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Finance Alternative

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REPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE

Union – Discipline – Travail

Université Jean Lorougnon Guédé


----------------------- Année Universitaire : 2024-2025

UFR Sciences Economiques et Gestion

FINANCE ALTERNATIVE
Microfinance * Crowdfunding *Finance Islamique

Dr. Yaya Ouattara

Enseignant chercheur, UFR des Sciences Economiques et Gestion, chef du


département Economie.

[email protected]

Cours de Dr. Yaya Ouattara en Master II Gestion. Microfinance, crowdfunding et finance islamique
Table des matières
INTRODUCTION ....................................................................................................................................... 4
CHAPITRE I. LE CADRE THEORIQUE DU FINANCEMENT DE L’ECONOMIE ............................................... 5
I. Le cadre théorique du financement de l’économie ............................................................................. 5
1.1 Le rôle de la monnaie dans l’économie ......................................................................................... 6
1.2 Qu’est-ce que la monnaie ............................................................................................................. 6
1.3 La théorie quantitative de la monnaie .......................................................................................... 8
II Les dérives de l’emploi de l’argent à travers l’histoire......................................................................... 9
2.1 L’intérêt comme dérive majeure ................................................................................................... 9
2.2 La spéculation .............................................................................................................................. 10
2.3 La corruption ............................................................................................................................... 10
CHAPITRE II. LE FINANCEMENT ALTERNATIF ......................................................................................... 12
I La finance éthique comme cadre d’analyse de la finance alternative ................................................ 12
II La microfinance .................................................................................................................................. 13
2.1 Le concept de microfinance ........................................................................................................ 13
2.2 Caractéristiques d’une microfinance........................................................................................... 14
2.3 La contribution à un système financier inclusif ........................................................................... 15
III Le crowdfunding ................................................................................................................................ 18
3.1 Avantages du modèle de financement participatif ..................................................................... 18
3.2 Le principe général du crowdfunding .......................................................................................... 18
3.3 L’organisation de la levée de fonds ............................................................................................. 21
3.4 Quelle plateforme choisir ? ......................................................................................................... 22
3.5 Quelques conseils et bonnes pratiques pour réussir une Campagne ......................................... 23
3.6 Communiquer et animer la campagne ........................................................................................ 24
IV La finance islamique .......................................................................................................................... 25
4.1 Le cadre général et théorique de la finance islamique ............................................................... 25
4.2 Fondement de l’économie islamique .......................................................................................... 26
4.2.1 Le Coran ................................................................................................................................ 26
4.2.2 La tradition du Prophète Muhammad (PBDL) ou sunna ...................................................... 26
4.3 Fonctionnement de l’économie islamique .................................................................................. 27
4.3.1 Le filtrage moral ................................................................................................................... 27
4.3.2 Le filtrage par les prix ........................................................................................................... 27
4.4 Le système financier islamique ................................................................................................... 28
4.4.1 La prohibition du Riba dans le Coran ................................................................................... 28

2
4.4.2 L’interdiction du Gharar ....................................................................................................... 29
4.5 Les produits de la finance islamique ........................................................................................... 29
4.5.1 Les produits basés sur le principe de Partage des Pertes et Profits (PPP) ........................... 29
4.5.2 Les opérations commerciales ............................................................................................... 30
4.5.3 Les comptes bancaires ......................................................................................................... 32
CONCLUSION ......................................................................................................................................... 34
BIBLIOGRAPHIE ...................................................................................................................................... 35

3
INTRODUCTION
La finance fait allusion à l'étude de la manière dont l'argent est utilisé et géré dans l'économie.
Au pluriel, les finances se réfèrent à l'argent disponible pour une personne, une entreprise, un
gouvernement, etc., et la manière dont il est utilisé dans la satisfaction des besoins des êtres
humains. Ainsi défini, la finance qui consiste à gérer l’argent est une activité d’intermédiation
dans la mesure où il ne s’agit pas de détenir de l’argent pour de l’argent. L’argent doit
permettre d’acquérir des biens et services. L’argent est échangé avec une contrepartie.

Cependant dans l’évolution et le développement des relations économiques et humaines, la


monnaie n’est pas restée dans sa sphère d’intermédiation. Les relations économiques se sont
complexifiées au point où tout le monde n’a pas accès au financement. Les plus riches
spéculent maintenant pour gagner de l’argent sans contrepartie réelle. Ainsi, la satisfaction
des besoins par l’intermédiaire de la monnaie devient de plus en reléguée au second plan.

Dans ces conditions, et pour permettre aux plus démunis d’avoir accès au financement, la
finance conventionnelle a vu naître à ses côtés d’autres formes de financement comme la
microfinance, le microcrédit, la finance éthique, le crowdfunding, la finance islamique etc.
Toutes ces dénominations renvoient à une même réalité celle de servir les besoins réels de
financement des populations qui en sont privées dans le système conventionnel soit parce que
les conditions sont onéreuses soit parce que leur implantation se fait hors du lieu
géographique de résidence des populations les plus pauvres comme les ruraux.

Cette intervention va s’articuler sur deux points à savoir (I) le cadre théorique du
financement de l’économie et le rôle de la monnaie dans l’économie et (II) le financement
alternatif.

4
CHAPITRE I. LE CADRE THEORIQUE DU FINANCEMENT DE L’ECONOMIE
Dans cette partie, nous allons évoquer d’abord le cadre théorique du financement de
l’économie avant de montrer le rôle de la monnaie dans le financement de l’économie.

I. Le cadre théorique du financement de l’économie


Sur le plan théorique, l’objectif de tout pouvoir politique et économique est avant tout
d’améliorer les conditions de vie des populations. La recherche du bien-être a longtemps été
la préoccupation des économistes. Chez les classiques, l’on retrouve déjà cette idée de
recherche du bien-être avec Adam Smith qui énonçait déjà en 1776 que les individus en
œuvrant pour leur propre intérêt concourent à la satisfaction des besoins des autres. Le bien-
être social est perçu comme une sommation du bien-être des individus qui composent la
société. C’est bien cette idée qui sera à la base de la formalisation des théorèmes
fondamentaux de l’économie du bien-être et d’optimalité parétienne. Ainsi, chez les
néoclassiques, l’élaboration d’une démarche méthodologique utilitariste (où la rationalité
supposée de l’Homo œconomicus qui maximise son utilité dans tous ses choix) a jeté les
bases de cette théorie. Le concept d’optimum de Pareto est de ce fait une contribution majeure
à l’économie du bien-être. Pour lui en effet, un état E* est de «rendement social maximum»
ou est un «optimum au sens de Pareto», si cet état est réalisable et si à partir de celui-ci il n’est
plus possible d’augmenter la satisfaction d’un individu sans diminuer celle d’un autre (Pareto,
1909). Marshall (1890) indiquait aussi que l’objectif ultime dans une économie de production
est le bien-être de l’homme. Ce bien-être s’acquiert dans la satisfaction de ses besoins (en
termes de biens et services). L’économie s’organise alors pour produire et échanger les
produits et services avec les consommateurs. Le marché trouve ici tout son sens dans la
mesure où il sera le lieu de rencontre entre le producteur et le consommateur. L’argent devant
faire le lien dans les échanges.

Mais les agents sur le marché agissent en cherchant d’abord leur intérêt propre, ce qui peut
souvent engendrer des dérives et conduire à des abus. Ce qui va faire appel à une puissance
public pour réguler les rapports de force entre les acteurs du marché.

Un objectif de l’intervention publique doit être alors fondé sur la recherche de l’optimum et à
défaut, la minimisation des inégalités qui existent entre les acteurs du marché.

L’autre grand thème est l’inclusion financière qui milite pour que les populations, y compris
les plus vulnérables, puissent avoir accès à un financement. Cela parce que de façon

5
empirique, il est prouvé que les pays qui disposent d’un système financier inclusif bénéficient
d’une croissance de long terme plus élevée que les pays où la profondeur financière est plus
faible, en particulier ceux de l’Afrique subsaharienne. En réduisant les contraintes de liquidité
des entreprises, en facilitant l’investissement de long terme et en contribuant notamment à
compenser les effets de la volatilité des taux de change, les systèmes financiers aident
également à réduire l’instabilité de l’investissement et donc de la croissance (Guérineau et
Jacolien, 2014)1

1.1 Le rôle de la monnaie dans l’économie


Nous allons d’abord définir ce qu’est la monnaie pour mieux appréhender sa fonction dans
l’économie

1.2 Qu’est-ce que la monnaie


Pour comprendre le rôle que joue la monnaie dans une économie, il faut d’abord la définir.
Nous reproduisons différentes définitions recensé dans la littérature2

R.Barre : " un bien d’échange généralement accepté au sein d’une communauté de


paiement "
A.Chaineau : " la monnaie est constituée par l’ensemble des moyens de paiements, c’est-à-
dire par l’ensemble des actifs acceptés partout, par tous et en tous temps pour le règlement
des dettes issus de l’échange "

On trouve chez M. de Mourgues trois définitions.


