Mesure et Intégration en Mathématiques
Mesure et Intégration en Mathématiques
LICENCE 3
Dr Ténan YEO
[email protected]
Table des matières
1 Quelques rappels 6
1.1 Théorie des ensembles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.2 Suites de parties d’un ensemble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.3 Suites de nombres réels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.4 Fonction indicatrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2 Tribus 10
2.1 Tribus : définition et propriétés élémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.2 Images réciproques de tribus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.3 Tribu produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.4 Tribu borélienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
3 Applications Mesurables 19
3.1 Mesurabilité de fonction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3.2 Opérations sur les fonctions mesurables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3.3 Limite de fonctions mesurables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4 Mesures 24
4.1 Définitions et premiers exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
4.2 Propriétés générales d’une mesure positive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
4.3 Mesure extérieure et théorème de Carathéodory . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
4.4 Mesure de Lebesgue sur Rd . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
4.5 Mesure de Stieltjes sur R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2
TABLE DES MATIÈRES 3
R
6.4.3 Changement de variable dans une intégrale f dλ . . . . . . . . . . . . 49
6.5 Applications du théorème de convergence dominée . . . . . . . . . . . . . . . 49
Présentation de l’UE
UE : Mathématiques 2 (Mesure et Intégration)
Crédits : 2
Semestre 2
Volume horaire : 30 heures
Objectif du cours
Ce cours présente l’intégrale de Lebesgue, qui constitue une généralisation de l’intégrale de
Riemann, nécessaire au cours de probabilités.
Contenu du cours
A- Mesure
1. Algèbres, σ -algèbres, classes monotones, fonctions mesurables, mesure
2. Théorème de prolongement d’une mesure
3. Produit de probabilités
4. Mesures de Lebesgue-Stieljes et fonctions de répartition
B- Intégration
1. Fonctions intégrables
2. Intégration par rapport à une mesure
3. Mesure et convergence
a. Suites de fonctions mesurables
b. Fonctions simples, fonctions intégrables
c. Théorème de convergence monotone de Beppo-Levi
d. Type de convergence
4
TABLE DES MATIÈRES 5
e. Lemme de Fatou
f. Théorème de Lebesgue de convergence dominée
C- Compléments
1. Intégrales définies et décomposition de Lebesgue
2. Théorème de Radon-Nykodym
3. Théorème de Fubini
Bibliographie
Ash R. B. (1972), Real Analysis and probabilitiy, Academic Press.
Billingsley P. (1986), Probability and measure, John Willey & sons.
Monfort A. (1996), Cours de probabilité, Economica.
Revuz D. (1994), Mesure et intégration, Hermann, Collection méthodes.
Ces notes sont en cours d’élaboration. Il se peut donc qu’il y subsistent un certain nombre de
coquilles et/ou de passages inachevés ; et mérite donc encore d’être amélioré. Merci d’avance
aux lecteurs attentifs de transmettre leurs remarques, suggestions ou indications sur la loca-
lisation des coquilles. Un petit mail à l’adresse [email protected] et l’amélioration est prise
en compte...
Chapitre 1
Quelques rappels
f (A) := {y ∈ F : ∃x ∈ A, y = f (x)}.
Bc = F\B
6
1.2. SUITES DE PARTIES D’UN ENSEMBLE 7
tandis que c
f −1 (B) = E\ f −1 (B).
On vérifie a) de la façon suivante :
f −1 (Bc ) = {x ∈ E; f (x) ∈ Bc }
= {x ∈ E; f (x) ∈
/ B}
/ f −1 (B)
= x ∈ E; x ∈
c
= E\ f −1 (B) = f −1 (B) .
f −1 (Bi ) .
[
=
i∈I
E = F = R, f (x) = x2 , A = 0, +∞[,
i∈I Ai ) ⊆
T T
Plus précisément , on montre que f ( i∈I f (Ai ) , avec une égalité si f est injective.
Définition 1.3 • On définit la limite supérieure de {An }n≥0 , notée lim sup An (ou lim An ), par
n→+∞
! !
[ \ [
lim sup An = lim An = lim ↓ Ak := Ak .
n→+∞ k≥n n≥0 k≥n
• On définit la limite inférieure de {An }n≥0 , notée lim inf An (ou limAn ), par :
n→+∞
! !
\ [ \
lim inf An = limAn = lim ↑ Ak := Ak .
n→+∞
k≥n n≥0 k≥n
Remarque 1.2
Définition 1.4 On dit que la suite (An ) converge si lim inf An = lim sup An .
n→+∞ n→+∞
où (rn )n∈N et (sn )n∈N sont deux suites de rationnels telles que rn ↓ a, sn ↑ b et pour tout n,
a < rn < sn < b.
Soit V un ouvert quelconque de R. Alors il est réunion d’intervalles ouverts et en exploitant
le cas précédent, on peut l’écrire
[ [[ [
V= ai , bi = rn,i , sn,i = r, s
i∈I i∈I n∈N (r,s)∈D
où l’on a noté D := {(rn,i , sn,i ) ; i ∈ I, n ∈ N} . Comme D est inclus dans Q2 , il est au plus dé-
nombrable et on a bien réussi à écrire V comme union au plus dénombrable d’intervalles
à extrémités rationnelles. Le résultat est donc établi en dimension 1. La généralisation en
dimension d > 1 est une simple adaptation du cas unidimensionnel.
Chapitre 2
Tribus
La théorie moderne de l’intégration nécessite tout d’abord de définir des ensembles «mesu-
rables». On verra au chapitre suivant la notion de mesure elle même, définie pour chacun de
ces ensembles mesurables. Pour pouvoir développer cette théorie, on doit pouvoir faire cer-
taines opérations sur les ensembles mesurables. En particulier, la réunion de deux ensembles
mesurables doit être encore mesurable, l’ensemble vide doit être mesurable, et le complémen-
taire (dans l’ensemble de référence) d’un ensemble mesurable doit l’être aussi.
10
2.1. TRIBUS : DÉFINITION ET PROPRIÉTÉS ÉLÉMENTAIRES 11
• A = {∅, X} est une tribu de parties de X. C’est la plus petite tribu de X. Elle est appelée
tribu triviale.
• A = P(X) est une tribu de parties sur X. C’est la plus grande tribu de X. Elle est appelée
tribu grossière.
• Si on fixe E un sous-ensemble de X, alors A = {∅, X, E, X\E} est une tribu de parties de
X. Il s’agit de la plus petite tribu contenant E.
• {E ∈ X : E dénombrable ou X\E dénombrable} est une tribu de parties de X.
Définition 2.3 On appelle espace mesurable tout couple (X, A ), où A est une tribu de parties
de X.
Proposition 2.1 Soit (X, A ) un espace mesurable. Alors
a) X ∈ A .
b) A est stable par réunion et intersection finie.
c) A est stable par différence, i.e si A, B ∈ A alors A\B ∈ A .
d) A est stable par différence symétrique : si A, B ∈ A alors A∆ B ∈ A .
e) si (An )n∈N est une suite d’éléments de A , alors An ∈ A .
\
n∈N
Preuve :
∅∈A
i) =⇒ X = X\∅ ∈ A .
A est stable par complémentaire
ii) On établit la preuve seulement pour la réunion finie l’intersection finie se fait de manière
similaire.
Soit A0 , · · · , An ∈ A . Complétons la famille (Ai )1≤i≤n par Ai = ∅ si i > n. Par stabilité par
réunion dénombrable, on a i∈N Ai ∈ A . Ensuite on se rend compte que
S
n
Ai ∈ A .
[ [
Ai =
i=1 i∈N
Il est clair que les suite (Ai )i∈N et (Bn )n∈N ont même réunion.
Admettons, pour l’instant, que pour tout n ≥ 1 , Bn vérifie la décomposition en union disjointe :
!
n
[
Bn = B0 ∪ (Bi \Bi−1 ) .
i=1
Ai est une tribu de
\
Proposition 2.3 Soit (Ai )i∈I une famille de tribus de parties de X. Alors
i∈I
parties de X.
Preuve :
• Notons A := Ai .
\
i∈I
Puisque pour tout i ∈ I, on a ∅ ∈ Ai , alors ∅ ∈ A .
Ai . Alors pour tout i ∈ I, A ∈ Ai , et puisque chacun des Ai est stable par
\
• Soit A ∈
i∈I
complémentaire, on a pour tout i ∈ I X\A ∈ Ai . On en déduit que X\A ∈ Ai .
\
i∈I
n∈N n∈N
Corollaire 2.1 Soit E un sous-ensemble de P(X). Alors il existe une tribu σ (E) de parties de X
contenant E telle que toute tribu contenant E contient σ (E).
A.
\
Preuve : Notons σ (E) =
A tribu de X
A contient E
Alors, il existe une tribu de X contenant E qui est la tribu P(X). La proposition précédente
nous assure donc que σ (E) ainsi défini est une tribu.
Enfin, si une tribu A0 contient E, alors il est clair que
A ⊂ A0 .
\
A tribu de X
A contient E
i) Si E = σ (E) alors E est une tribu (car σ (E) est une tribu). Réciproquement si E est une
tribu alors c’est clairement la plus petite tribu contenant E, i.e. σ (E) par définition.
ii) Si E ⊂ F alors, par définition σ (F) est la plus petite tribu contenant F et donc en
particulier une tribu contenant E. Puisque σ (E) est la plus petite de ces tribus, alors elle
est contenue dans σ (F).
