Chapelle de la Visitation Leçon 30
17 place Sainte-Claire – 06300 Nice
Cours de catéchisme pour adultes
Abbé P. de LA ROCQUE
LE SACREMENT DE L’ORDRE
Que l’on nous considère comme les serviteurs du Christ, les
intendants des mystères divins (1 Co 4, 1)
Introduction
- Parmi les sacrements, deux ont une dimension sociale, le mariage et l’ordre. Ensemble,
ils contribuent à former ici-bas l’unique société chrétienne, l’Église. Le mariage permet
son accroissement, l’ordre la vivifie et la gouverne vers sa fin dernière.
- Du berceau à la mort, le prêtre est présent à tous les moments de notre vie. Il nous bap-
tise, nous donne Jésus dans la communion, nous accorde régulièrement le pardon de nos
péchés. C’est devant lui qu’on se marie, c’est lui qui dimanche après dimanche nous ins-
truit au nom de Dieu, et il sera encore là au soir de notre vie pour nous donner les der-
niers sacrements, et nous amener à notre ultime demeure terrestre lors de notre enter-
rement, d’où nous attendrons la résurrection finale des corps. Qu’est-ce donc que le
prêtre ? Saint Paul le décrit d’un mot, lorsqu’il dit être ambassadeur du Christ (2 Co 5,
20). Un ambassadeur est envoyé dans une contrée étrangère pour y représenter son
pays, y transmettant les messages de son gouvernement, et réciproquement. Le Christ,
remonté au Ciel, agit sur cette terre par l’intermédiaire du prêtre. Le prêtre est le mi-
nistre du Christ. Or le Christ est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2, 5),
puisque c’est lui qui nous a réconciliés avec le Père sur la croix, où Il s’est donné en ran-
çon pour nous (1 Tm 2, 6). Le prêtre est donc le ministre de cette réconciliation : Dieu
nous a réconciliés avec lui par Jésus-Christ, et nous a confié le ministère de la réconcilia-
tion. Car Dieu réconciliait le monde avec lui-même dans le Christ, n'imputant pas aux
hommes leurs offenses, et mettant sur nos lèvres la parole de la réconciliation. C'est donc
pour le Christ que nous faisons les fonctions d'ambassadeurs, Dieu lui-même exhortant par
nous : nous vous en conjurons pour le Christ, réconciliez-vous avec Dieu ! Celui qui n'a point
connu le péché, Il l'a fait péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu (2
Co 5, 19-21). Ministre de la réconciliation entre le Ciel et la terre, le prêtre représente les
hommes auprès de Dieu, et Dieu auprès des hommes.
- Des sacrements, celui de l’ordre est avec l’eucharistie le plus grand : On reconnaîtra
aisément que tous les sacrements dépendent du sacrement de l’ordre ; sans lui, les uns ne
pourraient jamais exister, tandis que les autres demeureraient privés de toute cérémonie
solennelle... le pouvoir qu’ont les prêtres de consacrer et d’offrir le Corps et le Sang de N.S.
et celui de remettre les péchés, dépasse toutes nos conceptions humaines ; on ne peut rien
trouver de comparable sur terre (catéchisme du concile de Trente).
- Les différents noms qui désignent cette fonction sont significatifs :
- Le nom de prêtre renvoie à celui de sacrifice : au prêtre est donné le pouvoir de
renouveler sur l’autel le sacrifice de la croix, par lequel le Christ-homme nous a
réconcilié avec Dieu. C’est la fonction essentielle du prêtre.
- On parle encore de sacerdoce, qui vient du latin sacra-dans, celui qui donne les
choses sacrées, qui donne Dieu aux hommes.
- On appelle pontife celui qui est revêtu de la plénitude du sacerdoce, à savoir
l’évêque, car il fait le « pont » entre le Ciel et la terre, il est un « bâtisseur de
ponts » (pontife, ponti-fex, qui fait le pont).