*Une définition " institutionnelle " : " la monnaie est l’instrument d’échange qui permet
l’achat immédiat de tous les biens services et titres sans coûts de transactions ni coûts de
recherche et qui conserve la valeur entre deux échanges. C’est un phénomène social car elle
repose sur la confiance des agents dans le système qui la produit "

*Une définition dite " fonctionnelle " : " La monnaie est, par nature, l’instrument d’échange
universel dont l’existence préalable est la condition de l’échange. Sa détention est
rationnellement justifiée par la nécessité soit de rompre les relations de troc soit de différer
l’échange en situation d’incertitude. Son utilisation comme numéraire conduit à simplifier le
système de prix relatifs "

1
Samuel Guérineau, Luc Jacolin« L'inclusion financière en Afrique subsaharienne : faits stylisés et
déterminants », Revue d'économie financière 2014/4 (N° 116), p. 57-80.
2
Voir http://www.cetice.u-psud.fr/aunege/economie_monetaire/SCO_0001/_course/Lecon_1.pdf
6
*Une troisième définition qui se réfère aux " propriétés " de la monnaie : " Dans un monde
dominé par l’incertitude et la peur du risque la monnaie est le bien dont la valeur relative est
la plus stable et qui présente une supériorité absolue sur les autres biens pour conserver le
pouvoir d’achat en minimisant les risques. C’est la raison pour laquelle elle sera toujours
acceptée dans l’échange contre n’importe quel bien " .

Dans la littérature, plusieurs fonctions de la monnaie ont été données.

**La monnaie est un instrument de mesure

En tant qu'unité de compte, la monnaie fournit les conditions dans lesquelles les prix sont
fixés et les dettes sont enregistrées. La microéconomie nous enseigne que les ressources sont
allouées en fonction des prix relatifs, les prix des biens par rapport aux autres biens, mais les
magasins affichent leurs prix en dollars en euros ou en FCFA. Un concessionnaire automobile
vous dit qu'une voiture coûte 10 millions FCFA, pas 40000 chemises (même si cela peut
représenter la même chose). De même, la plupart des dettes exigent que le débiteur livre un
nombre spécifié de dollars, d’euros ou de FCFA à l’avenir, et non un certain montant de
certaines marchandises. La monnaie est le critère avec lequel nous mesurons les transactions
économiques.

**La monnaie est un moyen d’échange, un mode de règlement

En tant que moyen d’échange, nous utilisons l’argent ou la monnaie pour acheter des biens et
des services. Lorsque nous entrons dans les magasins, nous sommes convaincus que les
commerçants accepteront notre argent en échange des articles qu'ils vendent. La facilité avec
laquelle l’argent est converti en d’autres choses - biens et services - est parfois appelée
liquidité de l’argent.

Pour mieux comprendre les fonctions de la monnaie, essayez d’imaginer une économie sans
elle: une économie de troc. Dans un tel monde, le commerce exige la double coïncidence des
besoins - le cas improbable où deux personnes ont chacune un bien que l’autre veut au bon
moment et au bon endroit pour procéder à un échange. Une économie de troc ne permet que
des transactions simples. L'argent permet davantage de transactions indirectes. Un professeur
utilise son salaire pour acheter des livres; l'éditeur de livres utilise ses revenus provenant de la
vente de livres pour acheter du papier; la société papetière utilise ses revenus tirés de la vente

7
de papier pour payer le bûcheron; le bûcheron utilise ses revenus pour envoyer son enfant au
collège; et le collège utilise ses revenus de scolarité pour payer le salaire du professeur. Dans
une économie moderne et complexe, le commerce est souvent indirect et nécessite l'utilisation
de la monnaie.

1.3 La théorie quantitative de la monnaie


Après avoir défini ce qu'est la monnaie, nous pouvons maintenant examiner en quoi la
quantité de monnaie influe sur l'économie. Pour ce faire, nous devons voir comment la
quantité de monnaie est liée à d'autres variables économiques, telles que les prix et les coûts.

Transactions et équation quantitative de la monnaie

Les agents économiques ont de l'argent pour acheter des biens et des services. Plus ils ont
besoin d'argent pour effectuer de telles transactions, plus ils en possèdent. Ainsi, la quantité
de monnaie dans l'économie est liée au nombre de dollars, d’euros ou de CFA échangés lors
de transactions. Le lien entre les transactions et la monnaie est exprimé dans l'équation
suivante, appelée équation quantitative de la monnaie:

Monnaie × Vitesse = Prix × Transactions

M × V = P × T.

Examinons chacune des quatre variables de cette équation.

Le membre de droite de l'équation de la quantité nous parle des transactions.

T représente le nombre total de transactions pendant une certaine période, par exemple une
année. En d'autres termes, T est le nombre de fois dans une année que des biens ou des
services sont échangés contre de l'argent.

P est le prix d'une transaction type, le nombre de dollars, d’euros ou de CFA échangés. Le
produit du prix d'une transaction et du nombre de transactions, PT, est égal au nombre de
dollars, d’euros ou de CFA échangés au cours d'une année.

La partie gauche de l'équation de la quantité renseigne sur la monnaie utilisée pour effectuer
les transactions.

M est la quantité de monnaie.

8
V est appelée vitesse de circulation de la monnaie et mesure le taux de circulation de la
monnaie dans l’économie. En d’autres termes, la vitesse nous indique le nombre de fois où un
billet (CFA, euro, dollar) change de main au cours d’une période donnée.

On se rend compte que la monnaie n’est pas détenue pour elle-même. Elle doit servir à
faciliter les transactions. Cependant, ce rôle de la monnaie a été souvent détourné à travers le
temps et souvent décrié par des penseurs ou économistes.

II Les dérives de l’emploi de l’argent à travers l’histoire


Une des dérives les plus importantes est sans doute l’instauration du taux d’intérêt dans les
transactions financières. L’existence du taux d’intérêt a institué et légitimé la monnaie comme
un bien qui peut être détenu par un agent économique sans contrepartie. On peut échanger de
l’argent avec de l’argent sans une contrepartie réelle.

2.1 L’intérêt comme dérive majeure


Définissons d’abord ce qu’est l’intérêt

Qu’est-ce que l’intérêt ?

C’est l'argent facturé par une banque lorsqu'elle prête de l'argent ou qui vous est versé lorsque
vous épargnez de l'argent. C’est, selon le Larousse, la « somme que le débiteur paie au
créancier en rémunération de l'usage de l'argent prêté ».

A travers le temps, l’intérêt n’a pas rencontré l’unanimité chez les religieux, les philosophes
et les économistes.

L’intérêt chez les religieux

Les religions comme le christianisme, le judaïsme et l’Islam ont tous condamné le prêt à
intérêt.

On trouve cette interdiction dans L’Ancien Testament2 « Exode » (XXII, 24) : « Si tu prêtes
de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, tu ne seras point à son
égard comme un créancier, tu n’exigeras pas de lui d’intérêt. ». Cette même idée se retrouve
dans Le « Lévitique » (XXV, 35-37) : « Si ton frère devient pauvre et que sa main
s’affaiblisse près de toi, tu le soutiendras, fût-il étranger ou hôte, afin qu’il vive auprès de toi.
Ne tire de lui ni intérêt ni profit, mais crains ton Dieu et que ton frère vive avec toi. Tu ne lui

9
prêteras point ton argent à intérêt, et tu ne lui donneras point de tes vivres pour en tirer
profit.»
Chez les juifs, on observe la même interdiction mais le texte fait une discrimination en
permettant le prêt usurier à l’égard de l’étranger.

