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Exploitation Des Ressources Forestieres: Pierre Milleville

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EXPLOITATION DES RESSOURCES FORESTIERES

Pierre Milleville

Les différentes formations forestières du sud-ouest de Madagascar sont depuis


longtemps exploitées par l’homme, à des titres et à des degrés divers. Plusieurs ensembles
de facteurs conditionnent les modalités et l’intensité de cette exploitation : type de formation
forestière et nature des principales espèces végétales constitutives, caractéristiques
pédoclimatiques conditionnant l’aptitude à la mise en culture, répartition de la population
rurale, genre de vie et orientation des systèmes de production, éloignement d’un centre
urbain, existence de voies de communication, … Une forte diversité se manifeste ainsi quant
aux usages des ressources forestières, et chaque massif forestier justifierait une étude
particulière afin d’en caractériser les modes d’appropriation et d’évaluer les types, l’intensité
et l’impact de cette exploitation.

Dans la forêt des Mikea, des enquêtes réalisées en 1999 auprès de quelques villageois
sur les catégories d’usage des 146 espèces végétales présentes dans deux sites (Raherison,
2000 ; Rakotojaona, 2000), montrent que seules 40 d’entre elles sont déclarées sans usage.
Les types d’utilisation (hors usage pastoral) des 106 autres espèces se répartissent comme
suit, sachant qu’une même espèce peut être utilisée à plusieurs titres :

On rendra compte ici de quelques résultats synthétiques obtenus, dans le cadre du


programme GEREM, sur deux types importants d’exploitation des ressources forestières : le
bois d’œuvre et le charbon de bois. Des indications seront fournies sur les usages
alimentaires. On trouvera par ailleurs (chapitre 7) des éléments sur l’utilisation pastorale des
espèces forestières de la région de Sakaraha.
6.1. Bois d’œuvre

Les résultats présentés proviennent essentiellement des travaux de Yves-Marie


Gardette pour l’échelle régionale (Gardette, 1997) et de Sandrine Terrin pour la forêt des
Mikea (Terrin, 1998).

Les forêts relèvent du domaine de l’Etat. Depuis le décret de 1930, des droits d’usage
ont été accordés aux populations riveraines de la forêt, leur permettant d’accéder de
manière gratuite mais conditionnelle à la ressource forestière, afin de satisfaire les besoins
locaux des membres de la collectivité rurale. En revanche, tout prélèvement à titre
commercial, réalisé dans les forêts qui ne peuvent être soumises à l’aménagement et à
l’exploitation par coupes régulières, suppose l’obtention d’un permis d’exploitation (spécifique
du type de produit exploité) délivré par les Services des Eaux et Forêts.

Les essences forestières sont classées en cinq catégories :


- Première catégorie (bois spéciaux), dont hazomalany (Hernandia voyroni), espèce
devenue rare, employée en menuiserie fine, et traditionnellement pour la fabrication des
cercueils ;
- Deuxième catégorie (bois d’ébénisterie et de menuiserie fine), dont manary (Dalbergia
sp, ou palissandre) et lopingo (Diospyros sp, ou ébène) ;
- Troisième catégorie (bois de charpente, d’embarcation, de menuiserie), dont vory
(Alleanthus greveanus), monongo (Zanthoxylum decaryi), farafatsy (Givotia
madagascariensis), mendoravy (Albizia greveana) ;
- Quatrième catégorie (bois de caisserie et de menus usages), dont deux espèces très
répandues et intensément exploitées : arofy (Commiphora sp) et katrafay (Cedrelopsis
grevei) ;
- Cinquième catégorie (bois de chauffage et à charbon).

Le permis d’exploitation du bois d’œuvre est accordé, après évaluation de la valeur du


lot demandé, sur une surface précise et localisée, et pour une durée déterminée. Jusqu’au
début des années 1950, la redevance due était calculée par unité de produit sorti. Ensuite, et
jusqu’en 1995, elle l’a été par unité de surface, en fonction de la richesse du lot demandé. La
délivrance d’un permis d’exploitation s’accompagne d’un cahier des charges fixant des
clauses techniques, propres à assurer l’exploitation rationnelle du lot forestier
(matérialisation du lot, taille minimale d’exploitabilité des arbres des différentes catégories,
maintien d’individus porte-graines,…), ainsi que des clauses juridiques et administratives
fixant les différents frais dont l’exploitant doit s’acquitter pendant la durée de son permis. La
législation en vigueur fixe donc des règles strictes en matière d’exploitation forestière. Mais
l’activité d’exploitation, telle que l’on peut l’observer dans la province de Tuléar, s’éloigne
singulièrement de ce cadre législatif, qui apparaît néanmoins primordial en façonnant, en
quelque sorte, le comportement des acteurs.