- On utilise enfin les dérivés du grec presbyteros (un presbytère est le lieu où rési-
dent les prêtres), le mot signifiant l’ancien, le sage, celui qui connaît les chemins
de la vie ; en effet, le prêtre nous indique l’unique chemin du véritable accomplis-
sement de notre vie, celui qui nous mène au Ciel, à savoir le Christ.
- Trois points sont à étudier relativement à ce sacrement : le sacrement en lui-même,
puis deux aspects annexes, soulevés aujourd’hui : le célibat ecclésiastique et le “sacer-
doce” des fidèles.
1. LE SACREMENT EN LUI-MÊME
1.1. L’objet du pouvoir d’ordre
Le pouvoir d’ordre a un lien intime avec le sacrement de l’eucharistie, puisqu’ils ont été
institués ensemble, au soir du Jeudi saint ; celui de l’ordre, lorsque N.S. dit : Faites ceci en
mémoire de moi. L’objet principal du pouvoir d’ordre est de consacrer et d’offrir à Dieu le
Corps et le Sang de N.S.J.C. Secondairement, il prépare les âmes à recevoir ce sacrement,
et à s’unir à l’offrande du Christ dans le divin sacrement de l’autel : c’est le pouvoir sur le
corps mystique du Christ, après le pouvoir sur son corps physique. Ce pouvoir sur les
âmes apparaît lorsque N.S. a conféré le pouvoir de remettre les péchés : Recevez le Saint-
Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez (Jn 20, 21).
1.2. Les degrés du sacerdoce
Parce qu’il confère des pouvoirs, l’unique sacrement de l’ordre est divisé en différents
degrés, selon les pouvoirs concédés. La plénitude des pouvoirs est l’épiscopat, qui per-
met d’administrer tous les sacrements, y compris celui de l’ordre. Les autres degrés sont
des parties potentielles de l’épiscopat :
- Le sacerdoce (ou presbytérat) qui permet tout, sauf l’ordination elle-même ; le
prêtre donc, par rapport à l’évêque, est dit « du second rang ».
- Le diaconat qui donne les pouvoirs d’assister le prêtre dans ses fonctions, sans par-
ticiper à sa responsabilité propre au regard des âmes (diaconos, en grec = serviteur).
Ces degrés sont d’institution divine (ou apostolique pour le diaconat) et donc constitu-
tifs du sacrement de l’ordre. Les degrés inférieurs sont d’institution ecclésiastique et ne
relèvent donc pas du sacrement (que seul le Christ peut instituer), mais du sacramental.
Ainsi, le sous-diacre, l’acolyte, l’exorciste, le lecteur et le portier ne font que participer à
une fonction ecclésiastique. La tonsure n’est pas un ordre, mais le sacramental marquant
l’entrée dans la cléricature, préalable à la réception des différents degrés de l’ordre.
1.3. Matière, forme et ministre du sacrement de l’ordre
1.3.1. La matière du sacrement de l’ordre
1.3.1.1. La matière lointaine (le sujet) est l’homme (masculin) baptisé
1.3.1.1.1. L’homme masculin :
- Argument essentiel : c’est d’institution divine. Seuls les apôtres ont reçu ce sa-
crement, et non la Sainte Vierge, pourtant beaucoup plus élevée en sainteté (droit
positif divin, rappelé de manière infaillible par Jean-Paul II). L’unanimité de la
Tradition (l’une des deux sources de la Révélation) est absolue et sans aucune ex-
ception en ce domaine.
- Arguments de convenance : L’exercice de l’autorité sociale est plus conforme à la
nature masculine (argument de convenance, cf. st Thomas, IIa IIæ, q. 177, art. 2).
Et les “diaconesses” des premiers temps de l’Église ? Rappelons le double sens
du mot diaconos : au sens large, il signifie serviteur. Puis, après l’institution
des diacres par les apôtres (Ac. 6, 1-6) il désigne également ceux qui partici-
pent au sacrement de l’ordre. Si saint Paul parle de la “diaconesse” Phœbée
(Rm 16, 1-4), tous les exégètes expliquent qu’il utilise ce terme au sens large.
