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Résumé : Le statut des arrêts de la Cour commune de justice et d’arbitrage
(CCJA) et des sentences arbitrales rendues sous son égide a été perçu par les
juristes comme l’étoile de Noël annonçant une ère nouvelle. Pourtant, le bilan à ce
jour montre que le régime de la circulation des titres exécutoires nationaux dans
l’espace OHADA va à l’encontre des finalités d’intégration et de sécurité juridique
et judiciaire visées. Il trahit, d’une part, des relents souverainistes et, d’autre part
des incohérences diverses qui freinent les objectifs de l’OHADA.
L’hypothèse de l’auteur est qu’un encadrement pragmatique de la libre circulation
des titres exécutoires dans un espace intégré serait un gage de sécurité juridique et
d’une plus grande confiance entre les États. Conscient de ce que la suppression de
l’exequatur a des effets ambivalents, il propose des pistes pour une minimalisation
maîtrisée des procédures intermédiaires, prenant en compte l’équilibre des intérêts
des parties. Il s’agirait d’un pas décisif vers la sécurisation du climat des affaires
et la création d’un marché commun contribuant à l’unité africaine, finalités sou-
vent occultées de l’OHADA.
1 Introduction
2 La balkanisation de l’exequatur des décisions nationales, un frein à la sécurité juridique
et à l’intégration dans l’espace OHADA
2.1 Les freins matériels : une prolifération préjudiciable d’instruments sur la recon-
naissance et l’exequatur dans l’espace OHADA
2.1.1 Une uniformisation peu cohérente de la circulation des sentences arbitrales
2.1.2 Une pluralité labyrinthique des textes régissant la circulation
des jugements et actes publics étrangers
1 INTRODUCTION
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La sécurité juridique repose sur des exigences d’ordre matériel et temporel. Les
premières font référence à la qualité de la loi, à savoir son accessibilité, sa clarté et
son efficacité. Quant aux secondes, elles renvoient à la prévisibilité et à la stabilité
de l’environnement juridique et judiciaire.
C’est en considération de ce que la sécurité juridique est une exigence néces-
saire au développement des activités économiques2 que l’OHADA a été créée, dans
l’optique de remédier à la vétusté et à la balkanisation des lois héritées de la colo-
nisation et de celles édictées après les indépendances. Le législateur OHADA s’est
ainsi attelé à la mise en place d’un espace juridique intégré, devant stimuler les
investissements domestiques et attirer les investisseurs étrangers grâce à ses avan-
tages comparatifs. Cette volonté se traduit par l’élaboration de règles matérielles
unifiées dans le domaine du droit des affaires3, et par la « mise en œuvre de procé-
dures judiciaires appropriées »4.
Mais force est de noter que le justiciable ne peut se satisfaire d’un droit maté-
riel clair, simple et adapté à la situation des économies. En réalité, « la règle de droit
n’a de sens que respectée, le droit subjectif n’a d’existence qu’à travers l’effectivité
dont bénéficie son titulaire »5, laquelle est principalement satisfaite au moyen de
l’exécution forcée, d’autant que l’homme moderne « se résigne mal à ce que le
2. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », Penant, avril-juin 2006,
n° 855, pp. 151 et s., n° 1, Ohadata D-06-50, [Link].
3. Article 2 du Traité du 17 octobre 1993 relatif à l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, tel
que révisé à Québec le 17 octobre 2008, définit le domaine du droit OHADA. À ce jour, dix actes
uniformes ont été adoptés. Pour les détails, voir : [Link].
4. Article 1er du Traité du 17 octobre 1993 relatif à l’harmonisation du droit des affaires en Afrique, tel
que révisé à Québec le 17 octobre 2008.
5. M.-A. Frison-Roche, « L’impartialité du juge », D. 1999, chron. p. 53.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 57
droit qui lui a été reconnu ne trouve pas concrétisation dans les faits »6. En clair,
« l’exécution participe de la sécurité juridique »7. C’est ce qui a justifié l’adoption
de l’AUPSRVE8, dont l’objectif est d’unifier le droit matériel des voies d’exécution
par l’instauration d’un dispositif de procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution plus efficaces.
De plus, même si cela n’est pas suffisamment souligné, cet arsenal de mesures
vise à terme à participer à la création d’un vaste marché dans l’optique d’asseoir
une meilleure intégration au service de l’économie et de l’unité africaines9. Une
telle vision pouvait augurer d’une libre circulation des titres par l’effet d’un rela-
tif effacement des frontières. Du moins, telle pouvait être l’attente légitime des
justiciables dans cet espace intégré10. Seulement, il convient de noter que, même
si l’article 33 de l’AUPSRVE reconnaît la qualité de titre exécutoire aux actes et
décisions juridictionnelles étrangers, ce texte ne précise pas la signification de la
notion d’extranéité dans le cadre de l’exécution forcée dans l’espace OHADA11.
Ainsi, le législateur ne prévoit pas de règles spécifiques à la circulation des déci-
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sions rendues en application des actes uniformes12. Pourtant, certains créanciers
peuvent avoir intérêt à saisir des biens du débiteur situés dans un pays autre que
celui dans lequel ils ont obtenu le titre exécutoire13. En effet, l’hypermobilité des
acteurs économiques par le biais des délocalisations des entreprises, l’ouverture de
nouvelles filiales et le flux de capitaux, la circulation des biens et services à travers
les frontières, du fait notamment des technologies de l’information et de la com-
munication et des nouveaux moyens de crédit et de transport des devises14, sont
6. R. Perrot, Ph. Théry, Les procédures civiles d’exécution, Paris, Dalloz, 2000, p. 1.
7. P.G. Pougoué, F. Teppi Koloko, La saisie attribution des créances OHADA, coll. Vade-mecum,
Yaoundé, PUA, 2005, p. 7.
8. Acte uniforme du 10 avril 1998 portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement
et des voies d’exécution, JO OHADA, n° 6, 1er juin 1998, pp. 1 et s., désigné « AUPSRVE ».
9. Voir les deux premiers considérants du préambule du Traité relatif à l’harmonisation du droit des
affaires en Afrique, signé à Port-Louis (Île Maurice) le 17 octobre 1993, tel que modifié à Québec
le 10 octobre 2013, désigné « Traité OHADA ».
10. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 24.
11. La question peut en effet se poser de savoir, dans cet espace intégré, ce qu’il est convenu de
désigner par « décisions et actes publics étrangers ». Cette extranéité doit-elle être conçue du seul
point de vue national ou alors l’espace OHADA doit-il être considéré comme un tout, de sorte
que l’extranéité s’analyse selon qu’un pays est ou non membre de l’OHADA ? Voir A.D. Wandji
Kamga, Le droit à l’exécution forcée. Réflexion à partir des systèmes juridiques camerounais et
français, Thèse de doctorat, Universités de Yaoundé 2 et de Limoges, 2009, p. 32.
12. B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », Revue Lamy droit civ.,
décembre 2016, supplément n° 143, p. 60 ; P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans
l’espace OHADA », op. cit., n° 25.
13. Il est possible que l’assiette des biens d’un débiteur situés dans le pays où le titre exécutoire a été
obtenu ne soit pas suffisante pour désintéresser le créancier. De même, un débiteur peut ne pas
avoir de biens saisissables dans un pays donné, mais en avoir dans d’autres.