Les archives du Service Provincial des Eaux et Forêts de Tuléar ont pu donner accès à
quelque 200 permis d’exploitation du bois œuvre, dont 164 précisément localisés,
correspondant aux trois dernières décennies (Gardette, 1997). La période des années 1970
est la plus importante quant au nombre de permis délivrés. Une autre période d’activité
intense apparaît à la fin des années 1980. Par contre, peu de permis sont octroyés au début
des années 1990, et la direction des Eaux et Forêts suspend d’ailleurs temporairement la
délivrance de nouveaux permis en 1993 en raison de nombreuses irrégularités constatées. Le
cantonnement de Tuléar regroupe à lui seul 43% des permis accordés, qui concernent plus
particulièrement la forêt située à l’ouest de la route Tuléar Morombe, entre Ankililoaka et
Analamisampy (forêt des Mikea). Le cantonnement de Sakaraha, avec les massifs forestiers
de Zombitse et Vohibasia notamment, vient ensuite avec 28% des permis. Les autres
cantonnements participent pour une faible part à l’exploitation du bois d’œuvre, soit en
raison de leur éloignement de Tuléar (Morombe, Ankazoabo, Beroroha), soit parce que les
formations forestières dominantes sont pauvres en espèces exploitables (sud de la province,
avec les cantonnements d’Ampanihy, de Benenitra et de Betioky).

Les surfaces sur lesquelles portent les permis ont connu de fortes variations au cours
du temps. Oscillant en moyenne annuelle entre 80 et 300 hectares de 1957 à 1972, elles
explosent au cours des quatre années qui suivent, avec une moyenne de 1400 hectares,
pour une surface totale (28 permis) de près de 40 000 hectares. Cette période correspond à
l’ouverture d’un marché extérieur attractif pour le bois de palissandre, qui attire
naturellement des sociétés importantes qui déposent des demandes de permis pour des lots
de grandes dimensions. Des sociétés sont alors créées à l’initiative de groupements
d’exploitants. Inversement, aucun permis d’une surface supérieure à 100 hectares n’est
accordé entre 1988 et 1994, un changement de législation imposant certaines contraintes
administratives aux titulaires de lots plus importants. Une nouvelle disposition adoptée en
1995 fixe par contre à 100 hectares la surface minimale des lots, et l’on constate depuis lors
un accroissement de la taille des lots attribués. Le choix de la surface des lots constitue un
élément de la stratégie des exploitants dans le but d’accéder à la ressource forestière et à
son marché. Il en résulte que la surface d’exploitation définie administrativement n’est pas
en rapport direct avec la surface réellement exploitée par la suite. De façon plus générale, le
cadre réglementaire, qui constitue une contrainte incontournable pour l’obtention du permis,
s’estompe ensuite par manque de contrôle ou par accord tacite.

Grâce aux archives du service provincial des Eaux et Forêts, il est possible d’évaluer, au
moins grossièrement, la production de bois d’œuvre. Ces évaluations ne tiennent
évidemment pas compte des productions résultant de l’exploitation illicite, par définition non
enregistrées. Depuis 1960, la production annuelle apparaît irrégulière. Située entre 1000 et
2000 m3, elle connaît une très forte augmentation de 1974 à 1980, ainsi qu’un regain depuis
le début des années 1990. Ces fluctuations s’expliquent en examinant la contribution des
différentes essences : le pic de 1974 (plus de 5000 m³) résulte d’un boom brutal de la
production de manary (palissandre), impulsé par l’ouverture d’un fructueux marché à
l’exportation, qui s’accompagne d’une forte croissance des demandes de permis. Ce contexte
favorable est fugace, puisque la production de palissandre retombe au niveau le plus bas dès
1977. Mais la production globale reste élevée, durant quelques années, car les exploitants se
reportent alors sur l’arofy, qui, en temps normal, représente l’essence la plus exploitée. Le
regain d’activité qui s’amorce en 1989 est à nouveau lié à la production de palissandre, grâce
à l’ouverture d’un nouveau marché extérieur. On peut donc distinguer deux types de
situations : d’une part une situation “ normale ” où, en absence de marché extérieur, la
production se tourne vers d’autres essences que le palissandre (arofy, vory, monongo,
karabo, hazomalany, farafatsy) ; d’autre part une situation où un marché extérieur (asiatique
essentiellement) existe, ciblé presque exclusivement sur le palissandre, dont l’exploitation
connaît un regain d’activité en raison des marges importantes offertes par ce marché. Ce
sont ces perspectives qui, en grande partie, justifient les stratégies développées pour obtenir
une concession (condition réglementaire en principe indispensable pour accéder au marché
extérieur), même si les règles d’exploitation les plus sommaires ne sont pas respectées par la
suite.

