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Comportement mécanique des roches en compression

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Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K.

III-1

III. Le comportement mécanique des roches en compression

III.1. Notions de contrainte et de déformation (Jaeger & Cook, 1979)

III.1.1. Définition de la contrainte en un point

Pour décrire les forces agissant en un point O d'un corps solide, nous supposons pour chaque
direction OP passant par O que le solide est découpé selon une petite surface δA se trouvant dans
un plan passant par O et normale à OP (voir figure III.1a).

z
P τxz pox

δF τxy
O O
δA y
σx
(a) (b) x

Figure III-1: définition de la contrainte en un point

Le vecteur contrainte en O est donné par


∂ F
p OP = lim (III-1.)
∂ A →0 ∂ A

La convention de signe adoptée en mécanique des roches consiste à considérer les compressions
comme positives (comme sur la figure III-1. ci-dessus) à la différence de la convention utilisée
en mécanique des milieux continus.

Dans un système d'axes tridimensionnels, si on prend une facette perpendiculaire à Ox on a le


vecteur contrainte qui se décompose en un vecteur normal σx et deux vecteurs dans le plan de la
facette τxy et τxz (figure III-1b). Les composantes qui sont dans le plan sont appelées contraintes
tangentielles ou de cisaillement.

Si on fait de même pour les trois axes, on arrive à déterminer complètement l'état de contrainte
au point O par le tenseur
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-2

σ x τ xy τ xz 
[σ ] = τ yx 
σ y τ yz  = σ ij (III-2.)
τ zx τ zy σ z 

Cet état est donc déterminé par 9 composantes mais la réciprocité des contraintes tangentielles
entraîne τxy = τyx, τyz = τzy, τzx = τxz ; de telle sorte que le nombre de composantes se réduit à 6.
La réciprocité des contraintes tangentielles est une conséquence de l’équilibre du corps et
découle de l’équilibre des moments.

Différentes notations peuvent être utilisées pour écrire le tenseur de contraintes. Si nous utilisons
une autre notation que celle présentée ici, nous expliquerons chaque fois la correspondance pour
faciliter la compréhension du texte. De manière générale, le tenseur de contrainte sera écrit σij.

III.1.2. Contraintes à 2 dimensions

Dans les problèmes évoqués dans le cadre de ces notes on travaillera souvent en plan (à deux
dimensions) car la plupart des problèmes de mécanique des roches peuvent être ramenés à des
cas plans.

B
P
τxy
τ σ
σx
θ A
O τyx
σy x

Figure III-2

A deux dimensions si on connaît l'état de contrainte par rapport à un système d'axes Oxy, on peut
déterminer les composantes du vecteur contrainte sur une facette dont la normale est inclinée de
θ par rapport à Ox. Pour cela on écrit l’équilibre d’un triangle infinitésimal OAB d’épaisseur
unitaire dont les cotés sont AB = a, OB = a cos θ, OA = a sinθ. L’équilibre par rapport aux
directions Ox et Oy conduit aux relations

p x = σ x cos θ + τ yx sin θ
p y = σ y sin θ + τ xy cos θ (III-3.)
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-3

Les contraintes normales et tangentielles sur la facette AB sont alors données par :

σ = p x cos θ + p y sin θ
= σ x cos2 θ + 2 τ xy sin θ cos θ + σ y sin 2 θ
(III-4.)
τ = p y cos θ - p x sin θ
1
= (σ y - σ x ) sin 2θ + τ xy cos 2θ
2

L'angle θ qui permet de trouver les directions principales c'est-à-dire le système d'axes pour
lequel la contrainte de cisaillement s'annule est

2 τ xy
tan 2θ = (III-5.)
σx - σy

On définit le système d’axes principaux comme celui pour lequel le tenseur de contrainte ne
contient plus que 2 composantes de contraintes.

Dans le système d'axes principaux, les contraintes normales et tangentielles sur une facette
inclinée de θ par rapport Ox sont données par :

1 1
σ = σ 1 cos2 θ + σ 2 sin 2 θ = (σ1+ σ 2) + (σ1 - σ 2) cos 2θ
2 2
1
τ = - (σ1 - σ 2) sin 2θ (III-6.)
2

Il existe plusieurs méthodes graphiques pour représenter l'état de contrainte et, de toutes ces
méthodes, le cercle de MOHR constitue de loin la méthode la plus importante. Le cercle qu'on,
dessine dans le diagramme σ-τ découle directement des deux équations ci-dessus (figure III-3).

On marque dans le plan σ-τ les longueurs OP = σ1 et OQ = σ2, avec σ1>σ2, sur l'axe des Oσ et
on dessine un cercle ayant PQ comme diamètre et C de coordonnée σ = ½ (σ1+σ2) comme
centre. Ce cercle est appelé cercle de Mohr. Les coordonnées d'un point A sur le cercle pour
lequel l'angle PCA mesuré dans le sens horlogique à partir de OP vaut 2θ sont données par les
deux relations ci-dessus.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-4

τ
A'

Q C B
P
O σ3 2θ σ1
A

Figure III-3: Représentation d'un tenseur plan de


contrainte par le cercle de Mohr

III.1.3. Contraintes tridimensionnelles


On veut calculer le vecteur contrainte correspondant à un plan dont la normale OP est inclinée
par rapport aux axes Ox, Oy et Oz des angles α, β et γ respectivement. Ce sont des angles
directeurs, et leurs cosinus l = cos α, m = cos β, et n = cos γ, sont connus comme cosinus
directeurs de OP. Ils sont liés par la relation

l 2 + m2 + n2 = 1 (III-7.)

C
(l,m,n)

P B
O y

Figure III-4: équilibre d'un tétraèdre

Considérons maintenant l’équilibre d’un tétraèdre OABC (figure III-4), dont la face ABC a une
aire w et est normale à la ligne OP de cosinus directeurs l, m, et n. Les aires des faces OAB,
OBC, OCA sont respectivement wn, wl, et wm.
En supposant que px, py et pz sont les composantes de la contrainte sur la face ABC, si on
considère l’équilibre du tétraèdre OABC, on obtient en résolvant par rapport aux axes :

p x = lσ x + mτ yx + nτ zx
p y = lτ xy + mσ y + nτ zy (III-8.)
p z = lτ xz + mτ yz + nσ z
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-5

La composante de contrainte normale au plan est :

σ = lp x + mp y + np z (III-9.)

