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INTÉGRATION, EXEQUATUR ET SÉCURITÉ JURIDIQUE DANS L’ESPACE

OHADA. BILAN ET PERSPECTIVE D’UNE AVANCÉE CONTRASTÉE

Serge Christian Ekani

Association internationale de droit économique | « Revue internationale de droit


économique »

2017/3 t. XXXI | pages 55 à 84


ISSN 1010-8831
ISBN 9782807391475
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INTÉGRATION, EXEQUATUR ET SÉCURITÉ
JURIDIQUE DANS L’ESPACE OHADA.
BILAN ET PERSPECTIVE D’UNE AVANCÉE
CONTRASTÉE

Serge Christian EKANI1


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Résumé : Le statut des arrêts de la Cour commune de justice et d’arbitrage
(CCJA) et des sentences arbitrales rendues sous son égide a été perçu par les
juristes comme l’étoile de Noël annonçant une ère nouvelle. Pourtant, le bilan à ce
jour montre que le régime de la circulation des titres exécutoires nationaux dans
l’espace OHADA va à l’encontre des finalités d’intégration et de sécurité juridique
et judiciaire visées. Il trahit, d’une part, des relents souverainistes et, d’autre part
des incohérences diverses qui freinent les objectifs de l’OHADA.
L’hypothèse de l’auteur est qu’un encadrement pragmatique de la libre circulation
des titres exécutoires dans un espace intégré serait un gage de sécurité juridique et
d’une plus grande confiance entre les États. Conscient de ce que la suppression de
l’exequatur a des effets ambivalents, il propose des pistes pour une minimalisation
maîtrisée des procédures intermédiaires, prenant en compte l’équilibre des intérêts
des parties. Il s’agirait d’un pas décisif vers la sécurisation du climat des affaires
et la création d’un marché commun contribuant à l’unité africaine, finalités sou-
vent occultées de l’OHADA.

1 Introduction
2 La balkanisation de l’exequatur des décisions nationales, un frein à la sécurité juridique
et à l’intégration dans l’espace OHADA
2.1 Les freins matériels : une prolifération préjudiciable d’instruments sur la recon-
naissance et l’exequatur dans l’espace OHADA
2.1.1 Une uniformisation peu cohérente de la circulation des sentences arbitrales
2.1.2 Une pluralité labyrinthique des textes régissant la circulation
des jugements et actes publics étrangers

1. Étudiant en doctorat. Université Laval. E-mail : sergechristianekani@[Link].

Revue Internationale de Droit Économique – 2017 – pp. 55-84 – DOI: 10.3917/ride.313.0055


Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 56

2.2 Les freins idéologiques et politiques : une question d’opportunité franchissable


2.2.1 Les raisons d’une réticence
2.2.2 Les motifs militant pour la minimalisation de la procédure d’exequatur
3 La nécessaire institution d’un régime commun minimal de l’exequatur dans l’espace
OHADA, gage de sécurité juridique et d’intégration
3.1 Un domaine nécessairement restreint
3.1.1 Un domaine limité aux actes et décisions rendus sur le fondement du droit
de l’OHADA
3.1.2 Une exclusion des sentences arbitrales, accords de médiations et autres
décisions rendues sur le fondement des règles non harmonisées
3.2 Une procédure garante des droits fondamentaux des parties
3.2.1 Une inversion maîtrisée de la procédure
3.2.2 Un accompagnement de la fiabilisation du système judiciaire
4 Conclusion

1 INTRODUCTION
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La sécurité juridique repose sur des exigences d’ordre matériel et temporel. Les
premières font référence à la qualité de la loi, à savoir son accessibilité, sa clarté et
son efficacité. Quant aux secondes, elles renvoient à la prévisibilité et à la stabilité
de l’environnement juridique et judiciaire.
C’est en considération de ce que la sécurité juridique est une exigence néces-
saire au développement des activités économiques2 que l’OHADA a été créée, dans
l’optique de remédier à la vétusté et à la balkanisation des lois héritées de la colo-
nisation et de celles édictées après les indépendances. Le législateur OHADA s’est
ainsi attelé à la mise en place d’un espace juridique intégré, devant stimuler les
investissements domestiques et attirer les investisseurs étrangers grâce à ses avan-
tages comparatifs. Cette volonté se traduit par l’élaboration de règles matérielles
unifiées dans le domaine du droit des affaires3, et par la « mise en œuvre de procé-
dures judiciaires appropriées »4.
Mais force est de noter que le justiciable ne peut se satisfaire d’un droit maté-
riel clair, simple et adapté à la situation des économies. En réalité, « la règle de droit
n’a de sens que respectée, le droit subjectif n’a d’existence qu’à travers l’effectivité
dont bénéficie son titulaire »5, laquelle est principalement satisfaite au moyen de
l’exécution forcée, d’autant que l’homme moderne « se résigne mal à ce que le

2. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », Penant, avril-juin 2006,
n° 855, pp. 151 et s., n° 1, Ohadata D-06-50, [Link].
3. Article 2 du Traité du 17 octobre 1993 relatif à l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, tel
que révisé à Québec le 17 octobre 2008, définit le domaine du droit OHADA. À ce jour, dix actes
uniformes ont été adoptés. Pour les détails, voir : [Link].
4. Article 1er du Traité du 17 octobre 1993 relatif à l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, tel
que révisé à Québec le 17 octobre 2008.
5. M.-A. Frison-Roche, « L’impartialité du juge », D. 1999, chron. p. 53.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 57

droit qui lui a été reconnu ne trouve pas concrétisation dans les faits »6. En clair,
« l’exécution participe de la sécurité juridique »7. C’est ce qui a justifié l’adoption
de l’AUPSRVE8, dont l’objectif est d’unifier le droit matériel des voies d’exécution
par l’instauration d’un dispositif de procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution plus efficaces.
De plus, même si cela n’est pas suffisamment souligné, cet arsenal de mesures
vise à terme à participer à la création d’un vaste marché dans l’optique d’asseoir
une meilleure intégration au service de l’économie et de l’unité africaines9. Une
telle vision pouvait augurer d’une libre circulation des titres par l’effet d’un rela-
tif effacement des frontières. Du moins, telle pouvait être l’attente légitime des
justiciables dans cet espace intégré10. Seulement, il convient de noter que, même
si l’article 33 de l’AUPSRVE reconnaît la qualité de titre exécutoire aux actes et
décisions juridictionnelles étrangers, ce texte ne précise pas la signification de la
notion d’extranéité dans le cadre de l’exécution forcée dans l’espace OHADA11.
Ainsi, le législateur ne prévoit pas de règles spécifiques à la circulation des déci-
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sions rendues en application des actes uniformes12. Pourtant, certains créanciers
peuvent avoir intérêt à saisir des biens du débiteur situés dans un pays autre que
celui dans lequel ils ont obtenu le titre exécutoire13. En effet, l’hypermobilité des
acteurs économiques par le biais des délocalisations des entreprises, l’ouverture de
nouvelles filiales et le flux de capitaux, la circulation des biens et services à travers
les frontières, du fait notamment des technologies de l’information et de la com-
munication et des nouveaux moyens de crédit et de transport des devises14, sont

6.  R. Perrot, Ph. Théry, Les procédures civiles d’exécution, Paris, Dalloz, 2000, p. 1.
7.  P.G. Pougoué, F. Teppi Koloko, La saisie attribution des créances OHADA, coll. Vade-mecum,
Yaoundé, PUA, 2005, p. 7.
8.  Acte uniforme du 10 avril 1998 portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement
et des voies d’exécution, JO OHADA, n° 6, 1er juin 1998, pp. 1 et s., désigné « AUPSRVE ».
9.  Voir les deux premiers considérants du préambule du Traité relatif à l’harmonisation du droit des
affaires en Afrique, signé à Port-Louis (Île Maurice) le 17 octobre 1993, tel que modifié à Québec
le 10 octobre 2013, désigné « Traité OHADA ».
10. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 24.
11. La question peut en effet se poser de savoir, dans cet espace intégré, ce qu’il est convenu de
désigner par « décisions et actes publics étrangers ». Cette extranéité doit-elle être conçue du seul
point de vue national ou alors l’espace OHADA doit-il être considéré comme un tout, de sorte
que l’extranéité s’analyse selon qu’un pays est ou non membre de l’OHADA ? Voir A.D. Wandji
Kamga, Le droit à l’exécution forcée. Réflexion à partir des systèmes juridiques camerounais et
français, Thèse de doctorat, Universités de Yaoundé 2 et de Limoges, 2009, p. 32.
12. B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », Revue Lamy droit civ.,
décembre 2016, supplément n° 143, p. 60 ; P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans
l’espace OHADA », op. cit., n° 25.
13. Il est possible que l’assiette des biens d’un débiteur situés dans le pays où le titre exécutoire a été
obtenu ne soit pas suffisante pour désintéresser le créancier. De même, un débiteur peut ne pas
avoir de biens saisissables dans un pays donné, mais en avoir dans d’autres.
14. Il suffit d’un transfert de fonds d’un pays à un autre, d’une banque à une autre, pour que le débi-
teur, par un seul clic de son banquier, puisse organiser son insolvabilité. L’assiette de la saisie s’en
trouve ainsi considérablement diminuée, voire anéantie, au grand dam du créancier. La libre cir-
culation des actes, décisions judiciaires et sentences arbitrales permettrait certainement de réduire
ce risque.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 58

des évolutions qui auraient pu inspirer une adaptation corrélative des techniques
de recouvrement forcé. Sans cette prise en compte, il devient facile d’assister à des
« transferts de fonds à la cloche de bois ». L’absence de moyens de recouvrement
« mobiles » au bénéfice des créanciers peut alors faciliter l’apparition des « paradis
d’inexécution », entamant en même temps l’efficacité de ce droit. D’où l’intérêt de
la libre circulation des décisions et autres titres.
Le législateur OHADA n’a toutefois pas totalement ignoré cet enjeu. C’est ainsi
qu’il a accordé un statut particulier aux arrêts de la CCJA qui bénéficient de l’auto-
rité de la chose jugée et sont exécutoires dans l’ensemble des États parties sans qu’il
soit besoin de recourir à une démarche d’exequatur15 devant le juge étatique. De
même, les sentences arbitrales rendues sous l’égide de cette juridiction bénéficient
d’un exequatur « communautaire »16. Mais ce « commencement » d’intégration
judiciaire et de libre circulation des décisions de justice est mis à mal à certains
égards par un choix politique fait par le législateur, celui de l’autonomie institu-
tionnelle des États membres dans le domaine judiciaire. En outre, s’il s’agit d’une
avancée majeure, il reste que les arrêts de la CCJA ne constituent qu’une petite par-
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tie du contentieux résultant de l’OHADA17. Pire encore, il s’avère que les nombreux
espoirs placés dans l’activité arbitrale de cette juridiction laissent place à un climat
de méfiance, voire de suspicion18, d’autant que son Centre d’arbitrage est quasiment
évité19. A contrario, le contentieux issu de l’application des actes uniformes devant
les juridictions nationales est abondant. Il en résulte que l’interprétation et la mise
en œuvre du droit OHADA reposent essentiellement sur l’activité de ces dernières,
dont les décisions circulent difficilement en raison des exigences d’exequatur lon-
gues et fastidieuses. Pour ces raisons, et parce qu’une très abondante doctrine20 s’est

