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Analyse du sonnet "Je vis, je meurs"

Commentaire sonnet louise labbe

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Muriel Audrey Ballo
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LECTURE ANALYTIQUE D’UN SONNET : JE VIS, JE MEURT DE LOUISE Labé

Questions :

♦ Comment la construction du sonnet permet-elle de mettre en valeur le thème ?


♦ En quoi ce poème est il ’original?
♦ Quels procédés utilise l’auteure pour parler du sentiment amoureux ?
♦ Qu’est-ce qui fait l’universalité de ce poème ?
♦ Quels sont les registres présents » ?

Annonce du plan

Nousverrons.............................................................................................................................................
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I – La complainte amoureuse
A – le régistre ......................... voir ................................

Le premier vers débute par « je », ce qui est bien une marque de lyrisme

On retrouve d’ailleurs la première personne dans chacun des 14 vers de ce sonnet, sous la forme
de pronoms personnels sujet (« je ») ou objet (« me ») ou d’adjectif possessif (« mon »).

Un autre sujet apparaît cependant à partir du premier tercet : l’« Amour », personnifié par la
majuscule. Le sonnet devient alors un pas de deux, et le lecteur comprend que c’est l’Amour qui
mène la danse (« Ainsi Amour inconstamment me mène », v. 9).

Le sonnet est donc centré sur l’expression des sentiments amoureux personnels, dans la
tradition de Pétrarque, en décrivant les effets contradictoires de l’amour que subit bien malgré elle
la poétesse (« joie » v. 4 et 12, « plaisir » v. 6, « bien » v. 7, qui s’opposent à « ennuis » v. 4,
« tourment » v. 6, « douleur » v. 10).

On peut qualifier le sonnet « je vis, je meurs » d’élégiaque, car il laisse paraître un sentiment de
mélancolie lié aux tourments que provoque l’amour , comme le montrent les sensations
extrêmes qu’elle ressent.

B – Un sonnet des sensations

Le poème se concentre d’abord sur le corps et les sensations physiques provoquées par l’amour,
prédominantes dans les quatrains :
♦ La chaleur (« me brûle« , « chaud extrême » ) et le froid (« froidure » );
♦ Le mou (« trop molle » ) et le dur (« trop dure » );
♦ Le sec (« je sèche » ) et le mouillé (« me noie » , « larmoie » , « verdoie » ).
Ces sensations sont pour la plupart négatives, montrant une souffrance vive : « je meurs : je me
brûle et me noie » , « grands ennuis » , « je larmoie » , « maint grief tourment » , « douleur« ‘ ,
« malheur » .

Louise Labé semble décrire une série de tortures physiques qui reflètent en réalité les douleurs et
tourments intérieurs, dont la cause est annoncée au vers 9, premier vers du premier tercet :
« Ainsi Amour inconstamment me mène« .

Ce vers 9 marque une rupture dans le sonnet : une fois le bourreau identifié, il s’agit plus d’analyser
les sentiments que les sensations physiques. De la souffrance charnelle naît la réflexion sur le
sentiment amoureux et ses effets.

Si le « je » et ses sensations semblent être au centre de ce poème, c’est avant tout les effets
d’un sentiment amoureux passionnel qui sont décrits ici.

II – L’Amour Passion
A – La dualité de l’Amour

Louise Labé dépeint dans « je vis, je meurs » un amour extrême, symbolisé par
les contradictions que l’on retrouve tout au long du sonnet.

Les nombreuses antithèses des premiers quatrains (chaud/froidure, molle/dure, ennuis/joies,


ris/larmoie, plaisir/grief, s’en va/dure, sèche/verdoie) témoignent de la souffrance de l’Amante ainsi
que de l’imprévisibilité de ses tourments, qui sont inconstants (« Ainsi Amour inconstamment me
mène » v. 9).

On remarque par ailleurs la présence d’hyperboles, présentes par l’intermédiaire des adjectifs ou
des adverbes, qui renforcent l’idée d’un amour grandiose et trop excessif pour être supporté :
« extrême » (v. 2), « trop/trop » (v. 3), « maint » (v. 6), « à jamais » (v. 7).

Il n’y a pas de juste milieu, et l’Amour n’est pas un sentiment mais une explosion de sensations et
de mouvements de l’âme.

Les sensations et les sentiments contraires sont à la fois opposés et simultanés (« et » v. 1, « en


endurant » v. 2, « et trop… et trop... « v. 3, « Tout à coup« , v. 5), traduisant l’incapacité de la
poétesse qui est totalement à la merci des sentiments qu’elle ressent et qui ne peut que se
contenter de décrire (« Sans y penser » v. 11).

B – La confusion du sujet

Les antithèses symbolisent autant le caractère extrême de l’Amour que la confusion du sujet.

Tout comme la vie et la mort se confondent (« Je vis, je meurs » ), l’instantanéité et l’éternité se


mêlent (« Tout à coup » / « à jamais » ). Les limites temporelles n’existent plus, le sujet se perd
dans sa passion.

A l’analyse de la structure des phrases, on remarque que plus que sujet, elle est objet, comme en
témoignent les marques de la première personne : « je » apparaît bien souvent sous la forme
de complément d’objet (« me mène » , « me remet » ).
Elle en perd la raison, comme en témoignent les nombreuses occurrences de parataxe (juxtaposition
des propositions sans lien logique). Le meilleur exemple reste sans doute le premier vers : « Je vis,
je meurs ; je me brûle et me noie » : la virgule et le point-virgule permettent d’enchaîner les
propositions sans proposer de lien logique.

