Comportement mécanique des roches en compression
Comportement mécanique des roches en compression
III-1
Pour décrire les forces agissant en un point O d'un corps solide, nous supposons pour chaque
direction OP passant par O que le solide est découpé selon une petite surface δA se trouvant dans
un plan passant par O et normale à OP (voir figure III.1a).
z
P τxz pox
δF τxy
O O
δA y
σx
(a) (b) x
La convention de signe adoptée en mécanique des roches consiste à considérer les compressions
comme positives (comme sur la figure III-1. ci-dessus) à la différence de la convention utilisée
en mécanique des milieux continus.
Si on fait de même pour les trois axes, on arrive à déterminer complètement l'état de contrainte
au point O par le tenseur
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-2
σ x τ xy τ xz
[σ ] = τ yx
σ y τ yz = σ ij (III-2.)
τ zx τ zy σ z
Cet état est donc déterminé par 9 composantes mais la réciprocité des contraintes tangentielles
entraîne τxy = τyx, τyz = τzy, τzx = τxz ; de telle sorte que le nombre de composantes se réduit à 6.
La réciprocité des contraintes tangentielles est une conséquence de l’équilibre du corps et
découle de l’équilibre des moments.
Différentes notations peuvent être utilisées pour écrire le tenseur de contraintes. Si nous utilisons
une autre notation que celle présentée ici, nous expliquerons chaque fois la correspondance pour
faciliter la compréhension du texte. De manière générale, le tenseur de contrainte sera écrit σij.
Dans les problèmes évoqués dans le cadre de ces notes on travaillera souvent en plan (à deux
dimensions) car la plupart des problèmes de mécanique des roches peuvent être ramenés à des
cas plans.
B
P
τxy
τ σ
σx
θ A
O τyx
σy x
Figure III-2
A deux dimensions si on connaît l'état de contrainte par rapport à un système d'axes Oxy, on peut
déterminer les composantes du vecteur contrainte sur une facette dont la normale est inclinée de
θ par rapport à Ox. Pour cela on écrit l’équilibre d’un triangle infinitésimal OAB d’épaisseur
unitaire dont les cotés sont AB = a, OB = a cos θ, OA = a sinθ. L’équilibre par rapport aux
directions Ox et Oy conduit aux relations
p x = σ x cos θ + τ yx sin θ
p y = σ y sin θ + τ xy cos θ (III-3.)
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-3
Les contraintes normales et tangentielles sur la facette AB sont alors données par :
σ = p x cos θ + p y sin θ
= σ x cos2 θ + 2 τ xy sin θ cos θ + σ y sin 2 θ
(III-4.)
τ = p y cos θ - p x sin θ
1
= (σ y - σ x ) sin 2θ + τ xy cos 2θ
2
L'angle θ qui permet de trouver les directions principales c'est-à-dire le système d'axes pour
lequel la contrainte de cisaillement s'annule est
2 τ xy
tan 2θ = (III-5.)
σx - σy
On définit le système d’axes principaux comme celui pour lequel le tenseur de contrainte ne
contient plus que 2 composantes de contraintes.
Dans le système d'axes principaux, les contraintes normales et tangentielles sur une facette
inclinée de θ par rapport Ox sont données par :
1 1
σ = σ 1 cos2 θ + σ 2 sin 2 θ = (σ1+ σ 2) + (σ1 - σ 2) cos 2θ
2 2
1
τ = - (σ1 - σ 2) sin 2θ (III-6.)
2
Il existe plusieurs méthodes graphiques pour représenter l'état de contrainte et, de toutes ces
méthodes, le cercle de MOHR constitue de loin la méthode la plus importante. Le cercle qu'on,
dessine dans le diagramme σ-τ découle directement des deux équations ci-dessus (figure III-3).
On marque dans le plan σ-τ les longueurs OP = σ1 et OQ = σ2, avec σ1>σ2, sur l'axe des Oσ et
on dessine un cercle ayant PQ comme diamètre et C de coordonnée σ = ½ (σ1+σ2) comme
centre. Ce cercle est appelé cercle de Mohr. Les coordonnées d'un point A sur le cercle pour
lequel l'angle PCA mesuré dans le sens horlogique à partir de OP vaut 2θ sont données par les
deux relations ci-dessus.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-4
τ
A'
Q C B
P
O σ3 2θ σ1
A
l 2 + m2 + n2 = 1 (III-7.)