« Tu ne prêteras point à usure à ton frère, soit à usure d’argent, soit à usure de vivres, soit à
usure de quelque autre chose que ce soit qu’on prête à usure. Tu prêteras bien à usure à
l’étranger, mais tu ne prêteras point à usure à ton frère ; afin que l’Éternel ton Dieu te
bénisse en tout ce à quoi tu mettras la main, dans le pays où tu vas entrer pour le
posséder. »3.
Chez Aristote, la condamnation de l’intérêt ne prête pas à équivoque :
« L'argent ne devait servir qu'à l'échange; et l'intérêt qu'on en tire le multiplie lui-même,
comme l'indique assez le nom que lui donne la langue grecque. Les pères ici sont absolument
semblables aux enfants. L'intérêt est de l'argent issu d'argent, et c'est de toutes les acquisitions
celle qui est la plus contraire à la nature. ».

2.2 La spéculation
La spéculation peut se définir comme « l’achat ou la vente d’une marchandise, en vue d’une
revente (ou d’un rachat) à une date ultérieure, là où le mobile d’une telle action est
l’anticipation d’un changement de prix en vigueur et non un avantage résultant de leur emploi,
ou une transformation ou un transfert d’un marché sur un autre » Kaldor (1987). Ce qu’on
vise en spéculant c’est une hausse future du prix. Le spéculateur n’achète pas pour
consommer ou mettre à la disposition d’autres agents économiques, il crée un déficit sur le
marché pour faire augmenter le prix et en profiter en revendant au moment où la hausse des
prix est maximale. L’action du spéculateur est donc de créer un déséquilibre sur le marché des
biens et services pour en profiter individuellement au détriment de la masse.
Par exemple, sur les marchés des produits agricoles, le spéculateur va stocker les produits
agricoles quand bien même les consommateurs en ont besoin. Il va attendre la hausse
maximale pour déstocker et profiter ainsi de gains substantiels.

2.3 La corruption
En Côte d’Ivoire, selon le Code Pénal en ses articles 231 à 235, la corruption est le fait
d’exiger ou de recevoir des avantages illégaux en contrepartie de l’exécution d’une tâche due

3
Deutéronome chapitre 23. Versets 19-20

10
à sa fonction. C’est aussi le comportement par lequel sont sollicités, agrées ou reçus des
offres, des promesses, des dons ou des présents à des fins d’accomplissement ou d’abstention
d’un acte ou pour d’autres fins au détriment des services à rendre.

La corruption se manifeste tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Elle se
développe également dans les sphères politiques, économiques et sociales.

La convention de l’OCDE portant sur la corruption d’agents publics étrangers dans les
transactions commerciales internationales définit la corruption comme « le fait intentionnel,
pour toute personne, d’offrir, de promettre ou d’octroyer un avantage pécuniaire indu,
directement ou par des intermédiaires, à un agent public étranger, à son profit ou au profit
d’un tiers, pour que cet agent agisse ou s’abstienne d’agir dans l’exécution de fonctions
officielles, en vue d’obtenir un marché ou un autre avantage indu dans le commerce
international » ; et « le fait de se rendre complice d’un acte de corruption d’un agent public
étranger, y compris par instigation, assistance ou autorisation ; la tentative et le complot en
vue de corrompre un agent public étranger » est assimilé à de la corruption ».

11
CHAPITRE II. LE FINANCEMENT ALTERNATIF
Dans le financement alternatif, l’on fait allusion à une autre façon de financer les activités de
l’économie par rapport aux dérives constatées dans le financement conventionnel. Ainsi, l’on
parle même maintenant de financement éthique pour faire allusion à la nécessité de prendre en
compte la morale dans les échanges. Ainsi, le financement alternatif voudrait recadrer la
monnaie sur rôle initial à savoir servir d’étalon dans les échanges des biens et services entre
les agents économiques. L’autre préoccupation de la finance éthique est que l’homme doit
être au centre de l’économie.

I La finance éthique comme cadre d’analyse de la finance alternative


Sous ce vocable, on entend un système de financement qui tient compte de la morale dans
l’objet du financement. Il peut s’agir de la morale d’une façon générale, mais il peut s’agir
d’une morale religieuse. La morale, c’est le sens que nous avons de ce qui est bien et de ce qui
est mal. D’une façon générale, tout le monde connaît ce qui est bien et tout le monde connaît
ce qui ne l’est pas. Dans le financement de l’économie, cette distinction est de plus en plus à
l’ordre du jour compte tenu des dérives que l’on connaît avec le capitalisme.

Finance et éthique, de quoi s’agit-il ?


La première fonction de la monnaie est d’être un moyen de paiement, elle permet d’acheter des biens et des
services. En fait elle est la contrepartie dans l’échange : on achète une paire de chaussures en payant 10000
FCFA avant de sortir du magasin. C’est la paire de chaussures que l’on achète, que l’on choisit, que l’on
compare, que l’on essaye et qu’on emporte. Ce n’est pas le commerçant qui choisit un billet dans le
portefeuille du client ! La monnaie n’est que la contrepartie de la transaction.
Dans la finance spéculative, au contraire, l’argent est l’objet même de la transaction. C’est la monnaie qui est
donnée par l’un et reçue par l’autre… (…).
L’éthique consiste à se donner un but qui respecte certaines valeurs, énoncées le plus souvent par la religion,
sinon par la loi naturelle. Elle est la fidélité à un certain ordre, la volonté de faire le bien, l’obligation que l’on
se donne d’y parvenir coûte que coûte. Elle met en cause la conscience qui dicte à chacun sa conduite en lui
permettant de discerner le bien et le mal et qui l’amène à choisir le bien.
La finance éthique se définit par sa destination : à qui l’argent va-t-il être prêté, à quoi va-t-il servir ? Lorsque
ce concept est apparu, au début des années 80, il voulait dire que l’argent n’allait pas être investi dans des
entreprises exerçant une activité qui pouvait apparaître condamnable, telle que l’armement, le tabac, l’alcool,
le jeu…
Source : adapté de Michel Lelart (2014)

12
II La microfinance
Selon feu Kofi Anan, « la dure réalité est que la plupart des pauvres du monde n'ont toujours
pas accès à des services financiers durables, qu'il s'agisse d'épargne, de crédit ou d'assurance.
Le grand défi qui nous attend est de faire face aux contraintes qui empêchent les personnes de
participer pleinement au secteur financier…. Ensemble, nous pouvons et devons construire
des secteurs financiers inclusifs qui aident les gens à améliorer leurs vies ». Kofi Annan, ex
SG des NU, 2003.

La majorité de la population mondiale est pauvre et subsiste avec 2 ou 3 dollars par jour. Plus
de 500 millions de pauvres dans le monde sont économiquement actifs. Ils gagnent leur vie en
travaillant à leur compte ou dans des micro-entreprises (très petites entreprises pouvant
employer jusqu'à 5 personnes). Ces micro-entrepreneurs fabriquent une vaste gamme de
produits dans de petits ateliers. Beaucoup participent à de petites activités commerciales,
d’autres sont actifs dans l’artisanat etc.

Pourtant, ces ménages pauvres ne parviennent souvent pas à obtenir le capital dont ils ont
besoin et ne profitent pas des opportunités de croissance car ils n’ont pas accès aux ressources
financières. Plus de 80% des ménages des pays en développement n’ont pas accès aux
services bancaires institutionnels. Cela inclut presque tous les pauvres des pays en
développement. Lorsqu'il n'y a pas d'institutions financières pour les servir, les entreprises et
les ménages pauvres dépendent en grande partie de sources informelles telles que la famille,
les amis, les fournisseurs ou les prêteurs pour couvrir leurs besoins financiers.

2.1 Le concept de microfinance


La microfinance consiste à fournir un large éventail de services financiers, tels que - dépôts,
prêts, services de paiement, transferts de fonds et produits d'assurance - aux ménages pauvres
et à faible revenu, à leurs micro-entreprises et à leurs petites entreprises exclus des services
bancaires commerciaux traditionnels, pour leur permettre d'augmenter leurs revenus afin
d’améliorer leur niveau de vie.

Il faut faire la distinction entre le concept de microfinance et les prestataires de services de


microfinance (éventail d'institutions différentes, allant des banques commerciales essayant
d'atteindre les plus vulnérables du marché avec des programmes spécialisés.

