Olympiade Francophone de Mathématiques
Troisième édition
Épreuve Senior Solutions et barèmes
1. On note Z l'ensemble des entiers relatifs. Trouver toutes les fonctions f : Z → Z telles que,
pour tous les entiers m et n :
f (m + n) + f (m)f (n) = n2 (f (m) + 1) + m2 (f (n) + 1) + mn(2 − mn).
Solutions
Solution 1 Notons E(m, n) l'équation de l'énoncé. L'équation E(0, 0) indique que f (0) = 0
ou f (0) = −1. Si f (0) = 0, l'équation E(0, n) indique que f (n) = n2 pour tout n ∈ Z. On
suppose donc désormais que f (0) = −1.
L'équation E(−n, n) indique désormais que
−1 + f (n)f (−n) = n2 (f (n) + f (−n) − n2 ),
ce que l'on factorise comme
(f (n) − n2 )(f (−n) − n2 ) = 1.
Puisque f (n) − n2 et f (−n) − n2 sont des entiers, cela signie que l'entier g(n) = f (n) − n2 =
f (−n) − n2 est égal à ±1.
L'équation E(m, n) se réécrit alors comme
g(m + n) + g(m)g(n) = 0,
ce qui signie que la fonction −g est multiplicative. Les deux fonctions g possibles sont donc
g : n 7→ −1 et g : n 7→ (−1)n+1 . Par ailleurs, la fonction n 7→ 0 est elle aussi multiplicative.
En conclusion, les trois fonctions solutions sont
f : n 7→ n2 , f : n 7→ n2 − 1 et f : n 7→ n2 + (−1)n+1 .
Solution 2 Notons E(m, n) l'équation de l'énoncé, et posons a = f (0) et b = f (1). L'équation
E(1, n) indique que
f (n + 1) = (1 − b)f (n) + bn2 + 2n + 1,
ce qui se réécrit comme
f (n + 1) − (n + 1)2 = (1 − b)(f (n) − n2 ).
I Si b = 0, cela signie que f : n 7→ n2 + a. Réciproquement, l'équation E(m, n) se réécrit
alors comme
m2 +2mn+n2 +a+m2 n2 +am2 +an2 +a2 = m2 n2 +(a+1)n2 +m2 n2 +(a+1)m2 +2mn−m2 n2 ,
c'est-à-dire comme a(a + 1) = 0. Ainsi, la fonction f : n 7→ n2 + a est solution si et
seulement si a = 0 ou a = −1.
I Si b = 1, c'est que f : n 7→ n2 , qui est un cas particulier du cas précédent.
I Si b = 2, c'est que f : n 7→ n2 + (−1)n a. Réciproquement, l'équation E(m, n) se réécrit
alors comme
m2 + 2mn + n2 + (−1)m+n a + m2 n2 + (−1)n am2 + (−1)m an2 + (−1)n+m a2
=
m n + ((−1) a + 1)n + m n + ((−1)n a + 1)m2 + 2mn − m2 n2 ,
2 2 m 2 2 2
c'est-à-dire comme (−1)m+n a(a + 1) = 0. Ainsi, la fonction f : n 7→ n2 + (−1)n a est
solution si et seulement si a = 0 ou a = −1.
I Sinon, c'est que f : n 7→ n2 + a(1 − b)n . On sait donc que lim−∞ (f (n) − n2 ) = 0. Comme
f (n) − n2 est un entier, il vaut donc 0 pour un n négatif assez grand, de sorte que a = 0
et que f : n 7→ n2 .
En conclusion, les trois fonctions solutions sont
f : n 7→ n2 , f : n 7→ n2 − 1 et f : n 7→ n2 + (−1)n+1 .
2. Pour se connecter au site de l'OFM, Alice doit choisir un mot de passe. Ce dernier doit être
formé de n caractères parmi les 27 caractères suivants :
A, B , C , . . ., Y , Z , #.
