Chapitre 03
Chapitre 03
Le couple (E, kk) s’appelle un espace normé et lorsqu’il n’est pas besoin de préciser la norme, on dit simplement que E est
un espace ( vectoriel) normé.
On utilisera souvent l’abréviation e.v.n. pour espace vectoriel normé.
Définition 3.2 Un vecteur x de l’espace vectoriel normé (E, N ) est dit unitaire si N (x) = 1
Exemple 3.1 Si E n’est pas réduit à {0} et munit d’une norme N , alors, pour tout x de E il existe y unitaire tel que
x = N (x).y.
1
2 CHAPITRE 3. TOPOLOGIE DES ESPACES VECTORIELS NORMÉS
3.1.3 Boules
Définition 3.4 Soit x0 un point de E et r un réel positif, on appelle boule ouverte (resp. boule fermée, resp. sphère) de
centre x0 et de rayon r l’ensemble
B(x0 , r) = {x ∈ E; d(x0 , x) < r}
(resp.
B 0 (x0 , r) = {x ∈ E; d(x0 , x) ≤ r}
S(x0 , r) = {x ∈ E; d(x0 , x) = r} )
Proposition 3.5 Une partie A de l’e.v.n. E est bornée si et seulement si il existe M tel que ∀x ∈ A kxk ≤ M .
Définition 3.6 Une fonction f : X → E où X est un ensemble quelconque et E un espace vectoriel normé est bornée si et
seulement si f (X) est une partie bornée de E c’est-à-dire si et seulement si :
∃M ∈ R+ ∀x ∈ X kf (x)k ≤ M.
Définition 3.7 Une suite u = (un )n∈N ∈ E N où E un espace vectoriel normé est bornée si et seulement si :
∃M ∈ R+ ∀n ∈ N kun k ≤ M.
Définition 3.8 Soit A une partie non vide de E et x un élément de E. La distance de x à A, notée d(x, A), est le nombre
Ce nombre est bien défini car {kx − yk, y ∈ A} est non vide et minoré par 0.
On prendra garde que cette distance n’est pas toujours atteinte, c’est-à-dire qu’il n’existe pas toujours de y0 dans A tel que
kx − y0 k = d(x, A).
Sauf indication contraire tout espace préhilbertien sera supposé muni de cette norme.
Exemple 3.3 Norme k kp , p = 1, 2 et +∞, sur l’ensemble des fonctions continues sur [a, b], à valeurs dans K.
Plus généralement
3.2. SUITES 3
Proposition 3.7 L’ensemble B(X, E) des fonctions bornées définies X à valeurs dans l’espace vectoriel E est un sous-espace
vectoriel de E X .
Soit f et g deux fonctions bornées par Mf et Mg , alors d’après l’inégalité triangulaire la fonction f + g est bornée par
Mf + Mg et la fonction λf par |λ|Mf (de plus la fonction nulle est bornée.
En prenant pour X l’ensemble N on obtient le cas particulier des suites bornées.
Cette définition
peut-être étendue sans difficulté au cas d’une famille finie (Ei )i∈I d’espaces vectoriels normés en posant
N (xi )i∈I = supi∈I kxi kEi .
3.2 Suites
3.2.1 Convergence, divergence
Définition 3.9 Une suite (xn )n∈N d’éléments d’un espace vectoriel normé E est convergente si et seulement si il existe un
élément L de E tel que :
∀ ∈ R∗+ ∃N ∈ N ∀n ∈ N n ≥ N ⇒ kxn − Lk < .
Exemple 3.7 Une suite de nombres complexes converge si et seulement si les suites des parties réelles et imaginaires
convergent.
Exemple 3.8 Dans Mn (C), muni de la norme k(mi,j )k = sup(|mi,j |) (on verra ultérieurement que le choix de la norme n’a
(p)
pas d’importance), une suite (Mp )p∈N de matrices est convergente si et seulement pour chaque couple (i, j) la suite (mi,j )p∈N
est convergente. De plus :
(p) (p)
lim Mp = lim (mi,j )1≤i,j≤n = lim mi,j .
p→+∞ p→+∞ p→+∞
1≤i,j≤n
Théorème 3.1 L’ensemble des suites convergentes d’éléments de E est un sous-espace vectoriel de E N et l’application qui
à une suite associe sa limite est une application linéaire.