13
La microfinance est devenue un secteur en pleine expansion qui fournit des services financiers
aux personnes très pauvres. A ses débuts, la microfinance visait principalement à fournir du
microcrédit (petits prêts d'environ 50 à 500 dollars) aux micro-entreprises. Cependant, il est
maintenant reconnu que les pauvres ont besoin de divers services financiers, pas seulement du
crédit. La microfinance actuelle a donc évolué vers la fourniture d'une gamme de services
financiers, y compris le crédit, l'épargne et l'assurance, aux entreprises et aux ménages
pauvres.

Le secteur de la microfinance a été développé par des organisations non gouvernementales


(ONG) spécialisées et des banques telles Bank Rakyat Indonesia (BRI), la Grameen Bank
(Bangladesh), the Kenyan Rural Enterprise Programme (K-Rep) (Kenya) etc.

Ces institutions ont découvert qu'avec de nouvelles méthodes de prêt, les ruraux pauvres
remboursaient leurs prêts à temps. Ces nouvelles méthodes incluaient l’octroi de très petits
prêts sans garantie à des taux d’intérêt calculés intégralement, remboursables par versements
fréquents. Elles ont démontré que la majorité pauvre, qui est généralement exclue du secteur
financier formel, peut en fait être un créneau de marché pour des services bancaires innovants
commercialement durables. En conséquence, la microfinance actuelle a considérablement
évolué, passant de projets de microfinance subventionnés du passé, qui desservaient peu de
personnes, à la création d’institutions financières durables spécialisées dans les services aux
marchés à faible revenu.

2.2 Caractéristiques d’une microfinance


Une institution de microfinance se distingue des banques commerciales par plusieurs
éléments parmi lesquels le type de client, la stratégie adoptée pour octroyer les prêts, la nature
du portefeuille des prêts, l’idéologie organisationnelle et la structure institutionnelle.

14
Tableau 1. Les traits caractéristiques des institutions de microfinance

Caractéristiques Caractéristiques distinctifs


Type de client Faible revenu
Emploi dans le secteur informel;
tranche de bas salaire
Absence de garantie physique
Activités domestiques / commerciales étroitement liées
Stratégie des prêts Approbation rapide et décaissement des microcrédits
Manque de dossiers de prêt complets
Substituts collatéraux; garanties de groupe
Accès conditionnel à d'autres microcrédits
Prêts fondés sur le caractère, à forte intensité d'informations, liés
à l'analyse des flux de trésorerie et à la sélection des emprunteurs
par groupe
Portefeuille de prêts Très volatile
Risque fortement dépendant des compétences de gestion de
portefeuille
Idéologie organisationnelle Non dépendant du gouvernement
Objectif de recouvrement des coûts vs maximisation du profit
Structure institutionnelle Décentralisée
Contrôle et régulation externes insuffisants
La base de capital est constituée de quasi-fonds propres
(subventions, prêts à taux réduit)
Source : http://www.bsp.gov.ph/downloads/Regulations/attachments/2001/circ272.pdf (09/04/2019)

2.3 La contribution à un système financier inclusif


Le développement des institutions de microfinance contribue sans nul doute à l’avènement
d’un système financier inclusif. Les systèmes financiers inclusifs sont accessibles à la
majorité des citoyens vivant dans un pays. La nouvelle vision de la microfinance reconnaît
que «l'accès pour tous» ne peut être réalisé que si les services financiers destinés aux pauvres
sont intégrés aux trois niveaux d'un système financier: micro, méso et macro.

15
Le niveau micro

Les institutions financières de détail et les autres acteurs qui fournissent des services
directement aux clients constituent l’épine dorsale des systèmes financiers inclusifs (niveau
micro). Les exemples incluent les institutions financières et non financières, y compris les
ONG, les sociétés de financement, les banques, les coopératives d’épargne et de crédit et
autres.

Le niveau méso

Une infrastructure de marché disponible localement est nécessaire pour réduire les coûts de
transaction, augmenter la portée, renforcer les capacités et favoriser la transparence entre les
établissements de vente au détail ( niveau méso). Les prestataires de services au niveau
secondaire comprennent les auditeurs, les agences de notation, les associations
professionnelles ou les réseaux de prestataires de services financiers de détail, les agences
d’évaluation du crédit, les systèmes de transfert et de paiement, les technologies de
l’information, les prestataires de services techniques et les formateurs fournis par les entités
gouvernementales appropriées sont nécessaires pour fonder un système financier adapté aux
besoins des citoyens.

Le niveau macro

Les banques centrales, les ministères des finances et d’autres entités gouvernementales
nationales sont les principaux acteurs au niveau macroéconomique. À tous les niveaux, mais
surtout au niveau de l’infrastructure de marché ou du niveau intermédiaire, les parties
prenantes peuvent transcender les frontières nationales et inclure des acteurs régionaux ou
mondiaux. En général, l’intégration de la microfinance dans les systèmes financiers permet un
meilleur accès au capital des institutions qui sont au service des pauvres, une meilleure
protection de l’épargne des pauvres, une légitimité accrue et une professionnalisation du
secteur. En conséquence, le nombre de personnes vivant dans des pays en développement, y
compris les clients les plus pauvres et les plus éloignés, auront accès aux services financiers
par rapport à ceux actuellement atteints.

Un besoin de synergie pour réussir l’inclusion financière

La réussite de la mise en place de systèmes financiers inclusifs dépend de la capacité d'un


large éventail d'acteurs à travailler ensemble pour améliorer les conditions existantes, comme

16
les infrastructures, l'accès aux marchés, la technologie de production et la disponibilité
d'informations permettant d'atténuer les risques. Avant de concevoir un nouveau programme
ou avant d'investir sur un nouveau marché, les donateurs et les investisseurs devraient évaluer
le système financier existant (par exemple, la demande et l'offre de services financiers; les
parties prenantes, les donateurs et les investisseurs travaillant à chaque niveau du système
financier; les contraintes et les opportunités de l'environnement politique, etc.).

Toute nouvelle intervention devrait compléter les actions déjà en cours et tenir compte du
contexte historique et culturel du pays pour adapter le projet à la demande locale. Il peut être
difficile de développer tous les aspects d’un système financier inclusif dans tous les pays.
Comme dans tous les autres domaines de développement, le contexte du pays constitue un
point de départ important. Par exemple, dans les pays dotés de systèmes financiers
dysfonctionnels ou inexistants, le point de départ de la mise en place d'un accès permanent
aux services financiers pour les pauvres sera différent de celle des pays où les finances sont
florissantes. L’intégration dans le système financier pourrait ouvrir les marchés financiers à la
majorité des habitants des pays en développement.

Un système financier opérationnel doit être considéré comme une condition nécessaire, mais
certainement pas suffisante, pour assurer un accès permanent aux services financiers pour les
pauvres. Même dans certains pays dotés des meilleurs systèmes financiers, un accès inégal
aux services financiers est présent, et des interventions peuvent être nécessaires pour remédier
aux défaillances du marché afin d’élargir l'accès.

17
III Le crowdfunding
Le crowdfunding est un type particulier de financement de projet adressé au grand public. Il
consiste à demander au grand public des dons qui vont permettre de constituer un capital de
démarrage pour de nouvelles entreprises. En utilisant cette technique, les entrepreneurs et les
propriétaires de petites entreprises peuvent entièrement contourner les banques classiques et
leurs conditions de taux d’intérêt et de garantis de toutes sortes. Ils proposent leurs idées
directement aux internautes ordinaires, qui apportent leur soutien financier.

En le faisant, l’entrepreneur rend public son projet pour avoir une validation du concept et de
l’objet. Si le public ne contribue pas, cela veut dire que l’idée n’est peut-être pas bonne et il
serait mieux de retravailler cette idée et de la transformer. Les promoteurs s’engage à offrir
une contrepartie en échange de promesses de dons qui soutiennent leurs efforts. Plutôt que des
capitaux propres ou une part des bénéfices, les avantages prennent souvent la forme de
contrats exclusifs.

3.1 Avantages du modèle de financement participatif


Le financement participatif ne vous aide pas seulement dans le financement de vos projets - il
vous permet également de mesurer l’intérêt du public avant de lancer de nouveaux produits ou
de dépenser par inadvertance des millions de dollars en biens et faillir par la suite.

Quelques chiffres

Selon l’association Financement Participatif France, le crowdfunding a permis de lever 40


millions d’euros investis sur 60 000 projets entre 2007 et 2012 en France, dont 25 millions
d’euros pour la seule année 2012. De plus, le magazine Forbes estime que le potentiel de
financement du crowdfunding s’élèvera à 1000 milliards de dollars en 2020.

