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Les tribunaux pénaux internationaux : ad hoc et

hybrides
Allassane Sagara

To cite this version:


Allassane Sagara. Les tribunaux pénaux internationaux : ad hoc et hybrides. 2024. �hal-04680383�

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Les tribunaux pénaux internationaux : ad hoc et hybrides
Résumé

Les crimes internationaux apparaissent comme des crimes de masse. Afin de pallier les dangers
heurtant la dignité humaine et la stabilité du monde, une réponse internationale est inéluctable.
Il est clair que les crimes susmentionnés sont diversifiés. Il apparaît opportun de passer en
revue les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le crime de génocide et le crime
d’agression. Le crime de terrorisme ne sera pas analysé en profondeur. Il n’est pas douteux que
les organes pénaux jouent un rôle pivot dans la mise en œuvre des droits de l’homme et du
droit international humanitaire.

Les juridictions pénales internationales ont été établies par le Conseil de sécurité en application
du Chapitre VII ou par un accord entre l'ONU et un État en crise. De nature composite, elles
peuvent être réparties en trois catégories : la première concerne les tribunaux ad hoc (le TPIY,
le TPIR et le Mécanisme international), la deuxième recouvre les tribunaux hybrides (le TSSL
et le TSL) et la troisième renferme les chambres créées au Kosovo et au Timor oriental. Il
convient de se pencher sur les deux premières catégories, et particulièrement sur le pouvoir
instituant du Conseil de sécurité, le fonctionnement et la neutralisation des organes répressifs
susmentionnés.

Per se, il ne faut pas oublier que les tribunaux ad hoc et hybrides sont des juridictions
éphémères au motif que leurs compétences sont circonscrites.

Mots-clés

Crimes internationaux – Conventions de Genève de 1949 – TPIY – TPIR – TSSL – TSL –


Conseil de sécurité.

1
Sigles et abréviations

AG Assemblée générale des Nations unies

CIJ Cour internationale de justice

CPI Cour pénale internationale

ONU Organisation des Nations unies

PUF Presses universitaires de France

TPIY Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie

TPIR Tribunal pénal international pour le Rwanda

TSSL Tribunal spécial pour la Sierra Leone

TSL Tribunal spécial pour le Liban

TMIN Tribunal militaire international de Nuremberg

TMIEO Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient

2
Les crimes internationaux
I. Définition

1. Les crimes internationaux sont diversifiés (le crime de génocide, le crime contre l’humanité,
les crimes de guerre et le crime d’agression). Chaque crime a ses critères de détermination. Ce
sont des crimes commis à grande échelle contre des personnes ou des biens, ou encore des
crimes de masse. En outre, ils ont des caractéristiques communes : internationaux, universels
et imprescriptibles, sans aucune discrimination de personne, relevant du droit international
coutumier et pouvant faire l’objet de répression par les juridictions internes et internationales,
mais pas d’une amnistie ni d’une grâce, etc.

2. Il faut toujours garder à l’esprit que les crimes internationaux ont les mêmes éléments
constitutifs que les crimes internes. En vertu des statuts des juridictions répressives
internationales, chaque crime est constitué d’un élément légal, mens rea (élément moral) et
d’un élément matériel, actus reus.

3. Le propre des crimes internationaux est qu’ils recouvrent les infractions à portée universelle
heurtant la dignité humaine et prévues et réprimées par les lois internes et les textes
internationaux, dont l’application est assurée par les juridictions pénales internes et
internationales.

II. La diversité de la compétence ratione materiae des tribunaux internationaux

4. A priori, les juridictions internationales sont chargées de la répression des crimes


internationaux. Ces derniers ont des caractéristiques analogues, mais ils font l’objet d’une
évolution des tribunaux militaires à la CPI. Aussi convient-il d’analyser la compétence
matérielle des organes judiciaires répressifs selon la logique classique prévue par l’article 5 du
Statut de Rome : le crime de génocide (1), les crimes contre l’humanité (2), les crimes de guerre
(3) et le crime d’agression (4).

1) Le crime de génocide

5. De prime abord, le précurseur du terme « génocide » est le juriste polonais Raphaël Lemkin,
qui le définit comme un phénomène de « destruction d’un groupe national, ethnique et
religieux »1.

1
R. MAISON, Justice pénale internationale, Collection « Droit fondamental », Paris, PUF, 1re éd., juin 2017, p.
130. Par ailleurs, la Convention sur le crime de génocide a été adoptée par l’Assemblée générale par la résolution
260 A III du 9 décembre 1948.

3
Il ressort de l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide du 9 décembre 1948 que « le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après,
commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial
ou religieux, comme tel :

a) meurtre de membres du groupe ;

b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale des membres du groupe ;

c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa


destruction totale ou partielle ;

d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

6. À l’analyse, le crime de génocide est consacré respectivement par l’article 2 du Statut du


TPIR, l’article 4 du Statut du TPIY, l’article 1er (1) du Statut du Mécanisme international des
tribunaux pénaux, l’article 4 du Statut des Chambres extraordinaires cambodgiennes, l’article
6 du Statut de la Cour, l’article 5 du Statut des Chambres africaines extraordinaires et l’article
17 du Code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité de 1996. Très concrètement,
l’ensemble de ces textes, en particulier le Statut de Rome, reprend la définition du génocide
établie par la Convention de Genève de 19482. En l’espèce, l’article susmentionné précise le
mens rea3, c’est-à-dire l’intention ou l’élément psychologique, et l’actus reus4, l’élément
matériel du crime de génocide. A fortiori, la jurisprudence exige une condition supplémentaire,
le dolus spelialis, c’est-à-dire l’intention spécifique de l’existence du génocide5. En tout état
de cause, la raison et le moment de l’acte importent peu.

2
Statut de Rome de la CPI, « Compétence, Recevabilité et Droit applicable », articles 5 (a) et 6 : « Aux fins du
présent Statut, on entend par crime de génocide l'un quelconque des actes ci-après commis dans l'intention de
détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) meurtre de membres du groupe ;
b) atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique
totale ou partielle ;
d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
e) transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. »
3
TPIR, Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Clément Kayishema et Obed Ruzindana, jugement,
ICTR-95, 21 mai 1997, p. 29, par. 91 et 92.
4
Idem, p. 32, par. 100 et s.
5
CIJ, La Croatie c./ Serbie, application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide,
arrêt, 3 février 2015, p. 66 et s., par. 143-148 ; CPI, Chambre préliminaire I, Le Procureur c./ Oumar Hassan
Ahmad Al Bashir, 12 juillet 2010, ICC-02/05-01/09, p. 8, par. 4 et s. ; TPIR, Chambre de première instance II, Le
Procureur c./ Clément Kayishema et Obed Ruzindana, jugement, ICTR-95, 21 mai 1997, p. 29, par. 89.

4
7. Ce faisant, la Convention de Genève a été mise en œuvre par la jurisprudence du TPIR 6.
D’après ce dernier, la notion de groupe relève de quatre catégories : le groupe national (en
fonction du lien juridique de nationalité entre ses membres), le groupe ethnique (fondé sur une
culture ou une langue commune), le groupe racial (lien avec le caractère héréditaire des
personnes physiques) et le groupe religieux (en fonction de la confession)7.

8. Il sied de souligner que le TPIR juge qu’« un groupe ethnique se définit comme un groupe
dont les membres ont en commun une langue et une culture, ou un groupe qui se distingue
comme tel (auto-identification) ou un groupe reconnu comme tel par d’autres, y compris les
auteurs des crimes (identifications par les tiers). Un groupe racial se distingue par des traits
physiques héréditaires souvent définis par le milieu géographique dans lequel il vit. Un groupe
religieux recouvre les confessions ou les modes de culte ou des groupes de personnes
partageant les mêmes croyances »8.

Il convient de noter que le TPIR a été la première juridiction à poser une condamnation pour
génocide9. Le Statut de Rome, après des hésitations, a fini par entériner la définition du
génocide établie par la Convention de 1948 et la jurisprudence du TPIR.

9. Il s’ensuit que l’article 4 (3) du Statut de Rome et l’article 4 (3) du Statut des Chambres
spéciales cambodgiennes incriminent l’incitation, la tentative, la conspiration, la participation,
etc. Sont repris expressis verbis les termes de l’article III de la Convention du 9 décembre 1948
relative au crime de génocide :

a) le génocide ;

b) l’entente en vue de commettre le génocide ;

c) l’incitation directe et publique à commettre le génocide ;

d) la tentative de génocide ;

e) la complicité dans le génocide.

6
TPIR, Le Procureur c/ Akayesu, ITCR- 96-4-T, 2 septembre 1998, p. 281, par. 698 et s.
7
O. BEAUVALLET, art. 6. Crime de génocide, cité par Raphaëlle NOLLEZ-GOLDBACH, La Cour pénale
internationale, PUF, 2018, Cairn, p. 33.
8
TPIR, Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Clément Kayishema et Ober Ruzindana, jugement,
ICTR-95, 21 mai 1997, p. 32, par. 98.
9
Pour la première condamnation pour génocide, TPIR, Le Procureur c./ Akayesu, ITCR-96-4-T, 2 septembre
1998, p. 281, par 698 et s. Cette décision est confirmée en appel. (Chambre d’appel, Le Procureur c./ Jean
Akayesu, ITCR-96-4-T, 1er juin 2001, p. 198).

5
Toutefois, la commission du génocide est présumée conformément aux articles II et III de la
Convention. Il appartient à l’accusation de démontrer, tant à charge qu’à décharge,
conformément à la loi, qui est l’auteur responsable de cette infraction.

