Comportement mécanique des géomatériaux
Comportement mécanique des géomatériaux
V-1
V.1.1. Introduction
Pour l’étude de l’élasticité linéaire et de la viscoélasticité nous avons travaillé dans le domaine
des déformations réversibles. En effet, lorsque dans un essai d’écrouissage nous supprimons la
sollicitation imposée, nous récupérons les déformations subies par la roche au bout d’un temps
plus ou moins long. Mais si au cours de cet essai d’écrouissage nous continuons à augmenter la
charge au delà d’une certaine limite élastique, la roche commence à développer des
déformations permanentes qui subsisteront après suppression de la charge, nous dirons que la
roche entre dans une phase de plastification. Si la charge continue à augmenter au delà de la
limite élastique, la roche finit par atteindre une résistance ultime avant de se rompre. Le but du
présent chapitre est la compréhension du comportement que la roche affiche au delà de sa limite
élastique ainsi que la modélisation de ce comportement.
V.1.2. La plasticité
Les solides plastiques sont des solides qui, après cessation des sollicitations, présentent des
déformations permanentes instantanément stables et qui sont en équilibre sous sollicitation. Leur
comportement ne dépend pas explicitement du temps.
Par définition la déformation plastique est celle qui correspond à la configuration relâchée:
εp = ε(σ=0).
Nous donnons sur la figure V.1 les réponses à l'essai d'écrouissage de deux types d'écoulement
plastique. Ces types de comportement peuvent être observés pour les roches soumises à des
niveaux de confinement relativement élevés.
σ
σ < σ E → ε = εe =
E
(V-1.)
σ = σ E Sgn(ε& ) → ε = e p (arbitraire)
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-2
La déformation totale est la somme d'une déformation élastique linéaire et d'une déformation
permanente, nulle en deçà du seuil σE.
σ
| σ |< σ E → ε = ε e =
E
(V-2.)
σ
|σ |≥σ E → ε =εe+ε p = + g( σ )
E
V.1.3. La viscoplasticité
Les solides viscoplastiques sont ceux qui présentent des déformations permanentes après
cessation des sollicitations (comme les solides plastiques) mais qui subissent un écoulement de
fluage, fonction du temps, sous sollicitation (équilibre impossible). Ce comportement est une
généralisation de la plasticité indépendante du temps.
Nous présentons sur les figures V.3 et V.4 les réponses aux essais caractéristiques de deux
solides viscoplastiques:
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-3
σ
| σ |< σ E → ε = ε e =
E
(V-3.)
σ&
|σ |≥σ E → ε = εe+ε p ε& = + f( σ )
E
σ
σ < σE → ε = ε e =
E
(V-4.)
ε = ε e + ε p
σ ≥ σE →
σ = Eε e = f(ε p , ε&p )
V.1.4. La rupture
Dans la présentation du comportement élastique, nous avons dit qu'il était difficile en
Mécanique des Roches de dissocier les mécanismes de déformation et de rupture car les
microfissures et les cavités initiales qui existent avant toute sollicitation, en se développant par
des mécanismes de rupture fragile engendrent des déformations permanentes. Pour éviter la
confusion, nous considérons comme rupture dans un essai d'écrouissage, la phase au-delà de
laquelle le matériau rocheux a atteint sa résistance ultime (le maximum de la courbe Contrainte-
déformation) que nous désignons ici par σR.
On peut distinguer sur la figure V.5 quatre modes de rupture rangés dans l'ordre qu'on les trouve
lorsqu'on augmente la contrainte de confinement (σ3) sur une roche:
Le mode de rupture dépend de la nature de la roche ainsi que des conditions de réalisation de
l'essai mécanique: pression, température, rigidité de la presse etc.
Concernant le confinement, on observe d’une manière générale en compression simple
(uniaxiale) une rupture de type fragile présentant un maximum σR, suivie d’un écrouissage
négatif (radoucissement) se terminant par une résistance résiduelle σR’ qui peut être nulle (figure
V.5 (a) et (b)).
