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Distribution

Master 1

Justin Feuto
Table des matières

INTRODUCTION i

1 Fonctions de classe C ∞ à support compact 1


1.1 Fonctions de classe C ∞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.1.1 Définition et quelques règles générales . . . . . . . . . . . . 2
1.1.2 Topologie de C m (Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Fonctions de classe C ∞ à support compact . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3 Convolution et régularisation des fonctions . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3.1 Convolution et estimation du support . . . . . . . . . . . . . 4
1.3.2 Régularisation de fonctions L1loc . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Régularisation par convolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.4.1 Suites régularisantes et densité de Cc∞ dans Lp (1 ≤ p < ∞) . 8
1.4.2 Topologie de Cc∞ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.4.3 Convergence d’une suite dans D(Ω)(si m = +∞, Dm (Ω) =
D(Ω) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.4.4 Complétude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

2 Distributions 19
2.1 Les distributions : définitions et exemples . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1.1 Notion de distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
2.1.2 Distributions positives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.2 Convergence des suites de distributions . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.3 Opérations sur les distributions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.3.1 Dérivation des distributions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.3.2 Multiplication par une fonction de classe C ∞ . . . . . . . . . 34
2.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

3 Distributions à support compact et convolution 38


3.1 Distribution à support compact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38

1
TABLE DES MATIÈRES

3.1.1 Support d’une distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38


3.1.2 Distributions à support compact . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2 Produit de convolution de distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.2.1 Convolution D ∗ D0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.2.2 Produit direct . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
3.3 Opérateurs différentiels linéaires sur D0 (Ω) . . . . . . . . . . . . . . 60
3.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64

4 Transformation de Fourier dans l’espace de Schwartz 1


4.1 Classe de Schwartz S(Rd ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
4.2 Transformation de Fourier dans S(Rd ) . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
4.3 Application de la transformation de Fourier aux EDP . . . . . . . . 11
4.4 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

5 Transformation de Fourier des distributions 17


5.1 Distributions tempérées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
5.2 Opérations sur les distributions tempérées . . . . . . . . . . . . . . 19
5.3 Transformation de Fourier dans S 0 (Rd ) . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
5.4 Transformation de Laplace . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
5.4.1 Transformation de Laplace d’une fonction . . . . . . . . . . 32
5.4.2 Transformation de Laplace des distributions . . . . . . . . . 34
5.4.3 Application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
5.5 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36

6 Annexe 40
6.1 Rappels topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
6.1.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
6.1.2 Espace vectoriel topologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
6.2 Topologie définie par une famille de semi-normes . . . . . . . . . . 43

i
Chapitre 1

Fonctions de classe C ∞ à support


compact

Soit d un entier naturel non nul. Rd est muni de sa structure usuelle d’es-
pace de Hilbert réel et de la mesure de Lebesgue. Nous posons, pour tous x =
(x1 , x2 , . . . , xd ) et y = (y1 , y2 , . . . , yd ) dans Rd
d
1
X
x.y = xj yj et |x| = (x.x) 2 .
j=1

Pour tout multi-indice α = (α1 , . . . , αd ) ∈ Nd ,


— |α| = α1 + α2 + . . . + αd ,
— α! = α1 ! . . . αd !
— xα = xα1 1 · xα2 2 . . . xαd d ;
|α|
— ∂ α = ∂xα1 ·∂x∂ α2 ...∂xαd = ∂1α1 · ∂2α2 . . . ∂dαd où ∂j = ∂
∂xj
.
1 2 d
Nous considérons les fonctions à valeurs complexes définies dans Rd .
Si α et β sont deux multi-indices, on définit la somme

α + β = (α1 + β1 , . . . , αd + βd ) et α − β = (α1 − β1 , . . . , αd − βd )

et la relation d’ordre

α ≤ β ⇔ αi ≤ βi , ∀i = 1, 2, . . . , d.

On a les formules multinomiales de Newton suivantes


X α!
(x + y)α = xβ y α−β
β≤α
(α − β)!β!

et
X m!
(x1 + . . . + xd )m = xβ .
β!
|β|=m

1
1.1. FONCTIONS DE CLASSE C ∞

1.1 Fonctions de classe C ∞


1.1.1 Définition et quelques règles générales
Soit Ω un ouvert de Rd .

Définition 1.1.1 Une fonction f , définie sur Ω à valeurs complexes est dite de classe C k ,
k ∈ N, si ∂ α f existe et est continue pour tout α ∈ Nd tel que |α| ≤ k.
Elle est dite de classe C ∞ ou indéfiniment différentiable si elle est de classe C k pour
tout k ∈ N.

Exemple 1.1.2 Considérons la fonction E : R → R définie par


( 1
e x si x < 0
E(x) =
0 si x ≥ 0

Il est clair que E est de classe C ∞ sur R∗ ; d’autre part, on montre que pour tout n ∈ N,
1
E (n) (x) = Pn ( x1 )e x pour tout x < 0, où Pn est la suite de polynômes définis par la
relation de récurrence
0
P0 (X) = 1; Pn+1 (X) = −X 2 (Pn (X) + Pn (X)), n ≥ 0.

On en déduit que E (n) (x) → 0 lorsque x → 0− pour tout n ≥ 0 et donc que E ∈ C ∞ (R).

Pour une fonction f de classe C k+1 sur Ω, on a la formule de Taylor


1
X yα X yα Z
f (x + y) = α
∂ f (x) + (k + 1) (1 − t)k ∂ α f (x + ty)dt,
α! α!
|α|≤k |α|=k+1 0

si [x, y] = {tx + (1 − t)y, t ∈ [0, 1]} ⊂ Ω. Pour deux fonctions f et g de classe C k , f g


est de classe C k et on a la formule de Leibniz
X α!
∂ α (f g) = ! !
∂ β f ∂ α−β g, α ∈ Nd , |α| ≤ k.
β≤α
(α − β) β

1.1.2 Topologie de C m (Ω)


Soient m ∈ N et f ∈ C m (Ω). Pour tout compact K ⊂ Ω, on pose
X
pK,m (f ) = sup |∂ α f (x)| . (1.1)
x∈K
|α|≤m

L’espace C m (Ω) est muni de la famille de semi-normes (1.1) où K est un com-
pact quelconque de Ω.

2
1.2. FONCTIONS DE CLASSE C ∞ À SUPPORT COMPACT

D’après la définition de la topologie de C m (Ω), une suite (fn )n de fonctions


de C m (Ω) converge dans C m (Ω) vers f si les fonctions fn et leurs dérivées d’ordre
≤ m convergent, uniformement sur tout compact, vers la fonction f et les dérivées
correspondantes de f . On doit avoir :

∀ > 0, ∀K compact ∃N (K, ) ∈ N tels que n > N (K, ) ⇒ pK,m (f − fn ) < .

L’espace C m (Ω) muni de cette topologie est complet : la propriété résulte des
théorèmes classiques sur la convergence uniforme.

1.2 Fonctions de classe C ∞ à support compact


Définition 1.2.1 On appelle support d’une fonction continue f : Rd → K (où K = R
ou C) l’ensemble fermé
suppf = {x ∈ Rd : f (x) 6= 0}

Commençons par construire des exemples de fonctions de classe C ∞ à support


compact sur la droite réelle.

Exemple 1.2.2 1. Soit E la fonction définie dans l’exemple 1.1.2. Le support de E


est R− . A partir de la fonction E, on construit très simplement une fonction F
de classe C ∞ sur R et à support dans un segment [a, b], où a < b sont deux réels
quelconques : il suffit de poser F (x) = E(a − x)E(x − b) pour tout x ∈ R c’est-à-
dire ( b−a
e− (b−x)(x−a) si x ∈]a, b[
F (x) =
0 si x ∈] − ∞, a] ∪ [b, +∞[
2. On construit de même un exemple de fonction de classe C ∞ sur Rd et à support
compact, en posant

G(x) = Πdk=1 E(ak − xk )E(xk − bk ) pour tout x = (x1 , . . . , xd ) ∈ Rd (1.2)

A nouveau, on vérifie sans peine que G ∈ C ∞ (Rd ) (par exemple en constatant que
G admet des dérivées partielles continues à tout ordre et en tout point de Rd ) et que
supp(G) = [a1 , b1 ] × . . . × [ad , bd ].
3. On obtient encore un autre exemple de fonction de classe C ∞ à support compact sur
Rd en posant H(x) = E(|x|2 − 1), c’est-à-dire
(
0 si |x| ≥ 1,
H(x) = 1 ,
e |x|2 −1 si |x| < 1

supp(H) = B(0, 1) = x ∈ Rd : |x| ≤ 1

3
1.3. CONVOLUTION ET RÉGULARISATION DES FONCTIONS

4. Un autre exemple important de fonction de classe C ∞ dans R est la fonction I


donnée par Rx
F (z)dz
I(x) = R −∞
+∞
−∞
F (z)dz
où F est la fonction définie ci-dessus. Remarquons que la fonction continue F vérifie
R +∞
F > 0 sur ]a, b[ de sorte que −∞ F (z)dz > 0.
La fonction I ∈ C ∞ (R) satisfait donc les conditions suivantes : 0 ≤ I ≤ 1,
I|]−∞,a] = 0, I|[b,+∞[ = 1 où a < b sont les deux réels apparaissant dans la
construction de F ci-dessus.
A partir de la fonction I, en supposant que les paramètres a, b > 0, on construit
très simplement un exemple de fonction J ∈ C ∞ (Rd ) telle que

supp(J) ⊂ B(0, b), J|B(0,√a) = 1, 0 ≤ J ≤ 1
Il suffit en effet de poser J(x) = 1 − I(|x|2 ).

Etant donné Ω ⊂ Rd un ouvert, on notera Cck (Ω) (resp. Cc∞ (Ω), resp. Cc (Ω)) l’en-
semble des fonctions de classe C k ( resp. de classe C ∞ , resp. continues ) sur Ω à
valeurs dans R ou C et dont le support est un compact inclus dans Ω. On no-
tera indifféremment E m ou C m , l’espace vectoriel de toutes les fonctions à valeur
omplexe muni de sa topologie définie par les emi-normes.

1.3 Convolution et régularisation des fonctions


1.3.1 Convolution et estimation du support
Définition 1.3.1 Considérons deux fonctions f et g intégrables sur Rd . Le produit de
convolution f ∗ g de f par g est défini par
Z Z
d
∀x ∈ R f ∗ g(x) = f (y)g(x − y)dy = f (x − y)g(y)dy.
Rd Rd

Définition 1.3.2 Soit f ∈ L1loc (Rd ) à valeurs dans R ou C. Le support de la fonction f


est
supp(f ) = ∩Ω∈O(f ) (Rd \ Ω)
où
O(f ) = Ω ouvert de Rd |f = 0 p.p sur Ω


Proposition 1.3.3 (Majoration du support de f ∗ g) Soient f et g deux fonctions me-


surables définies p.p. sur Rd et convolables. Alors

supp(f ∗ g) ⊂ supp(f ) + supp(g);

4
1.3. CONVOLUTION ET RÉGULARISATION DES FONCTIONS

avec la notation
A + B = {a + b|a ∈ A et b ∈ B} .

Preuve : Soit N sous-ensemble de Rd de mesure nulle tel que, pour tout x ∈ Rd \N ,


la fonction définie p.p. sur Rd

Hx : y 7→ f (x − y)g(y)

soit intégrable sur Rd . Nous allons montrer que

x ∈ Rd \ (N ∪ supp(f ) + supp(g)) ⇒ Hx (y) 6= 0 p.p. en y ∈ Rd .

Notons
Nf = z ∈ Rd \ supp(f )|f (z) 6= 0 ,


Ng = z ∈ Rd \ supp(g)|g(z) 6= 0 ,


qui sont de mesure nulle dans Rd . Soit x ∈ Rd \ (N ∪ supp(f ) + supp(g)) ; alors,


pour tout y ∈ Rd , on a
(a) ou bien x − y ∈
/ supp(f ),
(b) ou bien y ∈
/ supp(g).
Donc, si Hx (y) 6= 0, alors
— ou bien on est dans le cas (a) et alors x − y ∈ Nf ,
— ou bien on est dans le cas (b) et alors y ∈ Ng .
Autrement dit
y ∈ Rd |Hx (y) 6= 0 ⊂ ({x} − Nf ) ∪ Ng


qui est de mesure nulle dans Rd comme réunion de deux ensembles de mesure
nulle. On vient donc de montrer que pour tout x ∈ Rd \ (N ∪ supp(f ) + supp(g)),
Hx (y) = 0 p.p. en y ∈ Rd .
Donc pour tout x ∈ Rd \ (N ∪ supp(f ) + supp(g)) on a
Z
f ∗ g(x) = Hx (y)dy = 0.
Rd

Par conséquent, la fonction f ∗ g définie p.p. sur Rd est nulle p.p. sur l’ouvert

Rd \ supp(f ) + supp(g)

ce qui implique l’inclusion supp(f ∗ g) ⊂ supp(f ) + supp(g) 2

Remarque 1.3.4 Soient f et g, deux fonctions mesurables définies p.p. sur Rd et convo-
lables. Si l’une de ces deux fonctions est à support compact, alors supp(f ∗g) ⊂ supp(f )+
supp(g)

5
1.3. CONVOLUTION ET RÉGULARISATION DES FONCTIONS

En effet, dans ce cas, supp(f ) + supp(g) = supp(f ) + supp(g) comme le montre le


lemme suivant

Lemme 1.3.5 Soient A ⊂ Rd compact et B ⊂ Rd fermé. Alors A + B est fermé dans Rd .

Preuve : En effet, soit une suite (zn )n≥1 de points de A+B convergeant vers z dans
Rd . Il s’agit de montrer que z ∈ A + B. Comme zn ∈ A + B, il existe, pour tout
n ≥ 1, des points xn ∈ A et yn ∈ B tels que zn = xn + yn . Comme A est compact
dans Rd , il existe une sous-suite (xnk )k≥1 de la suite (xn )n≥1 qui converge vers une
limite que l’on notera x ∈ A Alors ynk = znk − xnk → z − x =: y lorsque k → ∞
Comme B est fermé, y ∈ B. Par conséquent z = x + y avec x ∈ A et y ∈ B d’où
z ∈ A + B. 2

1.3.2 Régularisation de fonctions L1loc


Proposition 1.3.6 (Continuité de la convolution Cc ∗ L1loc ) Pour toute fonction φ ∈
Cc (Rd ) et f ∈ L1loc (Rd ), la fonction φ ∗ f est continue sur Rd .

Preuve : En effet, soient x0 ∈ Rd et η > 0 ; on va montrer que, pour toute suite


(xn )n≥1 telle que xn ∈ B(0, η) pour tout n ≥ 1 et xn → x0 pour n → ∞, on a
φ ∗ f (xn ) → φ ∗ f (x0 ) pour n → ∞, ce qui établira la continuité de φ ∗ f en x0 .
Notons K = supp(φ) et posons

e η = {a − b| |a| ≤ η et b ∈ K} ,
K

évidemment Ke η est compact par construction comme image de B(0, η) × K qui


est compact par l’application continue (a, b) 7→ a − b. On définit alors

Fn (y) = φ(xn − y)f (y)

et on remarque que
Fn (y) = 0 pour y ∈
/Keη ,

car φ est à support dans K et xn ∈ B(0, η). Comme f est mesurable et φ continue,
Fn est mesurable pour tout n ≥ 0 et

Fn (y) → φ(x0 − y)f (y) p.p. en y ∈ Rd lorsque n → ∞

Enfin
|Fn (y)| ≤ C |f (y)| p.p. en y ∈ K

en notant
C = sup |φ(z)| = max |φ(z)| < ∞.
z∈Rd z∈K

6
1.3. CONVOLUTION ET RÉGULARISATION DES FONCTIONS

Par convergence dominée, on conclut que


Z Z
φ ∗ f (xn ) = Fn (y)dy → φ(x0 − y)f (y)dy = φ ∗ f (x0 )
Rd Rd

lorsque n → ∞. 2

Proposition 1.3.7 (Régularité de la convolution Cc∞ ∗ L1loc ) Pour toute fonction φ ∈


Cc∞ (Rd ) et tout f ∈ L1loc (Rd ), le produit de convolution φ ∗ f appartient à C ∞ (Rd ), et on
a
∂ α (φ ∗ f ) = (∂ α φ) ∗ f, pour tout α ∈ Nd .
De même
φ ∈ Ccm (Rd ) et f ∈ L1loc (Rd ) ⇒ φ ∗ f ∈ C m (Rd )

Preuve : Pour x0 ∈ Rd et η > 0, on considère la fonction mesurable

F : B(x0 , η) × K
e η 3 (x, y) 7→ φ(x − y)f (y) ∈ R,

où on rappelle que


e η = {a − b| |a| ≤ η et b ∈ K} ,
K
avec K = supp(φ) comme ci-dessus. Pour presque tout y ∈ K e η , la fonction x 7→
F (x, y) est de classe C ∞ sur B(x0 , η), et, pour tout multi-indice α ∈ Nd , on a

|∂xα F (x, y)| = |∂ α φ(x − y)f (y)| ≤ Cα |f (y)|

pour tout (x, y) ∈ B(x0 , η) × (K


e η \ N ), où N est un ensemble négligeable éventuel
sur lequel la fonction localement intégrable f n’est pas définie, et où

Cα = sup |∂ α φ(z)| = max |∂ α φ(z)| < ∞.


z∈Rd z∈K

Comme la fonction f est localement intégrable, sa restriction au compact K e η est


intégrable et on déduit du théorème de dérivation sous le signe somme que la
R
fonction x 7→ Ke η F (x, y)dy = φ∗f (x) admet des dérivées partielles de tous ordres
sur B(x0 , η), avec
∂ α (φ ∗ f ) = (∂ α φ) ∗ f sur B(x0 , η).
En particulier, φ ∗ f est de classe C ∞ sur B(x0 , η), d’où la proposition, puisque x0
et η > 0 sont arbitraires. 2

7
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

1.4 Régularisation par convolution


1.4.1 Suites régularisantes et densité de Cc∞ dans Lp (1 ≤ p < ∞)
Définition 1.4.1 (Suites régularisantes) On appelle suite régularisante (ou approxi-
mation de l’identité) une famille (ζ )0<<0 de fonctions définies sur Rd vérifiant les pro-
priétés suivantes : pour tout  ∈]0, 0 [ il existe r > 0 avec lim→0+ r = 0telle que
Z
∞ d
ζ ∈ C (R ); suppζ ⊂ B(0, r ) et ζ (x)dx = 1
Rd

Par exemple : soit la fonction H définie comme dans la section précédente.


Remarquons que H ≥ 0 sur Rd et que H > 0 sur B(0, 1), de sorte que
Z
H(x)dx > 0.
Rd

On définit une fonction ζ en posant

H(x)
ζ(x) = R
Rd
H(x)dx

pour tout x ∈ Rd . Il est clair que ζ ∈ C ∞ (Rd ) et que supp(ζ) = B(0, 1) (puisque
H ∈ C ∞ (Rd ) et supp(H) = B(0, 1)) ; de plus, on a ζ ≥ 0 et Rd ζ(x)dx = 1.
R

Posons alors, pour tout  > 0 ζ (x) = −d ζ(−1 x) on vérifie facilement que
(ζ )>0 est une suite régularisante sur Rd , avec r = .

Théorème 1.4.2 (Densité de Cc∞ (Rd ) dans Cc (Rd )) Soit f ∈ Cc (Rd ), et soit (ζ )0<<0
une suite régularisante. Alors ζ ∗ f ∈ Cc∞ (Rd ) et ζ ∗ f → f uniformément sur Rd
lorsque  → 0+ .

Preuve : Supposons que supp(f ) ⊂ B(0, R), alors

supp(ζ ∗ f ) ⊂ B(0, R) + B(0, r ) ⊂ B(0, R + r ) pour tout  ∈]0, 0 [,

d’après la Proposition 1.3.3. D’autre part, d’après la Proposition 1.3.7, la fonction


ζ ∗ f ∈ C ∞ (Rd ) pour tout  ∈]0, 0 [. Enfin, en utilisant la commutativité du produit
de convolution, on a
Z Z
ζ ∗ f (x) − f (x) = ζ (y)f (x − y)dy − f (x) = ζ (y)(f (x − y) − f (x))dy
Rd Rd

8
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

R
car ζ (y)dy = 1. Par conséquent, comme ζ ≥ 0 est à support dans B(0, r )
Rd
Z
|ζ ∗ f (x) − f (x)| ≤ |ζ (y)| |(f (x − y) − f (x))| dy
Rd
Z
≤ sup |(f (x − y) − f (x))| |ζ (y)| dy = sup |(f (x − y) − f (x))|
|y|≤r |y|≤r
Rd

Or f est continue à support compact, et donc uniformément continue sur Rd : par


conséquent, comme r → 0 lorsque  → 0+ ,

sup |(f (x − y) − f (x))| → 0 lorsque  → 0+ .


x∈Rd ,|y|≤r

On en déduit alors que

sup |ζ ∗ f (x) − f (x)| → 0 lorsque  → 0+


x∈Rd

Théorème 1.4.3 (Densité de Cc∞ (Rd ) dans Lp (Rd )) Soit f ∈ Lp (Rd ) avec 1 ≤ p <
∞. Alors
1. pour toute suite régularisante (ζ )0<<0 , on a

kf − ζ ∗ f kLp (Rd ) → 0 lorsque  → 0+ ,

2. pour tout η > 0, il existe une fonction fη ∈ Cc∞ (Rd ) telle que

kf − fη kLp (Rd ) ≤ η.

Preuve : Par densité de Cc (Rd ) dans Lp (Rd ), étant donné η > 0, il existe φ ∈ Cc (Rd )
telle que kf − φkLp < 21 η. Puis, d’après le Théorème 1.4.2, si (ζ )0<<0 est une suite
régularisante
sup |ζ ∗ φ(x) − φ(x)| → 0 lorsque  → 0+ .
x∈Rd

Or supp(φ) est compact ; soit donc R > 0 tel que supp ⊂ B(0, R) de sorte que

supp(ζ ∗ φ) ⊂ B(0, R) + B(0, r ) = B(0, R + r ),

; d’après la Proposition 1.3.3 et le Lemme 1.3.5. Alors, grâce à l’inégalité de Hölder,


1/p
kζ ∗ φ − φkLp (Rd ) ≤ sup |ζ ∗ φ(x) − φ(x)| B(0, R + sup r ) → 0 lorsque  → 0+
x∈Rd 0<<0

9
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

Pour démontrer le 2), on choisit  > 0 assez petit pour que


1
kζ ∗ φ − φkLp < η
2
et on pose fη = ζ ∗ φ : ainsi

kf − fη kLp (Rd ) ≤ kf − φkLp (Rd ) + kφ − ζ ∗ φkLp (Rd ) < η.

D’autre part ζ ∗ φ ∈ C ∞ (Rd ) est à support dans B(0, R + sup0<<0 r ) ce qui établit
le 2).
Pour démontrer le 1), on écrit que

kf − f ∗ ζ kLp ≤ kf − φkLp + kφ − φ ∗ ζ kLp + kφ ∗ ζ − f ∗ ζ kLp


≤ (1 + kζ kL1 ) kf − φkLp + kφ − φ ∗ ζ kLp
= η + kφ − φ ∗ ζ kLp

d’après l’inégalité de Hausdorff-Young. Or on a vu que

kφ − φ ∗ ζ kLp → 0, lorsque  → 0+

: Prenant la limite supérieure de chaque membre de cette inégalité pour  → 0+ ,


on trouve que
lim→0+ kf − f ∗ ζ kLp ≤ η
et comme ceci vaut pour tout η > 0, il s’ensuit que le membre de gauche de cette
inégalité, qui est un nombre indépendant de η, est nul, ce qui établit le 1). 2

Lemme 1.4.4 (Fonctions plateaux) Soient Ω un ouvert de Rd et K compact inclus


dans ω. Il existe une fonction φ de classe C ∞ sur Rd vérifiant 0 ≤ φ ≤ 1, supp(φ)
compact ⊂ Ω et φ = 1 sur un voisinage de K.

Preuve : Pour tout x ∈ K, il existe rx > 0 tel que B(x, rx ) ⊂ Ω. Notons alors χx la
fonction de classe C ∞ sur Rd définie par
y−x
χx (y) = 2eH( ), y ∈ Rd ,
rx
où H est la fonction définie
(
0 si |x| ≥ 1
H(x) = 1
e |x|2 −1 si |x| < 1

de sorte que

supp(χx ) = B(x, rx ), χx > 0 sur B(x, rx ), et χx (x) = 2.

10
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

Définissons alors l’ouvert

Ux = {y ∈ Ω|χx (y) > 1} , x ∈ K

Evidemment (Ux )x∈K est un recouvrement ouvert de K puisque x ∈ Ux . Il existe


donc x1 , . . . , xn ∈ K tels que

K ⊂ Ux1 ∪ . . . ∪ Uxn .

La fonction n
X
f= χ xj
j=1

vérifie

f ∈ C ∞ (Rd ), supp(f ) ⊂ B(x1 , rx1 ) ∪ . . . ∪ B(xn , rxn ) compact ⊂ Ω,


et f > 1 sur V = Ux1 ∪ . . . ∪ Uxn

qui est un voisinage ouvert de K. Considérons maintenant la fonction I de l’exemple


1.1.2 avec a = 0 et b = 1, de sorte que

I ∈ C ∞ (R), I 0 ≥ 0, I|R− = 0, I|[1,+∞[ = 1;

La fonction φ = I ◦ f répond à la question. 2


N.B. Avec le choix de χx fait dans la démonstration ci-dessus, Ux = B(x, αrx )
1
où α > 0 est tel que 2ee (α2 −1) = 1.
Voici une première application de ce résultat.

Théorème 1.4.5 (Densité de Cc∞ (Ω) dans Lp (Ω)) Soient Ω un ouvert de Rd , p ∈ [1, +∞[
et f ∈ Lp (Ω). Pour tout η > 0, il existe fη ∈ Cc∞ (Ω) telle que

kf − fη kLp (Ω) < η

Pour démontrer ce résultat, on prolonge f par 0 en dehors de Ω, puis on ap-


plique le Théorème1.4.3, ce qui fournit une fonction G ∈ Cc∞ (Rd ) approchant le
prolongement de f dans Lp (Rd ). Toutefois, la fonction G ainsi obtenue n’est en
général pas à support dans Ω. L’idèe consiste à tronquer G en la multipliant par
une fonction de Cc∞ (Ω) valant 1 sur un compact de Ω bien choisi, comme dans le
Lemme 3.2.1.
Preuve : Soit F ∈ Lp (Rd ) définie par
(
f (x) si x ∈ Ω
F (x) =
0 si x ∈
/Ω

11
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

D’après le Théorème 1.4.3, il existe G ∈ Cc∞ (Rd ) telle que

1
kF − GkLp (Rd ) < η.
2
Pour tout n ≥ 1, on considère
 
1
Kn = x ∈ Ω : |x| ≤ n et dist(x, ∂Ω) ≥ ,
n

qui est compact car fermé borné dans Rd . D’après le Lemme 3.2.1, pour tout n ≥ 1,
il existe φn ∈ C ∞ (Rd ) telle que

supp(φn ) ⊂ Ω, φn |Kn = 1, 0 ≤ φn ≤ 1.

Evidemment
χKn ≤ φn ≤ 1.
Pour tout n ≥ 1, on définit Gn = φn G. Par construction de Kn ,

χKn (x) ↑ χΩ (x) pour tout x ∈ Rd quand n → ∞,

de sorte que
φn (x) → χΩ (x) pour tout x ∈ Ω quand n → ∞.
Comme G ∈ Lp (Rd ) et que

|G(x) − Gn (x)|p ≤ |G(x)|p pour tout x ∈ Ω,

on en déduit par convergence dominée que


Z
p
kGn − GkLp (Ω) = |Gn (x) − G(x)|p dx → 0 quand n → ∞.

Il existe donc n1 > 1 tel que

1
kGn1 − GkLp (ω) < η
2
Posons alors fη = Gn1 |Ω .
Par construction, la fonction Gn1 ∈ C ∞ (Rd ) est à support compact dans Ω, de
sorte que fη ∈ Cc∞ (Ω). De plus, d’après ce qui précède,

kf − fη kLp (Ω) = kF − Gn1 kLp (Ω) ≤ kF − GkLp (Ω) +kG − Gn1 kLp (Ω) ≤ kF − GkLp (Rd ) +kG − Gn1 kLp (

d’où le résultat annoncé. 2

12
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

Théorème 1.4.6 (Partition de l’unité) Soient K ⊂ Rd compact, et des ouverts de Rd


notés Ω1 , . . . , Ωn tels que
K ⊂ Ω1 ∪ . . . ∪ Ωn .
Alors il existe des fonctions φ1 , . . . , φn de classe C ∞ sur Rd telles que

0 ≤ φk ≤ 1 et supp(φk ) compact ⊂ Ωk pour k = 1, . . . , n

vérifiant
n
X
φk = 1 sur un voisinage de K.
k=1

Preuve :
Etape 1. Montrons qu’il existe K1 , . . . , Kn compacts tels que

Kj ⊂ Ωj , j = 1, . . . , n et K ⊂ ∪nj=1 Kj .

En effet, pour tout x ∈ K, il existe k(x) ∈ {1, . . . , n} et rx > 0 tels que la boule
fermée B(x, rx ) ⊂ Ωk(x) . Evidemment (B(x, rx ))x∈K est un recouvrement ouvert
du compact K. Il existe donc x1 , . . . , xm ∈ K tels que

K ⊂ B(x1 , rx1 ) ∪ . . . ∪ B(xm , rxm ).

Pour tout j = 1, . . . , m, notons

Aj = {l = 1, . . . , m|k(xl ) = j} ,

et posons
Kj = ∪l∈Aj B(xl , rxl ) ⊂ Ωj , j = 1, . . . , n.
Etape 2. En appliquant le Lemme 1.4.4, on construit, pour tout j = 1, . . . , n,
une fonction ψj ∈ C ∞ (Rd ) telle que

supp(ψj ) compact ⊂ Ωj , ψj ≥ 0, ψj = 1 sur Vj voisinage ouvert de Kj .

Alors n
X
ψj > 0 sur V = V1 ∪ . . . ∪ Vn voisinage ouvert de K.
j=1

Toujours d’après le Lemme 1.4.4, soit θ ∈ C ∞ (Rd ) vérifiant

supp(θ) compact ⊂ V, θ = 1 au voisinage de K, et 0 ≤ θ ≤ 1.

Ainsi n
X
1−θ+ ψk > 0 sur Rd .
k=1

13
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

En effet n n
X X
1 − θ(x) + ψk (x) ≥ ψk (x) > 0 si x ∈ V,
k=1 k=1
n
X
1 − θ(x) + ψk (x) ≥ 1 − θ(x) = 1 si x ∈
/ V.
k=1

Posons alors
ψj
φj = , j = 1, . . . , n.
1 − θ + nk=1 ψk
P

Par construction, φj ∈ C ∞ (Rd ) et vérifie

φj ≥ 0, et supp(φj ) compact ⊂ Ωj .

Enffin, on a
n
X
φj (x) = 1 en tout point où θ(x) = 1
j=1

c’est-à-dire sur un voisinage de K. 2

1.4.2 Topologie de Cc∞


On va munir Ccm (Ω) d’une topologie (plus fine que la topologie qu’induit sur
lui C m (Ω)) qui en fera un espace séquentiellement complet, que l’on désignera
par Dm (Ω). Cette topologie de Dm (Ω) sera définie par ce qu’on appellera limite
m
inductive des topologies de DK (Ω), de la façon suivante :

Définition 1.4.7 Un sous-ensemble de Dm (Ω) est ouvert si et seulement si son intersec-


m m
tion avec DK (Ω) est un ouvert de DK (Ω) (muni de sa topologie Banachique), quel que
soit le compact K ⊂ Ω.

