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ONTO Le Guide de L Ontonaute GERESO

Transféré par

Saïd Ben Moussa
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Jean-Loup ROCHE

Kévin ROCHE
Ce document est la propriété exclusive de Saïd Ben Moussa ([email protected]) - 11 août 2023 à 17:35

R E , S’AC
ÎT
A

CO
NN

MP
S E CO
Fourmillant de réflexions de philosophes, d’artistes, de

L IR
à la (re)conquête de notre être et nous invite à identifier

être personnel et collectif, pour finalement mieux vivre !

anthropologie et psychologie clinique. Enseignant certifié

Le guide de
L’ONTONAUTE
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Le guide de
S’ACCOMPLIR

L’ONTONAUTE
SE CONNAÎTRE,
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR
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LE GUIDE DE L’ONTONAUTE

Auteurs : Jean-Loup ROCHE et Kévin ROCHE

Édition 2023

© GERESO Édition 2023


Direction de collection : Catherine FOURMOND
Suivi éditorial et conception graphique : GERESO Édition
Illustration de couverture : © Bahtiar_maulana/gettyimages.fr

www.gereso.com/edition
e-mail : [email protected]
Tél. 02 43 23 03 53 - Fax 02 43 28 40 67

Reproduction, traduction, adaptation interdites


Tous droits réservés pour tous pays
Loi du 11 mars 1957

Dépôt légal : Mai 2023


ISBN : 979-10-397-0403-8
EAN 13 : 9791039704038
ISBN numériques
eBook : 979-10-397-0486-1
ePub : 979-10-397-0487-8

GERESO SAS au capital de 465 920 euros - RCS Le MANS B 311 975 577
Siège social : 38 rue de la Teillaie - CS 81826 - 72018 Le Mans Cedex 2 - France
Parmi les hors-collection
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• À la découverte de mes talents


• Chaque journée est un chapitre de ta vie
• Être l’acteur de sa retraite
• Go ! Devenez proactif
• J’assume mon hypersensibilité
• Je suis bordélique, c’est grave ?
• La méthode J.O.I.E.
• La puissance des rêves lucides
• Le super-pouvoir de la créativité
• Osez votre leadership
• Passe ton bonheur à ton voisin
• Réussir son divorce
• Révélez votre Talent avec l’intelligence prismatique
• Vie minimale, expérience maximale
• Voyage au bout du deal

Retrouvez tous nos titres « Hors Collection » sur


librairie.gereso.com
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« Gouvernez votre esprit ou c’est lui qui vous gouvernera. »


Horace

« Quand nous avons tout appris,


il nous faut encore apprendre à être. »
Matthieu Ricard

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Remerciements

Toute notre reconnaissance à celles et à ceux qui nous ont formés,


certifiés et agréés en PNL et en hypnose ericksonienne à Paris, en
Savoie et au Québec, contribuant à une meilleure connaissance
et maîtrise de nous-mêmes.

Merci à celles et ceux qui ont placé leur confiance en nous pour
être (individuellement ou collectivement) accompagnés et for-
més par nous à l’Île de la Réunion et à Paris : notamment travail-
leurs sociaux, personnels éducatifs et paramédicaux en exercice
ou en formation, bénévoles associatifs (ces derniers ayant été nos
partenaires dans nos interventions en faveur des victimes de vio-
lences intrafamiliales et des réfugiés).

Merci à celles et ceux qui, désireux d’être « ontonautes », ac-


ceptent d’être « guidés » par ce livre (donc par nous) et s’engagent
dans la démarche que nous leur proposons, en toute empathie.

Bonne navigation.

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Sommaire

Remerciements ................................................................................... 7
Introduction ....................................................................................... 11
Quatrième exploration : la self-exploration ............................... 11
Le centre et la périphérie : intériorité, extériorité et altérité ... 14
Le développement personnel : ni Narcisse ni Prométhée ...... 17

CHAPITRE 1 - « PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI » ................... 21


Les objectifs de l’OP ......................................................................... 21
Les fondements théoriques de l’OP .............................................. 24
Les techniques de base de l’OP ..................................................... 27
Le projet de l’OP : du moi existentiel (ego)
au moi essentiel (Soi) ....................................................................... 28
Les applications de l’OP .................................................................. 34
L’ontocoaching .................................................................................. 40

CHAPITRE 2 - « CONNAIS-TOI TOI-MÊME » ................................ 47


Détour philosophique : l’héritage socratique ............................... 47
STADE 1 : Explore ton ontosphère (questionnement :
« où suis-je ? »).................................................................................... 50
STADE 2 : Explore ta chronosphère
(D’où viens-tu ? Où en es-tu ?) ........................................................ 73
STADE 3 : Explore ton ontosystème (Qui es-tu ? Que vis-tu ?) ... 86

9
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

CHAPITRE 3 - « COMPRENDS QUI TU ES » ...............................121


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L’inventaire 1 : les carences à identifier


et les difficultés à surmonter .........................................................123
L’inventaire 2 : les acquis et potentialités à exploiter .................125
L’inventaire 3 : les changements à opérer ...................................126
La question identitaire ...................................................................129

CHAPITRE 4 - « DEVIENS QUI TU ES » ........................................135


1 : Ouvre-toi aux mondes extérieur et intérieur
La triple reliance..............................................................................137
2 : Accepte-toi, apprécie-toi, fais-toi confiance - L’estime de soi .. 152
3 : Exploite tes ressources internes et capacités - L’excellence... 158
4 : Maintiens ta motivation à changer
L’amélioration constante ................................................................163
5 : Développe ta capacité d’attention - La calibration ...............167
6 : Développe ta capacité de compréhension - L’empathie .....173
7 : Maîtrise tes émotions et tes états de stress
L’intelligence émotionnelle ...........................................................176
8 : Affirme-toi - L’assertivité et la communication non violente ... 177
9 : Communique efficacement et librement
L’intelligence relationnelle .............................................................183
10 : Règle crises et conflits - Négociation et Médiation ............188
11 : Surmonte tes épreuves, intègre ton passé
La résilience .....................................................................................195
12 : Profite des opportunités - La sérendipité .............................205
13 : Crée et innove - La créativité .................................................208
14 : Projette-toi et prends les bonnes décisions
La stratégie d’objectif .....................................................................213
15 : Accomplis-toi pleinement - Méditation, Flow, Mindfulness
(pleine conscience) ............................................................................ 221

Conclusion .......................................................................................237
Ontothèque .....................................................................................239
À propos des auteurs .....................................................................243

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Introduction

Quatrième exploration : la self-exploration


« Le chemin de la sagesse ou de la liberté
est un chemin qui mène au centre de ton propre être. »
Mircea Eliade

La légende hindoue : les quatre explorations


Amie lectrice, ami lecteur, nous t’invitons pour commencer à lire
ou à relire une vieille et célèbre légende hindoue qui, selon nous,
rend parfaitement compte du défi que représente tout projet de
découverte et de conquête de notre être propre et d’exploita-
tion de notre richesse intérieure (qui, jadis et/ou ailleurs, a pu être
considérée comme notre part de « divinité »).

Il y eut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Mais


ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le maître
des dieux, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à
un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand
problème fut donc de lui trouver une cachette.

11
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Lorsque les dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour


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résoudre ce problème, ils proposèrent ceci : « Enterrons la divi-


nité de l’homme dans la terre. »
Mais Brahma répondit : « Non, cela ne suffit pas, car l’homme
creusera et la trouvera. »
Alors les dieux répliquèrent : « Dans ce cas, jetons la divinité
dans le plus profond des océans. »
Mais Brahma répondit à nouveau : « Non, car tôt ou tard,
l’homme explorera les profondeurs de tous les océans et il est
certain qu’un jour, il la trouvera et la remontera à la surface. »
Alors les dieux mineurs conclurent : « Nous ne savons pas où
la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer
d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour. »
Alors Brahma dit : « Voilà ce que nous ferons de la divinité de
l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car
c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher. »
Depuis ce temps, conclut la légende, l’homme a fait le tour de
la terre, il a exploré, escaladé, plongé et creusé, à la recherche
de quelque chose qui se trouve en lui.

Héritée de la tradition orale, non précisément datable, cette


célèbre « vieille légende hindoue » a été rapportée par de nom-
breux swamis et yogis tel Ramana Maharshi, l’un des maîtres de
l’Advaita Vedanta (école philosophique influente en Inde) dans la
première moitié du XXe siècle. Si elle s’inscrit originellement dans
un contexte géographique, historique, culturel et spirituel éloi-
gné du nôtre, la légende (comme beaucoup d’autres) peut être
aisément transposée aujourd’hui dans notre monde occidental
et dans des champs divers de réflexion et d’action, religieux ou
profanes comme celui du développement personnel. La légende
en question tient lieu de métaphore, elle est universelle (pouvant

12
INTRODUCTION

inspirer les humains du monde entier) et éternelle (elle a franchi


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les millénaires) ; elle a été prophétique puisqu’elle annonce deux


catégories d’explorations humaines qui se sont bien réalisées et
sont même encore en cours : celles de la Terre et sur terre (liées
aux migrations et à la soif de conquête) d’une part, celles des
océans (liées à la navigation marchande, militaire et scientifique)
et des profondeurs des océans (liées aux progrès de la plongée
et de l’investigation sous-marines) d’autre part ; il faut bien sûr y
ajouter les explorations du ciel (liées à l’astronomie et à la naviga-
tion aérienne) et du cosmos (liées à l’astrophysique et aux expé-
ditions des cosmonautes). Certaines de ces explorations, hélas,
n’ont pas été pacifiques, étant motivées par des intentions im-
périalistes et colonisatrices débouchant sur l’annexion de terres,
l’esclavage de peuples, l’extermination d’êtres vivants (humains
et animaux), les désastres écologiques.

Quant à l’exploration intérieure (« quatrième exploration » : celle


de soi ou du « soi »), elle était rendue impossible, illusoire ou ha-
sardeuse, du fait que la légende divinisait et rendait donc diffici-
lement accessible notre être profond, alors qu’il n’a pas besoin
d’être sacralisé pour que soient estimées ses ressources. Cette
« quatrième exploration » a fini par devenir une exigence vitale et
la quête ontologique est une constante tant de l’histoire indivi-
duelle que de l’histoire de l’humanité (dans les deux cas, à partir
d’une étape du processus de développement), inspirant dans
l’ensemble des sociétés, chez tous les peuples, des démarches
religieuses, philosophiques, artistiques, scientifiques… révéla-
trices d’un désir commun de nous découvrir et de nous conquérir
nous-mêmes tout aussi fort que celui de découvrir et conquérir
le monde qui nous entoure. La conquête en question est, elle,
de nature pacifique (même si elle prend souvent la forme d’un
combat), à moins que l’individu ou le groupe qui l’entreprend soit
autodestructeur, voire suicidaire.

13
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

N’oublions pas que notre vie intérieure ne se réduit pas au fonc-


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tionnement de notre psychisme, de notre esprit ou de notre âme.


Elle a aussi une dimension physique, biologique et des instru-
ments et appareils d’une haute technicité permettent d’accéder
au plus profond de notre corps, d’observer nos organes, notre
circulation sanguine, nos circuits cérébraux…

On parle bien aussi d’« exploration médicale ». L’étymologie la-


tine « exploratio » (= observation) est restrictive ; explorer est bien
plus qu’observer, c’est chercher, découvrir et souvent conquérir,
quel que soit le domaine d’exploration ; l’exploration n’est ja-
mais passive, elle est active et mobile même si la dynamique est
centripète (tournée vers le dedans) ; ainsi les grands explorateurs
ou grandes exploratrices ne sont pas seulement Hérodote, Mar-
co Polo, Ibn Battuta, Vasco de Gama, René Caillié, Alexandra Da-
vid-Néel, Paul-Émile Victor, Thomas Pesquet, Jean-Luc Étienne et
bien d’autres grands voyageurs et voyageuses mais aussi Nico-
las Copernic, Galilée, Charles Darwin, Louis Pasteur, Marie Curie,
Sigmund Freud, Albert Einstein, ces scientifiques dont les décou-
vertes ont aussi permis de faire avancer nos connaissances, nos
représentations du monde et de l’humanité et ont des répercus-
sions sur notre vie physique et psychique.

Le centre et la périphérie :
intériorité, extériorité et altérité
Nous ne dissocions pas la « quatrième conquête » des trois autres
car, selon nous, nous y reviendrons largement dans le présent
ouvrage, nous ne pouvons vraiment nous connaître, nous com-
prendre et nous transformer qu’en prenant en compte et en ex-
ploitant le lien qui nous unit à notre environnement, en conqué-
rant aussi d’une certaine manière les espaces périphériques. La
relation centre-périphérie est bien sûr une thématique issue de
la géométrie mais elle est présente dans de nombreuses autres

14
INTRODUCTION

sciences : biologie, physique, géographie, histoire, sociologie


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en particulier. En développement personnel, on parle de « cen-


trage sur soi », alors il est tout à fait justifiable de repérer d’où l’on
vient pour se centrer correctement (on ne se prendra pas pour
autant pour le « centre du monde »). Dans un proverbe haous-
sa, la question est posée : « Quand tu manges un gâteau rond,
commences-tu par le centre ? », la réponse est bien évidemment
« non » et il en serait de même pour un fruit : en mangeant, on finit
par dégager le noyau ; l’image tiendra lieu de métaphore pour
notre « quatrième exploration ».

Les trois premières explorations n’ont pas été et continuent à ne


pas être faciles : elles ont pu rencontrer des obstacles, être mar-
quées par des drames, occasionner de mauvaises surprises et
ceux qui les ont entreprises ont pu être parfois ignorés, incompris
ou injustement glorifiés. La « quatrième exploration » (self-explo-
ration) peut être également difficile ; en tout cas, elle n’est pas
une évidence, même si elle s’impose comme une exigence. Partir
à la découverte de soi ou inciter autrui à le faire n’est pas toujours
admis et peut même être en certains lieux, à certaines époques,
aux yeux de certains considéré comme une transgression,
une provocation, un sacrilège, comme tout acte de libération,
d’émancipation. On sait combien la psychanalyse a été décriée
par des religieux et des scientifiques mais aussi réprimée par les
dirigeants nazis. La « quatrième exploration » peut donc parfois
ressembler à un combat, elle exige en tout cas d’être persévérant
et déterminé.

Ce que la philosophe et écrivaine Simone de Beauvoir appelait


« l’aventure d’être soi », ce que nous appelons la « quatrième ex-
ploration » (pour laquelle nous proposons une méthode, l’« On-
tologie Pratique »), n’est concevable pour nous que sur la base
d’une dialectique du dedans et du dehors, de l’intériorité et de
l’extériorité : il n’y a pas d’introspection, de concentration pos-
sible sans expansion, sans projection dans un monde vaste, ou-

15
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

vert et libre. La mission que s’assigne l’« ontonaute » (nous appe-


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lons ainsi celui ou celle qui s’« auto-explore ») ne consiste pas à


se retirer du monde extérieur (naturel, humain et matériel), à le
fuir, à s’isoler, à se replier sur soi mais, au contraire, même dans le
silence et l’éventuelle solitude (en cas de non-accompagnement),
à l’investir différemment ou à investir des parts d’environnement
insoupçonnées, oubliées ou négligées, constituant pourtant des
portes d’entrée dans des territoires enfouis de la psyché.

Comme le philosophe Gaston Bachelard, nous sommes convain-


cus de la « consonance » des deux mondes : celui qui est en nous
et nous est propre et celui qui est autour de nous et sur lequel
nous sommes au moins « entrouverts » (il serait illusoire de vouloir
se fermer à lui, d’ailleurs il est présent jusque dans nos rêves). Il
n’y a pas d’opposition entre un monde de l’être et du moi (monde
du dedans limité dans l’espace et le temps) et un monde du non-
être et du non-moi (monde du dehors illimité dans l’espace et le
temps). Explorer l’un suppose d’explorer un minimum l’autre ; les
deux mondes sont profonds, immenses et complexes ; les deux
explorations ne sont jamais achevées. « Cherchons comme ceux
qui doivent trouver et trouvons comme ceux qui doivent chercher
encore car l’homme qui est arrivé au terme ne fait que commen-
cer », lit-on dans les Confessions de Saint-Augustin.

Les grands voyageurs ne nous contrediront pas : on n’est sans


doute jamais autant confronté à son intériorité que lorsqu’on est
dans de vastes extérieurs, dans des territoires éloignés de nos
cadres de vie habituels et familiers, dans des contrées inconnues,
dans des coins reculés de la planète. Il y a alors interpénétration
des deux espaces et nécessité d’une double exploration. Le dé-
veloppement personnel certes peut se pratiquer en zone connue,
proche et sécurisée mais le solipsisme (attitude qui consiste à
penser qu’il n’y a de réalité que soi-même) n’est pas de mise :
partir dans la profondeur ou au centre de soi suppose de mainte-
nir le lien avec la surface et la périphérie (d’où doivent continuer à

16
INTRODUCTION

venir des sensations, des informations) ; la position à adopter est


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celle du plongeur qui, parti au fond de l’océan, garde le contact


avec le pont du bateau ou le rivage.

Le développement personnel :
ni Narcisse ni Prométhée
N’oublions pas non plus l’altérité (extériorité humaine) dans la
démarche de recherche personnelle. L’autre, tout autant que l’ail-
leurs, constitue l’« avec-moi » qui, à un titre ou à un autre, sera
présent, pris en compte comme témoin, accompagnant, éven-
tuellement bénéficiaire de la mission que je m’assigne, mission
qui ne doit en aucun cas me désocialiser et me rendre égoïste.
Voyageurs par excellence puisque nomades, les Touareg ont une
maxime édifiante, inattendue de leur part puisqu’ils parcourent le
désert saharien particulièrement peu peuplé : « Le voyage, c’est
aller de soi à soi en passant par les autres. »

Les méthodes de développement personnel sont considérées


par certains comme participant d’une culture « self-help » en
pleine extension, prenant de multiples formes d’affirmation indi-
vidualiste, nombriliste, narcissique (talk-shows, reality-shows à la
télévision, selfies sur les smartphones, blogs de particuliers, de
politiciens, d’artistes, de sportifs sur internet…) : le psychiatre
Laurent Schmitt parle du « bal des ego » (titre de son livre paru en
2014) et, avant lui, les historiens et sociologues américains Chris-
topher Lasch (La Culture du Narcissisme, 1969) et Richard Sennett
(Les Tyrannies de l’intimité, 1977) parlaient déjà d’une « civilisation
centrée sur le moi », d’une société où le « moi-je » se donne conti-
nuellement en spectacle dans les médias. Nous n’adhérons pas
aux déviances voyeuristes, exhibitionnistes et idolâtres de la « té-
lé-réalité » et nous ne pouvons cautionner tout ce qui peut aller
dans le sens du « culte de la personnalité », tout radicalisme de
l’expression identitaire ayant des conséquences pathologiques

17
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

sur le plan individuel (distorsion mégalomaniaque du moi) mais


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étant aussi socialement dangereux (remise en question de la di-


mension du « nous » dans laquelle doit s’inscrire le « moi » pour
se consolider).

Le philosophe Mathias Roux (Stop à la dictature de l’ego, 2018)


considère, quant à lui, que l’égotisme (culte personnel) généra-
lisé ne peut que « servir la société de consommation et d’accu-
mulation » et la société actuelle est perçue par lui comme une
« juxtaposition de moi esseulés composant sur leurs différences »,
les prétendus « réseaux sociaux », pour la plupart, ne servant qu’à
se mettre en scène personnellement et favorisant les « ego sur-
dimensionnés ». S’il y a une « flambée du narcissisme », comme
l’affirment certains, ceux qui pratiquent un développement per-
sonnel humaniste, réaliste, systémique, écoresponsable n’ont pas
allumé et n’entretiennent pas l’incendie et il revient à ceux qui
nous gouvernent et nous influencent (par l’éducation, la publici-
té, les techniques de communication…) de l’éteindre.

L’ontologie (réflexion sur l’être et sur cette partie profonde de


l’être humain qui est appelée le soi) est considérée comme fon-
damentale en philosophie par le philosophe Martin Heidegger,
position sévèrement critiquée par le philosophe Emmanuel Lé-
vinas qui considère qu’en prétendant connaître et maîtriser
l’être et l’intériorité, l’ontologie fait fi de l’altérité (existence de
l’autre, présence de l’autre, relation à l’autre) et peut favoriser les
idéologies totalitaires (niant l’autre, le réprimant ou l’opprimant).
À la philosophie de l’ipséité (qui, selon lui, a marqué la pensée
occidentale), Lévinas veut substituer la philosophie de l’apérité
(ouverture humaniste), projet compréhensible dans la mesure où,
en tant qu’intellectuel juif, il se devait d’adopter un point de vue
critique sur Heidegger qui s’était inscrit au parti nazi. L’attitude
est cependant difficilement soutenable aujourd’hui, ceci pour les
raisons suivantes :
- L’ontologie n’est plus le domaine réservé des philosophes.

18
INTRODUCTION

- La question de l’être est revue aujourd’hui par différents spé-


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cialistes (dont les philosophes et les psychologues) à la lumière


des expertises scientifiques, ceux du cerveau (neurosciences)
d’une part, ceux de la communication (psychologie sociale)
d’autre part.
- L’approche de l’être est plutôt motivée maintenant par le désir
de « mieux-être », d’efficacité personnelle et se concrétise sous
les formes multiples du développement personnel.
- Le développement personnel intègre nécessairement l’extério-
rité et l’altérité dans sa démarche d’investigation de l’intériorité,
son projet ne pouvant se limiter à la rencontre de l’être avec lui-
même puisque tout être humain ne peut se définir que comme
« être parmi » (parmi les autres êtres vivants) et « être avec »
(avec les autres êtres humains notamment) pour que soient
confirmées son unité, sa spécificité, sa temporalité.
- Le développement personnel, et plus particulièrement l’Onto-
logie Pratique, de ce fait, se doit d’être honnête, intègre, res-
ponsable et d’avoir les préoccupations éthiques que le philo-
sophe Emmanuel Levinas ne prêtait pas à l’ontologie théorique.
- Le philosophe Michel Lacroix, analyste critique des méthodes
et techniques de développement personnel, fait la remarque
suivante, à laquelle nous adhérons : « Si le développement per-
sonnel […] néglige l’Éthique, il ne laissera aux générations fu-
tures que le souvenir d’une alliance, à la fois détestable et stérile,
entre Narcisse et Prométhée. »

Être n’est pas un état, c’est un mouvement, une orientation, une


odyssée, une aventure dans un corps et dans un monde qui eux-
mêmes évoluent ; il nous faut prendre conscience de ce qui nous
structure, nous anime, fonctionne et dysfonctionne, de l’énergie
que nous mobilisons, des forces sur lesquelles nous pouvons
compter et mettre en place des modes de pensée, des manières
de sentir, des attitudes, des comportements, des formes de
communication nous rendant le plus possible acteurs de notre

19
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

vie. Cette « ontologie en action » n’est pas un simple exercice de


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l’esprit ; elle amène le « self-explorateur » (ontonaute) à établir un


diagnostic (ontodiagnostic), à s’auto-évaluer (ontobilan) et à opti-
miser ses ressources et/ou en créer de nouvelles dans la perspec-
tive d’un changement positif (ontopraxis).

Puisque l’ontologie que nous préconisons est « pratique », elle


n’est pas une expérience « in vitro », elle allie l’approfondissement
à l’expansion, la prise de conscience de soi à celle de l’autre et
de l’ailleurs, le lien interne au lien externe, le souci de connaître
et de comprendre au souci de décider et d’agir, les effets positifs
escomptés ayant pour cadres concrets l’environnement person-
nel (cadre spatial externe) et l’histoire personnelle (cadre tempo-
rel). On est loin d’une ontologie pure et dure enfermant le philo-
sophe, le poète ou le méditant dans une « bulle d’ego » ou dans
une « tour d’ivoire », termes souvent utilisés par les détracteurs
du travail général sur l’être ou du travail particulier sur soi (sur son
propre être).

Ami lecteur ou amie lectrice, si les idées qui sous-tendent notre


projet t’agréent, si la direction prise est celle que tu veux bien
faire tienne, alors considère que ce livre est ton « vade-mecum »,
ta « feuille de route » pour ta mission d’ontonaute. La vie exige
un certain nombre de missions : celle d’être soi n’est pas la plus
aisée : alors, accepte que nous t’ontocoachions. Merci pour ta
confiance.

Jean-Loup Roche (psychologue clinicien)


Kevin Roche (psychosociologue)
Ontocoachs
Pays de Savoie et Île de La Réunion

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CHAPITRE 1

« PUISQUE TU ES,
SOIS DONC TOI »

Présentation de l’Ontologie Pratique (OP)


« Ne sois pas un autre si tu peux être toi-même. »
Paracelse

Les objectifs de l’OP


Il nous faut préciser d’emblée que l’OP ne te donnera aucune
recette pour « avoir plus » et ne répondra donc nullement à des
besoins matériels (être plus riche financièrement, posséder plus)
ou à une quête de pouvoir ou d’emprise sur autrui (socialement
ou professionnellement). D’ailleurs, nous n’avons aucune recette
à donner. Notre objectif premier est de te donner des orienta-
tions pour réaliser un projet qu’il faut faire tien et mener à bien :
être toi-même, c’est-à-dire être plus, être mieux, être pleinement,

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

ce qui peut avoir des effets positifs dans deux autres registres du
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vécu humain : l’« avoir » et le « faire », puisque le travail personnel


à effectuer doit permettre une amélioration de tes connaissances
à propos de toi-même et une optimisation de tes compétences.

La mission assignée à l’ontonaute (ainsi qualifions-nous celle ou


celui partant à la conquête de soi) se décline en trois phases :
- La phase de « self-exploration », que nous intitulons ontoscopie
(se connaître).
- La phase d’évaluation, que nous intitulons ontodiagnostic (se
comprendre).
- La phase de changement, que nous intitulons ontopraxis (ex-
ploiter ses ressources internes, se réaliser, s’accomplir).

Pour entrer et avancer dans cette dynamique, mieux vaut certes


être accompagné, de préférence en session de groupe, comme
dans toute autre démarche de développement personnel. Le
présent ouvrage tient lieu cependant de « vade-mecum » et ses
deux co-auteurs seront tes accompagnants (ontocoachs). Il faut
être conscient également que l’OP ne fait que structurer et rendre
opérationnelle une démarche qui est personnelle, intentionnelle
et s’inscrit dans la durée.

L’OP te permettra d’abord de faire un « check-up » personnel. « État


des lieux », « contrôle technique », telles pourraient être, hors du
champ médical, les métaphores applicables à ce type d’examen
se devant d’être objectif, honnête, précis, méthodique ; ce bilan
à établir à propos de toi-même amène à prendre en compte une
succession de critères, à passer au crible ta personnalité : il s’agit
d’un véritable ontoscan débouchant sur un ontodiagnostic, une
estimation d’un état actuel envisagé (sans jugement aucun) dans
ses différentes dimensions et avec ses caractéristiques positives
et négatives. Si l’objectif n’est pas thérapeutique, la tâche est tout
de même clinique.

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

L’OP te permettra ensuite d’actionner les leviers du changement.


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Une fusée, avant de décoller, est préparée, vérifiée et, après sé-
jour sur la base de lancement, le check-up ayant été effectué,
c’est l’envol vers l’espace. Cette métaphore technique illustrera la
phase du développement personnel, celle où, tel l’astronaute ou
cosmonaute, l’ontonaute est aux manettes, se gère, se maîtrise,
s’affirme, s’accomplit, se projette.

L’OP te permettra enfin de réorienter ta trajectoire de vie, de te


fixer de nouveaux objectifs ou des objectifs plus clairs, ceci à l’aide
de moyens psychologiques plus performants (stratégie de chan-
gement). Précisons d’emblée que notre optique n’est nullement
l’obtention des « clefs du bonheur » comme le proclament cer-
tains prétendus experts en la matière. Il n’y a pas de recette ou de
formule pour cet état si difficile à définir, si relatif aux personnes,
aux âges, aux situations sociales et aux cultures. Le travail sur soi
ne se fixe pas un tel objectif ; il mène simplement à adopter de
nouveaux modes de penser, de sentir, de communiquer propices
à un mieux-être qui contribue à être heureux dans les moments
positifs et à être résilient lorsque les épreuves surviennent. « Le
bonheur ne se décrète pas, ne se convoque pas, mais se cultive
et se construit peu à peu dans la durée, dit Matthieu Ricard, le
bonheur est une manière d’être et les manières s’apprennent. »
(Plaidoyer pour le bonheur).

Être bien, être mieux, être pleinement soi sont des objectifs
réalistes, atteignables avec le soutien d’accompagnants profes-
sionnels, compétents et intègres. Mais qui peut prétendre nous
faire accéder individuellement ou collectivement au bonheur ?
La notion de bonheur est floue, relative, dépendante de partis
pris (voire d’idéologies) matérialistes, économiques, politiques et
pourtant certains scientifiques, universitaires et membres d’ins-
tances internationales déterminent des indices et établissent des
graduations pour comparer le niveau de bonheur de personnes,
groupes, villes et pays. Le concept de « bonheur national brut »

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

(BNB) créé en 1972 par le roi du Bhoutan (décédé en 2006), pour


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son propre pays, a ainsi inspiré l’ONU et l’OCDE qui ont proclamé
en 2018 la Finlande comme « pays du bonheur » : ont été passées
sous silence des difficultés économiques et sociales (endette-
ment, chômage, délinquance, corruption) pour le petit royaume
himalayen et des problématiques psychopathologiques persis-
tantes (taux de dépression et de suicide restant important) pour
le « pays aux mille lacs ».

Les fondements théoriques de l’OP


Toute méthode ayant des fondements théoriques, précisons
quels sont ceux de l’OP. Ces théories, et leurs auteurs, sont aus-
si des références pour d’autres méthodes de développement
personnel mais elles ne sont pas forcément associées. Nous les
rapprochons, quant à nous, considérant qu’elles génèrent des
ontologies complémentaires.

Les fondements philosophiques phénoménologiques


Tous les philosophes sont bien sûr sources d’inspiration pour le
développement personnel et nous faisons largement référence
à nombre d’entre eux tout au long de cet ouvrage, notamment
aux penseurs de l’Antiquité grecque et romaine, rappelant que
les questionnements sur l’être ont été parmi les questionnements
premiers dans l’histoire de la philosophie occidentale. Nous prê-
tons une attention également toute particulière aux philosophes
plus récents relevant des courants de la phénoménologie (Ed-
mund Husserl, Martin Heidegger, Maurice Merleau-Ponty, Lud-
wig Binswanger) et de l’existentialisme (Sören Kierkegaard, Mar-
tin Buber, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Gabriel Marcel,
Emmanuel Levinas…).

Ludwig Binswanger a certes appliqué à son domaine d’exercice,


la psychiatrie, les principes ontologiques de base du philosophe

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

Martin Heidegger, en prenant en compte le vécu singulier des


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patients (leur « dasein » ou « être au monde ») dans leur traitement


mais, hors du champ des soins médicaux, la « Daseinanalyse »
(mode d’approfondissement de l’histoire de vie intérieure) peut
être source d’inspiration pour celles et ceux qui entreprennent le
travail sur soi.

Les fondements psychanalytiques jungiens


Carl Gustav Jung a donné une représentation de la structure et
du fonctionnement psychique inconscient qui a provoqué la rup-
ture avec Sigmund Freud (alors que le « père de la psychanalyse »
lui assignait le statut de « dauphin ») ; si nous reconnaissons que
l’apport du freudisme à la clinique psychopathologique est consi-
dérable, les concepts jungiens de « Soi » et « réalisation du Soi »
et les modes d’investigation du psychisme préconisés par Jung
nous semblent apporter beaucoup au développement person-
nel. Ils nous ont en tout cas apporté beaucoup, en ce qui nous
concerne.

Les fondements psychologiques humanistes


Le courant dit « humaniste » de la psychologie américaine a mis
en évidence tant la force de nos besoins et motivations (Abra-
ham Maslow) que la puissance de nos ressources internes et de
nos capacités de changement (Carl Rogers). L’idée rogérienne
d’un « noyau positif de l’être » ne peut que convenir aux coachs
et les principes relatifs à la relation d’aide centrée sur la personne
(empathie, considération positive, congruence…) ne peuvent que
dicter leurs attitudes.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Les fondements psychosociologiques systémiques


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L’approche systémique a apporté dans le champ des sciences so-


ciales (sous l’impulsion des chercheurs et praticiens de Palo Alto)
une vision interactive des groupes humains et des institutions et
une vision globaliste (holistique) des individus les constituant.
Sans se référer aux liens qui existent avec les systèmes environ-
nants, il est difficile de comprendre une personne ou de se com-
prendre en tant que personne ; toute personne est elle-même
par ailleurs un système physique et psychique doté d’une struc-
ture et d’un fonctionnement particulier : unité organisationnelle
dynamique que les psychologues appellent personnalité et que
nous appelons ontosystème. Le développement personnel qui
fait évoluer la personnalité est par essence systémique. Se com-
prendre et changer sont des processus impactés par la communi-
cation intrasystémique d’une part (lien avec le monde intérieur) et
intersystémique d’autre part (lien avec le monde extérieur).

Les fondements spirituels


Nous ne pouvons bien sûr nous inscrire dans une démarche
comme la nôtre sans nous appuyer sur diverses spiritualités d’ici
ou d’ailleurs, reliées ou non à des religions, même si les cadres et
les époques nous sont étrangers : nous les considérons en tout
cas comme de précieux apports, tout à la fois universels et éter-
nels. Les messages qu’elles nous délivrent nous semblent grande-
ment contribuer à une meilleure appréhension de nous-mêmes,
à une clarification du sens de notre existence, à une relativisa-
tion de certains de nos points de vue, à la mise en application
de principes éthiques dans notre vie quotidienne. Diverses cita-
tions présentes dans cet ouvrage renvoient à une hétérogénéité
de systèmes de pensée, d’auteurs considérés par nous comme
des « ontoguides » (« éclaireurs et éclaireuses de conscience »),
nous apportant chacun une part de vérité. Nous refusons, quant à
nous, de nous enfermer dans un carcan doctrinal et dogmatique,

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

d’être les « convertis » d’un système se mettant à « convertir »


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idéologiquement celles et ceux que nous accompagnons. Libre


à vous de puiser dans la réserve des références actuelles et an-
ciennes que nous vous proposons, à l’appui de votre démarche
introspective.

Les techniques de base de l’OP


En ce qui concerne les techniques auxquelles nous recourons,
elles sont issues en grande partie de deux grands domaines
de référence du développement personnel : la Programmation
Neuro-Linguistique (PNL) et la méditation de pleine conscience
(Mindfulness, en anglais).
- La PNL (NLP en anglais) est une méthodologie créée aux États-Unis
dans les années 1970 par le linguiste John Grinder et le psycho-
logue Richard Bandler. Elle est introduite en France en 1982 par le
psychologue Alain Cayrol. PNL et hypnose ericksonienne utilisent
la symbolisation et la visualisation, deux processus psychiques faci-
litant l’accès aux souvenirs, la perception des états internes, l’iden-
tification des difficultés, la mobilisation des ressources internes,
la production de nouveaux comportements, la projection dans le
futur, la prise de décision… leviers du changement personnel. L’un
des deux co-auteurs du présent ouvrage, Jean-Loup Roche, qui a
eu l’honneur et le bonheur d’être formé à Annecy par Alain Cay-
rol en PNL (jusqu’au grade d’enseignant certifié) et en hypnose
ericksonienne (jusqu’au grade de praticien), s’est principalement
inspiré des techniques de la PNL dans les sessions de dévelop-
pement personnel qu’il a animées à l’Île de la Réunion (son lieu
de résidence et d’exercice professionnel pendant une trentaine
d’années), principalement dans le cadre de formations initiales et
continues en travail social, éducatif et sanitaire.
- La méditation de pleine conscience (Mindfulness) est originel-
lement conçue par le médecin Jon Kabat-Zinn pour la réduc-
tion du stress et la prévention des rechutes dépressives, donc

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

avec des objectifs thérapeutiques, mais elle est inspirée par des
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pratiques spirituelles bouddhistes anciennes et son utilisation


laïque se généralise aujourd’hui dans de nombreux champs
non médicaux : développement personnel, sports, éducation…
Le psychiatre français Christophe André, qui utilise la MPC
en milieu hospitalier, a contribué à l’extension de la pratique
hors du cadre des soins psychiques par ses livres, émissions,
conférences, ateliers et séminaires. L’un des deux co-auteurs
du présent ouvrage, Kevin Roche, dans le cadre de son master
en sciences et techniques des activités physiques et sportives
(Université Paris-Descartes), s’est penché sur les liens pouvant
être établis entre APS et MPC. Il avait été préalablement sensi-
bilisé au développement personnel à l’Université du Québec,
à Rimouski, lors de trois années d’études en psychosociologie.

Le projet de l’OP : du moi existentiel (ego)


au moi essentiel (Soi)
Le projet qui est le nôtre mène d’un état actuel du moi que nous
appellerons ego (moi existentiel, apparent et superficiel) à un état
désiré du moi que nous appellerons le soi (moi essentiel, pro-
fond, accompli ou en voie d’accomplissement). Cette démarche
est celle dite de l’« individuation » qui, en nous rapprochant du
« noyau de l’être », nous permet de trouver une cohésion interne,
une unité, un équilibre nécessaire à notre vie de relation avec
nous-mêmes, les autres et le monde extérieur.

Le système du moi ou ontosystème (OP)


Deux modes de représentation peuvent être proposés en ce qui
concerne l’ontosystème. Le premier est vertical (le système est
conçu selon des niveaux, des étages, des strates ; la psychanalyse
freudienne et l’analyse transactionnelle ont adopté ce mode de
schématisation). Le second est horizontal (le système est conçu
selon des espaces concentriques ; mode de schématisation

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

adopté par la psychologie analytique jungienne, la psychologie


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humaniste, les philosophies orientales).

Dans le premier cas, on chemine de la surface à la profondeur du


moi ; dans le second cas, on chemine de la périphérie au centre
du moi. Les deux cheminements ne sont pas contradictoires entre
eux et ne sont pas contradictoires avec un projet d’élévation ou
d’expansion de soi. Pour le poète mystique Friedrich Novalis,
« toute descente en soi, tout regard vers l’intérieur est en même
temps ascension, assomption, regard vers la réalité extérieure ».

Première version possible : le modèle vertical stratifié

Ego
Moi Social / Existenciel

Soi
Moi Profond / Essentiel

Selon ce premier modèle, le soi est la couche profonde du sys-


tème, un réservoir dans lequel le moi peut venir puiser des res-
sources contribuant au développement, au changement. Toute
évolution positive suppose un approfondissement qui peut s’avé-
rer être une tâche ardue : de nombreuses métaphores en rendent
compte dans les mythes, les légendes, les diverses philosophies
et religions. La difficulté de l’accès à la profondeur de l’être est
bien évidemment aussi évoquée par la psychologie clinique et
la psychanalyse, qui décrivent diverses causes et formes de ré-

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

sistance à la « plongée intérieure » fréquemment assimilée spon-


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tanément à une prise de risque telle une plongée sous-marine


ou spéléologique (profondeur = abîme ou abysse), ce qui est au
plus profond de nous pouvant paraître inatteignable. Tâchons de
partir cependant avec un a priori positif, avec l’image du « trésor
caché ». Qui n’a pas imaginé partir à la découverte d’un trésor ?
Qui n’a pas rêvé d’en trouver un ? L’ontonaute, « self-explorateur »,
en recherche au moins un au plus profond de lui-même et il est au
moins sûr qu’il en est l’unique détenteur.

Deuxième version possible : le modèle horizontal concentrique

Ego

Soi

Selon ce second modèle, le soi est le centre du moi, son noyau


énergétique. Le schéma renvoie alors aux modèles structurels de
la biologie (cellule composée d’une membrane, d’un cytoplasme
et d’un noyau, du moins en ce qui concerne les eucaryotes). Les
métaphores centrales (« noyau », « cœur » également) renvoient à
une position privilégiée dans le système ; il y a une visibilité, une
accessibilité qui sécurisent, rassurent ; adopter cette seconde
version pour figurer le soi renvoie à l’idée d’une maîtrise.

La « self-exploration » (sur la base de ce second schéma) ne va


pas forcément de soi (c’est le cas de le dire !) mais elle suscite

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

en général moins d’appréhension qu’un saut dans l’inconnu (sur


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la base du premier schéma). Le moi pourrait être comparé à un


labyrinthe circulaire dont le centre est le soi et, comme pour le
célèbre labyrinthe inscrit (depuis le début du XIIIe siècle) dans la
dalle de la nef de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, le che-
min de l’extérieur vers l’intérieur mènerait sans détour au centre,
lequel est Dieu ou le Christ dans le cadre religieux chrétien, tout
simplement le moi essentiel (hors de toute divinisation) dans le
cadre profane du développement personnel. Dans les deux cas,
le parcours est symbolique et a valeur initiatique : il incite à la
méditation, tout comme d’autres dispositions géométriques, no-
tamment les mandalas des bouddhistes et hindouistes. On cite-
ra aussi bien sûr le légendaire labyrinthe construit en Crète par
l’architecte athénien Dédale, labyrinthe dans lequel Thésée partit
affronter le Minotaure, et dont il parvint à s’échapper, après avoir
tué le monstre, grâce au fil lui ayant été remis par Ariane, fille du
roi Minos. Sur la route du Soi, prenant parfois l’allure d’un « dé-
dale », le coach joue le rôle de « fil conducteur ».

Mircea Eliade, spécialiste des mythes et des religions, parle du


« désir du centre » présent chez de nombreux peuples et qui est,
selon lui, lié à la quête d’unité, de totalité, d’absolu. « Le chemin
de la sagesse et de la liberté est un chemin qui mène au centre de
son propre être », fait-il remarquer.

Le double moi (OP)


L’ego : moi existentiel (social)
Moi apparent, superficiel (modèle 1) ou périphérique (modèle 2).
- Rapport avec le monde extérieur.
- Influence de la culture, de l’éducation, des apprentissages.
- Registres du paraître (par-être), du faire, de l’avoir.
- Processus concerné : individualisation (différenciation des autres).
- Fonction : socialisation (identité, statut, rôle).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Le soi : moi essentiel (subjectif)


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Moi intime, profond (modèle 1) ou central (modèle 2).


- Rapport avec le monde intérieur.
- Influence des sentiments, des émotions, des motivations.
- Registre de l’être.
- Processus concerné : individuation.
- Fonction : réalisation de soi.

Le développement personnel ne consiste pas pour nous à effacer


l’ego en se réfugiant dans le soi, ce qui reviendrait à nous isoler
et serait préjudiciable à notre vie psychique et sociale, ce que
ne font pas d’ailleurs les moines des différentes religions restant
au moins reliés à d’autres moines par le travail, le partage des
repas, la prière dans leurs lieux de retraite : couvents, abbayes,
monastères. Il s’agit plutôt d’assouplir, d’épurer l’ego qui risque
toujours de se rigidifier, de se positionner de manière tyrannique
(égoïsme). Il s’agit aussi et surtout d’exploiter les ressources que
recèle le soi, partie authentique et créative du moi.

Exister ne doit pas se limiter à paraître (par-être), à accorder un


intérêt exclusif à la réussite sociale par souci forcené d’intégra-
tion et de confort matériel. D’ailleurs, s’accomplir, accéder à la
plénitude de soi n’a d’intérêt que si l’ego est influencé positive-
ment, ce qui se traduit inévitablement par une amélioration des
activités cognitives et relationnelles.

L’ego et le soi ne doivent donc pas entrer en concurrence ou s’ex-


clure mutuellement. Le soi doit avoir plus de place dans notre
vie quotidienne ; il représente une source, un noyau alimentant
en énergie positive nos pensées et nos actes, renforçant notre
résilience, notre assertivité, notre empathie et confortant notre
équilibre psychique. Le soi est l’essence de notre être mais il est
aussi le garant de notre existence car il réduit, canalise, aplanit
les pressions du monde extérieur (pouvant être reliées en grande

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

partie à ce que Freud intitulait le Surmoi) et contribue à établir un


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état d’équilibre et un ressenti : le « bien-être ».

L’OP ne prétend pas soigner car elle n’a pas de visée thérapeu-
tique mais elle permet de prendre soin de soi sans égocentrisme
(intérêt exclusif pour soi) ou narcissisme (admiration de soi).
Rappelons que le soin a pour objectif la guérison (s’il est cura-
tif) ou l’apaisement de la douleur (s’il est palliatif), ce qui relève
du faire et du savoir-faire (compétences techniques, notamment
médicales et paramédicales), alors que le « prendre soin » a pour
objectif un mieux-être et l’optimisation de ressources internes, ce
qui relève de l’être-ensemble (accompagnant-accompagné) et
du savoir-être de l’accompagnant (attitudes, valeurs humanistes).

Prendre soin de soi est une préoccupation aujourd’hui largement


partagée, elle est saine et légitime dans un monde où tout se
complexifie et s’accélère. Il s’agit de se sentir bien dans sa peau
et dans sa tête et, en réponse, l’offre de services est vaste, assu-
rée par des professionnels du bien-être, des soins esthétiques,
du massage, du sport-santé, de la diététique… L’ensemble de la
population n’en est pas toutefois, hélas, bénéficiaire.

Le souci de soi ne fait plus l’objet de réprobation sociale, sauf


dans des milieux imprégnés de principes religieux rigoristes gé-
nérant des tabous et interdits relativement au corps, à la présen-
tation de soi, au rapport à soi, à l’hygiène, à l’alimentation… Des
préjugés idéologiques et moraux peuvent provoquer des états
névrotiques, notamment obsessionnels et phobiques (diagnos-
tiqués et traités par la psychiatrie et la psychanalyse). Nous par-
lerons, en ce qui nous concerne, d’ontophobie pour caractériser
un état psychologique (essentiellement dû au conditionnement
culturel) faisant obstacle au processus de développement per-
sonnel : la peur de partir à la découverte de soi. Les défenses et
résistances en jeu le sont aussi dans l’autophobie (peur de soi) et

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

dans l’anxiété sociale (peur de l’image sociale de soi, trouble de


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l’estime de soi), le plus souvent associées à l’ontophobie.

Les pathologies venant d’être évoquées sont des contre-indica-


tions à l’entrée dans tout processus de développement person-
nel. Une psychothérapie (psychanalyse, thérapie cognitive ou
comportementale) assurée par un « psy » professionnel s’avère
alors nécessaire.

Les applications de l’OP


Nous parlons d’ontologie « pratique » car notre méthode vise
l’amélioration des modes de perception, de jugement, de com-
munication, la gestion des émotions, le renforcement de la
confiance en soi et bien d’autres modifications positives cogni-
tives, relationnelles, affectives, comportementales, avec des ef-
fets observés et ressentis dans la vie sociale quotidienne.

Les applications de l’OP peuvent concerner tout aussi bien :


- La vie privée, personnelle et familiale : relations amoureuses,
vie conjugale, entente familiale, liens d’attachement avec les
parents, les enfants, la fratrie.
- La vie professionnelle : motivation professionnelle, bien-être au
travail, relations de travail (avec collègues, hiérarchie, clientèle,
partenaires institutionnels…).
- La vie sociale élargie : vie affinitaire (amitié, camaraderie, liens
de voisinage…), loisirs, sports, activités artistiques, situations
d’apprentissage (études, formation…), démarches solidaires
(engagement humanitaire, bénévolat associatif…), militantisme
politique, syndical…

L’OP consolide une estime de soi qui facilite notre vie personnelle
et collective. Sans cette estime de soi, comment aimer, se faire
aimer, éduquer, imaginer, créer, produire, développer un talent,
gérer son temps libre, prendre du temps, se faire plaisir, se per-
fectionner, être au service des autres… ?

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

Une méthode systémique


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Notre méthode est construite sur la base d’une vision globaliste


de la réalité que nous schématisons pour en avoir une vision
structurée ; elle est donc qualifiée par nous d’holistique et de
systémique. Le schéma que nous proposons revisite le « modèle
écologique du développement humain » conçu par le psycho-
logue américain Urie Bronfenbrenner dans les années 1970-1980,
modèle différenciant cinq systèmes en interaction influençant la
construction psychique des êtres humains (microsystème, mé-
sosystème, exosystème, macrosystème, chronosystème), un si-
xième système (ontosystème) conçu par Jay Belsky (collaborateur
de Bronfenbrenner) étant venu par la suite compléter le modèle
écosystémique initial.