En remplaçant les composantes de contrainte par leurs expressions ci-dessus et en cherchant les
maximum et/ou minimum de σ par rapport à l, m et n on arrive à :

px py p
= = z (III-10.)
l m n

Ce qui veut dire que quand la contrainte normale sur le plan est maximale ou minimale, la
contrainte totale px, py, pz sur le plan est actuellement dans la direction de la normale, de telle
manière que la contrainte de cisaillement sur le plan est nulle. Si ∑ est la valeur (inconnue) de la
contrainte normale sur ce plan, (III-10) donne :

px = l ∑ , p y = m ∑ , pz = n ∑ (III-11.)

En utilisant les expressions (III-8) de px, py, et pz on arrive à :

l(σ x - ∑ ) + mτ yx + nτ zx = 0
lτ xy + m(σ y - ∑ ) + nτ zy = 0 (III-12.)
lτ xz + mτ yz + n(σ z - ∑ )=0

Les équations (3-12) sont un système d’équations linéaires homogènes pour l, m, n et il est
connu qu’elles ont une solution non nulle seulement si ∑ est la racine de l’équation :

σx − Σ τ yx τ zx
τ xy σy − Σ τ zy = 0 (III-13.)
τ xz τ yz σz − Σ

Equation cubique en ∑; ses racines sont σ1, σ2 et σ3.

En résolvant (III-12) par rapport σ1 on obtient les cosinus directeurs l1, m1 et n1. De manière
similaire on obtient l2, m2, n2 et l3, m3, n3 correspondant à σ2 et σ3.

On démontre que ces trois directions sont mutuellement perpendiculaires. On prendra toujours
σ1 ≥ σ2 ≥ σ3. Il est possible d’avoir 2 ou même 3 contraintes principales égales; dans un tel cas
il y a une indétermination évidente dans les directions des axes principaux.

Si le système d’axes est principal, les équations (III-8) pour les composantes de contrainte
deviennent
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-6

p x = lσ 1
p y = mσ 2 (III-14.)
p z = nσ 3

Et il vient de (III-7) que :

p x2 p 2y p z2
+ + =1 (III-15.)
σ12 σ 22 σ 32

De telle manière que px, py et pz se déplacent sur une ellipsoïde dont les semi-axes sont σ1, σ2 et
σ3. Elle est appelée ellipsoïde des contraintes.

La détermination des axes principaux pour tout système général de contraintes dépend de la
solution de la cubique (III-13) qui, quand le déterminant est développé, peut s’écrire

∑ 3 - I1 ∑ 2 - I 2 ∑ - I 3 = 0 (III-16.)

où :

I1 = σ x + σ y + σ z
I 2 = -(σ y σ z +σ z σ x+σ x σ y )+τ 2yz+τ zx2 +τ xy2 (III-17.)
I 3 = σ x σ y σ z + 2 τ yz τ zx τ xy -σ x τ 2yz -σ y τ zx2 - σ z τ xy2

Puisque les racines de (III-16) donnent les contraintes principales qui sont indépendantes du
choix des axes originaux, les coefficients I1, I2 et I3 doivent être aussi indépendants du choix des
axes et sont dès lors Invariants par rapport au changement d’axes et ont la même valeur pour
tous les systèmes d’axes rectangulaires.

Alors en égalant les valeurs générales (III-17) avec celles des axes principaux, il suit :

I1 = σ1 + σ 2 + σ 3
I 2 = -(σ 2 σ 3+σ 3 σ 1+σ 1σ 2 ) (III-18.)
I 3 = σ 1σ 2 σ 3

I1, I2 et I3 sont les invariants des contraintes et ont une grande importance, car il est par exemple
préférable d’exprimer les critères de rupture en fonction de ces invariants.

Un groupe de quantités liées qui ont été très utilisées sont les contraintes normale et tangentielle
sur le plan dont la normale

l = m = n = 3 -1/ 2 (III-19.)

est inclinée de la même façon par rapport aux axes principaux. Ce plan est appelé plan
octaédrique, car il est parallèle à la face d’un octaèdre dont les sommets sont sur les axes
principaux.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-7

En calculant les composantes σ et τ sur le plan octaédrique on obtient :

1 1
σ oct = (σ 1+σ 2+σ 3 ) = I 1
3 3
τ oct
1
3
[
= (σ 1-σ 2 ) +(σ 2 -σ 3 ) +(σ 3 -σ 1 )
2 2 2
]
1/ 2
(III-20.)

=
3
2 2
[
I 1 + 3I 2 ]
1/ 2

La contrainte de cisaillement octaédrique a une signification physique intéressante car elle est
(5/3)1/2 fois la racine de la moyenne carré de la contrainte de cisaillement, toutes les directions
étant pondérées également.

Le tenseur de contraintes σij peut être décomposé en une partie hydrostatique dans laquelle
chaque composante normale vaut s = 1/3 I1,et une partie déviatorique sij telle que :

σ x − S τ xy τ xz 
 
sij =  τ yx σy − S τ yz  (III-21.)
 τ zx τ zy σ z − S 

Ce tenseur de déviation est responsable de la rupture par cisaillement que nous évoquerons dans
les phénomènes de plasticité. On peut aussi calculer ses invariants comme dans le cas du
tenseur σij, lesquels invariants sont désignés par J1, J2 et J3. On notera que J1 = 0.

III.1.4. Déplacements et déformations

Etat de déformation

Le concept fondamental de la mécanique des milieux continus postule le déplacement de toutes


les particules d'un matériau en cas de sollicitation.
Nous appelons u, v et w les déplacements de la particule qui a pour coordonnées x, y et z;
lesquels déplacements varient de façon continue avec les coordonnées de l'espace. Dans ce qui
suit nous ne considérerons que les déplacements dus aux sollicitations, et négligerons les
mouvements de corps rigides (translation ou rotation d’ensemble).
Pour garder une cohérence avec la convention adoptée sur le signe des contraintes, les
déplacements seront reconnus positifs s’ils agissent dans le sens opposé à celui des axes.

