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Élevage bio en Afrique : Guide pratique

Transféré par

Falzige Maunyck
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© © All Rights Reserved
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Élevage bio en Afrique : Guide pratique

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Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique

Un manuel de ressources pour les formateurs

5 ÉLEVAGE
MENTIONS LEGALES SOMMAIRE
Éditeur : 1. Introduction 1
Institut de recherche de l’agriculture biologique
FiBL, Suisse, www.fibl.org
En collaboration avec: 2. Aperçu général de l’élevage bio 5
> IFOAM, Fédération internationale des mouve-
ments d’agriculture biologique, www.ifoam.org
Toutes les informations contenues dans ce manuel
3. Sélection et élevage corrects des animaux  6
> NOGAMU, Mouvement national pour
ont été compilées par les auteurs au mieux de
l’agriculture biologique en Ouganda
leurs connaissances. Des efforts raisonnables ont 4. Offre d’un hébergement adéquat et sûr 9
> FENAB, Sénégal
été faits par l’Institut de recherche de l’agriculture
> OPPAZ, Association de producteurs et
biologique et ses partenaires pour publier des
trans­formateurs de produits biologiques 5. L’affouragement correct des animaux 11
données et des informations fiables. Les auteurs,
de Zambie, www.oppaz.org
les rédacteurs et les éditeurs ne peuvent assumer
Auteurs responsables du module : Anet Spengler, 6. Bonne gestion sanitaire des animaux 20
la responsabilité de la validité des documents. Ni
Felix Heckendorn et Veronica Maurer (FiBL)
les auteurs, ni les éditeurs, ni toute autre per-
Réviseur : Brian Ssebunya
sonne associée à cette publication, ne peuvent 7. Maniement correct des produits animaux 31
Illustrateurs : Andrew Baingana, Okudi Deogratius
être tenus responsables de toute perte, dommage
Gerard, Ouganda
ou responsabilité directement ou indirectement
Version 1.0, 2021. Les commentaires et recomman- causés ou supposés être causés par le manuel de 8. Certification bio et commercialisation
dations d’amélioration sont les bienvenus. formation et ses outils. des produits animaux 32
Ce manuel peut être reproduit sans autorisation. Le manuel de formation à l’agriculture biolo-
Tous les documents issus des projets liés au gique pour l’Afrique est basé sur des recherches
manuel de formation à l’agriculture biologique en financées par la Fondation Bill & Melinda Gates et
Afrique sont disponibles gratuitement sur Internet la Fondation Syngenta pour l’agriculture durable.
à l’adresse www.organic-africa.net. Les résultats, conclusions et recommandations
La production de l’édition anglaise de ce manuel du manuel sont ceux des auteurs et ne reflètent
a été financée par la Fondation Bill et Melinda pas nécessairement les positions ou les politiques
Gates et la Fondation Syngenta pour l’agriculture des deux fondations, ni celles de la Deutsche Ge-
durable dans le but de promouvoir l’agriculture sellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ)
biologique en Afrique. La traduction française GmbH ou du Ministère fédéral allemand de la Coo-
a été financée dans le cadre du projet global pération économique et du Développement (BMZ).
« Centre de Connaissances de l’Agriculture biolo- Veuillez citer cette publication comme suit :
gique en Afrique », mis en œuvre par la Deutsche FiBL (2021) : Manuel de formation en agriculture
Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit biologique pour l’Afrique. Version 1.0, 2021. Insti-
(GIZ) GmbH pour le compte du Ministère fédéral tut de recherche en agriculture biologique FiBL,
allemand de la Coopération économique et du Frick.
Développement (BMZ). ISBN 978-3-03736-411-6

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage


5 ÉLEVAGE 


Objectifs d’apprentissage pour agriculteurs :


JEU DE TRANSPARENTS > Comprendre que la sélection efficace des espèces et lignes d’animaux dépend
de la capacité de l’exploitation et du paysan à bien les traiter.
> Comprendre que les races autochtones, adaptées aux conditions locales, se
DAM IMAXIME CUM IPISTIA gèrent plus facilement et y sont plus performantes.
 LIVRET 11 : COMMENT BIEN

TEMPORERIAM > Réaliser que la base de toute bonne gestion sanitaire est d’offrir un environ-
GÉRER LES ANIMAUX ? SE
EVENTUR
nement adapté aux besoins des animaux des animaux de rente.
> Comprendre pourquoi la bonne intégration des animaux dans la production
agricole est essentielle pour obtenir les meilleurs rendements.

1. Introduction

L’élevage animal bio implique que les animaux soient détenus de manière natu-
relle et favorisant leur bien-être de même que leur santé. Cela ne signifie pas que
les animaux doivent être détenus dans un environnement entièrement naturel,
mais qu’il faut leur offrir la possibilité d’exprimer des comportements et un mode
de vie naturels. Chaque espèce animale possède des organes spécialisés qui leur
donnent des capacités fonctionnelles et des caractéristiques spécifiques ainsi
qu’un mode de vie particulier. Ces différences sont intrinsèques, immuables, et
il convient de les respecter. En d’autres termes, les paysans doivent favoriser ces
comportements et facultés spécifiques en offrant aux animaux un environne-
ment approprié à leurs besoins. Les ruminants, par exemple, possèdent un sys-
tème digestif très particulier leur permettant de consommer et de métaboliser
de grandes quantités de fourrage grossier. Si leur régime alimentaire ne leur en
donne pas assez, ils en tombent malades. Leurs pattes sont par ailleurs spéciali-
sées pour de longs déplacements. Typiquement, ces animaux souffrent donc s’ils
n’ont pas la possibilité de se déplacer à l’extérieur et de mouvoir leurs pattes. Il
en va de même pour les chevaux et les ânes, dont les membres sont encore plus
spécialisés et dont le besoin de pouvoir marcher, trotter et galoper librement est
encore plus grand. Par contre, les ruminants n’ont besoin de rien pour s’occu-
per ou jouer, au contraire des porcs et des chiens. Il est donc très important de

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 1





connaître les caractères propres des animaux détenus et de les traiter de ma-
PRODUCTION ANIMALE nière adéquate et leur offrir un environnement adapté.
ET CYCLE DES NUTRIMENTS Outre le fait de respecter les besoins vitaux spécifiques, il est aussi très impor-
tant de trouver un bon équilibre entre les divers besoins des animaux, compte
Production animale et cycle des éléments nutritifs tenu de leur niveau de production et de leur environnement. Les animaux à haut
rendement doivent être très bien nourris et ont besoin d’un environnement fa-
vorable en termes de température et d’humidité, d’accès à l’eau, d’espace ; ils ont
Culture de fourrage pour les animaux
besoin d’entretenir des relations continues avec d’autres animaux ou avec l’être
humain. Dès qu’une de ces conditions n’est plus remplie, les animaux concer-
Utilisation du compost
nés deviennent plus sensibles aux parasites et aux maladies. Plus le rendement
attendu est élevé, plus l’animal en question sera délicat. Les animaux à faible
Compostage du fumier rendement sont plus robustes, peuvent mieux s’adapter à des environnements
changeants ou instables. On recommande donc aux paysans de choisir des types
d’animaux bien adaptés à l’environnement disponible.
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 1

1.1 Raisons de détenir des animaux de ferme

Il existe plusieurs raisons de détenir des animaux de ferme :


> Les animaux de ferme, par les aliments qu’ils fournissent sous forme de
viande, de lait ou d’œufs, contribuent à l’équilibre du régime alimentaire de
de la famille.
> Ils fournissent aussi divers produits utiles tels que cornes, os, cuir ou peaux,
et génèrent ainsi des revenus supplémentaires pour le paysan.
> Ils constituent une source de sécurité financière car, en cas d’urgence, le pay-
san peut vendre certains de ses animaux afin de se procurer de l’argent.
> On peut utiliser les bœufs, les ânes et les chevaux comme animaux de trait
pour faciliter le travail du sol ou les transports.
> Les moutons et les chèvres peuvent être mis à pâturer sur les terres non culti-
vables et accroître ainsi le rendement du domaine agricole.
> Les animaux produisent du fumier ; ce fumier, riche en nutriments est un en-
grais précieux, produit sur place, également utile pour fabriquer du compost.
> Dans les exploitations avec production végétale, les animaux peuvent se
nourrir de résidus de récolte et de déchets ; ils aident donc à recycler des nu-
triments sur place et d’en enrichir le sol.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 2





1.2 Les systèmes d’élevage usuels en Afrique


SITUATION TYPIQUE DE LA
PRODUCTION ANIMALE EN a. Systèmes traditionnels
AFRIQUE De manière traditionnelle, les animaux sont détenus soit en petits nombres à
l’attache, soit sur libre-parcours, soit encore en grandes régions pastorales. À l’at-
Élevage traditionnel tache, les animaux sont confinés au moyen d’une corde quelque temps dans un
Connaissance limitée
lieu où des sources d’alimentation existent naturellement ou leur sont dispen-
Peu de fourrage
des techniques d’élevage
sées. C’est un système communément appliqué à toutes les espèces animales,
volaille incluse. Dans les systèmes d’élevage sur libre-parcours, par exemple avec
Animaux sujets aux
parasites et maladies
Libre parcours
des animaux volaille, les animaux sont libres de se mouvoir et de se nourrir pendant la journée
et uniquement mis à l’abri pour la nuit. Il arrive aussi que les bovins, les chèvres
Fumier non recyclé
et les moutons soient placés sur libre-parcours de jour dans des espaces clôturés,
mais souvent confinés durant la nuit dans des enclos bondés.
De grandes régions de pâturage extensif sont communs dans les commu-
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 2

nautés pastorales, notamment chez les Massaïs, Turkana, Borans, ou Rendilles


au Kenya ou chez les WoDaaBes et Touaregs du Niger. Même si ces systèmes de

production sont extensifs, les animaux sont sélectionnés avec soin et déplacés

stratégiquement sur les pâturages pour bien profiter de la concentration va-
riable et imprévisible de la nourriture, une caractéristique typique des milieux
SITUATION AMÉLIORÉE arides. Le résultat de ce type de pâturage sélectif et de ce mode de transhumance,
les animaux disposent de fourrage de valeur nutritive très supérieure à la valeur
moyenne des prairies ainsi pâturées. Pour mieux encore exploiter les pâturages
Élevage amélioré disponibles, ces éleveurs détiennent souvent des troupeaux mixtes combinant
Espèces élevées séparément
bovins, moutons, chèvre et parfois des chameaux. La propriété collective des
Bétail pâturant
dans des parcs
Recyclage du fumier
terres aide les éleveurs à adapter leurs stratégies de production selon les concen-
Culture fourragère
additionnelle
trations changeantes du fourrage. Les animaux détenus selon un tel systèmes
de pastoralisme des régions arides sont en mesure de résister à des conditions
extrêmes. Ils perdent du poids pendant la saison sèche sans effet majeur sur leur
santé pour en reprendre très vite pendant la saison humide. Dans cette forme de
Hébergement dans
pastoralisme spécialisé, les rendements sont supérieurs à ce que pourraient en
des étables convenables
attendre les personnes étrangères au système. Ces systèmes pastoraux consti-
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 3