4 CHAPITRE 3. TOPOLOGIE DES ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Définition 3.11 On appelle valeur d’adhérence d’une suite toute limite d’une suite extraite de cette suite.
Proposition 3.12 Toute suite convergente possède une unique valeur d’adhérence : sa limite. En passant à la contraposée :
toute suite qui possède au moins deux valeurs d’adhérence est divergente.
Certains préfèrent la définition suivante : Deux normes N1 et N2 définies sur un même espace vectoriel sont dites équivalentes
si et seulement si il existe α et β dans R∗+ tels que
Proposition 3.13 Si une suite est bornée pour la norme N elle est bornée pour toute norme équivalente à N.
Proposition 3.14 Si une suite est convergente dans un espace vectoriel muni de la norme N, elle est convergente lorsqu’on
munit cet espace d’une norme équivalente à N. De plus elle converge vers la même limite dans les deux cas.
Exemple 3.14 Les normes k kp sur Kn , p = 1, 2 et +∞ sont équivalentes. On verra que ce résultat ce généralise aux espaces
de dimension finie.
Exemple 3.15 Les normes k kp , p = 1, 2 et +∞, sur l’ensemble des fonctions continues sur [a, b], à valeurs dans K, ne sont
pas équivalentes.
q
(t−a)n (b−a) (b−a)
En effet considérons la suite (fn )n≥0 avec fn (t) = (b−a) n . On a kfn k1 = n+1 ,kfn k2 = 2n+1 et kfn k∞ = 1.
√
Il en résulte que ( nfn )n≥0 est bornée pour k k1 et k k2 et pas pour k k∞ , donc k k1 et k k∞ ne sont pas équivalentes, ainsi
que k k2 et k k∞ .
De même, (nfn )n≥0 est bornée pour k k1 et pas pour k k2 , donc k k1 et k k2 ne sont pas équivalentes
3.3.2 Ouverts
Définition 3.14 Un ouvert est une partie qui est un voisinage de chacun de ses points.
Exemple 3.16 Toute boule ouverte est un ouvert. Une boule fermée d’un espace vectoriel normé non réduit à {0} n’est pas
un ouvert.
3.3.3 Fermés
Définition 3.15 Une partie est un fermé si et seulement si son complémentaire est un ouvert.
Exemple 3.17 Toute boule fermée est un fermé. Toute sphère est un fermé. Toute boule ouverte non vide n’est pas un fermé.
Proposition 3.21 Deux normes équivalentes définissent la même adhérence d’une partie quelconque.
Exemple 3.18 L’adhérence d’une boule ouverte est la boule fermée de même centre et de même rayon.
Proposition 3.22 Une partie est fermée si et seulement si elle est égale à son adhérence.
Théorème 3.2 (Caractérisation séquentielle de l’adhérence) Un point a est adhérent à une partie A d’un espace
vectoriel normé si et seulement si il est limite d’une suite d’éléments de A.
Corollaire 3.1 L’adhérence d’une partie A de E est l’ensemble des limites des suites convergentes d’éléments de A.
6 CHAPITRE 3. TOPOLOGIE DES ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Proposition 3.23 Une partie A de d’un espace vectoriel normé est fermée si et seulement si toute suite convergente d’élé-
ments de A converge vers un élément de A.
Définition 3.18 On appelle intérieur d’une partie A le plus grand ouvert contenu dans A. C’est la réunion de tous les
◦
ouverts contenus dans A. On le note A.
Proposition 3.24 Deux normes équivalentes définissent le même intérieur d’une partie quelconque.
Exemple 3.19 L’intérieur d’une boule fermée est la boule ouverte de même rayon.
Proposition 3.25 Une partie est ouverte si et seulement si elle est égale à son intérieur.