L’activité des exploitants forestiers s’exerce dans un contexte de plus en plus


contraignant, marqué par la détérioration des conditions du marché local, l’affaiblissement
des dispositifs de contrôle, le développement de pratiques illicites et d’une filière parallèle.
Les dispositions réglementaires apparaissent théoriques : l’exploitation est pratiquée sur des
surfaces bien supérieures à celles accordées par les permis, et les calibres d’exploitabilité ne
sont guère respectés. Les ressources exploitables se raréfient, tandis que les redevances
forestières s’alourdissent et que le pin, produit sur les plantations des Hautes Terres,
concurrence fortement les essences locales. On ajoutera que la concurrence d’une filière
parallèle ne peut qu’encourager les exploitants à développer des stratégies de maintien de
leur marge, en sortant du cadre légal. Cette situation n’est pas nouvelle, mais tend sans
doute à s’exacerber. Filières officielle et officieuse se trouvent en définitive fortement
imbriquées.

Dans de telles conditions, il est manifeste que les forêts s’appauvrissent et que le
renouvellement des espèces ligneuses exploitées (dont beaucoup sont à croissance très
lente) s’en trouve fortement compromis. Une évaluation ponctuelle de l’impact de ces
prélèvements a été réalisée dans la forêt des Mikea, à l’ouest du village d’Anjabetrongo
(Terrin, 1998). Dans 16 quadrats de 2500 m², tous les individus de 9 espèces exploitées ont
été relevés, incluant les arbres sur pied et les arbres déjà coupés. Le diamètre du tronc a été
systématiquement mesuré (à 1,20 m pour les arbres sur pied, à la hauteur de coupe pour les
arbres abattus). Le taux d’exploitation est défini comme le rapport, pour une classe de
diamètre donnée, entre le nombre d’individus coupés et le nombre total d’individus (coupés
et sur pied) de l’espèce considérée.

Pour toutes les espèces, le taux d’exploitation augmente avec la taille des arbres. Les
arbres de gros diamètre, très recherchés, sont exploités quelle que soit l’essence. Il faut
souligner que les arbres sur pied de fort diamètre sont rares : suivant les espèces, de 0 à 2,3
individus à l’hectare pour les diamètres supérieurs à 40 cm, de 0,5 à 6,2 (avec une exception
pour arofy à 15,5) pour les diamètres compris entre 20 et 40 cm. Alors que le diamètre
minimal d’exploitabilité est officiellement fixé à 40 cm (et même à 50 cm pour les espèces de
première et de deuxième catégories ), on constate que l’exploitation concerne aussi des
arbres de diamètres beaucoup plus faibles.

Des différences se manifestent entre espèces. On observe en particulier une grande


variabilité dans l’exploitation des arbres de diamètre inférieur à 20 cm, en rapport avec les
utilisations spécifiques de certaines essences. C’est ainsi que de jeunes individus de katrafay
et de manary sont employés, dès qu’ils atteignent 10 cm de diamètre, pour la construction
locale de l’habitat, sous forme de petites poutres ou de perches. Le lopingo (ébène), bois
semi-précieux peu abondant, est quant à lui très recherché, et même des individus de très
faible diamètre sont utilisés localement, à des titres très divers.

Dans la forêt des Mikea, l’exploitation du bois d’œuvre fait actuellement l’objet de
commandes passées par des collecteurs-commerçants à des paysans résidant dans des
villages proches des limites forestières. De telles commandes spécifient généralement
l’essence, la section et le nombre des bois débités. La rémunération des récolteurs reste
faible, alignée sur celle du salariat agricole, et quasiment indépendante de la valeur
commerciale du bois exploité (Blanc-Pamard, 2002). De telles conditions ne peuvent que
pousser à des prélèvements miniers, d’autant que l’exploitation du bois d’œuvre anticipe
généralement de peu le défrichement à des fins agricoles des sites de prélèvement.