tuent la manière la plus efficace d’exploiter les conditions environnementales


changeantes des pâturages de milieux arides.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 3





b. Systèmes d’élevage intensifs


Dans la plupart des systèmes intensifs, les animaux sont détenus dans l’objectif Évaluez la situa-
principal d’en tirer un maximum de produits divers. Leurs caractéristiques sont tion sur le terrain
les suivantes : Demandez aux agricul-
> Ils reposent sur l’achat d’aliments en grandes quantités, concentrés inclus. trices et agriculteurs des
Du fourrage est également produit à grands renforts d’engrais de synthèse informations sur la situa-
pour en accélérer la croissance. tion de l’élevage animal
> L’utilisation de médicaments de synthèse et d’antibiotiques est fréquente à l’échelon local en leur
pour prévenir les infections. posant les questions
> Des lignes à fort rendement sont privilégiées. suivantes :
> Sur l’exploitation, les cycles nutritifs ne sont souvent pas des cycles fermés et > Avez-vous des animaux ?
le fumier est considéré comme un déchet, non comme un engrais. Si non, pourquoi ?
> Les animaux y sont élevés à de fortes densités, ce qui leur laisse peu d’espace > Si oui, de quelles espè­
pour se mouvoir ou exprimer leurs autres comportements innés. ces sont-ils et quels
bénéfices en tirez-vous ?
Vous arrive-t-il de devoir
1.3 L’élevage en Afrique et ses principaux défis affronter certains des
problèmes mentionnés
Indépendamment du système de gestion adopté, la production animale de la ré- ci-dessus ou d’autres
gion africaine doit affronter divers problèmes, dont : problèmes dans la ges-
> Une quantité d’aliments limitée – la nourriture n’y est que faiblement dispo- tion des espèces
nible, surtout en saison sèche, et la conservation du fourrage n’y est guère que vous possédez ?
pratiquée.
> Une forte pression des parasites et des maladies – le manque d’attention au
niveau de la gestion, une alimentation insuffisante, des conditions météo et
d’hébergement défavorables, communs à beaucoup de ces systèmes, font
que beaucoup d’animaux sont très sujets aux maladies et aux infestations
de parasites.
> Des connaissances limitées en sélection animale – très souvent, les animaux
se déplacent ensemble en groupes où mâles et femelles sont mélangés et
s’accouplent au hasard sans que le paysan ne s’en préoccupe vraiment, ce
qui permet aux caractères défavorables de se propager dans la population.

Au vu de ces défis, la production animale doit y être améliorée et gérée de ma-


nière plus durable. Dans ce chapitre, nous vous présenterons donc des bonnes
pratiques de production animale basées sur les principes bio et que l’on pourra

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 4





varier au gré des conditions locales. Dans les paragraphes qui suivent, nous nous
APERÇU GÉNÉRAL DE LA concentrerons sur la gestion de la volaille, des chèvres, moutons, bovins et por-
­GESTION DES ANIMAUX cins. Les exigences plus spécifiques des différentes espèces seront discutées au
module M10.
Approche globale de l’élevage biologique
Intégration de la production
animale au système
Utilisation efficient du fumier
pour fertiliser les cultures
d’exploitation
2. Aperçu général de l’élevage bio
Accoutumance des jeunes
animaux avec le contact
humain
Gérer les animaux en mode bio implique de veiller à leur bonne santé et à leur
Soin et respect
envers les animaux assurer de bonnes conditions de vie par une sélection soigneuse d’espèces et de
races bien adaptées aux conditions du lieu, de les alimenter au moyen de four-
Prévention des maladies et
des parasites par le choix
rages bio adéquats, de leur offrir des soins et des conditions d’hébergement ap-
de races locales
propriés et de les protéger des parasites et des maladies sans dépendre pour au-
tant des médicaments chimiques et des antibiotiques.
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 4

L’approche Bio est radicalement différente de celle des productions conven-


tionnelle et intensive. Les paysans bio ont pour but d’atteindre une bonne pro-
ductivité animale par l’application des principes suivants :
1. Ils ont soin des animaux et les respectent, veillant à leur bien-être et évitant
tout danger et stress potentiels. Ils donnent aux animaux des abris spacieux
leur permettant d’exprimer leur comportement naturel, de se mouvoir libre-
ment et d’avoir des interactions sociales. Ils les nourrissent correctement
pour leur assurer une croissance normale et une bonne santé.
2. En choisissant des races robustes et bien adaptées aux conditions locales et
en offrant aux animaux une nourriture et un hébergement appropriés, les
paysans bio s’efforcent de prévenir les maladies et les infestations parasi-
taires plutôt que de se concentrer sur leur traitement.
3. Les paysannes et paysans bio veillent aussi à adapter la taille et le type de
cheptel à la taille de l’exploitation, ainsi qu’au type et à la quantité de nour-
riture disponible, à la main-d’œuvre disponible et à la présence d’un marché
pour les produits animaux excédentaires. La main d’œuvre est un élément
très important, car il en faut pour préparer et distribuer la nourriture, net-
toyer périodiquement les locaux, récolter les produits et assurer une obser-
vation régulière des animaux. Il ne faut non plus négliger le fait qu’au début,
beaucoup de travail est nécessaire pour construire les abris et pour défricher
les enclos de pâturage.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 5





4. Les paysannes et paysans bio s’efforcent d’intégrer correctement la produc-


tion animale aux autres secteurs d’activité de la ferme en veillant à ce que Discussion sur
tous se complètent bien. Un paysan peut par exemple décider de combiner la la sélection
production de volaille et l’aquaculture. Le fumier de la volaille servira dans ce et l’élevage
cas d’engrais pour l’étang, y accélérant la croissance des algues qui serviront des animaux
de nourriture aux poisons. Il pourra en outre cultiver sur les berges de l’étang, Prenez l’exemple d’une
des légumes pour nourrir la volaille. Une fois les poissons pêchés et traités, espèce animale et discu-
il pourra griller les arêtes restantes et les mélanger à la nourriture pour la tez avec les agriculteurs
volaille. des caractéristiques dont
5. Les paysannes et paysans bio préviennent toute pollution de l’environne- ils tiennent usuellement
ment en récupérant et entreposant correctement fumier et autres résidus. Le compte pour sélection-
fumier sera composté et servira d’engrais pour les cultures. ner les animaux pour
6. Les paysannes et paysans bio habituent les animaux nouveaux-nés à être l’élevage. Laissent-ils par
traités et touchés par les êtres humains, ce qui les rendra plus dociles et plus exemple les taureaux s’ac-
faciles à gérer quand ils seront plus âgés. coupler en toute liberté
avec les vaches ? Com-
ment évitent-ils les pro-
3. Sélection et élevage corrects des animaux blèmes de consanguinité ?
Expliquez-leur les effets
Les paysannes et paysans bio veillent à élever des races bien adaptées aux condi- négatifs de la consangui-
tions du lieu, dans leur capacité à tolérer le stress ambiant, dans leurs besoins nité et suggérez-leur des
alimentaires adaptés aux aliments disponibles localement et dans leur résis- moyens de la prévenir.
tance aux parasites et maladies prévalant dans la région.
L’introduction de grandes races exotiques à fort potentiel de production peut
conduire à l’échec et entraîner de lourdes pertes sous forme de décès subits. Les
races exotiques ont en effet besoin d’aliments de haute qualité, d’étables bien
conçues et de traitements fréquents contre les infections afin de leur permettre
d’exprimer leur potentiel élevé. Un grand nombre de productrices et producteurs
ont adopté une stratégie d’hybridation pour combiner la bonne adaptabilité des
races indigènes aux conditions locales avec les meilleures performances des
races exotiques. Cette stratégie a eu du succès, spécialement là où les conditions
de gestion en termes d’apports alimentaires et de traitements sanitaires ont
elles aussi été améliorées. Bien que les croisements soient utiles pour améliorer
certaines caractéristiques, le croisement ultérieur d’animaux déjà hybrides aug-
mente la variabilité avec des résultats de la seconde génération inférieurs à ceux
de la première génération.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 6


La saillie naturelle est de règle pour toutes les espèces, volaille incluse. La mé-
thode la plus courante est de sélectionner correctement des mâles et de les utili-
ser comme reproducteurs pour favoriser les caractères favorables. Il faut en prin-
cipe alterner ou remplacer régulièrement les mâles pour éviter les problèmes de
consanguinité. Les animaux ne doivent pas s’accoupler avec leur propre descen-
dance.
L’insémination artificielle est largement utilisée parce qu’elle permet d’éviter
la détention de taureaux sur l’exploitation. Pour obtenir de bons résultats, il faut
soigneusement choisir du sperme de taureaux de lignes bien adaptées et pré-
sentant de bonnes caractéristiques On recommande aussi de ne pas utiliser de
sperme de taureaux en l’absence d’informations complètes.

3.1 Sélection d’animaux d’élevage

Une sélection réussie est basée sur une évaluation judicieuse et bonne des diffé-
rences de performance d’animaux individuels et sur leur faculté de transmettre
leurs caractéristiques à leurs descendants. Les bonnes caractéristiques se dé-
cèlent par l’observation attentive de l’animal, de ses géniteurs et de l’ensemble
de la lignée. Un éleveur ne réussira sa sélection que s’il sait quels caractères il
souhaite favoriser et s’il se concentre sur ces caractères en tenant un bon re-
gistre de suivi de tout le processus de sélection. L’apparence extérieure d’un ani-
mal (phénotype) dépend de son potentiel génétique (génotype) et de facteurs
environnementaux tels que l’état de santé ou l’alimentation, qui contribuent
pour 60 à 80 % au phénotype. On peut influencer les caractères qualitatifs par
une gestion adéquate, par exemple par les conditions d’hébergement et de nu-
trition. On ne peut comparer valablement que des animaux de même âge et de
même sexe, élevés dans le même environnement. Certains caractères (qualita-
tifs) peuvent être transmis de la mère à ses petits. Le caractère correspondant,
par exemple la couleur de robe, sera soit présent, soit absent de la progéniture.
D’autres caractères, quantitatifs, tels que le taux de croissance, le poids ou le
niveau de production sont hérités à 10–30 %, mais sont largement influencés par
les conditions de gestion.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 7







L’élevage bio est basé sur quatre principes majeurs :


CRITÈRES GÉNÉRAUX 1. Élevage conforme à l’espèce – les buts d’élevage doivent être adéquats et fa- Visites
DE SÉLECTION voriser des caractères spécifiques à l’espèce. d’exploitations
DES ANIMAUX D’ÉLEVAGE 2. Élevage conforme au site – la sélection des caractères de production doivent pour discuter
être en adéquation avec l’environnement. Par exemple, la sélection pour un l’hébergement
Critères généraux de selection animale rendement élevé est uniquement possible dans un environnement excellent des animaux
et avec une bonne alimentation. Visitez avec les agricul-
3. Élevage visant la résistance aux maladies – les buts d’élevage doivent inclure trices et agriculteurs une
› Exigences alimentaires
des caractères touchant à la santé, notamment la facilité de vêlage, de bons exploitation détenant des