C
(l,m,n)
P B
O y
Considérons maintenant l’équilibre d’un tétraèdre OABC (figure III-4), dont la face ABC a une
aire w et est normale à la ligne OP de cosinus directeurs l, m, et n. Les aires des faces OAB,
OBC, OCA sont respectivement wn, wl, et wm.
En supposant que px, py et pz sont les composantes de la contrainte sur la face ABC, si on
considère l’équilibre du tétraèdre OABC, on obtient en résolvant par rapport aux axes :
p x = lσ x + mτ yx + nτ zx
p y = lτ xy + mσ y + nτ zy (III-8.)
p z = lτ xz + mτ yz + nσ z
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σ = lp x + mp y + np z (III-9.)
En remplaçant les composantes de contrainte par leurs expressions ci-dessus et en cherchant les
maximum et/ou minimum de σ par rapport à l, m et n on arrive à :
px py p
= = z (III-10.)
l m n
Ce qui veut dire que quand la contrainte normale sur le plan est maximale ou minimale, la
contrainte totale px, py, pz sur le plan est actuellement dans la direction de la normale, de telle
manière que la contrainte de cisaillement sur le plan est nulle. Si ∑ est la valeur (inconnue) de la
contrainte normale sur ce plan, (III-10) donne :
px = l ∑ , p y = m ∑ , pz = n ∑ (III-11.)
l(σ x - ∑ ) + mτ yx + nτ zx = 0
lτ xy + m(σ y - ∑ ) + nτ zy = 0 (III-12.)
lτ xz + mτ yz + n(σ z - ∑ )=0
Les équations (3-12) sont un système d’équations linéaires homogènes pour l, m, n et il est
connu qu’elles ont une solution non nulle seulement si ∑ est la racine de l’équation :
σx − Σ τ yx τ zx
τ xy σy − Σ τ zy = 0 (III-13.)
τ xz τ yz σz − Σ
En résolvant (III-12) par rapport σ1 on obtient les cosinus directeurs l1, m1 et n1. De manière
similaire on obtient l2, m2, n2 et l3, m3, n3 correspondant à σ2 et σ3.
On démontre que ces trois directions sont mutuellement perpendiculaires. On prendra toujours
σ1 ≥ σ2 ≥ σ3. Il est possible d’avoir 2 ou même 3 contraintes principales égales; dans un tel cas
il y a une indétermination évidente dans les directions des axes principaux.
Si le système d’axes est principal, les équations (III-8) pour les composantes de contrainte
deviennent
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p x = lσ 1
p y = mσ 2 (III-14.)
p z = nσ 3
p x2 p 2y p z2
+ + =1 (III-15.)
σ12 σ 22 σ 32
De telle manière que px, py et pz se déplacent sur une ellipsoïde dont les semi-axes sont σ1, σ2 et
σ3. Elle est appelée ellipsoïde des contraintes.
La détermination des axes principaux pour tout système général de contraintes dépend de la
solution de la cubique (III-13) qui, quand le déterminant est développé, peut s’écrire
∑ 3 - I1 ∑ 2 - I 2 ∑ - I 3 = 0 (III-16.)
où :
I1 = σ x + σ y + σ z
I 2 = -(σ y σ z +σ z σ x+σ x σ y )+τ 2yz+τ zx2 +τ xy2 (III-17.)
I 3 = σ x σ y σ z + 2 τ yz τ zx τ xy -σ x τ 2yz -σ y τ zx2 - σ z τ xy2
Puisque les racines de (III-16) donnent les contraintes principales qui sont indépendantes du
choix des axes originaux, les coefficients I1, I2 et I3 doivent être aussi indépendants du choix des
axes et sont dès lors Invariants par rapport au changement d’axes et ont la même valeur pour
tous les systèmes d’axes rectangulaires.
Alors en égalant les valeurs générales (III-17) avec celles des axes principaux, il suit :
I1 = σ1 + σ 2 + σ 3
I 2 = -(σ 2 σ 3+σ 3 σ 1+σ 1σ 2 ) (III-18.)
I 3 = σ 1σ 2 σ 3
I1, I2 et I3 sont les invariants des contraintes et ont une grande importance, car il est par exemple
préférable d’exprimer les critères de rupture en fonction de ces invariants.
Un groupe de quantités liées qui ont été très utilisées sont les contraintes normale et tangentielle
sur le plan dont la normale
l = m = n = 3 -1/ 2 (III-19.)
est inclinée de la même façon par rapport aux axes principaux. Ce plan est appelé plan
octaédrique, car il est parallèle à la face d’un octaèdre dont les sommets sont sur les axes
principaux.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-7
1 1
σ oct = (σ 1+σ 2+σ 3 ) = I 1
3 3
τ oct
1
3
[
= (σ 1-σ 2 ) +(σ 2 -σ 3 ) +(σ 3 -σ 1 )
2 2 2
]
1/ 2
(III-20.)
