NNT : 2016SACLS568
T HÈSE DE DOCTORAT
DE L’U NIVERSITÉ PARIS -S ACLAY
PRÉPARÉE À L’U NIVERSITÉ PARIS -S UD
Ecole doctorale n◦572
Ondes et Matière
Spécialité de doctorat : Physique
par
M LLE A RMANDE POLA FOSSI
Miniaturisation d’une caméra hyperspectrale infrarouge
Thèse présentée et soutenue à l’Institut d’Optique Graduate School, Palaiseau, le 12
décembre 2016.
Composition du Jury :
Mme. N ATHALIE HURET Université d’Orléans Présidente du jury
M. O LIVIER HAEBERLÉ Université de Haute Alsace Rapporteur
M. D IDIER TIPHÈNE LESIA Rapporteur
M. H ERVÉ SAUER Laboratoire Charles Fabry Examinateur
M. T HIERRY DUPOUX SAFRAN Electronics and Defense Examinateur
M. N ICOLAS GUÉRINEAU ONERA Directeur de thèse
ii
« Le mouvement est la cause de toute vie. »
Léonard de Vinci
iii
Remerciements
L arrive un moment où il est important de s’arrêter pour se rendre compte du chemin
I qui a été parcouru et je pense que ce moment est arrivé pour moi. Il y a trois ans,
j’ai décidé de faire une thèse avec le soutien indéfectible de mes parents aussi enthou-
siastes que moi. Au cours de cette expérience, j’ai beaucoup appris, j’ai encore grandi
et surtout j’ai bénéficié d’un soutien important de nombreuses personnes, ce qui m’a
permis de réaliser ce travail.
La première personne que j’ai rencontrée a été Nicolas Guérineau qui allait deve-
nir mon directeur de thèse. En alliant la science et l’art de la présentation, il a su me
conforter dans mon choix et je l’en remercie grandement. Je le remercie également pour
avoir suivi mes travaux, pour ses encouragements et pour son optimisme. Peu après
ma rencontre avec Nicolas Guérineau, j’ai eu l’occasion d’entrer en contact avec M.
Thierry Dupoux et M. Oscar D’Almeida de SAFRAN qui ont cru en moi et ont accepté
de défendre ma recherche de financement complémentaire. Merci de m’avoir donné
l’opportunité de travailler dans de très bonnes conditions et d’avoir également suivi
mes travaux.
Par la suite, j’ai rencontré Yann Ferrec qui a d’abord été mon encadrant puis un
ami. Je ne te remercierai jamais assez d’avoir toujours été là dans les bons moments et
surtout dans les moments difficiles. Nous a pu ainsi former un binôme qui s’est fait
confiance et qui s’est complété. Merci Yann pour nos longues discussions techniques,
privées, pour ta disponibilité ainsi que pour tes conseils en tout genre.
Je ne me souviens plus exactement de la première fois où j’ai rencontré Christophe
Coudrain mais je me souviens que très vite on s’est compris. Christophe, je ne te re-
mercierai jamais assez pour le soutien que tu m’as apporté pendant ces années. Merci
de t’être toujours soucié de mon bien-être moral et matériel. Merci également pour ta
bonne humeur.
Je profite également de ces lignes pour remercier mon autre breton-onerien préféré,
Roland Domel. De même, tu as été plus un ami qu’un collègue et je t’en remercie. Merci
pour nos échanges sur des sujets techniques et personnels.
Bien évidemment ces quatre personnes n’ont pas été les seules que j’ai côtoyées à
l’ONERA et qui ont participé à mon épanouissement. Je remercie donc Didier Henry,
Mathieu Chambon, Sylvain Rommeluère, Laurence Croizé, Marc Jacquart, Guillaume
Druart, Florence De la Barrière, Julien Jaeck, Grégory Vincent, Jérôme Primot, Laurent
Rousset-Rouvière, Gilles Le Coadou pour toute l’aide que vous m’avez apportée. Je re-
mercie également mon compagnon de road-trip Stéphane Langlois pour ces semaines
d’aventure pendant la campagne ImagEtna. Je remercie également énormément Bri-
gitte Commelin, Corinne Andrieux, Christèle Carette, Valérie Bathiard, Valérie Delrue,
Jean-Claude N’Kesina Pambu et Véronique Bentadj pour votre aide et je ne saurais ter-
miner cette partie sans évoquer les doctorants du DOTA-D1 avec qui j’ai passé de bons
très moments. Merci donc à Mouna, Clara, Tatiana, Alex, Alice, Anasthase, Christophe,
Edouard, Florian, François, Fred, Jean, Kevin, Philippe, Thibault, Thomas pour avoir
créé une bonne ambiance de travail.
Je tiens également à exprimer ma gratitude envers Nicolas Roux et Emmanuel Kling
de SAFRAN qui ont suivi mes travaux. Merci pour nos échanges constructifs qui ont
donné une dimension plus concrète à mes travaux. Merci Emmanuel pour l’aide que
tu m’as apportée pour préparer l’après-thèse. Je suis également reconnaissante envers
iv
les membres du jury : M. Didier Tiphène, M. Olivier Haéberlé et Mme Nathalie Huret
pour le travail de vérification que vous avez effectué.
Il m’est impossible d’oublier Hervé Sauer qui a eu plus d’un rôle dans ma thèse.
Merci Hervé pour ton aide scientifique sur ce sujet complexe, pour la relecture d’une
bonne partie de ma production écrite, pour m’avoir donné l’opportunité d’enseigner à
tes côtés et pour tous tes conseils. Ça a été un très grand plaisir de travailler avec toi et
j’espère que j’en aurai encore l’occasion.
Je profite également de ces lignes pour dire merci à M. et Mme Chavel et Jean-Louis
Meyzonnette pour tous les encouragements qu’ils m’ont témoignés tout au long de ce
cursus scolaire.
Également merci beaucoup à Nathalie Huret, Sebastien Payan, Valery Catoire, Sté-
phane Chevrier, Delphy Rodriguez et Tardja Roberts pour ces bons moments en Sicile.
Ça a été l’aventure majeure de ma thèse et j’ai été contente de la vivre avec vous.
Enfin, que serais-je sans toute ma grande famille qui m’entoure et m’encourage ?
Merci papa et maman, grand-mère, mon frère et mes sœurs, d’avoir toujours cru en
moi, de m’avoir inculqué les valeurs du travail, merci à mon Ludo chéri de m’encou-
rager, de me soutenir et de me rendre heureuse. Merci à mes parents de substitution
Sylvie et Joël, Sylvie et Daniel, Valérie et Hervé, à mon beau-frère Quentin pour tous
vos encouragements et conseils. Merci à mes amis très chers Marie-Anne et Joël, Cathe-
rine et Florian, Emmanuelle, Ronan, à mes binômes Hélène, Claude, Sandra et Antoine,
à Violette, à ma nièce et à mon petit filleul qui sont tous deux des véritables rayons de
soleil.
v
Table des matières
Remerciements iii
I État de l’art 7
1 Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales 11
1.1 Cas de l’imagerie hyperspectrale active . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.1.1 Systèmes utilisant une source monochromatique accordable . . . 12
1.1.1.1 Exemples de systèmes utilisant un laser à cascade quan-
tique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.1.1.2 Exemples de systèmes utilisant un oscillateur paramé-
trique optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.1.2 Systèmes à base de peignes de fréquences . . . . . . . . . . . . . . 16
1.1.3 Conclusion sur l’imagerie hyperspectrale active . . . . . . . . . . 19
1.2 Cas de l’imagerie hyperspectrale passive . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.2.1 Caméras hyperspectrales à sortie directe . . . . . . . . . . . . . . 19
1.2.1.1 Spectro-imageurs à éléments dispersifs . . . . . . . . . . 19
1.2.1.2 Spectro-imageurs à filtres . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.2.1.3 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.2.2 Caméras hyperspectrales à sortie multiplexée . . . . . . . . . . . 25
1.2.2.1 Caméras hyperspectrales à lentille diffractive . . . . . . 25
1.2.2.2 Caméras hyperspectrales à codage d’ouverture . . . . . 25
1.2.2.3 Spectro-tomographes imageurs . . . . . . . . . . . . . . 27
1.2.2.4 Caméras hyperspectrales à transformée de Fourier . . . 28
1.3 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2 Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes 31
2.1 Récents développements instrumentaux sur la thématique des caméras
hyperspectrales compactes à filtre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.1.1 Caméras hyperspectrales compactes à filtre acousto-optique . . . 31
2.1.2 Caméras hyperspectrales compactes à filtre à cristaux liquides . . 32
2.1.3 Caméras hyperspectrales compactes à filtres interférentiels . . . . 34
2.1.4 Caméras hyperspectrales compactes à filtre de Fabry-Perot ac-
cordable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.1.5 Discussion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.2 Exemples de caméras hyperspectrales utilisant un élément dispersif . . . 42
2.3 Exemples de caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier 45
2.3.1 Exemples de caméras hyperspectrales compactes non sensibles à
la polarisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
vi
2.3.2 Exemples de caméras hyperspectrales compactes sensibles à la
polarisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.3.3 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.4 Exemples d’autres caméras hyperspectrales à sortie multiplexée . . . . . 57
2.5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
II Conception d’un spectro-imageur compact dans l’infrarouge 61
1 Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation 65
1.1 Choix de la spectro-imagerie par transformée de Fourier comme tech-
nique d’acquisition des données hyperspectrales . . . . . . . . . . . . . . 65
1.1.1 Effets du domaine spectral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
1.1.2 Optimisation du flux collecté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
1.1.3 Simplicité et robustesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
1.1.4 Bilan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
1.2 Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique : miniaturisation
de l’interféromètre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
1.2.1 Encombrement d’une caméra hyperspectrale utilisant un interfé-
romètre de Michelson à dièdres droits. . . . . . . . . . . . . . . . . 70
1.2.1.1 Pupille réelle immatérielle située sur l’arête des dièdres 70
1.2.1.2 Pupille située en aval de l’interféromètre . . . . . . . . . 71
1.2.2 Évaluation des possibilités d’une caméra hyperspectrale à inter-
féromètre séparateur de polarisation . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
1.2.3 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
1.3 Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique : miniaturisation
de l’imageur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
1.3.1 Miniaturisation d’une caméra infrarouge refroidie . . . . . . . . . 75
1.3.2 Miniaturisation d’une caméra infrarouge non refroidie . . . . . . 76
1.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
2 Étude d’interféromètre biréfringent à décalage latéral 79
2.1 Principe de l’interféromètre biréfringent à décalage latéral . . . . . . . . 79
2.1.1 Rappel de la théorie de la propagation des OEMs dans un milieu
uniaxe homogène et non absorbant . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.1.1.1 Structure des champs dans un milieu anisotrope (cas
général) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
2.1.1.2 Surfaces caractéristiques du milieu uniaxe . . . . . . . . 81
2.1.2 Utilisation d’un milieu uniaxe comme interféromètre à décalage
latéral . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
2.2 Méthode de combinaison de lames biréfringentes à faces parallèles abou-
tissant à un interféromètre à deux ondes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
2.2.1 Cas où les biréfringences des lames sont de signe opposé . . . . . 86
2.2.2 Cas où les biréfringences des lames sont de signes identiques . . 86
2.2.3 Remarques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
2.3 Expression de la différence de marche pour un IBDL . . . . . . . . . . . . 87
2.3.1 Différence de marche d’interféromètres biréfringents à lames à
faces parallèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
vii
2.3.2 Différence de marche d’un interféromètre à prismes biréfringents
compensés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
2.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3 Modélisation numérique approfondie d’interféromètres biréfringents 91
3.1 Théorie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3.1.1 Propagation des ondes électromagnétiques planes dans un mi-
lieu biréfringent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.1.2 Résolution numérique de l’équation du système différentiel . . . 93
3.1.3 Interactions au niveau d’un dioptre séparant deux milieux biré-
fringents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.2 Application à l’étude des couplages parasites . . . . . . . . . . . . . . . . 94
3.2.1 Cas des interféromètres à lames à faces parallèles . . . . . . . . . 94
3.2.2 Cas des interféromètres à prismes compensés . . . . . . . . . . . 97