Durée de croissance
Potentiel de production
aplombs, de faibles taux de cellules somatiques ou exigeant peu de traite- animaux d’espèces inté-
› Adaptabilité aux conditions locales ments vétérinaires. ressantes pour le groupe.
› Caractères physiques selon
l’usage prévu pour la race 4. Sélection de caractères de souplesse adaptative – Les buts d’élevage doivent Demandez aux partici-
aussi inclure des caractères ayant trait à la souplesse d’adaptation aux en- pants ce qu’ils pensent
vironnements changeants et notamment à la rareté des ressources alimen- des conditions d’héber-
taires.
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 5

gement des animaux


sur cette exploitation.
Recommandations relatives à la sélection judicieuse des animaux d’élevage : Partagez vos impressions
> Sélectionner des races s’adaptant facilement aux conditions locales (alimen- et discutez-en sur place
tation, maladies, autres infections). Il en résultera une baisse des dépenses dans l’optique des recom-
de gestion et des morts subites. mandations ci-dessous
> Mettre l’accent sur les caractères fonctionnels tels que longévité, facilité de et proposez des mesures
vêlage, aplombs solides, et sur les caractères liés à la qualité des produits, par judicieuses pour amélio-
exemple le nombre de cellules somatiques ou le taux de matière grasse et de rer la situation.
protéines dans le lait.
> Permettre autant que possible aux animaux de s’accoupler et se reproduire
dans des conditions naturelles. Utiliser l’insémination artificielle occasion-
nellement et non systématiquement.
> Coopérer avec d’autres paysans et échanger de temps à autre les animaux
(mâles) pour prévenir les problèmes de consanguinité.
> Dans le même but, castrer les jeunes mâles qui ne sont pas destinés à l’éle-
vage.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 8


4. Offre d’un hébergement adéquat et sûr

Les locaux destinés aux animaux devraient créer un environnement qui les pro-
tège des prédateurs, de la chaleur, de la pluie et du vol, être faciles à entrete-
nir tout en offrant une liberté de mouvement maximale. Les animaux peuvent
par exemple passer la journée à s’alimenter en liberté et être rentrés la nuit. En
détenant ses animaux partiellement à l’étable, le paysan pourra plus facilement
gérer les quantités d’aliment et d’eau consommées ainsi que la récupération du
fumier, des excréments et de l’urine. La détention partielle en intérieur permet
aussi d’effectuer les traitements sanitaires, tels que l’administration de vermi-
fuges ou le déparasitage des animaux et facilite l’observation des animaux et
leur comportement.
En production biologique, l’offre de conditions d’hébergement adéquates
vise à assurer aux animaux :
> Un espace adapté à la taille et au nombre d’animaux, afin que ceux-ci puissent
se mouvoir, se coucher et se reposer librement. Les animaux doivent pouvoir
exprimer leurs comportements naturels, par exemple picorer sur le sol ou
creuser la terre, grimper ou se gratter.
> Suffisamment d’air frais et de lumière naturelle, qui permettent de prévenir
les problèmes respiratoires et la propagation des infections.
> Une protection contre les conditions climatiques hostiles telles que l’excès
de soleil, de chaleur, de pluie ou de vent. Des conditions climatiques défavo-
rables facilitent en effet la propagation des infections et peuvent stresser les
animaux, ce qui les rend plus sensibles aux infections.
> Une litière de matériaux organiques gardant les animaux propres en leur évi-
tant tout contact direct avec un sol naturel ou artificiel humide. La litière ab-
sorbe aussi l’urine et les matières fécales, ce qui en facilite la collecte.
> De l’eau propre à volonté ainsi que des mangeoires régulièrement nettoyées
pour éviter de souiller les aliments.
> Une protection efficace contre les prédateurs, sans toutefois compromettre
l’aération et le libre-parcours.
> Un environnement sans éléments acérés ou dangereux, évitant aux animaux
et au fermier de se blesser.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 9







Pour faciliter l’entretien, les locaux doivent permettre l’enlèvement aisé de la li-
STRUCTURES tière et des excréments tout en offrant un accès aisé pour le nettoyage du sol et Discussion
D’HÉBERGEMENT ADÉQUATES des parois. Cette exigence varie naturellement beaucoup en fonction de la na- sur l’alimentation
ture du sol et des parois, mais aussi de l’espace ainsi que du nombre d’accès et de des animaux
Exemples de structures d’hébergement sorties disponibles.
appropriés Demandez aux agricul-
trices et agriculteurs
Volaille Porcs
› Aires distinctes de repos,
quels animaux ils possè­
› Perchoirs
› Bains de poussière
› Nids dans des endroits
retirés et peu lumineux
d’alimentation et de
défécation
› Accès à des aires de boue
4.1 Construction d’un logement pour animaux dent et comment ils les
› Accès à du terrain › Murs rigides pour s’y frotter
découvert › Matériaux de jeu naturels
alimentent. Discutez des
La construction de logement pour animaux doit allier simplicité et recours à des difficultés relatives à l’ali-
matériaux locaux afin de réduire les coûts. mentation des animaux
Chèvres
› Alimentation avec fourrage
suspendu
Bovins
› Espace suffisant
Les exemples qui suivent fournissent quelques informations précieuses sur et échangez avec eux des
› Aire de couchage surélevée › Sol en pente pour
› Espace suffisant drainer l’urine
la construction de locaux pour des types d’animaux ayant des comportements idées d’amélioration.
spécifiques :
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 6

1. La volaille, les poules en particulier, aimant se percher pour la nuit, il faut


donc leur offrir des perchoirs. Les poules aiment aussi les bains de poussière
pour se nettoyer. Les pondeuses appréciant les endroits faiblement éclairés
et isolés, il convient de leur offrir des nids de ce type. Pour permettre aux
oiseaux de s’exercer à voler, le local devrait posséder un dispositif pour sus-
pendre de la verdure à environ 50 cm du sol. Les poules aiment aussi gratter la
terre en quête de fourmis et de vers, c’est leur comportement d’alimentation
naturel. Il faut donc leur donner accès à du terrain découvert à proximité du
poulailler.
2. Les porcs préfèrent des endroits séparés pour se reposer, s’alimenter et défé-
quer ; la porcherie doit donc leur offrir des espaces pour satisfaire ces besoins
comportementaux. Ils aiment aussi disposer d’un endroit humide et boueux
pour se rafraîchir le corps, tout spécialement dans les régions au climat par-
ticulièrement chaud. Comme ils adorent aussi se frotter aux parois, celles-ci
doivent donc être stables mais pas trop rugueuses pour que les animaux ne
risquent pas de s‘y écorcher ou s’y blesser. Il faut aussi leur procurer du maté-
riel de jeu naturel, par exemple des bouts de bois, des rameaux ou de la paille.
3. Les chèvres aiment du fourrage suspendu à hauteur suffisante pour qu’elles
puissent le consommer en étant debout. Elles aiment aussi grimper et on
peut leur offrir des couches partiellement surélevées, ce qui leur permet d’oc-
cuper plusieurs niveaux. La structure sociale des chèvres est assez rigide et il

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 10





leur faut donc des places individuelles ainsi que des recoins permettant aux
SOURCES D’ALIMENTATION animaux de rang élevé et de rang inférieur de s’alimenter séparément.
POUR DIVERS TYPES 4. Les vaches sont des animaux de grande taille et certaines peuvent porter
DE BÉTAIL des cornes imposantes. Elles aiment pouvoir se coucher pour ruminer en
paix. Elles ont donc besoin d’espace suffisant pour se lever, tourner, croiser
Des sources alimentaires spécifiques d’autres vaches et se coucher librement. Lorsqu’on les alimente en étable ou
Espèce Hydrates de carbone Protéines Matières
grasses
Vitamines Sels minéraux
dans un enclos, chaque animal doit pouvoir disposer d’assez de place pour
se nourrir sans être dérangé par les autres. Un sol en pente légère facilite-
Volaille Graines de céréales, Insectes et vers, Graines de coton, Verdure avec Coquilles
tubercules et sous- graines de tournesol, feuilles, poivre, d’huitres,
produits industriels légumineuses, sésame, fruits et déchets gravier,
correspondants plantes tourteau végétaux, baies pierres,

Porcs Comme la volaille


légumineuses,
farine de poisson
Légumineuses
d’arachides

Comme la volaille Épluchures de


farine d’os

Pierre à lécher,
ra l’écoulement de grandes quantités d’urine via un canal d’écoulement vers
(fourrage et
graines),
déchets de cuisine,
fruits et déchets
de cuisine,
racines
feuilles séchées
une fosse bétonnée située hors de l’enclos des bovins.
farine de poisson
Chèvres et Fourrages, pâture, Légumineuses, N’en ont pas Verdure, Pierre à lécher,
moutons déchets de récolte jeunes graminées besoin feuilles fraîches feuilles
ou séchées séchées,
écorces,
herbages,
buissons
Bovins Comme les chèvres Comme
les chèvres
Comme
les chèvres
Comme
les chèvres
Comme
les chèvres 5. L’affouragement correct des animaux

Le but des paysans bio est de produire le plus possible de fourrage sur l’exploi-
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 7

tation. Ils s’assurent de disposer d’assez de terrain pour la pâture et pour pro-
duire un surplus de fourrage, fourrage pour la saison sèche inclus. L’entreposage
de fourrage pour la saison sèche leur épargne les frais d’achat de fourrage hors
exploitation et leur garantit une un affouragement approprié pendant la basse
saison.
Les différentes espèces d’animaux de ferme ont toutes des besoins différents.
Plus la productivité attendue des animaux est élevée, plus leurs besoins alimen-
taires sont importants. Les vaches laitières à hautes performances produisant
pour le commerce ont par exemple besoin d’une alimentation de qualité supé-
rieure que le bétail ne fournissant que peu ou pas du tout de lait. Les paysans
doivent donc choisir des espèces et races d’animaux qui se développeront bien
sur l’exploitation sans exiger l’achat de quantités importantes de fourrage.
En cas de certification bio, le fourrage acheté doit provenir de sources bio
ou naturelles certifiées. Les stimulateurs de croissance et les hormones sont des
suppléments alimentaires interdits en production bio.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 11