10. S’agissant de la CPI, en 2005, les juges se sont prononcés sur le crime de génocide. Il
s’agissait de la situation du Darfour déférée par le Conseil de sécurité. Selon le mandat d’arrêt,
le crime de génocide a été commis par meurtre, atteinte à l’intégrité physique ou morale et
génocide sur chaque groupe indiqué. Cependant, les juges ont déclaré, dans le mandat d’arrêt
émis contre Monsieur Oumar Al Bashir, qu’il n’existe pas des motifs raisonnables de croire à
sa responsabilité pour trois chefs de génocide à l’encontre des groupes ethniques des Four,
Masalit et Zaghawa. Le Procureur a relevé appel de la décision. La Chambre d’appel a demandé
à la Chambre préliminaire de réexaminer la question10. Le crime de génocide a été finalement
maintenu11.

En 2018, il a été évincé par une manifestation populaire. Le gouvernement intérimaire n’a pas
manifesté sa volonté de procéder au transfèrement de Monsieur Al Bashir à la CPI. En 2024, il
n’est pas traduit devant la Cour pour refus de coopération de certains États parties et non
parties.

11. En outre, l’article 17 du projet de Statut du crime contre la paix et la sécurité définit le
crime de génocide en s’inspirant de la Convention Genève de 1948. Certes, ce texte n’a pas été
adopté par les États. Une fois adopté, il pourrait être appliqué par les juridictions internes et la
CPI. Par conséquent, ce projet n’est pas officiellement en vigueur.

A fortiori, le génocide relève du droit international coutumier12. Il est de jurisprudence


constante de la CIJ que cette infraction constitue une obligation erga omnes, et l’interdiction
de génocide relève du jus cogens, une norme impérative du droit international13.

10
CPI, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Oumar Hassan Ahmad Al Bashir, arrêt relatif à l’appel interjeté par le
Procureur contre la décision relative à la requête de l’accusation aux fins de délivrance d’un mandat d’arrêt à
l’encontre d’Omar Hassan Ahmad Al Bashir, ICC-02/05-01/09-OA, 3 février 2010, p. 19, par. 40 et s.
11
CPI, Chambre préliminaire I, Le Procureur c./ Oumar Hassan Ahmad Al Bashir, 12 juillet 2010, ICC-02/05-
01/09, p. 9.
12
CIJ, Réserves à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, avis consultatif, Recueil,
1951, p. 23 ; TPIR, Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Clément Kayishema et Ober Ruzindana,
jugement, ICTR-95, 21 mai 1997, p. 29, par. 88.
13
Affaire Barcelona Traduction, Light et Power Co. (Belgique contre Espagne, 1970) ; CIJ, République
démocratique du Congo c./ Rwanda, compétence et recevabilité, Recueil, 2006, p. 31-32 ; TPIR, Chambre de
première instance II, Le Procureur c./ Clément Kayishema et Ober Ruzindana, jugement, ICTR-95, 21 mai 1997,
p. 29, par. 88.

6
2) Les crimes contre l’humanité

12. De jure comme de juris, les crimes contre l’humanité apparaissent pour la première fois
dans le Statut de Nuremberg. Les crimes contre l’humanité sont respectivement reconnus à
l’article 6-c) du Statut du TMIN, l’article 5 (c) de la Charte du TMIEO, l’article 5 du TPIY,
l’article 1er (1) du Statut du Mécanisme international des tribunaux pénaux, l’article 2 du Statut
du TSSL, l’article 3 du TPIR, l’article 5 des Chambres extraordinaires cambodgiennes, l’article
6 du Statut des Chambres africaines extraordinaires, l’article 2 du TSSL et l'article 18 du Code
des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité de 1996. L’article 5 (c) du Statut de Rome
reprend le Statut du TMI de Nuremberg. Aussi, il convient de préciser que la plupart de ces
crimes contre l’humanité sont susceptibles d’être qualifiés de crimes de guerre. Les crimes
contre l’humanité et les crimes de guerre sont dissociés par l’article 6 du Statut de Nuremberg.

13. De lege lata, l’article 7 du Statut de la CPI énumère très clairement les actes susceptibles
d’être qualifiés de crimes contre l’humanité14. Il résulte de cette disposition que le crime doit

14
Statut de Rome de la CPI, Chapitre II : Compétence, Recevabilité et Droit applicable, article 7 : « 1. Aux fins
du présent Statut, on entend par crime contre l'humanité l'un quelconque des actes ci-après lorsqu'il est commis
dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance
de cette attaque :
a) meurtre ;
b) extermination ;
c) réduction en esclavage ;
d) déportation ou transfert forcé de population ;
e) emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions
fondamentales du droit international. »
f) torture ;
g) viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de
violence sexuelle de gravité comparable ;
h) persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d'ordre politique, racial,
national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste au sens du paragraphe 3, ou en fonction d'autres critères
universellement reconnus comme inadmissibles en droit international, en corrélation avec tout acte visé
dans le présent paragraphe ou tout crime relevant de la compétence de la Cour ;
i) disparitions forcées de personnes ;
j) crime d'apartheid ;
k) autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de grandes souffrances ou des
atteintes graves à l'intégrité physique ou à la santé physique ou mentale. »
2. « Aux fins du paragraphe 1 :
a) Par “attaque lancée contre une population civile”, on entend le comportement qui consiste en la
commission multiple d'actes visés au paragraphe 1 à l'encontre d'une population civile quelconque, en
application ou dans la poursuite de la politique d'un État ou d'une organisation ayant pour but une telle
attaque.
b) Par “extermination”, on entend notamment le fait d'imposer intentionnellement des conditions de vie,
telles que la privation d'accès à la nourriture et aux médicaments, calculées pour entraîner la destruction
d'une partie de la population.
c) Par “réduction en esclavage”, on entend le fait d'exercer sur une personne l'un quelconque ou l'ensemble
des pouvoirs liés au droit de propriété, y compris dans le cadre de la traite des êtres humains, en particulier
des femmes et des enfants.

7
être commis « dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute
population civile et en reconnaissance de cette attaque »15. Quid de la population civile ? Elle
s’entend par opposition « aux membres des forces armées et aux autres combattants
légitimes »16.

14. Seule l’attaque, et non les actes individuels de l’accusé, doit être « généralisée ou
systématique »17. C’est la raison pour laquelle un acte peut être considéré comme un crime
contre l’humanité s’il intervient dans un certain contexte18. L’attaque généralisée est dirigée
contre une pluralité de victimes19. De surcroît, une attaque systématique s’entend d’une attaque
perpétrée en application d’une politique ou d’un plan préconçu 20. Il peut s’agir des actes et de

d) Par “déportation ou transfert forcé de population”, on entend le fait de déplacer de force des personnes,
en les expulsant ou par d'autres moyens coercitifs, de la région où elles se trouvent légalement, sans
motifs admis en droit international.
e) Par “torture”, on entend le fait d'infliger intentionnellement une douleur ou des souffrances aiguës,
physiques ou mentales, à une personne se trouvant sous sa garde ou sous son contrôle ; l'acception de ce
terme ne s'étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légales, inhérentes
à ces sanctions ou occasionnées par elles.
f) Par “grossesse forcée”, on entend la détention illégale d'une femme mise enceinte de force, dans
l'intention de modifier la composition ethnique d'une population ou de commettre d'autres violations
graves du droit international. Cette définition ne peut en aucune manière s'interpréter comme ayant une
incidence sur les lois nationales relatives à la grossesse.
g) Par “persécution”, on entend le déni intentionnel et grave de droits fondamentaux en violation du droit
international, pour des motifs liés à l'identité du groupe ou de la collectivité qui en fait l'objet.
h) Par “crime d'apartheid”, on entend des actes inhumains analogues à ceux que vise le paragraphe 1,
commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d'oppression systématique et de domination d'un
groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l'intention de maintenir
ce régime.
i) Par “disparitions forcées de personnes”, on entend les cas où des personnes sont arrêtées, détenues ou
enlevées par un État ou une organisation politique ou avec l'autorisation, l'appui ou l'assentiment de cet
État ou de cette organisation, qui refuse ensuite d'admettre que ces personnes sont privées de liberté ou
de révéler le sort qui leur est réservé ou l'endroit où elles se trouvent, dans l'intention de les soustraire à
la protection de la loi pendant une période prolongée. »
3. Aux fins du présent Statut, le terme “sexe” s'entend de l'un et l'autre sexes, masculin et féminin, suivant le
contexte de la société. Il n'implique aucun autre sens. »
15
Dans le même sillage, voir le Statut des Chambres extraordinaires cambodgiennes, article 5 (2).
16
CPI, Chambre préliminaire, Le Procureur c./ Bemba, confirmation des charges, par. 78 ; TPIY, Chambre de
première instance, Le Procureur c./ Kunarac et consorts, jugement, p. 25 ; CPI, Chambre de première instance II,
Le Procureur c/ Katanga, 7 mars 2014, ICC-/01-04/07, p. 447, par. 1102.
17
TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Kunarac et consorts, jugement, affaire n°IT-96-23/1-A, p. 135, par.
431.
18
TPIY, Chambre de première instance, Le Procureur c./ Kupreskic, affaire n°IT-95-16-T, Jugement, 14 janvier
2000, par. 550 ; TPIY, Chambre de première instance, Le Procureur c./ Tadic, affaire n°IT-94-T, Jugement, 7 mai
1997, par. 649 ; Chambre d’appel, Le Procureur c./ Kunarac et consorts, Jugement, affaire n°IT-96-23/1-A, p.
30, p. 134, par. 427.
19
TPIR, Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Clément Kayishema et Obed Ruzindana, Jugement,
ICTR-95, 21 mai 1997, p. 37, par. 123 ; Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Fatmir Limaj, Haradin
Bala et Isak Musliu, jugement, IT-03-66-T, 30 novembre 2005, p. 73, par. 183 ; CPI, Chambre de première
instance II, Le Procureur c/ Katanga, 7 mars 2014, ICC-/01-04/07, p. 445, par. 1098.
20
TPIR, Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Clément Kayishema et Obed Ruzindana, jugement,
ICTR-95, 21 mai 1997, p. 37, par. 123 ; CPI, Chambre de première instance II, Le Procureur c/ Katanga, 7 mars
2014, ICC-/01-04/07, p. 445, par. 1098.

