Analyse des Fonctions Multivariables
Analyse des Fonctions Multivariables
1
Table des matières
2
Chapitre 1
Jusqu’à présent vous avez surtout rencontré des fonctions d’une variable. Cependant
les phénoménes naturels ne dépendent pas en général d’une seule variable. Par exemple :
la vitesse moyenne v dépend de la distance parcourue d et du temps t mis pour effectuer
ce parcours, on a v = d/t. Un autre exemple est donné par le calcul de l’aire d’un rec-
tangle : A = L × l. L’aire est une fonction de la longueur L et de la largeur l. Dans cette
partie, nous allons définir les fonctions de plusieurs variables. Nous aurons une attention
toute particulière pour les fonctions de deux variables
Remarque 1.1.1 Très souvent l’on note N (x) = ||x|| pour tout x ∈ Rn .
Le couple (Rn , ||.||) est alors appelé espace vectoriel normé.
Définition 1.1.2 Deux normes ||.|| et ||.||0 sur Rn sont dites équivalentes s’il existe deux
réels α, β strictement positifs tels que pour tout x ∈ Rn , on ait :
Exemple 1.1.1
1. La valeur absolue dans R et le module dans C sont des normes sur ces espaces vec-
toriels.
3
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
2. Soit p ∈ N∗ , les normes classiques utilisées souvent dans Rn sont définies pour tout
x = (x1 , x1 , . . . , xn ) ∈ Rn par :
n
! p1
X
||x||p = |xi |p
i=1
et
||x||∞ = sup {|x1 |, |x2 |, . . . , |xn |} .
Remarque 1.1.2 ||.||2 est appelée la norme euclidienne.
4
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
5
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
A : R+ × R+ −→ R
(L, l) 7−→ L × l
Définition 1.2.1 Soit n un nombre entier et D une partie de Rn . Une fonction f de n va-
riables est un procédé qui a tout n-uplets (x1 , . . . , xn ) de D associe un unique nombre réel.
Cela se note de la manière suivante :
f :D −→ Rp
(x1 , . . . , xn ) 7−→ f (x) = f (x1 , . . . , xn ) = (f1 (x1 , . . . , xn ), . . . , fp (x1 , . . . , xn ))
Remarque 1.2.1 La notation (x1 , . . . , xn ) est là pour montrer que nous avons n variables.
En pratique, lorsque nous n’avons que deux variables nous les notons x et y plutôt que x1
et x2 .
Par exemple, la fonction suivante donne la distance d’un point de coordonnées (x, y) à
l’origine du plan.
f : R2 −→ R
p
(x, y) 7−→ x2 + y 2 .
g : R × R × R? −→ R
x sin y − y 3 + π
(x, y, z) 7−→ .
3z 2
g est une fonction de trois variables, R × R × R? est son domaine de définition.
P V = nRT
6
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Exemple 1.2.2 équation d’état de Van der aWaals (Prix nobel de Physique, 1910).
Pour une mole de gaz, on a la relation P + 2 (V − b) = RT. Cette relation traduit
V
l’existence de forces d’interaction entre les molécules de gaz, à la différence de al’équation
d’état des gaz parfaits. La fonction détat s’écrit dans ce cas : f (P, V, T ) = P + 2 (V − b)−
V
RT.
Exercice 1 Soit f une fonction à deux variables définie par : f (x, y) = ln(x) + sin y.
1.2.2 Exercises de TD
Exercice 2 Déterminer et représenter le plus grand domaine de définition possible pour les
fonctions suivantes :
√
xy
1. f (x, y) = 2 ,
x + y2
√
x+y+1
2. f (x, y) = ,
x−1
3. f (x, y) = ln(xy),
4. f (x, y) = x ln(y 2 − x),
p
5. f (x, y) = 4x − x2 + 4y − y 2 ,
p
6. f (x, y) = 16 − x2 − y 2 . ln(x2 + y 2 − 9).