3.3 Illustration expérimentale du code : exemple du double Wollaston . . . . 98
3.3.1 Caractérisation des ondes simplement parasites en intensité . . . 98
3.3.2 Caractérisation des franges parasites issues d’ondes simplement
parasites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
3.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
4 Dimensionnement des prototypes MWIR et LWIR 103
III Réalisation, caractérisation et mise en œuvre d’un prototype
infrarouge 107
1 Réalisation et caractérisation en laboratoire du prototype hybride moyen in-
frarouge, SIBI 111
1.1 Fabrication et assemblage du prototype moyen infrarouge . . . . . . . . 111
1.2 Mesure de la distorsion de l’imageur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
1.3 Caractérisation des franges d’interférence . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
1.4 Caractérisation spectrale de la caméra . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
1.4.1 Transmissions spectrales des polariseurs et de l’interféromètre . . 116
1.4.2 Réponses spectrales de la caméra pour quelques points du champ 116
1.5 Lumière parasite dans le système optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
1.6 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
2 Mise en œuvre terrain 123
2.1 Campagne ImagEtna . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
2.1.1 Présentation de la campagne de mesures . . . . . . . . . . . . . . 123
2.1.2 Traitement des données de la campagne de mesures . . . . . . . . 124
2.1.2.1 Correction des pixels défectueux et de la non-uniformité
de la réponse des pixels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125
2.1.2.2 Correction de la distorsion des images . . . . . . . . . . 126
2.1.2.3 Recalage des images . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
2.1.2.4 Traitement des interférogrammes . . . . . . . . . . . . . 130
2.1.3 Images hyperspectrales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
2.1.4 Bilan de la campagne ImagEtna . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
viii
2.2 Campagne aéroportée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
2.3 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
A Compléments de calcul sur la théorie de propagation des ondes planes dans
un milieu anisotrope non absorbant et non actif 147
A.1 Equation de Fresnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
A.2 Ellipsoïde des indices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
A.3 Orthogonalité du champ électrique à l’ellipsoïde des indices . . . . . . . 150
A.4 Nature des ondes qui se propagent dans un milieu anisotrope associées
à un vecteur d’onde donné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
B Évaluation du contraste des franges 151
B.1 Expression du contraste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
B.2 Application numérique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
C Publications 155
C.1 Articles dans un journal à comité de lecture . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
C.2 Communications dans un congrès avec actes . . . . . . . . . . . . . . . . 155
C.3 Communications dans un congrès sans actes . . . . . . . . . . . . . . . . 156
Bibliographie 165
ix
Liste des abréviations
AOTF Acousto-Optique Tunable Filter
CVD Chemical Vapor Deposition
DFB-QCL Distributed Feed-Back QCL
DROPO Doubly Resonant OPO
EC-QCL External Cavity QCL
FPI Fabry Perot Interferometer
FTIR Fourier Transform InfraRed spectrometer
LCTF Liquid Crystal Tunable Filter
LWIR Long- Wavelength InfraRed
MCT Mercury Cadmium Telluride
MOEM Microsystème Opto- Electro-Mécanique
MWIR Mid- Wavelength InfraRed
NESR Noise Equivalent Spectral Radiance
NETD Noise Equivalent Temperature Difference
NIR Near- InfraRed
OPO Oscillateur Paramétrique Optique
QCL Quantum Cascade Laser
RSB Rapport Signal sur Bruit
SROPO Simply Resonant OPO
SWIR Small- Wavelength InfraRed
TF Transformée de Fourier
VNIR Visible Near- InfraRed
xi
Constantes physiques,(NIST, 2016).
Vitesse de la lumière c0 = 2.997 924 58 × 108 m s−1 (exact)
Constante de Planck h = 6.626 070 040 × 10−34 J s
Constante de Boltzmann K = 1.380 648 52 × 10−23 J K−1
Permittivité du vide 0 = 8.854 187 817 × 10−12 F m−1
Perméabilité du vide µ0 = 4π × 10−7 H m−1 (exact)
Charge de l’électron e = 1.602 176 620 8 × 10−19 C
Electron-volt eV = 1.602 176 620 8 × 10−19 J
xiii
Liste des symboles
apix pas pixel m
P power W (J s−1 )
λ longueur d’onde m
σ = λ1 nombre d’onde m−1
δ différence de marche m
δmax différence de marche maximale m
∆σ résolution spectrale m−1
xv
À ma grande famille. . .
1
Introduction
3
Introduction
En 1800, William Herschel réalisa une expérience qui consistait à décomposer la lu-
mière du soleil à l’aide d’un prisme afin de mesurer la chaleur transportée par chaque
couleur en utilisant un thermomètre. Il remarqua alors que la température augmentait
en allant du bleu vers le rouge et qu’elle était même plus élevée dans une région au
delà de la couleur rouge. Il avait ainsi mis en évidence l’existence d’un rayonnement
invisible à l’œil dont la longueur d’onde est supérieure à celle du rouge, qu’on connaît
aujourd’hui sous le nom de rayonnement infrarouge. Cette expérience nous permet de
présenter deux notions que nous utiliserons tout au long de ce manuscrit. La première
est la notion de spectre. Il s’agit de la quantité de photons émis par une source sur une
largeur dλ autour de chaque longueur d’onde. Le spectre est la signature d’une source
qui permet de la discriminer. La seconde notion est le rayonnement infrarouge. Comme
déjà évoqué, il s’agit d’un rayonnement électromagnétique dont le domaine spectral
se situe entre le visible et les micro-ondes et qui est émis par tout objet dont la tem-
pérature est différente du zéro absolu. Ce rayonnement peut être mesuré par le biais
de détecteurs quantiques qui convertissent directement un photon absorbé en signal
électrique ou par des détecteurs thermiques qui convertissent dans un premier temps
l’énergie des photons absorbés en chaleur, puis utilisent une autre caractéristique du
détecteur (pression, résistance ...) pour mesurer la variation de température induite.
Toutefois, avant d’être détecté, le rayonnement infrarouge interagit avec l’atmosphère
et on observe principalement une absorption du rayonnement par les molécules, par-
ticules ou aérosols qui composent l’atmosphère. Cette absorption varie fortement avec
la longueur d’onde et implique que la détection ne peut se faire que dans certaines
portions spectrales de l’infrarouge, dites fenêtres atmosphériques, présentées en figure
1.
Plusieurs définitions des sous-domaines spectraux de l’infrarouge existent et celle
que nous utiliserons est la suivante :
• Le NIR (Near-Infrared) est le domaine spectral allant de 0,7 µm (14285 cm−1 ) à
1,4 µm (7143 cm−1 ).
• Le SWIR (Small Wavelength InfraRed) est le domaine spectral allant de 1,4 µm
(7143 cm−1 ) à 3 µm (3333 cm−1 ).
• Le moyen infrarouge ou MWIR (Mid Wavelength InfraRed) est le domaine spec-
tral allant de 3 µm (3333 cm−1 ) à 5 µm (2000 cm−1 ) et qu’on appelle également
bande II.
• Le lointain infrarouge ou LWIR (Long Wavelength InfraRed) est le domaine
spectral allant de 8 µm (1250 cm−1 ) à 14 µm (715 cm−1 ), également appelé bande
III.
• Le FIR (Far Infrared), est le domaine de longueurs d’onde allant de 15 µm à 1
mm.
En observation infrarouge, il est important de connaître le comportement spectral
des sources observées afin de définir la fenêtre atmosphérique de travail. En effet, le
rayonnement provenant d’une scène est constitué de l’émission propre des objets de
4
F IGURE 1: Transmission atmosphérique dans le domaine spectral infra-
rouge, (S CHOTT, 2016).
la scène ainsi que de la réflexion de la lumière solaire ou la diffusion de la lumière
ambiante. De ce fait, le lointain infrarouge sera privilégié dans le cas où on veut ob-
server l’émission propre des objets car celle-ci y est prédominante alors que c’est la
composante due à la réflexion ou à la diffusion qui prédomine dans le proche infra-
rouge (NIR et SWIR). Dans le moyen infrarouge, en revanche, les deux contributions
sont présentes (M EYZONNETTE et L ÉPINE, 2001).
En ajoutant une dimension d’imagerie à l’expérience d’Herschel et en acquérant un
nombre élevé d’echantillons spectraux (en général supérieur à la centaine de bandes
spectrales), on aboutit à l’imagerie hyperspectrale qui permet d’obtenir conjointement
les informations spectrale et spatiale d’une scène sous la forme d’un cube tri-dimensionnel
comportant deux dimensions spatiales et une dimension spectrale. Cet outil de mesure
non destructif et non invasif est utilisé, de nos jours, dans des applications militaires
et civiles très variées et quelques fois, un brin insolites telle que la détection de caries
dentaires (U SENIK et al., 2012). On distingue des caméras hyperspectrales 1 à sortie
directe ou sortie multiplexée. La caméra hyperspectrale à sortie directe fournit l’infor-
mation spectrale et spatiale des points de la scène sans mélange d’information alors
que dans le cas des caméras hyperspectrales à sortie multiplexée, il y a un mélange des
informations spectrales et/ou spatiales issues des points différents de la scène.
En parallèle des développements en imagerie hyperspectrale, on observe un dé-
veloppement rapide des plates-formes d’instrumentations légères telles que les nano-
satellites 2 ou les drones. Une étude menée en 2014 par SpaceWorks Enterprises Inc
montre qu’il y a eu une augmentation des lancements de nano-satellites de 330 % entre
2012 et 2013 (S PACE W ORKS E NTERPRISE , I NC, 2016). D’autres études prévoient que
plus de 60 % des prochains nano-satellites auront une masse comprise entre 4 et 6 kg
ainsi qu’une utilisation toujours plus accrue des drones dans le domaine civil. Cette
montée en puissance de ces petites plateformes entraîne à son tour, une hausse impor-
tante de la demande de petits capteurs dont les capteurs d’imagerie hyperspectrale.
1. également appelée spectro-imageurs
2. Satellites dont la masse est comprises entre 1 et 10 kg.
5
C’est dans ce contexte que cette étude a été développée. Notre objectif est de dé-
velopper une caméra hyperspectrale compacte pour des applications d’imagerie infra-
rouge utilisant les plates-formes d’instrumentation légères présentées précédemment
et en particulier les drones. Cette caméra hyperspectrale se situera dans la catégorie
des systèmes de moyennes performances à savoir : une résolution spectrale de l’ordre
de 10 cm−1 dans le moyen infrarouge et de 5 cm−1 dans le lointain infrarouge ainsi
qu’une résolution spatiale de l’ordre du milliradian sur les deux domaines spectraux.
Ces performances nous permettent de viser les domaines applicatifs tels que la détec-
tion de gaz (panaches volcaniques ou industriels), la détection de véhicules militaires,
la surveillance d’ouvrages (barrages, pipelines) ou encore l’agriculture. Les avantages
d’une telle caméra sont multiples. Premièrement, la compacité du système permettra
une mise en œuvre rapide et simple sur le terrain ce qui augmentera les fréquences des
mesures, et par conséquent étendra son domaine applicatif. Deuxièmement, une telle
caméra permettra de réduire les coûts de campagnes de mesure terrain par l’utilisation
des plateformes légères que nous avons mentionnées précédemment, moins coûteuses
que les plateformes habituelles (planeurs notamment).
Afin d’atteindre nos objectifs, nous avons développé la démarche suivante : en
premier, nous avons analysé les méthodes d’acquisition du cube hyperspectral ainsi
que les instruments compacts existants afin de comprendre leur fonctionnement, leurs
avantages et leurs limites. Il a été ensuite question de choisir une technique d’acqui-
sition et de rechercher les axes de miniaturisation ce qui nous ont conduits au choix
de la spectro-imagerie par transformée de Fourier utilisant un interféromètre à milieux
biréfringents uniaxes qui sépare un faisceau lumineux incident en deux faisceaux de
polarisation orthogonale, jouant ainsi le rôle de la séparatrice dans les interféromètres
classiques. Nous avons ensuite procédé à une modélisation de tels interféromètres afin
de déterminer une configuration optimale associant compacité et résolution spectrale
requise. Cette modélisation a été utilisée pour dimensionner trois prototypes avec des
spécifications précises : deux prototypes dans le moyen infrarouge, l’un entièrement
refroidi et l’autre partiellement refroidi et un prototype dans le lointain infrarouge.