Définition 3.19 Un point d’un partie A est intérieur à A s’il appartient à l’intérieur de A.
Proposition 3.26 Un point a est intérieur à A si et seulement si il existe r > 0 tel que B(a, r) ⊂ A, c’est-à-dire si et
seulement si A est un voisinage de a.
Définition 3.20 La frontière d’une partie A est l’intersection de son adhérence et de l’adhérence de son compléméntaire.
C’est l’ensemble des points qui sont adhérents à A et à E − A.
Exemple 3.20 La frontière d’une boule de centre x0 et de rayon r ≥ 0 est la sphère de centre x0 et de rayon r.
Remarque 3.1 Une partie A de B est dense dans B si et seulement si tout élément de B est limite d’une suite d’éléments
de A.
Remarque 3.2 Une partie A de B est dense dans B si et seulement si pour tout élément b de B et tout > 0 il existe a
dans A tel que kb − ak < .
Théorème 3.3 Toutes les notions topologiques définies sur les espaces vectoriels normés sont compatibles avec la relation
d’équivalence des normes.
Ici, par exemple, cela veut dire que si A est dense dans B lorsqu’on munit E de la norme N , elle le reste si on remplace N
par une norme N 0 équivalente.
Nous avons déjà prouvé ce type de résultat pour un certain nombre de notions, nous laissons les justifications ultérieures aux
étudiants.
Proposition 3.27 Une partie V de A est un voisinage de x relatif à A si et seulement si il existe un voisinage W de x dans
E tel que V = W ∩ A.
Définition 3.23 Une partie U de A est un ouvert relatif de A si et seulement si c’est un voisinage relatif à A de chacun de
ses points.
Proposition 3.28 Une partie U de A est un ouvert relatif de A si et seulement si il existe un ouvert V de E tel que
U = V ∩ A.
3.4. LIMITES, CONTINUITÉ 7
Définition 3.24 Une partie F de A est un fermé relatif de A si et seulement si son complémentaire dans A est un ouvert
relatif de A.
Proposition 3.29 Une partie F de A est un fermé relatif de A si et seulement si il existe un fermé G de E tel que F = G∩A.
Proposition 3.30 Une partie F de A est un fermé relatif de A si et seulement si la limite de toute suite d’éléments de F
qui converge dans A est un élément de F .
Exemple 3.21 Par exemple ]0, 1] est un fermé (relatif ) de ]0, 2] mais pas [1, 2[.
Dans ce cas il n’existe qu’un tel ` qui s’appelle la limite de f en a et se note lim f ou lim f (x).
a x→a
Définition 3.26 Soit A une partie d’un espace vectoriel normé E, non bornée et f une application de A vers un espace
vectoriel normé F . On dit que ` est la limite de f (x) lorsque kxk tend vers +∞ si et seulement si
Dans le cas où où E est égal à R, on peut encore raffiner cette définition pour obtenir la notion de limite en +∞ et −∞ par
exemple :
Définition 3.27 Soit A une partie de R, non bornée supérieurement et f une application de A vers un espace vectoriel
normé F . On dit que ` est la limite de f (x) lorsque x tend vers +∞ si et seulement si
On peut aussi parler de limite infinie en un point a pour une fonction à valeurs dans R.
Définition 3.28 Soit A une partie d’un espace vectoriel normé E, a un point adhérent à A, et f une application de A vers
R. f tend vers +∞ en a si et seulement si
Proposition 3.31 (Caractérisation séquentielle de la limite) Soit A une partie d’un espace vectoriel normé E, a un
point adhérent à A, et f une application de A vers un espace vectoriel normé F . f possède une limite ` en a si et seulement
si pour tout suite (an )n∈N d’éléments de A qui converge vers a la suite (f (xn ))n∈N converge vers `.
Proposition 3.32 Soit A une partie d’un espace vectoriel norméQE, a un point adhérent à A, et f = (f1 , . . . , fp ) une
p
application de A vers un produit d’espaces vectoriels normés F = i=1 Fi . f possède une limite ` en a si et seulement si
chaque fi possède une limite `i en a. De plus on aura ` = (`i )1≤i≤p .