Le modèle écosystémique de Urie Bronfenbrenner


et Jay Belsky (1979)
Macrosystème :
Macrosystème culture(s) de
référence, va-
Exosystème leurs, croyances,
idéologies.
Mésosytème
Exosystème : insti-
Microsystème tutions (contexte à
influence indirecte).
Mésosystème :
réseaux, relations
Ontosystème entre groupes.
Microsystème : fa-
mille, école, quartier
(contexte immédiat).
Ontosystème :
personnalité.
Chronosystème Chronosystème :
moments de vie (in-
fluence du temps).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Quarante années séparent ce modèle (1979) et le nôtre (2019). On


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ne s’étonnera donc pas des modifications et ajouts apportés par


nous au modèle de base.

Notre modèle écosystémique de l’expérience humaine :


modèle ONTOS Roche & Roche (2019)

Modèle de l’Ontologie Pratique Correspondance


avec le modèle
Champs Dimensions Composants écologique de
Bronfenbrenner
Ontosoma Corps
Ontosystème Ontosystème
Ontopsyché Moi/Soi
Cosmophère Univers
Nature
Ecosphère
environnante
Famille
Microsystème
Sociosphère Institutions
Exosystème
Voisinage
Ontosphère
(espace de vie) Culture
Idéosphère Croyances Macrosystème
Valeurs
Objets
Technosphère
Machines
Numérique
Cybersphère
Virtuel
Temps dans
Ligne du
les systèmes
Chronosphère temps Chronosystème
Temps
Ligne de vie
personnel

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »
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Cosmosphère

Ecosphère

On
Sociosphère

to
Idéosphère

sp
Technosphère

Espace de Vie

re
Onto-système

(Moi)

Soi

Ligne de Vie

Accordant une place essentielle à l’environnement naturel et, de


manière plus large, à l’environnement global (incluant la société,
les objets, les techniques), nous introduisons les notions de cos-
mosphère, d’écosphère et d’ontosphère. L’écologie s’est consi-
dérablement développée depuis les années 1980, ce qui est bien
sûr lié aux inquiétudes relatives au devenir des écosystèmes natu-
rels et des espèces vivantes les occupant (dont nous les humains,
évidemment). Les rapports des humains avec leur environnement
ne peuvent plus seulement se concevoir d’un point de vue pu-
rement écosocial et, de toute façon, pour nous, le travail sur soi
nécessite sinon un cadre naturel, du moins une ouverture sur la
nature, un lien avec la nature, un respect de la nature auquel,
d’ailleurs, participe la partie physique de notre être (ontosoma).

Comme il y a eu, par ailleurs, pendant ces quatre décennies, dans


notre société de consommation, une multiplication des objets
constituant nos appartenances, notamment de ceux (utilitaires ou
ludiques) destinés aux interactions (TIC : Techniques d’Informa-
tion et de Communication), nous introduisons aussi les notions de

37
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

technosphère et cybersphère. Il s’est créé dans notre espace de


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vie (ontosphère) un monde numérique, virtuel, qui ne faisait que


s’esquisser à la fin des années 1970.

Quant à la notion d’ontosystème introduite par Jay Belsky, elle est


fondamentale pour nous puisqu’elle renvoie à cette dimension
centrale de l’être que nous décidons d’explorer. L’ontosystème
est à la fois de nature psychique (ontopsyché) et physique (on-
tosoma) ; il y a intégration dans un même système d’éléments
en interaction constante déterminant nos pensées, affects et
comportements.

Une méthode holistique


Notre méthode est holistique parce que basée sur le principe
que :
- D’une part, le moi est en interaction constante avec un environ-
nement structuré et évolutif dont il dépend pour son propre
développement et fonctionnement.
- D’autre part, le moi est lui-même une globalité particulière, ce
qui le rend unique, spécifique. Le moi est ainsi un tout faisant
partie d’un tout, ce dont chaque individu n’est pas forcément
conscient.

Le terme « holisme » (du grec holos = entier), datant de 1926,


est utilisé dans de nombreuses sciences (physique quantique,
écologie, neurosciences), en médecine traditionnelle (chinoise,
indienne, ayurvédique notamment) et moderne (psychosoma-
tique), en psychologie et dans l’ensemble des sciences humaines
mais il a aussi intégré la philosophie, la spiritualité, le dévelop-
pement personnel. Il y a eu aussi hélas des récupérations du
concept d’holisme pour légitimer des pratiques hasardeuses,
magico-thérapeutiques, occultes ou ésotériques dans certaines
sectes. Le concept doit donc être manié avec prudence et ins-
pirer des pratiques de soin ou d’aide au changement (coaching)

38
« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

respectueuses de l’intégrité et de l’autonomie de la personne


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accompagnée.

Une méthode progressive


Notre méthode est progressive car, comme tout processus évo-
lutif, le développement personnel ne peut s’effectuer que par
phases, étapes, stades avec un ordre chronologique défini. En
voici l’ordonnancement en ce qui concerne l’OP.

Programme de self-exploration et de développement personnel


selon la méthodologie de l’Ontologie Pratique
Phase 1 : Ontoscopie (« Connais-toi toi-même »)

Stade 1 : Explore ton ontosphère (ton rapport au monde)


- Étape 1 : Cosmosphère (ton rapport à l’Univers)
- Étape 2 : Écosphère (ton rapport au milieu naturel)
- Étape 3 : Sociosphère (ton rapport au milieu social)
- Étape 4 : Idéosphère (ton rapport au milieu culturel)
- Étape 5 : Technosphère/cybersphère (ton rapport à l’environne-
ment matériel, aux technologies, notamment celles de l’informa-
tion et de la communication)

Stade 2 : Explore ta chronosphère (ton rapport au temps)


- Étape 1 : Ontogénéalogie (ton rapport au passé familial)
- Étape 2 : Ontodiachronie (ton rapport au passé personnel)
- Étape 3 : Ontosynchronie (ton rapport au présent)
- Étape 4 : Ontoprospective (ton rapport au futur)

Stade 3 : Explore ton ontosystème (ton rapport à toi-même)


- Étape 1 : États internes (bilan affectif)
- Étape 2 : Processus internes (bilan cognitif)
- Étape 3 : Comportements externes (bilan comportemental)

39
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Phase 2 : Ontodiagnostic (« Comprends qui tu es »)


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- Étape 1 : Inventaire -
- Étape 2 : Inventaire +
- Étape 3 : Inventaire ->

Phase 3 : Ontopraxis (« Deviens qui tu es »)

- Point 1 : Triple reliance


- Point 2 : Estime de soi
- Point 3 : Excellence
- Point 4 : Amélioration constante
- Point 5 : Calibration
- Point 6 : Empathie
- Point 7 : Intelligence émotionnelle
- Point 8 : Assertivité et communication non violente
- Point 9 : Intelligence relationnelle
- Point 10 : Négociation et médiation
- Point 11 : Résilience
- Point 12 : Sérendipité
- Point 13 : Créativité
- Point 14 : Stratégie d’objectif
- Point 15 : Pleine conscience

L’ontocoaching
Notre méthode est applicable dans la mesure où les exercices
proposés sont effectués selon le processus indiqué, l’enchaîne-
ment des phases, stades, étapes répondant à une logique de
progression et de structuration qu’exige tout travail cérébral (ce
qu’est, par excellence, le travail psychologique sur soi-même).
L’idéal est, dans le développement personnel, de travailler en
groupe restreint avec un accompagnant (ontocoach) compé-

40
« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

tent, de préférence psychologue clinicien ou psychosociologue


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et ayant effectué lui-même une démarche de travail sur soi (il y


en a de nombreuses qui sont possibles mais la PNL et l’hypnose
ericksonienne sont privilégiées par nous puisque ce sont les mé-
thodes et techniques auxquelles nous avons été formés).

Nous avons décidé d’appeler ontonaute celui qui s’engage dans


l’exploration intérieure, aventure personnelle qui peut s’avérer
éprouvante car il s’agit d’une navigation en zone méconnue ou
inconnue nécessitant une assistance, une guidance, laquelle est
assurée directement (en salle ou en ligne) ou indirectement (à
l’aide d’un tel guide) par un ontocoach, véritable tuteur ou men-
tor. Le terme d’ontonaute peut paraître emphatique mais il est
métaphorique et il valorise et stimule la personne engagée dans
le processus. Il rend compte aussi des efforts à fournir, des résis-
tances à lever, des obstacles à franchir et laisse imaginer quelle
satisfaction peut être ressentie lorsque ces efforts sont couron-
nés de succès, tout comme pour un voyageur parvenu à desti-
nation. Toute personne travaillant sur elle-même est un « grand
voyageur » comme le disait Gandhi mais, bien évidemment aussi,
à l’inverse, les explorateurs et grands compétiteurs sportifs vivent
des aventures intérieures qui font d’eux des ontonautes. Les uns
et les autres certes doivent compter sur leurs ressources internes
mais, le plus souvent, ils atteignent leurs objectifs avec le soutien
de guides (pour les explorateurs) ou d’entraîneurs (pour les ath-
lètes de haut niveau).

Le coaching nécessite une éthique qui, en ce qui nous concerne,


est largement fondée sur les principes de la psychologie huma-
niste, notamment ceux énoncés par Carl Rogers et applicables à la
relation d’aide : respect fondamental de la personne (considérée
à chaque fois comme unique dans son mode de fonctionnement,
dans son mode d’évolution, dans sa manière de penser et de
ressentir), acceptation de la différence (physique, sociale, cultu-
relle, générationnelle…), confiance dans les ressources internes

41
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

(« noyau positif de l’être »), dans les capacités de développement


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et d’autoréalisation. Il en résulte une éthique de l’intervention


applicable tant à l’Ontologie Pratique qu’à l’intervention psycho-
thérapique ou socio-éducative : le coach doit être empathique
(capable de se mettre à la place de l’autre), congruent (en accord
avec soi-même, sincère, authentique), non jugeant, respectueux
de la règle de confidentialité qu’exige toute fonction d’accompa-
gnement. Il ne faut surtout jamais oublier que ce qui est recherché
dans le développement personnel est l’autonomie de pensée et
d’action de la personne aidée : le coach a le devoir de n’imposer
aucune doctrine et aucun dogme de caractère religieux ou poli-
tique. L’indépendance de l’aidant garantira l’autonomie de l’aidé :
il convient donc de se méfier de certaines interventions dites de
développement personnel dans des entreprises plus soucieuses
de rentabilité que d’épanouissement de leurs salariés.

Les directeurs des ressources humaines (DRH) qui se transfor-


ment en « managers du bonheur au travail » (« Chief Happiness
Officers ») ne cherchent-ils pas éventuellement à rendre cadres
et employés plus productifs ? Ces pratiques institutionnelles ne
risquent-elles pas finalement de générer des effets pervers ?
L’obligation d’être souriant en toutes circonstances avec ses col-
lègues et la hiérarchie, la honte de se sentir triste ou déprimé, la
dépendance accrue à l’entreprise bienveillante ne peuvent-elles
pas finalement conduire au « burn-out » ?

L’excellence et non la perfection


Il convient de dissiper une illusion entretenue par certains coachs :
celle d’un prétendu état de perfection auquel conduirait un tra-
vail sur soi efficace ; toute démarche de recherche de la perfec-
tion est vouée à l’échec et fait courir les risques de la déception
et de la frustration qui en résultent, sentiments pouvant prendre
une forme pathologique (névrotique). Nul humain n’est parfait et

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

tant mieux : cet inachèvement nous permet de nous mettre en


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question, d’évoluer, de nous transformer.

Soucions-nous de rechercher l’excellence qui est l’exploitation


optimale de nos capacités ; cette démarche est réaliste, à notre
portée et est source de satisfactions. Ce qui est alors ressenti est
de l’ordre de la plénitude et non de la béatitude. L’excellence n’est
pas une victoire sur les autres (ce que vise la perfection qui est
surhumaine ou suprahumaine, donc inhumaine) ; l’excellence est
une victoire sur soi-même et à l’intérieur de soi-même et est donc
un moteur d’amélioration, un facteur de changement, alors que
la perfection se veut aboutissement et incite à l’immobilisation.

L’illusion perfectionniste est dommageable dans d’autres do-


maines que celui du développement personnel : nous pensons
principalement à l’enseignement, à l’entreprise et au sport de
haut niveau. Chacun de ces secteurs, à juste titre, encourage et
cultive la performance mais la surenchère peut conduire au burn-
out, au dopage, voire au suicide. Il convient aux enseignants, aux
chefs d’établissement et d’entreprise, aux coachs sportifs et, de
manière générale, à toutes celles et à tous ceux qui encadrent
et accompagnent des personnes et des groupes de les inciter à
élaborer une stratégie d’objectif, à doser leurs efforts, à exploiter
positivement les échecs, ce qui les motivera ou les remotivera et
les mènera à la réussite.

En ce qui concerne le sport de haut niveau, il doit se référer aux


valeurs prônées par l’olympisme : l’excellence (se mesurer à soi,
donner le meilleur de soi) et l’esprit de compétition (se mesurer
aux autres, chercher à vaincre mais sans le désir d’écraser et
d’anéantir). La victoire sur soi doit finalement prévaloir, le respect
de l’adversaire est exigé ; dès lors, on comprend que l’entraîne-
ment sportif intègre de plus en plus le développement personnel
et que la notion de « parcours de l’excellence sportive » soit liée
en France, depuis 2009, à la préparation des sportifs aux compéti-

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

tions internationales. La préparation doit être aussi mentale pour


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stimuler la volonté, accroître la motivation, renforcer la confiance


en soi, gérer le stress, développer l’attention et (dans les sports
collectifs) favoriser la cohésion d’équipe.

L’étymologie du mot « sport » (« déport » ou « desport » en ancien


français signifiant « divertissement du corps et de l’esprit ») est
édifiante. L’association corps-esprit a été cependant oubliée avec
le mot anglais « disport » signifiant « jeu, passe-temps » (apparu au
XVe siècle) puis le mot français « sport » signifiant « compétition »
(apparu au XVIe siècle). On retrouve seulement au XXe siècle la
dimension psychique des épreuves physiques et le pont est enfin
établi entre deux disciplines considérées comme antithétiques :
l’exercice physique et le travail psychique.

Un exemple éclairant à ce sujet est le devenir des notions de


« coach » et « coaching » (mots très utilisés de nos jours). Le mot
« coach », venant lui-même du mot français « coche » (« conducteur
de diligence »), a été adopté initialement par le monde sportif et
s’est étendu par la suite à d’autres domaines concernés aussi par
la dynamique du changement : la gestion d’entreprise, la relation
d’aide, le développement personnel.

L’américain Timothy Gallwey, qui fut le capitaine de l’équipe de


tennis de l’Université d’Harvard, a inspiré les tennismen et ten-
niswomen en développant dans son livre The Inner Game of Ten-
nis (1974) l’idée que le jeu sur les courts se situe à deux niveaux :
le jeu extérieur, fait de gestes, de postures (objectif, visible,
technique), et le jeu intérieur, mental, conscient et inconscient
(subjectif, invisible), ce dernier pouvant être mobilisé, exploité
positivement par un « coach » ayant compétence pour guider,
motiver. L’auteur a eu le même point de vue et les mêmes préco-
nisations au sujet du golf (The Inner Game of Golf, 1981) mais tous
les compétiteurs sportifs sont finalement concernés. La figure du
coach, on l’a bien compris, n’est pas celle d’un simple entraîneur

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« PUISQUE TU ES, SOIS DONC TOI »

formateur et technicien mais bien celle d’un accompagnateur


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de changement. Le coach peut donc aussi avoir un rôle à jouer


auprès d’une équipe de travail (d’où les interventions de Timo-
thy Gallwey en entreprise), d’un groupe de personnes ou d’une
personne souhaitant non pas recevoir des soins mais un soutien,
des conseils pour une réorientation de la trajectoire de vie et un
mieux-être (mieux-être soi, avec soi et avec les autres).

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CHAPITRE 2

« CONNAIS-TOI
TOI-MÊME »

L’ontoscopie (ou auto-observation)


« Reviens en toi-même et regarde. »
Plotin

Détour philosophique : l’héritage socratique


« Gnothi seauton » (transcription de ce qui était écrit en grec an-
cien), « Connais-toi toi-même. » (traduit-on en français), était l’une
des devises inscrites, à Delphes, au frontispice du temple d’Apol-
lon, sanctuaire (aujourd’hui en ruines) situé au pied du mont Par-
nasse. La célèbre devise est l’une des 147 « maximes delphiques »
transmises par l’intermédiaire de la pythie (oracle du temple) et
des Sept Sages (parmi lesquels le philosophe Thalès, sans doute
auteur ou inspirateur de cette maxime particulière). Le philo-

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

sophe Socrate (Ve siècle av. J.-C.) l’a reprise à son compte, comme
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l’ont fait savoir dans leurs œuvres Platon et Xénophon, élèves de


Socrate (qui, lui-même, ne nous a laissé aucun écrit).

Socrate (« le plus sage des hommes » selon la pythie, « père de la


philosophie » selon Cicéron) considérait que la « connaissance de
soi » était « un bien de l’âme permettant de faire bon usage de
deux autres biens, les biens du corps et les biens extérieurs » et
faisait le constat suivant : « Une vie sans examen ne vaut d’être
vécue ». Ce type d’« examen » (de soi) pouvait pourtant coûter
cher à l’époque : Socrate fut lui-même condamné à mort (plus
précisément à s’empoisonner lui-même en buvant la cigüe) par
l’Héliée à Athènes (en 399 av. J.-C.) pour « corruption de la jeu-
nesse et impiété envers les dieux de la cité », mais également
pour le motif de « travailler témérairement à scruter les choses ».
Son crime avait été, en effet, surtout de se poser des questions
et d’aider les autres à s’en poser, sans se contenter des explica-
tions religieuses et en prônant une sagesse autre que divine ou
royale. Pauvre, errant sommairement vêtu, il se mettait à la portée
d’un public populaire qu’il interpellait et questionnait et avec qui
il échangeait dans les rues, sur les places, dans les échoppes et
dans les gymnases, espaces ouverts propices à la prise de parole
dans la cité. De nombreux philosophes grecs firent passer ain-
si des messages de sagesse sur les agoras, près des portiques
(tel le stoïcien Zénon de Kition officiant auprès du portique des
peintures à Athènes) et même depuis des abris de fortune (tel le
cynique Diogène de Sinope assis à l’entrée de son « tonneau », en
fait une jarre couchée sur le flanc qui lui tenait lieu de domicile à
Athènes également).

Le terme « philosophie » (« amour de la sagesse » mais aussi « amour


du savoir ») est dû au mathématicien et maître spirituel Pythagore
(Ve siècle av. J.-C.) qui, lui, estimait que la sagesse (sophia) était
un privilège divin et que donc, humainement, il était possible
d’être « ami de la sagesse » (d’où le terme de « philosophe ») mais

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

impossible d’être sage. Pour Socrate, la sagesse était à la portée


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de qui « prenait soin de son âme » et surtout prenait conscience


de son ignorance, de ses limites, de ses faiblesses (« Tout ce que
je sais, c’est que je ne sais rien », disait-il, considérant que réaliser
cette ignorance engendre le désir de savoir). Un autre penseur
grec, Héraclite d’Éphèse (contemporain du Bouddha en Inde, de
Lao-Tseu en Chine et de Zarathoustra en Perse), avait, lui aussi an-
térieurement à Socrate (au VIe siècle av. J.-C.), fait la recomman-
dation suivante : « Il faut s’étudier soi-même et tout apprendre
par soi-même », il avait été lui aussi fustigé par ses contemporains
parce que pensant différemment, vivant marginalement (en er-
mite, dans la montagne), méditant sans doute et affirmant en tout
cas : « C’est moi-même que je cherche et explore. »

Se connaître soi-même a d’abord relevé de la philosophie mo-


rale ; le précepte socratique, mis en application grâce à la mé-
thode dite « maïeutique » (« accouchement des esprits ») ayant
pour objectif de donner le jour à des valeurs qui sont en nous,
que nous avons « enfantées » sans nous en rendre compte (preuve
de notre ignorance), et qui, une fois révélées, doivent inspirer nos
conduites. Pour rappel, Socrate parlait d’« accouchement » et
de « délivrance de l’âme », en référence à l’« accouchement des
corps » pratiqué par sa mère, Phénarète, sage-femme à Athènes.

Ont succédé à la méthode socratique d’autres méthodes philo-


sophiques, réflexives et introspectives, axées sur la subjectivité
(soi et relation à soi), puis les méthodes scientifiques de la psy-
chologie expérimentale, les méthodes de la psychanalyse et de
la psychologie clinique et enfin les méthodes du développement
personnel dont celle que nous allons présenter ci-après, la nôtre,
conçue sur la base de trois questionnements successifs (fonda-
mentaux, selon nous, dans toute démarche ontologique) : « où
suis-je ? », « où en suis-je ? » et « qui suis-je ? ».

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

La phase de self-exploration, en Ontologie Pratique, se subdivise


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ainsi en trois stades :


- Exploration de l’ontosphère (espace extérieur) et prise
de conscience de notre rapport à cet espace, à notre
environnement.
- Exploration de la chronosphère (temps) et prise de conscience
de notre rapport à notre histoire personnelle et à celle de notre
environnement.
- Exploration de l’ontosystème (espace intérieur) et prise de
conscience de notre rapport à cet espace, à notre être propre.

La « feuille de route » que nous te proposons doit te permettre de


prendre ce qui est « le plus long des chemins », de l’aveu même
de l’explorateur et aventurier sud-africain Mike Horn : « le chemin
intérieur ». Et puisque nous évoquons ce spécialiste des défis ex-
trêmes sur la planète (que tu as peut-être découvert à la télévi-
sion) et bien que ton défi soit d’une autre nature et d’une moindre
ampleur, prête attention à ce qu’il déclare et qui a une résonance
toute socratique : « Le pire défaut de l’aventurier, c’est de penser
qu’il sait. »

STADE 1 : Explore ton ontosphère


(questionnement : « où suis-je ? »)
Le processus « matriochka »
Te connaître toi-même suppose nécessairement de te repérer,
de te localiser ; être, c’est « être au monde » et donc être quelque
part, situé dans un « espace de vie » ayant deux grandes dimen-
sions : naturelle (milieu, écosystème, biotope) et artificielle (envi-
ronnements social, culturel, matériel, technique). La découverte
de soi est indissociable de la découverte de cet espace en partie
vaste (voire infini) et en partie restreint (voire minuscule) auquel on
appartient personnellement, que l’on occupe, qui nous contient

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

et nous modèle. « Où suis-je ? » doit être finalement ta question


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première dans la démarche de l’Ontologie Pratique. Il s’agit pour


toi de déterminer le(s) rapport(s) que tu entretiens avec ton « on-
tosphère » (« enveloppe de l’être »), dont les différentes strates
peuvent être comparées aux parties emboîtées d’une « matrioch-
ka » (poupée-gigogne russe), parties que l’on découvre en les
ouvrant successivement, de la périphérie au centre.

Le principe matriochka (OP)

1 2 3 4 5 6
1 = Cosmosphère
2 = Ecosphère
3 = Sociosphère
4 = Idéosphère
5 = Technosphère/cybersphère
1 + 2 + 3 + 4 + 5 = Ontosphère
6 = Ontosystème

Pour pratiquer ton ontoscopie, tu désemboîteras les étages sui-


vants, l’un après l’autre : ta cosmosphère, ton écosphère, ta so-
ciosphère, ton idéosphère, ta technosphère/cybersphère pour
finir par te pencher sur ton ontosystème (intimité du moi). Le
procédé utilisé répond aussi au modèle systémique de l’analyse
dite « par entonnoir » selon laquelle, pour se focaliser sur un point

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

crucial ou un aspect singulier de la réalité (vision microscopique),


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il vaut mieux prendre préalablement en compte la globalité de la


situation et la particularité du contexte (vision macroscopique).
Une approche graduelle et structurée est utile pour intervenir
dans de nombreuses situations de résolution de problèmes et de
conduite de changement.

Il y a un demi-siècle, le biologiste Joël de Rosnay parlait d’une


« nouvelle manière de voir, de comprendre et d’agir » apparue
dans le monde scientifique et technologique dans les années
1940 aux États-Unis : l’approche systémique (qu’il contribua à
faire connaître en France), symbolisée par un nouvel outil intitu-
lé par lui le « macroscope », venant compléter le « microscope »
(sondant l’infiniment petit) et le « télescope » (sondant l’infiniment
grand). L’« outil » en question n’étant pas un nouvel objet mais un
nouveau type d’attitude envers le vivant, consistant en une « vi-
sion globale » des divers systèmes existants, non plus analytique,
statique, détaillante, fragmentaire mais synthétique, dynamique,
interactive, unifiante. L’approche étant préconisée dans de nom-
breux domaines de recherche et d’intervention (entre autres : la
biologie, l’écologie, la sociologie, l’économie, la psychologie) et
favorisant les contacts interdisciplinaires.

Nous ajouterons que le développement personnel ne peut être


que concerné par ce type de démarche : le travail sur soi, pour
nous, démarre nécessairement par la « vision globale », celle
qu’il faudrait d’ailleurs avoir dans de nombreuses situations nous
impliquant fortement. Joël de Rosnay nous conseille de savoir
« prendre du recul, apprendre à regarder à travers le macros-
cope… construire des modèles mentaux plus rigoureux et peut-
être parvenir à dominer le jeu des interdépendances ».

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

L’analyse en entonnoir (OP)


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Le travail de strate à strate, de sphère à sphère, de système à sys-


tème, est un passage au crible semblable à celui effectué pour un
diagnostic de santé à l’aide de l’imagerie médicale, d’où, par mé-
taphore, l’utilisation des termes suivants en Ontologie Pratique :
- Ontoscopie, pour la phase d’exploration de soi.
- Ontoscan, pour la technique d’exploration de soi (pour rappel,
le scanner est une technique d’examen donnant des images en
coupe d’un organe ou d’une partie du corps).
- Ontodiagnostic, pour la phase d’évaluation de soi (pour rap-
pel, un diagnostic est l’interprétation de ce qui est observé et
donc l’estimation de l’état et du mode de fonctionnement du
système concerné).

Étape 1 : Explore ta cosmosphère (ton rapport à l’Univers)


La cosmosphère est ta part de cosmos, sans doute aussi ta part
d’éternité. Au premier abord, il peut te sembler bien difficile
d’accéder à ce qui relève de l’infini et la plongée ou l’envol dans
la dimension cosmique semble réservée aux astrologues, astro-
nomes, astrophysiciens et astronautes, découvreurs d’astres,
d’étoiles, de planètes, seuls habilités, en ce qui concerne les
premiers, à déterminer l’influence du monde céleste sur nos
personnalités, nos comportements et nos destinées et, en ce qui

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

concerne les autres, à observer scientifiquement et technique-


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ment la structure, le fonctionnement et l’évolution de l’Univers. Il


y a pourtant en chaque être, vivant ou simplement existant, une
part de cosmos. Victor Hugo philosophe à ce sujet : « Rien n’est
solitaire, tout est solidaire. L’Homme est solidaire avec la planète,
la planète est solidaire avec le soleil, le soleil est solidaire avec
l’étoile, l’étoile est solidaire avec la nébuleuse, la nébuleuse… est
solidaire avec l’infini… donc solidarité de tout avec tout et de cha-
cun avec chaque chose. »

Il y a pour les non-initiés et les non-experts en cosmologie des


lieux et des moments privilégiés pour établir le contact avec ce
qui nous domine, nous englobe, nous a précédés, nous succéde-
ra, nous influence et nous détermine en partie. « Nous sommes
tous les enfants du cosmos, fils et filles des étoiles qui ont engen-
dré les atomes de nos corps. », dit l’astrophysicien Hubert Reeves.

C’est sans doute dans les déserts que le lien anthropocosmique


s’effectue principalement : c’est dans le désert d’Atacama au Chili
qu’a été installé le plus grand télescope du monde mais n’oublions
pas les peuples qui vivent depuis des temps immémoriaux dans
des espaces vierges et décryptent à leur manière les signes pro-
venant de cet infini auxquels ils sont confrontés : Aborigènes du
Bush australien, San du Kalahari, Himbas du Namib, Touareg du
Sahara, Toubous du Tibesti, Apaches et Cheyennes du Colorado,
Navajos de l’Arizona, de l’Utah et du Nouveau-Mexique, Mongols
du désert de Gobi… Les déserts terrestres permettent aux hu-
mains de rêver, d’imaginer, de réfléchir au cosmos… ces déserts
sont d’ailleurs des parts de cosmos, des répliques d’autres pla-
nètes dont des robots (astromobiles conçues par la Nasa) com-
mencent depuis peu à explorer les étendues arides (incursions
des rovers Curiosity puis Persévérance sur Mars, incursions proje-
tées en 2024 sur la Lune). Les « planètes de sable » ne relèvent plus
seulement de la bande dessinée (albums d’Hergé : Objectif Lune

54
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

et On a marché sur la Lune) et de la science-fiction (roman Dune


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de Frank Herbert et ses trois adaptations cinématographiques).

L’expérience du désert

Les peuples nomades sahariens vivent pleinement le lien avec


le cosmos dans leurs pérégrinations, comme j’ai pu le consta-
ter lors de séjours (dans les années 1970) au Sahara occiden-
tal et en Mauritanie. Les Reguibat (dont j’ai partagé quelques
méharées) ne s’appellent-ils pas eux-mêmes « fils du ciel et des
nuages » ? J’ai ressenti la force et la magie de cette apparte-
nance spécialement au lever du jour ou à la tombée de la nuit
dans l’Adrar. Au haut d’une montagne, au creux d’une dune,
à la lisière d’une oasis, il est toujours possible de s’arrêter un
instant, de s’immobiliser et de se laisser aller à la contemplation
de l’horizon qui se métamorphose, des étoiles qui scintillent, du
soleil qui décline ou qui, au contraire, se lève. Dans le silence
ou, si c’est le matin dans un campement avec, en arrière-fond,
pour seuls bruits le blatèrement des dromadaires et le batte-
ment du marteau venant casser le sucre qui sera versé dans le
thé à la menthe, peut-être aussi une voix humaine psalmodiant
la première des cinq prières du jour. Cette expérience n’est pas
réduite à la simple perception aiguë du monde extérieur, elle
est aussi une aventure intérieure, il s’effectue en un tel instant
une rencontre avec soi, au plus profond de son être.
Jean-Loup Roche

« La demeure de l’homme est l’horizon. »

Proverbe maure

Avec les planètes et leurs satellites (observables à l’œil nu ou par


l’intermédiaire d’un télescope), les êtres humains ont établi une
proximité affective, ce qui explique tant l’intérêt religieux que

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

l’intérêt scientifique accordés aux astres, notamment à ceux qui


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sont le plus proches de notre planète Terre. Les corps célestes


ont été sacralisés, divinisés mais aussi humanisés, des caracté-
ristiques psychologiques leur ayant même été attribuées (corres-
pondances astrologie/caractérologie).

Il est vraisemblable que chacun d’entre nous, en fonction de sa


personnalité, a une affinité particulière avec une planète ; il peut
être intéressant, dans une démarche de développement per-
sonnel, d’analyser ce phénomène d’« astrotropisme » qui, pour
le psychologue, est un phénomène projectif comme d’autres
phénomènes perceptifs (testables en psychologie clinique). Un
astrologue français, André Barbault, a établi des ponts entre
sa discipline (souvent décriée), l’astronomie et la psychanalyse
(prises plus au sérieux). Les correspondances (à retrouver dans
le tableau ci-après) ne relèvent pas de la pensée magique mais
d’une volonté d’approfondir le monde intérieur en recourant à
des éléments du monde extérieur lointains mais faisant partie de
notre horizon et ayant valeur de symboles.

Tableau des caractères planétaires

- Soleil : pouvoir, force rayonnante (cf. « Dieu Soleil », « Roi


Soleil »).
- Lune : imagination, créativité, spontanéité, rêve.
- Mercure : intelligence, réflexion, communication.
- Vénus : sentiments, émotions, sensibilité, féminité.
- Mars : force, agressivité.
- Jupiter : affirmation de soi, expansion, épanouissement.
- Saturne : concentration, inhibition, détachement.
- Uranus : autonomie, révolte, aventure.
- Neptune : intégration, assimilation.
- Pluton : dépassement de soi, changement, transformation

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Ton astrotropisme
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De quelle(s) planète(s) te rapproches-tu le plus du fait de ta per-


sonnalité, de ton caractère ?

Rappelle-toi de certaines expressions qui associent planètes et


caractéristiques psychologiques et physiques humaines : « per-
sonne solaire », « personne dans la lune », « air martial », « pré-
sident jupitérien » …

Étape 2 : Explore ton écosphère


(ton rapport au milieu, à la nature, à la biodiversité)
La deuxième composante de ton ontosphère est ton écosphère,
cette part de biosphère constituant pour toi le milieu naturel
proche et bien concret, dans lequel tu es installé et évolues habi-
tuellement, surtout si tu vis en zone rurale (mais il n’est pas tota-
lement absent en zone urbaine). C’est un espace biologiquement
organisé (biodiversité), à qui tu dois de respirer, de manger, de
vivre tout simplement et qu’il te faut donc protéger et respec-
ter même s’il te faut l’adapter à tes besoins. L’espèce humaine
marque, hélas, de son empreinte, de plus en plus fortement, la
planète, cette anthropémie forcenée en certains lieux (déforesta-
tion en Amazonie, pollution industrielle dans les mégapoles asia-
tiques…) venant dérégler le climat (réchauffement climatique)
et les écosystèmes (on commence à parler d’écocide et on peut
espérer que ce phénomène soit prochainement qualifié de crime
et donne donc lieu à des sanctions judiciaires au niveau national
et/ou international).

Le développement personnel est, après tout, une exploration


interne de la nature humaine. Elle suppose donc préalablement
ou parallèlement une considération positive (une sorte d’empa-
thie) pour la nature externe environnante et notamment pour les

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

biosystèmes végétaux et animaux qui la constituent. Avant de se


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connaître mais surtout pour mieux se connaître, l’ontonaute doit


connaître son écosphère et, d’une certaine manière, faire alliance
avec elle ; les chamans eux-mêmes ont des rituels pour pactiser
avec la forêt, les plantes, les animaux sauvages avant de se livrer à
l’introspection permettant de récupérer les âmes en fuite.

Redécouvrir la nature consiste à rétablir ou à renforcer le lien


avec elle et occasionne une ouverture vers le dehors facilitant
l’exploration intérieure, ce que savent les contemplatifs, religieux
ou grands voyageurs. Il n’est pas obligatoire de partir sur les
hauts sommets himalayens, dans des monastères bouddhistes
ou des ashrams indiens pour vivre l’expérience : une forêt, une
île, la rive d’un lac, un parc, sous nos latitudes, peuvent représen-
ter des espaces ouverts au recueillement (accueil de soi, éveil de
soi, méditation).

Notre méthode d’Ontologie Pratique n’est pas concevable sans


un positionnement de base écologique incluant la capacité d’im-
mersion dans la nature, la volonté de défendre et de valoriser la
biosphère, l’acceptation d’intégrer la nature dans le processus de
changement personnel (la nature comme cadre, comme scène et
comme éventuelle « partenaire » lors des exercices en extérieur).

Des exercices simples permettent de repérer les registres per-


ceptifs dont tu disposes pour découvrir le monde extérieur, en
l’occurrence les registres sensoriels visuel (V), auditif (A), sensitif/
kinesthésique (K) et olfactif/gustatif (O/G). Selon la PNL, ce sys-
tème VAKO/G fonde notre communication externe (y compris
avec notre environnement social) ; chacun d’entre nous a un ou
deux registres perceptifs préférentiels en fonction de sa person-
nalité, de son expérience, de sa culture mais une communication
efficace suppose l’exploitation de tous les canaux précédemment
cités.

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Trois exercices sensoriels


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Expérimentation sensorielle en situation d’immobilité :


Choisis un lieu naturel calme, plaisant, inspirant, propice au
repos du corps et de l’esprit. Installe-toi, trouve une position
confortable, respire amplement et régulièrement, découvre
maintenant ce qui t’entoure : Que vois-tu ? Qu’entends-tu ?
Que sens-tu ? Que ressens-tu ? Imprègne-toi progressivement
de ce lieu, de ses couleurs, de ses odeurs, de ses senteurs, de
ces vibrations et ferme les yeux pour te les approprier.
Cet exercice exercé dans de bonnes conditions physiques
(bon état de santé, posture propice), psychologiques (« lâ-
cher-prise »), environnementales (cadre agréable, paysage
diversifié), atmosphériques (température clémente, ensoleil-
lement modéré) permet d’expérimenter la gamme des sensa-
tions, d’amplifier certaines sensations, d’élargir la perception
du monde extérieur et d’établir la jonction entre le monde ex-
térieur et le monde intérieur.

Expérimentation sensorielle en situation de mobilité :


Si tu voyages, marches, pars en randonnée (sans recherche de
performance et de préférence en silence), observe à chaque
instant ce qui s’offre à toi : le spectacle sans cesse renouvelé
de la nature.
Les deux co-auteurs du présent ouvrage pensent particulière-
ment à la biodiversité foisonnante et enchanteresse des Hauts
de la Réunion, île ultramarine du sud-ouest de l’océan Indien où
ils ont vécu, le père y ayant passé la moitié de sa vie et y ayant
animé des sessions de développement personnel en divers lieux
du parc classé au Patrimoine naturel mondial de l’UNESCO, le
fils y étant né, y ayant passé son enfance et son adolescence et
y étant revenu lors d’un stage universitaire pour étudier, en lien
avec l’Université du Québec, le biodôme de Montréal et l’équipe
scientifique du navire canadien Sedna IV, « le rapport des enfants

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

et adolescents réunionnais aux écosystèmes terrestres et ma-


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rins » (hélas menacés par l’urbanisation et le tourisme).


Lors de pauses ou tout en cheminant à ton rythme, connecte-
toi, relie-toi à la partie sauvegardée de ton écosphère et profite
pleinement de l’instant présent. Tu développeras ainsi ta faculté
d’attention, de concentration et un état de tranquillité propice
au bien-être ou plutôt à l’« être bien » (se sentir bien) permettant
de se livrer à l’introspection en toute sécurité, en toute sérénité.
Certains chemins sont destinés tant au cheminement physique
qu’au cheminement mental et spirituel, tels ceux empruntés par
les pèlerins partant vers Saint-Jacques de Compostelle ou les
randonneurs cheminant dans les Cévennes, éventuellement
avec un âne, sur les traces de l’écrivain et voyageur Robert
Louis Stevenson.

Expérimentation sensorielle en situation de groupe :


groupe de silence
Avec des amis ou (en session) avec d’autres stagiaires (soyez
tous assis et en cercle), expérimente le silence dans un lieu na-
turel privé de tout parasitage technique ou humain (les seuls
stimuli étant naturels : odeurs, sons, vibrations…).
Expérimenté en groupe, le silence peut s’avérer difficile à éta-
blir et surtout à maintenir pour des raisons diverses : gêne,
peur du regard des autres, difficulté à se concentrer… Les ré-
sistances une fois levées, il s’instaure un moment privilégié de
communion, de bien-être partagé. Ceci est évidemment réalisé
pleinement (dans une optique spirituelle) par celles et ceux qui
ont fait « vœu de silence » dans les couvents et monastères.
Le silence n’est pas le vide ou l’absence, il est empli d’une pré-
sence : présence divine lors d’une prière, présence d’un disparu
lors d’une minute de silence, présence des autres, de son propre
monde intérieur et du monde environnant lors d’un groupe de
silence dans le cadre du développement personnel. Dans toutes
ces circonstances, le silence est plénitude de l’instant.

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

« Apprenez à écouter le silence,


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laissez votre esprit écouter et absorber .»


le philosophe Pythagore

L’ontonaute est aussi éconaute en étant soucieux de la cause


animale et/ou tout simplement proche de ses animaux de com-
pagnie, dont on sait maintenant qu’ils peuvent contribuer gran-
dement à notre santé physique et à notre équilibre psychique.
Partager sa vie et celle de sa famille avec un chien ou un chat
entraîne certes quelques contraintes mais c’est aussi une expé-
rience riche en émotions, source de bonheur et de réconfort, à
condition que nous soyons bienveillants et bientraitants avec eux.
Si le chien est largement auxiliaire des humains (pouvant jouer le
rôle d’« ange gardien » et de thérapeute), le chat contribue, quant
à lui, à la sérénité humaine (ses ronronnements contribuent à une
réduction de la pression sanguine, à une atténuation du stress,
de l’anxiété et de la dépression chez ceux dont il est proche dans
l’espace domestique ou en milieu institutionnel). « Libre, calme,
curieux, observateur, confiant, tenace, prudent, élégant, silen-
cieux, charismatique, fier, indépendant… tel est le chat, dont il
faudrait s’inspirer pour mieux vivre au quotidien. » (Stéphane Gar-
nier : Agir et penser comme un chat). Alors, si tu as à tes côtés
un animal domestique, vois si tu l’estimes à sa juste valeur ; ses
ressources pourront t’inspirer, venir compléter tes propres res-
sources et t’aider ainsi dans ta démarche de développement per-
sonnel et de recherche de bien-être.

Quant à la faune sauvage, son observation, même si elle se fait,


par définition, à distance, est un moment de grâce (nous l’avons
en tout cas vécu ainsi en rencontrant les « Big Five » sur les pistes
de quelques réserves sud-africaines) mais ce n’est pas qu’un
simple spectacle : c’est aussi l’occasion exceptionnelle de s’éveil-
ler à la richesse d’un patrimoine naturel vivant qu’il faut absolu-
ment préserver (la sauvegarde des espèces animales étant aussi

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

la sauvegarde de la planète et de nous-mêmes). L’observateur


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dont il s’agit ici n’est bien sûr nullement à l’affût d’une proie dont
il fera son trophée. Pour rappel, selon le rapport sur la biodiversi-
té publié par l’ONU en mai 2019, « un million d’espèces animales
et végétales sont menacées d’extinction et beaucoup vont dis-
paraître dans les prochaines décennies », la survie de l’Homme
pourrait être elle-même en jeu.

Parce qu’il est éconaute, l’ontonaute est aussi écocitoyen ; son on-
toscopie doit inclure une réflexion sur son mode et sur son degré
d’engagement relativement à la biodiversité, aux écosystèmes.
Le nécessaire lien avec la nature et l’adoption de valeurs, d’atti-
tudes, de gestes écoresponsables pour être soi plus intensément
et plus profondément ne sont pas toujours pris en compte dans
les démarches de développement personnel et, pourtant, à par-
tir des années 1970, une prise de conscience s’est opérée dans
un monde de plus en plus urbanisé et consumériste : nous nous
porterons mieux si nous (r)établissons le contact avec le monde
animal et végétal. Conçue par Gregory Bateson (Vers une écolo-
gie de l’Esprit, 1977), s’est développée (notamment à partir des
années 1990 avec Howard Clinebell et Theodore Roszak) une
écopsychologie qui a pour principale application l’écothérapie
permettant de soigner ses maux psychiques et faire la paix avec
soi-même au contact des arbres (sylvothérapie : « bains de forêt »
inspirés de la pratique ancestrale japonaise du « Shinrin-Yoku »)
et des animaux (zoothérapie, équithérapie, delphinothérapie…).

La reliance à la nature peut améliorer notre santé physique (ce qui


est attesté depuis des millénaires par le thermalisme, l’hydrothé-
rapie, la thalassothérapie et de nombreux autres types de cures)
et notre santé psychique (ce qui est reconnu par les psychiatres,
neurologues et psychosomaticiens) ; il est admis aujourd’hui
qu’elle contribue au renforcement de l’estime de soi, de la créa-
tivité, des capacités d’attention, d’auto-perception... La « biophi-
lie », qui est l’« amour du vivant » (terme dû au psychanalyste amé-
ricain Erich Fromm), est un facteur essentiel du développement

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

de soi. Elle inspire aussi de nouvelles réalisations architecturales


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et environnementales, au cœur même des cités (intégration de la


nature dans les lieux de vie, de travail et de soins, végétalisation
des murs, terrasses et toits d’immeubles…). Pour le sociobiolo-
giste américain Edward Wilson, « explorer la vie, s’affilier à elle,
constitue un processus profond et complexe du développement
mental, dans une mesure encore sous-évalué par la philosophie et
la religion, notre existence repose sur cette inclination. »

Certains universitaires démontrent que la perte de contact avec


la nature génère des troubles psychiques comme la dépression,
des difficultés de concentration et autres symptômes caractéris-
tiques faisant parler d’un « syndrome du déficit de nature », bien
moins présent chez les peuples tribaux encore solidement reliés
d’une part aux ancêtres, d’autre part aux habitants non humains
de la planète, leurs voisins, les êtres vivants animaux (zoosphère)
et végétaux (phytosphère).

Auto-évaluation :
ton rapport à l’écosphère, ton écotropisme
- As-tu le besoin et l’envie de découvrir ton environnement
naturel ?
- Respectes-tu la nature, les animaux, les végétaux ?
- As-tu des gestes écocitoyens, écoresponsables ? Si oui,
lesquels ?
- As-tu des comportements à modifier dans ta vie quotidienne ?
dans tes activités de loisirs ?
- Es-tu conscient que mieux connaître ton écosphère permet
de mieux te connaître toi-même ?
- As-tu des lieux extérieurs propices au ressourcement ? Sont-
ils facilement accessibles ?
- As-tu effectué un voyage, une randonnée qui a eu pour toi
valeur de parcours initiatique ?

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Étape 3 : Explore ta sociosphère


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(ton rapport à l’environnement social)


La sociosphère constitue, de plus en plus et d’une manière de plus
en plus complexe, le principal territoire relationnel des humains.
La vie sociale occasionne des rencontres multiples et successives
avec d’innombrables congénères et systèmes prévus pour nous
éduquer, nous former, nous occuper, répondre à nos besoins
matériels, nous soigner, nous protéger, nous cultiver, nous dis-
traire… mais aussi nous contrôler, nous surveiller, nous punir si
besoin. Les groupes (à commencer par le couple et la famille),
les institutions, les entreprises sont nos cadres de référence, que
nous nous y conformions ou non.

Il te convient donc, pour mieux te connaître et te définir plus pré-


cisément, d’explorer cette autre dimension, celle de ton apparte-
nance sociale, fondamentale dans l’établissement de ton identité
personnelle. Te voilà donc aussi socionaute, explorateur (par la
pensée) du monde humain dans lequel tu évolues quotidienne-
ment et expérimentes notamment les sentiments et émotions les
plus variés, selon les âges et circonstances de la vie.

À noter qu’il est tout aussi préjudiciable psychologiquement, pour


être soi-même, d’avoir insuffisamment et d’avoir excessivement le
besoin d’appartenance et de lien social. Dans le premier cas, l’es-
time de soi est compromise par l’absence ou la carence de recon-
naissance de la part des autres. Dans le second cas, le risque est
de perdre toute autonomie de pensée et d’action et d’être privé
d’assertivité. Être sociable permet d’être pris en compte, accep-
té, respecté par les autres, par ses proches, par ses amis, collè-
gues et(ou) voisins, ce qui contribue évidemment à l’estime de soi
mais la sociabilité ne doit pas être la dépendance aux autres, la
passivité ou le grégarisme. La socialisation n’est bénéfique pour
l’être humain adulte que si elle se fait d’une part de manière active,
consciente, volontaire et, d’autre part, est perçue positivement,

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

acceptée, tolérée par l’entourage immédiat (groupe d’affiliation,


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communauté d’appartenance). En démocratie, heureusement, les


mentalités évoluent, des tabous tombent et le degré d’acceptation
s’accroît relativement à de nouvelles manifestations identitaires :
identité ethnique, identité de genre, identité d’âge… Être la cible
de préjugés et stéréotypes sociaux génère des phénomènes d’au-
todépréciation, source de souffrance, parfois cause d’idées et
même de passages à l’acte suicidaires : de telles situations sont
évidemment nombreuses dans les sociétés soumises à des totali-
tarismes politiques, militaires et(ou) religieux.