6.2. Bois d’énergie

Le charbon de bois constitue la principale source d’énergie domestique en milieu


urbain (sans doute de l’ordre de 80 %). Selon une enquête menée par l’UPED en 1993, 85 %
des ménages résidant en ville utilisent le charbon de bois comme combustible domestique.
Plusieurs enquêtes situent ces besoins à environ 15 kg de charbon par personne et par mois
(Jallais, 1996). Si l’on admet un chiffre de 120 000 habitants pour l’agglomération de Tuléar,
on peut évaluer ses besoins annuels à 20 000 tonnes environ.

Dans la région de Tuléar, les prélèvements de bois concernent deux zones principales
desservies par des voies de communication permettant l’évacuation de la production :
- la forêt dense sèche du vaste plateau calcaire de Belomotra (zone de Befoly), situé
entre les vallées de l’Onilahy et du Fiherenana, à l’Est de Tuléar, et traversé par la RN7 ; il
s’agit de la principale zone de production, de par son extension et l’intensité des
prélèvements qui y sont faits ;
- le fourré xérophile situé sur les sols sableux du littoral, au nord de la ville (zone
d’Ifaty), que traverse la RN9.

Des études spécifiques ont été conduites dans chacune de ces deux zones
(Rajaonarivelo, 2000 ; Mana, 2001), afin de caractériser les modalités d’exploitation des
ressources disponibles, d’évaluer l’intensité des prélèvements réalisés, et d’apprécier
l’importance de l’activité charbonnière dans les systèmes de production.

Trois niveaux spécifiques ont été abordés :


- la meule, qui rassemble une certaine quantité de bois provenant de différentes
espèces, choisis par le producteur sur un site donné de collecte : caractérisation du site, et
constitution de la meule (répartition des bois par espèces et par tailles) ;
- le producteur, qui peut combiner différentes activités, et qui alimente le marché à
partir du charbon fabriqué aux différentes saisons : suivi mensuel (durant 8 mois à Ifaty, et
9 mois à Befoly) des quantités produites et commercialisées ainsi que des coûts de
production pour un échantillon d’une trentaine de producteurs par zone ;
- un espace de référence, et la communauté qui lui est associée, où peuvent être
appréciés l’importance et l’impact des prélèvements, ainsi que le rôle global de l’activité
charbonnière dans les systèmes de production.

6.2.1. Qui sont les charbonniers ?

Dans les 3 villages côtiers retenus dans la région d’Ifaty, la moitié de la population
(51 % des ménages) appartient à la communauté vezo, et 10 % à la communauté masikoro.
35 % des chefs de ménages sont originaires du sud (pays mahafale et Androy).
Globalement, 41 % des ménages (Vezo) pratiquent la pêche artisanale. L’activité
charbonnière concerne quant à elle 21 % des ménages. Il s’agit essentiellement de migrants
originaires du sud, installés localement au cours des deux dernières décennies. 9 % sont des
charbonniers stricts, et 12 % sont pluriactifs (Rajaonarivelo, 2000).

Dans la région de Befoly (plateau calcaire de Belomotra), la population originaire du


sud (essentiellement du pays mahafale) domine largement (près de 90 % des ménages). Si
les villages situés sur la RN7 ont été créés à l’occasion de l’ouverture de cette route dans les
années 1940, de nouveaux villages se sont implantés sur le plateau, entre la route et
l’Onilahy, au cours des vingt dernières années. L’arrivée des migrants s’intensifie : sur les
227 chefs de ménages enquêtés, 52 sont natifs de cette zone, 26 s’y sont installés avant
1975, 26 entre 1975 et 1985, et 119 depuis 1985. Ces arrivées de plus en plus nombreuses
sont justifiées par la recherche de nouvelles terres de culture. Tous les ménages pratiquent
l’agriculture pluviale (maïs essentiellement). La moitié des ménages lui associe l’activité
charbonnière, qui n’est donc jamais exclusive (Mana, 2001).

Sur le plateau calcaire, les charbonniers évacuent leur production par charrettes, en
vrac, sur le village de Befoly, situé sur la RN7, à une distance qui peut être supérieure à 10
km des sites de fabrication. Des intermédiaires leur achètent le charbon, et le revendent le
plus souvent sur place par grosses quantités à des commerçants de Tuléar.

A Ifaty, les quantités présentées sont plus faibles, et il existe peu de revendeurs
professionnels. Les acheteurs sont souvent des particuliers, et les transactions concernent
généralement des quantités limitées.