2.2. IMAGES RÉCIPROQUES DE TRIBUS 14
Signalons qu’une réunion de tribus n’est pas nécessairement une tribu. Voici un contre-exemple
simple pour s’en convaincre.
Prenons Ω := {1, 2, 3} et pour i = 1, 2, Ai := {i}, Fi := {∅, Ai , Aci , Ω} . La réunion de ces deux
tribus est
F1 ∪ F2 = {∅, {1}, {2}, {2, 3}, {1, 3}, Ω}.
On constate que A1 et A2 sont éléments de F1 ∪ F2 , alors que A1 ∪ A2 = {1, 2} n’est pas élément
de F1 ∪ F2 .
Exercice 2.1 Soit B un sous-ensemble de X et A une tribu sur X. Montrer que
AB := {A ∩ B, A ∈ A }
AB = {A ∩ B, A ∈ A }.
σ f −1 (E) = f −1 (σ (E)) .
2.3. TRIBU PRODUIT 15
A ⊗ B = {A × B ⊂ X ×Y : (A, B) ∈ A × B}.
Rappel du cours de topologie : Un espace topologique est un ensemble X muni d’une to-
pologie O, qui est un ensemble de parties de X appelées ouverts. Axiomes définissant une
topologie :
a) ∅ ∈ O et X ∈ O ;
[
b) pour toute famille (Oi )i∈I d’éléments de O, on a Oi ∈ O ;
i∈I
n
\
c) pour toute famille finie (Oi )1≤i≤n d’éléments de O, on a Oi ∈ O.
i=1
Une topologie vérifie donc d’après a) et b), les axiomes i) et iii) d’une tribu. Mais pas ii). En
effet les complementaires des ouverts sont des fermés par définition, et ils ne sont pas ouverts
en général, même s’ils le sont pour
• la topologie grossière O = {∅, X},
• la topologie discrète O = P(X).
Définition 2.8 Soit (X, O) un espace topologique. On appelle tribu borélienne sur cet espace
la tribu engendrée par O. Les éléments d’une tribu borélienne sont appelés des boréliens.
On note B(X) la tribu borélienne sur (X, O).
Il s’agit de la plus petite tribu contenant tous les ouverts de X.
2.4. TRIBU BORÉLIENNE 16
Boréliens réels
Dans cette ce paragraphe, on considère X = R (ou Rd , d ≥ 1) muni de sa topologie usuelle
(topologie qui coïncide avec la topologie engendrée par la distance usuelle |.|). On considère
alors sur R la tribu borélienne B(R) engendrée par les ouverts de sa topologie usuelle. On rap-
pelle que les ouverts de R sont des réunions dénombrables d’intervalles ouverts n≥1 ]an , bn [.
S
\ \
[a, b] = ]a − 1/n, b + 1/n[∈ B(R), [a, b[= ]a − 1/n, b[∈ B(R),
n∈N∗ n∈N∗
\ [
]a, b] = ]a, b + 1/n[∈ B(R), ] − ∞, b] = ]n, b] ∈ B(R),
n∈N∗ n∈Z
[
]−∞, b[= ]−∞, b−1/n] ∈ B(R), [a, +∞[= R\]−∞, a[∈ B(R), ]a, +∞[= R\]−∞, a] ∈ B(R).
n∈N∗
{x} = n∈N∗ ]x − 1/n, x] ∈ B(R).
T
Un ensemble dénombrable est une union disjointe de singletons donc est dans B(R).
Proposition 2.7 La tribu B(R) des boréliens de R est engendrée par chacune des parties sui-
vantes :
• les ouverts,
• les fermés,
• les intervalles ouverts ]a, b[,
• les intervalles fermés [a, b],
• les intervalles semi-ouverts [a, b[ , ]a, b],
2.4. TRIBU BORÉLIENNE 17
Donc tout élément [a, b[ de F appartient à σ (D). Par suite σ (F) ⊂ σ (D). Ainsi σ (D) = σ (F) =
B(R).
Les autres cas se traitent façons analogues en remarquant que tout ouvert O de R s’écrit
comme une réunion dénombrable d’intervalles ouverts ]ak , bk [ :
[
O = ]ak , bk [; (2.1)
k∈K
pour montrer que les familles énoncées permettent de retrouver tous les intervalles ouverts
]a, b[ et donc par (2.1) les ouverts de R. Les tribus engendrées par ces familles contiennent
donc B(R). Comme en plus elles sont incluses dans B(R), il y a égalité entre toutes ces tribus.
Exercice 2.2 Montrer que
1. B(R) = σ { ] − ∞, b[: b ∈ Q } ,
2. B(R) = σ { ]a, +∞[: a ∈ Q } .
Proposition 2.8 La tribu borélienne de Rd est engendrée par chacune des familles suivantes :
— les pavés ouverts ∏di=1 ]ai , bi [, ai , bi ∈ R ;
— les pavés fermés ∏di=1 [ai , bi ], ai , bi ∈ R ;
— les pavés de la forme ∏di=1 ]ai , bi ], ai , bi ∈ R ;
— les hyperquadrants ∏di=1 ] − ∞, ai ], ai ∈ R.
Preuve : Le cas des pavés ouverts P se traite exactement comme celui des intervalles ouverts
à la Proposition 2.7. Laissant au lecteur les cas des pavés fermés et hyperquadrants, nous
d
traiterons seulement le cas de la famille C des pavés ∏]ai, bi]. On vérifie d’abord que tout
i=1
pavé ouvert est élément de σ (C), en écrivant par exemple
d [ d
Q := ∏]ai, bi[= ∏]ai, bi − 1/n]. (2.2)
i=1 n∈N∗ i=1
Noter que si pour un i, bi ≤ ai , les deux intervalles ]ai , bi [ et ]ai , bi − 1/n[ se réduisent à l’en-
semble vide et Q est lui même vide. On déduit de (2.2) l’inclusion
Applications Mesurables
∀B ∈ B, f −1 (B) ∈ A .
Remarque 3.1
1) f est (A , B)−mesurable ⇐⇒ f −1 (B) ⊂ A ⇐⇒ B ⊂ f (A ).
2) S’il n’y a pas d’ambiguïté sur les tribus concernées, on pourra se contenter de dire "mesu-
rable" au lieu de "(A , B)-mesurable".
3) Si Y = R (ou R ou C) muni de la tribu borélienne, on dira simplement que f est
A -mesurable.
4) Quand Y est un espace topologique et que rien n’est précisé, on prendra la tribu borélienne
B(Y ) de Y .
5) Dans le contexte probabiliste, les fonctions mesurables s’appellent les variables aléatoires ;
dans ce cas, on note traditionnellement (X, A , µ) = (Ω, F, P) et la fonction X : (Ω, F, P) −→
R s’appelle variable aléatoire.
Définition 3.2 Soient (X, U) et (Y, V) deux espaces topologiques.
Une fonction f : X −→ Y est dite borélienne si elle est mesurable lorsque X et Y sont munis de
leurs tribus boréliennes respectives.
Exemple 3.1
i) Soit (Y, B) un espace mesurable. Toute application f : X −→ Y est (P(X), B)−mesurable.
ii) Soit (X, A ) un espace mesurable. A une partie non vide de X. On muni R de sa tribu
borélienne.
La fonction indicatrice 1A : X −→ R
1 si x ∈ A
x 7−→ est mesurable si et seulement si A ∈ A . En
0 sinon
effet, A = 1−1
A ({1}) et {1} est un fermé dans B(R). Donc A ∈ A .
19
3.2. OPÉRATIONS SUR LES FONCTIONS MESURABLES 20
f −1 (B) ⊂ A
=⇒ f −1 (ξ ) ⊂ A .
ξ ⊂B
Proposition 3.2 Soient (X, A ), (Y, B) et (Z, T ) trois espaces mesurables. Si f : X −→ Y est
(A , B)-mesurable et g : Y −→ Z est (B, T )-mesurable alors g ◦ f : X −→ Z est (A , T )-mesurable.
Preuve :
g−1 (T ) ⊂ B
g est (B, T ) − mesurable
=⇒ −1 =⇒ (g ◦ f )−1 (T ) = f −1 (g−1 (T )) ⊂ A
f est (A , B) − mesurable f (B) ⊂ A
Proposition 3.3 Soient (X, A ), (Y1 , B1 ), (Y2 , B2 ) trois espaces mesurables, Y = Y1 ×Y2 ,
B = B1 ⊗ B2 et pi : Y −→ Yi la projection canonique de Y sur Yi (i = 1, 2).
1) les projections p1 et p2 sont mesurables ;
2) f : X −→ Y est (A , B)-mesurable si et seulement si, pour tout élément i = 1, 2, fi = pi ◦ f
est (A , Bi )-mesurable.
Preuve : [Exercice]
Proposition 3.4 Soient (X, A ), (Y, B) et (Z, T ) trois espaces mesurables.
F : X −→ Y × Z
Soit . Alors F est mesurable si et seulement si f et g le sont.
x 7−→ ( f (x), g(x))
Preuve : Si f et g sont mesurables, quels que soient B ∈ B et T ∈ T , F −1 (B × T ) = f −1 (B) ∩
g−1 (T ) ∈ A . Donc F est mesurable. Réciproquement, si F est mesurable alors f et g le sont
par composition avec les projections canoniques.