Le sujet perd pied dans le monde d’illusions que crée le sentiment amoureux. La seule certitude,
amenée par l’adverbe « Ainsi » au début du premier tercet, est paradoxalement l’inconstance de
l’Amour. Le sujet, lui, pense et croit, mais n’affirme pas (« quand je pense » v. 10, « quand je crois »
v. 12).

C – Un sentiment sans fin

De la confusion temporelle naît le sentiment que l’Amour n’a ni début ni fin : les éléments
funestes qui rappellent la mort (« grief tourment » v. 6, « plus de douleur » v. 10, « malheur » v. 14)
se mêlent ainsi à l‘idée de renaissance qu’évoque le verbe « verdir » v. 8, lié au renouveau de la
végétation au printemps.

Le sonnet est lui-même construit comme un cycle. Ainsi, le dernier vers « Il me remet en mon
premier malheur » , indique l’idée d’une répétition (re-met) et d’un retour à l’origine (« premier » ).

Par ailleurs, ce vers rime avec la première partie du premier vers, « Je vis, je meurs » , et cet écho
sonore permet de lier la fin et le début du poème.

Transition : Louise Labé a su adapter la forme du sonnet au thème : l’Amour passion qui entraîne
le sujet dans un cycle infernal. Mais cette structure circulaire est loin d’être la seule originalité du
poème.

III – l’originalité du sonnet


A – Par son rythme et sa diversité stylistique

Si l’union des contraires se répète tout au long du sonnet, il convient de noter que Louise Labé
utilise d’autres procédés.

Les antithèses du premier quatrain sont par exemple liées par :


♦ Une simple virgule (je vis, je meurs);
♦ Une conjonction de coordination (« et » );
♦ Un verbe au gérondif (« en endurant » );
♦ Une double coordination (« et trop… et trop… » );
♦ Un adjectif (« entremêlés de » ).

Cette variété permet d’éviter la monotonie, tout comme la succession de mots ou de groupes de
mots courts : les mots monosyllabiques sont très présents (je/vis/je/meurs, et/me/noie,
mon/bien/s’en/va/et/à/jamais/il/dure), ce qui permet une diction rapide qui accentue l’effet de
martèlement, écho de la souffrance de l’auteure.

Mais certains vers plus longs (« J’ai de grands ennuis entremêlés de joie » , v. 8) viennent casser
ce rythme rapide. Cet enchaînement traduit, par son irrégularité, l’instabilité émotionnelle du
« je » .
B – Par sa construction

À la toute première lecture, les deux quatrains ont de quoi surprendre. En effet, le lecteur n’a aucun
élément pour comprendre à quoi sont dus ces états si contradictoires qui agitent le « je » du poème.

L’explication n’arrive qu’au premier vers du premier tercet, introduit par « Ainsi » : c’est l’amour
qui mène le jeu et qui est la cause de tous ces troubles.

Les quatrains prennent la forme d’une devinette, forme en vogue au Moyen-Âge et qui souvent se
construisait par une succession de phrases énigmatiques commençant par « je » . L’auditoire
devait ainsi deviner qui était ce « je » , mais ici Louise Labé surprend le lecteur en taisant son
identité et en se focalisant sur l’origine de ses tourments.

Les tercets, qui se concentrent sur la souffrance morale plus que physique (douleur, peine, joie,
malheur), annoncent la tendance analytique des romans du XVIIème siècle, notamment La
Princesse de Clèves de Mme de La Fayette, dans laquelle une protagoniste féminine, en proie à
une passion amoureuse destructrice, analyse en détail ses sentiments.

C – Par sa situation d’énonciation

Il n’y a que deux protagonistes dans ce sonnet : « je » et l’Amour, allégorisé par la majuscule.

Étonnamment, il n’est nulle part fait mention de l’être aimé. Alors que les poèmes d’amour sont
souvent une adresse à l’objet de cet amour, ici le sujet (du sonnet, des verbes) est « je » . Le lecteur
n’a aucun indice sur la personne qui inspire cet état.

Autre fait étonnant : alors que le poème est écrit à la première personne par une femme, il n’y
a aucune trace du féminin, que ce soit dans les pronoms ou dans les adjectifs. Louise Labé prend
soin d’écrire « je meurs » , « je sèche » et non « je suis morte » , « je suis sèche » .

Ce choix, ainsi que l’absence de destinataire, confère au sonnet une grande universalité malgré
la marque de la première personne et l’expression de sentiments très personnels.

Conclusion :

Sous l’effet de cette passion amoureuse intense, le sujet du poème devient objet, en proie à des
sensations et des sentiments extrêmes sur lesquels il n’a pas de prise.

En unissant les contraires, en omettant le destinataire de cette passion, Louise Labé a su rendre
les contradictions du sentiment amoureux de manière à ce que tout lecteur puisse le reconnaître,
et se reconnaître dans le « je » .

La dimension universelle de ce sonnet le rend très accessible au lecteur contemporain et le


démarque de la poésie amoureuse de son temps.

N’oublions pas par ailleurs que Louise Labé est l’une des seules femmes poètes dont on a retenu
le nom, ce qui ajoute à l’originalité de son œuvre, personnelle et charnelle.

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