Notons k ki la norme sur Fi . La norme sur F est, rappelons le, définie par k(x1 , . . . , xp )kF = sup1≤i≤p kxi k
8 CHAPITRE 3. TOPOLOGIE DES ESPACES VECTORIELS NORMÉS
∀ ∈ R∗+ ∃ηi () ∈ R∗+ ∀x ∈ A kx − akE < ηi () ⇒ kfi (x) − `i ki <
Ce résultat reste évidemment valable pour les fonction admettant une limite en ±∞.
Proposition 3.34 Soit f : A ⊂ E → F et g : B ⊂ F → G des applications où E, F et G sont des espaces vectoriels normés,
A et B des parties de E et F telles que f (A) ⊂ B. Soit a un point adhérent à A. On suppose que ` = lima f existe, que ` est
adhérent à B et que `0 = lim` g existe. Alors g ◦ f admet une limite en a égale à `0 . En résumé :
lim g ◦ f = lim g.
a lima f
Exemple 3.22 Si f est définie sur une partie A stable par f et si la suite définie par u0 ∈ A et f (un ) = un+1 converge vers
une limite ` appartenant à A et si f est continue en ` alors f (`) = `.
Remarque 3.4 l’image directe d’un ouvert (resp. un fermé) par une application continue n’est pas nécessairement un ouvert
(resp. un fermé).
Cette proposition sert beaucoup pour prouver que des parties d’un espace vectoriel normé sont ouvertes ou fermées.
Exemple 3.23 La continuité du déterminant permet d’affirmer que GLn (K) est ouvert, que SLn (K) est fermé. La continuité
de la norme permet de retrouver rapidement que la boule ouverte est ouverte, la boule fermée et la sphère sont fermées.
Remarquer la différence peu visible (permutation de quantificateurs), mais très importante, entre la définition de la continuité
en tout point et la définition de l’uniforme continuité :
et
∀ > 0 ∀x ∈ A ∃η > 0 ∀y ∈ A kx − yk < η =⇒ kf (x) − f (y)k < .
Proposition 3.39 La continuité uniforme implique la continuité, mais la réciproque est fausse
La fonction x 7→ x2 est un exemple de fonction continue sur R qui n’est pas uniformément continue.
Définition 3.32 Une application f = A ⊂ E → F est lipschitzienne 1 si et seulement si il existe k dans R+ tel que
Remarque 3.5 On parle parfois de fonction k-lipschitzienne pour être plus précis.
Proposition 3.40 Toute fonction lipschitzienne est uniformément continue, donc continue.
Exemple 3.24 La norme est 1-lipschitzienne, donc uniformément continue, donc continue.
Exemple 3.25 Si A est une partie non vide l’application x 7→ d(x, A) est 1-lipschitzienne donc continue.
1. Rudolph LIPSCHITZ, 1832-1903, allemand
10 CHAPITRE 3. TOPOLOGIE DES ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Corollaire 3.2 Une application linéaire d’un e.v.n. vers un autre est continue si et seulement si elle est lipschitzienne.
Exemple 3.26 Munissons l’espace vectoriel des applications de classe C 1 sur [a, b], à valeurs réelles de la norme kf k =
Rb 0
sup |f (x)|. Alors les applications f 7→
a f (t) dt et f 7→ f (a) sont des aplications linéaires continues, mais φ : f 7→ f (1) n’est
1 n
pas continue car la suite fn = n t n≥1 converge vers zéro pour k k, mais la suite (φ(fn ))n≥1 ne converge pas vers 0.
Proposition 3.41 L’ensemble des applications linéaires continues de E vers F est un sous-espace vectoriel de L(E, F ), noté
Lc (E, F ).
3.5 Compacité
Définition 3.33 Une partie K d’un espace vectoriel normé est compacte si et seulement si de tout suite d’éléments de K
on peut extraire une suite qui converge vers un élément de K.