Ces chiffres montrent que le crowdfunding est une réalité qu’il faut maintenant considérer
comme faisant partie des modes de financement des projets à travers le monde.

3.2 Le principe général du crowdfunding


Un individu veut réaliser un projet mais il n’a pas les fonds nécessaires pour réaliser son
projet. Il décide alors de s’adresser, non aux banques et établissements financiers habituels,
mais il va se tourner vers le grand public à travers internet. Ce sont donc les internautes qui
sont ses potentiels financiers.

18
Il va soit développer son propre site internet pour présenter son projet ou s’adresser à l’une
des multiples plateformes qui existent et qui sont spécialisées dans la levée de fonds auprès
des internautes.

En fonction de son choix, il va faire une bonne présentation de son projet sur la plateforme.
Une période de levée des fonds va être fixée en général 3 mois ou plus. Le montant minimum
nécessaire pour réaliser le projet doit être indiqué. A l’échéance de la période, l’opération de
collecte prend fin et peut se solder soit par un succès si le montant des promesses atteint le
montant indiqué au début ou par un échec dans le cas contraire.

Le promoteur va donc chercher à séduire et convaincre le public pour financer son projet. En
retour, il va proposer une certaine récompense à tous ceux qui vont contribuer au financement
de son projet. En général, il s’agit d’une promesse non financière. Par exemple, si le projet
consiste à la production d’un film, on promet d’afficher le nom des contributeurs dans les
remerciements en fin de film. S’il s’agit d’un livre ou d’un produit, on peut promettre une
réduction spéciale pour les contributeurs à la réalisation du projet.

Une campagne s’ouvre alors sur la période fixée. Au cours de ce temps, le promoteur doit se
montrer disponible, répondre aux questions des internautes, poster des photos, des vidéos dans
le but de convaincre davantage.

Les contributions des internautes sont d’abord des promesses mises en veille jusqu’à la fin du
temps imparti. Si les promesses atteignent le montant du projet, alors les internautes sont
débités au profit du compte du promoteur, si non la campagne aura échoué et les internautes
qui ont fait des promesses ne seront pas débités.

19
Quelques avantages et inconvénients d’une levée de fonds par le crowdfunding

Avantages Inconvénients/difficultés
*Vous contrôlez tout: coûts, calendrier, livraison, **Gérer des projets de financement participatif exige
vision créative et exécution, marketing et interactions un type de préparation différent de celui des produits
avec les clients. traditionnels. Vous visez les consommateurs finaux,
*Vous conservez vos fonds propres: les projets et les pas les investisseurs professionnels - un public
entreprises restent à votre entière propriété. complètement différent et beaucoup plus diversifié.
*Vous pouvez tester et prouver la popularité de votre ** Il vous expose, ainsi que vos idées, directement au
modèle ou votre futur produit sans dépenser en public. Le crowdfunding n’est pas pour les âmes
publicité ; sensibles ou les timides. Il n’existe pas non plus
*Vous pourrez également tester des éléments de d’opportunité de fonctionner en mode furtif, ce qui
l’approche marketing de votre produit et déterminer signifie que les concurrents pourront peut-être
son efficacité. capitaliser sur la connaissance publique de votre
*Vous pouvez parfois faire beaucoup plus que ce que entreprise ou de votre produit.
vous aviez prévu ou demandé. Dans les scénarios ** Pour réussir, il faut investir des efforts inlassables
d’investissement traditionnels, les entrepreneurs dans les campagnes de marketing social en cours et
doivent généralement fournir des plans d’affaires et dans une auto-promotion constante tout au long de la
des budgets détaillés, justifier leurs demandes de campagne de financement. Si vous êtes timide,
financement, négocier le transfert des droits de protégé ou adouci par la nature, vous devrez
propriété et négocier la valeur réelle de leur entreprise. surmonter ces tendances pour lancer une campagne de
Certaines entreprises et certains projets peuvent financement participatif réussie - ou trouver quelqu'un
nécessiter plusieurs tours de financement, Chacune d'autre pour servir de porte-parole du projet.
d’elles exige des négociations et des compromis ** Une campagne de crowdfunding ne marche pas
supplémentaires, avec le risque supplémentaire (et le toujours. C’est pourquoi, il faut être réaliste et vous
stress) de devoir prouver la validité et la valeur de préparer éventuellement à un échec. Si vous tenez à
votre projet à chaque étape. Avec le financement votre projet, il faut certainement avoir un plan B, C,
participatif, si votre produit rencontre un bon écho D, etc.
auprès de votre public, vous risquez de dépasser votre ** Le financement participatif exige que votre projet
objectif de financement. Les campagnes réussies ont intéresse suffisamment de personnes, de manière à les
permis de réunir jusqu'à 4 ou même 8 fois leurs motiver à se séparer des sommes durement gagnées.
objectifs de financement initiaux. Pour évaluer si un effort de crowdfunding est
nécessaire, vous devez examiner attentivement votre
projet de manière critique et évaluer la taille du public
potentiel à qui il va être présenté
Source : The crowdfunding bible by SCOTT STEINBERG

20
3.3 L’organisation de la levée de fonds
La levée de fonds se fait à travers le public et cela peut se faire de deux façons. La première
est de construire votre propre plateforme et la seconde est de s’adresser à une plateforme déjà
existante et gérée par des professionnels du secteur.

**Construire sa propre plateforme

Vous allez utiliser votre propre site Web, votre plateforme logicielle et votre réseau de
connexion existant pour proposer des campagnes uniques reposant sur des offres spéciales,
des incitations et des efforts pour convaincre les donateurs de contribuer au financement de
votre projet.

**Les qualités à développer pour réussir votre crowdfunding

Quelle que soit l’option choisie, la réussite d’un crowdfunding n’arrive généralement pas par
accident. Si vous examinez des projets triomphants sur le Web, vous constaterez que nombre
d’entre eux partagent plusieurs attributs en commun, notamment un ou plusieurs des éléments
suivants:

*Une idée solide et une vision vendable pour le produit ou le service• une planification et une
préparation soigneuses

• Une présentation solide, idéalement associée à des valeurs de production élevées

• Une structure de récompense qui séduit l’audience du projet

• sensibilisation continue auprès des bailleurs de fonds

• Stratégies efficaces de médias sociaux, de marketing et de relations publiques

• La présence d’une marque préexistante populaire ou d’une personnalité liée au projet, ou


d’un public existant pour la propriété.

21
3.4 Quelle plateforme choisir ?
Le choix d’une plateforme de crowdfunding est capital Elle doit être adaptée au projet. La
sélection d’une plateforme dépend de la nature du projet, du mode de financement choisi
(prêt, don, prise de participation…) ou encore du type de contreparties envisagées
(récompense, prévente, dividendes…). Il existe une multitude de plateformes qui offrent
différents modes de relations entre porteurs de projet et distributeurs. Elles se positionnent sur
différents secteurs et possèdent des modes de fonctionnement variables.

Le tableau ci-après, non-exhaustif, vise à présenter les plateformes selon ces différentes typologies.

Type Nature Conservation Sélection Règle Tarifs contributeurs réussites


de plateforme des projets de la des du "tout
propriété
projets ou rien"
Plateformes intellectuelle
Kickstarter Financement Projets oui oui oui 3% de frais < 1,3 44%
crée en 2009 avec Bancaires, 5% de la
créatifs millions
s somme collectée +
contreparties
non financière
Ulule Financement Projets oui Oui Oui Entre 5% et 8% de 200 000 < 63%
crée en 2010 avec la somme collectée
créatifs
contreparties en fonction du
non financières volume de fonds
collectés
et du moyen de
paiement utilisé par
les contributeurs
KissKiss Financement Projets oui Oui Oui 5% de la somme < 166 000 56%
BankBank avec collectée + 3% de
créatifs
crée en 2010 contreparties frais bancaires
non financières

CowFunding Financement Généraliste oui Oui Oui et 5% si objectif atteint nc Nc


crée en 2013 avec : / 9% si objectif non
non
contreparties projets à atteint
non financières portée + 3% de frais
citoyenne
bancaires

My Major Financement Musique & Oui si dons Oui Oui 10% de la somme < 70 000 NC
Compan y avec Généraliste avec
récoltée
crée en 2007 contreparties contrepartie
& Coproduction non
avec financières
intéressement Non en cas
financier de
coproduction
par MMC ou
partenaires
Wiseed Financement Entreprise Non : Oui oui 5% du montant < 17 500 43%
crée en 2009 avec prise de cession collecté +
participation d’une part pourcentage
de capital de de la plus-value
réalisée lors du
l’entreprise
désinvestissement
Source : l’auteur à partir de Nicolas Dehorter, Crowdfunding, mode d’emploi.