=
3
2 2
[
I 1 + 3I 2 ]
1/ 2
La contrainte de cisaillement octaédrique a une signification physique intéressante car elle est
(5/3)1/2 fois la racine de la moyenne carré de la contrainte de cisaillement, toutes les directions
étant pondérées également.
Le tenseur de contraintes σij peut être décomposé en une partie hydrostatique dans laquelle
chaque composante normale vaut s = 1/3 I1,et une partie déviatorique sij telle que :
σ x − S τ xy τ xz
sij = τ yx σy − S τ yz (III-21.)
τ zx τ zy σ z − S
Ce tenseur de déviation est responsable de la rupture par cisaillement que nous évoquerons dans
les phénomènes de plasticité. On peut aussi calculer ses invariants comme dans le cas du
tenseur σij, lesquels invariants sont désignés par J1, J2 et J3. On notera que J1 = 0.
Etat de déformation
L’objectif final de la théorie de la mécanique étant de déterminer les déplacements à partir des
contraintes et des conditions aux limites, des quantités intermédiaires doivent être introduites
pour cela, c’est les déformations. La théorie de l’élasticité (que nous verrons dans un chapitre
ultérieur) utilise plus le concept de déformation que celui des déplacements, mais dans la
mécanique des roches pratique les déplacements occupent une très grande importance car ce sont
les seules quantités observables en pratique (expérimentations de laboratoire ou déformation des
ouvrages souterrains).
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-8
• les petites déformations dans lesquelles on considère que les transformations subies par le
corps sollicité sont tellement faibles que l’on peut considérer que le repère attaché au corps
n’a pas changé par rapport au système initial. Ceci se traduit par l’utilisation de variables
d’Euler; et la démarche que nous adoptons dans ce cours sera également basée sur cette
méthode de travail. Cette hypothèse est valable dans le cadre de la mécanique des roches
dures car celles-ci subissent peu de déformations dans le domaine de comportement élastique;
• les grands déplacements: lorsque l’on arrive dans la mécanique des corps très déformables
comme par exemple les argiles, il devient de plus en plus difficile de garder une estimation
acceptable des déformations en confondant les systèmes de référence dans les états déformé et
non déformé. On travaille alors avec les coordonnées Lagrangiennes dans lesquelles les
équations s’écriront par rapport au système initial moyennant l’utilisation des matrices de
transformations (Jacobien).
La méthode la plus convenable pour mesurer les déformations d’un corps est de considérer les
changements de longueur et d’angle.
∆l
ε= (III-22.)
l
est définie comme élongation. Elle sera positive dans le cas du raccourcissement (car nous
prenons les compressions positives).
Pour ce qui concerne le changement d’angle, nous allons considérer 2 directions perpendiculaires
OP et OQ comme schématisé sur la figure ci-dessous
Q Q *
R * S *
R
Π /2
O P O
P *
γ = tg ψ (III-23.)
∂u ∂v ∂w
εx = εy = εz =
∂x ∂y ∂z
1 1 ∂v ∂u
Γ xy = Γ yx = γ xy = +
2 2 ∂x ∂y
1 1 ∂w ∂v
Γ yz = Γ zy = γ yz = + (III-24.)
2 2 ∂y ∂z
1 1 ∂u ∂w
Γ zx = Γ xz = γ zx = +
2 2 ∂z ∂x
∆ = ε x + ε y + ε z = ε1 + ε 2 + ε 3 (III-25.)
Cette déformation volumique également désignée dilatation possède une grande importance dans
le comportement des matériaux rocheux car ceux-ci possèdent la propriété de changer de
volumique lorsqu’on les sollicite au-delà du domaine de comportement élastique.
∂ εy
2
∂ Γ xy
2
∂ εx
2
2 = +
∂x∂y ∂y
2
∂ x2
2
∂ Γ yz ∂ εy
2
∂ εz
2
2 = +
∂y∂z ∂ z2 ∂y
2
∂ Γ zx ∂ εz ∂ εx
2 2 2
2 = + (III-26.)