15. Art. 20 du Traité OHADA.


16. Art. 25 du Traité OHADA ; art. 27, 30 et 31 du Règlement d’arbitrage de la CCJA, tel que révisé
à Conakry (Guinée), le 23 novembre 2017.
17. Au 30 juin 2012, les statistiques faisaient état de ce que la CCJA, depuis son installation, avait été
saisie 1172 fois, qu’elle n’avait statué que sur 563 affaires dont 485 arrêts et 78 ordonnances. Il
en résultait que 51,96 % des affaires par rapport au nombre de saisines n’avaient pas encore été
tranchées.
18. F.M. Sawadogo, « Les 20 ans de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des
affaires (OHADA) : bilan et perspectives », in L. Cadiet (dir.), Droit et attractivité économique :
le cas de l’OHADA, actes du colloque international tenu le 20 juin 2013 à la Sorbonne (Paris),
coll. Bibliothèque de l’Institut de recherche juridique de la Sorbonne ‒ André Tunc, n° 48, Paris,
IRJS Éditions, 2013, p. 66.
19. Les chiffres au 30 juin 2012 relèvent que, depuis son installation, ce Centre n’a été saisi que
49 fois et n’a rendu que 3 sentences partielles, 15 ordonnance/sentences définitives ou complé-
mentaires. Pour le reste, on notait 10 affaires classées au titre de l’incompétence ou de suite à
donner, 4 désistements ou radiations, 2 retraits du registre et 18 arbitrages en cours.
20. Sans être exhaustif, voir P.G. Pougoué, « Le système d’arbitrage de la Cour commune de justice
et d’arbitrage », in Ph. Fouchard (dir.), L’OHADA et les perspectives de l’arbitrage en Afrique,
Bruxelles, Bruylant, 2000, pp. 130 et s. ; J. M’Bosso, « Le fonctionnement du centre d’arbitrage
CCJA et le déroulement de la procédure arbitrale », Revue camerounaise de l’arbitrage, octobre
2001, numéro spécial, pp. 42 et s. ; G. Kenfack Douajni, « L’arbitrage CCJA », Revue camerou-
naise de l’arbitrage, juillet-août-septembre 1999, n° 3 ; R. Bourdin, « Le Règlement d’arbitrage
de la Cour commune de justice et d’arbitrage », Revue camerounaise de l’arbitrage, avril-mai-juin
1999, n° 5, p. 10 ; J.I. Sayegh, « La fonction juridictionnelle de la Cour commune de justice et
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 59

déjà penchée sur la circulation des arrêts et sentences issus de l’activité de la CCJA,
cette contribution se propose de s’attarder essentiellement sur le sort des titres exé-
cutoires issus des pays membres.
L’exequatur, qui est « une autorisation judiciaire d’exécuter, accordée à un acte
juridictionnel ou gracieux de droit privé dépourvu de force exécutoire dans l’ordre
juridique du juge requis, en raison soit de son extranéité (jugement ou acte public
étranger […] soit de son origine non étatique (sentence arbitrale [...]) »21, condi-
tionne sa réception dans les pays requis. Ainsi, sont susceptibles d’exequatur « des
actes individuels, revêtant une certaine normativité liée à l’intervention d’une auto-
rité publique étrangère », tels que les actes juridictionnels contentieux ou gracieux,
mais aussi « les simples instruments publics reçus par une autorité exerçant une
compétence liée, non juridictionnelle », à l’exclusion des « diverses interventions
purement organiques d’une autorité publique » qui ne peuvent bénéficier d’exe-
quatur parce qu’insuffisamment normatifs22. Il convient alors de le distinguer de
la reconnaissance qui ne constitue pas notre centre d’intérêt. Le premier emporte
force exécutoire dans l’État requis alors que cette dernière vise simplement à
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admettre, que ce soit ou non à la suite d’une procédure spécifique, que les actes et
décisions en cause produisent des effets autres que ceux qui entraînent des mesures
d’exécution23. À titre d’illustration dans le droit OHADA, selon l’article 247 de
l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du
passif, « lorsqu’elles sont devenues irrévocables, les décisions d’ouverture et de
clôture des procédures collectives ainsi que celles qui règlent les contestations nées
de ces procédures et celles sur lesquelles les procédures collectives exercent une
influence juridique, prononcées dans le territoire d’un État partie ont autorité de la
chose jugée sur le territoire des autres États parties ». Si ces dernières bénéficient
de l’autorité de la chose jugée, leur exécution forcée est soumise à exequatur préa-
lable sur le territoire de l’État requis24.
Pourtant, lorsque l’intégration est poussée, la procédure d’exequatur est
soit supprimée, soit réduite à sa plus simple expression25. C’est l’évolution qu’a
connue l’espace européen. Même si elle vise d’abord l’intégration économique,

d’arbitrage de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires », [Link].


com, Ohadata D-02-16 ; J.-M. Tchakoua, « L’exécution des sentences arbitrales dans l’espace
OHADA : regard sur une construction inachevée à partir du cadre camerounais », RASJ, 2009,
vol. 6, n° 1, pp. 1-12 ; [Link]. Ekani, Liberté de saisir et exécution forcée dans l’espace Ohada,
Paris, L’Harmattan, 2015, pp. 72 et s.
21. H. Muir-Watt, « Exequatur », in D. Alland, S. Rials (dir.), Dictionnaire de la culture juridique,
Paris, PUF, 2003, p. 685.
22. Ibid.
23. G. Cornu, Vocabulaire juridique, 9e éd., mise à jour, Paris, PUF, 2011, p. 854.
24. Selon l’alinéa 3 de l’article 247 de cet Acte uniforme, « Nonobstant toute disposition du présent
article, les mesures d’exécution forcée requièrent l’exequatur ».
25. G. Ngoumtsa Anou, « L’exequatur en droit positif comparé : regard sur l’espace intégré OHADA
à la lumière de l’expérience européenne », in F. Ferrand, G. Ngoumtsa Anou (dir.), Comment
recouvrer efficacement les créances dans un espace régional : les expériences de l’Europe et de
l’OHADA, RD aff. int. 2012, n° 5, p. 588.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 60

force est de constater que « l’Union facilite l’accès à la justice, notamment par le
principe de la reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires et extrajudiciaires
en matière civile »26 et commerciale. C’est alors qu’on a assisté successivement à
la simplification des procédures intermédiaires27 et ensuite à la suppression de la
procédure d’exequatur dans cet espace, avec l’adoption notamment du Règlement
n° 805/2004 du Parlement européen et du Conseil du 21 avril 2004 portant créa-
tion d’un titre exécutoire européen pour les créances incontestées28. C’est sur cette
même lancée que l’Union européenne va procéder à l’allégement du recouvrement
des petites créances dans son espace tout autant qu’elle va instituer une injonction
de payer communautaire29. Cette volonté d’asseoir la libre circulation des déci-
sions est complétée par le Règlement (UE) n° 1215/2012 du 12 décembre 2012 dit
Bruxelles I bis30 qui a procédé à la refonte de Bruxelles I précité. Selon l’article 39
du nouveau texte, « une décision rendue dans un État membre et qui est devenue
exécutoire dans cet État jouit de la force exécutoire dans les autres États membres
sans qu’une déclaration constatant la force exécutoire soit nécessaire ».
Toutefois, si l’exequatur, en tant que procédure intermédiaire peut apparaître
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comme un obstacle à l’intégration judiciaire et à la célérité de la justice, il s’agit
surtout d’« un lieu de considération et de défense des droits individuels »31. Il est
en effet question de vérifier que les droits subjectifs et fondamentaux des parties au
procès ou à un acte juridique ont été respectés. À telle enseigne que la suppression
d’une telle instance doit s’accompagner de balises nécessaires à l’équilibre des
parties. On peut dès lors se poser la question de savoir s’il pourrait être intéres-
sant pour le droit OHADA de consacrer une avancée analogue à celle de l’Union
européenne. Dans l’affirmative, sous quelles conditions ? et quels aménagements
devraient être consentis ?
Il s’agit là d’un débat difficile à trancher, car il est bien connu que l’imperium
est l’une des prérogatives que les États ont du mal à partager, même quand il s’agit

26. Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), signé le 13 décembre 2007 et entré
en vigueur le 1er décembre 2009, art. 67, al. 4 (ex-art. 61 TCE ; ex-art. 29 TUE). Voir I. Barrière-
Brousse, « Le traité de Lisbonne et le droit international privé », JDI, 2020, pp. 3 et s., spéc. pp. 7
et s., cité par G. Ngoumtsa Anou, « L’exequatur en droit positif comparé : regard sur l’espace
intégré OHADA à la lumière de l’expérience européenne », op. cit.
27. Règlement n° 44/2001 du 22 décembre 2000, dit Bruxelles I, JOCE, n° 12, 16 janvier 2001, p. 1.
28. JOUE L 143, 30 avril 2004, p. 15.
29. Règlement (UE) n° 2015/2421 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2015 modi-
fiant le règlement (CE) n° 861/2007 instituant une procédure européenne de règlement des petits
litiges et le règlement (CE) n° 1896/2006 instituant une procédure européenne d’injonction de
payer, JOUE L 341, 24 décembre 2015.
30. Règlement (UE) n° 1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2012 concer-
nant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et
commerciale (refonte), JO L 351, 20 décembre 2012, pp. 1-32, modifié par le règlement (UE)
n° 542/2014 en ce qui concerne les règles à appliquer relatives à la Juridiction unifiée du brevet et
à la Cour de justice du Benelux, JO L 163, 29 mai 2014, pp. 1-4.
31. L. d’Avout, « L’exequatur en droit prospectif européen », in F. Ferrand, G. Ngoumtsa Anou
(dir.), Comment recouvrer efficacement les créances dans un espace régional : les expériences de
l’Europe et de l’OHADA, op. cit., p. 568.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 61

de servir des objectifs aussi nobles que ceux recherchés par l’OHADA. La dispa-
rition ou même la simplification de l’exequatur serait ainsi un « couteau à double
tranchant », diversement appréciée suivant les matières auxquelles elle s’applique,
selon qu’elle entame ou non les droits de la défense d’une part et selon qu’elle
consacre l’efficacité et l’efficience du recouvrement forcé d’autre part. Partant,
cette étude repose sur l’hypotèse qu’un encadrement pragmatique de la libre circu-
lation des titres exécutoires dans un espace intégré est gage de sécurité juridique et
d’une plus grande confiance entre les États.
Le sujet pose alors la question de la volonté politique des États membres de
l’OHADA de s’intégrer par la mise en place de mécanismes de confiance mutuelle.
En tout état de cause, un espace juridiquement intégré sera d’autant plus attractif
que l’investisseur aura l’assurance que les mécanismes permettant d’obtenir l’exé-
cution des obligations qui lui sont dues ne sont pas mis à mal par les frontières éta-
tiques. En ce sens, la suppression ou tout au moins la minimalisation de l’exequatur
est un avantage comparatif qui peut déterminer le foisonnement des investisseurs
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en cette période de concurrence des droits où la simplification et la libéralisation
sont les maîtres mots32. À une époque où l’on considère de plus en plus que le
droit à l’exécution est un droit fondamental de l’être humain33, parce que faisant
désormais partie des garanties d’un procès équitable, il serait malvenu d’ignorer la
persistance des barrières à la célérité des procédures d’exécution.
La question de l’exequatur permet de mettre au grand jour les avancées majeures
et les contradictions de l’OHADA. Dans l’esprit, on pourrait percevoir une certaine
contradiction entre sa finalité d’intégration et les velléités souverainistes des États.
En plus, comme le révèle l’analyse de la lettre des différents régimes de la circulation
des décisions et actes publics étrangers entre États membres de l’OHADA, la prévi-
sibilité, la simplicité, la lisibilité et la cohérence ne sont pas à l’ordre du jour. C’est en
cela que la problématique de l’exequatur interroge d’une part la sécurité juridique, à
savoir la cohérence du dispositif OHADA. D’autre part, cette complexité est suscep-
tible de créer en aval une insécurité judiciaire dans un espace du fait du cloisonne-
ment. Ces deux pans de la difficulté justifient le choix du vocable englobant.
Quoi qu’il en soit, la présente contribution interroge l’impact du maintien ou
de la suppression de l’exequatur dans un espace se voulant juridiquement intégré,
avec pour finalité ultime une intégration africaine pour un développement éco-
nomique. Il résulte de l’analyse du droit OHADA que la balkanisation des règles
nationales relatives à la circulation des titres exécutoires est un frein à la sécu-
rité juridique et à l’intégration (2.). D’où la nécessité, pour lever ces obstacles, de
mettre en place un régime commun minimal d’exequatur (3.).

