Méthodologie. Cours 1 : méthodologie : l’entretien/ F.
Benmahammed/ univ BBA : 06/02/2023
L’enquête par entretien
L’entretien ou interview est, dans les sciences sociales, le type de relation interpersonnelle que
le chercheur organise avec les personnes dont il attend des informations en rapport avec le phénomène qu’il
étudie. D’une autre manière, c’est la situation au cours de laquelle un chercheur, l’enquêteur, essaie
d’obtenir d’un sujet, l’enquêté, des informations détenues par ce dernier, que ces informations résultent
d’une connaissance, d’une expérience ou qu’elles soient la manifestation d’une opinion.
L’interview de recherche doit être distinguée d’autres formes d’entretiens interpersonnels. Il
diffère par exemple d’une conversation amicale car il a un objectif précis, sans comporter d’élément
affectif, et s’inscrit dans un plan de recherche. Même s’il peut s’en rapprocher, il se distingue aussi de
l’interview journalistique, dans la mesure où il est régi par des règles rigoureuses, destinées notamment à
éviter l’influence possible de l’enquêteur sur l’enquêté, dans la mesure aussi où il doit être conduit d’une
manière plus méthodique, moins spontanée.
L’entretien scientifique est en effet une démarche préparée, qui s’inscrit dans un plan préétabli et
qui obéit à des règles relativement précises pour en faire un outil d’observation répondant aux exigences
d’objectivité et de rigueur de la méthode scientifique.
I. LES TYPES D’ENTRETIENS
I.1. Selon le degré de liberté des enquêteurs : on peut distinguer les entretiens libres et les entretiens
directifs.
- les entretiens libres ou non-directifs : l’enquêteur a une grande marge d’initiative. Certes, avant
l’entretien, son objet est précisé et les thèmes des questions sont soigneusement définis et préparés.
Toutefois, les questions qui seront posées ne sont pas rédigées au préalable, leur nombre n’est pas
déterminé, pas plus que l’ordre dans lequel elles seront posées. Il appartient à l’enquêteur d’organiser le
déroulement de l’entretien en fonction du climat de l’entretien et des dispositions de son interlocuteur. Il
peut même poser des questions non prévues qui lui paraissent, par exemple, découler des réponses données.
Une large place est donc faite dans cette hypothèse au jugement personnel de l’enquêteur.
Ce genre d’entretien est souvent plus long mais aussi plus difficile pour le chercheur. Il demande
une plus grande expérience, puisqu’il faut savoir faire parler la personne. Ce genre d’entretien est très riche
lorsqu’il est correctement mené et exploité.
- les entretiens directifs : comportent un questionnaire écrit et soigneusement élaboré, l’enquêteur ne peut
modifier ni le nombre, ni l’ordre, ni la rédaction des questions. L’enquêteur est ici étroitement lié au
questionnaire, que les américains appellent le protocole d’enquête. Par exemple, les entretiens de sondages
d’opinion sont le plus souvent des entretiens directifs. Ce type d’entretien a pour avantage d'être plus
sécurisant pour le chercheur. Il arrive avec un guide d'entretien tout près, il va se contenter de lire les
questions.
- l'entretien semi-directif: En ce sens c’est l’entretien qui n'est ni entièrement ouvert ni entièrement fermé.
Le chercheur dispose d'un certain nombre de thèmes ou de questions guidés, sur lesquels il souhaite que
l'enquêté réponde, mais il ne pose pas forcément toutes les questions déjà notées et sous la formulation
exacte, il y a davantage de liberté pour l'enquêté et l'enquêteur.
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Problèmes généraux de l’entretien
La caractéristique qui différencie un entretien scientifique d’autres formes d’entretiens est qu’il est une
opération préparée, cette préparation ayant pour but d’obtenir le maximum d’informations pertinentes et
d’assurer aux résultats de l’entretien le maximum d’objectivité.
Cette préparation doit être conduite en prenant en considération quatre facteurs : a) en premier lieu,
l’objet de l’enquête, l’objet de l’entretien, [54] en essayant de prévoir les difficultés que cet objet pourra
susciter ; b) en second lieu, il faut prendre aussi en considération les sujets, les personnes, qui vont être
soumis à l’entretien, en
envisageant, là encore, les difficultés qui pourront naître des caractéristiques propres de la
population interrogée ; c) en troisième lieu, cette préparation sera faite aussi en fonction de la technique
d’entretien à laquelle on envisage d’avoir recours : on ne prépare pas évidemment de la même manière un
entretien non directif qu’un entretien directif, qui suppose la rédaction préalable d’un questionnaire ; d)
enfin, en dernier lieu, lorsque notamment celui qui prépare l’entretien n’est pas celui qui y procèdera, la
préparation devra tenir compte de la personnalité du ou des enquêteurs.
Retranscrire son entretien:
Un bon entretien approfondi est un entretien bien retranscrit. La transcription fait déjà partie de
l’analyse. Il ne faut pas seulement saisir des mots qui sont dit mais aussi une tonalité de l’entretien (les
attitudes corporelles, les mal entendu, les silences, les hésitations etc.). Les entretiens seront d’autant plus
riches et interprétables que la retranscription sera fidèle.
ATTENTION : il y a toujours l’illusion de la « fidélité pure », qui ne peut pas vraiment être respecté, et ce
pour deux raisons:
- On n'en peut pas écrire comme l’on parle. Les normes du « bien parler » sont différentes du « bien écrire
»;
- Transformer la parole en écrit fait forcément perdre une partie de la richesse de l’interaction, et donc
modifie le statut de la source, puisqu’on va figer certains instants de l’entretien qui paraissent intéressants
pour l’analyse.
Donc comment retranscrire ?
- Il faut essayer de retranscrire de manière à ce que cela soit compréhensible sans dénaturer la parole de
l’enquêté.
- Retranscrire en évitant trop les répétitions successives inutiles pour la compréhension, ponctuer de façon
à structurer les écrits.
- Par contre garder certaines remarques utiles entre parenthèse dans l’entretien qui marqueront justement la
tonalité de l’entretien et les attitudes de l’interviewé (il hésite longuement, il bégaie, rire, il cherche le mot
juste, long silence etc.)
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