Proposition 3.5 Soient (X, A) un espace mesurable et (Y, V) un espace topologique. Si f : X −→
R et g : X −→ R sont mesurables et Φ : R2 −→ Y est continue, alors
h : X −→ Y
est mesurable.
x 7−→ Φ ( f (x), g(x))
Preuve : Φ est mesurable puisque continue, et
F : X −→ R2
est mesurable car il suffit de vérifier que
x 7−→ F(x) = ( f (x), g(x))
pour tous I, J ouverts de R pour en déduire que F est mesurable. Donc h = Φ ◦ F est mesu-
rable.
Corollaire 3.3 Si f : X −→ R et g : X −→ R sont mesurables alors f + g , f g, min( f , g), max( f , g)
sont mesurables. En particulier, f + = max( f , 0), f − = max(− f , 0) et | f | = f + + f − sont mesu-
1
rables. Si f ne s’annule pas, alors est mesurable.
f
3.3. LIMITE DE FONCTIONS MESURABLES 22
Preuve : Il suffit d’appliquer la proposition précédente avec Φ : (u, v) 7−→ u + v, ou (u, v) 7−→ uv,
u + v − |v − u| u + v + |v − u|
ou (u, v) 7−→ min(u, v) = , ou (u, v) 7−→ max(u, v) = .
2 2
∗
g : R −→ R
Pour 1/ f , on utilise la Proposition 3.2 avec qui est continue donc mesurable.
y 7−→ 1/y
On identifie C à R2 muni de sa tribu borélienne.
Proposition 3.6 Soit (X, A ) un espace mesurable. Soit f : X −→ C.
• Alors f est mesurable si et seulement si Re f et Im f le sont.
• Si g : X −→ C est mesurable et f l’est aussi, alors f + g et f g le sont.
• Si f est mesurable alors | f | l’est aussi.
Preuve : • Re f et Im f sont les composées de f avec les projections canoniques. Si f est
mesurable, elle le sont donc aussi. Inversement, si Re f et Im f sont mesurables alors f =
Re f + iIm f l’est aussi, comme somme de fonctions mesurables.
• La somme de fonctions mesurables est en effet mesurable par composition de (u, v) 7−→ u + v
avec x 7−→ ( f (x), g(x)).
• De même pour le produit, avec (u, v) 7−→ uv.
√
• Si f est mesurable alors | f | est aussi mesurable par composition avec u2 + v2 , qui est
continue donc mesurable.
Remarque 3.2 Si f et g sont deux applications A -mesurables de X dans C , c un nombre com-
plexe et p un nombre réel strictement positif alors les applications c f , | f | p sont A -mesurables.
Proposition 3.8 Soit ( fn )n∈N est une suite de fonctions mesurables sur de (X, A ) dans un espace
métrique (Y, d). Si cette suite de fonctions converge simplement vers f (i.e. pour tout x ∈ X,
lim fn (x) = f (x)), alors f est mesurable.
n→+∞
C’est un résultat très agréable si on le compare avec le résultat analogue pour la continuité
où on a besoin de la convergence uniforme pour que la continuité se conserve à la limite. Une
fonction obtenue comme limite simple de fonctions mesurables est donc mesurable.
Définition 3.3 On dit qu’une application f : X −→ R est étagée si l’ensemble f (X) de ses va-
leurs est fini. En notant {α1 , α2 , · · · , αn } (les αi étant tous distincts) et Ai = f −1 ({αi }), on a la
décomposition canonique
n
f = ∑ αi 1Ai
i=1
et {Ai , 1 ≤ i ≤ n} est une partition de X.
Remarque 3.3 Cela ressemble à une fonction en escalier mais c’est plus général car pour une
fonction en escalier les ensembles Ai doivent être des intervalles de R, alors qu’ici, il s’agit d’en-
sembles mesurables quelconques sur X quelconque. En fait quand X = R, les fonctions en escalier
sont des cas particuliers de fonctions étagées (avec des Ai égaux à des intervalles disjoints, plutôt
qu’à des ensembles mesurables généraux).
Proposition 3.9 Soient (X, A ) un espace mesurable et f : X −→ R une fonction étagée, de dé-
n
composition canonique f = ∑ αi1Ai . Alors f est A -mesurable si et seulement si tous les Ai sont
i=1
dans A .
Preuve : Si tous les Ai sont dans A , f est mesurable comme combinaison linéaire d’indica-
trices d’éléments de A (cf. Exemple 3.1 et Corollaire 3.3).
Réciproquement, si la fonction étagée f est mesurable, comme la tribu borélienne de R
contient tous les singletons, chaque Ai = f −1 ({αi }) est dans A .
Proposition 3.10 Soit (X, A ) un ensemble mesurable. Soit f : X −→ R, R ou C mesurable.
Alors il existe une suite ( fn )n∈N de fonctions étagées convergeant simplement vers f . De plus
(i) si f est à valeurs dans R+ , on peut choisir les fonctions étagées positives telles que
0 ≤ fn ≤ fn+1 ,
(ii) si f est bornée alors on peut choisir les fonctions étagées fn de telle sorte que ( fn )n∈N
converge uniformément vers f .
Chapitre 4
Mesures
2) Soit x un élément de X.
δx : P(X) −→ R+
1 si x ∈ A
A 7−→ δx (A) =
0 sinon
est une mesure positive sur (X, P(X)) appelée la mesure de Dirac au point x.
3)
c : P(X) −→ R+
nombre d’éléments de A si A est fini
A 7−→ c(A) =
+∞ sinon
est une mesure positive sur (X, P(X)) appelée la mesure de comptage.
24
4.2. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES D’UNE MESURE POSITIVE 25
d) Pour toute suite décroissante (An )n∈N d’éléments de A telle que µ(A0 ) < +∞ :
!
\
lim µ(An ) = µ An .
n→+∞
n∈N
(a) Soit (Ai )1≤i≤n ∈ A n deux à deux disjoints. Pour k > n , posons Ak = ∅. Ainsi (Ai )i≥1 est
une suite infinie d’éléments de A deux à deux disjoints. En vertu de la σ -additivité, on
obtient : ! !
n
[ [ +∞ n +∞
µ Ai =µ Ai = ∑ µ(Ai ) = ∑ µ(Ai ) + ∑ µ(Ai ).
i=1 i∈N∗ i=1 i=1 i=n+1
+∞
Comme µ(∅) = 0 pour tout i ≥ n + 1, alors ∑ µ(Ai ) = 0.
i=n+1
4.2. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES D’UNE MESURE POSITIVE 26
(b) Si A ⊂ B, alors B = A ∪ (B ∩ Ac ) et cette réunion est disjointe. Donc µ(B) = µ(A) + µ(B ∩
Ac ). Comme µ(B ∩ Ac ) ≥ 0, on déduit que µ(B) ≥ µ(A).
(c) Soit (An )n∈N une suite croissante d’éléments de A convergeant vers
[
An . Posons B0 =
n∈N
A0 et Bn = An \An−1 pour tout i ≥ 1. On remarque que les Bn sont deux à deux disjoints
et
[ [ n
[
An = Bn . De plus An = Bi .
n∈N n∈N i=0
En utilisant la σ -additivité de µ on a
!
n
[ n n
µ(An ) = µ Bi = µ(B0 ) + ∑ µ(Bi ) = µ(A0 ) + ∑ µ (Ai \Ai−1 )
i=0 i=1 i=1
et ! !
[ [ +∞ +∞
µ An =µ Bn = µ(B0 ) + ∑ µ(Bi ) = µ(A0 ) + ∑ µ (Ai \Ai−1 ) .
n∈N n∈N i=1 i=1
Comme cette suite converge, sa somme est la limite de la suite de ses sommes partielles
de rang n, ce qui s’écrit :
!
[ n n o
µ An = lim µ(A0 ) + ∑ µ (Ai \Ai−1 ) = lim µ(An ).
n→∞ n→∞
n∈N i=1
(d) Soit (An )n∈N une suite décroissante d’éléments de A convergeant vers
\
An .
n∈N
Posons Cn = A0 \An . Comme An ⊂ A0 , on a une réunion disjointe Par ad- A0 = An ∪ Cn .
ditivité finie, on a µ(A0 ) = µ(An ) + µ(Cn ). Comme Cn ⊂ A0 , µ(Cn ) < +∞. On peut donc
écrire
µ(An ) = µ(A0 ) − µ(Cn ).
\
La suite (Cn )n∈N est croissante de réunion A0 \ An , car Cn = A0 ∩ Acn d’où
n∈N
! !c
[ [ \ \
Cn = A0 ∩ Acn = A0 ∩ An = A0 \ An .
n∈N n∈N n∈N n∈N
! ! !
x \ \ \
Par c) µ(Cn )µ A0 \ An , donc µ(An ) converge vers µ(A0 )− µ A0 \ An = µ An .
n∈N n∈N n∈N
n−1
(e) Posons B0 = A0 , et ∀n ∈ N∗ , Bn = An \
[
Ai .
i=1
On remarque que (Bn ) est une suite disjointe et
n
[ n
[
Ai = Bi , ∀n ≥ 1.
i=0 i=0
Par additivité, on a ! !
n
[ n
[ n
µ Ai =µ Bi = ∑ µ(Bi ).
i=0 i=0 i=0
4.2. PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES D’UNE MESURE POSITIVE 27
Proposition 4.2 Soient (X, A ) et (Y, B) deux espaces mesurables, f : X −→ Y (A , B)-mesurable
et µ une mesure positive sur (X, A ). Alors
µ f : B −→ R+
B 7−→ µ f −1 (B)
est une mesure positive sur (Y, B) appelée la mesure image de µ par f .