14. Il suffit d’un transfert de fonds d’un pays à un autre, d’une banque à une autre, pour que le débi-
teur, par un seul clic de son banquier, puisse organiser son insolvabilité. L’assiette de la saisie s’en
trouve ainsi considérablement diminuée, voire anéantie, au grand dam du créancier. La libre cir-
culation des actes, décisions judiciaires et sentences arbitrales permettrait certainement de réduire
ce risque.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 58
des évolutions qui auraient pu inspirer une adaptation corrélative des techniques
de recouvrement forcé. Sans cette prise en compte, il devient facile d’assister à des
« transferts de fonds à la cloche de bois ». L’absence de moyens de recouvrement
« mobiles » au bénéfice des créanciers peut alors faciliter l’apparition des « paradis
d’inexécution », entamant en même temps l’efficacité de ce droit. D’où l’intérêt de
la libre circulation des décisions et autres titres.
Le législateur OHADA n’a toutefois pas totalement ignoré cet enjeu. C’est ainsi
qu’il a accordé un statut particulier aux arrêts de la CCJA qui bénéficient de l’auto-
rité de la chose jugée et sont exécutoires dans l’ensemble des États parties sans qu’il
soit besoin de recourir à une démarche d’exequatur15 devant le juge étatique. De
même, les sentences arbitrales rendues sous l’égide de cette juridiction bénéficient
d’un exequatur « communautaire »16. Mais ce « commencement » d’intégration
judiciaire et de libre circulation des décisions de justice est mis à mal à certains
égards par un choix politique fait par le législateur, celui de l’autonomie institu-
tionnelle des États membres dans le domaine judiciaire. En outre, s’il s’agit d’une
avancée majeure, il reste que les arrêts de la CCJA ne constituent qu’une petite par-
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tie du contentieux résultant de l’OHADA17. Pire encore, il s’avère que les nombreux
espoirs placés dans l’activité arbitrale de cette juridiction laissent place à un climat
de méfiance, voire de suspicion18, d’autant que son Centre d’arbitrage est quasiment
évité19. A contrario, le contentieux issu de l’application des actes uniformes devant
les juridictions nationales est abondant. Il en résulte que l’interprétation et la mise
en œuvre du droit OHADA reposent essentiellement sur l’activité de ces dernières,
dont les décisions circulent difficilement en raison des exigences d’exequatur lon-
gues et fastidieuses. Pour ces raisons, et parce qu’une très abondante doctrine20 s’est
déjà penchée sur la circulation des arrêts et sentences issus de l’activité de la CCJA,
cette contribution se propose de s’attarder essentiellement sur le sort des titres exé-
cutoires issus des pays membres.
L’exequatur, qui est « une autorisation judiciaire d’exécuter, accordée à un acte
juridictionnel ou gracieux de droit privé dépourvu de force exécutoire dans l’ordre
juridique du juge requis, en raison soit de son extranéité (jugement ou acte public
étranger […] soit de son origine non étatique (sentence arbitrale [...]) »21, condi-
tionne sa réception dans les pays requis. Ainsi, sont susceptibles d’exequatur « des
actes individuels, revêtant une certaine normativité liée à l’intervention d’une auto-
rité publique étrangère », tels que les actes juridictionnels contentieux ou gracieux,
mais aussi « les simples instruments publics reçus par une autorité exerçant une
compétence liée, non juridictionnelle », à l’exclusion des « diverses interventions
purement organiques d’une autorité publique » qui ne peuvent bénéficier d’exe-
quatur parce qu’insuffisamment normatifs22. Il convient alors de le distinguer de
la reconnaissance qui ne constitue pas notre centre d’intérêt. Le premier emporte
force exécutoire dans l’État requis alors que cette dernière vise simplement à
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admettre, que ce soit ou non à la suite d’une procédure spécifique, que les actes et
décisions en cause produisent des effets autres que ceux qui entraînent des mesures
d’exécution23. À titre d’illustration dans le droit OHADA, selon l’article 247 de
l’Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d’apurement du
passif, « lorsqu’elles sont devenues irrévocables, les décisions d’ouverture et de
clôture des procédures collectives ainsi que celles qui règlent les contestations nées
de ces procédures et celles sur lesquelles les procédures collectives exercent une
influence juridique, prononcées dans le territoire d’un État partie ont autorité de la
chose jugée sur le territoire des autres États parties ». Si ces dernières bénéficient
de l’autorité de la chose jugée, leur exécution forcée est soumise à exequatur préa-
lable sur le territoire de l’État requis24.
Pourtant, lorsque l’intégration est poussée, la procédure d’exequatur est
soit supprimée, soit réduite à sa plus simple expression25. C’est l’évolution qu’a
connue l’espace européen. Même si elle vise d’abord l’intégration économique,
force est de constater que « l’Union facilite l’accès à la justice, notamment par le
principe de la reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires et extrajudiciaires
en matière civile »26 et commerciale. C’est alors qu’on a assisté successivement à
la simplification des procédures intermédiaires27 et ensuite à la suppression de la
procédure d’exequatur dans cet espace, avec l’adoption notamment du Règlement
n° 805/2004 du Parlement européen et du Conseil du 21 avril 2004 portant créa-
tion d’un titre exécutoire européen pour les créances incontestées28. C’est sur cette
même lancée que l’Union européenne va procéder à l’allégement du recouvrement
des petites créances dans son espace tout autant qu’elle va instituer une injonction
de payer communautaire29. Cette volonté d’asseoir la libre circulation des déci-
sions est complétée par le Règlement (UE) n° 1215/2012 du 12 décembre 2012 dit
Bruxelles I bis30 qui a procédé à la refonte de Bruxelles I précité. Selon l’article 39
du nouveau texte, « une décision rendue dans un État membre et qui est devenue
exécutoire dans cet État jouit de la force exécutoire dans les autres États membres
sans qu’une déclaration constatant la force exécutoire soit nécessaire ».
Toutefois, si l’exequatur, en tant que procédure intermédiaire peut apparaître
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comme un obstacle à l’intégration judiciaire et à la célérité de la justice, il s’agit
surtout d’« un lieu de considération et de défense des droits individuels »31. Il est
en effet question de vérifier que les droits subjectifs et fondamentaux des parties au
procès ou à un acte juridique ont été respectés. À telle enseigne que la suppression
d’une telle instance doit s’accompagner de balises nécessaires à l’équilibre des
parties. On peut dès lors se poser la question de savoir s’il pourrait être intéres-
sant pour le droit OHADA de consacrer une avancée analogue à celle de l’Union
européenne. Dans l’affirmative, sous quelles conditions ? et quels aménagements
devraient être consentis ?
Il s’agit là d’un débat difficile à trancher, car il est bien connu que l’imperium
est l’une des prérogatives que les États ont du mal à partager, même quand il s’agit
26. Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), signé le 13 décembre 2007 et entré
en vigueur le 1er décembre 2009, art. 67, al. 4 (ex-art. 61 TCE ; ex-art. 29 TUE). Voir I. Barrière-
Brousse, « Le traité de Lisbonne et le droit international privé », JDI, 2020, pp. 3 et s., spéc. pp. 7
et s., cité par G. Ngoumtsa Anou, « L’exequatur en droit positif comparé : regard sur l’espace
intégré OHADA à la lumière de l’expérience européenne », op. cit.
27. Règlement n° 44/2001 du 22 décembre 2000, dit Bruxelles I, JOCE, n° 12, 16 janvier 2001, p. 1.
28. JOUE L 143, 30 avril 2004, p. 15.
29. Règlement (UE) n° 2015/2421 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2015 modi-
fiant le règlement (CE) n° 861/2007 instituant une procédure européenne de règlement des petits
litiges et le règlement (CE) n° 1896/2006 instituant une procédure européenne d’injonction de
payer, JOUE L 341, 24 décembre 2015.
30. Règlement (UE) n° 1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2012 concer-
nant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et
commerciale (refonte), JO L 351, 20 décembre 2012, pp. 1-32, modifié par le règlement (UE)
n° 542/2014 en ce qui concerne les règles à appliquer relatives à la Juridiction unifiée du brevet et
à la Cour de justice du Benelux, JO L 163, 29 mai 2014, pp. 1-4.