Lorsque l’on augmente la contrainte de confinement sur la roche, l’effet d’écrouissage négatif
diminue de plus en plus, pour tendre vers un comportement plastique parfait ou avec
durcissement (figures V.5 (c) et (d)).
Dans le dernier cas présenté sur la figure précédente (d), on considère conventionnellement
comme résistance maximum la valeur de la contrainte correspondant à l'intersection de la droite
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-5
ε e = A(σ ) ∀σ
ε p = g(σ ) pour σ ≥ σ E (V-5.)
ε p = 0 si σ < σ E
Avec
- A(σ) la relation d'élasticité,
- g(σ) la loi d'écrouissage plastique,
Différentes formes d'expression analytiques peuvent être utilisées pour modéliser la fonction
d'écrouissage. Parmi celles-ci nous citerons le modèle de RAMBERG-OSGOOD [..] que nous
décrivons ci-dessous. Une autre loi plus complexe sera décrite plus loin dans le modèle de
comportement plastique de LADE.
Loi de RAMBERG-OSGOOD
Cette loi en fonction puissance est choisie pour sa simplicité et sa facilité de mise en œuvre. Elle
est basée sur la théorie des dislocations (on considère que la déformation permanente observée
résulte d’une propagation des dislocations dans le matériau), et donne en termes de déformations
macroscopiques
σ = σ E + K E .ε Mp E
(V-6.)
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-6
σ - σE 1/ M E
ε p = g(σ ) = (V-7.)
KE
L'identification de cette loi de comportement se fait tout simplement d'après les résultats d'un
essai d'écrouissage uniaxial. Sa généralisation tridimensionnelle qui consiste à déterminer les
trois composantes de la déformation plastique peut se faire à l'aide de certaines hypothèses de
travail comme nous le verrons dans la suite de ce texte.
Pour mettre en évidence les effets du confinement, on utilise deux principaux types d’essais:
• l’essai triaxial: un échantillon cylindrique d’élongation 2 (rapport hauteur/diamètre) est
placé dans une cellule remplie d’un fluide qu’on peut mettre sous une pression correspondant
aux contraintes principales mineure et intermédiaire σ3 = σ2. Cet échantillon est comprimé
ensuite axialement (σ1) jusqu’à la rupture. Cet essai triaxial est le plus utilisé en mécanique
des roches pour étudier les effets du confinement car on a considéré pendant longtemps que
la rupture des roches ne dépendait pas de la contrainte principale intermédiaire (hypothèse de
Mohr dont nous parlerons dans la partie consacrée aux critères limites).
• l’essai polyaxial: un échantillon parallélépipédique est soumis sur ses trois paires de faces
parallèles à trois contraintes principales différentes σ3, σ2 et σ1. Cet essai sert surtout à mettre
en évidence l’importance de la contrainte principale intermédiaire sur le comportement et la
rupture des roches.
Sur la figure V.6 nous donnons un exemple des courbes d’écrouissage obtenus lors des essais
triaxiaux réalisés sur le calcaire de Soignies. Les confinements vont de 0 (compression
uniaxiale) à 100 MPa.
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-7
En mécanique des roches les notions de critère de rupture et de limite d'élasticité sont souvent
confondues, car la limite élastique est généralement assimilée à la résistance ultime de la roche.
En effet, dans le cadre des contraintes mises en œuvre dans la grande majorité des ouvrages
souterrains (confinement relativement faible), la différence entre la limite élastique et la rupture
est souvent négligeable, d’où une certaine généralisation du concept de critère de rupture. Pour
éviter la confusion quand nous aborderons l’étude du comportement plastique, nous parlerons
généralement de critère limite.
Le critère limite est une relation entre contraintes, généralement principales, telle que si elle est
satisfaite, le matériau sort du domaine de comportement élastique ou atteint sa résistance ultime.
La relation est du type
σ 1 = f( σ 2 ,σ 3 ) (V-8.)