Preuve :
f −1 (B) ∈ A
B∈B
=⇒ µ f (B) = µ f −1 (B) ∈ R+
• =⇒
f (A , B) − mesurable µ est une mesure positive sur (X, A )
f −1 (Bn ) = ∑ µ f (Bn).
= ∑µ
n∈N n∈N
Par conséquent µ f est bien une mesure positive sur (Y, B).
4.3. MESURE EXTÉRIEURE ET THÉORÈME DE CARATHÉODORY 28
Définition 4.3 Une classe P de parties de X est appelée un π-système si elle est stable par
intersection finie.
Définition 4.4 Une classe L de parties de X est appelée un λ -système si elle vérifie :
i) X ∈ L,
ii) A, B ∈ L et B ⊂ A =⇒ A\B ∈ L,
∗ [
iii) (An )n∈N∗ ∈ LN avec An ⊂ An+1 et A = An =⇒ A ∈ L.
n∈N∗
LA = {B ∈ σ (P) : µ1 (A ∩ B) = µ2 (A ∩ B)}
Il est assez facile de voir que LA est un λ -système, et il contient P. Donc, par le Théorème 4.1,
σ (P) ⊂ LA , d’où LA = σ (P), puisque par définition, LA ⊂ σ (P). Finalement µ1 (A∩B) = µ2 (A∩
B), pour tout B ∈ A , et pour tout A ∈ P telle que µ1[ (A) = µ2 (A) < +∞.
b) Soit (An )n≥1 une suite d’éléments de P, telle que An = X et µi (An ) < +∞, ( i=1, 2), pour
n≥1
tout n ≥ 1. Soit B ∈ A . Comme P est un π-système qui contient les Ai , il contient les B ∩ Ai . Il
résulte alors que pour tout n ≥ 1,
! !
n
[ n
[
µ1 (B ∩ Ai ) = µ2 (B ∩ Ai ) .
i=1 i=1
µ1 (B) = µ2 (B).
Remarque 4.1
1) On remarque que toute mesure positive sur (X, P(X)) est une mesure extérieure.
2) Si µ ∗ est une mesure extérieure sur X alors
∀A, E ∈ P(X), µ ∗ (E) ≤ µ ∗ (E ∩ A) + µ ∗ (E\A).
Les mesures extérieures servent notamment à construire des mesures positives par restriction
à une sous-tribu de P(X).
Définition 4.6 Soit µ ∗ une mesure extérieure sur X. Un sous-ensemble A de X est dit µ ∗ -mesurable
si
∀E ⊂ X, µ ∗ (E) = µ ∗ (E ∩ A) + µ ∗ (E\A).
On note Mµ ∗ l’ensemble des parties µ ∗ -mesurables de X.
Lemme 4.1 Soit µ ∗ une mesure extérieure sur X. Pour tout E ∈ P(X), pour toute suite finie
(Ai )1≤i≤n d’éléments de Mµ ∗ deux à deux disjoints :
!
[ n n
µ∗ E ∩ Ai = ∑ µ ∗ (E ∩ Ai ). (4.1)
i=1 i=1
! n et soit An+1 ∈ Mµ ,
Preuve : L’égalité (4.1) est vraie pour n = 1. Supposons la vérifiée au rang ∗
n+1
0
Ai . Comme An+1 ∈ Mµ ∗ ,
[
les Ai , 1 ≤ i ≤ n + 1 étant deux à deux disjoints. Posons E = E ∩
i=1
on a
µ ∗ (E 0 ) = µ ∗ (E 0 ∩ An+1 ) + µ ∗ (E 0 \An+1 ). (4.2)
Comme les Ai sont disjoints, on a
!
n+1 n+1
E 0 ∩ An+1 = E ∩
[ [
Ai ∩ An+1 = (E ∩ Ai ∩ An+1 ) = E ∩ An+1 (4.3)
i=1 i=1
et comme tous les Ai , 1 ≤ i ≤ n sont inclus dans Acn+1 , donc aussi leur réunion,
" !# !
n n
0
[ [
E ∩ Acn+1 = E∩ Ai ∩ Acn+1 =E∩ Ai . (4.4)
i=1 i=1
Proposition 4.3 Soit µ ∗ une mesure extérieure sur X. Mµ ∗ est une tribu de parties de X et la
restriction de µ ∗ à Mµ ∗ est une mesure positive.
Preuve : a) Pour montrer que Mµ ∗ est une tribu, nous allons utiliser la Proposition 2.2.
• Il est facile de voir que ∅ ∈ Mµ ∗ .
• La stabilité par complémentaire est évidente.
• Soient A et B dans Mµ ∗ et E ⊂ X. On a
µ ∗ (E) = µ ∗ (E ∩ A) + µ ∗ (E ∩ Ac )
µ ∗ (A ∩ E) = µ ∗ (B ∩ A ∩ E) + µ ∗ (Bc ∩ A ∩ E)
µ ∗ (Ac ∩ E) = µ ∗ (B ∩ Ac ∩ E) + µ ∗ (Bc ∩ Ac ∩ E)
En remarquant que (B ∩ Ac ∩ E) ∪ (Bc ∩ A ∩ E) ∪ (Bc ∩ Ac ∩ E) = (Ac ∪ Bc ) ∩ E, on obtient par
sous-σ -additivité de µ ∗ ,
µ ∗ (E) = µ ∗ (E ∩ Bn ) + µ ∗ (E ∩ Bcn ).
µ ∗ (E) ≥ µ ∗ (E ∩ Bn ) + µ ∗ (E ∩ Ac ). (4.5)
µ ∗ (E) ≥ µ ∗ (E ∩ A) + µ ∗ (E ∩ Ac ),
ce qui prouve bien que A ∈ A . Ainsi µ ∗ est stable par union dénombrable disjointe et est bien
une tribu.
b) Montrons que µ ∗ restreinte à Mµ ∗ est bien une mesure positive.
• On sait déjà que µ ∗ (∅) = 0.
• Soit (Ai )i≥1 une suite d’éléments deux à deux disjoints de Mµ ∗ et A sa réunion. En prenant
E = A dans (4.7), on a
+∞
µ ∗ (A) ≥ ∑ µ ∗ (Ai ). (4.8)
i=1
La sous-σ -additivité de µ ∗ fournit par l’inégalité inverse, de sorte qu’on a l’égalité dans (4.8),
ce qui exprime la σ -additivité de µ ∗ restreinte à Mµ ∗ .
Théorème 4.3 [d’extension de Carathéodory] Soit µ0 une mesure définie une algèbre F0 de
partie de X, qui est supposée σ - finie le long de F0 . Il existe une unique mesure µ sur F = σ (F0 ),
telle que µ|F0 = µ0 . On dit que µ prolonge µ0 à F.
Lemme 4.2 Mµ ∗ contient l’algèbre F0 .
µ ∗ (E ∩ A) + µ ∗ (E ∩ Ac ) ≤ ∑ µ0(Bn) + ∑ µ0(Cn)
n n
= ∑ µ0(An)
n
∗
≤ µ (E) + ε.
d
Théorème 4.4 Il existe une unique mesure µ sur Rd , B(Rd ) telle que pour tout pavé ∏ ]ai , bi ]
i=1
(avec ai < bi pour tout i = 1, · · · , d),
!
d d
µ ∏ ]ai, bi] = ∏(bi − ai ).
i=1 i=1
Alors µ se prolonge de manière unique en une mesure sur la tribu borélienne de R. Cette mesure
est appelée mesure de Stieltjes associée à F.
En particulier lorsque F : x 7−→ x est l’identité sur R, on obtient ainsi la mesure de Lebesgue λ
(notée encore λ1 ) qui prolonge à Bor(R) la fonction longueur des intervalles de C, c’est-à-dire
λ (]a, b]) = b − a, si a < b.
Proposition 4.4 Une mesure µ sur (R, Bor(R)) est de Stieltjes si et seulement si elle est finie sur
les intervalles bornés de R.
Exemple Pour illustrer simplement la Proposition 4.4, considérons les deux mesures ponc-
tuelles
µ := ∑ δk , ν := ∑ δ1/k
k∈N∗ k∈N∗
µ est de Stieltjes car un intervalle borné ne contient qu’un ensemble fini d’entiers. Par contre
ν n’est pas de Stieltjes puisque ν(]0, 1]) = +∞ .
Chapitre 5
Dans tout ce chapitre, (X, A , µ) désigne un espace mesuré. Notre but est de construire et
d’étudier l’intégrale sur X par rapport à µ, d’abord pour les fonctions
étagées positives, puis
par extension pour toutes les applications f : X −→ R+ , A , B(R+ ) -mesurables.
Proposition 5.1 L’intégrale sur ξ + est homogène, additive et croissante : pour tous ϕ, ψ ∈ ξ +
et c ∈ R+ ,
Z Z
i) cϕdµ = c ϕdµ ;
X X
Z Z Z
ii) (ϕ + ψ)dµ = ϕdµ + ψdµ ;
X X X
33
5.1. INTÉGRATION DES FONCTIONS ÉTAGÉES MESURABLES POSITIVES 34
Z Z
iii) ϕ ≤ ψ =⇒ ϕdµ ≤ ψdµ.