∂z∂x ∂x 2
∂ z2
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-10
En mécanique des solides la plupart des problèmes tridimensionnels peuvent être ramenés à
des problèmes plans. Il y a 3 sortes d’état plan en mécanique des solides :
• L’état plan de déformation (εz = 0), avec lequel nous travaillerons le plus en mécanique
des roches ; car on considère que les sections perpendiculaires à l’axe des ouvrages de
grande longueur sont dans un état plan de déformation. Ceci est vrai quand on est
suffisamment loin des extrémités ;
• L’état plan de contrainte (σz = 0), il est surtout utilisé dans la mécanique des structures
planes comme les plaques, les coques ou les disques ;
• L’axisymétrie : il s’agit d’étudier ici le comportement d’un ouvrage à symétrie axiale dans
un plan passant par son axe de symétrie.
Dans les définitions des contraintes et des déformations que nous avons faites jusqu’à présent
nous avons travaillé dans un système de coordonnées rectangulaires Oxyz. Dans le cadre des
problèmes de déformations planes que nous traiterons en mécanique des roches, nous aurons
souvent à travailler en coordonnées cylindriques (ou polaires dans le plan Oxy) pour des
ouvrages possédant une section circulaire dans le plan perpendiculaire à l’axe de symétrie. Ce
système permet d’exprimer les équations plus simplement et de trouver des solutions en
termes de contraintes et de déformations autour des ouvrages par des méthodes de calcul
analytiques.
Ces équations aux dérivées partielles décrivent les variations des contraintes ou des
déplacements à l’intérieur du corps et doivent être résolues grâce à des conditions spécifiques
à la surface.
Pour étudier la variation des contraintes avec la position dans le solide, nous considérons
l’équilibre d’un parallélépipède rectangle élémentaire dont les faces sont parallèles aux axes
Oxyz (figure III.6a).
En écrivant l’équilibre des forces dans les trois directions, compte tenu des forces de corps X,
Y, Z par unité de volume, on obtient les équations d’équilibre en termes de contraintes.
∂σ x ∂τ yx ∂τ zx
+ + + ρX = 0
∂x ∂y ∂z
∂τ xy ∂σ x ∂τ zx
+ + + ρY = 0
∂x ∂y ∂z (III-27.)
∂τ xz ∂τ yz ∂σ x
+ + + ρZ = 0
∂x ∂y ∂z
Avec
- ρ : densité ;
- X, Y, Z :composantes des forces de corps par unité de volume
- σx, σy, σz : contraintes normales sur des facettes perpendiculaires respectivement
aux axes x, y et z ;
- τxy, τxz, τyz : contraintes tangentielles.
Moyennant des hypothèses sur le comportement des matériaux (par exemple élastique), ces
équations peuvent également s’exprimer en termes de déformations ou de déplacements.
∂σ x ∂τ yx
+ + ρX = 0
∂x ∂y
∂τ xy ∂σ x (III-28.)
+ + ρY = 0
∂x ∂y
Un autre système de coordonnées couramment utilisé pour les problèmes plans de mécanique
des roches est le système polaire, notamment quand on travaille avec des ouvrages circulaires.
Dans ce système, les équations d’équilibre s’obtiennent en écrivant l’équilibre d’un petit
élément tel que l’élément 1234 de la figure III.6b, on obtient ainsi :
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-12
∂σ r ∂τ rθ σ r − σ θ
+ + +R=0
∂r r∂θ r
∂σ θ ∂τ rθ τ (III-29.)
+ + 2 rθ = 0
2∂θ ∂r r
Soit 2 équations à 3 inconnues.
Si la distribution des contraintes est symétrique par rapport à un axe passant par O et
perpendiculaire au plan xy, les composantes de la contrainte ne dépendent plus de θ mais
uniquement de r.
Pour des raisons de symétrie, la contrainte de cisaillement τrθ disparaît. De plus, si nous
négligeons la force massique (R=0), nous obtenons une seule équation d’équilibre à deux
inconnues :
∂σ r σ r − σ θ
+ =0 (III-30.)
∂r r
C’est le cas par exemple lorsqu’on a un ouvrage circulaire sollicité par une contrainte de type
lithostatique (équivalent de la contrainte hydrostatique dans un massif rocheux).
Les équations d’équilibre doivent être satisfaites quel que soit le point considéré à l’intérieur
du corps solide. Les composantes de la contrainte varient dans tout l’intérieur du volume du
corps, et lorsque l’on arrive à la périphérie, elles doivent équilibrer les forces extérieures qui
s’exercent sur le contour ; ces dernières peuvent donc être considérées comme le
prolongement de la distribution des contraintes intérieures. Les conditions d’équilibre sur la
surface périphérique limitant le corps se déduisent des équations donnant les contraintes en un
point sur une facette particulière.