22
3.5 Quelques conseils et bonnes pratiques pour réussir une Campagne
Il est nécessaire d’organiser sa collecte de fonds. Il ne suffit pas de mettre un projet en ligne
ou de se reposer sur la notoriété, sur la communauté ou sur le travail de communication d’une
plateforme. Il incombe au créateur de promouvoir son projet, d’animer la page du projet et de
solliciter les internautes pour obtenir leur soutien. Organiser et travailler une collecte est ainsi
la clé de sa réussite.

Impliquer son réseau : un modèle basé sur la confiance

Pour obtenir des fonds, il faut impliquer son réseau : la famille, les amis, les "fans", les
collègues, les adhérents pour une association, les clients pour une entreprise, etc. Ces
personnes vont pouvoir partager et relayer une campagne en cours pour permettre au porteur
de projet d’atteindre ainsi les amis de ses amis. Par la suite, il sera alors possible de toucher de
parfaits inconnus. Il est cependant nécessaire de respecter les étapes. La recommandation est
essentielle mais le bouche à oreille ne se déplace pas sans un premier cercle, même minime.

Source : Nicolas Dehorter, Crowdfunding, mode d’emploi.

23
3.6 Communiquer et animer la campagne
Après la présentation du projet sur une plateforme, le travail ne fait que commencer! Il s’agit
d’une campagne au sens strict du terme. Il faut informer, donner envie de découvrir le projet,
répondre aux questions, etc. Cette démarche demande un grand investissement personnel.
Chaque plateforme offre une page à tout projet qu’il convient d’animer. Mais au-delà, il est
inévitable de mettre en place des relais de communication.

• Les blogs et réseaux sociaux : La création d’une page Facebook et/ou d’un compte Twitter
permet d’accroître la communication autour du projet en annonçant les échéances, les
contributions… Un blog permet aux futurs contributeurs ou aux journalistes de trouver toute
l’information nécessaire pour parler du projet. L’enthousiasme à faire connaître un projet, à
relayer son avancement est un facteur-clé. On observe un vrai parallèle entre le nombre de
posts et l’avancée de la collecte.

• Le mailing. Après avoir rassemblé ses contacts, le porteur de projet doit les trier et créer des
mailings-lists pour envoyer différents messages d’appel à soutien. Il faut établir une stratégie
qui va leur donner envie de suivre le porteur de projet et les inciter à participer à son projet.

Conclusion

Le crowdfunding est une nouvelle technique de financement d’un particulier par le grand
public à travers internet. La réussite d’un crowdfunding nécessite une bonne préparation du
projet, le développement d’une stratégie marketing et une persévérance. Le porteur d’un
projet de crowdfunding doit d’abord mobiliser ses propres contacts avant d’espérer avoir avec
lui les internautes.

24
IV La finance islamique
La finance islamique peut être définie comme l'étude de la manière dont l'argent est utilisé et
géré dans une économie gouvernée dans son fonctionnement par les principes et lois édictées
par la religion musulmane. L’objectif est d’arriver à faire de l’argent un instrument d’échange
sans qu’il ne soit l’objet de cet échange. La finance islamique vise à ce que les ressources
financières servent exclusivement dans les échanges de biens et services réels et ce, dans le
but d’améliorer les conditions de vie des êtres humains.

C’est donc une autre forme de finance alternative qui est en train de se développer depuis la
fin du XXème siècle. La finance islamique existe aujourd’hui dans plusieurs pays de tradition
musulmane mais aussi dans des pays développés comme la Grande Bretagne, la France, les
Etats Unis d’Amérique etc. La particularité de la finance islamique est qu’elle interdit certains
principes comme l’intérêt, la spéculation, l’exploitation du capitaliste etc. que l’on retrouve
dans la finance conventionnelle. Cependant en s’interdisant l’intérêt, comment cette finance
fonctionne et quels sont les produits qu’elle présente à ses clients ?

Cette partie du cours va s’appesantir sur ces questions mais en développant d’abord le cadre
général et théorique dans lequel s’inscrit cette finance et ses fondements.

4.1 Le cadre général et théorique de la finance islamique


La finance islamique est un produit de l’économie islamique et c’est dans ce cadre qu’il faut
l’analyse

L’économie islamique

L’Islam considère que la religion doit gérer l’intégralité de la vie de l’homme. C’est pourquoi
en dehors de l’aspect spirituel, cette religion prend en compte la vie économique et culturelle
de ses adeptes. Les bonnes relations avec Dieu doivent se matérialiser par la bonté envers les
habitants de la terre (hommes, animaux et la nature d’une façon générale). Dès lors, l’Islam ne
conçoit pas un homme pieux qui est injuste envers ses semblables. La justice et l’honnêteté
doivent régir les relations économiques et culturelles de l’humanité.

C’est la raison pour laquelle, l’économie islamique va édicter ses propres principes qui
peuvent parfois se recouper avec les principes de l’économie conventionnelle.

25
4.2 Fondement de l’économie islamique
L’économie islamique peut être définie comme la science de « la recherche des moyens de
subsistance prédestinée conformément aux préceptes de la charria. » Elle a pour synonyme
économie religieuse, économie éthique ou économie humaine.

Cette économie a deux sources fondamentales : le CORAN et la tradition du Prophète de


l’Islam Muhammad (Paix et bénédictions de Dieu sur lui).

4.2.1 Le Coran
Le Coran est un Guide qui couvre tous les aspects de la vie humaine. Le Coran propose une
approche particulière pour réfléchir sur les aspects économiques de la vie en ce sens que
l’activité économique est subordonnée à des objectifs d’ordre moral et social.

Les relations économiques selon le Coran doivent être organisées selon le principe du
consentement et de l’intégrité mutuelle où chaque partie ne doit pas exploiter l’autre.

« Ô vous qui avez cru ! Que les uns d’entre vous ne mangent pas les biens des autres
illégalement. Mais qu’il y ait du négoce légal, entre vous, par consentement mutuel (...) »S
4 V 29

« Malheur aux fraudeurs qui, lorsqu’ils font mesurer pour eux-mêmes exigent la pleine
mesure, et qui lorsqu’eux-mêmes mesurent ou pèsent pour les autres (leur ) causent
perte » S 83 V 1-3

Le Coran formule des concepts de base, des principes fondamentaux et met sur pied des
institutions-clés. Il a aussi établi certains droits économiques. Exemple le devoir du riche
envers le pauvre et le nécessiteux « Et dans leurs biens il y avait un Droit au mendiant et au
déshérité »S 51V19. Ceux des riches qui manquent à ce devoir sont frappés d’interdiction
d’entrer au Paradis.

4.2.2 La tradition du Prophète Muhammad (PBDL) ou sunna


Le Prophète, à travers certains enseignements (hadiths) définit les bases de l’économie
islamique fondée principalement sur le travail.

« Il n’y a pas de meilleure nourriture que celle gagnée par le travail et le Prophète David
mangeait de ce qu’il gagnait de son travail manuel ».

Il dit encore « Dieu a mis à votre service ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre.
Recherchez donc vos moyens de subsistances auprès de Dieu. » ou encore

« le travail le plus louable est celui qui résulte en un bénéfice licite (halal) et la terre
renferme pour vous des richesses inouïes »

De son côté un de ces compagnons, Omar Ibn al Khatab, met les hommes en garde « Que
personne ne s’abstienne de gagner sa vie et se contente de dire ‘ô bon Dieu donnez-moi mes
moyens de subsistances, en sachant que le ciel ne pleut ni de l’or ni de l’argent ».

26
Ceci montre que l’un des devoirs de l’homme est d’exploiter et de faire fructifier sa fortune en
investissant ou en dépensant pour une bonne cause. Le capital se doit d’être exploité.

Le cadre économique est donc ainsi tracé par le Coran et la sunna. Examinons maintenant le
fonctionnement de l’économie islamique.