5.1 Exigences alimentaires des animaux


INTÉGRER LA PRODUCTION
Discussion sur
FOURRAGÈRE AU SYSTÈME Les animaux ont besoin de divers types d’aliments pour bien croître et produire, l’affouragement
DE PRODUCTION tout comme l’être humain. Et les aliments qu’ils requièrent varient d’une espèce des animaux
à l’autre. La ration alimentaire quotidienne de tout animal de ferme devrait en à l’étable
Intégrer les cultures fourragères dans le système de
production agricole
moyenne contenir 7 parts d’hydrates de carbone, deux parts et demie de proté- Invitez un agriculteur
Planter des haies Rotation entre plantes
fourragères et autres cultures
Cultures intercalées de plantes
fourragères et arbres fruitiers
ines et une demi-part de vitamines, de sels minéraux et d’huiles. volontaire pratiquant
1. Les hydrates de carbone fournissent aux animaux l’énergie nécessaire pour l’affouragement de bovins
l’exercice, la production, la pâture et le travail fourni pour l’être humain. Un ou de ruminants de plus
âne a par exemple besoin d’énergie pour porter des charges. Les animaux petite taille à l’étable,
Animaux paissant dans le
verger (système sylvi-pastoral) Bandes de graminées en courbes de niveau
consommant des fourrages grossiers, à savoir bovins, chèvres, moutons, cha- soit sans pâture, soit en
meaux et ânes, se procurent les hydrates de carbone indispensables en brou- système combiné, pour
tant l’herbe des pâturages. discuter avec lui des avan-
Les animaux incapables de digérer du fourrage grossier, comme les porcs et tages et des problèmes
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 8

la volaille, se procurent essentiellement les hydrates de carbone en ingérant liés à l’affouragement


des grains céréaliers, notamment du maïs, du sorgho ou leurs sous-produits des animaux à l’étable,
industriels comme le son de maïs. Ils tirent aussi leur énergie de tubercules, compte tenu des condi-
par exemple du manioc et des patates douces. Il faut limiter la part de tu- tions locales.
bercules et de graines affouragée aux bovins aux animaux de production in-
tensive (par exemple aux vaches en début de lactation) et à 1 à 2 kg par jour
pour les grands animaux tels que les vaches ou de 100 à 200 grammes pour
les petits ruminants que sont par exemple les chèvres et les moutons. On leur
évite ainsi une acidification exagérée du rumen durant la phase de digestion.
Par nature, ces animaux ne dépendent pas d’aliments de ce type. Il faut dans
toute la mesure du possible réserver la consommation de graines aux êtres
humains.
2. Les animaux ont besoin de protéines pour croître et pour que leur corps
puisse réparer les tissus qui le composent. Un manque de protéines dans
l’alimentation se manifeste par une diminution du taux de croissance et du
rendement en produits animaux, par des pertes de poids et des retards de
maturation pour les animaux en phase de croissance. Les légumineuses sont
de bonnes sources de protéines pour la plupart des animaux. Les poules en
libre-parcours couvrent leurs besoins en protéines en picorant des tiques,
des insectes et des vers dans la nature.
On peut produire des vers de terre pour nourrir les poules en mélangeant un
peu de sol contenant des vers avec de la bouse de vache fraîche et des feuilles

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 12


sèches que l’on place dans un demi-tonneau dont on maintient l’humidité en
le couvrant d’un sac de sisal. Les vers se multiplient rapidement et on peut
les récolter après deux à trois semaines et les affourager aux poules. On peut
donner aux porcs des restes de repas humains, qui contiennent normalement
aussi des protéines.
3. Les animaux n’ont besoin que de quantités limitées de vitamines, essen-
tiellement pour stimuler leur système immunitaire. Le fourrage vert, s’il est
jeune, en contient des quantités, tout comme les choux, les jeunes amarantes
n’ayant pas encore grainé et les épluchures de cuisine.
4. Les sels minéraux sont essentiels au bon fonctionnement du corps animal. Le
calcium et le phosphore sont par exemple indispensables à la formation des
coquilles des œufs et des os, à la contraction musculaire ou encore à la syn-
thèse des hormones et des enzymes. Leurs carences causent une croissance
réduite, des os mous et friables qui se brisent facilement, des mises bas diffi-
ciles, une production de lait et de lait réduite, de la rétention placentaire, etc.
Les animaux qui manquent de certains minéraux développent des comporte-
ments telles que le ‘Pica’, soit la manie de manger des choses étranges telles
que des habits, des chiffons, des os, du savon et des plaques métalliques.
On trouve des sels minéraux dans certaines plantes, comme dans l’amarante,
les orties (Urtica dioica), la morelle noire (Solanum nigrum) et les feuilles de
courges (Curcubitae spp.). Le mélange en parts égales de feuilles séchées de
ces différentes espèces moulu en poudre fournira la plupart des minéraux
nécessaires aux animaux. Il suffit de la placer dans des boîtes à sel et d’en
distribuer le plus souvent possible. On devra aussi donner du sel de cuisine
(NaCl) aux ruminants.
5. Les graisses et les huiles créent une couche d’isolation sous la peau et pro-
tègent l’animal du froid. Elles facilitent aussi l’absorption de vitamines par le
corps. Les graines de tournesol sont une excellente source de matière grasse
pour les bovins, les porcs, la volaille et les lapins. Les tourteaux de graines de
coton, de tournesol, de sésame ou d’arachides constituent aussi de bonnes
sources de matière grasses. Les ruminants sont capables de transformer le
fourrage en matière grasse.
6. Même si l’eau n’est pas à proprement parler un aliment, elle est essentielle,
car elle est un support physique permettant au corps d’absorber et d’assimi-
ler d’autres nutriments. C’est aussi l’eau qui donne leur forme et leur turges-
cence à la plupart des tissus corporels. Les animaux devraient en tout temps

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 13


disposer d’eau claire exempte de contaminants chimiques et d’agents patho-
gènes. L’eau salée très chargée en sels minéraux naturels ne convient pas au
bétail, car elle limite leur ingestion d’eau.

5.2 Grands systèmes d’affouragement

a. Affouragement à l’étable
Dans ce système, l’herbe est fauchée et distribuée aux animaux en stabulation
soit durant toute leur croissance, soit durant une phase de croissance ou une
saison de l’année.
Cependant, comme le bien-être animal jouit d’une haute priorité en produc-
tion bio, on lui préfère des systèmes combinés ou de libre-parcours permettant
aux animaux de se déplacer et d’avoir des interactions sociales. Les animaux
doivent pouvoir accéder facilement à toute une série d’aliments divers, pour les
ruminants de préférence de l’herbe à pâturer, ainsi que de l’eau pour favoriser la
prise de nourriture et couvrir leurs besoins alimentaires. Les compléments ali-
mentaires riches en sels minéraux, par exemple des pierres à lécher, et les vita-
mines sont souvent indispensables pour protéger les animaux des maladies et
pour garantir le bon fonctionnement de leur fonctions corporelles. Il faut cepen-
dant limiter strictement la consommation de concentrés par les ruminants, car
ils pourraient sinon développer des troubles du métabolisme (acidose, « déplace-
ment de la gueule »).

Intégration de la production fourragère dans le système de culture


La production de fourrage comprend la culture de diverses espèces de graminées,
d’arbres et de buissons, la fauche ou coupe quand ces fourrages arrivent à cer-
tain point de maturité et leur distribution aux animaux. Les fourrages peuvent
être cultivés séparément, en cultures intercalaires ou en rotation avec d’autres
cultures. Le fourrage peut être obtenu à partir de graminées plantées ou semées,
de légumineuses cultivées comme couvre-sols entre des cultures pérennes ou
sur des bandes antiérosives, de haies plantées de buissons appropriés ou encore
d’arbres tuteurs et d’ombrage le long des limites du jardin (haies fourragères).
Les résidus de culture sont également une source de fourrage.
Les meilleures haies fourragères sont celles composées de légumineuses
arborescentes (arbres ou buissons) tels que calliandra (Calliandra calothyrsus),

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 14







leucaena (Leucaena leucocephala), sesbania (Sesbania sesban) ou gliricidia (Gli-


MODÈLES DE PÂTURAGES ricidia sepium). On peut laisser ces haies pousser librement et sans les couper Discussion sur
TOURNANTS pendant la saison des pluies, pour qu’elles produisent un maximum de feuilles la pâture du bétail
dont on pourra affourager les animaux durant la saison sèche. On peut égale- Informez-vous auprès des
Pâturages tournants ment planter des graminées en haies fourragères, par exemple des haies d’herbe agricultrices et agricul-
de Guinée (Panicum maximum), d’herbe de Rhodes (Chloris gayana), d’herbe élé- teurs et demandez-leur
phant (napier) (Pennisetum purpureum), de millet sauvage (Sorghum verticilliflo- comment ils font paître
rum), d’éragrostide/herbe d’amour (Eragrostis curvula), de Ruzi/Congo grass (Bra- les animaux dans la ré-
Animaux âgés Jeune bétail chiaria rusiziensis), d’herbe du Guatemala (Tripsacum fasciculatum), de kikuyu gion. Cherchez ensemble
(Pennisetum clandestinum) et d’une variété de millet doré (Setaria anceps), de des moyens pour amélio-
maïs et de sorgho. rer la situation en agran-
dissant et en améliorant
b. Pâture la qualité des pâturages.
Par pâture, on entend le fait de laisser les animaux s’alimenter directement sur
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 9

Dans la mesure du pos-


le pâturage, soit dans un enclos, soit sur des terres communautaires. On recom- sible, visitez une exploi-
mande tout particulièrement la pâture dans les situations suivantes : tation gérant bien ses
> Les terres pentues sont très sujettes à érosion et donc inutilisables pour des pâturages et demandez à
cultures annuelles mais elles peuvent servir de pâturages permanents. l’agricultrice ou l’agricul-
> Les terrains très caillouteux. teur comment il ou elle les
> Les terres où sont semées des herbes de pâturage et qui sont utilisées comme gère.
pâturage pendant une saison ou davantage. Les pâturages de rotation ont de
plus l’avantage d’interrompre le cycle de vie des adventices et des ravageurs.
> On peut aussi mettre les animaux à brouter sur des parcelles cultivées et ré-
coltées pour s’y alimenter de résidus et autres restes de culture.

Il faut cependant contrôler le broutage si l’on veut que le pâturage repousse. Le


broutage contrôlé et en rotation garantit le maintien de populations diversifiées,
denses et productives, ce qui permet de prolonger la saison de pâturage. Pour
certains animaux de ferme, notamment les bovins, une gestion correcte des pâ-
turages aide à réduire la pression des parasites infectant le bétail au pâturage.
Pour une bonne gestion de la pâture contrôlée, on subdivise normalement
le pâturage en parcs et les animaux sont mis à brouter pour une durée limitée
dans chacun d’eux. Dès que les plantes sont broutées, le bétail est transféré dans
le parc suivant. Les animaux ne retournent pas dans un parc brouté avant que
l’herbe n’y ait repoussé à la hauteur voulue. Les plantes ont ainsi toujours le
temps de récupération indispensable, et les animaux disposent toujours d’une

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 15


herbe de qualité à pâturer. Le sur- ou le sous-pâturage peuvent tous deux provo-
quer une baisse de la croissance des plantes ainsi que de la qualité et de la quan-
tité des plantes à pâturer. Normalement, on déplace donc les animaux rapide-
ment d’un parc à l’autre durant la saison de forte croissance des végétaux (saison
humide) et plus lentement pendant la saison sèche. Mais même durant celle-ci,
il peut être utile de mettre au pâturage une assez forte densité d’animaux, que
l’on déplacera assez rapidement. Des déplacements rapides aident aussi à pré-
venir les infestations de parasites et les maladies. Bien gérée, la pâture contrô-
lée fournit une nourriture suffisante ; les animaux ont constamment accès à une
herbe tendre et à des plantes de bonne qualité durant une période prolongée.
La manière la plus efficace et la plus écologique d’utiliser les pâturages secs est
d’y faire pâturer ensemble des animaux de diverses espèces. Les espèces brou-
tant des herbes (telles les bovins) et les espèces se nourrissant de pérennes et de
buissons en plus de l’herbe (comme les chèvres et les moutons) utilisent le pâtu-
rage ensemble, mais à divers niveaux, elles ont des comportements alimentaires
complémentaires.