L’objectif final de la théorie de la mécanique étant de déterminer les déplacements à partir des
contraintes et des conditions aux limites, des quantités intermédiaires doivent être introduites
pour cela, c’est les déformations. La théorie de l’élasticité (que nous verrons dans un chapitre
ultérieur) utilise plus le concept de déformation que celui des déplacements, mais dans la
mécanique des roches pratique les déplacements occupent une très grande importance car ce sont
les seules quantités observables en pratique (expérimentations de laboratoire ou déformation des
ouvrages souterrains).
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-8

L’utilisation du concept de déformation pose de manière évidente le problème du système de


référence. La mécanique des solides considère 2 aspects :

• les petites déformations dans lesquelles on considère que les transformations subies par le
corps sollicité sont tellement faibles que l’on peut considérer que le repère attaché au corps
n’a pas changé par rapport au système initial. Ceci se traduit par l’utilisation de variables
d’Euler; et la démarche que nous adoptons dans ce cours sera également basée sur cette
méthode de travail. Cette hypothèse est valable dans le cadre de la mécanique des roches
dures car celles-ci subissent peu de déformations dans le domaine de comportement élastique;
• les grands déplacements: lorsque l’on arrive dans la mécanique des corps très déformables
comme par exemple les argiles, il devient de plus en plus difficile de garder une estimation
acceptable des déformations en confondant les systèmes de référence dans les états déformé et
non déformé. On travaille alors avec les coordonnées Lagrangiennes dans lesquelles les
équations s’écriront par rapport au système initial moyennant l’utilisation des matrices de
transformations (Jacobien).

La méthode la plus convenable pour mesurer les déformations d’un corps est de considérer les
changements de longueur et d’angle.

Si on considère un segment de longueur l soumis à une sollicitation telle qu’il subit un


allongement ∆l. La quantité

∆l
ε= (III-22.)
l

est définie comme élongation. Elle sera positive dans le cas du raccourcissement (car nous
prenons les compressions positives).

Pour ce qui concerne le changement d’angle, nous allons considérer 2 directions perpendiculaires
OP et OQ comme schématisé sur la figure ci-dessous
Q Q *
R * S *
R

Π /2

O P O

P *

Figure III-5: définition de la déformation angulaire

Si dans l’état déformé l’angle P*O*Q* vaut π/2 + ψ, la quantité

γ = tg ψ (III-23.)

est appelée déformation de cisaillement ou distorsion au point O. La justification de cette


appellation est montrée sur la figure par des lignes discontinues parallèles à OP. Après
déformation ces lignes semblent avoir glissé les unes sur les autres, et le résultat de leur
glissement R*S* vaut OR tgψ = γ.

Si nous posons Γ = ½ γ, en écrivant le déplacement de 2 points infiniment proches, on arrive à la


définition des composantes du tenseur de déformations infinitésimales par les relations:
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-9

∂u ∂v ∂w
εx = εy = εz =
∂x ∂y ∂z

1 1  ∂v ∂u 
Γ xy = Γ yx = γ xy =  + 
2 2  ∂x ∂y 

1 1  ∂w ∂v 
Γ yz = Γ zy = γ yz =  +  (III-24.)
2 2  ∂y ∂z 

1 1  ∂u ∂w 
Γ zx = Γ xz = γ zx =  + 
2 2  ∂z ∂x 

La plupart de définitions utilisées pour le tenseur de contrainte s’utilisent également sur le


tenseur de déformations: directions principales, invariants et déviateurs.

Le premier invariant du tenseur de déformation représente la déformation volumique et est


désigné par

∆ = ε x + ε y + ε z = ε1 + ε 2 + ε 3 (III-25.)

Cette déformation volumique également désignée dilatation possède une grande importance dans
le comportement des matériaux rocheux car ceux-ci possèdent la propriété de changer de
volumique lorsqu’on les sollicite au-delà du domaine de comportement élastique.

Etant donné que 6 composantes de déformations dérivent de trois composantes de déplacement,


les composantes de déformation ne peuvent pas être indépendantes. Il existe donc des conditions
de compatibilité des déformations qui s'expriment par :

∂ εy
2
∂ Γ xy
2
∂ εx
2
2 = +
∂x∂y ∂y
2
∂ x2

2
∂ Γ yz ∂ εy
2
∂ εz
2
2 = +
∂y∂z ∂ z2 ∂y
2

∂ Γ zx ∂ εz ∂ εx
2 2 2
2 = + (III-26.)
∂z∂x ∂x 2
∂ z2
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-10

III.1.5. Les problèmes plans

En mécanique des solides la plupart des problèmes tridimensionnels peuvent être ramenés à
des problèmes plans. Il y a 3 sortes d’état plan en mécanique des solides :

• L’état plan de déformation (εz = 0), avec lequel nous travaillerons le plus en mécanique
des roches ; car on considère que les sections perpendiculaires à l’axe des ouvrages de
grande longueur sont dans un état plan de déformation. Ceci est vrai quand on est
suffisamment loin des extrémités ;
• L’état plan de contrainte (σz = 0), il est surtout utilisé dans la mécanique des structures
planes comme les plaques, les coques ou les disques ;
• L’axisymétrie : il s’agit d’étudier ici le comportement d’un ouvrage à symétrie axiale dans
un plan passant par son axe de symétrie.

Dans les définitions des contraintes et des déformations que nous avons faites jusqu’à présent
nous avons travaillé dans un système de coordonnées rectangulaires Oxyz. Dans le cadre des
problèmes de déformations planes que nous traiterons en mécanique des roches, nous aurons
souvent à travailler en coordonnées cylindriques (ou polaires dans le plan Oxy) pour des
ouvrages possédant une section circulaire dans le plan perpendiculaire à l’axe de symétrie. Ce
système permet d’exprimer les équations plus simplement et de trouver des solutions en
termes de contraintes et de déformations autour des ouvrages par des méthodes de calcul
analytiques.

III.1.6. Les équations d’équilibre


L’équilibre d’un corps solide pesant repéré dans un système de coordonnées Oxyz est régi par
les équations d’équilibre.

Ces équations aux dérivées partielles décrivent les variations des contraintes ou des
déplacements à l’intérieur du corps et doivent être résolues grâce à des conditions spécifiques
à la surface.

Figure III-6 : Equilibre d'éléments infinitésimaux


Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-11

Pour étudier la variation des contraintes avec la position dans le solide, nous considérons
l’équilibre d’un parallélépipède rectangle élémentaire dont les faces sont parallèles aux axes
Oxyz (figure III.6a).

En écrivant l’équilibre des forces dans les trois directions, compte tenu des forces de corps X,
Y, Z par unité de volume, on obtient les équations d’équilibre en termes de contraintes.