La représentation géométrique de cette relation dans l'espace des contraintes donne la surface
limite; laquelle surface est une vision de l'esprit car la rupture ne dépend pas seulement de l'état
de contrainte mais aussi de la vitesse de mise en charge et de la technique utilisée pour atteindre
cet état de contrainte.
1) puisque le processus de rupture doit être indépendant du choix des axes pour un matériau
isotrope, tout critère de rupture doit être indépendant du choix des axes, et doit dès lors
pouvoir être exprimé en termes d'invariants de contrainte I1, I2, I3 ou d'invariants de déviateurs
de contrainte J1, J2, J3.
Selon les composantes de contraintes principales qui rentrent effectivement dans l’écriture du
critère, la courbe limite peut se représenter dans un espace à une, deux, ou trois dimensions. Un
grand nombre de critères par exemple sont basés sur une indépendance de la rupture par rapport
à la contrainte principale intermédiaire. Ces critères se représentent donc dans un espace (σ1, σ3);
mais une représentation encore plus commode est celle qui utilise le plan de Mohr (σ-τ). Dans ce
dernier cas, la courbe enveloppe est désignée sous le nom de courbe intrinsèque.
Beaucoup de modèles mathématiques ont été proposés sur la forme géométrique du critère dans
l'espace des contraintes, et parmi ceux-ci nous citerons quelques uns d'usage courant en
mécanique des roches. La plupart de ces critères doivent être complétés par un critère du type
contrainte de traction maximum pour tenir compte de la rupture par décohésion.
En effet, le matériau est supposé se rompre fragilement lorsque la contrainte principale mineure
est égale à moins la résistance en traction simple; c’est-à-dire si σ3 = - T0 (avec T0 la résistance à
la traction uniaxiale).
Ce critère est surtout utilisé pour les matériaux ductiles comme les métaux mais aussi parfois
pour des roches lorsqu'on travaille avec des confinements relativement importants.
Dans l'espace des contraintes principales le critère de TRESCA est représenté par un prisme droit
à base hexagonal dont l'axe est la trisectrice du repère (σ1, σ2, σ3). La figure V.7 donne la
représentation de ce critère dans le repère principal et dans le plan du déviateur (ou plan
octaédrique) […].
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-9
Figure V-7: Critère de TRESCA dans le repère principal et dans le plan octaédrique
( σ 1 - σ 2 )2 + ( σ 2 - σ 3 )2 + ( σ 3 - σ 1 )2 = 9 k 2 (V-10.)
ou
3 k2
J2 =
2 (V-11.)
|τ | = C + µσ (V-12.)
Si nous considérons un cas plan avec les contraintes principales σ1 et σ3 et que nous prenons un
plan dont la normale fait un angle β avec σ1, les contraintes sur ce plan seront données en vertu
de la théorie de l'état de contrainte en un point par :
1 1
σ = ( σ 1 + σ 3 ) + ( σ 1 - σ 3 ) cos 2 β
2 2
(V-13.)
1
τ = ( σ 1 - σ 3 ) sin 2 β
2
Soit
1 1
|τ |-µσ = ( σ 1 - σ 3 )( sin 2 β - µ cos 2 β ) - µ( σ 1 + σ 3 ) (V-14.)
2 2
Le maximum de cette expression est obtenu pour un angle β tel que : tan 2 β = - 1/µ
ce qui donne :
1 1
|τ |-µσ = ( σ 1 - σ 3 )( µ 2 + 1 )1/ 2 - µ( σ 1 + σ 3 ) (V-15.)
2 2
σ 1 [( µ + 1 ) - µ ] - σ 3 [( µ + 1 ) + µ ] = 2C
2 1/2 2 1/2
(V-16.)
qui est l'équation d'une droite dans l'espace des contraintes principales σ1 et σ3 (figure V.9).
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-11
Sur la figure V.9, Rc est la résistance en compression uniaxiale, mais T n'est pas la résistance en
traction car les conditions physiques restreignent le critère à la portion de droite TRcP. Pour des
valeurs négatives de σ3, la rupture apparaît par séparation (ou décohésion) et non par cisail-
lement comme supposé dans ce critère.