On a donc
X = lσ x + mτ xy
(III-31.)
Y = mσ y + lτ xy
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-13
III.2.1. Introduction
La modélisation des phénomènes physiques de déformation et de rupture d’un matériau
rocheux repose sur une méthode fondée sur des principes gouvernant les variables
représentatives de l’état du milieu matériel.
Dans les paragraphes suivants, seront définies les différentes variables, associées aux
processus de déformation et de rupture, les principes généraux liant ces variables entre elles et
finalement, les lois de comportement qui en découlent.
P( i ) + P( x ) = P( a ) (III-32.)
avec P(i) la puissance des efforts intérieurs, P(x) la puissance des efforts extérieurs, et P(a) la
puissance d’accélération.
Dans le cadre de la mécanique des roches, les vitesses et les déformations seront en général
faible, et nous allons considérer que la puissance d’accélération est nulle, ce qui conduit aux
équations d’équilibre.
E= ∫D
ρ e dV (III-33.)
1 rr
K=
2 ∫D
ρ v .v dV (III-34.)
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-14
- Soit Q le taux de chaleur reçue par le domaine D ; il comprend deux termes: la chaleur créée
dans le volume D par des actions extérieures à D (chauffage inductif par exemple), et la
chaleur reçue par conduction au travers de la frontière ∂ D de D
rr
Q = ∫ r dV - ∫∂ q.n dS (III-35.)
D D
r r
Dans cette équation f est une densité de force (force de volume) tandis que T représente le
vecteur contrainte (agissant sur la surface de la frontière).
d
(E + K) = P + Q ∀D (III-37.)
dt
avec
- E : l’énergie interne du domaine D ;
- K : l’énergie cinétique du domaine D ;
- Q : le taux de chaleur reçue par le domaine D ;
- P : la puissance réelle des efforts extérieurs.
Le second principe quant à lui postule que le taux de production d’entropie est toujours
supérieur ou égal au taux de chaleur reçue divisé par la température :
dQ
dS ≥ ∀D (III-38.)
T
avec
r
q : le vecteur courant de chaleur
T : la température absolue
s : la densité d’entropie spécifique telle que S = ∫ ρ s dV
D
[ σ ] : [ ε& ] : le produit tensoriel contracté des tenseurs de contraintes [σ] et
de taux de déformation [ ε& ]
La méthode de l’état local postule que l’état thermomécanique d’un milieu matériel en un
point et à un instant donnés est complètement défini par la connaissance des valeurs à cet
instant d’un certain nombre de variables ne dépendant que du point considéré.
C’est par le choix de la nature et du nombre de ces variables d’état que l’on décrit les
phénomènes physiques. Les processus ainsi définis seront thermodynamiquement admissibles
si, à chaque instant de l’évolution, l’inégalité de Clausius-Duhem est satisfaite. Les variables
d’état appelées aussi variables thermodynamiques ou variables indépendantes sont classées en
deux catégories distinctes qui sont :
Il n’existe pas de méthodes objectives pour choisir la nature des variables les mieux adaptées
à un phénomène donné. Là encore, c’est l’expérience, le sens physique et bien souvent le type
d’application envisagée qui guident ce choix.
Ayant défini les variables d’état, on postule l’existence d’un potentiel thermodynamique
duquel dérivent les lois d’état. En choisissant par exemple le potentiel énergie libre spécifique
Ψ, qui dépend des variables observables et des variables internes :
Ψ = Ψ ( ε, T, εe, ε p, VK ) (III-40.)
avec
- εe : la déformation thermoélastique ;
- εp : la déformation plastique ;
- VK : représentant une variable interne soit scalaire, soit tensorielle.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-16
∂ψ
[σ ] - ρ =0 (III-42.)
∂ [ε e ]
∂ψ
s +ρ =0 (III-43.)
∂T
∂ψ
[σ ] = ρ
∂ [ε e ]
(III-44.)
∂ψ
s=-
∂T
Des expressions obtenues (les lois d’état) en fonction des variables observables, on définit
alors des variables dites associées, comme par exemple la contrainte σ pour laquelle on a,
dans le cas du comportement élasto-plastique :
∂ψ ∂ψ ∂ψ
[σ ] = ρ =ρ = −ρ (III-45.)
∂ [ε ]
e
∂ [ε ] ∂ [ε p ]
ceci permettant alors une autre formulation des lois d’état. Les lois de comportement que nous
verrons en mécanique des roches s’exprimeront donc soit en termes de déformations
(variables observables) ou en termes de contraintes (variables thermodynamiques associées
aux déformations).