On dit qu'un mot de passe m est redondant si on peut colorier en rouge et bleu un bloc de
lettres consécutives de m de telle manière que le mot formé des lettres rouges soit identique
au mot formé des lettres bleues. Par exemple, le mot de passe H#ZBZJBJZ est redondant,
car il contient le bloc ZBZJBJ , où le mot ZBJ apparaît à la fois en bleu et en rouge. Au
contraire, le mot de passe ABCACB n'est pas redondant.
Montrer que, pour tout entier n > 1, il existe au moins 18n mots de passe de longueur n,
c'est-à-dire formés de n caractères chacun, qui ne sont pas redondants.
Solution
Ci-dessous, on note Rn l'ensemble des mots de passe non redondants de longueur n, Σ l'alphabet,
et B2k l'ensemble des blocs redondants de longueur 2k. On note également rn et b2k les car-
dinaux respectifs de ces ensembles Rn et B2k . On pose enn σ = 27 et λ = 18.
Tout mot m ∈ Rn+1 a un préxe non redondant, ce qui fait que Rn+1 ⊆ Rn Σ. Réciproquement,
si un mot m ∈ Rn Σ est redondant, tout bloc redondant que contient m est un suxe de m.
En notant 2k la longueur d'un tel bloc, on en déduit que m ∈ Rn+1−2k B2k . Plus généralement,
on dispose donc de la relation d'inclusion
[
Rn Σ ⊆ Rn+1−2k B2k .
062k6n+1
En termes de cardinaux, cette relation se réécrit comme
X
σ rn 6 rn+1 + rn+1−2k b2k .
262k6n+1
Dès lors, il s'agit de majorer aussi bien les nombres rn+1−2k que les nombres b2k . Or, il y a
22k manières de colorier un bloc (redondant ou pas) de longueur 2k puis, si ce bloc contient
k lettres rouges, il y a σ k manières de choisir ces lettres. Ainsi, il y a au plus 22k × σ k blocs
redondants de longueur 2k, ce qui signie que b2k 6 (4σ)k .
Par ailleurs, puisque l'on a manifestement rn+1 6 σ rn , une idée pour démontrer que rn > λn
serait en fait de montrer que rk+1 > λrk pour tout entier k > 0. On procède alors par
récurrence. En eet, si l'on a déjà rk+1 > λrk lorsque k 6 n − 1, l'inégalité sur les cardinaux
montre que
X X 4σ k
1−2k k
σ rn 6 rn+1 + λ rn × (4σ) 6 rn+1 + λrn = rn+1 + 9 rn ,
262k6n+1 k>1
λ2
ce qui conclut.
3. Soit ABC un triangle et Γ son cercle circonscrit. On note ∆ la tangente en A au cercle Γ. Soit
Γ1 un cercle tangent aux droites ∆, (AB) et (BC), et E son point de tangence avec la droite
(AB). Soit Γ2 un cercle tangent aux droites ∆, (AC) et (BC), et F son point de tangence avec
la droite (AC).
On suppose que E et F appartiennent respectivement aux segments [AB] et [AC], et que les
deux cercles Γ1 et Γ2 se trouvent à l'extérieur du triangle ABC . Montrer que les droites (BC)
et (EF ) sont parallèles.
Solution
Si les droites ∆ et (BC) sont parallèles, soit O le centre de Γ. Alors la droite (AO) et la
médiatrice du segment [BC] sont perpendiculaires à ∆ et à (BC), donc sont confondues. Dans
ce cas, le triangle ABC est isocèle en A, et la médiatrice de [BC] est un axe de symétrie de la
gure, donc du segment [EF ], qui se retrouve ainsi parallèle à (BC).
Sinon, soit P le point d'intersection des droites ∆ et (BC) ; alors Γ1 et Γ2 sont les cercles
inscrit et exinscrit des triangles ABP et ACP selon les cas.
On sait alors, par la transformation de Ravi, que
2AE = AB + AP − P B et 2AF = AC + P C − P A.
Par ailleurs, puisque ∆ est tangente à Γ en A, les triangles P AB et P CA sont semblables. Par
conséquent,
2AE AB AP PB AC CP PA 2AF
= + − = + − = ,
AB AB AB AB AC CA CA AC
et le théorème de Thalès nous permet enn de conclure que (BC) et (EF ) sont bien parallèles.
