Exercices de stylistique
Exercice 1. Relevez et classez tous les marqueurs de référence déictique, cotextuelle et absolue dans
le texte suivant.
Madame de Volanges marie sa fille : c’est encore un secret ; mais elle m’en a fait part hier. Et qui
croyez-vous qu’elle ait choisi pour gendre ? Le comte de Gercourt. Qui m’aurait dit que je deviendrais
la cousine de Gercourt ? J’en suis dans une fureur... [...] Et moi, n’ai-je pas encore plus à me plaindre
de lui, monstre que vous êtes ?
P. Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses. La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont
Exercice 2. Même consigne que pour l’exercice 1.
Un couple de boutiquiers enrichis, les Potard, se font appeler « Baron » et « Baronne de Fourchevif » ;
ils discutent de la proposition de mariage qu’ils viennent de recevoir d’un certain M. Dandrin pour
leur fille.
LA BARONNE : [...] mais Dandrin... Dandrin... c’est bien court ; il n’est pas noble
FOURCHEVIF : Eh bien, et nous ?
LA BARONNE, effrayée : Chut ! tais-toi donc.
FOURCHEVIF : Sois donc tranquille, il n’y a personne. Mais tu oublies toujours que je m’appelle
Potard, et toi... par conséquent madame Potard.
LA BARONNE : Mon ami !
FOURCHEVIF : Et que nous avons vendu de la porcelaine rue de Paradis- Poissonnière, 22. Et je m’en
vante... Tout bas, par exemple.
LA BARONNE : Vous êtes insupportable avec vos souvenirs.
FOURCHEVIF : Puisqu’il n’y a personne.
LA BARONNE : Quelle nécessité y a-t-il de venir exhumer après dix-huit ans ce nom ?...
FOURCHEVIF : C’est connu ! Lorsque nous avons acheté, il y a dix-huit ans, la terre de Fourchevif, tu
m’as dit, en visitant le château... tiens, nous étions dans la seconde tourelle, tu m’as dit : « Il est
impossible d’habiter ça et de s’appeler Potard ». Je t’ai répondu : « C’est vrai,ça grimace... ». Alors
nous nous sommes mis à chercher un nom et, à force de chercher, nous avons trouvé celui de
Fourchevif, qui était là, par terre, à rien faire.
LA BARONNE : À qui cela nuit-il puisqu’il n’y a plus d’héritiers de ce nom ?
E. Labiche, Le Baron de Fourchevif, scène III
Exercice 3. Vous étudierez ce texte selon les catégories d’ « histoire » et de « discours ».
(Coupeau, qui refuse de boire, est pris à parti par ses compagnons de travail lorsqu’il arrive avec
Gervaise au bar de l’Assommoir)
— Comment ! c’est cet aristo de Cadet-Cassis ! cria Mes-Bottes, en appliquant une rude tape
sur l’épaule de Coupeau. Un joli monsieur qui fume du papier et qui a du linge! ... On veut donc épater
sa connaissance, on lui paye des douceurs !
— Hein ! ne m’embête pas ! répondit Coupeau, très contrarié.
Mais l’autre ricanait.
— Suffit ! on est à la hauteur, mon bonhomme… Les mufes sont des mufes, voilà !
Il tourna le dos, après avoir louché terriblement, en regardant Gervaise. Celle-ci se reculait,
un peu effrayée. La fumée des pipes, l’odeur forte de tous ces hommes, montaient dans l’air chargé
d’alcool ; et elle étouffait, prise d’une petite toux.
— Oh ! c’est vilain de boire ! dit-elle à demi-voix.
Et elle raconta qu’autrefois, avec sa mère, elle buvait de l’anisette, à Plassans. Mais elle avait
failli en mourir un jour, et ça l’avait dégoûtée ; elle ne pouvait plus voir les liqueurs.
Zola, L’Assommoir
Exercice 4. Même consigne que pour l’exercice 3.
Le soir de ce jour mon père me demanda expressément de ne pas jouer du piano. Il but du
vin beaucoup plus que de coutume, à table. J’obéis à mon père. Je le crus devenu un peu fou. Je le
crus ivre ou fou.
Le lendemain de ce jour était un dimanche. Il pleuvait. J’allais à la ferme d’Ezy. Je m’arrêtai,
comme d’habitude, sous un peuplier, le long de la rivière.
L’ennemi arriva peu après moi sous ce même peuplier. Il était également à bicyclette. Sa main
était guérie.
Il m’a dit alors qu’il m’avait suivie jusque-là. Qu’il ne partirait pas.
Je suis repartie. Il m’a suivie.
Un mois durant, il m’a suivie. Je ne me suis plus arrêtée le long de la rivière. Jamais. Mais il y
était posté là, chaque dimanche. Comment ignorer qu’il était là pour moi.
Je n’en dis rien à mon père.
Je me mis à rêver à un ennemi, la nuit, le jour.
Et dans mes rêves l’immoralité et la morale se mélangèrent. J’eus vingt ans.
Un soir, alors que je tournais une rue, quelqu’un me saisit par les épaules. Je ne l’avais pas vu
arriver.