La définition de la topologie de D(Ω) est analogue à partir des topologies (métrisables)


de DK (Ω).
On a topologiquement 1

D(Ω) ⊂ Dm (Ω) ⊂ E m (Ω). (1.3)

Proposition 1.4.8 (Propriété fondamentale) Une application de Dm (Ω) (resp. D(Ω))


dans un espace topologique T est continue si et seulement si sa restriction à chaque
m
DK (Ω),(resp. DK (Ω)) est continue.
1. Un espace topologique F est dit inclus topologiquement dans un espace topologique E si
F est un sous-ensemble de E dont la topologie est plus fine que (en particulier équivalente) celle
induite sur lui par E.

14
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

Preuve : L’application f : Dm (Ω) → T est continue si et seulement si l’image


réciproque f −1 (U ) de tout ouvert U de T est un ouvert de Dm (Ω), c’est-à-dire si et
seulement si, pour tout compact K inclus dans Ω, l’intersection f −1 (U )∩Dm (Ω) est
ouverte :puisque cette intersection est l’image réciproque de U par la restriction
m
de f à DK (Ω) la proposition est démontré. 2

m
Remarque 1.4.9 Les espaces DK (Ω), forment, pour chaque m (y compris m = +∞)
une famille filtrante dont la réunion est Dm (Ω).

m m 0
1. L’inclusion algébrique DK ⊂ DK 0 (équivalent à l’inclusion K ⊂ K ) im-

m
plique l’inclusion topologique (les boules ouvertes de DK (Ω) sont l’inter-
m m
section des boules ouvertes de DK 0 (Ω) avecDK (Ω)).
m m m
2. Pour tout couple DK 0 (Ω), DK (Ω), il existe DK” (Ω) les contenant tous les deux

(prendre K” = K 0 ∪ K).

La topologie de la réunion d’une famille filtrante, définie comme celle de Dm (Ω)


m
l’est à patir de celle des DK (Ω), est appelé limite inductive de ces topologies.

Proposition 1.4.10 Les espaces Dm (Ω) et D(Ω) sont des espaces vectoriels topologiques
localement convexes.

Preuve : La propriété est valable pour toute limite inductive d’espaces vectoriels
topologiques localement convexes. Dans le cas de Dm (Ω) et D(Ω), la structure vec-
torielle résulte immédiatement de leur nature fonctionnelle, leur caractère vecto-
riel topologique, localement convexe est facile à démontrer. 2
On démontre d’autre part que les espaces Dm (Ω) et D(Ω) ne sont pas métrisables.

1.4.3 Convergence d’une suite dans D(Ω)(si m = +∞, Dm (Ω) =


D(Ω)
Il est suffisant pour étudier la continuité d’une application sur Dm ou D, d’après
la proposition 6.2.10 et la propriété fondamentale de connaı̂tre la :

Proposition 1.4.11 Une suite (ϕn ) converge vers zéro dans Dm (Ω) si et seulement si
1. les ϕn ont leur support dans un compact fixe K dès que n > N ,
2. les ϕn convergent uniformement vers zéro sur K ainsi que chacune de leurs dérivées
partielles d’ordre ≤ m.

15
1.4. RÉGULARISATION PAR CONVOLUTION

Preuve : Supposons que la propriété 1) ne soit pas vérifiée. Il existe alors une
suite croissante de compacts recouvrant Ω, Kj , une suite xj de points de Ω, xj ∈
Kj+1 \ Kj , et une suite d’entiers nj tels que ϕn (xj ) 6= 0. On pose, pour ϕ ∈ Dm

X ϕ(x)
p(ϕ) = sup ;
j=1 x∈Kj+1 \Kj
ϕnj (xj )

pour tout  > 0 le sous-ensemble p(ϕ) <  est un voisinage ouvert de l’origine
dans Dm (sa trace sur chaque DK m
est ouverte, en fait p(ϕ) est une semi-norme sur
m
D ). Cependant l’ouvert p(ϕ) < 1 ne contient aucune fonction ϕnj , la suite ϕn ne
peut donc pas converger vers zéro dans Dm .
Supposons que les ϕn vérifient le 1), la proposition résulte de la définition de
m
la topologie de DK . 2

Corollaire 1.4.12 La suite (ϕn ) converge vers ϕ dans Dm (Ω) si et seulement si :


1. suppϕn ⊃ K, fixé dès que n > N (K compact inclu dans Ω),
2. (∂ α ϕn ) converge uniformément vers ∂ α ϕ pour tout α tel que |α| ≤ m.

Remarque 1.4.13 Toute suite convergeant dans D converge dans Dm , et toute suite
convergeante dans Dm converge dans E m (c’est d’ailleurs une conséquence de l’inclusion
1.3.)

1.4.4 Complétude
Définition 1.4.14 Une suite (fn ) dans un e.v.t E est dite fondamentale si limn,m→∞ (fn −
fm ) = 0 dans E, c’es-à-dire si pour tout voisinage V de 0 dans E, on a :
fn − fm ∈ V dés que n, m > N.
Un espace vectoriel topologique est dit séquentiellement complet si toute suite fondamen-
tale est convergente.
Remarque 1.4.15 1. Il existe pour les espaces vectoriels topologiques, une notion de
complétude plus générale que la notion de séquentielle complétude.
2. Pour les espaces normés, ces notions sont équivalentes.
Proposition 1.4.16 L’espace D(Ω) est séquentiellement complet.
Preuve : Si limn,m→∞ (fn − fm ) = 0 dans D(Ω) on a suppfn ⊂ K, compact fixe dans
Ω dés que n > N et limn,m→∞ |∂ α fn − ∂ α fm | = 0 uniformément sur K, pour toute
dérivation ∂ α . On en déduit d’après les théorèmes classiques sur la convergence
uniforme, qu’il existe une fonction f ∈ D(Ω) de support dans K telle que (fn )
converge vers f et ∂ α fn vers ∂ α f , uniformément sur tout K pour chaque α.
La même proposition vaut videmment pour Dm (Ω). 2

16
1.5. EXERCICES

1.5 Exercices
Exercice 1 Soit ϕ ∈ D(Rd ). Pour h ∈ Rd \ {0} et t ∈ R∗ on pose

ϕ(x + th) − ϕ(x)


ϕt (x) =
t
1. Montrer que ϕt ∈ D(Rd ) pour t 6= 0.
2. Montrer que lorsque t tend vers zéro, ϕt converge dans D(Rd ) vers une fonction
que l’on déterminera.

Exercice 2 On pose pour tout nombre réel  et tout entier k


(
0 si kxk ≥ 
ϕ (x) = 2
e kxk2 −2 si kxk < 

ϕ,k (x) = k −1 ϕ (x) et ψ,k k −1 ϕ (k −1 x)


1. Montrer que
(a) (ϕ,k )k∈N∗ converge vers 0 dans D(Rd )
(b) Pour tout élément α de Nd , (∂ α ψ,k )k∈N∗ converge vers 0 uniformement sur
Rd .
2. Pourquoi (ψ,k )k∈N∗ ne converge-t-elle pas dans D(Rd ) ?

Exercice 3 B1 et B2 sont deux boules fermées concentriques de Rd vérifiant B1 ⊂ B2◦ .


Montrer qu’il existe un éleément de C ∞ (Rd ) tel que :

∀x ∈ B1 g(x) = 1, ∀x ∈ Rd \ B2 g(x) = 0, ∀x ∈ Rd 0 ≤ g(x) ≤ 1.

Exercice 4 1. Supposons que α et β sont deux nombres réels tels que α < β, et
(
1
exp (x−α)(x−β) si x ∈ ]α, β[
ϕα,β (x) =
0 si x ∈ R \ ]α, β[

Montrer que ϕα,β appartient à D(R).


2. Supposons que −∞ < a1 < b1 < b2 < a2 .
(a) Montrer qu’il existe deux éléments ϕ1 et ϕ2 de D(R) tels que :

(i) ∀x ∈ R 0 ≤ ϕ1 (x) et 0 ≤ ϕ2 (x)


(ii) suppϕ1 ⊂ [a1 , b1 ] et suppϕ2 ⊂ [b2 , a2 ]
R R
(iii) R ϕ1 (x)dx = 1 = R ϕ2 (x)dx

(b) Construire, en utilisant ϕ1 et ϕ2 , un élément ϕ de D(R) vérifiant :

17
1.5. EXERCICES

(i) suppϕ = [a1 , a2 ] et ∀x ∈ [b1 , b2 ] ϕ(x) = 1


(ii) ∀x ∈ [a1 , b1 ] ϕ0 (x) ≥ 0 et ∀x ∈ [b2 , a2 ] ϕ0 (x) ≤ 0

Exercice 5 1. Montrer que


 
Zu Zv 2

∀ϕ ∈ D(R2 ) ϕ(u, v) =  (t, s)ds dt
∂x∂y
−∞ −∞

2. Pour tout sous-ensemble compact K de R2 et tout entier m ≥ 0, on pose pour tout


ϕ ∈ D(R2 ),


 pK,m (ϕ) = sup sup |Dα ϕ(x, y)|
|α|≤m (x,y)∈K




  21
Z Z
|Dα ϕ(x, y)|2 dxdy 



 qK,m (ϕ) = sup 
|α|≤m


K

(a) Comparer les deux familles de semi-normes {pK,m : K ⊂ R2 compact et m ∈ N}


et
{qK,m : K ⊂ R2 compact et m ∈ N}
(b) Soient ϕ, ϕk (k ∈ N∗ ) des éléments de R2 ). Montrer que les conditions sui-
vantes sont équivalentes :
i. (ϕk )k≥1 converge vers ϕ dans D(R2 )
ii. il existe un sous-ensemble compact K de R2 tel que :
-suppϕ ⊂ K et ∀k ≥ 1 suppϕk ⊂ K
RR 2  21
-∀α ∈ N2 limk→∞ R2
|D α
(ϕ − ϕk )(x, y)| dxdy =0

18
Chapitre 2

Distributions

Soient Rd l’espace Euclidien d-dimensionnel muni de la mesure de Lebesgue


notée dx, Ω un sous-ensemble ouvert de Rd . Nous considérons les fonctions définie
dans Ω et à valeurs dans K = C ou R.

2.1 Les distributions : définitions et exemples


2.1.1 Notion de distribution
Définition 2.1.1 Soit Ω un ouvert de Rd . Une distribution T sur Ω est une forme R - (ou
C-) linéaire sur D(Ω) à valeurs réelles (ou complexes) vérifiant la propriété de continuité
suivante :
pour tout compact K ⊂ Ω, il existe CK > 0 et pK ∈ N tels que, pour toute fonction
test φ ∈ D(Ω) avec supp(φ) ⊂ K,

|hT, φi| ≤ CK max sup |∂ α φ(x)|


|α|≤pK x∈K

Lorsque pK peut-être choisi indépendemment de K dans la condition de conti-


nuité ci-dessus, c’est-à-dire lorsqu’il existe un entier p ∈ N tel que pK ≤ p pour
tout compact K ⊂ Ω, on dit que T est une distribution d’ordre ≤ p sur Ω. Dans
ce cas, on appelle ordre de la distribution T le plus petit entier p positif ou nul tel
que T soit une distribution d’ordre ≤ p.
On note toujours D0 (Ω) l’espace vectoriel (sur R ou C) des distributions sur Ω
(à valeurs respectivement réelles ou complexes ) et souvent D(Ω) = Cc∞ (Ω).
On appelle distribution le dual topologique de D(Ω) muni de la topologie
limite inductive strict.

19
2.1. LES DISTRIBUTIONS : DÉFINITIONS ET EXEMPLES

Exemple 2.1.2 (Fonctions localement intégrable) A toute fonction f ∈ L1loc (Ω) on


associe la forme linéaire définie par
Z
Tf : ϕ 7→ f (x)ϕ(x)dx

pour toute fonction test ϕ ∈ Cc∞ (Ω).

L’intégrale Z
f (x)ϕ(x)dx (2.1)

existe pour toute fonction ϕ ∈ Cc∞ (Ω) (et même pour tout ϕ ∈ Cc (Ω)) ; on a, si ϕ a
son support dans le compact K :

Z Z
|hTf , ϕi| = f (x)ϕ(x)dx ≤ sup |ϕ(x)| |f (x)| dx
x∈K
Ω K

c’est-à-dire en posant Z
|f (x)| dx = C(K)
K

Z
f (x)ϕ(x)dx ≤ C(K)pK,0 (ϕ).

Donc Tf est une distribution d’ordre 0 sur Ω.

Proposition 2.1.3 (Plongement de L1loc (Ω) dans D0 (Ω)) L’application linéaire

L1loc (Ω) 3 f 7→ Tf ∈ D0 (Ω)

est injective.

Dorénavant, nous identifierons donc toute fonction f localement intégrable sur Ω


avec la distribution Tf qu’elle définit sur Ω
Preuve : Supposons que f ∈ L1loc appartient au noyau de cette application
linéaire, c’est-à-dire que
Z
f (x)ϕ(x)dx = 0 pour tout ϕ ∈ Cc∞ (Ω)

Etape 1 : Soit x0 ∈ Ω et r > 0 tel que B(x0 , 2r) ⊂ Ω, montrons que f = 0 p.p. sur
B(x0 , r).

20
2.1. LES DISTRIBUTIONS : DÉFINITIONS ET EXEMPLES

En effet, soit F ∈ L1 (Rd ) définie par


(
χB(x0 ,2r) (x)f (x) pour presque tout x∈Ω
F (x) =
0 si x∈
/Ω
Soit d’autre part θ ∈ C ∞ (Rd ) telle que
Z
θ ≥ 0, supp(θ) ⊂ B(0, 1), θ(x)dx = 1
Rd

On sait qu’alors la famille de fonctions (θ ) définies par θ (x) = −d θ(−1 x), x ∈ Rd
indexée par  ∈]0, r[ est une suite régularisante. D’après le Théorème 1.4.3,

θ ∗ F → F dans L1 (Rd ) lorsque  → 0.

D’autre part, pour tout x ∈ B(x0 , r),


Z Z Z
θ ∗ F (x) = F (y)θ (x − y)dy = f (y)θ (x − y)dy = f (y)θ (x − y)dy = 0
Rd B(x0 ,2r) Ω

d’après l’hypothèse faite sur f , car la fonction y 7→ θ (x − y) est de classe C ∞ à


support dans B(x0 , 2r).
En effet, si θ (x − y) 6= 0, c’est que |x − y| < r, or comme |x − x0 | ≤ r, il s’ensuit
que |y − x0 | < 2r. Par conséquent F = 0 p.p. sur B(x0 , r), de plus par définition,
f = F p.p. sur B(x0 , 2r). Donc f = 0 p.p. sur B(x0 , r).
Etape 2 : Soit maintenant, pour tout entier n ≥ 1, l’ensemble
 
1
Kn = x ∈ Ω : |x| ≤ n et dist(x, ∂Ω) ≥
n
est compact (car fermé borné) dans Ω. Or
1
Kn ⊂ ∪x∈Kn B(x, ).
2n
Donc, par compacité de Kn , il existe un nombre fini de points x1 , . . . , xk de Kn tels
que
1 1
Kn ⊂ B(x1 , ) ∪ . . . ∪ B(xk , ).
2n 2n
1
Puisque f = 0 p.p. sur B(xj , 2n ) pour j = 1, . . . , k, d’après l’étape 1, il vient que
f = 0 p.p. sur Kn . Comme Ω est la réunion dénombrable des Kn pour n ∈ N∗ et
que f = 0 p.p. sur Kn , l’ensemble

{x ∈ Ω : f (x) 6= 0} = ∪n∈N∗ {x ∈ Kn : f (x) 6= 0}

est de mesure nulle comme réunion dénombrable d’ensembles de mesure nulle.


Autrement dit, f = 0 p.p. sur Ω comme annoncé. 2
Mais il existe aussi des distributions qui ne sont pas de la forme Tf avec f ∈
L1loc . En voici plusieurs exemples.

21
2.1. LES DISTRIBUTIONS : DÉFINITIONS ET EXEMPLES

Exemple 2.1.4 (Mesure de Dirac) — à l’origine 1

δ(ϕ) ≡ hδ, ϕi = ϕ(0),

— au point x = a
δa (ϕ) ≡ hδa , ϕi = ϕ(a). (2.2)

Evidemment, pour tout compact K ⊂ Ω et toute fonction test ϕ ∈ Cc∞ (Ω) à sup-
port dans K, on a
|hδa , ϕi| = |ϕ(0)| ≤ sup |ϕ(x)| .
x∈K

Donc δa est une distribution d’ordre 0 sur Ω. .

Proposition 2.1.5 La mesure de Dirac ne peut être représentée par une fonction locale-
ment intégrable.

Preuve : Considérons les fonctions ϕ ∈ D où


2
ϕ (x) = exp 2−
−|x|2
, |x| ≤ 
ϕ(x) = 0 , |x| ≥ 
on a
hf, ϕ i = ϕ (0) = e−1 (2.3)
et d’autre part, si f ∈ L1loc :
Z Z
hf, ϕ i = f (x)ϕ (x)dx = f ϕ dx
Rd B

donc, puisque |ϕ | ≤ e−1


Z
−1
|hf, ϕ i| ≤ e |f (x)| dx
B

si f ∈ L1loc , hf, ϕ i tend vers zéro avec , ce qui contredit (2.3). 2

Exemple 2.1.6 (valeur principale de x1 ) La fonction x 7→ x1 n’est pas localement intégrable


sur R. Mais on définit la distribution valeur principale de x1 par :
 − 
  Z+∞ Z+∞
ϕ(x) − ϕ(−x)
Z
1  ϕ(x) ϕ(x) 
vp , ϕ = lim dx + dx = dx (2.4)
x →0  x x  x
−∞  0
1. On notera désormais habituellement h, i la dualité entre D0 et D.

22
2.1. LES DISTRIBUTIONS : DÉFINITIONS ET EXEMPLES

Si ϕ ∈ D(R), on a :

  ZA
1 ϕ(x) − ϕ(0)
vp , ϕ = dx si Suppϕ ⊂ [−A, A] (2.5)
x x
−A

vp x1 est une distribution d’ordre 1 :


 
1
vp , ϕ ≤ 2A sup |ϕ0 (x)| .
x |x|≤A

Exemple 2.1.7 (Distribution partie finie de x1 ) La distribution Pf x1 (partie finie de x1 )


n’utilise pas comme vp x1 la symétrie de R par rapport à l’origine. On pose, si le support
de ϕ est dans [−A, A] :
 A 

1
 Z
ϕ(x)  ZA ϕ(x) − ϕ(0)
Pf , ϕ = lim dx + ϕ(0) log() = dx + ϕ(0) log A.
x →0  x  x
 0
(2.6)

Proposition 2.1.8 Une forme linéaire T sur D(Ω) est une distribution sur Ω si et seule-
ment si elle possède les propriétés équivalentes suivantes :
1. Si une suite de fonctions {ϕn } ⊂ D(Ω) converge vers zéro dans D(Ω) (c’est-à-
dire ont leurs support dans un compact fixe K ⊂ Ω et convergent uniformément
vers zéro sur K ainsi que chacune de leurs dérivées partielles) la suite de scalaires
(T (ϕn )) converge vers zéro.
2. Pour chaque compact K ⊂ Ω il existe un entier N > 0 et une constante C > 0 tels
que, pour toute fonction ϕ ∈ D(Ω) à support dans K

|T (ϕ)| ≤ CpK,N (ϕ). (2.7)

Preuve :
1. D’après la définition de D(Ω) (topologique) comme limite inductive des es-
paces localement convexes DK (Ω), une application linéaire définie sur D(Ω)
est continue si et seulement si l’application qu’elle induit sur chaque DK (Ω)
(c’est-à-dire la restriction de l’application à DK (Ω)) est continue pour la to-
pologie de DK (Ω). Cette dernière topologie étant métrisable, la propriété
résulte de la proposition 6.2.10 de l’annexe.
2. L’application ϕ 7→ T (ϕ) est une distribution sur Ω si et seulement si elle
est continue sur chaque DK (Ω) ; la topologie de DK (Ω) est définie par la
suite dénombrable de semi-normes pK,n ; une base des voisinages de zéro de

23
2.1. LES DISTRIBUTIONS : DÉFINITIONS ET EXEMPLES

DK (Ω) est constituée par les boules ouvertes définies par une semi-norme
pK,N ; la continuité, à l’origine de ϕ 7→ T (ϕ)s’exprime donc par :

|T (ϕ)| <  dès que pK,N (ϕ) < η, ϕ ∈ DK (Ω).

On en déduit (2.7) en utilisant la linéarité de T : soit λ > 0, on a :


 
λϕ
pK,N = λ, ∀ϕ ∈ DK (Ω),
pK,N (ϕ)

d’où, si λ < η :  
λϕ λ
T = |T (ϕ)| < ,
pK,N (ϕ) pK,N (ϕ)
c’est-à-dire (2.7) si c = λ .
2
D’après la définition de la topologie de Dp (Ω), une distribution d’ordre p,
forme linéaire sur le sous-espace vectoriel D(Ω) ⊂ Dp (Ω), est continue pour la
topologie de Dp (Ω). On déduit du théorème de Hahn-Banach, et de la densité de
D(Ω) dans Dp (Ω) le :

Théorème 2.1.9 Une distribution est d’ordre p sur l’ouvert Ω si et seulement si elle
peut être prolongée en une forme linéaire continue (unique) sur Dp (Ω) (c’est-à-dire en un
élément du dual D0p (Ω)).

2.1.2 Distributions positives


Définition 2.1.10 (Distributions positives) Soient Ω un ouvert de Rd et T une dis-
tribution sur Ω. On dit que T est une distribution positive, ce que l’on note T ≥ 0, si
hT, ϕi ≥ 0 pour tout ϕ ∈ Cc∞ (Ω) telle que ϕ ≥ 0 sur Ω.

Les distributions positives vérifient la propriété remarquable suivante.

Théorème 2.1.11 (Ordre des distributions positives) Toute distribution positive sur
un ouvert Ω de Rd est d’ordre 0.

Preuve : Soit donc T ∈ D0 (Ω) telle que T ≥ 0. Soit K ⊂ Ω compact. D’après le


Lemme3.2.1, il existe θ ∈ C ∞ (Ω) telle que θ = 1 au voisinage de K ; supp(θ) compact ⊂
Ω et 0 ≤ θ ≤ 1. Pour tout ϕ ∈ Cc∞ (Ω) telle que supp(ϕ) ⊂ K, on a ϕ = θϕ, de sorte
que hT, ϕi = hT, θϕi . Evidemment, comme θ ≥ 0 sur Ω, on a

−θ(x) sup |ϕ(y)| ≤ θ(x)ϕ(x) ≤ θ(x) sup |ϕ(y)|


y∈K y∈K

24
2.1. LES DISTRIBUTIONS : DÉFINITIONS ET EXEMPLES

pour tout x ∈ Ω. Comme T ≥ 0


     
T, θ sup |ϕ(y)| − ϕ ≥ 0 et T, θ sup |ϕ(y)| + ϕ ≥0
y∈K y∈K

d’où
|hT, θϕi| ≤ CK sup |ϕ(y)|
y∈K

avec CK = hT, θi. Ceci signifie précisément que T est d’ordre 0. 2


Une conséquence importante de ce théorème est le fait que toute distribution
positive s’identifie à une mesure de Radon positive.

Corollaire 2.1.12 Toute distribution positive sur Ω, un ouvert de Rd se prolonge de


manière unique en une mesure de Radon positive sur Ω, c’est-à-dire en une forme linéaire
positive sur K(Ω).

Preuve : Soit T distribution positive sur Ω. On a vu dans la démonstration du


théorème précédent que, pour tout compact K ⊂ Ω, il existe CK ≥ 0 tel que, pour
tout φ ∈ Cc∞ (Ω) à support dans K, l’on ait

|hT, φi| ≤ CK sup |φ(y)| .


y∈K

Notons KK (Ω) (resp. DK (Ω)) l’ensemble des fonctions continues (resp. de classe
C ∞ ) sur Ω à valeurs réelles et à support dans K. L’espace vectoriel KK (Ω) est muni
de la norme de la convergence uniforme

kf kK := sup |f (y)| ,
y∈K

et d’après le Thèorème 6.2.14, la restriction TK := T |DK (Ω) admet un seul prolon-


gement continu à l’adhérence DK (Ω) de DK (Ω) dans KK (Ω), noté TK . Pour tout
n ∈ N∗ , on définit le compact
 
1
Kn = x ∈ Ω : |x| ≤ n et dist(x, ∂Ω) ≥
n

Par construction, DKm (Ω) ⊂ DKn (Ω) dès que n ≥ m ≥ 1, et TKm est la restriction à
DKm (Ω) de TKn pour tout n > m ≥ 1. Evidemment, pour tout compact K ⊂ Ω, il
existe n ≥ 1 tel que K ⊂ Kn . D’après le Théorème 1.4.2

K(Ω) = ∪n≥1 DKn (Ω)

et on définit la forme linéaire T sur K(Ω) en posant T , f = TKn , f pour


tout n ≥ 1 tel que f ∈ DKn (Ω). Par construction, la forme linéaire T est un pro-
longement de T (autrement dit, elle coı̈ncide avec T sur le sous-espace Cc∞ (Ω) de

25
2.2. CONVERGENCE DES SUITES DE DISTRIBUTIONS

K(Ω). Ce prolongement est positif. Soit en effet un compact K ⊂ Ω et f ∈ K(Ω) à


support dans K, supposons que f ≥ 0 sur Ω et montrons que T , f ≥ 0.
Choisissons n ≥ 1 tel que K ⊂ Kn . Soit (ζ )>0 suite régularisante de Rd telle
1
que supp(ζ ) ⊂ B(0, ). Pour tout  < 2n , la fonction f ∗ ζ (où l’on identifie f à
son prolongement par 0 au complémentaire de Ω) vérifie f ∗ ζ ≥ 0, et f ∗ ζ ∈
DK2n (Ω), et de plus f ∗ ζ → f uniformément sur Ω. Ainsi f ∈ DK2n (Ω) et hT, f i =
lim→0+ hT, f ∗ ζ i ≥ 0.
Démontrons enfin l’unicité du prolongement positif T . Soit S forme linéaire
positive sur K(Ω) . Pour tout compact K ⊂ Ω, il existe φ ∈ K(Ω) telle que 0 ≤ φ ≤
1 sur Ω et φ|K = 1, posons CK = hS, φi ≥ 0. Alors, pour toute fonction f ∈ K(Ω) à
support dans K, on a
− sup |f (y)| φ ≤ sup |f | φ sur Ω,
y∈Ω y∈Ω

de sorte que, par positivité de la forme linéaire S, on a


|hS, f i| ≤ CK sup |f (y)|
y∈Ω

Supposons que S coı̈ncide avec T sur Cc∞ (Ω) . Alors, pour tout n ≥ 1, la forme
linéaire S coı̈ncide avec TKn sur DKn (Ω), puisque ces deux formes linéaires conti-
nues pour la topologie de la convergence uniforme coı̈ncident avec T sur DKn (Ω).
Autrement dit S et T coı̈ncident sur DKn (Ω) pour tout n ≥ 1, ce qui montre que
S = T. 2

2.2 Convergence des suites de distributions


D0 étant le dual (topologique) de D, peut être muni des topologie habituelles
pour un dual. Nous n’utiliserons que celle qu’on appelle topologie faible du dual
(ou encore faible étoile). D0 est muni de cette topologie, dite aussi de la conver-
gence simple, par la famille de semi-nome :
pϕ (T ) = hT, ϕi , ϕ∈D
Cette topologie conduit au critère suivant de continuité (valable pour toutes les
topologies faibles étoile) :

Définition 2.2.1 (Suite convergente de distributions) Soient d ≥ 1 entier et Ω ou-


vert de Rd , ainsi que (Tn )n≥1 une suite de distributions sur Ω. On dit que
Tn → T dans D0 (Ω) lorsque n → ∞
si, pour tout φ ∈ Cc∞ (Ω),
hTn , φi → hT, φi lorsque n → ∞

26
2.2. CONVERGENCE DES SUITES DE DISTRIBUTIONS

Exemple 2.2.2 (Convergence dans D0 ) 1. Tn = sin nx

ZA ZA
cos nx
hsin nx, ϕi = sin nxϕ(x)dx = − ϕ(x)dx, ∀ϕ ∈ D([−A, A])
n
−A −A

RA
or −A
cos nxdx est borné uniformément, donc dans D0

lim sin nx = 0
n↔∞

2. Montrons que
sin nx
lim = πδ
n→∞ x
En effet, soit ϕ ∈ D([−A, A])

ZA ZA ZA
sin nx sin nx ϕ(x) − ϕ(0) sin nx
ϕ(x)dx = dx + ϕ(0) dx
x x x x
−A −A −A

or
ZA ZnA
sin nx sin y
dx = dy
x y
−A −nA

on sait que
Z+∞
sin y
dy = π
y
−∞

Evidemment, toute suite (fn ) de fonctions localement intégrables sur Ω conver-


geant vers f dans L1loc (Ω), c’est-à-dire que, pour tout compact K ⊂ Ω
Z
|fn (x) − f (x)| dx → 0 pour n → ∞
K

converge vers f dans D0 (Ω).

Proposition 2.2.3 Si une suite de fonction (fn ) de L1loc converge dans L1 , sur tout com-
pact, vers une fonction f , la suite (fn ) converge dans D0 vers f .

Preuve :
Z Z
(fn − f )(x)ϕ(x)dx ≤ sup |ϕ| |fn (x) − f (x)| dx, ∀ϕ ∈ DK ,
x∈K
K K

27
2.2. CONVERGENCE DES SUITES DE DISTRIBUTIONS

Proposition 2.2.4 (Critère de convergence vers une masse de Dirac) Soient Ω un


ouvert de Rd et x0 ∈ Ω. Soit (fn )n≥1 une suite de fonctions mesurables sur Ω vérifiant

fn ≥ 0 p.p. sur Ω, supp(fn ) ⊂ B(x0 , rn ),

et Z
fn (x)dx → 1 lorsque n → ∞.

+
Alors si rn → 0 , on a

fn → δx0 dans D0 (Ω) lorsque n → ∞.

Preuve : En effet, pour tout φ ∈ Cc∞ (Ω), on a


Z Z Z
fn (x)φ(x)dx = fn (x)(φ(x) − φ(x0 ))dx + φ(x0 ) fn (x)dx
Ω Ω Ω

D’après le théorème des accroissements finis, comme fn est à support dans B(x0 , rn ),
on a
|φ(x) − φ(x0 )| ≤ |x − x0 | sup |∇φ(x)| .
|x−x0 |≤rn

Par hypothèse, rn → 0 lorsque n → ∞. Soient r∗ > 0 tel que B(x0 , r∗ ) ⊂ Ω et


n∗ > 1 tel que 0 < rn < r∗ pour tout n ≥ n∗ . Alors, pour tout n ≥ n∗ et tout
x ∈ B(x0 , rn )

|φ(x) − φ(0)| ≤ C ∗ rn , avec C ∗ = sup |∇φ(x)| .


|x−x0 |≤r∗

Ainsi, comme fn (x) ≥ 0 pour presque tout x ∈ Ω, l’on a


Z Z
fn (x)(φ(x) − φ(x0 ))dx ≤ fn (x) |φ(x) − φ(x0 )| dx
Ω B(x0 ,rn )
Z

≤ C rn fn (x)dx → 0

R
lorsque n → ∞ puisque, par hypothèse, rn → 0+ et Ω fn (x)dx → 1 lorsque
n → ∞. De même, toujours par hypothèse sur la suite (fn )n≥1 ,
Z
φ(x0 ) fn (x)dx → φ(x0 ) lorsque n → ∞.