∂σ x ∂τ yx ∂τ zx
+ + + ρX = 0
∂x ∂y ∂z
∂τ xy ∂σ x ∂τ zx
+ + + ρY = 0
∂x ∂y ∂z (III-27.)
∂τ xz ∂τ yz ∂σ x
+ + + ρZ = 0
∂x ∂y ∂z

Soit 3 équations à 6 inconnues.

Avec
- ρ : densité ;
- X, Y, Z :composantes des forces de corps par unité de volume
- σx, σy, σz : contraintes normales sur des facettes perpendiculaires respectivement
aux axes x, y et z ;
- τxy, τxz, τyz : contraintes tangentielles.

Moyennant des hypothèses sur le comportement des matériaux (par exemple élastique), ces
équations peuvent également s’exprimer en termes de déformations ou de déplacements.

Quand on travaille à deux dimensions, le système se ramène à deux équations à trois


inconnues :

∂σ x ∂τ yx
+ + ρX = 0
∂x ∂y
∂τ xy ∂σ x (III-28.)
+ + ρY = 0
∂x ∂y

Un autre système de coordonnées couramment utilisé pour les problèmes plans de mécanique
des roches est le système polaire, notamment quand on travaille avec des ouvrages circulaires.
Dans ce système, les équations d’équilibre s’obtiennent en écrivant l’équilibre d’un petit
élément tel que l’élément 1234 de la figure III.6b, on obtient ainsi :
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-12

∂σ r ∂τ rθ σ r − σ θ
+ + +R=0
∂r r∂θ r
∂σ θ ∂τ rθ τ (III-29.)
+ + 2 rθ = 0
2∂θ ∂r r
Soit 2 équations à 3 inconnues.

Avec R : force massique.

Si la distribution des contraintes est symétrique par rapport à un axe passant par O et
perpendiculaire au plan xy, les composantes de la contrainte ne dépendent plus de θ mais
uniquement de r.

Pour des raisons de symétrie, la contrainte de cisaillement τrθ disparaît. De plus, si nous
négligeons la force massique (R=0), nous obtenons une seule équation d’équilibre à deux
inconnues :

∂σ r σ r − σ θ
+ =0 (III-30.)
∂r r
C’est le cas par exemple lorsqu’on a un ouvrage circulaire sollicité par une contrainte de type
lithostatique (équivalent de la contrainte hydrostatique dans un massif rocheux).

Conditions aux limites

Les équations d’équilibre doivent être satisfaites quel que soit le point considéré à l’intérieur
du corps solide. Les composantes de la contrainte varient dans tout l’intérieur du volume du
corps, et lorsque l’on arrive à la périphérie, elles doivent équilibrer les forces extérieures qui
s’exercent sur le contour ; ces dernières peuvent donc être considérées comme le
prolongement de la distribution des contraintes intérieures. Les conditions d’équilibre sur la
surface périphérique limitant le corps se déduisent des équations donnant les contraintes en un
point sur une facette particulière.

On a donc

X = lσ x + mτ xy
(III-31.)
Y = mσ y + lτ xy
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-13

III.2. Notions de thermodynamique des milieux continus

III.2.1. Introduction
La modélisation des phénomènes physiques de déformation et de rupture d’un matériau
rocheux repose sur une méthode fondée sur des principes gouvernant les variables
représentatives de l’état du milieu matériel.

A l’approche que l’on peut qualifier de cinématique ou de mécanique, schématisant les


mouvements et les efforts dans le milieu par l’application du principe des puissances
virtuelles, s’associe obligatoirement une modélisation qualifiée de phénoménologique ou de
physique, traitant les variables caractéristiques des phénomènes étudiés par le biais de la
thermodynamique.

Dans les paragraphes suivants, seront définies les différentes variables, associées aux
processus de déformation et de rupture, les principes généraux liant ces variables entre elles et
finalement, les lois de comportement qui en découlent.

III.2.2. Énoncés fondamentaux


Les équations d’équilibre que nous venons d’écrire découlent de l’axiome d’équilibre en
mécanique qui consiste à dire que la somme des puissances des forces intérieures et des forces
extérieures est égale à la puissance d’accélération, soit

P( i ) + P( x ) = P( a ) (III-32.)

avec P(i) la puissance des efforts intérieurs, P(x) la puissance des efforts extérieurs, et P(a) la
puissance d’accélération.

Dans le cadre de la mécanique des roches, les vitesses et les déformations seront en général
faible, et nous allons considérer que la puissance d’accélération est nulle, ce qui conduit aux
équations d’équilibre.

A coté des lois traduisant la conservation de la quantité de mouvement et de la masse, la


thermodynamique introduit deux lois complémentaires connues sous le nom de premier et de
second principe qui traduisent respectivement la conservation de l’énergie et l’évolution du
système.

Considérons un domaine D de frontière ∂ D intérieur au milieu matériel ϕ :

- soit E son énergie interne, e l’énergie interne spécifique

E= ∫D
ρ e dV (III-33.)

- Soit K son énergie cinétique

1 rr
K=
2 ∫D
ρ v .v dV (III-34.)
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-14

- Soit Q le taux de chaleur reçue par le domaine D ; il comprend deux termes: la chaleur créée
dans le volume D par des actions extérieures à D (chauffage inductif par exemple), et la
chaleur reçue par conduction au travers de la frontière ∂ D de D
rr
Q = ∫ r dV - ∫∂ q.n dS (III-35.)
D D

rrest une densité volumique de production interne de chaleur à distance


q est le vecteur courant de chaleur
r
n est la normale extérieure à ∂ D.

- soit P(x) la puissance réelle des efforts extérieurs:


r r r r
P(x) = ∫ D
f .v dV + ∫ T . v dS
∂ D
(III-36.)

r r
Dans cette équation f est une densité de force (force de volume) tandis que T représente le
vecteur contrainte (agissant sur la surface de la frontière).

Le premier principe de la thermodynamique s’exprime par:

d
(E + K) = P + Q ∀D (III-37.)
dt

avec
- E : l’énergie interne du domaine D ;
- K : l’énergie cinétique du domaine D ;
- Q : le taux de chaleur reçue par le domaine D ;
- P : la puissance réelle des efforts extérieurs.