Des psychosociologues américains associent le bien-être et


la croissance psychologique à la satisfaction de trois besoins :
besoin d’appartenance sociale, besoin d’autonomie, besoin de
compétence. Une échelle de satisfaction des besoins fondamen-
taux a été conçue en 2003 par la psychosociologue canadienne
Marylène Gagné. Le questionnaire ci-après en est inspiré : il per-
mettra une première auto-évaluation.

Ton sociotropisme

Appartenance et sociabilité :
- Rentres-tu facilement en contact avec les gens ? avec qui plus
particulièrement ? où ? quand ? comment ?
- T’entends-tu en général avec les autres ?
- Te fais-tu facilement des amis ?Y a-t-il beaucoup de gens dont
tu te sens proche ?
- T’arrive-t-il souvent de te mettre à l’écart ?
- Te sens-tu respecté ?

Autonomie d’action et de pensée :


- Te sens-tu libre de décider toi-même comment vivre ta vie ?
- Fais-tu souvent ce que les autres te disent de faire ?
- Penses-tu pouvoir être toi-même dans la vie de tous les jours ?

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

- Si tu te sens contraint, quelles sont tes contraintes ?


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- Te sens-tu libre d’exprimer tes idées et opinions ?

Degré de compétence et d’accomplissement :


- Ce que tu fais te donne-t-il un sentiment d’accomplissement ?
- Dans quelles situations penses-tu être vraiment toi-même ?
- As-tu la chance de montrer aux autres ce dont tu es capable ?
- Dans quels domaines te sens-tu incapable ou incompétent ?
- Dans quels domaines les autres te reconnaissent-ils tes capa-
cités et compétences ?
- As-tu acquis récemment de nouvelles compétences ?

L’estime de soi, le regard positif des autres, l’empathie, le senti-


ment de liberté, la confiance en soi facilitent le « sociotropisme »,
c’est-à-dire le désir d’intégration dans la sociosphère, l’intérêt
pour la vie en société, l’adaptation à un groupe. Il faut considérer
ce sociotropisme comme une disposition affective et relation-
nelle substantielle à la réalisation de soi.

Adopte le style de comportement social qui te correspond et te


convient, réponds à tes aspirations et permets-toi aussi d’intégrer
une ou plusieurs communautés dont il te sera possible de parta-
ger les modes d’être, de penser et d’agir mais veille à ne jamais te
laisser embrigader, manipuler par de pseudo « frères », « sœurs »
ou « camarades », extrémistes politiques, religieux ou sectaires :
ces affiliations ne peuvent mener qu’à ta destruction ou à ton
asservissement. L’orientation communautaire sinon n’est pas
incompatible avec les exigences sociétales car elle est facteur
de lien. Comme le dit le philosophe Michel Maffesoli qui parle
de « néotribalisme » dans les sociétés occidentales actuelles (Le
temps des tribus), « l’horizontalité fraternelle, qui est celle du tri-
balisme, est cause et effet d’une indéniable vitalité fondée sur des
interactions multiples constituant la complexité contemporaine1 ».

1. Constructif, février 2006, n° 13

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

La similarité des conditions de vie, opinions et comportements


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amène à adopter un style de vie propre à une catégorie de po-


pulation identifiable, repérable socialement, appelé « sociostyle »
depuis les années 1970 et les études du CCA (Centre de Commu-
nication Avancée), véritable observatoire de l’évolution des men-
talités et de l’actualité des tendances, sous l’égide du psychoso-
ciologue français Bernard Cathelat. Aux différents sociostyles
correspondent des modes particuliers de consommation, d’ali-
mentation, d’habillement, d’habitat, de loisirs, d’activités spor-
tives, associatives, culturelles, politiques…

Ces sociostyles intéressent bien sûr les publicitaires et spécialistes


du marketing cherchant à segmenter leurs publics cibles, mais
aussi les commerciaux et professionnels du tourisme, des loisirs,
de la mode et du bien-être. Réfléchir sur son propre style de vie,
sa philosophie de vie et son train de vie relève bien d’une dé-
marche ontologique car les différentes questions que génère
cette réflexion concourent à mieux appréhender qui l’on est par
rapport aux autres et à déterminer si, pour soi, cette image de
soi est satisfaisante (répondant vraiment aux attentes et besoins
personnels).

Ton sociostyle

Vois si tu te reconnais dans l’un de ces sociostyles. Réfléchis aux


incidences éventuelles sur ta vie sociale quotidienne.
- Style décalé : dynamisme, ouverture au changement, esprit
frondeur, aspiration libertaire.
- Style rigoriste : conservatisme, rigorisme, résistance au chan-
gement, traditionalisme.
- Style égocentré : narcissisme, manque de flexibilité,
d’empathie.
- Style matérialiste : souci du confort, de la santé, prudence,
attentisme.
- Style activiste : prise de risque, recherche de leadership,
militantisme.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Étape 4 : Explore ton idéosphère (ton rapport à la culture)


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Immergés très tôt dans la sociosphère par le biais de la vie familiale


et de l’éducation parentale puis scolaire, nous ne cessons, tout au
long de notre vie, de nous socialiser, ce qui consiste essentielle-
ment à nous modeler culturellement, à intégrer des critères, des
croyances, des normes et des valeurs influençant nos attitudes et
nous comportements. Se constitue ainsi ce que nous appelons
l’idéosphère, ensemble de systèmes de pensée partagés que
nous nous approprions et auxquels nous nous conformons pour
agir et interagir. Ces systèmes de référence, s’ils sont fixes, rigides,
contraignants, peuvent hélas nous priver de la spontanéité, de la
flexibilité et du sens critique nécessaires à une communication se-
reine non seulement avec les autres mais aussi avec nous-mêmes.
Précisons que les croyances sont des affirmations largement ba-
sées sur nos apprentissages et sur nos expériences personnelles
aussi bien heureuses que malheureuses, elles modèlent notre
pensée, teintent notre affectivité, dictent nos réactions, influent
sur nos décisions, orientent notre vie ; elles sont souvent forte-
ment ancrées mais il y a moyen de les faire évoluer en dévelop-
pant notre sens critique et en nous motivant au changement.

Notre idéosphère personnelle peut être facteur d’épanouisse-


ment si les croyances et représentations auxquelles nous adhé-
rons (du fait, avant tout, de nos appartenances culturelles) sont
positives, libératrices et alimentent la créativité, la spiritualité,
l’altruisme, ce qui n’est pas toujours le cas en ce qui concerne
les opinions philosophiques (pouvant devenir des idéologies
stigmatisantes, discriminantes), politiques (pouvant devenir ex-
trémistes) et même religieuses (pouvant devenir intégristes, fana-
tiques, sectaires, persécutives). Faire l’inventaire des croyances
épanouissantes et limitantes s’avère une étape importante dans
la démarche diagnostique. Surtout, fais ce check-up sincèrement,
honnêtement mais sans culpabiliser : tu n’es pas au confessionnal
en train de faire acte de repentance et/ou de contrition.

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Ton inventaire des croyances


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Il s’agit de faire le point sur tes croyances et opinions, sachant


que certaines peuvent prendre la forme de présuppositions ou
préjugés qui faussent ta perception, parasitent ta réflexion et
influencent négativement tes attitudes et comportements. « Les
préjugés occupent une partie de l’esprit et en infectent tout
le reste », remarquait le philosophe Nicolas de Malebranche.
Nous te proposons les questionnements suivants :

Quelles croyances positives (et donc aidantes) as-tu


- Vis-à-vis de toi ? concernant ton identité, tes capacités ?
- Vis-à-vis des autres ?
- Vis-à-vis du monde extérieur ?

Quelles croyances négatives (et donc limitantes) as-tu


- Vis-à-vis de toi ? concernant ton identité, tes capacités ?
- Vis-à-vis des autres ?
- Vis-à-vis du monde extérieur ?

De quelle nature sont-elles ? Quelles sont leurs origines ? Par


quoi ou par qui as-tu été influencé ?
- Ton enfance, ton éducation ?
- Ta religion (si tu en as une ou en as eu une) ?
- Ta culture d’appartenance, d’origine ou d’adoption ?
- Des événements survenus dans ta vie ?
- Des lectures, des médias, une rencontre ?

Se sont-elles renforcées ?
- Non.
- Oui.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Si oui :
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- Pourquoi ?
- Quand ?
- Comment ?

Quelles conséquences ont-elles eues ou ont-elles actuellement ?


- Sur toi, sur tes attitudes, tes comportements, ton état psycho-
logique, la perception de toi-même, ton identité ?
- Sur les autres, notamment sur ton entourage familial, amical,
professionnel ?

Lesquelles sont les plus fortes ?


- Particulièrement mobilisantes, épanouissantes (ressources),
à maintenir ?
- Particulièrement préjudiciables, paralysantes (obstacles),
à supprimer ?

Étape 5 : Explore ta technosphère/cybersphère


(ton rapport aux technologies, à Internet)
Chaque culture humaine produit des objets, outils et ustensiles
venant occuper (parfois envahir) notre espace domestique et in-
tervenant à titre d’instruments dans diverses activités de la vie
quotidienne. On peut distinguer les productions à but purement
utilitaire (servant à l’agriculture, à la cuisine, à l’hygiène, aux soins,
aux loisirs, à l’information, à la communication), en très grand
nombre dans la société de consommation, et les productions
à valeur symbolique (médailles, emblèmes), sacrée (objets de
culte), esthétique (œuvres artistiques), très présentes dans les
sociétés traditionnelles et liées universellement aux croyances et
aux rites.

70
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

La modernisation, l’industrialisation, l’urbanisation, la mondiali-


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sation ont amené à la création de nombreuses machines et de


nombreux appareils qui nous sont devenus indispensables pour
faire fonctionner les groupes humains et même les nations (ma-
chines permettant l’apport de biens, la distribution de l’énergie,
les échanges, la mobilité…), mais aussi de systèmes d’information
et de communication de plus en plus performants (téléphone, té-
lévision, ordinateurs, tablettes, smartphones, GPS…) permettant
de s’informer, d’informer et d’interagir à distance et même d’un
bout à l’autre de la planète, ceci de manière instantanée.

Notre technosphère devient de plus en plus cybersphère, le nu-


mérique occupant une place de plus en plus importante dans la
vie personnelle, familiale, sociale, professionnelle. « Homo On-
ticus » est aussi aujourd’hui « Homo Numericus », il ne faut pas
l’oublier : son psychisme a évolué sur trois plans : cognitif (réalité
élargie, connaissances multipliées et amplifiées), affectif (effets
du virtuel sur l’imaginaire, les désirs, les fantasmes) et relationnel
(impact des réseaux sociaux). Il faut se garder toutefois de s’en
remettre constamment et uniquement à ces techniques, de les
consommer en quelque sorte « sans modération » (technodépen-
dance/cyberdépendance sont les nouvelles addictions).

Celles et ceux qui œuvrent professionnellement dans le domaine


des nouvelles technologies ont un investissement précis, cadré,
structuré dans le cyberespace et en ont la maîtrise technique.
S’investir par contre à titre personnel, ludique, ceci de manière
excessive et exclusive, peut s’avérer déstabilisant, aliénant, dés-
humanisant et compromet ou empêche le développement per-
sonnel. Aller à la découverte de soi suppose de pouvoir partir
en toute liberté, hors de toute dépendance, de toute intoxication
physique, psychique, sociale ou technique. Les objets et acces-
soires de la vie quotidienne, en étant de plus en plus sophisti-
qués et performants, deviennent nos indispensables auxiliaires
techniques, ils sont les prolongements de nous-mêmes ; ils nous
appartiennent mais nous ne leur appartenons pas. Nous appel-

71
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

lerons « cybertropisme » l’intérêt porté aux objets de la cybers-


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phère : celui-ci est sans doute présent chez tous les êtres humains
actuels (et ceci dès leur plus jeune âge) mais son intensité peut
considérablement varier selon les individus, de la simple « cybe-
rattirance » à la « cyberdépendance » (degré extrême) en passant
par le « cyberusage » contrôlé dans le temps, qu’il soit à finalité
professionnelle (télétravail), conviviale ou ludique.

Ton cybertropisme

Les questions qui suivent sont inspirées, en grande partie, de


celles posées dans l’Internet Addiction Test (IAT) conçu en 1998
par la psychologue américaine Kimberly Sue Young, spécialiste
des troubles du comportement en ligne. Les questionnements
sont également applicables au rapport aux téléphones por-
tables (qui accompagnent leurs détenteurs dans leurs dépla-
cements et sont consultables par eux à tout moment, donc
peuvent aussi accaparer une grande partie de leur temps, au
détriment des relations humaines directes).

- Combien de temps estimes-tu passer sur Internet par jour,


par semaine ? chez toi ? au travail ? ailleurs ?
- As-tu un emploi en rapport avec l’informatique ?
- Tes proches (conjoint, enfants, parents, amis…) te re-
prochent-ils de passer trop de temps sur Internet ?
- Envisages-tu de réduire le temps passé sur écran ?
- Regardes-tu Internet en cachette ?
- T’enfermes-tu chez toi, dans ta chambre, sur Internet ?
- Manges-tu devant ton ordinateur ou ton smartphone ?
- Peux-tu te passer d’Internet ? Accepterais-tu d’en être privé ?
Si c’est déjà arrivé, quelle a été ta réaction ?
- Être devant ton ordinateur t’empêche-t-il de vaquer à cer-
taines activités ? Lesquelles ?
- Que regardes-tu principalement sur Internet ? informations ?
messages personnels ? films ? jeux ?...

72
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

- Préfères-tu Internet aux rencontres ou sorties avec tes amis ?


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- Être longtemps sur Internet influe-t-il sur ton sommeil ?


- Être longtemps sur Internet te rend-il irritable ?
- Ton ordinateur a-t-il été déjà « piraté » ? As-tu été victime de
cyberharcèlement ?
- Selon toi, de quelle manière les outils numériques pour-
raient-ils contribuer au développement personnel ?

STADE 2 : Explore ta chronosphère


(D’où viens-tu ? Où en es-tu ?)
T’interroger sur toi-même t’amène immanquablement aussi à
prendre conscience de ton rapport au temps, à ton histoire per-
sonnelle et familiale, aux événements qui t’ont influencé au cours
de ta vie passée, mais aussi à ta situation actuelle et à ton avenir
(en tout cas à ce que tu en pressens). Cette chronosphère est tou-
jours explorée en psychothérapie, avec des moyens divers : ceux
de la psychanalyse, de l’hypnose, de la thérapie familiale, du récit
de vie par exemple. Les outils sont différents en développement
personnel (ce sont plutôt ceux de l’approche systémique et de la
PNL) mais l’exploration a la même importance et l’objectif, en tout
cas en Ontologie Pratique, est triple : savoir d’où l’on vient (onto-
généalogie/ontodiachronie), où l’on en est (ontosynchronie) et où
l’on va (ontoprospective), ce check-up contribuant grandement à
mieux se connaître et à se comprendre.

Étape 1 : Ontogénéalogie
(ton rapport à ton passé familial)
Le rapport au passé ancestral certes ne se décline pas dans les
formes observées dans des sociétés restées fortement attachées
à leurs racines comme le sont les sociétés africaines (nous avons

73
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

pu nous-mêmes observer en Afrique noire, dans la zone sahé-


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lienne où nous avons beaucoup circulé, quel rôle de transmission


peuvent encore jouer, en brousse, les « griots » et combien le
lien transgénérationnel fonde encore fortement les identités des
groupes familiaux et des individus). Dans les sociétés occiden-
tales, nous avons quand même nos rituels, nos fêtes, nos céré-
monies, nos commémorations au niveau collectif et l’intérêt pour
la généalogie (recherche des origines, établissement de l’arbre
généalogique) est de plus en plus présent chez de nombreux
contemporains (nous avons constaté au Canada combien les
francophones québécois et acadiens se mettent à la recherche
de leurs ancêtres français et quelle fonction identitaire ont les
« cousinades », regroupements familiaux intercontinentaux, de
plus en plus fréquemment organisés).

La rencontre avec le passé familial ou communautaire n’est pas


toujours chose aisée, notamment pour celles et ceux qui ont été
abandonnés, pour les descendants de victimes de l’esclavage,
les survivants de génocides, les exilés et réfugiés, mais elle est
souvent l’épreuve par laquelle il faut passer pour asseoir ou
conforter son identité.

Le mieux-être, l’estime de soi ou la cohérence interne peuvent


résulter de la levée de secrets de famille, de la distanciation par
rapport au passé maternel et/ou paternel, comme le montre la
psychogénéalogie, pratique clinique développée par la psycho-
thérapeute Anne Ancelin-Schützenberger dans les années 1970
et destinée à identifier chez les ascendants d’éventuelles problé-
matiques pouvant influer sur les comportements actuels, voire
engendrer une pathologie psychique chez les descendants.

Nous préconisons, en Ontologie Pratique, le recours à la technique


du génogramme, arbre généalogique sur trois générations, utilisé
en thérapie familiale systémique et en intervention socio-éduca-
tive. Cet arbre fait plus que situer les membres d’une famille les uns

74
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

par rapport aux autres ; il permet d’accéder à une dimension affec-


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tive, largement inconsciente, celles des liens familiaux (et de leurs


aléas), des événements (heureux et malheureux), des « histoires
de famille » et de repérer ainsi les « héritages psychologiques » qui
peuvent modeler une personnalité et orienter une vie.

Ton génogramme

Pour l’établir, voici en page suivante les symboles de base et un


exemple (avec prénoms imaginaires) dont tu pourras t’inspirer.
Tu pourras trouver sur Internet des sites te permettant de t’y
initier.

Symboles de base :
Symboles utilisés par le psychologue Murray Bowen pour le
décryptage d’une structure familiale par le génogramme lors
d’une thérapie familiale. Les mêmes symboles peuvent être uti-
lisés dans les approches non thérapeutiques, pour établir par
exemple sa propre « carte familiale » ou (dans un cadre profes-
sionnel socio-éducatif) celle d’une personne accompagnée.

75
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Sexe Sexe
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masculin féminin
Décédé Décédée

Mariage

Concubinage

Séparation

Divorce

Filiation

Exemple de génogramme

Etienne Maryse

Eva Jean
Aline Luc

Loïc
Yann Josée

76
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Étape 2 : Ontodiachronie
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(ton rapport à ton passé personnel)


Tout médecin, infirmier ou psychologue procédant à l’examen cli-
nique d’un patient commence par se renseigner sur la vie passée
de ce dernier : comment et où s’est effectué le développement,
quels faits marquants l’ont affecté, quels antécédents ont été
déterminants pour structurer la personnalité (favorablement ou
défavorablement) … ? « Chaque humain arrive au présent avec un
passé composé », dit l’écrivain et journaliste Louis Pauwels. L’exa-
men de ce « passé composé » (composé d’événements, d’images,
de sensations, de joies, de peines, de réussites, d’échecs, de ren-
contres, de séparations, d’apprentissages…) est bien sûr obligé
dans toute démarche de développement personnel : il s’agira
d’effectuer un travail autobiographique que nous qualifierons
d’ontodiachronie en Ontologie Pratique.

Les termes de « diachronique » et de « synchronique » ont été


utilisés au début du siècle dernier par le linguiste Ferdinand de
Saussure pour qualifier les deux grands types d’approches scien-
tifiques d’une langue : l’approche évolutive d’une part, l’approche
structurelle et fonctionnelle actuelle d’autre part. On retrouve en-
suite ces appellations dans l’ensemble des sciences sociales. En
Ontologie Pratique, la diachronie est le passé d’une personne et
la synchronie est l’état présent tel que vécu par cette même per-
sonne ; ces deux situations sont forcément interdépendantes mais
toutes deux ont aussi un lien (lui aussi obligé) avec une histoire
plus générale : celle du monde qui nous entoure. Notre histoire
personnelle, les histoires des autres et l’histoire collective s’en-
tremêlent pour déterminer ce qu’on appelle « destin » et « desti-
née » en philosophie et théologie, « parcours de vie » et « trajec-
toire de vie » en sociologie et en psychologie, « ligne de vie » et
« ligne du temps » en développement personnel (notamment en
PNL). Comme le dit élégamment le poète Pierre Reverdy : « La
ligne de notre vie est une tragique et splendide arabesque que

77
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

nous traçons avec la pointe de notre âme sur la vitre du temps. »


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Le tracé ne s’avère pas toujours rectiligne : on parle communé-


ment du « tourbillon » ou de la « spirale » de la vie mais ces images
sont aussi celles utilisées par l’astrologie, le chamanisme et dans
le cadre de différentes pratiques initiatiques, magiques et spiri-
tuelles. Nous sommes tantôt les acteurs de notre destinée (dictée
par nos agissements), tantôt de simples jouets du destin (qui s’im-
pose à nous de l’extérieur). À nous cependant de faire triompher
notre « libre arbitre », « volonté libre sans laquelle personne ne
peut bien vivre », selon Saint-Augustin.

Ta ligne du temps personnelle (PNL)

Plutôt qu’utiliser un inventaire sous forme de questionnaire


(qui peut s’avérer pratique pour mener professionnellement un
entretien dit d’« anamnèse », en médecine, en psychologie cli-
nique ou en travail socio-éducatif), nous recourons à un exercice
dont nous avons expérimenté la force symbolique et l’impact
émotionnel, d’abord en tant que stagiaires puis en tant qu’ani-
mateurs de sessions de PNL : la ligne du temps (Time Line),
conçue au début des années 1980 par Wyatt Woodsmall et Tad
James. Pour avoir également animé des séances de débriefing
psychologique, nous constatons que les souvenirs ravivés lors
de cet exercice de PNL peuvent être tout aussi intenses que
ceux évoqués en situation d’intervention post-traumatique.
C’est dire que l’accompagnement d’un proche bienveillant et
empathique (capable d’« écoute active ») peut s’avérer néces-
saire, à défaut de la présence d’un coach professionnel.

Cette ligne du temps peut être dessinée sur un papier ou être


matérialisée sur le sol (les repères événementiels étant alors
symbolisés, par exemple, par des pierres ou des chaises po-
sitionnées dans l’espace). Dans cet espace représentant le

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

temps, il s’agit de te déplacer de la naissance jusqu’au présent


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en t’arrêtant successivement au niveau de chaque repère figu-


rant un moment-clé de ta trajectoire de vie et en réfléchissant à
la portée qu’a eue pour toi cet instant heureux ou malheureux,
chaque arrêt pouvant s’effectuer en état interne (yeux fermés)
pour revivre affectivement, sensoriellement l’instant en ques-
tion (tu peux alors t’asseoir sur la chaise si elle a été choisie
comme repère). Le parcours est chronologique (des origines
au temps actuel) mais il t’est toujours possible de revenir en
arrière pour réparer un oubli ou amener des précisions. Arrivé
au terme du parcours, tu pourras te retourner sur ton passé.

Exemple : Jean (40 ans) se penche sur son passé

Naissance

Âge 4 Déménagements successifs


Âge 8

Âge 10 Divorce parental

Âge 18 Dépression, suivi 2 ans par psychologue

Âge 20 Accident de voiture/hospitalisation

Âge 24 Fin d’études universitaires /concubinage

Âge 30 Stabilisation professionnelle

Âge 35 Naissance d’un enfant

Présent

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Ta ligne du temps transpersonnelle (PNL)


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La ligne du temps personnelle peut être complétée par les


lignes du temps paternelle et maternelle (selon le processus
décrit précédemment). Ce peut être un mode d’entrée dans
la dimension transgénérationnelle (l’exercice de remontée de
chaque trajectoire de vie parentale pouvant donc être com-
plémentaire du génogramme). De la vie de nos parents, nous
connaissons en général peu de choses, même en l’absence de
lourds secrets de famille : alors, l’imaginaire vient suppléer à la
réalité approximative et des mythes familiaux viennent travestir
ou pervertir la mémoire familiale ; le développement person-
nel doit pouvoir permettre de les repérer, de les interpréter et
deles intégrer, tout en étant conscient de leur dimension fantas-
matique et de leur fonction compensatrice.

Cet exercice s’avère donc long, ardu, incertain et exige sans


doute plus que tout autre la présence sécurisante d’un coach.
Nous avons été témoins, lors de stages de PNL, de fortes ma-
nifestations émotionnelles à l’occasion de cet exercice confron-
tant tant à l’histoire de la famille qu’aux « histoires de famille »

Exemple : Aïcha s’interroge sur le lien entre sa propre histoire et


celle de ses parents.
Elle parcourt successivement la ligne du temps paternelle (ou ma-
ternelle), la ligne du temps maternelle (ou paternelle) et la sienne
propre (ligne du temps personnelle), résultant du croisement des
deux précédentes.

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Ligne du Temps Ligne du Temps


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Paternel Maternelle

Rencontre parents

Ligne du Temps Mariage parents


Parentale
Naissance

Ligne du Temps
Personnelle

Étape 3 : Ontosynchronie (ton rapport au présent)


Le présent ou plutôt le rapport au présent doit être aussi passé
au crible. Un état des lieux psychique est à effectuer ici et main-
tenant, sans appréhension, sans réserve mais aussi sans com-
plaisance, de manière tout à fait objective. La question n’est pas
encore « qui suis-je ? », elle est à cette phase de la démarche :
« où en suis-je aujourd’hui ? ». Passage obligé sur le chemin vers la
définition claire et exhaustive de l’identité personnelle (conscien-
tisation de soi).

Les constats existentiels se font plutôt à l’âge adulte et souvent à


l’occasion d’un changement d’état physique (maladie, accident,
handicap, vieillissement…), de statut social ou professionnel
(perte d’emploi, reconversion professionnelle, retraite…), de
situation conjugale ou familiale (séparation, divorce, perte d’un

81
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

proche…), de conditions de vie matérielle (précarisation), à l’oc-


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casion d’un franchissement d’étape sur la trajectoire de vie (crise


de la quarantaine, ménopause, départ des enfants du foyer fa-
milial, déménagement…), le plus souvent donc dans un contexte
de vécu de tension, de stress, de crise et même éventuellement
de catastrophe individuelle (agression, attentat…) ou collective
(conflit armé, catastrophe naturelle, pandémie…).

Il y a sans doute des circonstances où s’évaluer soi-même ou se


faire évaluer par un professionnel engage moins émotionnelle-
ment (bilan de personnalité en consultation psychologique, bilan
de compétences en situation de formation ou de recherche d’em-
ploi, par exemple) mais, en général, s’interroger sur son état pré-
sent et réaliser quelles sont ses forces et ses faiblesses mobilise
des mécanismes de défense, occasionne des résistances, génère
éventuellement des doutes et frustrations. Attention cependant
(nous tenons à le répéter), nous ne nous plaçons nullement dans
le cadre d’un examen de conscience, d’une confession visant à
repérer, à révéler et à se faire pardonner ou à absoudre de pré-
tendus péchés. Nous poursuivons seulement un processus d’in-
trospection destiné à déterminer le plus précisément possible
ce qui nous caractérise dans l’instant présent. L’auto-évaluation
synchronique peut prendre diverses formes en développement
personnel : nous aimons recourir au mode métaphorique utilisé
largement en pratique jungienne, ericksonienne, systémique et
en PNL pour stimuler la mémoire et l’imagination.

Recourons, par exemple, aux deux exercices sur les métaphores


de vie pour prendre conscience des représentations que nous
avons de la vie en général d’une part, de notre vie personnelle
présente d’autre part, pour ensuite mettre en parallèle ces deux
visions et en déduire le degré d’acceptation de notre état actuel
et la nature de nos attentes et besoins. Les deux exercices, issus
de la PNL, pourraient bien inciter à affiner ou à réviser des impres-
sions, opinions et jugements, parfois systématiques ou partiaux,
d’autant plus s’ils sont l’occasion d’un échange avec un coach.

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Ta métaphore de vie générale (PNL)


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Pour moi, la Vie, c’est… ou c’est comme... (Développer)

À titre d’exemples, des métaphores littéraires :


- « La vie est une partie d’échecs. » (Mme de Staël)
- « La vie est un combat sans trêve. » (Théophile Gautier)
- « La vie est un rêve. » (Virginia Woolf)
- « La vie est un bout de lumière qui finit dans la nuit. »
(Louis-Ferdinand Céline)
- « La vie est un film. » (Bernard Werber)
Un titre de pièce :
- « La vie est un songe. » (Pedro Calderon)
Deux titres de films :
- « La vie est un miracle. » (Emir Kusturica)
- « La vie est un long fleuve tranquille. » (Étienne Chatiliez)

Ta métaphore de vie personnelle (PNL)

Pour moi, ma vie c’est… ou c’est comme...

À titre d’exemples, des paroles de chansons :


- « Ma vie… qu’il est long le chemin. » (Alain Barrière)
- « Ma vie, c’est un manège. » (Nicoletta)
- « Oh ma vie, tu passes, tu t’enfuis. » (Johnny Hallyday)

Et une confidence de l’écrivain Romain Gary : « J’ai l’impres-


sion d’avoir été vécu par ma vie, d’avoir été l’objet d’une vie
plutôt que de l’avoir choisie. »

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Étape 4 : Ontoprospective (ton rapport au futur)


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Avoir fait le point sur ce qui fut, sur ce qui est et sur ce qu’il en
est maintenant de nous permet en général de mieux se projeter
dans l’avenir, de mieux percevoir ce qu’il peut advenir de nous.
« L’avenir n’est que la suite d’un dialogue entre le présent et le pas-
sé. », dit l’écrivain Paul Morand. Le « dialogue » n’est cependant
pas facile à établir pour toutes et tous et à toutes les étapes de
la vie personnelle. La conjugaison ou l’accumulation d’une his-
toire meurtrie, d’un état physique ou psychique défaillant, d’une
situation matérielle et socio-économique précaire, d’un quoti-
dien de survie et d’insécurité rendent difficile, voire impossible,
une projection dans l’avenir, surtout à long terme. Des conditions
de vie défavorables et un mal-être personnel peuvent impacter
cette étape de l’ontoscopie et rendre éprouvant l’exercice dit de
la « mission de vie » en PNL que nous allons te proposer, il peut
être alors reporté à un moment où l’horizon s’éclaircit.

La « mission de vie », c’est le but ou l’ensemble des buts que je


m’assigne, conformément à mes valeurs, en tout cas celles qui
m’appartiennent personnellement, qui donnent un sens à ma vie,
m’orientent, qui m’amènent à faire des choix dans mes activités,
dans mes relations, dans mes engagements… Définir et énoncer
sa « mission de vie » résulte d’une ambition toute simple et totale-
ment justifiée : celle d’être le plus possible « aligné », c’est-à-dire
en accord avec soi-même et avec ses aspirations. Cette recherche
est loin d’être égocentrique car elle révèle finalement le plus sou-
vent des motivations altruistes : rarement l’autre est exclu de nos
projets, notamment ceux qui nous engagent affectivement. Nos
projets peuvent aussi nous ouvrir une voie spirituelle dans la me-
sure où ils sont en rapport avec des interrogations sur le sens de
l’existence, sur notre destinée, sur notre lien à l’Univers, à Dieu
ou à une divinité, que la démarche ait une assise confessionnelle
ou non.

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Ton ontoprojection
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Qu’attends-tu de l’avenir ?

Quels sont les projets qui te tiennent à cœur ?

Quand et comment penses-tu pouvoir les mener à bien ?

Quel est ton objectif principal dans ta vie ?

Y a-t-il un objectif à atteindre le plus rapidement possible ?

De quels moyens disposes-tu pour l’atteindre ?

Qu’espères-tu ? Es-tu optimiste ? As-tu confiance en toi ?

Que crains-tu ? Es-tu pessimiste ? Doutes-tu de toi-même ?

Quels obstacles peux-tu rencontrer ?

As-tu besoin d’être aidé, conseillé ?

Ta mission de vie

À titre d’exemples, les « missions » de deux écrivaines


américaines :

« Ma mission, être si occupée à aimer la vie que je n’aurai pas


le temps pour les soucis, les regrets, la haine et la peur. » (Ka-
ren Salmansohn, autrice et designer)

« Ma mission dans la vie n’est pas seulement de survivre mais


de prospérer et de le faire avec une passion, une compassion,
un peu d’humour et un certain style. » (Maya Angelou, autrice
et militante des droits civiques)

Ma mission dans la vie est…

85
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

STADE 3 : Explore ton ontosystème


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(Qui es-tu ? Que vis-tu ?)


En Ontologie Pratique, nous considérons que l’exploration exté-
rieure, périphérique est un préalable nécessaire à l’exploration
intérieure, centrale. Bien appréhender ce qui nous entoure, rester
en veille par rapport aux présences et aux mouvements externes,
exercer le contrôle, voilà un ensemble de précautions qui sécu-
risent celles et ceux qui se fixent des objectifs précis mais n’en
prennent pas moins des risques : les nomades dans le désert,
les navigateurs en mer, les sportifs en compétition, les militaires
en mission… et, bien sûr aussi, les ontonautes en quête d’eux-
mêmes, de connaissances sur eux-mêmes (ontoscopie), de com-
préhension d’eux-mêmes (ontodiagnostic) et de changement
personnel (ontopraxis).

L’exploration extérieure n’est pas dissociée de l’exploration inté-


rieure, il n’y a pas de dichotomie, en fait. Il y a une continuité entre
les deux types d’opérations, le glissement s’effectue progressive-
ment, sauf s’il existe des « verrous », « filtres » ou « nœuds » psycho-
logiques (ontophobie) ou des « tabous » culturels venant bloquer
le processus de pénétration de ce qui est appelé communément
le « for intérieur » et que nous appelons « ontosystème » (notre
personnalité, envisagée de manière systémique, à la fois struc-
turelle et fonctionnelle). L’ontosystème est précisément le « sys-
tème du moi » (avec ses composantes existentielle et essentielle)
dont nous avons parlé précédemment (Chapitre 1) et que nous
avons schématisé (cf. schémas p. 29 et p. 30, avec deux ver-
sions possibles).

L’expérience subjective et sa modélisation :


L’ontosystème, comme tout système, a une structure, un mode
d’organisation (acquis progressivement lors de la construction de
notre personnalité) mais a aussi une dynamique : il fonctionne, il

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« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

vit, il ressent (et est ressenti), pense (et est pensé) et agit. En l’oc-
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currence, le vécu du système constitue l’expérience subjective


dont divers modèles et schémas rendent compte en philosophie,
psychologie, psychanalyse et développement personnel.

L’index de computation (dit aussi index de conscience) sert de


« modèle de l’expérience subjective » en PNL (cf. ci-après). Le
concept de computation concerne en cybernétique des sé-
quences d’opérations réalisées par un ordinateur (computer), il a
été adopté en PNL par Robert Dilts, David Gordon, Leslie Came-
ron-Bandler pour permettre une approche méthodique de trois
grandes dimensions de notre fonctionnement psychique (céré-
bral), à savoir : la dimension affective (nos processus internes),
la dimension cognitive (nos processus externes), la dimension
expressionnelle/relationnelle/communicationnelle (nos compor-
tements externes). Nous adoptons à notre tour l’index en Ontolo-
gie Pratique, y intégrant toutefois le soi en position centrale.

L’index de computation (PNL)

CE = comportements externes = notre agir, nos conduites, notre


langage verbal et non verbal.

87
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

EI = états internes = notre affectivité, nos besoins, nos émotions,


nos sentiments, nos fantasmes.
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PI = processus internes = notre cognition, notre perception, notre


attention, notre mémoire, notre pensée abstraite (élaboration lo-
gique, raisonnement) et concrète (adaptation pratique).

Pour nous, chaque composant de l’expérience subjective a deux


facettes, psychique (ontopsyché) et physique (ontosoma) mais
aussi deux niveaux, conscient et inconscient. Comme dans tout
système, les composants interagissent également : il y a des in-
fluences réciproques entre affects, pensées et conduites qu’il
convient de repérer et d’évaluer dans tout travail d’approfondis-
sement de soi. Notre schéma du double moi (version 2) se trouve
enrichi par le schéma inspiré du modèle de l’expérience subjec-
tive ; le couplage des deux schémas donne la représentation ci-
après de l’ontosystème.

L’ontosystème à l’épreuve
de l’expérience subjective (OP)
Le soi garde sa place centrale et il est lieu de convergence
entre des catégories particulières de comportements, d’affects
et de pensées.

Sont ainsi à relier à la dimension essentielle de notre être :


- Dans la sphère comportementale (CE) : les activités spiri-
tuelles, les pratiques de méditation, la création artistique, les
performances sportives (nous révélant, nous épanouissant).
- Dans la sphère affective (EI) : ce qui est ressenti à l’occasion
de ces activités (sentiment de plénitude, de bien-être, émo-
tions positives, valorisation de soi…).
- Dans la sphère cognitive (PI) : ce qui préside mentalement
à ces activités (idées, croyances, valeurs) et qui s’avère clair,
cohérent, congruent.

88
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Actions-réactions
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Mouvements
Communication

CE

Moi Existenciel
Besoins Soi Pensées
Sentiments EI PI Croyances
Emotions Valeurs

Moi Essentiel
(Affectivo-Cognitif)

Quelques précisions au sujet du schéma ci-dessus (variante de


l’index de computation) :
- La zone centrale est celle du moi essentiel (soi). Tout ce qui l’en-
toure correspond au moi existentiel (ego).
- Les comportements externes (CE) comprennent nos actions et
réactions, nos mouvements, nos gestes, tout ce qui relève de
l’expression et de la communication (du point de vue ontopsy-
chologique : nos activités de relation ; du point de vue ontoso-
matique : notre motricité, notre langage corporel).
- Les états internes (EI) comprennent nos besoins, nos senti-
ments, nos émotions, nos désirs, nos pulsions (du point de vue
psychologique : nos états affectifs ; du point de vue ontosoma-
tique : notre sensibilité, notre sensitivité).
- Les processus internes (PI) comprennent nos pensées, nos
croyances, nos critères, nos valeurs (du point de vue psycho-
logique : nos activités cognitives ; du point de vue ontosoma-
tique : nos activités cérébrales frontales).

89
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Dans notre modèle de l’expérience subjective, comportements


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externes, états internes et processus internes peuvent relever du


moi existentiel ou du moi essentiel. Le développement personnel
doit permettre d’élargir la zone du soi. La part du soi sera donc
plus grande dans nos comportements, nos états affectifs et nos
activités cognitives.

On n’oubliera pas la dimension inconsciente de notre fonction-


nement psychique. Disons que le schéma peut (par métaphore)
être assimilé à une pièce de monnaie dont le recto serait la face
consciente et le verso la face inconsciente, que seul un travail psy-
chanalytique ou hypnotique permettrait de mettre entièrement à
jour. On ne peut pas retourner complètement la pièce de mon-
naie en développement personnel ; on pourra toutefois le faire
partiellement en recourant à l’hypnose ericksonienne et, dans ce
cas, mieux vaudra être accompagné par un coach formé à ce type
d’intervention.

Explore tes états internes (les trois ontobilans affectifs)


Dans un bilan psychologique, l’affectivité tient en général une
place primordiale car nos divers affects (besoins, émotions, sen-
timents), nos états affectifs (gradués de l’hypothymie à l’hyper-
thymie et éventuellement fluctuants) et notre structure affective
(caractère, tempérament) modèlent notre personnalité et in-
fluencent notablement nos manières d’être, de penser et d’agir.
Ainsi, c’est par un examen des états internes que commence ce
passage au crible psychologique que nous appelons ontoscan,
par analogie avec la technique d’imagerie médicale permettant
d’inspecter la structure et le fonctionnement d’un territoire ana-
tomique et de repérer d’éventuelles anomalies.

Tes besoins
Les besoins humains sont multiples, ils sont à la base de nos inté-
rêts et de nos motivations orientant nos actions. Le psychologue

90
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

humaniste américain Abraham Maslow en distingue cinq grandes


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catégories : les besoins physiologiques de base, le besoin de sé-


curité, le besoin d’appartenance, le besoin d’estime et le besoin
d’accomplissement, besoins qu’il hiérarchise sous la forme d’un
schéma intitulé « pyramide des besoins ».

On peut requalifier et reclasser comme suit les besoins, pour sim-


plifier le schéma et en faciliter la compréhension :
- Besoins 1 : Besoins vitaux fondamentaux (physiques et matériels)
- Besoins 2 : Besoins psychologiques (affectifs et cognitifs)
- Besoins 3 + 4 : Besoins sociaux
- Besoins 5 : Besoins spirituels

La pyramide des besoins (Abraham Maslow)

Le schéma de Maslow a été contesté dans la mesure où la forme


pyramidale et surtout l’ordre d’importance accordé aux diffé-
rentes catégories de besoins et motivations peuvent être relati-
visés socialement et culturellement : tout dépend de la situation

91
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

matérielle, du niveau de vie socio-économique, des valeurs, des


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croyances, des pratiques religieuses des individus et groupes


d’individus. Ces derniers, en fonction de leur propre vécu et de
leurs appartenances particulières, établissent, consciemment ou
inconsciemment, leur propre hiérarchie. Les besoins sont uni-
versellement présents mais différemment ressentis, exprimés
et satisfaits (d’où aussi la diversité des modes de frustration, au
cas où les besoins ne sont pas satisfaits). À toi d’identifier tes
besoins personnels, d’en évaluer la part respective, de prendre
conscience des réponses qui leur sont apportées (ou non).

Ontobilan affectif 1 : tes besoins

T’inspirant de la pyramide des besoins, interroge-toi aux dif-


férents niveaux de cette échelle des besoins et, si cette hié-
rarchie ne te convient pas, organise différemment le schéma
qui n’est qu’une base de réflexion. Tes réponses aux questions
posées te permettent d’évaluer ton niveau de satisfaction et de
frustration. Un fort niveau de frustration peut engendrer soit de
la dépression soit de l’agressivité, mais attention : une totale
satisfaction de soi est illusoire et, en tout cas, est un obstacle à
l’approfondissement et au développement de soi.

Tes besoins physiques :


- Ton état de santé physique te semble-t-il correct ? As-tu be-
soin de soins ?
- Tes besoins alimentaires sont-ils satisfaits ? Penses-tu bien te
nourrir ? As-tu besoin de conseils diététiques ?
- Parviens-tu à te reposer ? Ton sommeil est-il satisfaisant ?
- Ta sexualité te convient-elle ?
- Tes besoins matériels :
- Ton cadre de vie (environnement, habitat) te convient-il ?
- Ta situation financière te convient-elle ?
- Te sens-tu en sécurité, protégé ?

92
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Tes besoins affectifs :


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- Te sens-tu aimé (amour, amitié, camaraderie), apprécié (de


tes voisins, collègues, partenaires sociaux divers) ?
- Te sens-tu écouté, pris en compte, respecté, compris ?

Tes besoins cognitifs :


- As-tu soif d’apprendre ? Qu’aimerais-tu apprendre particuliè-
rement ?
- Penses-tu être bien informé ?
- Que regrettes-tu de ne pas savoir ou comprendre ?
- En es-tu gêné ou frustré ?

Tes besoins sociaux :


- Te sens-tu intégré socialement, professionnellement ?
- As-tu l’impression d’être utile ?
- Quelles sont tes valeurs ? Peux-tu les appliquer, les défendre ?

Tes besoins spirituels :


- As-tu besoin de spiritualité ? As-tu les moyens de satisfaire ce
besoin, dans quel(s) cadre(s), à quelle(s) occasion(s) ?
- As-tu le sentiment de pouvoir t’accomplir pleinement ?
- Ta hiérarchie des besoins :
- Quel(s) besoin(s) ressens-tu actuellement le plus fortement ?
Te sens-tu fortement ou modérément frustré ? De quelle ma-
nière, selon toi, satisfaire ce(s) besoin(s) ?
- Si ta hiérarchie des besoins et motivations est différente de
celle établie par Maslow, quelle est la tienne ?
- Si le schéma pyramidal ne te convient pas, quel autre schéma
peux-tu proposer ?

93
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Tes émotions
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Quatre grandes émotions interviennent nécessairement dans la


vie relationnelle (aussi bien dans les rapports avec les autres et le
monde extérieur qu’avec soi-même) : la joie, la tristesse, la peur et
la colère. Leurs expressions sont physiques (ressenties et visibles,
par exemple, au niveau de la peau et surtout sur le visage) et/ou
physiologiques (se manifestant à l’intérieur du corps, au niveau
de divers organes : cœur, estomac, intestins…). Elles sont une
réaction normale aux stimuli externes ou internes et contribuent
à maintenir notre vigilance ; elles nous sont donc utiles mais à
condition de les maîtriser, de les canaliser, sinon s’installe un état
de stress déstabilisant, générateur possible de troubles psycho-
somatiques (les personnalités hyperémotives ne parviennent pas
toujours à assurer le contrôle et risquent de développer des pa-
thologies organiques, parfois lésionnelles) et une souffrance psy-
chique (qui peut conduire à des difficultés d’adaptation sociale). Il
est toutefois possible d’exploiter positivement son hypersensibi-
lité et même de la faire prendre en compte dans le monde profes-
sionnel, comme le démontre Aurélia Monaco, coach, formatrice,
conférencière, autrice du livre J’assume mon hypersensibilité et je
retrouve ma liberté.

L’analyse transactionnelle (méthode de développement person-


nel élaborée par le psychiatre américain Éric Berne) met en évi-
dence quatre modes de communication auxquels on peut recou-
rir avec autrui, selon la perception que l’on a de soi (positive ou
négative) et de l’autre (positive ou négative), double perception
dite « position de vie » à laquelle une des quatre grandes émotions
est en général associée. Si ta position de vie, lorsque tu commu-
niques, est le plus souvent la position 1 (cf. schéma ci-dessous),
alors tu communiques plutôt de manière sereine, constructive ;
si, par contre, tu te situes plutôt dans les cas de figure 2 (OK/non
OK), 3 (non OK/OK) ou 4 (non OK/non OK), tu dyscommuniques,

94
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

avec le risque de devenir violent (cas 2), de subir la violence (cas 3)


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ou de sombrer dans la dépression (cas 4).

Vois où tu en es dans la gestion de tes émotions. Sont-elles en


général maîtrisées ou bien l’une d’entre elles ou plusieurs d’entre
elles interviennent-elles trop intensément, trop fréquemment
(voire systématiquement) … ou insuffisamment, dans ta vie pri-
vée ou ta vie sociale ? Considère que toutes les émotions sont
utiles et sont donc tes « alliées » jusqu’à un certain point (la joie
permet de te sentir bien, la colère permet de t’affirmer, la peur te
permet d’être vigilant, la tristesse est adaptée au deuil et à toute
expérience de perte, par exemple) ; ce ne sont que les excès ou
les carences qui déstabilisent et en font nos « ennemies ». La joie
peut être malvenue dans certaines situations, la colère peut me-
ner à la haine, la peur peut devenir phobie ou entraîner un état de
panique, la tristesse peut générer la mélancolie et, au pire mener
au suicide… mais l’absence d’émotion ou la difficulté d’exprimer
ses émotions peuvent aussi générer un malaise psychique et en-
traver la vie socio-relationnelle.

Positions de vie, selon l’analyse transactionnelle (A.T.)

Moi Autre
Position + + Estime de soi
de vie 1 (OK) (OK) et respect de l’autre
Mon émotion dominante= Joie
Relation constructive
Entente. Compromis possible
Position + - Autre considéré
de vie 2 (OK ) (non OK) comme inférieur à soi
Mon émotion
dominante = Colère
Relation de domination
Risques : abus de pouvoir,
violence

95
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Moi Autre
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Position - + Autre considéré


de vie 3 (non (OK) comme supérieur à soi.
OK) Mon émotion dominante = Peur
Relation de dépendance/
soumission
Risque : être victime
Position - - Pessimisme général.
de vie 4 (non (non OK)
Mon émotion
OK)
dominante = Tristesse
Relation autodestructrice.
Repli sur soi.
Risque : dépression

Ontobilan affectif 2 : tes émotions

- Es-tu de nature joyeuse ? Aimes-tu plaisanter ?


- Sais-tu faire preuve d’humour ? Dans quelles circonstances ?
Avec qui ?
- Es-tu capable de rire de toi ou ris-tu plutôt des autres ? Si oui,
de qui particulièrement ?
- Es-tu de nature colérique, impulsive, agressive ? Te mets-tu
facilement en colère ?
- Qu’est-ce qui t’irrite particulièrement ?
- Penses-tu avoir été méchant ? À quelle occasion ?
- Crains-tu de pouvoir devenir violent ? As-tu de la violence lar-
vée, contenue ?
- Te calmes-tu facilement ?
- Es-tu de nature craintive ou anxieuse ? As-tu peur facilement ?
- La peur t’a-t-elle déjà paralysé, empêché d’agir ? Avec quelles
conséquences ?
- De quoi ou de qui as-tu peur particulièrement ? Quelle a été
ta plus grande peur ou frayeur ?