7
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Remarque 1.2.2
lim f (x) = l ⇐⇒ ∀ > 0, ∃η > 0; ∀x ∈ D et 0 < ||x − a|| < η =⇒ ||f (x) − l|| < .
x−→a
Remarque 1.2.3 C’est une erreur trop fréquente que de se contenter de vérifier la conti-
nuité des fonctions x 7→ f (x, y) et y 7→ f (x, y) pour prouver la continuité de f. On voit
bien sur cet exemple que ce n’est malheureusement pas suffisant…
La proposition qui suit permet elle de montrer efficacement la continuité d’une fonction
en un point de R2 .
Proposition 1.2.3 Soit f une fonction de D ⊂ R2 dans R. Soit a = (a1 , a2 ) ∈ D. Alors f
est continue en a si et seulement si il existe une fonction : R+ −→ R+ qui tend vers 0 en
0 telle que pour tout r ≥ 0 et θ ∈ R, on a
|f (a1 + r cos θ, a2 + r sin θ) − f (a1 , a2 )| ≤ (r).
8
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
x2 y 2
si (x, y) 6= (0, 0),
x2 + y 2
2
Exemple 1.2.4 On considère sur R l’application f définie par : f (x, y) =
0 si (x, y) = (0, 0).
La fonction f est continue sur R2 −{(0, 0)} comme fraction rationnelle dont le dénominateur
ne s’annule pas. On étudie maintenant la continuité en (0, 0). Pour tout r > 0, θ ∈ R, on a
r4 cos2 θ sin2 θ
|f (r cos θ, r sin θ)| = ≤ r2 −→ 0, r −→ 0.
r2
Cela prouve que f est continue en (0, 0).
9
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
(définie sur un voisinage de 0 dans R et à valeurs dans Rp ) est dérivable en 0. Dans ce cas
∂f
on note (a) ou ∂k f (a) cette dérivée.
∂xk
∂f f (a1 , . . . , ak−1 , ak + t, ak+1 , . . . , an ) − f (a1 , . . . , aak −1 , ak , ak+1 , . . . , an )
(a) = lim
∂xk t−→0 t
. On dit que la kième dérivée partielle de f existe sur Ω si elle existe en tout point de Ω.
∂f
On note par ou ∂k f la fonction kième dérivée partielle de f .
∂xk
Les dérivées partielles ne sont finalement rien de plus que des dérivées au sens usuel.
Pour dériver par rapport à une variable on considère que toutes les autres sont des
constantes et on dérive alors par rapport à la variable qui nous intéresse comme on a
l’habitude.
Définition 1.3.2 (Dérivée directionnelle)
Soit v un vecteur non nul de Rn tel que a + tv ∈ Ω pour tout t ∈ R. La fonction f admet
une dérivée en a suivant v si l’application ϕ : t 7→ f (a + tv) est dérivable en 0. Le nombre
dérivée ϕ0 (0) est appelé dérivée de f en a suivant v.
Autrement dit il existe une application a définie sur un voisinage de 0 dans Rn et à valeurs
dans Rp telle que a (h) −→ 0, h −→ 0 et
10
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Preuve ∀h ∈ Rn , on a
||f (a+h)−f (a)|| ≤ ||da f (h)||+||h||||a (h)|| ≤ ||h|| (|||da (f )||| + ||a (h)||) −→ 0, h −→ 0.
Proposition 1.3.2 Si f est différentiable en a, alors elle est dérivable en a suivant tout
vecteur v ∈ Rn − {0} et cette dérivée vaut da f (v).
Preuve Soit v ∈ Rn − {0}. Pour tout t ∈ R assez petit, on a
Proposition 1.3.3 On suppose que f est différentiable en a. Alors toutes les dérivées par-
tielles de f existent au point a et pour tout v = (v1 , . . . , vn ) ∈ Rn on a
n
X ∂f
da f (v) = vk (a)
k=1
∂xk
Preuve Le fait que les dérivées partielles de f existent au point a résulte de la proposition
(1.3.2) appliquée avec les vecteurs de la base canonique. Par linéarité de da f on a
n
! n n
X X X ∂f
da f (v) = da f vk e k = vk da f (ek ) = vk (a).
k=1 k=1 k=1
∂x k
Proposition 1.3.4 (Linérité)
Soient f, g deux fonctions définies d’un ouvert Ω ⊂ Rn dans Rp différentiables en a. Alors
pour tous λ, µ ∈ R, la fonction λf + µg est différentiable en a de différentielle
11
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Théorème 1.3.1 Si toutes les dérivées partielles de f sont définies et continues au voisinage
de a ∈ U, alors f est différentiable en a.
