3] BAD, 1990. politique en matière d’environnement,
1990,61p
[4] Banque Mondiale, 1995. Environnement, « la biodiversité
en Côte d’Ivoire », bulletin trimestriel d’information de la
mission régionale de l’Afrique de l’Ouest, N°5, Juin
1995.
[5] Comité de supervision du DSRP, 2002. Etude sur
l’environnement, la forêt et la pauvreté en Côte d’Ivoire
70p
[6] Côte d’Ivoire, 2002. Etude sur l’environnement, la forêt et
la pauvreté en Côte d’Ivoire, Comité de supervision du
DSRP, Cabinet du premier ministre, 2002
[7] FMI- Banque Mondiale, 1993: Fiances et développement
« faire durer le développement », publication trimestrielle,
décembre 1993, 53p
[8] FNUAP, 1989. Prévenir l’avenir 41p
[9] Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FPCF)
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