96
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

- As-tu des phobies, des cauchemars, des crises d’angoisse ?


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- As-tu un « remède » contre la peur ?


- Es-tu de nature triste, taciturne, cyclothymique (humeur
changeante) ?
- La vie en général ou ta propre vie t’attriste-t-elle ? Si oui,
pourquoi ?
- As-tu eu une expérience de deuil difficile ?
- Qu’est-ce qui te permet de sortir de la tristesse, de la morosi-
té ou du spleen ?
- Parmi les quatre grandes émotions, sur laquelle (lesquelles)
penses-tu devoir travailler ?
- As-tu une émotion que tu as du mal à exprimer ? Laquelle ?
Pourquoi selon toi ?

Tes sentiments et tes liens


Autres phénomènes affectifs sur lesquels il convient de faire le
point : les sentiments, en général plus élaborés et moins volatils
que les émotions (ils soudent de manière durable des relations
humaines de première importance : les « liens », régissant notre
vie amoureuse, conjugale, familiale, amicale, sociale, profession-
nelle, ludique).

Le lien d’attachement cimente la vie familiale et vient impacter


directement ou indirectement la personnalité, non seulement
pendant l’enfance et l’adolescence (ce qui a toujours été mis en
évidence en psychologie du développement) mais aussi tout au
long de l’âge adulte, comme le démontrent la même discipline
ainsi que la psychanalyse (notion de Surmoi), l’analyse transac-
tionnelle (moi parental, enfant intérieur), la PNL (travail sur le lien
familial dans l’exercice de la ligne du temps), la psychogénéalo-
gie et la systémique dont nous avons aussi déjà parlé. Le bilan

97
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

personnel passe obligatoirement par des questionnements sur


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les rapports (parfois complexes) que l’on entretient avec ses


« proches », présents ou absents, vivants ou décédés, et sur la na-
ture de ses différents liens d’attachement : filial (rapport aux pa-
rents ou substituts parentaux), parental (rapport aux enfants, en
cas de paternité et/ou de maternité), fraternel (si présence d’un
frère et/ou d’une sœur) et autres (beau-parentalité, grand-paren-
talité, avunculat, cousinage…). La famille qui est normalement un
creuset (lieu d’apprentissages, d’expériences) et un cocon (lieu
de protection, de sécurité) peut devenir hélas un carcan (lieu de
violences à huis clos : maltraitance, inceste) en raison de l’ab-
sence, de la perte ou de la perversion du sentiment d’amour ou
d’affection appelé attachement.

Le sentiment amoureux cimente la vie de couple, que ce couple


soit hétérosexuel ou homosexuel, que la situation soit celle du
concubinage ou de la conjugalité (PACS, mariage). Ce sentiment
engage aussi fortement affectivement l’être humain, est source
de plaisir physique et psychique mais peut être mis à mal par la
jalousie, l’infidélité de l’un des deux partenaires, par des pro-
blèmes de caractère, de communication, de vie matérielle…

L’ambivalence affective (coexistence ou alternance de deux


sentiments contraires) et même le renversement affectif (pas-
sage de l’amour à la haine) peuvent survenir en cas de doute,
de désillusion, de frustration. L’exacerbation passionnelle peut
engendrer le pire : une pathologie psychiatrique ou un passage
à l’acte agressif. Faire le point sur cette part intime de notre vie
psychique s’impose en développement personnel pour consoli-
der ou bien pacifier, réparer ce lien ou bien encore y mettre fin
dans les meilleures conditions au cas où il est en plein délitement
(perspective de séparation ou divorce). Comme pour les grands
malades, l’acharnement n’est pas souhaitable quand les soins cu-
ratifs ne sont plus efficaces.

98
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Autre sentiment : l’amitié, sous-tendant un autre type de lien, le


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lien affinitaire, dont le rôle est aussi déterminant dans notre socia-
lisation. Camarades, « copains », « copines », « potes », « dalons »
(dit-on à La Réunion), autant de partenaires dans les situations
d’apprentissage, de formation, de jeu, de sports, de loisirs…
comptant pour nous, temporairement ou durablement, présents
dans nos souvenirs mais aussi parfois rejetés, abandonnés, ou-
bliés quand l’amitié, comme l’amour, est trahie.

Une affinité très particulière est celle que nous pouvons avoir, à
l’intérieur de l’espace privé, avec notre animal dit « domestique »,
donc membre possible d’une famille, souvent qualifié d’« ami »
ou de « compagnon », et en tout cas partenaire de notre vie quo-
tidienne ! Sont aussi affinitaires mais avec une charge affective
en général moindre (sauf en cas de conflit) : les liens avec nos
voisins (vie d’immeuble ou de quartier), nos collègues (vie profes-
sionnelle) et certains de nos partenaires sociaux et institutionnels
(médecin, infirmier, assistant social, avocat, entraîneur sportif,
coach de vie…), avec lesquels une proximité peut s’établir à un
moment de notre vie.

Il ne faudrait pas non plus oublier des sentiments pouvant être


très forts (et parfois aussi excessifs) à l’égard de personnages em-
blématiques (vedettes), héroïques (réels, actuels ou historiques,
mythiques ou légendaires), adulés, modélisés, sacralisés, ou
d’entités telles l’humanité, la liberté, la paix, la justice, la patrie
(bases des engagements militants humanitaires, humanistes, pa-
triotiques, politiques…). Ces sentiments et les liens qui leur cor-
respondent (liens virtuels, liens symboliques) sont assez souvent
à la fois personnels et collectifs parce qu’influencés par la culture,
les médias, les instances officielles et les valeurs que véhiculent
ces systèmes.

99
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Ontobilan affectif 3 : tes sentiments et tes liens


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Liens familiaux :
- Qu’en est-il de tes liens avec tes parents et le reste de ta
famille ?
- Ces liens sont-ils harmonieux, sécurisants, épanouissants ?
Contribuent-ils à ton bien-être ?
- Sont-ils étouffants, aliénants ?
- Sont-ils conflictuels ? As-tu des difficultés à communiquer
avec tes proches ? Si oui, pourquoi, selon toi ?
- As-tu été victime de rejet, d’indifférence, de maltraitance de
la part de tes proches ? En as-tu été traumatisé ?

Lien amoureux :
- Si tu as actuellement une vie amoureuse, te convient-elle ?
Es-tu satisfait ou insatisfait ?
- Qu’attends-tu d’une relation amoureuse et/ou de la vie en
couple ?
- As-tu déjà eu des déceptions ou désillusions amoureuses ?
Pourquoi ? Comment as-tu réagi ?

Liens amicaux :
- Peux-tu compter sur une amitié ou une camaraderie sincère ?
En as-tu déjà bénéficié ? Dans quelles circonstances ?
- Qu’attends-tu de tes amis ?
- Te fais-tu facilement des amis ?
- As-tu déjà été déçu en amitié ? À quelle(s) occasion(s) ?

Autres liens sociaux :


- As-tu de bons rapports avec ton voisinage et avec tes
collègues ?
- Es-tu empathique ? T’occupes-tu volontiers des autres ? De
quelle manière, dans quel(s) cadre(s) ?

100
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

- As-tu été particulièrement soutenu par une ou plusieurs per-


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sonnes à un moment ou à plusieurs moments de ta vie ? Dans


quelle(s) circonstance(s) ? As-tu gardé des liens avec cette
personne ou ces personnes ?

Hiérarchie des liens :


- Parmi les liens affectifs venant d’être évoqués (attachement
familial, amour, amitié et autres affinités), lequel places-tu en
priorité ?

Lien à un personnage héroïque ou modèle :


- As-tu une personnalité, un personnage historique ou my-
thique, une personne publique (par exemple chanteur, ac-
teur, sportif…) que tu admires, qui te sert de modèle, à qui
éventuellement tu t’identifies ? Pourquoi ?

Lien humain/animal :
- As-tu un animal (le tien ou un autre) dont tu te sens très
proche, à qui tu tiens beaucoup ? Que t’apporte-t-il ?
- De manière globale, ta vie affective te semble-t-elle riche et
épanouissante ? Sinon, de quoi manques-tu surtout ?

Explore tes processus internes (l’ontobilan cognitif)


Sont qualifiés de processus internes en PNL les processus de pen-
sée (appelés jadis processus intellectuels et maintenant proces-
sus cognitifs), opérés par le cerveau, nous permettant de traiter
les informations venant tant du monde extérieur que du monde
intérieur, d’élaborer des représentations et d’organiser nos com-
portements. L’évaluation des processus internes a ceci de par-
ticulier : elle s’effectue à l’aide de l’un des processus internes :
la réflexion. Le cerveau réfléchit sur lui-même, sur ses propres
activités, ce qui bien sûr est propre à l’être humain (capacité d’au-

101
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

toréflexion), lui est la plupart du temps profitable mais peut aussi


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le desservir dans certaines situations. Ce n’est pas toujours un


avantage de pouvoir, à la différence des animaux, penser au sujet
du fait qu’on pense (position métacognitive) ; on peut admettre
alors ce que dit Jorge Luis Borges : « Il n’y a pas de plaisir plus
complexe que celui de la pensée. »

La cognition inclut de nombreuses opérations mentales sur les-


quelles les neurosciences apportent des informations de plus en
plus précises, grâce aux observations réalisées en laboratoire,
lors des examens d’imagerie médicale et en hôpital, lors des in-
terventions neurochirurgicales. Une large panoplie de tests est
utilisée, par ailleurs, en psychologie clinique pour mesurer les ca-
pacités, compétences et aptitudes individuelles et pour repérer
d’éventuels dysfonctionnements dans les différents domaines
cognitifs :
- Perception (cf. système VAKOG).
- Mémoire (fixation, conservation, restitution des souvenirs).
- Attention, concentration (fonction de vigilance).
- Acquisition de connaissances (processus d’apprentissage).
- Jugement, raisonnement, élaboration logique (intelligence
abstraite, conceptuelle).
- Adaptation pratique (intelligence concrète, manuelle,
technique).
- Langage (oral, écrit).
- Résolution de problème (pensée computationnelle).
- Prise de décision (fonction conative).
- Gestion de projet (pensée stratégique).
- Intuition, inventivité, créativité (fonction imaginative).
- Éventuelles facultés dites « paranormales » : prémonition, télé-
pathie, clairvoyance (relevant de la parapsychologie, non ad-
mise par tous !).

102
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Aucun test ne te sera proposé. Tu en as peut-être déjà passé un


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ou plusieurs lorsque tu étais enfant (à l’école ou chez un psy-


chologue) ou même à l’âge adulte (pour un recrutement, par
exemple). Tu as alors sans doute obtenu le chiffre magique qui
te classe à un niveau de l’échelle mesurant ton intelligence géné-
rale ou telle compétence particulière : le fameux « Q.I » (Quotient
Intellectuel), oh combien discutable, te mettant en situation d’in-
fériorité, d’égalité ou de supériorité par rapport aux autres (dans
ta classe d’âge, dans ta profession…). En développement person-
nel, tu n’as à te comparer qu’à toi-même, à t’évaluer sans te situer
dans une hiérarchie ou t’enfermer dans une case pour savoir qui
tu es et devenir autrement toi-même. Et si jamais tu travailles sur
toi au sein d’un groupe de développement personnel, tu ne seras
pas classé, comparé à un autre, à d’autres ou à tous les autres ; au-
cune performance n’est recherchée, le groupe fonctionne dans
l’entraide, dans l’empathie mutuelle et non dans la compétition,
le coach est chargé d’y veiller scrupuleusement. Procède donc,
éventuellement avec une assistance neutre et bienveillante, à ton
bilan cognitif.

Ontobilan cognitif

Perception :
- Quel est ton registre sensoriel préférentiel (cf. système VA-
KOG) ? Est-il visuel, auditif, kinesthésique, olfactif/gustatif ?
- As-tu un second registre sensoriel que tu utilises
fréquemment ?
- Qu’est-ce que tu aimes particulièrement voir, regarder ?
- Es-tu sensible aux bruits et aux sons ? Qu’est-ce que tu aimes
particulièrement entendre, écouter ?
- Qu’est-ce que tu aimes particulièrement ressentir dans ton
corps, sur ta peau ?
- Es-tu sensible aux odeurs et aux parfums ? Qu’est-ce que tu
aimes particulièrement sentir (odorat) ?

103
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

- Es-tu sensible aux saveurs ? Qu’est-ce que tu aimes particu-


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lièrement goûter ?
- As-tu en général une bonne perception des situations ?

Mémoire :
- As-tu une bonne mémoire des événements (mémoire épi-
sodique, circonstancielle) ?
- As-tu une bonne mémoire de ton passé personnel (mémoire
biographique) ?
- As-tu une bonne mémoire des lieux (mémoire spatiale,
topographique) ?
- As-tu une bonne mémoire des personnes, des visages ? Es-tu
physionomiste ?
- As-tu une bonne mémoire de ce que tu entends ou écoutes
(mémoire auditive) ?
- As-tu une bonne mémoire des chiffres et nombres (mémoire
numérique) ?
- As-tu une bonne mémoire de ce que tu as appris (mémoire
sémantique) ?
- As-tu une bonne mémoire de ce que tu as appris à faire, des
gestes à effectuer (mémoire procédurale) ?
- Quel est ton plus beau souvenir ?
- Quel est ton plus mauvais souvenir ?
- Oublies-tu facilement ? Qu’est-ce que tu oublies
principalement ?
- As-tu eu l’expérience de troubles amnésiques (exemple :
suite à un accident) ?

Attention :
- Es-tu généralement attentif ? Ou es-tu plutôt distrait ?
- À quoi et à qui fais-tu le plus attention dans ta vie personnelle,
familiale, sociale, professionnelle ?

104
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

- À quoi ou à qui penses-tu devoir désormais faire plus


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attention ?
- De manière générale, dans la vie, par rapport à quoi faut-il
être vigilant ?
- Qu’est-ce qui peut te déconcentrer ? Par rapport à quel type
d’occupation ? Comment le vis-tu ?

Capacité d’apprentissage :
- Apprends-tu rapidement, facilement ? Dans quel(s) do-
maine(s) ? Dans quelles conditions ? De quelle manière ?
- Dans quel(s) domaine(s) est-ce difficile pour toi d’apprendre
actuellement ?
- As-tu eu des difficultés pour apprendre dans le passé (en-
fance, adolescence ou âge adulte) ? Lesquelles ? Pourquoi ?
- Dans quel(s) domaine(s) penses-tu avoir le plus de connais-
sances (savoirs) ?
- Dans quel(s) domaine(s) penses-tu avoir le plus de compé-
tences (savoir-faire) ?
- Que souhaiterais-tu maintenant apprendre ? Où ? Quand ?
Comment ? Avec qui ?
- Que voudrais-tu apprendre aux autres ?

Raisonnement :
- Penses-tu avoir en général un bon jugement à propos des
choses, des personnes, des situations ?
- Es-tu selon toi cohérent ou penses-tu manquer de cohé-
rence ? Que dit-on dans ton entourage à ce sujet ?
- Aimes-tu raisonner, philosopher ? Es-tu porté à la réflexion ?
- Es-tu sensible aux théories et aux théoriciens ? Adhères-tu à
une idéologie culturelle, politique, religieuse ? En rejettes-tu
une particulièrement ?
- Aimes-tu résoudre des problèmes mathématiques ?

105
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

- Aimes-tu les jeux faisant appel à l’esprit logique ?


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Adaptation pratique :
- T’adaptes-tu facilement au changement ?
- As-tu l’esprit pratique ?
- Aimes-tu construire, bricoler, réparer ? Pratiques-tu volontiers
des activités manuelles pendant tes loisirs ?

Langage :
- Parles-tu volontiers ? Aimes-tu échanger, converser, discu-
ter ? Es-tu plutôt bavard ?
- Parles-tu couramment deux ou plusieurs langues étrangères ?
Lesquelles ? Où, quand et comment les as-tu apprises ?
- As-tu ou as-tu eu des troubles de la parole (exemple : bégaie-
ment) ? Es-tu ou as-tu été pris en charge par un orthophoniste ?
- Lis-tu volontiers ? Quel(s) type(s) de livre(s) ? Un livre t’a-t-il
particulièrement marqué ?
- Écris-tu volontiers ? As-tu publié ou voudrais-tu publier ? Ar-
ticle(s), livre(s) ? Sur quel(s) sujet(s) ?
- As-tu souffert de dyslexie, dysorthographie, dyscalculie ? As-
tu été pris en charge ?

Prise de décision :
- Aimes-tu élaborer des projets ?
- Es-tu organisé, méthodique ? Élabores-tu un plan, un pro-
gramme pour mener à bien un projet ?
- Prends-tu facilement une décision ? Penses-tu faire preuve
d’esprit d’initiative ?

Créativité, intuition :
- Es-tu imaginatif ? Ton imagination te sert-elle ou te
dessert-elle ?

106
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

- Es-tu créatif, inventif ? Dans quel(s) domaine(s) ?


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- Es-tu intuitif ? Fais-tu preuve de « feeling » ? Dans quelle(s)


situation(s) ?
- Penses-tu bénéficier de facultés « paranormales » ? En quelles
circonstances en as-tu pris conscience ?

Explore tes comportements externes


(les deux ontobilans communicationnels)
Les comportements externes (ou tout simplement les compor-
tements, dans la mesure où ils sont observables, identifiables)
sont les manifestations visibles du fonctionnement physique et
psychique des êtres vivants, animaux et humains, voire végé-
taux selon certains botanistes. Les comportements humains
sont la projection (sous forme d’activités) des états internes et
processus internes dont nous avons parlé précédemment. Des
moyens techniques (audiovisuels, informatiques) de plus en plus
diversifiés et performants permettent une approche scientifique
et clinique de ces comportements, qu’ils soient individuels ou
collectifs. La psychologie expérimentale, la neurophysiologie et
l’éthologie ne sont pas seules à rendre compte de l’extériorisa-
tion des besoins, émotions, sentiments, pensées et attitudes ; la
psychologie sociale et l’anthropologie démontrent que ces com-
portements, révélateurs de nous-mêmes sont influencés par nos
appartenances sociales, culturelles, notre éducation, notre âge,
notre genre (composants de notre identité), les comportements
corporels y compris.

Trois grandes catégories de comportements nous caractérisent :


- Les comportements instinctifs (appelés aussi « conduites ») :
physiologiques, innés, héréditaires, rendant compte de nos be-
soins primordiaux.

107
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

- Les comportements expressionnels et communicationnels non


verbaux : « langage du corps » déclinable en mouvements,
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gestes, postures, mimiques faciales, tatouages, scarifications et


autres usages plus ou moins ritualisés.
- Les comportements expressionnels et communicationnels ver-
baux : recours aux langages oral et écrit, usage de la parole
notamment pour la vie sociale, les interactions dans les espaces
privés et publics.

Il est évident toutefois que de nombreuses situations amènent


des « partenaires de communication » à interagir en associant
spontanément, naturellement les moyens verbaux et non verbaux
de communication (notre ontosystème est à la fois ontopsyché et
ontosoma).

Ton rapport au corps et ta communication non verbale


Il ne faut pas sous-estimer la part d’expression corporelle inter-
venant dans notre vie relationnelle. Tout d’abord, une image de
soi corporelle (image du corps, schéma corporel) se construit
progressivement lors de l’enfance et son intégrité est nécessaire
pour asseoir une identité stable (toute atteinte neurologique ou
tout handicap physique peut venir la compromettre).

Ensuite, notre corps est mobilisé de nombreuses manières, no-


tamment à travers des « microcomportements » qu’il est déter-
minant de déchiffrer chez un interlocuteur ou une interlocutrice
dans une communication ayant un enjeu professionnel, commer-
cial ou diplomatique par exemple…

Enfin, de nombreuses activités humaines permettent d’explorer


et d’enrichir le langage corporel, d’améliorer des compétences
physiques et de renforcer la créativité, la confiance en soi, le bien-
être… : sports, arts martiaux, danse, expression scénique, mime,
arts du cirque, jeux sportifs et acrobatiques (« capoeira » brési-
lienne, « moringue » réunionnais, « lamb » sénégalais, « naadam »

108
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

mongol…), jeux traditionnels de force et d’opposition (« herri ki-


rolak » basque, « gouren » breton…)
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À toutes les époques et dans toutes les sociétés humaines,


s’éprouver physiquement apparaît nécessaire pour acquérir ou
sauvegarder son statut d’adulte, pour affirmer une identité per-
sonnelle ou collective (rituels initiatiques), pour démontrer sa
force virile aussi bien sûre (les individus de sexe masculin étant les
plus nombreux à vouloir ou à devoir ainsi se mettre à l’épreuve).

Il y a malheureusement un recours possible à la violence contre


soi (jeux dangereux, automutilations… et autres pratiques ma-
sochistes), contre les autres humains (principe du « bouc émis-
saire », voire pur sadisme) ou contre les animaux (corrida), lorsque
l’objectif est un dépassement de soi sans règle ou sans principe
éthique. On ne peut prôner en développement personnel les
conduites ordaliques irrespectueuses de soi et de la vie : il y en a
malheureusement actuellement de nombreuses générées par les
réseaux sociaux et même encouragées par les médias (émissions
de télé et film Jackass). On ne peut améliorer la connaissance de
son potentiel corporel et exploiter ses ressources motrices qu’en
dosant ses efforts, en se fixant des limites et repères, en opérant
à son propre rythme, en progressant méthodiquement.

S’articulant nécessairement avec la physiologie, la psychologie et


la sociologie, des sciences récentes comme la kinésiologie (étude
des gestes et postures), la proxémique (étude de notre rapport à
l’espace), la praxéologie motrice (science des conduites et situa-
tions motrices) se penchent sur notre corporéité et sur la diversité
des pratiques du corps que nous mobilisons tant dans le cadre
spectaculaire de la performance sportive, ludique ou artistique
que dans le cadre habituel de nos actions et interactions et dans
des occasions particulières de grande proximité contrainte (lors
de soins, de massages, de bains thérapeutiques ou de rééduca-
tion, par exemple).

109
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Il ne te sera pas demandé, bien entendu, de faire une approche


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scientifique de ton rapport au corps et de tes conduites psycho-


motrices ou sociomotrices (pour reprendre la terminologie du
sociologue Pierre Parlebas). Tu n ‘es pas dans une situation d’ap-
prentissage et, de plus, il est bien difficile d’être objectif quand
on décide de mieux connaître ce qui est à la fois notre enveloppe
et notre support, ce qui à la fois nous entoure et nous contient :
le corps. Même face à un miroir, on ressent plus qu’on pense :
l’expérience est éminemment subjective. L’exercice qui suit fera
plutôt appel à tes impressions et sensations, celles qui fondent le
rapport à ton propre corps, ton vécu corporel.

Ontobilan communicationnel 1 :
ta communication non verbale
Ce bilan n’est pas un bilan de santé médical car il ne vise pas à
évaluer ton état physique. Il est un bilan onto-somatique, donc
un bilan portant sur ta relation au corps en général et à ton corps
en particulier. Les deux bilans sont toutefois complémentaires
et si le bilan de santé est satisfaisant, il devrait être logiquement
plus facile pour toi de répondre aux questions du présent bilan.

Gestes, motricité, aisance corporelle :


- T’exprimes-tu beaucoup avec les gestes ?
- Te sens-tu à l’aise avec ton corps ? Ou bien te gêne-t-il ou en
as-tu honte ? Pourquoi ?
- Te sens-tu maladroit sur le plan moteur ?
- As-tu des pertes d’équilibre, des vertiges, des problèmes
d’orientation dans l’espace, de latéralisation ?

Santé physique, hygiène de vie :


- Es-tu en bonne santé ? Te sens-tu bien dans ton corps ?
- As-tu un handicap ? L’as-tu intégré ?
- Es-tu résistant à la douleur ?

110
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

- Es-tu attentif à l’hygiène et aux mesures d’hygiène ? L’as-tu


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été en situation de crise sanitaire (respectant, par exemple,


le lavage des mains, les « gestes barrières » préconisés par le
milieu médical) ?
- Es-tu intéressé par la diététique ? Consommes-tu les produits
« bio » ? Te soucies-tu de la « malbouffe » ?

Image de soi :
- Apprécies-tu ton allure physique, ta silhouette, ta taille, ton
poids ?
- Accordes-tu de l’importance à ton apparence physique (coif-
fure, rasage, maquillage, habillement…) ?
- Te sens-tu beau ou laid ? Est-ce que la beauté t’importe, chez
toi et chez les autres ?
- Te regardes-tu volontiers dans un miroir ?
- Que voudrais-tu changer chez toi ? Recourrais-tu éventuelle-
ment à la chirurgie esthétique ?
- As-tu un modèle physique ? Vois-tu une personne ou un per-
sonnage à qui tu voudrais ressembler ? Qui ? Pourquoi ?

Profession en rapport avec le corps ? :


- As-tu un métier en rapport avec la beauté (mannequinat, es-
thétique, coiffure, mode…), les soins (médicaux ou paramé-
dicaux), la rééducation (kinésithérapeute, psychomotricien,
orthopédiste…) ou les sports (professeur d’EPS, éducateur
sportif, coach sportif...) ?

Endurance physique, activité sportive :


- Te considères-tu endurant physiquement ? Si oui, à quelle(s)
occasion(s) en as-tu pris conscience ?
- Aimes-tu te mesurer physiquement à un adversaire ? Dans
quel contexte (sport ou jeu) ?

111
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

- Pratiques-tu régulièrement une activité physique et/ou spor-


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tive ? Laquelle ? Où ? Pourquoi ?


- Aimerais-tu en pratiquer une ? Laquelle ? Où ? Pourquoi ?
- Combien de temps consacres-tu aux activités physiques et/
ou sportives, par jour, par semaine, par mois ?
- Es-tu handi-sportif ou t’intéresses-tu au handisport ?
- Es-tu sportif professionnel ?
- Es-tu sportif de haut niveau ?
- Pratiques-tu un sport extrême ? Si oui, lequel ?
- Préfères-tu les sports individuels ou les sports collectifs ?
- As-tu l’esprit de compétition ?
- Que t’apporte le sport ?

Expression corporelle :
- Aimes-tu danser ? Pratiques-tu régulièrement une danse ? Si
oui, laquelle ?
- As-tu le sens du rythme ? Quel type de musique te convient ?
- Fais-tu du théâtre, du mime, de l’improvisation ? Si oui, que
t’apportent ces pratiques ?

Ton rapport à la parole et ta communication verbale


Rappelons tout d’abord que toute communication verbale orale
suppose un émetteur (et un moyen d’émission : système buc-
co-laryngo-pharyngé), un transmetteur (moyens de transmis-
sion : voix et éventuels canaux techniques pour la porter et l’am-
plifier), un récepteur (moyens de réception : oreille et éventuels
systèmes techniques, comme des écouteurs) et, en situation d’in-
terlocution (échange verbal), un message en retour du récepteur
devenant à son tour émetteur (phénomène de rétroaction ou fee-
dback). C’est donc un schéma circulaire qui représente un acte

112
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

de communication orale, quel qu’en soit l’objectif, quel que soit


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le contexte, quel que soit le climat relationnel, quels que soient


les « partenaires de communication » (interactions personne-per-
sonne ou personne-groupe) ?

Schéma circulaire de la communication

E = Émetteur (conçoit, code et envoie le message)


T = Transmetteur (canal) (transfère le message)
R = Récepteur (reçoit, décode et interprète le message mais réagit
aussi au message : feed-back)
Le schéma circulaire ci-dessus, applicable aux communications
humaines (qui sont des interactions), a été conçu en 1950 par le
mathématicien Norbert Wiener (« père de la cybernétique »). Il
est venu compléter le schéma linéaire, applicable aux machines,
conçu en 1948 par le mathématicien et ingénieur Claude Shannon.

Les objectifs possibles d’une communication verbale avec autrui


sont multiples : saluer, informer, s’informer, échanger, faire part
de ses besoins, émotions, sentiments, désirs, craintes, pensées,
connaissances, croyances…

La communication peut être pacifique ou agressive (voire vio-


lente) selon les personnalités, les styles de communication
qu’elles adoptent et selon les situations et leurs enjeux.

113
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

La communication peut être congruente ou incongruente, selon


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que les paroles et actes sont en accord ou non avec le vécu inté-
rieur affectif et cognitif du locuteur ou de la locutrice.

Pour communiquer aisément et efficacement, il faut tout à la fois


pouvoir, savoir et vouloir et/ou oser s’exprimer et entrer en re-
lation (ceci aux deux pôles de la communication). L’acte, simple
en apparence, est finalement complexe car il suppose l’aptitude
physique à parler, la connaissance des codes du langage (parler,
ça s’apprend), la motivation à parler et un environnement propice
à l’échange. Si ces conditions ne sont pas réunies, il y a dyscom-
munication avec le mal-être qui en résulte : sentiment d’impuis-
sance, d’incompréhension, frustration, agressivité…

Quelques cas de figure :


- Handicap pour parler (ex. : bégaiement) : je ne parviens pas à
communiquer.
- Handicap pour entendre (surdité, hypoacousie) : idem.
- Handicap pour transmettre (nuisances sonores, parasitages) :
idem.
- Ignorance ou méconnaissance de la langue : je ne parviens pas
à me faire comprendre.
- Peur de parler : je n’ose pas prendre la parole.
- Refus de parler : je m’enferme dans le mutisme.

En cas de difficulté, dans la mesure où l’on désire malgré tout


communiquer, le recours à un moyen de substitution ou de com-
pensation sera peut-être possible. La personne sourde-muette
utilise le « langage des signes » et le voyageur en terre étrangère
parle comme il peut avec les gestes pour se faire comprendre,
dans le cas où il ignore la langue du pays. L’interlocuteur à dis-
tance d’une personne avec qui il souhaite s’entretenir a au-
jourd’hui divers moyens techniques à sa disposition : téléphone
fixe ou portable, Internet, Skype, WhatsApp…

114
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

Nous ne pouvons pas « ne pas communiquer ». Tant que nous


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vivons, nous communiquons (la vie est-elle même communica-


tion). Quand nous refusons de communiquer verbalement, nous
communiquons en fait corporellement un refus (par notre regard,
notre posture, nos gestes…). Notre communication est diurne
(surtout pour la vie sociale) et nocturne (nous communiquons
alors avec nous-mêmes, notre inconscient dans nos rêves). Notre
« capital communication » est immense mais des restrictions in-
ternes et externes viennent limiter (ce qui est nécessaire) mais aus-
si entraver (ce qui est dommageable) le travail cérébral. Le déve-
loppement personnel est l’occasion de repérer des « nœuds » ou
« verrous » de la communication, de les dénouer ou débloquer et
d’instaurer une nouvelle dynamique d’expression et interaction.

Ontobilan communicationnel 2 :
ta communication verbale
Langage oral, parole :
- Adresses-tu facilement la parole à un inconnu ? Dans une ré-
union, dans la rue, dans un lieu public ?
- Es-tu plutôt réservé ou bavard ? En toutes circonstances ou
selon les circonstances ? Dans le second cas, lesquelles ?
- Dans les conversations ou discussions, laisses-tu facilement la
parole aux autres ?
- Aimes-tu le silence ? Dans quel(s) contexte(s) ?
- As-tu déjà vécu une situation d’absence de contacts verbaux ?
Si oui, où, quand et sur quelle durée ? Qu’as-tu ressenti ?
- As-tu des difficultés pour t’exprimer en public ? Pourquoi ?
- As-tu eu ou as-tu actuellement des problèmes d’expression
orale ? As-tu été ou es-tu soigné pour bégaiement ?
- As-tu un métier t’obligeant à parler (ex. : enseignant, avocat,
journaliste, acteur, commerçant, commercial, médecin, psy-
chologue, orthophoniste…) ?

115
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Moyens techniques, écriture, lecture :


- Utilises-tu beaucoup ton ordinateur et/ou ton téléphone por-
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table pour envoyer et recevoir des messages ?


- Écris-tu beaucoup à tes proches ? Si oui, recours-tu au cour-
rier postal ou au courrier électronique ?
- Lis-tu beaucoup ? Quel(s) type(s) d’ouvrages (livres, revues,
journaux…) ?
- Un livre et un auteur t’ont-ils marqué ?

Expression orale et corporelle :


- Fais-tu de l’expression scénique, de l’improvisation, du
théâtre ? Si oui, que t’apporte ce type d’activité(s) sur le plan
de l’expression orale ?
- Chantes-tu et/ou fais-tu de la musique ? Si oui, que t’apporte
ce type d’activité(s) ?

Relations humaines :
- Penses-tu régler facilement les conflits ? As-tu des capacités
de (ré)conciliation, négociation, médiation ?
- Dans les groupes, es-tu à la recherche du leadership ? Ou
bien es-tu attentif aux autres, empathique, coopératif ?
- As-tu un modèle de communicateur ou de communicatrice
efficace dans ton entourage ou dans les médias ? Quelles
qualités a cette personne, selon toi ?

Dans tout échange verbal, il y a toujours un risque de quiproquo


ou de malentendu, à cause de formulations catégoriques, ap-
proximatives, hâtives, expéditives, imprécises, maladroites pou-
vant hélas devenir (à notre insu) de véritables habitudes ou tics de
langage. « Mots noirs », « mots pièges », « mots parasites », « mots
poisons », « mots révolvers », « mots qui tuent », ainsi qualifie-t-on
ces expressions dont on ne mesure pas suffisamment l’impact sur

116
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

nos interlocuteurs ; ces mots qui « nous échappent », « dépassent


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la pensée » et parfois « nous trahissent » (comme on dit commu-


nément) sont susceptibles de vexer ou blesser autrui, ils peuvent
aussi nous fragiliser. Alors, prenons garde à leur usage répété et/
ou inapproprié car ils peuvent être toxiques pour nos relations de
couple, en famille, au travail, avec nos amis. Rappelons-nous les
nombreuses mises en garde qui peuvent être faites (de manière
très métaphorique) à ce sujet : il faut « peser ses mots », « mâcher
ses mots », « tourner la langue sept fois avant de parler ». Les
« mots poisons » sont d’une autre nature que les lapsus et il ne
faut donc pas s’empresser de les psychanalyser en leur attribuant
une intention inconsciente mais réfléchissons quand même à ce
que déclare le poète René Char : « Les mots qui vont surgir savent
de nous des choses que nous ignorons d’eux. »

Maudits mots dits… trop vite, sans réfléchir

Vois si, dans les échanges verbaux, avec ton entourage, tu fais
ou non usage de termes ou tournures comme évoqué ci-après
(les prononcer peut faire mal aux autres ou peut te faire mal
à toi-même). Liste les mots que tu utilises souvent dans la vie
quotidienne. Sache que la plupart résultent du manque de ré-
flexion, d’attention ou de la pure spontanéité et non du manque
d’empathie ou de la pure malveillance.

Par exemple :
- Les termes systématiques, généralisateurs (liés aux pré-
jugés et stéréotypes) : tout (« tout va mal »), tous (« tous des
machos »), toujours (« c’est toujours la même chose avec toi »),
rien (« vous ne comprenez vraiment rien »), jamais (« tu ne
m’écoutes jamais »).
- Les termes minimisants : petit (« ma petite dame »), peu, un
peu.
- Les termes excessifs : « c’est supergénial », « c’est mortel »,
« c’est la cata », « trop bon ».

117
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

- Les termes stigmatisants : « mon pauvre », « pauvre de moi ».


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- Les termes accusateurs ; « tu » (Jacques Salomé parle de la


« communication klaxon » : « les tu qui tuent »).
- Les termes imprécis (pronoms indéfinis) : « on » (Jacques Sa-
lomé parle de la « communication orang-outan »).
- Les termes non spécifiques (« mots passe-partout ») : truc, ma-
chin, chose, bidule, à la Saint-Glinglin, Perpète les Oies, M. ou
Mme Untel, Tartempion (expressions familières, populaires).
- Les termes argotiques utilisés à tout propos : con, merde,
chiant, putain… et bien d’autres !
- Les tournures négatives ou réductrices pour exprimer un
ressenti positif : « ce n’est pas si mal » au lieu de dire « c’est
vraiment bien », « ce n’est pas mauvais » au lieu de dire « c’est
bon ».
- Les « gaffes » (appelées aussi « bévues », « bourdes », « bou-
lettes ») : dérapages verbaux liés à la distraction (cf. célèbres
« gaffeurs » la bande dessinée : savant Cosinus, Dupond et
Dupont, Gaston Lagaffe).

Si tu constates ou si un proche te fait remarquer que tu uses im-


modérément de tels mots ou de telles phrases, alors efforce-toi
de les bannir, montre-toi moins péremptoire, plus précis ou
plus nuancé ; il faudrait qu’il en soit ainsi dans l’éducation,
dans les médias, dans les débats politiques, dans les discours
religieux… où les tautologies notamment sont trop présentes.

L’incompréhension qui peut s’installer entre deux personnes ou


une personne et un groupe, en raison de l’utilisation bien invo-
lontaire par l’un des interlocuteurs de mots qui seront mal perçus
par l’autre (ou par les autres), est bien sûr regrettable mais nous
n’en conclurons pas qu’il y a une incommunicabilité foncière des
êtres, comme le déplore Milan Kundera dans L’Insoutenable lé-

118
« CONNAIS-TOI TOI-MÊME »

gèreté de l’être. On peut se débarrasser des paroles toxiques et


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apprendre à exprimer sans ambiguïté, clairement et posément,


nos idées, nos besoins et nos sentiments.

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CHAPITRE 3

« COMPRENDS QUI TU ES »

L’ontodiagnostic (ou auto-évaluation)


« L’unique façon sérieuse de comprendre quelque chose
est de devenir soi-même ce que l’on comprend. »
Sören Kierkegaard

Les bilans successifs établis lors de la phase d’ontoscopie (Phase 1)


sont à synthétiser pour établir l’« état des lieux » (Phase 2 : on-
todiagnostic), base nécessaire au processus de changement
personnel (Phase 3 : ontopraxis). La notion d’état des lieux est
familière dans le contexte de l’immobilier (procédure associée à
la location, à l’achat et à la vente d’un logement) mais, par méta-
phore, elle s’applique maintenant à bien d’autres domaines dont
celui de l’entreprise, dans le cadre de la « démarche qualité » ou
de l’« élaboration de projet ». Dans les deux cas, il s’agit de ré-
cupérer le maximum d’informations sur la structure et le mode
de fonctionnement (éventuellement altérés) d’un système sur

121
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

lequel on veut intervenir, ce qui exige un examen objectif et cri-


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tique de la situation prise en compte dans toutes ses dimensions.


Toujours par métaphore, nous dirons qu’en Ontologie Pratique,
nous devons faire, comme un locataire et un propriétaire (ce que
nous sommes finalement par rapport à nous-mêmes), un état des
lieux de sortie et un état des lieux d’entrée au moment de ré-
aliser l’ontodiagnostic : nous sortons d’une période d’enquête,
d’investigation (« self-exploration ») pour entrer dans une période
de transformation et d’expansion de soi. Cet « entre-deux » est un
moment charnière, l’occasion d’une transition qui doit s’effectuer
sereinement en un lieu et à un moment propices à la réflexion et à
l’introspection ; les termes de « mise au point », de « recentrage »
communément utilisés sont souvent associés à celui de « pause »,
ce qui est trompeur car le terme de pause suggère un arrêt, une
immobilisation alors que le travail est actif et bénéficie de la mo-
bilisation d’une énergie positive.

Le terme de diagnostic (du grec diagnostikos : « capable de dis-


cerner »), utilisé principalement en médecine et en psychologie,
renvoie au travail de repérage et d’identification des symptômes
d’une maladie par un spécialiste clinicien, professionnel de la
santé : ce dernier est censé avoir un regard expert sur un état
problématique (trouble physique ou psychique présenté par un
patient ou une patiente). On oublie parfois, même dans le monde
médical, qu’un diagnostic est aussi destiné à recenser les capaci-
tés de la personne malade à se prendre en charge, à assurer son
traitement, à mobiliser des ressources physiques et psychiques
par exemple. Sans un diagnostic précis et complet, point de pro-
nostic exact et point de juste prescription.

Lorsque nous parlons d’ontodiagnostic en Ontologie Pratique,


nous parlons d’un regard porté par soi sur soi-même (à la faveur
d’un dialogue interne, éventuellement soutenu par un « coach ») et
destiné à s’interroger certes sur ses propres difficultés mais aussi
sur ses propres potentialités. Nous tenons à distinguer l’onto-

122
« COMPRENDS QUI TU ES »

diagnostic, que nous voulons méthodique, programmé, planifié,


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d’un autodiagnostic spontané et inorganisé. Ce second type de


diagnostic, dans le cas de la santé, peut mener un non-spécialiste
à s’attribuer une pathologie et à s’auto-administrer un traitement
en général inapproprié, voire dangereux. L’ontodiagnostic pra-
tiqué en Ontologie Pratique ne doit surtout pas consister en un
repérage rapide et approximatif. Un triple inventaire est à effec-
tuer relativement à chacune des douze étapes de l’ontoscopie,
pour rappel les cinq étapes du stade 1 (évaluation de la carte de
la réalité et de la reliance au monde), les quatre étapes du stade 2
(évaluation de la trajectoire de vie) et les trois étapes du stade 3
(évaluation de l’expérience subjective et de la connexion à soi).

L’inventaire 1 : Les carences à identifier


et les difficultés à surmonter
L’inventaire 1 (inventaire -) est celui des carences et insuffisances
repérées lors des explorations de l’ontosphère, de la chronos-
phère et de l’ontosystème. Un manque, une défaillance, un échec
ne doivent jamais être perçus comme des fautes en développe-
ment personnel ; l’auto-évaluation ne doit pas être jugeante, le re-
gret éventuel n’est pas de l’ordre d’un « mea culpa », l’erreur peut
être réparée et se transformer en réussite, la prise de conscience
d’une faiblesse peut rendre fort. « Chacun dispose librement de
sa faiblesse, libre à lui d’en user judicieusement. », dit le philo-
sophe Alexandre Jollien (Éloge de la faiblesse).

Chacun d’entre nous est amené à commettre des erreurs et à


vivre des échecs dans sa vie. Accordons-nous le « droit à l’erreur »,
sans le revendiquer bien sûr dans le cas d’actes transgressifs, in-
tentionnellement malveillants (il ne s’agit pas de déculpabiliser
ou de déresponsabiliser celui ou celle qui commet un délit ou un
crime) … sans le revendiquer non plus, bien évidemment, dans
des situations de prise de risque nous mettant en danger et met-

123
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

tant éventuellement aussi autrui en danger (il y aura alors obli-


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gation de réussite). Nous parlons ici de situations habituelles de


la vie quotidienne où l’on peut être amené à subir des pressions
sociales, ce qui peut rendre difficile l’exercice du droit à l’erreur
(exigences de performance sexuelle dans la vie amoureuse, de
rendement dans la vie professionnelle, d’adaptation dans la vie
en communauté, d’exploit dans l’acte sportif…).

L’erreur, ne l’oublions pas, est au cœur des apprentissages :


l’identifier, l’admettre, y remédier participe au développement
de soi, ceci dès l’enfance (il en est de même chez les humains
et les animaux). L’adulte humain en possession de ses moyens
intellectuels a, au moins, la possibilité d’analyser les situations
d’échec et de progresser.

Nos erreurs peuvent revêtir diverses formes, selon qu’elles af-


fectent nos capacités d’anticipation, de perception, de jugement,
de décision, d’exécution, d’appréciation…

Elles peuvent avoir de nombreuses causes, parfois associées : ab-


sence ou insuffisance de moyens physiques (état de santé, capa-
cité de résistance) ou psychiques (connaissance, compétences,
motivation, assurance, estime de soi), contexte défavorable (envi-
ronnement, moment, influences extérieures…).

Les conséquences peuvent être variées (sur nous-mêmes et éven-


tuellement sur autrui) : effets plus ou moins intenses (de la gêne
et/ou de la honte au psychotrauma), plus ou moins durables (à
court terme ou à long terme), partiels ou globaux (retentissement
sur un secteur psychique ou sur l’ensemble de la personnalité).

À toi d’évaluer en quoi, comment et pourquoi tu as pu, en telle


circonstance, « défaillir » et tire les leçons de l’expérience.

124
« COMPRENDS QUI TU ES »

L’inventaire 2 : Les acquis et potentialités


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à exploiter
L’inventaire 2 (inventaire +) est celui des acquis et ressources
repérés lors des trois explorations successives. Chacun d’entre
nous a des ressources à l’intérieur de lui-même (à puiser dans les
états internes, processus internes et comportements externes)
et peut aussi éventuellement compter sur des ressources exté-
rieures : les compétences d’une personne ou d’un groupe lui
apportant soutien, assistance, par exemple. Ces ressources, tout
particulièrement celles que nous détenons comme un trésor ca-
ché, nous pouvons les ignorer, les sous-estimer ou ne pas pouvoir
ou vouloir les exploiter. Il faut donc les chercher, les trouver, les
accepter, les considérer et les utiliser. Mettre à jour sa « richesse
intérieure » nécessite l’estime de soi, une attitude de base qui ne
doit cependant jamais donner lieu à l’orgueil ou à un quelconque
sentiment de supériorité. Il s’agit tout simplement de satisfaire ce
que John Dewey considère comme « le besoin le plus profond
de l’être » : celui d’avoir un « sentiment d’importance » (être im-
portant pour soi et les autres et non être plus important que les
autres).

La notion de « potentiel humain » a été développée dans les an-


nées 1960-1980 par de nombreux psychologues, psychiatres et
psychothérapeutes, avec des applications dans les domaines du
soin psychique, du bien-être et du développement personnel ; les
pratiques élaborées aux États-Unis, en lien, le plus souvent, avec
la « contre-culture », notamment en Californie, ont été transférées
en Europe qui a connu, à partir de 1968, une libération des mo-
des d’être, de pensée, d’expression et un réveil de la créativité,
non sans quelques dérives contre lesquelles il nous faut encore
nous prémunir : de prétendus thérapeutes, coachs, chamans se
soucient plus de nous exploiter mentalement et financièrement
que de nous faire exploiter nos ressources internes.

125
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Les neurosciences permettent aujourd’hui de mieux appréhender


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notre monde intérieur et les mécanismes qui régissent son fonc-


tionnement, de mieux cerner surtout les capacités du cerveau,
siège de notre pensée, réservoir de nos ressources, moteur de
notre énergie psychique. La réflexion sur le « potentiel humain »
est consolidée par une base scientifique et il devient du coup
moins hasardeux et moins approximatif d’exploiter cette « force
intérieure » évoquée et invoquée partout depuis si longtemps et
mobilisée dans tant de situations : éducation, formation, travail
en équipe, activité sportive, création artistique, méditation…
mais aussi en cas de grande difficulté (résilience permettant de
surmonter victimisation, maladie, handicap).

L’inventaire 3 : Les changements à opérer


L’inventaire 3 (inventaire ->) est celui des attitudes et comporte-
ments à adopter, des apprentissages à effectuer, des nouvelles
orientations à prendre pour mener à bien le changement, c’est-
à-dire le passage d’un état présent à un état désiré (phase 3 : on-
topraxis). « Pour un être conscient, dit Henri Bergson (L’Évolution
Créatrice), exister consiste à changer, changer à se mûrir, se mûrir
à se créer indéfiniment soi-même. » Il y a bien un travail de matu-
ration psychique qui s’effectue à mesure que l’on progresse dans
l’exploration intérieure, que l’on découvre des habiletés insoup-
çonnées et que l’on voit s’esquisser des solutions possibles pour
les problèmes qui ont été repérés.

Le terme de maturité sert souvent à qualifier l’adulte mais cette


assimilation est dangereuse car elle entretient l’idée d’une sta-
bilité, d’un achèvement alors que l’être humain est dans un pro-
cessus constant de changement (avec des moments d’évolution
et d’involution) ; lorsque nous parlons de maturation, nous dési-
gnons bien un mouvement, une progression, facteur d’autono-
misation, de créativité (Carl Rogers parle de « croissance », Carl
Gustav Jung parle d’« individuation »).