O
Rc
T A σ1
Figure V-9 : Critère de Coulomb
Le critère de Coulomb peut encore s'exprimer par les trois relations ci-dessous :
• σ 1 = R c + q.σ 3 (V-17.)
1 1
• Ou - ( σ 1 - σ 3 ) = [C cotgΦ + ( σ 1 + σ 3 )] sin Φ (V-19.)
2 2
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-12
Hypothèses de MOHR
En généralisant le critère de Coulomb, Mohr dit que quand la rupture par cisaillement apparaît
sur un plan, la contrainte normale σ et la contrainte tangentielle τ sur ce plan sont reliées par
une relation qui est caractéristique du matériau :
|τ | = f(σ ) (V-20.)
τ
τ
B
P B
A
A
σ σ
O σ3 σ2 C σ1 O
(b)
(a)
Figure V-10: Hypothèses de MOHR sur la rupture
La représentation de cette relation dans le plan de Mohr (σ, τ) peut se faire par une courbe du
type AB (figure V.10a).
La rupture apparaît lorsque le cercle de diamètre σ1-σ3 touche la courbe AB. Ceci conduit à
quelques conclusions importantes:
• la valeur de la contrainte principale intermédiaire σ2 n'affecte pas la rupture;
• le plan de glissement passe par la direction de la contrainte principale intermédiaire et sa nor-
male fait un angle β avec la direction de la contrainte principale majeure. Sur la figure V.10a
l'angle PCσ vaut 2β.
La courbe de l’équation (V-20) n'est pas donnée par une formule générale mais doit être
déterminée expérimentalement dans chaque cas. C'est l'enveloppe de tous les cercles de Mohr à
la rupture ou courbe intrinsèque (figure V.10b).
Pour le cas particulier du critère de Coulomb (figure V.11a), la courbe AB est donnée par
l'équation
τ = S 0 + σ tgΦ = C + µσ (V-21.)
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-13
τ B τ
B
E
τmax
P Q
D σ σ
A O σ3 σ2 C σ1 O
(b)
(a)
Figure V-11: Enveloppes de Mohr pour les critères de Coulomb et de Tresca
Le critère de Coulomb suppose donc que l'enveloppe de Mohr est linéaire avec une pente µ. Ce
critère combiné connu sous le nom de critère de MOHR-COULOMB a été et est encore très
utilisé en mécanique des roches, notamment pour l'analyse de la stabilité des excavations
souterraines.
Pour le cas du critère de TRESCA (figure V.11b) la relation (V-20) est donnée par
τ = C (V-22.)
qui est l'équation d'une droite parallèle à l'axe des contraintes normales dans le plan de Mohr.
f = Sup(|σ i - q σ j | ) - σ c = 0 (V-23.)
i≠ j
i,j = 1,2,3.
σc ou Rc est la résistance en compression simple qui peut être confondue avec la limite
élastique σE.
q dépend du coefficient de frottement interne par la relation :
q = [( µ 2 + 1 )1/2 + µ ] 2 (V-24.)
L'expression (V-23) donne les équations de six plans passant par un point commun σ1 = σ2 = σ3
= σc/(q-1). Ils décrivent une pyramide dans l'espace des contraintes principales et un hexagone
irrégulier dans le plan octaédrique (voir figure V.12).
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-14
Pour écrire l'équation de ce critère, on définit deux variables que sont P la contrainte moyenne, et
T la racine carrée du deuxième invariant du déviateur des contraintes:
1
P = (σ 1 +σ 2 +σ 3 )
3
(V-25.)
1
T = J 2 = [[( σ 1 - σ 2 )2 + ( σ 1 - σ 3 )2 + ( σ 2 - σ 3 )2 ]
6
α P + T= k (V-26.)
où
2 3 Sin φ 2 3 Cos φ
α= , k= C (V-27.)
3 - Sin φ 3 - Sin φ
Pour le critère de Von Mises la valeur de α est prise égale à zéro, soit un angle de friction nul.
