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Dissertation Tout Abattre 2

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I. « Abattre » puis « réinventer », créer : un double mouvement.

1. Le mouvement de destruction, un préalable à l’écriture de Rimbaud. Emancipation et révolte


contre l’autorité et les formes d’oppression.
2. Création poétique : émancipation et nouveau langage.
II. Mais un recueil qui ne détruit pas vraiment : une « redite ».
1. Héritage et tradition : des influences bien présentes. La parodie comme « chant à
côté ».
2. Des thèmes classiques, traditionnels.
3. Un recueil « fantaisie » : un poète qui ne se prend pas au sérieux.
III. Finalement, un recueil qui engage la poésie sur une nouvelle voie : une « réinvention
». 1. Un recueil à « vivre » : nouveau lyrisme, approche visuelle et sensuelle.
2. Transfiguration du réel et force de l’imagination : une poésie en acte.
3. Une œuvre de jeunesse qui évolue : progression entre les deux cahiers.
ou

I. « Abattre d’abord » : un recueil qui détruit.


1. Un adolescent révolté et fugueur.

2. Se libérer des formes de l’autorité : la destruction de l’ordre établi.


3. Détruire l’ancienne poésie, pourtant présente.
II. Ensuite, construire : la création poétique.
1. Faire entrer le monde en poésie : sujets inattendus et immersion du poète dans le
monde. 2. Nouvelle poésie, nouveau langage : une poétique moderne et audacieuse.
3. L’émancipation par la transfiguration du réel et la force de l’imagination.

Pistes et perspectives pour le correcteur :

∙ Brève présentation problématisée du sujet, en lien avec l’intitulé du parcours ;

o Le sujet invite l’élève à interroger la volonté du poète dans le recueil et l’incite à montrer que ce
recueil obéit à un double mouvement : il est à la fois le résultat d’une volonté de détachement,
d’affranchissement de quelque chose qui préexiste à la poésie de Rimbaud et au monde qui
l’entoure (« Tout abattre d’abord »), et de volonté de créer quelque chose de nouveau grâce
à l’art poétique (le rythme ternaire « Tout réinventer, tout vivre, tout redire »). Ces trois infinitifs
mettent en avant l’importance de dire différemment le monde, tout en le « vivant », c’est-à-dire en
s’immergeant par une expérience sensible dans le réel. L’emploi du pronom indéfini « tout » insiste
sur le caractère global et radical d’une entreprise poétique qui ferait table rase de tout ce qui
préexiste.
o L’élève devra ainsi montrer que la poésie de Rimbaud cherche à abattre, à détruire un ordre dont le
jeune adolescent ne veut plus, ainsi qu’à créer autre chose. Il fera ainsi le lien avec le
parcours associé « Emancipations créatrices », car s’émanciper, c’est bien se libérer, s’affranchir,
faire table rase afin de pouvoir, dans un second temps, créer, inventer grâce à l’écriture poétique.
L’élève s’interrogera également sur la pertinence de cette citation puisque le poète ne semble pas
toujours parvenir à une destruction totale, ni à une « ré-invention » du monde et de la poésie.

o D’où les problématiques envisageables : En quoi le recueil Cahier de Douai traduit-il bien un double
mouvement, de destruction et de création ? En quoi cette destruction est-elle un préalable
nécessaire à la création poétique et cette destruction est-elle toujours efficiente ? L’ambition de
Rimbaud vise-t-elle à révolutionner totalement la tradition poétique ?

∙ On envisagera que les candidats explorent certaines des dimensions/caractéristiques/enjeux


suivants au cours de leur réflexion, sans attendre de traitement exhaustif de l’ensemble de
ces entrées :

o Le recueil montre bien la volonté du poète de détruire l’ordre établi et de s’émanciper. Cette
volonté d’« abattre » se lit dans les différentes formes d’affranchissement que l’on trouve dans les
vingt-deux poèmes du recueil, et qui semble bien constituer une totalité (pronom indéfini « tout »
du sujet). L’émancipation suppose en effet d’abattre d’abord pour pouvoir se libérer ensuite. Ainsi,
le jeune poète semble vouloir détruire tout ce qu’il assimile à une figure d’autorité, à l’instar de la
révolte contre les classes sociales dominantes (l’aristocratie de l’Ancien Régime qui laisse les
enfants mourir de faim, dénoncée dans « Les Effarés » ; la bourgeoisie dans « À la musique »), de
la révolte contre le Second Empire (haine contre Napoléon III qui a « assassiné la liberté » par
son coup d’Etat du 2 décembre 1851 et qui est responsable de la guerre de 1870 dénoncée dans
des poèmes comme « Le Mal » ou « Le Dormeur du val »), et de la révolte contre la religion qui
soumet le peuple et est hypocrite (« Le Forgeron », « Le Châtiment de Tartufe », « Le Mal »).