On en déduit que
Z Z Z
fn (x)φ(x)dx = fn (x)(φ(x) − φ(x0 ))dx + φ(x0 ) fn (x)dx → φ(x0 ) = hδx0 , φi
Ω Ω Ω

d’où la convergence annoncée. 2

28
2.2. CONVERGENCE DES SUITES DE DISTRIBUTIONS

Proposition 2.2.5 (Critère de continuité dans D0 ) Une application t 7→ T de E (es-


pace topologique) dans D0 est continue si et seulement si l’application t 7→ hT, ϕi de E
dans K est continue pour chaque ϕ ∈ D.

Preuve :
1. T 7→ hT, ϕi étant une semi-norme sur D0 est une application continue de D0
dans K et t 7→ hT, ϕi est composée des deux applications t 7→ T , T 7→ hT, ϕi
donc continue si les deux sont continues.
2. La topologie sur D0 étant définie par les semi-normes hT, ϕi la continuité de
t 7→ hT, ϕi entraı̂ne la continuité de t 7→ T .
2
Pour que la suite de distributions (Tn ) converge vers une distribution T il faut
et il suffit que la suite de nombres hTn , ϕi soit convergente pour chaque ϕ ∈ D,
comme le montre le théorème suivant :

Théorème 2.2.6 D0 est séquentiellement complet dans la topologie faible étoile.

Preuve : Une suite de Cauchy {Tn } pour la topologie faible de D0 est telle que
pour chaque ϕ, et chaque  il existe N tel que

|hTn , ϕi − hTm , ϕi| <  dès que n, m > N

pour chaque ϕ la suite des nombres hTn , ϕi converge donc vers un nombre Tϕ : ce
nombre dépend linéairement de ϕ, montrons qu’il en dépend continûment (sur
D) : on aura alors
Tϕ = hT, ϕi avec T ∈ D0 .
Rappelons qu’une forme linéaire est continue sur D si et seulement si elle est
continue sur chaque DK . Posons

p(ϕ) = sup |hTn , ϕi|


n

on voit aisement que l’ensemble Sk

p(ϕ) ≤ k

est convexe, fermé, et symétrique par rapport à l’origine, dans DK .


Ces ensembles Sk , dénombrables si k = 1, . . . , n, . . . , recouvrent DK , qui est un
espace métrique complet ; un des Sk au moins, soit Sk0 , a donc un intérieur non
vide d’après le théorème de Baire. Puisque Sk0 est symétrique par rapport à 0, 0

29
2.2. CONVERGENCE DES SUITES DE DISTRIBUTIONS

est point intérieur, c’est-à-dire qu’il existe une boule B de centre 0 et de rayon 
(dans la métrique d(ϕ, ψ) de DK ) intérieure à Sk0 , donc a fortiori

|hTn , ϕi| ≤ k0 , ∀ϕ ∈ B

et aussi
|Tϕ | ≤ k0 , ∀ϕ ∈ B (2.8)
la boule B dans DK est définie par

X pK,n (ϕ)
d(ϕ, 0) = 2−n <
n=0
1 + pK,n (ϕ)

donc contient la boule



pK,N (ϕ) < (2.9)
2
P∞
(N tel que n=N 2−n < 2 ). d’après la linéarité de Tϕ on a, puisque (2.9) entraı̂ne
(2.8) :
|Tϕ | ≤ C(K)pK,N (ϕ), ∀ϕ ∈ DK
ce qui exprime la continuité de T dans D. 2

Corollaire 2.2.7 (Principe de bornitude uniforme) Soient Ω un ouvert de Rd et K ⊂


Ω compact. Soit une suite (Tn )n≥1 de distributions sur omega telle que la suite hTn , φi
est convergente pour tout φ ∈ D(Ω) à support dans K. Alors il existe un entier p ≥ 0 et
C > 0 tels que
|hTn , φi| ≤ C max sup |∂ α φ(x)|
|α|≤p x∈K

pour tout n ≥ 1 et toute fonction test φ ∈ D(Ω) à support dans K.

Proposition 2.2.8 (Continuité séquentielle du crochet de dualité) Soient Ω un ou-


vert de Rd , une suite (Tn )n≥1 de distributions sur Ω, et une suite (φn )n≥1 de fonctions
test appartenant à D(Ω). Supposons que

Tn → T dans D0 (Ω) lorsque n → ∞

et
φn → φ dans D(Ω) lorsque n → ∞.
Alors
hTn , φn i → hT, φi lorsque n → ∞

30
2.3. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS

Preuve : Comme φn → φ dans D(Ω), il existe K ⊂ Ω compact tel que supp(φn ) ⊂


K pour tout n ≥ 1. D’après le principe de bornitude uniforme, il existe un entier
p ≥ 0 et une constante C > 0 tels que

|hTn , ψi| ≤ C max sup |∂ α ψ(x)|


|α|≤p x∈K

pour tout n ≥ 1 et pour toute fonction test ψ ∈ D(Ω) à support dans K. Appli-
quant cela à ψ = φn − φ, on trouve que

|hTn , φn − φi| ≤ C max max |∂ α (φn − φ)(x)| → 0 lorsque n → ∞,


|α|≤p x∈K

puisque, par hypothèse sur la suite (φn )n≥1 ,

∂ α φn → ∂ α φ uniformément sur K pour n → ∞.

Alors
hTn , φn i = hTn , φn − φi + hTn − T, φi .
On vient de voir que le premier terme au membre de droite converge vers 0
lorsque n → ∞ ; quant au second, il converge également vers 0 puisque Tn → T
dans D0 (Ω). 2

2.3 Opérations sur les distributions


2.3.1 Dérivation des distributions
Si f est une fonction C 1 (Ω) (c’est-à-dire continûment différentiable sur l’ouvert
Ω ⊂ Rd ) on a Z Z
∂f ∂ϕ
ϕdx = − f dx ∀ϕ ∈ D(Ω).
∂x1 ∂x1
Ω Ω

Si f ∈ L1loc (Ω) la deuxième partie de l’intégrale existe et on peut considérer qu’elle


définie la dérivée (distribution) de f . De façon générale, on pose :

Définition 2.3.1 La dérivée partielle ∂T


∂xi
d’une distribution T ∈ D0 (Ω) est donnée par
   
∂T ∂ϕ
, ϕ = − T, , ∀ϕ ∈ D(Ω).
∂xi ∂xi
∂ϕ ∂T
La définition est cohérente car, si ϕ ∈ D(Ω), ∂xi
aussi et ∂x i
est une forme linéaire
continue sur D(Ω), distribution d’ordre ≤ N + 1 sur un compact où T est d’ordre
N.

31
2.3. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS

Théorème 2.3.2 La dérivation est une opération linéaire et continue de D0 dans D0 .

∂T
Preuve : L’application T 7→ ∂x i
est continue, d’après le critère précédent si et
seulement si
 
∂T
T 7→ , ϕ est continue de D0 dans K, ∀ϕ ∈ D
∂xi

On a :    
∂T ∂ϕ ∂ϕ
, ϕ = − T, = hT, ψi , ψ = −
∂xi ∂xi ∂xi
or hT, ψi est une semi-norme sur D0 , donc continue. 2
Les dérivées successives sont obtenues par réccurrence, on trouve :

h∂ α T, ϕi = (−1)|α| hT, ∂ α ϕi , ∀ϕ ∈ D(Ω)

on a les résultats immédiats suivants :

Proposition 2.3.3 Toute distribution est indefiniment dérivable et une dérivée ne dépend
pas de l’ordre des dérivations.

Si f ∈ C p , la distribution associé Tf a pour dérivée ∂ α Tf , |α| ≤ p, la distribution


associée à ∂ α f . Si f n’est pas C p , par exemple n’admet une dérivée que presque
partout, cette proposition est fausse en général.

Exemple 2.3.4 1. Distribution sur R


(a) On définie la fonction Heaviside (presque partout) par :

H(x) = 1 pour x>0


H(x) = 0 pour x<0
on a :
Z∞
hH 0 , ϕi = − hH, ϕ0 i = − ϕ0 (x)dx = ϕ(0)
0

c’est-à-dire
H0 = δ

(b) De façon générale si f est une fonction C p sur R∗+ (x > 0) et dans R∗− (x < 0)
qui tend vers une limite f (+0) (respectivement f (−0)) quand x tend vers 0
dans R∗+ (resp. R∗− , ainsi que ses dérivées d’ordre ≤ p − 1 et si on pose

f (+0) − f (−0) = σ0 saut de f en 0

f (k) (+0) − f (k) (−0) = σk k = 1, . . . , p − 1

32
2.3. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS

on trouve en utilisant une intégration par parties

Tf0 = Tf 0 + σ0 δ

et par itération :
(p)
Tf = Tf (p) + σp−1 δ + . . . + σ0 δ p−1

où Tf (p) désigne la distribution associée à la fonction définie presque partout


(p)
(ici sau en 0), p-ième dérivée usuelle de f , et Tf la p-ième dérivée au sens des
distributions de la distribution associée à f .
(c) Dérivée de la mesure de Dirac.

hδ 0 , ϕi = − hδ, ϕ0 i = −ϕ0 (0)

δ (p) , ϕ = (−1)p ϕ(p) (0).

2. Distributions sur Rd . On trouve encore

h∂ α δ, ϕi = (−1)|α| (∂ α ϕ)(0).

Proposition 2.3.5 (Dérivation et constantes) Soit I intervalle ouvert de R et T ∈


D0 (I). Supposons que
T 0 = 0 dans D0 (I).
Alors T est (la distribution définie par) une fonction constante.

Preuve : Notons I =]a, b[. Dire qu’une fonction φ est la dérivée d’une fonction test
Φ ∈ D(I) équivaut à dire que φ ∈ D(I) et que
Z
φ(x) = 0
I

En effet, soit [c, d] ⊂]a, b[ tel que supp(φ) ⊂ [c, d]. Alors la fonction Φ définie par
Zx
Φ(x) = φ(y)dy
a

satisfait aux conditions suivantes :

Φ ∈ C ∞ (I), Φ0 = φ, supp(Φ) ⊂ [c, d]

puisque, pour tout z ∈]d, b[ on a


Zz Z
Φ(z) = φ(x)dx = φ(x)dx = 0;
a I

33
2.3. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS

Soit donc ψ ∈ D(I) quelconque ; posons


Z
φ(x) = ψ(x) − χ(x) ψ(y)dy, pour tout x ∈ I
I
R
où χ ∈ D(I) est telle que χ(y)dy = 1. Alors
I
 
Z Z Z Z
φ(x)dx = ψ(x)dx −  χ(x)dx  ψ(y)dy = 0
I I I I

de sorte que, d’après ce qui précéde, il existe Φ ∈ D(I) telle que φ = Φ0 . Autrement
dit Z
0
ψ(x) = Φ (x) + χ(x) ψ(y)dy, pour tout x ∈ I.
I
Par conséquent
Z
0
hT, ψi = hT, Φ i + hT, χi ψ(x)dx
I
Z
0
= − hT , Φi + hT, χi ψ(x)dx = C h1, ψi avec C = hT, χi ,
I

pour toute fonction test ψ ∈ D(I). Autrement dit T = C dans D0 (I). 2

Exemple 2.3.6 La fonction x 7→ ln |x| étant localement intégrable sur R, elle définit un
éléement de D0 (R). On a
1
(ln |x|)0 = vp
x
dans D0 (R).
En effet, pour tout φ ∈ D(R), on a, en intégrant par parties,
Z+∞ Z∞
h(ln |x|)0 , φi = − ln |x| φ0 (x)dx = − ln |x| (φ0 (x) + φ0 (−x))dx
−∞ 0
Z∞
φ(x) − φ(−x)
= [ln |x| (φ(x) − φ(−x))]∞
0 + dx
x
0
 
1
= vp , φ
x

2.3.2 Multiplication par une fonction de classe C ∞


On définit naturellement la somme de deux distributions : la somme de deux
distributions T1 et T2 est définie comme la distribution T1 + T2 qui opère par

hT1 + T2 , ϕi = hT1 , ϕi + hT2 , ϕi , ∀ϕ ∈ D(Ω)

34
2.3. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS

Définition 2.3.7 (Produit C ∞ − D0 ) Soient d ≥ 1 et Ω un ouvert de Rd . Pour toute


fonction f ∈ C ∞ (Ω) et toute distribution T ∈ D0 (Ω), on définit la distribution produit
de T par f , notée f T ∈ D0 (Ω), par la formule

hf T, φi = hT, f φi , pour tout φ ∈ D(Ω)

Vérifions que la formule ci-dessus définit bien une distribution sur Ω, ce qui se
ramène à vérifier la propriété de continuité. Or la formule de Leibnitz montre
que, pour tout compact K ⊂ Ω, on a

X α!
max sup |∂ α (f φ)(x)| = max sup ∂ α−β f (x)∂ β φ(x)
|α|≤p x∈K |α|≤p x∈K
β≤α
β!(α − β)!
≤ Mp,K (f ) max sup ∂ β φ(x)
|β|≤p x∈K

avec Mp,K (f ) = 2p max|α|≤p supx∈K |∂ α f (x)|.

Proposition 2.3.8 (Formule de Leibnitz dans D0 ) Soient Ω un ouvert de Rd , une fonc-


tion f ∈ C ∞ (Ω)et une distribution T ∈ D0 (Ω). Alors, pour tout j = 1, . . . , d, on a

∂xj (f T ) = ∂xj f T + f ∂xj T dans D0 (Ω).


 

Plus généralement, pour tout multi-indice α ∈ Nd , on a


X α!
∂ α (f T ) = ∂ α−β f ∂ β T dans D0 (Ω)

β≤α
β!(α − β)!

Preuve : Soit α ∈ C ∞ (Ω) et T ∈ D0 (Ω) on a, d’après les définitions


 

(αT ), ϕ = − hT, α∂i ϕi
∂xi
   
∂T ∂α
= − hT, ∂i (αϕ) − ϕ∂i αi = , αϕ + T ,ϕ
∂xi ∂xi
c’est-à-dire la règle habituelle de dérivation
∂ ∂α ∂T
(αT ) = T +α .
∂xi ∂xi ∂xi
2
L’équation f T = 0, f ∈ C ∞ , T ∈ D0 n’entraı̂ne pas T = 0.

Exemple 2.3.9 L’équation


xT = 0 (2.10)
a pour solution dans D0 (R)
T = Cδ (2.11)

35
2.4. EXERCICES

Preuve :
hxT, ϕi = 0 ∀ϕ ∈ D(R)
est équivalent à
hT, xϕi = 0 ∀ϕ ∈ D(R)
mais tout ϕ ∈ D(R) est de la forme

ϕ(x) = ϕ(0)θ(x) + xψ(x)

où θ est une fonction de D, fixée, telle que θ(0) = 1 ; ψ est une fonction de D(R).
D’où, si T vérifie (2.10)

hT, ϕi = ϕ(0) hT, θi + hxT, ψi = Cϕ(0),

avec C = hT, θi ; c’est-à-dire : T = Cδ On prouve de façon analogue que si f est


une fonction de classe C ∞ s’annulant, sans que f 0 s’annule, pour x = a, l’équation
f T = 0 a pour solution dans D0 (R) T = Cδa 2

2.4 Exercices
Exercice 6 1. Démontrer que la relation
nπ+ π2
 
nπ−
Z Z
X φ(x) φ(x) 
hT0 , φi = lim+ dx + dx
sin x sin x

→0
n∈Z
nπ− π2 nπ+

1
définit une distribution T0 sur R d’ordre 1. (T0 est la valeur principale de sin x
)
2. Démontrer que sin xT = 1 et en déduire la forme générale des solutions de l’équation
sin xT = 1

Exercice 7 1. Calculer la dérivée seconde, au sens des distributions sur R, de la fonc-


tion f définie par f (x) = max(1 − |x| , 0).
2. Calculer la dérivée seconde de Tf où f est la fonction définie sur R par f (x) = |x|

Exercice 8 Soit la distribution T = Y (x)ex où Y est la fonction d’Heaviside. Montrer


que pour tout k > 0 ,
k−1
X
(k)
T =T+ δ (i)
i=0

où δ est la distribution de Dirac en 0 .

36
2.4. EXERCICES

Exercice 9 Soit ϕ ∈ D(R) telle que 0 ≤ ϕ(x) ≤ 1 , et dont le support est contenu dans
]1, 2[ . On suppose en plus que ϕ(x) = 1 pour tout x ∈]a, b[ où a et b sont des réels tels
que 1 < a < b < 2 . On pose ϕn (x) = e−n ϕ(nx) pour tout n ≥ 1.
1. Montrer que ϕn ∈ D(R), pour tout n ≥ 1.
2. Calculer ϕ(k) (dérivée k ième de ϕ) et montrer que ϕn → 0 dans D(R).
3. On considère l’application linéaire T : D(Ω) → R, définie par
Z
1
T (φ) = e x2 φ(x)dx
R

où D(Ω) est l’espace des fonctions de classe Cc∞ à support dans Ω = R \ {0}. En
calculant T (ϕn ) montrer que T ∈/ D0 (Ω).
.

Exercice 10 Soit T ∈ D0 (Rd ) telle que pour tout ϕ ∈ D(Rd ) avec ϕ ≥ 0, on ait hT, ϕi ≥
0.
1. Soit K un compact de Rd . Montrer que T est continue pour la topologie de C(K).
2. En déduire qu’il existe une mesure borélienne positive µK sur K telle que, pour
tout ϕ ∈ D(Rd ) à support dans K, on ait
Z
hT, ϕi = ϕdµK
K

3. Montrer qu’il existe une mesure borélienne positive µ sur Rd , localement finie, telle
que, pour tout ϕ ∈ D(Rd ), on ait
Z
hT, ϕi = ϕdµ
Rd

Exercice 11 Pour tout n ∈ N, Tn désigne la distribution régulière associée à la fonction


(
n si x ∈ 0, n1
 
x 7→ nχ[0, 1 ] (x) =
/ 0, n1 .
 
n 0 si x ∈

Déterminer la limite de la suite (Tn ) dans D0 (R)

Indications 11 Penser à utiliser les les primitives et les developpements limités.

37
Chapitre 3

Distributions à support compact et


convolution

3.1 Distribution à support compact


3.1.1 Support d’une distribution
Une distribution n’a pas de valeur en un point, mais on peut parler de la va-
leur d’une distribution sur un ouvert quelconque grâce aux définitions suivantes :

Définition 3.1.1 Deux distributions T1 et T2 sont ditent égales sur un ouvert Ω ⊂ Rd


si hT1 , ϕi = hT2 , ϕi pour toute ϕ ∈ D à support compact dans Ω.

Définition 3.1.2 (Support d’une distribution) Soient Ω ouvert de Rd et T une dis-


tribution sur Ω. On définit supp(T ) comme le plus petit fermé F de Ω tel que T |Ω\F = 0.
Autrement dit \
supp(T ) = F
F ∈F (T )

où

F(T ) = F fermé de Ω/T |Ω\F = 0 .

L’existence de ce plus petit fermé est un cas particulier (Ti = 0) du théorème


suivant, qui permet de déduire une distribution de sa connaissance dans une fa-
mille d’ouverts.

Proposition 3.1.3 (Principe de recollement) Soient Ω ouvert de Rd et (ωi )i∈I famille


d’ouverts de telle que
∪i∈I ωi = Ω

38
3.1. DISTRIBUTION À SUPPORT COMPACT

Soit (Ti )i∈I famille de distributions telle que Ti ∈ D0 (ωi ) pour tout i ∈ I. Supposons que

Ti |ωi ∩ωj = Tj |ωi ∩ωj

pour tous i, j ∈ I tels que ωi ∩ ωj 6= ∅. Alors il existe une unique distribution T ∈ D0 (Ω)
telle que
T |ωi = Ti , i ∈ I

Preuve : Unicité. Supposons qu’il existe deux distributions sur Ω, T et Te, vérifiant
cette propriété. Alors la distribution S = T − Te est telle que

S|ωi = 0 pour tout i ∈ I.

Montrons que S = 0.
Soit donc φ ∈ D(Ω)) et soit K = supp(φ) compact dans Ω. Comme (ωi i)i∈I est
un recouvrement ouvert de K, il en existe un sous-recouvrement fini, c’est- à-dire
i1 , . . . , in ∈ I tels que
K ⊂ ∪nk=1 ωik
Soit (χ1 , . . . , χn ) partition de l’unité sur K subordonnée au recouvrement fini
(ωi1 , . . . , ωin ), c’est-à-dire que, pour tout k = 1, . . . , n 0 ≤ χk ∈ C ∞ (Rd ) est à sup-
port compact dans ωik et nk=1 χk = 1 au voisinage de K.
P

Alors * +
Xn Xn D E
hS, φi = S, χkφ = S|ωik , χkφ = 0
k=1 k=1

et comme ceci vaut pour toute fonction test φ ∈ D(Ω), on en déduit que S = 0.
Existence. Soit K compact dans Ω, comme dans la preuve d’unicité, on déduit
du fait que la famille (ωi )i∈I fournit un recouvrement ouvert du compact K l’exis-
tence d’un sous-recouvrement fini (ωi1 , . . . , ωin ) et d’une partition de l’unité sur
K notée (χ1 , . . . , χn ) subordonnée au sous-recouvrement fini (ωi1 , . . . , ωin ).
Soit maintenant φ ∈ C ∞ (Ω) à support dans K, on pose
n
X
TK (φ) = hTik , χk φi .
k=1

Montrons que la forme linéaire TK est indépendante du choix du sousrecouvre-


ment fini (ωi1 , . . . , ωin ) et de la partition de l’unié (χ1 , . . . , χn ). Pour cela, on va
supposer qu’il existe un autre sous-recouvrement fini (ωi01 , . . . , ωi0m ) et une autre
partition de l’unité sur K notée (χ01 , . . . , χ0m ) subordonnée à ce sous-recouvrement.
Il faut faire voir que
Xn X m
hTik , χk φi = Ti0` , χ0` φ
k=1 `=1

39
3.1. DISTRIBUTION À SUPPORT COMPACT

Or n n X
m D
X X E
hTik , χk φi = Tik |ωik ∩ωi0 , χk χ0` φ
`
k=1 k=1 `=1

de sorte que, comme


Tik |ωik ∩ωi0 = Ti0` |ωik ∩ωi0
` `

on conclut que
n
X n X
X m D E
hTik , χk φi = Tik |ωik ∩ωi0 , χk χ0` φ
`
k=1 k=1 `=1
Xn X m D E Xm
= Ti0` |ωik ∩ωi0 , χk χ0` φ = Ti0` , χ0` φ
`
k=1 `=1 `=1

Ainsi la forme linéaire TK est-elle bien définie.


Maintenant, si K 0 est un autre compact de Ω, on montre de même que

hTK , φi = hTK 0 , φi

pour toute fonction test φ ∈ C ∞ (Ω) à support dans K ∩ K 0 . Posons alors

hT, φi = hTK , φi pour tout φ ∈ C ∞ (Ω) à support dans K.


Vérifions enfin que T est bien une distribution. Pour k = 1, . . . , n, écrivons la
propriété de continuité de Tik sur le compact supp(χk ) ⊂ ωik .

|hTik , χk φi| ≤ Ck max sup |∂ α (χk φ)(x)| ≤ Ck Ck0 max sup |∂ α φ(x)|
|α|≤pk x∈supp(χk ) |α|≤pk x∈supp(χk )

d’après la formule de Leibnitz, en posant


X α!
Ck0 = max sup ∂ β χk (x)
|α|≤pk x∈supp(χk )
β≤α
β!(α − β)!

En sommant membre à membre toutes les inégalités ci-dessus, on aboutit à l’esti-


mation
|hT, φi| = |hTK , φi| ≤ C max sup |∂ α φ(x)|
|α|≤p x∈K

pour tout φ ∈ C ∞ (Ω) à support dans K, avec


n
X
p = max pk , et C = Ck Ck0 .
1≤k≤n
k=1

Ceci montre que la forme linéaire T définie plus haut est une distribution sur Ω.
2

40
3.1. DISTRIBUTION À SUPPORT COMPACT

Proposition 3.1.4 (Support et opérations) Soient Ω ouvert de Rd et deux distribu-


tions T, S ∈ D0 (Ω). Alors
1. T |Ω\suppT = 0,
2. pour toute fonction test ϕ ∈ Cc∞ (Ω)

supp(ϕ) ∩ supp(T ) = ∅ implique que hT, ϕi = 0,

3. supp(T + S) ⊂ supp(T ) ∪ supp(S),


4. pour toute fonction a ∈ C ∞ (Ω), on a

supp(aT ) ⊂ supp(a) ∩ supp(T ),

5. pour tout multi-indice α ∈ Nd

supp(∂ α T ) ⊂ supp(T ).

Preuve : Considérons la famille (ωF )F ∈F (T ) d’ouverts de définis par ωF = Ω \ F ,


et posons TF = T |ωF . Observons que la famille (ωF )F ∈F (T ) est un recouvrement
ouvert de Ω \ supp(T ), que TF = 0 dans D0 (ωF ) pour tout F ∈ F(T ) par définition
de F(T ), ce qui entraı̂ne en particulier que

TF |ωF ∩ωF 0 = 0 = TF0 |ωF ∩ωF 0 pour tout F, F 0 ∈ F(T ).

On déduit alors du principe de recollement (unicité de la distribution) que

T |Ω\supp(T ) = 0 dans D0 (Ω \ supp(T )),

ce qui établit le (1).


Soit ϕ ∈ Cc∞ (Ω).

supp(ϕ) ∩ supp(T ) = ∅ ⇒ supp(ϕ) ⊂ Ω \ supp(T )

Il vient alors de (1) que

hT, ϕi = T |Ω\supp(T ) , ϕ|Ω\supp(T ) = 0

D’où le (2).
Passons à la démonstration du (3). Considérons les ouverts

O = Ω \ supp(S) et O0 = Ω \ supp(T )

D’après le (1), S|O∩O0 = 0 = T |O∩O0 . Donc

(S + T )|O∩O0 = 0

41
3.1. DISTRIBUTION À SUPPORT COMPACT

de sorte que
Ω \ (O ∩ O0 ) = supp(S) ∪ supp(T ) ∈ F(S + T ),
d’où le (3).
L’énoncé (4) est équivalent au fait que

Ω \ (supp(a) ∩ supp(T )) ∈ F(aT ).

Soit donc φ ∈ Cc∞ (Ω) quelconque telle que

supp(φ) ⊂ Ω \ (supp(a) ∩ supp(T ))

c’est-à-dire
supp(φ) ∩ supp(a) ∩ supp(T ) = ∅.
Or supp(aφ) ⊂ supp(φ) ∩ supp(a) de sorte que supp(aφ) ∩ supp(T ) = ∅. Par
conséquent, d’après le (2)

haT, φi = hT, aφi = 0,

ce qui montre que la restriction de T à Ω \ (supp(a) ∩ supp(T )) est nulle, d’où le


(4).
L’énoncé (5) est équivalent au fait que, pour tout multi-indice α ∈ Nd ,

∂ α T |ω\supp(T ) = 0,

c’est-à-dire que h∂ α T, φi = 0 pour toute fonction test φ ∈ Cc∞ (Ω) vérifiant supp(φ) ⊂
Ω \ supp(T ) Or supp(∂ α φ) ⊂ supp(φ) de sorte que supp(φ) ⊂ Ω \ supp(T ) entraı̂ne
que h∂ α T, φi = (−1)|α| hT, ∂ α φi = 0. Ceci établit donc le point (5). 2

3.1.2 Distributions à support compact


Soit Ω ouvert de Rd . On notera

E 0 (Ω) = {T ∈ D0 (Ω)|supp(T ) compact dans Ω}

Evidemment, E 0 (Ω) est un sous-espace vectoriel de D0 (Ω) sur R (ou C). A priori,
une distribution à support compact est une forme linéaire continue sur l’espace
des fonctions de classe C ∞ à support compact.

Proposition 3.1.5 (Dualité E 0 − C ∞ ) Soient Ω un ouvert de Rd et T ∈ E 0 (Ω). Pour


toute fonction φ de classe C ∞ sur Ω, la valeur hT, χφi est indépendante du choix de
χ ∈ D(Ω) vérifiant

χ = 1 sur un voisinage ouvert de supp(T ).

42
3.1. DISTRIBUTION À SUPPORT COMPACT

On définira donc
hT, φi := hT, χφi
pour toute fonction χ ∈ D(Ω) identiquement égale à 1 sur un voisinage ouvert de
supp(T ).

Preuve : Soient χ1 et χ2 ∈ D(Ω) telles que

χ1 |V1 = 1 et χ2 |V2 = 1

où V1 et V2 sont deux voisinages ouverts de K dans Ω. Alors

(χ1 − χ2 )|V1 ∩V2 = 0

et comme V1 ∩ V2 est un voisinage ouvert de supp(T ) dans Ω, pour toute fonction


φ ∈ D(Ω), la fonction (χ1 − χ2 )φ, qui est de classe C ∞ sur Ω, vérifie

supp((χ1 − χ2 )φ) ∩ supp(T ) = ∅.

D’après la Proposition 3.1.4

hT, (χ1 − χ2 )φi = 0

de sorte que
hT, χ1 φi = hT, χ2 φi
2

Proposition 3.1.6 (Propriété de continuité pour E 0 ) Soit Ω un ouvert de Rd . Alors


1. toute distribution à support compact sur Ω est d’ordre fini,
2. pour tout T ∈ E 0 (Ω), il existe un compact K ⊂ Ω, un entier p ≥ 0 et une constante
C > 0 tels que
|hT, φi| ≤ C max sup ∂ αφ(x)
|α|≤p x∈K

pour tout φ ∈ C ∞ (Ω),


3. soit (φn )n≥1 une suite de fonctions de classe C ∞ sur Ω telle que, pour tout α ∈ Nd ,
∂ α φn → ∂ α φ uniformément sur tout compact de Ω lorsque n → ∞. Alors pour
tout T ∈ E 0 (Ω)
hT, φn i → hT, φi lorsque n → ∞.

Preuve : Démontrons l’énoncé (2) qui implique évidemment les points (1) et (3).
Soit η = 21 dist(supp(T ), ∂Ω) > 0. Posons

O = ∪x∈supp(T ) B(x, η) et K = O.

43
3.1. DISTRIBUTION À SUPPORT COMPACT

Evidemment O ⊂ Ω est ouvert (comme réunion d’ouverts), tandis que K ⊂ Ω est


compact (car fermé et borné dans Rd .)
Soit χ ∈ C ∞ (Ω) à support dans O et valant identiquement 1 sur un voisinage
ouvert de supp(T )(l’existence d’une telle fonction étant garantie par le Lemme
3.2.1). Pour tout φ ∈ D(Ω)
hT, φi = hT, χφi
d’après la Proposition 3.1.5 et la propriété de continuité des distributions, ap-
pliquée au compact K, entraı̂ne l’existence d’un entier pK ≥ 0 et d’une constante
CK > 0 telle que
|hT, φi| ≤ CK max sup |∂ α (χφ)(x)| .
|α|≤pK x∈K

Puis la formule de Leibnitz montre que


X α!
sup |∂ α (χφ)(x)| ≤ sup ∂ β χ(x) sup ∂ α−β φ(x)
x∈K
β≤α
β!(α − β)! x∈K x∈K

ce qui entraı̂ne le point (2) avec p = pK et


X α!
C = CK max sup ∂ β χ(x)
|α|≤pK
β≤α
β!(α − β)! x∈K

Théorème 3.1.7 (Distributions à support dans un singleton) Soient Ω un ouvert


de Rd , un point x0 ∈ Ω et une distribution T ∈ D0 (Ω). Supposons que

supp(T ) ⊂ {x0 } .

Alors il existe une suite (aα )α∈Nd de nombres réels (ou complexes) telle que aα = 0 dès
que |α| > ordre de T et X
T = aα ∂ α δx0
α∈Nd

Preuve : D’après la Proposition 3.1.6, comme T est à support dans le singleton


{x0 } qui est compact dans Ω, c’est une distribution d’ordre fini p. Sans restreindre
la généralité de la preuve, nous allons supposer que x0 = 0 — cas auquel on peut
toujours se ramener par translation. Soit X ∈ C ∞ (R) telle que

X|[−1,1] = 1, supp(X) ⊂ [−2, 2], 0 ≤ X ≤ 1.