31. L. d’Avout, « L’exequatur en droit prospectif européen », in F. Ferrand, G. Ngoumtsa Anou
(dir.), Comment recouvrer efficacement les créances dans un espace régional : les expériences de
l’Europe et de l’OHADA, op. cit., p. 568.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 61
de servir des objectifs aussi nobles que ceux recherchés par l’OHADA. La dispa-
rition ou même la simplification de l’exequatur serait ainsi un « couteau à double
tranchant », diversement appréciée suivant les matières auxquelles elle s’applique,
selon qu’elle entame ou non les droits de la défense d’une part et selon qu’elle
consacre l’efficacité et l’efficience du recouvrement forcé d’autre part. Partant,
cette étude repose sur l’hypotèse qu’un encadrement pragmatique de la libre circu-
lation des titres exécutoires dans un espace intégré est gage de sécurité juridique et
d’une plus grande confiance entre les États.
Le sujet pose alors la question de la volonté politique des États membres de
l’OHADA de s’intégrer par la mise en place de mécanismes de confiance mutuelle.
En tout état de cause, un espace juridiquement intégré sera d’autant plus attractif
que l’investisseur aura l’assurance que les mécanismes permettant d’obtenir l’exé-
cution des obligations qui lui sont dues ne sont pas mis à mal par les frontières éta-
tiques. En ce sens, la suppression ou tout au moins la minimalisation de l’exequatur
est un avantage comparatif qui peut déterminer le foisonnement des investisseurs
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en cette période de concurrence des droits où la simplification et la libéralisation
sont les maîtres mots32. À une époque où l’on considère de plus en plus que le
droit à l’exécution est un droit fondamental de l’être humain33, parce que faisant
désormais partie des garanties d’un procès équitable, il serait malvenu d’ignorer la
persistance des barrières à la célérité des procédures d’exécution.
La question de l’exequatur permet de mettre au grand jour les avancées majeures
et les contradictions de l’OHADA. Dans l’esprit, on pourrait percevoir une certaine
contradiction entre sa finalité d’intégration et les velléités souverainistes des États.
En plus, comme le révèle l’analyse de la lettre des différents régimes de la circulation
des décisions et actes publics étrangers entre États membres de l’OHADA, la prévi-
sibilité, la simplicité, la lisibilité et la cohérence ne sont pas à l’ordre du jour. C’est en
cela que la problématique de l’exequatur interroge d’une part la sécurité juridique, à
savoir la cohérence du dispositif OHADA. D’autre part, cette complexité est suscep-
tible de créer en aval une insécurité judiciaire dans un espace du fait du cloisonne-
ment. Ces deux pans de la difficulté justifient le choix du vocable englobant.
Quoi qu’il en soit, la présente contribution interroge l’impact du maintien ou
de la suppression de l’exequatur dans un espace se voulant juridiquement intégré,
avec pour finalité ultime une intégration africaine pour un développement éco-
nomique. Il résulte de l’analyse du droit OHADA que la balkanisation des règles
nationales relatives à la circulation des titres exécutoires est un frein à la sécu-
rité juridique et à l’intégration (2.). D’où la nécessité, pour lever ces obstacles, de
mettre en place un régime commun minimal d’exequatur (3.).
32. M. Salah Matoussi, « La mise en concurrence des systèmes juridiques nationaux : réflexions sur
l’ambivalence des rapports du droit et de la mondialisation », RIDE, 2001, p. 265 ; M. Mohamed
Salah, « Droit économique et droit international privé : Présentation - Ouverture », RIDE, 2010,
p. 20.
33. CEDH, 19 mars 1997, Hornsby c. Grèce, n° 107/1995/613/701.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 62
Ces freins matériels sont, d’une part, une incohérence en ce qui concerne la circula-
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tion des sentences arbitrales et, d’autre part, une pluralité de textes applicables pour
ce qui est des jugements étrangers.
34. Signé le 11 mars 1999 à Ouagadougou au Burkina Faso, JO OHADA, n° 8, 15 mai 1999, tel que
révisé à Conakry le 23 novembre 2017.
35. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme rela-
tif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », in Mélanges en l’honneur du Professeur Jean-Michel
Jacquet, Paris, LexisNexis, 2013, p. 492.
36. Dont le régime de la circulation est prévu par les articles 30 à 33 de l’Acte uniforme.
37. Art. 30 de l’Acte uniforme.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 63
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Un auteur invite cependant à distinguer selon qu’il s’agit de l’ordre public pro-
cédural ou de l’ordre public de fond. L’ordre public procédural constitué des exi-
gences de l’article 9 de l’Acte uniforme renvoie sans ambages à celui de l’OHADA.
A contrario, lorsqu’il s’agit du fond de la sentence, il convient de procéder à une
analyse distributive d’autant que l’Acte uniforme admet, dans le champ de l’arbi-
trabilité, l’ensemble des matières dont les parties ont la libre disposition46. Ainsi,
lorsque le fond de l’affaire porte sur une matière ayant déjà fait l’objet d’un acte
uniforme, l’ordre public doit être apprécié en considération du droit OHADA, alors
que les matières hors du champ de l’OHADA ou qui n’ont pas encore fait l’objet
d’un acte uniforme seraient logiquement soumises à l’ordre public international
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d’« ordre public international des États parties »55, la formulation est désormais
uniforme. En effet, l’article 31 de l’AUA régissant la circulation des sentences
arbitrales ad hoc, l’article 30.5, paragraphe d), du Règlement de procédure pour
ce qui est des sentences arbitrales sous l’égide de la CCJA, et l’article 16, al. 5, de
l’Acte uniforme relatif à la médiation en ce qui concerne l’exequatur de l’accord de
médiation font uniformément référence à l’ordre public international. Ils rejoignent
ainsi la formulation retenue à l’article 25, paragraphe 4, du Traité. La suppression
de la référence aux États parties pourrait donc signifier que le législateur n’entend
plus consacrer de manière textuelle un ordre public « communautaire ». Bien plus,
cette nouvelle formulation uniforme fait penser qu’il laisse désormais toute latitude
au juge requis d’énoncer le contenu de l’ordre public international. La référence à
un ordre public « communautaire » devrait donc désormais reposer moins sur une
consécration textuelle, que sur l’existence d’un droit matériel uniforme. La crainte
47. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme
relatif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », op. cit., p. 495.
48. G. Ngoumtsa Anou, Droit OHADA et conflits de lois, op. cit., n° 240-243 pp. 195-199.
49. S.I. Bebohi Ebongo, « L’ordre public international des États parties à l’OHADA », op. cit., p. 4 ;
T. Enaw, « The Enforcement of Arbitral Awards in Harmonized Systems: Challenges in the Appli-
cation of the OHADA Uniform Act on Arbitration », op. cit., p. 7.
50. S.I. Bebohi Ebongo, « L’ordre public international des États parties à l’OHADA », op. cit.
51. Ph. Fouchard (dir.), L’OHADA et les perspectives de l’arbitrage en Afrique, op. cit., pp. 239-240.
52. S.I. Bebohi Ebongo, « L’ordre public international des États parties à l’OHADA », op. cit.,
pp. 9-10.
53. Ibid., p. 11.
54. Tous ces textes ont été adoptés à Conakry, le 23 novembre 2017. Conformément à l’art. 5 Traité
OHADA et aux dispositions finales des textes suscités, ils ont été publiés au Journal Officiel de
l’OHADA dans un délai de soixante (60) jours à compter de leur adoption, soit le 15 décembre
2017, ainsi qu’au Journal Officiel des États parties. Ils entreront en vigueur quatre-vingt-dix (90)
jours à compter de leur publication au Journal Officiel de l’OHADA, soit le 18 mars 2018.