126
« COMPRENDS QUI TU ES »

Il n’est pas toujours facile de changer ; certains changements


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génèrent résistances, doute, appréhension, que ce soit dans la


sphère personnelle (déménagement, expatriation, divorce, vécu
d’une maladie ou d’un handicap, hospitalisation, vieillissement…)
ou dans la sphère professionnelle (s’adapter à un nouveau lieu de
travail, à un nouveau poste, à une nouvelle équipe, perdre son
emploi, changer d’emploi, créer une entreprise…), l’influence de
l’entourage est aussi déterminante. La vie actuelle (de plus en
plus longue chez les humains) multiplie les changements, nous
impose de nous adapter à des situations nouvelles (parfois inat-
tendues), ce qui contribue à l’état de stress et peut nous amener
à être accompagné.

En ce qui concerne les entreprises, il est de plus en plus néces-


saire d’assurer la « conduite du changement », ce qui est rendu
possible par des méthodes de management inspirées par les
études psychosociologiques sur l’organisation des systèmes hu-
mains menées au milieu du siècle dernier par Gregory Bateson,
Paul Watzlawick et leurs collaborateurs de Palo Alto.

Il y a une grande variété de situations de changement positif ou


négatif : changement de contexte ou d’environnement, change-
ment de situation (une situation en remplace une autre), change-
ment d’une situation (modification d’éléments ou composants),
changement de structure et/ou de fonctionnement, changement
de vécu d’une situation (d’où nouvelle attitude et nouveau com-
portement) … Le dernier type de changement évoqué, le change-
ment psychologique, est évidemment celui qui est en jeu dans le
développement personnel ; en Ontologie Pratique, l’ontopraxis
en facilite le processus.

Il est bien à noter que changer psychologiquement n’est pas de-


venir un autre, c’est être soi autrement, différemment. Penser que
l’on peut ne plus être le même ou la même relève de la méta-
morphose physique mais, si l’on peut modifier un nez, un ventre,

127
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

des seins, un sexe (par la chirurgie esthétique), on ne change pas


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le cerveau, mais on peut en faire un usage différent (réaména-


gement de la personnalité, modifications cognitives, affectives,
comportementales). Un changement de soi en profondeur est
possible, rappelons-le, en mettant à jour et en exploitant des
ressources enfouies. La nature (dont nous faisons partie, nous les
humains) nous donne l’exemple d’éléments évoluant à travers les
saisons, les années, les siècles, voire les millénaires, en gardant
leur assise : les racines et le tronc, par exemple, pour l’arbre qui,
dans la culture hindouiste, « est miroir de l’existence, change, se
transforme, se renouvelle et pourtant reste toujours le même ».

Jouer le rôle d’un autre n’est productif que chez les acteurs.
Prendre la place d’un autre est une usurpation d’identité. Se
prendre pour un autre est un travail d’imitateur, sinon relève de la
pathologie mentale (dédoublement de personnalité). Par contre,
« devenir une nouvelle version de soi-même » est, pour soi-même
et les autres, un progrès indéniable, s’il s’agit d’une transforma-
tion positive de la pensée, des sentiments, des attitudes, de la
communication…

Toi qui décides de devenir cette « nouvelle version » (puisque tu


veux changer), sache qu’il t’est demandé tout à la fois :
- De solliciter le meilleur de toi-même (repérage de ressources).
- D’extraire le meilleur de toi-même (exploitation de ressources).
- D’en tirer le meilleur parti pour toi-même et les autres (applica-
tion de ressources).

Sans prétention démesurée, sans précipitation, sans exaltation,


dans la mesure de tes moyens, à ton rythme, au(x) moment(s) op-
portun(s), en toute sérénité.

128
« COMPRENDS QUI TU ES »

La question identitaire
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L’ontoscopie t’a amené finalement à te poser la question « qui suis-


je ? », après des questionnements périphériques mais nécessaire-
ment préalables (« où suis-je ? », « où en suis-je ? »). Tu as accédé
ainsi progressivement à la prise de conscience de ton identité,
dans ses trois principales dimensions : physique, sociale et psy-
chique. Tu peux mieux te situer et te définir et surtout porter un
regard lucide, objectif sur les parties vulnérables, les parties so-
lides et les parties en jachère de cet édifice dont tu es l’architecte :
toi-même. N’oublie pas que tu as un projet de (re)construction en
cours. Ne te (re)construis jamais sur la base d’idées haineuses ou
d’aspirations revanchardes qui, hélas, fondent certaines revendi-
cations identitaires.

N’aie donc aussi à l’égard de toi-même, d’une part de toi-même


ou d’une période de ton histoire, comme à l’égard des autres, au-
cune rancune, aucune animosité dans ton travail de déconstruc-
tion-reconstruction. Fais un « check-up » honnête, « débriefe »,
comme le fait un humanitaire à un retour de mission, un pilote
au retour d’un vol ou un sportif après une compétition : il te faut
dresser les constats négatifs et positifs et ouvrir des perspectives,
en toute objectivité, même si ce n’est pas très facile quand il s’agit
d’examiner sa propre subjectivité.

L’inventaire n’a rien du bilan commercial effectué pour liquidation,


il ressemble plutôt au bilan pour réapprovisionnement, reconsti-
tution de stock. Il s’agit non de recenser ce qui doit disparaître
mais de recenser ce qui va être rectifié ou éliminé, et surtout ce
qui va être renforcé et ajouté. Il nous vient l’image du triptyque
(objet tripartite) pour mieux visualiser l’opération à effectuer : un
ontodiagnostic ternaire (se déployant dans trois directions).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Symbolique du triptyque
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Dans l’art chrétien, le triptyque prend la forme du retable, tableau


d’autel en trois volets fixes ou rabattables (cette disposition tri-
partite renvoyant notamment au dogme de la Sainte Trinité). En
fait, dans toutes les religions existent des systèmes ternaires don-
nant lieu à des rituels, à des figurations graphiques, picturales,
sculpturales ou autres. Dans le bouddhisme, le Triratna, « triple
joyau » pour le croyant, est son « triple refuge » (il lui faut aller vers
Bouddha, vers Dharma (la Loi, l’enseignement) et vers Sangha (la
communauté). Dans l’hindouisme, la Trimûrti est la triade divine
composée de Brahma, Vishnu et Shiva, représentant respective-
ment la création, la préservation et la destruction… Le chiffre 3
est universellement relié au sacré et représente souvent la puis-
sance, l’unité et/ou la perfection divine dans différentes reli-
gions ; il inspire aussi des pratiques publiques et privées, éven-
tuellement secrètes (initiatiques) dans des domaines autres très
divers : astrologie, alchimie, kabbale, franc-maçonnerie… Hors
de tout contexte religieux, magique ou ésotérique, le triptyqu e
peut aussi prendre plus simplement (avec une charge symbo-
lique moindre) la forme d’un document administratif en trois
feuillets, d’une œuvre littéraire en trois parties (trilogie), d’un
film en trois épisodes ou en trois dimensions ou bien d’un miroir
triface. Le chiffre 3 représentant la synthèse, l’équilibre obtenu
au terme d’une démarche organisationnelle ou d’un processus
créateur (1+1= 3 dans un acte de fécondation !).

Le triptyque identitaire (OP)

Le miroir triface permet de se regarder « sous toutes les cou-


tures », il renvoie une image « 3D » de notre visage ou de notre
corps dans son entier. Il en est de même de l’ontodiagnostic
tripartite : il est en quelque sorte un miroir triface où se reflète
notre personnalité, comme ci-après.

130
« COMPRENDS QUI TU ES »

- En face 1 : soi-même avec ses « parties faibles » (à éliminer ou


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corriger).
- En face 2 : soi-même avec ses « parties fortes » (à sauvegarder
et développer).
- En face 3 : soi-même avec ses espoirs (à concrétiser), ses at-
tentes (à satisfaire), ses projets (à réaliser).

En cheminant de gauche à droite (de la face 1 à la face 3), on


effectue un check-up, comme le fait un pilote avant de décoller.
On est aux manettes, devant le tableau de bord, synthétisant les
informations utiles à la navigation au long cours qui va suivre.
L’ontodiagnostic est aussi autobriefing (on se briefe soi-même)
et ontobriefing (on se briefe au sujet de soi-même).

Jean Cocteau faisait le constat suivant : « Les miroirs feraient


bien de réfléchir un peu avant de renvoyer les images. » De son
côté, Eugène Ionesco ironisait : « Vous réfléchissez ? Moi aussi
mais dans un miroir. » Nous ajouterons : « Les miroirs nous ré-
fléchissent et nous font réfléchir. » Double avantage pour celui
qui s’interroge sur lui-même.

Le triptyque amplifie notre vision de nous-mêmes (la rendant


panoramique) et donc notre réflexion sur nous-mêmes (la ren-
dant globale).

131
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Les miroirs ne mentent pas, il n’y a que ceux qui s’y mirent qui
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peuvent mentir à propos de l’image qu’ils leur renvoient de leur


silhouette ou de leur âme. L’ontodiagnostic de même reflète l’état
de notre ontosystème à un moment donné et ce qui se présente
à nous, soit nous l’acceptons soit nous désirons le modifier : si
nous nous changeons, alors l’image renvoyée nous conviendra,
sans qu’il s’agisse pour autant de complaisance narcissique.

Ontoscopie Ontodiagnostics

Bilan — Bilan + Bilan 


Ton ontosphère (reliance)
Ton rapport à la
cosmosphère
(Astrotropisme)
Ton rapport à
l’écosphère
(Écotropisme)
Ton rapport à la
sociosphère
(Sociotropisme)
Ton rapport à
l’Idéosphère
(Croyances,
Valeurs)
Ton rapport à la
technosphère
(Cybertropisme)
Ta chronosphère (trajectoire de vie)
Ton rapport à ton
histoire familiale
(Ontogénéalogie,
génogramme)

132
« COMPRENDS QUI TU ES »

Ontoscopie Ontodiagnostics
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Bilan — Bilan + Bilan 


Ton rapport
à ton histoire
personnelle
(Ontodiachronie,
ligne du temps)
Ton rapport
à ton présent
(Ontosynchronie,
métaphores de
vie)
Ton rapport
à ton avenir
(Ontoprospec-
tive, mission de
vie)
Ton ontosystème (expérience subjective)
Tes états
internes (EI)
(Besoins,
émotions,
sentiments, liens)
(Bilan affectif
et relationnel)
Tes processus
internes (PI)
(Pensées)
(Bilan cognitif)
Tes comporte-
ments externes
(CE)
(Comportements
non verbaux et
verbaux)
(Bilans communi-
cationnels)

Ton identité est multiple et complexe ; elle dépend certes de ce


que les autres pensent de toi mais aussi de ce que tu penses de
toi et de la manière dont tu te construis : tu es l’architecte d’une
identité psychologique qui est en devenir. Il faut finir de définir

133
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

l’identité par les caractères d’unité et de permanence. Nous


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sommes multidimensionnels (donc du coup parfois contradic-


toires) et évolutifs (donc aussi parfois insaisissables aux yeux des
autres). L’identité est seulement fondée sur la différence que nous
avons avec les autres (ce qui ne doit nullement nous faire nous
discriminer ou discriminer les autres), le critère de spécificité
devrait plutôt la définir. C’est cette spécificité dont rend compte
l’ontodiagnostic, en faisant état de nos particularités, de ce qui
nous est propre, de ce qui nous rend uniques (il faut donc parler
d’unicité et non d’unité). La spécificité incite au respect de soi :
sans considération, sans honnêteté envers nous-mêmes, l’intros-
pection peut s’avérer hasardeuse et nous pouvons nous laisser
manipuler.

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CHAPITRE 4

« DEVIENS QUI TU ES »

L’ontopraxis (ou auto-transformation)


« Je ne suis pas ce qui m’est arrivé,
je suis ce que je choisis de devenir. »
Carl Gustav Jung

Le terme de « praxis » a plutôt une connotation philosophique.


D’ailleurs, c’est un mot grec utilisé par les penseurs de l’Antiquité
hellénique, notamment Aristote, pour désigner toute action des-
tinée à transformer l’être humain, dans le sens de son épanouis-
sement intellectuel. Il réapparaît au XIXe siècle chez Karl Marx qui
en fait un concept relatif aux actions sociales et politiques visant
une transformation collective. En Ontologie Pratique, n’ayant
bien sûr aucune autre intention que celle d’une transformation
psychique individuelle, nous revenons aux sources et intitulons
ontopraxis un ensemble d’opérations scandant le processus de
changement personnel. Le processus est mené par soi, pour soi,

135
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

en soi, avec (comme pour les phases précédentes de l’ontoscopie


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et de l’ontodiagnostic) l’éventuelle présence d’un accompagnant


(ontocoach).

Travailler par étapes, point par point, est indispensable pour me-
ner à bien un projet. Le nôtre se décline en quinze étapes, cha-
cune étant destinée à acquérir ou à renforcer une capacité contri-
buant au mieux-être et à l’efficacité personnelle. Le chiffre 15
nous a été dicté par notre expérience de coach et formateur en
développement personnel mais comme nous avons découvert,
après coup, qu’il s’agit d’un chiffre « magique », lié symbolique-
ment dans certaines traditions mystiques ou ésotériques et en
numérologie aux choix de vie, aux situations de transition, aux
changements majeurs et à des qualités comme l’inventivité, la
réceptivité et l’indépendance d’esprit, nous nous disons que
notre inconscient a peut-être aussi contribué au modelage du
programme en question.

Programme de changement personnel


en quinze points : ontopraxis (Ontologie Pratique)
1. Ouvre-toi aux mondes extérieur et intérieur (la triple reliance).
2. Accepte-toi, apprécie-toi, fais-toi confiance (l’estime de soi).
3. Exploite tes ressources (l’excellence).
4. Maintiens ta motivation à changer (l’amélioration constante).
5. Développe ta capacité d’attention (la calibration).
6. Développe ta capacité de compréhension (l’empathie).
7. Maîtrise tes émotions et tes états de stress (l’intelligence
émotionnelle).
8. Affirme-toi (l’assertivité).
9. Communique efficacement et librement (l’intelligence
relationnelle).

136
« DEVIENS QUI TU ES »

11. Surmonte les épreuves et intègre ton passé (la résilience).


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12. Profite des opportunités (la sérendipité).


13. Crée et innove (la créativité).
14. Projette-toi et prends les bonnes décisions (la stratégie
d’objectif).
15. Accomplis-toi pleinement (la pleine conscience).

Ce programme n’est pas un parcours initiatique, même si cer-


taines des recommandations énoncées peuvent l’être aussi dans
des démarches de groupes spirituels, loges maçonniques, socié-
tés secrètes ou cercles ésotériques. Il n’y a pas en Ontologie Pra-
tique de prétention à la révélation, à la conversion, à l’adhésion,
à la transmission d’un pouvoir ou de connaissances privilégiées.
L’ordre d’acquisition des compétences n’est pas imposé comme
dans une initiation fonctionnant par degrés d’acquisition (selon
un déroulement immuable) mais il est inévitable de commen-
cer par s’ouvrir et se relier (point clé 1 initial : Ouverture/triple
reliance) pour lancer le processus de changement et ce qui est
visé en final est un état de pleine conscience ou pleine attention
(point clé 15 ultime).

1 : Ouvre-toi aux mondes extérieur et intérieur


La triple reliance
« Un esprit est comme un parachute. Il ne fonctionne pas s’il n’est
pas ouvert. », disait le baron écossais Thomas Dewar (distillateur
de whisky, éleveur de chevaux, homme d’affaires et parlemen-
taire, philosophe à ses heures). L’ouverture d’esprit est la condi-
tion première de toute réflexion philosophique et de tout ap-
profondissement psychologique. Lui est associée aujourd’hui la
notion de « reliance » due au sociologue français Roger Clausse

137
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

(1963), laquelle est opposée par ce dernier à celle d’isolement et


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de repli ou renfermement sur soi.

La première des exigences pour être « ontonaute » est d’être « re-


lié », extérieurement et intérieurement. Ce n’est pas forcément
évident dans le contexte actuel plutôt propice à la « déliance »,
c’est-à-dire à la distorsion, à l’effacement et à l’éclatement des
liens sociaux (fragilité de la sociosphère : ghettoïsation, commu-
nautarisme en zone urbaine et périurbaine…) d’une part et du
rapport à l’environnement naturel (atteintes à l’écosphère) d’autre
part. Qu’une telle exigence soit édictée pour le développement
personnel n’est pas non plus compréhensible au premier abord :
on imagine tellement la personne en recherche d’elle-même dans
sa « bulle », hermétique à ce qui l’entoure ; l’image est fausse :
tout moine, ermite, lama tibétain, ou yogi indien, toute moniale
contemplative s’immerge au moins dans un cadre naturel (parfois
un territoire restreint) qu’il(elle) intègre et sublime dans son expé-
rience subjective, lors de la prière et de la méditation. Les monas-
tères, ermitages, lamaseries et ashrams ont dans leurs propres
enceintes ou à leur périphérie des paysages qui permettent la
circulation et le transfert des énergies (à l’intérieur des cloîtres :
un jardin et à l’extérieur : la campagne, des montagnes, le désert,
par exemple). Auguste Comte le disait lui-même : « La véritable
unité consiste à lier le dedans et à le relier au-dehors ».

Le centrage sur soi ne doit jamais mener à l’enfermement dans


une « bulle » qui, certes, peut protéger (assurant une « zone de
confort ») mais risque de bloquer toute initiative, ce qui est préju-
diciable dans un contexte de performance comme celui caracté-
risant un match sportif, par exemple. Voyons ce que Luc Collard,
agrégé d’EPS, professeur à l’UFR Staps de l’Université Paris-Des-
cartes dit à ce sujet dans son livre La Cinquième Nage : « En sport
collectif, le débutant vit dans sa bulle. Lorsque le ballon a le mal-
heur d’y pénétrer, il s’en débarrasse aussitôt, de peur d’induire
des intrusions dans son espace intime. En progressant, il élargit sa

138
« DEVIENS QUI TU ES »

bulle, accepte d’y voir venir un corps étranger, une balle venant à
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sa portée ou un joueur oppressant, mais n’est toujours pas porteur


d’initiative : adversaires et partenaires ne sont pas pris activement
en compte dans son propre espace d’action. Puis, bientôt, il ne se
contente plus de réagir, il prend des initiatives, intègre intention-
nellement partenaires et adversaires dans une bulle de plus en
plus grande. Ouvert sur l’extérieur au stade ultime, il cherchera à
faire sien l’espace d’action des autres - qu’il considérera progres-
sivement comme faisant partie de son propre espace d’action, sa
popre bulle - pour mieux communiquer et mieux contre-commu-
niquer, construire des stratégies motrices et en déjouer… Cette
odyssée de tout sportif interagissant implique le renoncement à
une « auto-centration », un enfermement sur soi préjudiciable. »

Nous inspirant des développements théoriques des sociologues


belges Roger Clausse et Marcel Bolle de Bal et des sociologues
français Edgar Morin et Michel Maffesoli sur la reliance (définie
comme l’« établissement de liaisons entre systèmes ou au sein
d’un système »), nous dirons que le changement personnel néces-
site une triple reliance : cosmique/écologique, anthropologique/
sociale et ontopsychique/ontosomatique. La remarque pourrait
nous être faite que nous oublions une autre forme de reliance
à laquelle invitent les diverses religions : la reliance spirituelle,
mais nous pensons que la spiritualité imprègne les trois reliances,
la première allant dans le sens de la transcendance, la seconde
étant la base supposée de toute religion (religion < religere =
relier, rallier), la troisième sacralisant l’intimité de notre être. Pré-
cisons que la spiritualité peut s’expérimenter hors de tout cadre
confessionnel : on a alors une spiritualité laïque, profane et même
athée, sans Dieu, sans religion, sans dogme vers laquelle tendrait
la sagesse moderne, selon le philosophe André Comte-Spon-
ville, ce qui n’est pas si sûr, à en voir la naissance de nouveaux
mouvements religieux (évangéliques notamment) et les rappro-
chements interconfessionnels (œcuménisme). Une spiritualité
laïque peut s’associer aux trois reliances, la transcendance (re-

139
liance verticale) s’effaçant toutefois au profit de l’immanence
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(reliance horizontale) mais la quête d’infini, d’absolu et d’éternité


étant toujours présente.

La reliance cosmique et écologique représente l’ouverture à la


cosmosphère et à l’écosphère/biosphère. Nous parlerons aussi
volontiers de « résonance », concept développé par le philosophe
allemand Walter Benjamin, le sociologue allemand Hartmut Rosa
et le sociologue canadien Charles Taylor pour désigner un type
de relation au monde non basé sur l’appropriation et l’instrumen-
talisation, attitudes générées par la modernité. « La résonance,
c’est la conscience profonde, existentielle ; c’est prendre du recul
pour voir ce qui fait écho en nous, ce qui nous relie au monde. »,
selon Hartmut Rosa.

La reliance cosmique et écologique suppose une « intelligence


symbiotique » (conscience de la nécessité d’unir, d’harmoniser le
vivant pour la paix intérieure et extérieure des humains). Le philo-
sophe australien Glenn Albrecht décrit les méfaits de l’anthropo-
cène (ère de domination humaine sur les processus biophysiques
planétaires) : troubles de santé mentale (comme l’écoanxiété ou
la solastalgie, dues au stress provoqué par les bouleversements
de l’environnement) et problèmes sociaux notamment ; il prône
le passage à une nouvelle ère : le symbiocène, ce qui laisse en-
visager un projet écopolitique universellement partagé. Notre
projet, lui, est individuel (mais partageable), immédiatement réa-
lisable et va bien aussi dans le sens d’une symbiose dont dépend
la qualité de vie.

L’exercice du haïku : poésie de l’instant présent

Le haïku est un poème court traditionnel japonais permettant


d’exprimer (en trois lignes et en 17 syllabes) le « shiori », soit
un sentiment de « sympathie pour le monde », pour la nature,
pour les paysages, pour les plantes, pour les animaux, pour les
saisons…
« DEVIENS QUI TU ES »

Matsuo Bashô, éminent poète du XVIIe siècle, a été un maître


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incontesté de cet art, le pratiquant notamment tout au long


d’un voyage de plus de 2 000 kilomètres effectué en 156 jours,
en 1689, voyage dont il a fait le récit traduit en français sous
deux titres : « La Sente étroite du Bout-du-monde » et « L’Étroit
Chemin du Fond ». Le terme de « haïku » est cependant dû au
poète Masaoka Shiki (1867-1902). Buson (au XVIIIe), Issa (aux
XVIIIe et XIXe) et Santoka (au XXe) sont aussi considérés comme
des maîtres du genre. Tous ont été découverts en France au
début du siècle dernier.

Trois haïkus du maître Bashô, à titre d’exemples :


Sur une branche nue
Un corbeau est perché
Le soir d’automne.

Devant l’éclair
Sublime est celui
Qui ne sait rien.

De temps en temps
Les nuages nous reposent
De tant regarder la lune.

Trois haïkus du maître Shiki également :


Nuit brève
Combien de jours
Encore à vivre.

L’herbe des champs


Libère sous mes semelles
Son parfum.

Le long de la rivière
Je n’ai vu aucun pont
Ce jour est sans fin.

141
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Cet exercice simple, concis et spontané est « impressionniste »,


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il exprime des sensations et émotions fugitives au contact du


monde changeant, il s’effectue dans la « plénitude de l’ins-
tant ». Il permet d’avoir un « regard neuf » (comme celui d’un
enfant), de s’étonner, de s’émerveiller, de capter la « magie de
l’ordinaire » tout en aiguisant la conscience, en toute sérénité.
Alors n’hésite pas à le pratiquer, seul ou en groupe. Il existe en
France des « ateliers de haïku ». De nombreux sites sur Internet
t’en donneront les adresses et te renseigneront sur les bienfaits
de cet art de la simplicité et de l’immédiateté qui peut s’asso-
cier à la méditation, à des exercices de respiration, à la randon-
née pédestre, à la peinture et à la photographie naturalistes.

« La belle région, où je suis depuis peu installé (la Savoie) et où


le mont Granier me tient lieu de mont Fuji ou mont Nikko, m’a
inspiré trois haïkus. » (Jean-Loup Roche) :
Le tonnerre gronde
derrière le mur des montagnes
et triste est le ciel.

L’automne est doré


et flamboie autour du lac
miroir des nuages.

S’échappant des prés


une source d’eau vive
rallie la rosée.

À ton tour de t’essayer à cet art ancestral, en respectant la règle


5-7-5 syllabes (version française). Deviens « haijin », poète-phi-
losophe de l’instant présent.

5 syllabes :

142
« DEVIENS QUI TU ES »

7 syllabes :
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5 syllabes :

La reliance anthropologique et sociale représente l’ouverture


aux autres humains, présents dans la sociosphère actuelle per-
sonnelle et générale (humanité) ou présents par la mémoire dans
la chronosphère familiale et générale (ancêtres). Nous emploie-
rons le mot « Aimance », non en référence à la terminologie psy-
chanalytique héritée de Françoise Dolto mais en nous inspirant
du sociologue et poète marocain Abdelkébir Khatibi qui remet à
l’honneur ce vieux mot français et l’utilise au sujet de la relation
respectueuse et tolérante avec l’autre, fondée sur l’attraction in-
terpersonnelle, ouvrant des espaces de « savoir-vivre ensemble
entre genres, sensibilités et cultures diverses » et permettant le
rapprochement, le dialogue et l’alliance.

À la « topohilie » (amour des sites naturels, attachement aux lieux),


le philosophe Glenn Albrecht associe la « symbiophilie » (intérêt
pour les relations humaines, amour du vivre ensemble) : ces
deux « émotions positives » sont pour lui un facteur d’équilibre
psychique. Comme pour la symbiose avec la nature, la symbiose
avec l’humain ne se réduit cependant pas à la seule émotion, fût-
elle « positive » : certaines attitudes sont à proscrire, des principes
doivent être appliqués, une éthique est à adopter.

Référons-nous ici à l’analyse transactionnelle et tout particulière-


ment au schéma du « triangle dramatique » élaboré en 1968 par le
psychiatre américain Stephen Karpman pour rendre compte des
attitudes entravant et compromettant une relation interperson-
nelle, générant tensions et crises.

143
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Le triangle dramatique de Stephen Karpman


(Triangle négatif) (A.T.)
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Ce triangle évoque un schéma relationnel qui serait à la base


de « jeux psychologiques » courants dans la vie sociale (notam-
ment dans les petits groupes). Chacun d’entre nous pourrait
être tour à tour :
- Persécuteur (critique, dévalorise).
- Sauveur (intervient, aide, défend).
- Victime (subit, se plaint).

Nous pouvons être amenés à jouer dans nos interactions avec


autrui, de manière plus ou moins consciente, trois rôles affec-
tant la rencontre et l’échange :
- Celui du Persécuteur (P), infériorisant et accablant l’autre.
- Celui de la Victime (V), nous victimisant sur le mode de la
plainte ou de la revendication sans raison valable.
- Celui du Sauveur (S), aidant l’autre en agissant et/ou en pensant
à sa place (sans qu’il l’ait demandé, voire contre son gré).

En devenant systématiques, existentiels, ces positionnements


s’avèrent être des jeux psychologiques pernicieux qui génèrent
frustrations et désillusions dans notre vie familiale, sociale,
professionnelle.

Vois si tu as déjà fonctionné sur ce modèle en certaines circons-


tances, en certains lieux, avec certaines personnes. En tout cas,
voici quelques conseils de praticiens de l’A.T. :
- Évite les généralisations hâtives.
- Évite les interprétations sauvages.
- Évite les sous-entendus frustrants.
- Évite les reproches non fondés.
- Reconnais tes torts éventuels.

144
« DEVIENS QUI TU ES »

- Fais preuve de prudence, de clairvoyance.


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- Sois empathique avec celles et ceux que tu aides.


- Sois équitable avec celles et ceux sur qui tu exerces l’autorité.

Persécuteur Sauveur

Victime

Une coach pratiquant l’analyse transactionnelle, Patricia Coos-


man, propose, sur le modèle du triangle de Karpman, un schéma
rendant compte des attitudes ou « rôles » favorables à l’ouverture
aux autres et installant un climat relationnel propice au coaching,
à la thérapie et à la relation d’aide en général : « le triangle thé-
rapeutique » ou « triangle positif » (antithèse du « triangle drama-
tique »), dont les trois pôles (les « 3 P ») seraient les garants d’une
« communication ouverte ».

Le triangle thérapeutique de Patricia Coosman


(Triangle positif) (A.T.)
Puissance : avoir confiance en soi, inspirer confiance (position
d’« enfant libre »).
Permission : s’autoriser et autoriser l’autre à s’exprimer (position
de « parent nourricier positif »).
Protection : être bienveillant, sécurisant, valorisant (position de
« parent normatif positif »).

145
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Puissance
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Permission Protection

La reliance ontologique (ontosomatique/ontopsychique) repré-


sente l’ouverture à soi ; elle nécessite la mise en place de diverses
connexions au niveau de l’ontosystème (corps/esprit, pensée/
affectivité, conscient/inconscient…). Le terme de « connexion »
est utilisé en neurosciences au sujet du mode de transmission
synaptique des informations véhiculées de neurone à neurone,
d’aire cérébrale à aire cérébrale, d’hémisphère à hémisphère ; il
est également utilisé en informatique et en développement per-
sonnel ; le terme est appliqué à la communication de soi à soi
par différents moyens de changement profond (yoga, médita-
tion, relaxation, hypnose, plongée en apnée…). Être « connecté »,
c’est se rendre disponible à soi, être à l’écoute de soi, pratiquer le
« dialogue interne », résoudre les conflits intrapsychiques.

Chacun d’entre nous peut être tiraillé entre des idées, des sen-
timents, des désirs, des intérêts contraires. On peut parler de
divergences, d’oppositions entre des « parties » de nous-mêmes,
pouvant nous placer dans un état d’ambivalence susceptible de
provoquer angoisse, insomnies, malaise psychique et corporel.
La PNL propose des moyens symboliques pour sortir de la situa-
tion de conflit, résoudre le dilemme, réduire la tension, parvenir à
un compromis. Nous recourons, quant à nous, à la « négociation
entre parties », l’une des techniques de recadrage de John Grin-

146
« DEVIENS QUI TU ES »

der et Richard Bandler (créateurs de la PNL) qui fut utilisée par


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Virginia Satir en thérapie familiale.

Une « partie » est un élément intégré dans notre ontosystème en


tant que croyance, jugement ou affect (relevant donc de nos pro-
cessus ou états internes) orientant nos actions (comportements
externes) ; une compétition peut s’installer entre deux « parties »
et nous sommes alors désorientés, incapables de prendre une
décision, situation courante lorsqu’un choix doit s’effectuer entre
deux logements, deux emplois, deux voyages, deux restaurants,
deux spectacles par exemple. Nous pouvons alors nous retrou-
ver dans la situation de l’âne ou de l’ânesse de Buridan qui, ne
parvenant pas à opter pour le seau d’eau ou le seau d’avoine, fi-
nit par mourir de soif et de faim ; ne pas résoudre un paradoxe,
maintenir un dilemme nous met en état d’échec, nous paralyse
ou nous anéantit. L’exercice qui suit peut permettre de trouver
une solution satisfaisante, ne générant ni regret ni amertume.

La négociation entre parties (PNL)

Partie 1 Partie 2
(siège face à toi B C (siège face à toi
côté gauche) côté droit)

A
Négociateur/trice
(toi-même)

147
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Prévois trois sièges pour cet exercice. Ce procédé de « reca-


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drage spatial » te permettra de mieux visualiser la situation de


dilemme que tu veux résoudre (hésitation entre deux possibili-
tés s’offrant à toi à l’occasion d’un choix décisif à effectuer). Ta
démarche (concrétisée par l’utilisation des trois sièges) consis-
tera à bien préciser la situation et son enjeu, à examiner tour à
tour chacune des possibilités, à en saisir les « intentions posi-
tives » (à les justifier l’une et l’autre), à leur reconnaître un « ob-
jectif commun » (ce qui permet de les « concilier »), de prendre
une décision sans sentiment de perte ou de renoncement,
toute négociation devant déboucher sur une situation « ga-
gnant-gagnant », qu’il s’agisse de résoudre un conflit interne
(entre « parties ») ou externe (entre personnes).

- Première étape : assis sur le siège A, identifie la situation,


adopte une attitude positive (pars avec le désir de conciliation).
- Seconde étape : identifie les deux « parties » concrétisées par
les sièges B et C, nomme-les, considère que chacune des
« parties » « te veut du bien » (B veut ceci pour toi, C veut cela
pour toi).
- Troisième étape : associe-toi à la « partie » concrétisée par le
siège B en t’asseyant sur ce siège, dialogue avec elle, fais-lui
préciser clairement son intention, remercie-la.
- Quatrième étape : fais de même pour l’autre « partie » concré-
tisée par le siège C, dialogue avec elle, remercie-la.
- Cinquième étape : assis sur le siège A, mets en rapport les
deux « parties », effectue maintenant leur rapprochement,
demande à chacune de faire une concession à l’autre, établis
le compromis, remercie les deux « parties » et remercie-toi
toi-même.
- Sixième étape : projette-toi dans le futur.

148
« DEVIENS QUI TU ES »

À noter que l’exercice peut aussi révéler une telle dispropor-


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tion entre les avantages et/ou inconvénients de deux situations


possibles (dans ce cas, l’une des « parties » ne semble pas avoir
d’« intention positive ») qu’un choix est à effectuer et il s’effec-
tue alors un arbitrage (« gagnant-perdant »). Il se peut aussi que
les deux « parties » s’avèrent désavantageuses et qu’il faille
renoncer momentanément, durablement ou définitivement à
faire un choix. Ne pas parvenir à établir un compromis mène à
un constat dont il faut tirer profit (cf. plus loin : la notion de rési-
lience) et il n’y a pas lieu alors de s’enfermer dans un sentiment
d’échec.

Notre charte de la triple reliance


En aucun cas, l’ouverture ne doit donner lieu à l’empiétement ou
à l’envahissement : il en est de notre territoire personnel et intime
comme de tous les territoires (biologiques, sociaux, politiques…).
Notre autonomie de pensée et notre liberté d’agir doivent être
sauvegardées. Nos trois reliances sont actives et non passives,
assumées et non subies. Un esprit ouvert et relié est un esprit
indépendant, tolérant et curieux.

À préciser qu’il s’agit de curiosité intellectuelle, positive, bienveil-


lante, respectueuse (la curiosité en question est alors une qualité,
nul ne pourra la qualifier de « vilain défaut »). Albert Einstein qui
déclarait « je n’ai pas de talent particulier, je suis passionnément
curieux » faisait la recommandation suivante : « Ne perdez jamais
une sainte curiosité. » Il est évident que les grands découvreurs
ont été des personnes curieuses enthousiastes et persévérantes,
avides de connaître et de comprendre.

149
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Charte de la triple reliance


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Sois relié au cosmos et à la planète Terre : la résonance


Ouvre-toi à l’immensité, à la beauté, à la diversité de l’Univers.
Ouvre les yeux sur le spectacle sans cesse changeant du ciel,
de la terre, des océans, de la flore, de la faune sauvage.
Porte ton regard jusqu’aux crêtes et aux pics des montagnes,
au sommet des dunes du désert, aux dernières limites de
l’horizon.
Communie avec le vent, la pluie, les arbres : ce sont les éner-
gies de la Vie.
Écoute le bruissement des feuilles, le bouillonnement des tor-
rents, le grondement de l’orage, le gazouillis des oiseaux, le
crissement des grillons, le brame du cerf : ces sons sont les
vibrations de la Vie.
Sens le parfum des fleurs venant d’éclore : ce sont les senteurs
de la Vie.
Sois éconaute, écoresponsable pour préserver Gaïa, notre
Terre-Mère qui fut jadis célébrée comme déesse et que tu dois
considérer comme sacrée.
En célébrant la nature, tu te célèbres toi-même ou une partie
de toi-même, partie de l’Univers.
En respectant la nature, tu te respectes toi-même.
En protégeant la nature, tu te protèges toi-même.

Sois relié aux autres : l’aimance


Inscris-toi dans l’histoire de l’humanité.
Inscris-toi dans ta chaîne transgénérationnelle, identifie ta place
dans la généalogie familiale et intègre ton histoire familiale.
Ouvre-toi (par les voyages, par les échanges, par la lecture,
par l’intermédiaire des médias) à d’autres cultures, à d’autres
croyances, à d’autres valeurs.

150
« DEVIENS QUI TU ES »

Considère la rencontre avec les personnes différentes (par leur


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âge, par leur statut social, par leur appartenance ethnique, par
leur orientation sexuelle, par leur état physique) comme une
occasion d’enrichissement affectif et intellectuel.
Respecte la diversité humaine (qui, en fait, recouvre une unité
fondamentale), conduis-toi en anthroponaute (curieux du phé-
nomène humain) et en socionaute (soucieux de partage et de
solidarité), ce qui ne nécessite pas forcément d’être anthropo-
logue, sociologue ou travailleur social, ce qui nécessite seule-
ment d’être humaniste.
Considère toute expérience humanitaire passée ou à venir
comme une ouverture non seulement aux autres mais aussi à
toi-même (l’altruisme fait se mettre au service des autres mais
rend aussi service à soi-même : se mettre à l’épreuve dans un
engagement bénévole, associatif et caritatif permet aussi de
mieux se connaître et d’évoluer positivement).

Sois relié à toi-même et en toi-même : la connexion


Intéresse-toi à qui tu es, à ce que tu penses, ressens et fais, sans
peur, sans culpabilité.
Recherche l’équilibre corps-esprit, recours à des exercices
physiques réguliers contribuant à ta santé et à ton bien-être.
Établis des « ponts » dans ton monde intérieur comme tu le fais
avec le monde extérieur.
« Connecte » tes pensées entre elles, tes pensées et tes com-
portements, tes sentiments ou émotions et tes comporte-
ments (dans la mesure où ces connexions te rendent sincère,
authentique).
Connecte ton conscient et ton inconscient (seulement si l’ima-
ginaire vient enrichir le réel et ne se substitue pas à lui, ce qui
serait source d’inadaptation).

151
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

2 : Accepte-toi, apprécie-toi, fais-toi confiance


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L’estime de soi
L’ouverture à soi amènera sans doute à des remises en question
mais elle ne doit pas générer l’autocritique. L’objectif est d’ins-
taurer une relation positive avec soi-même, ce qui peut s’avérer
difficile pour qui a vécu ou vit le rejet, la maltraitance, la discrimi-
nation, des carences affectives et/ou éducatives, des pressions
culturelles ou des blocages psychologiques, situations dans les-
quelles une psychothérapie peut alors s’avérer nécessaire.

Être en accord avec soi-même suppose tout à la fois de s’accep-


ter, mieux encore de s’apprécier et de se faire confiance. Tels sont
les trois ingrédients de l’estime de soi, une notion déjà présente
dans l’œuvre de Jean-Jacques Rousseau au XVIIIe siècle (« l’estime
de soi est le plus grand mobile des âmes fières », disait l’écrivain)
mais surtout élaborée par les philosophes et les psychologues
à partir de la fin du XIXe siècle et inspirant, par la suite, des pra-
tiques thérapeutiques, sociales, éducatives mais aussi bien sûr
les pratiques de développement personnel. L’estime de soi (qui
est aussi un besoin humain fondamental pour Abraham Maslow)
se travaille de nombreuses manières dans le cadre d’activités
formatives, artistiques, ludiques, sportives dont les effets positifs
sur des personnes de tous âges sont multiples : stabilité émotion-
nelle, adaptabilité à la vie de groupe, réussite scolaire ou profes-
sionnelle, résilience…

L’acceptation de soi, c’est avant tout assumer son identité per-


sonnelle (physique, psychologique, sociale, culturelle). L’amour
de soi, c’est tout simplement se reconnaître une valeur, se consi-
dérer comme une personne respectable, digne d’être aimée. La
confiance en soi, c’est enfin se reconnaître des capacités, des
compétences permettant de prendre des décisions, de réaliser
ses projets, d’agir efficacement. Ces trois ingrédients de l’estime
de soi ont la saveur du bien-être et contribuent fortement à une

152
« DEVIENS QUI TU ES »

relation saine avec l’entourage. « Celui qui croit en lui-même n’a


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pas besoin de convaincre les autres. Celui qui est heureux avec
lui-même n’a pas besoin de l’approbation des autres. Celui qui
s’accepte lui-même, le monde entier l’acceptera. » (Lao-Tseu).

S’aimer soi-même a été longtemps perçu par les philosophes


moralistes comme une faiblesse, par les parents et pédagogues
comme un défaut, par les religieux comme un péché, par les
psychanalystes comme un symptôme névrotique (trouble nar-
cissique). Dans la mesure où il n’est pas inspiré par l’égoïsme
et n’est pas associé à de l’orgueil ou à un sentiment de supério-
rité, l’amour de soi est une saine attitude facilitant l’amour des
autres et la communication. « L’égoïsme, disait Aristote, n’est pas
l’amour de soi mais une passion désordonnée de soi… une pas-
sion funeste. »

Peut-on concevoir un aidant professionnel se dépréciant lui-


même et l’exprimant par les gestes, les paroles et son attitude
générale ? Pour avoir œuvré dans « l’humanitaire » (auprès de ré-
fugiés), nous prétendons que prendre soin des autres suppose
qu’on prenne aussi soin de soi. Nous nous méfions beaucoup du
« désintéressement » présidant à l’« esprit de charité » (se donner
entièrement, s’oublier) : ce n’est pas en tout cas prudent en situa-
tion de catastrophe et les « héros » (dont a besoin toute société)
peuvent être des « personnes ordinaires » qui ont été d’autant
plus efficaces qu’elles ont su se préserver.

Plus qu’un conseil, une exhortation : sache t’apprécier, ose t’aimer


(cela n’a rien de scandaleux). Identifie tes qualités, remercie-toi,
félicite-toi. L’exercice suivant te le permettra, s’il est effectué en
toute simplicité.

153
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Le panégyrique : se féliciter soi-même


(assertivité)
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Imagine que tu es dans une situation où il s’agit de vanter tes


mérites (remise de diplôme, de médaille, de trophée…). Rédige
le discours (éloge) qui t’est destiné puis adresse-le à toi-même
en te regardant dans un miroir ou devant une statue (qui te re-
présentera), seul ou devant un auditoire bienveillant (dans ce se-
cond cas, l’exercice peut s’avérer difficile émotionnellement car
on n’est pas prêt socialement et moralement à « se lancer des
fleurs » en public). Mieux vaut un auto-satisfecit de son vivant
qu’un éloge funèbre au cimetière. Vas-y en toute objectivité et
en étant honnête avec toi-même. Ne pense surtout pas être ri-
dicule ou présomptueux ; tu as le droit de t’accorder du temps,
de l’intérêt, de la considération, surtout si tu te consacres aux
autres dans le cadre familial, professionnel ou associatif.

« Je te félicite X… (ton prénom) pour ce que tu as fait jusqu’à


maintenant » (cite ce qui a été remarquable)… »
« Je te félicite pour ce que tu es » (détaille tes qualités). »
Garde pour toi ce discours qui tient lieu d’ancrage positif.

Exemple de panégyrique
En ce jour, je tiens à te dire que tu es quelqu’un de talentueux,
de brillant, de sensible.
Tu es capable d’aller de l’avant malgré les difficultés et de te
nourrir de tes expériences pour évoluer et t’affirmer.
Tu es quelqu’un d’aimé et d’apprécié pour tes qualités, pour ta
personne : à l’écoute, généreuse, travailleuse, juste, honnête.
Tu es fondamentalement quelqu’un d’intègre, ayant une forte
quête de justice et de vérité.
Malgré un certain isolement, une certaine solitude, tu sais aus-
si te dévoiler au bon moment avec, bien souvent, de précieux
conseils, de pertinentes remarques.

154
« DEVIENS QUI TU ES »

Tu apportes aux gens une certaine profondeur, tu leur permets


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de mieux comprendre ce qu’ils sont, tu apprends aussi toi-


même de chaque rencontre.

Tu es plein de ressources, aie foi en ton regard, aie foi en l’ave-


nir, car celui que tu es présentement ne cessera de grandir.

S’accepter et s’estimer suppose de s’accorder régulièrement


des « moments solo » qui permettent de mieux se connaître,
de faire des choses avec soi et pour soi, d’apprécier sa propre
compagnie et éventuellement (car on est rarement totalement
seul), celle d’un entourage non humain digne de considération
et d’admiration : celui que constituent la nature et certains objets
qui nous sont chers et auxquels il peut être intéressant d’accor-
der aussi du temps et de l’attention (un livre, un album souvenir,
une œuvre d’art, un journal intime). Là où la pression sociale est
forte, où l’esprit collectif tend à supplanter l’expression indivi-
duelle, se développent des modes de pensée et des styles de
vie (lifestyle) réhabilitant la solitude ; dans la plupart des cas, il
ne s’agit pas, heureusement, de couper définitivement l’individu
de la réalité ou de l’isoler durablement (choix de vie qui serait
dangereux pour l’équilibre psychique) ; il s’agit seulement de se
ménager des plages de répit, de retrait momentané pour « souf-
fler », « déstresser », se retrouver soi-même, avec la perspective
de réintégrer, avec l’esprit apaisé, la vie en communauté, en fa-
mille ou en couple, ceci sans qu’il y ait forcément des tensions ou
dissensions à affronter !

Cultiver des moments de solitude positive, productive (sans


céder à l’ennui ou à la mélancolie et sans partis pris égoïstes)
contribue à développer l’estime de soi, à « décélérer » (ralentir
son rythme de vie), à atténuer le stress, à trouver quiétude et
sérénité. Dans certains pays, l’attitude est encouragée et donne

155
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

lieu à de véritables pratiques culturelles, telles le « Niksen » aux


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Pays-Bas, le « Hygge » au Danemark, le « Lagom » en Suède, le


« Coorie » en Écosse, le « Wabi-Sabi » au Japon et le « Honjok »
en Corée du Sud. Si c’est sous des formes diverses que se décline
dans le monde la « Slow Life », on retrouve partout le besoin d’au-
thenticité, de simplicité, de sobriété et la mise en application de
principes écologiques, esthétiques et spirituels.

Inspirons-nous, par exemple, du « Honjok » sud-coréen qui, certes,


a tout son sens dans un pays où le poids du collectif peut se faire
ressentir (notamment dans les milieux familial et professionnel)
mais qui, finalement, s’avère bénéfique dans tous les pays urbani-
sés et industrialisés où la vie devient trépidante et chronophage,
ce qui mène au surmenage, au « burn-out », à la « malbouffe » et
autres manifestations de mal-être.

Sois « honjok » : heureux d’être en ta compagnie

Sache prendre du temps pour toi.


Consacre des moments quotidiens ou hebdomadaires, si pos-
sible réguliers, à te retrouver avec toi-même.
Ce peut être chez toi, à condition de ne pas risquer d’être dé-
rangé, lis, écris, peints, écoute de la musique, prends un bain
aux huiles essentielles, jardine…
Ce peut être dans ton lieu de travail, si un espace est prévu
pour se détendre (sous une forme ou sous une autre) en toute
tranquillité.
Ce peut être dans un musée, dans une librairie, dans une galerie
d’art, dans une salle de théâtre, de concert, de cinéma, de res-
taurant… (certes, un public sera présent mais tu t’inviteras seul).
Ce peut être (mieux encore) dans un jardin (le tien ou un autre),
un parc, une forêt, sur un chemin de montagne, sur une plage…
marche, cours, nage, regarde les étoiles, médite (tu seras alors
dans la nature, avec la nature, en « corps à corps » avec elle).

156
« DEVIENS QUI TU ES »

Si tu vis en couple, ce que tu te permets, accepte bien sûr que


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ton compagnon ou ta compagne se le permette aussi, sinon ta


démarche serait individualiste et discriminante (par ailleurs, un
couple a tout intérêt à se réserver des moments en « duo » pour
se retrouver et partager des activités hors du cadre familial).

Ces recommandations peuvent te sembler simplistes mais, de


tout temps et en tous lieux, des « sages » parmi les plus véné-
rés ont associé le sentiment de plénitude de l’être à l’absence
d’ostentation et au rejet du superflu. À condition de ne pas avoir
l’esprit tourmenté, un ego surdimensionné et/ou des besoins ma-
tériels excessifs, être seul peut être l’occasion de retrouver une
simplicité de vie et de pensée que le monde moderne a fini par
faire oublier ou contribue à faire déconsidérer : la simplicité peut
ainsi être associée à la pauvreté, à la précarité (sur le plan maté-
riel), à la naïveté ou à la faiblesse d’esprit (sur le plan psychique).