Pour tout  > 0, on pose χ (x) = X(|x| /) ; par construction, la fonction χ ∈
C ∞ (Rd ) est à support dans B(0, 2) et vaut identiquement 1 sur B(0, ). Pour toute
fonction φ ∈ C ∞ (Ω), on a

hT, φi = hT, χ φi + hT, (1 − χ )φi

44
3.1. DISTRIBUTION À SUPPORT COMPACT

et le second terme au membre de droite de cette égalité est nul, car le support de
(1 − χ )φ est inclus dans Ω \ B(0, ) et donc ne rencontre pas supp(T ) = {0} cf.
Proposition 3.1.4.
Etape 1. Supposons maintenant que ∂ α φ(0) = 0 pour tout α ∈ Nd tel que
|α| ≤ p = ordre de T . Il s’agit de montrer que hT, φi = 0. Notons
1
η = dist(0, ∂Ω)
2
Ecrivons la formule de Taylor à l’ordre p − |α| pour ∂ α φ en 0 :
Z1
α
X xβ
∂ φ(x) = (p + 1 − |α|) (1 − t)p−|α| ∂ β ∂ α φ(tx)dt,
β!
|β|=p+1−|α| 0

de sorte que |∂ α φ(x)| ≤ Mp |x| p + 1 − |α| pour tout x ∈ Ω tel que |x| ≤ η avec
X
Mp = (p + 1) sup ∂ β φ(y) .
|y|≤η
|β|=p+1

Utilisons maintenant la propriété de continuité de T :

|hT, φi| = |hT, χ φi| ≤ C max sup |∂ α (χ φ)(x)| .


|α|≤p |x|≤2

D’après la formule de Leibnitz


X α!
∂ α (χ φ) = ∂ β χ ∂ α−β φ.
β≤α
β!(α − β)!

De plus, pour |β| ≤ p ∂ β χ (x) ≤ Np −|β| pour tout x ∈ Ω tel que |x| ≤ η, avec

Np = max sup |∂ γ χ1 (y)| .


|γ|≤p |y|≤η

D’après ce qui précède, l’hypothèse ∂ α φ(0) = 0 pour tout α ∈ Nd tel que |α| ≤ p,
entraı̂ne donc que
X α!
|∂ α (χ φ)(x)| ≤ Mp Np (2)p+1−|α|+|β| −|β| ≤ Mp Np Qp p+1−|α| ≤ Mp Np Qp 
β≤α
β!(α − β)!

pour tout x ∈ Ω dès que  < 21 η, avec


X α!
Qp = max Mp Np 2p+1−|α|+|β| ≤ 22p+1
|α|≤p
β≤α
β!(α − β)!

Ainsi |hT, φi| ≤ CMp Np Qp , d’où on tire, puisque  > 0 peut être choisi arbitrai-
rement petit, que hT, φi = 0 pour toute fonction φ ∈ C ∞ (Ω) telle que ∂ α φ(0) = 0
pour tout α ∈ Nd tel que |α| ≤ p = ordre de T .

45
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Etape 2. Soit maintenant ψ ∈ C ∞ (Ω) quelconque ; la fonction définie par


X 1
φ(x) = ψ(x) − ∂ α ψ(0)xα
α!
|α|≤p

est de classe C ∞ sur Ω et vérifie ∂ α φ(0) = 0 pour tout α ∈ Nd tel que |α| ≤ p.
D’après ce qui précède
X 1 X 1
hT, ψi = hT, φi + hT, xα i ∂ α ψ(0) = hT, xα i ∂ α ψ(0)
α! α!
|α|≤p |α|≤p

ce qui signifie précisément que


X (−1)|α|
T = hT, xα i ∂ α δ0
α!
|α|≤p

3.2 Produit de convolution de distribution


3.2.1 Convolution D ∗ D0
Définition 3.2.1 (Convolution D ∗ D0 ) Pour toute distribution T ∈ D0 (Rd ) et toute
fonction test φ ∈ D(Rd ), on définit

T ∗ φ(x) = hT, φ(x − ·)i , pour tout x ∈ Rd

Proposition 3.2.2 (Majoration du support) Pour toute distribution T ∈ D0 (Rd ) et


toute fonction test φ ∈ D(Rd ), on a

supp(T ∗ φ) ⊂ supp(T ) + supp(φ).

Preuve : Si x ∈ Rd \ (supp(T ) + supp(φ)), alors supp(φ(x − ·)) = {x} − supp(φ) ;


donc supp(φ(x − ·)) ∩ supp(T ) = ∅ D’après la Proposition 3.1.4, ceci entraı̂ne que

T ∗ φ(x) = hT, φ(x − ·)i = 0.

Par conséquent,

T ∗ φ = 0 sur l’ouvert Rd \ (supp(T ) + supp(φ)),

ce qui montre que cet ouvert est inclus dans le complémentaire du support de
T ∗ φ.
Rd \ (supp(T ) + supp(φ)) ⊂ Rd \ (supp(T ∗ φ)).
On en déduit l’inclusion annoncée par passage au complémentaire. 2

46
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Proposition 3.2.3 (Régularité de la convolution D ∗ D0 ) Pour toute distribution T ∈


D0 (Rd ) et toute fonction test φ ∈ D(Rd ), le produit de convolution de la distribution T
par la fonction test φ est de classe C ∞ sur Rd , et on a

∂ α (T ∗ φ) = (∂ α T ) ∗ φ = T ∗ ∂ α φ.

Preuve : D’une part

(∂ α ) ∗ φ(x) = h∂ α T, φ(x − ·)i = (−1)|α| hT, ∂ α (φ(x − ·))i


= hT, (∂ α φ)(x − ·)i = T ∗ ∂ α φ(x)

puisque
(−1)|α| ∂yα (φ(x − y)) = (∂ α φ)(x − y).
D’autre part, soit x0 ∈ Rd et χ ∈ D(Rd ) fonction plateau telle que χ = 1 sur
B(x0 , 1) — cf. Lemme 3.2.1. La fonction de classe C ∞ (x, y) 7→ χ(x)φ(x − y) est
à support dans supp(χ) × (supp(χ) + supp(φ)). D’après la Proposition 5.3.6 de
dérivation sous le crochet de dualité, la fonction x 7→ hT, χ(x)φ(x − ·)i est de
classe C ∞ sur Rd et

∂ α hT, χ(x)φ(x − ·)i = hT, ∂xα (χ(x)φ(x − ·))i .

Sur B(x0 , 1), cette fonction coı̈ncide avec T ∗φ ce qui montre que T ∗φ est de classe
C ∞ sur B(x0 , 1) et que, pour tout x ∈ B(x0 , 1), l’on a

T ∗ ∂ α φ(x) = hT, (∂ α φ)(x − ·)i = hT, ∂xα (φ(x − ·))i


= ∂ α hT, φ(x − ·)i = ∂ α (T ∗ φ).

On conclut en observant que ceci vaut pour tout x0 ∈ Rd . 2

Remarque 3.2.4 (Convolution E 0 ∗ C ∞ ) On définit le produit de convolution d’une


distribution à support compact par une fonction C ∞ par la même formule que dans la
Définition 3.2.1 : pour S ∈ E 0 (Rd ) et ψ ∈ C ∞ (Rd ), on pose

S ∗ ψ(x) = hS, ψ(x − ·)i , pour tout x ∈ Rd .

Le même argument que ci-dessus montre que S ∗ ψ ∈ C ∞ (Rd ) pour tout S ∈ E 0 (Rd ) et
tout ψ ∈ C ∞ (Rd ) et que

∂ α (S ∗ ψ) = (∂ α S) ∗ ψ = S ∗ (∂ α ψ).

47
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Théorème 3.2.5 (Régularisation des distributions) Soient T ∈ D0 (Rd ) et (ζ )>0


une suite régularisante ; c’est-à-dire que ζ (x) = −d ζ( x ) avec
Z
∞ d
ζ ∈ C (R ) à support dans B(0, 1), ζ ≥ 0 et ζ(x)dx = 1.
Rd

Posons T = T ∗ ζ . Alors, pour tout  > 0, on a T ∈ C ∞ (Rd ) et T → T dans D0 (Rd )


lorsque  → 0+ .

Preuve : Que T appartient à C ∞ (Rd ) pour tout  > 0 découle de la Proposition


3.2.3 ci-dessus. Observons ensuite que, pour toute fonction test φ ∈ D(Rd ),
Z Z
hT , φi = T (x)φ(x)dx = hT, ζ (x − ·)i φ(x)dx
Rd d
* Z +R
= T, ζ (x − ·) φ(x)dx
Rd

d’après la proprosition d’intégration sous le crochet de dualité. Or


Z
ζ (x − y)φ(x)dx = ζe ∗ φ(y), pour tout y ∈ Rd ,
Rd

de sorte que, pour tout  ∈]0, 1[, supp(ζe ∗ φ) ⊂ K où


K = x ∈ Rd |dist(x, supp(φ)) ≤ 1


est compact (car fermé et borné) dans Rd . D’autre part, d’après la Proposition
3.2.3,  
∂ α ζe ∗ φ = ζe ∗ ∂ α φ
de sorte que, d’après le Théorème 1.4.2, pour tout α ∈ Nd ,
 
∂ ζ ∗ φ → ∂ α φ
α e

uniformément sur K lorsque  → 0+ . On vient donc de montrer que, pour toute


suite n → 0 lorsque n → ∞ et telle que n ∈]0, 1[ pour tout n ∈ N, l’on a
d
n ∗ φ → φ dans D(R ) lorsque n → ∞.
ζf
Par conséquent
D E
hTn , φi = T, ζf
n ∗ φ → hT, φi lorsque n → ∞,

et comme ceci vaut pour toute fonction test φ ∈ D(Rd ), et toute suite n → 0
lorsque n → ∞ telle que n ∈]0, 1[ pour tout n ∈ N, on en conclut que T → T
dans D0 (Rd ) lorsque  → 0+ . 2
Evidemment, le théorème de régularisation ci-dessus se localise sans difficulté
dans un ouvert de Rd .

48
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Théorème 3.2.6 (Densité de D(Ω) dans D0 (Ω)) Soient ouvert de Rd et T ∈ D0 (Ω). Il


existe alors une suite (Tn )n≥1 de fonctions de classe C ∞ à support compact dans Ω telle
que
Tn → T dans D0 (Ω) lorsque n → ∞.

Preuve : Pour tout n ≥ 1, on pose


 
1
Kn = x ∈ Ω|dist(x, ∂Ω) ≥ et kxk ≤ n ,
n

qui est compact (car fermé et borné dans Rd .) D’après le Lemme , il existe, pour
tout n ≥ 1, une fonction χn ∈ D(Ω) telle que

1
0 ≤ χn ≤ 1, χn |Kn = 1, supp(χn ) ⊂ Kn + B(0, ).
2n
1 1 1
Remarquons que Kn + B(0, 2n ) = ∪x∈Kn B(x, 2n ) est ouvert, et que Kn + B(0, 2n )⊂
K2n . Soit d’autre part une fonction ζ ∈ D(Rd ) telle que
Z
supp(ζ) ⊂ B(0, 1), ζ ≥ 0 et ζ(x)dx = 1.
Rd

Posons
ζn (x) = (4n)d ζ(4nx).
La distribution χn T est à support compact (inclus dans K2n ) dans Ω ; on la pro-
longe par 0 en dehors de ω, et on continue de noter par abus χn T son prolonge-
ment, qui est une distribution à support compact dans D0 (Rd ). Enfin, on pose

Tn = (χn T ) ∗ ζn ∈ C ∞ (Rd ).

Soit φ ∈ D(Ω) ; on notera encore φ son prolongement par 0 en dehors de Ω.


D’après la Proposition d’intégration sous le crochet de dualité,
Z
h(χn T ) ∗ ζn , φi = hχn T, ζn (x − ·)i φ(x)dx
Rd
* Z +
D E
= χn T, ζn (x − ·)φ(x)dx = T, χn (ζen ∗ φ)
Rd

où on rappelle que ζen (x) = ζn (−x). D’après la Proposition 3.2.3 et le Théorème
1.4.2, pour tout α ∈ Nd

∂ α (ζn ∗ φ) = ζen ∗ (∂ α φ) → ∂ α φ

49
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

uniformément sur tout compact de Rd lorsque n → ∞, de plus, pour tout n ≥ 1

1
supp(∂ α (ζen ∗ φ)) ⊂ supp(φ) + B(0, ).
4n
Choisissons un entier n1 > 0 tel que supp(φ) ⊂ Kn1 , puis un entier n2 > n1 tel
que, pour tout n > n2 , l’on ait

1
Kn1 + B(0, ) ⊂ Kn .
4n1

Alors, pour tout α ∈ Nd et tout n > n2

1 1
supp(∂ α (ζen ∗ φ)) ⊂ supp(φ) + B(0, ) ⊂ Kn1 + B(0, ) ⊂ Kn .
4n 4n1
Ainsi, pour tout n > n2
χn (ζen ∗ φ) = ζen ∗ φ,
qui est à support dans le compact Kn1 + B(0, 4n1 1 ) de Ω. On a donc

χn (ζen ∗ φ) → φ dans D(Ω), lorsque n → ∞,

de sorte que,
D E
hχn (T ∗ ζn ), φi = T, χn (ζen ∗ φ) → hT, φi lorsque n → ∞.

La fonction test φ étant arbitraire, ceci montre que Tn → T dans D0 (Ω) lorsque
n → ∞. Enfin par construction

1
supp(Tn ) ⊂ supp(χn T ) + supp(ζn ) ⊆ supp(χn ) + supp(ζn ) ⊂ K2n + B(0, ) ⊂ K4n
4n
qui est compact dans Ω, de sorte que Tn |Ω) ∈ D(Ω) pour tout n > n2 . 2

Proposition 3.2.7 (Convolution et notions de convergence) Soient une fonction test


φ ∈ D(Rd ), et (Tn )n≥1 une suite de distributions sur Rd convergeant vers T au sens des
distributions. Alors, pour tout multi-indice α ∈ Nd ,

∂ α (Tn ∗ φ) → ∂ α (T ∗ φ)

uniformément sur tout compact de Rd lorsque n → ∞.

Preuve : Sans restreindre la généralité, on supposera que T = 0. D’autre part,


il suffit de montrer que Tn ∗ φ → 0 uniformément sur tout compact de Rd et
d’appliquer cet énoncé par récurrence en changeant Tn en ∂ α Tn , puisque, d’après
la Proposition 3.2.3, ∂ α (Tn ∗ φ) = (∂ α Tn ) ∗ φ.

50
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

D’abord, pour tout x ∈ Rd ,

hTn , φ(x − ·)i → 0 lorsque n → ∞.

Posons alors
K = B(0, R) + supp(φ)
e

qui est compact dans Rd , d’après le Lemme 1.3.5. D’après le principe de bornitude
uniforme (Corollaire 2.2.7), il existe C > 0 et p ∈ N tels que

sup |Tn ∗ φ(x)| = sup |hTn , φ(x − ·)i| ≤ C max sup |∂ α φ(z)| .
|x|≤R |x|≤R |α|≤p z∈K

Montrons que
sup |Tn ∗ φ(x)| → 0 lorsque n → ∞.
|x|≤R

Sinon, il existerait η > 0 et une suite xn ∈ B(0, R) tels que

|Tn ∗ φ(xn )| > η, n ≥ 1.

Comme B(0, R) est compacte, il existe nk → ∞ telle que la sous-suite xnk → x∗ ∈


B(0, R) ; pour k → ∞ Alors

|Tnk ∗ φ(x∗ )| ≥ |Tnk ∗ φ(xnk )| − |Tnk ∗ φ(xnk ) − Tnk ∗ φ(x∗ )|


≥ η − d |x∗ − xnk | max sup |Tn ∗ ∂j φ(y)|
1≤j≤d |y|≤R

≥ η − d |x∗ − xnk | max C max sup |∂ α ∂j φ(z)|


1≤j≤d |α|≤p z∈K
η
≥ η − C 0 |x∗ − xnk | ≥
2
avec
C 0 = dC max max sup |∂ α ∂j φ(z)| ,
1≤j≤d |α|≤p z∈K

où la deuxième inégalité ci-dessus découle du théorème des accroissements finis,


tandis que la troisième est une conséquence de l’estimation uniforme sur Tn ∗ φ
obtenue plus haut. Par conséquent

lim |Tnk ∗ φ(x∗ )| ≥ η > 0,


k→∞

mais ceci est en contradiction avec le fait que Tn ∗ φ(x) → 0 pour tout x ∈ Rd
lorsque n → ∞.
On en déduit que l’hypothèse ci-dessus relative à l’existence du réel η est
fausse, c’est-à-dire que

sup |Tn ∗ φ(x)| → 0 lorsque n → ∞.


|x|≤R

Or cela signifie précisément que Tn ∗ φ → 0 uniformément sur B(0, R) pour tout


R > 0. 2

51
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

3.2.2 Produit direct


Définition 3.2.8 (Produit tensoriel de deux distributions) Soient Ω1 et Ω2 ouverts
de Rm et Rn respectivement, ainsi que S ∈ D0 (Ω1 ) et T ∈ D0 (Ω2 ). On définit une
distribution S ⊗ T sur l’ouvert Ω1 × Ω2 de Rm × Rn par la formule

hS ⊗ T, φi = hS, hT, φ(x1 , ·)ii , φ ∈ D(Ω1 × Ω2 )

On aurait pu également définir S ⊗ T par la formule

hS ⊗ T, φi = hT, hS, φ(·, x2 )ii , φ ∈ D(Ω1 × Ω2 )

Ces deux définitions sont équivalentes, comme le montre la

Proposition 3.2.9 Soient Ω1 et Ω2 ouverts de Rm et Rn respectivement, ainsi que S ∈


D0 (Ω1 ) et T ∈ D0 (Ω2 ). Pour toute fonction test φ ∈ D(Ω1 × Ω2 ), on a

hS ⊗ T, φi = hS, hT, φ(x1 , ·)ii = hT, hS, φ(·, x2 )ii

Commençons par démontrer le lemme suivant :

Lemme 3.2.10 Soit u ∈ D0 (Ω1 × Ω2 ) telle que

hu, φ1 ⊗ φ2 i = 0 pour tout φ1 ∈ D(Ω1 ) et φ2 ∈ D(Ω2 ),

en notant
φ1 ⊗ φ2 (x1 , x2 ) = φ1 (x1 )φ2 (x2 ), x1 ∈ Ω1 , x2 ∈ Ω2
Alors u = 0.

Démonstration de la proposition : Notons U la forme linéaire définie par

D(Ω1 × Ω2 ) 3 φ 7→ hS, hT, φ(x1 , ·)ii

Vérifions d’abord qu’il s’agit bien d’une distribution sur Ω1 × Ω2 . Supposons que
φ est à support dans K1 × K2 , où K1 et K2 sont compacts dans Ω1 et Ω2 respecti-
vement. Alors

|hS, hT, φ(x1 , ·)ii| ≤ C1 max sup ∂xα1 hT, φ(x1 , ·)i
|α|≤p1 x1 ∈K1

où C1 et p1 sont les paramètres intervenant dans la propriété de continuité de S


sur le compact K1 . Puis, par dérivation sous le crochet de dualité

∂xα1 hT, φ(x1 , ·)i = T, ∂xα1 φ(x1 , ·) .

52
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

La propriété de continuité de T sur le compact K2 entraı̂ne que

∂xα1 hT, φ(x1 , ·)i ≤ C2 max sup ∂xβ2 ∂xα1 φ(x1 , x2 )


|β|≤p2 x2 ∈K2

de sorte que

|hS, hT, φ(x1 , ·)ii| ≤ C1 C2 max sup ∂xβ2 ∂xα1 φ(x1 , x2 )


|α|≤p1 ,|β|≤p2 x1 ∈K1 ,x2 ∈K2

≤ C1 C2 max sup ∂xβ2 ∂xα1 φ(x1 , x2 )


|α|+|β|≤p1 +p2 x1 ∈K1 ,x2 ∈K2

Ainsi, la forme linéaire U est une distribution sur Ω1 ×Ω2 . On montrerait de même
que la forme linéaire V définie par

D(Ω1 × Ω2 ) 3 φ 7→ hT, hS, φ(·, x2 )ii

est une distribution sur Ω1 × Ω2 .


Considérons maintenant la distribution W = U − V . Pour toute fonction test
φ1 ∈ D(Ω1 ) et φ2 ∈ D(Ω2 ), on a

hU, φ1 ⊗ φ2 i = hS, hT, φ1 (x)φ2 ii = hS, φ1 i hT, φ2 i

de sorte que
hW, φ1 ⊗ φ2 i = 0.
D’après le lemme, W = 0, d’où U = V ce qui implique l’égalité entre les deux
définitions de S ⊗ T . 2
Démonstration du Lemme 3.2.10 : Soient K1 et K2 compacts dans Ω1 et ω2
respectivement. D’après le Lemme 3.2.1, il existe deux fonctions χ1 ∈ D(Ω1 ) et
χ2 ∈ D(Ω2 ) telles que

χj = 1 sur un voisinage de Kj , pour j = 1, 2.

Alors la distribution v = (χ1 ⊗ χ2 )u est à support compact dans Ω1 × Ω2 , on notera


encore v son prolongement par 0 en dehors de Ω1 × Ω2 . De plus

hv, φ1 ⊗ φ2 i = hu, (χ1 φ1 ) ⊗ (χ2 φ2 )i 0

par hypothèse, pour tout φ1 ∈ D(Rm ) ainsi que pour tout φ2 ∈ D(Rn ). Soient
maintenant ζ1 ∈ C ∞ (Rm ) et ζ2 ∈ C ∞ (Rn ) telles que
Z
supp(ζ1 ) ⊂ B(0, 1), ζ1 ≥ 0, ζ1 (x)dx = 1
Rm
Z
supp(ζ2 ) ⊂ B(0, 1), ζ2 ≥ 0, ζ2 (x)dx = 1.
Rn

53
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Notons
x1 x2
ζ1 = −m ζ1 ( , ζ2 = −n ζ2 ( )
) 
Alors, pour tout  > 0, on a

hv, ζ1 (x1 − ·) ⊗ ζ2 (x2 − ·)i = 0, x1 ∈ Rm , x2 ∈ Rn ,

ce qui s’écrit encore

v ∗ (ζ1 ⊗ ζ2 )(x1 , x2 ) = 0, pour tout x1 ∈ Rm , x2 ∈ Rn .

D’après le Théorème 3.2.5

0 = v ∗ (ζ1 ⊗ ζ2 ) → v dans D0 (Rm × Rn ) lorsque  → 0+ .

On en déduit que v = 0.
D’autre part, pour toute fonction test ψ ∈ C ∞ (Ω1 ×Ω2 ) à support dans K1 ×K2 ,

hu, ψi = hu, ψ(χ1 ⊗ χ2 )i = hv, ψi = 0

Or ceci vaut pour tous compacts K1 et K2 de Ω1 et Ω2 , de sorte que

hu, ψi = 0 pour tout ψ ∈ D(Ω1 × Ω2 ),

c’est-à-dire que u = 0. 2
Si f et g sont localement intégrables, f ∗ g l’est aussi et définit donc une distri-
bution qui opère sur D(Rd ) par
Z Z
hf ∗ g, ϕi = f ∗ g(x)ϕ(x)dx = f (y)g(x − y)ϕ(x)dxdy
Rd Rd ×Rn
Z
= f (ξ)g(η)ϕ(ξ + η)dξdη
Rd ×Rd
= h(f ⊗ g)(ξ, η), ϕ(ξ + η)i

Définition 3.2.11 (Produit de convolution D0 ∗ E 0 ) Pour tout T ∈ D0 (Rd ) et tout


S ∈ E 0 (Rd ), on définit le produit de convolution T ∗ S ∈ D0 (Rd ) par la formule
D E
hT ∗ S, φi = T, Se ∗ φ

pour toute fonction test φ ∈ D(Rd ).

Cette nouvelle extension du produit de convolution conduit à la même majora-


tion du support que dans le cas des fonctions.

54
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Proposition 3.2.12 (Majoration du support) Pour tout T ∈ D0 (Rd ) et tout S ∈


E 0 (Rd ), on a
supp(T ∗ S) ⊂ supp(T ) + supp(S).

Preuve : A nouveau, supp(T ) + supp(S) est fermé dans Rd puisque supp(S) est
compact dans Rd Soient O = Rd \ (supp(T ) + supp(S)) et φ ∈ C ∞ (Rd ) à support
dans l’ouvert O. D’après les Propositions 3.2.2 et 3.2.3, la fonction Se ∗ φ est de
classe C ∞ sur Rd et à support dans
e + supp(φ) = {−x + y|x ∈ supp(S) et y ∈ supp(φ)}
supp(S)

Or
supp(T ) ∩ (supp(S)
e + supp(φ)) = ∅,

faute de quoi il existerait x ∈ supp(S) et y ∈ supp(φ) tels que

y ∈ (supp(T ) + {x} ⊂ (supp(T ) + supp(S))

ce qui contredit l’hypothèse que φ est à support dans O. Comme Se ∗ ∗φ est une
fonction de classe C ∞ sur Rd à support compact ne rencontrant pas supp(T ), on
déduit du point (2) de la Proposition 3.1.4 que
D E
hT ∗ S, φi = T, Se ∗ φ = 0.

Par conséquent T ∗ S|O = 0, d’où la majoration annoncée pour supp(T ∗ S). 2

Exemple 3.2.13 (Convolution par la masse de Dirac) La masse de Dirac en l’origine


est l’élément neutre pour le produit de convolution : pour toute distribution T ∈ D0 (Rd ),
on a
T ∗δ =T
Plus généralement, pour tout a ∈ Rd , notons τa la translation de vecteur a, c’est-à-dire

τa : Rd 3 x 7→ x − a.

On vérifie alors sans aucune difficulté que, pour tout a ∈ Rd , T ∗ δa = T ◦ τ−a

Observons que, sous les mêmes hypothèses que dans la définition ci-dessus, c’est-
à-dire pour tout T ∈ D0 (Rd ) et tout S ∈ E 0 (Rd ) on aurait également pu définir le
produit de convolution S ∗ T par la formule
D E
hS ∗ T, φi = S, T ∗ φ .
e

En effet, Te ∗ φ est une fonction de classe C ∞ sur Rd et S une distribution à support


compact dans Rd , de sorte que le membre de droite de l’égalité cidessus est bien
défini grâce à l’extension de la dualité de E 0 (Rd ) à C ∞ (Rd ) voir Proposition 3.1.5.
En réalité cette distinction est sans objet comme le montre la proposition ci-
dessous.

55
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Proposition 3.2.14 (Commutativité de la convolution) Soient T ∈ D0 (Rd ) et S ∈


E 0 (Rd ). Alors
1. pour tout φ ∈ D(Rd ) D E D E
S, T ∗ φ = T, S ∗ φ ,
e e

2. si on définit la distribution S ∗ T par la formule


D E
hS ∗ T, φi = S, Te ∗ φ , pour tout φ ∈ D(Rd )

alors S ∗ T = T ∗ S

Preuve : Vérifions l’énoncé (1). Pour cela, soit ζ ∈ D(Rd ) telle que
Z
supp(ζ) ⊂ B(0, 1), ζ ≥ 0, ζ(x)dx = 1,
Rd

Posons ζn (x) = nd ζ(nx), x ∈ Rd , ainsi que

Sn = S ∗ ζn , n ≥ 1.

D’après les Propositions 3.2.2 et 3.2.3, Sn est une fonction de classe C ∞ sur Rd à
support dans supp(S)+B(0, n1 ) qui est compact (car fermé borné dans Rd .) D’après
le théorème de Fubini pour le crochet de dualité (Proposition 5.3.7)
D E Z D E Z
Sn , Te ∗ φ = Sn (x) Te, φ(x − ·) dx = Sn (x) hT, φ(x + ·)i dx
Rd Rd
* Z + * Z +
D E
= T, Sn (x)φ(x + ·)dx = T, Sn (−x)φ(−x + ·)dx = T, Sn ∗ φ
e
Rd Rd

assons ensuite à la limite en n → ∞ dans chaque membre de cette égalité. On sait,


d’après le Théorème 3.2.5, que

Sn → S dans D0 (Rd ) pour n → ∞

et que
supp(Sn ) ⊂ supp(S) + B(0, 1), pour tout n ≥ 1.
Soit d’une part χ ∈ D(Rd ), identiquement égale à 1 sur un voisinage ouvert du
compact supp(S) + B(0, 1). Alors
D E D E D E D E
Sn , Te ∗ φ = Sn , χ(Te ∗ φ) → S, χ(Te ∗ φ) = S, Te ∗ φ lorsque n → ∞.

D’autre part
supp(Sen ∗ φ) ⊂ K pour tout n ≥ 1

56
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

avec
e + B(0, 1)
K = supp(φ) + supp(S)
(d’après la Proposition 4.2.2) qui est compact dans Rd car fermé (d’après le Lemme
1.3.5) et borné. De plus, pour tout α ∈ Nd , on a

∂ α (Sen ∗ φ) = Sen ∗ (∂ α φ) → Se ∗ (∂ α φ) = ∂ α (Se ∗ φ)

uniformément sur K, d’après la Proposition 3.2.7. Par conséquent

Sen ∗ φ → Se ∗ φ dans D(Rd ) lorsque n → ∞.

Par continuité séquentielle de la distribution T (cf. Proposition ??)


D E D E
T, Sen ∗ φ → T, Se ∗ φ lorsque n → ∞,

ce qui implique (1). Enfin, l’énoncé (2) est une conséquence triviale du (1). 2

Théorème 3.2.15 (Continuité séquentielle du produit de convolution) Soient des


suites (Tn )n≥1 de D0 (Rd ) et (Sn )n≥1 de E 0 (Rd ) telles que

Tn → T et Sn → S dans D0 (Rd ) lorsque n → ∞.

Supposons en outre qu’il existe un compact K ⊂ Rd fixé tel que

supp(Sn ) ⊂ K pour tout n ≥ 1.

Alors
Tn ∗ Sn → T ∗ S dans D0 (Rd ) lorsque n → ∞

Preuve : Soit φ ∈ D(Rd ), écrivons que


D E
hTn ∗ Sn , φi = Tn , Sen ∗ φ

Par hypothèse, pour tout n ≥ 1

supp(Sen ∗ φ) ⊂ supp(Sen ) + supp(φ) ⊂ supp(φ) − K,

d’après la Proposition 3.2.2. (Rappelons que

A − B = {x − y|x ∈ A et y2B}

et que A − B est fermé lorsque A et B sont compacts - voir Lemme 1.3.5 et borné
dans Rd , donc compact.) Et d’après la Proposition 3.2.7,

∂ α (Sen ∗φ) = (∂ α Sen )∗φ → (∂ α S)∗φ


e = ∂ α (S∗φ)
e uniformément sur Rd lorsque n → ∞.

57
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Autrement dit,
Sen ∗ φ → Se ∗ φ dans D(Rd ).
Alors, d’après la Proposition ??,
D E D E
hTn ∗ Sn , φi = Tn , Sen ∗ φ → T, Se ∗ φ = hT ∗ S, φi lorsque n → ∞.

La fonction test φ ∈ D(Rd ) étant arbitraire, on en déduit que

Tn ∗ Sn → T ∗ S dans D0 (Rd ) pour n → ∞.

Remarque 3.2.16 Si (ζ )0<<0 est une suite régularisante il résulte, comme on l’a dit,
de la Proposition 2.2.4, que ζ → δ lorsque  → 0+ . De plus, toutes les fonctions de
la famille (ζ )0<<0 sont à support dans un même compact de Rd . D’après le Théorème
3.2.15 ci-dessus, il s’ensuit donc que, pour toute distribution T ∈ D0 (Rd ), on a

ζ ∗ T → T dans D0 (Rd ) lorsque  → 0.