L’étape suivante a consisté à réaliser le prototype partiellement refroidi car celui-ci est
a été le plus simple et rapide à réaliser compte tenu des composants dont nous dispo-
sions. Une fois l’instrument réalisé nous avons procédé à une caractérisation en labora-
toire. Le but ici a été d’évaluer les qualités interférométriques et d’imagerie de chacun
des composants optiques de la chaîne puis de l’ensemble de l’instrument. L’objectif a
ensuite été de tester l’instrument sur le terrain. Pour cela nous avons participé à deux
campagnes de mesures. La première campagne avait pour but de démontrer la capacité
de l’instrument à être facilement mis en œuvre sur le terrain et à identifier les points à
améliorer. Ceci a été fait dans le cadre d’une campagne plus vaste ayant pour but de
montrer l’apport de l’imagerie hyperspectrale infrarouge pour la quantification des gaz
dans un panache de volcan, l’Etna en l’occurrence. Lors de cette campagne, nous avons
utilisé un système de balayage rotatif monté sur un trépied. La deuxième campagne de
mesure a un but essentiellement technologique à savoir démontrer "l’embarquabilité"
de la caméra sur le petit drone à disposition. Cette campagne a été préparée mais n’a
pas pu être réalisée avant la finalisation de ce manuscrit.
Nous avons repris cette démarche pour établir le plan de ce manuscrit. Celui-ci est
constitué de trois parties :
La première partie présentera,s les méthodes d’acquisition du cube hyperspectral
6
et par la suite les solutions d’imagerie hyperspectrale existantes à ce jour qui satisfont
le critère de compacité que nous avons traduit sous forme d’encombrement et de poids
respectivement inférieurs à 5 litres et 5 kg.
La seconde partie portera sur la conception de la caméra hyperspectrale compacte.
Nous présenterons le choix du concept instrumental puis les méthodes que nous avons
mises en œuvre pour aboutir au dimensionnement de nos systèmes.
La troisième et dernière partie sera consacrée à la réalisation et la mise en œuvre
d’un des prototypes dimensionnés précédemment. Les premiers résultats de ce pro-
totype seront également présentés ainsi que les possibilités d’amélioration des perfor-
mances du système.
7
Première partie
État de l’art
9
Introduction
Une scène optique est constituée d’un ensemble d’objets disposés dans l’espace et
qui sont la source d’un rayonnement électromagnétique dont la distribution en fonc-
tion de la longueur d’onde, ou encore spectre, représente une signature caractéristique
qui permet de les identifier parmi d’autres objets. En présence d’une telle scène, il est
possible de ne s’intéresser qu’au contenu spatial ou spectral. L’imagerie hyperspec-
trale elle, s’intéresse aux deux avec le double but de fournir la disposition spatiale et
la signature spectrale des objets de la scène et ceci en utilisant le même capteur. Dans
le cadre de cette thèse nous nous centrerons sur les capteurs fournissant des données
de sorties tri-dimensionnelles, qu’on appellera cube hyperspectral, comportant deux
dimensions spatiales (x, y) et une dimension spectrale (λ).
L’enjeu de cette première partie est de présenter de manière succincte 3 les mé-
thodes couramment utilisées ainsi que des exemples de caméras ou de concepts de
caméras hyperspectrales. Elle sera organisée en deux chapitres. Le premier chapitre
sera consacré à la présentation des méthodes d’acquisition du cube hyperspectral as-
sorties de quelques exemples de réalisations récentes quand il en existe. Les méthodes
d’acquisition seront réparties en deux grandes familles à savoir l’imagerie hyperspec-
trale active et passive. Cette thèse portant sur la conception d’une caméra compacte en
imagerie hyperspectrale passive, nous présenterons l’imagerie hyperspectrale active
uniquement dans un but informatif. Le second chapitre de cette partie sera consacré
aux exemples de caméras hyperspectrales passives ayant une contrainte supplémen-
taire de compacité. L’accent sera mis sur les techniques utilisées par les concepteurs
afin d’aboutir à des caméras à encombrement et poids réduits.
3. Le lecteur trouvera dans la littérature de nombreux ouvrages présentant les techniques d’acquisi-
tion du cube hyperspectral dont ceux de Eismann (E ISMANN, 2012) et Ferrec (F ERREC, 2008)
11
Chapitre 1
Aperçu des techniques d’acquisition
des données hyperspectrales
L’imagerie hyperspectrale a connu de forts développements au cours de ces der-
nières décennies. La possibilité d’acquérir de nombreuses bandes spectrales offre des
informations très détaillées sur les scènes observées ouvrant ainsi la voie vers de nou-
velles utilisations des images pour répondre aussi bien à des problématiques militaires
que civiles. Ces développements sont en partie dûs aux avancées technologiques ma-
jeures qu’ont connues les filières des sources cohérentes lasers d’une part et des détec-
teurs visibles et infrarouges d’autre part. Forts de ces avancées, scientifiques et indus-
triels rivalisent d’ingéniosité afin de générer le cube hyperspectral contenant la réparti-
tion spatiale, sur deux dimensions en général, et la répartition spectrale de la scène ob-
servée. Une chaîne d’imagerie hyperspectrale comporte quatre élements comme pré-
senté par la figure 1.1. On a donc une scène qui émet un rayonnement électromagné-
tique qui est capté par un système optique et transformé en signal électrique numérisé
à l’aide d’un détecteur. Le dernier bloc de la chaîne est un bloc de traitement du signal
plus ou moins élaboré qui permet de construire le cube hyperspectral.
F IGURE 1.1: Chaîne d’imagerie hyperspectrale.
Ce chapitre s’intéresse surtout à la structure des blocs optique et détecteur. Il pré-
sentera en deux grandes parties des techniques instrumentales d’acquisition du cube
12 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
hyperspectral et des exemples de systèmes optiques s’y rattachant. La première par-
tie parlera d’imagerie hyperspectrale active qui se base sur une illumination struc-
turée spectralement pour révéler l’information spectrale contenue dans la scène et la
seconde partie de ce chapitre présentera l’imagerie hyperspectrale dite passive du fait
que le système optique n’utilise que le rayonnement émis par la scène et un composant
optique pour décomposer ou encoder spectralement l’information.
1.1 Cas de l’imagerie hyperspectrale active
Dans ce cas de figure, la scène d’intérêt est éclairée par une illumination dont les
caractéristiques spectrales sont controlées. Cette illumination peut être monochroma-
tique ou polychromatique. Dans le premier cas, le cube hyperspectral est construit as-
sez simplement par acquisition d’une image de la scène à chaque changement de lon-
gueur d’onde de la source. Dans le second cas, la scène est éclairée simultanément à
toutes les longueurs d’onde par une source laser femtoseconde et l’information spec-
trale de la scène est obtenue par transformée de Fourier (TF), on parle alors de spectro-
imagerie à peignes de fréquences. Précisons que notre définition de l’imagerie hyper-
spectrale active fait que la chaîne optique d’un système d’imagerie hyperspectrale ac-
tive ne comporte pas de composant optique d’analyse spectrale, ce qui élimine des
systèmes tels que le lidar.
1.1.1 Systèmes utilisant une source monochromatique accordable
Dans cette catégorie, une source étroite spectralement est associée à une optique
permettant la sélection de la longueur d’onde d’émission. En imagerie hyperspectrale
active, la source large bande est généralement une source laser accordable et plus par-
ticulièrement, un laser à cascade quantique ou un oscillateur paramétrique optique
(OPO).
1.1.1.1 Exemples de systèmes utilisant un laser à cascade quantique
Un laser à cascade quantique (QCL, Quantum Cascade Laser) est un laser à semi-
conducteur unipolaire capable d’émettre sur un large domaine spectral contenant le
moyen (3-5 µm) et lointain (8-12 µm) infrarouge et le Térahertz (10-100 µm). Comme
tout laser, le QCL est constitué d’une source de pompage, d’un milieu amplificateur et
d’une cavité résonante. Ces lasers sont généralement pompés électriquement et contrai-
rement aux milieux amplificateurs des lasers à semi-conducteur classiques qui utilisent
la recombinaison des électrons de la bande de conduction avec les trous de la bande
de valence, les milieux amplificateurs du QCL n’utilisent que la transition des élec-
trons entre les niveaux d’énergie de la bande de conduction (FAIST et al., 1994). Cette
dernière est constituée d’une cascade de puits quantiques séparés par un injecteur qui
permet aux électrons de passer d’une sous-bande d’énergie d’un puit quantique à la
sous-bande d’énergie équivalente du puit quantique suivant par effet tunnel (voir fi-
gure 1.2).
Pour être une source monochromatique accordable en longueur d’onde, le QCL est
associé à une optique sélective en longueur d’onde. Celle-ci est généralement un réseau
de Bragg ou une cavité externe. Lorsque le réseau de Bragg est directement gravé dans
1.1. Cas de l’imagerie hyperspectrale active 13
F IGURE 1.2: principe du QCL (M URPHY, 2012).
le milieu amplicateur, on parle de QCL à réflecteur DFB (Distributed FeedBack) ou de
QCL à réflecteur de Bragg distribué, et la variation de la longueur d’onde d’émission
(accordabilité) se fait par changement de la température du réflecteur ou du courant
d’injection (YANG, F UCHS et WAGNER, 2014). De tels systèmes couvrent des plages
d’accordabilité relativement étroites et en général inférieures à 100 cm−1 , ce qui leur
vaut d’être utilisés dans des applications où un a priori sur la composition spectrale
de la scène est connu. Une autre possibilité pour la sélection de la longueur d’onde
d’émission est l’association du QCL à une cavité externe (EC-QCL) en configuration
Littrow ou Littman-Metcafl (L ITTMAN et M ETCALF, 1978) comme le montre la figure
1.3. Pour ces configurations, la sélection de la longueur d’onde d’émission se fait par
rotation du réseau blazé (fig.1.3.a) ou du miroir mobile (fig.1.3.b). La configuration
Littman-Metcalf permet d’avoir une direction fixe du faisceau sortant mais possède, en
général, une puissance plus faible qu’un EC-QCL en configuration Littrow. Ces cavités
externes offrent une plus grande plage d’accordabilité et certains systèmes atteignent
plusieurs centaines de cm−1 (M AULINI et al., 2006 ; H UGI et al., 2009).
(a) (b)
F IGURE 1.3: QCL à cavité externe (a) configuration Littrow (YANG, F UCHS
et WAGNER, 2014), (b) configuration Littman-Metcalf (B ERNACKI et P HIL -
LIPS , 2010)
14 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
À titre d’exemple, Phillips et al (P HILLIPS et H O, 2008 ; P HILLIPS et al., 2007) ont
présenté un système d’imagerie hyperspectrale active utilisant un EC-QCL en configu-
ration Littman-Metcalf, maintenu à une température de 15◦ C, et associé à une caméra
FLIR à microbolomètres pour la détection à distance (4,2 m) de résidus d’explosifs
(RDX, cyclotriméthylènetrinitramine) dans le lointain infrarouge (7,5-13 µm). On peut
aussi citer le travail de Fuchs et al, sur la détection de traces d’explosifs (TNT et PETN,
tétranitrate de pentaérythritol) en conditions réelles d’opération à une distance maxi-
male de 5 mètres (F UCHS et al., 2010). Dans cet article ils présentent un spectro-imageur
à base d’EC-QCL en configuration Littrow pouvant couvrir un domaine spectral large
de 200 cm−1 autour de 1333 cm−1 (7,0-8,1 µm). Ils démontrent aussi que leur système
peut détecter des traces de TNT et PETN mélangés à d’autres composés (polluants) et
déposés sur la carrosserie de véhicules en reconstruisant leurs spectres avec une réso-
lution spectrale de 0,5 cm−1 . En augmentant la puissance du laser (de 3 mW à 3W), ils
seraient aussi en mesure de détecter ces traces d’explosifs (concentrations inchangées)
à une distance de 50 m.