55. G. Ngoumtsa Anou, Droit OHADA et conflits de lois, op. cit., n° 224, p. 183.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 65
des disparités quant au contenu de la notion d’ordre public international devant les
juridictions nationales, autrefois formulée par la doctrine, devient plus actuelle du
fait de cette nouvelle posture plus prudente du législateur.
Comme pour se rattraper, et dans sa logique de promotion de l’arbitrage, le
législateur institue désormais une reconnaissance et un exequatur « automatiques »
des sentences arbitrales56 et des accords de médiation57. S’inspirant sans doute du
droit administratif, il institue un silence-acceptation de l’exequatur à l’expiration
d’un délai de 15 jours imparti au juge requis. Si cette nouveauté mondiale peut
contraindre le juge à statuer à bref délai, elle suscite à sa simple lecture plusieurs
questions. Elle ignore d’une part la nécessité pour le juge de considérer le respect
de l’ordre public par la sentence ou l’accord de médiation dont l’exequatur est
demandé. D’autre part, elle ignore l’obligation faite au juge de motiver sa décision.
Elle semble par ailleurs ne pas avoir anticipé les difficultés liées à sa mise en œuvre
du fait de l’organisation administrative des juridictions dans les États parties.
Concernant les sentences arbitrales rendues sur le fondement des règles autres
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que celles de l’Acte uniforme relatif à l’arbitrage, leur circulation est fixée par
l’article 34 de ce même texte. Selon cette disposition, « les sentences arbitrales
rendues sur le fondement de règles différentes de celles prévues par le présent Acte
uniforme, sont reconnues dans les États-parties, dans les conditions prévues par
les conventions internationales éventuellement applicables, et à défaut, dans les
mêmes conditions que celles prévues aux dispositions du présent Acte Uniforme ».
Le moins qu’on puisse dire est que l’application de cette disposition ne sera
pas sans poser de difficultés. En réalité, les sentences rendues sur le fondement
des règles différentes de celles de l’OHADA peuvent l’avoir été dans l’espace
OHADA ou en dehors. Selon un auteur, même si ces deux situations sont sus-
ceptibles de relever de l’article 34, il serait plus indiqué de soumettre la première
situation à l’article 1er, soit au régime des sentences arbitrales rendues dans l’es-
pace OHADA sans égard aux règles sur le fondement desquelles la sentence est
rendue58. Cela signifie que la situation actuelle est donc susceptible de créer un
conflit positif entre les articles 1er et 34 de l’Acte uniforme59. En réalité, il n’est pas
exclu que les sentences arbitrales rendues en dehors de l’espace OHADA le soient
sur le fondement des règles de l’Acte uniforme sur l’arbitrage ou d’autres règles.
Ce qui est propre, à l’inverse, à créer un conflit négatif entre les dispositions des
deux articles concernés.
56. Selon l’article 31, alinéa 5, de l’AUA, « La juridiction étatique, saisie d’une requête en exequatur,
statue dans un délai qui ne saurait excéder quinze jours à compter de sa saisine. Si, à l’expiration
de ce délai, la juridiction n’a pas rendu son ordonnance, l’exequatur est réputé avoir été accordé. »
57. Article 16, al. 6, de l’Acte uniforme relatif à la médiation : « À défaut de décision dans un délai de
quinze jours visé au quatrième alinéa du présent article, l’accord de médiation bénéficie automati-
quement de l’homologation ou de l’exequatur. »
58. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme
relatif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », op. cit., p. 499.
59. Pour les détails, ibid., pp. 498-499.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 66
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Certains législateurs nationaux ont toutefois pu éviter cet écueil. Ainsi, la Loi
camerounaise n° 2003/009 du 10 juillet 2003 portant désignation des juridictions
compétentes visées à l’Acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage et fixant leur
mode de saisine est un complément à saluer d’autant que le droit OHADA n’a pas
vocation à réformer l’organisation interne des États. De même, la Loi n° 2007/001
du 19 avril 2007 instituant le juge du contentieux de l’exécution et fixant les
conditions de l’exécution au Cameroun des décisions judiciaires et actes publics
étrangers ainsi que les sentences arbitrales étrangères, renvoie aux conventions
internationales et aux dispositions de l’Acte uniforme sur l’arbitrage pour ce qui
est de l’exécution des sentences arbitrales63.
Quant aux sentences arbitrales rendues sur le fondement de règles différentes
de celles de l’OHADA et dont l’État membre requis n’est pas partie à une conven-
tion internationale, l’article 34 prévoit que leur circulation est soumise au régime
prévu par l’Acte uniforme, ce qui rentre en contradiction avec l’article 1er du même
60. Treize États de l’OHADA ont adhéré à cette convention. Il s’agit du Bénin, du Burkina Faso, du
Burundi, du Cameroun, de la République centrafricaine, des Comores, de la Côte d’Ivoire, du
Gabon, de la Guinée, du Mali, du Niger, de la République démocratique du Congo et du Sénégal,
voir : [Link]
(consulté le 12 décembre 2017).
61. Art. 3 de la Convention.
62. Cet accord concerne le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée
équatoriale et le Tchad, tous parties à l’OHADA.
63. Selon l’article 11 de cette loi, « les sentences arbitrales étrangères ont l’autorité de la chose jugée
et peuvent être reconnues et rendues exécutoires au Cameroun par le juge du contentieux de l’exé-
cution, dans les conditions prévues par les conventions internationales applicables, et à défaut,
dans les mêmes conditions que celles prévues par les dispositions de l’acte uniforme OHADA
relatif à l’arbitrage et la loi n° 2003/009 du 10 juillet 2003 désignant les juridictions compétentes
visées à l’acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage et fixant leur mode de saisine ».
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 67
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réforme. Cela dit, la circulation des sentences arbitrales reste plus enviable dans
l’espace OHADA que celle des jugements et actes publics des États parties.
64. P. Diédhiou, « La reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales dans l’Acte uniforme
relatif au droit de l’arbitrage de l’OHADA », op. cit., p. 501.
65. Ibid.
66. Ces dernières, bien qu’elles soient rendues sur le territoire de l’État requis, sont considérées
comme « non nationales » puisqu’ayant été soumises à une loi étrangère.
67. Elle compte parmi ses membres, outre Madagascar et la Mauritanie, dix pays membres de l’OHADA
dont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon,
le Niger, le Sénégal et le Tchad.
68. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 27.
69. L. Idot, Note sous C. suprême de Côte d’Ivoire, 29 avril 1986, C. d’appel de Bouaké, 25 novembre
1987, C. suprême de Côte-d’Ivoire, 4 avril 1989, JDI 1989, pp. 530 et s. Cet auteur affirme, à la
page 545, que la Convention signée au sein de l’OCAM est tombée en désuétude, cité par P. Meyer,
« La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., note 54.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 68
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loi de l’État requis73. Le demandeur doit saisir par requête le président de la juridic-
tion compétente du lieu de l’exécution, compétent ratione materiae dont la décision
n’est susceptible que d’un recours en cassation74. Selon l’article 17, la requête à peine
d’irrecevabilité doit être accompagnée d’une expédition de la décision réunissant les
conditions nécessaires à l’authenticité : l’original de l’exploit de signification de la
décision ou de toute autre pièce en tenant lieu ; un certificat du greffe dont émane la
décision constatant l’absence de recours ; le cas échéant, une copie de la citation ou
de la convocation de la partie qui a fait défaut à l’instance, copie certifiée conforme
par le greffier de la juridiction qui a rendu la décision, et toutes pièces de nature à
établir que cette citation ou convocation l’a atteinte en temps utile.