Proposition 1.4.1 Pour tout a ∈ U, le gradient ∇f (a) est l’unique vecteur tel que pour
tout h ∈ Rn on a
dfa (h) = h∇f (a), hi,
où pour deux vecteurs u = (u1 , u2 , . . . , un ) et v = (v1 , . . . , vn ) de Rn , on note par hu, vi
n
X
le produit scalaire usuel uj vj de Rn .
j=1
Remarque 1.4.1 En tout point de Rn , la direction de la plus grande pente est indiquée par
le vecteur gradient.
2
Exemple 1.4.1 Déterminer en tout point de R3 le gradient ∇f si f (x, y, z) = xzey .
12
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
13
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
14
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Autrement dit la matrice hessienne est la matrice de la forme bilinéaire d2 f a par rapport
à la base canonique de Rn .
Théorème 1.6.1 (Théorème de Schwarz) Si au moins une des dérivées partielles ∂xy f
et ∂yx f est continue en (x0 , y0 ), alors
∂ 2f ∂ 2f
(x0 , y0 ) = (x0 , y0 ).
∂x∂y ∂y∂x
Proposition 1.6.1 Soit f : U −→ R. Soient i, j = 1, . . . , n tels que i 6= j. Si les dérivées
∂ 2f ∂ 2f
partielles et existent et sont continues sur U alors on a
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
∂ 2f ∂ 2f
= .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
Exercice 6 Calculer, en tous les points (x, y) où elles sont définies, toutes les dérivées par-
tielles secondes des fonctions de deux variables suivantes :
f1 (x, y) = x2 , f2 (x, y) = x2 cos y, f3 : (x, y) 7→ xy .
15
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
∂f ∂f
f (x0 + h, y0 + k) = (x0 , y0 ) + k (x0 , y0 )+
f (x0 , y0 ) + h
∂x ∂y
2 2 2
1 ∂ f ∂ f ∂ f
h2 2 (x0 , y0 ) + 2hk (x0 , y0 ) + k 2 2 (x0 , y0 ) + ||(h, k)||2 (h, k)
2 ∂x ∂x∂y ∂y
1.8 Etréma
Nous savons trouver et étudier le maximum et le minimum d’une fonction à une
variable. Nous utilisons pour cela la dérivée. Nous allons voir dans cette partie comment
trouver le maximum ou le minimum d’une fonction de plusieurs variables.
Théorème 1.8.1 Soit f une fonction dérivable sur un intervalle ouvert ]a, b[ ⊂ Df . Si f est
dérivable en x0 ∈]a, b[ et si f admet un extremum local en x0 alors f 0 (x0 ) = 0.
16
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Remarque 1.8.1
— Un point x∗ tel que f (x∗ ) = 0 est appelé point stationnaire (ou point critique).
— Les extrema locaux de f sont nécessairement des points stationnaires mais un point sta-
tionnaire nést pas forcḿent un extremum local. Par exemple, si f (x) = x3 on a f 0 (0) = 0
alors que 0 n’est pas un extremum local.
Théorème 1.8.2 Soit f une fonction deux fois dérivable sur un intervalle ouvert I et x∗ ∈ I
un point critique de f. Alors :
— f 00 (x∗ ) > 0 −→ f présente en x∗ un minimum local.
—f 00 (x∗ ) < 0 −→ f présente en x∗ un maximum local.
Exemple 1.8.1 Déterminer la valeur et la nature des extrema locaux de la fonction f de R
vers R définie par f (x) = 2x3 − 3x2 − 12x + 4.
17
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
18
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Définition 1.9.1 On dit que la fonction y = ϕ(x) est définie implicitement par f (x, y) =
0 si f (x, ϕ(x)) = 0 ; si (x, ϕ(x)) ∈ L0 .
On dit que y = ϕ(x) est une fonction implicite de f (x, y) = 0.
∂f
−(x, ϕ(x))
ϕ0 (x) = ∂x
∂f
(x, ϕ(x))
∂y
∂f
(x, ϕ(x)) 6= 0.