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-17
Par analogie avec les lois d’état, on définit les variables forces thermodynamiques associées
aux variables internes par :
∂ψ
Ak = ρ= (III-46.)
∂ Vk
Nous verrons par exemple dans le cas du comportement plastique a quoi peuvent
correspondre physiquement les variables internes. Il s’agira dans ce cas de variables destinées
à mémoriser l’historique du chargement du matériau étudié.
Le potentiel thermodynamique permet d’écrire les relations d’état entre les variables
observables et leurs variables associées, mais pour les variables internes il ne permet que la
définition de leurs variables associées. Pour décrire les processus dissipatifs, en particulier
l’évolution des variables internes, il faut un formalisme complémentaire. C’est l’objet du
potentiel des dissipations.
On remarque que φ est formé d’une somme de produits de variables forces ou variables duales
r
telles que σ, Ak, ∇T respectivement par les variables flux ε& p , −V&k , − q / T . La somme des
deux premiers termes
φ 1 = [σ ] : [ε& p ] - A k Vk (III-48.)
est appelée dissipation intrinsèque (ou dissipation mécanique). C’est la dissipation mécanique
augmentée des dissipations associées à l’évolution des autres variables internes; elle est
généralement dissipée par l’élément de volume sous forme de chaleur. Le dernier terme :
r
φ 2 = - ∇T.q/T (III-49.)
Pour définir les lois complémentaires relatives aux processus dissipatifs, on postule l’existence
r
d’un potentiel de dissipation (ou pseudo-potentiel) désigné par ϕ ( ε& p , V&k , q /T ). Les lois
complémentaires s’expriment alors par la propriété de normalité (ou dissipativité normale)
∂ϕ ∂ϕ ∂ϕ
[σ ] = Ak = - ∇T = - r (III-50.)
∂ [ε& p ] ∂ V&k ∂ (q/T)
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-18
Il est plus commode d’exprimer les lois complémentaires sous la forme des lois d’évolution des
variables flux en fonction des variables duales. Une transformation permet de définir le
potentiel ϕ* dual de ϕ. Les lois complémentaires d’évolution s’écrivent alors
∂ ϕ*
[ε& p ] =
∂ [σ[
∂ ϕ*
- V&k = (III-51.)
∂ Ak
r
q ∂ ϕ*
- =
T ∂ (∇T)
∂f
[ε& p ] = λ
∂ [σ[
∂f (III-52.)
- V&k = λ=
∂ Ak
λ est un multiplicateur, il est déterminé par la condition de consistance, qui revient à écrire :
f& = 0 pendant l’écoulement, c’est-à-dire tant que f = 0 et ∂ f :[σ&] > 0 .
∂ [σ[
Les essais de compression sont les plus courants en Mécanique des roches, car les contraintes
auxquelles sont soumises les roches dans leur état naturel ou les contraintes induites par les
ouvrages dans les massifs rocheux sont en général des compressions. Les échantillons de roche
sont soit soumis à des essais de compression simple sans étreinte latérale soit à des essais
triaxiaux avec étreinte latérale.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-19
Pour déterminer le comportement mécanique complet d’un matériau solide comme la roche, il
est nécessaire de réaliser des essais dans lesquels on augmente la déformation (la contrainte)
pour voir l’influence sur la valeur de contrainte (déformation), ainsi que des essais dans lesquels
l’influence du temps peut être prise en compte. Dans la pratique on distingue donc trois grands
types d'essais de caractérisation :
• l'essai de fluage qui consiste à étudier l'évolution des déformations dans le temps sous
contrainte imposée constante σ = σ0 ;
• l'essai de relaxation qui consiste à étudier l'évolution des contraintes dans le temps sous une
déformation constante imposée ε = ε0 .
L'allure qualitative de la réponse des matériaux à ces essais caractéristiques permet de les
classer à l'aide des qualificatifs: rigide, élastique, visqueux, plastique...
Sur la figure III.6 nous donnons une courbe "typique" présentant les principales phases du
comportement d'une roche au cours d'un essai d'écrouissage en compression uniaxiale ou
triaxiale. Au cours de l’essai on enregistre les variations des déformations ε1, ε3, et εv
(déformations volumique = ε1 + 2ε3) avec la contrainte σ1. On distingue sur cette figure les
phases suivantes :
Figure III-7: Principales phases du comportement d'une roche au cours d'un essai de compression
Comme on le remarque sur la figure III-7, l’augmentation de volume du milieu résulte d’une
dérive de la loi de comportement par rapport à une loi linéaire que nous qualifierons
d’élastique. La déformation totale peut alors s’exprimer par:
ε = ε e + ε an (III-53.)