Remarque 3.7 Il résulte de cette définition que si une partie est compacte pour une norme elle le reste pour toute norme
équivalente.
Il existe des espaces vectoriels normés dans lesquels certaines parties fermées et bornées ne sont pas compactes ; on verra
ultérieurement que dans tout espace vectoriel normé de dimension finie les compacts sont les parties fermées et bornées.
Proposition 3.44 Si A est une partie compacte de E et B une partie compacte de de F alors A × B est une partie compacte
de E × F . Plus généralement, un produit fini d’une famille finie de compacts est un compact le l’espace produit.
Théorème 3.6 De toute suite bornée d’éléments de Rn ou Cn on peut extraire une suite convergente.
On suppose qu’ils sont munis de la norme x 7→ kxk = sup |xi |. En toute rigueur cette hypothèse aurait du faire partie du
théorème. Mais on verra ultérieurement que ce théorème reste valable pour toute norme, autant l’énoncé tout de suite sous
sa forme générale. Néanmoins nous aurons besoin de ce théorème dans ce cas particulier pour pouvoir démontrer le résultat
dans la cas général, c’est la raison pour laquelle il nous faut l’énoncer deux fois.
Ce théorème est un cas particulier du théorème de Bolzano 4 − W eierstrass 5 .
Fin de la démonstration du théorème.
On note K = R ou C. On sait que de toute suite bornée d’éléments de K on peut extraire une suite convergente. Soit (up )p∈N
une suite d’éléments de Kn . On note up = (u1p , . . . , unp ). On rappelle qu’une telle suite est convergente si et seulement si
chaque suite (uip )p∈N est convergente.
Supposons simplement (up )p∈N bornée. Alors chaque suite (uip )p∈N est bornée. Par application d’un des lemmes précédents
on peut extraire de (u1p )p∈N une suite convergente (u1φ1 (p) )p∈N . La suite (u2φ1 (p) )p∈N est bornée on peut en extraire une
suite convergente (u2φ1 (φ2 (p)) )p∈N . On réitère ce procédé jusqu’à la n-ième composante.
Pour tout i la suite (uiφ1 (···φn (p)) )p∈N est extraite de la suite convergente (uiφ1 (···φi (p)···) )p∈N qui est convergente. Elle reste
convergente. Finalement si φ = φ1 ◦ · · · ◦ φn la suite (zφ(p) )p∈N est convergente.
Théorème 3.7 Les compacts de Rn ou Cn (munis de la norme sup) sont les parties fermées et bornées.
Théorème 3.8 Si (an )n∈N est une suite d’éléments d’un compact K admettant une unique valeur d’adhérence alors elle
converge.
2. BOLZANO Bernhard, 1781-1848, Tchèque
3. WEIERSTRASS Karl, 1815-1897, Allemand
4. BOLZANO Bernhard, Prague 1781 - Prague 1848
5. WEIERSTRASS Karl Theodor Wilhelm, Osterfelde (Westphalie) 1815 - Berlin 1897
3.6. APPLICATIONS CONTINUES SUR UNE PARTIE COMPACTE 11
Théorème 3.10 Toute fonction continue sur un compact, à valeurs réelles, est majorée et minorée, et ses bornes supérieure
et inférieure sont atteintes.
Corollaire 3.3 Toute fonction continue sur un compact est bornée et la borne supérieure de sa norme est atteinte.
Théorème 3.11 (Heine 6 )Toute fonction continue sur un compact est uniformément continue.
Si E est réduit à {0} le résultat est vrai (mais sans grand intérêt).
Soit (E, N ) un espace vectoriel normé de dimension n, n ≥ 1, soit B = (e1 , . . . , en ) une base de E. L’application
ϕ : (Kn , k k∞ ) → (E, P N)
(x1 , . . . , xn ) 7→ i=1n xi ei
est un isomorphisme d’espace vectoriel. On va montrer que cette application est un homéomorphisme, c’est-à-dire qu’elle est
bijective (on le sait déjà), continue et sa fonction réciproque est continue.