Bien que ces instruments puissent atteindre une haute résolution spectrale (jusqu’à
0,2 cm−1 ), des précautions doivent toutefois être apportées à l’illumination laser : re-
froidissement ou opération en mode impulsionnel pour éviter l’échauffement du laser,
conception instrumentale particulière pour éviter les sauts de mode (W YSOCKI et al.,
2005). De plus, la qualité des images étant fortement affectée par les effets diffractifs et
le speckle (B ERNACKI et P HILLIPS, 2010), le traitement d’images doit inclure une étape
de "despeckling" afin de réduire le taux de fausses alarmes.
1.1.1.2 Exemples de systèmes utilisant un oscillateur paramétrique optique
Un oscillateur paramétrique optique (OPO), présenté pour la première fois par
Giordmaine et Miller en 1965, est une source de lumière cohérente et monochroma-
tique accordable utilisant un milieu non linéaire (G IORDMAINE et M ILLER, 1965). Afin
de mieux expliquer son fonctionnement, partons de l’équation 1.1 qui présente la rela-
tion qui existe entre la densité de moments dipolaires, P d’un cristal et le champ élec-
→
−
trique complexe incident E (ω, → −r ).Pour des faibles amplitudes du champ électrique,
le mouvement de ces dipôles est assimilable à celui d’un oscillateur harmonique et les
dipôles ainsi créés oscillent à la même fréquence que le champ incident. En revanche,
quand l’amplitude du champ incident augmente, les termes d’ordre supérieur ne sont
plus négligeables devant le terme d’ordre 1 et de nouveaux harmoniques sont générés
dans le spectre du champ émis.
P = 0 (χ · E + χ(2) · E 2 + χ(3) · E 3 + · · · ) (1.1)
Dans les OPO, on se limite à une non-linéarité d’ordre 2 et le signal de pompe
→
−
optique de vecteur d’onde k p est efficacement converti lorsqu’il y a conservation de
l’énergie et accord de phase :
→
− →
− →
− →
−
∆k = kp− ks− kc =0 (1.2)
→
− →
−
avec k s et k c les vecteurs d’ondes des signaux générés.
Lorsque le milieu non linéaire est un cristal biréfringent uniaxe, la condition d’ac-
cord de phase peut être réalisée en utilisant les polarisations du faisceau de pompe et
1.1. Cas de l’imagerie hyperspectrale active 15
des signaux générés. En effet, comme nous le verrons de manière plus détaillée dans le
chapitre 2, il coexiste dans un milieu biréfringent uniaxe deux ondes aux polarisations
orthogonales dites ordinaire (O) et extraordinaire (E). L’indice de réfraction du milieu
vue par l’onde extraordinaire variant avec sa direction de propagation, on peut donc
trouver une position particulière du cristal pour laquelle on a accord de phase, on dit
alors qu’il y a accord de phase par biréfringence. Cependant, pour certains couples de
signaux à générer (λs , λc ), cette position particulière n’est pas toujours définie. On peut
alors recourir à un cristal périodiquement "retourné". Ce dernier est constitué d’un em-
pilement de cristaux non-linéaires férroélectriques et dont le signe de χ(2) est inversé
à chaque couche par application d’un champ électrique (YAMADA et al., 1993 ; T RÄ -
GER , 2007). Dans ce cas, le signal de pompe est efficacement converti en signal utile et
complémentaire si les vecteurs d’ondes vérifient la condition de quasi-accord de phase
définie par la relation 1.3 :
→
− →
− →
− →
− →
−
∆ k = k p − k s − k c = ∆ k cristal (1.3)
→
−
avec ∆ k cristal , le vecteur d’onde du réseau formé par le cristal périodique.
F IGURE 1.4: Schéma de principe d’un OPO et relation de conservation de
l’énergie, on rappelle que ωi = 2π
λi · c, avec i ∈ {c, p, s}.
On a donc à la sortie de la cavité d’un OPO trois signaux (voir fig. 1.4), le signal
de pompe fortement atténué, de longueur d’onde λp , un signal dit utile à la longueur
d’onde λs et un signal complémentaire, généralement appelé "idler" (λc ). Les longueurs
d’onde du signal et de l’idler peuvent être changées par simple modification des carac-
téristiques du milieu non linéaire en changeant la température ou la position du cristal
biréfringent ou par modification de la polarité du cristal périodique par exemple. Cet
accordabilité est plus ou moins facile à obtenir selon le type d’architecture de la cavité
résonante utilisée. En effet, on distingue deux types de cavités principalement : la ca-
vité simplement résonante (SROPO) et la cavité doublement résonante (DROPO). Dans
le cas d’une cavité simplement résonante, l’idler est supprimé par une optique (filtre
ou système de miroirs) alors qu’il est ré-injecté dans la cavité dans le cas d’une cavité
doublement résonante. La ré-injection dans la cavité doublement résonante permet à
ces dernieres d’avoir des puissances seuils de pompe jusqu’à trois fois moins élevées
à puissance de sortie équivalente que les cavités simplement résonante mais elle les
rend aussi plus sensibles aux vibrations mécaniques à cause de la double contrainte
d’accord de phase et de condition de résonance de la cavité pour le signal et l’idler
(T RÄGER, 2007 ; FALK, 1971).
16 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
En 2009, la société OPOTEK, a présenté un système d’imagerie hyperspectrale,
HySPEC, constitué d’un OPO couplé à une fibre optique et d’une caméra. Ici, la lu-
mière retrodiffusée par la scène éclairée par l’OPO à plusieurs longueurs d’onde est
collectée par la caméra. L’OPO dont la conception de la cavité est brevetée (M ARGA -
LITH , 1994), est présentée en figure 1.5.a. L’originalité de cet OPO réside en son mon-
tage cyclique et unidirectionnel permettant aux photons de pompe et de signal utile de
parcourir la cavité toujours dans le même sens et ainsi de tous contribuer à l’amplifi-
cation paramétrique. Cet OPO est pompé par un laser Nd :YAG à 355 nm et émet sur
une plage spectrale allant de 410 nm à 2400 nm avec une largeur spectrale du faisceau
monochromatique de 7 cm−1 (1 nm à λ = 1, 2µm). Le concept instrumental a été va-
lidé dans le proche infrarouge (1-1,7 µm) par une campagne de détection de traces des
explosifs RDX, TNT et PENT (M ARGALITH, N GUYEN et K LUNDER, 2010) et une cam-
pagne de détection de la mélamine dans le gluten de blé (N GUYEN et M ARGALITH,
2009), composant hautement toxique à l’origine du scandale du lait frelaté survenu en
2008 en Chine.
En 2013, le fabricant de lasers, M squared Lasers, qui propose des lasers OPO avec
des longueurs d’onde allant de 1,4 µm au térahertz, a présenté un autre système d’ima-
gerie hyperspectrale active dans le moyen infrarouge (2,6-3,6 µm), utilisant un OPO
dont le cristal non-linéaire périodique, MgO :PPLN, est inséré dans la cavité du laser
de pompe, réduisant ainsi le volume de la source (voir figure 1.5.b). La campagne de
validation du concept a consisté à détecter des traces de substances chimiques dange-
reuses telles que l’acide ascorbique ou le nitrate d’ammonium déposées sur du carton
et placées à 1,5 m de l’instrument (R UXTON et al., 2013). La résolution spectrale de
l’instrument pour ces expériences n’a pas été précisée mais dans les documents com-
merciaux, la résolution spectrale est inférieure à 10 cm−1 (9 nm à λ = 3µm).
Comparés à des spectro-imageurs utilisant des QCLs, les spectro-imageurs à OPO
couvrent des plus grandes plages spectrales d’émission et fournissent plus de puis-
sance en sortie. Cependant leur résolution spectrale est plus faible.
1.1.2 Systèmes à base de peignes de fréquences
L’imagerie hyperspectrale active à base de peignes de fréquences représente une
technique d’acquisition de données hyperspectrales encore avant-gardiste et très peu
utilisée du fait de la jeunesse du laser à peigne de fréquences (la première démonstra-
tion n’a été faite que dans les années 90, cf. S CHLIESSER, P ICQUÉ et H ÄNSCH (2012)). Le
laser à peigne de fréquences émet un spectre large fait de raies fines et équidistantes.
Ce type de signal dans le domaine spectral se traduit dans le domaine temporel par
une série d’impulsions identiques très courtes (voir figure 1.6).
La production d’impulsions femtosecondes par une cavité laser se fait par ver-
rouillage de mode (mode-locking) à l’aide d’un cristal électro-optique ou acousto-
optique inséré dans la cavité (verrouillage actif) ou par un absorbant saturable tel que
le SESAM - SEmiconductor Saturable Absorber Mirror - (verrouillage passif).
Dans la littérature, il existe plusieurs cas d’utilisation de lasers à peignes de fré-
quences pour la spectroscopie à transformée Fourier et dont les montages sont inspi-
rés de l’interféromètre de Michelson (D IDDAMS, 2010 ; B ERNHARDT et al., 2010 ; M AN -
DON, G UELACHVILI et P ICQUÉ , 2009). On distingue deux montages notamment : dans
1.1. Cas de l’imagerie hyperspectrale active 17
(a)
(b)
F IGURE 1.5: Exemple de cavités d’OPO : (a) OPOTEK où (10,15) corres-
pondent au signal de pompe, (12,26), au signal utile, (13), au cristal non
linéaire et (20) à un miroir dichroïque constitué d’une partie réfléchissante
au signal de pompe (23), semi-réfléchissante (24) à λs pour une cavité
SROPO ou λs et λc pour une cavité DROPO et totalement transparente (25)
à λs et λc (b) M Squared Lasers, (tirée de Spectral imaging : active hyperspec-
tral sensing and imaging for remote spectroscopy applications, LaserFocusWorld
2013)
le premier, le faisceau provenant d’un laser femtoseconde est envoyé dans un inter-
féromètre de Michelson à miroir mobile qui crée deux faisceaux déphasés qui sont
utilisés pour analyser l’échantillon placé entre le détecteur et la séparatrice. Le second
montage utilise deux lasers femtosecondes aux fréquences de répétition légèrement
différentes dont les faisceaux sont recombinés par une séparatrice avant de traverser
l’échantillon à analyser situé comme précédemment entre la séparatrice et le détecteur
(S CHLIESSER, P ICQUÉ et H ÄNSCH, 2012). Un tel montage permet de se défaire de la
contrainte de maîtrise du déplacement du miroir mobile mais nécessite l’utilisation de
deux lasers. L’utilisation des peignes de fréquences pour la spectro-imagerie à trans-
formée de Fourier reste limitée par la nécessité d’imageurs ultra-rapides (fréquence
trame d’environ 100 kHz). En 2013, Ideguchi et al (I DEGUCHI et al., 2013), ont néan-
moins démontré qu’il était possible de faire de la spectro-imagerie Raman avec des
18 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
F IGURE 1.6: Forme temporelle et spectral du signal issu d’un laser fem-
toseconde. En haut : la porteuse du champ électrique se meut à la vitesse
de phase alors que son enveloppe est gouvernée par la vitesse de groupe,
différente. La porteuse se déphase donc de ∆φ après chaque tour de ca-
vité par rapport à l’enveloppe de l’impulsion. En bas : de ce déphasage
∆φ
impulsion-à-impulsion résulte un décalage fréquentiel f0 = 2πτ rt
qui em-
pêche le peigne d’être formé d’harmoniques exactes de la fréquence de
répétition des impulsions frep (H ÄNSCH et P ICQUÉ, 2010).
peignes de fréquences. Pour cela, ils ont utilisé le second montage à deux peignes de
fréquences afin d’analyser une plaque capillaire remplie d’un mélange d’héxafluoro-
benzène (C6 F6 ), de nitrométhane (CH3 N O2 ) et de toluène (C7 H8 ). Ils ont reconstruit le
spectre Raman de 45 x 45 points de la plaque en seulement 40,5 secondes avec une réso-
lution spectrale de 10 cm−1 (voir figure 1.7) qui reste bien en dessous des performances
obtenues en spectrométrie non imageante.