La valeur de σ 1L est pour la plupart des roches est supérieure à 0,8 fois la résistance
maximale σ 1M ou Rc (résistance en compressions uniaxiale).
N.B. Sous certaines sollicitations, les roches présentent une déformation volumique qui va
dans le sens de la diminution plutôt que de l’augmentation (cas d’un chargement
hydrostatique par exemple). On parle dans ce cas de compressibilité des roches. La transition
entre la dilatance et la compressibilité caractérise le domaine de déformation volumique
nulle (notion admise dans la déformation plastique des métaux).
La résistance en compression uniaxiale est la base de la plupart des classifications qui ont été
proposées en mécanique des roches. Les intervalles et les termes utilisés dans la
classification de base de la Société Internationale de Mécanique des Roches sont donnés
dans le tableau suivant :
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-21
Résistance en compression
Terme descriptif
simple (MPa)
σc > 200 très élevée
60 < σc < 200 élevée
20 < σc < 60 modérée
6 < σc < 20 faible
σc < 6 très faible
Les roches à comportement fragile qui ont la résistance la plus élevée sont des roches dont la
matrice est la plus homogène et qui sont de ce fait peu fissurées. Ce sont des roches à grains
très fins (texture microgrenue) dont les minéraux ont des comportements très voisins;
certaines textures très engrenées sont favorables à une résistance élevée.
La forme que prend la courbe σ1 - ε1 avant la rupture est très importante car elle permet de
savoir si dans les conditions de l’essai le matériau peut subir des déformations plastiques
plus ou moins importantes. Nous développerons ces considérations dans l’étude de la rupture
et de la plastification.
Il est important d'avoir à l'esprit le fait que le comportement observé au laboratoire et présenté à
la figure III-7 est souvent modifié par des facteurs comme :
• la pression de confinement, on peut dire d'une manière générale que dans les essais triaxiaux
le comportement des roches est de type élastique à rupture fragile pour des faibles pressions
de confinement pour tendre vers des comportements de type viscoplastique aux
confinements élevés;
• la température, ce facteur a pour effet d'une manière générale de "radoucir" la résistance des
roches.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-22
III.3.3. Le fluage
Dans ce type d'essai, l'échantillon précédemment au repos est soumis à une charge constante σ0.
on étudie ensuite la variation de la déformation dans le temps, c'est-à-dire la variation de la
fonction fluage f(t,σ0).
Les conditions climatiques et les vibrations du sol du laboratoire peuvent influencer les résultats
de ces essais, il faut donc prendre certaines précautions d'isolation. Il est également usuel
d'augmenter la contrainte à une vitesse standard pour contrôler l'influence du temps, nous
verrons plus loin le type de résultat auquel on aboutit en appliquant une telle démarche.
Les effets de fluage peuvent également être étudiés sous des conditions contrôlées, en
particulier à hautes températures et hautes pressions de confinement.
La figure III.8 donne une courbe complète du fluage d'un matériau solide. L’évolution de la
déformation en fonction du temps sous contrainte constante peut être symbolisée par une
fonction du temps dénommée fonction de fluage f(t). Elle est définie par une relation de la
forme suivante:
ε(t)
= f(t) (III-54.)
σ0
- A l'instant t,
σ0
ε (t) = ε ( 0 ) + ε ρ (t) = + σ 0 γ(t) (III-56.)
E0
et
1
f(t) = + γ+ γ(t)f( 0 ) + γ + (III-57.)
E0
PQ = ε (0) = σ 0 (III-58.)
E0
Ensuite on a un recouvrement QR au bout d’un temps plus ou moins infini. C'est de l'élasticité
différée et nous qualifierons ce comportement de viscoélasticité.
La flexion est la méthode la plus simple pour étudier le fluage mais beaucoup de chercheurs ont
utilisé les essais de compression simple et les essais triaxiaux. Les essais de torsion sont
également utilisables.
Pour modéliser le comportement des roches en fonction du temps sous sollicitations imposées,
il est nécessaire de mettre au point des fonctions expérimentales de fluage sur différentes
roches. D'après MORLIER (in Brych, 1972), on s'efforce de proposer des lois analytiques de
fluage uniques pour un même matériau alors que la variable temps varie de quelques dixièmes
de secondes à quelques années. L'emploi de coordonnées logarithmiques permet en effet
d'ajuster avec des précisions égales la plupart des lois proposées à des données expérimentales
quelconques.