8
l'improbabilité de leur caractère fortuit21. En outre, l’attaque doit remplir l’une ou l’autre
condition ; plus précisément, elle peut être systématique ou généralisée22 ou les deux
conditions23, ce qui exclut donc les actes isolés24. Si la Chambre préliminaire conclut au
caractère généralisé de l’attaque, elle n’est pas tenue d’examiner si celle-ci est également
systématique25. Les conditions d’ampleur et de systématicité ne sont pas nécessairement
cumulatives26. En tout état de cause, ces deux critères semblent difficiles à séparer27.

15. Ensuite, ce raisonnement a été repris par la jurisprudence Tadic du TPIY en 1995. Le TPIY
conclut que dans le contexte de crimes contre l’humanité, l’attaque ne se limite pas au recours
à la force armée et comprend également tous les traitements infligés à la population civile28.

16. La Chambre d’appel du TPIY a délimité la frontière entre les crimes contre l’humanité et
les crimes de guerre. Elle abandonne le lien des crimes contre l’humanité avec les autres crimes
internationaux. La Cour exige un comportement qui occasionne la commission de multiples
actes, sans nécessairement être de nature militaire. Elle définit le crime contre l’humanité
comme une campagne ou une opération contre la population civile. Elle précise les éléments
constitutifs du crime contre l’humanité en se référant à la jurisprudence.

17. Toutefois, les crimes contre l’humanité peuvent être commis sur une population civile en
temps de paix comme en temps de guerre. En outre, les actes susceptibles d’être retenus comme
des crimes contre l’humanité sont l’assassinat, l’extermination ou la déportation, cette liste

21
TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Blaskic, par. 101 ; Chambre de première instance II, Le Procureur
c./ Fatmir Limaj, Haradin Bala et Isak Musliu, Jugement, IT-03-66-T, 30 novembre 2005, p. 73, par. 193.
22
TPIR, Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Clément Kayishema et Obed Ruzindana, jugement,
ICTR-95, 21 mai 1997, p. 37, par. 123 ; Chambre de première instance, Le Procureur c./ Kunarac, par. 93 ;
Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Fatmir Limaj, Haradin Bala et Isak Musliu, jugement, IT-03-
66-T, 30 novembre 2005, p. 73, par. 183 ; Chambre d’appel, Le Procureur c./ Kordic, par. 94.
23
TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Kunarac, arrêt, affaire n°IT-96-23/1-A, par. 94 ; Chambre de
première instance II, Le Procureur c./ Fatmir Limaj, Haradin Bala et Isak Musliu, Jugement, IT-03-66-T, 30
novembre 2005, p. 73, par. 183.
24
TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Kunarac et consorts, Jugement, affaire n°IT-96-23/1-A, p. 30, p. 134,
par. 427.
25
TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Kunarac et consorts, arrêt, affaire n°IT-96-23/1-A, p. 30, par. 93 ;
CPI, Chambre préliminaire, Le Procureur c./ Katanga, 30 septembre 2008, ICC-/01-04/07, p. 412 et s.
26
TPIY, Chambre de première instance, Le Procureur c./ Tadic, affaire n°IT-95, par. 646-647 ; TPIR, Chambre
de première instance, Le Procureur c./ Akayesu, Jugement, par. 579 ; TPIY, Chambre de première instance, Le
Procureur c./ Kayishema, par. 123 ; Statut de la CPI, article 7 (1).
27
TPIY, Chambre de première instance, Le Procureur c./ Blaskic, Jugement, p. 73, par. 207.
28
TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Dusko Tadic, affaire IT, par. 67 et 70 ; Chambre de première instance,
Le Procureur c./ Tadic, Jugement, p. 562-572 ; Chambre d’appel, Le Procureur c./ Kunarac, par. 55 ; Chambre
de première instance, Le Procureur c./ Zenil Delalic et consorts, affaire Celebici, par. 184 à 185 ; Chambre de
première instance, Le Procureur c./ Krnojelac, par. 51 ; Chambre de première instance, Le Procureur c./ Naletilic,
par. 225 ; Chambre de première instance II, Le Procureur c./ Fatmir Limaj, Haradin Bala et Isak Musliu,
Jugement, IT-03-66-T, 30 novembre 2005, p. 37, par. 83.

9
étant loin d’être exhaustive. Les responsables politiques et militaires et leurs complices sont
responsables devant le TMI.

18. Il n’est pas sans intérêt de rappeler la jurisprudence pertinente de la Cour de cassation
française. Ce faisant, l’affaire Klaus Barbie est évocatrice. Ce dernier est accusé de crime
contre l’humanité. La chambre d’accusation ordonne son renvoi devant la Cour d’assises. Or,
le crime contre l’humanité est intégré dans le droit français depuis 1964. Dans son arrêt, la
Cour de cassation précise la notion de crime contre l’humanité : « Constituent des crimes
imprescriptibles contre l’humanité au sens de l’article 65 (c) du Statut du Tribunal militaire
international de Nuremberg annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945, alors même qu’ils
seraient également qualifiables de crimes de guerre selon l’article 6 (b) de ce texte, les actes
inhumains et les persécutions qui […] ont été commis de façon systématique, non seulement
contre des personnes en raison de leur appartenance à une collectivité raciale ou religieuse,
mais aussi contre les adversaires de cette politique, quelle que soit la forme de leur
opposition. »29

La Cour de cassation annule la distinction fondée sur la qualité de la victime. Elle estime que
le crime contre l’humanité peut être perpétré contre un combattant ou un non-combattant. La
juridiction suprême réaffirme la solution dans l’arrêt Touvier30 puis dans l’arrêt Papon31.

Après avoir tranché la question de la distinction des crimes de guerre et des crimes contre
l’humanité, la Cour de cassation juge que « les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles
par nature, leur imprescriptibilité se déduit […] des principes généraux du droit reconnu par
l’ensemble des nations »32.

19. Par ailleurs, il convient de préciser que le Statut de Rome de la CPI incrimine les crimes
contre l’humanité de manière autonome à ses articles 5 (c) et 7.

20. Dans l’affaire Katanga, à propos de l’attaque du village de Bogoro, la CPI estime que les
cent victimes devraient être rattachées à la qualification de crime contre l’humanité 33. Les
attaques systématiques dirigées contre une population sont qualifiées de crimes contre
l’humanité dans l’affaire Bemba34. La Cour rappelle qu’un tel comportement consiste en la

29
Cass. crim., pourvoi n°85-95166, 20 décembre 1985, première application de crime contre l’humanité en France.
30
Cass. crim., 27 novembre 1992, pourvoi n°94-82590.
31
Cass. crim., 23 janvier 1997, Recueil D., 1997, p. 249.
32
Bull. crim., n°34, JCP, 1984, II, 20197.
33
CPI, Chambre de première instance II, Le Procureur c/ Katanga, 7 mars 2014, ICC-/01-04/07, p. 459 et s.
34
CPI, Le Procureur c/ Jean Pierre Bemba Gombo, 15 juin 2008, affaire n°ICC-01/05-01/08, p. 129.

10
commission de multiples actes contre des civils sans nécessairement être de nature militaire35.
Enfin, en application de l’article 7 du Statut de la Cour, la jurisprudence précise que l’attaque
peut être « généralisée ou systématique »36, lancée contre une population civile par la politique
d’un État. Ces éléments constitutifs sont incontournables dans la qualification du crime contre
l’humanité. Cette condition est tantôt associée, tantôt dissociée. L’organisation peut être
étatique ou privée. L’attaque peut être lancée par une entité privée, comme dans le cas de
Charles Taylor37. L’attaque a été définie par l’arrêt Kunarac comme un « comportement
[course of conduct] impliquant la commission de violence ». Celui-ci est confirmé par la
Chambre d’appel du TPIY. Cette définition est largement partagée par la CPI. En outre, la
notion d’attaque est distincte de celle de « conflit armé » au sens du droit de la guerre, car il
peut y avoir une attaque sans conflit armé. De plus, la notion de conflit ne se limite pas au
recours à la force armée. L’article 7 (a) du Statut de Rome indique que « l’attaque lancée contre
une population civile » peut provenir d’un État ou d’une organisation.

21. L’article 7-2 du Statut de Rome énonce que l’attaque doit être lancée contre un groupe
spécifique et viser des individus de ce groupe. L’attaque doit être menée de manière
« délibérée, massive et coordonnée ». Le Statut énumère l’ensemble de ces actes : le meurtre,
l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation ou le transfert forcé de populations,
l’emprisonnement, la torture, le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse et
la stérilisation forcée, toute forme de violence sexuelle, la persécution pour motif politique,
racial, national, ethnique, culturel, religieux ou sexiste, les disparitions forcées, l’apartheid. Il
faut constater que l’esclavage sexuel apparaît pour la première fois en tant que crime contre
l’humanité.

22. Aussi, deux États, l’Ukraine et la Guinée-Conakry, avaient déféré au Procureur de la Cour
des situations de crimes contre l’humanité. D’abord, il convient de rappeler l’acceptation de la
compétence de la Cour sur les évènements du 21 novembre 2013 au 22 février 2014 sur la place
de Maïdan à Kiev, avec un bilan de 75 morts et 700 blessés. À l’issue de l’appréciation de la
situation de Kiev, le Procureur a conclu que les conditions exigées à l’article 7-2 (a) du Statut
n’étaient pas réunies. L’attaque sur la population civile à Kiev n’était pas généralisée. En

35
Idem.
36
Ibid. Arrêt Tadic : « Si l’auteur a la connaissance, soit effective soit virtuelle que ses actes étaient commis d’une
manière généralisée ou systématique […], cela suffit pour le tenir comme responsable de crime contre l’humanité.
Par conséquent, l’auteur doit savoir qu’il y a une agression contre la population civile, savoir que son acte
s’accorde avec l’agression […]. »
37
TSSL, Le Procureur c./ Charles Taylor, 18 mai 2012 ; R. MAISON, Justice pénale internationale, op. cit., p.
130.