6.2.2. La meule, unité de production

A Ifaty, les prélèvements sont réalisés en forêt, plus ou moins dégradée. Cette
dégradation est d’autant plus avancée que le site est proche de villages et de la route. S’en
éloigner permet d’exploiter une formation forestière en meilleur état, mais accroît par contre
les temps de déplacement et le coût d’évacuation de la production.

A Befoly, les sites de prélèvement sont situés en forêt (11 cas sur 42), sur des terres
de culture récemment défrichées (17 cas), ou à la fois sur les deux types de milieu (14 cas).

De très nombreuses espèces concourent à la fabrication du charbon : plus de 60 à


Ifaty, une centaine à Befoly. Les charbonniers, à l’évidence, “ font feu de tous bois ”. Mais il
apparaît clairement que certaines espèces sont privilégiées. A Ifaty comme à Befoly, la
production totale est assurée pour 40 % par 5 espèces, pour 60 % par 10, et pour 80 % par
20. Parmi les 20 espèces les plus exploitées dans ces deux formations forestières, au moins
8 leur sont communes. Certaines espèces sont disqualifiées, le plus souvent parce qu’il s’agit
de bois trop tendre qui s’effrite lors de la carbonisation (médiocre qualité charbonnière),
parfois en raison du danger que représente la projection de latex toxique lors de la coupe.
La structure des meules par classes de diamètres de leurs bois est tout à fait
équivalente à Ifaty et à Befoly. A noter que les producteurs de Befoly mesurent la taille de
leurs meules en nombre de “ bois ”, qui constitue de fait une unité pondérale justifiée par les
contraintes de transport (à dos d’homme) du lieu de coupe jusqu’au site de la meule. Le
cubage des meules indique qu’un stère correspond en moyenne à 28 “ bois ”, d’un poids
unitaire de 25 à 30 kg. Ces “ bois ” sont ensuite tronçonnés lors de la confection de la
meule.

Le volume des meules est très variable : de 2,7 à 103 m3 (soit de 150 à 4000 “ bois ”)
à Befoly, de 2,7 à 35 m3 à Ifaty. En moyenne, les meules sont de taille près de deux fois plus
faible à Ifaty qu’à Befoly (11 m3 contre 21 m3). Cela traduit principalement le fait que le
fourré d’Ifaty, dans sa partie exploitée, se trouve dans un état de dégradation déjà avancé :
il devient trop contraignant d’y constituer de grosses meules, en raison de la longueur des
trajets entre les lieux de coupe et la meule. Les producteurs d’Ifaty préfèrent donc édifier
des meules de taille réduite, et changer souvent de site de prélèvement. A Befoly par contre,
deux ou trois meules peuvent se succéder sur un même lieu (qualifié de “ tournant ”). La
présence de meules de petite taille peut également résulter du souci d’assurer une
commercialisation rapide du charbon produit.

Le rendement à la carbonisation, mesuré sur 42 meules à Befoly et 19 à Ifaty, est en


moyenne de 68 kg par stère dans le premier cas, de 74 kg par stère dans le second.

6.2.3. Evaluation économique de la production

Les suivis réalisés chez les charbonniers ont permis d’évaluer la production annuelle
moyenne par producteur à 10,46 tonnes à Ifaty et à 9,36 tonnes à Befoly. Ces valeurs
diffèrent beaucoup d’un producteur à l’autre, conséquence de la part très variable qu’occupe
cette activité dans le système de production. La production est par ailleurs affectée de fortes
variations saisonnières : à Ifaty comme à Befoly, elle accuse un maximum en saison sèche
fraîche (juin à septembre), et un minimum durant la saison des pluies.
Le prix de vente moyen s’établit, au cours de la période considérée, à 225 Fmg le kg.
La commercialisation de 10 tonnes équivaut donc à un produit brut moyen de 2 250 000
Fmg. On relèvera qu’un tel montant équivaut à la valeur approximative du maïs produit, sur
le plateau calcaire, sur une surface de plus de 4 hectares (en considérant un rendement de
1500 kg par hectare et un prix de vente de 350 Fmg par kg). L’activité charbonnière
constitue donc bien une composante forte, au même titre que l’agriculture, des systèmes de
production de cette région.