On retrouve ainsi le Théorème 3.2.5 de régularisation des distributions.

Théorème 3.2.17 (Dérivation et convolution) Soient T ∈ D0 (Rd ) et S ∈ E 0 (Rd ).


Alors, pour tout multi-indice α ∈ Nd , on a

∂ α (T ∗ S) = (∂ α T ) ∗ S = T ∗ (∂ α S).

Preuve : Soit φ ∈ D(Rd ). Alors

h∂ α (T ∗ S), φi = (−1)|α| hT ∗ S, ∂ α φi
D E
|α| α
= (−1) T, S ∗ ∂ φ
e
D E
= (−1)|α| T, ∂ α (Se ∗ φ) d’après la Proposition 3.2.3
D E
= ∂ T, S ∗ φ = h(∂ α T ) ∗ S, φi .
α e

De même
D E
h∂ α (T ∗ S), φi = (−1)|α| T, Se ∗ ∂ α φ
D E
|α| α e
= T, (−1) (∂ S) ∗ φ d’après la Proposition 3.2.3
D E
^
= T, (∂ α S) ∗ φ = hT ∗ ∂ α S, φi

58
3.2. PRODUIT DE CONVOLUTION DE DISTRIBUTION

Exemple 3.2.18 (Dérivation et convolution par les dérivées de δ) Pour toute dis-
tribution T ∈ D0 (Rd ), et pour tout multi-indice α ∈ Nd , on a

T ∗ ∂ α δ = ∂ α T.

Théorème 3.2.19 (Associativité du produit de convolution) Soient R, S et T , trois


distributions sur Rd . Supposons qu’au moins deux de ces distributions sont à support
compact dans Rd . Alors
R ∗ (S ∗ T ) = (R ∗ S) ∗ T.

Preuve : En utilisant la commutativité, on peut toujours se ramener au cas où S et


T sont à support compact. Quitte à prendre ρ > 0 assez grand, on supposera que

supp(S), supp(T ) ⊂ B(0, ρ).

Soit ζ ∈ D(Rd ) telle que


Z
supp(ζ) ⊂ B(0, 1), ζ ≥ 0, ζ(x)dx = 1
Rd

Pour tout n ≥ 1, définissons ζn par la formule

ζn (x) = nd ζ(nx).

Vérifions que
R ∗ (Sn ∗ Tn ) = (R ∗ Sn ) ∗ Tn , n ≥ 1.
En effet
* Z +
R ∗ (Sn ∗ Tn )(x) = hR, Sn ∗ Tn (x − ·)i = R, Sn (x − · − z)Tn (z)dz
Rd
Z
= hR, Sn (x − · − z)i Tn (z)dz
Rd
Z
= R ∗ Sn (x − z)Tn (z)dz = (R ∗ Sn ) ∗ Tn (x).
Rd

d’après le théorème de Fubini pour le crochet de dualité (Proposition 5.3.7). Pas-


sons maintenant à la limite pour n → ∞. Par construction, pour tout n ≥ 1, on
a
supp(Sn ) et supp(Tn ) ⊂ B(0, ρ + 1)
et
Sn → S, Tn → T dans D0 (Rd ) lorsque n → ∞.

59
3.3. OPÉRATEURS DIFFÉRENTIELS LINÉAIRES SUR D0 (Ω)

D’après le théorème de continuité séquentielle du produit de convolution, on a


d’une part

R ∗ Sn → R ∗ S, puis (R ∗ Sn ) ∗ Tn → (R ∗ S) ∗ T dans D0 (Rd ) lorsque n → ∞.

D’autre part, on démontre de même que

Sn ∗ Tn → S ∗ T et supp(Sn ∗ Tn ) ⊂ supp(Sn ) + supp(Tn ) ⊂ B(0, 2ρ + 2).

Par continuité séquentielle du produit de convolution, on en déduit encore que

R ∗ (Sn ∗ Tn ) → R ∗ (S ∗ T ) dans D0 (Rd ) pour n → ∞,

ce qui entraı̂ne que R ∗ (S ∗ T ) = (R ∗ S) ∗ T . 2


On prendra bien garde au fait que ce résultat peut être faux si une seule des
trois distributions est à support compact, bien que les membres de droite et de
gauche de l’égalité ci-dessus aient un sens.

3.3 Opérateurs différentiels linéaires sur D0(Ω)


Définition 3.3.1 (Notion d’opérateur différentiel) Un opérateur différentiel sur Ω
est une application C-linéaire P de C ∞ (Ω) dans lui-même φ 7→ P φ définie par une ex-
pression de la forme
X
P φ(x) = aα (x)∂ α φ(x), x ∈ Ω,
α∈Nd ,|α|≤n

où aα ∈ C ∞ (Ω) pour tout multi-indice α ∈ Nd tel que |α| ≤ n.

l’opérateur différentiel de la définition ci-dessus s’écrit sous la forme


X
P (x, ∂x ) = aα (x)∂ α
|α|≤n

Soit donc P = P (∂x ) opérateur différentiel à coefficients constants sur Rd .


X
P (∂x ) = aα ∂ α , aα ∈ C pour |α| ≤ n.
|α|≤n

Définition 3.3.2 (Notion de solution élémentaire) Une solution élémentaire de l’opérateur


différentiel P (∂x ) est une distribution E ∈ D0 (Rd ) telle que

P (∂x )E = δ dans D0 (Rd ).

60
3.3. OPÉRATEURS DIFFÉRENTIELS LINÉAIRES SUR D0 (Ω)

En général, il n’y a pas unicité de la solution élémentaire de l’opérateur différentiel


P (∂x ) car si E est une solution élémentaire de P (∂x ) et u ∈ Ker(P (∂x )), alors E + u
est encore une solution élémentaire de P (∂x ).

Théorème 3.3.3 (Résolution des EDP) Soit P (∂x ) opérateur différentiel à coefficient
constants sur Rd et E ∈ D0 (Rd ) une solution élémentaire de P (∂x ). Soit une distribution
à support compact S ∈ E 0 (Rd ). l’EDP

P (∂x )f = S dans D0 (Rd )

d’inconnue f ∈ D0 (Rd ) admet au moins une solution, donnée par la formule f = E ∗ S

Preuve : La distribution S étant à support compact, le produit de convolution


E ∗ S définit bien une distribution sur Rd et on a

∂ α (E ∗ S) = (∂ α E) ∗ S dans D0 (Rd )

pour tout multi-indice α ∈ Nd cf. Proposition 3.2.3. L’opérateur différentiel à co-


efficients constants
X
P (∂) = bα∂ α , bα ∈ C pour |α| ≤ d
α∈Nd ,|α|≤d

vérifie donc
P (∂)(E ∗ S) = (P (∂)E) ∗ S = δ ∗ S = S,
de sorte que f = E ∗ S est une solution de l’EDP P (∂)f = S. 2
définit une applicaion linéaire de D0 (Ω) dans D0 (Ω)puisque, si T ∈ D0 (Ω)
X
aα ∂ α T
|α|≤m

est aussi une distribution de D0 (Ω) (la linéarité est immédiate). L’entier m est ap-
pelé le dégré de l’opérateur.
Une équation aux dérivées partielles à coefficients C ∞ , sur un ouvert Ω de Rd
est : X
aα ∂ α T = S
|α|≤m

où S est une distribution donnée de D0 (Ω).


Le plus simple des équations aux dérivées partielles est l’équation, sur D0 (Ω),
différentielle du premier ordre
dT
=S (3.1)
dx

61
3.3. OPÉRATEURS DIFFÉRENTIELS LINÉAIRES SUR D0 (Ω)

qui s’écrit
− hT, ϕ0 i = hS, ϕi , ∀ϕ ∈ D(R) (3.2)
et détermine la valeur de T pour les fonctions de D(R) qui sont aussi dérivées
de telles fonctions. Soit alors ψ ∈ D(R) quelconque ; θ0 ∈ D(R)une fonction arbi-
traire, mais fixée ; on cherche un nombre réel λ tel que ψ − λθ0 soit dérivée d’une
fonction de D, ϕ : pour que ϕ existe, il faut et il suffit que

Z+∞
(ψ − λθ0 )(x)dx = 0
−∞

ce qui détermine λ, pour chaque ψ :


R +∞
ψ(x)dx
λ = R −∞
+∞ ,
−∞
θ0 (x)dx
R +∞
si θ0 n’est pas dérivée d’une fonction de D(R) (c’est-à-dire −∞
θ0 (x)dx 6= 0).
Ayant ainsi fixé λ on a
ψ = λθ0 + ϕ0 ;
d’où pour tout ψ ∈ D(R), compte tenu de (3.2)

hT, ψi = λ hT, θ0 i − hS, ϕi . (3.3)

Il y a donc (comme dans le cas des fonctions) une infinité de primitives d’une
distribution S. Une d’entre elle T est fixée par le choix arbitraire de sa valeur
pour une fonction (θ0 ) arbitrairement fixée de D(R). Si TC désigne la distribution
associée à une fonction constante, égale à C, (3.3) s’écrit

hT, ψi = λ hTC , ψi − hS, ϕi

donc comme pour les fonctions, deux distributions primitives d’une même dis-
tribution, ont pour différence une constante.
On en déduit que si S est une fonction continue, il en est de même de ses
primitives qui coı̈ncident avec les primitives usuelles.

Théorème 3.3.4 Une équation différentielle linéaire d’ordre m (respectivement un système


de N équations différentielles du premier ordre à N inconnues) à coefficient C ∞ n’a pas
d’autres solutions dans D0 (R) que ses solutions usuelles si le coefficient du terme d’ordre
m (respectivement le déterminant des coefficients des termes du premier ordre) ne s’an-
nule pas dans R.

62
3.3. OPÉRATEURS DIFFÉRENTIELS LINÉAIRES SUR D0 (Ω)

Preuve : Soit
dT
+ a(x)T = b(x) (3.4)
dx
une équation du premier ordre, a et b appartiennent à C ∞ (R) ; soit A une primitive
de a
Si T est une distribution solution de (3.4),

S = eA(x) T

est aussi une distribution qui vérifie


dS
= eA(x) b(x)
dx
S est donc une primitive de la fonction, C ∞ , eA(x) b(x), c’est une fonction C ∞ . T est
donc aussi C ∞
Une démonstration analogue vaut pour les système de N équations du pre-
mier ordre à N inconnues Ti , résolu par rapport à dT
dx
i
(c’est-à-dire si le déterminant
des coefficients des dérivées premières ne s’annule pas). En mettant un système
quelconque sous forme du système du premier ordre, il est facile d’achever la
démonstration. 2
La condition de non-annulation du coefficient (ou déterminant) principal est
nécessaire comme le montre l’exemple suivant :

Exemple 3.3.5 Les solutions distributions de


dT
x =0
dx
sont telles que, C et C 0 constantes 1
dT
= Cδ donc T = CH + C 0
dx
Le théorème n’est plus vrai pour les équations aux dérivées partielles.

Exemple 3.3.6 L’équation aux dérivées partielles dans R2 ;


∂ 2T
=0
∂x∂y
a pour solution générale
T = X(x) + Y (y)
où X(x) (resp Y (y)) est une distribution quelconque telle que
∂X ∂Y
=0 (resp. = 0).
∂y ∂x
1. Nous écrirons désormais C pour TC

63
3.4. EXERCICES

Une telle distribution est donnée par 2

hX, ϕi = (X, ψ)

où X est une distribution sur R et ψ la fonction de D(R) définie par

Z+∞
ψ(x) = ϕ(x, y)dy.
−∞

3.4 Exercices
Exercice 12 1. Pour ϕ ∈ S(R × R3 ), on pose
Z
ϕ(|x| , x
hE, ϕi = dx.
4π |x|
R3

Montrer que E est une distribution tempérée sur R4 telle que suppE = {(t, x) ∈ R × R3 , t = |x|}.
2. Montrer que E est une distribution homogène de degré -2 et que ∂t2 E − ∆x E est
une distribution homogène de degré −4.
3. En calculant h∂t2 E − ∆x E, κ(t) ⊗ ψ(x)i avec κ ∈ D(R), ψ ∈ D(R3 ), et Suppκ ⊂
]0, +∞[, montrer que
Supp∂t2 E − ∆x E ⊂ {0R4 }

4. En déduire que E est une solution fondamentale de ∂t2 − ∆x .

Exercice 13 1. Rappeler la définition de la distribution T = vp( x1 ).


2. Soit  ∈ ]0, 1[ et ϕ ∈ D(R; [0, 1]) telle que
(
0 si x ≤ 2 ou x ≥ 2
ϕ (x) =
1 si  ≤ x ≤ 1
R1 dt
Montrer que hT, ϕ i ≥  t
et en déduire que T est d’ordre 1.
3. Trouver toutes les distributions T ∈ D0 (R) telles que xT 0 + T = 0.

Exercice 14 Résoudre dans D0 (R) les équations différentielles suivantes :


1. 2xT 0 − T = δ0
2. xT 0 + T = 0
2. La distribution X(x) sur R2 est le produit de convolution X ⊗ 1(x) des deux distributions
sur R, X et 1.

64
3.4. EXERCICES

Correction 14 1. Résolvons d’abord l’équation sans second membre 2xT 0 − T = 0.


L’idée est de rechercher d’abord les solutions localement intégrables de l’équation
2xu0 − u = 0. Maintenant, l’équation est singulière en 0, et on l’étudie donc sur
p
R∗+ et sur R∗− . Sur chacun de ces intervalles, on trouve que u(x) = C |x|. On note
x+ = max(x, 0) et x− = max(−x, 0). Les distributions associées aux fonctions
√ √
localement intégrables C1 x+ + C2 x− sont donc solution sur R∗ . On vérifie
aussi qu’elles sont solutions sur R. D’autre part, soit T une distribution solution de
l’équation différentielle (appartenant à D0 (R)). On note T1 sa restriction à D(R∗+ ).
Soit S1 = √T1x . La formule de Leibniz donne

0 T10 T1
S1 = √ + √ = 0.
x 2x x
Puisque S1 est définie sur un intervalle (à savoir R∗+ ), il existe une constante C1

telle que S1 = C1 , ce qui entraı̂ne T1 = C1 x+.
De même, en notant T2 la restriction de T à R∗− , il existe une constante C2 telle que
√ √ √
T2 = C2 x−. On note enfin S la distribution T − C1 x+ − C2 x−. On vérifie
aisément que le support de S est contenu dans {0}. S est donc une combinaison
linéaire de dérivées de masses de Dirac en 0. Posons donc
p
X
R= ak δk ,
k=0

qui doit vérifier 2xR0 −R = 0. Or 2xR0 −R = pk=0 2(−1)k+1 (k + 1) − 1 ak δ (k) .


P 

Et donc 2xR0 − R = 0 si et seulement si R = 0.


Reste à traiter maintenant l’équation avec second membre. La forme de ce second
membre nous pousse à rechercher une solution qui soit combinaison linéaire de
dérivées de masses de Dirac en 0, et le calcul précédent nous montre que l’on peut
en fait se contenter d’une masse de Dirac simplement. Plus précisément, on doit
avoir (2 × (−1) × (−1) − 1)a0 = 1, ce qui donne a0 = −1/3. Finalement, on a
prouvé que les solutions de l’équation de départ sont
√ √ 1
C1 x+ + C2 x− − δ0 .
3
2. Le plus facile est ici de remarquer que (xT )0 = xT 0 + T . L’équation se transforme
donc en (xT )0 = 0. Ceci entraı̂ne l’existence d’une constante C2 ∈ R telle que
xT = C. Cvp(1/x) étant solution de cette équation, celle-ci est équivalente à x(T −
Cvp(1/x)) = 0, et l’on obtient l’existence de γ telle que T s’écrive

T = Cvp(1/x) + γδ0 .

Réciproquement, toute distribution de cette forme est solution de l’équation différentielle

65
Chapitre 4

Transformation de Fourier dans


l’espace de Schwartz

4.1 Classe de Schwartz S(Rd)


Définition 4.1.1 (Espace S(Rd )) On note S(Rd ) l’espace des fonctions de classe C ∞
sur Rd à décroissance rapide ainsi que toutes leurs dérivées. Autrement dit, une fonction
ϕ ∈ C ∞ (Rd ) appartient à S(Rd ) si supx∈Rd xα ∂ β ϕ(x) < ∞ pour tous α, β ∈ Nd .

Evidemment, S(Rd ) est un espace vectoriel sur R ou sur C quand les fonctions que
l’on considère sont à valeurs complexes, ce qui sera le cas dans ce cours, puisqu’il
est consacré à la transformation de Fourier.

Exemple 4.1.2 (Quelques fonctions de S) 1. L’espace D(Rd ) des fonctions à sup-


port compact est contenu dans S.
2
2. Toutes les fonctions de la forme φ(x) = P (x)e−a|x| avec a > 0 et P fonction po-
lynôme appartiennent à la classe de Schwartz S(Rd ).
En revanche, aucune fraction rationnelle (autre que la fonction nulle) n’appartient à
la classe de Schwartz.

Il est clair que muni des opérations usuelles sur les fonctions complexes ( ad-
dition, multiplication par les scalaires et multiplication définies point par point)
S(Rd ) est une algèbre sur C.
Pour tout α, β ∈ Nd ,
— α ≤ β ⇔ αi ≤ βi , pour tout i ∈ {1, . . . , d}
— α! = α1 ! . . . αd !.
— M α : x 7→ xα définie sur Rd

1
4.1. CLASSE DE SCHWARTZ S(RD )

La formule de Leibniz multidimensionnelle est


X α!
∂ α (ϕψ) = ∂ γ ϕ∂ α−γ ψ, (4.1)
γ≤α
γ!(α − γ)!

pour toutes fonctions ϕ etψ de classe C m et α, β ∈ Nd avec |α| , |β| ≤ m.


La topologie de l’espace S(Rd ) n’est pas définie par une norme, mais par une
famille dénombrable de normes, définies comme suit : pour toute fonction ϕ ∈
S(Rd ), on pose X
Np (φ) = sup xα ∂ β φ(x) , p ∈ N.
d
|α|,|β|≤p x∈R

Définition 4.1.3 (Suites convergentes dans S(Rd )) Une suite (φn )n≥0 de fonctions
de S(Rd ) converge vers une fonction φ ∈ S(Rd ) dans l’espace S(Rd ) si Np (φn − φ) → 0
pour tout p ≥ 0 lorsque n → ∞.

Proposition 4.1.4 D(Rd ) ,→ S(Rd ) est une injection continue, et dense.

Preuve : Ceci veut dire deux choses. Si d’une part ϕj est une suite de fonctions
tests convergeant vers 0 au sens des fonctions tests, alors ϕj → 0 dans S(Rd )
(continuité). D’autre part, pour toute fonction u dans l’espace de Schwartz, on
peut exhiber une suite de fonctions tests ϕj qui converge vers u dans S(Rd ) (den-
sité).
Démontrons la première affirmation. Si ϕj tend vers 0 dans D(Rd ), cela veut
dire qu’il existe K compact fixe tel que support ϕj ⊂ K, et que ϕj et toutes ses
dérivées convergent vers 0 uniformément sur K. La convergence dans S(Rd ) est
alors vraie a fortiori.
Pour la densité, on introduit une fonction (plateau) θ ∈ C ∞ , telle que θ|B(0,1) =
1 0 ≤ θ(x) ≤ 1, et suppθ ⊂ B(0, 2). Posons pour tout n ∈ N∗
x
θn (x) = θ( ), x ∈ Rd
n
Soit maintenant φ ∈ S(Rd ), définissons la suite de fonctions tests φn (x) = φ(x)θn (x).
Evidemment, φn ∈ C ∞ (Rd ) comme produit de deux fonctions de classe C ∞ sur Rd .
Par ailleurs
supp(φn ) ⊂ suppθn = B(0, 2n).
D’autre part. Soit β un multi-indice. Alors
!
x X β 1 γ x β−γ
∂ β (φ − φn )(x) = (1 − θ( ))∂ β φ(x) − ∂ θ( )∂ φ(x). (4.2)
n γ n|γ| n
γ ≤β
1 ≤ |β|

2
4.1. CLASSE DE SCHWARTZ S(RD )

de sorte que pout α ∈ Nd ,

xα ∂ β (φ − φn )(x) ≤ xα (1 − θn (x))∂ β φ(x)


!
1 X β 1
+ sup |∂ γ θ(z)| sup xα ∂ β−γ φ(x)
n γ n|γ| z∈Rd x∈Rd
γ ≤β
1 ≤ |β|

C
≤ xα (1 − θn (x))∂ β φ(x) +
Np (φ)
n
avec C = 2p max0<|γ|≤p supz∈Rd |∂ γ θ(z)|. De plus, pour tous les multi-indices α, β
tels que |α| et |β| ≤ p,
1 α 2 β 1
xα (1 − θn (x))∂ β φ(x) ≤ x |x| ∂ φ ≤ Np+2 (φ)
n2 n2
Remarquons en effet que 0 ≤ 1 − θ(z) ≤ |z|2 puisque 1 − θ(z) = 0 si |z| ≤ 1, tandis
que 0 ≤ 1 − θ(z) ≤ 1 si |z| ≥ 1. Ainsi, pour tous les multi-indices α, β tels que |α|
et |β| ≤ p, on a
1 C
sup xα ∂ β (φ − φn )(x) ≤ 2
Np+2 (φ) + Np (φ) → 0
x∈Rd n n
lorsque n → ∞, ce qui montre que φn → φ dans S(Rd ) lorsque n → ∞. 2

Définition 4.1.5 (Croissance polynômiale) On dit qu’une fonction continue f sur


Rd est à croissance polynômiale s’il existe un entier n ≥ 0 tel que

f (x) = O(|x|n ) pour |x| → ∞

Proposition 4.1.6 (Classe de Schwartz et opérations) Soit φ ∈ S(Rd ). Alors


1. pour tout α ∈ Nd , la fonction ∂ α φ ∈ S(Rd ),
2. pour tout f ∈ C ∞ (Rd ) dont toutes les dérivées sont à croissance polynômiale, la
fonction f φ ∈ S(Rd ),
3. pour tout q ∈ [1, ∞], on a S(Rd ) ⊂ Lq (Rd ), de plus, il existe une constante C > 0
telle que, pour tout f ∈ S(Rd )
1 1
M α∂ β f q
≤ CNp (f )1− q Np+d+1 (f ) q
1
pour tout α, β ∈ Nd avec |α| , |β| ≤ p en utilisant la convention habituelle ∞
=0

Preuve : Le point (5.20) est trivial. Démontrons le point (2). Appliquons la formule
de Leibnitz :
X
Np (f φ) = sup xα ∂ β (f φ)(x)
d
|α|,|β|≤p x∈R
X X β!
≤ sup xα ∂ γ f (x)∂ β−γ φ(x)
(β − γ)!γ! x∈Rd
|α|,|β|≤p γ≤β

3
4.2. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S(RD )

Comme f est à croissance polynômiale ainsi que toutes ses dérivées, il existe,
pour tout entier p ≥ 0, un entier np (f ) ≥ 0 et une constante Mp > 0 telle que

|∂ γ f (x)| ≤ Mp (1 + |x|2np (f ) ), pour tout x ∈ Rd et |γ| ≤ p.

Comme  
2np (f ) 2np (f )−1 2n (f ) 2n (f )
|x| ≤d x1 p + ... + xd p
on en déduit que
Np (f φ) ≤ Cf Np+2np (f ) (φ)
avec
X β!
Cf = Mp (1 + d2np (f )−1 ) sup = 2p (1 + d2np (f )−1 )Mp ,
|β|≤p γ≤β (β − γ)!γ!

d’où le résultat annoncé.


Pour ce qui est du point (3), posons g = M α ∂ β f ∈ S(Rd ), on observe que
Z Z
q q−1
|g(x)| dx ≤ sup |g(x)| |g(x)| dx
x∈Rd
Rd Rd
Z
q−1 dx
≤ sup |g(x)| (1 + |x|d ) |g(x)|
x∈Rd 1 + |x|d
Rd
Z
q−1 d dx 1− 1q
≤ sup |g(x)| sup (1 + |x| )g(x) ≤ CN0 (g) Nd+1 (g)
x∈Rd x∈Rd 1 + |x|d
Rd

D’où l’inégalité annoncée. 2

4.2 Transformation de Fourier dans S(Rd)


Définition 4.2.1 (Transformation de Fourier) Soit φ ∈ S(Rd ). On appelle trans-
formée de Fourier de φ la fonction F(φ) définie par
Z
F(φ)(ξ) = e−iξ·x φ(x)dx, ξ ∈ Rd
Rd

L’application linéaire F est la transformation de Fourier, elle est définie pour tout
φ ∈ S(Rd ), puisque, pour tout ξ ∈ Rd on a e−iξ·x φ(x) = |φ(x)| et que φ ∈ L1 (Rd )
d’après la Proposition 4.1.6 (3).

Proposition 4.2.2 (Transformation de Fourier et opérations) Soit φ une fonction de


S(Rd ). Alors

4
4.2. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S(RD )

1. la fonction F(φ) est de classe C 1 (Rd ) et on a, pour tout j = 1, . . . , d

∂ξj F(φ)(ξ) = F(−iMj φ)(ξ), ξ ∈ Rd ,

2. pour tout j = 1, . . . , d, on a

F(∂xj φ)(ξ) = iξj F(φ)(ξ), ξ ∈ Rd ,

3. pour tout a ∈ Rd , la fonction τa φ définie par τa φ(x) = (x − a) a pour transformée


de Fourier
F(τa φ)(ξ) = e−iξ·a F(φ)(ξ), ξ ∈ Rd ,

4. pour tout a ∈ Rd , on a

F(eia·x φ)(ξ) = Fφ(ξ − a), ξ ∈ Rd

Preuve : Observons que la fonction (x, ξ) 7→ e−iξ·x φ(x) est de classe C 1 sur
Rd × Rd , et que, pour tout j = 1, . . . , d,

∂xij e−iξ·x φ(x) = −ixj e−iξ·x φ(x) = |xj φ(x)|

or Mj φ ∈ L1 (Rd ) d’après la Proposition 4.1.6.


D’aprés le théorème de dérivation sous le signe somme on a donc
Z Z
−iξ·x
∂ξj Fφ(ξ) = ∂ξj e φ(x)dx = (−i)xj e−iξ·x φ(x)dx
Rd Rd

ce qui établit le point (1).


Passons à la démonstration du (2). Notons x0 = (x2 , . . . , xd ) ; alors, par intégration
par parties en x1 , on a
Z Z Z
−iξ·x
 −iξ·x x1 =+∞ −iξ·x
φ(x)dx1 = iξ1 e−iξ·x φ(x)dx1

e ∂x1 φ(x)dx1 = e φ(x) x1 =−∞ − ∂ x1 e
R R R
(4.3)
0 d
car x1 7→ φ(x1 , x ) tend vers 0 pour |x1 | → ∞ puisque φ ∈ S(R ). Puis, en utilisant
le fait que
e−iξ·x ∂x1 φ(x) = |∂x1 φ(x)|
est intégrable dans Rd et que

e−iξ·x φ(x) = |φ(x)|

l’est aussi (d’après la Proposition 4.1.6 puisque φ ∈ S(Rd )), on intègre en x0 les
deux membres de l’égalité (4.3) et, en appliquant le théorème de Fubini, on trouve
que Z Z
e−iξ·x ∂x1 φ(x)dx = iξ1 e−iξ·x φ(x)dx
Rd Rd

5
4.2. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S(RD )

ce qui correspond à l’énoncée (2) pour j = 1. Le cas de j = 2, . . . , d est identique.


En faisant le changement de variables z = x − a dans l’intégrale de Fourier
Z Z
−iξ·x −iξ·a
F(τa φ)(ξ) = e φ(x − a)dx = e e−iξ·z φ(z)dz
Rd Rd

ce qui donne le point (3). Le point (4) découle immédiatement de la définition de


transformation de Fourier. 2

Corollaire 4.2.3 Pour tout élément (α, ϕ) de Nd × S(Rd ),

F (∂xα ϕ) (ξ) = (i)|α| (M α Fϕ)(ξ). (4.4)

∂ξα (Fϕ)(ξ) = (−i)|α| F(M α ϕ)(ξ) (4.5)

Considérons deux éléments ϕ et ψ de S(Rd ). Nous avons


Z Z
−iy.ξ
∀ξ ∈ R d
F(ϕ)(ξ)F(ψ)(ξ) = ϕ(y)e dy ψ(z)e−iz.ξ dz
Rd d
R 
Z Z
= ϕ(y)e−iy.ξ  ψ(z)e−iz.ξ dz  dy
Rd R d
 
Z Z
= ϕ(y)  ψ(z)e−i(z+y).ξ eiy.ξ dz  dy
Rd d
R 
Z Z
= ϕ(y)  ψ(x − y)e−ix.ξ dx dy.
Rd Rd

En appliquant le théorème de Fubini-Tonelli, nous arrivons à


 
Z Z
∀ξ ∈ Rd F(ϕ)(ξ)F(ψ)(ξ) =  ϕ(y)ψ(x − y)dy  e−ix.ξ dx.
Rd Rd

Cela nous amène à introduire la notion suivante.

Définition 4.2.4 Considérons deux fonctions f et g intégrables sur Rd . Le produit de


convolution f ∗ g de f par g est défini par
Z Z
d
∀x ∈ R f ∗ g(x) = f (y)g(x − y)dy = f (x − y)g(y)dy.
Rd Rd

Rappellons le résultat suivant.

6
4.2. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S(RD )

Proposition 4.2.5 Pour tous éléments ϕ et ψ de S(Rd ), ϕ ∗ ψ appartient à S(Rd ) et

F(ϕ ∗ ψ) = F(ϕ)F(ψ). (4.6)

Lemme 4.2.6 (Transformée de Fourier des gaussiennes) Soit A ∈ Md (R) une ma-
trice réelle carrée symétrique définie positive. Posons

1
e− 2 hA x|xi , x ∈ Rd
1 −1
GA (x) = p
d
(2π) detA

Alors GA ∈ S(Rd ) et on a
1
FGA (ζ) = e− 2 hAζ|ζi , ζ ∈ Rd

Preuve : Comme A est une matrice symétrique réelle, elle est diagonalisable à
valeurs propres réelles, avec une matrice de passage orthogonale : il existe Q ∈
Od (R) telle que  
a1 · · · 0
 . .
. . ... 

A = QΛQT avec Λ =  
..

0 . . . ad
où a1 , . . . , ad sont les valeurs propres de A. Comme A est définie positive, quitte
à permuter l’ordre des vecteurs propres de A, on peut supposer que a1 ≥ · · · ≥
ad > 0.
Que GA ∈ S(Rd ) est évident : en effet

∂ β GA (x) = Pβ (x)e− 2 hA i
1 −1 x|x

où Pβ (x) est une fonction polynôme, de sorte que


−|x|2
∂ β GA (x) ≤ |Pβ (x)| e 2a1

qui est bien à décroissance rapide pour tout β ∈ Nd .