32. M. Salah Matoussi, « La mise en concurrence des systèmes juridiques nationaux : réflexions sur
l’ambivalence des rapports du droit et de la mondialisation », RIDE, 2001, p. 265 ; M. Mohamed
Salah, « Droit économique et droit international privé : Présentation - Ouverture », RIDE, 2010,
p. 20.
33. CEDH, 19 mars 1997, Hornsby c. Grèce, n° 107/1995/613/701.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 62

2 LA BALKANISATION DE L’EXEQUATUR


DES DÉCISIONS NATIONALES, UN FREIN
À LA SÉCURITÉ JURIDIQUE ET À L’INTÉGRATION
DANS L’ESPACE OHADA
La circulation des jugements et actes publics étrangers dans l’espace OHADA est
balkanisée du fait de l’existence de freins matériels (2.1.), idéologiques et poli-
tiques franchissables (2.2.).

2.1 Les freins matériels : une prolifération préjudiciable


d’instruments sur la reconnaissance et l’exequatur
dans l’espace OHADA

Ces freins matériels sont, d’une part, une incohérence en ce qui concerne la circula-
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tion des sentences arbitrales et, d’autre part, une pluralité de textes applicables pour
ce qui est des jugements étrangers.

2.1.1 Une uniformisation peu cohérente de la circulation des sentences


arbitrales
Le régime juridique de la reconnaissance et de l’exequatur des sentences arbitrales
autres que celles rendues sous l’égide de la CCJA est déterminé par l’Acte uni-
forme révisé relatif au droit de l’arbitrage34. Selon son article 35, al. 1er, ce texte
tient lieu de loi sur l’arbitrage dans les États parties à l’OHADA. L’article 1er quant
à lui indique qu’il s’applique dans l’hypothèse de tout arbitrage dont le siège se
trouve sur le territoire d’un État membre. Il n’en irait autrement que lorsque les
parties à l’arbitrage, en vertu de leur liberté contractuelle, ont choisi une autre loi
pour régir leur arbitrage35. La considération de cet article et de l’article 34 fait res-
sortir un traitement dual de la reconnaissance et de l’exequatur des sentences arbi-
trales dans l’espace OHADA selon qu’elles sont rendues dans l’espace OHADA ou
qu’elles le sont sur le fondement de règles différentes de celles de l’Acte uniforme
relatif à l’arbitrage.
Concernant les sentences arbitrales rendues sur le territoire d’un État par-
tie à l’OHADA36, elles sont soumises à l’exequatur devant le juge compétent de
l’État requis37 qui peut rejeter la demande dans la seule hypothèse de la contrariété

34. Signé le 11 mars 1999 à Ouagadougou au Burkina Faso, JO OHADA, n° 8, 15 mai 1999, tel que
révisé à Conakry le 23 novembre 2017.
35. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme rela-
tif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », in Mélanges en l’honneur du Professeur Jean-Michel
Jacquet, Paris, LexisNexis, 2013, p. 492.
36. Dont le régime de la circulation est prévu par les articles 30 à 33 de l’Acte uniforme.
37. Art. 30 de l’Acte uniforme.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 63

manifeste de la sentence à une règle d’ordre public international38. Le législateur


opère donc le choix d’un ordre public minimaliste, considéré comme propice à la
libéralisation commerciale39. La question qui s’est posée et qui reste prégnante est
de savoir s’il s’agit de l’ordre public international étatique ou de l’ordre public inter-
national commun à l’ensemble des États parties40. La doctrine majoritaire répondait
qu’il s’agissait bien de la seconde option d’autant que, si la décision accordant
l’exequatur n’était susceptible d’aucun recours, celle le refusant n’était suscep-
tible de recours que devant la CCJA qui, en dernier ressort est garante de l’ordre
public régional de l’OHADA41. D’ailleurs, une interprétation littérale de l’ancien
article 31 amenait à pencher vers cette solution42. Ce qui amenait à conclure que le
législateur consacrait bien un ordre public communautaire OHADA43 signifiant que
« l’ordre juridique OHADA soit conçu comme un système du for, doté de règles
et de principes propres »44. La doctrine relevait cependant le risque de disparités
d’autant que le législateur ne donne pas de précision en la matière, ce qui est sus-
ceptible de conduire les juges étatiques à considérer leur ordre public interne45.
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Un auteur invite cependant à distinguer selon qu’il s’agit de l’ordre public pro-
cédural ou de l’ordre public de fond. L’ordre public procédural constitué des exi-
gences de l’article 9 de l’Acte uniforme renvoie sans ambages à celui de l’OHADA.
A contrario, lorsqu’il s’agit du fond de la sentence, il convient de procéder à une
analyse distributive d’autant que l’Acte uniforme admet, dans le champ de l’arbi-
trabilité, l’ensemble des matières dont les parties ont la libre disposition46. Ainsi,
lorsque le fond de l’affaire porte sur une matière ayant déjà fait l’objet d’un acte
uniforme, l’ordre public doit être apprécié en considération du droit OHADA, alors
que les matières hors du champ de l’OHADA ou qui n’ont pas encore fait l’objet
d’un acte uniforme seraient logiquement soumises à l’ordre public international

38. Art. 31, al. 4, de l’Acte uniforme.


39. G. Ngoumtsa Anou, Droit OHADA et conflits de lois, Paris, LGDJ-Lextenso, 2013, n° 231-232,
pp. 188-189.
40. Voir, à cet effet, G. Kenfack Douajni, Chr. Imhoos, « L’Acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage
dans le cadre du Traité OHADA », Revue camerounaise de l’arbitrage, avril-mai-juin 1999, n° 5,
pp. 3 et s., Ohadata D-08-79 ; T. Enaw, « The Enforcement of Arbitral Awards in Harmonized
Systems: Challenges in the Application of the OHADA Uniform Act on Arbitration », Caribbean
Commercial Law Workshop, July 23-25 ‒ Miami-USA, Ohadata D-17-21, p. 7.
41. Ph. Leboulanger, « L’arbitrage et l’harmonisation du droit en Afrique », Rev. arb., 1999, p. 567 ;
J.-P. Ancel, « Le contrôle de la sentence », in Ph. Fouchard (dir.), L’OHADA et les perspectives
de l’arbitrage en Afrique, op. cit., p. 191.
42. P. Meyer, OHADA. Droit de l’arbitrage, coll. Droit uniforme africain, Bruxelles, Bruylant, 2002,
pp. 238 et s.
43. G. Ngoumtsa Anou, Droit OHADA et conflits de lois, op. cit., n° 215, p. 180.
44. Ibid., n° 222, p. 183.
45. S.I. Bebohi Ebongo, « L’ordre public international des États parties à l’OHADA », Revue came-
rounaise de l’arbitrage, juillet-août-septembre 2006, n° 34, pp. 5 et 9, Ohadata-D-08-63, www.
[Link] ; G. Kenfack Douajni, Chr. Imhoos, « L’Acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage
dans le cadre du Traité OHADA », op. cit. ; T. Enaw, « The Enforcement of Arbitral Awards in
Harmonized Systems: Challenges in the Application of the OHADA Uniform Act on Arbitra-
tion », op. cit.
46. Art. 2, al. 1er.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 64

de l’État requis47, de sorte que l’ordre public spécifique de l’OHADA cohabite


avec l’ordre public international et l’ordre public interne à chaque État partie à
l’OHADA48.
La doctrine appelait de ses vœux l’intervention de la CCJA pour préciser le
contenu de la notion d’ordre public international des États49 en s’inspirant de la
théorie de l’ordre public transnational50. Il a alors été proposé que l’ordre public
« communautaire » renferme d’une part les matières harmonisées51 et d’autre part
les règles internationales reconnues allant dans le sens de la moralisation et de la
fluidité des affaires52. Cela emporterait une harmonisation respectueuse des parti-
cularités des droits nationaux53.
En tout état de cause, la configuration légale, qui a vu naître cette glose, n’est
plus la même avec les réformes du Règlement de procédure d’arbitrage CCJA, de
l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage et l’adoption de l’Acte uniforme relatif à la
médiation54. Si dans les anciens textes, le législateur parlait tantôt d’« ordre public
international », tantôt d’« ordre public des États signataires du Traité » ou encore
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d’« ordre public international des États parties »55, la formulation est désormais
uniforme. En effet, l’article 31 de l’AUA régissant la circulation des sentences
arbitrales ad hoc, l’article 30.5, paragraphe d), du Règlement de procédure pour
ce qui est des sentences arbitrales sous l’égide de la CCJA, et l’article 16, al. 5, de
l’Acte uniforme relatif à la médiation en ce qui concerne l’exequatur de l’accord de
médiation font uniformément référence à l’ordre public international. Ils rejoignent
ainsi la formulation retenue à l’article 25, paragraphe 4, du Traité. La suppression
de la référence aux États parties pourrait donc signifier que le législateur n’entend
plus consacrer de manière textuelle un ordre public « communautaire ». Bien plus,
cette nouvelle formulation uniforme fait penser qu’il laisse désormais toute latitude
au juge requis d’énoncer le contenu de l’ordre public international. La référence à
un ordre public « communautaire » devrait donc désormais reposer moins sur une
consécration textuelle, que sur l’existence d’un droit matériel uniforme. La crainte

47. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme
relatif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », op. cit., p. 495.
48. G. Ngoumtsa Anou, Droit OHADA et conflits de lois, op. cit., n° 240-243 pp. 195-199.
49. S.I. Bebohi Ebongo, « L’ordre public international des États parties à l’OHADA », op. cit., p. 4 ;
T. Enaw, « The Enforcement of Arbitral Awards in Harmonized Systems: Challenges in the Appli-
cation of the OHADA Uniform Act on Arbitration », op. cit., p. 7.
50. S.I. Bebohi Ebongo, « L’ordre public international des États parties à l’OHADA », op. cit.
51. Ph. Fouchard (dir.), L’OHADA et les perspectives de l’arbitrage en Afrique, op. cit., pp. 239-240.
52. S.I. Bebohi Ebongo, « L’ordre public international des États parties à l’OHADA », op. cit.,
pp. 9-10.
53. Ibid., p. 11.
54. Tous ces textes ont été adoptés à Conakry, le 23 novembre 2017. Conformément à l’art. 5 Traité
OHADA et aux dispositions finales des textes suscités, ils ont été publiés au Journal Officiel de
l’OHADA dans un délai de soixante (60) jours à compter de leur adoption, soit le 15 décembre
2017, ainsi qu’au Journal Officiel des États parties. Ils entreront en vigueur quatre-vingt-dix (90)
jours à compter de leur publication au Journal Officiel de l’OHADA, soit le 18 mars 2018.
55. G. Ngoumtsa Anou, Droit OHADA et conflits de lois, op. cit., n° 224, p. 183.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 65

des disparités quant au contenu de la notion d’ordre public international devant les
juridictions nationales, autrefois formulée par la doctrine, devient plus actuelle du
fait de cette nouvelle posture plus prudente du législateur.
Comme pour se rattraper, et dans sa logique de promotion de l’arbitrage, le
législateur institue désormais une reconnaissance et un exequatur « automatiques »
des sentences arbitrales56 et des accords de médiation57. S’inspirant sans doute du
droit administratif, il institue un silence-acceptation de l’exequatur à l’expiration
d’un délai de 15 jours imparti au juge requis. Si cette nouveauté mondiale peut
contraindre le juge à statuer à bref délai, elle suscite à sa simple lecture plusieurs
questions. Elle ignore d’une part la nécessité pour le juge de considérer le respect
de l’ordre public par la sentence ou l’accord de médiation dont l’exequatur est
demandé. D’autre part, elle ignore l’obligation faite au juge de motiver sa décision.
Elle semble par ailleurs ne pas avoir anticipé les difficultés liées à sa mise en œuvre
du fait de l’organisation administrative des juridictions dans les États parties.
Concernant les sentences arbitrales rendues sur le fondement des règles autres
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que celles de l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage, leur circulation est fixée par
l’article 34 de ce même texte. Selon cette disposition, « les sentences arbitrales
rendues sur le fondement de règles différentes de celles prévues par le présent Acte
uniforme, sont reconnues dans les États-parties, dans les conditions prévues par
les conventions internationales éventuellement applicables, et à défaut, dans les
mêmes conditions que celles prévues aux dispositions du présent Acte Uniforme ».
Le moins qu’on puisse dire est que l’application de cette disposition ne sera
pas sans poser de difficultés. En réalité, les sentences rendues sur le fondement
des règles différentes de celles de l’OHADA peuvent l’avoir été dans l’espace
OHADA ou en dehors. Selon un auteur, même si ces deux situations sont sus-
ceptibles de relever de l’article 34, il serait plus indiqué de soumettre la première
situation à l’article 1er, soit au régime des sentences arbitrales rendues dans l’es-
pace OHADA sans égard aux règles sur le fondement desquelles la sentence est
rendue58. Cela signifie que la situation actuelle est donc susceptible de créer un
conflit positif entre les articles 1er et 34 de l’Acte uniforme59. En réalité, il n’est pas
exclu que les sentences arbitrales rendues en dehors de l’espace OHADA le soient
sur le fondement des règles de l’Acte uniforme sur l’arbitrage ou d’autres règles.
Ce qui est propre, à l’inverse, à créer un conflit négatif entre les dispositions des
deux articles concernés.