Il y a toutefois aujourd’hui une redécouverte des vertus de la


simplicité et un courant de pensée se développe en faveur d’une
« simplicité volontaire » et d’une « sobriété heureuse » dans nos
modes d’être et d’existence, au niveau de notre habitat (épurer
et désencombrer notre domicile), de notre habillement (moins
de vêtements), de notre alimentation (manger mieux et local), de
notre consommation de biens, de services et d’énergie (arrêter
de surconsommer, consommer responsable, recycler…), égale-
ment au niveau du travail, du transport, de l’hygiène, des loisirs…
La lecture des œuvres de Pierre Rabhi ou de Serge Mongeau (qui
ne sont pas des « utopistes ») montre que de nouveaux gestes
(simples eux-mêmes) sont à adopter pour améliorer notre cadre
de vie, nos relations avec les autres et avec nous-mêmes, ce qui
ne peut que favoriser l’estime de soi. S’estimer soi-même est,
entre autres, se sentir bien en sa propre compagnie… ceci en
toute simplicité !

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

3 : Exploite tes ressources internes et capacités


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L’excellence
Nous avons tous des ressources que souvent (trop souvent)
nous ignorons ou sous-estimons, que parfois des personnes
et des événements nous révèlent mais que le développement
personnel nous aide toujours à mettre à jour. Nous n’évoquons
bien évidemment pas les ressources matérielles et financières,
bien que certains coachs prétendent faire accéder ceux qu’ils
accompagnent à la fortune. Nous parlons d’autres formes de ri-
chesse dont nous pouvons tirer profit sur le plan du bien-être,
de l’équilibre psychique : environnement sécurisant et stimulant,
événements heureux, pensées et émotions positives, états pro-
pices à la réussite (« états-ressources ») … Ce qu’on appelle « ex-
cellence » est simplement l’ensemble des bénéfices qu’on peut ti-
rer de l’utilisation adéquate de ces ressources (utilisation adaptée
aux circonstances, conforme aux objectifs, en phase avec la per-
sonnalité), le bénéfice premier étant le sentiment de plénitude
(accomplissement de soi). « L’envie d’atteindre son plein potentiel
est une clé ouvrant la porte de l’excellence. » (Confucius).

L’éventail des ressources personnelles


Ressources externes

Naturelles Humaines Evénementielles

Ressources internes

Physiques Psychiques
(ontosoma) (ontopsyché)

Sensorielles Motrices Cognitives Affectives

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« DEVIENS QUI TU ES »

Les ressources peuvent être extérieures à nous (ce sont celles


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qu’en général nous identifions le plus facilement). Lieux-res-


sources (que nous qualifierons d’« ontosites ») présents au sein
de notre écosphère, propices au « ressourcement », espaces où
nous pouvons « décélérer », prendre notre temps, nous consacrer
à nous-mêmes (« Slow Life »). Personnes-ressources au sein de
notre sociosphère : proches qui sont nos « alliés », professionnels
sur qui nous pouvons compter pour franchir les épreuves de la
vie (soignants, enseignants, tuteurs et mentors). À ces lieux et
personnes sont souvent associés des instants de grâce, des mo-
ments exceptionnels : « moments-ressources » partie prenante
de notre chronosphère.

Nos ressources internes, elles, sont physiques (constituant la ré-


serve énergétique de notre ontosoma) d’une part, psychiques
(affectives et cognitives, alimentant respectivement, au sein de
notre ontopsyché, nos états internes et nos processus internes)
d’autre part. Ces ressources-là sont une richesse héritée en par-
tie de notre éducation, acquise aussi lors de nos apprentissages.
Viser l’excellence, c’est utiliser pleinement et adéquatement cette
précieuse réserve personnelle d’affects positifs, de savoirs, sa-
voir-faire et savoir-être. « Grandir n’est pas s’enrichir de quelque
chose de nouveau mais découvrir ce que l’on a déjà à l’intérieur »,
déclare le philosophe et écrivain suisse Alexandre Jollien. Nous
acquiesçons mais ajoutons qu’on peut toujours acquérir de nou-
velles ressources au fil de sa vie et qu’il ne suffit pas de découvrir
ses ressources (par exemple à l’occasion de l’ontodiagnostic) :
il faut aussi les exploiter (objectif primordial de l’ontopraxis), ce
que ce philosophe a d’ailleurs su faire en surmontant son handi-
cap physique (infirmité motrice cérébrale), « déterminé à devenir
ce qu’il est avec une infinie patience », pour reprendre une autre
de ses déclarations.

Plusieurs exercices de PNL permettent d’accéder à nos res-


sources, de choisir un « état-ressource », d’y entrer (par l’évoca-

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

tion mentale et corporelle), d’en disposer à l’avenir (ancrages).


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Nous t’en proposons trois, souvent utilisés dans les formations


au coaching.

Le jeu des mentors (PNL)

Représente-toi trois personnes que tu connais, que tu as


connues ou dont tu as entendu parler et dont tu admires la
personnalité, dont tu vantes les qualités et les mérites. Elles
sont exemplaires à tes yeux. Il peut s’agir de proches (vivants
ou décédés), de personnages légendaires ou historiques dont
tu veux t’inspirer ou dont tu t’inspires déjà. Aligne-les devant
toi en les symbolisant éventuellement par des chaises et féli-
cite-les tour à tour comme dans l’exercice du panégyrique ef-
fectué avec toi-même. Considère-les comme des ressources
extérieures et, s’il ne s’agit nullement de les imiter (car tu dois
devenir toi-même et non un autre), prends-les pour modèles,
c’est-à-dire comme supports et repères intériorisés (« mentors
intérieurs ») pour penser et agir efficacement.

Pour rappel, Mentor (dans la mythologie grecque) était le pré-


cepteur auquel Ulysse confia son fils Télémaque lorsqu’il par-
tit pour la guerre de Troie. Le mentor est un guide attentif, un
conseiller expérimenté, il t’éveille, il t’éclaire, il te stimule, il te
montre la voie.

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« DEVIENS QUI TU ES »

Le triangle de ressourcement (PNL)


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Futur

Personne+
(3)

Ressources

(4)
Moment+ Lieu+
(1) (2)

Trace un triangle sur le sol. Réalise le schéma ci-dessous : la


pointe inférieure gauche représentant un moment-ressource, la
pointe inférieure droite un lieu-ressource, la pointe supérieure
centrale une personne-ressource.

(1) Associe-toi d’abord à un moment-ressource (en te plaçant


à la pointe correspondante inférieure gauche : cf. ci-dessus) :
ferme les yeux (état interne), pense à un événement, à un mo-
ment où tu as démontré une compétence, une capacité, un
talent (expérience d’apprentissage réussi), identifie cette res-
source, imprègne-toi de cet instant magique.

(2) Associe-toi ensuite à un lieu-ressource (en te plaçant à la


pointe inférieure droite) : visualise un endroit où tu as expéri-
menté une autre ressource, ce qui a été pour toi source de sa-
tisfaction, de bien-être.

161
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

(3) Associe-toi enfin à une personne-ressource (en te plaçant


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à la pointe supérieure), cette personne pouvant être éventuel-


lement l’un des mentors de l’exercice précédent : toujours en
état interne (les yeux fermés), revois son visage, sa silhouette,
remémore-toi ce qu’elle t’a dit de positif, comment elle t’a va-
lorisé (si tu l’as vraiment rencontrée) ou imagine-la dans les
mêmes dispositions à ton égard (situation de reconnaissance)
dans un contexte où elle serait à tes côtés.

(4) Place-toi ensuite au centre du triangle, symboliquement es-


pace de convergence des ressources. Pense à un projet pour
lequel les ressources qui ont été identifiées seront mobilisées
(marquant un moment d’arrêt pour cette réflexion).

Lorsque tu te sens prêt psychologiquement pour utiliser ces


ressources dans la situation à laquelle tu as pensé, sors du
triangle par sa pointe supérieure : marche confiant vers le futur

L’ancrage de ressource (PNL)

L’objectif est de te placer dans un état émotionnel positif


(état-ressource), un état dans lequel tu souhaiterais te trouver le
plus souvent possible.

Mets-toi en état interne. Remémore-toi un moment associé à un


sentiment de bien-être, de plénitude, de puissance.

Revis cette situation en laissant venir des images, en visualisant


la scène, en la ressentant corporellement (Quelle était ta pos-
ture ? Quels gestes avais-tu ? Comment respirais-tu ? Quelle
était l’expression de ton visage ? Quel était le son de ta voix ?).
Amplifie ces sensations.

Identifie cette ressource, trouve un mot pour la désigner et, tout


en prononçant ce mot (exemple : détermination), serre forte-
ment le poing pour ancrer physiquement la ressource.

162
« DEVIENS QUI TU ES »

Quand, à l’avenir, il te faudra utiliser cette ressource, répète


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ce geste qui servira de déclencheur : il te permettra de te re-


trouver dans l’état recherché. Cette technique psychocorpo-
relle peut bien sûr être associée à la respiration ventrale, utile
pour combattre le trac ou le stress que connaissent les artistes
avant de monter sur scène, les sportifs au moment d’entrer en
compétition, les étudiants en situation d’examen, les deman-
deurs d’emploi lors des épreuves de recrutement, situations
auxquelles il est nécessaire de se préparer mentalement mais
aussi physiquement.

4 : Maintiens ta motivation à changer


L’amélioration constante
Le concept de changement a été développé par des sociologues,
des économistes, des psychologues et les applications pratiques
sont nombreuses : management des entreprises, productivité in-
dustrielle, santé, coaching… Parmi les méthodes les plus utilisées,
celle du « kaizen » (« changement pour le meilleur » en japonais),
conçue dans les années 1950-1960 par le consultant d’affaires Ma-
saaki Imai pour de grandes firmes japonaises et américaines, s’est
étendue peu à peu aux secteurs de la formation et du développe-
ment personnel. Voici les grands principes de la démarche dite
d’« amélioration continue », totalement applicables à la construc-
tion de soi progressive, lente, patiente et assurée.

Ces conseils certes s’inscrivent dans le cadre d’une méthode (qui


a pu être qualifiée de « méthode douce pour le changement »)
mais les suivre, c’est aussi adopter un état d’esprit qui doit perdu-
rer et ceci malgré les moments de vulnérabilité pouvant survenir
sur une trajectoire de vie nécessairement non rectiligne (des obs-
tacles peuvent surgir sur notre route, les « petits pas » sont alors
des rebonds après les passages difficiles).

163
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Kaizen : le changement continu, « à petits pas »


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Renforce progressivement ta motivation à changer.


Change, avec l’objectif non de devenir un autre mais de deve-
nir toi-même autrement.
Vise l’excellence, c’est-à-dire l’optimisation de ton potentiel.
Ne cherche pas la perfection mais l’amélioration continue.
Préfère les petits changements successifs à un unique change-
ment radical.
Hiérarchise les changements, procède pour commencer par
ceux qui sont faciles et rapides.
Règle les problèmes sans attendre.
Quand il y a un problème, recherche quelle en est la cause
première.
Quand tu échoues, ne recherche ni excuse ni coupable (toi y
compris).
Sache te remettre en question, admets l’erreur et l’échec.
Tire profit des expériences négatives.
Ne pense jamais qu’il est impossible de faire mieux.
Prends conseil avant de prendre une décision.
Aie toujours l’esprit créatif, le désir d’innover.

En parlant de « rebond », une image nous vient à l’esprit, celle de


la « Grande Vague de Kanagawa ».

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« DEVIENS QUI TU ES »

La Vague d’Hokusai
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Le dessinateur japonais Hokusai (artiste majeur du courant de


l’ukiyo-e mettant en scène le « monde flottant ») a représenté,
en 1831, dans sa célèbre estampe gravée sur bois, des marins
pêcheurs à bord de trois frêles embarcations affrontant une
vague gigantesque (lors d’une forte tempête, d’un typhon
ou d’un tsunami) : symbolisation des efforts que doit fournir
l’homme pour s’adapter à un environnement « impermanent »
(selon la conception bouddhiste).

Pour nous, l’image de cette vague déferlante en appelle une


autre, par contraste : celle du dauphin rebondissant d’une vague
à l’autre avec une extraordinaire aisance, modèle pour qui veut
s’inscrire dans une dynamique de croissance et de changement
continu, par sauts successifs (qualifié de « changement génératif »
par Gregory Bateson et Robert Dilts).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Soyons inspirés par l’ouvrage de Paul L. Kordis et de Dudley


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Lynch, La Stratégie du dauphin (1998), dont voici des extraits :

La stratégie du dauphin

« Le dauphin croit au pouvoir d’une pensée puissante […] il sait


mieux que quiconque surfer sur la vague du changement […]
Les dauphins, qui ont consacré du temps à analyser l’endroit
où ils se trouvent sur la vague, savent qu’en phase ascendante
tout vous réussit et que tout bloque en phase descendante.
Ils évitent le creux en se dégageant à temps pour surfer sur
une autre vague qu’ils n’ont peut-être pas eux-mêmes créée
[…] Cette dynamique de la vague oblige le dauphin à se re-
mettre régulièrement en question, à quitter ses croyances
quand elles ne servent plus et développer sa capacité à
changer de jeu et à inventer de nouveau […] Il pense que
voir loin dans le futur permet de voir mieux au présent. La
conscience d’un but lui apporte un ancrage qui lui permet
de choisir librement à chaque instant la meilleure stratégie. »

Même quand on n’est pas pratiquant de sports aquatiques,


notamment de surf ou de « cinquième nage », la métaphore
du cétacé peut parler. Sachons réagir aux fluctuations de
la vie personnelle et aux mutations de la société, soyons
flexibles, agissons de manière fluide, rejetons toute rigidité.
Soyons « dauphins » dans « les eaux agitées de la planète hu-
maine » où, selon les deux auteurs, « nagent en grand nombre
des requins et des carpes ». N’oublions pas que les dauphins
sont aussi proches des humains, communiquent avec eux, les
aident (rabattant, par exemple, les poissons dans les filets des
pêcheurs imragen, en Mauritanie) et même s’avèrent des au-
xiliaires de soins pour les enfants autistes (delphinothérapie
pratiquée notamment en Floride, au Mexique, en Turquie, en
Israël, en Polynésie française).

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« DEVIENS QUI TU ES »

Être « dauphin », c’est aussi avoir le sens du collectif, s’enrichir


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de la diversité, ne pas s’entêter à vouloir (selon le mot d’ordre


révolutionnaire de Mai 1968) « changer le monde » en voulant
« tout, tout de suite » mais faciliter le changement positif autour
de soi, par l’entraide, la solidarité.

« Tu veux un monde meilleur, plus fraternel, plus juste ? Eh bien,


commence à le faire. Qui t’en empêche ? Fais-le en toi et autour
de toi, fais-le avec ceux qui veulent. Fais-le en petit et il grandi-
ra. » (Carl Gustav Jung)

5 : Développe ta capacité d’attention


La calibration
Reliance, estime de soi, recherche de l’excellence et amélioration
constante supposent le recours à la capacité d’attention, laquelle
est sans doute mise à mal dans la société actuelle caractérisée
par l’accélération du rythme de vie et le télescopage des infor-
mations. Il est d’ailleurs observé que les enfants et adolescents
ont de plus en plus de difficulté pour fixer l’attention, ce qui pro-
voque des problèmes d’apprentissage et de comportement en
milieu scolaire. Alors, cultiver son attention, l’affiner, la renforcer
importe dans la phase d’ontopraxis comme dans toutes les dé-
marches visant à l’éveil spirituel ; ainsi, dans le bouddhisme, trois
attitudes (déclinées en termes pali) sont suggérées aux médi-
tants : Sati (pleine attention, conscience claire, perception « pé-
nétrante »), Dhamma Vicaya (curiosité) et Samadhi (concentration,
rassemblement des énergies), attitudes fondant une « attention
juste » (bien intentionnée et libératrice) et évitant l’installation
d’une « attention erronée » (malveillante et aliénante). À signaler
que la concentration, dans la perspective bouddhiste, est une vi-
gilance accrue et soutenue mais tranquille (sans aucune tension),

167
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

visant à pacifier l’esprit, à atteindre un état de totale sérénité (et


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non à générer le stress).

Vois ci-après les conseils d’un spécialiste de neurosciences, le pro-


fesseur William P. Klein pour développer la capacité d’attention :

Bases de l’attention

Apprends à regarder les détails lorsque tu observes (par


exemple : ceux d’un paysage, d’une plante, d’un monument,
d’un tableau).
Apprécie les plaisirs simples de la vie.
Profite pleinement de l’instant présent.
Fixe-toi des objectifs de court terme.
Ne laisse pas ton esprit errer.
Évite d’entreprendre simultanément plusieurs tâches.
Apprends à te concentrer à des moments ou dans des lieux où
tu t’isoles et où tu es en paix.

Quand nous sommes en relation avec les autres, nous devons


mobiliser notre attention pour mieux les comprendre, mieux per-
cevoir leurs intentions, mieux communiquer et, s’il s’agit de les
aider, savoir répondre à leurs attentes ou à leurs demandes (dans
les soins et dans le travail social notamment). Nos moyens sont
alors d’une part l’observation (attention visuelle, donnant lieu en
PNL et en hypnose ericksonienne au procédé de la « calibration »)
et l’écoute (attention auditive, donnant lieu dans l’approche ro-
gérienne « centrée sur la personne » au procédé d’écoute active
et compréhensive, dite empathique). Deux outils puissants de la
communication que nous te recommandons pour faire mieux que
« faire attention » : « prêter attention » aux autres. Observer est
mieux que voir (c’est voir de manière précise), écouter est mieux

168
« DEVIENS QUI TU ES »

qu’entendre (c’est entendre pour comprendre) : « être à l’écoute »


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c’est observer et écouter tout à la fois.

Observer : la méthode de la « calibration »

« Calibrer » consiste à observer finement les comportements


d’une personne pour savoir ce qu’elle pense (processus interne)
et ce qu’elle ressent (état interne), le décodage de sa commu-
nication non verbale (ses expressions corporelles) permettant
d’interagir de manière adaptée (qu’il s’agisse d’une simple ren-
contre, d’une conversation, d’une entrevue ou d’un entretien
professionnel). Tout aidant est amené à développer son sens
de l’observation, la calibration lui donne accès à un niveau plus
élaboré d’attention visuelle, le regard ne devant être toutefois
ni jugeant ni « inquisiteur. »

Observe les mouvements des yeux, la direction du regard (cf.


ci-après : les clefs d’accès oculaires).
Observe les gestes (le « langage silencieux » : kinésiologie).
Observe les postures (pour gestes et postures, tiens compte de
l’état de santé, de l’âge, de la culture).
Observe les mimiques et expressions émotionnelles du visage
(rire, sourire, pleurs, grimaces, tics…).
Observe les modifications physiologiques visibles (pâleur, rou-
geur, sueur, frissons…).
Observe l’organisation et l’utilisation de l’espace (tiens compte
des variantes culturelles : proxémie).
Observe l’orientation dans l’espace en cas de déplacement
(tiens compte d’un éventuel handicap).
Observe le rapport au corps (aisance corporelle ? rigidité ?
gêne ? maladresse ?).

169
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Des psychologues (tel William James) et neurologues avaient


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déjà constaté avant la création de la PNL des correspondances


entre processus de pensée et mouvements des yeux ; cependant,
ce sont John Grinder et Richard Bandler qui, tout en affinant ces
correspondances, en ont fait des informations non verbales pri-
mordiales (des « clés d’accès ») pour « créer le rapport », orienter,
optimiser et rendre réactive la communication. Ceci n’ayant de
sens que si la personne observée ne présente pas de problème
de strabisme convergent ou divergent ! En tenant compte aussi
du fait que ce qui est décrit ci-après concernant les mouvements
des yeux habituels des droitiers, ces mouvements sont à inverser
(vers le côté opposé) pour les gauchers.

Les clefs d’accès oculaires (Eye Accessing Cues)

Visuel construit Visuel évoqué

Auditif construit Auditif évoqué

Kinésthésique Dialogue interne

Différents mouvements des yeux peuvent être perçus par l’ob-


servateur. Ils informent sur le système sensoriel auquel recourt
la personne observée : pense-t-elle en fonction d’images (re-
gistre visuel), de sons (registre auditif) ou de sensations (re-
gistre kinesthésique) ?

Ces mouvements oculaires sont répertoriés ci-après et sont à


lier au schéma ci-dessus. Précisant que la direction indiquée
correspond au côté gauche ou droit du sujet observé et que ce
sujet est droitier (dans le cas d’un gaucher, les clés d’accès sont
inversées).

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« DEVIENS QUI TU ES »

- Yeux tournés en haut vers la gauche : visuel souvenir (évoqué,


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remémoré). La personne se souvient d’images.


- Yeux tournés en haut vers la droite : visuel construit ou imagi-
né. La personne crée des images.
- Yeux tournés au milieu vers la gauche : auditif souvenir (évo-
qué, remémoré). La personne se souvient de sons (bruits,
conversations, musique).
- Yeux tournés au milieu vers la droite : auditif construit ou ima-
giné. La personne crée des sons.
- Yeux tournés en bas vers la gauche : auditif interne (dialogue
interne). La personne se parle à elle-même.
- Yeux tournés en bas vers la droite : kinesthésique. La per-
sonne ressent des émotions, des sensations olfactives, gus-
tatives, tactiles.

La technique est utilisée pour mieux accéder aux processus in-


ternes de ceux avec qui nous communiquons, pour repérer le
registre sensoriel dans lequel ces personnes s’inscrivent pour
se représenter une situation. Ces éléments d’information per-
mettent de s’adapter, de s’ajuster, de s’accorder, de se synchro-
niser et donc de dialoguer vraiment.

S’il ne s’agit nullement de devenir physionomiste ou morphopsy-


chologue, il convient dans les moments de rencontre décisifs
de s’appuyer sur ces macro- et micro-comportements pour faire
évoluer favorablement une interaction ; de tels indicateurs sont
bien utiles pour se synchroniser avec une personne, c’est-à-dire
établir rapidement le contact, se situer dans un registre compor-
temental et mental qui lui est familier, s’adapter à ses modes de
fonctionnement, à ses représentations, à son état du moment
(sans mimétisme bien sûr).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Écouter : l’écoute attentive, active et


compréhensive
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Élimine tes mauvaises habitudes (ex. : parler plus qu’écouter,


couper la parole, parler à la place de l’autre, porter des juge-
ments hâtifs…).
Sois ouvert à l’autre, aux systèmes de valeurs, modes de vie et
de pensée différents des tiens.
Sois intéressé par l’autre.
Sois motivé pour le dialogue, l’échange.
Regarde ton interlocuteur en évitant les regards scrutateurs ou
inquisiteurs qui bloquent, intimident (les « yeux révolver » et le
« regard qui tue » chantés par Marc Lavoine n’ont pas toujours
un pouvoir de séduction !).
Aie les paroles, les gestes, les attitudes qui rassurent (écoute
bienveillante).
Sois souple, fais preuve de flexibilité. Abandonne les position-
nements rigides.
Sois sensible aux intonations, aux variations de la voix, aux mo-
difications de la respiration.
Clarifie ce que tu dis, fais clarifier ce qui t’est dit s’il y a une
difficulté de compréhension.
Reformule ce qui t’a été dit pour vérifier que tu as bien compris
(feed-back).
Sois attentif aux silences.
Ne te laisse pas distraire tant intérieurement par tes pensées
qu’extérieurement par ton entourage.

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« DEVIENS QUI TU ES »

6 : Développe ta capacité de compréhension


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L’empathie
Faire attention à quelqu’un relève essentiellement de la cognition
(il est fait appel à la perception et à la compréhension intellec-
tuelle). Prêter attention suppose un effort supplémentaire, une
mobilisation de notre affectivité : on parlera de compréhension
affective, mieux encore d’empathie. Le terme, utilisé à la fin du
XIXe siècle et au début du XXe siècle en Allemagne par les phi-
losophes Robert Vischer et Theodor Lipps ou par le psychiatre
Karl Jaspers, en Angleterre par le psychologue Edward Titchener,
est devenu un « mot-clé » de la psychanalyse freudienne et jun-
gienne et de deux courants de la psychologie nord-américaine :
la psychologie du soi (Heinz Kohut) et la psychologie humaniste
(Carl Rogers).

« Être empathique, précise Carl Rogers, c’est percevoir le cadre


de référence de l’autre avec précision et avec les comportements
et significations émotionnels qui s’y rapportent comme si l’on était
la personne mais sans jamais perdre la condition du comme si. »
On comprendra que cette attitude n’est pas évidente et qu’elle
n’a vraiment rien à voir avec la sympathie (qui suppose une fusion,
voire une confusion entre soi et l’autre) et avec la compassion (qui
relève soit de l’esprit de charité dans la religion chrétienne, soit
de la rencontre spirituelle dans le cadre de la pensée boudd-
histe). Se mettre à la place de l’autre, comprendre affectivement
son fonctionnement, ses sentiments, ses émotions, ses besoins
nécessite un modelage éducatif et culturel qui ne fait pas forcé-
ment partie des apprentissages familiaux et scolaires, or l’em-
pathie, ça s’apprend. Le Danemark est le seul pays à sensibiliser
(depuis 1993), dans les écoles et collèges, les élèves de 6 à 16 ans
à cette forme d’intelligence relationnelle dans des cours d’une
heure, hebdomadaires et obligatoires. La Belgique, les Pays-Bas
et depuis peu la France s’inspirent de cette expérience dans
quelques établissements mais il n’y a pas d’obligation à assurer

173
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

ce type d’enseignement, ce qui est dommage. Le psychosocio-


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logue Jacques Salomé intègre l’empathie dans un ensemble


d’apprentissages constituant une « grammaire relationnelle » qui
devrait figurer au programme des classes primaires.

Contradictoirement, l’empathie est décriée aujourd’hui par cer-


tains psychologues qui la considèrent comme une illusion ou un
piège dans les relations interpersonnelles. Ainsi, le psychologue
canadien Paul Bloom, dans son livre Contre l’empathie, qualifie
de « partiale, bornée et capricieuse » cette disposition affective
positive célébrée par ses prédécesseurs « psychologues huma-
nistes ». Position radicale et provocatrice, en tout cas réductrice
car basée sur l’idée que l’empathie est un parti pris systématique
de bonté et d’altruisme, ce qu’elle n’est pas et ne doit surtout pas
être. Une personne empathique est « miroir » mais ne doit pas
être « éponge », sous peine de s’oublier, de se négliger, voire de
se détruire. L’empathie se dose comme un remède, nous devons
en faire un usage raisonné, ne l’utilisant que dans les situations
de la vie familiale, sociale, professionnelle où nous ne sommes
pas victimisés, menacés, manipulés, humiliés, dans celles où les
personnes avec qui nous interagissons n’ont pas de mauvaise in-
tention à notre égard, sont proches affectivement de nous et bien
sûr aussi celles où notre aide, nos conseils, notre soutien sont
sollicités. L’empathie n’est pas indiquée et est contre-productive
avec des sujets agressifs, caractériels, psychorigides, pervers.

L’agréabilité, l’un des cinq grands traits de personnalité (« Big


Five ») décrits par le psychologue américain Lewis Goldberg, ca-
ractérisée par le fait d’être tolérant, indulgent et altruiste, favo-
rise l’empathie : on voit bien que le trait en question nous sert la
plupart du temps (renvoyant de nous une image positive et nous
attirant l’estime d’autrui) mais être « aimable », dans certaines
circonstances, peut être une attitude inadaptée nous rendant
vulnérables, nous privant du sens critique et nous faisant perdre
notre autonomie. Tels sont les dangers et telles sont les limites

174
« DEVIENS QUI TU ES »

de l’empathie à laquelle il ne faut pas pour autant renoncer. D’ail-


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leurs, les neurobiologistes et endocrinologues nous éclairent au-


jourd’hui sur les fondements naturels de l’empathie : ils mettent
en évidence le rôle joué par l’ocytocine, hormone synthétisée
dans l’hypothalamus, libérée par l’hypophyse, intervenant dans
les comportements prosociaux (attachement maternel, relation
amoureuse, conduite empathique). Une carence en ocytocine
génère un déficit d’empathie qui est source de mal-être ; alors,
préservons sa production !

Conseils pour une empathie « raisonnée »

Tu auras compris que l’empathie, d’une part, exige l’authentici-


té (elle doit être sincère), d’autre part doit se pratiquer dans des
cadres précis, à des moments opportuns, avec des personnes
dont les intentions ne sont pas hostiles ou inspirées par la re-
cherche de pouvoir, auquel cas l’assertivité (cf. Point 8) est la
réaction adaptée.

Sois à l’écoute de l’autre (écoute et observe).

Développe ta bienveillance.

Garde-toi des jugements hâtifs, n’aie pas d’idée préconçue.

Prends en compte l’avis des autres.

Sache capter les émotions des autres sans en être déstabilisé.

Exprime ce que tu ressens, en réponse à ce qui t’est confié (ex-


primé verbalement ou non verbalement).

Favorise l’entraide, la solidarité, la coopération.

Si la compétition est nécessaire dans certains domaines (sports,


études, emploi…), ne la considère pas comme un affrontement
mais comme une confrontation.

175
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

7 : Maîtrise tes émotions et tes états de stress


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L’intelligence émotionnelle
S’inscrire dans une relation empathique avec l’autre, c’est-à-dire
intégrer sa sphère émotionnelle (sans le déstabiliser), suppose
d’avoir la connaissance et le contrôle de son propre fonctionne-
ment affectif. Cette double communication (avec l’autre et avec
soi-même) est la base de ce qu’on appelle l’intelligence émotion-
nelle (IE) depuis les années 1990. Les psychologues américains
Peter Salovey, John Mayer, Daniel Goleman et le psychologue
israélien Reuver Bar-On ont précisé ce que recouvre cette notion
encore controversée parce que remettant en cause les théories
purement cognitivistes de l’intelligence (classiquement mesurée
dans les tests par des épreuves dites verbales faisant appel à
la pensée abstraite d’une part et des épreuves dites de perfor-
mance faisant appel à la pensée concrète et à l’adaptation pra-
tique d’autre part). L’intelligence n’est pas seulement basée sur
les savoirs et savoir-faire (évalués à l’aide des fameux QI), elle mo-
bilise aussi le savoir-être et le savoir-être ensemble : elle est donc
aussi affective et relationnelle. « L’émotion est la source principale
de toute prise de conscience. », affirmait Carl Gustav Jung. On
admettra au moins qu’elle détermine des opinions et des prises
de décision.

L’intelligence émotionnelle (IE) mobilise états internes (EI),


processus internes (PI) et comportements externes (CE). Elle
conjugue des capacités intrapersonnelles et interpersonnelles
non innées, acquises progressivement dans les environnements
familial, scolaire, professionnel, socio-affinitaire… propices à la
construction ou à la reconstruction positive de la personnalité,
acquises sinon dans le cadre de séances de psychothérapie ou
de développement personnel.

176
« DEVIENS QUI TU ES »

Bases de l’intelligence émotionnelle


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Développe des capacités intrapersonnelles (relation à


toi-même) :
- Identifie tes propres émotions et sentiments (perception de
tes états internes).
- Comprends tes propres émotions et sentiments (conscience
de tes états internes).
- Maîtrise tes propres émotions et sentiments (maîtrise de tes
états internes).

Développe des capacités interpersonnelles (relation empa-


thique aux autres) :
- Identifie les émotions et sentiments des autres (perception
sociale).
- Comprends les émotions et sentiments des autres (conscience
sociale).
- Réagis aux émotions et sentiments des autres, aide les autres
à les maîtriser.

8 : Affirme-toi
L’assertivité et la communication non violente
Savoir gérer ses émotions rend apte à s’affirmer sans agressivité,
sans violence, ce qui est une nécessité vitale dans un monde où
l’on ne peut manquer d’être mis en question, contredit, dévalori-
sé, traité de manière injuste ou partiale… sources de frustration
et d’autodépréciation. L’assertivité est la force tranquille permet-
tant de faire face, de se défendre (c’est-à-dire de défendre ses
idées, ses projets, ses actes, son identité, ses droits), d’éventuel-
lement dire non, d’éviter la manipulation et l’emprise ou de sortir
d’un état de dépendance-soumission, sans vouloir pour autant
dominer à son tour.

177
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

On doit au psychologue américain Andrew Salter la notion d’as-


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sertivité (A), liée aux pratiques non violentes héritées de Gandhi,


adoptées par Martin Luther King et les militants du Mouvement
des droits civiques, engagés contre la ségrégation raciale aux
États-Unis dans les années 1950-1960. L’affirmation de soi a lar-
gement pris les formes politiques des combats pacifistes contre
l’apartheid (notamment en Afrique du Sud), contre le racisme et
le sexisme, de la désobéissance civile et de l’écologie mais elle
a impacté aussi les secteurs de l’éducation (éducation à la paix),
de la consommation, de la santé, du management, du sport, des
thérapies comportementales et systémiques, du développement
personnel (AT, PNL).

Autre psychologue américain, Marshall Rosenberg a développé


une méthodologie élaborée de la Communication Non Violente
(CNV) qui est d’une grande utilité pour qui veut s’entraîner à la
pratique assertive. Des sciences de la paix sont aujourd’hui ensei-
gnées dans des universités (Universités de la Paix de Namur, Pise,
Brasilia), écoles (École de la Paix de Grenoble), instituts (Centre
de Recherche pour la Paix de l’Institut Catholique de Paris) et
centres de résolution de conflits comme celui de Cape Town en
Afrique du Sud. À un niveau collectif (national ou international),
il faudrait développer une culture de paix et y recourir tant pour
prévenir et gérer les conflits que pour (r)établir une paix durable.
Il faudrait le faire à grande échelle (responsabilité incombant
aux gouvernements et aux ONG) mais chacun d’entre nous doit
s’impliquer dans ce projet humaniste en révisant ses modes de
communication au sein de ses groupes d’appartenance, dans sa
vie quotidienne, ce qui ne nécessite nullement une grande ambi-
tion et le déploiement de moyens considérables et ne peut que
contribuer favorablement au développement de soi.

Si l’on se situe dans la reliance (Point 1), si l’on développe suffi-


samment l’estime de soi (Point 2), si l’on vise l’excellence (Point 3),
si l’on recherche l’amélioration constante (Point 4), si l’on affine

178
« DEVIENS QUI TU ES »

sa perception par la calibration (Point 5), si l’on cultive l’empathie


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(Point 6) tout en la tempérant grâce à l’intelligence émotionnelle


(Point 7), alors il devient facile, il devient même tout à fait naturel
d’adopter des attitudes assertives et de communiquer de ma-
nière non violente (Point 8).

Bases de la communication assertive et non violente

Ne te laisse pas dominer, manipuler.


N’agresse pas, ne menace pas l’autre.
Ne te déprécie pas
Ne déprécie pas l’autre.
Assume tes actes
Ne culpabilise pas l’autre.
Parle en ton nom, dis « Je ».
Laisse l’autre parler en son nom.
Respecte-toi.
Respecte l’autre.
Fais-toi respecter.
Fais respecter l’autre si besoin.
Fais respecter tes droits.
Respecte ses droits.
Fais respecter ton intimité.
Respecte son intimité.
Affirme-toi, ose être toi-même.
Aide l’autre à s’affirmer si besoin.

Les techniques d’affirmation de soi sont nombreuses et il nous est


impossible de les énumérer. On peut regretter qu’elles ne soient

179
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

pas très présentes dans la formation à des activités profession-


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nelles ou bénévoles mettant en contact avec le public. Ainsi, dans


le travail associatif, il nous paraît indispensable que les aidants
soient aussi assertifs qu’empathiques car ceux en faveur de qui
ils interviennent peuvent se montrer agressifs, attendant d’avoir
des réponses immédiates et totalement satisfaisantes à leurs de-
mandes, ce qui n’est pas forcément réalisable.

Précisons que les techniques ne sont vraiment efficaces que s’il


y a, chez ceux qui y recourent, congruence entre leurs actes et
leurs intentions, leurs comportements et leurs attitudes. L’asser-
tivité ne se résume pas à des savoir-faire, elle passe forcément
par le savoir-être, elle est aussi et surtout un état d’esprit. Les
techniques sont, dans le cas présent, plus des attitudes à adopter
(ou renforcer) et à manifester (par des conduites) que des outils à
connaître et à utiliser. Vois, par exemple, si les attitudes suivantes
sont des modes de réaction qui te conviendraient dans des situa-
tions de tension.

Le DESC : formuler une critique constructive


(Gordon et Sharon Bower : « Assertive yourself », 1976)
Voilà un moyen d’exprimer un désaccord sans s’en prendre à
l’autre et en avançant une proposition pour régler le conflit :
attitude conciliatrice. Pour exemple : un rendez-vous manqué.

D : décrire (s’en tenir aux faits ; exposer la situation de manière


claire et concise) : « Nous avions convenu d’un lieu et d’une heure
pour notre rendez-vous. Je t’ai attendu en vain. Tu n’es pas venu. »

E : exprimer un ressenti (relativement aux faits, non à la per-


sonne, sans jugement) : « J’étais plutôt déçu et j’ai regretté que
nous n’ayons pas pu nous rencontrer comme prévu. »

S : suggérer ou faire suggérer une solution (la solution devant


être acceptée de part et d’autre) : « Tu me dis avoir oublié. Note
bien maintenant tes rendez-vous sur ton agenda et, si tu as un
empêchement, téléphone-moi. OK ? »

180
« DEVIENS QUI TU ES »

C : conclure en évoquant les conséquences positives du chan-


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gement d’attitude et/ou en évoquant les conséquences néga-


tives de l’absence de changement d’attitude : « On se refixe un
rendez-vous. On pourra bien discuter de notre projet. Sinon,
nous ne serons pas dans les temps et nous risquons de ne plus
pouvoir le présenter. »

Le disque rayé : savoir dire non et tenir bon


(Zev Wanderer : « Letting go », 1978)
Tu maintiens ta position jusqu’à ce que ton interlocuteur re-
nonce à sa demande insistante. Ceci sans être obtus ou têtu,
simplement parce que c’est raisonnable. Tout en étant calme et
courtois, en ne montrant aucun énervement.

Exemple de dialogue entre toi (X) et ton interlocuteur (Y) :


X : « Viens ce soir à la soirée que j’ai organisée chez moi. On va
bien s’amuser. »
Y : « Ce n’est pas possible, je dois revoir le projet à présenter
demain à la direction. »
X : « Tu aurais tort de ne pas nous rejoindre. Il y aura de l’am-
biance et de quoi manger et boire. »
Y : « Ce sera certainement agréable et je suis heureux pour vous.
Mais ma soirée sera consacrée au travail, j’en ai décidé ainsi. »
X : « Tu vas regretter de louper une occasion de t’amuser et de
faire des connaissances. »
Y : « Rien ne peut me faire changer d’avis. L’occasion, j’en suis
sûr, se représentera et je serai disponible. Merci en tout cas
pour ta proposition. Passez une bonne soirée. »

181
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

L’édredon : prendre acte


(Manuel J. Smith : « When I say no, I feel guilty », 1975)
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Ton interlocuteur argumente avec des idées que tu ne partages


pas et tu tiens à rester fidèle à tes propres opinions sans cher-
cher toutefois à les imposer.

Trois feed-back sont possibles ; les trois peuvent éventuelle-


ment être utilisés en alternance dans une discussion :

Feed-back par rapport aux faits évoqués : « effectivement ».

Feed-back par rapport à l’opinion émise : « c’est votre opinion »,


« ça n’engage que vous ».

Feed-back par rapport à l’émotion ou au sentiment exprimé :


« je comprends ce que vous ressentez ».

Le Fogging : céder du terrain sans perdre face


(David Bonham-Carter : « Express yourself,
a practical guide to assertiveness », 2013)
Tu fais part à ton interlocuteur de ton acquiescement quant à
une partie de son argumentation mais ne manques pas d’expri-
mer ton désaccord sur le reste.

« Je partage ton opinion sur ce point X, je pense que tu as en-


tièrement raison. » …

« Mais sur ce point Y, je ne suis vraiment pas d’accord, je tiens


à te le dire. »

182
« DEVIENS QUI TU ES »

Le Sphinx : laisser passer l’orage


et reprendre le dessus (Marshall Rosenberg - CNV)
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Ton interlocuteur parle avec véhémence (personne énervée


ayant des reproches à te faire ou à l’institution que tu repré-
sentes) : laisse-le s’exprimer, déverser ce qui lui tient à cœur.
Adopte une attitude stoïque. Tu l’écoutes d’abord et tu lui de-
mandes ensuite de t’écouter.

« Vous avez des choses à dire. Allez-y, je vous écoute. Dites-moi


pourquoi vous êtes ainsi en colère. » (Garde le silence, écoute
la personne attentivement, ne l’interromps pas.)

À un moment, le ton baissera, l’agressivité baissera et ce sera à


ton tour de parler.

« À mon tour maintenant de parler, à votre tour de m’écouter.


Voilà ce que j’ai compris de ce que vous m’avez dit et voilà ce
que j’ai à vous dire… »

9 : Communique efficacement et librement


L’intelligence relationnelle
Tout travail sur soi méthodique améliore (voire initie pour certains)
la communication avec soi et, nous l’avons déjà dit, une bonne
communication intrapsychique ne peut que favoriser et renfor-
cer la communication interpersonnelle. Un effort supplémentaire
est cependant exigé pour communiquer efficacement dans des
situations à enjeu personnel, social ou professionnel (se faire re-
cruter, s’exprimer devant un jury, présenter un projet, promouvoir
un produit, manager une équipe, faire part d’une décision…). Ces
situations peuvent devenir anxiogènes et stressantes si l’on n’est
pas préparé, si l’on manque de confiance en soi, si l’on ne par-
vient pas à se faire entendre… Alors il faut se fixer des règles pour
être efficace, persuasif, tout en restant serein et maître de soi.

183
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Les dix commandements (10 C)


de la communication efficace
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« Ma propre expérience d’enseignant, formateur, conférencier


et animateur d’émissions de radio et télé m’a fait réfléchir sur
les exigences de la « présentation de soi » et de l’intervention
devant un public, je pense avoir gagné en assurance et déve-
loppé une intelligence relationnelle et, à ce titre, énonce les dix
règles de base qui me semblent devoir être adoptées par tout
locuteur ou orateur désirant se faire entendre et comprendre,
ce qui est évidemment fondamental dans l’éducation et dans
les médias. » (Jean-Loup Roche).

Sois calme.
Sois courtois.
Sois confiant en toi.
Sois convaincu.
Sois convaincant.
Sois clair.
Sois compréhensible.
Sois concret.
Sois cohérent.
Sois congruent.

Ces règles, on le voit, s’appliquent tant aux attitudes (vis-à-vis de


soi et des autres) qu’aux aspects formels, structurels du discours.
Le travail le plus abouti serait bien sûr celui exigé pour l’« art ora-
toire », auxquels s’entraînent les avocats quand ils apprennent à
plaider ou les acteurs quand ils apprennent à jouer sur scène dans
les écoles de théâtre ou de cinéma. Nos ambitions sont moindres
mais il s’agit quand même de la « mise en scène de notre vie quo-
tidienne » (pour reprendre les termes du sociologue Erving Goff-

184
« DEVIENS QUI TU ES »

man) et notre objectif est d’être acteurs de notre communication.


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Revenons maintenant sur chacun des « commandements ».

- Calme : se garder d’être perturbé par une émotion parasite


comme la peur ou la colère.
- Courtoisie : être poli, respectueux de l’autre, ne pas recourir à
l’injure ou au mépris.
- Confiance en soi : être sûr de soi, croire en ses ressources, mo-
biliser ses ressources.
- Conviction : être motivé, croire en ce qu’on dit et ce qu’on fait.
- Capacité de convaincre : influencer avec intégrité, savoir argu-
menter, défendre ses idées.
- Clarté : être clair dans sa pensée et dans ses propos.
- Compréhensibilité : savoir se mettre à la portée de son inter-
locuteur, tenir compte de son âge, de sa culture, de son état
actuel.
- Concrétude : se garder des abstractions, rendre visible, illustrer.
- Cohérence : ne pas se contredire, être logique.
- Congruence : mettre en accord ses comportements externes
(actes) avec ses processus internes (pensées) et/ou états in-
ternes (sentiments, émotions).

Un onzième « C » est éventuellement à ajouter à la liste au cas où


l’on doit donner rapidement une information précise et ne pas
déconcentrer son interlocuteur ou son auditoire : la concision.
Elle est une simplification mais ne doit pas donner lieu à des
omissions. Elle n’est pas indiquée dans les débats où les idées
doivent être développées, dans les séances de dynamique de
groupe et dans les entretiens où la parole doit se libérer et où ce
qui est exprimé doit être approfondi (en séance de psychothéra-
pie, par exemple). Il est certain cependant qu’il ne faut jamais se
laisser aller à la logorrhée, flot de paroles incontrôlé qui se réduit
souvent à un soliloque confus et improductif.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Exercice d’autohypnose (hypnose ericksonienne)


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Pour te préparer à être un communicant efficace et serein,


l’autohypnose est un bon outil, comme pour toute situation
exigeant de l’assurance, de la détermination, de l’intelligence
émotionnelle et relationnelle. Je te propose un exercice dans
lequel tu seras ton propre coach, le texte, lu par toi (de préfé-
rence avec une voix lente et monocorde) ayant été enregistré
et cet enregistrement étant écouté par toi en position relaxée.
La relaxation est progressive et précède les inductions hyp-
notiques (inspirées par les « dix commandements » présentés
précédemment) :
- Assieds-toi sur une chaise ou couche-toi sur un lit. Tu es ins-
tallé confortablement.
- Ne croise pas tes bras et tes jambes. Détends-toi.
- Inspire profondément.
- Ferme les yeux maintenant et maintiens les yeux fermés. Je te
dirai quand tu pourras les ouvrir.
- Expire profondément.

Je compte pour toi de un à dix, chaque mouvement te relaxera


de plus en plus :
1. Les muscles de ton visage se détendent.
2. Les muscles de ton cou se détendent.
3. Les muscles de tes épaules se détendent.
4. Les muscles de tes bras, de tes mains, de tes doigts se
détendent.
5. Les muscles de ton ventre se détendent.
6. Les muscles de ta poitrine se détendent.
7. Les muscles de ton dos se détendent.

186
« DEVIENS QUI TU ES »

8. Les muscles de tes cuisses se détendent.


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9. Les muscles de tes jambes, de tes chevilles, de tes pieds se


détendent.
10. Ton corps est maintenant entièrement détendu.

Respire régulièrement.

Représente-toi une situation que tu vas connaître bientôt dans


ta vie personnelle ou professionnelle, une situation dans la-
quelle tu devras faire part d’un sentiment, d’une opinion ou
d’une décision qui t’appartient à une personne qu’il sera diffi-
cile de convaincre.

Tu vois le lieu précisément, délimite sa surface, ses contours.

Tu vois ton interlocuteur (ou ton interlocutrice), vois bien son


visage, les expressions de son visage,

Vois comment cette personne est habillée, vois son attitude


générale.

Tu es calme, relaxé. Tu te sens bien, tu es complètement


détendu.

Tu salues cette personne. Tu es poli avec elle. Tu n’éprouves


aucune agressivité ou aucune méfiance.

Tu es complètement confiant en toi.

Tu es convaincu de ce que tu penses, convaincu de ce que tu


vas lui dire.

Parle-lui maintenant car c’est comme si elle était là, ici et main-
tenant, devant toi. Dis-lui tout ce que tu veux lui dire.

Tu es arrivé à convaincre cette personne, elle a été OK pour


t’écouter.

Tu as été clair dans tes propos.

187
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Elle a compris ce que tu lui as dit.


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Elle a réalisé ce que tu lui as dit, elle a réalisé ce que tu voulais,


elle a réalisé ce que tu veux faire.

Tu as été cohérent, logique dans tes propos.

Tu es maintenant en accord avec toi-même, tu es OK, tu as at-


teint ton objectif.