X X
Preuve :
n
Si ϕ, ψ ∈ ξ + et c ∈ R+ alors les fonctions cϕ et ϕ + ψ appartiennent à ξ + . Notons ϕ = ∑ αi 1Ai
i=1
m
et ψ = ∑ β j 1B j les décompositions canoniques de ϕ et ψ. Ainsi {Ai, 1 ≤ i ≤ n} et {B j , 1 ≤ j ≤
j=1
m} sont des partitions de X.
n
• On a cϕ = ∑ cαi 1Ai
i=1
Z n n Z
cϕdµ = ∑ cαi µ(Ai ) = c ∑ αi µ(Ai ) = c ϕdµ
X i=1 i=1 X
avec la convention 0 × ∞ = ∞ × 0 = 0.
• Posons Ci j = Ai ∩ B j , 1 ≤ i ≤ n , 1 ≤ j ≤ m.
Les ensembles Ci j sont deux à deux disjoints, certains pouvant être vide. On remarque que
m
[ n
[
∀i ∈ {1, · · · , n} Ai = Ci j et ∀i ∈ {1, · · · , n} Bj = Ci j (∗).
j=1 i=1
Sur chaque Ci j non vide, la fonction ϕ + ψ est constante αi + β j . Les Ci j sont deux à deux
disjoints et la réunion de tous les Ci j vaut X. Enfin si Ci j = ∅, (αi + β j )1Ci j est une fonction
identiquement nulle. Ces remarques justifient l’écriture
n m
ϕ +ψ = ∑ ∑ (αi + β j )1Ci j .
i=1 j=1
• ϕ ≤ ψ signifie que pour tout x ∈ X, ϕ(x) ≤ ψ(x), et comme ϕ et ψ sont étagées, donc à valeurs
réelles, ψ(x) − ϕ(x) est bien défini et ψ(x) − ϕ(x) ≥ 0. Alors ψ − ϕ ∈ ξ + et ψ = ϕ + (ψ − ϕ).
Par ii) , on a Z Z Z Z
ψdµ = ϕdµ + (ψ − ϕ)dµ ≥ ϕdµ,
X X X X
Z
puisque (ψ − ϕ)dµ ∈ R+ .
X
Lemme 5.2 Soit µ une mesure positive sur (X, A ) et B ∈ A . La fonction ν = µ(. ∩ B) définie
par
∀A ∈ A ν(A) = µ(A ∩ B)
est une mesure positive sur (X, A ). Elle est appelée la trace de µ sur B.
Preuve : À faire en exercice.
Lemme 5.3 Soit ϕ ∈ ξ + . La fonction
ν : A −→ R+ Z Z
A 7−→ ν(A) = ϕ1A dµ = ϕdµ
X A
νi : A −→ R+
A 7−→ νi (A) := µ(Ai ∩ A).
On voit ainsi que chaque νi est la mesure trace de µ sur Ai (cf. Lemme 5.2). Pour chaque i ,
αi νi est donc une mesure. Une somme finie de mesures positives étant une mesure positive,
la fonction ν est donc bien une mesure positive.
Notations : M = { f : X −→ R (ou C) : f est A − mesurable }
M+ = { f : X −→ R+ : f est A − mesurable }
5.2. INTÉGRALE DANS M+ 36
{ ϕ ∈ ξ + : ϕ ≤ f } ⊂ { ϕ ∈ ξ + : ϕ ≤ g}
Nous
R
abordons
R
maintenant le premier des grands théorèmes d’interversion limite intégrale
" lim = lim " qui font toute la puissance de la théorie de l’intégration au sens de Lebesgue.
Théorème 5.1 [Théorème de convergence monotone ou de Beppo Levi]
Soit ( fn )n∈N une suite croissante dans M+ . Alors f := lim fn est aussi dans M+ et
n→+∞
Z Z
f dµ = lim fn dµ. (5.5)
X n→+∞ X
Preuve :
On a vu au Chapitre 3 que f := lim fn était mesurable. Donc on a bien f ∈ M+ . Remarquons
Z n→+∞
En = { fn − λ ϕ ≥ 0}.
5.2. INTÉGRALE DANS M+ 37
[
Puisque fn ≤ fn+1 , En ⊂ En+1 . Justifions que X = En .
n∈N
Soit x ∈ X. Si f (x) = 0 alors 0 ≤ ϕ(x) ≤ f (x) impose ϕ(x) = 0. Par conséquent, fn (x) ≥ 0 impose
fn (x) − λ ϕ(x) ≥ 0 et donc x ∈ En pour tout n.
Si f (x) > 0 alors λ < 1 et ϕ(x) ≤ f (x) imposent λ ϕ(x) < f (x). Dans ce cas il existe n ∈ N tel
que λ ϕ(x) < fn (x) ≤ f (x) car ( fn (x))n∈N [ Ainsi on a x ∈ En .
converge vers f (x).[
Dans tous les cas, on a montré que x ∈ En et donc X = En .
n∈N n∈N
Remarquons que pour tout x ∈ En , λ ϕ(x) ≤ fn (x) donc λ ϕ1En ≤ fn . Ainsi on a pour tout n,
Z Z Z
λ ϕ1En dµ ≤ fn dµ ≤ lim fk dµ, (5.6)
X X k→+∞ X
Z
où le second membre de cette inégalité est obtenue par croissance de la suite fk dµ .
X k∈N
Z Z
∀n ∈ N λ ϕ1En dµ = λ ϕdµ.
X En
où
ν : A −→ R+ Z
A 7−→ ν(A) = ϕdµ.
A
Par le Lemme 5.3, ν est une mesureZsur (X, A ). Sa continuité séquentielle et le fait que En ↑ X
nous donnent alors ν(En ) ↑ ν(X) = ϕdµ.
X
Finalement, pour tout λ ∈]0, 1[ et ϕ étagée telle que ϕ ≤ f , on a
Z Z
λ ϕdµ ≤ lim fk dµ,
X k→+∞ X
Ce théorème a pour première utilité de dériver facilement toutes les propriétés élémentaires
de l’intégrale de Lebesgue.
Corollaire 5.1 [homogénéité et additivité de l’intégrale dans M+ ]
Pour toutes fonctions f , g ∈ M+ et toute constante c ∈ R+ , on a
5.2. INTÉGRALE DANS M+ 38
Z Z
a) c f dµ = c f dµ ;
X X
Z Z Z
b) ( f + g)dµ = f dµ + gdµ.
X X X
Preuve :
• Le cas c < +∞ dans le a) est une conséquence de la Définition 5.2 et de la Proposition 5.1 i)
et ne requiert pas le théorème de Beppo Levi.
Pour traiter le cas c = +∞, posons fn := n f . La suite ( fn )n∈N est croissante dans M+ . Sa limite
est c f . En effet, si f (x) = 0, c f = (+∞) × 0 = 0 et fn (x) = n f (x) = 0 converge bien vers 0.
Si f (x) ∈]0, +∞[, c f (x) = (+∞) × fZ(x) = +∞ et
Z fn (x) = n f (x) tend vers
Z +∞ puisque f (x) > 0.
Par le théorème de Beppo Levi, c f dµ = lim fn dµ = lim fn dµ. Par le cas c < +∞
Z Z X Z X n→+∞ n→+∞
Z X Z
(avec c = n), fn dµ = n f dµ. Si f dµ > 0, la limite de n f dµ est +∞. Si f dµ = 0,
X X X XZ X
cette limite vaut 0. Dans les deux cas, cette limite s’écrit (+∞) × f dµ grâce à nos conven-
Z X Z
tions sur la multiplication dans R+ . Finalement on a bien (+∞) × f dµ = (+∞) × f dµ.
X X
• Pour prouver le b), la Proposition 3.10 nous fournit l’existence de deux suites (ϕn )n∈N et
(ψn )n∈N dans ξ + convergeant vers f et g, respectivement. Clairement la suite (ϕn + ψn )n∈N
est alors croissante dans ξ + et converge vers f + g. Par additivité de l’intégrale des fonctions
étagées,
Z Z Z
∀n ∈ N, (ϕn + ψn )dµ = ϕn dµ + ψn dµ. (5.8)
X X X
La fonction gn := inf fk appartient à M+ (cf. Proposition 3.7) et la suite (gn )n∈N converge en
k≥n
croissant vers g. Par le théorème de Beppo Levi, on a donc
Z Z Z
gn dµ ↑ gdµ = lim inf fn dµ. (5.10)
X X X n→+∞
5.2. INTÉGRALE DANS M+ 39
n +∞
Preuve : Posons Sn := ∑ fk et S= ∑ fk .
k=0 k=0
L’application Sn est mesurable positive comme somme d’un nombre fini d’applications me-
surables positives. La suite (Sn )n∈N converge dans R+ vers S. L’additivité de l’intégrale pour
deux éléments de M+ s’étend immédiatement à la somme d’un nombre fini quelconque de
termes dans M+ , d’où
Z n Z
∀n ≥ 0, Sn dµ = ∑ fk dµ. (5.14)
X k=0 X
Z Z
Par le théorème de Beppo Levi, S ∈ M+ et Sn dµ converge en croissant dans R+ vers Sdµ.