L’impression qui se dégage de ce texte est que le législateur CEMAC unifor-
mise les conditions de la reconnaissance, ainsi que la procédure d’exequatur et
les voies de recours, mais laisse la charge à chaque État de fixer les modalités de
l’exequatur. En clair, ce texte ne parle que de l’autorité de la chose jugée pendant
que l’article 15 renvoie aux lois nationales pour ce qui est de l’exequatur. Peut-être
est-ce une rédaction maladroite, mais si la volonté du législateur avait été d’uni-
formiser le régime de l’exequatur, l’article 15 en aurait soit fixé des conditions, ou
simplement renvoyé à l’article 14. Cet instrument crée simplement une complexité
normative dont l’opportunité est à remettre en cause.
70. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », [Link]., n° 28.
71. Elle comprend le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Togo, tous membres de l’OHADA, et
la Mauritanie, non membre.
72. Le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Togo, tous membres de l’OHADA en
sont les signataires.
73. Art. 15 de l’Accord.
74. Art. 16 de l’Accord.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 69
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De sorte que « l’absence de législation et de jurisprudence publiée et connue rend
incertain et quasiment divinatoire le sort susceptible d’être réservé aux décisions
judiciaires étrangères dans ces pays »78.
Cette incohérence traduit certes une absence de rigueur dans l’harmonisation,
et repousse la création d’un espace judiciaire OHADA79, mais elle trouve davan-
tage ses ancrages dans des conceptions idéologiques et politiques souverainistes
qui entament la sécurité juridique et le processus d’intégration engagé.
75. B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », op. cit., p. 60 ; P. Meyer, « La
sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 5.
76. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 26.
77. A. de Saba, La protection du créancier dans le droit uniforme de recouvrement des créances de
l’OHADA, Thèse de doctorat, Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2016, p. 321, n° 330.
78. Ibid.
79. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 28.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 70
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règles de procédure du droit national qui permettent sa mise en œuvre effective au
sein de chaque État partie83. Même si ce principe n’est pas formellement prévu par
le législateur, il peut être déduit de la jurisprudence de la CCJA84. Or, du fait de la
diversité des pratiques en matière procédurale, c’est l’édifice commun voulu qui
s’en trouve fragilisé puisque l’application du droit OHADA est laissée à la merci
des règles nationales85. Cela tranche avec l’objectif d’intégration et de sécurité
judiciaire visé par l’OHADA.
Outre cette autonomie, l’institution judiciaire des pays membres de l’OHADA
souffre d’un déficit criant de crédibilité dû notamment au phénomène de corrup-
tion, à l’engorgement des tribunaux, à la violation des droits de la défense, à la
faible compétence et l’inféodation des magistrats au pouvoir exécutif. Un tel cli-
mat est donc impropre à la confiance mutuelle86, à tel point que les pays ayant
80. M. Lopez de Tejada, La disparition de l’exequatur dans l’espace judiciaire européen, coll. Biblio-
thèque de droit privé, t. 546, Paris, LGDJ/Lextenso, 2013, pp. 25 et s.
81. Ibid., pp. 171 et s.
82. Ibid., pp. 235 et s.
83. B. Diallo, « Principe de l’autonomie institutionnelle et procédurale des États-parties face à l’ap-
plication des Actes uniformes du droit OHADA », Jurifis, octobre 2012, édition spéciale, n° 12,
p. 16 ; V.C. Ngono, « Réflexion sur l’espace judiciaire OHADA », Revue de l’ERSUMA. Droit des
affaires ‒ Pratique professionnelle, janvier 2016, n° 6, pp. 197 et s.
84. Dans l’affaire Rafiu Oyewemi, la CCJA déduit du silence de l’article 101 de l’Acte uniforme sur
le droit commercial dans la détermination de la juridiction compétente pour la résiliation du bail
commercial, un renvoi aux législations nationales : « Attendu que l’Acte uniforme sus-indiqué ne
précisant pas quelle est la juridiction compétente en la matière, il y a lieu de se référer à la législa-
tion interne de chaque État partie afin de déterminer la juridiction devant laquelle il faut introduire
la demande… », CCJA, arrêt n° 11/2004, 26 février 2004, Penant, avril-juin 2005, n° 851, note
B. Diallo, pp. 30 et s.
85. B. Diallo, « Principe de l’autonomie institutionnelle et procédurale des États-parties face à l’ap-
plication des Actes uniformes du droit OHADA », op. cit.
86. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 30.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 71
une gouvernance judiciaire plus crédible sont réticents à l’idée que les décisions
et actes en provenance des pays les plus corrompus puissent être soustraits à un
contrôle rigoureux.
Une autre raison spécifique au droit OHADA peut être son caractère expansif,
embrassant de ce fait les matières non commerciales et empiétant ainsi sur les
domaines relevant du droit interne des États. La doctrine ne manque d’ailleurs pas
de souligner les dangers liés à cette démesure87. Le cas spécifique de l’AUPSRVE
est significatif à cet égard à plus d’un titre. En effet, l’article 28 dispose que : « À
défaut d’exécution volontaire, tout créancier peut, quelle que soit la nature de sa
créance (nous soulignons), dans les conditions prévues par le présent Acte uni-
forme, contraindre son débiteur défaillant à exécuter ses obligations à son égard ou
pratiquer une mesure conservatoire pour assurer la sauvegarde de ses droits. » De
plus, cet Acte uniforme abroge de manière radicale toutes les dispositions nationales
relatives aux voies d’exécution et à l’injonction de payer88. Il en résulte que, sur
le plan personnel, les voies d’exécution de l’OHADA sont applicables aux saisies
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concernant tant les non-commerçants que les commerçants, ou les professionnels
en général. De même, sur le plan matériel, ce texte régit les saisies tirant leur fon-
dement tant d’obligations civiles que d’obligations contractées dans le cadre d’une
activité professionnelle ou commerciale. Le constat, s’il en était encore besoin, est
que le domaine originel de l’OHADA est largement dépassé. Si cet état de fait n’a
pas d’incident pour l’exécution interne des décisions et actes domestiques, il en
est autrement d’une décision rendue sur le fond dans un domaine non uniformisé
par l’OHADA et dont l’exécution est requise dans un autre pays membre. En effet,
les matières portant notamment sur l’état des personnes et sur des condamnations
de nature pénale sont porteuses de considérations d’ordre public et de spécificités
locales, et le fait d’y déroger pourrait ne pas être tolérable. Ces hypothèses mises
de côté, des motifs solides permettent de militer pour une minimalisation des pro-
cédures intermédiaires à la mobilité intra-OHADA des jugements nationaux.
87. P.G. Pougoué, Y.R. Kalieu Elongo, Introduction critique à l’Organisation pour l’harmonisa-
tion en Afrique du droit des affaires, Yaoundé, Presses universitaires d’Afrique, 2008, p. 67 ;
J.I. Sayegh, « La fonction juridictionnelle de la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Orga-
nisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires », op. cit.
88. Art. 336.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 72
dans des conditions « de nature à générer des prévisions légitimes auprès de leurs
destinataires »89. Ainsi, les raisons ci-dessus évoquées relèvent d’une « conception
narcissique de l’ordre international »90 qui n’a plus totalement sa raison d’être dans
l’espace OHADA. Ce dernier peut donc s’appuyer sur l’argument d’un droit des
affaires uniforme pour avancer vers moins de rigidité quant à la circulation des
décisions rendues qui relèvent d’un droit en partage dans l’espace des 17 pays
membres91. Ainsi, sur le plan matériel, la loi du for et celle de l’État requis sont
identiques, de sorte qu’il n’y a pas, a priori, de conflit envisageable. L’absence
de règles communes à la circulation des décisions relevant des actes uniformes
OHADA a de ce fait été qualifiée de lacune grave92.