Le second principe quant à lui postule que le taux de production d’entropie est toujours
supérieur ou égal au taux de chaleur reçue divisé par la température :

dQ
dS ≥ ∀D (III-38.)
T

La combinaison de ces deux principes fondamentaux et de l’axiome d’équilibre conduit à une


inégalité fondamentale généralement appelée inégalité de Clausius-Duhem ayant pour
expression (en petites déformations):

[ σ ] : [ ε& ] − ρ (Ψ& + sT& ) − q ⋅


r grad T
≥0 (III-39.)
T

avec

Ψ = e -Ts : l’énergie libre spécifique


e : l’énergie interne spécifique tel que E = ∫ ρ e dV
D
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-15

r
q : le vecteur courant de chaleur
T : la température absolue
s : la densité d’entropie spécifique telle que S = ∫ ρ s dV
D
[ σ ] : [ ε& ] : le produit tensoriel contracté des tenseurs de contraintes [σ] et
de taux de déformation [ ε& ]

III.2.3. Méthode de l’état local - potentiel thermodynamique

La méthode de l’état local postule que l’état thermomécanique d’un milieu matériel en un
point et à un instant donnés est complètement défini par la connaissance des valeurs à cet
instant d’un certain nombre de variables ne dépendant que du point considéré.

C’est par le choix de la nature et du nombre de ces variables d’état que l’on décrit les
phénomènes physiques. Les processus ainsi définis seront thermodynamiquement admissibles
si, à chaque instant de l’évolution, l’inégalité de Clausius-Duhem est satisfaite. Les variables
d’état appelées aussi variables thermodynamiques ou variables indépendantes sont classées en
deux catégories distinctes qui sont :

• les variables observables, imposées par le formalisme de la mécanique et de la


thermodynamique des milieux continus, dont on retiendra la température T et la
déformation totale ε qui sont les seules variables qui interviennent dans les
phénomènes d’élasticité, de viscoélasticité, de plasticité ;

• les variables internes qui interviennent lors des phénomènes dissipatifs où à un


instant donné, un état dépend de l’histoire passée. Citons simplement le cas de la
plasticité et de la viscoplasticité qui nécessitent l’introduction de variables internes
de déformation.

Il n’existe pas de méthodes objectives pour choisir la nature des variables les mieux adaptées
à un phénomène donné. Là encore, c’est l’expérience, le sens physique et bien souvent le type
d’application envisagée qui guident ce choix.

III.2.4. Potentiel thermodynamique - lois d’état.

Ayant défini les variables d’état, on postule l’existence d’un potentiel thermodynamique
duquel dérivent les lois d’état. En choisissant par exemple le potentiel énergie libre spécifique
Ψ, qui dépend des variables observables et des variables internes :

Ψ = Ψ ( ε, T, εe, ε p, VK ) (III-40.)

avec
- εe : la déformation thermoélastique ;
- εp : la déformation plastique ;
- VK : représentant une variable interne soit scalaire, soit tensorielle.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-16

et en introduisant cette expression dans l’inégalité de Clausius-Duhem, on obtient une


inégalité sous la forme:
r
 ∂ψ  e  ∂ψ  & ∂ψ & q
 [σ ] − ρ  :[ε& ] + [σ ]:[ε& ] - ρ  s + T - ρ V - ∇T ≥ 0
p
(III-41.)
 ∂ [ε e ]   ∂ T ∂ Vk k T

Sous certaines hypothèses simplificatrices fonction du phénomène à modéliser, cette


expression conduit aux lois d’état qui lui sont associées. Une hypothèse classique permet
d’annuler indépendamment certains termes de cette inégalité. On peut d’abord imaginer une
transformation élastique à température constante (isotherme => T & = 0) et uniforme (grad T =
0) qui ne modifie ni la déformation plastique (ε& p = 0) ni les variables internes ( V& k = 0 ).
L’inégalité de Clausius-Duhem devant être vérifiée quelque soit ε& e , cela implique :

∂ψ
[σ ] - ρ =0 (III-42.)
∂ [ε e ]

En imaginant de même une transformation thermique à déformation plastique, variable


interne et gradient de température nuls on arrive à l’expression :

∂ψ
s +ρ =0 (III-43.)
∂T

Ces deux expressions définissent les lois de la thermo-élasticité:

∂ψ
[σ ] = ρ
∂ [ε e ]
(III-44.)
∂ψ
s=-
∂T

Des expressions obtenues (les lois d’état) en fonction des variables observables, on définit
alors des variables dites associées, comme par exemple la contrainte σ pour laquelle on a,
dans le cas du comportement élasto-plastique :

∂ψ ∂ψ ∂ψ
[σ ] = ρ =ρ = −ρ (III-45.)
∂ [ε ]
e
∂ [ε ] ∂ [ε p ]

ceci permettant alors une autre formulation des lois d’état. Les lois de comportement que nous
verrons en mécanique des roches s’exprimeront donc soit en termes de déformations
(variables observables) ou en termes de contraintes (variables thermodynamiques associées
aux déformations).
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-17

Par analogie avec les lois d’état, on définit les variables forces thermodynamiques associées
aux variables internes par :

∂ψ
Ak = ρ= (III-46.)
∂ Vk

Nous verrons par exemple dans le cas du comportement plastique a quoi peuvent
correspondre physiquement les variables internes. Il s’agira dans ce cas de variables destinées
à mémoriser l’historique du chargement du matériau étudié.

III.2.5. Potentiel de dissipation - lois complémentaires

Le potentiel thermodynamique permet d’écrire les relations d’état entre les variables
observables et leurs variables associées, mais pour les variables internes il ne permet que la
définition de leurs variables associées. Pour décrire les processus dissipatifs, en particulier
l’évolution des variables internes, il faut un formalisme complémentaire. C’est l’objet du
potentiel des dissipations.

Compte tenu des lois d’état l’inégalité de Clausius-Duhem se réduit à l’expression de la


dissipation qui doit être positive :
r
φ = [σ ] : [ε& p ] - A k Vk - ∇T.q/T ≥ 0 (III-47.)

On remarque que φ est formé d’une somme de produits de variables forces ou variables duales
r
telles que σ, Ak, ∇T respectivement par les variables flux ε& p , −V&k , − q / T . La somme des
deux premiers termes

φ 1 = [σ ] : [ε& p ] - A k Vk (III-48.)

est appelée dissipation intrinsèque (ou dissipation mécanique). C’est la dissipation mécanique
augmentée des dissipations associées à l’évolution des autres variables internes; elle est
généralement dissipée par l’élément de volume sous forme de chaleur. Le dernier terme :
r
φ 2 = - ∇T.q/T (III-49.)

est la dissipation thermique par conduction.