On en déduit que si N 0 est une autre norme sur E l’application
, où ϕ0 est défini similairement à ϕ, est continue ainsi que sa réciproque. N 0 et N sont donc équivalentes (par exemple, la
continuité de l’application linéaire θ donne l’existence d’un constante α tel que ∀x ∈ E N 0 (x) = N 0 (θ(x)) ≤ N (x)) .
On a !
n
X n
X
n
∀x = (x1 , . . . , xn ) ∈ K N (ϕ(x)) ≤ |xi |N (ei ) ≤ N (ei ) kxk∞ .
i=1 i=1
N (ϕ(x)) ≥ mkxk∞ ,
1
∀y ∈ E kϕ−1 (y)k∞ ≤ N (y),
m
ce qui exprime la continuité de l’application linéaire ϕ−1 .
Théorème 3.13 Dans un espace de dimension finie toutes les notions topologiques sont indépendantes de la norme choisie.
On a déjà fait remarquer plusieurs fois que ces notions étaient indépendantes de la norme choisie dans une classe d’équivalence
de normes. Or ici il n’y a qu’une seule classe.
Théorème 3.14 Si f est une application linéaire de E vers F et si E est de dimension finie, alors f est continue.
6. HEINE (1872) Eduard Heinrich, Berlin 1821 -Halle 1881
12 CHAPITRE 3. TOPOLOGIE DES ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Pnles normes sur E sont équivalentes. On choisit une base B = (e1 , . . . , en ) de E et on choisit N (x) = sup1≤i≤n |xi | si
Toutes
x = i=1 xi ei .
Pn
Puisque f (x) = i=1 xi f (ei ) on en déduit, à l’aide de l’inégalité triangulaire :
n
X
kf (x)kF ≤ ( kf (ei )kF )N (x).
i=1
Théorème 3.15 Dans un espace vectoriel normé de dimension finie les parties compactes sont les parties fermées et bornées
On peut choisir sur E la norme N définie à la question précédente et calquer la démonstration vue dans le cas de Kn .
On peut aussi transporter le résultat sur Kn à l’aide de la fonction ϕ, car puisque ϕ et ϕ−1 sont des applications linéaires
continues, une partie A de E est compacte (resp. fermée, resp. bornée) si et seulement si ϕ−1 (A) est compacte (resp. fermée,
resp. bornée).
Réciproque : Théorème de Riesz 7
Corollaire 3.4 Dans un espace de dimension finie, de toute suite bornée on peut extraire une suite convergente.
On choisit une norme quelconque (elle sont toutes équivalentes). Si (un )n∈N est bornée il existe M tel que ∀n ∈ N un ∈
B(0, M ). Or B(0, M ) est compact car fermé et borné. Donc on peut extraire de (un )n∈N une suite qui converge (dans
B(0, M )).
On remarquera que ce corollaire est équivalent au théorème dont il découle.
Proposition 3.45 Dans un espace de dimension finie une suite bornée converge si et seulement si elle possède une unique
valeur d’adhérence.
On vient de voir que toute suite bornée est à valeur dans une boule fermée qui est compacte. On applique alors le résultat
sur les suites à valeurs dans un compact.
Théorème 3.16 Soit F un espace vectoriel normé de dimension finie, (e1 , . . . , en ) une base de E. Soit f : A ⊂ E → F une
fonction, a un point adhérent à A. On peut écrire de manière unique f = f1 e1 + · · · + fn en où les fi sont des applications
de A vers K. Avec ces notations, la fonction f est continue sur A (resp. admet une limite en a) si et seulement si chaque fi
est continue sur A (resp. chaque fi possède une limite en a, et dans ce cas
n
X
lim f (x) = lim fi (x) ei .
x→a x→a
i=1
Ce théorème peut être étendu aux suites à valeurs dans un espace de dimension finie, ou aux limites en +∞ et −∞
(p)
Exemple 3.27 Soit (Mp )p∈N une suite de matrices de Mn (K). On écrit Mp = (mi,j )1≤i,j≤n . Cette suite converge si et
(p) (p)
seulement si pour tout couple (i, j) la suite (mi,j )p∈N converge. De plus si on note mi,j = limp→+∞ mi,j on a limp→+∞ Mp =
(mi,j )1≤i,j≤n .