11
d’autres termes, elle était limitée à la ville de Kiev. Au vu de ce raisonnement, elle ne peut être
systématique. Il a donc décidé de ne pas engager de poursuites pour défaut de base raisonnable.

23. En Guinée-Conakry, des crimes ont été commis le 28 septembre 2009 au stade de Conakry.
Le bilan de l’attaque est de 156 morts et 109 femmes victimes de viol. Les autorités guinéennes
ont déféré la situation au Procureur qui a qualifié l’attaque de « généralisée » mais pas de
« systématique ». Il a conclu également à un défaut de base raisonnable.

24. Le Procureur a estimé que l’attaque perpétrée sur la population à Kiev n’était pas
généralisée mais a admis que les crimes commis à Conakry étaient généralisés. En effet, les
crimes commis sur la population étaient limités à une ville et non étendus à tout le pays
(Ukraine et Conakry). Les critères d’appréciation du Procureur sont-ils conformes à l’article 7-
2 (a) du Statut ? Concernant ces situations, son appréciation est discutable et discutée.
Toutefois, la notion de base raisonnable n’est pas définie, laissant au Procureur le soin
d’apprécier au cas par cas l’admission des situations. Il semble judicieux d’établir une
définition explicite de la notion de « base raisonnable » en ce qui concerne le déclenchement
d’une enquête et de « base suffisante » en ce qui concerne l’engagement des poursuites dans le
Statut de Rome, en vertu du principe de la légalité des délits et peines.

3) Les crimes de guerre

25. Juridiquement, le droit de la guerre est encadré par les conventions, précisément la
Convention (IV) de La Haye de 1907 sur les lois et les coutumes de guerre sur la terre 38, les
Conventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels, et la Convention sur la
prohibition de certaines armes de 1954. Les crimes de guerre se réfèrent très largement aux
conventions susmentionnées quant à la définition, aux éléments des crimes, etc.

En outre, les crimes de guerre sont respectivement consacrés par l’article 6 (b) du Statut du
TMIN, l’article 5 (b) du Statut du TMIEO, l’article 2 du Statut du TPIY, l’article 4 du TPIR,
l’article 1er (1) du Statut du Mécanisme international des tribunaux pénaux, l’article 7 du Statut
des Chambres africaines extraordinaires et l’article 20 du Code des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité de 1996. Pour l’essentiel, l’article susmentionné est assez large et
renferme les acquis de la jurisprudence du TPIY et du TPIR.

38
L’architecture de ce document recouvre un préambule et 56 articles. Cet instrument renferme les droits et les
obligations des parties tant civiles que militaires lors d’un conflit armé. Il gouverne essentiellement les conflits
internationaux.

12
26. En l’état actuel, les crimes de guerre sont prévus à l’article 8 du Statut de la Cour, lorsqu’ils
s’inscrivent dans le cadre d’un plan ou d’une politique ou lorsqu’ils font partie d’une série de
crimes commis à grande échelle. La disposition susmentionnée consacre la distinction
classique entre les conflits armés internationaux (article 2, a, b) et les conflits armés non
internationaux (article 2, c, d, e, f)39 et fait le lien entre le conflit et le crime allégué40. Très
concrètement, les actes susceptibles d’être qualifiés de crimes de guerre sont prévus par la
disposition susmentionnée41.

39
R. MAISON, Justice pénale internationale, op. cit., p. 112.
40
R. NOLLEZ-GOLDBACH, La Cour pénale internationale, op. cit., p. 45.
41
Statut de Rome de la CPI, article 8 : « 1. Aux fins du Statut, on entend par “crimes de guerre” :
a) Les infractions graves aux Conventions de Genève du 12 août 1949, à savoir l'un quelconque des actes
ci-après lorsqu'ils visent des personnes ou des biens protégés par les dispositions des Conventions de
Genève :
i. l'homicide intentionnel ;
ii. la torture ou les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques ;
iii. le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte
à l'intégrité physique ou à la santé ;
iv. la destruction et l'appropriation de biens, non justifiées par des nécessités militaires et
exécutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire ;
v. le fait de contraindre un prisonnier de guerre ou une personne protégée à servir dans les
forces d'une puissance ennemie ;
vi. le fait de priver intentionnellement un prisonnier de guerre ou toute autre personne protégée
de son droit d'être jugé régulièrement et impartialement ;
vii. la déportation ou le transfert illégal ou la détention illégale ;
viii. la prise d'otages.
b) Les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés internationaux dans le
cadre établi du droit international, à savoir, l'un quelconque des actes ci-après :
i. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle
ou contre des civils qui ne participent pas directement aux hostilités ;
(Les paragraphes 2 (e) (xiii) à 2 (e) (xv) ont été amendés par la résolution RC/Res. 5 du 11 juin 2010 et les
paragraphes 2 (e) (xiii) to 2 (e) (xv) ont été ajoutés).
ii. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des biens de caractère civil, c'est-à-
dire des biens qui ne sont pas des objectifs militaires ;
iii. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre le personnel, les installations, le
matériel, les unités ou les véhicules employés dans le cadre d'une mission d'aide
humanitaire ou de maintien de la paix conformément à la Charte des Nations unies, pour
autant qu'ils aient droit à la protection que le droit international des conflits armés garantit
aux civils et aux biens de caractère civil ;
iv. le fait de diriger intentionnellement une attaque en sachant qu'elle causera incidemment des
pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des
dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à
l'environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l'ensemble de
l'avantage militaire concret et direct attendu ;
v. le fait d'attaquer ou de bombarder, par quelque moyen que ce soit, des villes, villages,
habitations ou bâtiments qui ne sont pas défendus et qui ne sont pas des objectifs militaires ;
vi. le fait de tuer ou de blesser un combattant qui, ayant déposé les armes ou n'ayant plus de
moyens de se défendre, s'est rendu à discrétion ;
vii. le fait d'utiliser indûment le pavillon parlementaire, le drapeau ou les insignes militaires et
l'uniforme de l'ennemi ou de l'Organisation des Nations unies, ainsi que les signes
distinctifs prévus par les Conventions de Genève, et, ce faisant, de causer la perte de vies
humaines ou des blessures graves ;

13
viii. le transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante d'une partie de sa population
civile, dans le territoire qu'elle occupe, ou la déportation ou le transfert à l'intérieur ou hors
du territoire occupé de la totalité ou d'une partie de la population de ce territoire ;
ix. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la
religion, à l'enseignement, à l'art, à la science ou à l'action caritative, des monuments
historiques, des hôpitaux et des lieux où des malades ou des blessés sont rassemblés, à
condition qu'ils ne soient pas des objectifs militaires ;
x. le fait de soumettre des personnes d'une partie adverse tombées en son pouvoir à des
mutilations ou à des expériences médicales ou scientifiques quelles qu'elles soient, qui ne
sont ni motivées par un traitement médical, dentaire ou hospitalier, ni effectuées dans
l'intérêt de ces personnes, et qui entraînent la mort de celles-ci ou mettent sérieusement en
danger leur santé ;
xi. le fait de tuer ou de blesser par traîtrise des individus appartenant à la nation ou à l'armée
ennemie ;
xii. le fait de déclarer qu'il ne sera pas fait de quartier ;
xiii. le fait de détruire ou de saisir les biens de l'ennemi, sauf dans les cas où ces destructions ou
saisies seraient impérieusement commandées par les nécessités de la guerre ;
xiv. le fait de déclarer éteints, suspendus ou non recevables en justice les droits et actions des
nationaux de la partie adverse ;
xv. le fait pour un belligérant de contraindre les nationaux de la partie adverse à prendre part
aux opérations de guerre dirigées contre leur pays, même s'ils étaient au service de ce
belligérant avant le commencement de la guerre ;
xvi. le pillage d'une ville ou d'une localité, même prise d'assaut ;
xvii. le fait d'employer du poison ou des armes empoisonnées ;
xviii. le fait d'employer des gaz asphyxiants, toxiques ou similaires, ainsi que tous liquides,
matières ou procédés analogues ;
xix. le fait d'utiliser des balles qui s'épanouissent ou s'aplatissent facilement dans le corps
humain, telles que des balles dont l'enveloppe dure ne recouvre pas entièrement le centre
ou est percée d'entailles ;
xx. le fait d'employer les armes, projectiles, matières et méthodes de guerre de nature à causer
des maux superflus ou des souffrances inutiles ou à frapper sans discrimination en violation
du droit international des conflits armés, à condition que ces armes, projectiles, matières et
méthodes de guerre fassent l'objet d'une interdiction générale et qu'ils soient inscrits dans
une annexe au présent Statut, par voie d'amendement adopté selon les dispositions des
articles 121 et 123 ;
xxi. les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et
dégradants ;
xxii. le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, telle que définie à
l'article 7, paragraphe 2, alinéa f), la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence
sexuelle constituant une infraction grave aux Conventions de Genève ;
xxiii. le fait d'utiliser la présence d'un civil ou d'une autre personne protégée pour éviter que
certains points, zones ou forces militaires ne soient la cible d'opérations militaires ;
xxiv. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre les bâtiments, le matériel, les unités
et les moyens de transport sanitaires, et le personnel utilisant, conformément au droit
international, les signes distinctifs prévus par les Conventions de Genève ;
xxv. le fait d'affamer délibérément des civils comme méthode de guerre, en les privant de biens
indispensables à leur survie, y compris en empêchant intentionnellement l'envoi des secours
prévus par les Conventions de Genève ;
xxvi. le fait de procéder à la conscription ou à l'enrôlement d'enfants de moins de 15 ans dans les
forces armées nationales ou de les faire participer activement à des hostilités.
c) En cas de conflit armé ne présentant pas un caractère international, les violations graves de l'article 3
commun aux quatre Conventions de Genève du 12 août 1949, à savoir l'un quelconque des actes ci-après
commis à l'encontre de personnes qui ne participent pas directement aux hostilités, y compris les
membres de forces armées qui ont déposé les armes et les personnes qui ont été mises hors de combat
par maladie, blessure, détention ou par toute autre cause :
i. les atteintes à la vie et à l'intégrité corporelle, notamment le meurtre sous toutes ses formes,
les mutilations, les traitements cruels et la torture ;
ii. les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et
dégradants ;