56. Selon l’article 31, alinéa 5, de l’AUA, « La juridiction étatique, saisie d’une requête en exequatur,
statue dans un délai qui ne saurait excéder quinze jours à compter de sa saisine. Si, à l’expiration
de ce délai, la juridiction n’a pas rendu son ordonnance, l’exequatur est réputé avoir été accordé. »
57. Article 16, al. 6, de l’Acte uniforme relatif à la médiation : « À défaut de décision dans un délai de
quinze jours visé au quatrième alinéa du présent article, l’accord de médiation bénéficie automati-
quement de l’homologation ou de l’exequatur. »
58. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme
relatif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », op. cit., p. 499.
59. Pour les détails, ibid., pp. 498-499.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 66

Quoi qu’il en soit, au titre de conventions internationales, on pense principa-


lement à la Convention de New York du 10 juin 1958 pour la reconnaissance et
l’exécution des sentences arbitrales étrangères60. Cette convention a l’avantage,
outre d’harmoniser les conditions et procédures d’exequatur, d’interdire aux États
signataires de soumettre la reconnaissance et l’exequatur à des conditions sensible-
ment plus rigoureuses, ou à des frais de justice supérieurs à ceux exigés pour les
sentences nationales61.
Au plan sous-régional, la lecture combinée des articles 16 et 13 de l’Accord
de coopération judiciaire entre les États membres de la Communauté économique
et monétaire d’Afrique centrale du 18 janvier 200462 permet de comprendre que
l’exécution des sentences arbitrales provenant d’une partie contractante est soumise
à la loi nationale du juge requis. Les parties étant toutes membres de l’OHADA, il
aurait été plus simple, puisque cet Accord a été adopté après l’entrée en vigueur de
l’Acte uniforme sur l’arbitrage, de renvoyer expressément à ce dernier en ce qui
concerne les sentences arbitrales. Ce qui aurait évité de créer un niveau de législa-
tion contre-productif.
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Certains législateurs nationaux ont toutefois pu éviter cet écueil. Ainsi, la Loi
camerounaise n° 2003/009 du 10 juillet 2003 portant désignation des juridictions
compétentes visées à l’Acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage et fixant leur
mode de saisine est un complément à saluer d’autant que le droit OHADA n’a pas
vocation à réformer l’organisation interne des États. De même, la Loi n° 2007/001
du 19 avril 2007 instituant le juge du contentieux de l’exécution et fixant les
conditions de l’exécution au Cameroun des décisions judiciaires et actes publics
étrangers ainsi que les sentences arbitrales étrangères, renvoie aux conventions
internationales et aux dispositions de l’Acte uniforme sur l’arbitrage pour ce qui
est de l’exécution des sentences arbitrales63.
Quant aux sentences arbitrales rendues sur le fondement de règles différentes
de celles de l’OHADA et dont l’État membre requis n’est pas partie à une conven-
tion internationale, l’article 34 prévoit que leur circulation est soumise au régime
prévu par l’Acte uniforme, ce qui rentre en contradiction avec l’article 1er du même

60. Treize États de l’OHADA ont adhéré à cette convention. Il s’agit du Bénin, du Burkina Faso, du
Burundi, du Cameroun, de la République centrafricaine, des Comores, de la Côte d’Ivoire, du
Gabon, de la Guinée, du Mali, du Niger, de la République démocratique du Congo et du Sénégal,
voir : [Link]
(consulté le 12 décembre 2017).
61. Art. 3 de la Convention.
62. Cet accord concerne le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée
équatoriale et le Tchad, tous parties à l’OHADA.
63. Selon l’article 11 de cette loi, « les sentences arbitrales étrangères ont l’autorité de la chose jugée
et peuvent être reconnues et rendues exécutoires au Cameroun par le juge du contentieux de l’exé-
cution, dans les conditions prévues par les conventions internationales applicables, et à défaut,
dans les mêmes conditions que celles prévues par les dispositions de l’acte uniforme OHADA
relatif à l’arbitrage et la loi n° 2003/009 du 10 juillet 2003 désignant les juridictions compétentes
visées à l’acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage et fixant leur mode de saisine ».
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 67

texte64. Cette confusion brouille le régime de la circulation des sentences arbitrales


dans l’espace OHADA. Parfait Diédhiou suggère qu’il aurait simplement fallu
que le législateur distingue le cas des sentences rendues dans l’espace OHADA
en les soumettant au régime des articles 30 à 33, de celui où les sentences seraient
rendues en dehors de l’espace OHADA en les soumettant à l’article 3465. Si cette
analyse est pertinente, il nous semble pourtant qu’une autre lecture est possible.
Dans sa logique de promotion de l’attractivité de l’OHADA, le législateur pourrait
avoir voulu mettre en place, d’une part, un régime de circulation identique pour
les sentences rendues suivant l’Acte uniforme, qu’elles l’aient été sur le territoire
de l’OHADA ou en dehors, et, d’autre part, un régime spécifique à toutes celles
rendues suivant des règles de procédure autres que celles de l’OHADA, qu’elles
l’aient été dans un pays membre66 ou en dehors. Un tel choix serait justifié puisque
les sentences rendues en application de l’Acte uniforme bénéficient d’une pré-
somption de conformité à l’ordre public procédural fixé par l’article 9. En tout cas,
le législateur OHADA gagnerait à clarifier le critère de démarcation du régime des
articles 30 à 33 et celui de l’article 34, occasion qu’il a manquée lors de la récente
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réforme. Cela dit, la circulation des sentences arbitrales reste plus enviable dans
l’espace OHADA que celle des jugements et actes publics des États parties.

2.1.2 Une pluralité labyrinthique des textes régissant la circulation


des jugements et actes publics étrangers
Concernant les jugements rendus par les juridictions nationales des États parties à
l’OHADA et autres actes publics qui en sont issus, leur circulation obéit aux règles
de droit international privé dérivant soit des accords de coopération, soit des lois de
chaque État partie à l’OHADA.
Sur le plan multilatéral, il convient de mentionner la Convention générale
de coopération en matière de justice du 12 septembre 1962 liant les pays de
l’ex-Organisation commune africaine et malgache (OCAM)67. Il faut toutefois
relever que, du fait de son ancienneté, elle fixe des conditions d’exequatur plus
sévères que celles des pays ayant légiféré en la matière68. De plus, on a pu estimer
dans certains pays que cette convention était devenue désuète69 en raison de la

64. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme
relatif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », op. cit., p. 501.
65. Ibid.
66. Ces dernières, bien qu’elles soient rendues sur le territoire de l’État requis, sont considérées
comme « non nationales » puisqu’ayant été soumises à une loi étrangère.
67. Elle compte parmi ses membres, outre Madagascar et la Mauritanie, dix pays membres de l’OHADA
dont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon,
le Niger, le Sénégal et le Tchad.
68. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 27.
69. L. Idot, Note sous C. suprême de Côte d’Ivoire, 29 avril 1986, C. d’appel de Bouaké, 25 novembre
1987, C. suprême de Côte-d’Ivoire, 4 avril 1989, JDI 1989, pp. 530 et s. Cet auteur affirme, à la
page 545, que la Convention signée au sein de l’OCAM est tombée en désuétude, cité par P. Meyer,
« La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., note 54.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 68

disparition de l’OCAM en tant qu’institution, alors qu’elle continue de s’appli-


quer dans d’autres pays70.
On peut encore citer au même titre, la Convention de coopération en matière
judiciaire du 21 avril 1987 signée entre les pays de l’Accord de non-agression et
d’assistance en matière de défense (ANAD)71 ou encore la Convention de coopéra-
tion et d’entraide en matière de justice signée à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, le
20 février 1997, entre les États membres du Conseil de l’Entente72.
Sur le plan communautaire, les États parties à la CEMAC ont partiellement har-
monisé les conditions et la procédure de reconnaissance et d’exequatur des décisions
civiles, commerciales et gracieuses. L’article 39, alinéa 1er, de l’Accord sus-évoqué
offre la possibilité à tout autre État africain, d’y adhérer après l’acceptation unanime
des membres de la Communauté. L’article 14 pose cinq conditions permettant aux
décisions contentieuses et gracieuses rendues en matières civile et commerciale, par
une juridiction d’un État partie, d’avoir de plein droit autorité de la chose jugée sur
les territoires des pays concernés. L’exécution forcée des décisions exécutoires dans
l’État d’origine est sujette quant à elle, à exequatur dans les conditions prévues par la
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loi de l’État requis73. Le demandeur doit saisir par requête le président de la juridic-
tion compétente du lieu de l’exécution, compétent ratione materiae dont la décision
n’est susceptible que d’un recours en cassation74. Selon l’article 17, la requête à peine
d’irrecevabilité doit être accompagnée d’une expédition de la décision réunissant les
conditions nécessaires à l’authenticité : l’original de l’exploit de signification de la
décision ou de toute autre pièce en tenant lieu ; un certificat du greffe dont émane la
décision constatant l’absence de recours ; le cas échéant, une copie de la citation ou
de la convocation de la partie qui a fait défaut à l’instance, copie certifiée conforme
par le greffier de la juridiction qui a rendu la décision, et toutes pièces de nature à
établir que cette citation ou convocation l’a atteinte en temps utile.
L’impression qui se dégage de ce texte est que le législateur CEMAC unifor-
mise les conditions de la reconnaissance, ainsi que la procédure d’exequatur et
les voies de recours, mais laisse la charge à chaque État de fixer les modalités de
l’exequatur. En clair, ce texte ne parle que de l’autorité de la chose jugée pendant
que l’article 15 renvoie aux lois nationales pour ce qui est de l’exequatur. Peut-être
est-ce une rédaction maladroite, mais si la volonté du législateur avait été d’uni-
formiser le régime de l’exequatur, l’article 15 en aurait soit fixé des conditions, ou
simplement renvoyé à l’article 14. Cet instrument crée simplement une complexité
normative dont l’opportunité est à remettre en cause.

70. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », [Link]., n° 28.
71. Elle comprend le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Togo, tous membres de l’OHADA, et
la Mauritanie, non membre.
72. Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Togo, tous membres de l’OHADA en
sont les signataires.
73. Art. 15 de l’Accord.
74. Art. 16 de l’Accord.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 69

La reprise quasi textuelle de cet instrument communautaire par la loi camerou-


naise de 2007 précitée est de nature à faire penser que le législateur communautaire
a voulu uniformiser le régime de la reconnaissance et de l’exequatur entre les États
parties. Pourtant, il n’est pas exclu qu’une loi d’un État de la CEMAC soit plus
rigoureuse et n’en soit pas moins conforme à l’article 15 qui fait un renvoi explicite
aux lois nationales. Les conditions, la procédure, les pièces à fournir et la portée de
l’exequatur, telles que fixées par la loi camerounaise n° 2007/001 du 19 avril 2007
déjà citée, sont en tous points identiques aux dispositions de l’Accord de la CEMAC.
Sur le plan national, le législateur OHADA n’ayant rien prévu en matière
de circulation des titres exécutoires nationaux obtenus sur le fondement du droit
OHADA75, l’exequatur des décisions judiciaires et actes publics des États membres
obéit aux lois de chaque État pays. Certains d’entre eux ont adopté une approche
libérale alors que d’autres conservent une position classique en ce qui concerne
l’exequatur. Plus encore, certains États brillent par une absence de textes sur l’effi-
cacité des jugements étrangers76. C’est le cas de la Guinée-Bissau, de la Guinée
équatoriale, du Togo, du Niger, du Congo, du Tchad et de l’Union des Comores77.
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De sorte que « l’absence de législation et de jurisprudence publiée et connue rend
incertain et quasiment divinatoire le sort susceptible d’être réservé aux décisions
judiciaires étrangères dans ces pays »78.
Cette incohérence traduit certes une absence de rigueur dans l’harmonisation,
et repousse la création d’un espace judiciaire OHADA79, mais elle trouve davan-
tage ses ancrages dans des conceptions idéologiques et politiques souverainistes
qui entament la sécurité juridique et le processus d’intégration engagé.

2.2 Les freins idéologiques et politiques : une question


d’opportunité franchissable

L’absence d’uniformisation des conditions de la circulation des jugements et actes


publics étrangers est justifiée par une conception narcissique de la souveraineté.

2.2.1 Les raisons d’une réticence


Outre les raisons classiques du droit international privé justifiant une procédure
d’exequatur pour qu’une décision étrangère puisse être intégrée dans l’ordre juri-
dique interne de l’État requis, il existe des raisons intrinsèques au contexte de
l’OHADA.

75. B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », op. cit., p. 60 ; P. Meyer, « La
sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 5.
76. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 26.
77. A. de Saba, La protection du créancier dans le droit uniforme de recouvrement des créances de
l’OHADA, Thèse de doctorat, Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2016, p. 321, n° 330.
78. Ibid.
79. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 28.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 70

Les raisons classiques sont liées à l’autonomie et au cloisonnement des ordres


juridiques internes80, de sorte qu’une décision étrangère n’a à proprement parler
aucune force normative avant l’octroi de l’exequatur. De plus, chaque État ayant le
monopole de la contrainte sur son territoire, la suppression de cette instance serait
une sujétion de l’État requis à celui d’origine de la décision ou de l’acte à exécuter81.
Enfin, il est question de s’assurer que l’État requis n’accorde pas de valeur normative
à des décisions et actes étrangers contraires à l’ordre public international ou entachés
d’une fraude intolérable. Il s’agit de ce fait de vérifier qu’un acte qui violerait grave-
ment les droits d’une partie ne soit pas intégré dans l’ordre juridique interne82.
Concernant les raisons propres à l’espace OHADA, il convient de souligner,
entre autres, le principe de l’autonomie institutionnelle, la faible crédibilité des
systèmes judiciaires et le caractère expansif du droit OHADA.
Concernant le principe de l’autonomie institutionnelle et procédurale, il signi-
fie qu’en l’absence d’un corpus de règles processuelles propres, le droit OHADA,
pour les besoins de son application par les juridictions nationales, renvoie aux
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règles de procédure du droit national qui permettent sa mise en œuvre effective au
sein de chaque État partie83. Même si ce principe n’est pas formellement prévu par
le législateur, il peut être déduit de la jurisprudence de la CCJA84. Or, du fait de la
diversité des pratiques en matière procédurale, c’est l’édifice commun voulu qui
s’en trouve fragilisé puisque l’application du droit OHADA est laissée à la merci
des règles nationales85. Cela tranche avec l’objectif d’intégration et de sécurité
judiciaire visé par l’OHADA.
Outre cette autonomie, l’institution judiciaire des pays membres de l’OHADA
souffre d’un déficit criant de crédibilité dû notamment au phénomène de corrup-
tion, à l’engorgement des tribunaux, à la violation des droits de la défense, à la
faible compétence et l’inféodation des magistrats au pouvoir exécutif. Un tel cli-
mat est donc impropre à la confiance mutuelle86, à tel point que les pays ayant

80. M. Lopez de Tejada, La disparition de l’exequatur dans l’espace judiciaire européen, coll. Biblio-
thèque de droit privé, t. 546, Paris, LGDJ/Lextenso, 2013, pp. 25 et s.
81. Ibid., pp. 171 et s.
82. Ibid., pp. 235 et s.
83. B. Diallo, « Principe de l’autonomie institutionnelle et procédurale des États-parties face à l’ap-
plication des Actes uniformes du droit OHADA », Jurifis, octobre 2012, édition spéciale, n° 12,
p. 16 ; V.C. Ngono, « Réflexion sur l’espace judiciaire OHADA », Revue de l’ERSUMA. Droit des
affaires ‒ Pratique professionnelle, janvier 2016, n° 6, pp. 197 et s.
84. Dans l’affaire Rafiu Oyewemi, la CCJA déduit du silence de l’article 101 de l’Acte uniforme sur
le droit commercial dans la détermination de la juridiction compétente pour la résiliation du bail
commercial, un renvoi aux législations nationales : « Attendu que l’Acte uniforme sus-indiqué ne
précisant pas quelle est la juridiction compétente en la matière, il y a lieu de se référer à la législa-
tion interne de chaque État partie afin de déterminer la juridiction devant laquelle il faut introduire
la demande… », CCJA, arrêt n° 11/2004, 26 février 2004, Penant, avril-juin 2005, n° 851, note
B. Diallo, pp. 30 et s.
85. B. Diallo, « Principe de l’autonomie institutionnelle et procédurale des États-parties face à l’ap-
plication des Actes uniformes du droit OHADA », op. cit.
86. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 30.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 71

une gouvernance judiciaire plus crédible sont réticents à l’idée que les décisions
et actes en provenance des pays les plus corrompus puissent être soustraits à un
contrôle rigoureux.
Une autre raison spécifique au droit OHADA peut être son caractère expansif,
embrassant de ce fait les matières non commerciales et empiétant ainsi sur les
domaines relevant du droit interne des États. La doctrine ne manque d’ailleurs pas
de souligner les dangers liés à cette démesure87. Le cas spécifique de l’AUPSRVE
est significatif à cet égard à plus d’un titre. En effet, l’article 28 dispose que : « À
défaut d’exécution volontaire, tout créancier peut, quelle que soit la nature de sa
créance (nous soulignons), dans les conditions prévues par le présent Acte uni-
forme, contraindre son débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard ou
pratiquer une mesure conservatoire pour assurer la sauvegarde de ses droits. » De
plus, cet Acte uniforme abroge de manière radicale toutes les dispositions nationales
relatives aux voies d’exécution et à l’injonction de payer88. Il en résulte que, sur
le plan personnel, les voies d’exécution de l’OHADA sont applicables aux saisies
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concernant tant les non-commerçants que les commerçants, ou les professionnels
en général. De même, sur le plan matériel, ce texte régit les saisies tirant leur fon-
dement tant d’obligations civiles que d’obligations contractées dans le cadre d’une
activité professionnelle ou commerciale. Le constat, s’il en était encore besoin, est
que le domaine originel de l’OHADA est largement dépassé. Si cet état de fait n’a
pas d’incident pour l’exécution interne des décisions et actes domestiques, il en
est autrement d’une décision rendue sur le fond dans un domaine non uniformisé
par l’OHADA et dont l’exécution est requise dans un autre pays membre. En effet,
les matières portant notamment sur l’état des personnes et sur des condamnations
de nature pénale sont porteuses de considérations d’ordre public et de spécificités
locales, et le fait d’y déroger pourrait ne pas être tolérable. Ces hypothèses mises
de côté, des motifs solides permettent de militer pour une minimalisation des pro-
cédures intermédiaires à la mobilité intra-OHADA des jugements nationaux.

2.2.2 Les motifs militant pour la minimalisation de la procédure d’exequatur


L’une des raisons classiques de l’instauration d’un contentieux de l’exequatur
reposait sur le fait que l’État requis devait accorder la force exécutoire à une déci-
sion rendue sur le fondement d’un droit étranger, qui pourrait être différent, voire
contraire, au droit en vigueur dans l’État requis. Sur cet aspect, il convient de noter
que la tendance en droit international privé est à l’objectivation du procès en exe-
quatur puisque l’on ne cherche plus à vérifier la solution de droit substantiel rete-
nue, mais que l’on cherche plutôt à s’assurer que les actes en cause ont été élaborés

87. P.G. Pougoué, Y.R. Kalieu Elongo, Introduction critique à l’Organisation pour l’harmonisa-
tion en Afrique du droit des affaires, Yaoundé, Presses universitaires d’Afrique, 2008, p. 67 ;
J.I. Sayegh, « La fonction juridictionnelle de la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Orga-
nisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires », op. cit.
88. Art. 336.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 72

dans des conditions « de nature à générer des prévisions légitimes auprès de leurs
destinataires »89. Ainsi, les raisons ci-dessus évoquées relèvent d’une « conception
narcissique de l’ordre international »90 qui n’a plus totalement sa raison d’être dans
l’espace OHADA. Ce dernier peut donc s’appuyer sur l’argument d’un droit des
affaires uniforme pour avancer vers moins de rigidité quant à la circulation des
décisions rendues qui relèvent d’un droit en partage dans l’espace des 17 pays
membres91. Ainsi, sur le plan matériel, la loi du for et celle de l’État requis sont
identiques, de sorte qu’il n’y a pas, a priori, de conflit envisageable. L’absence
de règles communes à la circulation des décisions relevant des actes uniformes
OHADA a de ce fait été qualifiée de lacune grave92.
Concernant la question de l’ordre public, cet argument ne saurait totalement
résister au fait que, dans l’espace OHADA, l’ordre public international en matière de
droit économique est le même et est d’ailleurs garanti en dernier ressort par la CCJA.
De plus, la mise sur pied d’un régime simplifié et uniforme de la circulation
des décisions et actes publics étrangers dans l’espace OHADA contribuerait à
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réduire la complexité des procédures nationales, les délais et les coûts de l’exécu-
tion forcée, et participerait ainsi à la fois à la sécurité juridique, à l’effectivité et
même à l’efficience du droit OHADA. La situation actuelle résultant de la disparité
des régimes de circulation des titres exécutoires est de nature à installer des paradis
d’inexécution, en fragilisant par contrecoup l’AUPSRVE et l’édifice OHADA dans
son ensemble.
Pour terminer, il convient de noter que la finalité ultime de l’OHADA est de
créer un vaste marché dans le but de contribuer à l’intégration africaine. La poli-
tique des petits pas dans cette voie pourrait commencer par l’uniformisation, voire
la minimalisation, du régime de la circulation des décisions de justice dans l’espace
OHADA93. Cela contribuerait à conforter la notion d’espace qui remplace celle de
territoire en faisant reculer les frontières juridiques et matérielles. D’ailleurs, en
intégrant le Traité OHADA, les pays membres ont fait le choix de céder une part de
leur souveraineté en matière juridique et judiciaire94.
La mise en balance des craintes d’une libre circulation des titres exécutoires
et des motifs d’une avancée vers plus d’intégration et de sécurité juridique montre
bien que les premières ne sont pas dirimantes, de sorte qu’un processus de mini-
malisation des exigences d’exequatur serait un pas décisif vers la consolidation des
finalités de l’OHADA.