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-15
Figure V-13: Le critère de Drucker-Prager dans le repère principal et dans le plan octaédrique
( σ 1 - σ 3 )2 = 8 T 0 ( σ 1 + σ 3 ) si σ 1 + 3 σ 3 > 0 (V-28.)
et quand :
σ 3 = - T 0 si σ 1 + 3 σ 3 < 0 (V-29.)
Le segment ABC représente la relation (V.29) pour -T0<σ1<3T0, tandis la portion CDE
représente la parabole (V.28) qui touche la ligne ABC au point C de coordonnées (3T0, -T0).
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-16
σc = 8 T0.
Ce résultat théorique est raisonnable en ordre de grandeur mais il n'est pas toujours respecté en
réalité.
τ 2 = 4 T0 (σ + T0 ) (V-30.)
Des modifications ont été apportées à ce critère pour tenir compte de la fermeture des fissures
dans des conditions de confinement élevé et MURREL (1963) a proposé une extension de ce
critère à trois dimensions ce qui a conduit à un paraboloïde d'équation […]
( σ 2 - σ 3 )2 + ( σ 3 - σ 1 )2 + ( σ 1 - σ 2 )2 = 24 T 0 ( σ 1 + σ 2 + σ 3 ) (V-31.)
σ 1= - T 0 , σ 2 = - T 0 , σ 3 = - T 0 (V-32.)
La représentation de ce critère dans l'espace des contraintes principales σ1, σ2 et σ3 peut se faire
sous la forme donnée à la figure V.15.
Ce modèle a été mis au point sur des sols non cohérents, et sa surface de rupture est un cône "à
frottement interne" pour lequel l'angle de frottement décroît quand la contrainte moyenne
augmente. Pour tenir compte de cette courbure, LADE propose l'équation de la surface de
rupture sous la forme
I 13 I 1 m
f( σ 1 ,σ 2 ,σ 3 ) = - 27 = f (V-33.)
I3 Pa p
Avec
I 1 = σ 1 + σ 2 + σ 3 I 3 = σ 1σ 2 σ 3 m ≥ 0 (V-34.)
• On suppose qu'il y a rupture lorsque le paramètre fp atteint une valeur caractéristique η1.
• Pa est la pression atmosphérique (peut être négligée pour le cas des roches car les contraintes
mises en oeuvre sont relativement élevées),
• m et η1 peuvent être déterminés en portant dans un diagramme logarithmique les variations
de (I13/I3) contre celles de (1/I1) à la rupture.
La représentation de cette équation dans l'espace des contraintes principales est une surface
pseudo-conique dont la projection dans le plan octaédrique est un triangle à sommets arrondis
(figure V.16).
Des modifications ont été proposées à ce critère pour tenir compte de la résistance à la traction
des roches.
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-18
M
σ 1 = 1 + N σ 3 (V-35.)
σc σc
σ1 = σ3 + mσ3 +s (V-36.)
σc σc σc
Dans ces deux formules les constantes M, N, m et s sont déterminées par ajustement numérique
des formules aux résultats expérimentaux.
V.3.1. Généralités
Parallèlement à la surface de charge définie plus haut (critère de limite d'élasticité ou de rupture),
on définit en plasticité comme dans tous les autres phénomènes dissipatifs, un potentiel de
dissipation qui se représente dans l'espace des contraintes par une surface équipotentielle.
D'une manière générale, les lois constitutives postulent que les vitesses de déformation plastique
dérivent du potentiel de dissipation auquel elles sont liées par le principe de normalité. On
suppose en effet que le vecteur vitesse de déformation plastique est en tout point normal à la
surface équipotentielle.
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-19
Plasticité classique
p ∂f
ε = λ
∂ [σ ]
(V-37.)
- Vk = λ ∂ f
∂ Ak
1) le point représentatif de l'état de contrainte {σ}* est situé sur la surface de charge :
qui implique que le point représentatif de l'état de contrainte (σ* + dσ*) reste sur la surface de
charge (figure V.17).