4.3 Fonctionnement de l’économie islamique


Le fonctionnement de l’économie islamique est fondé sur un paradigme dont l’objectif
primordial est la justice socio-économique. Cet objectif prend racine du fait que les êtres
humains sont les lieutenants du Dieu Unique Créateur de l’univers sur terre. « C’est Lui qui
vous a choisi pour que vous soyez ses lieutenants sur terre. » Ils sont frères et toutes les
ressources à leur disposition ont été confiées par Lui en vue de leur utilisation de façon juste
pour le bien-être de tous. Ils sont responsables devant Lui dans l’au-delà et seront
récompensés ou punis pour la manière dont ils acquièrent et utilisent ces ressources.
L’homme est au début et à la fin de l’économie islamique.

4.3.1 Le filtrage moral


En économie islamique, tout n’est pas financer. On ne regarde pas seulement la rentabilité. Il
faut que moralement l’objet du financement soit acceptable pour l’homme et pour son
environnement, d’où un filtrage moral et un filtrage par les prix.

Ainsi, en économie islamique tout n’est pas à produire et à consommer. Toutes les demandes
doivent passer par le filtre de la moralité islamique. Ainsi, on ne consacrera pas de ressources
à la production de vin ou de boissons enivrantes qui ont une incidence négative sur la moralité
et l’éthique islamique. Les boîtes de nuits si elles sont rentables économiquement seront
interdites par l’économie islamique parce qu'entrant en conflit avec les objectifs et les
principes de l’Islam qui veut construire une société saine dépourvue de toute immoralité et de
toute perversité.

Tout ce qui est interdit par le Coran et la Sunna ne passera pas entre les mailles de ce filtre.

4.3.2 Le filtrage par les prix


Même si la libre entreprise est encouragée, les gouvernements doivent intervenir pour
contrôler certains prix pour encadrer le profit du monopoleur. Cela aide à éliminer les raisons
qui entraînent les disparités de la distribution du revenu et de la richesse.

27
4.4 Le système financier islamique
Le point de départ de la théorie du système bancaire et financier islamique est que l’Islam
proscrit le ‘‘riba’’ mais autorise le commerce.

4.4.1 La prohibition du Riba dans le Coran


Plusieurs versets du coran évoquent l’intérêt

*Première révélation

« Tout ce que vous donnerez à usure pour augmenter vos biens aux dépens des biens
d’autrui ne les accroît pas auprès d’Allah, mais ce que vous donnez comme zakat, tout en
cherchant la Face d’Allah ( Sa satisfaction) ... ceux-là verront (leurs récompenses)
multipliées. S 30 V 39

Deuxième révélation

« (...) et à cause de ce qu’ils prennent des intérêts usuraires - qui leur étaient pourtant
interdits - et parce qu’ils mangent illégalement les biens des gens. A ceux d’entre eux qui
sont mécréants Nous avons préparé un châtiment douloureux ». S 4 V 161

Troisième révélation

« Ô les croyants ! Ne pratiquez pas l’usure en multipliant démesurément votre capital. Et


craignez Allah afin que vous réussissiez ! » S 3 V 130

Quatrième révélation

« Ceux qui mangent de l’intérêt ne font que se lever comme se lève celui que le toucher du
diable accable. Cela parce qu’ils disent ‘rien d’autre, le commerce est comme l’intérêt’
alors que Dieu a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt » S 2 V 275 Voir aussi V 276 à
281.

La prohibition de l’intérêt est universelle. Mais qu’est ce que l’intérêt ou Riba ?

Le Riba est tout paiement supplémentaire, conditionnée au-dessus et au delà du montant


prêté. En d’autres termes, c’est la somme due par l’emprunteur au prêteur ou reçu de
l’emprunteur par le prêteur en plus du capital prêté. Quant à l'usure, elle désigne « un intérêt
de taux excessif », c’est donc avant tout de l’intérêt prohibé par la loi islamique. Mais une
banque peut-elle fonctionner sans l’intérêt, Comment fonctionnent les banques islamiques ?

28
Les banques islamiques n’opèrent pas suivant le système de crédit. Elles ont développé
plusieurs types de produits comme nous allons le voir ci-dessous.

4.4.2 L’interdiction du Gharar


Le mot Gharar peut désigner un aléa, une incertitude ou un hasard. Dans les contrats, l’Islam
exige une transparence et une clarté pour toutes les parties au contrat. La doctrine économique
islamique n’accepte pas que l’objet du contrat soit conditionné par la réalisation d’un
événement qui peut survenir ou pas. Ainsi, on ne paye pas le prix d’un poisson avant de
l’avoir pêché. On ne vend pas un gibier qui est encore dans la brousse. La raison de cette
interdiction réside dans le fait que cette incertitude peut générer un déséquilibre entre les
pertes et les profits des différentes parties du contrat. (CDVM, 2011). L’incertitude peut être
la résultante d’une information volontairement ou involontairement insuffisante (Guéranger,
2009).

4.5 Les produits de la finance islamique


Il existe plusieurs produits dans la finance islamique. Quelques uns seront cités dans le cadre
de cours introductifs

4.5.1 Les produits basés sur le principe de Partage des Pertes et Profits (PPP)
**Le contrat Moudharaba
Il s’agit d’une forme d’association entre le capital financier d’une part et le travail de l’autre.
La gestion de l’affaire est totalement entre les mains du travailleur « Mourdhareb » alors que
les actifs acquis grâce au capital avancé demeurent la propriété du « Rab al mal ». Les profits
nets sont partagés entre les deux parties suivant des proportions déterminées d’avance alors
que la perte sur le capital est à la charge du seul « Rab al mal ». Dans ce cas, la banque joue le
rôle de « Mourdhareb » et affiche son accord pour le principe de partager les profits avec les
détenteurs des comptes.

**Le contrat Moucharaka


La Moucharaka est une association entre deux parties (ou plus) dans le capital d’une
entreprise, projet ou opération moyennant une répartition des résultats (pertes ou profits) dans
des proportions convenues. Elle est basée sur la moralité du client, la relation de confiance et
la rentabilité du projet ou de l’opération ainsi que sur la répartition des risques entre les
associés. Par ailleurs, la Moucharaka, telle que pratiquée par les banques islamiques
nouvelles, se présente le plus souvent sous forme d’une contribution au financement de

29
projets ou d’opérations ponctuelles proposées par la clientèle. Cette contribution se réalise
suivant deux formules:

- La Moucharaka permanente:
La banque participe au financement du projet de façon durable et perçoit régulièrement sa part
des bénéfices en sa qualité d’associé copropriétaire. Il s’agit en l’occurrence pour la banque
d’un emploi à long ou moyen terme de ces ressources stables (fonds propres, dépôts
participatifs... ). L’apport de la banque peut revêtir la forme d’une prise de participation dans
des sociétés déjà existantes, d’un concours à l’augmentation de leur capital social ou la
contribution dans la formation du capital de sociétés nouvelles (achat ou souscription
d’actions ou de parts sociales). Ce type de Moucharaka correspond dans les pratiques
bancaires classiques aux placements stables que les banques effectuent soit pour aider à la
formation d’entreprises ou tout simplement pour s’assurer le contrôle d’entreprises existantes.

**La Moucharaka dégressive (Moutanaqissa)


La banque participe au financement d’un projet ou d’une opération avec l’intention de se
retirer progressivement du projet ou de l’opération après son désintéressement total par le
promoteur. Ce dernier versera, à intervalle régulier à la banque, la partie de bénéfices lui
revenant comme il peut réserver une partie ou la totalité de sa propre part pour rembourser
l’apport en capital de la banque. Après la récupération de la totalité de son capital et des
bénéfices qui échoient, la banque se retire du projet ou de l’opération.

4.5.2 Les opérations commerciales


Il en existe plusieurs dont certaines seront rappelées dans cet intervantion
*La Mourabaha
Il suppose que le créancier (la banque) achète un actif donné à un prix connu des deux parties
pour le compte de son client. Ensuite, le créancier revend cet actif au client moyennant des
paiements, échelonnés ou non, sur une période donnée, à un prix convenu d’avance entre les
deux parties et supérieur au prix d’achat. Ce produit financier, quoi que singulièrement très
proche d’un contrat de dette classique, s’en distingue, néanmoins, sur quelques points
essentiels. En effet, la banque est devenue propriétaire effectif de l’actif sous-jacent,
l’opération est réellement adossée à un actif réel. Il ne s’agit donc pas d’un prêt, mais d’une
opération de vente à crédit (achat au comptant et vente à terme). Par ailleurs, dans cette

30
opération, la banque supporte les risques liés à la détention de l’actif et ceci constitue la
principale justification de sa marge. Par ailleurs, il n’y a pas de référence explicite à un taux
d’intérêt. Le créancier se rémunère par le biais d’une majoration du prix d’achat du bien. Le
montant de la marge bénéficiaire est fixé au préalable et ne varie pas pendant la durée du
financement. C’est l’un des instruments financiers les plus utilisés par les institutions
financières islamiques, car il très flexible. Traditionnellement utilisé pour le financement du
commerce, la Mourabaha est à la base d’une grande variété de montages financiers
islamiques, allant du financement immobilier au financement de projets.