Pour définir les lois complémentaires relatives aux processus dissipatifs, on postule l’existence
r
d’un potentiel de dissipation (ou pseudo-potentiel) désigné par ϕ ( ε& p , V&k , q /T ). Les lois
complémentaires s’expriment alors par la propriété de normalité (ou dissipativité normale)

∂ϕ ∂ϕ ∂ϕ
[σ ] = Ak = - ∇T = - r (III-50.)
∂ [ε& p ] ∂ V&k ∂ (q/T)
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-18

Il est plus commode d’exprimer les lois complémentaires sous la forme des lois d’évolution des
variables flux en fonction des variables duales. Une transformation permet de définir le
potentiel ϕ* dual de ϕ. Les lois complémentaires d’évolution s’écrivent alors

∂ ϕ*
[ε& p ] =
∂ [σ[
∂ ϕ*
- V&k = (III-51.)
∂ Ak
r
q ∂ ϕ*
- =
T ∂ (∇T)

Tout le problème de la modélisation des phénomènes réside dans la détermination de


l’expression analytique du potentiel thermodynamique ψ et du potentiel de dissipation ϕ ou de
son dual ϕ* et dans leur identification d’après des expériences caractéristiques. En fait les
valeurs de ϕ ou de ϕ* sont quasi inaccessibles à la mesure car elles représentent une énergie le
plus souvent dissipée sous forme de chaleur. Les variables flux et les variables duales se prêtent
bien mieux à la mesure et c’est sur leurs relations que portent la modélisation et l’identification.

Lorsque le comportement est indépendant des vitesses (cas de la plasticité classique


indépendante du temps), ϕ* devient la fonction indicatrice d’un convexe f ≤ 0. f est alors la
fonction de charge et il faut remplacer les équations décrivant la normalité (en considérant des
transformations isothermes) par :

∂f
[ε& p ] = λ
∂ [σ[
∂f (III-52.)
- V&k = λ=
∂ Ak

λ est un multiplicateur, il est déterminé par la condition de consistance, qui revient à écrire :
f& = 0 pendant l’écoulement, c’est-à-dire tant que f = 0 et ∂ f :[σ&] > 0 .
∂ [σ[

III.3. La réponse d’une roche aux essais de compression

III.3.1. Détermination du mode de comportement d’une roche

Les essais de compression sont les plus courants en Mécanique des roches, car les contraintes
auxquelles sont soumises les roches dans leur état naturel ou les contraintes induites par les
ouvrages dans les massifs rocheux sont en général des compressions. Les échantillons de roche
sont soit soumis à des essais de compression simple sans étreinte latérale soit à des essais
triaxiaux avec étreinte latérale.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-19

Pour déterminer le comportement mécanique complet d’un matériau solide comme la roche, il
est nécessaire de réaliser des essais dans lesquels on augmente la déformation (la contrainte)
pour voir l’influence sur la valeur de contrainte (déformation), ainsi que des essais dans lesquels
l’influence du temps peut être prise en compte. Dans la pratique on distingue donc trois grands
types d'essais de caractérisation :

• l'essai d'écrouissage qui consiste à imposer une contrainte ou une déformation


monotonement croissante pendant l'essai;

• l'essai de fluage qui consiste à étudier l'évolution des déformations dans le temps sous
contrainte imposée constante σ = σ0 ;

• l'essai de relaxation qui consiste à étudier l'évolution des contraintes dans le temps sous une
déformation constante imposée ε = ε0 .

L'allure qualitative de la réponse des matériaux à ces essais caractéristiques permet de les
classer à l'aide des qualificatifs: rigide, élastique, visqueux, plastique...

III.3.2. L’essai d’écrouissage

Sur la figure III.6 nous donnons une courbe "typique" présentant les principales phases du
comportement d'une roche au cours d'un essai d'écrouissage en compression uniaxiale ou
triaxiale. Au cours de l’essai on enregistre les variations des déformations ε1, ε3, et εv
(déformations volumique = ε1 + 2ε3) avec la contrainte σ1. On distingue sur cette figure les
phases suivantes :

1) le serrage (de seuil σ1s).


Cette phase est plus ou moins développée suivant l'ouverture des fissures et l'état d'altération
de certains minéraux. Après cette phase de serrage, les courbes donnant la contrainte σ1 en
fonction des déformations ε1 et ε3 montrent une forme linéaire. Le comportement de la roche
dans ce domaine sera considéré comme élastique et la pente de la droite σ1 - ε1 sera le
module élastique E.

2) le seuil de fissuration σ1F.


Il se caractérise par la fin de la linéarité de la déformation transversale ε3 et de la déformation
volumique. Le seuil de fissuration est d'autant plus voisin de la résistance en compression
simple que la roche est plus homogène et qu'il n'y a pas de possibilité de fissuration facile.

3) le seuil de foisonnement σ1L ou seuil de dilatance.


Il correspond à la limite entre les domaines de propagation stable et instable des fissures et
par conséquent à la résistance à long terme de la roche. Le seuil de foisonnement est mis en
évidence sur la courbe de déformation volumique, et permet de voir si le matériau testé a un
comportement dilatant. La dilatance se manifeste en effet par une augmentation de volume
du matériau, et elle est une caractéristique des milieux rocheux fissurés et/ou fissurables.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-20

Figure III-7: Principales phases du comportement d'une roche au cours d'un essai de compression

Comme on le remarque sur la figure III-7, l’augmentation de volume du milieu résulte d’une
dérive de la loi de comportement par rapport à une loi linéaire que nous qualifierons
d’élastique. La déformation totale peut alors s’exprimer par:

ε = ε e + ε an (III-53.)

ε étant la déformation totale, εe la déformation élastique et εan la déformation anélastique ou


déformation dilatante. Nous la désignerons généralement par εv ou ∆.

La valeur de σ 1L est pour la plupart des roches est supérieure à 0,8 fois la résistance
maximale σ 1M ou Rc (résistance en compressions uniaxiale).

N.B. Sous certaines sollicitations, les roches présentent une déformation volumique qui va
dans le sens de la diminution plutôt que de l’augmentation (cas d’un chargement
hydrostatique par exemple). On parle dans ce cas de compressibilité des roches. La transition
entre la dilatance et la compressibilité caractérise le domaine de déformation volumique
nulle (notion admise dans la déformation plastique des métaux).

4) la résistance maximale σ1M.