Exercice 5. Relevez et analysez les marques de modalités de l’extrait. Vous classerez les occurrences
trouvées par locuteur.
Julien, déjà fort mal disposé, vint à penser que, de l’autre côté du mur de la salle à manger, se
trouvaient de pauvres détenus, sur la portion de viande desquels on avait peut-être grivelé pour
acheter tout ce luxe de mauvais goût dont on voulait l’étourdir.
Ils ont faim peut-être en ce moment, se dit-il à lui-même ; sa gorge se serra, il lui fut impossible
de manger et presque de parler. Ce fut bien pis un quart d’heure après ; on entendait de loin en loin
quelques accents d’une chanson populaire, et, il faut l’avouer, un peu ignoble, que chantait l’un des
reclus. M. Valenod regarda un de ses gens en grande livrée, qui disparut, et bientôt on n’entendit
plus chanter. Dans ce moment, un valet offrait à Julien du vin du Rhin, dans un verre vert, et madame
Valenod avait soin de lui faire observer que ce vin coûtait neuf francs la bouteille pris sur place.
Julien, tenant son verre vert, dit à M. Valenod :
— On ne chante plus cette vilaine chanson.
— Parbleu ! je le crois bien, répondit le directeur triomphant, j’ai fait imposer silence aux
gueux.
Ce mot fut trop fort pour Julien ; il avait les manières, mais non pas encore le cœur de son état.
Malgré toute son hypocrisie si souvent exercée, il sentit une grosse larme couler le long de sa joue.
Il essaya de la cacher avec le verre vert, mais il lui fut absolument impossible de faire honneur
au vin du Rhin, L’empêcher de chanter ! se disait-il à lui-même, ô mon Dieu ! et tu le souffres !
Par bonheur, personne ne remarqua son attendrissement de mauvais ton. Le percepteur des
contributions avait entonné une chanson royaliste. Pendant le tapage du refrain, chanté en chœur :
Voilà donc, se disait la conscience de Julien, la sale fortune à laquelle tu parviendras, et tu n’en jouiras
qu’à cette condition et en pareille compagnie !
Exercice 6. Analyser les différents types de discours dans cet extrait et étudiez la polyphonie
énonciative.
À l’arrivée d’Aliocha le dîner s’achevait, on avait servi les confitures et le café. Fiodor
Pavlovitch aimait les douceurs après le dîner avec du cognac. Ivan prenait le café avec son père. Les
domestiques, Grigori et Smerdiakov, se tenaient près de la table. Maîtres et serviteurs étaient
visiblement de joyeuse humeur. Fiodor Pavlovitch riait aux éclats ; Aliocha, dès le vestibule,
reconnut son rire glapissant qui lui était si familier. Il en conclut que son père, encore éloigné de
l’ivresse, se trouvait dans d’heureuses dispositions.
« Le voilà enfin ! s’écria Fiodor Pavlovitch, enchanté de l’arrivée d’Aliocha. Viens t’asseoir
avec nous. Veux-tu du café noir, il est bouillant et fameux ? Je ne t’offre pas de cognac, puisque tu
jeûnes. Mais si tu en veux... Non, je te donnerai plutôt une de ces liqueurs. Smerdiakov, va au buffet,
tu la trouveras sur le second rayon, à droite, voici les clefs, oust ! »
Aliocha commença par refuser.
« On la servira quand même, pour nous, sinon pour toi. Dis-moi, as-tu dîné ? »
Aliocha répondit que oui ; en réalité, il avait mangé un morceau de pain et bu un verre de
kvass, à la cuisine du Père Abbé.
« Je prendrai volontiers une tasse de café.
– Ah ! le gaillard ! il ne refuse pas le café ! Faut-il le réchauffer ? Non, il est encore bouillant.
C’est du fameux café, préparé par Smerdiakov. Il est passé maître pour le café, les tourtes et la soupe
au poisson. Tu viendras un jour manger la soupe au poisson chez nous. Avertis-moi à l’avance. À
propos, ne t’ai-je pas dit de transporter ici ton matelas et tes oreillers, aujourd’hui même ? Est-ce
fait ? hé, hé !
– Non, je ne les ai pas apportés, répondit Aliocha, souriant aussi.
– Ah ! Ah ! et cependant tu as eu peur, avoue que tu as eu peur ! Suis-je capable de te faire de
la peine, mon chéri ? Écoute, Ivan, quand il me regarde dans les yeux en riant, je ne peux pas y
résister. La joie me dilate les entrailles, rien qu’à le voir. Je l’aime ! Aliocha, viens recevoir ma
bénédiction. »
Aliocha, se leva, mais Fiodor Pavlovitch s’était ravisé.
« Non, je ferai seulement un signe de croix, comme ça, va t’asseoir. À propos, tu vas être
content : l’ânesse de Balaam a parlé, et sur un sujet qui te tient à cœur. Écoute un peu son langage :
cela te fera rire. »
L’ânesse de Balaam n’était autre que le valet. Smerdiakov, jeune homme de vingt-quatre ans,
insociable, taciturne, arrogant et qui paraissait mépriser tout le monde. Le moment est venu de dire
quelques mots du personnage.
Fiodor Dostoïevski, Les frères Karamazov