*Al Ijara
Une opération d’Ijara consiste pour le créancier (la banque) à acheter des biens qu’il loue à un
client pouvant bénéficier de la possibilité de rachat au terme du contrat. L’Ijara est très
proche, dans la forme et dans l’esprit, d’un contrat de crédit-bail. Toutefois, il existe des
différences importantes. Par exemple, en cas de retard dans les paiements, il n’est pas possible
de prévoir le paiement d’intérêts de retard, d’abord, parce que la pénalité fixe est assimilable à
un taux d’intérêt. Mais aussi, parce que la philosophie musulmane réprouve toute provision
dans un contrat financier qui pénalise un débiteur de bonne foi déjà en difficulté. Aussi, dans
un contrat d’Ijara, les paiements ne peuvent pas commencer avant que le preneur n’ait pris
possession du bien en question, alors que dans un contrat de crédit-bail classique, les
paiements peuvent commencer à partir du moment où le bailleur achète l’actif sous-jacent. De
plus, dans un crédit-bail conventionnel, le risque de destruction ou de perte de l’actif peut être
porté par le bailleur ou par le preneur (généralement c’est le preneur). Dans un contrat d’Ijara,
c’est le bailleur qui continue à avoir la responsabilité du bien, sauf en cas de malveillance ou
négligence du preneur. Enfin, dans un contrat d’Ijara, il est possible de déterminer le montant
de chaque paiement, non pas préalablement, mais à la date prévue de la livraison de l’actif
sous-jacent. Cette flexibilité rend cet instrument particulièrement utile dans le cas de
financement de projets.

*Al Salam
La vente Al Salam est une vente à terme, c’est-à-dire une opération où le paiement se fait au
comptant alors que la livraison se fait dans le futur. La finance islamique interdit, en principe,
la vente d’un bien non-existant car celle-ci implique le hasard (gharar). Mais, pour faciliter
certaines opérations, notamment dans l’agriculture, des exceptions ont été accordées. Ce
contrat constitue également une solution pour le financement des intrants de production.
31
*Al Istisnaa
Ce contrat financier permet à un acheteur de se procurer des biens qu’il se fait livrer à terme.
À la différence du Salam, dans ce type de contrat, le prix, convenu à l’avance, est payé
graduellement tout au long de la fabrication du bien. Les modalités concrètes du paiement
sont déterminées par les termes de l’accord passé entre l’acheteur et le vendeur (en
l’occurrence la banque). Cette structure de financement est essentiellement utilisée dans
l’immobilier, la construction navale et l’aéronautique.

4.5.3 Les comptes bancaires


Il y a en finance islamique des comptes courants, des comptes d’épargne et des comptes
d’investissement.
**Les comptes courants
Ces comptes sont quasiment identiques à ceux des banques conventionnelles. Les droits et
obligations respectives du déposant de la banque sont les suivants:
La banque, gardienne des fonds:
- ne verse aucune rémunération ;
- utilise les fonds selon son gré;
- exige un solde toujours positif;
- jouit des fonds retirés du placement des fonds déposés, en contrepartie assume les pertes
éventuelles.
Le client:
- peut retirer son argent à tout moment;
- est assuré de pouvoir récupérer le montant déposé;
- ne perçoit aucune rémunération mais la banque ne prélève pas de frais de gestion.
-Peut bénéficier des services classiques des banques: carnet de chèques,
Opérations de virement, etc.

**Les comptes d’épargnes


Ce sont des comptes de dépôts à terme, basés sur le principe de la participation. L’objectif de
ces comptes est d’inciter les gens à épargner. Ces comptes sont peu répandus. Les modalités
de fonctionnement sont généralement les suivantes:
Le client:

32
- ne reçoit pas l’intérêt, la banque ne lui garantit ni un rendement déterminé, ni le
remboursement du capital déposé;
- n’a aucun droit de regard sur la manière dont la banque gère les fonds;
- doit prévenir la banque s’il désir retirer des fonds, le délai de préavis étant préalablement
précisé.

La banque:
- gère les fonds contre les frais de gestion;
- verse une partie de son résultat selon le taux de répartition convenu et le solde moyen du
compte;
- est responsable en cas de négligence de sa part dans la manière de gérer les fonds.

**Les comptes d’investissement

Ils constituent la principale source de fonds des banques islamiques. Leur mode de
fonctionnement est tout à fait conforme aux principes de la Shari’a puisqu’ils sont basés sur le
principe de PPP et associent le facteur capital et le facteur travail.

Caractéristiques
Ils s’apparentent plus à un achat d’actions qu’à un dépôt de type conventionnel. En effet, il
n’y a pas de garantie de remboursement à la valeur nominale, les déposants n’ont pas de
rémunération fixe, leur rémunération est basée sur le principe du partage de profits et de
pertes de la banques.
Par un contrat, le client autorise la banque à investir les fonds dans des projets. Le contrat doit
contenir toutes les modalités relatives aux opérations envisagées: objet, échéance, règle de
partage, etc…. La période de dépôt est généralement comprise entre 6 mois et 3 ans, voire
plus. Elle peut être renouvelée; la banque touche une commission de gestion, « les dividendes
» sont donc calculés après déduction de la commission.

**Différents comptes d’investissement


On peut distinguer deux grandes catégories de comptes: les comptes standards (non affectés)
et les comptes « affectés ».
- Les comptes standards s’appellent encore dépôts d’investissements illimités (ou non
restrictifs). Les fonds sont alors intégrés dans ceux de la banque pour constituer un pool
33
d’investissements. La rémunération a lieu en fin d’année. La banque intervient
successivement comme moudhareb, puis comme rab-el-mal. Ces comptes sont, en principe,
moins risqués pour le client puisque l’investissement porte sur plusieurs opérations;

- Les comptes « affectés » s’appellent encore des dépôts d’investissements limités (ou
restrictifs). La banque dispose des fonds selon les indications du dépositaire. Les fonds
déposés ne peuvent alors être mélangés avec ceux de la banque. La rémunération a lieu en fin
d’opération.
Modalités de fonctionnement des comptes
A la base de ces types de dépôt, il y a un contrat de type moudharaba. En pratique c’est la
banque qui fixe des variables essentielles:
- Le capital minimum;
- Le temps minimum;
- Le % de répartition.
Le problème important pour la banque est celui de la maitrise des risques, d’où les
précautions au départ: la nécessité d’effectuer une étude sérieuse de faisabilité, le recours à la
diversification (secteurs et zones) et la constitution de réserves pour compenser les pertes
éventuelles.

CONCLUSION
Cette intervention a permis d’évoquer trois types de financement alternatif au financement
conventionnel. L’objectif est de placer l’homme au centre de l’activité économique. La mise
en pratique du financement alternatif permet de lutter contre les trop grandes disparités
sociales. Même si le système de financement conventionnel capitaliste est généralisé, il n’en
demeure pas moins que la finance éthique est en train de gagner du terrain partout dans le
monde.

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BIBLIOGRAPHIE
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Bentham, jéremy (1830), défense de l’usure, Gallica, Paris

CAROLINE MARIE-JEANNE (2013), L’INTERDICTION DU PRÊT À INTÉRÊT : PRINCIPES ET


ACTUALITÉ, Revue d'Economie Financière,, pp.265 - 282

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Considérations sur le prêt à intérêt [electronic resource] / par un jurisconsulte by Rendu, Ambroise, 1778-1860
Paris : Chez Eberhart, 1806

Guéranger, F (2009). Finance islamique, une illustration de la finance éthique. DUNOD.


Paris.

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SCOTT STEINBERG, Crowdfunding Bible, HOW TO RAISE MONEY FOR ANY STARTUP, VIDEO
GAME, OR PROJECT, Edited by JON KIMMICH

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