ε (t ) = ε ( 0) + ε1 (t ) + Vt + ε 3 (t ) (III-59.)
Différentes expressions peuvent être utilisées pour modéliser les fonctions ε1(t) et V : lois
puissance, logarithmique, fonctions hyperboliques etc. L’expérimentateur choisira la loi qui
colle le mieux à ses données.
On s'intéressera donc uniquement aux fluages primaire et secondaire car le fluage tertiaire
s'identifie plus à une phase de rupture.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-25
Dans les essais de fluage que nous venons de décrire, on impose une contrainte que l’on
maintient constante pendant tout l’essai, mais il est plus intéressant dans le calcul des
sollicitations des ouvrages d'évaluer la déformation résultant d'une contrainte qui varie dans le
temps.
Pour établir formellement la réponse ε(t) d'un matériau doué de mémoire à une sollicitation
unidimensionnelle σ(t), on fait les hypothèses suivantes:
τ t
Figure III-10: Evolution de la sollicitation dans le temps
Sur l'échelle des temps t, considérons un instant de référence τ auquel on applique une
sollicitation continue et dérivable (figure III.10).
On démontre grâce au principe de superposition que la réponse ε(t) s'exprime sous la forme
t dσ
ε (t ) = ∫0 f (t-τ ) dτ ( τ )dτ (III-61.)
Ceci montre qu'à la condition de connaître la fonction de fluage f(t), la déformation des corps
Boltzmanniens peut être prévue dans tous les cas où la contrainte est déterminée ainsi que ses
variations dans le temps.
III.3.4. La relaxation
σ (t )
= r (t ) (III-63.)
ε0
σ (0) = ε 0 E 0 (III-64.)
σ (t ) = σ (0) + ε 0 θ r (t )
(III-65.)
r(t ) = E 0 + θ r (t )
De manière similaire à la démarche que nous avons présentée pour la construction de la réponse
ε(t) à une sollicitation σ(t) variant dans le temps, une formulation duale pour la recherche de la
réponse σ(t) à une sollicitation unidimensionnelle en déformation ε(t) conduit sous les mêmes
hypothèses à :
t dε
σ (t) = ∫ r(t - τ ) (τ )dτ
0 dτ
si ε = ε 0 on a σ (t) = ε 0 r(t - t)
(III-66.)
Tous les comportements de roches décrits dans les paragraphes précédents peuvent être sché-
matisés de manière théorique par des modèles analogiques qui vont des solides rigides aux
liquides visqueux. Ces modèles analogiques sont des groupements d'éléments mécaniques dont
les réponses aux sollicitations sont similaires à celles des matériaux. L'analogie se limite à
donner une image concrète des équations de comportement et ne porte en aucun cas sur les
mécanismes physiques eux-mêmes.
Les éléments que nous utiliserons souvent pour modéliser le comportement des roches sont:
σ η
σ
σ = η ε&
0 ε
• le patin qui schématise un seuil de contrainte σs
σs
σ σ
-σ s < σ < σ s
0 ε
• soit en série :
ε = ∑ε
i
i σ = σi (III-67.)
• soit en parallèle :
σ = ∑σ
i
i ε = εi (III-68.)
Dans l’étude des roches les deux cas extrêmes simples de solide rigide et de liquide visqueux ne
sont cités que pour faciliter la compréhension des comportements plus complexes car la
mécanique des roches entre dans le cadre des solides déformables.
Dans la pratique, la distinction entre solide et fluide est subjective et ne peut être liée qu'au
choix d'une échelle de temps :
Mais il n'est pas aisé de distinguer un écoulement infiniment lent d'un équilibre atteint pour un
temps infini; une échelle des temps liée au phénomène étudié permet de lever l'ambiguïté mais
les notions de fluide et de solide perdent alors leur sens objectif.
• Un solide est dit rigide s'il ne subit aucune déformation sous sollicitation.
• Un corps est dit "fluide visqueux" si ses réponses aux essais caractéristiques ont les
allures présentées à la figure III.12 suivante :
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-29
ε& = f( σ ) (III-69.)
• Un modèle analogique simple est le modèle de MAXWELL constitué d'un ressort et d'un
amortisseur linéaire en série. Son équation constitutive est :
σ& σ
ε& = + (III-70.)
E η
E
σ = E.ε 0 .e(- η .t) (III-71.)