Concernant la question de l’ordre public, cet argument ne saurait totalement
résister au fait que, dans l’espace OHADA, l’ordre public international en matière de
droit économique est le même et est d’ailleurs garanti en dernier ressort par la CCJA.
De plus, la mise sur pied d’un régime simplifié et uniforme de la circulation
des décisions et actes publics étrangers dans l’espace OHADA contribuerait à
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réduire la complexité des procédures nationales, les délais et les coûts de l’exécu-
tion forcée, et participerait ainsi à la fois à la sécurité juridique, à l’effectivité et
même à l’efficience du droit OHADA. La situation actuelle résultant de la disparité
des régimes de circulation des titres exécutoires est de nature à installer des paradis
d’inexécution, en fragilisant par contrecoup l’AUPSRVE et l’édifice OHADA dans
son ensemble.
Pour terminer, il convient de noter que la finalité ultime de l’OHADA est de
créer un vaste marché dans le but de contribuer à l’intégration africaine. La poli-
tique des petits pas dans cette voie pourrait commencer par l’uniformisation, voire
la minimalisation, du régime de la circulation des décisions de justice dans l’espace
OHADA93. Cela contribuerait à conforter la notion d’espace qui remplace celle de
territoire en faisant reculer les frontières juridiques et matérielles. D’ailleurs, en
intégrant le Traité OHADA, les pays membres ont fait le choix de céder une part de
leur souveraineté en matière juridique et judiciaire94.
La mise en balance des craintes d’une libre circulation des titres exécutoires
et des motifs d’une avancée vers plus d’intégration et de sécurité juridique montre
bien que les premières ne sont pas dirimantes, de sorte qu’un processus de mini-
malisation des exigences d’exequatur serait un pas décisif vers la consolidation des
finalités de l’OHADA.
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ces derniers que des jugements rendus par les juridictions étatiques97. Cette option
n’emporte pas de commentaire particulier puisque ce serait rétablir une cohésion
propice à la sécurité juridique et judiciaire et une meilleure intégration.
La deuxième option ou étape, plus complexe et qui demande une réflexion plus
poussée et une réelle volonté politique, est la suppression de l’exequatur entre les
pays membres de l’OHADA. Cette option emporte des risques énormes concernant
les droits fondamentaux des parties ainsi que la mise sur pied de procédures très
exigeantes et complexes. Elle n’est pas envisageable dans l’état actuel des sys-
tèmes judiciaires dans l’espace OHADA98.
Il reste alors une troisième option, médiane, qui consiste en une simplification
de la procédure d’exequatur par la mise en place d’une procédure rapide consacrant
une analyse a posteriori des conditions de l’exequatur. Cette option emporte les
faveurs de notre analyse, mais il convient d’en délimiter le domaine (3.1.) et de
fixer une procédure garante des intérêts en présence (3.2.).
95. En ce sens, voir P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit.,
n° 33.
96. Art. 16 de l’Acte uniforme relatif à la médiation.
97. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., no 28.
98. Dans le même sens, B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », op. cit.,
p. 65.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 74
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dure par rapport à Bruxelles I, de sorte que les conditions d’un refus de l’exequa-
tur ne sont désormais vérifiées qu’en cas de recours éventuel du débiteur pour
refus de reconnaissance ou d’exécution d’une décision103. Le Règlement Bruxelles
I bis s’applique ainsi aux matières civile et commerciale104. Il concerne, dans ces
matières, aussi bien les décisions, les transactions judiciaires, sans égard à la nature
de la juridiction dont ils émanent, que les actes authentiques105.
Sont exclues les matières fiscale, douanière et administrative, ainsi que la
responsabilité de l’État pour actes ou omissions commis dans l’exercice de la
puissance publique106. Sont également exclus l’état et la capacité des personnes
physiques ; les régimes matrimoniaux ou les régimes patrimoniaux liés aux rela-
tions ayant des effets comparables à ceux du mariage ; les faillites, concordats et
assimilés ; la sécurité sociale ; l’arbitrage ; les obligations alimentaires découlant
des relations de famille, de parenté, de mariage ou d’alliance ; les testaments et
les successions, y compris les obligations alimentaires du fait d’un décès107. Ces
exclusions sont justifiées soit parce que des textes spécifiques leur sont consacrés
en droit européen, soit du fait de la difficulté à classer nombre de ces domaines
dans certains droits européens108.
99. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », Répertoire de procédure civile, 2006 (actualisation :
février 2017), n° 4.
100. Ibid., n° 18.
101. D. Alexandre, A. Huet, « Compétence européenne, reconnaissance et exécution : matières civile
et commerciale », Répertoire de procédure civile, 2015 (actualisation : 2017), n° 332.
102. Ibid., n° 333.
103. Ibid. ; F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit., n° 5 ; art. 44 et s. du Règlement précité.
104. Art. 1er.
105. La portée de ces notions est précisée par les art. 2 et 3 du Règlement.
106. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit., n° 9 ; art. 1er, § 1, du Règlement.
107. Art. 1er, § 2, du Règlement.
108. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit.., n° 22 ; art. 1er, § 1, du Règlement.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 75
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À la différence du droit européen, il convient de rejeter la notion de créance
réputée non contestée dans le cas des décisions rendues à la suite d’une injonction
de payer n’ayant pas donné lieu à opposition, ou en cas d’un jugement rendu par
défaut. En effet, des auteurs critiquent leur intégration d’autant que le silence et
l’inaction du débiteur sont interprétés contre lui comme ayant tacitement reconnu
sa dette, faute de l’avoir contestée alors qu’il en avait l’occasion110. Ces décisions
doivent rester soumises à un exequatur préalable dans l’État requis, d’autant que
l’état actuel du système judiciaire dans les pays membres de l’OHADA ne permet
pas de s’engager dans cette voie qui pourrait aboutir à sacrifier les droits de la
défense sur l’autel de la recherche d’efficacité. Le législateur OHADA pourrait
alors uniformiser les exigences de fond et de forme à remplir pour le contentieux
de l’exequatur de telles décisions et actes publics dans les États membres.
Concernant les affaires rendues sur des demandes portant à la fois sur le droit
économique de l’OHADA et sur une matière relevant du droit national, dans la
mesure où celles-ci sont séparables, leur circulation devrait obéir à deux régimes.
Le juge de l’État requis pourrait accorder force exécutoire par la procédure mini-
male à celles dont le fond porte sur le droit OHADA, alors que les demandes ne
relevant pas du droit OHADA ne feraient l’objet d’une exécution forcée qu’à l’is-
sue d’une attribution d’exequatur. Une telle séparation viserait à la fois à éviter une
expansion contre-productive du domaine de l’OHADA et à laisser le juge étatique
apprécier la conformité à l’ordre public international pour les matières relevant du
législateur national. Cela impliquerait donc une exclusion des sentences arbitrales
rendues hors du contrôle de la CCJA ainsi que des décisions tranchant des matières
ne relevant pas du droit des affaires OHADA.
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vations. Premièrement, l’appel formé contre une ordonnance d’exequatur n’est
plus suspensif d’exécution. Deuxièmement, la procédure d’exequatur n’est pas
contradictoire puisqu’introduite par simple requête. Il s’ensuit que le défendeur
n’a connaissance de l’exequatur qu’une fois que l’ordonnance lui a été signifiée111.