F IGURE 1.7: Banc et résultats d’imagerie hyperspectrale Raman avec des
peignes de fréquences, les miroirs modulateurs de fréquences (chirped
mirrors) servent à la compensation de la dispersion de la vitesse de groupe
des ondes de deux lasers (I DEGUCHI et al., 2013).
1.2. Cas de l’imagerie hyperspectrale passive 19
1.1.3 Conclusion sur l’imagerie hyperspectrale active
Comme on a pu le voir, l’élément clé du spectro-imageur actif est la source d’illumi-
nation. Celle-ci détermine les caractéristiques de l’instrument telles que son domaine
spectral de travail et sa résolution spectrale. Ces sources d’illumination peuvent être
classées en deux principales catégories : les sources monochromatiques accordables et
les peignes de fréquences. De nombreuses sources sont proposées à la vente et généra-
lement elles visent des applications aux spécifications bien définies. Ce qui fait qu’on
ne pourra pas définir des critères de comparaison et classer de manière immuable ces
sources. Toutefois, on observe une tendance globale sur les critères de plage spectrale,
de dimensions et de puissance. En effet, pour une utilisation en imagerie hyperspec-
trale active, il est préférable d’utiliser dans la famille des lasers à cascade quantiques,
un EC-QCL qui offre une plus grande plage d’accordabilité, de l’ordre de la centaine
de cm−1 . Ce dernier couvre cependant une plage spectrale nettement plus petite qu’un
OPO qui va de 1000 à 10 000 cm−1 ou qu’un laser femtoseconde. Le même classement
s’applique si on regarde le critère de puissance (0,1 W pour les EC-QCLs, 0,8 à envi-
ron 2 W pour les OPO, et 1 à 20 W pour les lasers femtosecondes). Par contre, lorsque
qu’on regarde le volume ou le poids de ces sources, les EC-QCLs sont les plus petits
alors que les OPO et lasers femtosecondes ont des caractéristiques équivalentes. L’utili-
sation de ces sources en imagerie hyperspectrale active reste confrontée cependant aux
limitations inhérentes à ce type d’imagerie : distance de détection relativement courte
(dizaines de mètres), faible champ de vue.
1.2 Cas de l’imagerie hyperspectrale passive
En imagerie hyperspectrale passive, le rayonnement émis par la scène est décom-
posé ou encodé par un composant optique qui sert de sonde spectrale. Depuis les
années 2000, de nombreux instruments d’imagerie hyperspectrale passive ont vu le
jour. Ces derniers peuvent être classés en fonction du type de mesures brutes qu’ils
fournissent en sortie et on distingue des caméras hyperspectrales à sortie directe et
des caméras hyperspectrales à sortie multiplexée. Un état de l’art de ces techniques
d’acquisition et des instruments a été dressé en 2008 par Ferrec (F ERREC, 2008) et on
propose ici de présenter rapidement ces concepts, avec une mise à jour des exemples.
1.2.1 Caméras hyperspectrales à sortie directe
Une caméra hyperspectrale à sortie directe est une caméra pour laquelle il n’y a
pas de mélange des informations spectrales et spatiales issues de points différents de
la scène. Autrement dit, les informations d’un point de la scène sont adressées sur un
canal de sortie unique, en l’occurrence un pixel ou une famille de pixels. Ceci peut être
fait comme nous allons le voir, par le biais d’éléments dispersifs ou de filtres.
1.2.1.1 Spectro-imageurs à éléments dispersifs
Bien que les effets de dispersion et de diffraction de la lumière soient connus de-
puis très longtemps, il a fallu attendre des physiciens tels que Huyghens, Newton,
20 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
Young ou Fresnel pour expliquer scientifiquement leur origine. De nos jours, la spectro-
imagerie utilisant des éléments dispersifs (prismes, réseaux ou combinaison des deux,
"grisms") représente une des techniques classiques pour récolter les informations spec-
trales d’une scène et ces éléments peuvent être utilisés seuls, ou associés à des masques
spatiaux.
Concernant les caméras hyperspectrales utilisant uniquement un prisme ou un ré-
seau, le principe instrumental le plus courant est le suivant : une portion étroite de la
scène est observée grâce à une fente et la lumière issue de cette dernière est décom-
posée spectralement par un élément dispersif avant d’être imagée sur une ligne du
détecteur, chaque ligne de ce détecteur étant alors associée à une longueur d’onde. Un
système de balayage permet de déplacer l’instrument et d’obtenir ainsi les spectres de
tous les points de la scène. On retrouve par exemple les montages de Dyson et Offner,
présentés en figure 1.8, qui ont pour principaux avantages de réduire les aberrations
(D YSON, 1959 ; O FFNER, 1973) et le volume de l’instrument par repliement du système
optique (J OHNSON et H OOK, 2016).
(a) (b)
F IGURE 1.8: Exemples de spectro-imageurs à réseaux : (a) Montage de
Dyson d’après (WARREN et al., 2010) (b) Montage d’Offner (H EADWALL,
2016a).
Au schéma précédent, on peut préférer un schéma où la fente est remplacée par
un masque spatial et répartir l’information spectrale d’un point sur plusieurs pixels
si l’on dispose de grands plans focaux. C’est le schéma qu’a utilisé la société Bodkin
Design and Engineering pour sa ligne de produits HPA (Hyper Pixel Array). Ces ca-
méras permettent d’acquérir l’ensemble du cube hyperspectral en une mesure grâce
à un masque de trous (voir la figure 1.9.a). L’information spectrale est répartie dans
une direction oblique (16◦ pour le produit cité voir figure 1.9.b). La société affiche dans
son catalogue six caméras hyperspectrales lui permettant de couvrir un large domaine
spectral allant de 0,45 µm à 10,8 µm. Cependant les performances en matière de résolu-
tion spectrale et spatiale se dégradent dans l’infrarouge (60 bandes et 5 mrad de champ
de vue élémentaire dans le moyen et lointain infrarouge contre 100 à 450 bandes et en-
viron 1,5 mrad dans les autres domaines spectraux, voir B ODKIN et al. (2009)) et ceci à
cause des petites dimensions des détecteurs sur ces domaines spectraux.
Dans la technique d’acquisition précédente, la matrice de trous peut être remplacée
par des miroirs découpeurs de champ (principe du spectromètre MUSE, H ÉNAULT
et al. (2003)), par une matrice de micro-lentilles (spectromètre IRIS, D E P ONTIEU et
al. (2014)) ou de fibres. Ces composants, placés au niveau du plan image, créent une
1.2. Cas de l’imagerie hyperspectrale passive 21
(a)
(b)
F IGURE 1.9: (a) Principe optique de la ligne des instruments HPA (Hyper
Pixel Array) de la société Bodkin Design and Engineering. (b) Répartition
de l’information spectrale sur le détecteur. (B ODKIN et al., 2012).
série de sous images de la scène qui sont décomposées spectralement par un élément
dispersif. On parle dans ce cas de spectro-imagerie intégrale de champ (cf. figure 1.10).
F IGURE 1.10: Spectro-imageur intégral de champ à matrice de micro-
lentilles, à fibres et à miroirs (d’après (K AMANN, 2015), crédit : M. West-
moquette).
Le principal avantage de ces techniques sur les spectro-imageurs à une fente clas-
sique est la possibilité d’acquérir instantanément une image hyperspectrale à deux
dimensions spatiales. Cependant, à moins de disposer de très grands plans focaux, le
cube hyperspectral est obtenu à basse résolution spectrale et spatiale.
22 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
1.2.1.2 Spectro-imageurs à filtres
Une autre technique très courante pour obtenir l’information spectrale est de ne
laisser entrer dans le bloc optique que les longueurs d’onde d’intérêt les unes après les
autres. Ceci peut être fait par un ensemble de filtres interchangeables et disposés sous
la forme d’une roue ou d’une matrice ou par des filtres plus élaborés comme des filtres
accordables ou linéairement variables.
Un filtre accordable est un filtre dont la bande passante peut être changée mécani-
quement ou électriquement. On distingue les filtres de Fabry-Perot, les filtres acousto-
optiques, les filtres à cristaux liquides ou encore les filtres à réseau de Bragg.
(a) (b)
(c) (d)
F IGURE 1.11: Exemples de filtres communément utilisés en spectro-
imagerie : (a) Filtre de Fabry-Perot (S MITH, 2013). (b) Filtre acousto-
optique (G UPTA, 2005). (c) Filtres à cristaux liquides. (d) Filtres linéaire-
ment variable (P UST, 2016).
Un filtre de Fabry-Perot est constitué de deux miroirs dont les faces en regard, par-
tiellement réfléchissantes, formant une cavité optique résonante à un ensemble de lon-
gueurs d’onde séparées par un intervalle spectral libre (cf. figure 1.11.a). Le change-
ment de longueur d’onde de transmission se fait par variation de la distance entre les
miroirs ou de l’indice du milieu entre les miroirs. Ce filtre présente l’avantage de cou-
vrir tous les domaines spectraux de l’ultra-violet au lointain infrarouge et ceci avec de
très hautes résolutions spectrales. Ce type de filtre a par exemple été ajouté à une ca-
méra infrarouge (8-11 µm) refroidie à 65 K pour créer l’instrument AIRIS-WAD (Adap-
tative InfraRed Imaging Spectroradiometer-Wide Area Detector), instrument qui a été
utilisé pour la détection de vapeurs chimiques par l’US Army en 2009. AIRIS-WAD
1.2. Cas de l’imagerie hyperspectrale passive 23
possède une résolution spectrale de 10 cm−1 et spatiale de 2,2 mrad, un champ de vue
est de 32 x 32◦ et un nombre d’ouverture de 1,2 (M ARINELLI et al., 2013 ; M ARINELLI
et al., 2005).
Un filtre acousto-optique est constitué d’un cristal biréfringent dans lequel une
onde acoustique, créée par un transducteur piézo-électrique attaché au cristal, se pro-
page (voir figure 1.11.b). Cette onde acoustique crée ainsi un réseau de diffraction vo-
lumique qui ne diffractera que le faisceau dont la longueur d’onde vérifie la condition
d’accord de Bragg. On démontre que la longueur d’onde du faisceau diffracté et la
largeur spectrale à mi-hauteur s’écrivent :
v∆n
q
λd = sin2 (2θi ) + sin4 (θi ) (1.4a)
f
0.9λ2d
∆λ ≈ (1.4b)
∆n · L · sin θi 2
avec ∆n = ne − no , la biréfringence du matériau, f , la fréquence de l’onde acous-
tique et v sa vitesse, θi , l’angle d’incidence du faisceau incident et L, la largeur d’inté-
raction entre l’onde acoustique et le cristal (C HANG et K ATZKA, 1982 ; V ILA -F RANCÉS
et al., 2010). Ces relations montrent qu’il suffit de changer le pas du réseau épais pour
changer la longueur d’onde du faisceau diffracté, mais aussi qu’il existe une variation
de la résolution spectrale avec la longueur d’onde centrale du filtre qu’il faut prendre
en compte lors du traitement des images hyperspectrales acquises avec ce type d’ins-
trument. Ce type de filtre est très utilisé dans le domaine de l’imagerie médicale et la
société Gooch & Housego par exemple, développe des "microscopes hyperspectraux"
en associant ces filtres d’une largeur allant de 1 à 6 nm environ, à des microscopes
pour de l’imagerie (WARD et al., 2010). Un tel système a notamment été utilisé pour la
détection de différents types de salmonelles sérotypes à des stades variés d’incubation
(C OFFEY, 2015 ; E ADY et PARK, 2015).