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-20
Il apparaît pour les matériaux obéissant à des critères du type frottement interne (Mohr-Coulomb,
Lade, Drucker-Prager, etc..), que le principe de normalité n'est généralement pas valable. On
recourt alors à des modèles de calcul à loi de plasticité non associée. Cela revient à définir un
potentiel de dissipation différent de la surface de charge; on en verra un exemple dans le
prochain paragraphe .
Mais généralement, pour des raisons de facilité de calcul, on recourt à la plasticité associée dans
les modèles de calcul existants (programmes par éléments finis par exemple) pour traiter des
matériaux de type frottement interne.
Viscoplasticité
Si nous appelons φ le potentiel de dissipation, alors la formulation de la loi de normalité pour les
matériaux standards généralisés s'exprime par:
∂φ
{ ε& p } =
∂{ σ }
∂φ
{ α& } = - (V-40.)
∂{X}
∂φ
{r&} = -
∂{R}
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-21
Pour illustrer concrètement la théorie de la plasticité associée, nous citerons la loi de PRANDTL-
REUSS dont la théorie fait les hypothèses de travail suivantes:
1) incompressibilité plastique,
2) isotropie initiale et écrouissage isotrope,
3) plasticité associée et hypothèse de normalité,
4) choix de la fonction de charge de VON MISES.
1/2
3
σ éq = [s ] : [s ] = J 2 (σ )
2
LADE (1977)[..] a proposé une loi de comportement pour sols non cohérents devant tenir
compte de la dépendance des propriétés mécaniques par rapport au confinement, de l'influence
de la contrainte principale intermédiaire, de la dépendance par rapport au chemin de contrainte et
de l'effet de dilatance dû au cisaillement.
ouvert de la surface d'écoulement conique, dans ce cas-ci, le bouchon est une calotte
sphérique. Nous négligerons ce type de déformation dans notre travail.
On utilise comme variable d'écrouissage isotrope le travail plastique dissipé donné par
W p = ∫{ σ } {d ε }
T p
(V-42.)
La variable thermodynamique associée, qui décrit l'état de contrainte, est donnée par l'expression
de fp.
La loi d'écrouissage à laquelle on aboutit dans cette théorie est alors donnée sous forme
exponentielle par :
1/q
W p
f p = a.e -b.W p
. , q > 0 (V-43.)
Pa
• a, b et q sont des coefficients dépendant de la valeur de σ3. Ils peuvent être identifiés à partir
d'une série d'essais d'écrouissage avec confinement σ3 variable.
On suppose que la plasticité n'est pas associée, d'où la définition d'un potentiel plastique de la
forme
P m
g p = I 13 - 27 + η 2 .( a ) . I 3 (V-44.)
I1
Ce potentiel a la même forme que les surfaces d'écoulement dans le plan octaédrique, mais les
angles au sommet sont plus grands.
Avec l'hypothèse de normalité généralisée (plasticité non associée), on peut rattacher les
déformations plastiques aux contraintes par la relation :
∂ gp
∆ε p = ∆ λ p . (V-45.)
∂σ
• ∆λp détermine l'amplitude de la déformation plastique tandis que η2 détermine les directions
des incréments des déformations dans des plans perpendiculaires au plan octaédrique. η2
peut être obtenu à partir de fp.
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-23
Finalement la prise en compte de la loi d'écrouissage décrite ci-haut, avec l'utilisation du travail
plastique dissipé Wp comme variable d'écrouissage et fp comme variable force thermodynamique
associée; conduit à l'expression de l'incrément de travail plastique en fonction de fp
df p 1
dW p = . (V-46.)
f 1
p
q.W p - b
fp est la valeur courante de l'état de contrainte, et dfp est la différence entre les valeurs fp de deux
états de contrainte successifs.
W. WITTKE [..] utilise une loi basée sur le critère de Mohr-Coulomb pour calculer les vitesses
de déformation viscoplastique sous la forme (d'après PERZYNA):
∂ Q
{ε& }
p
=
η
1
F* (V-47.)