L’institution est avérée dès le 2ème siècle, et désigne ce qu’on appellerait au-
jourd’hui les religieuses des ordres actifs, la virginité consacrée étant aux
premiers siècles de l’Église toujours contemplative. À ces diaconesses, dont
toute l’antiquité témoigne qu’elles ne participaient en rien au sacrement de
l’ordre, était confié le soin des femmes, que ce soit chez elles pour les malades
et les pauvresses, ou à l’église (séparation très stricte des hommes et des
femmes). Ainsi, il leur revenait d’oindre d’huile des catéchumènes le corps des
futures baptisées, ou encore de réaliser le rite de l’immersion des femmes lors
du baptême. Cf. St Épiphane (Hær., 79, 3) : Si les femmes étaient appelées, dans
le Nouveau Testament, à exercer le sacerdoce ou à remplir un autre ministère
canonique, c’est à Marie, avant tout autre, que la fonction sacerdotale eût dû
être confiée. Mais Dieu en a disposé différemment, en ne lui donnant même pas
le pouvoir de baptiser. Quant à l’ordre des diaconesses, s’il existe dans l’Église, il
n’y est cependant pas établi pour la fonction du sacerdoce ni aucun ministère de
ce genre. Les diaconesses sont destinées à sauvegarder la décence qui s’impose à
l’égard du sexe féminin, soit en prêtant leur concours à l’administration du bap-
tême, soit en examinant celles qui souffrent de quelque infirmité ou auraient été
l’objet de quelque violence, soit en intervenant chaque fois qu’il y a lieu de dé-
couvrir le corps d’autres femmes, afin que ces nudités ne soient pas exposées aux
regards des hommes qui accomplissent les saintes cérémonies, et qu’elles ne
soient vues que des diaconesses mêmes.
1.3.1.1.2. Être baptisé : il faut être membre de l’Église pour y exercer une autorité.
1.3.1.1.3. Il doit en outre avoir la vocation, ou appel de Dieu : Nul ne s’arroge à soi-
même cet honneur, on y est appelé par Dieu, comme Aaron (He 5, 4). Les princi-
pales marques auxquelles on reconnaît la vocation sont :
O Les aptitudes naturelles, c'est-à-dire les qualités du corps et de l'âme qui
rendent le sujet capable de remplir avec dignité un mystère aussi saint.
O La pureté d'intention. Celui qui se sent un attrait intérieur, loin de se lais-
ser guider par des considérations terrestres, ne doit avoir d'autre but que
de travailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes.
O L'appel des supérieurs, qui sont les ultimes responsables de la vocation, et
doivent donc décider si le sujet a les marques voulues.
L'appel à l'état ecclésiastique est le plus grand honneur que Dieu puisse faire à un
homme. Aussi, entraîne-t-il des devoirs importants pour celui qui en est l'objet,
comme pour ses parents. Ceux-ci doivent considérer la vocation de leur enfant
comme un honneur qui rejaillit sur eux, et donc tout faire pour l'aider à y ré-
pondre. De son côté, le futur ministre du Seigneur est appelé à se préparer avec
soin à la grande mission qu'il aura à remplir. Destiné à enseigner la vérité et à prê-
cher la vertu, il doit acquérir la science et les vertus qui lui permettront d'instruire
avec fruit et de prêcher par l'exemple.
1.3.1.2. La matière prochaine
- Pour le sacrement de l’ordre (diaconat, prêtrise, épiscopat), la matière prochaine
est l’imposition des mains de l’évêque. Cf. 2 Tim 1, 6 : C’est pourquoi je t’invite à
raviver le don spirituel que Dieu a déposé en toi par l’imposition de mes mains ; 1
Tim 5, 22 : Ne te hâte pas d’imposer les mains à qui que ce soit. La consécration des
mains (huiles des catéchumènes) pour les prêtres et celles des mains et du som-
met de la tête (saint chrême) pour l’évêque ne relève pas de la matière du sacre-
ment, mais sont des sacramentaux.