C'est le maximum atteint par la contrainte principale majeure au cours de l'essai. Lorsque le
confinement est nul, cette résistance est égale à la résistance en compression simple (ou
uniaxiale) de la roche σc ou Rc.

La résistance en compression uniaxiale est la base de la plupart des classifications qui ont été
proposées en mécanique des roches. Les intervalles et les termes utilisés dans la
classification de base de la Société Internationale de Mécanique des Roches sont donnés
dans le tableau suivant :
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-21

Résistance en compression
Terme descriptif
simple (MPa)
σc > 200 très élevée
60 < σc < 200 élevée
20 < σc < 60 modérée
6 < σc < 20 faible
σc < 6 très faible

Les roches à comportement fragile qui ont la résistance la plus élevée sont des roches dont la
matrice est la plus homogène et qui sont de ce fait peu fissurées. Ce sont des roches à grains
très fins (texture microgrenue) dont les minéraux ont des comportements très voisins;
certaines textures très engrenées sont favorables à une résistance élevée.

La forme que prend la courbe σ1 - ε1 avant la rupture est très importante car elle permet de
savoir si dans les conditions de l’essai le matériau peut subir des déformations plastiques
plus ou moins importantes. Nous développerons ces considérations dans l’étude de la rupture
et de la plastification.

5) la résistance résiduelle σ1R :


Elle symbolise le comportement de la roche au-delà de sa résistance maximale et elle est
d'une grande importance dans l'étude de la stabilité des excavations souterraines. Le terme
ultime de la rupture est obtenu lorsque la résistance est limitée au seul frottement entre les
parties fracturées.

Il est important d'avoir à l'esprit le fait que le comportement observé au laboratoire et présenté à
la figure III-7 est souvent modifié par des facteurs comme :

• la vitesse de mise en charge dans les essais de caractérisation au laboratoire, d'où la


définition par la Société Internationale de Mécanique des Roches (SIMR) d'une norme qui
est de 0.5 à 1 MPa par seconde;

• la pression de confinement, on peut dire d'une manière générale que dans les essais triaxiaux
le comportement des roches est de type élastique à rupture fragile pour des faibles pressions
de confinement pour tendre vers des comportements de type viscoplastique aux
confinements élevés;

• la température, ce facteur a pour effet d'une manière générale de "radoucir" la résistance des
roches.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-22

III.3.3. Le fluage

Dans ce type d'essai, l'échantillon précédemment au repos est soumis à une charge constante σ0.
on étudie ensuite la variation de la déformation dans le temps, c'est-à-dire la variation de la
fonction fluage f(t,σ0).

Les conditions climatiques et les vibrations du sol du laboratoire peuvent influencer les résultats
de ces essais, il faut donc prendre certaines précautions d'isolation. Il est également usuel
d'augmenter la contrainte à une vitesse standard pour contrôler l'influence du temps, nous
verrons plus loin le type de résultat auquel on aboutit en appliquant une telle démarche.

Les effets de fluage peuvent également être étudiés sous des conditions contrôlées, en
particulier à hautes températures et hautes pressions de confinement.

La figure III.8 donne une courbe complète du fluage d'un matériau solide. L’évolution de la
déformation en fonction du temps sous contrainte constante peut être symbolisée par une
fonction du temps dénommée fonction de fluage f(t). Elle est définie par une relation de la
forme suivante:

ε(t)
= f(t) (III-54.)
σ0

Figure III-8 : courbe complète de fluage d'une roche


Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-23

- A l'instant initial d'application de la charge, la déformation croît rapidement jusqu'à


σ0
ε (0) = (III-55.)
E0
E0 étant le module instantané d'élasticité.

- A l'instant t,
σ0
ε (t) = ε ( 0 ) + ε ρ (t) = + σ 0 γ(t) (III-56.)
E0
et
1
f(t) = + γ+ γ(t)f( 0 ) + γ + (III-57.)
E0

La courbe de fluage a une forme typique comprenant trois zones :

• Zone I: fluage primaire ou transitoire;


• Zone II: fluage secondaire ou stabilisé;
• Zone III: fluage tertiaire ou accéléré.

Pendant le fluage primaire si on décharge en P, on récupère instantanément une déformation PQ


telle que

PQ = ε (0) = σ 0 (III-58.)
E0
Ensuite on a un recouvrement QR au bout d’un temps plus ou moins infini. C'est de l'élasticité
différée et nous qualifierons ce comportement de viscoélasticité.

Pendant le fluage secondaire si on décharge en T, on récupère instantanément une déformation


TU élastique comme dans le cas précédent, ensuite on tend asymptotiquement vers une
déformation permanente εr par la courbe UV. Ce comportement sera qualifié de viscoplasticité.
La partie de la déformation récupérée sur la courbe UV correspond à la déformation
viscoélastique obtenue sur la partie AP.

En faisant varier la valeur de la contrainte σ0 imposée pendant le fluage on obtient la série de


courbes de la figure III.9. On remarque que la forme de ces courbes évolue fortement en passant
d’un cas de fluage primaire avec stabilisation des déformations à un cas fluage accéléré
survenant au bout d’un temps relativement limité. Ces considérations posent le problème de la
difficulté du choix de la contrainte à imposer dans les essais de fluage. Si on veut obtenir une
courbe plus ou moins complète du fluage, il est souhaitable d’imposer une contrainte qui se
situe entre la limite élastique et la résistance maximale estimées du matériau.
Deux autres difficultés des essais de fluage sont l'influence de la température et la présence de
l'eau (l'humidité doit être contrôlée).
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-24

Figure III-9: Différentes courbes de fluage

La flexion est la méthode la plus simple pour étudier le fluage mais beaucoup de chercheurs ont
utilisé les essais de compression simple et les essais triaxiaux. Les essais de torsion sont
également utilisables.

Lois expérimentales de fluage

Pour modéliser le comportement des roches en fonction du temps sous sollicitations imposées,
il est nécessaire de mettre au point des fonctions expérimentales de fluage sur différentes
roches. D'après MORLIER (in Brych, 1972), on s'efforce de proposer des lois analytiques de
fluage uniques pour un même matériau alors que la variable temps varie de quelques dixièmes
de secondes à quelques années. L'emploi de coordonnées logarithmiques permet en effet
d'ajuster avec des précisions égales la plupart des lois proposées à des données expérimentales
quelconques.

La déformation de fluage présentée à la figure III.8 peut être représentée par :

ε (t ) = ε ( 0) + ε1 (t ) + Vt + ε 3 (t ) (III-59.)