89. H. Muir-Watt, « Exequatur », op. cit., p. 686.


90. Ibid.
91. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 24.
92. Ibid.
93. B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », op. cit., p. 64.
94. Pour une vue contraire, voir S. Doumbé-Billé, « À propos de la nature de l’OHADA », in Mélanges
en l’honneur de Madjid Benchikh. Droit, Liberté, Paix, Développement, Paris, Pedone, 2011,
pp. 423-436.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 73

3 LA NÉCESSAIRE INSTITUTION D’UN RÉGIME


COMMUN MINIMAL DE L’EXEQUATUR DANS
L’ESPACE OHADA, GAGE DE SÉCURITÉ JURIDIQUE
ET D’INTÉGRATION
Trois options ou étapes s’offrent au législateur OHADA pour améliorer la circula-
tion des titres exécutoires dans l’espace OHADA. La première, qui n’emporte pas
de bouleversement majeur et qui s’inscrit dans la logique d’une meilleure cohésion
entre les objectifs de l’OHADA et des outils au service de ces derniers, est l’uni-
formisation du régime de la reconnaissance et de l’exequatur des décisions dans
l’espace OHADA95. Au minimum, le législateur pourrait modifier l’AUPSRVE aux
fins d’instituer un régime commun en ce qui concerne les conditions d’octroi et
de refus, ainsi que la procédure d’exequatur des décisions judiciaires dans l’es-
pace OHADA, comme il l’a déjà fait dans le cadre des sentences arbitrales et des
accords de médiation96. Pour cause, rien ne justifie une meilleure circulation de
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ces derniers que des jugements rendus par les juridictions étatiques97. Cette option
n’emporte pas de commentaire particulier puisque ce serait rétablir une cohésion
propice à la sécurité juridique et judiciaire et une meilleure intégration.
La deuxième option ou étape, plus complexe et qui demande une réflexion plus
poussée et une réelle volonté politique, est la suppression de l’exequatur entre les
pays membres de l’OHADA. Cette option emporte des risques énormes concernant
les droits fondamentaux des parties ainsi que la mise sur pied de procédures très
exigeantes et complexes. Elle n’est pas envisageable dans l’état actuel des sys-
tèmes judiciaires dans l’espace OHADA98.
Il reste alors une troisième option, médiane, qui consiste en une simplification
de la procédure d’exequatur par la mise en place d’une procédure rapide consacrant
une analyse a posteriori des conditions de l’exequatur. Cette option emporte les
faveurs de notre analyse, mais il convient d’en délimiter le domaine (3.1.) et de
fixer une procédure garante des intérêts en présence (3.2.).

3.1 Un domaine nécessairement restreint

La piste d’allégement de la procédure d’exequatur que nous proposons devra se


limiter aux décisions rendues dans les matières harmonisées, tout en excluant l’ar-
bitrage et la médiation.

95. En ce sens, voir P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit.,
n° 33.
96. Art. 16 de l’Acte uniforme relatif à la médiation.
97. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., no 28.
98. Dans le même sens, B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », op. cit.,
p. 65.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 74

3.1.1 Un domaine limité aux actes et décisions pris sur le fondement


du droit de l’OHADA
Le droit OHADA pourrait en ce sens s’inspirer des instruments européens, tout en
prenant en compte le contexte de la gouvernance judiciaire dans les pays membres.
Au nombre de ces instruments, le Règlement n° 805/2004 du 21 avril 2004 insti-
tuant un Titre exécutoire européen pour les créances incontestées peut être cité.
Ce dernier a pour vocation la suppression de la procédure d’exequatur pour des
décisions relatives à une créance incontestée, qui aura été certifiée dans l’État
d’origine comme Titre exécutoire européen99. Un titre certifié comme tel est dis-
pensé d’exequatur et est considéré comme ayant été rendu dans l’État requis. Le
créancier requérant peut alors recourir à l’une ou à l’autre procédure100. Il peut
également s’inspirer du Règlement Bruxelles I bis, qui supprime quant à lui la
procédure d’exequatur, consacrant ainsi la possibilité d’exécuter de plein droit une
décision étrangère sur le territoire d’un pays de la Communauté101. Le droit euro-
péen opte ainsi pour la mise en place d’un véritable espace judiciaire en consacrant
la libre circulation des jugements102. Il consacre donc une évolution de la procé-
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dure par rapport à Bruxelles I, de sorte que les conditions d’un refus de l’exequa-
tur ne sont désormais vérifiées qu’en cas de recours éventuel du débiteur pour
refus de reconnaissance ou d’exécution d’une décision103. Le Règlement Bruxelles
I bis s’applique ainsi aux matières civile et commerciale104. Il concerne, dans ces
matières, aussi bien les décisions, les transactions judiciaires, sans égard à la nature
de la juridiction dont ils émanent, que les actes authentiques105.
Sont exclues les matières fiscale, douanière et administrative, ainsi que la
responsabilité de l’État pour actes ou omissions commis dans l’exercice de la
puissance publique106. Sont également exclus l’état et la capacité des personnes
physiques ; les régimes matrimoniaux ou les régimes patrimoniaux liés aux rela-
tions ayant des effets comparables à ceux du mariage ; les faillites, concordats et
assimilés ; la sécurité sociale ; l’arbitrage ; les obligations alimentaires découlant
des relations de famille, de parenté, de mariage ou d’alliance ; les testaments et
les successions, y compris les obligations alimentaires du fait d’un décès107. Ces
exclusions sont justifiées soit parce que des textes spécifiques leur sont consacrés
en droit européen, soit du fait de la difficulté à classer nombre de ces domaines
dans certains droits européens108.

99. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », Répertoire de procédure civile, 2006 (actualisation :
février 2017), n° 4.
100. Ibid., n° 18.
101. D. Alexandre, A. Huet, « Compétence européenne, reconnaissance et exécution : matières civile
et commerciale », Répertoire de procédure civile, 2015 (actualisation : 2017), n° 332.
102. Ibid., n° 333.
103. Ibid. ; F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit., n° 5 ; art. 44 et s. du Règlement précité.
104. Art. 1er.
105. La portée de ces notions est précisée par les art. 2 et 3 du Règlement.
106. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit., n° 9 ; art. 1er, § 1, du Règlement.
107. Art. 1er, § 2, du Règlement.
108. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit.., n° 22 ; art. 1er, § 1, du Règlement.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 75

Pour le droit OHADA, il nous semble opportun de limiter la libre circula-


tion des titres exécutoires aux jugements contradictoires, rendus dans des matières
ayant déjà fait l’objet d’un acte uniforme, et devenus exécutoires dans l’État d’ori-
gine pour des créances liquides et exigibles. À la différence du droit européen, le
droit OHADA a l’avantage d’être uniforme, de sorte que la contrariété des déci-
sions à l’ordre public sur le fond est minimisée. Doivent aussi être concernés les
transactions judiciaires et actes authentiques portant sur une créance incontestée.
La créance est réputée non contestée dans l’hypothèse où elle a été expressément
reconnue par un débiteur ou lorsque celui-ci a eu recours à une transaction approu-
vée ou conclue devant un tribunal ou dans un acte authentique. Dans ces différents
cas, dans lesquels le débiteur aura expressément reconnu sa dette, la libre circula-
tion de tels titres nous paraît justifiée109.
Ces limitations visent à exclure de la libre circulation des décisions rendues à
l’issue de procédures violant gravement les droits d’une partie ou dans lesquelles
une partie n’a pas été en mesure de présenter ses prétentions.
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À la différence du droit européen, il convient de rejeter la notion de créance
réputée non contestée dans le cas des décisions rendues à la suite d’une injonction
de payer n’ayant pas donné lieu à opposition, ou en cas d’un jugement rendu par
défaut. En effet, des auteurs critiquent leur intégration d’autant que le silence et
l’inaction du débiteur sont interprétés contre lui comme ayant tacitement reconnu
sa dette, faute de l’avoir contestée alors qu’il en avait l’occasion110. Ces décisions
doivent rester soumises à un exequatur préalable dans l’État requis, d’autant que
l’état actuel du système judiciaire dans les pays membres de l’OHADA ne permet
pas de s’engager dans cette voie qui pourrait aboutir à sacrifier les droits de la
défense sur l’autel de la recherche d’efficacité. Le législateur OHADA pourrait
alors uniformiser les exigences de fond et de forme à remplir pour le contentieux
de l’exequatur de telles décisions et actes publics dans les États membres.
Concernant les affaires rendues sur des demandes portant à la fois sur le droit
économique de l’OHADA et sur une matière relevant du droit national, dans la
mesure où celles-ci sont séparables, leur circulation devrait obéir à deux régimes.
Le juge de l’État requis pourrait accorder force exécutoire par la procédure mini-
male à celles dont le fond porte sur le droit OHADA, alors que les demandes ne
relevant pas du droit OHADA ne feraient l’objet d’une exécution forcée qu’à l’is-
sue d’une attribution d’exequatur. Une telle séparation viserait à la fois à éviter une
expansion contre-productive du domaine de l’OHADA et à laisser le juge étatique
apprécier la conformité à l’ordre public international pour les matières relevant du
législateur national. Cela impliquerait donc une exclusion des sentences arbitrales
rendues hors du contrôle de la CCJA ainsi que des décisions tranchant des matières
ne relevant pas du droit des affaires OHADA.

109. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit.., n° 39.


110. Ibid.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 76

3.1.2 Une exclusion des sentences arbitrales, accords de médiations et


autres décisions rendues sur le fondement des règles non harmonisées
Même si l’arbitrage devient, dans le domaine des affaires, l’un des modes privilé-
giés de règlement des différends, il est clair que l’État, qui cède ainsi une parcelle
de ses prérogatives, n’entend pas donner un chèque en blanc à la justice privée.
Le droit de rendre justice n’est cédé que partiellement aux juges privés avec, en
dernier ressort, un droit de regard et de contrôle du juge étatique. La nécessité de
garantir le monopole de l’imperium à l’État oblige également ce dernier à s’assurer
que n’accéderont à l’exécution forcée que les décisions non contraires aux prin-
cipes cardinaux de la justice et à l’ordre public. Le droit français a franchi le pas
et les leçons que l’on peut en tirer de même que l’actualité en matière d’arbitrage
militent fortement pour le maintien d’un certain contrôle.
En effet, en droit comparé français, le décret n° 2011-48 du 13 janvier 2011
portant réforme de l’arbitrage a consacré la réduction a minima du contrôle du
juge judiciaire sur les sentences arbitrales. Cette réforme introduit ainsi deux inno-
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vations. Premièrement, l’appel formé contre une ordonnance d’exequatur n’est
plus suspensif d’exécution. Deuxièmement, la procédure d’exequatur n’est pas
contradictoire puisqu’introduite par simple requête. Il s’ensuit que le défendeur
n’a connaissance de l’exequatur qu’une fois que l’ordonnance lui a été signifiée111.
Concernant la première évolution du décret français, le législateur a voulu évi-
ter des recours dilatoires freinant la célérité recherchée de la procédure arbitrale et
de l’exécution des sentences. Le nouvel article 1526 du Code de procédure civile
français concerne ainsi tant les sentences arbitrales rendues en France qu’à l’étran-
ger. Il ne reste plus alors au défendeur qu’à saisir le premier président de la Cour
d’appel ou le conseiller de la mise en état, dans l’optique d’arrêter ou d’aménager
l’exécution de la sentence arbitrale. Une telle circonstance n’est envisageable que
si la sentence est « susceptible de léser gravement les droits des parties »112. Cette
situation est donc inquiétante d’autant que le juge de l’exequatur, au moment de
rendre sa décision, ne dispose pas d’éléments contradictoires, ne statuant que sur
la base des pièces fournies par le seul demandeur, ce qui est susceptible de mettre
en doute la qualité de l’ordonnance qu’il rendra et ainsi de laisser exécuter des
sentences potentiellement viciées.
Pour ce qui est de la seconde évolution, il convient de noter que la procédure
d’exequatur est non contradictoire113. Il est en effet admis que la procédure arbitrale
ayant été contradictoire, engager une autre procédure au fond rallongerait les délais.
Pourtant, il faut bien tenir compte de ce que la procédure d’exequatur vise à vérifier
la non-contrariété de la sentence arbitrale à l’ordre public international. Cette exi-