Dans l’intégrale définissant la transformée de Fourier de GA , faisons le chan-
gement de variables y = QT x, et posons η = QT ζ : comme det(A) = a1 · . . . · ad , on
trouve que

7
4.2. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S(RD )

Z d
!Z
1
e− 2 hΛ i dx
Y T ζ·QT x 1 −1 QT x|QT x
e−iζ·x GA (x)dx = √ e−iQ
k=1
2πak
Rd Rd
d
!Z
1
e−iη·y e− 2 hΛ i dy
Y 1 −1 y|y
= √
k=1
2πak
Rd
d
!Z d
Y 1 Y 1 −1 2
= √ e−iηk yk − 2 ak yk
dy1 dy2 . . . dyd
k=1
2πak k=1
Rd
d Z
Y 1 1 −1 2
= √ e−iηk yk − 2 ak yk
dyk
k=1
2πak
R

en appliquant le théorème de Fubini à la fonction


d
1 −1 2
Y
(y1 , . . . , yd ) 7→ e−iηk yk − 2 ak yk

k=1

qui appartient à L1 (Rd ) pour tout η ∈ Rd , puisque l’on a ak > 0 pour tout k =
1, . . . , d.
Il suffit donc de savoir faire le calcul dans le cas N = 1. Pour tout a > 0, notons
1 −x2
ga (x) = √ e 2a , x ∈ R
2πa
Evidemment ga ∈ S(R), et vérifie
dga x
= − ga (x), x ∈ R.
dx a
Appliquons la transformation de Fourier à chaque membre de cette égalité. D’après
la Proposition 4.2.2 (2)-(3), on a
1 d
iζFga (ζ) = Fga (ζ),
ia dζ
ce qui s’écrit encore
d
Fga (ζ) = −aζFga (ζ), ζ ∈ R.

Cette équation différentielle admet pour solution générale
1 2
Fga (ζ) = Ce− 2 aζ

De plus Z
Fga (0) = C = ga (x)dx = 1
R

8
4.2. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S(RD )

Par conséquent
d
1 1
Y
FGA (Qη) = e− 2 ak ηk = e− 2 hΛη|ηi
k=1

de sorte que, en revenant à la variable ξ = Qη

FGA (ξ) = e− 2 hΛQ i = e− 12 hQΛQT ξ|ξi = e− 21 hAξ|ξi , ξ ∈ Rd


1 T Qη|QT Qη

Théorème 4.2.7 (Formule d’inversion de Fourier sur S(Rd )) La transformation de


Fourier est un isomorphisme de C-espaces vectoriels de l’espace S(Rd ) sur lui-même.
L’inverse de cet isomorphisme est donné par la formule
Z
−1 1
F φ(x) = eix·ξ φ(ξ)dξ, ξ ∈ Rd
(2π)d
Rd

Enfin, les isomorphismes F et F −1 sont continus sur S(Rd ), au sens où, pour tout p ∈ N,
il existe une constante Cp > 0 telle que pour toute fonction φ de S(Rd )

Np (Fφ), Np (F −1 φ) ≤ Cp Np+d+1 (φ)

Preuve : Montrons que FS(Rd ) ⊂ S(Rd ). En effet, d’après les points (2)-(3) de la
Proposition 4.2.2, on a

ξ α ∂ξβ (Fφ)(ξ) = (−i)|α|+|β| F(∂ α (xβ φ))

Or, d’après la formule de Leibnitz


X α!
∂ α (xβ φ) = ∂ γ xβ ∂ α−β φ
γ≤α
γ!(α − γ)!

qui est une fonction intégrable d’après la Proposition 4.1.6 (5.20-3), puisque φ ∈
S(Rd ). Donc M α ∂ξβ (Fφ) ∈ L∞ , pour tous α, β ∈ Nd . Ceci montre que FS(Rd ) ⊂
S(Rd ).
Plus précisément, d’après la Proposition 4.1.6 (3), pour tous multi-indices α, β ∈
d
N tels que |α| + |β| ≤ p, on a

ξ α ∂ξβ (Fφ)(ξ) = F(∂ α (xβ φ)) ≤ ∂ α (M β φ) L1


≤ CNd+1 (∂ α (M β φ)) ≤ CNp+d+1 (φ),

de sorte qu’il existe Cp > 0 tel que, pour tout φ ∈ S(Rd ), on ait

Np (Fφ) ≤ Cp Np+d+1 (φ).

9
4.2. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S(RD )

Passons maintenant à la formule d’inversion de Fourier. Soit  > 0. Posons


Z
1 iξ·(x−y)− 12 |ξ|2
G (x − y) = e dξ.
(2π)d
Rd

1 2
Puisque la fonction (y, ξ) 7→ eiξ·(x−y)− 2 |ξ| φ(y) est intéfrable sur Rd ×Rd , le théorème
de Fubini garantit que
 
Z Z Z
1 2
 eiξ·(x−y)− 12 |ξ| dξ  φ(y)dy
G (x − y)φ(y)dy = d
(2π)
Rd Rd Rd
 
Z Z
1 1 2
= d
eiξ·x e− 2 |ξ|  e−iξ·y φ(y)dy  dξ
(2π)
Rd Rd
Z
1 1 2
= d
eiξ·x e− 2 |ξ| φ(ξ)dξ
b
(2π)
Rd

Or Z Z
G (x − y)φ(y)dy = G (z)φ(x − z)dz
Rd Rd

avec le changement de variable z = x − y, et


√ √ √d √
Z Z Z
G (z)φ(x − z)dz = G ( ω)φ(x − ω)  dω = G1 (ω)φ(x − ω)dω,
Rd Rd Rd

à l’aide du changement de variable z = ω. Pour tout x ∈ Rd

G1 (ω)φ(x − ω) → G1 (ω)φ(x) pour tout ω ∈ Rd

lorsque  → 0 (car φ est continue puisqu’elle est dans S(Rd ) )et



G1 (ω)φ(x − ω) → G1 (ω)φ(x) ≤ CG1 (ω)

7 G1 (ω) ∈ L1 (Rd ). Donc, par conver-


avec C = supy∈Rd |φ(y)|, et l’application ω →
gence dominée, pour tout x ∈ Rd
Z Z
lim+ G (z)φ(x − z)dz = lim+ G (z)φ(x − z)dz
→0 →0
Rd Rd
Z
= φ(x) G1 (ω)dω = φ(x)
Rd

Par ailleurs, pour tout x ∈ Rd ,


1 2
lim+ eiξ·x e− 2 |ξ| φ(ξ)
b = eiξ·x φ(ξ),
b ∀ξ ∈ Rd
→0

10
4.3. APPLICATION DE LA TRANSFORMATION DE FOURIER AUX EDP

et
1 2
eiξ·x e− 2 |ξ| φ(ξ)
b ≤ φ(ξ)
b

avec |Fφ| ∈ L1 (Rd ), car élément de S(Rd ). D’après le théorème de la convergence


dominée, on a
Z Z
1 iξ·x − 12 |ξ|2 b 1 1 2
lim+ d
e e φ(ξ)dξ = d
lim+ eiξ·x e− 2 |ξ| φ(ξ)dξ
b
→0 (2π) (2π) →0
Rd Rd
Z
1
= eiξ·x φ(ξ)dξ
b
(2π)d
Rd

On trouve donc que Z


1
φ(x) = eiξ·x φ(ξ)dξ.
b
(2π)d
Rd
2

Corollaire 4.2.8 (Formule de Plancherel) Pour tous φ, ψ ∈ S(Rd ), on a


1
hφ|ψiL2 (Rd ) = hFφ|FψiL2 (Rd )
(2π)d
Preuve : En effet
Z
hφ|ψiL2 (Rd ) = φ(x)ψ(x)dx
Rd
Z Z
1
= φ(x) eix·ξ Fψ(ξ)dξdx
(2π)d
Rd Rd
Z Z
1
= φ(x)e−ix·ξ Fψ(ξ)dξdx
(2π)d
Rd Rd
Z
1 1
= Fφ(ξ)Fψ(ξ)dξ = Fφ|Fψ L2 (Rd )
(2π)d (2π)d
Rd

d’après le théorème de Fubini. (En effet, la fonction (x, ξ) 7→ φ(x)Fψ(ξ) est intégrable
sur Rdx × Rdξ , puisque et Fψ, φ ∈ S(Rd ). 2

4.3 Application de la transformation de Fourier aux


EDP
Considérons un opérateur différentiel linéaire et à coefficients constants L =
X ∂α
aα α , un élément ψ de S(Rd ) et l’équation aux dérivées partielles
∂x
|α|≤m

Lϕ = ψ. (E)

11
4.3. APPLICATION DE LA TRANSFORMATION DE FOURIER AUX EDP

Remarquons que d’après le Corollaire 4.2.3, nous avons


X
∀ϕ ∈ S(Rd ) ∀ξ ∈ Rd F(Lϕ)(ξ) = aα (iξ)α F(ϕ)(ξ).
|α|≤m

Ainsi, un élément ϕ de S(Rd ) est solution de l’équation (E) si et seulement si

P F(ϕ) = F(ψ)
X
où P désigne le polynôme ξ 7→ P (ξ) = i|α| aα ξ α
|α|≤m

d
X ∂2
Exemple 4.3.1 Considérons l’opérateur de Laplace 4 = 2
et l’équation de La-
j=1
∂x j

place 4ϕ = 0.
Pour tout élément ϕ de S(Rd ) nous avons
d
X
d
−4ϕ = 0 ⇔ ∀ξ ∈ R ξj2 ϕ(ξ)
b =0
j−1
d
⇔ ∀ξ ∈ R \ {0} ϕ(ξ)
b =0
⇔ ∀ξ ∈ Rd ϕ(ξ)
b =0
⇔ ϕ = 0.

Remarquons que si le polynôme P ne s’annule pas sur Rd alors pour tout élément ϕ de
S(Rd ) nous avons

Lϕ = ψ ⇔ P ϕ = F(ψ)
1
⇔ F(ϕ) = F(ψ)
 P−1 
⇔ ϕ = F P F(ψ)

car P −1 F(ψ) appartient à S(Rd ).

Exemple 4.3.2 Soit ψ un élément de S(Rd ) nous avons

−4ϕ + ϕ = ψ ⇔ ∀ξ ∈ Rd (|ξ|2 + 1)F(ϕ)(ξ) = F(ψ)(ξ)


1
⇔ ∀ξ ∈ Rd F(ϕ)(ξ) = 2 F(ψ)(ξ) = R(ξ)F(ψ)(ξ)
|ξ| + 1
⇔ ϕ = F [RF(ψ)]

−4ϕ = ψ ⇔ ∀ξ ∈ Rd |ξ|2 F(ϕ)(ξ) = F(ψ)(ξ)


1
⇔ ∀ξ ∈ Rd \ 0 F(ϕ)(ξ) = 2 F(ψ)(ξ).
|ξ|
Nous constatons que ξ 7→ |ξ|−2 F(ψ)(ξ) n’appartient toujours pas à S(Rd ).

−4ϕ = ψ est appelée une équation de Poisson.

12
4.4. EXERCICES

4.4 Exercices
Exercice 15 (Théorème de Riemann-Lebesgue) Pour f ∈ L1 (Rd ), la transformée de
Fourier de f est la fonction fb défnie par
Z
fb(ζ) = e−iζ·x f (x)dx.
Rd

Montrer que pour toute f ∈ L1 (Rd ) on à fb ∈ C0 (Rd ) et que l’application F : L1 (Rd ) →


C0 (Rd ), définie par F(f ) = fˆ, est linéaire et continue.

Exercice 16 Nous voulons calculer la transformée de Fourier de y 7→ e−2πα|y| , avec α >


0.
eiβz
1. En appliquant la théorie des résidues à la fonction f (z) = 1+z 2
, montrer que

Z∞
−β 2 cos βx
e = dx, β > 0. (4.7)
π 1 + x2
0

2. Calculer la transformée de Fourier de y 7→ e−2π|y|


3. Conclure

Correction 15 1. considérons un chemin fermé constitué du segment [−R, R] (R >


0) et du demi-cercle CR suitué dans le demi-plan supérieur et reliant les points
(−R, 0) et (R, 0). Le developpement de Laurent de f au voisinage du point i unique
point singulier dans ce demi-plan est


∞ X
X e−β
f (z) = (−1)u (iβ)u (z − i)u+k−1 (4.8)
k=0 u=0
(2i)k+1 u!
De sorte que le résidu Resi f = a−1 correspond aus termes dans lesquels u + k = 0.
or u et k sont des entiers naturels ; donc on a u = k = 0 et par suite Resi f =
−β
a−1 = e2i . Par ailleurs, le chemin Γ = [−R, R] + CR ; D’où

ZR Zπ
eiβt eiβR(cos θ+i sin θ)
Z
πe−β = 2πiResi f = f (z)dz = dt+ Rieiθ dθ. (4.9)
1 + t2 1 + R2 e2iθ
Γ −R 0

Or
ZR ZR
eiβt 2 cos βt
dt = 2 dt (4.10)
1 + t2 1 + t2
−R 0

13
4.4. EXERCICES

Donc il nous suffit de montrer que



eiβR(cos θ+i sin θ)
lim Rieiθ dθ = 0. (4.11)
R→∞ 1 + R2 e2iθ
0

Mais alors on a
Zπ Zπ
eiβR(cos θ+i sin θ) e−βR sin θ
Rieiθ dθ ≤ Rdθ
1 + R2 e2iθ R2 − 1
0 0
πR
≤ ,
R2 −1
car sur [0, π], sin est positif. le résultat s’ensuit.
Par un simple changement de variable (x = (1 + t2 )u), on peut aussi vérifier que
Z∞
1 2 )u
= e−(1+t du. (4.12)
1 + t2
0

En prenant (4.12) dans (4.7), on obtient


Z∞ Z∞ Z∞
2 cos βx 2 2
e−β = 2
dx = cos βxe−(1+x )u dudx
π 1+x π
0 0 0
∞   +∞ 
Z∞ Z Z∞ Z
2 
2
 2  1 2

= e−u (cos βx)e−x u dx du = e−u eiβx e−x u dx du
π   π 2 
0 0 0 −∞

En faisant le changement de variable x = −2πy, nous obtenons


 +∞ 
Z∞ Z Z∞  r 
−β 2 −u

−2πiβy −4π 2 y 2 u
 2 −u 1 π − β2
e = e π e e dy du = e e 4u du.
π   π 2 u
0 −∞ 0

2. Il vient alors de ce qui précède que


 
Z Z  Z∞ −u
−2π|y| −iu.y 1 e 4π 2 |y|2
− 4u

F1 (t) = e e dy = √ √ e du e−it.y dy
 π u 
Rd Rd 0
Z∞ (r d ) Z∞
1 e−u u −u|t| 2 1 2
= √ √ e du = (d+1)/2 e−u u(d−1)/2 e−u|t| du
π u π π
0 0
Z∞
1 1 Γ [(d + 1)/2] 1
= e−s s(d−1)/2 ds = .
π (d+1)/2 (1 + |t|2 )(d+1)/2 π (d+1)/2
(1 + |t|2 )(d+1)/2
0

14
4.4. EXERCICES

3. Si nous posons z = αy, on obtient que Fα (t) = α−d F1 αt . Par suite nous avons


d+1

Γ
Z
α
Fα (t) = e−2πα|y| e−2πit.y dy = 2
d+1  d+1
d
π 2 α 2 + |t|2 2
R

Exercice 17 1. Calculer la transformée de Fourier de la fonction x 7→ e−a|x| , où a ∈


R∗+ .
a
2. Déduire de la question précédente la transformée de Fourier de g(x) = a2 +x2
.

Exercice 18 On considère l’équation différentielle ordinaire en I, où H est la fonction de


Heaviside.
d
RI(t) + L I(t) = EH(t), ( au sens des distributions).
dt
R, L et E sont des nombres strictement positifs. En utilisant la transformation de Fourier,
monter que  
1 1 d
I(t) = E − exp(−R |x| /L) ∗ H
2L 2R dx

Exercice 19 La transformation de Fourier est une application linéaire continue de L1 (R)


dans l’ensemble des fonctions continues de limite nulle à l’infini C0 (R). Le but de cet
exercice est de prouver qu’ainsi définie, la transformée de Fourier n’est pas surjective,
c’est-à-dire qu’il existe des fonctions de C0 (R) qui ne sont pas la transformée de Fourier
d’une fonction de L1 (R). On fixe f ∈ L1 (R), impaire.
1. Montrer que pour tout x ∈ R, on a :
Z∞
fˆ(x) = −2i f (t) sin(xt)dt
0

2. Prouver que la fonction


Z∞
sin u
φ(x) = du
u
x

est définie, continue et bornée sur [0, +∞[.


3. Montrer que l’on a :
Z∞
 Rx 
ZR ˆ Z
f (t) sin u 
dt = −2if (x)  du dx
t u
1 0 x

En déduire que
ZR ˆ Z∞
f (t)
lim dt = −2if (x)φ(x)dx
R→∞ t
1 0

15
4.4. EXERCICES

4. Soit g la fonction définie sur R par


arctan x
g(x) =
ln(2 + x2 )

(a) Montrer que g ∈ C0 (R).


(b) On suppose que g est la transformée de Fourier d’une fonction intégrable f .
Montrer que f est nécessairement impaire (presque partout).
(c) En déduire que g n’est pas la transformée de Fourier d’une fonction intégrable

16
Chapitre 5

Transformation de Fourier des


distributions

5.1 Distributions tempérées


Définition 5.1.1 (Distributions tempérées) Une distribution tempérée est une forme
linéaire continue sur S(Rd ), c’est-à-dire une forme linéaire T sur S(Rd ) telle qu’il existe
un entier p ≥ 0 et C > 0 pour lesquels

|hT, φi| ≤ CNp (φ) pour tout φ ∈ S(Rd ).

L’ensemble des distributions tempérées est un C-espace vectoriel, que l’on note
S 0 (Rd ).
Comme D(Rd ) ⊂ S(Rd ), toute distribution tempérée T ∈ S 0 (Rd ) définit par
restriction une forme linéaire D(Rd ) 3 φ 7→ hT, φi.
Cette forme linéaire est évidemment une distribution puisque, pour toute fonc-
tion test φ ∈ C ∞ (Rd ) à support dans un compact K de Rd , on a Np (φ) ≤ ApK (p +
1)2d max|α|≤p supx∈K |∂ α φ| avec AK = maxx∈K (1 + |x|). Par conséquent

S 0 (Rd ) ⊂ D0 (Rd ).

L’espace S 0 (Rd ) des distributions tempérées sur Rd est par définition, le dual
topologioque de S(Rd ) muni de la topologie ∗-faible (topologie de la convergence
simple).

Exemple 5.1.2 (Exemple de distributions tempérée) 1. Toute fonction f ∈ L1loc (Rd )


k
pour laquelle il existe un entier positif k tel que Rd (1 + |x|2 )− 2 |f (x)|dx < ∞.
R

définie une distribution tempérée.

17
5.1. DISTRIBUTIONS TEMPÉRÉES

En effet, nous avons, pour tout élément ϕ de S(Rd )


Z Z
k k
|f (x)ϕ(x)|dx = |f (x)|(1 + |x|2 )− 2 (1 + |x|2 ) 2 |ϕ(x)|dx
Rd Rd
Z
k k
−1
≤ 2 2 |f (x)|(1 + |x|2 )− 2 (|ϕ(x)| + |x|k |ϕ(x)|)dx
Rd
Z
k k
−1
≤ 2 2 Nk (ϕ) |f (x)|(1 + |x|2 )− 2 dx < +∞
Rd

et par suite, f ϕ est intégrable et vérifie


Z Z
k k
−1
f (x)ϕ(x)dx ≤ 2 2 Nk (ϕ) |f (x)|(1 + |x|2 )− 2 dx.
Rd Rd
R
Ainsi, compte tenu de la linéarité de l’intégrale, ϕ 7−→ hTf , ϕi = Rd
f (x)ϕ(x)dx
est une distribution tempérée.
2. Soit p ∈ [1, ∞] Lp ⊂ S 0 (Rd ).
En effet fixons p ∈ [1, ∞]. Soit un entier k > pd0 où p0 désigne l’exposant conjugué
1 1 1
de p : 0 + = 1 (avec la convention = 0).
p p +∞
k 0
— x 7→ g(x) = (1 + |x|2 )− 2 appartient à Lp (Rd )
— tout élément f de Lp (Rd ) appartient à L1loc (Rd ) et vérifie
Z
k
|f (x)|(1 + |x|2 )− 2 dx ≤ kf kp kgkp0 < +∞.
Rd
R
Par conséquent, d’après le point 1), ϕ 7−→ hTf , ϕi = Rd
f (x)ϕ(x)dx appartient à
S 0 (Rd ) et en plus,
k
∀ϕ ∈ S(Rd ) |hTf , ϕi| ≤ 2 2 −1 kf kp kgkp0 Nk (ϕ).

La linéarité de l’intégrale et l’inégalité précédente montrent que f 7−→ Tf est une


application linéaire continue de Lp (Rd ) dans S 0 (Rd ).
3. Considérons un élément γ de ]0, 1[ et le noyau de Riesz kγ défini par

∀x ∈ Rd \0 kγ (x) = |x|d(γ−1) .

Il est aisé de voir que kγ appartient à L1loc (Rd ) et vérifie


Z Z Z
2 − d2 d(γ−1) 1
kγ (x)(1 + |x| ) dx ≤ |x| dx + dx < +∞.
|x|d+d(1−γ)
Rd |x|≤1 |x|>1
R
Donc d’après le point 1), ϕ 7−→ hTkγ , ϕi = Rd
kγ (x)ϕ(x)dx est une distribution
tempérée sur Rd .

18
5.2. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS TEMPÉRÉES

5.2 Opérations sur les distributions tempérées


Grâce à un changement de variables et au théorème de Fubini-Tonelli nous
obtenons pour tout élément θ de S(Rd )
 
Z Z Z
ϕ ∗ ψ(x)θ(x)dx =  ϕ(x − y)ψ(y)dy  θ(x)dx
Rd Rd d
R 
Z Z
=  ϕ(z)ψ(x − z)dz  θ(x)dx
Rd Rd
Z
= ϕ(z) [ψ(x − z)θ(x)dx] dz
Rd
 
Z Z
= ϕ(z)  ψ(−(z − x))θ(x)dx dz
Rd Rd

c’est-à-dire
hTϕ∗ψ , θi = hTϕ , ψe ∗ θi
où ψe est définie par
∀u ∈ Rd ψ(u)
e = ψ(−u).
Nous posons pour tout ψ ∈ S(Rd ),

e ∗ θi , ∀θ ∈ S(Rd )
hT ∗ ϕ, θi = hT, ϕ

et plus généralement pour toute distribution à support compact S


D E
hT ∗ S, φi = T, Se ∗ φ

avec Se = S ◦ (−IdRd ).

Définition 5.2.1 Une fonction f de classe C ∞ sur Rd est dite à croissance lente lors-
qu’elle vérifie
k(α)
∀α ∈ Nd ∃k(α) ∈ N∗ : sup (1 + |x|2 )− 2 |(∂ α f )(x)| < +∞.
x∈Rd

Théorème 5.2.2 Si f ∈ S 0 (Rd ) et ϕ ∈ S(Rd ), alors la convolution de f par ϕ est la


fonction dont la valeur en x ∈ Rd est f ∗ ϕ(x) = hf, ϕ(x − ·)i. Mieux encore, f ∗ ϕ est
the classe C ∞ et est, avec ses dérivées, à croissance lente. On a en effet

|∂ α (f ∗ ϕ) (x)| ≤ Cα (1 + |x|)kα , (5.1)

avec Cα et kα des réels strictements positifs. Si f est à support compact, alors f ∗ ϕ ∈


S(Rd ).

19
5.2. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS TEMPÉRÉES

Preuve : Soit ψ ∈ S(Rd ). On a


 
Z
(f ∗ ϕ) (ψ) = f (ϕ̃ ∗ ψ) = f  ϕ̃(· − y)ψ(y)dy  (5.2)
Rd
 
Z
= f τy ϕ̃(·)ψ(y)dy  (5.3)
Rd
Z
= f (τy ϕ̃(·)ψ(y))dy (5.4)
Rd

la dernière égalité venant du fait que f est continue et la somme de Riemann


de l’intégral (5.3) converge dans L∞ et par suite dans la topologie de S(Rd ). Ces
calculs montrent que f ∗ ϕ est la distribution associé à la fonction x 7→ f (τx (ϕ̃)).
Montrons maintenant que f ∗ϕ ∈ C ∞ . Soit ej = (0, . . . , 1, . . . , 0) avec 1 à la j iéme
position et 0 partout ailleurs, alors on a
τhej (f ∗ ϕ)(x) − (f ∗ ϕ)(x) τhej (τx (ϕ̃)) − τx (ϕ̃)
 
=f → f (τx (∂j ϕ̃)) (5.5)
h h
τhe (τx (ϕ̃))−τx (ϕ̃)
ceci grâce à la continuité de f et le fait que j h
tend vers τx (∂j ϕ̃) lorsque
h tend vers 0. Le même calcule pour les dérivées d’ordre supérieurs montre que
f ∗ ϕ ∈ C ∞ . Il vient de la définition qu’il existe C > 0 et des entiers m et k telles
que nous ayons
X
|∂ α (f ∗ ϕ) (x)| ≤ C sup y γ τ x (∂ (α+β) ϕ̃)(y) (5.6)
d
|γ|≤m,|β|≤k y∈R
X
= C sup (x + y)γ (∂ (α+β) ϕ̃)(y) (5.7)
d
|γ|≤m,|β|≤k y∈R
X
= 2m C sup (|x|m + |y|m ) (∂ (α+β) ϕ̃)(y) (5.8)
d
|β|≤k y∈R
(5.9)
et ceci montre clairement que ∂ α (f ∗ ϕ) a une croissance au plus polynômiale en
l’infini.
Supposons que f est à support compact. Que la fonction f ∗ ϕ soit de classe

C sur Rd découle de la première partie. Puis la propriété de continuité des dis-
tributions à support compact montre que, pour tout α, β ∈ Nd , on a
xα ∂ β (f ∗ ϕ)(x) = xα (S ∗ ∂ β ϕ)(x)
≤ |xα | C max sup |∂ γ ϕ(x + y)|
|γ|≤|β|+q |y|≤R

≤ C max sup |(x + y − y)α ∂ γ ϕ(x + y)|


|γ|≤|β|+q |y|≤R

≤ 2|α|−1 C max sup (|z α + Rα | |∂ γ ϕ(z)|


|γ|≤|β|+q z∈Rd

20
5.2. OPÉRATIONS SUR LES DISTRIBUTIONS TEMPÉRÉES

en notant q l’ordre de la distribution à support compact f et R > 0 tel que


supp(S) ⊂ B(0, R). Donc

Np (f ∗ ϕ) ≤ 2p−1 (1 + Rp )CNp+q (ϕ)

pour tout p ∈ N. 2
Considérons deux éléments ϕ et ψ de S(Rd ).
En utilisant une intégration par parties et le fait que lim ϕ(x) = 0 =
|x|−→+∞
lim ψ(x), nous obtenons :
|x|−→+∞

Z Z
∀j ∈ {1, . . . , d} ∂j ϕ(x)ψ(x)dx = − ϕ(x)∂j ψ(x)dx
Rd Rd

et par suite,
Z Z
d α |α|
∀α ∈ N ∂ (ϕ)(x)ψ(x)dx = (−1) ϕ(x)∂ α (ψ)(x)dx
Rd Rd

c’est-à-dire que
∀α ∈ Nd hT∂ α (ϕ), ψi = (−1)|α| hTϕ , ∂ α (ψ)i
Nous posons pour tout miultiindice α ∈ Nd et T ∈ S 0 (Rd ),

h∂ α T, ϕi = (−1)|α| hT, ∂ α ϕi , ∀ϕ ∈ S(Rd )

et pour une fonction f à croissance lente sur Rd , nous posons

∀ϕ ∈ S(Rd ) hf T, ϕi = hT, f ϕi

Proposition 5.2.3 Soit une distribution tempérée T ∈ S 0 (Rd ). Alors


1. pour tout α ∈ Nd , la dérivée ∂ α T ∈ S 0 (Rd ),
2. pour toute fonction f à croissance polynômiale ainsi que toutes ses dérivées, la
distribution f T ∈ S 0 (Rd ),
3. pour toute distribution à support compact S ∈ E 0 (Rd ), le produit de convolution
T ∗ S ∈ S 0 (Rd ).

Preuve : Soit 1 ≤ j ≤ d ; la dérivée ∂j T est la forme linéaire Cc∞ (Rd ) 3 φ 7→


− hT, ∂j φi . Or, comme T est une distribution tempérée, il existe un entier p ≥ 0 et
une constante Cp > 0 tels que

|h∂j T, φi| = |hT, ∂j φi| ≤ Cp Np (∂j φ) ≤ Cp Np+1 (φ)

21
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

pour tout φ ∈ Cc∞ (Rd ). Par densité de Cc∞ (Rd ) dans S(Rd ), la forme linéaire ∂j T
s’étend de façon unique en une forme linéaire sur S(Rd ) pour laquelle l’inégalité
ci-dessus vaut pour tout φ ∈ S(Rd ). Ceci signifie que ∂j T est une distribution
tempérée. Le (1) en découle par récurrence.
De même, la distribution f T est la forme linéaire Cc∞ (Rd ) 3 φ 7→ hT, f φi .
Comme T est une distribution tempérée, il existe un entier p ≥ 0 et une
constante Cp > 0 tels que
|hT, f φi| ≤ Cp Np (f φ).
Or (cf. preuve de la Proposition 4.1.6), il existe un entier np (f ) ≥ 0 et une constante
Cf > 0 tels que Np (f φ) ≤ Cf Np+2np (f ) (φ) ce qui montre que la forme linéaire
f T , qui n’est définie a priori que sur Cc∞ (Rd ), s’étend par densité de manière
unique à S(Rd ) en une distribution tempérée, comme dans la preuve du point
(1). Démontrons le point D (3). LaE distribution T ∗ S est définie comme la forme
∞ d
linéaire Cc (R ) 3 φ 7→ T, Se ∗ φ .
où on rappelle que Se = S ◦ (−IdRd ). Soit R > 0 tel que S soit à support
dans B(0, R) ; donc supp(S) e ⊂ B(0, R). La preuve du Théorème 5.2.2 montre que
Np (Se ∗ φ) ≤ 2p−1 (1 + Rp )Np+q (φ) pour tout p ∈ N, où q est l’ordre de la distribution
à support compact S. Comme la distribution T est tempérée, il existe donc p ∈ N
et Cp > 0 tels que
|hT ∗ S, φi| ≤ Cp 2p−1 (Rp + 1)Np+q (φ)
ce qui montre comme dans le (1) que la forme linéaire T ∗ S, définie a priori
sur Cc∞ (Rd ), s’étend par densité de manière unique à S(Rd ) en une distribution
tempérée. 2

5.3 Transformation de Fourier dans S 0(Rd)


En utilisant le théorème de Fubini-Tonelli, nous obtenons
 
Z Z Z
F(ϕ)(ξ)ψ(ξ)dξ =  ϕ(x)e−ix·ξ dx ψ(ξ)dξ
Rd Rd Rd
 
Z Z
= ϕ(x)  e−ix·ξ ψ(ξ)dξ  dx
Rd Rd
Z
= ϕ(x)F(ψ)(x)dx
Rd

c’est-à-dire
hTF (ϕ) , ψi = hTϕ , F(ψ)i (5.10)

22
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

La formule obtenue permet d’étendre la notion de transformation de Fourier.

Définition 5.3.1 Considérons une distribution tempérée S sur Rd . La transformée de


Fourier F(S) = Sb de S est définie par

∀ϕ ∈ S(Rd ) hF(S), ϕi = hS, F(ϕ)i (5.11)

Exemple 5.3.2 (Transformée de Fourier de fonction de L1 ) Considérons un élément


f de L1 (Rd ). Il existe une suite (ψn )n≥1 d’éléments de S(Rd ) convergeant vers f dans
L1 (Rd ). Par ailleurs, pour tout élément ϕ ∈ S(Rd ), F(ϕ) est une fonction continue sur
Rd et Z
kF(ϕ)k∞ = sup |F(ϕ)(ξ)| ≤ |ϕ(x)|dx = kϕkL1 .
ξ∈Rd
Rd

Par conséquent, (F(ψn ))n≥1 est une suite de fonctions continues et bornées sur Rd , de
Cauchy pour la norme de la convergence uniforme. Par suite (F(ψn ))n≥1 converge uni-
formement vers une fonction continue et bornée que nous noterons F(f ) ou fb qui vérifie

kF(f )k+∞ ≤ kf k1 (I.2.13)

Remarquons que pour tout ξ ∈ Rd ,


Z Z
−ix.ξ
F(f )(ξ) = lim F(ψn ))(ξ) = lim ψn (x)e dx = f (x)e−ix.ξ dx. (5.12)
n−→∞ n−→∞
Rd Rd

Soit ϕ ∈ S(Rd ). On a
Z Z
hF(Tf ), ϕi = hTf , F(ϕ)i = f (ξ)F(ϕ)(ξ)dξ = lim ψn (ξ)F(ϕ)(ξ)dξ
n−→∞
Rd Rd

et par suite, d’après (5.10)


Z
hF(Tf ), ϕi = lim F(ψn )(ξ)ϕ(ξ)dξ
n−→+∞
Rd
Z
= F(f )(ξ)ϕ(ξ)dξ = hTF (f ) , ϕi
Rd

Puisque ϕ est prise quelconque dans Rd ) on a

F(Tf ) = TF (f ) . (5.13)

Proposition 5.3.3 Soit T une distribution tempérée.