14
iii. les prises d'otages ;
iv. les condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable,
rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires généralement
reconnues comme indispensables.
d) L'alinéa c) du paragraphe 2 s'applique aux conflits armés ne présentant pas un caractère international et
ne s'applique donc pas aux situations de troubles et tensions internes telles que les émeutes, les actes
isolés et sporadiques de violence ou les actes de nature similaire.
e) Les autres violations graves des lois et coutumes applicables aux conflits armés ne présentant pas un
caractère international, dans le cadre établi du droit international, à savoir l'un quelconque des actes ci-
après :
i. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre la population civile en tant que telle
ou contre des personnes civiles qui ne participent pas directement aux hostilités ;
ii. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre les bâtiments, le matériel, les unités
et les moyens de transport sanitaires, et le personnel utilisant, conformément au droit
international, les signes distinctifs des Conventions de Genève ;
iii. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre le personnel, les installations, le
matériel, les unités ou les véhicules employés dans le cadre d'une mission d'aide
humanitaire ou de maintien de la paix conformément à la Charte des Nations unies, pour
autant qu'ils aient droit à la protection que le droit international des conflits armés garantit
aux civils et aux biens de caractère civil ;
iv. le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la
religion, à l'enseignement, à l'art, à la science ou à l'action caritative, des monuments
historiques, des hôpitaux et des lieux où des malades et des blessés sont rassemblés, pour
autant que ces bâtiments ne soient pas des objectifs militaires ;
v. le pillage d'une ville ou d'une localité, même prise d'assaut ;
vi. le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, telle que définie à
l'article 7, paragraphe 2, alinéa f), la stérilisation forcée, ou toute autre forme de violence
sexuelle constituant une violation grave de l'article 3 commun aux quatre Conventions de
Genève ;
vii. le fait de procéder à la conscription ou à l'enrôlement d'enfants de moins de 15 ans dans les
forces armées ou dans des groupes armés ou de les faire participer activement à des
hostilités ;
viii. le fait d'ordonner le déplacement de la population civile pour des raisons ayant trait au
conflit, sauf dans les cas où la sécurité des civils ou des impératifs militaires l'exigent ;
ix. le fait de tuer ou de blesser par traîtrise un adversaire combattant ;
x. le fait de déclarer qu'il ne sera pas fait de quartier ;
xi. le fait de soumettre des personnes d'une autre partie au conflit tombées en son pouvoir à
des mutilations ou à des expériences médicales ou scientifiques, quelles qu'elles soient, qui
ne sont ni motivées par un traitement médical, dentaire ou hospitalier, ni effectuées dans
l'intérêt de ces personnes, et qui entraînent la mort de celles-ci ou mettent sérieusement en
danger leur santé ;
xii. le fait de détruire ou de saisir les biens d'un adversaire, sauf si ces destructions ou saisies
sont impérieusement commandées par les nécessités du conflit ;
xiii. le fait d’employer du poison ou des armes empoisonnées ;
xiv. le fait d’employer des gaz asphyxiants, toxiques ou similaires, ainsi que tous liquides,
matières ou procédés analogues ;
xv. le fait d’utiliser des balles qui s’épanouissent ou s’aplatissent facilement dans le corps
humain, telles que des balles dont l’enveloppe dure ne recouvre pas entièrement le centre
ou est percée d’entailles.
f) L'alinéa e) du paragraphe 2 s'applique aux conflits armés ne présentant pas un caractère international et
ne s'applique donc pas aux situations de troubles et tensions internes telles que les émeutes, les actes
isolés et sporadiques de violence ou les actes de nature similaire. Il s'applique aux conflits armés qui
opposent de manière prolongée sur le territoire d'un État les autorités du gouvernement de cet État et des
groupes armés organisés ou des groupes armés organisés entre eux.
2. Rien dans le paragraphe 2, alinéas c) et e), n'affecte la responsabilité d'un gouvernement de maintenir ou rétablir
l'ordre public dans l'État ou de défendre l'unité et l'intégrité territoriale de l'État par tous les moyens légitimes. »

15
27. En effet, les éléments de ces crimes sont multiples. Les éléments caractéristiques des crimes
de guerre sont établis par la Convention de Genève de 1949 et repris à l’article 8-2 du Statut
de Rome. Cette convention vise à protéger les civils face aux conflits internationaux et à la
violation des coutumes de la guerre. Également, l’article 8 (2) (a) du Statut reprend quasiment
la Convention de La Haye de 1907 relative aux conflits armés internationaux. En soi, les
atteintes peuvent être portées aux personnes, aux biens ou aux pratiques de guerre.

28. En premier lieu, les crimes de guerre sont des atteintes portées aux personnes non
combattantes : homicide, viol, torture, atteinte à l’intégrité physique, déportation, transfert de
populations, détention illégale, prise d’otages, utilisation d’enfants soldats.

En deuxième lieu, les crimes de guerre sont des atteintes portées aux biens : destruction,
appropriation, pillage, attaque contre des cibles non militaires, attaque contre des bâtiments
scolaires, religieux, historiques ou des hôpitaux, ou les dommages environnementaux.

En troisième lieu, les crimes de guerre sont des pratiques de guerre interdites : contraindre un
prisonnier de guerre à combattre pour un pays ennemi, tuer un prisonnier ayant déposé les
armes, attaquer les missions des Nations unies, utiliser des gaz et certains types d’armes
chimiques.

29. La jurisprudence Tadic est une application parfaite de l’article 8 du Statut de la CPI. En
effet, la défense soutenait qu’il n’y avait pas d’hostilité dans la région de Prijedor, au sein du
camp de détention où Tadic avait commis les crimes allégués. En d’autres termes, la défense
faisait valoir qu’il s’agissait d’un conflit interne auquel le Statut de TPIY ne pouvait pas
s’appliquer. Le tribunal a jugé qu’« un conflit armé existe chaque fois qu’il y a recours à la
force armée entre deux États ou un conflit prolongé entre les autorités gouvernementales et des
groupes armés organisés ou entre les groupes au sein d’un État »42.

30. La Chambre d’appel souligne que le droit de guerre s’applique depuis l’ouverture à la
cessation des hostilités, jusqu’à la conclusion d’un accord de paix. Enfin, il convient de signaler
que l’arrêt précise l’étendue territoriale de l’applicabilité du Statut. Par principe, il est de
jurisprudence constante que le crime de guerre découle de l’existence d’un conflit armé. Il

42
TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Dusko Tadic, affaire n° IT-94-1, arrêt relatif à l’appel de la défense
concernant l’exception préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, p. 13, par. 70 ; CPI, Chambre de première
instance II, Le Procureur c./ Katanga, affaire n°ICC-/01-04/07, Jugement rendu en application de l’article 74 du
Statut, 7 mars 2014, p. 477, par. 1173 ; CPI, Chambre de première instance I, Le Procureur c./ Thomas Lubanga
Dyilo, jugement rendu en application de l’article 74 du Statut, 14 mars 2012, ICC-01/04-01/06, par. 531 et s. ;
TSSL, Le Procureur c./ Moinina Fofana, affaire n°SCSL-2004-14-AR72 (E), décision sur l’exception
d’incompétence matérielle : nature du conflit armé, 25 mai 2004, par. 21.

16
résulte de l’arrêt Kunarac que deux conditions générales doivent être réunies pour que l’article
3 du Statut s’applique : l’existence d’un conflit armé et un lien entre le conflit et les actes de
l’accusé43.

4) L’acte d’agression, condition préalable à la définition du crime d’agression

La définition de l’acte d’agression est une condition sine qua non (a) de la définition du crime
d’agression (b).

a) L’acte d’agression

31. Très classiquement, le mot « agression » dérive du terme latin aggressio, et ce dernier
d’aggredi44, qui signifie une attaque brutale, soudaine et non provoquée par un acte d’emploi
de la force, entre autres, contre un État. La Charte comme le Pacte de la SDN ne définissent
pas l’agression.

32. La Charte des Nations unies définit l’agression comme le fait « de recourir à la menace ou
à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout
État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations unies »45. Le garant de
l’ordre international de cette définition demeure principalement le Conseil de sécurité,
conformément aux articles 39, 41 et 42 de la Charte. Cependant, cette dernière est silencieuse
sur les conditions d’application de l’acte d’agression, constituant une insécurité juridique. Il
appartient donc au Conseil de sécurité, sous réserve des buts et principes de la Charte, de définir
les conditions d’application de l’agression.

L’acte d’agression est mentionné dans l’une des catégories de situations visées à l’article 39 de
la Charte. Cependant, aucune définition explicite n’est prévue par cet article qui ne détermine
pas les différents critères.

33. Actuellement, la définition de l’agression est l’œuvre de l’Assemblée générale. En


application de la résolution 2330 (XXII)46, elle a décidé de mettre en place un comité spécial
dans le but de proposer une définition. Le projet de définition a été déposé le 12 mars 197447.