Recommandations aux paysans de bonnes pratiques de mise au pâturage :


> La pâture ne doit pas être donnée à brouter avant d’avoir atteint une maturi-
té adéquate (généralement peu avant la floraison).
> Il faut veiller à faire paître un nombre d’animaux (charge de bétail) corres-
pondant à la capacité de la surface considérée, de manière à en prévenir
une éventuelle dégradation par surpâturage, qui affaiblirait les plantes et
compromettrait la repousse, tout en diminuant la couverture du sol et en
augmentant par conséquent le risque d’érosion et de développement de pé-
rennes indésirables et de mauvaises herbes.
> Il faut aussi éviter le sous-pâturage car, trop âgé, le fourrage perd de sa quali-
té et les nouvelles pousses se développent mal.
> Le temps de récupération / régénération offert aux plantes ne doit donc être
ni trop court ni trop long, afin que les plantes soient toujours au meilleur
stade de consommation. Ce temps de récupération est également important
pour la protection antiparasitaire. La décision de déplacer les animaux d’un
parc à l’autre doit être prise en fonction de la disponibilité saisonnière de la
pâture, du nombre et de la taille des parcs et du nombre ainsi que du type
d’animaux sur le pâturage. La régénération des pâturages par brûlis doit par
contre être évitée, car le brûlis entraîne la perte d’une multitude de plantes

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 16







riches en protéines et de plantes médicinales indispensables aux animaux


RESSEMER DES PÂTURAGES ainsi que la destruction d’une grande quantité d’organismes indispensables Visite de terrain
vivant sur ou dans la terre. et identification
> Il faut aussi favoriser la croissance de fourrage de qualité, apprécié par les des bonnes plantes
Amélioration des pâturages animaux, pour assurer une meilleure utilisation du pâturage. Il faut parfois fourragères
aussi replanter ou ressemer pour maintenir la qualité du fourrage. Proposez aux agricultrices
Ressemis : > Les jeunes animaux doivent être mis à brouter avant les animaux plus âgés et agriculteurs d’aller sur
› Permet de modifier le
mélange d’herbes
› Coût élevé
Il faut semer quand les animaux
sont présents dans le parc, car
leurs sabots enfoncent les graines
afin de les faire profiter de l’herbe fraîche et de limiter la transmission des le terrain en groupes et
dans le sol.

Sursemis et modification
parasites des animaux plus âgés vers les plus jeunes. d’y prélever des échantil­
du mode de gestion d’un
pâturage existant :
> On recommande aussi de déplacer rapidement les grands troupeaux compo- lons de plantes fourragè­
› Coût moins élevé
sés d’animaux d’espèces différentes. res locales de bonne
qualité. Choisissez celles
Comment améliorer les pâturages que les agriculteurs pré-
Dès qu’un pâturage cesse de produire du bon fourrage, il faut soit ressemer, soit
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 10

fèrent et demandez aux


l’améliorer en remplaçant les plantes fourragères vieillies. Si l’on ressème, on agricultrices et agricul-
peut en profiter pour utiliser un nouveau mélange composé de plantes maturant teurs d’argumenter leur
à des périodes différentes et donnant un fourrage de qualité tout en prolongeant choix. À la fin de l’exercice,
la saison de pâturage. Mais le prix à payer est élevé : il faut préparer le terrain, préparez un herbier recen-
semer ou planter, prévenir le développement des adventices ; le paysan doit nor- sant les diverses plantes
malement en outre interdire l’accès du pâturage à ses animaux jusqu’à ce que fourragères (graminées et
les plantes se soient suffisamment développées. C’est la raison pour laquelle légumineuses) avec leurs
l’amélioration d’un pâturage est normalement une solution préférable et mieux caractéristiques.
adaptée aux possibilités des petits producteurs. Une telle amélioration peut être
obtenue soit en ressemant, soit en changeant le mode de gestion du pâturage. Il
faut ressemer quand les animaux sont dans le parc, leurs sabots enfonceront les
semences dans le sol.
Tant pour replanter un pâturage que pour améliorer un pâturage existant, il
est essentiel de sélectionner des espèces adaptées aux conditions climatiques
et pédologiques locales. Le fait d’inclure des légumes améliore de manière gé-
nérale la qualité du pâturage, elles augmentent en effet l’ingestion de protéines
par les animaux et aide à prolonger la saison de pâturage. Il faut semer durant la
saison des pluies et durant les derniers jours de présence des animaux ; ainsi, les
animaux les piétineront et les enfonceront dans le sol. Il ne faut ressemer que sur
les zones nues ou celles dont la couverture végétale est lacunaire.
Le lecteur trouvera des exemples d’herbacées au point 5.2 ci-dessus. Les lé-
gumineuses comprennent les plantes suivantes : desmodium (Desmodium spp.),

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 17







centro (Centrosema pubescens), siratro (Macroptilium atropurpureum), trèfle


PRODUCTION DE FOIN (Trifolium spp.), luzerne (Medicago sativa) et luzerne tropicale (Stylosanthes Discussion sur
guianensis). la conservation
du fourrage
Production du foin Conservation du fourrage Informez-vous auprès
1. Récolte de l’herbage 2. Séchage La saison sèche peut être très difficile à supporter pour tous les animaux, mais des agricultrices et agri-
Durant le séchage,
retourner l’herbe
surtout pour les ruminants d’une certaine taille comme les bovins, les moutons culteurs sur leur manière
plusieurs fois

Récolter les jours


et les chèvres, les amenant à perdre du poids ou à se développer plus lentement de conserver les fourrages
en raison du manque de fourrage et d’une alimentation déséquilibrée. Ils met-
de beau temps.

Épandre en fines couches et posez-leur les questions


3. Coupe et mise en bottes 4. Stockage correct
tront donc plus de temps pour atteindre leur maturité sexuelle ou la taille exigée suivantes :
Stocker dans une construction
de genre grenier.
pour la vente, ce qui fera perdre du temps et de l’argent au paysan. Celui-ci peut > Devez-vous régulière-
S’assurer que le foin ne
limiter ces problèmes en planifiant mieux et en adoptant les mesures suivantes : ment faire face à des pé-
Couper l’herbe sèche et
la lier en bottes serrées.
puisse pas être mouillé.
En récoltant et en entreposant suffisamment de fourrage excédentaire du- nuries de fourrage pour
rant les périodes d’abondance, on s’assure d’en avoir suffisamment durant le
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 11

nourrir vos animaux ? A


reste de l’année. Le fourrage stocké riche en fibres (tels que résidus et sous-pro- quelles périodes de l’an-
duits de culture) ne doit être utilisé que pour les ruminants. On peut en donner née et pendant combien
aux porcs, mais en quantités limitées seulement, et il ne convient pas du tout à de temps ?

 la volaille. Les légumineuses doivent être récoltées lors de la floraison ou lorsque > Comment nourris-
les bourgeons floraux commencent à se développer, tandis que les graminées sez-vous vos animaux
PRODUCTION D’ENSILAGE doivent être récoltées avant la floraison, quand elles contiennent un maximum durant ces périodes ?
de nutriments et de matière verte. On peut améliorer le taux de digestibilité des Conservez-vous du four-
fourrages riches en fibres en leur ajoutant des aliments protéinés qui, selon la rage à l’intention des
Production d’ensilage
région considérée, peuvent être des restes de la culture de légumes, des gousses, animaux et comment
1. Récolter 2. Hâcher et entasser
du fourrage vert ou encore des résidus d’oléagineux (en général des sous-pro- le conservez-vous ?
duits de l’extraction d’huile).

Comment fabrique-t-on le foin ?


3. Bien presser pour évacuer l’air
puis recouvrir
4. Fouler après avoir couvert On appelle foin le fourrage séché au soleil. C’est un fourrage sec à base de feuilles
de couleur verdâtre. La fabrication de foin est la plus ancienne et la plus impor-
tante méthode de conservation du fourrage. Ce n’est toutefois pas une méthode
de conservation usuelle parmi les éleveurs des régions tropicales, probablement
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 12
à cause de la très faible qualité des graminées tropicales lorsqu’elles sont arri-
vées à maturité.
Si on peut faire du foin manuellement à partir de plantes de diverses espèces,
celles qui possèdent des tiges fines et sont plus feuillues sont les plus avanta-
geuses, car elles sèchent plus vite. On étale pour cela un maximum de feuilles et

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 18


une quantité plus limitée de tiges sur le sol, en fines couches, que l’on retourne
régulièrement pour en accélérer le séchage. Le fourrage doit être récolté quand
il est moins humide et qu’il y a du soleil. On prévient ainsi les moisissures, qui
sont extrêmement préjudiciables, tant pour les animaux que pour l’être humain.
L’herbe doit être séchée, mais pas exagérément. Il ne faut par exemple pas la lais-
ser brunir. S’il y a suffisamment de main-d’œuvre disponible, il faudrait la hacher
et l’attacher en bottes bien tassées.
Le foin peut être stocké dans de simples constructions de type grenier repo-
sant sur quatre poteaux, dont le plancher est surélevé par rapport au sol et com-
posée d’un lattis laissant passer l’air et empêchant le foin d’être mouillé par le
bas. On entasse les bottes de foin dans le grenier que l’on recouvre de chaume ou
d’un film plastique pour protéger le foin de la pluie.
Une autre manière de conserver le foin, qui convient surtout pour de petites
quantités, est de le tasser dans des boîtes. Pour cela, il faut le hacher à la main,
puis le compresser dans une caisse de bois, le lier en bottes et stocker les bottes
dans d’autres caisses en bois.