1. Pour tout multi-indice α ∈ Nd ,
\
(a) (∂ α T ) = i|α| M α T
b

23
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

(b) ∂ α F(T ) = F((−i)|α| M α T )


2. Pour tout a ∈ Rd
−iaξ b
(a) τd
aT = e T où hτa T, ϕi = hT, τ−a ϕi
iax T
(b) τa Tb = e[

Preuve : Soit ϕ ∈ S(Rd ).


1. Fixons α ∈ Nd .
D E D E D E
\
(a) (∂ α T ), φ = ∂ α T, φb = (−1)|α| T, ∂ α φb Or d’après (4.5) du corol-
D E
laire 4.2.3, ∂ξα ϕ(ξ)
b = (−i)|α| F(M α ϕ)(ξ). Il vient alors que (∂
\ α T ), φ =
D E D E
|α| [ α |α| αb
(i) T, M φ = i M T , φ .
(b) h∂ α F(T ), ϕi = (−1)|α| hF(T ), ∂ α ϕi = (−1)|α| hT, F(∂ α ϕ)i = (−i)|α| hT, M α Fϕi
d’après la relation (4.4) du corollaire 4.2.3.
2. Soit a ∈ Rd .
D E D E
(a) τa T , ϕ = hτa T, ϕi
d b = hT, τ−a ϕi.
b Puisque τ−a ϕ b=e −ia·x
\ ϕ, on a τa T , ϕ =
d
D E D E
−ia·x ϕ = e−ia·x T
T, e\ b, ϕ .
D E D E D E
ia·x
(b) τa Tb, ϕ = Tb, τ−a ϕ = T, τ[ −a ϕ . Or τ
[−a ϕ = e b D’où τa Tb, ϕ =
ϕ.
D E
hT, eia·x ϕi
b = e\ia·x T , ϕ

2
La transformation de Fourier est (séquentiellement) continue au sens des dis-
tributions tempérées.

Proposition 5.3.4 (Continuité séquentielle de F sur S 0 (Rd )) On considère une suite


de distributions tempérées (Tn )n≥1 sur Rd convergeant vers T dans S 0 (Rd ). Alors FTn →
FT dans S 0 (Rd ) lorsque n → ∞.

Preuve : Pour tout φ ∈ S(Rd ), on a

hFTn , φi = hTn , Fφi → hT, Fφi

lorsque n → ∞ 2

Théorème 5.3.5 (Transformée de Fourier sur E 0 (Rd )) Pour toute distribution à sup-
port compact T ∈ E 0 (Rd ), la distribution tempérée FT est la distribution définie par la
fonction Rd 3 ζ 7→ hT, e−ζ i, où eζ (x) = eiζ·x . Cette fonction, notée ζ 7→ FT (ζ), est de
classe C ∞ sur Rd et à croissance polynômiale ainsi que toutes ses dérivées.

Pour la preuve, nous avons besoin des propositions suivantes

24
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

Proposition 5.3.6 (Dérivation sous le crochet de dualité) Soient un ouvert Ω ⊂ Rd ,


une distribution T ∈ D0 (Ω) et une fonction test φ ∈ C ∞ (Ωx ×Rdy ) à support dans K ×Rd ,
où K est compact dans Ω. Alors la fonction y 7→ hT, φ(·, y)i est de classe C ∞ sur Rd et
l’on a
∂yα hT, φ(·, y)i = T, ∂yα φ(·, y) .
Lorsque T = Tf avec f ∈ L1loc , l’énoncé ci-dessus se réduit au fait que
Z
y 7→ f (x)φ(x, y)dx est de classe C ∞ sur Rd

et que Z Z
∂yα f (x)φ(x, y)dx = f (x)∂yα φ(x, y)dx
Ω Ω

Ce cas particulier de la proposition ci-dessus se ramène donc à un énoncé de dérivation


sous le signe somme.

Preuve : Soit y0 ∈ Rd ; écrivons la formule de Taylor à l’ordre 1 en y0 pour la


fonction y 7→ φ(x, y)
d
X
φ(x, y0 + h) = φ(x, y0 ) + ∂yi φ(x, y0 )hi + r(x, y0 , h)
i=1

avec
1
X hα Z
r(x, y0 , h) = 2 (1 − t)∂yα φ(x, y0 + th)dt
α!
|α|=2 0

On a supp(φ) ⊂ K × Rd où K est compact dans Ω, de sorte que, pour tout h ∈ Rd ,


la fonction x 7→ r(x, y0 , h) est à support dans K. D’autre part, pour tout x ∈ K
et tout h ∈ Rd tel que |h| ≤ 1, on a, par dérivation sous le signe somme dans
l’intégrale qui définit r(x, y0 , h) :
X 2
|∂xα r(x, y0 , h)| ≤ |h| sup ∂xα ∂yβ φ(x, y)
x∈K,|y−y0 |≤1
|β|=2

d(d + 1) 2
≤ |h| max sup ∂xα ∂yβ φ(x, y)
2 |β|≤2 x∈K,|y−y0 |≤1

Alors
d
X
hT, φ(·, y0 + h)i = hφ(·, y0 )i + hT, ∂yi φ(·, y0 )hi i + hT, r(·, y0 , h)i
i=1

et

|hT, r(·, y0 , h)i| ≤ CK |h|2 max sup ∂xα ∂yβ φ(x, y) = O(|h|2 )
|α|≤pK ,|β|≤2 x∈K,|y−y0 |≤1

25
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

lorsque |h| → 0, où CK et pK sont les constantes apparaissant dans la condition


de continuité de T .
Par conséquent
d
X
hT, φ(·, y0 + h)i = hφ(·, y0 )i + hT, ∂yi φ(·, y0 )hi i + O(|h|2 )
i=1

ce qui montre que la fonction y 7→ hT, φ(·, y)i est diférentiable sur Rd , et que ses
dérivées partielles sont

∂yi hT, φ(·, y)i = hT, ∂yi φ(·, y)i , pour tout y ∈ Rd

En itérant cet argument par récurrence sur l’ordre de la dérivation, on aboutit à


l’énoncé de la proposition. 2
Nous avons que δb = 1. Plus généralement, pour tout multi-indice α, nous
α δ = i|α| M α .
avons ∂d
En effet, soit ϕ ∈ S(Rd ) ; nous avons
D E Z
δ, ϕ = hδ, ϕi
b b = ϕ(0)
b = ϕ(x)dx
Rd
= h1, ϕi

Il vient que δb = 1. Et pour un multi-indice α


D E
∂ δ, ϕ = h∂ α δ, ϕi
dα b
= (−1)|α| hδ, ∂ α ϕi
b
D E Z
|α|
= (−1) δ, (−i) M ϕ = (−i) M ϕ(0) = (−i)|α| xα ϕ(x)dx
|α| [
α |α| [
α

Rd

α δ peut être identifié à la distribution régulière associée à la fonction (−i)|α| M α


Donc ∂d

Proposition 5.3.7 (Intégration sous le crochet de dualité) Soient un ouvert Ω ⊂ Rd ,


une distribution T ∈ D0 (Ω) et une fonction test φ ∈ Cc∞ (Ωx × Rdy ). Alors
Z * Z +
hT, φ(·, y)i dy = T, φ(·, y)dy
Rd Rd

Preuve : Commençons par traiter le cas où d = 1. Par hypothèse, il existe K com-
pact dans Ω et R > 0 tels que φ soit à support dans K × [−R, R]. Soit maintenant
θ ∈ C ∞ (R) à support dans [-R,R] et telle que R θ(x)dx = 1
R

26
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

Considérons la fonction
Z
ψ(x, y) = φ(x, y) − θ(y) φ(x, z)dz
R

D’après le théorème de dérivation sous le signe somme, il est clair que la fonction
ψ ∈ Cc∞ (Ω × R) et vérifie supp(ψ) ⊂ K × [−R, R] et R ψ(x, y)dy = 0 pour tout
R

x ∈ Ω.
En particulier, la fonction Ψ définie par
Zy
Ψ(x, y) = ψ(x, z)dz
−∞

est telle que Ψ ∈ C ∞ (Ω × R) et supp(Ψ) ⊂ K × [−R, R].


Vérifions que
Zy
hT, Ψ(·, y)i = hT, ψ(·, z)dzi , pour tout y ∈ R.
−∞

Par dérivation sous le crochet de dualité (Proposition 5.3.6 ci-dessus), on montre


que les fonctions de y figurant dans chaque membre de l’égalité ci-dessus sont de
classe C ∞ sur R et ont même dérivée

y 7→ hT, ψ(·, y)i .

Ces deux fonctions diffèrent donc d’une constante.


De plus, ces deux fonctions sont identiquement nulles pour y < −R, car
supp(ψ) et supp(Ψ) ⊂ K × [−R, R] : on en déduit qu’elles coı̈ncident pour tout
y ∈ R.
En particulier, on a

Z ZR
hT, ψ(·, y)i dy = hT, ψ(·, y)i dy = hT, Ψ(·, R)i = 0
R −∞

Or, par définition de ψ,


Z Z * Z +Z
hT, ψ(·, y)i dy = hT, φ(·, y)i dy − T, φ(·, z)dz θ(y)dy
R R R
Z * Z +R
= hT, φ(·, y)i dy − T, φ(·, z)dz =0
R R

27
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

d’où le résultat dans le cas d = 1. Pour le cas où l’entier d > 1, on procède par
récurrence à partir du cas d = 1 en intégrant successivement par rapport à toutes
les composantes de y et en appliquant le théorème de Fubini. 2
Preuve du théorème 5.3.5 : Vérifions d’abord que FT est bien la fonction
donnée par la formule ci-dessus. Pour cela, on observe que, par intégration sous
le crochet de dualité (Proposition 5.3.7)
Z
hhT, e−ζ i , φi = hT, e−ζ i φ(ζ)dζ
Rd
* Z +
= T, e−ζ φ(ζ)dζ = hT, Fφi = hFT, φi
Rd

d’où le résultat.
Que la fonction ζ 7→ hT, e−ζ i soit de classe C ∞ sur Rd et que

∂ζα FT (ζ) = ∂ζα hT, e−ζ i = T, ∂ζα e−ζ

découle du théorème de dérivation sous le crochet de dualité (cf. Proposition


5.3.6) et du fait que la fonction (x, ζ) 7→ e−ζ (x) = e−iζ·x est de classe C ∞ sur Rd ×Rd .
Enfin, la propriété de continuité des distributions à support compact implique
que

|hT, e−ζ i| ≤ C max sup |∂xα e−ζ (x)| = C max sup |(iζ)α e−ζ (x)|
|α|≤p |x|≤R |α|≤p |x|≤R
!p
1 + |ζ|2
= C max |ζ α | ≤ C
|α|≤p 2

où p est l’ordre de T et R > 0 est tel que supp(T ) ⊂ B(0, R).
Par conséquent, FT est à croissance polynômiale sur Rd . Il en va de même
pour toutes ses dérivées puisque

∂ζα FT = F((−i)|α| M α T )

et que la distribution (−i)|α| M α T est également à support compact. 2

Théorème 5.3.8 (Inversion de Fourier dans S 0 (Rd )) La transformation de Fourier F


est un isomorphisme du C-espace vectoriel S 0 (Rd ) dans lui-même, dont l’inverse est
donné par la formule
1 g
F −1 T = FT
(2π)d

28
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

Preuve : Il suffit de vérifier que F(FT ) = (2π)d Te. Or, pour tout φ ∈ S(Rd ), l’on a
D E
hF(FT ), φi = hFT, Fφi = hT, F(Fφ)i = T, (2π)d φe

car Fφ = (2π)d F −1 φe d’après le théorème d’inversion de Fourier pour les fonctions


de la classe de Schwartz S(Rd ). 2

Théorème 5.3.9 (Transformation de Fourier et convolution) Soient deux distribu-


tions T ∈ S 0 (Rd ) et S ∈ E 0 (Rd ) ; alors
F(S ∗ T ) = FS · FT dans S 0 (Rd ).
Dans le cas particulier où T = Tf avec f ∈ S(Rd ), on a
F(S ∗ f )(ζ) = FS(ζ)Ff (ζ), pour tout ζ ∈ Rd .

Preuve : Commençons par traiter le cas particulier avec f ∈ Cc∞ (Rd ). D’après la
Proposition 4.1.6, on sait que S ∗ f ∈ S(Rd ). Alors
Z * Z +
F(S ∗ f )(ζ) = e−iζ·x hS, f (x − ·)i dx = S, e−iζ·x f (x − ·)dx
Rd Rd

d’après le théorème de Fubini pour le crochet de dualité (Proposition 5.3.7). Or,


d’après la Proposition 4.2.2 (c),
Z
e−iζ·x f (x − y)dx = Ff (ζ)eζ (y)
Rd

Alors, on déduit de ce qui précède et du Théorème 5.3.5 que


F(S ∗ f )(ζ) = hS, Ff (ζ)eζ i = Ff (ζ) hS, eζ i = Ff (ζ)FS(ζ), ζ ∈ Rd
Passons maintenant au cas général. D’une part S ∗ T ∈ S 0 (Rd ) d’après la Propo-
sition 5.2.3 (3) puisque S ∈ E 0 (Rd ) et T ∈ S 0 (Rd ), de sorte que F(S ∗ T ) ∈ S 0 (Rd ).
D’autre part, FSFT ∈ S 0 (Rd ) d’après la Proposition 5.2.3 (2) puisque FT ∈
S 0 (Rd ) (comme transformée de Fourier de T ∈ S 0 (Rd )) et que FS est une fonc-
tion de classe C ∞ sur Rd à croissance polynômiale ainsi que toutes ses dérivées
(cf. Théorème 5.3.5).
Vérifions que les deux distributions tempérées F(S ∗ T ) et FSFT sont égales
en tant que distributions — c’est-à-dire qu’elles coı̈ncident sur Cc∞ (Rd ). Pour tout
φ ∈ Cc∞ (Rd ), on a
D E
hF(S ∗ T ), φi = hS ∗ T, Fφi = S ∗ T, (2π)d F ^ −1 φ
D E
= T, (2π)d Se ∗ F ^ −1 φ
D E
= (2π)d T, S ^ ∗ F −1 φ
= T, FF(S ∗ F −1 φ) = FT, F(S ∗ F −1 φ)

29
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

∗ F −1 φ ∈ S(Rd ).
d’après le théorème d’inversion de Fourier appliqué à S ^
D’après le cas particulier du théorème que nous venons de démontrer, en po-
sant ψ = F −1 φ ∈ S(Rd ), on a

F(S ∗ F −1 φ) = F(S ∗ ψ) = FSFψ = φFS

de sorte que

hF(S ∗ T ), φi = FT, F(S ∗ F −1 φ)


= FT, FSF(F −1 φ) = hFT, φFSi = hFSFT, φi

Comme ceci vaut pour tout φ ∈ Cc∞ (Rd ), on en déduit que F(S ∗ T ) = FSFT par
densité de Cc∞ (Rd ) dans la classe de Schwartz S(Rd ) (Proposition 4.1.4.) 2

Théorème 5.3.10 (Théorème de Plancherel) La transformée de Fourier définie dans


S 0 (Rd ) induit un isomorphisme de C-espace vectoriel de L2 (Rd ) dans lui-même, vérifiant
en outre l’identité
1
hf |giL2 (Rd ) = hFf |FgiL2 (Rd )
(2π)d
pour tous f, g ∈ L2 (Rd ).

Preuve : Comme L2 (Rd ) ⊂ S 0 (Rd ), la transformation de Fourier F dans S 0 (Rd )


induit par restriction un isomorphisme C-linéaire de L2 (Rd ) dans FL2 (Rd ).
Vérifions que FL2 (Rd ) ⊂ L2 (Rd ). Soit donc f ∈ L2 (Rd ) ; d’après le Corollaire
??, il existe une suite (fn )n≥1 de fonctions de la classe de Schwartz convergeant
vers f dans L2 (Rd ) :

kfn − f kL2 (Rd ) → 0 pour n → ∞.

Pour tout φ ∈ S(Rd ), on a

|hFfn , φi| = |hfn , Fφi| ≤ kfn kL2 (Rd ) kFφkL2 (Rd ) ≤ C kφkL2 (Rd )
d
avec C = (2π) 2 supn≥1 kfn kL2 (Rd ) < ∞ d’après la formule de Plancherel pour
les fonctions de la classe de Schwartz et compte-tenu de ce que la suite (fn )n≥1
converge dans L2 (Rd ).
On sait que fn → f dans L2 (Rd ) et donc a fortiori dans S 0 (Rd ) lorsque n → ∞,
de sorte que, par continuité de la transformation de Fourier dans S 0 (Rd ), on a

Ffn → Ff dans S 0 (Rd ) pour n → ∞.

L’inégalité ci-dessus entraı̂ne donc que

|hFf, φi| ≤ C kφkL2 (Rd ) , pour tout φ ∈ S(Rd ).

30
5.3. TRANSFORMATION DE FOURIER DANS S 0 (RD )

Par densité de S(Rd ) dans L2 (Rd ), cette inégalité vaut pour tout φ ∈ L2 (Rd ), ce qui
montre que Ff se prolonge par continuité en une forme linéaire sur l’espace de
Hilbert L2 (Rd ). Le théorème de représentation de Riesz implique alors l’existence
d’un élément fb de L2 (Rd ) tel que
D E
hFf, φi = φ|fb pour tout φ ∈ L2 (Rd ).
L2 (Rd )

La forme linéaire Ff s’identifie donc à la fonction fb de L2 (Rd ), d’où FL2 (Rd ) ⊂


L2 (Rd ). D’après la formule d’inversion de Fourier pour les distributions tempérées
(Théorème 5.3.8),
L2 (Rd ) = FFL2 (Rd ) ⊂ FL2 (Rd ),
d’où FL2 (Rd ) = L2 (Rd ) et F induit un isomorphisme C-linéaire de L2 (Rd ) dans
lui-même.
Vérifions enfin la formule de Plancherel. On a montré que l’identité
D E
fb|ϕ = F(f ) ◦ (−IdRd , φ = F(f ), φ ◦ (−IdRd
L2 (Rd )

vaut pour tout φ ∈ L2 (Rd ). Prenons φ = gb avec g ∈ L2 (Rd ) : toujours d’après la


formule d’inversion de Fourier gb ◦(−IdRd ) = (Fg)◦(−IdRd ) = (2π)d F −1 g Insérant
ce choix de φ dans l’identité précédente, on trouve que
D E
fb|b
g = F(f ), (2π)d F −1 g
L2 (Rd )

= f , (2π)d F(F −1 g) = (2π)d f , g = (2π)d hf |giL2 (Rd )

ce qui est précisément la formule de Plancherel. 2


Transformation de Fourier de Heavisides.
Nous avons d’après ce qui précède H 0 = δ. En appliquant la transformation
de Fourier aux deux membres (car δ est une distribution tempérée), nous avons
c0 = δb = 1. Or H
H c0 = 2πiζ Hb = 1. Il vient alors que H
b est une solution de l’équation
1
xT = 2πi . Par ailleurs, nous avons xvp x1 = 1 c’est-à-dire 2πi
1
xvp x1 = 2πi
1
; il vient
1 1
b − vp ) = 0. D’après la résolution de l’équation (??), on a
alors que ζ(H 2πi ζ

b − 1 vp 1 = Cδ ou H
H b = Cδ + 1 vp 1
2πi ζ 2πi ζ
Cependant comme la distribution échelon est parfaitement déterminée, il doit
en être de même de sa transformée de Fourier H
b : Il faut donc déterminer la valeur
de la constante C. Pour cela on utilise des considérations de parité. La distribution
H − 12 est impaire donc sa transformée de Fourier aussi. Or :

\1 1 1 1
H − (ζ) = vp + Cδ(ζ) − δ(ζ)
2 2πi ζ 2

31
5.4. TRANSFORMATION DE LAPLACE

la pseudo-fonction vp ζ1 est impaire mais δ(ζ) est paire, donc on doit avoir C − 12 =
0. Et par conséquent :
1 1 1
H(ζ)
b = vp + δ(ζ)
2iπ ζ 2

5.4 Transformation de Laplace


La transformation de Laplace est très utilisée par les ingénieurs pour résoudre
des équations différentielles et déterminer la fonction de transfert d’un système
linéaire. Nous nous plaçons dans ce paragraphe dans R.

5.4.1 Transformation de Laplace d’une fonction


Dans la suite, les fonctions considérées seront nulles sur R− \ {0}, mais pas
forcément en 0, et telles que t 7→ |f (t)| exp(−αt) ∈ L1 (R+ ) pour certaines valeurs
de α. Une fonction f (t) nulle pour t < 0 est dite causale.

Définition 5.4.1 Soit f une fonction mésurable, localement intégrable, nulle pour x < 0.
On appelle transformée de Laplace ” monolatérale” de f , notée L {f }, la fonction d’une
variable complexe p, définie par :

Z+∞
L {f } (p) = F (p) = f (x)e−px dx (5.14)
0−

Plus précisément, cette formule est valide lorsque Re(p) > α, où α est l’abscisse
de convergence . Soit, pour un réel β,fβ : t 7→ e−βt f (t). On dit que α est l’abscisse
de convergence de f (t) si α est la borne inférieure de l’ensemble B des β pour
lesquels fβ est une distribution tempérée si B est non vide, et α = +∞ sinon.
(
0 si t < 0
Exemple 5.4.2 1. La fonction échelon u(t) =
1 si t > 0
+∞
Z+∞ Z+∞
e−px 1
L {u(t)} (p) = e−px dx = e−px dx = = si Rep > 0.
−p p
0− 0+ 0

2. Soit a ∈ C et v(t) = eλt ; alors pour p ∈ C tel que Rep > Rea,

Z+∞ +∞
e−(p−λ)x 1
λt
e−(p−λ)x dx =

L e (p) = =
−(p − λ) 0 p−λ
0

32
5.4. TRANSFORMATION DE LAPLACE

La transformation de Laplace est injective et admet une réciproque, mais l’utili-


sation de la formule d’inversion :
Z
1
f (t) = etz L {f } (z)dz Da = {z ∈ C/Rez = a}

Da

a étant tel que l’abscisse des pôles éventuels de la fonction exp(zt)L {f } (z) soit
inférieure à a, est peu pratique (méthode des résidus), d’autant que la lecture des
tables (de transformées de Laplace) de droite à gauche suffit généralement.
La transformation de Laplace est linéaire c’est-à-dire que quelles soient les
fonctions f, g et deux nombres complexes a et b,

L {af + bg} = aL {f } + bL {g} .


Cette linéarité se démontre de façon évidente, et découle de celle de l’intégrale.

Proposition 5.4.3 Soit a l’abscisse de convergence de l’intégrale de Laplace de f . Alors


pour Rep > a,
Z+∞
F (p) = f (x)e−px dx (5.15)
0

est une fonction holomorphe et


Z+∞
F (m)
(p) = (−x)m f (x)e−px dx (5.16)
0

De plus l’intégrale (5.16) a la même abscisse de convergence que l’intégrale (5.15).


R +∞
Preuve : F (p) = 0 f (t)e−pt dt où f est une fonction localement intégrable sur
R+ On rappelle aussi que l’abscisse de convergence de f (t) est un réel α tel que
pour tout p ∈ C, si Re(p) > α alors F (p) existe. On appellera alors α0 l’abscisse de
convergence de tf (t).
Alors, pour t ≥ 1 : |f (t)| ≤ |tf (t)| ⇒ |f (t)e−αt | ≤ |tf (t)e−αt | implique l’abs-
cisse de convergence α0 de tf (t) est donc telle que α ≤ α0 l’intégrabilité de tf (t)ept
assure donc l’intégrabilité de f (t)e−pt
 xt xt xt
∀x > 0, te−xt e− 2 = te− 2 ⇒ lim te− 2 = 0
t→∞

D’après le théorème des croissances comparées, il existe  > 0 tel que pour
tout x ≥  :

 xt xt xt
te−xt e 2 ≤ 1 ⇒ tf (t)e−xt e 2 ≤ |f (t)| ⇒ tf (t)e−xt ≤ f (t)e− 2 ⇒ α0 ≤ α ⇒ α0 = α

33
5.4. TRANSFORMATION DE LAPLACE

Il en résulte que, pour tout m ≥ 0, tm f (t) est localement intégrable et que


Z+∞
Fm (p) = tm f (t)e−pt dt
0

est absolument convergente avec la même abscisse de convergence α que f . Fm (p)


étant absolument convergente, il est donc possible de dériver sous le signe somme.
En notant p = x + iy :
 R +∞ m R +∞
∂Fm (p) ∂ −(x+iy)t
 ∂x = 0 t f (t) ∂x e
 dt = − 0 tm+1 f (t)e−(x+iy)t dt
∂Fm (p) ∂Fm (p)
⇒ =i
 ∂Fm (p) = +∞ tm f (t) ∂ e−(x+iy)t dt = −i +∞ tm+1 f (t)e−(x+iy)t dt
 R R ∂x ∂y
∂y 0 ∂y 0

Les équations de Cauchy-Riemann sont donc satisfaites. Fm est donc holomorphe


dans le demi-plan Re(p) > α et on peut écrire :
Z+∞
∂Fm (p)
= (−) tm+1 f (t)e−pt dt = −Fm+1 (p)
∂p
0

et :
Z+∞
F (1) (p) = (−) tf (t)e−pt dt = (−1)F1 (p) ⇒ F (n) (p) = (−1)n Fn (p)
0
2

5.4.2 Transformation de Laplace des distributions


Définition 5.4.4 Soit T une distribution sur R de support contenu dans la demi-droite
0
x ≥ 0, on note T ∈ D+ . Supposons qu’il existe ζ ∈ R tel que e−ζx T ∈ S 0 (R) . Alors on
définit la transformée de Laplace de T par

L {T } (p) = T, e−px . (5.17)

La relation (5.19) a un sens pour p ∈ C, Rep > ζ. En effet soit α une fonction de
classe C ∞ à support dans R+ , egale à 1 sur un voisinage du support de T . pour
Rep > ζ, la fonction α(x)e−(p−ζ)x est un élément de S(R) et (5.19) peut être écrite

T, e−px = e−ζ·x , αe−(p−ζ)x

Elle est aussi indépendante de α, car soit β choisie comme α, alors α − β


est nulle sur un voisinage du support de T, et il en est alors de même pour
(α (x) − β (x)) e−(p−ζ1 )x . Par suite e−xζ1 T, (α − β) (x) e−(p−ζ1 )x = 0. Donc

e−xζ1 T, α (x) e−(p−ζ1 )x = e−xζ1 T, β (x) e−(p−ζ1 )x .

34
5.4. TRANSFORMATION DE LAPLACE

Exemple 5.4.5 1. L {δ} = 1, car

L {δ} (p) = δ, e−px = 1.



2. L δ (m) = pm car
D E
−px −px (m)
 (m) (m) m
L δ (p) = δ ,e = (−1) δ, (e )
m m −px m
= (−1) hδ, (−p) e i=p
0
Proposition 5.4.6 Soit S et T ∈ D+ admettant des transformées de Laplace pour ζ > a1
et ζ > a2 respectivement. Alors pour ζ > a = max (a1 , a2 ) , on a

L {S ∗ T } = L {S} .L {T } (5.18)

Preuve : Pour ζ > a, on a L {S ∗ T } (p) = hS ∗ T, e−px i = Sx ⊗ Ty , e−p(x+y) =


hSx , e−px i · Ty , e−py = L {S} (p).L {T } (p). D’où le résultat 2

0
Corollaire 5.4.7 Pour tout T ∈ D+ ,

L T (m) = P m L {T }


En effet

L T (m) = L T (m) ∗ δ = L T ∗ δ (m) = L {T } .L δ (m) = P m L {T } .


   

Ici il s’agit de dérivées au sens des distributions. Donc si T est une fonction, il faut
la dériver au sens des distributions.

5.4.3 Application
0
Exemple 5.4.8 1. Soit à résoudre dans D+ l’équations suivante :
Zx
cos (x − t) f (t) dt = g (x)
0

où g est une fonction donnée et f la fonction à trouver. On a vu que cette équation
équivaut à (Y (x) cos x)∗f = g. Donc L {f } = L{Y L{g}
(x) cos x}
. Comme L {Y (x) cos x} =
p
, on a
p2 + 1
p2 + 1 1
L {f } = L {g} = pL {g}+ L {g} = L {g 0 }+L {Y } L {g} = L {g 0 + Y ∗ g}
p p
Rx
D’où f = g 0 + Y ∗ g, c’est à dire, f (x) = g 0 (x) + 0 g(t)dt pour x ≥ 0, où g 0
est la dérivée au sens des distributions de g. f sera donc une fonction si g 0 est une
fonction.

35
5.5. EXERCICES

2. Résoudre dans D 0+ le système d’équations


(
δ 00 ∗ X1 + δ 0 ∗ X2 = δ
δ 0 ∗ X1 + δ 00 ∗ X2 = 0

En utilisant la transformée de Laplace, on a


(
L {δ 00 } L {X1 } + L {δ 0 } L {X2 } = L {δ} = 1
.
L {δ 0 } L {X1 } + L {δ 00 } L {X2 } = L {0} = 0

C’est à dire, (
p2 L {X1 } + pL {X2 } = 1
pL {X1 } + p2 L {X2 } = 0
1
d’où (p − p3 ) L {X2 } = 1 ⇒ L {X2 } (p) = p(1−p 3
2 ) , et (p − p) L {X1 } (p) = p ⇒

L {X1 } (p) = p21−1 . Comme p(1−p


1 1 1 1 1 1 1
2 ) = p − 2(p−1) − 2(p+1) et p2 −1 = 2(p−1) − 2(p+1) ,

on a :
1 1 
L {X2 } = L {Y (x)} − L {Y (x) ex } − L Y (x) e−x
2 2
1 x 1 −x
et L {X1 } = 2 L {Y (x) e } − 2 L {Y (x) e } . D’où X1 = Y (x)Shx et X2 =
Y (x)(1 − Chx).

5.5 Exercices
Exercice 20 Soit H̃ la distribution tempérée associée à la fonction de Heaviside H et
T = vp x1 la distribution valeur principale de Cauchy de x1 . Calculer les transformées de
Fourier FT et F H,e de ces deux distributions.

Exercice 21 On rappelle qu’une distribution T ∈ D0 est dite paire (resp. impaire) si


hT, ϕi
e = hT, ϕi (resp. hT, ϕi
e = − hT, ϕi), pour tout ϕ ∈ D(R) où ϕ(x) e = ϕ(−x).
−1
Monter que si T est une distribution tempérée paire (resp. impaire) alors F T = FT
(resp. F −1 T = −FT )

Exercice 22 On notera dabns ce qui suit δa la mesure de Dirac au point a. On définit


par récurrence la suite de distributions (Tn )n par
(
T1 = 12 (δ1 + δ−1 )
Tk = Tk−1 ∗ T1

1. Ecrire Tk comme combinaison linéaire finie de masses ponctuelles.


2. Calculer la transformée de Fourier T
ck de la distribution à support compact Tk .

36
5.5. EXERCICES

3. Pour k ∈ N, k ≥ 1 on pose
ck ( √ζ )
fk (ζ) = T
k
Montrer que la suite (fk )k converge dans D(R) vers une fonction f que l’on calcu-
lera.
4. On note gk la distribution dont fk est la transformée de Fourier. Monter que la suite
(gk )k converge, en un sens à préciser, vers une distribution g que l’on calculera.