Les charges de production apparaissent plus de deux fois supérieures à Befoly qu’à
Ifaty : 65 Fmg par kg contre 28 Fmg par kg. Les producteurs du plateau calcaire ont recours
plus fréquemment au salariat pour la coupe et le transport des bois (opérations rémunérées
chacune à raison de 50 Fmg par bois). Par ailleurs, les frais de transport par charrette y sont
plus élevés qu’à Ifaty (15 000 à 25 000 Fmg par charrette, soit plus du tiers de la valeur du
chargement, pour les producteurs installés à plus de 10 km de Befoly, accessible par des
pistes très difficiles). Il en résulte une différence sensible de produit net annuel entre les
deux situations (tableau ). La production charbonnière est donc aussi source de revenus,
localement, pour des salariés et des propriétaires de charrettes. Ces intervenants non
producteurs bénéficient ainsi à Befoly de 28 % du produit brut.
La question du coût écologique de l’exploitation charbonnière ne se pose pas dans les
mêmes termes dans les deux situations.

A Ifaty, l’exploitation du bois d’énergie se conjugue à celle du bois d’œuvre (destiné


surtout à satisfaire les besoins locaux) pour entraîner une dégradation progressive du
couvert forestier. Cette dégradation est d’autant plus forte que la distance aux villages (et à
la RN9) est faible.

Sur le plateau calcaire, l’exploitation charbonnière est directement associée à la culture


pionnière du maïs, qui s’étend très rapidement. Elle suit, ou anticipe de peu, le défrichement
de la forêt pour sa mise en culture, qui concerne des superficies considérables. La
perturbation écologique y est rapide, radicale et sans doute irréversible. Mais l’exploitation
du bois n’en est que très secondairement responsable.

6.3. Usages alimentaires

Des ressources naturelles variées, d’origines animale et végétale, sont prélevées à des
fins alimentaires. Des enquêtes, essentiellement qualitatives, ont été effectuées sur ce thème
dans plusieurs villages de la forêt des Mikea.

Les fruits de certains arbres font l’objet d’une récolte intense : jujubier ou tsinefo
(Ziziphus sp), tamarinier ou kily (Tamarindus indica), baobab Za (Adansonia Za). Les deux
premières espèces sont d’ailleurs caractéristiques de la savane. Les fruits d’autres espèces
sont récoltés dans une moindre mesure, en savane (Flacourtia lamontchii, Grewia sp,
Poupartia caffra, Phyllanthus casticum,…) ou en forêt (Poupartia sylvatica, Stereospermum
euphoroides, …) [Terrin, 1998]. Si la plupart sont destinés à l’autoconsommation, certains
(les trois premiers en particulier) ont aussi vendus, durant la saison de récolte, sur les
marchés hebdomadaires locaux ainsi qu’à Tuléar.

Les tubercules sauvages présentent localement une grande importance [Terrin, 1998 ;
Blanc-Pamard, 2002 ; Aubry et Ramamosy, 2003]. Une dizaine d’entre eux, appartenant
notamment au genre Dioscorea, contribuent pour une part appréciable à l’alimentation et à
l’apport en eau. Certains ne semblent présents qu’en savane (angily, sosa), d’autres en forêt
ou dans les hatsaky et les abandons culturaux (ovy, babo, tavolo, ba, balo) où ils peuvent se
maintenir longtemps après le défrichement. Certains tubercules sont mangés crus (babo, ba,
sosa), d’autres bouillis, grillés ou cuits sous la cendre. Le tavolo nécessite une préparation
particulière (broyage, tamisage, lavage) avant cuisson. D’après les analyses réalisées par le
CNRE, la plupart de ces tubercules auraient des valeurs énergétiques et des teneurs en
calcium, fer et magnésium, supérieurs à ceux du maïs, du riz et du manioc, qui constituent
les trois aliments de base dans la région. Hormis le tavolo (qui peut être conservé à l’état de
farine), ces produits sont périssables et ne peuvent être stockés.

Les tubercules sauvages jouent localement un rôle important comme compléments


alimentaires durant la période de soudure alimentaire en saison des pluies. Ils représentent
depuis longtemps, avec d’autres ressources végétales spontanées, le miel et les produits de
chasse (hérissons, oiseaux), un fondement de l’alimentation des Mikea. Ils sont activement
recherchés également par les populations masikoro et migrantes des villages situés à
proximité des limites forestières, tout particulièrement par de petits agriculteurs ne disposant
que de surfaces cultivées réduites. Certains de ces tubercules (babo et ovy notamment) sont
par ailleurs proposés sur les marchés locaux, constituant alors des apports de revenus
monétaires non négligeables pour les collecteurs.

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