X Z X
Ainsi le premier membre de (5.14) converge vers celui de (5.13). D’autre part, fk dµ est
! X
Z n
dans R+ donc positif. Par conséquent la suite ∑ fk dµ est croissante donc conver-
k=0 X n∈N
+∞ Z
gente dans R+ et sa limite est ∑ fk dµ. Le second membre de (5.14) converge vers celui
k=0 X
de (5.13). L’égalité (5.14) étant vraie pour tout n ≥ 1, on a donc l’égalité (5.13) par passage
à la limite.
5.2. INTÉGRALE DANS M+ 40
Le théorème suivant donne l’intégration par rapport à une mesure image.
On considère deux espaces mesurables (X1 , A1 ) et (X2 , A2 ). Pour i = 1, 2 on note ξi+ (resp.
M+i ) l’ensemble des fonctions Xi −→ R+ étagées mesurables (resp. Ai -mesurables).
premier membre de (5.15) est bien défini. Nous allons vérifier (5.15) successivement pour les
indicatrices, puis pour les fonctions étagées et enfin pour les fonctions mesurables positives.
• Cas des fonctions indicatrices : h = 1B , B ∈ A2 . Comme ϕ est mesurable, A := ϕ −1 (B)
appartient à A1 et on a :
Z Z
−1
1B dν = ν(B) = µ ϕ (B) = µ(A) = 1A dµ.
X2 X1
Il ne reste plus qu’à vérifier que 1A = 1B ◦ ϕ, ce qui résulte des égalités suivantes :
1 si x ∈ ϕ −1 (B)
1 si ϕ(x) ∈ B
∀x ∈ X1 1A (x) = −1 = = 1B (ϕ(x)) = (1B ◦ ϕ)(x).
0 si x ∈
/ ϕ (B) 0 si ϕ(x) ∈
/B
n
• Cas des fonctions étagées : h ∈ ξ2+ , de décomposition canonique h = ∑ αi 1Bi . Alors h ◦ ϕ =
i=1
n
∑ αi (1Bi ◦ ϕ). En utilisant l’additivité et l’homogénéité de l’intégrale par rapport à µ et ν et
i=1
l’égalité (5.15) pour les indicatrices, on obtient :
Z n Z n Z Z
(h ◦ ϕ)dµ = ∑ αi (1Bi ◦ ϕ)dµ = ∑ αi 1Bi dν = hdν,
X1 i=1 X1 i=1 X2 X2
Chapitre 6
42
6.2. NÉGLIGEABILITÉ 43
Définition 6.3 Pour K = R ou C, on note L1K (µ) l’ensemble des fonctions µ-intégrable f : X −→
K. Lorsqu’il n’y pas d’ambiguité sur la mesure µ, on le notera simplement L1K .
Proposition 6.1 i) L’ensemble L1R (µ) est un espace vectoriel sur R ;
f dµ est une forme linéaire sur L1R (µ) ;
R
ii) l’application qui a f associe
iii) l’intégrale conserve la positivité i.e. si f ∈ L1R (µ) et f ≥ 0, alors
R
f dµ ≥ 0 ;
iv) l’intégrale conserve les inégalités : si f , g ∈ L1R (µ) avec f ≤ g, alors
R R
f dµ ≤ gdµ ;
Z Z
v) si f ∈ L1R (µ), f dµ ≤ f dµ.
On montre de même la
Proposition 6.2 i) L1C (µ) est un espace vectoriel sur C ;
f dµ considérée comme application de L1C (µ) ; est une forme
R
ii) l’application qui à f associe
linéaire sur L1C (µ) ;
Z Z Z
iii) ∀a, b ∈ C, ∀ f , g ∈ L1C (µ), (a f + bg) dµ = a f dµ + b g dµ.
X
Z ZX X
6.2 Négligeabilité
Définition 6.4 Soit (X, A , µ) un espace mesuré.
i) Un sous-ensemble N de X est µ-négligeable (ou simplement négligeable s’il n’y a pas
d’ambiguïté sur la mesure µ) s’il existe un élément A de A tel que N ⊂ A et µ(A) = 0.
ii) (X, A , µ) est complet [µ est complète sur (X, A )] si tout sous-ensemble µ-négligeable de
X est un élément de A .
iii) On dit qu’une propriété P sur X est vraie µ-presque partout sur X (on note µ-p.p.) si
Corollaire 6.2 Soit (X, A , µ) un espace mesuré.
Z Z
i) Soient f et g deux fonctions mesurables X −→ R+ , égales µ-p.p. Alors f dµ = gdµ.
X X
ii) Si f ∈ L1K (µ) (avec K = R ou C) et si g est une fonction mesurable
Z égale Z
à f p.p. (éventuel-
lemnent g à valeurs dans R quand K = R), g est intégrable et f dµ = gdµ.
X X
∀n ∈ N, ∀x ∈ X, | fn (x)| ≤ g(x).
Elle est dite dominée µ-p.p. si l’inégalité ci-dessus a lieu µ-presque partout sur X.
Théorème 6.1 [Théorème de convergence dominée]
Soit (X, A , µ) un espace mesuré. Soit ( fn )n∈N une suite de fonctions mesurables sur (X, A ) à
valeurs dans R ou C telle que :
i) ( fn )n∈N converge µ-presque partout vers une fonction f mesurable,
ii) il existe une fonction g positive appartenant à L1R (µ) telle que
∀n ∈ N, | fn | ≤ g µ − p.p.
Alors
a) les fonctions f et les fn sont intégrables,
Z Z Z
b) lim fn − f dµ = 0 et par suite lim fn dµ = f dµ.
n→+∞ X n→+∞ X X
Preuve : Supposons tout d’abord que la convergence de ( fn )n∈N vers f ait lieu partout et que
les inégalités ii) soient vraies pour tout x ∈ X.
Posons gn = 2g−| fn − f |. Alors (gn )n∈N est une suite de fonctions mesurables positives. D’après
le lemme de Fatou,
Z Z Z Z Z
2 gdµ = lim inf gn dµ ≤ lim inf gn dµ = 2 g dµ − lim sup fn − f dµ.
X X n→+∞ n→+∞ X X n→+∞ X
Z Z
Puisque gdµ < +∞, on voit alors que lim sup fn − f dµ ≤ 0. On en déduit donc que
X n→+∞ X
Z
lim fn − f dµ = 0.
n→+∞ X
6.3. THÉORÈME DE CONVERGENCE DOMINÉE 46
Z Z
Il en resulte que lim fn dµ = f dµ.
n→+∞ X X
Cas général : Soit N ∈ A tel que, si x ∈
/ N , lim fn (x) = f (x) et µ(N) = 0. Choisissons de plus,
n→+∞
pour tout n ∈ N un ensemble Nn ∈ A tel que si x ∈
/ Nn , | fn (x)| ≤ g(x) et µ(Nn ) = 0. Posons
M = N ∪ ∪ Nn ∈ A .
n∈N
On a encore µ(M) = 0.
Posons
hn = fn 1Mc et h = f 1Mc .
On a, pour tout x ∈ X et pour tout n ∈ N,
+∞
Preuve : Posons g = ∑ | fn|. D’après le Corollaire 5.3 (interversion série-intégrale pour les
n=0
fonctions positives),
Z +∞ Z
gdµ = ∑ fn dµ < +∞.
n=0
La fonction g étant intégrable, elle est finie µ-p.p. Posons
( )
+∞
N= x ∈ X, ∑ | fn (x)| = +∞ .
n=0
On dit que la subdivision ∆0 est une raffinement de ∆ si l’ensemble des valeurs de la suite finie
∆ est incluse dans celui des valeurs de la suite ∆0 , ce que nous noterons avec un léger abus
∆ ⊂ ∆0 . Il est facile de vérifier que
0
∆ ⊂ ∆0 =⇒ S∆ ( f ) ≤ S∆0 ( f ) et S∆ ( f ) ≥ S∆ ( f ).
le supremun et l’infinimun étant pris sur toutes les subdivisions ∆ de [a, b].
Pour ∆1 et ∆2 deux subdivisions de [a, b] on a clairement
S∆1 ( f ) ≤ S∆1 ∪∆2 ( f ) ≤ S∆1 ∪∆2 ( f ) ≤ S∆2 ( f ),
d’où S∆1 ( f ) ≤ S∆2 ( f ). En prenant successivement le sup sur tous les ∆1 , puis l’inf sur tous les
∆2 , on en déduit
I∗ ( f ) ≤ I ∗ ( f ),
inégalté vérifiée pour toute fonction bornée f : [a, b] −→ R.
6.4. COMPARAISON AVEC L’INTÉGRALE DE RIEMANN 48
Définition 6.7 On dit que f bornée [a, b] −→ R est Riemann intégrable si avec les notations ci-
Z b
dessous, I∗ ( f ) = I ∗ ( f ). Dans ce cas on définit son intégrale au sens de Riemann notée f (x)dx
a
par
Z b
f (x)dx := I∗ ( f ) = I ∗ ( f ).
a
6.4.2 Comparaison
Proposition 6.5 Soit [a, b] un intervalle borné de R. Si f borélienne bornée [a, b] −→ R est
Riemann intégrable, elle est aussi intégrable par rapport à la mesure de Lebesgue et
Z b Z
f (x)dx = f dλ (6.2)
a [a,b]
Rb
L’hypothèse de convergence absolue de l’intégrale généralisée a f (x)dx est indispensable
comme le montre le résultat suivant.