43
TPIY, Chambre de première instance, Le Procureur c./ Dusko Tadic, affaire n°IT-94-1, Jugement, 2 octobre
1995, p. 13, par. 413 ; TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c./ Dusko Tadic, affaire n°IT-94-1, arrêt relatif à
l’appel de la défense concernant l’exception préjudicielle d’incompétence, 2 octobre 1995, par. 249 et 251 ; TPIY,
Le Procureur c/ Kunarac, IT-96-23 et IT-96-23/1, 12 juin 2002, p. 27, par. 83.
44
CORNU Gérard (dir.), Vocabulaire juridique, Grand dictionnaire, Paris, PUF, 8e éd., Collection « Quadrige »,
février 2000, p. 41.
45
Charte des Nations unies, Chapitre I, « Buts et principes », article 2 (4) ; ONU, Assemblée générale,
A/RES/2330, adoptée à sa 29e session, 1 638e séance, 11 décembre 1957, par. 3.
46
Doc. ONU, A/RES/2330 (XXII), 18 décembre 1967.
47
Doc. ONU, A/RES/3314 (XXIX), 14 décembre 1974.

17
34. Il résulte de l’article 8 (bis) (2) du Statut que l’acte d’agression constitue « l’emploi par un
État de la force armée contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique
d’un autre État de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations unies ». Pour
mieux appréhender la définition consacrée dans le Statut de la Cour, il sied de garder à l’esprit
que l’article 8 (bis) (2) reprend expressis verbis les articles 1er et 3 de la résolution 3314 (1974).

35. La définition de l’acte d’agression consacrée par le Statut est autonome vis-à-vis de la
Charte des Nations unies. Elle se réfère à l’article 1er de la résolution 3314 (1974) de
l’Assemblée générale des Nations unies, qui s’inspire de l’article 2 (4) de la Charte48. Or,
l’Assemblée générale reconnaît les prérogatives conférées au Conseil de sécurité. Son
interprétation doit se faire à la lumière de la Charte.

36. Le Statut de la Cour, révisé à Kampala en juin 2010 par l’Assemblée des États parties,
reprend mot pour mot, à son article 8 (bis), paragraphe 2, l’ensemble des actes d’agression de
la résolution 3314 de l’Assemblée générale des Nations unies. Selon cette disposition, ces actes
sont l’attaque, l’invasion, l’annexion, l’occupation, le bombardement, etc.49. Toutefois, le
défaut ou la déclaration de guerre importe peu au regard de la résolution 3314 (XXIX) de
l’Assemblée générale des Nations unies en date du 14 décembre 1974.

37. Il est exigé que l’acte « soit en violation manifeste de la Charte des Nations unies » au
regard de « sa nature, sa gravité et son ampleur »50. Cette exigence jurisprudentielle s’ajoute
aux critères préétablis.

48
Aux termes de l’article 2 (4) de la Charte des Nations unies : « Les Membres de l’Organisation s’abstiennent
dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité
territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute manière incompatible avec les buts des Nations
unies. »
49
Statut de la CPI, art. 8 (bis) (sur les actes d’agression) :
a) « L’invasion ou l’attaque par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État ou l’occupation
militaire, même temporaire, résultante d’une telle invasion ou d’une telle attaque, ou l’annexion par la
force de la totalité ou d’une partie du territoire d’un autre État ;
b) le bombardement par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État, ou l’utilisation d’une arme
quelconque par un État contre le territoire d’un autre ;
c) le blocus des ports ou des côtes d’un État par les forces armées d’un autre État ;
d) l’attaque par les forces armées d’un État des forces terrestres, maritimes ou aériennes ou des flottes
aériennes ou maritimes d’un autre État ;
e) l’emploi des forces armées d’un État qui se trouvent dans le territoire d’un autre État avec l’agrément de
celui-ci en contravention avec les conditions fixées dans l’accord pertinent, ou la prolongation de la
présence de ces forces sur le territoire après l’échéance de l’accord pertinent ;
f) le fait pour un État de permettre que son territoire, qu’il a mis à la disposition d’un autre État, serve à la
commission par cet autre État d’un acte d’agression contre un État tiers ;
g) l’envoi par un État ou au nom d’un autre État de bandes, groupes, troupes irrégulières ou mercenaires
armés qui exécutent contre un autre État des actes assimilables à ceux des forces armées d’une gravité
égale à celle des actes énumérés ci-dessus, ou qui apportent un concours substantiel à de tels actes. »
50
AEP, résolution 6, 13e séance plénière, adoptée par consensus, 11 juin 2010, Annexe ; Statut de Rome de la
CPI, Chapitre II : « Compétence et droit applicable », article 8 (bis) (1).

18
b) La définition spécifique du crime d’agression en droit pénal
international

38. L’infraction de crime d’agression est déclarée dans la IIIe Convention de La Haye de 1907
relative à l’ouverture des hostilités. Pour cerner les contours d’une telle infraction, il sied
d'appréhender le droit de recours à la force ou jus ad bellum51. Il peut se définir comme la
violation du droit de recours à la force. Le crime d’agression a été défini par la Convention de
1948. Cette définition a été consacrée par le Statut comme les six actes énumérés à l’article 6,
à savoir, le fait « de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou
religieux ».

39. À l’analyse, c’est sur cette base que le crime d’agression a été défini à l’article 6 (a) du
Statut du TMI de Nuremberg sous la dénomination de « crime contre la paix », reprise par
l’article 5 du Statut du TMIEO52.

40. Il est clair que le TMI de Tokyo considère que « ce sont les hommes, et non les entités
abstraites, qui commettent les crimes dont la répression s’impose comme sanction du droit
international »53. Cette responsabilité a été confirmée par le TPIY. Il est évident que les États,
par définition, ne peuvent faire l’objet de sanctions pénales semblables à celles prévues par les
systèmes pénaux internationaux54.

41. Depuis 1945, la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité


internationales est conférée au Conseil de sécurité. Il est l’organe incontournable dans
l’appréciation des actes d’agression. Quant à la Cour, elle est habilitée à qualifier les crimes
d’agression et à réprimer les contrevenants. Comment concilier les prérogatives du Conseil de
sécurité et la répression des auteurs de crimes d’agression dévolue à la Cour ? La réponse à
cette question est prévue à l’article 15 (ter) du Statut. Autrement dit, la Cour peut exercer sa
compétence sur les crimes d’agression sur renvoi par le Conseil de sécurité, après la ratification
ou l’acceptation de l’amendement par trente États. La Cour n’est pas liée à un constat extérieur.

51
R. MAISON, Justice pénale internationale, op. cit., p. 130.
52
Article 6 a) du Statut du TMI de Nuremberg, repris à l’article 5 du Statut du TMI de Tokyo : « Les crimes :
c’est-à-dire la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d’une guerre d’agression ou en violation
des traités, assurances ou accords internationaux ou la participation à un plan concerté ou à un complot pour
l’accomplissement de l’un quelconque des actes qui précèdent. »
53
M. KAMTO, Agression en droit international, extrait de l’agression, crime de l’individu, éd. Pedone, Paris,
France, p. 273.
54
TPIY, affaire Le Procureur c./ Blaskic, IT-95-14-AR bis, réaffirmation des jugements des TMI de Nuremberg,
p. 197, et Tokyo, p. 1142, PCNICC/2002/WGCA/L.1 ; O. FROUVILLE (de), Droit international pénal, éd. A.
Pedone, Paris, 2012, p. 313.

19
Objectivement, elle peut ne pas retenir la qualification posée par le Conseil de sécurité. Ce
dernier peut bloquer les activités de la Cour sur le fondement de l’article 16 du Statut.

42. À partir des précédents, le Statut de la CPI réaffirme la compétence de la Cour à l’alinéa 4
du préambule lequel précise qu’elle est compétente pour connaître des « crimes les plus graves
qui touchent l’ensemble de la communauté internationale ». Selon le TMI de Nuremberg,
« Déclencher une guerre d'agression n'est donc pas seulement un crime d'ordre International ;
c'est le crime international suprême, ne différant des autres crimes de guerre que du fait qu'il
les contient tous »55. Monsieur Maurice Kamto qualifie le crime d’agression comme « la mère
des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité »56. L’intervention de l’institution
judiciaire, qui est la Cour, semble être une menace au pouvoir discrétionnaire dont dispose le
Conseil de sécurité. La qualification du crime d’agression pose des difficultés par le fait qu’il
est strictement lié à un État. Il s’agit, d’une part, de la question de la définition du crime
d’agression57 et, d’autre part, de celle du rôle du Conseil de sécurité qui a la responsabilité
primaire, aux termes de la Charte des Nations unies58. Il convient de souligner qu’afin d’éviter
toute concurrence sur la qualification de la question de l’agression, le Conseil de sécurité a la
responsabilité principale du maintien de la paix en vertu de l’article 24 de la Charte. Toutefois,
il peut, sous le sceau impérial du Chapitre VII, réagir dans le cadre de la sécurité collective
pour faire cesser l’agression. Certes, le Conseil de sécurité ne peut pas juger les auteurs
responsables des crimes d’agression.

43. La définition du crime d’agression a été amendée le 11 juin 2010 à la conférence de


Kampala : « Le crime d’agression s’entend comme la planification, la préparation, le lancement
ou l’exécution par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action
politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son
ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations unies. »59

Les poursuites du chef de crime d’agression sont soumises à des aménagements. De prime
abord, les États parties doivent ratifier pour permettre la compétence de la Cour. La Cour pourra
exercer sa compétence un an après la ratification par trente États parties. Le crime d’agression

55
Procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal militaire international de Nuremberg, 14 novembre
1945 – 1er octobre 1946, Jugement, p. 93.
56
M. KAMTO, Agression en droit international…, op. cit., p. 274.
57
P. GARGUILO, Il controverso rapporto, cité par M. CHIAVARIO, La justice pénale internationale entre le
passé et l’avenir, D., 2003, Guiffrè Editore, p. 122.
58
G. GAJA, The Long Journey, cité par O. PORCHIA, La justice pénale internationale entre le passé et l’avenir,
D., 2003, Guiffrè Editore, p. 122.
59
Statut de la CPI, article 8 (bis) (1).