1.3.2. La forme du sacrement est la partie lue de la préface consécratoire ; pour la prê-
trise par exemple : Père tout puissant, nous vous en prions, donnez à vos serviteurs
ici présents la dignité de la prêtrise ; renouvelez en leurs cœurs l’esprit de sainteté
afin qu’ils possèdent, reçue de vous ô Dieu, cette charge de second rang, et que
l’exemple de leur vie amène la réforme des mœurs.
1.3.3. Le ministre ordinaire du sacrement de l’ordre est :
- Pour la validité, exclusivement l’évêque qui, possédant la plénitude du sacrement
de l’ordre, a seul le pouvoir de l’administrer. Le prêtre est ministre extraordinaire
des ordres mineurs et du sous-diaconat. Il l’est de droit (ex. pères abbés d’un mo-
nastère), ou par indult.
- Pour la licéité, l'évêque doit :
o Avoir juridiction sur les sujets qu’il ordonne à la prêtrise. Il peut ordonner
une personne sur qui il n’a pas juridiction, mais seulement avec la permission
de l’ordinaire de l’ordinand, accordée par une lettre, appelée “dimissoriale”.
Attention à ne jamais se mettre sous la coupe d’un prêtre seul ! Un
prêtre est un ministre de “second rang” et ne peut exercer un ministère
que sous la dépendance d’un évêque ou équivalent (supérieur majeur
pour les religieux). C’est parce qu’il n’est que de second rang que le
prêtre à fait promesse d’obéissance au jour de son ordination, et tout
prêtre qui prendrait son indépendance briserait gravement cette pro-
messe. Jusqu’en 1983, un tel prêtre était excommunié ipso facto.
o Avoir le mandat de Rome pour conférer la consécration épiscopale
o Respecter certains délais entre les ordinations (un an entre les ordres mi-
neurs et le sous-diaconat, 3 mois entre le sous-diaconat et le diaconat, puis
entre le diaconat et la prêtrise). Il peut y avoir des dispenses à ces délais.
1.4. Les effets du sacrement de l’ordre
1.4.1. Le caractère sacerdotal : marque indélébile dans l’âme qui configure celui qui la
reçoit au Christ prêtre, pour en être son ministre. C’est ce qui donne au prêtre son
immense dignité. Alors que les grâces des autres sacrements font participer à la
grâce sanctifiante du Christ (appelée pour cela grâce capitale, car c’est d’elle que
découle la grâce dans les âmes, comme de la tête dans les membres), le caractère
sacerdotal fait participer à la grâce d’union hypostatique du Christ (union de la di-
vinité à son humanité), puisque c’est par elle que Jésus-Christ est prêtre.
1.4.2. Le pouvoir d’ordre, qui découle de la réception du caractère sacramentel :
- Le diacre : distribution de la communion, administration solennelle du baptême
et prédication de l’évangile ; tous ces pouvoirs sont cependant liés, et leur exer-
cice dépend de la permission du curé.
- Le prêtre : offrir le saint sacrifice de la messe, administrer les sacrements (sauf
l’ordre), prêcher l’évangile. Le pouvoir de confirmation est cependant lié.
- L’évêque : administrer le sacrement de l’ordre ; l’administration de la confirma-
tion lui est également réservée.
1.4.3. La grâce :
- Augmentation de la grâce sanctifiante ;
- La grâce sacramentelle, consistant dans un droit aux grâces actuelles nécessaires
pour exercer saintement les fonctions sacrées.
2. LE CÉLIBAT SACERDOTAL
Le célibat, ou la continence parfaite, ne relèvent pas de l’essence du sacerdoce, mais
d’une discipline ecclésiastique qui, tant d’après le pape Sirice (286) que le concile de
Carthage (390), remonte aux temps apostoliques.
2.1. Histoire
- Dans l’Ancien Testament, Dieu choisit la tribu de Lévi comme tribu sacerdotale. S’ils se
mariaient pour assurer la pérennité de la tribu, ils devaient garder la continence parfaite
avant d’exercer au temple et durant tout le temps de leur service (1 S 21, 5-6).