(a) (b)
F IGURE 1.12: Exemple de microscope hyperspectral à base d’AOTF. (a)
Système utilisé pour l’étude de salmonelle sérotype (E ADY et PARK, 2015),
(b) Exemple de module hyperspectral commercialisé par Gooch et Hou-
sego pour de la microscopie hyperspectrale (WARD et al., 2010).
Il est aussi intéressant de mentionner l’utilisation particulière de filtre à réseau de
Bragg faite par la société canadienne Photon etc. (B LAIS -O UELLETTE, D AIGLE et TAY-
LOR , 2006 ; B LAIS -O UELLETTE et al., 2004). En effet, ils proposent deux systèmes d’ima-
gerie hyperspectrale V-EOS (400-1000 nm) et S-EOS (1000-2300 nm) ayant respective-
ment 2 et 4 nm de résolution spectrale. L’instrument comporte deux filtres : un premier
24 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
réseau de Bragg sert de filtre en réflexion et la longueur d’onde réfléchie est changée
par modification de l’angle d’incidence des rayons sur ce réseau. Puisque les diffé-
rentes longueurs d’onde associées à un point de la scène n’ont pas le même angle de
réflexion, un deuxième réseau de Bragg est utilisé pour compenser cette dispersion.
Ces instruments sont cependant volumineux (305 mm x 610 mm x 270 mm et 20 kg)
limitant ainsi leur utilisation à certaines applications.
On attribue la découverte des cristaux liquides au botaniste et chimiste autrichien
Friedrich Reinitzer. Ce dernier a observé en 1888 que le benzoate de cholestéryle pos-
sède deux températures de fusion, 145,5 ◦ C et 178,5 ◦ C, réfléchit de la lumière polarisée
circulairement et fait tourner le plan de polarisation de la lumière (W IKIPÉDIA, 2016).
Depuis, ces phénomènes physiques ont été expliqués et aujourd’hui les cristaux li-
quides sont très utilisés pour la fabrication des écrans plats (LCD) ou des modulateurs
optiques. Leur utilisation en imagerie hyperspectrale se fait principalement sous la
forme de filtres accordables. La configuration la plus courante est celle de Lyot-Ohman
(E VANS, 1949) qui est composée d’une succession de blocs constitués de lames biréfrin-
gentes, de cristaux liquides et de polariseurs (cf. figure 1.11.c). L’épaisseur et l’orienta-
tion de l’axe optique du cristal biréfringent ainsi que la tension appliquée aux cristaux
liquides sont choisies de manière à introduire une transmission spectrale de profil si-
nusoïdal et dont la période varie d’un étage à l’autre, ce qui résulte en un filtre interfé-
rentiel transmettant une longueur d’onde donnée qui peut être modifiée en changeant
la tension appliquée aux cristaux liquides (A HARON et A BDULHALIM, 2009). L’utilisa-
tion de ces filtres est cependant limitée par le domaine de transmission des cristaux
liquides (visible-proche infrarouge).
Enfin, il est aussi courant de trouver en imagerie hyperspectrale des systèmes uti-
lisant des filtres linéairement ou circulairement variables. Ceux-ci se basent sur des
interférences à ondes multiples, comme dans un filtre de Fabry-Perot, et utilisent la va-
riation de l’épaisseur de la cavité selon une direction de la surface du filtre pour faire
varier la longueur d’onde transmise. C’est le principe qui est utilisé par la société da-
noise Delta Optical Thin Film P UST (2016) et le centre de recherche belge Imec (TACK
et al., 2012).
1.2.1.3 Conclusion
Nous avons vu que les caméras hyperspectrales à sortie directe utilisent générale-
ment des éléments dispersifs ou filtres ou les deux à l’instar de l’instrument AHI déve-
loppé à l’université d’Hawaii qui combine un réseau et un filtre linéairement variable
afin d’améliorer les performances radiométriques de l’instrument (L UCEY, W ILLIAMS
et W INTER, 2004). Le choix de principe instrumental à utiliser dépend fortement des
performances à atteindre. Le réseau possède l’avantage de pouvoir être beaucoup plus
résolvant qu’un prisme. Néanmoins, l’association de prismes faits de matériaux diffé-
rents permet de réduire significativement leur dispersion angulaire par compensation
mais une telle opération contribue à augmenter l’encombrement du système. Toute-
fois, les prismes présentent généralement une meilleure transmission qu’un réseau 1 .
Par ailleurs, il peut être nécessaire d’insérer à la suite du réseau un filtre afin d’éviter
le recouvrement de deux faisceaux de différentes longueurs d’onde provenant d’ordre
1. les pertes du prisme étant dues principalement aux réflexions sur les faces et à l’absorption du
matériau
1.2. Cas de l’imagerie hyperspectrale passive 25
de diffraction voisin. Quant aux systèmes à filtres, leurs performances dépendent de
la technologie utilisée. À titre d’exemple, les filtres à cristaux liquides ne fonctionnent
pas dans le moyen et lointain infrarouge.
1.2.2 Caméras hyperspectrales à sortie multiplexée
La sortie de ce type de caméra est un mélange d’informations spectrales issues de
plusieurs points de la scène qui nécessite une étape de traitement de signal plus éla-
borée qu’une simple correction de défauts afin d’obtenir les informations spectrales de
chaque point. On distingue notamment des caméras hyperspectrales à lentilles diffrac-
tives, à codage d’ouverture, à spectro-tomographes et à transformée de Fourier.
1.2.2.1 Caméras hyperspectrales à lentille diffractive
Ces caméras exploitent le fort chromatisme axial des optiques diffractives pour dé-
composer spectralement la scène. Le cube hyperspectral est ensuite construit soit par
translation du détecteur d’un foyer chromatique à l’autre soit par translation de la
lentille pour les mises au point. C’est ce dernier principe qui est à la base de l’ins-
trument Warlock, dévéloppé en 2009 par les équipes de Pacific Advanced Technology
(PAT). Cette caméra hyperspectrale infrarouge (8,5-10,5 µm), ouverte à F/2,38, utilise
une lentille diffractive en germanium (focale de 70 mm à λ = 8µm) et un détecteur
MCT refroidi à 65 K pour une résolution spectrale de 34 nm à λ = 9µm, soit 4,2 cm−1
ainsi qu’une résolution spatiale de 0,57 mrad (G UPTA, 2008).
F IGURE 1.13: Warlock, caméra hyperspectrale à base d’optique diffractive
(G UPTA, 2009).
Dans un tel système, le multiplexage des informations spatiales et spectrales n’est
pas un avantage mais une limitation et un filtrage numérique doit être appliqué aux
images brutes avant la reconstruction des spectres.
1.2.2.2 Caméras hyperspectrales à codage d’ouverture
Ce type de caméra reprend un schéma proche de celui évoqué au paragraphe 1.2.1.1
sauf qu’ici un masque bidimensionnel, qui sert de filtre spatial, remplace la fente dans
un plan image intermédiaire. Lorsque le masque sert également de filtre spectral, on
parle de spectro-imageur à codage spatial du spectre. Ce masque peut être considéré
26 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
comme une multitude de petites fentes qui permettent ainsi d’améliorer l’étendue géo-
métrique du système. Il est possible dans ces systèmes de compenser la dispersion in-
troduite par le premier composant dispersif afin d’obtenir un multiplexage de l’infor-
mation spectrale uniquement (cf. fig. 1.14.a). Lorsque le masque est utilisé uniquement
comme un filtre spatial, la divergence chromatique introduite par l’élément dispersif
n’est pas compensée, ce qui résulte en un étalement des informations spectrales d’un
point de la scène sur plusieurs pixels (cf. fig. 1.14.b). Le masque bidimensionnel géné-
ralement utilisé dans ce cas de figure est une matrice d’Hadamard mais on peut aussi
retrouver des masques harmoniques ou de Legendre dont la fabrication reste très com-
plexe (M ENDE et al., 1993 ; G EHM et al., 2006).
(a) (b)
F IGURE 1.14: Exemples de concepts caméras de hyperspectrales à codage
d’ouverture. (a) Principe de l’imageur hyperspectral à codage spectral
d’ouverture (F ERREC, 2008). (b) Principe de l’imageur hyperspectral à co-
dage spatial d’ouverture (H AGEN et K UDENOV, 2013)
F IGURE 1.15: FAst Reconfigurable Optical Sensor (FAROS) (V UJKOVIC -
C VIJIN et al., 2012).
Comme exemple de caméra hyperspectrale à codage spatial d’ouverture, on peut
citer l’instrument FAROS (FAst Reconfigurable Optical Sensor) présenté en figure 1.15.
Cette caméra infrarouge refroidie (3,5-6,5 µm) ouverte à F/2,8, utilise un masque fait
de 1024 x 768 micro-miroirs et un réseau en montage Offner pour produire un cube
hyperspectral de 320 x 256 pixels x 83 canaux spectraux. Le concept a été validé par
1.2. Cas de l’imagerie hyperspectrale passive 27
une campagne de détection de gaz lors de tirs de roquettes. (V UJKOVIC -C VIJIN et al.,
2012).
1.2.2.3 Spectro-tomographes imageurs
Un spectro-tomographe imageur est un instrument alliant les concepts de l’ima-
gerie tomographique à la spectrométrie. L’imagerie tomographique permet de recons-
truire un objet tri-dimensionnel à partir de ses différentes projections bi-dimensionnelles.
De ce fait, cette technique peut être appliquée à la reconstruction du cube hyperspec-
tral. La projection de ce cube se fait généralement soit par rotation d’un prisme à vision
directe (prisme d’Amici) soit à l’aide d’un réseau bi-dimensionnel.
Un prisme d’Amici est une combinaison de prismes dont les propriétés de disper-
sion de la lumière (matériau et angle du prisme) sont choisies de manière à ne pas
dévier le faisceau pour une longueur d’onde donnée, ce qui permet dans le cadre d’un
spectro-tomographe imageur de maintenir l’image centrée sur le détecteur lors de la
rotation du prisme autour de l’axe optique (voir figure 1.16.a). Ce concept a été pro-
posé pour la première fois en 1995 par Mooney (M OONEY, 1995). Les équipes de l’Air
Force Institute of Technology s’en sont inspiré pour faire un démonstrateur (B OSTICK
et P ERRAM, 2012) opérant dans le visible et proche infrarouge (400-900 nm) avec une
résolution spectrale allant de 0,6 à 10 nm et spatiale de 0,6 mrad.
(a)
(b)
F IGURE 1.16: Exemples de spectro-tomographes imageurs. (a) Spectro-
tomographe imageur à prisme rotatif (M URGUIA, 2001). (b) Spectro-
tomographe imageur à réseau bi-dimensionnel (D ERENIAK, 2013)
Les projections du cube hyperspectral peuvent aussi se faire en une acquisition par
l’utilisation d’un réseau de diffraction bi-dimensionnel. Un tel système a été proposé
28 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
par Descours et al en 1995 (D ESCOUR et D ERENIAK, 1995). Le réseau de diffraction est
constitué de motifs de réseaux sinusoïdaux croisés. Un tel motif répartit les ordres de
diffraction selon différentes directions de projection dans le plan image comme on peut
le voir sur la figure 1.16.b.
1.2.2.4 Caméras hyperspectrales à transformée de Fourier
Les caméras hyperspectrales à transformée de Fourier représentent une autre classe
de caméras hyperspectrales à sortie multiplexée. Le principe de ce type de caméra est
le suivant : un point de la scène caractérisé par ses coordonnées spatiales (xpt , ypt ) et son
spectre B(σ) est observé à travers un système optique composé d’un interféromètre à
deux ondes et d’un imageur que l’on suppose sans aberrations. On note δ la différence
de marche pour ce point entre les deux voies de l’interféromètre. L’intensité, I(δ), sur le
détecteur étant la somme incohérente de toutes les contributions spectrales de l’objet,
on peut écrire de manière très simpliste :
Z ∞
I(δ) ∝ B(σ) · T (σ, δ) dσ (1.5)
0
1
avec T (σ, δ) = (1 + cos(2πσδ), la transmission spectrale de l’interféromètre et σ =
2
1
λ
, le nombre d’onde. Cette relation peut encore s’écrire sous la forme :
Z ∞ Z ∞
1
I(σ) ∝ B(σ) · (1 + cos(2πσδ)) dσ ∝ Cte/δ + B(σ) · cos(2πσδ) dσ (1.6)
0 2 0
Le deuxième terme de cette somme s’écrit donc comme la transformée de Fourier
en cosinus du spectre B(σ). La relation 1.6 montre que la sortie d’une telle caméra
n’est pas directement le cube hyperspectral (x, y, σ) mais un cube interférométrique
(x, y, δ), avec δ les différences de marche de l’interféromètre et qui est relié au cube
hyperspectral par une relation de transformée de Fourier.