Définition 3.34 Soit E un espace vectoriel de dimension finie. Une application f de E vers K est dite polynomiale si et
seulement si il existe une base de E telle que f appartienne à la sous-algèbre engendrée par les fonctions coordonnées.
On peut vérifier que cette définition est intrinsèque, c’est-à-dire qu’elle ne dépend que de f et pas de la base choisie.
Théorème 3.17 L’ensemble des fonctions polynomiales est une sous-algèbre de l’algèbre des fonctions numériques continues.
Par stabilité des opérations algèbriques vis-a-vis des opérations algébriques, il suffit de montrer que les fonction coordonnées
sont continues. Or elles sont linéaires, et toute application linéaire d’un espace de dimension finie est continue.
7. RIESZ Frigyes, Gyor 1880 - Budapest 1956
3.8. CONNEXITÉ PAR ARCS 13
Exemple 3.28 Un cas particulièrement usuel est celui des applications polynomiales sur Kn . Une application f est polyno-
miale si et seulement si il existe une famille finie I de n-uplets d’entiers (p1,i , . . . , pn,i )i∈I et une famille de scalaires (ai )i∈I
telles que
p
X
f (x1 , . . . , xn ) = ai x11,i · · · xpnn,i .
i∈I
Exemple 3.29 La fonction det est une fonction continue sur Mn (K) car polynomiale. On a déjà utilisé ce résultat plusieurs
fois.
Théorème 3.18 Si B est une application bilinéaire de E × F vers G et si E et F sont de dimension finie, alors B est
continue.
Les images M = Γ(a) et N = Γ(b) s’appellent les extrémités du chemin Γ : [a, b] → A. On dit aussi que le chemin Γ joint les
points M et N .
Définition 3.36 Une partie A d’un espace vectoriel normé est connexe par arcs si deux points quelconques de A peuvent
toujours être joints par un chemin continu(dans A).
Théorème 3.19 Les parties connexes par arcs de R sont les intervalles.
Proposition 3.46 Dans un espace vectoriel normé, toute partie convexe est connexe par arcs.
En particulier, toutes les boules, ouvertes ou fermées, sont connexes par arcs.
Définition 3.37 Une partie A de E est étoilée s’il existe un point M0 de A tel que pour tout M de A le segment [M0 , M ]
est contenu dans A.
Exemple 3.30 Une partie convexe non vide est étoilée, mais la réciproque est fausse, par exemple R − {(x, 0), x < 0} est
étoilée par rapport à (0, 0) mais n’est pas convexe.
Exemple 3.31 C∗ est connexe par arcs, mais n’est pas étoilé.
Théorème 3.20 L’image d’un ensemble connexe par arcs par une application continue est connexe par arcs.
Proposition 3.48 (Théorème des valeurs intermédiaires) L’image par une application continue à valeurs réelles d’un
ensemble connexe par arc est un intervalle.
Exemple 3.32 Il résulte de ceci que GLn (R) n’est pas connexe par arcs car l’image de cet ensemble par det est R∗ qui n’est
pas un intervalle. On peut en revanche montrer que GLn (C) est connexe par arcs.
14 CHAPITRE 3. TOPOLOGIE DES ESPACES VECTORIELS NORMÉS
Exercice 3.2 (Caractérisation topologique de l’adhérence) Un point x est adhérent à A si et seulement si tout voi-
sinage de x intersecte A.
Exercice 3.3 (Caractérisation topologique de l’adhérence) Un point x est adhérent à A si et seulement si pour tout
r > 0, B(x, r) intersecte A.
Exercice 3.4 (Caractérisation métrique de l’adhérence) Un point x est adhérent à A si et seulement si d(x, A) = 0.
La distance de x à A, notée d(x, A) est égale à inf y∈A kx − yk.
Exercice 3.7 L’espace R2 privé d’un nombre fini de points est connexe par arc.