Proposition 6.7 Soit f borélienne sur ]a, b[ et Riemann intégrable sur tout [α, β ] ⊂]a, b[. On sup-
pose de plus que l’intégrale de Riemann généralisée ab f (x)dx n’est pas absolument convergente.
R
Alors Z
| f |dλ = +∞
]a,b[
Ce minorant tend vers +∞ quand α tend vers a et β tend vers b en raison de la non conver-
Z b
gence absolue de l’intégrale généralisée f (x)dx.
a
Pour conclure cette sous-section, nous énonçons un cas particuler de la Proposition 6.6 qui
devrait couvrir la plupart des intégrales rencontrées en pratique.
6.5. APPLICATIONS DU THÉORÈME DE CONVERGENCE DOMINÉE 49
Proposition 6.8 Soit a, b ∈ R, a < b. Si f : ]a, b[−→ R est continue sur ]a, b[ et d’intégrale de
Riemann ab f (x)dx absolument convergente, alors f est Lebesgue-intégrable sur ]a, b[ (ou encore
R
Preuve : Si [α, β ] ⊂]a, b[, a < α ≤ β < b, donc α et β sont finis et l’intervalle [α, β ] est compact
sur lequel f est continue donc bornée et Riemann intégrable. D’autre part f est borélienne
puisqu’elle est continue ]a, b[. Ainsi toutes les hypothèses de la Proposition 6.6 sont vérifiées ,
d’où la conclusion.
R
6.4.3 Changement de variable dans une intégrale f dλ
Proposition 6.9 Soit I un intervalle ouvert (pas nécesairement borné) de R, ϕ : I −→ R, stric-
tement monotone et de classe C1 . On pose J = ϕ(I). Alors pour toute application f : J −→ R
mesurable positive ou λ -intégrable sur J, on a
Z 0 Z
∀A ∈ B(I), f ϕ(x) |ϕ (x)|dλ (x) = f (y)dλ (y). (6.3)
A ϕ(A)
f : X × Ω −→ K
(x, ω) 7−→ f (x, w).
il s’agit de montrer que lim F(x) = F(x0 ). Comme X est un espace métrique, il suffit pour
x→x0
cela de prouver que pour toute suite (yn ) convergeant vers x0 dans X, F(yn ) converge vers
F(x0 ) dans K. Soit donc (yn ) une telle suite. Comme V0 est un voisinage de x0 , tous les yn sont
dans V0 à partir d’un certain rang et on ne perd pas de généralité en supposant qu’ils y sont
tous. Posons alors hn := f (yn , .). Grâce à l’hypothèse b), la suite de fonctions mesurables (hn )
converge µ-p.p. vers h := f (x0 , .). Elle est dominée µ-p.p. par la fonction intégrable g grâce à
c). Le théorème de convergence dominée appliqué à (hn ) donne la conclusion.
Remarque 6.3 Ce théorème est de nature essentiellement locale, on montre la régularité en
un point x0 fixé, en utilisant un voisinage de ce point. Il n’est pas difficile d’en faire un théorème
global en remplaçant V0 par X, en supposant dans b) que f (. , ω) est continue en tout point x de X
et dans c) que l’on a la même fonction dominante g pour tous les x de X. C’est d’ailleurs sous cette
forme que le théorème est souvent énoncé. Si nous lui avons préféré une version plus laborieuse,
c’est parce qu’elle colle mieux à l’utilisation pratique de ce théorème où il arrive souvent qu’on ne
puisse choisir la même fonction dominante g pour tous les points x de X.
R
Théorème 6.3 [de dérivabilité sous le signe ]
Soit V un ouvert de R et f une application V × Ω −→ K. On suppose que
a. pour tout x ∈ V , l’application f (x , .) est intégrable ;
b. pour µ-presque tout ω ∈ Ω, l’application f (. , w) : V −→ K, est dérivable sur V ;
c. il existe une fonction µ-intégrable g telle que pour tout x ∈ V et pour µ-presque tout ω ∈ Ω,
∂f
(x, ω) ≤ g(x).
∂x Z
Alors la fonction F(x) := f (x, ω)dµ(ω) est dérivable sur V et
Ω
∂f
Z
0
∀ x ∈ V, F (x) = (x, ω)dµ(ω).
Ω ∂x
Preuve : L’existence de F(x) pour tout x ∈ V découle de a) . Par le même argument que dans
la preuve du Théorème 6.2, il suffit de montrer que pour une suite (yn ) convergente vers x0
dans V (avec yn 6= x0 pour tout n),
F(yn ) − F(x0 ) ∂f
Z
lim = (x0 , ω)dµ(ω).
n→+∞ yn − x0 Ω ∂x
Posons
f (yn , ω) − f (x0 , ω)
hn := .
yn − x0
Par l’hypothèse b), il existe D1 ∈ A , tel que µ(Dc1 ) = 0 et pour tout ω ∈ D1 , f (. , ω) est dérivable
sur tout V . Par le théorème des accroissements finis (appliqué séparément à Re f (. , ω) et
Im f (. , ω) quand f est à valeurs complexes), on a la majoration
∂f
∀ ω ∈ D1 , f (yn , ω) − f (x0 , ω) ≤ sup (x0 , ω) |yn − x0 |.
x∈V ∂x
6.5. APPLICATIONS DU THÉORÈME DE CONVERGENCE DOMINÉE 51
Par l’hypothèse b), il existe D2 ∈ A , tel que µ(Dc2 ) = 0 et pour tout w ∈ D2 et tout x ∈ V ,
∂f
(x0 , ω) ≤ g(ω). L’ensemble D1 ∩ D2 est de complémentaire µ-négligeable et
∂x
∂f
∀ w ∈ D1 ∩ D2 , lim hn (ω) = (x0 , ω) et ∀ n ∈ N, |hn (ω)| ≤ g(ω).
n→+∞ ∂x
Le théorème de la convergence dominée appliqué à la suite (hn ) nous dit maintenant que la
∂f
limite µ-p.p. (x0 , .) est µ-intégrable et que
∂x
F(yn ) − F(x0 ) ∂f
Z Z
lim = lim hn (ω)dµ(ω) = (x0 , ω)dµ(ω).
n→+∞ yn − x0 n→+∞ Ω Ω ∂x
Chapitre 7
On introduit maintenant la notion de section d’une partie d’un produit cartésien. La définition
et le lemme qui suit sont purement ensemblistes et ne font pas intervenir les propriétés des
tribus.
Définition 7.2 Soient X1 , X2 deux ensembles non vides et E ⊂ X1 × X2 . Soit x1 ∈ X1 fixé. On
appelle section de E en x1 , le sous-ensemble Ex1 de X2 défini par
Ex1 := { x2 ∈ X2 : (x1 , x2 ) ∈ E }.
Ex2 := { x1 ∈ X1 : (x1 , x2 ) ∈ E }.
Lemme 7.1 La section commute avec le complémentaire, la différence propre, l’union et l’inter-
section. Plus précisement, si (Ei )i∈I est une famille quelconque (pas forcément dénombrable) de
parties de X1 × X2 , on a pour tout x1 ∈ X1
a) (X1 × X2 )\E = X2 \Ex1 et si E ⊂ F ⊂ X1 × X2 , F\E x = Fx1 \Ex1
x1 1
52
7.1. PRODUIT DE DEUX MESURES 53
b) ∪ Ei = ∪ (Ei )x1
i∈I x1 i∈I
c) ∩ Ei = ∩ (Ei )x1 ,
i∈I x1 i∈I
et les propriétés analogues pour les sections en x2 ∈ X2 .
Preuve : Raisonner par double inclusion (à faire en exercice).
Proposition 7.1 Toutes les sections d’un ensemble E ∈ A1 ⊗A2 sont mesurables au sens suivant :
∀ x1 ∈ X1 , Ex1 ∈ A2 , ∀ x2 ∈ X2 , Ex2 ∈ A1 .
Preuve : Il suffit de faire la preuve pour les sections en x1 ∈ X1 , puisque celle des sections en
x2 ∈ X2 se fait de façon analogue. Fixons donc x1 ∈ X1 et définissons
G1 := {E ⊂ X1 × X2 : Ex1 ∈ A2 }.
Si l’on montre que G1 est une tribu sur X1 × X2 et qu’elle contient la famille des rectangles
mesurables R = {A × B : A ∈ A1 , B ∈ A2 }, alors elle contiendra la tribu A1 ⊗ A2 = σ (R) et on
aura établi que pour tout E ⊂ A1 ⊗ A2 , E ∈ G1 , donc Ex1 ∈ A2 . Ceci étant vrai pour tout x1 , la
proposition sera prouvée.
Pour voir que G1 contient les rectangles mesurables A × B, il suffit d’écrire
Preuve : Par symétrie, il suffit de traiter le cas de f (x1 , .). Fixons x1 dans X1 , et prenons un
élément B quelconque de la tribu A . On a
Z Z Z
f d(µ1 ⊗ µ2 ) = f (x1 , x2 )dµ2 (x2 ) dµ1 (x1 ) (7.4)
X1 ×X2 X1 X2
Z Z
= f (x1 , x2 )dµ1 (x1 ) dµ2 (x2 ). (7.5)
X2 X1
7.3. INTÉGRALES DOUBLES 55
Preuve : Avant d’examiner la mesurabilité des Fi , notons que grâce au Lemme 7.2 appliqué
avec X = R+ , les applications partielles f (x1 , .) et f (. , x2 ) sont mesurables positives et les
intégrales définissant les Fi ont un sens comme éléments de R+ .