- Dans le Nouveau Testament, N.S. exalte et élève au dessus du mariage la chasteté par-
faite par amour du Royaume de Dieu (Mt 19, 12), et demande à ses apôtres de tout quit-
ter pour le suivre, ce qu’ils firent (Lc 18, 28-30) ; tout, y compris leurs épouses (Lc 18,
29). Les Pères de l’Eglise affirment de manière unanime 1) que saint Paul et saint Jean
furent vierges ; 2) que les autres apôtres, s’ils furent mariés (on ne le sait que pour saint
Pierre) ont pratiqué la continence parfaite en suivant Jésus.
- D’ailleurs, cette discipline ecclésiastique sera gardée par toutes les églises apostoliques
(fondées par les apôtres, ou en dérivant directement), unanimité qui ne se retrouve pas
par exemple dans les rites liturgiques. Saint Jérôme, Père latin ayant vécu en Terre
Sainte, rapporte que les Églises d’Orient, d’Égypte et du Siège apostolique tiennent fer-
ment la discipline de la continence parfaite pour le clergé. Ce ne sont là que quelques
témoignages d’une tradition non écrite remontant aux temps apostoliques, qui ne pren-
dra une tournure canonique que lorsque le concile d’Elvire (305) radie de l’état ecclé-
siastique ceux qui dérogeraient à la loi de la continence. Le concile de Nicée (325) inter-
dit aux clercs d’introduire sous leur toit une femme, à moins qu’il ne s’agisse d’une mère,
d’une sœur, d’une tante. La seule prescription écrite auparavant était celle de 1 Tim 3, 2,
où saint Paul pose comme condition pour l’élévation à l’épiscopat que l’on choisisse un
homme qui n’ai été marié qu’une seule fois. Saint Jérôme, comparant ce texte avec celui
du chapitre 5 où il est parlé des veuves, montre que saint Paul ne parle pas là du mono-
game, mais du veuf qui dans le passé n’eut qu’une seule épouse.
- Nous sommes donc devant une Tradition unanime, établissant avec certitude d’une
part que des hommes mariés ont été élevés à la dignité sacerdotale, d’autre part que la
continence parfaite était réclamée de tous les clercs, vierges ou non. Saint Léon le Grand
le rappelle : La loi de continence est la même pour les ministres de l’autel (les diacres) que
pour les évêques et les prêtres. Lorsqu’ils étaient encore des laïcs ou des lecteurs, ils pou-
vaient être autorisés à se marier et à procréer des enfants. Mais dès qu’ils atteignaient les
degrés nommés ci-dessus, ce qui autrefois leur était permis cessait désormais de l’être. Pour
que du mariage selon la chair naisse ainsi un mariage spirituel, il est nécessaire non pas
qu’ils répudient leurs épouses, mais qu’ils les aient comme n’en ayant pas, afin que soit
gardé l’amour conjugal mais que cesse en même temps l’usage du mariage (lettre à
l’évêque Rustique de Narbonne).
- En Orient, le concile “in Trullo” (“sous la coupole du palais impérial”, 691) assouplit la
discipline traditionnelle pour l’Orient. Il se situe d’une part dans les troubles politiques
et la décadence intellectuelle qui a permis l’expansion fulgurante de l’Islam, d’autre part
dans un climat quasi-schismatique de l’Église byzantine dans sa prétention à s’établir
comme nouvelle Rome sur l’Orient. Se démarquant explicitement de Rome et trafiquant
le texte du concile de Carthage, ce concile accorde l’usage du mariage aux diacres et aux
prêtres, mais non aux évêques. Ce concile n’est pas reconnu par l’Église universelle, mais
fixa l’usage de l’Église d’Orient.
- En Occident, devant les abus de discipline aux IX° et X° siècle, la réforme grégorienne
interdira l’ordination d’hommes mariés, pour la réserver exclusivement à ceux qui y
voueront leur célibat.
2.2. Motifs du célibat sacerdotal
« Homme de Dieu », le prêtre s’est donné à Dieu plutôt qu’aux hommes. Son célibat est
donc la conséquence logique de sa consécration totale à Dieu, tout comme un instrument
nécessaire à sa fécondité sur les âmes.