111. J.-P. Mignard, B. Huet, « Exequatur des sentences arbitrales : pour une procédure contradic-
toire », Gaz. Pal., septembre 2013, n° 249-250, p. 10.
112. Art. 1526, al. 2, du Code de procédure civile français.
113. Art. 1516, al. 2, du Code de procédure civile français.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 77

gence est fondamentale d’autant qu’elle renvoie à l’impossibilité de déroger à des


règles essentielles de la procédure ou la nécessité d’éviter toute fraude114. Une telle
situation devient là encore inquiétante lorsque l’on sait que la jurisprudence fran-
çaise n’admet le refus de l’exequatur qu’en cas de violation « flagrante, effective et
concrète » de l’ordre public international115.
Finalement, si la procédure d’exequatur est non contradictoire et si l’appel
interjeté n’a pas d’effet suspensif, il devient alors quasi impossible pour le juge
étatique de veiller à ce que des sentences non viciées ne soient pas exécutées. Ce
faisant, on place l’arbitre au même niveau que le juge étatique.
Sans véritables moyens d’empêcher l’exécution de telles sentences, il n’est
pas anecdotique de penser que, dans certaines situations, il pourrait être impossible
au justiciable qui a payé (spontanément ou par la contrainte) de rentrer en posses-
sion des sommes déjà versées dans l’hypothèse où la sentence exécutée aurait été
rendue à l’étranger. Des sommes pourraient ainsi être virées dans un pays pour
lequel on ne dispose pas d’assez de garanties permettant un retour des fonds. Pour
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certains, « si l’État ne peut plus effectivement contrôler la sentence arbitrale avant
qu’elle soit exécutée, alors l’imperium est transféré dans les mains de l’arbitre. Il
s’agit là d’un glissement non négligeable et d’un changement de paradigme par-
ticulièrement dangereux »116. Certains auteurs, tout en réfutant l’idée d’instaurer
le caractère suspensif de l’appel qui rallongerait la procédure par des procédures
dilatoires, proposent de rendre contradictoire la procédure d’exequatur devant le
juge d’instance. Ils suggèrent aussi d’encadrer ce contrôle en limitant l’office du
juge à la vérification de la conformité à l’ordre public de la sentence arbitrale, à
l’exclusion de toute vérification au fond117.
Cette mise en garde doit pouvoir inspirer l’OHADA dont la volonté d’attractivi-
té pousse au mimétisme avec le droit français. L’introduction de la réforme française
en droit OHADA n’est donc pas souhaitable. Elle ferait en effet plus de dégâts dans
l’espace OHADA qu’en France. En effet, les dangers créés par la suppression du
caractère suspensif de l’appel seraient exacerbés par le refus catégorique de la juris-
prudence de suspendre, dans cet espace, une exécution provisoire déjà entamée118.
Pourtant, en instaurant un « exequatur automatique » au bénéfice des sentences arbi-

114. J.-P. Mignard, B. Huet, « Exequatur des sentences arbitrales : pour une procédure contradic-
toire », op. cit., p. 11.
115. Cass. 1re civ., 4 juin 2008, n° 6-15320.
116. J.-P. Mignard, B. Huet, « Exequatur des sentences arbitrales : pour une procédure contradic-
toire », op. cit., p. 12.
117. Ibid.
118. Le célèbre arrêt Époux Karnib (CCJA, arrêt n° 002/2001, 11 octobre 2001), en interprétation
de l’art. 32 de l’AUPSRVE, refuse en effet d’accorder un sursis à l’exécution provisoire. Deux
autres arrêts viendront préciser que les défenses à exécution ayant simplement pour but d’empê-
cher qu’une exécution ne commence sont accueillies alors que celles visant à arrêter une exécu-
tion déjà entamée ne peuvent prospérer : CCJA, 19 juin 2003, Sehic Hollywood S.A. c. SGBC,
n° 012/2003, Ohadata J-04-104 ; CCJA, 19 juin 2003, Socom Sarl c. SGBC, n° 013/2003, Le
Juris Ohada, juillet-septembre 2003, n° 3/2003, p. 20.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 78

trales et les accords de médiation dans l’hypothèse du silence du juge de l’exequatur


au-delà du délai de 15 jours, le droit OHADA conduit inéluctablement aux craintes
ci-dessus évoquées119.
Pourtant, le milieu de l’arbitrage international est de plus en plus pointé du
doigt à cause de multiples conflits d’intérêts et autres irrégularités qui y ont cours120.
Il nous semble, par voie de conséquence, plus logique de maintenir l’exécution des
sentences arbitrales et accords de médiation dans l’espace OHADA à une exigence
d’exequatur, en y apportant nécessairement des améliorations comme celles suggé-
rées par la doctrine, et que nous avons adoptées précédemment.
Concernant les décisions et actes portant sur des matières civiles hors du
champ de l’OHADA, comme nous l’avons déjà souligné, outre le fait qu’elles sont
porteuses de spécificités locales parfois contradictoires notamment sur l’état des
personnes, il convient de maintenir leur subordination aux droits nationaux, pour
éviter toute démesure du droit OHADA.
Pour ce qui est des matières pénales, il faut souligner leur caractère sensible
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qui explique le maintien de la souveraineté des États membres. Mais l’on peut se
poser la question de savoir si, dans la perspective de combattre la criminalité éco-
nomique afin de réduire les « paradis pénaux », cette question ne pourrait pas être
abordée sous un jour nouveau en droit OHADA. Il serait alors possible d’envisager
la libre circulation des décisions prononçant des sanctions du fait des incrimina-
tions posées par le législateur OHADA et qui n’emportent pas une privation de
liberté. On pourrait également envisager l’élargissement des catégories normatives
dans l’espace OHADA avec l’intégration des outils de soft law dont l’ambition
serait d’aplanir de manière non intrusive les différences dans ces domaines. On
pourrait aussi mettre en place des mécanismes de coopération pour renforcer la
lutte contre les crimes économiques dans l’espace OHADA. En attendant une telle
avancée, l’article 5 du Traité OHADA permet au législateur communautaire de
fixer des incriminations pénales, mais laisse la compétence aux États parties pour
déterminer les sanctions. Sur la base de cette répartition des compétences, il est
clair que toute exécution de décisions liées à la criminalité économique doit être
soumise à exequatur dans l’État requis.
De l’ensemble de ces développements, il résulte qu’un aménagement scrupu-
leux du domaine de la libre circulation des titres exécutoires est nécessaire et doit
prendre en compte tant les enjeux de souveraineté que les exigences procédurales
garantissant les droits fondamentaux des parties.

119. Voir supra les développements sur cette question.


120. Une jurisprudence abondante est évocatrice des conflits d’intérêts dans l’arbitrage. Voir notam-
ment : Cass. 1re civ., 16 décembre 2015, n° de pourvoi 14-26.279, inédit, disponible en ligne :
[Link]
T000031652620&fastReqId=936205787&fastPos=1 (consulté le 13 décembre 2017) ; Cass.
1re civ., 18 décembre 2014, n° de pourvoi 14-11.085, publié au Bulletin, disponible en ligne :
[Link]
XT000029934460 (consulté le 13 décembre 2017).
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 79

3.2 Une procédure garante des droits fondamentaux des parties

La consécration de la liberté d’exécuter dans l’espace OHADA nécessite la mise en


place d’une procédure maîtrisée, de façon à permettre au créancier d’obtenir aisé-
ment la matérialisation de son dû, sans pour autant sacrifier les droits du débiteur.
De plus, cette avancée nécessite un regain de crédibilité de l’institution judiciaire.

3.2.1 Une inversion maîtrisée de la procédure


Le créancier muni d’une décision contradictoire, d’un acte authentique ou d’une
transaction judiciaire constatant une créance liquide et exigible, et devenue exécu-
toire dans le pays d’origine, pourrait demander la déclaration de sa force exécutoire
dans tous les pays de l’OHADA. Le législateur devrait instaurer une procédure
simplifiée non contradictoire. Le créancier saisirait alors le tribunal matérielle-
ment et territorialement compétent par requête, dans l’optique d’éviter des recours
fantaisistes. L’état actuel du système judiciaire ne permettant pas d’envisager
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une dispense totale d’exequatur des jugements nationaux121, il semblerait prudent
d’harmoniser et de réduire les motifs de refus de l’exequatur122. À la différence
de Bruxelles I bis, les décisions ne seraient pas directement exécutoires sur le ter-
ritoire requis123. Nous proposons donc une démarche s’inspirant de la législation
européenne antérieure (Bruxelles I), tout en l’adaptant au contexte africain.
Dans ces hypothèses, il convient d’inverser la procédure, de sorte que le juge
saisi dans l’État requis ne se penche pas a priori sur les motifs de refus de l’exequa-
tur. L’office du juge saisi n’ayant alors pour but ni de réviser la décision au fond, ni
de vérifier si le juge étranger qui a statué était compétent, encore moins s’il a appli-
qué la loi appropriée au litige124. Il devra se contenter de vérifier la régularité inter-
nationale de la décision au bénéfice de laquelle le créancier souhaite l’attribution
de la force exécutoire. Ce contrôle reste donc purement formel puisque les motifs
de refus de l’exequatur ne seront examinés que si le débiteur forme un recours
contre la décision déclarant le jugement exécutoire. La juridiction requise statuant
à bref délai sans que l’autre partie soit entendue, la décision déclarant le jugement
exécutoire devra obligatoirement être notifiée avant le début de l’exécution forcée,
à l’effet d’en permettre la contestation125. La contestation aura pour objet soit de
dénoncer l’absence de notification, soit d’attaquer la décision du juge requis accor-
dant force exécutoire. Un tel recours donne lieu à une procédure contradictoire