Les interféromètres généralement utilisés pour concevoir ces caméras sont l’interfé-
romètre de Michelson à miroirs plans ou à coins de cube (cf. fig. 1.17.a), l’interféromètre
de Sagnac, constitué de deux ou trois miroirs plans et d’une séparatrice (cf. fig. 1.17.b
et c), et les interféromètres biréfringents (F RANÇON et M ALLICK, 1971) dont la des-
cription détaillée sera faite plus loin dans le manuscrit. Ces interféromètres peuvent
être utilisé selon trois modes de fonctionnement : un mode instantané ou "snapshot",
un mode temporel et un mode statique. Dans le mode "snapshot", l’ensemble du cube
interférométrique est acquis en une seule mesure. Dans le mode temporel, l’image de
la scène à analyser reste fixe et une partie mobile au sein de l’interféromètre est dépla-
cée afin de construire dans le temps le cube interférométrique. Par exemple, lorsque
l’interféromètre est l’un des interféromètres Michelson mentionnés-ci dessus, le cube
interférométrique est construit en déplaçant un des deux miroirs, l’autre étant main-
tenu fixe. Dans le mode statique, l’ensemble des différences de marches créées par
l’interféromètre est figé et c’est la scène observée par la caméra qui est modifiée dans
le temps, il n’y a pas de composant mobile au sein de l’interféromètre.
Les caméras hyperspectrales à transformée de Fourier utilisant des interféromètres
de type Michelson en mode de fonctionnement temporel sont à un stade de maturité
technologique avancé et certaines sont disponibles commercialement chez des fabri-
cants tels que Bruker (HI 90, (R OSI et al., 2013 ; S ABBAH et al., 2012), Telops (ligne
1.2. Cas de l’imagerie hyperspectrale passive 29
(a) (b) (c)
F IGURE 1.17: Exemples d’interféromètres utilisés en spectro-imagerie. (a)
Interféromètre de Michelson à coin de cube. (b) Interféromètre de Sagnac
à deux miroirs et à trois miroirs (c) (L UCEY, H ORTON et W ILLIAMS, 2008).
de produit Hyper-Cam (T ELOPS, 2016 ; G AGNON et al., 2014) dans le proche-moyen
et lointain infrarouge - 1,5-5,4 µm et 7,7-11,8 µm ) ou Bomem (P REL et al., 2011). Les
autres caméras sont pour la plupart au stade de systèmes de mesures opérés par un
laboratoire et on peut citer à titre d’exemple les caméras à un interféromètre de Mi-
chelson des équipes de l’ONERA (C OUDRAIN et al., 2015), du centre de recherche sué-
dois FOI (B ERGSTROM et al., 2010) ou encore du centre technologique de Karlsruhe
(O LSCHEWSKI et al., 2013), à interféromètre de Sagnac de l’université d’Hawaï (L UCEY
et al., 2013) et de la société israélienne CI-Systems (C ABIB et al., 2005).
Il est intéressant de mentionner que moyennant quelques modifications des sys-
tèmes précédents, on peut procéder à une détection hétérodyne. Celle-ci permet de
transposer l’information contenue dans un domaine spectral allant de la fréquence
1
nulle à la fréquence maximale du signal (σmax = λmin ) à un domaine plus restreint.
Pour cela il faut que l’interféromètre utilisé soit tel que, en tout point du plan des
franges, la différence de marche soit nulle à une fréquence σ0 . Cette condition peut
être remplie en introduisant un élément dispersif sur le parcours de la lumière dans
l’interféromètre ou en remplaçant les miroirs de l’interféromètre par des réseaux en
réflexion.
Sur ce principe, Harlander a proposé en 2010, un concept de caméra hyperspectrale
hétérodynée à champ de vue étendu dans l’ultra-violet (305-310 nm). Cette caméra uti-
lise un interféromètre de type Michelson réalisé dans un bloc monolithique avec des
réseaux à la place des miroirs et des prismes afin d’augmenter le champ de vue (H AR -
LANDER et al., 2003). Elle a été réalisée pour l’analyse de la fluorescence des molécules
d’oxyde d’hydrogène (OH) sous une excitation solaire dans la mésosphère avec un
pouvoir de résolution de 26 500, soit une résolution spectrale d’environ 0,03 cm−1 et
un champ de vue de 10◦ . La même équipe a présenté plus récemment et toujours sur le
même principe instrumental, la caméra MIGHTI destinée à l’imagerie hyperspectrale
des radicaux chimiques de la thermosphère (E NGLERT et al., 2015).
30 Chapitre 1. Aperçu des techniques d’acquisition des données hyperspectrales
F IGURE 1.18: Interféromètre de la caméra SHIMMER, caméra hyperspec-
trale à hétérodynage spatial (H ARLANDER et al., 2003).
1.3 Conclusion
Comme nous avons pu le voir, il existe de nombreuses techniques d’acquisition du
cube hyperspectral que l’on peut regrouper sous les deux grandes catégories d’ima-
gerie hyperspectrale active et imagerie hyperspectrale passive. L’imagerie hyperspec-
trale active utilise soit une source dont le profil spectral d’émission (domaine spectral
et bande passante étroite) est modifiable soit un laser à peigne de fréquences. Alors que
dans le premier cas, la technologie est mature et des systèmes commerciaux existent,
l’utilisation des peignes de fréquences reste limitée par la nécessité de caméras ultra-
rapides. L’imagerie hyperspectrale passive quant à elle, est à un stade de développe-
ment technologique bien plus avancé. Comme on a pu le voir, le cube hyperspectral
(x, y, λ) peut être obtenu directement en utilisant des composants optiques tels que des
filtres ou des éléments dispersifs ou après une étape de traitement d’images lorsque la
sortie de l’instrument est multiplexée.
Ces techniques d’acquisition en imagerie hyperspectrale passive ont été mise en
œuvre dans un très grand nombre d’instruments et il est impossible de faire une des-
cription détaillée de tous les instruments réalisés. Ce travail de thèse portant sur la
conception d’une caméra hyperspectrale compacte, on se posera donc la limite de pré-
senter uniquement les caméras hyperspectrales passives ou concepts de caméra dont
le volume est inférieur à 5 litres et le poids à 5 kg. La description des systèmes nous
permettra également de montrer les performances et limites de ces techniques d’acqui-
sition.
31
Chapitre 2
Exemples de caméras hyperspectrales
passives compactes
Les techniques d’acquisition présentées au chapitre précédent servent de point de
départ pour la conception des caméras hyperspecrales et très souvent des modifica-
tions y sont apportées afin de répondre à des besoins précis. À la vue de cet ensemble
de techniques et des multitudes de variantes possibles, notre état de l’art se limitera
aux caméras ou concepts de caméras qui vérifient la condition de compacité que l’on
fixe à des spécifications de masse inférieur à 5 kg et volume inférieur à 5 litres, avec
une attention particulière pour les instruments fonctionnant dans le moyen et lointain
infrarouge. La présentation de ces instruments sera faite selon le type de composant
optique utilisé pour analyser spectralement le flux issu de la scène à savoir : les filtres,
les éléments dispersifs, les multiplexeurs à transformée de Fourier et les autres multi-
plexeurs.
2.1 Récents développements instrumentaux sur la théma-
tique des caméras hyperspectrales compactes à filtre
Au premier chapitre, nous avons vu que les filtres les plus utilisés en imagerie hy-
perspectrale passive, qu’on appellera tout simplement imagerie hyperspectrale désor-
mais, sont le filtre acousto-optique, le filtre à cristaux liquides, les filtres interférentiels
et le filtre accordable de Fabry-Perot.
2.1.1 Caméras hyperspectrales compactes à filtre acousto-optique
Sur le marché des caméras hyperspectrales compactes à filtre acousto-optique (AOTF),
la société Brimrose s’impose comme étant l’acteur principal et ceci grâce à un parte-
nariat avec l’armée américaine (US Army Research Laboratory) où de nombreux tra-
vaux de recherche sur les filtres acousto-optiques ont été menés depuis les années
2000 (S INGH et al., 2001 ; G UPTA et V OLOSHINOV, 2005 ; K IM et al., 2007 ; G UPTA,
2008). Brimrose commercialise ainsi depuis 2010 deux lignes de caméras hyperspec-
trales compactes : VA2010 et IS510-0.90-1.70. Ces caméras couvrent des portions d’un
domaine spectral allant de 400 nm à 1700 nm avec notamment deux plages de varia-
tions de la résolution spectrale : 2-5 nm et 5-20 nm. Les résolutions spatiales quant
elles, peuvent atteindre 89 µrad. Ces caméras sont très compactes et pèsent un peu
moins de 1,5 kg en incluant l’objectif de tête mais elles nécessitent un générateur de
32 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
radio-fréquences qui augmente l’encombrement et le poids de l’ensemble. Ces ima-
geurs hyperspectraux qui sont surtout présents dans le domaine de l’imagerie médi-
cale, souffrent cependant de limitations propres à la technologie. En effet, comme pré-
senté au premier chapitre, un filtre acousto-optique diffracte le faisceau dont le vecteur
d’onde vérifie la condition d’accord de phase, cependant cet angle de séparation entre
l’ordre diffracté et l’ordre zéro peut ne pas être suffisamment élevé. Dans certaines
configurations, optiques cette faible séparation angulaire laisse un résidu de lumière
non diffractée entrer dans le diaphragme de champ créant ainsi de la lumière parasite
supplémentaire dans le système. D’autres limitations moins gênantes sont la variation
chromatique de cet angle liée tout simplement à la loi des réseaux, qui génère un dé-
placement chromatique de la scène sur le détecteur et une variation chromatique de la
résolution spectrale et qu’il faut prendre en compte dans le traitement des images. Les
contraintes les plus sévères restent cependant l’existence de cristaux biréfringents pour
les domaines spectraux moyen et lointain infrarouge, un petit champ de vue (≤ 16◦ ),
l’échauffement du cristal avec l’augmentation de la fréquence du transducteur piézo-
électrique et la non-uniformité d’efficacité de diffraction en fonction de la zone éclairée
du cristal (V ILA -F RANCÉS et al., 2010).
F IGURE 2.1: Brimrose, caméra hyperspectrale à AOTF dans le SWIR (900-
1700 nm), 6 à 20 nm de résolution spectrale et 436 µrad de résolution spa-
tiale (B RIMROSE, 2016).
2.1.2 Caméras hyperspectrales compactes à filtre à cristaux liquides
Tout comme les AOTF, les filtres à cristaux liquides accordables (LCTF) sont très
employés dans le domaine de l’imagerie médicale. Grâce à leur accordabilité via l’ap-
plication d’une tension électrique plutôt faible (inférieure à 10 V) et la faible épaisseur
des lames, les cristaux liquides permettent de concevoir des instruments d’encombre-
ment "optique" plus faible que les AOTF. À notre connaissance, il n’existe pas de ca-
méras hyperspectrales à l’état de produit fini et commercialisé mais uniquement des
ensembles de filtres et contrôleurs commercialisés par des fabricants tels que Varispec
(Fig. 2.2.a), ou moins spécialisés comme Thorlabs (fig. 2.2.b). On retrouve donc sur-
tout des caméras de laboratoire reprenant le schéma de conception classique, à savoir,
scène, puis objectif de relais, puis filtre, puis objectif de focalisation. Ces caméras sont
2.1. Récents développements instrumentaux sur la thématique des caméras
33
hyperspectrales compactes à filtre
donc constituées de composants provenant de divers fournisseurs et dont l’optimisa-
tion en encombrement n’a clairement pas été faite. Toutefois, ces caméras de labora-
toire entrent facilement dans les critères de compacité que nous avons définis. En 2014,
Sigernes et son équipe ont développé un prototype de laboratoire pour l’imagerie hy-
perspectrale de l’éclipse solaire totale de mars 2015 depuis Svalbard en Norvège. Ce
prototype, présenté en figure 2.2.c, utilise un filtre Varispec couvrant le domaine spec-
tral 400-720 nm avec une résolution spectrale de 7 nm et spatiale de 69 µrad. Le temps
de réponse de la cellule de cristaux liquides est de 50 ms et la caméra fait environ
11 cm de diamètre par 24 cm de long environ et pèse un peu plus d’un kilogramme
(S IGERNES, 2014).