Concernant la première évolution du décret français, le législateur a voulu évi-
ter des recours dilatoires freinant la célérité recherchée de la procédure arbitrale et
de l’exécution des sentences. Le nouvel article 1526 du Code de procédure civile
français concerne ainsi tant les sentences arbitrales rendues en France qu’à l’étran-
ger. Il ne reste plus alors au défendeur qu’à saisir le premier président de la Cour
d’appel ou le conseiller de la mise en état, dans l’optique d’arrêter ou d’aménager
l’exécution de la sentence arbitrale. Une telle circonstance n’est envisageable que
si la sentence est « susceptible de léser gravement les droits des parties »112. Cette
situation est donc inquiétante d’autant que le juge de l’exequatur, au moment de
rendre sa décision, ne dispose pas d’éléments contradictoires, ne statuant que sur
la base des pièces fournies par le seul demandeur, ce qui est susceptible de mettre
en doute la qualité de l’ordonnance qu’il rendra et ainsi de laisser exécuter des
sentences potentiellement viciées.
Pour ce qui est de la seconde évolution, il convient de noter que la procédure
d’exequatur est non contradictoire113. Il est en effet admis que la procédure arbitrale
ayant été contradictoire, engager une autre procédure au fond rallongerait les délais.
Pourtant, il faut bien tenir compte de ce que la procédure d’exequatur vise à vérifier
la non-contrariété de la sentence arbitrale à l’ordre public international. Cette exi-
111. J.-P. Mignard, B. Huet, « Exequatur des sentences arbitrales : pour une procédure contradic-
toire », Gaz. Pal., septembre 2013, n° 249-250, p. 10.
112. Art. 1526, al. 2, du Code de procédure civile français.
113. Art. 1516, al. 2, du Code de procédure civile français.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 77
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certains, « si l’État ne peut plus effectivement contrôler la sentence arbitrale avant
qu’elle soit exécutée, alors l’imperium est transféré dans les mains de l’arbitre. Il
s’agit là d’un glissement non négligeable et d’un changement de paradigme par-
ticulièrement dangereux »116. Certains auteurs, tout en réfutant l’idée d’instaurer
le caractère suspensif de l’appel qui rallongerait la procédure par des procédures
dilatoires, proposent de rendre contradictoire la procédure d’exequatur devant le
juge d’instance. Ils suggèrent aussi d’encadrer ce contrôle en limitant l’office du
juge à la vérification de la conformité à l’ordre public de la sentence arbitrale, à
l’exclusion de toute vérification au fond117.
Cette mise en garde doit pouvoir inspirer l’OHADA dont la volonté d’attractivi-
té pousse au mimétisme avec le droit français. L’introduction de la réforme française
en droit OHADA n’est donc pas souhaitable. Elle ferait en effet plus de dégâts dans
l’espace OHADA qu’en France. En effet, les dangers créés par la suppression du
caractère suspensif de l’appel seraient exacerbés par le refus catégorique de la juris-
prudence de suspendre, dans cet espace, une exécution provisoire déjà entamée118.
Pourtant, en instaurant un « exequatur automatique » au bénéfice des sentences arbi-
114. J.-P. Mignard, B. Huet, « Exequatur des sentences arbitrales : pour une procédure contradic-
toire », op. cit., p. 11.
115. Cass. 1re civ., 4 juin 2008, n° 6-15320.
116. J.-P. Mignard, B. Huet, « Exequatur des sentences arbitrales : pour une procédure contradic-
toire », op. cit., p. 12.
117. Ibid.
118. Le célèbre arrêt Époux Karnib (CCJA, arrêt n° 002/2001, 11 octobre 2001), en interprétation
de l’art. 32 de l’AUPSRVE, refuse en effet d’accorder un sursis à l’exécution provisoire. Deux
autres arrêts viendront préciser que les défenses à exécution ayant simplement pour but d’empê-
cher qu’une exécution ne commence sont accueillies alors que celles visant à arrêter une exécu-
tion déjà entamée ne peuvent prospérer : CCJA, 19 juin 2003, Sehic Hollywood S.A. c. SGBC,
n° 012/2003, Ohadata J-04-104 ; CCJA, 19 juin 2003, Socom Sarl c. SGBC, n° 013/2003, Le
Juris Ohada, juillet-septembre 2003, n° 3/2003, p. 20.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 78
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qui explique le maintien de la souveraineté des États membres. Mais l’on peut se
poser la question de savoir si, dans la perspective de combattre la criminalité éco-
nomique afin de réduire les « paradis pénaux », cette question ne pourrait pas être
abordée sous un jour nouveau en droit OHADA. Il serait alors possible d’envisager
la libre circulation des décisions prononçant des sanctions du fait des incrimina-
tions posées par le législateur OHADA et qui n’emportent pas une privation de
liberté. On pourrait également envisager l’élargissement des catégories normatives
dans l’espace OHADA avec l’intégration des outils de soft law dont l’ambition
serait d’aplanir de manière non intrusive les différences dans ces domaines. On
pourrait aussi mettre en place des mécanismes de coopération pour renforcer la
lutte contre les crimes économiques dans l’espace OHADA. En attendant une telle
avancée, l’article 5 du Traité OHADA permet au législateur communautaire de
fixer des incriminations pénales, mais laisse la compétence aux États parties pour
déterminer les sanctions. Sur la base de cette répartition des compétences, il est
clair que toute exécution de décisions liées à la criminalité économique doit être
soumise à exequatur dans l’État requis.
De l’ensemble de ces développements, il résulte qu’un aménagement scrupu-
leux du domaine de la libre circulation des titres exécutoires est nécessaire et doit
prendre en compte tant les enjeux de souveraineté que les exigences procédurales
garantissant les droits fondamentaux des parties.
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une dispense totale d’exequatur des jugements nationaux121, il semblerait prudent
d’harmoniser et de réduire les motifs de refus de l’exequatur122. À la différence
de Bruxelles I bis, les décisions ne seraient pas directement exécutoires sur le ter-
ritoire requis123. Nous proposons donc une démarche s’inspirant de la législation
européenne antérieure (Bruxelles I), tout en l’adaptant au contexte africain.
Dans ces hypothèses, il convient d’inverser la procédure, de sorte que le juge
saisi dans l’État requis ne se penche pas a priori sur les motifs de refus de l’exequa-
tur. L’office du juge saisi n’ayant alors pour but ni de réviser la décision au fond, ni
de vérifier si le juge étranger qui a statué était compétent, encore moins s’il a appli-
qué la loi appropriée au litige124. Il devra se contenter de vérifier la régularité inter-
nationale de la décision au bénéfice de laquelle le créancier souhaite l’attribution
de la force exécutoire. Ce contrôle reste donc purement formel puisque les motifs
de refus de l’exequatur ne seront examinés que si le débiteur forme un recours
contre la décision déclarant le jugement exécutoire. La juridiction requise statuant
à bref délai sans que l’autre partie soit entendue, la décision déclarant le jugement
exécutoire devra obligatoirement être notifiée avant le début de l’exécution forcée,
à l’effet d’en permettre la contestation125. La contestation aura pour objet soit de
dénoncer l’absence de notification, soit d’attaquer la décision du juge requis accor-
dant force exécutoire. Un tel recours donne lieu à une procédure contradictoire
121. B. Banamba, « Les conflits de juridictions dans l’espace OHADA », op. cit., p. 65.
122. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 33.
123. L’OHADA devrait s’inspirer de Bruxelles I qui maintenait une procédure intermédiaire allégée
et inversée.
124. Cela se justifierait d’autant plus que le droit en question au fond de l’affaire se limiterait au droit
des affaires en partage à l’ensemble des États parties à l’OHADA. Voir art. 52 du Règlement
Bruxelles I bis.