Considérons maintenant le cas particulier où f est l’indicatrice d’un ensemble E appartenant
à la tribu A1 ⊗ A2 . On a alors d’après (7.3),
Z Z Z
f d(µ1 ⊗ µ2 ) = µ1 ⊗ µ2 (E) = µ2 (Ex1 )dµ1 (x1 ) = µ1 (Ex2 )dµ2 (x2 ). (7.6)
X1 ×X2 X1 X2
d’où Z Z
F1 (x1 ) = 1E (x1 , x2 )dµ2 (x2 ) = 1Ex1 (x2 )dµ2 (x2 ) = µ2 (Ex1 ),
X2 X2
et symétriquement F1 (x2 ) = µ1 (Ex2 ). La mesurabilité de F1 : x1 7−→ µ2 (Ex1 ) a été établie dans
la preuve du Théorème 7.1. Celle de F2 s’en déduit par symétrie. En reportant les expressions
trouvées pour F1 et F2 dans (7.6), on a bien la double égalité (7.4)-(7.5) et le théorème est
prouvé dans le cas particulier où f est l’indicatrice d’un ensemble E ∈ A1 ⊗ A2 .
La mesurabilité des Fi et la vérification de la double égalité (7.4)-(7.5) dans le cas général s’en
déduisent par la méthode d’extension standard en considérant successivement les fonctions
étagées puis les limites croissantes de fonctions étagées.
f : X1 × X2 −→ K
(x1 , x2 ) 7−→ f (x1 , x2 ) = f1 (x1 ) f2 (x2 ).
Si chaque fi est µi -intégrable (i = 1, 2), alors f est µ1 ⊗ µ2 -intégrable, et on a
Z Z Z
f d(µ1 ⊗ µ2 ) = f1 (x1 )dµ1 (x1 ) f2 (x2 )dµ2 (x2 ) . (7.9)
X1 ×X2 X1 X2
L’égalité (7.10) vient du fait que f1 (x1 ) est une constante (dépendant de x1 ) pour l’intégra-
tion sur X2 . Remarquons d’ailleurs que cette constante est finie pour µ1 presque pour
Z tout x1
puisque f1 est µ1 -intégrable. Pour (7.11), on a simplement sorti la constante finie f2 dµ2
X2
de l’intégrale sur X1 . Enfin la finitude du produit des deux intégrales résulte des intégrabilités
respectives de f1 et f2 .
Une fois acquise l’intégrabilité de f , le théorème de Fubini légitime le même calcul précédent
sans valeur absolues et donne (7.9).
Rn := A1 × A2 × · · · × An : Ai ∈ Ai , 1 ≤ i ≤ n .
En identifiant R p × Rq et R p+q , on a
B R p ⊗ B Rq = B R p+q , ∀ p, q ∈ N∗ ;
en particulier
⊗n
n
n ∈ N∗ .
B R = B R ⊗ · · · ⊗ B R =: B R , (7.14)
| {z }
n facteurs
ν2 := µ1 ⊗ µ2 , νn := νn−1 ⊗ µn , (n ≥ 2).
λd = λ1 ⊗ · · · ⊗ λ1 =: λ1⊗d . (7.15)
| {z }
d facteurs
Toutes les intégrales itérées d’ordre k (1 ≤ k ≤ n − 1) contenues dans ces formules définissent des
fonctions mesurables positives relativement aux tribus produits concernées.
7.5. CHANGEMENT DE VARIABLE DANS RD 58
Théorème 7.5 Avec les notations du théorème précédent, si f : X −→ K(= R ou C) est En , B(K) -
mesurable, elle est µ1 ⊗ · · · ⊗ µn -intégrable si et seulement l’une des intégrales itérées d’ordre n
Z Z
··· f (x1 , · · · , xn ) dµτ(n) (xτ(n) ) · · · dµτ(1) (xτ(1) )
Xτ(1) Xτ(n)
est finie.
Corollaire 7.2 Si pour i = 1, · · · n, fi : Xi −→ R est µi -intégrable, la fonction
f := f1 × · · · × fn : X −→ R
(x1 , · · · , xn ) 7−→ f1 (x1 ) · · · fn (xn )
est µ1 ⊗ · · · ⊗ µn -intégrable et
Z n Z
f d(µ1 ⊗ · · · ⊗ µn ) = ∏ fi dµi .
X i=1 Xi
ϕ −1
Ainsi, la mesure image de λd par ϕ est λd = detϕ λd .
Théorème 7.6 (Changement de variable linéaire)
Soit ϕ un isomorphisme de Rd et Y = ϕ(X) avec X ∈ B(Rd ). Si f : Y −→ R (ou C) est intégrable
alors f ◦ ϕ : X −→ R(ou C) est intégrable et
Z Z
f (ϕ(x)) detϕ dλd (x) = f (y)dλd (y).
X Y
Preuve : Si f est intégrable, alors par définition, elle est mesurable et donc f ◦ ϕ l’est aussi,
puisque ϕ est mesurable. D’après le théorème de transfert, on a
Z Z
ϕ
f (ϕ(x)) dλd (x) = f (y) dλd (y)
X Y Z
−1
= detϕ f (y) dλd , (7.16)
Y
Z Z
ϕ −1
puisque λd = detϕ λd . Donc f (ϕ(x)) dλd (x) < +∞, puisque f (y) dλd < +∞.
X Y
De la même façon Z Z
−1
f (ϕ(x)) dλd (x) = detϕ f (y)dλd .
X Y
7.5. CHANGEMENT DE VARIABLE DANS RD 59
La question que l’on se pose est la suivante : peut-on étendre ce changement de variable au
cas non linéaire ?
Ce que nous venons de voir s’étend à des changements de variables non-linéaire que l’on
appelle difféomorphismes.
Définition 7.3 Soient U et V deux ouverts non vides de Rd . On dit qu’une fonction ϕ : U −→ V
est un C1 -difféomorphisme si
i) ϕ est bijective (de U sur V ),
ii) ϕ est de classe C1 sur U,
iii) ϕ −1 est de classe C1 sur V .
On rappelle que pour toute fonction différentiable ϕ : U −→ Rd , où U est un ouvert de Rd , on
définit en chaque point x ∈ U la matrice jacobienne de ϕ
∂ ϕ1 ∂ ϕ1
∂ x1 (x) · · · ∂ xd (x)
. . . ∂ ϕi
.. .. ..
= ∂xj .
∂ ϕd ∂ ϕd 1≤i, j≤d
(x) · · · (x)
∂ x1 ∂ xd
Dans le suite, on note Jϕ son déterminant, appelé jacobien.
On rappelle également le résultat suivant.
Théorème 7.7 Soit U est un ouvert de Rd . Si ϕ : U −→ Rd est injective et de classe C1 , alors c’est
une bijection de U sur ϕ(U) (qui est ouvert), dont la réciproque est de classe C1 si et seulement
si, pour tout x ∈ U, Jϕ (x) 6= 0.
On admet le théorème suivant
Théorème 7.8 (Changement de variable C1 ) Soit U, V deux ouverts de Rd et ϕ : U −→ V un
C1 -difféomorphisme.
1) Si f : V −→ [0, +∞] est mesurable alors f ◦ ϕ × |Jϕ | : U −→ [0, +∞] est mesurable et
Z Z
f (y)dy = ( f ◦ ϕ) (x)|Jϕ |dx.
V U
Formellement, on remplace alors dxdy par rdrdθ car le jacobien du changement de variable
est r :
cos θ −r sin θ
Jϕ (r, θ ) = = r cos2 θ + r sin2 θ = r.
sin θ r cos θ
Donc
Z Z
f (x, y)dxdy = f (rcosθ , r sin θ )rdrdθ . (7.17)
R2 [0,+∞[×[0,2π[
b) Coordonnées sphériques
En dimension 3, le changement de variables utile est le changement en coordonnées sphé-
riques donnée par
(x, y, z) = φ (r, θ , ϕ) ⇐⇒ φ (r, θ , ϕ) = x = r cos θ cos ϕ, y = r cos θ sin ϕ, z = r sin θ ,
où θ ∈ [−π/2, π/2] est la latitude, ϕ ∈ [0, 2π[ est la longitude et r ∈ [0, +∞[ la distance à
l’origine. Le jacobien du changement de variables est
Donc
Z Z
f (x, y, z)dxdydz = f (r cos θ cos ϕ, r cos θ sin ϕ, r sin θ )r2 cos θ drdθ dϕ.
R3 [0,+∞[×[0,2π[×[−π/2,π/2]
B(0, R) = {(x, y, z) ∈ R3 : x2 + y2 + z2 ≤ R2 }
7.5. CHANGEMENT DE VARIABLE DANS RD 61
Z Z
VolB(0,R) = dxdydz = r2 cos θ drdϕdθ
B(0,R) [0,R]×[0,2π[×[−π/2,π/2]
Z 2π Z π/2 Z R
2
= dϕ cos θ dθ r dr
0 −π/2 0
4 3
= πR .
3