F0
Γ2
A
Γ
0
E
Γ1
∆
E F
P E 00 B C F 00
4. Trouver tous les entiers a > 2 et b > 2 tels que a soit pair et tous les chires de l'écriture
décimale de ab + 1 soient égaux.
Solutions
Solution 1 Le problème se réécrit comme suit : il s'agit de trouver les entiers a et b tels que
9 × ab + (d + 9) = d × 10n , avec n > 1 et d ∈ {1, 3, 5, 7, 9}. On traite donc plusieurs cas, en
fonction de la valeur de d :
I Si d ≡ 1 (mod 4), l'égalité de l'énoncé devient 9 × ab = d × 10n − (d + 9). Si n > 2, cela
signie que ab ≡ 2 (mod 4), ce qui est incompatible avec le fait que b > 2. Par conséquent,
n = 1 et ab = d − 1 est égal à 0, 4 = 22 ou 8 = 23 . Ainsi, dans ce cas, (a, b) = (2, 2) ou
(a, b) = (2, 3).
I Si d = 3, l'égalité de l'énoncé devient 3×ab = 10n −4. Si n > 3, cela signie que 3×ab ≡ 4
(mod 8), donc que b = 2. Mais alors 3 × a2 ≡ 1 (mod 5), ce qui est impossible puisque
3 × a2 ≡ 0, 3, 2, 2, 3 (mod 5) selon que a ≡ 0, 1, 2, 3, 4 (mod 5). Par conséquent, n 6 2, et
ab est égal à 2 ou 32 = 25 . Ainsi, dans ce cas, (a, b) = (2, 5).
I Si d = 7, l'égalité de l'énoncé devient 9 × ab = 7 × 10n − 16. Si n > 5, cela signie
que 9 × ab ≡ 16 (mod 32), donc que b = 2 ou b = 4. Dans tous les cas, b est pair, et
en posant c = ab/2 , on constate que 2 × c2 ≡ 5 (mod 7), ce qui est impossible puisque
2 × c2 ≡ 0, 2, 1, 4, 4, 1, 2 (mod 7) selon que c ≡ 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6 (mod 7). Par conséquent,
n 6 4, et ab est égal à 6 = 2 × 3, 76 = 22 × 19, 776 = 23 × 97 ou 7776 = 25 × 35 . Ainsi,
dans ce cas, (a, b) = (6, 5).
En conclusion, les entiers recherchés sont les paires (a, b) ∈ {(2, 2), (2, 3), (2, 5), (6, 5)}.
Solution 2 Le problème se réécrit comme suit : il s'agit de trouver les entiers a et b tels
que 9 × ab = d × 10n − (d + 9), avec n > 1 et d ∈ {1, 3, 5, 7, 9}. Ici, on s'intéresse plutôt à
v2 (ab ) = bv2 (a) et on traite plusieurs cas en fonction de la valeur de d :
I Si d ≡ 1 (mod 4), on sait que bv2 (a) > b > 2 > 1 = v2 (d + 9), donc n = v2 (d + 9) = 1.
Ainsi, ab = d − 1 est égal à 0, 4 = 22 ou 8 = 23 , et (a, b) = (2, 2) ou (a, b) = (2, 3).
I Si d = 3, on sait que bv2 (a) > b > 2 = v2 (d + 9). Par conséquent, soit bv2 (a) > 2 et n = 2,
auquel cas ab = 32 = 25 et (a, b) = (2, 5), soit bv2 (a) = 2 et n > 2. Dans ce second cas, on
sait que b = 2, et on conclut comme dans la solution précédente que ce cas est impossible.
I Si d = 7, et comme dans le cas précédent, soit bv2 (a) > 4 et n = 4 auquel cas (a, b) = (6, 5),
soit bv2 (a) ≤ 4. Une étude exhaustive, démontre que le second cas est impossible.
En conclusion, les entiers recherchés sont les paires (a, b) ∈ {(2, 2), (2, 3), (2, 5), (6, 5)}.