121. B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », op. cit., p. 65.
122. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 33.
123. L’OHADA devrait s’inspirer de Bruxelles I qui maintenait une procédure intermédiaire allégée
et inversée.
124. Cela se justifierait d’autant plus que le droit en question au fond de l’affaire se limiterait au droit
des affaires en partage à l’ensemble des États parties à l’OHADA. Voir art. 52 du Règlement
Bruxelles I bis.
125. Il conviendra pour cela de réhabiliter dans leur plénitude les moyens permettant de suspendre
l’exécution des jugements dans l’espace OHADA.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 80

au cours de laquelle sera examiné l’ensemble des motifs pouvant justifier le refus
de l’exequatur126. En droit français, le recours contre la décision ayant octroyé la
force exécutoire est porté devant la cour d’appel, alors que les décisions rejetant la
requête sont portées devant le tribunal de grande instance. Il conviendra, en vertu
de l’autonomie institutionnelle, de laisser toute latitude à chaque État pour fixer la
juridiction compétente, en lui impartissant toutefois un délai pour désigner cette
autorité. Mais, quelle que soit l’organisation retenue dans chaque État, il est indis-
pensable que le dispositif de recours puisse préserver le principe du double degré
de juridiction, la CCJA devant être compétente pour les pourvois en cassation.
Le demandeur devra produire devant le juge requis une expédition de la déci-
sion réunissant les conditions nécessaires à son authenticité et tout autre document
de la juridiction de l’État d’origine attestant que la décision a été rendue à l’issue
d’une procédure contradictoire, qu’elle a été signifiée au débiteur et qu’elle est
devenue exécutoire127.
Dans le but de minimiser les coûts de l’exécution forcée et d’éviter une discri-
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mination entre les parties, il est souhaitable, d’interdire dans le cadre de la circula-
tion des titres exécutoires, l’exigence dans l’État requis de toute caution ou dépôt
lié à la qualité d’étranger ou à l’origine de la décision128. De même, le juge saisi du
recours devra surseoir à statuer tant qu’il n’est pas prouvé que la partie défende-
resse a été notifiée.
Le principe de la confiance mutuelle sur lequel s’adosse cette procédure sim-
plifiée devra cependant être tempéré dans l’optique de prendre en compte des inté-
rêts supérieurs. Ainsi, les articles 45, 46 et suivants du Règlement Bruxelles I bis
permettent de refuser la reconnaissance et l’exécution en cas de violation manifeste
de l’ordre public international de l’État requis, de violation des droits de la défense,
d’incompatibilité de la décision avec une décision rendue entre les mêmes parties
sur le même objet et la même cause, que ce soit dans l’État requis, un État membre
de la communauté ou même un État tiers129.
De même, il doit être reconnu au débiteur la possibilité de demander à la juri-
diction compétente de l’État requis de refuser la reconnaissance ou l’exécution
d’une décision. Ce dernier pourra également solliciter la limitation aux mesures
conservatoires, la constitution d’une sûreté par le créancier ou la suspension de
l’exécution130. Il importera de mettre en place des garanties minimales en termes
de respect des droits fondamentaux des parties au procès, de transparence judi-
ciaire, des procédés fiables de signification ou de notification des différents actes
de procédure, d’information des parties sur les recours qui leur sont ouverts, les

126. Voir les art. 45, 46, 48 et 49 du Règlement Bruxelles I bis.


127. Ces exigences sont inspirées des art. 42, 43 et 53 et s. du Règlement Bruxelles I bis ; F. Ferrand,
« Titre exécutoire européen », op. cit., n° 83.
128. Voir pour le droit européen, ibid., n° 86 ; art. 41 du Règlement Bruxelles I bis.
129. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit., n° 80.
130. Art. 44 du Règlement Bruxelles I bis.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 81

juridictions compétentes et des délais raisonnables pour intenter des recours131.


Quoiqu’il advienne, une amélioration de la fiabilité des systèmes judiciaires natio-
naux est incontournable.

3.2.2 Un accompagnement de la fiabilisation du système judiciaire


Le dispositif OHADA ne saurait acquérir du crédit sans un minimum d’harmoni-
sation des procédures judiciaires. En effet, seule une faible proportion des affaires
fait l’objet d’un pourvoi devant la CCJA, ce qui fait par conséquent des juridictions
nationales « l’épine dorsale »132 de la mise en œuvre du droit OHADA. Ainsi, « le
principe de l’autonomie procédurale des États parties ne sert pas toujours l’efficaci-
té, la lisibilité et la crédibilité tant recherchées par l’OHADA »133. Plusieurs mesures
sont ainsi envisageables pour asseoir une meilleure application du droit OHADA.
Premièrement, la doctrine propose de créer une juridiction spécialisée, sur le
modèle des tribunaux de commerce, qui serait chargée de l’application du droit
OHADA134. Son avantage serait de disposer de juges formés et rompus à la tâche,
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ainsi que des professionnels au fait de la gestion concrète des affaires.
Deuxièmement, il devient urgent de se doter d’une justice compétente, indé-
pendante, impartiale et efficace au niveau des États, en vue de susciter la confiance
des investisseurs135 et, en même temps, de susciter une confiance mutuelle entre
les États membres. Celle-ci repose impérativement sur la consolidation de la cré-
dibilité et de la qualité de la justice dans chacun des États136. Pour ce faire, outre
la continuation des programmes financés par des bailleurs multilatéraux137, le rôle
de formation de l’École régionale supérieure de la magistrature de l’OHADA
(ERSUMA), il convient de s’attaquer à l’épineuse question de la corruption et aux
dysfonctionnements judiciaires. En effet, la confiance mutuelle est plombée par les
records peu honorables que les systèmes judiciaires de nombre de pays membres
de l’OHADA affichent, si l’on considère l’indice de perception de la corruption de
Transparency International138. Comme l’a déjà relevé la doctrine, la lutte contre la
corruption, qui est une des conditions essentielles de la réussite de l’OHADA139,
doit être intensifiée.

131. Concernant les possibilités de demande de suspension et de refus d’exécution d’une décision


étrangère par le défendeur, voir les art. 43, 2. et 44 à 51 du Règlement Bruxelles I bis.
132. J. Kamga, « Réflexions “concrètes” sur les aspects judiciaires de l’attractivité économique du
système juridique de l’OHADA », Ohadata D-12-85.
133. Ibid.
134. F. Anoukaha, « L’OHADA en marche », Ohadata D-04-36.
135. J. Kamga, « Réflexions “concrètes” sur les aspects judiciaires de l’attractivité économique du
système juridique de l’OHADA », op. cit.
136. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 30 et 34.
137. Voir notamment le Programme d’appui au secteur de la justice, financé par l’Union européenne.
138. Pour le classement de 2016, voir : [Link]
ceptions_index_2016 (consulté le 12 décembre 2017).
139. Th. Vogl, « La lutte contre la corruption : condition essentielle pour la réussite de l’OHADA »,
Penant, avril-juin 2009, n° 867, pp. 206-214.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 82

Troisièmement, il convient de réduire les disparités entre les procédures judi-


ciaires dans l’espace OHADA, d’autant que « dans un espace juridique intégré doté
d’un droit substantiel commun, le principe de la cohérence commande qu’il y ait un
minimum de règles de procédures communes »140 sans lesquelles le droit matériel
pourrait rester lettre morte. Il est souhaitable, dans le respect de la souveraineté des
États et dans le but de préserver l’autonomie procédurale, tout en recherchant une
meilleure lisibilité et efficacité procédurale, d’adopter des principes généraux du pro-
cès141, notamment sous la forme de loi-modèle ou de recommandation. Un tel instru-
ment permettrait le rapprochement des exigences liées à l’accès au juge, à la durée
raisonnable d’un procès, au régime d’administration de la preuve, au mode d’instruc-
tion de l’instance, au régime des notifications et aux voies de recours devant le juge du
fond142 entre autres. Si ces mécanismes ne s’imposent pas avec la même contrainte que
les actes uniformes, ils bénéficient d’une contrainte morale indiscutable. On pourrait
même instaurer, comme dans l’espace européen, la possibilité pour les États, qui ont
intégré dans leur ordre interne ces principes, de refuser de simplifier l’attribution de
la force exécutoire aux décisions émanant de pays ne les ayant pas pris en compte143.
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Quatrièmement, il semble important d’envisager une harmonisation des règles
du droit international privé144. Cela permettrait entre autres, comme l’a suggéré la
doctrine, d’édicter des règles de compétence internationale directe se substituant aux
règles de compétence judiciaire des États parties145. De plus, il conviendrait de fixer
la compétence territoriale en fonction de la juridiction la mieux à même de statuer,
tout en évacuant des considérations souverainistes146. Dans le même ordre d’idées, un
tel outil devrait supprimer des règles instituant des fors exorbitants ou encore des fors
concurrents147. Cela contribuerait largement à réduire et progressivement à supprimer
les conditions de fond de l’exequatur tout en harmonisant celles liées à l’ordre public
procédural148. C’est dans cette voie que s’est lancée l’Organisation pour l’harmonisa-
tion du droit des affaires dans la Caraïbe (OHADAC). Si cette dernière opte comme
l’OHADA pour l’harmonisation du droit au service de l’intégration économique, il
ne lui a pas échappé que l’aplanissement des conflits de lois et de juridictions partici-
perait de cette dynamique. C’est ainsi que cette organisation a mis en place un avant-
projet de Loi modèle relative au droit international privé149 qui pourrait à certains
égards inspirer l’OHADA.

140. J. Kamga, « Réflexions “concrètes” sur les aspects judiciaires de l’attractivité économique du
système juridique de l’OHADA », op. cit.
141. Ibid.
142. Ibid.
143. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit., n° 62.
144. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 32 et 34.
145. Ibid., n° 31.
146. Ibid., n° 32.
147. Ibid.
148. Ibid., n° 33.
149. Voir : [Link]
[Link]?lang=fr (consulté le 12 décembre 2017).
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 83

Il s’agit là de tant d’options ou d’étapes qui peuvent accompagner de manière


progressive, la mise sur pied d’un titre exécutoire OHADA, passant par une pro-
cédure de certification150 que le législateur devra fixer. Sur la base de ce rappro-
chement permettant la création d’un « espace judiciaire OHADA »151, il est permis
d’espérer obtenir l’institution d’un climat de confiance mutuelle entre les juridic-
tions étatiques et une meilleure circulation des titres exécutoires.

4 CONCLUSION
Il résulte de cette étude critique, comparative et prospective que la libre circulation
des titres exécutoires est un gage de sécurité juridique et judiciaire. Elle participe
de la confiance mutuelle, vecteur d’une véritable intégration régionale attractive
pour les investissements.
Pourtant, l’analyse de l’OHADA fait émerger le constat que, malgré les raisons
militant pour une telle avancée résultant tant de l’arsenal juridique actuel que des
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finalités de l’OHADA, la situation reste à améliorer. La subordination de la circula-
tion des décisions et actes publics étrangers aux conventions internationales et aux
droits nationaux laisse place à un régime à l’issue incertaine. La pluralité des textes
et leur balkanisation plombent l’efficacité intra-OHADA des décisions et fait de
l’émergence d’un marché commun et de l’intégration africaine des horizons loin-
tains. La présente réflexion s’est proposée d’esquisser les fondations de ce chan-
tier dont l’ampleur n’est pas négligeable. Elle propose des fondements et quelques
modalités de mise sur pied d’un régime commun simplifié d’exequatur garantissant
l’équilibre des droits des parties à l’exécution forcée. Il pourrait s’agir d’un premier
pas à l’édification d’un droit international privé commun de l’OHADA dont la
nécessité se fait ressentir.

SUMMARY: INTEGRATION, EXEQUATUR, AND JUDICIAL


SECURITY IN THE OHADA SPACE. A LOOK AT THE
CURRENT SITUATION AND THE PROSPECTS OF
A CONTRASTING DEVELOPMENT
The status of judgments delivered by the Common Court of Justice and Arbitration
(CCJA) and awards of arbitration under its auspices have been perceived by jurists
as the Christmas star ushering in a new era. However, an assessment of the present
context reveals that the system of circulation of national enforceable acts in the
OHADA (Organisation for the Harmonization of Business Law in Africa) space

150. En ce sens, M.P. Hounsa, Les actes juridiques privés exécutoires. Droit français/Droit OHADA,
Thèse de doctorat, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Paris, 2015, p. 115.
151. Ibid.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 84

goes against the goals of integration and legal and judicial security. The system high-
lights sovereigntist trends and inconsistencies that hinder the objectives of OHADA.
The author hypothesizes that a pragmatic framework for the free circulation of
enforceable acts in an integrated area would be a guarantee of legal security and
greater confidence between states. Conscious of the fact that the abolition of exe-
quatur has ambivalent effects, he proposes ways for a controlled streamlining of
intermediate procedures that balances the interests of the parties. This would be a
decisive step toward securing the business climate and the creation of a common
market, thereby contributing to African unity, these all being the underlying goals
of OHADA.

Mots clés : OHADA, exécution forcée, exequatur, jugements étrangers, circulation


des titres exécutoires nationaux, sécurité juridique et judiciaire, intégration

Keywords: OHADA, forceful enforcement, exequatur, foreign judgements, circu-


lation of national enforceable acts, legal and judicial security, integration
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