∂y
19
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Remarque 1.10.2 En physique, ω est exacte signifie que V~ est un champ de gradients.
n
X
Définition 1.10.3 Une forme différentielle ω = Pi dxi sur Ω est dite fermée si
i=1
∂Pi ∂Pj
∀i, j = 1, . . . , n, = .
∂xj ∂xi
On dit que ω est une différentielle totale d’une fonction u : Ω −→ R.
En physique, cette condition signifie que rot~ V~ = ~0.
20
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Exercice 11 Soit ω(x, y) = (2x + y)dx + (x + 2y)dy une forme différentielle sur R2 .
Montrer que ω est fermée et trouver u pour que ω soit la différentielle totale de u.
∂f ∂f
4. Calculer (x, y) et (x, y).
∂x ∂y
En utilisant le même type de raisonnement que dans l’exercice précédent, prouver que lim f (x, y) =
(x,y)−→(0,0)
0 ie que f est continue sur R2 .
y3
2. lim
(x,y)−→(1,0) (x − 1)2 + y 2
21
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
xy
3. lim
(x,y)−→(0,0) x2
+ y2
x ln(1 + x3 )
4. lim
(x,y)−→(0,0) y(x2 + y 2 )
xy 2
5. lim
(x,y)−→(0,0) x2 + y 4
2xy
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y 2
0 si (x, y) = (0, 0).
1) Montrer que f est continue séparément par rapport à chacune des variables au point
(0, 0).
2) Montrer que f n’est pas continue en (0, 0).
x3 − y 3
x2 + y 2 si (x, y) 6= (0, 0)
Exercice 21 Soit f (x, y) =
0 si (x, y) = (0, 0).
Étudier la continuité de f , l’existence et la continuité des dérivées partielles premières de f .
Qu’en déduit-on ?
Exercice 22 1. On rappelle la loi de Boyle Mariotte, valable pour une mole de gaz par-
fait : P V = RT , où P désigne la pression du gaz, V son volume, R la constante des
gaz parfaits et T la température du milieu.
∂P ∂P
Calculer : et .
∂T ∂V
2. Même question si l’on considère à présent la relation de Van
der Waals, avec les
a
mêmes conventions que précédemment, et avec a et b réels : P + 2 (V − b) =
V
RT.
22
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
x2
f (x, y) = 3 + cos x3 + 3x2 y − y 2 + π .
y
∂f ∂f ∂ 2f ∂ 2f
Calculer les dérivées suivantes : (x, y), (x, y), (x, y), (x, y).
∂x ∂y ∂x∂y ∂y 2
x2 2 3
f (x, y) = 3
+ ex +7xy+2y .
y
∂f ∂f ∂ 2f ∂ 2f
Calculer : (x, y), (x, y), (x, y), (x, y).
∂x ∂y ∂x∂y ∂y 2
2. On considère la fonction suivante : f (x, y) = cos(x3 y 2 + 5x + 7y − 1).
∂f ∂f ∂ 2f ∂ 2f
Calculer les dérivées suivantes : (x, y), (x, y), (x, y), (x, y).
∂x ∂y ∂x∂y ∂y 2
3. On considère la fonction suivante :
5 y 7 +3x2 −7y−cos(2x)
f (x, y) = ex .
∂f ∂f ∂ 2f ∂ 2f
Calculer les dérivées suivantes : (x, y), (x, y), (x, y), (x, y).
∂x ∂y ∂x∂y ∂y 2
Exercice 28 Dans chacun des cas suivants, dire si f est différentialbe en (x0 , y0 )
1) f (x, y) =√xy − 3x2 , (x0 , y0 ) = (1, 2).
f (x, y) = y x, (x0 , y0 ) = (4, 1).
Exercice 29 Déterminer les extréma locaux des fonctions suivantes ainsi que les points
selles :
23
Chapitre 1. Fonctions de pluisieurs variables
Exercice 30 Afin de traiter une infection bactérienne, l’utilisation conjointe de deux com-
posés chimiques est utilisée. Des études ont montré qu’en laboratoire la durée de l’infection
pouvait être modélisée par
24