Différentes expressions peuvent être utilisées pour modéliser les fonctions ε1(t) et V : lois
puissance, logarithmique, fonctions hyperboliques etc. L’expérimentateur choisira la loi qui
colle le mieux à ses données.
On s'intéressera donc uniquement aux fluages primaire et secondaire car le fluage tertiaire
s'identifie plus à une phase de rupture.
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-25

Réponse à une sollicitation évoluant dans le temps

Dans les essais de fluage que nous venons de décrire, on impose une contrainte que l’on
maintient constante pendant tout l’essai, mais il est plus intéressant dans le calcul des
sollicitations des ouvrages d'évaluer la déformation résultant d'une contrainte qui varie dans le
temps.

Pour établir formellement la réponse ε(t) d'un matériau doué de mémoire à une sollicitation
unidimensionnelle σ(t), on fait les hypothèses suivantes:

• la déformation ε(t) est une fonctionnelle de toute l'histoire de la contrainte

ε (t) = F( σ ( τ )), - ∞ < τ ≤ t (III-60.)

• le matériau est non vieillissant ;


• La fonctionnelle F est linéaire c'est-à-dire qu'on pourrait appliquer le principe de
superposition de BOLTZMANN qui postule que si deux causes c1 et c2 agissent
ensemble, elles produisent un effet qui est la somme de leurs effets respectifs: e = e1
+ e2.

τ t
Figure III-10: Evolution de la sollicitation dans le temps

Sur l'échelle des temps t, considérons un instant de référence τ auquel on applique une
sollicitation continue et dérivable (figure III.10).

On démontre grâce au principe de superposition que la réponse ε(t) s'exprime sous la forme

t dσ
ε (t ) = ∫0 f (t-τ ) dτ ( τ )dτ (III-61.)

f(t-τ) est la fonction fluage caractéristique du comportement rhéologique unidimensionnel du


matériau.
Au cas où σ = σ0 on obtient la relation connue
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-26

ε (t) = σ 0 f(t - τ ) (3-62) (III-62.)

Ceci montre qu'à la condition de connaître la fonction de fluage f(t), la déformation des corps
Boltzmanniens peut être prévue dans tous les cas où la contrainte est déterminée ainsi que ses
variations dans le temps.

III.3.4. La relaxation

Dans ce type d'essai, on impose à l'échantillon précédemment au repos, une déformation ε0 à


l'instant t = 0, maintenue constante par la suite. On étudie la variation de la contrainte dans le
temps, c'est-à-dire la variation de la fonction relaxation r(t). Cette fonction se définit par la
relation (voir figure III.11):

σ (t )
= r (t ) (III-63.)
ε0

Figure III-11: Courbe d'un essai de relaxation


Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-27

A l'instant initial d'application de la déformation, la contrainte aura une valeur

σ (0) = ε 0 E 0 (III-64.)

Au cours du temps, elle va diminuer suivant la loi

σ (t ) = σ (0) + ε 0 θ r (t )
(III-65.)
r(t ) = E 0 + θ r (t )

De manière similaire à la démarche que nous avons présentée pour la construction de la réponse
ε(t) à une sollicitation σ(t) variant dans le temps, une formulation duale pour la recherche de la
réponse σ(t) à une sollicitation unidimensionnelle en déformation ε(t) conduit sous les mêmes
hypothèses à :

• la définition d'une fonction relaxation r(t-τ),

• la réponse σ(t) à une sollicitation quelconque ε(t)

t dε
σ (t) = ∫ r(t - τ ) (τ )dτ
0 dτ

si ε = ε 0 on a σ (t) = ε 0 r(t - t)
(III-66.)

III.3.5. Schématisation du comportement d’une roche

Tous les comportements de roches décrits dans les paragraphes précédents peuvent être sché-
matisés de manière théorique par des modèles analogiques qui vont des solides rigides aux
liquides visqueux. Ces modèles analogiques sont des groupements d'éléments mécaniques dont
les réponses aux sollicitations sont similaires à celles des matériaux. L'analogie se limite à
donner une image concrète des équations de comportement et ne porte en aucun cas sur les
mécanismes physiques eux-mêmes.

Les éléments que nous utiliserons souvent pour modéliser le comportement des roches sont:

• le ressort qui schématise l’élasticité linéaire (module élastique E)


E
σ σ
σ =Eε

• l’amortisseur qui schématise la viscosité linéaire (viscosité η)


Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-28

σ η
σ
σ = η ε&
0 ε
• le patin qui schématise un seuil de contrainte σs
σs
σ σ
-σ s < σ < σ s
0 ε

Ces différents éléments mécaniques (indice i) peuvent être associés :

• soit en série :

ε = ∑ε
i
i σ = σi (III-67.)

• soit en parallèle :

σ = ∑σ
i
i ε = εi (III-68.)

Dans l’étude des roches les deux cas extrêmes simples de solide rigide et de liquide visqueux ne
sont cités que pour faciliter la compréhension des comportements plus complexes car la
mécanique des roches entre dans le cadre des solides déformables.

Dans la pratique, la distinction entre solide et fluide est subjective et ne peut être liée qu'au
choix d'une échelle de temps :

• un solide admet un état d'équilibre sous sollicitations ;


• un fluide subit un écoulement pour toute sollicitation aussi faible soit-elle.

Mais il n'est pas aisé de distinguer un écoulement infiniment lent d'un équilibre atteint pour un
temps infini; une échelle des temps liée au phénomène étudié permet de lever l'ambiguïté mais
les notions de fluide et de solide perdent alors leur sens objectif.

• Un solide est dit rigide s'il ne subit aucune déformation sous sollicitation.
• Un corps est dit "fluide visqueux" si ses réponses aux essais caractéristiques ont les
allures présentées à la figure III.12 suivante :
Comportement mécanique des géomatériaux : J.P. Tshibangu K. III-29

Figure III-12: Comportement d'un fluide visqueux

Le fluide parfait possède les propriétés intéressantes suivantes:

• il y a écoulement pour toute valeur de contrainte :

ε& = f( σ ) (III-69.)

• Un modèle analogique simple est le modèle de MAXWELL constitué d'un ressort et d'un
amortisseur linéaire en série. Son équation constitutive est :

σ& σ
ε& = + (III-70.)
E η

Sa réponse au test de relaxation ε = εo est :

E
σ = E.ε 0 .e(- η .t) (III-71.)

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