o Ce mouvement de destruction s’exprime de différentes manières dans le recueil. On relève


d’abord l’usage de la satire. D’un côté, Rimbaud attaque directement ceux auxquels il s’oppose,
de l’autre, il désacralise les grands thèmes poétiques traditionnels : satire ad hominem de
Napoléon III dans « Rages de Césars » ou « L’Eclatante victoire de Sarrebrück » par exemple,
caricature des bourgeois dans « A la musique », réquisitoire dans « Le Forgeron ». Ensuite,
l’emploi d’un registre pathétique est propre à émouvoir le lecteur et à servir la satire, comme
dans les poèmes « Les Effarés » ou « Le Dormeur du val ». Enfin, l’usage de la parodie permet
également la destruction, en mettant à distance les anciens sujets poétiques : « Bal des
pendus » est une parodie de François Villon, « Le Forgeron » parodie le style épique de
Victor Hugo. La reprise des mythes montre également la volonté de Rimbaud d’ « abattre »
l’ancien héritage poétique, de « redire » autrement, en adoptant un ton original et personnel,
comme dans « Le Châtiment de Tartufe » où la figure littéraire est reprise et détournée ou
dans le contre-blason de « Vénus anadyomène ». La désacralisation à l’œuvre ici rabaisse la
déesse de l’Amour au rang de vulgaire prostituée émergeant

d’une baignoire.

o Néanmoins, la destruction dans Cahier de Douai se voit entravée par un héritage poétique bien
présent. Il semble ainsi exagéré de dire que Rimbaud parvienne dans ce recueil de jeunesse à «
tout abattre ». La poésie de Rimbaud est en effet nourrie de références classiques et
romantiques, comme dans les poèmes qui font la place à des références littéraires précises
(« Ophélie », « Le Châtiment de Tartufe ») ou dont on sent l’héritage hugolien avec l’éveil du
sentiment amoureux (« Sensation », « Première soirée ») ou une tonalité épique bien
présente (« Le Forgeron », « L’Eclatante victoire de Sarrebrück »). En outre, les thèmes
littéraires traditionnels sont toujours présents dans le recueil : éveil du désir amoureux,
lyrisme, présence essentielle de la nature, dénonciation et satire. Enfin, la poétique de Rimbaud
demeure globalement traditionnelle : la moitié des poèmes sont des sonnets (dont sept dans le
second cahier) et l’alexandrin reste majoritaire. On notera également que le poète ne se prend
pas au sérieux et qu’il est ainsi loin de « tout réinventer ». C’est pourquoi l’on peut considérer
que ce premier recueil ne propose encore que les germes d’une révolution poétique

o Pourtant, ce désir de créer, de « réinventer » est réellement présent dans un recueil où le poète
semble se chercher en faisant l’expérience du réel, et essayer son style.
o D’abord, le recueil nous dévoile bien un poète qui veut « tout vivre » dans une poésie en lien direct
avec le monde et la Nature (personnifiée, qui se substitue à la religion ou à l’amour). Rimbaud
est un adolescent qui fugue et marche pour créer (« Sensation », « Ma Bohème », ou « Roman
»). Rimbaud fait entrer le monde dans sa poésie. La multitude de sensations décrites s’associe à
des visions et aux couleurs qui créent un nouveau monde comme dans les poèmes « Au
Cabaret-vert » ou « Roman » (il éprouve dans sa chair, « par tous les sens », des sensations
nouvelles. La poésie gagne ainsi une nouvelle saveur, celle d’un bonheur simple où le poète se
laisse envahir par la sensualité. Ce nouveau lyrisme évoque les temps primitifs comme dans le
long poème « Soleil et Chair ». Il s’agit d’une sensualité heureuse, de l’éloge de la liberté
associée aux pulsions du désir adolescent.
o La poésie transfigure alors le réel, dans un processus de « réinvention » où le poète « redit »
le monde, en laissant une grande place à l’imagination. Dans « À la musique », le poète récrée
le corps des jeunes filles par l’imagination ; dans « Roman », l’affranchissement permet la
création littéraire, comme le montre l’emploi du néologisme « Robinsonne ». Rimbaud propose
une poésie libre, comme musique et comme voix neuve et puissante : dans « Ma Bohème
», les « élastiques » deviennent des « lyres » pour le poète vagabond, totalement voué à la
« fantaisie » de sa Muse.
o C’est ainsi que le recueil fait entrer des thèmes inattendus en poésie : prosaïsme, proposer
une vision de l’idéal par l’exploitation de plaisirs simples dans « Au cabaret-vert », poésie
du quotidien et langage familier comme dans « Le Buffet » (poétiser un objet du quotidien), forte
présence des interjections, des onomatopées ou des mots crus et vulgaires.
o Enfin, le poète tente de fuir les carcans littéraires. L’élève pourra s’appuyer ici sur les jeux
poétiques de Rimbaud qui, en plus de faire entrer des sujets prosaïques en poésie,
s’amuse à disloquer l’alexandrin par de multiples enjambements, rejets ou contre-rejets,
comme dans « Le Dormeur du val » ou « Ma Bohème » par exemple. Les règles du sonnet
sont également bouleversées dans « Rêvé pour l’hiver », sonnet hétérométrique où les
hexasyllabes alternent avec les alexandrins.

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