20
pose une ambiguïté. Un État partie peut refuser la compétence de la Cour en cas d’acte
d’agression, conformément à l’article 12 du Statut. Ce mécanisme permet d’atténuer les
poursuites pénales contre les ressortissants de ceux qui ne l’ont pas ratifié. Il est tenu de faire
une déclaration préalable. Toutefois, cette déclaration n’a aucun effet lorsque la situation a été
déférée par le Conseil de sécurité sur la base de l’article 13 (b), 15 (ter) et 15 (bis) du Statut60.

44. Le crime d’agression et le crime contre la paix constituent des crimes susceptibles
d’engager la responsabilité individuelle, sans préjudice de toute responsabilité étatique61.
L’agression apparaît comme une infraction qui porte atteinte à l’ordre public international. Elle
est caractérisée par des critères matériels, formels et juridiques. L’agression est une notion
fluctuante. Chronologiquement, il n’est pas sans intérêt de rappeler son processus
d’évolution62. L’organe de paix se réfère aux critères prévus par la Charte.

60
Statut de la CPI, art. 15 (bis) (9).
61
Projet de Code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité et commentaires y relatifs, 1996, article 4.
62
Sur l’historique de l’agression : le Pacte Briand Kellogg d’août 1928 a condamné, à son article I, le recours à la
guerre. À la fin de la Première Guerre mondiale, sans que le terme « agression » ne soit mentionné, les Alliés ont,
à l’article 227 du Traité de Versailles, affirmé que Guillaume II était mis en accusation pour offense suprême
contre la morale internationale et l’autorité sacrée des traités. En 1919, les membres de la SDN prévoient, dans le
Pacte, la prévention et la restauration de la paix en cas de menace ou danger d’agression. L’article 10 du Pacte de
la SDN invite les États membres à prévenir toute « agression extérieure, l’intégrité territoriale et l’indépendance
politique de tous les membres ». Toujours selon le même article, en cas d’agression, le Conseil « assure
l’exécution de cette obligation ». En 1933, la Convention de Londres a été adoptée par la Roumanie, l’Espagne,
la Pologne, la Lettonie, la Turquie, la Perse, l’Union soviétique, la Finlande et l'Afghanistan. Cette convention
s’inspire du Pacte Briand Kellogg. Elle établit des conditions identifiant l’État agresseur :
1) déclarer la guerre à un autre État ;
2) envahir le territoire d’un autre État avec ses forces armées, qu’il y ait eu ou non une déclaration de
guerre ;
3) attaquer le territoire, le navire ou l’avion d’un autre État ;
4) bloquer par voie maritime les côtes ou les ports d’un autre État ;
5) soutenir des groupes armés formés sur le territoire d’un autre État, ou refuser, en dépit des demandes
formulées par l’État envahi, de prendre, sur son propre territoire, toutes les mesures possibles pour ôter
à ces groupes tout soutien et toute protection.
À la fin de la 2e GM, l’accord de Londres signé par les Alliés, auquel est annexé le Statut de Nuremberg à son
article 6, consacre l’expression de « crime contre la paix », ancêtre du crime d'agression, donnant ainsi des critères
définitionnels, et les actes d’agression. En outre, le crime est défini à l’article 5 de la Charte du TMIEO. Toujours
en 1945, il n’est donc pas surprenant que les Nations unies consacrent, à l’article 39 de la Charte, « l’acte
d’agression » et désignent le Conseil de sécurité comme étant le premier gardien. Il a pour rôle de prévenir d’une
menace contre la paix, d’une rupture à la paix ou d’un acte d’agression. À l’impossible, il est autorisé de faire
usage de tous les moyens afin d’écarter tout danger qui menace la paix. Il faut cependant noter que la Charte des
Nations unies ne détermine pas lisiblement les actes d’agression. En 1950, la CDI a indiqué à l’Assemblée
générale que le Code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité présente des caractéristiques analogues
à celles de l’agression, dont la rédaction d’une définition a été confiée à un comité spécial. Par la résolution 897
(IX) du 4 décembre 1954, l’Assemblée générale décide d’ajourner les travaux du projet de ce texte. Adoptant la
résolution 36/106 (1981), elle invite la CDI à reprendre ses travaux relatifs à l’élaboration du Code des crimes
contre la paix et la sécurité de l’humanité. Ces travaux ont abouti à un projet de code qui n’a pas, à ce jour, été
officiellement approuvé par l’Assemblée générale. Suivant la résolution 3314 en date du 14 décembre 1974,
l’Assemblée générale adopte la définition juridique de l’agression et énumère les actes d’agression. Partant des
différentes œuvres juridiques, les divers projets de définition du crime d’agression en ont été largement inspirés.
Enfin, la définition est prescrite à l’article 8 (bis) du Statut de la CPI.

21
45. En droit pénal international, le crime d’agression est défini pour la première fois par l’article
6 (a) comme « la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d’une guerre
d’agression, ou d’une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux, ou
la participation à un plan concerté ou à un complot pour l’accomplissement de l’un quelconque
des actes qui précèdent ».

46. Cette définition est quasi littéralement reprise par l’article 5 (A) de la Charte du Tribunal
militaire pour l’Extrême-Orient. Aussi, l’article 16 du projet de Code des crimes contre la paix
et la sécurité de l’humanité définit le crime d’agression en ces termes : « Tout individu qui, en
qualité de dirigeant ou d’organisateur, prend une part active dans – ou ordonne – la
planification, la préparation, le déclenchement ou la conduite d’une agression commise par un
État, est responsable de crime d’agression. » Cette définition n’est pas en application, faute
d’adoption par les États. Rappelons que ce projet n’est pas en vigueur.

47. L’article 5 (d) du Statut place le crime d’agression parmi les crimes relevant de la
compétence de la Cour. Ainsi, elle conditionne l’attribution effective à l’adoption d’une
définition par consensus. La spécificité de la définition du crime d’agression réside dans le fait
qu’il doit être inéluctablement compatible avec la Charte des Nations unies. Cette définition a
été obtenue à la conférence de révision du Statut, qui s’est tenue à Kampala de mai à juin 2010.
Toutefois, soulignons que le consensus obtenu a été inséré à l’article 8 (bis) du Statut.

48. Les éléments matériels (actus reus et mens rea) de ce crime sont mentionnés à l’article 8
(bis) (1) du Statut de Rome. L’appréciation du crime relève exclusivement de la compétence
de la Cour en tant qu’autorité judiciaire.

49. La définition se réfère à certains critères qui se résument à toute action : « personne »,
« responsabilité au sein d’un appareil étatique », « acte d’agression », « violation de la Charte
des Nations unies ». Elle s’inscrit dans le sillage de la démarche suivie dans le cadre de la
sécurité collective. Il en résulte des incertitudes sur la définition du crime, des difficultés
prévisibles pour l’exercice par la Cour d’une telle compétence63. Il est évident que la définition
de ce crime offre au Procureur et à la Cour le monopole de la mise en œuvre de l’action pénale,
dans la mesure où le Conseil de sécurité n’intervient pas à ce stade de la procédure, ou de la
mise en œuvre concrète de l’infraction. Elle est liée à la Charte des Nations unies par

63
ALABRUNE François, « La compétence de la Cour pénale internationale sur le crime d’agression », in
FERNANDEZ Julian, PACREAU Xavier et UBÉDA-SAILLARD Muriel (dir.), Statut de Rome de la Cour pénale
internationale : Commentaire article par article, Paris, éd. A. Pedone, 2e éd., vol. I, Collection « Statut de Rome
», septembre 2019, p. 391.

22
l’expression « [...] constitue une violation manifeste de la Charte des Nations unies ». Ce critère
est subjectif. Cela implique que la qualification de cette infraction sera interprétée en référence
explicite à ce texte. L’article 8 (bis) (1) et (2) du Statut fait référence explicitement à la Charte
des Nations unies. Concrètement, leurs interprétations devraient en principe reconnaître la
qualification opérée par le Conseil de sécurité.

50. Étant donné que la qualification de l’acte d’agression est préalable à celle du crime, la
responsabilité de l’auteur est définie en vertu de l’article 25 (1) du Statut64. La divergence
d’interprétation entre le Conseil de sécurité et la Cour n’est pas nettement tranchée. A fortiori,
le principe d’interprétation stricte de la loi pénale proscrit toute interprétation analogique.

Selon ce principe, « la définition d’un crime est d’interprétation stricte et ne peut être étendue
par analogie »65. Cela empêche la Cour de se référer à la qualification opérée par le Conseil de
sécurité66. Il est éminemment prévisible que la question de l’article 22 (2) puisse faire l’objet
d’un examen approfondi dans les procès futurs67. Cependant, le non-respect du principe
susmentionné par le Procureur et les juges serait discutable. Il aurait été souhaitable de procéder
à une adaptation générale de l’activation de la compétence de la Cour pour crime d’agression
au lieu du morcellement partiel de sa compétence. L’article 4 de la résolution 3314 (1974)
autorise le Conseil de sécurité à qualifier d’autres actes d’agression. Or, le paragraphe 2 de
l’article 22 du Statut de Rome interdit toute interprétation téléologique pouvant se fonder sur
le critère d’agression non prévu par l’article 8 (bis) (2) dudit Statut. Ainsi, on relèvera une
incompatibilité entre les deux textes68.