Plantes se prêtant à la confection de foin


Les plantes cultivées et les graminées utilisables pour faire du foin comprennent
l’herbe de Guinée, l’herbe de Rhodes, l’herbe éléphant ou napier, le sorgho, le
maïs et les légumineuses fourragères comme le dolique (niébé) et le lablab. On
peut aussi améliorer la quantité et la qualité du foin en y ajoutant des résidus de
récoltes et des feuilles tombées.
Une plante tubéreuse comme le manioc peut être cultivée facilement pour
produire du feuillage ; après environ trois mois, elle produit du feuillage en quan-
tités suffisantes, et cela même en saison légèrement moins humide. On peut ré-
colter les feuilles en coupant la plante à environ 6 pouces [15 cm] au-dessus du
sol et les sécher 3 à 5 jours au soleil, puis en faire des ballots ou des bottes qui
seront soit immédiatement affouragées soit conservées. Le séchage des feuilles
ne vise pas seulement à réduire leur humidité, mais aussi à réduire la teneur en
acide cyanhydrique de manière à écarter tout danger pour les ruminants.
On peut aussi faire du foin à partir de feuilles séchées de toute une série de
légumineuses arborescentes. Il faut pour cela en récolter les feuilles, les sécher
à l’ombre et les mettre en sacs en les tassant bien pour une utilisation ultérieure.
Ces feuilles peuvent aussi être utilisées pour nourrir des poules pondeuses, car
de donner une couleur plus affirmée au jaune d’œuf.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 19





Comment fabriquer de l’ensilage ?


L’ensilage est un produit à humidité élevée issu de la fermentation contrôlée Visite de terrain
de fourrage vert. Pour le fabriquer, on récolte le fourrage frais, que l’on hache centrée sur la
et utilise à l’état frais pour en remplir des fosses (silos) en condition anaérobie, gestion sanitaire
condition que l’on crée en tapissant le fond et les parois de la fosse avec un film des animaux
plastique. Une fois la fosse remplie et le fourrage bien piétiné pour en retirer le Emmenez les agricultrices
plus d’air possible, on le recouvre aussi de plastique puis de terre. On tasse alors et agriculteurs vers un
encore une fois bien le tout pour s’assurer que la couverture ne laisse passer ni élevage proche et deman-
terre, ni air, ni eau. Le fourrage se conservera tant qu’il sera à l’abri de l’air. La dez-leur de citer toutes les
qualité de l’ensilage dépend de celle du fourrage ensilé et du déroulement du causes possibles d’infec-
processus de fermentation. tions pouvant altérer la
santé des animaux. Discu-
tez avec eux des mesures
6. Bonne gestion sanitaire des animaux possibles pour les préve-
nir et les traiter.
Un animal sain est mieux à même de résister aux maladies été aux infections
parasitaires et parviendra à grandir et à produire normalement. Mais la santé et
le bien-être des animaux sont aussi affectés par les conditions d’hébergement
et d’affouragement, par les traitements reçus de la part de l’homme et par leur
exposition directe aux parasites et aux pathogènes.

6.1 Causes de mauvaise santé des animaux

La mauvaise santé des animaux peut avoir différentes causes :


> Une alimentation insuffisante et de mauvaise qualité affecte la santé des ani-
maux et leurs performances mais aussi leur résistance aux maladies infec-
tieuses. Elle entraîne en outre des troubles métaboliques tels que l’acidose,
la fièvre de lait, l’acétonémie, la météorisation chez les bovins en raison de
déséquilibres dans l’apport de sels minéraux, de vitamines, de protéines et
d’énergie.
> Une mauvaise hygiène des logements animaux est propice à la multiplication
de nombreux parasites et autres organismes pathogènes. Une source très
fréquente d’infections est la présence de mangeoires souillées par des fèces
animales.
> Les endoparasites tels que les nématodes et autres vers, de même que les ec-

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 20





toparasites comme les poux, les tiques et les mites provoquent des infections
APPROCHE DE LA GESTION qui réduisent la consommation des animaux et la vitesse à laquelle leur corps
SANITAIRE DES ANIMAUX dégrade la nourriture pour faire fonctionner ses divers organes. Il en résulte
EN TROIS PHASES un amoindrissement du gain de poids, de la production et des performances
reproductives des animaux.
Les 3 étapes de la gestion sanitaire des animaux > Les blessures infligées aux animaux par de mauvais traitements ou par
leur exposition à des matières dangereuses telles que du verre ou du métal
peuvent provoquer des infections et donc affaiblir les animaux.
> Les pathogènes (organismes provoquant des maladies) et les parasites qui
3e étape : Passer au contrôle direct
(traiter l’animal) peuvent être transmis lors de déplacements d’animaux, d’humains, d’équipe-
2e étape : Offrir de bonnes conditions de croissance
ments ou encore de matériels infectés d’un troupeau ou d’une ferme à l’autre.

1re étape : Prévenir la contamination et la propagation des infections

6.2 L’approche en trois phases


Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 13

En élevage biologique, la gestion de la santé animale peut être vue comme un


système à trois phases incluant une multitude d’outils :
> Mesures de la 1re phase : la première phase consiste à prévenir l’introduction
et la multiplication des infections.
> Mesures de la 2e phase : la deuxième étape consiste à offrir de bonnes condi-
tions de développement aux animaux afin d’augmenter leur immunité et ré-
sistance naturelles aux infections.
> Mesures de la 3e phase : la troisième phase est celles des mesures directes
(traitements) visant à tuer les parasites et autres organismes responsables
de la maladie.

Chacune de ces phases sert de base à la prochaine. Le but est d’optimiser les
phase 1 et 2 pour minimiser l’introduction et la propagation d’infections et favo-
riser l’immunité naturelle et renforcer la santé et la résistance des animaux. Ce
faisant, on réduit d’autant les mesures à prendre ou les traitements à prescrire
au niveau 3. L’application correcte des mesures des niveaux 1 et 2 permet norma-
lement de réduire considérablement les interventions directes. Cette approche
permet de réaliser des économies et prévient certains effets négatifs des traite-
ments sur les animaux et la nature.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 21





6.2.1 Mesures de gestion préventive de santé animale (mesures de la 1re phase)


MESURES PRÉVENTIVES En bio, la gestion des animaux est basée sur les mesures de précaution et de pré-
DANS LA GESTION SANITAIRE vention. Ces mesures comprennent :
DES ANIMAUX a. La sélection de races bien adaptées aux conditions locales
La race des animaux est le point de départ de toute réussite de la gestion
Mesures préventives (1re étape) biologique de la santé animale. Il faut en effet choisir uniquement des races
adaptées aux conditions locales en matière de besoins alimentaires, de
conditions climatiques, ainsi que de tolérance aux parasites et aux maladies
communes. Cette mesure a l’avantage de minimiser les frais de gestion et le
risque de pertes d’animaux par décès.
Mesures de quarantaine

Sélection adequate des races


b. Mesures de quarantaine
Tous les animaux nouvellement introduits dans la ferme doivent recevoir
Vaccination de bons traitements et être isolés un certain temps afin de pouvoir surveil-
Surveillance régulière ler de plus près leur statut sanitaire. Tout mouvement de matériel, fumier et
équipements inclus, doit être interdit dans les zones ou fermes en question
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 14

jusqu’à ce que leur statut sanitaire puisse être considéré comme sûr. Les visi-
teurs se rendant dans ces fermes doivent aussi se désinfecter les pieds avant
de pénétrer dans les locaux des animaux ou sur leurs aires de pâture, dans le
but de minimiser le risque de transfert d’infections.
c. Surveillance régulière des animaux
Il est important d’observer attentivement les animaux pour pouvoir identi-
fier et traiter les infections avant qu’elles n’empirent ou ne se transmettent à
d’autres animaux. C’est pourquoi les paysans bio tiennent un registre de leurs
observations journalières ou du moins régulières, car celles-ci les aideront a
interpréter les signes et causes possibles de maladies ou de blessures. Les
signes de maladie peuvent être une perte d’appétit qui se traduira par une
consommation plus faible de nourriture et d’eau, par une perte de produc-
tivité telle que la baisse de la production de lait ou d’œufs, par une apathie
décelable à un manque de vitalité, à une tête pendante ou à un mouvement
anormal, une excrétion anormale des orifices corporels, de difficultés respi-
ratoires se traduisant par une respiration rapide, pénible, de la toux ou des
halètements, ou l’inflammation des muqueuses buccales, de la conjonctive
ou des lèvres de la vulve dont la membrane peut, chez les bovins, être pâle
ou sèche. D’autres signes sont une augmentation ou une baisse de la tempé-
rature corporelle, des excrétions anormales, trop dures ou au contraire, trop

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 22


aqueuses ou encore recouvertes de mucus ou sanguinolentes. Les animaux
fortement infestés de vermine peuvent être isolés et, en dernier recours,
abattus pour éviter la transmission de l’infection aux autres bêtes. La viande
ne doit être consommée que si la température de l’animal était normale au
moment de l’abattage et si l’on n’observe pas d’anomalie dans la viande. Si-
non, il faut élimine la viande en l’enterrant.
d. Vaccination
La vaccination est recommandée, tout particulièrement contre les maladies
difficilement soignables ou impossibles à soigner causant des pertes impor-
tantes suite à une mortalité élevée. Les maladies de ce type sont par exemple
la fièvre aphteuse, l’anthrax, les pneumonies, la fièvre porcine africaine ou
encore la grippe aviaire.
Pour la certification, l’usage des vaccins est une pratique que les règles de la
bio demandent de limiter. Cela signifie qu’on en décourage l’usage routinier
et qu’ils ne sont autorisés que s’il est démontré par le paysan bio qu’une ma-
ladie donnée est endémique dans la région ou sur l’exploitation ou lorsque la
vaccination est légalement obligatoire, respectivement recommandée par le
vétérinaire. Les certificateurs bio exigeront donc une attestation écrite d’un
vétérinaire confirmant la présence ou le risque d’infection par un pathogène
donné. Le vaccin ne doit de plus pas inclure de composants ou produits dé-
rivés d’organismes génétiquement modifiés. Dans ces conditions, la vaccina-
tion ne constituera pas un obstacle à la certification et ne nécessitera pas
de mise en quarantaine ; les traitements en question doivent cependant être
documentés dans un registre.