Tu ressentiras ce bien-être physique, cette sérénité, cette assu-


rance dans des situations futures où tu dois te faire entendre,
où tu dois faire respecter ton point de vue, où tu dois faire ac-
cepter un projet qui te tient à cœur, tout en ne ressentant ni
peur, ni anxiété, ni colère.

Je compte pour toi maintenant de cinq à un :


5. Reviens à toi doucement, à ton propre rythme.
4. Respire plus rapidement.
3. Ouvre les yeux.
2. Étire-toi.
1. Respire profondément. Tu es complètement éveillé. Tu te
sens bien. Tu es plein d’énergie, en pleine possession de tes
moyens.

10 : Règle crises et conflits


Négociation et Médiation
Que ce soit dans la vie privée ou dans la vie publique, les conflits
sont inévitables mais ils sont plus ou moins intenses, plus ou moins
durables et plus ou moins préjudiciables. Ils génèrent du stress,
réaction physiologique normale mais qu’il convient de réduire ou
de résoudre car le stress non « géré » est source de déséquilibre,
de malaise interne, de frustration et/ou de violence. Interviennent

188
« DEVIENS QUI TU ES »

des mécanismes de défense et des stratégies individuelles par-


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fois inopérantes si des techniques de communication efficace ne


sont pas utilisées.

Outre les conflits intrapsychiques sur lesquels se penche la psy-


chanalyse, il existe de nombreux conflits humains qu’étudie plus
particulièrement la psychologie sociale : entre groupes (nations,
communautés ethniques, classes sociales, générations, quar-
tiers…), au sein des groupes (couple, famille, institution, entre-
prise…). Les causes sont multiples car les antagonismes sont
susceptibles d’intervenir à diverses occasions de la vie de ces
systèmes, à propos de divergences d’intérêts, de différences de
statuts, d’inégalités de traitement, de luttes de pouvoir, de situa-
tions de rivalité et de compétition…

Nos réactions aux conflits dépendent de la nature et de l’intensité


de ces conflits mais aussi et surtout de notre personnalité, de nos
seuils de tolérance, de notre état physique et psychique du mo-
ment. On distingue classiquement les « modes d’affrontement »
ou « copings » suivants :

Les « affrontements axés sur l’émotion », purement affectifs, lar-


gement inconscients, défensifs ou offensifs, déstabilisants :
- Négation du conflit (mécanisme du déni).
- Contournement du conflit (mécanisme d’évitement).
- Oubli du conflit (mécanisme de refoulement).
- Attribution du conflit au protagoniste (mécanisme de
projection).

Les « affrontements axés sur le problème », composant avec le


stress plutôt qu’avec les émotions qu’elle engendre :
- Modification du problème.
- Résolution du problème.

189
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Les « affrontements axés sur soi et sur son mode de


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communication » :
- Modification de ses propres attentes.
- Modification de ses propres attitudes.
- Modification de ses propres comportements relationnels.

On privilégiera bien sûr en développement personnel le dernier


type de traitement du conflit puisqu’il incite à travailler sur soi. Il
en résulte le recours à des méthodes et techniques dont les plus
utilisées sont la négociation (pour régler une situation où l’on est
soi-même en conflit avec une personne) et la médiation (dans le
cas où on intervient comme régulateur dans un conflit entre deux
personnes demandant ou acceptant d’être aidées).

La négociation
Les mots « négoce » et « négociation » sont dérivés du latin « ne-
gotium ». Les deux termes, l’un utilisé pour des activités com-
merciales, l’autre pour d’autres types de transactions comme les
pourparlers diplomatiques, renvoient aux notions d’interaction,
d’échange et d’accord. Négocier est un acte parfois complexe,
nécessitant du temps, exigeant des efforts, engageant affecti-
vement, supposant un apprentissage. Est-ce un art ? Peut-être,
mais négocier ne relève pas d’un talent inné, ça se travaille, ça
nécessite de l’entraînement et surtout ça implique une méthode
qui peut être très rigoureuse chez des professionnels intervenant
en situation d’extrême tension comme les négociateurs du RAID.
Les consignes qui suivent ne s’appliquent évidemment pas à une
négociation avec un forcené ou un preneur d’otages (contextes
paroxystiques, à haut risque potentiel).

190
« DEVIENS QUI TU ES »

Conditions et principes de la négociation :


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Pour négocier, vous devez, toi et la personne avec qui tu es en


litige :
- Vous rencontrer (en un lieu et à un moment favorable, en « ter-
rain neutre »).
- Avoir une attitude positive (ni dépréciation de soi ni déprécia-
tion de l’autre).
- Établir un « climat de confiance » (confiance en soi, confiance
en l’autre).
- Être sincères, honnêtes, congruents (correspondance
attitude/comportement).
- Rejeter craintes, doutes et préjugés (ni défiance ni méfiance).
- Être respectueux l’un de l’autre.
- Être calmes, patients, persévérants.
- Être attentifs, concentrés.
- Vous parler, parler clairement, parler de tout, dialoguer
(échange verbal).
- Vous écouter activement, prêter attention à ce qu’exprime
l’autre.
- Vous comprendre (intellectuellement et affectivement), le
manifester (paroles, gestes).
- Désirer, bien entendu, sortir du conflit, l’exprimer.
- Désirer parvenir à un accord (recherche de solution(s)
« gagnant-gagnant »).

191
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Méthode et technique de la négociation


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Le processus doit être le suivant :


- Commencez toujours par parler de ce qui vous oppose.
- Identifiez le conflit (dans quelles circonstances est-il apparu ?
Comment se présente-t-il ?).
- Recherchez ensemble la cause ou les causes du conflit.
- Évoquez la conséquence ou les conséquences du conflit pour
chacun d’entre vous.
- Parlez ensuite de ce que vous avez en commun (idées, opi-
nions, sentiments…), de ce qui vous rapproche (« terrain d’en-
tente », « points communs »).
- Recherchez les solutions possibles pour sortir du conflit et
parvenir à une entente.
- Choisissez la solution ou les solutions acceptables par les
deux parties (vous basant sur vos ressources respectives).
- « Scellez » le compromis (geste symbolique).

La médiation
Principes et technique de la médiation

La médiation est une « entremise destinée à amener un accord »


(entremise= action d’un intermédiaire). C’est donc l’interven-
tion d’une tierce personne, médiateur, dans une situation de
litige entre deux personnes. L’intervenant facilite la rencontre,
l’échange, la recherche de solution, la (ré)conciliation, l’éta-
blissement d’un compromis. Apparues aux États-Unis dans les
années 1960 puis au Canada dans les années 1970, les pra-
tiques de médiation ont intégré le monde judiciaire en France
dans les années 1980. La médiation familiale s’est particuliè-
rement développée dans notre pays où les conflits familiaux
et les divorces sont nombreux. Des actions de médiation sont

192
« DEVIENS QUI TU ES »

également utilisées en cas de litige état/citoyens, administra-


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tions/usagers, hôpital/patients, entreprise/employés, de pro-


blèmes de voisinage, d’environnement, de consommation…

Statut et rôle du médiateur

Le médiateur :
- Est compétent (formé ou au moins sensibilisé).
- N’improvise surtout pas (se montre méthodique).
- Est neutre (ne prend pas parti, ne se coalise pas).
- Est bienveillant (fait preuve d’empathie).
- Est juste, équitable (ne favorise pas l’un des protagonistes).
- Ne s’impose pas (aide, conseille, motive).
- Ne juge pas (ne sanctionne pas).
- N’arbitre pas (ne désigne pas un gagnant).
- Établit ou rétablit la communication (provoque la rencontre,
favorise l’échange verbal).
- Réduit les tensions (éventuellement contrôle aussi sa propre
nervosité).
- Substitue la confrontation à l’affrontement.
- Atténue le stress (éventuellement, gère aussi son propre
stress).
- Rassure, sécurise.
- Stimule, dynamise (éventuellement, remotive).
- Concilie ou réconcilie.

193
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Processus de la médiation
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Le médiateur :
- Incite les deux protagonistes à se rencontrer (les motive mais
ne les contraint pas).
- Rappelle à chacun les objectifs et les conditions de la ren-
contre (contractualisation).
- Organise la rencontre (choix du lieu, du moment, de la durée
et du déroulement, logistique).
- Sollicite l’accord des deux parties (acceptation des conditions).
- Aide chacun à entrer en relation ou à renouer avec l’autre (fa-
cilitation du contact).
- Aide chacun à parler et à échanger verbalement avec l’autre
(recours à la reformulation).
- Aide chacun à parler de soi librement (aide à l’expression).
- Aide les deux protagonistes à s’écouter l’un l’autre (aide à la
réciprocité).
- Aide chacun à préciser la nature du conflit qui les oppose
(aide à l’identification).
- Aide chacun à réfléchir sur les origines du conflit (aide à la
compréhension).
- Aide chacun à réfléchir sur les effets actuels du conflit (aide à
l’évaluation).
- Aide chacun à réfléchir sur les effets futurs éventuels du
conflit (aide à la projection).
- Aide chacun à prendre conscience de points communs (aide
à la mutualisation).
- Aide les deux protagonistes à se rejoindre (aide au
rapprochement).
- Les aide à trouver un « terrain d’entente » (aide à la (ré)conciliation).
- Les aide à mobiliser leurs ressources internes (aide à
l’optimisation).

194
« DEVIENS QUI TU ES »

- Les aide à chercher ensemble des solutions (aide à la


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résolution).
- Les aide à choisir ensemble une solution (aide à la prise de
décision).
- Les aide à mettre en œuvre la solution (aide à l’action).
- Les aide à sceller ou scelle lui-même (en tant que garant) le
compromis (engagement oral et/ou écrit).

11 : Surmonte tes épreuves, intègre ton passé


La résilience
Le terme de résilience est utilisé en physique des matériaux
pour désigner la capacité de résistance et de récupération d’un
système soumis à une tension, un choc ou une déformation. Il a
été repris métaphoriquement (à partir des années 1950) par des
psychologues, psychanalystes, victimologues, sociologues pour
désigner la capacité d’une personne, d’un groupe, voire d’une
communauté tout entière pour faire face à l’adversité, affronter
des conditions de vie difficiles, surmonter une épreuve, dépas-
ser un traumatisme sévère ou une série de stress intenses et se
construire ou reconstruire. Des facteurs internes (affectifs et co-
gnitifs) et externes (environnementaux, socioculturels, éducatifs)
facilitent ces attitudes et comportements individuels et collectifs
qu’il ne convient pas de réduire au simple « courage », à l’absence
de peur ou à la volonté d’oubli. Des victimes « résilientes » ont pu
avoir naturellement peur mais parviennent à vaincre cette peur,
ont des échecs qui leur apprennent à réussir et envisagent d’avoir
un regard nouveau sur des événements passés dont le souvenir ne
peut pas être effacé. La lecture des ouvrages du neuropsychiatre
et éthologiste Boris Cyrulnik aide à appréhender le concept de
résilience qu’il a introduit en France dans les années 1990. Nous
nous inspirerons, quant à nous, également des cultures japonaise

195
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

et sud-africaine pour mieux nous représenter ce que sont concrè-


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tement, d’une part la résilience personnelle, d’autre part la rési-


lience communautaire.

Le kintsugi ou l’art de réparer les bols cassés (Japon)

On raconte qu’au XVe siècle, le shogun (chef militaire japonais)


Ashikaga Yoshimasa aurait renvoyé en Chine à son expéditeur
un bol de thé qui lui serait parvenu endommagé, afin de le faire
réparer. Il lui aurait été retourné rafistolé à l’aide d’agrafes mé-
talliques. Il se serait alors adressé à des artisans japonais qui
auraient trouvé le moyen de rendre l’objet esthétique malgré
ses imperfections, en recouvrant les fissures avec de la poudre
d’or. Naissait un art : celui de consacrer « la beauté de la fêlure ».

Cet art ancestral japonais (toujours vivant) est un bon procédé


de récupération : on peut restaurer un objet cassé (notamment
bol ou tasse), lui redonner vie, malgré ses « cicatrices ». L’objet est
embelli et est surtout revalorisé (l’or étant symbole de force et de
richesse) en dépit de sa fragilité et de ses blessures. L’acte répara-
teur est aussi spirituel, inspiré par les préceptes du bouddhisme
zen, du taoïsme et du shintoïsme. On se situe dans le courant de
pensée (toujours actuel) du « Wabi- sabi » prônant l’acceptation
et la sublimation de l’imperfection : « Wabi-sabi est la beauté
des choses imparfaites, impermanentes et incomplètes, c’est
la beauté des choses modestes et humbles, c’est la beauté des
choses atypiques » (Leonard Koren - « Wabi-sabi à l’usage des
artistes, designers, poètes et philosophes. » Éd. Sully, 2015).

Pratique le kintsugi et/ou adopte l’état d’esprit Wabi-sabi qui


te permettront de parcourir successivement les différentes
phases d’un comportement résilient : constat d’un dommage,
acceptation, réparation, valorisation. Fais de même, autant que
possible, à l’avenir, dans les moments d’épreuve, ces moments
lors desquels et/ou à propos desquels sont si souvent utilisés
spontanément les termes de « cassure », « brisure » ou « fêlure ».

196
« DEVIENS QUI TU ES »

Nelson Mandela et la force


de l’ubuntu en Afrique du Sud
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« Des voyages personnels et missions professionnelles en


Afrique du Sud, après la sortie de l’Apartheid, m’ont fait réaliser
combien le principe de l’ubuntu (mot bantou désignant l’esprit
de solidarité, le sens du collectif) non seulement animait le plus
résilient des chefs d’État, Nelson Mandela (vingt-sept ans d’in-
carcération et cette volonté admirable de construire une nation
« arc-en-ciel » sur la base de la réconciliation) mais était aussi
mis en application dans les townships par des habitants devant
encore faire face à la précarité économique, à la promiscuité,
à la violence. Lors d’une journée passée à Khayelitsha, dans la
banlieue de Cape Town, j’avais pu constater que de nombreuses
initiatives étaient menées pour faciliter la vie quotidienne et éta-
blir du lien : cantines de quartier, radios associatives, partages
de compétences pour réhabiliter l’habitat, activités sportives,
soins… La visite de ce township de 400 000 habitants (le se-
cond plus grand township après Soweto) m’a beaucoup appris
sur la résilience collective (sans doute aussi à l’œuvre dans les
favelas de Rio ou les bidonvilles du Caire ou de Calcutta) faisant
écho à la résilience de « Madiba » qui ne peut qu’impression-
ner, surtout quand on visite le pénitencier de Robben Island et
quand on pénètre dans la minuscule cellule où il a été empri-
sonné dix-huit ans, ce que j’ai pu faire et ce qui m’a profondé-
ment marqué. » (Jean-Loup Roche).

Lors des funérailles de Nelson Mandela, le 15 décembre 2013,


le président américain Barack Obama déclarait ceci dans son
discours d’hommage : « Il fallait un homme comme Madiba
pour ne pas seulement libérer le prisonnier mais aussi le geôlier,
pour montrer que vous devez faire confiance aux autres pour
qu’ils aient confiance en vous, pour enseigner que la réconcilia-
tion ne consiste pas à occulter un passé cruel mais à l’affronter
avec un esprit d’accueil, de générosité et de vérité. Il a changé
les lois mais également les cœurs. »

197
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Mandela avait été félicité et encensé de son vivant dans le


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monde entier, il avait reçu en 1993 le prix Nobel de la paix, par-


tagé avec Frederik de Klerk qui était toujours président de la
République sud-africaine et qui l’avait fait libérer. « Ne me jugez
pas sur mes succès, jugez-moi sur le nombre de fois où je suis
tombé et où je me suis relevé », confia-t-il plus tard, montrant
qu’il était conscient de sa résilience : être honnête avec soi-
même fait partie de l’état de résilience.

Voyons quelles capacités ont été reconnues (même par des ad-
versaires politiques) à Nelson Mandela :
- L’autonomie de pensée.
- La positivité.
- La confiance en soi.
- La ténacité.
- La persévérance.
- L’assertivité.
- L’honnêteté.
- Le sens de la communication.
- La sociabilité.
- L’altruisme.
- La tolérance.
- L’empathie.
- L’humour.

Tous ces traits de personnalité étant associés à :


- La soif de liberté.
- L’idéal de justice (pour celles et ceux qui furent victimes de la
ségrégation raciale).
- Le désir de paix et de conciliation (entre communautés jadis
séparées et antagonistes).

198
« DEVIENS QUI TU ES »

- Et une force rare : celle du pardon (« le pardon libère l’âme, il


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fait disparaître la peur ; c’est pourquoi il est une arme si puis-


sante », disait Mandela qui précisait par ailleurs : « forgive, do
not forget » : « le pardon mais pas l’oubli »).

La résilience n’est pas simple adaptation. Elle n’est pas accep-


tation de l’insoutenable ou de l’intolérable (oppression, guerre,
déportation, inceste, viol, misère, injustice, passé douloureux…).
Elle est résistance, prise de distance, transformation. Elle est,
dans certains cas, pratiquement un parcours initiatique, amenant
à un remaniement psychique exigeant parfois l’effort physique,
l’engagement corporel. L’endurance physique peut précéder
ou accompagner la résilience psychique mais ce n’est pas une
obligation et l’endurance, si elle est présente, ne doit pas tuer
la sensibilité et rigidifier la pensée. Par ailleurs, être résilient et/
ou endurant ne rend nullement invulnérable, les sportifs de haut
niveau le savent bien : perdre et défaillir sont des expériences
inévitables sur lesquelles il leur faut rebondir pour retrouver la
force et le désir de gagner. La victoire sur soi compte alors autant
que la victoire sur l’autre dans la compétition. Boris Cyrulnik nous
le rappelle : « On peut découvrir en soi et autour de soi les moyens
qui permettent de revenir à la vie et d’aller de l’avant tout en gar-
dant la mémoire de sa blessure. Les chemins de vie se situent sur
une crête étroite entre toutes les formes de vulnérabilité. Être in-
vulnérable voudrait dire impossible à blesser. La seule protection
consiste à éviter les chocs qui détruisent autant qu’à éviter de trop
s’en protéger. »

Voir son passé en face et avec un regard nouveau, faire sauter


certains verrous, apaiser sa mémoire peut exiger l’intervention
d’un thérapeute si une névrose s’est installée mais, même exempt
de troubles psychiques, tout ontonaute, dans la phase de l’on-
topraxis, se doit d’entreprendre le travail rétrospectif (retour au

199
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

passé) et introspectif (examen du passé) pour se positionner soli-


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dement dans le présent et ainsi mieux se projeter dans l’avenir. Il


faut alors faire acte de résilience.

« J’évoquais précédemment le cas exemplaire de Nelson Mande-


la et ma découverte de l’ubuntu dans la Province du Cap. Je tiens
aussi à vous parler de Kim Phuc Phan Thi, une femme admirable
dont j’ai pu entendre l’émouvant témoignage lors de la 6e Confé-
rence mondiale sur la prévention et le contrôle des traumatismes
qui s’est tenue du 12 au 15 mai 2002 au Palais des congrès de
Montréal ; vous signalant au passage que son prénom signifie
« bonheur » en vietnamien. » (Jean-Loup Roche).

L’histoire de Kim : la « petite fille de la photo »


ou « petite fille au napalm »
Le 8 juin 1972, à Trang Bang, au nord de Saïgon, sur l’ordre d’un
capitaine américain, John Plummer, les pilotes de bombardiers
de l’armée sud-vietnamienne déversent quatre bombes au Na-
palm sur une pagode et sur des civils s’enfuyant de cet édifice
religieux (où ils s’étaient réfugiés), courant sur la route, pris de
panique. Le village était soupçonné d’héberger des soldats
viet-cong nord-vietnamiens. Dans un groupe d’enfants, une
fillette de 9 ans, Kim Phuc Phan Thi, est brûlée sur un tiers de
la surface du corps (dos, nuque et bras gauche) mais, ses pieds
ayant été épargnés, continue à courir en criant « non qua, nong
qua » (« ça brûle, ça brûle »). Un photographe, Nick Ut, travail-
lant pour Associated Press, est présent et photographie cette
scène terrible, photo qui va faire la une des journaux dans le
monde entier et lui vaudra le prix Politzer en 1973. Le reporter a
voulu témoigner mais n’a pas été un simple observateur passif ;
il a tenu aussi à intervenir, il s’est occupé (avec un journaliste de
la télé britannique, Chris Wayne) du transfert de la jeune vic-
time dans un hôpital. Kim a passé plus d’un an dans un hôpital
à Saïgon, a subi 17 greffes de peau.

200
« DEVIENS QUI TU ES »

Par la suite, elle est partie en 1986 pour études à Cuba (où elle
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s’est mariée). De retour de son voyage de noces à Moscou, en


1992, elle a profité de l’escale technique à Gander (Terre-Neuve)
pour demander l’asile aux autorités canadiennes pour elle et son
mari, l’un et l’autre renonçant à vivre sous un régime commu-
niste. C’est à Toronto que finalement le couple s’est installé.

La « petite fille de la photo », devenue mère, marquée à tout ja-


mais physiquement et mentalement par sa terrible expérience
mais fortement portée par sa foi baptiste (convertie au christia-
nisme), s’est mise au service des enfants en détresse et victimes
de guerres et conflits (créant la Fondation Kim Internationale) et
agit pour la promotion de la paix et de la conciliation. Elle a été
nommée « ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO » le
10 novembre 1997, un an tout juste après avoir rencontré, par
hasard, lors d’une cérémonie commémorative dédiée aux vété-
rans de la guerre du Vietnam au Mémorial de Washington, celui
qui avait donné l’ordre de bombarder et qui était devenu pas-
teur méthodiste. Elle souhaitait cette rencontre, sans sentiment
de rancœur, dans un esprit de conciliation ; lui, de son côté,
était hanté par le souvenir de cette tragédie ; ils sont tombés
dans les bras l’un de l’autre.

Kim dit « vouloir donner aux autres » parce qu’elle estime avoir
« beaucoup reçu » (sauvée par le photographe, par les méde-
cins, par son pays d’accueil, par Dieu…). Elle considère que la
paix est fondée sur « l’amour, la compréhension directe et le
pardon ». Elle dit ne pas vouloir « se noyer dans le passé ». Elle
sait qu’elle suscite l’admiration mais elle n’en tire aucune gloire,
elle estime être ni une héroïne ni une sainte (ce que ne reven-
diquent pas les personnes résilientes), elle est une personne
frêle mais non fragile, forte intérieurement, sereine et détermi-
née (ce qu’ont été aussi Nelson Mandela, Martin Gray, Primo
Levi, Simone Veil et tant d’anonymes survivants de déporta-
tions, génocides, actes terroristes et autres violences extrêmes)

201
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

La résilience n’a rien à voir avec la bravoure, l’audace, l’intrépidi-


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té ; elle n’est pas le reflet de l’insouciance ; elle n’est inspirée par


aucun besoin de reconnaissance ; elle ne relève pas d’un défi à
relever pour la gloire, pour les honneurs (regard des autres sur
soi) ou pour se prouver ce dont on est capable (regard de soi
sur soi). Elle n’est pas recherche de l’épreuve mais réaction à
l’épreuve. Elle est preuve d’ambition (ambition de survivre avant
tout) mais certainement pas d’orgueil. Elle est source de fierté
et de joie : cette fierté n’est jamais insolente et cette joie est le
plus souvent partagée. Une résilience personnelle vient souvent
servir de déclencheur pour une résilience collective, dans le cas
de l’influence exercée (de manière intègre, avec une intention
positive) sur un groupe (nation, peuple, équipe, parti, assemblée
religieuse…) par un homme ou une femme tenant lieu, selon
Boris Cyrulnik, de « tuteur de résilience ». Une personne qui a su
s’aider elle-même de manière résiliente fait souvent le choix d’ai-
der les autres, professionnellement (devenant par exemple sau-
veteur, éducateur ou psychothérapeute) ou bénévolement (dans
une association) ou bien tout simplement apporte son soutien,
occasionnellement, à quelqu’un en difficulté. Ce peut être une
chance considérable pour un enfant ou adulte victime de rencon-
trer sur son chemin une telle personne disponible, attentionnée,
bienveillante, sécurisante, optimiste, sincère, réellement motivée
pour l’accompagner, lui donner des repères, lui faire retrouver la
confiance en soi, lui faire prendre conscience de ses ressources et
de la possibilité pour lui de se projeter positivement dans l’avenir,
malgré le passé douloureux.

Boris Cyrulnik définit de nombreuses manières le processus de


résilience, en s’appuyant sur sa propre expérience d’orphelin
de parents morts en déportation à Auschwitz et d’enfant placé,
caché, recueilli pendant cette sombre période de la Seconde
Guerre mondiale. Voici une définition dont il faut peser tous les
mots : « C’est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet

202
« DEVIENS QUI TU ES »

d’arracher du plaisir à vivre malgré le murmure des fantômes au


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fond de sa mémoire. » Le fantôme est par essence ce qui revient


devant nous mais aussi dans notre pensée sans prévenir, fait ir-
ruption dans notre vie, nous importune voire nous harcèle tout
en étant lointain et insaisissable ; il vient pour nous rappeler un
malheur du passé, en attente de réparation : tel est le trauma.
Voici un exercice en quatre étapes inspiré par la définition de Bo-
ris Cyrulnik et couplé à celui, issu de la PNL, dont nous avons déjà
parlé : la ligne du temps.

Retour à la ligne du temps :


apprivoiser les « fantômes du passé »
Le but de l’exercice est d’identifier clairement dans ton passé
un souvenir qui te « hante » (tel un fantôme hantant un château),
d’atténuer sa force de nuisance, de l’empêcher de parasiter ton
esprit et, au lieu de chercher à le faire disparaître, de rendre sa
présence supportable, de « composer avec lui ». Tu n’es pas un
« ghostbuster » (« chasseur de fantômes ») et un souvenir trau-
matisant ne s’efface pas, il faut lui faire perdre sa force virale,
élaborer des anticorps.

- 1re étape : identifie le(s) fantôme(s)


Symbolise par un objet sur le sol (repérable spatialement sur
la ligne du temps que tu as tracée) un moment, un événement,
une situation qui t’a marqué, ton « fantôme du passé ».

Visualise en état interne (yeux fermés) la scène en la situant :


- Chronologiquement (à quel moment ?)
- Géographiquement (où ?)
- Socialement (avec qui ? avec ou sans témoin ?)
- Anecdotiquement (quel événement ? que s’est-il passé ?)
- Psychologiquement (quelles émotions, quels sentiments as-
tu ressentis ? Qu’as-tu pensé ? Comment as-tu réagi ? Qu’en
est-il pour toi aujourd’hui ?)

203
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Ouvre les yeux.


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Sur ta ligne de temps, vois si ce « fantôme » s’est réveillé et est


venu te tourmenter par la suite, entravant ta liberté, compromet-
tant un projet, provoquant un échec ; repère bien le moment sur
ta ligne de temps et, en état interne, comme précédemment,
examine cette situation qui a été cause de frustration et dont tu
as gardé aussi un mauvais souvenir, ouvre ensuite les yeux.

- 2e étape : découvre et mobilise ta résilience


Repère maintenant sur la ligne du temps un moment ressenti
comme fortement positif, où tu t’es senti capable, efficace, où
tu as réussi, atteint un objectif ; utilise le procédé de l’étape
précédente pour faire revivre cet instant où tu t’es révélé rési-
lient, bénéficiant éventuellement d’un tuteur ou d’une tutrice
(auquel cas, revois précisément cette personne-ressource et
remercie-la intérieurement), félicite-toi aussi intérieurement,
ouvre les yeux.

- 3e étape : pacifie ta mémoire


Repositionne-toi successivement aux endroits représentant les
« moments-fantômes » initiaux et consécutifs et (yeux ouverts),
prends, à chaque arrêt, la décision d’avoir un regard nouveau,
d’établir une distance avec ce qui revient du passé, rebondis
comme un soldat ou un sportif après une défaite sans toute-
fois te considérer comme un guerrier (car tu es sans esprit de
revanche) ou comme un compétiteur (car tu n’attends aucune
récompense).

- 4e étape : projette-toi dans l’avenir (pont vers le futur)


Positionne-toi maintenant au niveau du repère représentant le
présent sur ta ligne du temps et effectue un pont vers le fu-
tur ; projette-toi d’une nouvelle manière dans l’avenir en t’en-
gageant à mobiliser ton énergie, à exploiter tes ressources,
à recourir si besoin (et si c’est possible) à un tuteur ou à une

204
« DEVIENS QUI TU ES »

tutrice de résilience pour que d’éventuels nouveaux fantômes


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ne viennent pas te tourmenter et tirer les anciens fantômes de


leur sommeil comme on le voit au cinéma

Cet exercice permet d’appréhender objectivement (extérieure-


ment) la démarche qui s’impose (intérieurement) dans un pro-
cessus subjectif de réparation psychologique ou intersubjectif
de conciliation ou réconciliation. Le processus est semblable à
celui du « travail de deuil » décrit par les psychanalystes (Freud
lui-même en tête) mais il faut bien concevoir qu’en cas de deuil
pathologique ou de traumatisme sévère, l’aide d’un psychothé-
rapeute s’avérera nécessaire et la restauration psychique exigera
du temps et une forte motivation pour aller vers la guérison.

12 : Profite des opportunités


La sérendipité
Si la résilience est la capacité de surmonter des épreuves difficiles
et douloureuses de la vie et d’en tirer profit, la sérendipité qui est
la capacité de tirer profit des « hasards heureux », des « moments
de grâce », des événements inattendus et opportuns est tout aus-
si propice à notre maturation affective et aux progrès de notre
pensée. Dans une démarche scientifique, ce qui n’était pas at-
tendu peut être une révélation qui fait avancer la recherche. Dans
la démarche de développement personnel, il en est de même
puisque toute découverte de ressources internes insoupçonnées
peut modifier positivement, voire restaurer l’image de soi et réo-
rienter la trajectoire de vie.

Mais, au fait, d’où vient ce terme méconnu et mystérieux de « sé-


rendipité » ? Serendip est l’ancienne appellation arabe de l’île de
Ceylan, devenue Sri Lanka en 1972. Dans un recueil intitulé Les
Huit Paradis, paru en 1302, le poète persan et mystique soufi Amir

205
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Khosrow Dehlavi, reprend un conte sans doute écrit au Xe siècle


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(en hommage à un roi perse du Ve, Vahram V), Les Aventures de


trois princes de Serendip (voir le résumé ci-dessous). Le conte, le
premier du recueil, a été traduit en italien par l’orientaliste Chris-
tophe l’Arménien et publié à Venise en 1557, traduit en français
par le chevalier Louis de Mailly et publié en France en 1610 puis
1719, inspirant à Voltaire le célèbre Zadig publié en 1748. C’est
la lecture du conte, traduit en anglais et publié en Angleterre en
1722, qui suggère à l’écrivain Horace Walpole le terme de « sé-
rendipité » qu’il applique aux « découvertes inattendues faites par
accident et sagacité », comme ce fut le cas pour les trois princes
de Serendip.

Voyages et aventures
des trois princes de Sérendip
« Dans les temps heureux où les rois étaient philosophes et
s’envoyaient les uns aux autres des questions importantes pour
les résoudre, il y avait en Orient un puissant monarque nommé
Giafer qui régnait au pays de Sérendip. Ce prince avait trois en-
fants mâles… Comme il les aimait avec une extrême tendresse,
il voulut leur faire apprendre toutes les sciences nécessaires afin
de les rendre dignes de lui succéder à ses états. Dans ce dessein,
il fit chercher les plus habiles gens de son siècle pour leur servir
de précepteurs… il résolut de les rendre encore plus accomplis
et, pour cet effet, de les envoyer voyager par tout le monde afin
d’apprendre les mœurs et les coutumes de chaque nation. »

Au cours de leurs pérégrinations, les trois frères eurent à ré-


soudre des situations problématiques. Ils surent se tirer d’af-
faire et en furent récompensés. Ils tirèrent profit tant de la for-
tuité que de leur perspicacité. Rentrés dans leur royaume, ils
eurent la confiance entière de leur père et accédèrent aux plus
hautes fonctions. »

206
« DEVIENS QUI TU ES »

« Le hasard fait bien les choses », dit-on communément. Nous


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n’adhérons pas à cette maxime car ce n’est pas le hasard qui pro-
duit du positif, c’est ce qu’on en fait qui améliore notre situation et
nous procure du contentement. Nous avons notre part dans la ré-
orientation de notre destin : la « sérendipité » est bien la conjonc-
tion d’un événement et d’une disposition favorable de notre es-
prit qui nous permet de saisir une occasion ou une « chance » se
présentant à nous. Si Archimède a pu s’élancer dans les rues de
Syracuse en criant « Eurêka » (« j’ai trouvé »), c’est non parce que le
destin lui avait été favorable mais parce qu’il avait compris sou-
dainement, en prenant un bain, que « tout corps plongé dans un
fluide subit de la part de celui-ci une poussée exercée du bas
vers le haut et égale en intensité au poids du volume déplacé » ;
le principe d’Archimède est le produit d’une conjonction de l’ob-
servation et de l’interprétation d’un fait ; le souci de l’explication,
la curiosité intellectuelle fondent la « sérendipité ».

L’effet eurêka

« Moment de grâce », « instant euphorique », tels sont les termes


servant à qualifier la période brève et parfois éphémère où nous
sont révélés de manière quasi magique ou miraculeuse une
qualité, une aptitude, un talent, une force qui sommeillaient en
nous, que nous ne soupçonnions même pas. On parle d’« effet
eurêka », de « ah effet » quand une image, une impression, une
sensation, une idée « a fait tilt » : le tout est de savoir tirer profit
de ce type d’expérience. Est-ce que cela a été ton cas ? Une
fois, plusieurs fois ? Si oui, remémore-toi ce(s) moment(s), vi-
sualise-le(s), prends conscience des bénéfices physiques, psy-
chiques et/ou sociaux que tu as pu en tirer sur le plan personnel.
À l’avenir, pense toujours à tirer profit de telles opportunités
d’enrichissement affectif, cognitif, relationnel, voire spirituel
(les « instants délicats et fugitifs » propices à la création artis-
tique sont qualifiés d’« épiphanies » par l’écrivain James Joyce,
qu’inspirent les pensées de Saint-Thomas d’Aquin sur l’Épipha-
nie chrétienne, moment de rencontre et d’adoration).

207
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

13 : Crée et innove
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La créativité
Longtemps, la créativité a été considérée comme ce qui carac-
térisait les artistes et les distinguait du « commun des mortels ».
Les poètes, peintres, musiciens, cinéastes, créateurs de mode et
inventeurs étaient perçus comme bénéficiant d’un don (inné) ou
d’un talent (hérité ou acquis) et de capacités imaginatives hors
norme.

Dans tous les arts et partout dans le monde sont recensées des
œuvres anciennes, récentes et actuelles, magistrales et monu-
mentales, reflets d’une puissante inventivité liée à une excep-
tionnelle maîtrise technique (constructions métalliques de Gus-
tave Eiffel, œuvres architecturales d’Édouard Le Corbusier…),
à de persévérantes recherches scientifiques (découvertes de
Louis Pasteur, de Marie Curie), à de puissantes émotions ar-
tistiques (tableaux de Rembrandt, de Léonard de Vinci ou de
Vincent Van Gogh, symphonies de Mozart, grandes voix de divas
comme La Callas, Fayrouz ou Oum Kalthoum, chorégraphies et
concerts pop/rock : Mickaël Jackson, Pink Floyd, Queen…), à une
intelligence visionnaire (écrits de Victor Hugo et de Jules Verne,
palais du Facteur Cheval, albums d’Hergé, films de Walt Disney et
Steven Spielberg…), à un esprit libre et novateur (pour la mode et
la haute couture : Yves Saint Laurent, André Courrèges, Karl La-
gerfeld… mais aussi Coco Chanel, Elsa Schiaparelli, Mary Quant
et bien d’autres femmes !) ou à des aspirations spirituelles (Notre-
Dame de Paris, temple d’Angkor Vat, temples mayas, pyramides
d’Égypte…).

La créativité serait ainsi réservée à des êtres d’exception (vénérés


ou adulés pour cette raison), voire serait affaire de génie, le génie
pouvant être de plus assimilé à la folie, totalement ou partielle-
ment (Aristote lui-même disait : « Il n’y a point de génie sans un
grain de folie. » ; idée partagée par Albert Einstein, qui déclarait

208
« DEVIENS QUI TU ES »

plus récemment : « Il faut avoir une part de délire, c’est la poé-


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sie, c’est l’incertitude, c’est l’hésitation, c’est le trouble et c’est la


source de la créativité. »)

Nous ne nions pas qu’il y ait des personnes particulièrement créa-


tives qui ne sont d’ailleurs pas uniquement des artistes (on parle
de plus en plus de publicitaires, de cuisiniers, de coiffeurs, de
stylistes créatifs) mais surtout il faut valoriser la créativité sponta-
née, toute simple et naturelle des enfants (dans leurs jeux, dans
leurs dessins) et souligner le fait que tout adulte peut développer
(à tout âge) une créativité (dont il n’est pas forcément conscient)
dans divers contextes (création d’entreprise, loisirs, artisanat, ac-
tivités manuelles) et à condition de se sentir libre, de croire en ses
ressources, de les exploiter, de s’autoriser ou d’être autorisé à
rêver, de bénéficier d’encouragements, de voir autrui reconnaître
et apprécier ce qu’il entreprend. « Si vous pouvez le rêver, vous
pouvez le faire », disait Walt Disney. Le passage du « rêve » à l’ac-
tion suppose quand même des dispositions psychiques et des
conditions de contexte propices à l’opération qui parfois s’avère
difficile, voire douloureuse (la création est parfois comparée à
un enfantement suivi d’un accouchement, source de joie comme
source de souffrance). « Créer, voilà la grande délivrance de la
souffrance, voilà ce qui rend la vie légère », disait le philosophe
Friedrich Nietzsche tandis que le scientifique Albert Einstein dé-
clarait que « la créativité est l’intelligence qui s’amuse ».

Chacun d’entre nous peut se mettre à écrire, à peindre, à com-


poser, à construire mais il faut en avoir envie, vouloir le faire,
savoir le faire, y consacrer du temps et de l’énergie, persévérer,
être soutenu et encouragé, être satisfait du résultat de son travail.
La créativité est réalisation de soi, raison pour laquelle elle est
sollicitée dans les sessions de développement personnel ; elle
est un engagement du cœur, de l’âme et du corps ; elle est une
concrétisation de nos reliances, de notre capacité d’estime de
soi, de notre quête d’excellence, de notre souci d’amélioration

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

constante, de notre assertivité, de notre résilience, donc mobilise


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en grande partie ces leviers du changement dont nous avons par-


lé précédemment. Dans un projet créatif collectif et profession-
nel, chaque participant vient apporter son expérience, son ex-
pertise, ses compétences particulières à la réalisation de l’œuvre,
l’exemple le plus souvent cité et tenu pour modèle étant celui des
équipes interdisciplinaires des entreprises Walt Disney (Walt Dis-
ney Imagineering), composées de concepteurs visionnaires, les
« imagineers » (« imaginieurs » ou « ingénieurs de l’imaginaire »),
travaillant à la réalisation des célèbres parcs d’attractions dans
le monde.

L’« imaginiérie » a inspiré de nombreux projets d’envergure Disney


et non Disney dans le monde des loisirs mais ses méthodes et ses
principes peuvent aussi être appliqués à des projets de moindre
ampleur, néanmoins essentiels voire vitaux pour les personnes
qui les conçoivent, les mettent en œuvre et/ou en bénéficient.
Robert Dilts a introduit la « méthode Disney » en PNL pour inté-
grer la créativité dans le processus de changement. La créativité
est aussi mobilisée dans diverses formes de thérapie (hypnose
ericksonienne, psychodrame de Jacob Levy Moreno, art-thé-
rapie, musicothérapie…), de management institutionnel (dyna-
mique de groupe de Kurt Lewin) et entrepreneurial (Brainstor-
ming d’Alexander Osborn, synectique de William Gordon…).

Deviens « imaginieur »

Rêve/Imagine : temps de la vision

Pense/Conçois : temps de la réflexion

Décide/Ose : temps de la résolution


Réalise : temps de l’action

Évalue : temps éventuel de la critique et des réajustements

210
« DEVIENS QUI TU ES »

Il apparaît donc qu’être créatif suppose d’être visionnaire (rê-


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veur), réfléchi (concepteur), pragmatique (décideur et réalisateur)


et de savoir se mettre en question (critique) tout en étant persé-
vérant. Le processus de création est une succession d’étapes et/
ou une alternance de manières d’être, de sentir et de penser. « On
imagine ce qu’on désire, on veut ce qu’on imagine, enfin on crée
ce que l’on veut. » (William Shakespeare).

Un des slogans de Mai 1968, période où il fut déclaré que « l’ima-


gination était au pouvoir », était « prends tes rêves pour des réa-
lités » ; il aurait été préférable de dire « fais de tes rêves des réali-
tés ». Tout acte de créativité n’est pas forcément révolutionnaire
et toute révolte ou révolution n’est pas forcément créative mais il
est vrai que créer est se libérer, parfois résister (« Créer c’est ré-
sister, résister c’est créer. » : Stéphane Hessel), c’est aussi revivre,
vivre mieux ou vivre vraiment (« Créer, c’est vivre deux fois. » : Al-
bert Camus). Et si révolution il y a, elle est plutôt intérieure (« Dans
le sens le plus profond, être créatif c’est se réaliser en tant que
personne. » : Carl Rogers).

Les ressorts de la créativité

Compte sur ton intuition.

Sois curieux, ouvert sur le monde, ouvert aux autres, ouvert aux
idées neuves (à condition, bien sûr, qu’elles soient facteur de
progrès).

Sache garder ton âme d’enfant.

Chasse la routine, sache sortir de ta zone de confort.

Sois autonome dans tes actes et tes pensées, ne te laisse pas


manipuler, sens-toi libre.
Sois authentique, en accord avec toi-même, conforme à tes va-
leurs et aspirations.

Compte sur tes ressources, crois en tes capacités.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Sois déterminé, ne te décourage pas et ne te laisse pas décou-


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rager, persévère (sauf si, objectivement, tu t’es fourvoyé et/


ou, subjectivement, tu ressens un trop grand malaise, après
un échec : il sera toujours possible de créer dans des circons-
tances plus favorables).

Recherche l’excellence et non la perfection, même si tu es ar-


tiste (car une œuvre n’est jamais achevée).

La création ne produit pas seulement de l’extraordinaire et ne


mobilise pas forcément des capacités hors du commun. On as-
siste depuis le début de ce millénaire à une profusion d’initiatives
individuelles ou collectives ayant pour objectifs une amélioration
de la vie quotidienne, de la santé, du bien-être, le renforcement
du lien social, la protection de la planète. Le principe du « Do It
Yourself » (DIY) inspire diverses réalisations d’intérêt pratique le
plus souvent, ce qui, cependant, n’exclut nullement l’originalité
et le souci esthétique : fabrication artisanale, élaboration de pro-
duits de ménage et de cosmétiques à partir d’ingrédients natu-
rels, recyclage des déchets, récupération d’objets anciens ou au
rebut, customisation de meubles…

On observe aussi un regain d’intérêt chez les jeunes adultes des


deux sexes pour des activités qui commençaient à être consi-
dérées comme « ringardes » sinon réservées exclusivement aux
femmes (et plus particulièrement aux mères et grands-mères !) :
tricot, couture, cuisine familiale. On apprend à créer ou plutôt
on s’autorise à créer et co-créer dans des ateliers d’expression
ou dans des jeux d’exploration et on s’inspire des expériences
des autres en consultant les sites de loisirs créatifs sur Internet,
en regardant les émissions de télé (compétitives mais aussi ins-
tructives), en fréquentant les salons consacrés aux inventions, aux
innovations et aux savoir-faire et/ou en lisant livres ou magazines

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« DEVIENS QUI TU ES »

spécialisés, de plus en plus nombreux. Les « Do It Makers » ne sont


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pas seulement d’ingénieux concepteurs et d’habiles manuels, ils


défendent en général des valeurs humanistes et remettent en
question l’accumulation des technologies, les usages superflus,
le gaspillage et l’obsolescence prônent le développement du-
rable, partageant ainsi les préoccupations et préconisations des
écologistes. Le « Do It Yourself Green » est à l’ordre du jour et sus-
cite des pratiques écoresponsables.

Abraham Maslow parle de « créativité ordinaire » au sujet de ce


besoin et de cette capacité propres aux êtres humains de rompre
avec la routine et d’accomplir quelque chose de nouveau, reflet
de soi et de ses aspirations, sans recherche de la célébrité et de la
gloire, sans contrainte (y compris dans le contexte professionnel),
pour son bien propre, pour le bien des autres et/ou pour le bien
de l’environnement. Cette créativité simple, souvent discrète,
parfois invisible contribue à rendre la vie ludique et poétique.

Prends donc du plaisir à créer ce qui te correspond, ce qui te


convient, ce qui est conforme à tes idées, à ton éthique, ce qui
t’épanouit, te libère (libère ton esprit, ton corps), renforce ton
élan vital et t’aide à te projeter. Au cours de son exploration,
l’ontonaute découvre ce qu’il est et ce qu’il veut devenir, il prend
conscience aussi de ce dont il est capable, alors il est en mesure
de créer (« Commencez par vous dire ce que vous voulez être puis
faites ce que vous avez à faire. » : Epictète). Faire ce que l’on veut
du mieux qu’on peut et être pleinement soi, voilà en quoi consiste
la création. Nul besoin pour autant d’être démiurge.

14 : Projette-toi et prends les bonnes décisions


La stratégie d’objectif
On entend souvent dire qu’il est « nécessaire d’avoir des buts
dans la vie », ce qui permettrait d’élaborer et de mener à bien des
projets. Or un projet risque d’être hasardeux si ce qui est visé est

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

entrevu imprécisément, envisagé sans recours à une procédure


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méthodique, situé dans un espace et à un moment incertains,


défaillances pouvant fortement compromettre la réalisation de
la mission qu’on s’est assignée. Ce sont des objectifs et non des
buts qu’il faut savoir se fixer pour agir efficacement et parvenir
à des résultats conformes à nos attentes. Atteindre son objectif
nécessite une stratégie, au minimum une méthode, comme l’at-
testent les efforts déployés par tous ceux qui sont amenés à éla-
borer des projets et à les mener à bien : philosophes, religieux,
psychologues, coachs, écrivains, artistes, créateurs, scientifiques,
ingénieurs, politiciens, militants, entrepreneurs, sportifs, voya-
geurs, explorateurs, navigateurs…

Pour une efficacité plus grande dans la prise de décision, pour


une prise de risques moindre ou en tout cas mieux maîtrisée, pour
transformer le rêve ou le souhait en réalité, deux méthodes sont
le plus fréquemment utilisées, celle des « indicateurs SMART »,
initiée par George Doran, professeur en management, pour la
gestion de projet en entreprise ou l’« Empowerment » (dévelop-
pement du pouvoir d’agir d’un groupe sur sa propre situation
sociale ou économique) d’une part, celle de la « stratégie (ou
détermination) d’objectif »), issue de la PNL, d’autre part. C’est
plus volontiers à la seconde que nous recourons en Ontologie
Pratique. Mais présentons-les toutes les deux.

La méthode SMART

Cinq critères ou indicateurs sont requis pour la réalisation d’ob-


jectifs collectifs (institutionnels, communautaires), rappelant
que le mot « smart » (anglais) signifie « intelligent, » ou « futé ».

Spécificité : l’objectif est conçu et énoncé par un groupe précis


(question : par qui ?).

Mesurabilité : l’objectif est évaluable (question : quels moyens


d’estimation ?).

214
« DEVIENS QUI TU ES »

Accessibilité : l’objectif est atteignable, des ressources le


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rendent réalisable (question : comment ?).

Réalisme : l’objectif est concret (question : quoi ?), contextuali-


sable (question : où ?).

Temporalité : l’objectif est temporellement défini (questions :


quand ? À quelle échéance ?).