Exercice 23 Soit A une matrice n×n réelle et inversible. Pour toute distribution tempérée
T , la distribution T ◦ A est définie par

hT ◦ A, ϕi = |detA|−1 T, ϕ ◦ A−1 , ϕ ∈ S(Rn ) (5.19)

1. Soit T ∈ S 0 (Rn ). Montrer que T ◦ A ∈ S 0 (Rn ) et que l’on a :

T
\ ◦ A = |detA|−1 Tb( t A)−1 (5.20)

2. T ∈ S 0 (R). Déduire de ce qui précède que si T est paire (resp. impaire), Tb est paire
(resp. impaire).
3. T ∈ S 0 (Rn ) est dite invariante par rotation si T ◦ A = T pour toute matrice
orthogonale A. Déduire de 5.20) que si T est invariante par rotation alors Tb est
invariante par rotation.

Correction 16 1. Si T ∈ S 0 (Rn ), alors


X
|hT, ψi| ≤ C sup(1 + |x|)k |Dα ψ| , ∀ψ ∈ S(Rn ) (5.21)
Rn
|α|≤`

D’après (5.19),(5.21) appliquée à ψ = ϕ ◦ A−1 , d’après le fait que ϕ ◦ A−1 ∈ S(Rn )


et que Dα (ϕ ◦ A−1 ) = |β|≤|α| C(β, α)(Dβ ϕ) ◦ A−1 (C(β, α) étant des constantes
P

dépendant uniquement de α et de β), on déduit que T ◦ A ∈ S 0 (Rn ).


D’autre part, pour toute ϕ ∈ S(Rn ) on a par définition et d’après (5.19)
D E
T ◦ A, ϕ = hT ◦ A, ϕi
\ b = |detA|−1 T, ϕ b ◦ A−1 (5.22)

Or Z Z
−2iπ hx|A−1 ξ i
e−2iπh (A i ϕ(x)dx
t −1 )x|ξ
−1
ϕ(A
b ξ) = e ϕ(x)dx =
Rn Rn

En faisant le changement de variables t (A−1 )x = y et comme t (A−1 ) = (t A)−1 , on


obtient :
b −1 ξ) = |detA| ϕ\
ϕ(A ◦ t A(ξ). (5.23)

37
5.5. EXERCICES

On déduit de (5.22) et (5.23) que


D E D E D E
t t
T ◦ A, ϕ = T, ϕ ◦ A = T , ϕ ◦ A .
\ \ b

Enfin il dédcoule de (5.19) appliquée à Tb que


D E D E
Tb, ϕ ◦t A = |detA|−1 Tb ◦ (t A)−1 , ϕ ,

d’où D E D E
T
\ ◦ A, ϕ |= detA|−1 Tb ◦ (t A)−1 , ϕ , ∀ϕ ∈ S(Rn )
C’est-à-dire que
T
\ ◦ A = |detA|−1 Tb ◦ (t A)−1

2. Si n = 1, A est réduit à un nombre réel a. Prenons A = (−1), alors T est paire


(resp. impaire) si T ◦ A = T (resp. −T ).
Si T est paire on a T \ ◦ A = Tb. Comme |detA| = 1 et (t A)−1 = A, d’après la
question 1) on a Tb = T\ ◦ A = Tb ◦ A donc Tb est paire. De même si T est impaire
T ◦ A = −T donc Tb = −T ◦ A = −Tb ◦ A c’est-à-dire que Tb est impaire.
t
3. Supposons que A soit orthogonale. Alors AA = I. Si T ◦ A = T , d’après la
question 1) on peut écrire :

Tb = T
\ ◦ A = |detA|−1 Tb ◦ (t A)−1 .

Or (t A)−1 = A et |detA|2 = 1, par conséquent pour toute matrice orthogonale A,

Tb = Tb ◦ A

et donc Tb est invariant par rotation.

Exercice 24 Calculer les transformées de Laplace des distributions suivantes :


1. H(x) et H(x) ln(x).
2. T = xk eαx H(x), k ∈ N et Rep > Reα. En déduire la transformée de Laplace
inverse des fonctions

p p2 + i
F (p) = , Rep < −1 et F (p) = 3
p+1 p − 3p + 2

Exercice 25 1. Décomposer en éléments simples la fraction :

2s + 1
(s − 2)(s2 + 1)

38
5.5. EXERCICES

2. Résoudre dans [0, +∞[, l’équation différentielle

5 5
y”(x) − y 0 (x) + y(x) = − sin x; avec y(0) = 0; y 0 (0) = 2
2 2
en utilisant la transformation de Laplace.

Correction 17 1. On trouve :
2s + 1 1 s
2
= − 2
(s − 2)(s + 1) s−2 s +1

2. La transformée de Laplace de l’équation différentielle est :

5 5 1
s2 Y − 2 − sY + Y = − 2 ;
2 2s +1
2s+1 2x
d’où Y = (s−2)(s 2 +1) ; et l’on déduit du (a) que y(x) = e − cos x, qui vérifie bien
les conditions initiales.

39
Chapitre 6

Annexe

6.1 Rappels topologiques


6.1.1 Généralités
Définition 6.1.1 Une topologie τ , sur un ensemble X, est une famille de parties de X,
qui vérifie les propriétés suivantes :
1. τ contient ∅ et X,
2. τ est stable par réunions quelconques,
3. τ est stable par toutes intersections finies.

Les éléments de τ sont appelés des ouverts de X. Le complémentaire d’un ouvert


de X est appelé un fermé. On dit que X, muni de τ , est un espace topologique.
On le notera (X, τ ).
Soient (E, τ ) un espace topologique et A une partie de E. On vérifie immédiatement
que l’ensemble
τA = {O ∩ A : O ∈ τ }
est une topologie sur A. On l’appelle topologie induite sur A par τ . Lorsque au-
cune précision n’est donnée, on considère toujours qu’une partie d’un espace to-
pologique (E, τ ) est munie de la topologie induite par τ .

Définition 6.1.2 (Topologie plus ou moins fine) Soient E un ensemble, τ et τ 0 deux


topologies sur E. La topologie τ est dite plus fine que τ 0 lorsque τ 0 ⊂ τ et moins fine que
lorsque τ ⊂ τ 0 .

Proposition 6.1.3 Soient E un ensemble non vide et T un ensemble non vide de topolo-
gies sur E. L’intersection des éléments de T est une topologie sur E. De plus, pour toute
partie A ⊂ P(E), on définit T (A) comme l’ensemble des topologies qui contiennent

40
6.1. RAPPELS TOPOLOGIQUES

A. On conclut alors que T (A) possède un plus petit élément qui est l’intersection des
éléments de T (A).

Preuve : Soit τ l’intersection des éléments de T . Comme ∅ et E sont dans chaque


élément de T , ils sont aussi dans τ . Si (Oi )i∈I est une famille d’éléments de τ ,
chacun des Oi est dans chaque topologie de T , donc la réunion O = ∪i∈I Oi est
aussi dans chaque topologie de T , donc O ∈ τ . Si O1 et O2 sont des éléments de τ ,
ils appartiennent à chaque topologie de T , donc leur intersection appartient aussi
à chaque topologie de T , donc à τ .
L’ensemble T (A) est non vide, puisqu’il contient la topologie discrète P(E).
L’intersection τ des éléments de T (A) est donc une topologie sur E et elle contient
A, donc τ ∈ T (A). Il est clair que τ est le plus petit élément de T (A). 2

Définition 6.1.4 (Topologie engendrée) Soient E un ensemble et A un ensemble de


parties de E. L’intersection de toutes les topologies qui contiennent A est appelée topologie
engendrée par A. C’est la topologie la moins fine sur E qui contient l’ensemble de parties
A.

Définition 6.1.5 (Base de topologie) Soit E un ensemble. Une base de topologie sur
E est un ensemble de parties de E noté B tel que
1. la réunion des éléments de B est égale à E ;
2. l’intersection de deux éléments de B est une réunion d’éléments de B.

Si B est une base de topologie sur E qui engendre une topologie τ , on dit que B
est une base de topologie pour τ .
Notons qu’on peut toujours supposer que les éléments d’une base de topolo-
gie B sont non vides, puisque, si B contient ∅, la partie B \ {∅} est encore une base
de topologie. Rappelons que, par convention, la réunion de la famille vide de par-
ties de E (c’est-à-dire la famille indexée par ∅) est l’ensemble vide. La topologie
engendrée par B a une description particulièrement simple et utile.

Proposition 6.1.6 Soient E un ensemble, O une partie de E, B une base de topologie


sur E et τ la topologie engendrée par B. Les assertions suivantes sont équivalentes :
1. O ∈ τ .
2. Il existe une famille (Oi )i∈I d’éléments de B telle que O = ∪i∈I Oi .
3. Pour tout x ∈ O, il existe A ∈ B tel que x ∈ A ⊂ O.

41
6.1. RAPPELS TOPOLOGIQUES

Preuve : Montrons que l’assertion 2) entraı̂ne la 3) : comme O = ∪i∈I Oi , pour tout


x ∈ O, il existe i ∈ I tel que x ∈ Oi ⊂ O.
Réciproquement, comme pour tout x ∈ O, il existe Ox ∈ B telle que x ∈ Ox ⊂
O, on a O ⊂ ∪x∈O Ox . L’inclusion réciproque étant évidente, on a bien O = ∪x∈O Ox .
On a immédiatement que l’assertion 2) entraı̂ne l’assertion 1) car B ⊂ τ .
Réciproquement, montrons que l’assertion 1) entraı̂ne la 2).
Étape 1. Montrons tout d’abord que l’ensemble E des éléments s’écrivant comme
réunion d’éléments de B est une topologie sur E. Par convention, ∅ ∈ E (c’est la
réunion de la famille vide). Comme E est la réunion de tous les éléments de B,
E ∈ E. Par associativité de la réunion, la réunion d’une famille d’éléments de
E est un élément de E. Soient maintenant O1 et O2 dans E et soit x ∈ O1 ∩ O2 .
Comme l’assertion 2) implique la 3), il existe deux éléments B1 et B2 de B tels que
x ∈ B1 ⊂ O1 et x ∈ B2 ⊂ O2 . En particulier x ∈ B1 ∩ B2 et il existe une partie C
de B qui vérifie x ∈ C ⊂ B1 ∩ B2 , donc aussi x ∈ C ⊂ O1 ∩ O2 , ce qui prouve que
O1 ∩ O2 est dans E. La partie E est donc bien une topologie sur E.
Étape 2. Soit maintenant O ∈ τ . Comme τ est la topologie la plus petite au
sens de l’inclusion qui contient B et comme E est une topologie qui contient B, on
en déduit que τ ⊂ E et donc que O s’écrit comme réunion d’éléments de B. 2

Définition 6.1.7 Dans un espace topologique (X, τ ), on appelle voisinage d’une partie
A de X tout ensemble V qui contient un ouvert qui contient A. Les voisinages d’un
singleton {x} sont appelés voisinage de x. On note souvent V(x) leur ensemble

Soit (E, τ ) un espace topologique.


— Soit A une partie quelconque de E. On appelle intérieur de A, et l’on note

A, le plus grand ouvert de E, contenu dans A. On appelle adhérence de A,
et l’on note A, le plus petit fermé de E, contenant A.
— Un sous-ensemble A, de E, est dit dense dans E, si tout ouvert non vide
de E contient au moins un point de A. (Ceci est équivalent à A = X.)
— (E, τ ) est dit de Hausdorff si pour tous points x, y ∈ E tels que x 6= y, il
existe un voisinage Vx de x et un voisinage Uy de y tels que Vx ∩ Uy = ∅
— Si F est un sous-ensemble de E, la famille τF constituée des ensembles de
la forme F ∩ O avec O ∈ τ définie ne topologie sur F appelée topologie
induite sur F par τ .
— (E, τ ) est dit connexe si les seules parties à la fois ouverte et fermées de E
sont E et ∅. Une partie F de E est connexe si elle est un espace topologique
connexe pour la topologie induite sur F par τ .
— (E, τ ) est compact si de tout recouvrement ouvert de E on peut extraire
un recouvrement fini. De même une partie F de E est compact si c’est un

42
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

espace compact muni de la topolgie induite.


— Une partie A de E est dite relativement compacte, si son adhérence est
compact.
— (E, τ ) est localement compact, si tout point de E possède un voisinage
relativement compact.

Proposition 6.1.8 Pour qu’une partie U de X soit ouverte, il faut et suffit qu’il soit
voisinage de chacun de ses points.

6.1.2 Espace vectoriel topologique


Définition 6.1.9 Un espace vectoriel topologique noté e.v.t. est un espace vectoriel E sur
le corps K = C ou R muni d’une topologie pour laquelle les applications

+: E×E → E ·: K×E → E
et
(x, y) 7→ x + y (λ, x) 7→ λ · x

sont continues. On dit que l’espace topologique est compatible avec la structure d’espace
vectoriel.

Définition 6.1.10 Soit E un espace vectoriel sur K et A ⊂ E. A est dite :


— équilibrée si
∀λ ∈ K, |λ| ≤ 1 ⇒ λA ⊂ A
— absorbante si

∀x ∈ E, ∃δ > 0 tel que ∀λ ∈ K, |λ| ≤ δ ⇒ λ · x ∈ A

— convexe si
λ · x + (1 − λ) · y ∈ A ∀x, y ∈ A, 0 ≤ λ ≤ 1.

6.2 Topologie définie par une famille de semi-normes


Soit E un K-espace vectoriel, avec K = R ou C.

Définition 6.2.1 Une semi-norme sur E est une application p : E → R telle que nous
ayons :
1. p(x + y) ≤ p(x) + p(y) ∀x, y ∈ E,
2. p(λx) = |λ| p(x), ∀(x, λ) ∈ E × K.

43
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

Ce n’est pas une norme car on peut avoir x 6= 0 et p(x) = 0. Une famille de semi-
normes est séparante si, pour tout x 6= 0, il existe une semi-norme p de la famille
telle que p(x) 6= 0.

Théorème 6.2.2 Soit p une semi-norme sur le K-espace vectoriel E. Alors on a :


1. p(0E ) = 0
2. |p(x) − p(y)| ≤ p(x − y)
3. p(x) ≥ 0,
4. {x ∈ E : p(x) = 0} est un sous-espace vectoriel de E ;
5. Le sous-ensemble B de E défini par

B = {x ∈ E : p(x) < 1}

est convexe, équilibré et absorbant.

Preuve : L’assertion 1) découle du fait que p(λx) = |λ| p(x). La sous-additivité


donne
p(x) = p(x − y + y) ≤ p(x − y) + p(y)
de sorte que p(x) − p(y) ≤ p(x − y). En changeant les rôles de x et de y, on a
p(y) − p(x) ≤ p(y − x) = p(x − y) et l’assertion 2) s’ensuit. En prenant dans 2),
y = 0E , nous obtenons 3). Si p(x) = p(y) = 0 et α, β ∈ K alors

p(αx + βy) ≤ |α| p(x) + |β| p(y) = 0

ce qui prouve 4). Par rapport à 5), il est immédiat que B est équilibré. Par ailleurs,
si x, y ∈ B et 0 < t < 1 alors

p(tx + (1 − t)y) ≤ tp(x) + (1 − t)p(y) < 1

Donc B est convexe. Si x ∈ E et s > p(x) alors p(s−1 x) = s−1 p(x) < 1. 2

Théorème 6.2.3 Soit P = {pi }i∈I une famille de semi-normes sur l’espace vectoriel E.
1. Une P-boule ouverte de centre x0 est l’ensemble des x ∈ E vérifiant un nombre fini
d’inégalité de la forme

pi (x − x0 ) < i , i > 0, i ∈ I

2. Les P-boules ouvertes forment une base pour une topologie de E (dite la P-topologie).

Preuve : Il est immédiat de vérifier que les sous-ensembles de E définis comme


intersections finies et réunions de P-boule satisfont les axiomes des ouverts d’une
topologie dont les P-boules sont une base. 2

44
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

Remarque 6.2.4 (théorème de Hahn-Banach) Soit f une forme linéaire définie sur
un sous-espace vectoriel Y de l’espace vectoriel E. On suppose E muni d’une P-topologie,
Y dense dans E et f continue pour cette P-topologie ; c’est-à-dire qu’il existe un ensemble
fini de semi-normes pi ∈ P et des nombres positifs Mi tels que :

|f (x)| ≤ Mi pi (x), ∀x ∈ Y, ∀i ∈ I fini.

Il existe alors une forme linéaire, unique, fe continue sur E et prolongeant f .

Preuve : Puisque fe doit être continue sur E, elle vérifie necessairement

fe(x) = lim f (xn )


n→∞

pour tout x ∈ E et {xn }n suite dans Y convergeant vers x, d’où l’unicité, car K est
séparé.
L’existence de la limite ci-dessus (qui donne dans ce cas la constuction de la
fonction fe) se démontre de la façon suivante : soit xn une suite de Y convergeant
vers x dans la P-topologie ; pour toute semi-norme pi ∈ P et tout i > 0 on a
donc :
pi (x − xn ) < i dès que n > Ni
les xn forment donc une suite de Cauchy pour tous les semi-normes de la famille
finie pi , i ∈ I, on a :

|f (xn ) − f (xm )| = kf (xn − xm )| < Mi pi (xn − xm ) <  si n, m > N

les nombres f (xn ) forment donc une suite de Cauchy dans K, ils ont une limite,
qui et la valeur fe(x) cherchée. 2

Proposition 6.2.5 Une famille séparante de semi-norme définie une P-topologie séparée.

Preuve : Soient x et y deux point de E tels que x − y 6= 0. Il existe p ∈ P tel que


p(x − y) 6= 0, donc :
p(x − y) >  > 0.
Les voisinages de x respectivemnt de y ,
n o n o
z ∈ E : p(z − x) < respectivement z ∈ E : p(z − y) <
2 2
n’ont aucun point en commun.
Réciproquement, pour que la P-topologie soit séparée, il est nécessaire la fa-
mille soit séparante. En effet, s’il existe x0 tel que p(x0 ) = 0 pour tout p ∈ P, alors
toute boule de centre 0, donc tout voisinage de 0, contient x0 , c’est-à-dire que 0 et
x0 n’ont pas de voisinages disjoints. 2

45
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

Proposition 6.2.6 Une P-topologie sur E, munit E d’une structure d’espace vectoriel
topologique.

Preuve : On écrit
x + y − (x0 + y0 ) = (x − x0 ) + (y − y0 )
et on déduit de l’inégalité triangulaire pour les semi-normes, la continuité de l’ap-
plication
(x, y) 7→ x + y.
La continuité de l’application (λ, x) 7→ λ · x résulte de la sous-additivité et de
l’homogénéité positive des semi-normes, puisque

λ · x − λ0 · x0 = λ(x − x0 ) + (λ − λ0 )x0

2
Un espace vectoriel topologique est dit localement convexe s’il admet une base
topologique constitué d’ensembles convexes.

Proposition 6.2.7 Une P-topologie sur un espace vectoriel E le muni d’une structure
d’espace vectoriel topologique localement convexe. Réciproquement, la topologie d’un es-
pace vectoriel topologique localement convexe peut toujours être définie par une famille
de semi-normes.

Preuve : La définition implique que les boules ouvertes de la P-topologie sont


des ensembles convexes.
Réciproquement, soit U un ouvert convexe contenant 0, alors V = U ∩ U b , ou
b est le symétrique de U par rapport à l’origine , est aussi un ouvert convexe
U
contenant 0. Il résulte de la continuité de l’application de K × E dans E, (λ, x) 7→
λ · x, que pour tout x ∈ E, il existe un λ 6= 0, λ ∈ K tel que λ · x ∈ V , donc un
λ ∈ K tel que x ∈ λV . De plus, x ∈ λV implique que −x ∈ λV . On pose :

pV (x) = inf λ et pV (0) = 0


λ≥0,x∈λV

On vérifie par calcul, que pV est une semi-norme sur E et que les boules ouvertes
correspondant à toutes les semi-normes ainsi définies forment une base pour la
topologie de E (la boule pV (x) < 1 est identique à l’ouvert V ). 2

Théorème 6.2.8 Soit P une famille séparante, finie ou dénombrable de semi-normes sur
E.
1. Si P est finie la topologie associé est identique à la topologie définie par la norme
PN
i=1 pi .

46
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

2. Si P est dénombrable la topologie associée est équivalente à celle définie par la


métrique :

X pi (x − y)
d(x, y) = 2−i (6.1)
i=1
1 + pi (x − y)

Preuve :
PN
1. i=1 pi <  implique pi <  quel que soit i : toute boule ouverte de la P-
topologie contient donc une boule ouverte de la norme. D’autre part pi < ,
i = 1, . . . , N , implique N
P
i=1 pi < N  toute boule ouverte pour la norme
PN
i=1 pi contient donc une boule ouverte pour la P-topologie.

2. On montre d’abord que d(x, y) est bien une distance ; la seule propriété qui
ne résulte pas immédiatement des définitions l’inégalité triangulaire : On la
démontre en écrivant que, pour une semi-norme p, on a :

p(x − y) p(x) + p(y) p(x) p(y)


≤ ≤ + ,
1 + p(x − y) 1 + p(x) + p(y) 1 + p(x) 1 + p(y)

la première inégalité résulte de p(x − y) ≤ p(x) + p(y), la deuxième de


l’inégalité, valable pour tout système α, β, γ de nombres positifs non nuls

(α + β)(1 + α + β)−1 ≤ α(1 + α)−1 + β(1 + β)−1 .

On montre ensuite que si

pi (x − y) < i , i = 1, . . . , p

il existe ηi tel que


d(x, y) < ηi
et réciproquement (la somme de la série 6.1 est toujours inférieure à 2, la
somme privée des N +1 premiers termes est inférieur à 2−n d’où l’équivalence
des deux topologies.
2

Définition 6.2.9 Un espace vectoriel topologique, localement convexe, métrisable, com-


plet est appelé un espace de Frechet.

Proposition 6.2.10 Une application f d’un espace métrique X dans un espace topolo-
gique Y est continue si et seulement si la suite {yn = f (xn )} converge vers y = f (x)
dans Y chaque fois que la suite {xn } converge vers x dans X.

47
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

Preuve : Elle repose sur le fait que, dans un espace métrique, tout point admet
une base dénombrable de voisinages : on considère une base dénombrable de
voisinages V1 ⊃ V2 ⊃ . . . ⊃ Vn ⊃ . . . de x0 , tels que, V étant un voisinage donné
/ f −1 (V ) ; une telle suite existe si f n’est pas continue en x0 ; on
de y0 = f (x0 ), xn ∈
a alors f (xn ) ∈
/ V , la suite f (xn ) ne peut pas converger vers f (x0 ). L’autre partie
de la proposition est évidente. 2

Lemme 6.2.11 Soit E un espace vectoriel, p, q : E → R+ deux applications vérifiant

p(tx) = tp(x), q(tx) = tq(x), ∀(x, t) ∈ E × R+

On suppose que p(x) ≤ r ⇒ q(x) ≤ s où s et r sont des nombres positifs. Alors q(x) ≤
r−1 sp(x) pour tout x ∈ E.

Théorème 6.2.12 Soient (E, (pi )i∈I ) et (F, (qj )j∈J ) deux espaces vectoriels topologique
localement convexe, et T : E → F une application linéaire. Les assertions suivantes sont
équivalentes :
1. T est continue.
2. T est continue en 0E .
3. Pour tout j ∈ J, il existe une partie finie K de I et une constante C > 0 telle que

qj (T x) ≤ CpK (x)

avec pK (x) = maxi∈K pi (x)

Preuve : 1)⇒2) est évidente.


2)⇒3) D’après la continuité de T en 0E , pour tout j ∈ J, il existe K ⊂ I finie
et r > 0 tels que T (BrK (0)) ⊂ B1j (0). Autrement dit, pK (x) ≤ r ⇒ qj (T x) ≤ 1. On
en déduit que qj (T x) ≤ r−1 pK (x) d’après le lemme 6.2.11.
3)⇒1) Soit  > 0. On a T (BδK [0]) ⊂ Bj [0] dès que cδ ≤ . D’où T (BδK [a]) ⊂
Bj [T a] d’après la linéarité de T . 2

Théorème 6.2.13 Pour tout p tel que 1 ≤ p < +∞ l’espace K(Rd ) est dense dans
Lp (Rd )

Le résultat est évidemment faux pour L∞ (Rd ). En effet, la norme induite par
L∞ (Rd ) sur K(Rd ) est la norme uniforme, ce qui entraı̂ne que toutes les fonctions
de l’adhérence de K(Rd ) dans L∞ (Rd ) sont continues (exercice : l’adhérence est
égale à l’espace C0 (Rd ) des fonctions continues qui tendent vers 0 à l’infini).

48
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

Preuve : On veut approcher f ∈ Lp (Rd ) par une fonction ϕ continue à support


compact, approximation en norme Lp ; on procède d’abord à plusieurs réductions :
puisque f = f + −f − , il suffit de le faire pour f ≥ 0 ; alors f est limite simple d’une
suite (fn ) de fonctions étagées, 0 ≤ fn ≤ f . La suite (f − fn )p tend vers 0 en étant
dominée par la fonction intégrable f p , donc kf − fn kp → 0 par convergence do-
minée. Il suffit donc de pouvoir approcher toute fonction étagée g. Puisque g est
combinaison linéaire de fonctions de la forme χB avec B ∈ Bd , il suffit d’appro-
cher les fonctions indicatrices χB . Enfin, si on pose Bn = B ∩ B(0, n), on montre
comme avant que χBn tend vers χB dans Lp , par convergence dominée.
Finalement on veut approcher une fonction indicatrice χB d’un borélien borné
B, disons B ⊂ B(0, R) ⊂ K = B(0, R) ; introduisons aussi l’ouvert V = B(0, R +
1) ; on a B ⊂ K ⊂ V . Désignons par µ la mesure χV λ sur (Rd , Bd ), définie par

∀A ∈ Bd , µ(A) = λ(A ∩ V ).

C’est une mesure finie à laquelle la proposition ?? s’applique. On trouve ainsi


F ⊂ B ⊂ U tels que µ(U ) − µ(F ) < , c’est à dire λ(U ∩ V ) − λ(F ) < . Le fermé
F est borné puisque F ⊂ K, donc K1 = F est compact et l’ouvert U1 = U ∩ V
contient B. On a donc K1 ⊂ B ⊂ U1 et λ(U1 \ K1 ) < . Il reste à construire une
fonction continue φ ∈ K(Rd ), que l’on va choisir telle que χK1 ≤ ϕ ≤ χU1 , posons
d’abord
δ = min {dist(y, U1c ) : y ∈ K1 } > 0
puis
∀x ∈ Rd , ϕ(x) = (1 − δ −1 dist(x, K1 ))+
On vérifie que 0 ≤ ϕ(x) ≤ 1, si x ∈ K1 , on a dist(x, K1 ) = 0 et ϕ(x) = 1 ; si x ∈
/ U1 ,
on a dist(x, K1 ) > δ et ϕ(x) = 0. Tout ceci montre que χK1 ≤ ϕ ≤ χU1 . Comme on
a aussi χK1 ≤ χB ≤ χU1 , il en résulte que

|χB − ϕ| ≤ χU1 − χK1 = χU1 \K1 ,

et Z Z
p
|χB (x) − ϕ(x)| dx ≤ χpU1 \K1 (x)dx = λ(U1 \ K1 ) < 
Rd Rd
2

Théorème 6.2.14 Soient (X, d) et (Y, δ) deux espaces métriques, et D une partie dense
dans X. Soit f : D → Y uniformément continue ;i.e, pour tout  > 0, il existe η() > 0
tel que
x, x0 ∈ D et d(x, x0 ) < η() ⇒ δ(f (x), f (x0 )) < .
Supposons que Y est complet. Alors f se prolonge de manière unique en une application
uniformément continue de F : X → Y .

49
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

Preuve : Soit x ∈ X, comme D est dense dans X, il existe une suite (xn )n≥0 telle
que xn → x lorsque n → ∞. En particulier la suite (xn )n≥0 est de Cauchy. Comme
f est uniformément continue sur D, la suite (f (xn ))n≥0 est de Cauchy. Soit en
effet  > 0, comme la suite (xn )n≥0 est de Cauchy, il existe N ≥ 0 t.q. m, n > N
implique d(xm , xn ) < η(), d’où δ(f (xm ), f (xn )) < . Comme Y est complet, la
suite (f (xn ))n≥0 converge dans Y ; notons F (x) sa limite.
D’une part, la valeur F (x) ne dépend que de x, mais pas de la suite (xn )n≥0
0
de D convergeant vers x. Soit en effet une autre suite (xn )n≥0 de D convergeant
0 0
également vers x, comme d(xn , xn ) → 0 lorsque n → ∞, on a δ(f (xn ), f (xn ) → 0
puisque f est uniformément continue sur D. Montrons que F est uniformément
continue. Soient en effet  > 0 et x, x0 ∈ X tels que d(x, x0 ) < η(). Soient deux
0
suites (xn )n≥0 et (xn )n≥0 de D convergeant vers x et x0 respectivement. Il existe
0 0
donc N > 0 tel que n ≥ N implique d(xn , xn ) < η(3), de sorte que δ(f (xn ), f (xn ) <
3. En passant à la limite pour n → +∞, on conclut que δ(F (x), F (x0 )) < 3, dès
que d(x, x0 ) < η(). Soient maintenant F et F 0 deux prolongements continus de f
à X ; comme F |D = F 0 |D = f et que D est dense dans X, on conclut que F = F 0 ,
d’où l’unicité de F . 2

Lemme 6.2.15 Soit Ω un ouvert de Rd . Pour m ≥ 1, notons


 
c 1
Km = x ∈ Ω/d(x, Ω ) ≥ ∩ B(0, m)
m

Alors
1. Pour tout m > 0, Km est compact,

2. Km ⊂ Km+1 ,
3. Ω = ∪i Ki
4. Pour tout compact K inclu dans Ω, il existe m > 0 tel que K ⊂ Km .

Preuve :
1. Km est borné (clairement), Km est une intersection de deux fermés (rap-
pelons que pour une partie non vide donnée l’application qui à un point
associe sa distance à cette partie est continue). Un fermé borné de Rd est
compact.
2. Il suffit de voir que l’intérieur d’une intersection finie est l’intersection des
intérieurs. La distance d’un point x de Ω au complémentaire de Ω est > 0
car le complémentaire de Ω est fermée (un point à distance nulle d’un fermé
est dans ce fermé).

50
6.2. TOPOLOGIE DÉFINIE PAR UNE FAMILLE DE SEMI-NORMES

3. Soit K un compact inclus dans Ω. L’inf de la distance d’un point de K au


complémentaire de Ω est > 0. Donc cette distance est supérieure à m1 pour
m assez grand. Il suffit ensuite de prendre m assez grand pour que K soit
inclus dans la boule fermé B(0, m).
2

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Bibliographie

[1] Y. Choquet-BRUHAT, Distribution : théorie et problème, Paris, Masson.


[2] DONOGHUE W. F., Distributions and Fourier transforms, Academic Press,
New York and London 1976.
[3] F. Golse, Distributions, analyse de Fourier, équations aux dérivées partielles,polycope
(2012)
[4] GRAFAKOS L., Classical Fourier Analysis, Second Edition, Springer 2008.
[5] STEIN E. M. and WEISS G., Introduction to Fourier Analysis on Euclidean
Spaces, Princeton University Press 1971.

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