6.2.2 Offrir de bonnes conditions de développement (mesures de la 2e phase)


La gestion bio des animaux est par ailleurs axée sur l’offre de bonnes conditions
de développement dans le but de renforcer l’immunité et la résistance naturelles
des animaux aux infections, ce qui inclut une alimentation équilibrée, un héber-
gement de qualité et des traitements respectueux des animaux.
Même si la résistance et la tolérance naturelles des animaux aux maladies
infectieuses varient d’un individu à l’autre, les paysans peuvent l’améliorer. Les
jeunes animaux développent cette faculté en consommant du colostrum, avant
tout durant les 6 premières heures suivant la naissance, car il contient des an-
ticorps. On ne recommande pas l’administration routinière d’antibiotiques aux

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 23





animaux bio, car ces antibiotiques interfèrent avec la faculté normale de l’animal
OFFRIR DE BONNES à développer sa résistance naturelle aux infections. Et à long terme, les agents
­CONDITIONS DE pathogènes tendent à développer une résistance contre ces médicaments.
DÉVELOPPEMENT
a. Nutrition appropriée
Bonnes conditions de croissance (2e étape) L’affouragement des animaux doit leur assurer un régime alimentaire équili-
bré, avec de bonnes proportions de fourrage frais et de bonne qualité, addi-
Hébergement et système tionnée chez les ruminants de quantités modestes de concentrés et des sels
sanitaire adéquats
minéraux pour prévenir les carences. Il faut éviter d’affourager d’aliments
Ne pas stresser les animaux
potentiellement vénéneux tels que la pomme épineuse (Datura stramo-
nium), des aliments moisis ou encore des déjections de volailles, du fumier
Affourager correctement ou d’autres engrais. Les pâtures doivent également être gérées correctement,
avec des rotations adéquates pour éviter la prolifération de parasites in-
ternes transmis sur pâturage, tels que les nématodes gastrointestinaux.
b. Hébergement et installations sanitaires adéquates
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 15

Le nettoyage régulier des logements animaux, des mangeoires et des abreu-


voirs ainsi que de leurs environs aide à réduire les risques sanitaires. Il faut
régulièrement composter les excréments et tout ce qui n’est pas compos-
table doit être collecté correctement et incinéré ou entreposé pour éviter de
créer de sources potentielles de danger pour les animaux.
c. Éviter les situations stressantes
Les paysans bio tentent dans la mesure du possible de minimiser le stress
physique et psychique des animaux pour favoriser leur bien-être et un déve-
loppement normal. Le stress affaiblit le corps des animaux et les rend plus
vulnérables aux infections ; parfois, il peut même directement endommager
leurs organes. Le stress peut entre autres être causé par les conditions mé-
téorologiques, qu’il s’agisse d’excès de chaleur, de rayonnement solaire, de
pluie ou de vent mais aussi par un confinement des animaux les empêchant
d’exprimer leurs besoins comportementaux fondamentaux comme de mar-
cher, galoper, voler ou se reposer. Les traitements brutaux, les coups infligés,
les attaches trop rigides et la privation d’accès suffisant à la nourriture et à
l’eau sont autant d’autres facteurs de stress. Si on traite les animaux avec
douceur, on en fait des animaux dociles, calmes et sains.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 24







6.2.3 Contrôle direct et traitement des infections (mesures de la 3e phase)


CONTRÔLE DIRECT Si dans l’élevage biologique on privilégie les bons soins et les pratiques préven- Discussion
­(TRAITEMENT) DES tives comme méthodes pour maintenir la santé du cheptel, on y reconnaît toute- sur le traitement
INFECTIONS fois que ces mesures sont parfois insuffisantes pour protéger les animaux de la vétérinaire
maladie. En cas de maladie, on peut donc appliquer des traitements à base de mé- des infections
Traitement (3e étape) dicaments chimiques et d’antibiotiques. Cependant, de tels traitements doivent Demandez aux agricul-
› Si les mesures préventives sont
s’accompagner de mesures adéquates d’isolement, tout particulièrement dans trices et agriculteurs
insuffisantes
› Traitement avec des médicaments
les élevages bio certifiés. Le recours à ce genre de traitements n’entraîne pas le de vous décrire les symp-
chimiques et des antibiotiques
uniquement en cas d’infection retrait de la certification ; il faudra cependant retirer ces animaux de la vente ou tômes des infections les
› Respecter les délais d’attente prescrits
avant de vendre les produits en tant
que biologique
attendre avant de les abattre que soit écoulée une période de retrait double de plus communes dans la
la période de retrait obligatoire prescrite par la loi pour la substance en question. région et généralement
Pendant un certain temps, les produits d’animaux traités de la sorte ne peuvent traitées aux médicaments
pas être commercialisés comme produits bio. vétérinaires. Où se
Il existe aussi des remèdes à base de plantes et des traitements traditionnels procurent-ils ces médica­
pour traiter les animaux. Ils sont faciles à se procurer et bon marché. Ce sont
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 16

ments et qui les adminis­


entre autres : tre aux animaux ?
> Des additifs alimentaires telles que vitamines et sels minéraux.
> Des vermifuges végétaux à base d’ail, de pépins de courge ou d’armoise (Ar-
temisia spp.), que l’on peut ajouter aux aliments pour gérer les nématodes
gastrointestinaux ainsi que les parasites installés dans les poumons ou dans
le foie.
> De l’huile de graines de margousier, du tephrosia ou du pyrèthre pour lutter
contre les tiques.

En cas d’inefficacité des traitements bio, les paysans doivent toutefois protéger
le bien-être de leurs animaux en recourant à des traitements conventionnels.

6.3 Gestion des tiques et autres parasites externes

Les parasites externes des régions tropicales sont essentiellement les poux et les
acariens, mais aussi les tiques. Celles-ci attaquent presque tous les types d’ani-
maux, y compris la volaille. Elles en boivent le sang, ce qui peut causer une gêne
ou dans les cas extrêmes, provoquer de l’anémie et donc affecter le développe-
ment des animaux. Elles peuvent aussi transmettre des maladies ou provoquer
des dommages cutanés.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 25





Il existe principalement deux types de tiques, les tiques molles et les tiques
EXEMPLE DE CYCLE DE VIE dures. Les tiques molles ou argasidés se distinguent par un corps mou et par
D’UNE TIQUE À TROIS HÔTES leurs pièces buccales se trouvant sur la face inférieure d’un corps massif. Elles
se nourrissent rapidement et gonflent comme des ballons quand elles sont gor-
Cycle de vie d’une tique à 3 hôtes gées de sang. Les tiques dites dures, les ixodidés, sont dotées d’une plaque dure
6. La femelle gorgée de sang
1. Une femelle mature pond des
milliers d’oeufs dans l’herbe.
sur leur face supérieure et elles utilisent leurs pièces buccales terminales pour
s’accouple avec un mâle

percer et s’attacher à l’hôte. Elles s’alimentent lentement et leur repas s’étend


Moyens et grands mammifères, 2. Éclosion des larves
petits mammifères, oiseaux (4-6 semaines)
sur plusieurs jours.
5. Tique adulte mâle / femelle
D’autres parasites externes tels les puces sont très désagréables pour les ani-
Petits mammifères, rongeurs, oiseaux maux et peuvent véhiculer des maladies d’un troupeau à un autre.
4. Les nymphes gorgées de sang
s’abritent dans l’herbe et muant en
tiques adultes (10-20 semaines)

Petits mammifères, oiseaux Cycle de vie des tiques


3. Les larves gorgées de sang s’abritent
dans l’herbe et s’y transforment en
nympes (4-6 semaines) Il existe des tiques à un, deux et trois hôtes. Les tiques des espèces à un seul
hôte passent tous leurs stades et muent sur un seul et même hôte. Elles pondent
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 17

ensuite leurs œufs sur le sol. Chez les tiques à deux hôtes, larves et nymphes
vivent sur le même hôte, mais les adultes vivent et se reproduisent sur un hôte
différent. Chez les espèces à trois hôtes, chaque stade cible un hôte différent, les
œufs étant finalement pondus au sol. La majorité des tiques ont trois hôtes. De
même espèce ou non. La tique des moutons (Ixodes ricinus) se nourrit en principe
une fois par stade et sur des hôtes pouvant appartenir à de nombreuses espèces
différentes. C’est ce qui en a fait une des principales tiques infectant le bétail, les
animaux domestiques et les humains. Les espèces hôtes sont : souris, rats, écu-
reuils, reptiles, bovins, chevaux, moutons, porcs, chiens, chats et humains.
Le cycle de vie des tiques comprend 4 stades : œuf, larve, nymphe et adulte.
Au sortir de l’œuf, la larve se cherche un hôte, s’y nourrit et tombe à terre, mue
et se transforme en nymphe. La nymphe se met à la recherche d’un nouvel hôte,
s’y nourrit, tombe à son tour et mue et se transforme en tique adulte. Les adultes
(mâles et femelles) cherchent un nouvel hôte, se nourrissent, tombent à terre,
s’accouplent, puis les femelles pondent sur le sol. Les tiques diffèrent par la du-
rée de leur cycle de vie et par le nombre d’hôtes que ce cycle comprend.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 26


Recommandations aux paysans concernant la gestion correcte des tiques et
des autres ectoparasites :
Il existe une série de mesures permettant de maîtriser durablement les tiques et
les autres parasites externes :
a. Sélection d’animaux peu sujettes aux tiques, par exemple des races adaptées
aux conditions locales.
b. Observation attentive et surveillance des animaux pour bien identifier les in-
festations à un stade précoce, de manière à pouvoir agir rapidement.
c. Piégeage des parasites au moyen de trappes placées à des endroits straté-
giques autour des parcs ou des aires de repos.
d. Utiliser des mesures de lutte biologique, par exemple en laissant les poules
du voisinage picorer autour des parcs et donc de manger les tiques.
e. Les traitements bio sont essentiellement des agents répulsifs. Exemples : sul-
fure de calcium, huile de margousier (neem) ou d’eucalyptus (E. globulus) ou
encore pyrèthre naturel.
Contre les tiques, on peut aussi utiliser des préparations végétales à base de
tephrosias, de Lantana camara, de Tagetes minuta et d’Azadirachta indica. Les
feuilles d’eucalyptus ajoutés à la litière des animaux repoussent elles aus-
si les tiques et les autres parasites externes. De nombreuses autres plantes
médicinales locales peuvent être utilisées pour traiter les animaux, on peut
partager ses expériences avec d’autres éleveurs ou avec des vulgarisateurs
locaux.

Principes de base pour la préparation de produits d’herboristerie :


1. Cuire 1 kg de feuilles pendant 30 minutes dans 10 litres d’eau.
2. Laisser refroidir la préparation.
3. L’appliquer sur les animaux à l’aide d’un balai ou d’une brosse à raison
d’environ 5 litres par animal. On peut aussi la sprayer au moyen d’un pulvé-
risateur à dos à condition de l’avoir bien filtrée auparavant. Il est en outre
possible d’y ajouter un peu de poudre de savon pour que la préparation
adhère au corps de l’animal.
Il peut exister des recommandations spécifiques pour certaines préparations
botaniques.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 27


f. L’installation de doubles clôtures, surtout du côté des fermes voisines, peut
aider à prévenir la dispersion de tiques et de poux provenant d’animaux voi-
sins infestés.
g. Une bonne gestion des pâturages et du broutage, avec des interruptions
appropriées de plus de 3 mois pour les animaux âgés et des interruptions
jusqu’à 6 mois pour les jeunes animaux, permet de briser le cycle de vie de
la plupart des parasites externes et de réduire la pression des nuisibles. Les
changements fréquents de parcs, voire le changement des espèces sur une
même parc, aident aussi à réduire la pression des parasites.