125. Il conviendra pour cela de réhabiliter dans leur plénitude les moyens permettant de suspendre
l’exécution des jugements dans l’espace OHADA.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 80
au cours de laquelle sera examiné l’ensemble des motifs pouvant justifier le refus
de l’exequatur126. En droit français, le recours contre la décision ayant octroyé la
force exécutoire est porté devant la cour d’appel, alors que les décisions rejetant la
requête sont portées devant le tribunal de grande instance. Il conviendra, en vertu
de l’autonomie institutionnelle, de laisser toute latitude à chaque État pour fixer la
juridiction compétente, en lui impartissant toutefois un délai pour désigner cette
autorité. Mais, quelle que soit l’organisation retenue dans chaque État, il est indis-
pensable que le dispositif de recours puisse préserver le principe du double degré
de juridiction, la CCJA devant être compétente pour les pourvois en cassation.
Le demandeur devra produire devant le juge requis une expédition de la déci-
sion réunissant les conditions nécessaires à son authenticité et tout autre document
de la juridiction de l’État d’origine attestant que la décision a été rendue à l’issue
d’une procédure contradictoire, qu’elle a été signifiée au débiteur et qu’elle est
devenue exécutoire127.
Dans le but de minimiser les coûts de l’exécution forcée et d’éviter une discri-
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mination entre les parties, il est souhaitable, d’interdire dans le cadre de la circula-
tion des titres exécutoires, l’exigence dans l’État requis de toute caution ou dépôt
lié à la qualité d’étranger ou à l’origine de la décision128. De même, le juge saisi du
recours devra surseoir à statuer tant qu’il n’est pas prouvé que la partie défende-
resse a été notifiée.
Le principe de la confiance mutuelle sur lequel s’adosse cette procédure sim-
plifiée devra cependant être tempéré dans l’optique de prendre en compte des inté-
rêts supérieurs. Ainsi, les articles 45, 46 et suivants du Règlement Bruxelles I bis
permettent de refuser la reconnaissance et l’exécution en cas de violation manifeste
de l’ordre public international de l’État requis, de violation des droits de la défense,
d’incompatibilité de la décision avec une décision rendue entre les mêmes parties
sur le même objet et la même cause, que ce soit dans l’État requis, un État membre
de la communauté ou même un État tiers129.
De même, il doit être reconnu au débiteur la possibilité de demander à la juri-
diction compétente de l’État requis de refuser la reconnaissance ou l’exécution
d’une décision. Ce dernier pourra également solliciter la limitation aux mesures
conservatoires, la constitution d’une sûreté par le créancier ou la suspension de
l’exécution130. Il importera de mettre en place des garanties minimales en termes
de respect des droits fondamentaux des parties au procès, de transparence judi-
ciaire, des procédés fiables de signification ou de notification des différents actes
de procédure, d’information des parties sur les recours qui leur sont ouverts, les
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ainsi que des professionnels au fait de la gestion concrète des affaires.
Deuxièmement, il devient urgent de se doter d’une justice compétente, indé-
pendante, impartiale et efficace au niveau des États, en vue de susciter la confiance
des investisseurs135 et, en même temps, de susciter une confiance mutuelle entre
les États membres. Celle-ci repose impérativement sur la consolidation de la cré-
dibilité et de la qualité de la justice dans chacun des États136. Pour ce faire, outre
la continuation des programmes financés par des bailleurs multilatéraux137, le rôle
de formation de l’École régionale supérieure de la magistrature de l’OHADA
(ERSUMA), il convient de s’attaquer à l’épineuse question de la corruption et aux
dysfonctionnements judiciaires. En effet, la confiance mutuelle est plombée par les
records peu honorables que les systèmes judiciaires de nombre de pays membres
de l’OHADA affichent, si l’on considère l’indice de perception de la corruption de
Transparency International138. Comme l’a déjà relevé la doctrine, la lutte contre la
corruption, qui est une des conditions essentielles de la réussite de l’OHADA139,
doit être intensifiée.
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Quatrièmement, il semble important d’envisager une harmonisation des règles
du droit international privé144. Cela permettrait entre autres, comme l’a suggéré la
doctrine, d’édicter des règles de compétence internationale directe se substituant aux
règles de compétence judiciaire des États parties145. De plus, il conviendrait de fixer
la compétence territoriale en fonction de la juridiction la mieux à même de statuer,
tout en évacuant des considérations souverainistes146. Dans le même ordre d’idées, un
tel outil devrait supprimer des règles instituant des fors exorbitants ou encore des fors
concurrents147. Cela contribuerait largement à réduire et progressivement à supprimer
les conditions de fond de l’exequatur tout en harmonisant celles liées à l’ordre public
procédural148. C’est dans cette voie que s’est lancée l’Organisation pour l’harmonisa-
tion du droit des affaires dans la Caraïbe (OHADAC). Si cette dernière opte comme
l’OHADA pour l’harmonisation du droit au service de l’intégration économique, il
ne lui a pas échappé que l’aplanissement des conflits de lois et de juridictions partici-
perait de cette dynamique. C’est ainsi que cette organisation a mis en place un avant-
projet de Loi modèle relative au droit international privé149 qui pourrait à certains
égards inspirer l’OHADA.
140. J. Kamga, « Réflexions “concrètes” sur les aspects judiciaires de l’attractivité économique du
système juridique de l’OHADA », op. cit.
141. Ibid.
142. Ibid.
143. F. Ferrand, « Titre exécutoire européen », op. cit., n° 62.
144. P. Meyer, « La sécurité juridique et judiciaire dans l’espace OHADA », op. cit., n° 32 et 34.
145. Ibid., n° 31.
146. Ibid., n° 32.
147. Ibid.
148. Ibid., n° 33.
149. Voir : [Link]
[Link]?lang=fr (consulté le 12 décembre 2017).
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 83
4 CONCLUSION
Il résulte de cette étude critique, comparative et prospective que la libre circulation
des titres exécutoires est un gage de sécurité juridique et judiciaire. Elle participe
de la confiance mutuelle, vecteur d’une véritable intégration régionale attractive
pour les investissements.
Pourtant, l’analyse de l’OHADA fait émerger le constat que, malgré les raisons
militant pour une telle avancée résultant tant de l’arsenal juridique actuel que des
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finalités de l’OHADA, la situation reste à améliorer. La subordination de la circula-
tion des décisions et actes publics étrangers aux conventions internationales et aux
droits nationaux laisse place à un régime à l’issue incertaine. La pluralité des textes
et leur balkanisation plombent l’efficacité intra-OHADA des décisions et fait de
l’émergence d’un marché commun et de l’intégration africaine des horizons loin-
tains. La présente réflexion s’est proposée d’esquisser les fondations de ce chan-
tier dont l’ampleur n’est pas négligeable. Elle propose des fondements et quelques
modalités de mise sur pied d’un régime commun simplifié d’exequatur garantissant
l’équilibre des droits des parties à l’exécution forcée. Il pourrait s’agir d’un premier
pas à l’édification d’un droit international privé commun de l’OHADA dont la
nécessité se fait ressentir.
150. En ce sens, M.P. Hounsa, Les actes juridiques privés exécutoires. Droit français/Droit OHADA,
Thèse de doctorat, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Paris, 2015, p. 115.
151. Ibid.
Intégration, exequatur et sécurité juridique dans l’espace OHADA 84
goes against the goals of integration and legal and judicial security. The system high-
lights sovereigntist trends and inconsistencies that hinder the objectives of OHADA.
The author hypothesizes that a pragmatic framework for the free circulation of
enforceable acts in an integrated area would be a guarantee of legal security and
greater confidence between states. Conscious of the fact that the abolition of exe-
quatur has ambivalent effects, he proposes ways for a controlled streamlining of
intermediate procedures that balances the interests of the parties. This would be a
decisive step toward securing the business climate and the creation of a common
market, thereby contributing to African unity, these all being the underlying goals
of OHADA.
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