∂ σ
F est la surface du critère Mohr-Coulomb donnée dans l'espace des contraintes σ1 et σ2 sous la
forme :
1 1
F = σ 1 (1 - sin φ ) - σ 3 (1 + sin φ ) - C cos φ (V-48.)
2 2
1
ε&1p 2 (1 − sin φ )
p 1 σ 1 σ3
ε& 2 = (1 − sin φ *) − (1 + sin φ *) − C * cos φ * 0 (V-49.)
&p η 2 2
ε 3
1
− (1 + sin φ )
2
{ε (t )} ∫ {ε& } dt
t
p p
= (V-50.)
0
Si le système considéré ne permet pas une redistribution des contraintes, F* reste constant et
positif, et un état d'équilibre n'est jamais atteint. F* et {εp} ne sont plus des fonctions du temps, et
l'intégrale ci-haut donne les composantes de la déformation viscoplastique.
{ε }
vp
{ }
= ε& vp t (V-51.)
Cependant une redistribution des contraintes prend toujours place. Par conséquent F* évolue
dans le temps, ce qui fait que l'intégrale devient difficile à évaluer. L'intégration par rapport au
temps se fait alors à l'aide d'une analyse basée sur l'histoire du chargement en utilisant des
procédures numériques comme la méthode des éléments finis. Ici, l'augmentation de la
composante viscoplastique de déformation et l'altération de la distribution des contraintes sont
calculées en partant de t = 0 avec des intervalles de temps ∆t pour t = ∆t, 2∆t, 3∆t etc.. On
{ }
suppose que ε& vp reste constant durant l'intervalle de temps. L'intégrale (V-50) est alors
remplacée par la sommation :
m-1
{ε vp (t = m ∆t )} = ∑ {ε&
n=0
vp
}
(t = n ∆t ) ∆ t (V-52.)
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-25
Si un état d'équilibre avec F* = 0 est possible, il est établi quand t → ∞ à cause de la viscosité.
Mais en pratique, au-delà d'un certain temps, les variations deviennent négligeables, d'où l'on
peut travailler sur un nombre d'intervalles fini m (figure V.18).
Figure V.18: Evolution des différents paramètres pendant le processus de redistribution des contraintes
viscoplastiques.
{ε vp (t → ∞)} = ∑ {ε& vp (t = n ∆t )} ∆ t
n=0
m
≈ ∑ {ε&
n=0
vp
}
(t = n ∆t ) ∆ t (V-53.)
quand ε& vp (t = m ∆t ) ≈ 0
La viscosité des roches n'est en général pas connue, mais cela n'est pas grave pour le calcul des
déformations de l'équilibre, car on contourne la difficulté en choisissant arbitrairement une valeur
de viscosité à la place de η et un intervalle de temps t à la place de ∆t. Si l'analyse est conduite
de telle manière que la vitesse de déformation viscoplastique tende vers une valeur très petite,
alors les déformations calculées représentent une approximation suffisamment précise des
déformations plastiques.
Il faut mentionner qu'une telle analyse élastoplastique dans laquelle la viscosité n'est pas connue
est comparable avec une analyse élastoplastique car les deux approches permettent soit de
déterminer les déformations pour l'état d'équilibre, soit elles permettent de conclure qu'un état
d'équilibre n'est pas possible. La différence principale réside dans le fait que l'état de contrainte
F > 0 n'est pas possible dans la théorie de la plasticité. Dans ce cas, une application incrémentale
de la charge remplace alors l'analyse par intervalles de temps. Les incréments de charge sont
choisis de telle sorte que le critère de rupture soit violé seulement d'une façon marginale à tout
état de contrainte.
La déformation totale est subdivisée en ses parties élastique et viscoplastique pour calculer les
contraintes :
{ε } { } { }
= ε el + ε vp (V-54.)
Comportement mécanique des géomatériaux: J.P. Tshibangu K. V-26
{σ } = [D]{ε el }
(V-55.)
{σ } = [D]{ε }- [D]{ε vp }