51. La qualification de crime d’agression fondée sur la constatation du Conseil de sécurité n’est
pas basée sur les critères exigés à l’article 8 (bis) (2) du Statut. Il faut rappeler que cela constitue
une atteinte au principe de la légalité des délits et des peines, qui relève du droit coutumier
interne et international. Il est indiscutable que le principe susmentionné relève du jus cogens,
qui ne peut être dérogé par aucune organisation judiciaire ou politique, ni même par le Conseil
de sécurité. Il est regrettable que le Conseil de sécurité n’ait pas procédé à l’adoption de la
résolution 3314 (1974).

64
Statut de Rome de la CPI, Chapitre II : « Compétence, Recevabilité et Droit applicable », article 25 (1).
65
Ibid., article 22 (2) ; GROVER Leena, « Interpreting the Crime of Aggression », in KREß Claus (dir.), Crime
of Aggression : commentary, Cambridge University Press, 2017, p. 376.
66
MCDOUGALL Carrie, The Crime of Aggression under the Rome Statute of the International Criminal Court,
Cambridge University Press, Cambridge Studies in International and Comparative Law, 2013, p. 100.
67
Ibid., p. 131.
68
ASCENSIO Hervé, DECAUX Emmanuel et PELLET Alain, Droit international pénal, Paris, éd. A. Pedone,
Collection « Centre international de droit de Paris Ouest Nanterre », 2012, p. 175.

23
52. Force est de constater que les critères de l’acte d’agression ne sont pas exhaustifs au regard
de l’article 4 de la résolution 3414 (1974). Cet article autorise le Conseil de sécurité à
déterminer d’autres actes d’agression en vertu de la Charte des Nations unies. Les compétences
de qualifications demeurent discrétionnaires en la matière. Il en résulte la définition établie par
la résolution 3314 de l’Assemblée générale du 14 décembre 197469.

69
ONU, Assemblée générale, A/RES/3314, 14 décembre 1974 ; CPI, résolution ICC-ASP/10/Res. 6, adoptée à sa
13e séance (par consensus), 11 juin 2010, Annexe I, article 8 (bis) ; Statut de Rome de la CPI, article 8 (bis), par.
2:
a) « L’invasion ou l’attaque par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État ou l’occupation
militaire, même temporaire, résultant d’une telle invasion ou d’une telle attaque, ou l’annexion par la
force de la totalité ou d’une partie du territoire d’un autre État ;
b) le bombardement par les forces armées d’un État du territoire d’un autre État, ou l’utilisation d’une arme
quelconque par un État contre le territoire d’un autre État ;
c) le blocus des ports ou des côtes d’un État par les forces armées d’un autre État ;
d) l’attaque par les forces armées d’un État des forces terrestres, maritimes ou aériennes, ou des flottes
aériennes et maritimes d’un autre État ;
e) l’emploi des forces armées d’un État qui se trouvent dans le territoire d’un autre État avec l'agrément de
celui-ci en contravention avec les conditions fixées dans l’accord pertinent, ou la prolongation de la
présence de ces forces sur ce territoire après l’échéance de l’accord pertinent ;
f) le fait pour un État de permettre que son territoire, qu’il a mis à la disposition d’un autre État, serve à la
commission par cet autre État d’un acte d’agression contre un État tiers ;
g) l’envoi par un État ou au nom d’un État de bandes, groupes, troupes irrégulières ou mercenaires armés
qui exécutent contre un autre État des actes assimilables à ceux des forces armées d’une gravité égale à
celle des actes énumérés ci-dessus, ou qui apportent un concours substantiel à de tels actes. »

24
Conclusion
53. Les crimes internationaux, à savoir, le crime de génocide70, les crimes contre l’humanité71,
les crimes de guerre et le crime d’agression, sont imprescriptibles72. Les crimes contre
l’humanité relèvent du jus cogens, c’est-à-dire des normes impératives qui, de toute évidence,
apparaissent indérogeables. Aucun organe ou organisation n’est habilité à ordonner la
commission de ces infractions. Les juridictions internes constituent le premier maillon de la
justice pénale internationale dans l’application des droits de l’homme et du droit international
humanitaire. En cas d’incapacité ou de manque de volonté, elle est assurée par les juridictions
internationales.

54. Le crime de terrorisme n’a pas fait l’objet d’une définition. Cependant, le projet de
définition existe, notamment celui du comité préparatoire (voir la conférence diplomatique des
plénipotentiaires des Nations unies sur la création d’une cour pénale internationale, Rome, 15
juin - 17 juillet 1998, Documents officiels, volume III, page 22), ainsi que les applications
jurisprudentielles établies par le Tribunal spécial pour le Liban.

55. Il serait souhaitable de procéder à la mise en place d’un comité qui, à partir des antécédents,
pourrait définir ce crime, afin d’élargir la compétence de la Cour pénale internationale. Cela
permettrait aux États, au Procureur et au Conseil de sécurité d’activer la compétence de la Cour
à cette fin.

L’incrimination du crime de terrorisme par le biais d’une convention internationale apparaît


comme un levier additionnel dans la protection des droits de l’homme et du droit international
humanitaire.

Docteur Allassane Sagara

Chargé d’enseignement à l’Université Paris 8

70
Statut des Chambres extraordinaires cambodgiennes, article 4 (2).
71
Idem, article 5 (1).
72
Statut de Rome de la CPI, Chapitre III, « Principes généraux », article 29 ; Statut des Chambres spéciales
cambodgiennes, article 4 (2) ; Statut des Chambres africaines extraordinaires, article 5.

25
Synthèse des crimes internationaux

1) La répression des crimes internationaux à but humanitaire

Infractions Sources Droit Application Intérêt Intérêt Intérêt de


positif de la de la l’humanité
justice paix
Convention
du 9
Crime de décembre
génocide 1948 ; Les Oui TPI Oui Oui Oui
Statuts de la et
TPIR et de CPI
la CPI, etc.
Convention
(IV) de La
Haye de
1907 ;
Crimes de Conventions Oui TPI Oui Oui Oui
guerre de Genève et
de 1949 ; CPI
Statuts des
TPI et de la
CPI

Crimes Statuts des Oui TPI Oui Oui Oui


contre TPI et la et
l’humanité CPI CPI
Résolutions
de l’AG et
du Conseil
de sécurité ; Oui TPI (TMIN Oui Oui Oui
Crime Statuts des et TMIEO)
d’agression TMI et la
CPI
2) La particularité du crime d’agression en droit pénal international

Situation d’agression

Acteurs de renvoi : États parties à la CPI, Procureur et le Conseil de sécurité

Personnes Infractions Qualificateurs Lege lata Application


Charte de l’ONU,
Acte Conseil de A/RES/3314
État d’agression sécurité (XXXIX) ; Oui
Jurisprudence de la
CIJ ;
Cour Statut de Rome Non
Personne Crime
physique d’agression Cour Statut de Rome Non

3) Le crime de terrorisme (absence de convention internationale)

Infraction Droit De lege Application Intérêt de Intérêt de Intérêt de


positif ferenda la justice la paix l’humanité
(le futur)

Crime de Non Oui Oui (par le Oui Oui Oui


terrorisme TSL)

Observation
Il sied de souligner que les actes terroristes sont incriminés en droit interne et non en droit
international pénal. En outre, il est souhaitable incriminer le crime de terrorisme en droit
international au motif qu’il se heurte largement aux droits de l’homme et au droit international
humanitaire.
Synthèse des TPI (tribunaux pénaux ad hoc et hybrides)
I. Le Conseil de sécurité et les TPI
1) Les tribunaux ad hoc et le Conseil de sécurité

Tribunaux ad hoc Fondateur Fondements Législateur Autorité Neutralisation Observation


réglementaire

Chapitre VII
TPIY de la Charte
S/RES/ 827
Conseil de (1993) Conseil de Juges Résolution Intervention
sécurité sécurité S/RES/1966 accrue
Chapitre VII (2010)
de la Charte
TPIR S/RES/955
(1994)
2) Le Mécanisme international pour les tribunaux ad hoc

Organes pénaux Fondateur Fondement Fermeture Mandat

Division (TPIY) Une période de


Conseil de Chapitre VII Non 4 ans renouvelable par le
sécurité S/RES/1966 Conseil de sécurité
(2010) 2022-2024

Division (TPIR)
3) Les tribunaux hybrides et le Conseil de sécurité
a) Le tribunal hybride conventionnel

Tribunal Créateurs Acte créateur Nature Garanties Garanties


judiciaires judiciaires
externes internes

Juges
article 2
TSSL ONU et la Accord et Organe Préambule (2) du
Sierra Leone S/RES/1315 judiciaire alinéa 2 Statut ;
(2000) indépendant article 13 (1)
du Statut
Procureur
(article 3 (1)
de l’Accord ;
article 15 du
Statut
b) Les tribunaux hybrides non conventionnels

Tribunaux Fondateur Acte Nature Fermeture


créateur

Conseil de S/RES/1757 Organe


TSL sécurité (2007) autonome Non

Les Chambres Représentant


Spéciales créées au Timor oriental spécial (sous S/RES/1272 Non Oui
l’autorité du (1999)
Conseil de
sécurité)

Les Chambres Représentant S/RES/1244 Non Ponctuelles


Spéciales créées au Kosovo spécial (1999)
II. Les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux internes

Tribunaux Fondateurs Actes Nature Fermeture


créateurs

ONU et Accord entre Organes


Les Chambres extraordinaires le Cambodge l’ONU et répressifs Non
au sein des Cambodge ; intégrés au
tribunaux cambodgiens A/RES/57/228 système
13 mai 2003 judiciaire
cambodgien

Les Chambres Union africaine Accord entre


extraordinaires au sein des et le Sénégal l’Union Organes Oui
tribunaux sénégalais africaine et le judiciaires
Sénégal intégrés
Statut des
Chambres de
2013

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