La stratégie d’objectif (PNL)

En PNL, dix conditions optimales de détermination d’un objec-


tif de changement personnel (passage d’un état Présent à un
état désiré) sont le plus souvent citées :

Un objectif doit être :


- Motivé : par un besoin, un désir, une intention, un rêve (aspect
affectif, rôle de l’imaginaire).
- Précis : clairement élaboré, conçu, présenté (aspect cognitif,
rôle du raisonnement).
- Spécifique : personnel, assumé (« je »), correspondant à mes
critères et valeurs (adhésion).
- Positif : formulé affirmativement et positivement (« je dois »,
« je veux » et non « je ne dois plus » ou « ne veux plus »)
(Assertivité).
- Représentable : ressenti, notamment visualisable (base sen-
sorielle : cf. registre VAKO).
- Contextualisable : localisable dans l’espace et dans le temps
(durée, étapes, échéance).
- Réalisable : en rapport avec mes ressources, tenant compte
des limites et obstacles.
- Profitable : représentant un avantage, un bénéfice pour moi
(être mieux, faire mieux…).

215
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

- Validable : évaluable par moi (correspond-il à mes attentes ?).


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- Vérifiable : évaluable par d’autres et/ou ré-évaluable par moi.

Un cas particulier d’objectif est la résolution d’un problème. La


psychologie s’y est intéressée dès qu’elle a adopté une méthode
scientifique : l’expérimentation, appliquée dans de nombreuses si-
tuations de la vie individuelle et sociale, chez les animaux et chez les
humains (enfants et adultes). Les neurosciences ont apporté, quant
à elles, des informations précieuses sur les mécanismes cérébraux
en jeu. En PNL, Robert Dilts et Todd Epstein nous proposent un
mode de passage d’un état présent insatisfaisant (situation problé-
matique) à un état désiré (retour à une situation normale, amélio-
ration de la situation passée) : là encore, il s’agit d’un processus de
changement par étapes intitulé « modèle Score ».

Le modèle SCORE pour la résolution


d’un problème (PNL)
Symptôme(s) : quelle est la nature du problème ? (Identifica-
tion) (Quoi ?)
Cause(s) : quelle est l’origine du problème ? (Explication)
(Pourquoi ?)
Y a-t-il des causes externes et internes ? Lesquelles ?
Objectif(s) : quelle(s) solution(s) vais-je apporter au problème ?
(Décision)
Ressources : de quels moyens vais-je disposer pour résoudre
le problème ? (Comment ?) Quelles seront mes ressources in-
ternes et externes ?
Effets : l’état obtenu lorsque l’objectif sera atteint sera-t-il bien
l’état désiré (positif) ? Peut-il y avoir des effets collatéraux ?

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« DEVIENS QUI TU ES »

On s’aperçoit que résoudre un problème mobilise des processus


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internes multiples : les activités cognitives en jeu sont la percep-


tion, l’attention, la mémoire, le raisonnement, la volition. Pour être
opérationnel et surtout performant, il convient d’être structuré,
organisé et d’être donc exempt de tout trouble pouvant venir
affecter la fluidité et la cohérence de la pensée, trouble d’ordre
affectif (peur, anxiété, dépression) ou trouble neurodégénératif
bien sûr. La psychologie cognitive propose aussi des techniques
de résolution de problème.

En voici une :

Technique de résolution de problème


(psychologie cognitive)
- Définis le problème (phase d’identification).
- Comprends le problème (phase d’analyse).
- Recherche une solution au problème (phase de projection).
- Choisis une solution, fixe-toi un objectif (phase de décision).
- Passe à l’acte (phase de réalisation).
- Vérifie le résultat (phase de validation).

Un tel schéma risque cependant de faire oublier l’autre dimension


de l’élaboration de projet : la dimension affective, qui contribue
aussi à la détermination et à l’atteinte d’un objectif. Interviennent
notamment pour les projets décisifs, nous « tenant à cœur », des
besoins, des sentiments et des émotions, notre motivation, notre
humeur, notre caractère… Les affects peuvent influencer notre
intellect à tout moment, d’autant plus si nous sommes de nature
émotive et/ou s’il s’agit de projets créatifs, innovants et nous en-
gageant fortement (production culturelle, œuvre artistique, per-
formance sportive, projet éducatif, programme thérapeutique,
engagement spirituel…). La réussite repose sur l’alliage de la ra-

217
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

tionalité et de la sensibilité, sur les connexions entre zone frontale


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du cerveau et structure limbique, diraient les neurobiologistes.

Amenés à prendre des décisions importantes pour eux-mêmes


et/ou autrui (personne ou groupe), des managers, médecins,
architectes, pilotes d’avion, athlètes, champions d’échecs ont
témoigné du fait qu’il leur avait fallu autant « sentir » ou « ressen-
tir » que « penser » les situations (parfois en urgence) pour être
efficaces. Il y a une nécessaire complémentarité entre la prise de
décision rationnelle (PDR) et la prise de décision intuitive (PDI).
L’affectivité peut venir tant contrecarrer que sublimer un pro-
jet : un objectif est évidemment d’autant plus facilement atteint
que le « climat affectif » est sécurisant, que les inquiétudes sont
dissipées, que la confiance en soi s’installe, que les affects sont
contrôlés, que la mission est source de contentement, qu’il y a la
perspective d’un changement positif… alors les ingrédients sont
réunis pour que le « produit fini » soit conforme aux attentes, voire
dépasse les espérances.

Souvenons-nous de ce que disait l’architecte Le Corbusier au su-


jet de son art : « Vous utilisez la pierre, le bois et le béton et, avec
ces matériaux, vous construisez des maisons et des palais. C’est la
construction. L’ingéniosité est au travail. Mais soudain tu touches
mon cœur, tu me fais du bien, je suis heureux et je dis : c’est beau.
C’est l’architecture. » Qu’il en soit ainsi de tous les grands projets
que nous élaborons ! Le plaisir d’entreprendre, la joie d’être arri-
vé à ses fins doivent être au rendez-vous. « Partout où il y a joie, il
y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie. »,
disait le philosophe Henri Bergson. Ces deux déclarations nous
ramènent à la célèbre histoire des tailleurs de pierre de Notre-
Dame (la cathédrale de Paris, construite entre 1163 et 1345), récit
de source inconnue et aux multiples versions (dont celle où le
passant n’est autre que le roi Louis VII « le Pieux » lui-même, parti
à la rencontre de ces ouvriers sur le chantier de l’Île de la Cité).

218
« DEVIENS QUI TU ES »

Histoire des quatre tailleurs de pierre


de Notre-Dame
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Un passant s’approche d’un groupe de tailleurs de pierre lors


de la construction de la cathédrale, il demande à quatre d’entre
eux ce qu’ils font et pourquoi ils le font.

Le premier répond : « Je construis parce qu’il me faut bien ga-


gner ma vie. »

Le second répond : « Je construis parce qu’il faut perpétuer la


tradition. »

Le troisième répond : « Je construis parce que j’apprends à uti-


liser de nouveaux outils. »

Le quatrième répond : « Je construis une cathédrale et j’en suis


fier ; j’en rêvais depuis si longtemps. »

Ce dernier seul est radieux.

Cette histoire (ou légende ?) est une métaphore pour tous ceux
et toutes celles qui « bâtissent » et qui, bien sûr, ont des préoccu-
pations économiques (exigences matérielles), bénéficient de la
transmission de savoirs et savoir-faire qui les font respecter cer-
taines obligations (exigences professionnelles, éthiques et déon-
tologiques), ont besoin aussi d’outils performants (exigences
techniques) mais doivent être portés simultanément par la
conviction, la motivation, la passion, l’énergie (« clefs du succès »
tout comme la « cohérence interne » et la « clarté des valeurs », se-
lon Anthony Robbins). « Les vérités découvertes par l’intelligence
demeurent stériles. Le cœur est seul capable de féconder ses
rêves. » (Anatole France).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Bases cognitivo-affectives de la prise


de décision (neurosciences)
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Prise de conscience du problème : éventuelle anxiété, percep-


tion d’un malaise, frustration…

Identification du problème : éventuels blocages, hésitation,


doutes, peur.

Compréhension du problème : besoin de savoir.

Recherche d’une solution : besoin de changer (une situation, un


état, soi-même), motivation.

Choix d’une solution/fixation d’objectif : éventuel « feeling » (in-


tuition), « effet eurêka » …

Prise de décision : besoin d’agir, éventuel défi (« Chiche ! »), as-


surance, courage.

Atteinte de l’objectif : contentement, satisfaction, fierté


(« Bingo ! »).

Vérification du résultat : besoin d’être rassuré(e), soulagement,


sérénité (« Ouf ! »).

Des onomatopées, des interjections ponctuent les états ressentis


aux étapes du processus, de la détermination de l’objectif à sa
réalisation. Outre les mots, les gestes, les mimiques, les postures,
l’expression corporelle tout entière traduisent le vécu intérieur du
« challenge » que nous nous fixons, notamment quand il s’agit de
nous préserver, de sauver notre vie, de défendre notre honneur,
de prouver nos capacités, de nous mettre à l’épreuve physique-
ment ou psychologiquement. L’expérience engage alors globa-
lement notre être, mobilisant sa source, son centre, l’espace des
ressources qui s’appelle le soi.

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« DEVIENS QUI TU ES »

15 : Accomplis-toi pleinement
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Méditation, Flow, Mindfulness (pleine conscience)


Les mots « méditation » et « méditer » ont, dans la langue française,
différents sens, se référant à des contextes différents d’activités et
d’expériences humaines (études, réflexion philosophique, appro-
fondissement spirituel, élaboration d’un projet, analyse d’une situa-
tion, simple mise au point…). Nous nous situons, quant à nous, dans
le contexte du développement personnel et qualifions de « médita-
tifs » les moments et états de pleine présence, de pleine attention
ou pleine conscience scandant nécessairement toute démarche
d’exploration de soi. En Ontologie Pratique, il doit être fait recours
à des méthodes et à des techniques permettant de suspendre mo-
mentanément le cours de la pensée, de s’inscrire totalement dans
l’instant présent, de « lâcher prise ». Les sources d’inspiration pour
fixer les modalités concrètes de la méditation sont nombreuses :
les formes (religieuses ou profanes), les modes de déroulement,
les gestes et les postures diffèrent d’une culture à l’autre et d’une
époque à l’autre. En ce qui concerne les pratiques traditionnelles
asiatiques, les plus anciennes sont sans doute celles des yogis
indiens (comme le laisseraient penser des gravures rupestres re-
trouvées dans la vallée de l’Indus, datant de 4 500 ans av. J.-C.). Il
y a, bien entendu, également, celles issues du Jaïnisme (Xe siècle
av. J.-C.), du taoïsme, du confucianisme et du bouddhisme (VIe
et Ve siècles av. J.-C-.). Le « Dhyana » indien, le « Chan » chinois, le
« Thien » vietnamien, le « Seon » coréen, le « Zen » japonais sont des
états de concentration auxquels ont recouru et recourent encore les
« sages » et leurs disciples dans de nombreuses « écoles » mais aussi
des hommes et des femmes en privé, dans leur vie « ordinaire », en
Asie bien sûr mais aussi, de plus en plus, dans le reste du monde.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, en Europe, la méditation a été per-


çue majoritairement comme une pratique élitiste, réservée aux
philosophes et aux religieux, restant confidentielle (voire secrète)
et initiatique. Il s’agissait avant tout d’« élever » ou d’« éveiller » l’es-

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

prit en se détachant au maximum de la dimension corporelle. Il


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s’agissait aussi de réfléchir de manière approfondie, de se recueil-


lir ou de prier (la méditation pouvant alors prendre la forme de la
Contemplation dans le contexte monastique). Ne pouvaient être
donc méditants que des personnes ayant un statut et un pouvoir
intellectuel et/ou spirituel. Le regard sur ces activités a changé en
Occident dans les années 1960-1970, en lien avec l’émergence
des méthodes de développement personnel et de bien-être, de
nouvelles formes de thérapie et des expérimentations sur les
états modifiés de conscience (EMC) en neurosciences.

La méditation (sous diverses formes) est devenue plutôt un


moyen de rétablir un équilibre psychique, de mobiliser ses res-
sources, voire de se soigner ; les pratiques se sont « laïcisées »,
« démocratisées » et il est apparu dans le monde occidental que
le corps pouvait bénéficier du travail mental, tant dans le contexte
d’une problématique physique que dans celui d’épreuves spor-
tives ou de certaines performances artistiques (danse, théâtre).
Le lien corps-esprit avait déjà été cependant établi dans la pen-
sée orientale (taoïsme, bouddhisme, hindouisme). Comme le dit
le psychiatre Jacques Vigne, « la méditation renvoie à la théorie
holistique par excellence car elle revient constamment à l’unité ».

Il est intéressant de constater que, lors de diverses conférences


(auxquelles a participé, à diverses reprises, le Dalaï-Lama, à partir
de 1983), un rapprochement s’est effectué entre les méditants de
différents courants de pensée (dialogue Orient/Occident) mais
aussi entre les méditants et les scientifiques (notamment ceux
effectuant des recherches sur le cerveau). Ainsi est né en 1990
le « Mind and Life Institute » (« Institut Esprit et Vie ») sous l’égide
du neurobiologiste Francisco Javier Varela. Dès les années 1970,
des techniques d’imagerie médicale comme l’IRM (« Imagerie par
Résonance Magnétique ») avaient permis d’observer le cerveau
en état méditatif, en l’occurrence celui de moines bouddhistes (le
premier examiné ayant été le français Matthieu Ricard). Avait été

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« DEVIENS QUI TU ES »

également démontré en 1971 par Jon Kabat-Zinn (dans sa thèse


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en biologie moléculaire) l’effet thérapeutique de la méditation


sur des patients dépressifs ou stressés.

Le psychiatre français Christophe André a fait connaître en France


la méditation de pleine conscience (« Mindfulness ») sous sa forme
première, la MBSR (« Mindful Based Stress Reduction »), méthode
de traitement appliquée en 1979 par Jon Kabat-Zinn aux malades
atteints de douleurs chroniques, à la Clinique de réduction du
stress du Massachusetts. Il a aussi fait connaître la seconde mé-
thode créée par des cognitivistes au tout début de ce millénaire
à l’intention de malades ayant des rechutes dépressives, la MBCT
(« Mindful-Based Cognitive Therapy ») ayant pour objectif de les
décentrer de leurs pensées et émotions négatives. Le Mind-
fulness a été rapidement utilisé hors du contexte des soins, pour
amplifier la conscience, « porter l’attention sur le moment présent,
sans porter de jugement » (Jon Kabat-Zinn).

Il est important de noter que le courant de la pleine conscience


ne concerne pas uniquement la méditation. Il y a un « état d’esprit
Mindfulness » qui s’applique actuellement à d’autres activités que
celle de penser : manger, se soigner, marcher, protéger la nature,
créer, se dépasser dans une activité sportive… Occasions d’opti-
miser ses capacités, de se réaliser pleinement, d’unifier le corps
et l’esprit. En Ontologie Pratique, cette pleine conscience large,
généralisée est évidemment sollicitée ; elle vient notamment ac-
compagner et renforcer le processus d’ontopraxis.

Il faut rattacher la pleine conscience au courant de la psycholo-


gie positive que représentent notamment le psychologue amé-
ricain Martin Seligman (qui a étudié les « processus contribuant
à l’épanouissement et au fonctionnement optimal des gens, des
groupes et des institutions ») et le psychologue hongrois Mihaly
Csikszentmihalyi, à qui l’on doit le concept de « Flow ». Le « Flow »
est l’état mental d’une personne s’investissant totalement dans
une activité qui lui tient à cœur et lui apporte une entière satis-

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

faction : l’état de concentration est alors maximal et contribue


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au plein accomplissement de soi. Cette « expérience optimale »


a pour conséquences « une meilleure performance, la créativité,
le développement des capacités, l’estime de soi et la réduction
du stress ». Toujours selon l’initiateur du concept de « Flow » (ou
« état de Flux » ou « Zone » en français), « l’expérience contribue
à la croissance personnelle, apporte un grand enchantement et
améliore la qualité de la vie ».

Qu’est-ce que le Flow ?

Le Flow, c’est :
- Être focalisé sur une activité (état de concentration).
- Ne pas se laisser distraire (état de déconnexion).
- Se sentir libre, agir sans contrainte (état d’autonomie).
- Se situer dans la dimension du défi personnel (présence d’un
challenge).
- Être positif (optimisme).
- Tirer profit au maximum de ses ressources (recherche
d’excellence).
- Se sentir totalement capable, en possession complète de ses
moyens (sentiment d’efficacité).
- S’impliquer totalement physiquement et/ou psychologique-
ment (état d’engagement).
- N’avoir aucune anxiété, peur, préoccupation, avoir l’esprit li-
béré (état d’assurance).
- Se sentir calme (état de quiétude).
- Perdre la notion de temps, être complètement dans l’instant
présent (état d’immédiateté).
- Maintenir et renforcer son intérêt pour l’activité (état de « mo-
tivation intrinsèque »).
- Garder le contrôle de la situation tout en fonctionnant
automatiquement.

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« DEVIENS QUI TU ES »

- Abolir la fatigue, ne plus ressentir les efforts (état de détente).


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- Ne plus accorder d’importance à d’éventuels besoins comme


la faim, la soif, le sommeil pendant la performance.
- Être heureux de ce qu’on fait, éprouver du plaisir (état d’euphorie).

Sans cette dernière condition, le « Flow » est impossible. On ne


peut que se sentir bien, vivre un moment intense et agréable,
même si l’effort est important. L’activité doit être source de
contentement, de joie, voire de jubilation et ce sont des émotions
et sentiments positifs qui contribuent grandement à la perfor-
mance. Des termes comme le « groove » (dans le funk ou le rap), le
« swing » (dans le jazz), le « duende » (dans le flamenco), le « tarab »
(dans la musique arabe) désignent tant le jeu rythmique que les
effets qu’il provoque sur les musiciens et les spectateurs, lesquels
peuvent se retrouver individuellement et/ou collectivement dans
l’état magique que nous avons décrit.

Ce vécu particulier, des créateurs, acteurs, chanteurs, musi-


ciens, sportifs (notamment surfers, triathlètes, alpinistes, skieurs
freestyle, apnéistes) et autres compétiteurs (comme les joueurs
d’échecs) sont nombreux à l’avoir vécu lorsqu’ils étaient au meil-
leur de leur forme et, lorsqu’ils en parlent, ils emploient le plus
souvent les termes d’« état second », d’« état de grâce ». Si l’on n’a
pas expérimenté soi-même le « Flow », peut-être a-t-on pu en avoir
une idée en regardant à la télévision un footballeur comme Pelé,
un boxeur comme Vasyl Lomachenko, un pilote de Formule 1
comme Ayrton Senna ou un guitariste comme Jimmy Hendrix en
pleine action. Ces derniers ont parlé eux-mêmes des états parti-
culiers dans lesquels ils se sont trouvés pour être à un tel niveau
de performance dans les lieux où ils étaient en compétition et/
ou en représentation : terrain de foot, circuit automobile, ring,
scène musicale. Les scientifiques n’hésitent pas à parler, quant
à eux, d’« états modifiés de conscience » ou d’« états cérébraux

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

d’hyperconscience » au sujet des champions et virtuoses mo-


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mentanément immergés dans ces états particuliers de « Flow »


ou « Zoning » ; les spécialistes des neurosciences évoquent le
rôle joué par certaines hormones sécrétées par le cerveau telles
la dopamine, la sérotonine et l’endorphine. Des chercheurs de
l’Université de Nice ont enregistré l’activité cérébrale de « highli-
ners » évoluant sur une corde au-dessus du vide pour déceler les
mécanismes en jeu dans une situation d’hyperconcentration.

La modification de conscience dans ce type d’expériences est


positive ; elle n’est pas comparable à celle (nocive) générée par
l’usage de stupéfiants comme la cocaïne ou d’hallucinogènes
comme le LSD. Le « Flow » n’entraîne pas de dépendance phy-
sique et psychique, de dégradation neurologique ; les seules
drogues en jeu sont celles produites naturellement par le cerveau
comme pour d’autres états affectifs et elles n’interviennent que
temporairement, à chaque fois que le challenge est à assurer (ce
peut être chaque soir sur scène pour un musicien). À l’opposé des
toxicomanes qui se retrouvent vite dans une situation d’aliéna-
tion, celles et ceux qui expérimentent le « Flow » se sentent libres.

On l’a compris, la méditation dite de pleine conscience (ou


pleine attention), si elle est une pratique régulière, ne peut que
favoriser la répétition des expériences de « fluidité psychique ».
Tout méditant, en tout cas, peut s’habituer à se mettre dans des
conditions psychiques qui approchent l’« état de Flow », sachant
qu’il ne s’agit nullement de béatitude, d’extase, de transe, d’il-
lumination, d’hallucination (autres états modifiés de conscience).
Même si la méditation a des origines religieuses et peut encore
aujourd’hui s’effectuer, à travers le monde, dans de nombreux
contextes confessionnels (« Dhyana » yogique hindouiste, « Sa-
maika » jaïniste, « Vipassana » bouddhiste, « Hitbodedut » juif,
méditation contemplative chrétienne, « Muraqaba » de l’Islam
soufi…) et aussi, hélas, au sein de groupes sectaires, la médita-
tion de pleine conscience ne relève pas de ces champs du sacré
et du pseudo-sacré et les coachs ne sont ni des prêtres ni des

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« DEVIENS QUI TU ES »

« gourous » : on parlera toutefois de spiritualité dans la mesure où


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la démarche est inspirée par un souci de reliance, de connexion,


de paix intérieure, de retour sur soi, d’éveil, d’approfondissement
et d’expansion de soi.

Nous considérons, pour notre part, que la méditation n’a de réelle


portée que si elle vient à l’appui ou dans le prolongement d’un
travail sur soi méthodique et progressif. Elle n’est sinon qu’un
simple moment fugitif de détente (au mieux) ou une rêverie non
productive (au pire). Par ailleurs, il doit être laissé à l’appréciation
de chaque ontonaute de choisir sa méthode selon sa personna-
lité, sa culture, ses motivations, tout en bénéficiant des conseils
avisés d’un ontocoach et en consultant les ouvrages spécialisés.
Voici tout de même quelques indications et suggestions.

Méditer en pleine conscience


Les conditions de la méditation
L’espace de la méditation

Réfléchis préalablement au lieu où tu vas méditer (au cas où tu


es seul et où tu dois en décider). Ce lieu propice à l’éveil ou au
ressourcement (que, pour cette raison, nous qualifierons d’on-
tosite) peut être chez toi ou en dehors de chez toi, de préfé-
rence dans la nature si la géographie et le climat le permettent
(il ne doit faire ni trop froid ni trop chaud, une lumière trop forte
est à éviter, le lieu doit être aéré).

« Pour la méditation… il faut choisir un endroit calme… Évitez


que le vent et la fumée pénètrent dans le lieu de la méditation.
Il ne faut pas non plus laisser y entrer la pluie ou la rosée…
il doit faire bon, il ne faut pas qu’il y fasse sombre, ni jour, ni
nuit… la chaleur pour l’hiver et la fraîcheur pour l’été, voilà la
bonne règle » : tels ont été les conseils donnés au XIIIe siècle au
Japon par le philosophe et moine bouddhiste Dogen (« Sho-
bogenzo. La vraie Loi, trésor de l’œil »).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Le temps de la méditation
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Fixe préalablement la durée de la séance. Il est conseillé de mé-


diter une dizaine de minutes lorsqu’on débute. Trente minutes
sont conseillées ensuite (« Un chemin de mille lieues commence
toujours par un premier pas. » : Lao-Tseu).

Fixe l’horaire de la séance dans la journée. Méditer le matin


permet d’ouvrir ces centres d’énergie. Méditer le soir permet
d’évacuer le stress.

Répète de manière régulière les séances (même horaire, même


lieu).

L’ambiance de la méditation

Médite dans le silence, sans bruits extérieurs autres que ceux


lointains et(ou) estompés de la nature. Il ne doit pas y avoir de
nuisances d’origine humaine ou technologique. « Pour savoir
qui tu es, écoute ton silence. », dit un proverbe japonais. Le si-
lence de la méditation n’est pas absence, perte ou privation.
Méditer en silence n’est nullement « faire le vide » mais est, au
contraire, s’emplir de ce à quoi nous prêtons attention, de ce à
quoi nous nous éveillons paisiblement.

La tenue du méditant

Aie de préférence un vêtement ample et confortable. Sans te


transformer en moine ou nonne bouddhiste, adopte une tenue
de circonstance. Pour la méditation, le kimono ou le pantalon
thaï sont évidemment recommandés. Pense aux tissus faits
de fibres naturelles (coton, soie) qui permettent aux vêtements
de respirer.

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« DEVIENS QUI TU ES »

La position du méditant (« l’assise silencieuse »)


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84 positions (« asanas ») sont prévues dans le Hatha Yoga pour aug-


menter la conscience du corps, du mental et de l’environnement.
Parmi celles-ci, la position assise dite « zazen » (« za » = assis(e)
« zen » = concentration) est celle adoptée pour méditer pour la
« Dhyana », méditation pratiquée par les yogis (depuis sans doute
4 500 ans) et par les bouddhistes (depuis 2 500 ans), le boudd-
hisme « zen » (branche japonaise du bouddhisme « mahayana »)
ayant instauré la pratique assise sur un coussin (« zafu »).

Plusieurs positions assises


sont possibles sur un tapis
Position en tailleur (« Svastikasana » ou « Sukhasana »).
Position en demi-lotus (« Siddhasana »).
Position en lotus (« Padmasana »).

De nombreux sites internet sur le yoga détaillent ces différentes


positions assises et indiquent quels sont leurs effets sur l’esprit
et le corps ; choisis celle qui te convient en fonction de ton état
physique, de ton degré de flexibilité et de tes objectifs ; excep-
tionnellement, la méditation peut se faire à genoux ou assis sur
une chaise à dossier droit.

La posture du méditant

Buste droit, vertical.


Tête, cou, dos alignés.
Mains sur les genoux ou sur le ventre.
Yeux fermés.
Corps immobile.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

La respiration du méditant,
la « maîtrise du souffle »
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La maîtrise du « souffle » est fondamentale dans les différentes


formes de méditation et notamment dans le « pranayama
yoga » (le mot « prana » en sanskrit signifiant « souffle » mais
aussi « énergie de l’Univers »). En Chine, « Qi » est le terme uti-
lisé pour désigner cette même énergie présente chez les êtres
humains et dans le monde qui les entoure, ce qui permet de re-
lier les humains entre eux et leurs corps et leurs esprits au cos-
mos. Le maître taoïste Tchouang-Tseu parlait déjà, au IVe siècle
av. J.-C., de ce « souffle vital » reçu à la naissance, renforcé par la
méditation et la contemplation, perturbé par la maladie et per-
du au moment de la mort ; il recommandait déjà des exercices
de respiration pour connaître la sérénité car, disait-il, « qui veut
le calme doit régler sa respiration ». Pour Ramana Maharshi, « le
mental est le cavalier et la respiration le cheval ; le contrôle du
souffle est le dressage du cheval ; grâce à ce dressage, le cava-
lier à son tour est dressé ».

Inspire lentement par le nez ; sens ton abdomen se soulever.

Expire à plusieurs reprises par la bouche ; sens ton abdomen


retomber.

Les objectifs de la méditation


« Immobilité stricte. Attention pure : sans but, sans doctrine, sans
jugement. Attention à quoi ? À tout mais d’abord au corps lui-
même, à sa posture, à sa respiration, à ses sensations, donc aussi
au monde qui nous contient, au présent qui ne cesse de changer
et de continuer. Impermanence. Immanence. Corporéité en acte
et en repos. » : le philosophe André Comte-Sponville caractérise
ainsi l’expérience de la méditation qu’il pratique régulièrement.

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« DEVIENS QUI TU ES »

Précédemment, Jiddu Krishnamurti définissait ainsi la médita-


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tion : « Elle consiste à être conscient de chaque pensée, de chaque


sentiment, à ne jamais les juger en bien et en mal mais à les obser-
ver et à se mouvoir avec eux. En cet état d’observation, on com-
mence à comprendre tout le mouvement du penser et du sentir. »

En fait, les deux approches ne peuvent être dissociées. Méditer


vise à unifier corps et esprit.

Le processus de la méditation
Le temps de la concentration

Concentre-toi sur l’instant présent.

Concentre-toi sur le lieu présent.

Concentre-toi sur tes impressions : laisse venir et accepte les


sensations qui surviennent en ce lieu et en cet instant (« ici et
maintenant »).

Le temps de l’observation

Vois ce qui se présente à toi et ce que tu as éventuellement posé


à proximité ; s’il s’agit d’une bougie, allume-la et concentre-toi
sur le vacillement de la flamme (technique « trataka »).

Écoute le silence… ou les bruits estompés et lointains de ton


environnement.

Sens les odeurs environnantes (qui peuvent être celles de


plantes, d’encens, de parfums).

Touche les objets que tu as éventuellement à proximité comme


des galets ou des objets en bois ou en métal.

Goûte le fruit que tu auras éventuellement emporté ; après


l’avoir humé, mange-le en prenant ton temps pour le savourer.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Observe de manière détachée (sans aucun jugement) ce qui se


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manifeste à toi, non seulement à l’extérieur de toi mais aussi à la


surface de toi et à l’intérieur de toi, corporellement (émotions)
et mentalement (pensées).

Le temps de l’absorption

Ferme les yeux, absorbe l’expérience que tu viens de vivre. Cet


extrait de l’« Offrande lyrique », œuvre du philosophe et écri-
vain indien Rabindranath Tagore (traduite par André Gide), te
fera comprendre que l’exercice relève de l’état hypnotique et
peut, en tout cas, éveiller ta fibre poétique.

« Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.


Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante.
Les fleurs s’épanouiront dans mon être.
Tout le printemps des paysages et des rivières
Monte comme un encens dans mon cœur.
Et le souffle de toutes choses
Chante en mes pensées comme une flûte. »

Nous avons fait beaucoup référence à l’Orient dans ce dernier cha-


pitre concernant les activités et états relevant de ce qu’on appelle
tour à tour l’« éveil » (« Samadhi » pour les hindouistes et boudd-
histes), l’« enstase » (Mircea Eliade), la « surconscience » (Paul Diel),
la « supraconscience » (Henri Bergson, Emmanuel Mounier), la
« pleine conscience » (Jon Kabat-Zinn). C’est que de nombreux
maîtres spirituels indiens, chinois, tibétains, japonais peuvent
être nos « ontoguides » dans notre quête d’autoréalisation, d’ac-
complissement et d’épanouissement personnel : ils ont inspiré

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« DEVIENS QUI TU ES »

des philosophes et psychologues occidentaux tels que ceux que


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nous venons de citer. Il ne s’agit pas cependant, en Ontologie


Pratique, de se transformer en « bodhisattva », moines, nonnes et
ermites, encore moins d’adopter définitivement un mode de vie
« anachorète » (solitaire, marginal et contemplatif), de s’enfermer
dans le rigorisme ascétique et le radicalisme dogmatique. En tant
qu’« ontocoachs », nous ne sommes non plus ni des « swamis », ni
des « gurus », ni des « lamas ». Nos interventions ne sont pas de
l’ordre de la « direction de conscience ». Nous ne sommes pas en
quête d’adeptes ou de disciples.

L’hyperconscience faisant également fonctionner (mentale-


ment) ses pratiquants « à plein régime », ces derniers non plus
ne doivent pas chercher à maintenir continuellement ce haut ni-
veau ; on sait bien ce qu’un « surrégime » provoque sur un moteur
d’automobile ou sur un corps humain. Ainsi faut-il concevoir la
méditation comme un exercice certes répétitif mais de courte
durée, le « Flow » comme un « moment de grâce » et tout autre
état modifié de conscience non addictif comme des expériences
ponctuelles, transitoires de (re)dynamisation, d’élévation, d’enri-
chissement spirituel.

Nous ne devons être ni contraints ni nous astreindre à vivre


de tels moments d’exception : ils ne nous sont bénéfiques que
s’ils répondent à une aspiration profonde : quête de sens, désir
d’amélioration de soi, soif d’essentiel. « Tout être humain a besoin
d’eau pour vivre et grandir. Ainsi en est-il de l’homme, qui naît
assoiffé. Mais à côté de sa soif physique qui demande à être étan-
chée, il souffre d’une soif intérieure qui demande à être entrete-
nue. » (Reza Moghaddassi)

L’ontopraxis sera fructueuse si le cœur et l’âme ne s’assèchent


pas après qu’a été effectué le travail sur soi, si la « soif intérieure »
continue à se manifester et si un minimum de temps et d’énergie
est consacré à s’abreuver à ses propres sources, à puiser dans ses

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

propres ressources internes, à se relier, à créer, à méditer, tout


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ceci en étant présent par ailleurs au monde et dans le monde,


en jouant de manière autonome et responsable les différents
rôles qu’impose la vie sociale (conjugal, parental, professionnel,
civique…)… L’accomplissement de soi s’effectue au prix d’un
équilibre établi progressivement entre ces exigences complé-
mentaires de la vie intérieure et de la vie extérieure. Comme le
recommande Matthieu Ricard, « il faut éviter à tout prix que l’exer-
cice de la pleine conscience et de la méditation en particulier de-
vienne un havre où l’on s’absorbe à plein temps dans le monde de
notre ego ».

C’est en haut de sa « pyramide des besoins » qu’Abraham Maslow


a placé le « besoin d’auto-accomplissement » ou « réalisation de
soi ». Il s’agit d’une motivation humaine universelle mais on peut
s’investir (plus ou moins intensément) dans ce type de projet
avec des objectifs différant considérablement selon sa situation
personnelle, son statut socio-économique, son milieu culturel,
sa personnalité, son âge… il peut s’agir d’obtenir la richesse, le
succès, les honneurs mais ce n’est pas sur ce plan que nous nous
plaçons. Nous parlons (tout en nous référant à Abraham Maslow)
de l’« accomplissement intérieur », celui qui procure d’autres
types de satisfactions : le sentiment de plénitude, la possibilité
de donner un but et un sens à sa vie, l’opportunité d’actualiser
son potentiel… Nous sommes bien dans le champ de la spiritua-
lité auquel introduit nécessairement toute démarche de dévelop-
pement personnel. L’Ontologie Pratique n’y déroge pas : si une
réelle transformation intérieure s’est opérée à l’occasion de l’on-
topraxis, alors l’ontonaute intègre naturellement le centre de son
être, son Soi, avec l’impression d’avoir rempli une mission, tout
comme un navigateur abordant de lointains rivages ou un no-
made parvenu aux portes d’une oasis ; alors surgit une immense
satisfaction, non celle d’« avoir accompli son devoir » mais celle
de s’« accomplir soi-même », de l’avoir voulu et de l’avoir réalisé.

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« DEVIENS QUI TU ES »

« La nature nous avertit par un signe précis que notre destination


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est atteinte. Ce signe, c’est la joie. » (Henri Bergson).

Nous l’avons déjà dit, nos émotions ne sont pas à bannir ; elles
sont utiles, vitales même. Lors de l’exploration intérieure, elles
se révèlent rapidement comme les éléments moteurs de notre
trajectoire de vie, elles teintent affectivement les moments clés
de notre construction personnelle et si leur action a pu s’avérer
nocive dans certaines situations, c’est parce que nous n’avons pas
pu ou su les gérer. Lorsque nous nous inscrivons dans la phase de
changement, il nous revient d’apprendre non à supprimer mais à
atténuer la peur, à dissiper la tristesse et à canaliser la colère mais
il ne faut jamais aussi oublier de développer la joie, autre grande
émotion qu’il ne faut pas minimiser, encore moins culpabiliser
(certains ne s’autorisent pas cette émotion positive, notamment
en raison d’une austérité que leur impose une morale rigoriste).

Le travail sur soi permet d’expérimenter des joies spécifiques et


successives (telles celles de découvrir ses capacités et compé-
tences, de se sentir confiant, d’acquérir de l’assurance, de mieux
communiquer, de créer, d’être pleinement soi…), cette aventure
intérieure est aussi l’occasion d’acquérir une disponibilité aux
joies à venir, des joies qu’occasionneront de nombreuses circons-
tances qui seront plus facilement appréciées. « Un bonheur est si
vite arrivé ! » Les moments de pleine conscience ne génèrent pas
la béatitude ou le nirvana : ils permettent simplement de se res-
sourcer, de réenchanter une vie moderne accaparante, stressante,
anxiogène. Prendre du temps pour soi dans la méditation et dans
divers loisirs, ludiques, artistiques, sportifs mais aussi « pratiquer »
la gaîté, la bonne humeur, tout cela contribue à ce que Karlfried
Graf Dürckheim appelle la « joie d’être ». « Il y a des expériences de
l’être qui sont un don surprenant au milieu de la vie ordinaire, dit
ce dernier, elles sont des heures étoilées ; elles peuvent avoir des
degrés de profondeur, de durée et de qualité divers… elles ont
toujours un caractère d’absolu qui atteste leur authenticité. »

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Ce document est la propriété exclusive de Saïd Ben Moussa ([email protected]) - 11 août 2023 à 17:35
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Conclusion

Du désir d’être au plaisir d’être

S’il y a à la base de tout voyage extérieur (à plus forte raison s’il


se déroule loin de chez soi) un désir d’ailleurs et d’être ailleurs,
il y a, en ce qui concerne le voyage intérieur (qui s’effectue en
soi) nécessairement, outre le désir de se découvrir, le désir d’être
autrement (positivement, bien entendu). Si l’objectif est atteint,
dans ce second cas de figure, le « voyageur », en l’occurrence l’on-
tonaute, éprouve alors une quadruple satisfaction :
- La satisfaction d’en savoir plus sur soi-même (lucidité accrue).
- La satisfaction d’avoir pris conscience de ses capacités (pouvoir
accru).
- La satisfaction d’avoir opéré ou amorcé un processus de chan-
gement (volonté accrue).
- La satisfaction de se sentir en accord avec soi-même (cohé-
rence accrue), sentiment contribuant grandement, selon nous,
à l’état qualifié de « bien-être » (ou « mieux-être »).

Certes, la notion de bien-être est relative (et, de ce fait, contes-


tée), tout comme celle du bonheur, dont nous avons déjà parlé.

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Les deux notions, forcément associées, ont beau être culturelle-


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ment déterminées (influencées par le milieu et l’époque), elles


renvoient à un vécu éminemment subjectif Le bien-être est une
expérience personnelle mais celle-ci apporte à toutes celles et à
tous ceux qui en bénéficient au moins trois atouts essentiels pour
donner sens, valeur et saveur à la Vie :
- La maîtrise de soi (de ses pensées, de ses émotions, de ses sen-
timents, de ses besoins, de ses actes, de son devenir…).
- La liberté d’être et de devenir soi (être autonome, acteur de sa
vie, auteur de son destin…).
- Le plaisir d’être et de devenir soi (se sentir bien dans sa tête et
dans son corps, être à l’aise dans la relation avec soi et du coup
avec les autres et avec le monde extérieur).

Comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises dans cet ou-


vrage, l’Ontologie Pratique est une méthode de développement
personnel sans intention thérapeutique ou éducative. Toutefois,
nous visons un « supplément d’âme » (comme les psychothéra-
peutes s’inscrivant dans les courants jungien et rogérien) et un
« supplément d’être » (comme le pédagogue Paulo Freire). Rap-
pelons que ce dernier a introduit au Brésil la pédagogie sociale,
se mettant au service des adultes en situation de précarité et
recourant à des modes d’animation leur permettant (dans un
contexte communautaire) d’accéder à :
- L’expression de soi.
- L’affirmation de soi.
- La transformation de soi.

Cette triple mission est aussi celle que nous préconisons. Puisse
ce guide t’avoir aidé à te fixer de tels objectifs, à les avoir atteints
ou à être en voie de les atteindre… pour l’accomplissement de
soi psychique, physique et social te permettant d’affronter la vie,
de la maîtriser et de la goûter pleinement.

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Ontothèque

La bibliothèque des ontonautes

ANDRE (C) :
Imparfaits, libres et heureux, Pratiques de l’estime de soi, O. Ja-
cob, 2009
Méditer jour après jour, L’iconoclaste, 2011
La vie intérieure, L’iconoclaste, 2018
Le temps de méditer, L’iconoclaste, 2019

ANDRÉ (C), LELORD (F) :


L’estime de soi, S’aimer pour mieux vivre avec les autres, O. Jacob,
2008

ANDRÉ (C), KABAT-ZINN (J), RABHI (P), RICARD (M) :


Se changer, changer le monde, J’ai lu, 2015

ANDRÉ (C), JOLLIEN (A), RICARD (M) :


Trois amis en quête de sagesse, L’iconoclaste, 2016

CAYROL (A), SAINT-PAUL (J. de) :


Derrière la magie, La PNL, Interéditions, 1984

239
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

CAYROL (A), BARRÈRE (P) :


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La Programmation Neuro-Linguistique, ESF, 1987

CORNEAU (G) :
Le meilleur de soi : le rencontrer, le nourrir, l’exprimer, R. Laffont,
2007

CYRULNIK (B), SERON (C) :


La résilience ou comment renaître de sa souffrance ? Fabert, 2009

DALAÏ-LAMA :
Le pouvoir de l’esprit : entretiens avec des scientifiques, Fayard,
2000
Les étapes de la méditation, Guy Trédaniel, 2007
L’art du bonheur, Poche, 2008
Se voir tel qu’on est, Points, 2014

DÜRCKHEIM (K.G) :
Le centre de l’être, Albin Michel, 1992
La Voie intérieure, Le quotidien comme exercice, Courrier du
Livre, 1994

GIBRAN (K) :
Le Prophète et Le Jardin du Prophète, Fayard, 2014

GRINDER (J), BANDLER (R) :


Les secrets de la communication, Poche, 2011

JOLLIEN (A) :
La construction de soi, Un usage de la philosophie, Seuil, 2006

JOURDAN (M), VIGNE (J) :


Marcher, méditer, Albin Michel, 1998
Cheminer, contempler. Albin Michel, 2007

240
ONTOTHÈQUE

JUNG (C.G) :
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Aïon : Études sur la phénoménologie du Soi, Albin Michel, 1983


L’Homme à la découverte de son âme, Albin Michel, 1987
L’Âme et le Soi, Renaissance et individuation, Albin Michel, 1990

KABAT-ZINN (J) :
Où tu vas, tu es, J’ai lu, 2005
L’éveil des sens, Vivre l’instant présent grâce à la pleine conscience,
Éd. des Arènes, 2009
Méditer, 108 leçons de pleine conscience, Marabout, 2016

KRISHNAMURTI (J) :
De la connaissance de soi, Inde 1948-1950, Le Courrier du Livre,
2001
Vers la révolution intérieure, Se changer soi-même pour changer
le monde, Marabout, 2014

LANZA del VASTO (J) :


Approches de la vie intérieure, Desclée de Brouwer, 2015

LENOIR (F) :
Petit traité de vie intérieure, Plon, 2010
Socrate, Jésus, Bouddha, Trois maîtres de vie, Livre de Poche, 2012

LISIMACHIO (N) :
Ils avaient tout compris : le développement personnel selon les
penseurs antiques, Hachette, 2021

LYNCH (D), KORDIS (P) :


La stratégie du dauphin, Éd. de l’Homme, 1994

MASLOW (A) :
Vers une psychologie de l’être, Fayard, 1972
L’accomplissement de soi, De la motivation à la plénitude, Ey-
rolles, 2003
Devenir le meilleur de soi-même, Eyrolles, 2013

241
SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

RAHMANI (S) :
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Paroles des peuples racines, Plaidoyer pour la Terre, Actes Sud,


2019

REVEL (J.F), RICARD (M) :


Le Moine et le Philosophe, Pocket, 1999

RICARD (M) :
Plaidoyer pour le bonheur, Pocket, 2004
L’art de la méditation, Pocket, 2010

ROGERS (C) :
Le développement de la personne, Dunod, 1968
Être vraiment soi-même, L’approche centrée sur la personne, Ey-
rolles, 2012

ROSENBERG (M) :
Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : introduc-
tion à la communication non violente, La Découverte, 2016

SALOMÉ (J), GALLAND (S) :


Si je m’écoutais, je m’entendrais, Vivre en bonne entente avec soi-
même, Éd. de l’Homme, 1990

SALOMÉ (J) :
Le courage d’être soi, L’art de communiquer en conscience,
Pocket, 2003
Heureux qui communique, Pocket, 2006

THICH-NHAT-HANH :
Le miracle de la pleine conscience, Manuel pratique de médita-
tion, J’ai lu, 2008
La plénitude de l’instant, Se réconcilier avec soi-même et avec au-
trui, Marabout, 2019
Marcher en pleine conscience, Pocket, 2019

VIGNE (J) :
Méditation et psychologie, Soigner son âme, Albin Michel, 2007

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR

Jean-Loup ROCHE est docteur en psycho-


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logie, diplômé en psychologie clinique et


anthropologie.
Il a assuré des enseignements universitaires
à Paris (où il a été également Responsable
du Service Réfugiés de la Croix-Rouge Fran-
çaise) et à Saint-Denis de La Réunion (où il a
exercé par ailleurs comme psychothérapeute
en CMPP, formateur en relations humaines en IRTS et coach en
développement personnel). Il est enseignant certifié en PNL et
praticien en hypnose ericksonienne. Il a contribué au développe-
ment de la Victimologie à La Réunion. Il est co-auteur de La Cause
des victimes (Éditions l’Harmattan).

Kevin ROCHE, son fils, est titulaire d’un


Bachelor en communication obtenu à l’Uni-
versité du Québec (UQAR) et d’une Maîtrise
en sciences et techniques des activités phy-
siques et sportives obtenue à l’Université
Paris-Descartes.

Il a étudié les effets de la méditation de


pleine conscience sur les performances des
sportifs de haut niveau et assure des activités de psychosocio-
logue, d’animateur de groupe et de coach.

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« DEVIENS QUI TU ES »

Jean-Loup et Kevin ROCHE ont échangé sur leurs expériences


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et, les percevant comme complémentaires, ont élaboré conjoin-


tement une méthode d’exploration de soi et de développement
personnel s’appuyant sur des concepts et des techniques rele-
vant de leurs champs d’investigation et d’intervention respectifs.

Il en résulte l’« Ontologie Pratique » dont les sources, les objectifs,


les principes, les étapes… sont présentés dans ce livre qu’ils des-
tinent à celles et ceux qui désirent s’engager pas à pas, méthodi-
quement, dans l’aventure d’être pleinement soi.

Se connaître, se comprendre, s’accepter, s’estimer, s’affirmer,


se relier, s’accomplir… telle est la mission que s’assignent les
« ontonautes ». Une démarche dépourvue de toute intention
égocentrique ou complaisance narcissique car il s’agit d’accéder
à un « mieux-être » certes personnel mais aussi socio-relationnel
et écosolidaire.

Un départ à destination de soi-même : une destination qui pour-


rait sembler bien proche mais notre être profond (notre « onto-
système ») n’est accessible et compréhensible qu’après avoir ex-
ploré préalablement notre espace environnant (« ontosphère ») et
notre histoire personnelle et transpersonnelle (« chronosphère »).
L’auto-observation (« ontoscopie ») et l’auto-évaluation (« ontodia-
gnostic ») sont les préalables nécessaires au processus de Chan-
gement (« ontopraxis »).

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SE CONNAÎTRE, S’ACCOMPLIR
À toute époque et dans toutes les sociétés, les humains
ont eu la volonté de mieux se connaître, mieux se
comprendre et maîtriser leur destin.

Nous sommes donc des explorateurs de l’être et du soi


(ontos, en grec), aussi appelés des Ontonautes !

Mais parmi nos missions de vie, celle d’être soi n’est pas
la plus simple !

Les auteurs nous proposent un programme de


« self exploration » pour nous aider à nous découvrir
et amorcer un véritable processus de changement.

Fourmillant de réflexions de philosophes, d’artistes, de


sportifs, de grands voyageurs… cet ouvrage nous emmène
à la (re)conquête de notre être et nous invite à identifier
et exploiter nos ressources internes.

Un formidable voyage qui nous permet d’accéder au mieux-


être personnel et collectif, pour finalement mieux vivre !

Jean-Loup ROCHE est docteur en psychologie, diplômé en


anthropologie et psychologie clinique. Enseignant certifié
en PNL et praticien en hypnose ericksonienne, il a été
psychothérapeute, expert, enseignant universitaire, formateur
en relations humaines et coach.
Kevin ROCHE est titulaire d’un bachelor en communication
et d’un master staps. Psychosociologue, coach de sportifs, il
a notamment étudié les impacts de la méditation de pleine
conscience sur les performances sportives.

Révélez vos compétences !

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