- 1ER MOTIF : LE SERVICE DE DIEU. Si les prê tres de la loi ancienne, remarque Origè ne († 253)
pendant les jours de leur ministère, devaient quitter leurs maisons et vivre dans la con-
tinence, à plus juste titre encore les prêtres de la loi nouvelle doivent-ils garder cette
vertu et renoncer pour toujours au mariage. L’apôtre (1 Co 7, 5) recommande aux per-
sonnes mariées de garder la continence, pour un temps, afin de vaquer à la prière. Or,
remarque saint Jérôme, le prêtre doit toujours offrir le sacrifice pour le peuple, il doit tou-
jours prier. Il doit donc aussi s’abstenir toujours du mariage.
Si notre Rédempteur, dit saint Pierre Damien († 1072), a tant aimé la fleur d’une pudeur
intacte qu’Il naquît d’un sein d’une vierge, qu’Il ne se confia qu’à un père nourricier vierge,
et cela au temps de sa petite enfance, vagissant dans un berceau, à qui donc veut-Il confier
son corps, maintenant qu’Il règne, immense, dans les cieux ? S’Il n’admettait que des mains
pures à le toucher dans sa crèche, quelle pureté veut-Il en ceux qui approchent son corps,
depuis qu’Il est élevé dans la gloire et la majesté divine ? »
- 2EME MOTIF : LE SERVICE DES AMES. Le prêtre se doit d’être tout à tous, et un père de famille
serait bien moins libre ! Il est de plus – et surtout – certain que la fécondité a pour secret
la chasteté. Ce qui est vrai dans l’usage du mariage l’est plus encore dans le domaine spi-
rituel. L’exemple de la Sainte Famille, parfaitement chaste, en témoigne : la Vierge est
mère de l’Église, et Saint Joseph son saint Patron. Ainsi donc, dans l’ordre spirituel, la
chasteté parfaite du prêtre est le secret de sa fécondité sur les âmes.
- 3EME MOTIF : L’IDENTIFICATION A J.C., TETE ET EPOUX DE L’ÉGLISE. Parler du non-mariage des
prêtres laisserait entendre qu’il leur manque quelque chose. C’est oublier qu’ils ont
beaucoup plus ! La grandeur du sacrement de mariage se fonde sur sa signification ren-
voyant à l’union du Christ et de l’Église (Ep 5, 32). Or le sacerdoce n’a pas pour rôle de
figurer cette union, mais de la réaliser, ce qui est beaucoup plus. Au regard de l’Église, le
prêtre est le représentant du divin Epoux (d’où l’anneau épiscopal) s’associant son
Église. Au regard du Christ, il est la récapitulation de l’Église qui s’unit à lui. Ministre de
l’Église, il la représente dans son entier à chaque messe, et c’est à travers la communion
du prêtre que se réalise ici-bas l’union mutuelle du Christ et de son Église.
3. LE "SACERDOCE" DES FIDÈLES
Le concile Vatican II a introduit une grande confusion sur la notion de sacerdoce, en
posant en premier le sacerdoce de l’Église entière (celui de tous les fidèles) pour trai-
ter seulement ensuite du sacerdoce ordonné (du sacrement de l’ordre), comme étant
au service du sacerdoce du peuple de Dieu. De cette confusion sont nées nombre de
dérives, qui ont établi les laïcs comme acteurs de la liturgie. Le Nouvel Ordo Missæ
considère par exemple la messe comme action commune du Peuple de Dieu réuni et
du Christ (d’où la remise en cause de la messe célébrée sans fidèles).
3.1. Existence du "sacerdoce" des fidèles
Cf. 1 Pe 2, 5 : Vous êtes posés sur Lui comme des pierres vivantes, pour former un édifice
spirituel et un sacerdoce saint, afin d’offrir à Dieu des sacrifices spirituels qui lui soient
agréables par J.C.. Ainsi, saint Paul nous invite à offrir à Dieu nos corps comme une hostie
vivante, sainte et agréable à ses yeux, et à lui rendre un culte spirituel (Ro 16, 1). En effet,
explique le catéchisme du concile de Trente, ils (les fidèles) immolent à Dieu sur l’autel de
leur cœur, des hosties spirituelles, toutes les fois que, éclairés par la foi et enflammés par la
charité, ils font des œuvres bonnes et honnêtes qu’ils rapportent à la gloire de Dieu.