6.4 Gestion des parasites internes

Les parasites internes, communément appelés « vers », peuvent affecter sérieu-


sement la production et la santé des animaux que l’on met à brouter. Les jeunes
animaux, dont le système immunitaire est encore faible, sont particulièrement à
risque. La plupart des parasites internes se transmettent sur les pâturages, où les
animaux s’infectent en les ingérant avec l’herbe. Une fois dans l’animal, ces vers
se mettent à pondre des œufs. Il en sort des larves, qui infecteront les autres ani-
maux via les excréments. Plus la charge au pâturage est élevée et moins il y a de
pauses entre les périodes de pâture, plus l’incidence des infestations sera élevée.
La plupart des paysans ont toujours beaucoup utilisé de médicaments anti-
parasitaires (vermifuges) dits « antihelminthiques » pour lutter contre les para-
sites internes de leur bétail, mais à long terme, l’utilisation de ces médicaments
a induit des résistances. Les paysans bio doivent donc de manière générale éviter
d’y recourir et de le faire uniquement en cas de nécessité, dépendant de la gravi-
té de l’infestation, et seulement si les pratiques et les substances autorisées en
bio ne parviennent pas à enrayer l’infestation.
Exemples de parasites internes communs : chez les bovins se sont les capil-
laires (vers vivant dans l’estomac ou dans les intestins), les strongles, les douves
et les coccidies. Chez les moutons et les chèvres, les vers gastrointestinaux (vers
ronds, nématodes, vers parasites de l’estomac), les ténias, les douves et les coc-
cidies sont communs. On trouve fréquemment chez le porc les grands vers ronds
(ascaris), œsophagostomose, ver du poumon, vers de l’estomac, les nématodes et
les vers rénaux géants. Nous parlerons uniquement dans ce manuel de la grande
douve du foie et des nématodes gastrointestinaux.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 28





Grande douve du foie (Fasciola hepatica ou Fasciola gigantica) : la grande douve


CYCLE DE VIE DE LA GRANDE du foie est un trématode plat dont la forme rappelle une feuille et qui parasite de
DOUVE DU FOIE nombreuses espèces de mammifères, être humain inclus. En production animale,
ils parasitent surtout les ruminants (moutons, chèvres, bovins). Le cycle de vie
Cycle de vie de la grande douve du foie des douves inclut un hôte principal et un hôte intermédiaire, en l’occurrence un
gastéropode d’eau douce.
Les douves adultes colonisent le foie de l’hôte principal et y produisent des
œufs qui, via le conduit biliaire et l’intestin, passent dans l’environnement avec
les fèces. Dans l’œuf se développe un stade intermédiaire, la miracidie. Une fois
Jeunes douves
sur l’herbe
Œufs
éclose, celle-ci infeste des gastéropodes d’eau douce, d’où sortent après envi-
ron 24 heures, des cercaires (autre stade intermédiaire). Les cercaires quittent le
Cercaires
Miracidies
corps du gastéropode, continuent leur développement puis migrent vers un pâ-
Mollusque d’eau douce
turage proche, où elles sont avalées par l’hôte principal. Elle y devient une petite
douve, qui migre vers le foie où elle passe au stade adulte.
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 18

Les hôtes intermédiaires, les gastéropodes, vivant en eau douce, la mesure de


prévention la plus efficace est d’éviter la pâture des animaux près de l’eau.
Nématodes gastro-intestinaux (NGI) : ce sont des vers parasites vivant dans


l’intestin grêle et la caillette des ruminants. Leur cycle de vie ne comprend pas
d’hôte intermédiaire. Les œufs sont excrétés avec les fèces. Dans ces fèces
NÉMATODES éclosent de premières larves (L1), qui se développent en larves infectieuses de 3e
GASTRO-INTESTINAUX stade (L3). Celles-ci quittent les fèces et migrent vers les herbes du pâturage, où
les ruminants s’infectent en broutant, par ingestion de larves L3.
Cycle de vie des nématodes parasites de l’intestin Recommandations pour la prévention : les larves L3 des NGI ayant besoin
d’herbe humide ou tout au moins de rosée pour se déplacer sur l’herbe et donc
être ingérées par le ruminant, on peut donc prévenir l’infection en faisant paître
les animaux uniquement sur des pâturages secs.

Larve L3
Oeufs
Recommandations d’ordre général pour les paysans désireux de bien gérer les
sur fourrage
Larve (L1) parasites internes :
Larve (L2) En production bio, la lutte contre les parasites internes est basée sur le respect
Larve (L3)
de bonnes pratiques de gestion et la réduction du risque d’infection basée sur
Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique M5 Elevage 19

une bonne alimentation et un niveau minimum de stress. Les mesures pratiques


suivantes ont prouvé leur utilité :
a. Bonne gestion des pâturages afin de briser le cycle de reproduction des para-
sites. Il convient de déplacer les animaux vers des pâturages propres, surtout
après les pluies, quand les parasites se multiplient activement. On peut la-

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 29


bourer les vieux pâturages pour exposer les œufs et les larves au soleil et à la
chaleur et y installer des cultures ou les affecter à d’autres espèces animales.
b. Une bonne alimentation des animaux aide à maintenir les animaux forts et
en forme, capable de supporter la présence de parasites internes.
c. Une planification soigneuse du pacage est très important pour bien maîtri-
ser les parasites, par exemple au moyen d’un systèmes de parcs à pâturer en
rotation. Les animaux plus âgés, moins délicats, devraient être mis à pâturer
dans le système de rotation après les animaux plus jeunes. En diminuant le
nombre d’animaux présents sur une surface à pâturer et en respectant bien
le principe de rotation, on peut aussi largement réduire la densité parasitaire.
d. Certaines plantes fourragères comme Sericea lespedeza ont fait preuve de
bonnes propriétés antihelmintiques. En affourageant des lespédézas aux
moutons et aux chèvres on parvient à réduire substantiellement l’occurrence
des parasites internes tels que les nématodes gastrointestinaux. Le fait de
vermifuger les animaux au moyen de plantes fourragères est très avantageux
parce que les animaux sont à la fois convenablement alimentés et traités.
e. Certains paysans ont utilisé des traitement bio tels que des infusions à base
de produits naturels (ail, mélasses, huiles végétales, produits à base d’Aloe
vera, etc.). L’administration de sulfate de cuivre (CuSO4) très dilué est permise
en bio, mais il existe aussi d’autres substances, admises au gré des différentes
normes de la Bio.

6.5 Autres pratiques d’élevage en production animale

Il faut réduire le plus possible les pratiques infligeant des douleurs aux animaux,
notamment la castration, le marquage, l’écornage, le débecquage des poulets et
l’équeutage. Certains règlements bio interdisent l’écornage, le débecquage et
l’équeutage.
Il est important d’avoir de bonnes relations entre les animaux et les humains.
Des manipulations fréquentes, en douceur, le fait de leur parler rendent les ani-
maux dociles et les calme ; on peut alors les traiter, les déplacer ou les manier
sans stress, sans bruit inutile et sans blessures.
Il faut veiller à la propreté et au bon fonctionnement des outils et équipe-
ments utilisés, râteliers, clôtures, puits et outils pour les mutilations, car un mau-
vais fonctionnement peut entraîner des blessures.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 30


7. Maniement correct des produits animaux

L’apparition de maladies telles que la vache folle ou la grippe aviaire, tout comme
les problèmes dus aux salmonelles et à E. coli ont rendu le grand public plus
conscient des problèmes sanitaires et sécuritaires l’être humain. Les produits
animaux sont très périssables et constituent de bons milieux nourriciers pour
de nombreux pathogènes. Mal gérés, ils peuvent constituer de sérieuses sources
d’infection pour les consommateurs de produits animaux.

Abattage et préparation des produits animaux


Il est impératif, dans la chaîne de transformation d’animaux en produits comes-
tibles, de commencer par abattre humainement les animaux et de transformer
les carcasses efficacement et hygiéniquement. Au moment d’être abattus, les
animaux doivent être sains et physiologiquement normaux. En prévision de
l’abattage, il faut laisser les animaux se reposer correctement, surtout après de
longs transports. Les porcs et la volaille sont généralement mis à mort dès l’arri-
vée, car la durée et les distances de transport sont relativement brèves et parce
que la détention en boxes les stresse. Il faut leur donner de l’eau pendant qu’ils
sont ainsi détenus et, au besoin, les nourrir. Cette période de détention doit être
mise à profit pour identifier les animaux malades ou blessés.
Il existe beaucoup de méthodes d’abattage mais quelle que soit la méthode
utilisée, il faut s’assurer qu’elle inflige un minimum de douleur et de stress en
s’en occupant avec calme, en évitant les bruits exagérés et en laissant ensemble
les animaux qui se connaissent. Par la suite, il faut empêcher la carcasse d’être
contaminée et collecter et éliminer les déchets en toute sécurité.

Recommandations d’ordre général aux paysans pour la manutention correcte


des produits animaux :
> N’abattre pour la consommation humaine que des animaux sains.
> Respecter le délai d’attente requis pour les animaux traités à l’aide de mé-
thodes conventionnelles avant de les abattre et de vendre leurs produits
comme étant de production biologique.
> Appliquer des procédures sanitaires appropriées afin de préserver l’hygiène
personnelle et alimentaire et minimiser le risque de contaminer l’environne-
ment.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 31





> La carcasse doit être refroidie au cours du premier jour suivant l’abattage.
> Respecter les normes des marchés bio durant tout le processus d’abattage, Discussion sur
pour que les produits puissent y être commercialisés. les débouchés
> Il est impératif d’utiliser des méthodes adéquates de conservation des pro- commerciaux
duits (rôtissage, cuisson, séchage, salage ou réfrigération / congélation). pour les produits
> Minimiser la pollution en éliminant correctement et sans danger l’eau usée et animaux
les déchets animaux solides après l’abattage. Évaluez la situation locale
en matière de débouchés
commerciaux pour les
8. Certification bio et commercialisation des produits animaux produits animaux à l’aide
des questions suivantes :
Les produits animaux sont normalement destinés au marché local du pays de > Quels sont les marchés
production où la demande dépasse normalement l’offre. Dans une situation de demandeurs de produits
demande toujours croissante, il existe un potentiel d’augmentation de la produc- animaux ?
tion. Même sur ces marchés locaux pourtant, des consommateurs demandent > Y a-t-il une demande
parfois des produits animaux tels que des œufs, du lait et de la viande provenant pour des produits issus
d’exploitations durables. C’est là une opportunité pour commercialiser des pro- de production biolo-
duits bio ou de production durable à des prix majorés. Toute décision de faire gique ou respectueuse
certifier la production animale doit cependant reposer sur un marché existant des animaux ?
ou sur la volonté des revendeurs de promouvoir des produits animaux bio de > Y -a-t-il dans la région
production durable. des agriculteurs biolo-
Les normes bio de certains pays comportent des exigences spéciales concer- giques certifiés, autori-
nant la production animale. Les recommandations d’ordre général qui suivent sés à produire et à com-
sont cependant communes à tous : mercialiser des produits
> Choix judicieux des races élevées animaux bio ? Comment
> Interdiction des animaux obtenus via des techniques de clonage ou par trans- estiment-ils la demande
fert d’embryons et les prix ?
> Alimentation exclusivement à l’aide de produits naturels ou de sources certi­
fiées bio
> Utilisation limitée de concentrés pour nourrir les ruminants
> Interdiction des traitements recourant à des produits ou thérapies chimiques,
sauf sur prescription d’un vétérinaire
> Interdiction de la détention entravée.

Manuel de formation en agriculture biologique pour l’Afrique Module 05 Élevage 32

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