3.2. Distinction foncière du "sacerdoce" des fidèles d’avec le sacerdoce sacrement
Le sacerdoce se définit par rapport au sacrifice. Or le sacrifice offert par le prêtre est
d’une autre nature que celui offert par tout fidèle :
- Le prêtre est cause unique du sacrifice visible de l’autel. Il y offre le Christ lui-
même, tandis que le fidèle n’offre que sa propre personne à Dieu. De plus, le
prêtre offre un sacrifice public, cultuel tandis que le sacrifice que le fidèle fait de
lui-même n’est que spirituel et invisible. Le prêtre offre un sacrifice qui par na-
ture sanctifie toute l’Église, tandis que le sacrifice du fidèle ne sanctifie directe-
ment que lui-même.
- Le prêtre offre un sacrifice qui est efficace ex opere operato, tandis que le fidèle ne
s’offre en sacrifice que d’une offrande qui agit ex opere operantis.
- Le prêtre offre enfin un sacrifice qui a une valeur par lui-même, tandis que le fi-
dèle offre un sacrifice qui n’a de valeur que par celui de N.S., à savoir en tant
qu’uni au saint Sacrifice de la messe.
Vu que le sacerdoce se dit en relation avec le sacrifice cultuel, et que le sacerdoce des
fidèles ne porte que sur un sacrifice invisible, il faut dire que le mot sacerdoce ne con-
vient au sens strict qu’à celui qui a reçu le sacrement de l’ordre, et ne s’applique que de
façon métaphorique à tout baptisé.
3.3. La participation du fidèle à la messe
De cette distinction des sacerdoces découle la différence de participation à la messe. Seul
le prêtre pose l’acte liturgique sacrificiel de la messe, tandis que la participation de tous
est avant tout une participation intérieure par laquelle chacun s’unit par l’offrande de
lui-même à la divine victime.
3.4. Quelques textes patristiques sur le "sacerdoce" des fidèles
- ST LEON LE GRAND (sermon pour le 3ème anniversaire de son élévation) : Cet honneur du
sacerdoce, quoiqu'il nous appartienne à nous-même spécialement, n'est point exclusive-
ment attaché à notre seule personne, ni à notre seul ministère. Car qu'y a-t-il de plus noble,
de plus royal en quelque sorte, qu'un esprit parfaitement soumis à Dieu, et qui règle tous
les mouvements du corps ? Quoi de plus saint et de plus sacerdotal, que d'offrir à Dieu une
conscience pure ; de faire de son cœur une espèce d'autel, pour y immoler l'holocauste
d'une piété consommée ? Tous ont cet avantage, par la grâce de Dieu ; mais moi, je suis
particulièrement obligé d'avoir une religieuse reconnaissance de mon exaltation, comme
d'un honneur qui me regarde personnellement.
- ST JEAN CHRYSOSTOME, 4ème discours sur Anne, n° 6 : En quelque lieu que vous soyez, vous
pouvez dresser votre autel, il vous suffit pour cela d'une volonté fervente ; et, quoique vous
ne fléchissiez pas les genoux, que vous ne frappiez pas votre poitrine, vous n'aurez qu'à
montrer une ardente piété pour faire une prière parfaite en tout point. Oui, une femme tout
en tenant sa quenouille et en tissant sa toile, peut élever les yeux de son âme et invoquer
dans un cœur brûlant le Seigneur ; oui, un homme, tout en demeurant sur l'agora et en
cheminant, peut faire d'excellentes prières : tel autre assis dans son atelier et occupé à
coudre des peaux de cuir ensemble, pourra offrir à Dieu son âme.
- ST AUGUSTIN : tout le chapitre 6 du livre 10 serait à lire !