(a) (b)
(c)
F IGURE 2.2: Exemples de filtres et caméras hyperspectrales à cristaux li-
quides. (a) Varispec, ligne de produits couvrant un domaine spectral de
400 nm à 2450 nm avec une résolution spectrale allant de 0,25 nm à 20
nm, un demi-champ inférieur à 8◦ et un temps de réponse variant de 50
à 150 ms (S PECTRAL -C AMERAS, 2016). (b) Thorlabs, filtre couvrant le do-
maine spectral 420-730 nm avec une résolution spectrale ajustable (10, 21,
55 nm), un demi-champ de 6◦ et un temps de réponse variant de 50 à
200 ms (T HORLABS, 2016). (c) Caméra pour l’imagerie hyperspectrale de
l’éclipse solaire totale observée depuis Svalbard (Norvège) en mars 2015
(S IGERNES, 2014).
Actuellement, ces caméras à LCTF ne peuvent assurer qu’une cadence maximale
d’acquisition des images de 20 Hz, limitation liée au temps de réponse des cristaux li-
quides quand on change la longueur d’onde transmise. Cette cadence reste encore trop
faible pour bon nombre d’applications d’imagerie hyperspectrale. Néanmoins, des ef-
forts sont consacrés à l’amélioration leurs performances. Ceci se traduit par le déve-
loppement de nouveaux matériaux tels que les cristaux liquides dispersés dans des
polymères par holographie (Holographic-polymer-dispersed liquid-crystal, H-PDLC).
34 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
Il s’agit d’un empilement de réseaux holographiques constitués d’un mélange de cris-
taux liquides nématiques 1 et de pré-polymères 2 photosensibles. Cette structuration
leur permet d’avoir une bande passante plus étroite et un temps de réponse plus court
que les LCTF classiques (W OLTMAN, J AY et C RAWFORD, 2007). Les possibilités d’une
utilisation en imagerie hyperspectrale de ces H-PDLC ont par exemple été explorées
par Shriyan et son équipe. Le but de ce travail était l’étude de la qualité d’imagerie, de
la sensibilité à la polarisation et du temps de réponse de ces filtres. Leur système était
composé de plusieurs couches de H-PDLC auxquelles étaient appliquées des valeurs
de tension différentes pour créer un filtre notch. Pour cela ils ont fabriqué un filtre de 35
mm de diamètre dont l’acceptance angulaire est de ± 5◦ et la bande passante d’environ
10 nm. Ils ont pu démontrer l’amélioration du temps de réponse passant de la dizaine
de millisecondes à 20 µs (S HRIYAN et al., 2012 ; S HRIYAN et F ONTECCHIO, 2010).
À l’instar des AOTF, les LCTF sont accompagnés d’un contrôleur qui peut être très
volumineux ce qui ajoute une étape d’optimisation de l’unité électronique à la concep-
tion. D’autre part, malgré les efforts technologiques, les principales limites à l’utilisa-
tion des LCTF en imagerie hyperspectrale sont les faibles champ et ouverture, le temps
de réponse et le domaine spectral de transmission car ces cristaux ne peuvent être uti-
lisés dans le moyen ou le lointain infrarouge où ils sont opaques.
2.1.3 Caméras hyperspectrales compactes à filtres interférentiels
La course aux micro-processeurs toujours plus rapides et performants dans laquelle
sont engagés, depuis quelques décennies maintenant, des géants de l’industrie des
semi-conducteurs (Intel, Advanced Micro Devices) ou encore des géants de la télépho-
nie (Apple, Samsung) ne sert pas uniquement à l’avancée technologique des ordina-
teurs ou des "smartphones" mais a également des retombées dans d’autres domaines
dont l’imagerie hyperspectrale. En effet, cette guerre de prix a permis le développe-
ment de techniques de fabrication de composants qui commencent à être transposées à
d’autres secteurs dont celui des caméras hyperspectrales miniatures à filtres interféren-
tiels. Un filtre interférentiel est un filtre dont la bande passante est définie à l’aide d’in-
terférences à ondes multiples générées par transmission ou réflexion partielle d’une
onde incidente par les couches minces constituant le filtre (miroirs ou dioptres). Les
techniques de fabrication empruntées à l’industrie des semi-conducteurs ont rendu
possible l’intégration de ces filtres au plus près du détecteur voire en intégration mo-
nolithique. C’est ainsi qu’en 2015, la société Delta Optical Thin Film déjà mentionnée
au chapitre 1 annonçait la commercialisation de ses filtres linéairement variables et à
bande passante variable (LVBPF) présentés en figure 1.11.d. Ces filtres formés d’un
empilement de couches minces, couvrent le domaine spectral allant de 450 nm à 880
nm avec une largeur spectrale variant de 2 à 4 % de la longueur d’onde centrale (cf. fig.
2.3.a). Ces filtres sont adaptés pour des détecteurs de 24 mm x 36 mm ou 25 mm x 25
mm (P UST, 2016).
Depuis 2010, le centre de recherche belge Imec développe un filtre interférentiel
à base d’interféromètre de Fabry-Perot directement intégré au détecteur (TACK et al.,
1. L’état nématique est un état de la matière intermédiaire entre les phases solide cristalline et liquide.
2. Un pré-polymère est un mélange de monomères et d’entités plus ou moins polymérisées, destiné
à être mis en forme avant d’être polymérisé plus complètement.
2.1. Récents développements instrumentaux sur la thématique des caméras
35
hyperspectrales compactes à filtre
(a) (b)
F IGURE 2.3: Exemple de filtres interférentiels. (a) Delta Optical Thin Film,
exemple de transmission spectrale d’un LVBPF utilisant un empilement
de couches d’épaisseur variable (D ELTA, 2016). (b) Imec, schéma du filtre
interférentiel à cavité de Fabry-Perot (TACK et al., 2012).
2012). Ici, la surface du filtre est constituée d’une série de marches d’escalier permet-
tant ainsi la variation de l’épaisseur de matériau le long d’une direction du filtre (voir
fig. 2.3.b). Des tolérances de fabrication sévères sont appliquées sur les épaisseurs des
cavités dont les variations entraînent un déplacement de la longueur d’onde centrale
du filtre. À cause de l’intégration directement sur le détecteur, le choix du matériau ou
des composants utilisés pour réaliser le filtre doit être fait avec précaution. Ainsi, même
si le miroir métallique possède l’avantage d’être moins épais qu’un miroir de Bragg à
coefficient de réflexion constant, les équipes d’Imec ont opté pour un miroir de Bragg
constitué d’une alternance de couches de matériaux à fort et faible indice de réfraction
car moins absorbant. Sur cette technologie, Imec propose deux types de filtres dont les
largeurs spectrales fixes sont comprises entre 10 et 15 nm pour l’imagerie hyperspec-
trale. Un des filtres couvre une bande spectrale allant de 600 nm à 1000 nm et l’autre
couvre le domaine spectral 470-925 nm. L’ensemble filtre et détecteur est extrêmement
compact et ne fait 13,5 mm x 18,6 mm pour une résolution spatiale de 2048 pixels et le
détecteur associé, ici, est en mesure d’acquérir jusque 340 images par seconde.
Comme on peut le voir sur la figure 2.4, le maximum de transmission spectrale de
ces filtres n’est pas le même pour toutes les longueurs d’ondes. On note une varia-
tion d’environ 80 % pour le filtre proche infrarouge et une variation de 25 % entre les
maxima de transmissions entre le visible et proche-infrarouge pour le second filtre. Ces
variations peuvent provenir de disparités d’épaisseurs des micro-cavités à la fabrica-
tion ce qui implique la nécessité d’un étalonnage de l’instrument à chaque l’utilisation.
Concernant l’utilisation de ces filtres, Imec a opté pour une stratégie de partenariats
multiples avec les Allemands Cubert Gmbh, les Américains BaySpec, les Hollandais
3D-one, les Suisses Gamaya (imagerie hyperspectrale au service de l’agriculture) et Xi-
mea qui proposent des caméras hyperspectrales compactes "pushbroom" 3 et d’autres
partenaires, fabricants de caméras qui sont compatibles avec ces filtres (Adimec, Pho-
tonFocus) ce qui leur permet de répondre plusieurs applications de l’imagerie hyper-
spectrale.
3. Dans ce mode, l’image de la scène est découpée dans une direction par des filtres de bande pas-
sante étroite. Le spectre d’une ligne de la scène est ensuite construit bande après bande par balayage.
36 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
(a) (b)
F IGURE 2.4: Imec, filtres interférentiels à cavité de Fabry-Perot. (a) Dans
le proche infrarouge (600-1000 nm). (b) 192 bandes spectrales réparties en
64 bandes dans le visible (470-620 nm) et 128 dans le proche infrarouge
(600-925 nm), on peut voir les matrices de pixels associées à chaque bande
(G ONZALEZ et al., 2016).
La figure 2.5 présente des exemples de caméras hyperspectrales compactes dé-
veloppées par les partenaires d’Imec. Les Allemands Cubert GmbH proposent par
exemple la caméra UHD 185 Firefly basée sur le filtre d’Imec Visible-proche infrarouge
pour une utilisation aéroportée. Cette caméra faite en matériaux légers (aluminium et
kevlar) afin de maintenir un poids faible (470 g, objectif inclus), a été testée sur le ter-
rain lors d’une campagne d’imagerie hyperspectrale des plants d’orge et de betterave
sucrière dans la ferme de l’université de Bonn en 2013 (B ARETH et al., 2015). Pour cette
campagne la caméra était installée sur un drone (MK Oktokopter) pouvant embar-
quer une charge utile de 1,5 kg. La caméra et son unité de contrôle, qui n’étaient alors
qu’au stade de prototype, avaient une résolution spectrale de 8 nm à λ = 532 nm, un
poids de 840 g et une consommation électrique de 15 W. Une autre caméra, issue d’un
partenariat entre Imec et BaySpec, a elle aussi participé à cette campagne. Cette caméra
possède pratiquement les mêmes caractéristiques spectrales que la précédente puisque
celles-ci sont définies par le filtre. La différence notable entre ces caméras se trouve sur
le poids (272 g, objectif et unité de contrôle inclus), la consommation électrique (< 4W)
et les dimensions (3 cm x 3 cm x 8 cm, objectif inclus).
Bien que ces caméras utilisent la technologie Imec pour acquérir l’information spec-
trale, on remarque une différence entre le système de Cubert GmbH et les autres sur
la présentation du produit final qui provient surtout des performances de l’unité de
gestion des données. Ces partenariats permettent ainsi à Imec de proposer des solu-
tions pour plusieurs applications d’imagerie hyperspectrale et d’être implanté dans
2.1. Récents développements instrumentaux sur la thématique des caméras
37
hyperspectrales compactes à filtre
(a) (b)
(c) (d)
F IGURE 2.5: Exemples de caméras utilisant la technologie Imec. (a) Cu-
bert Gmbh, UHD185 Firefly (450 – 950 nm, 100 bandes spectrales) G MB H
(2015) (b) BaySpec, OCI-UAV-1000 (600-1000 nm, 100 bandes spectrales,
champ de vue total de 18◦ ) (B AY S PEC, 2014). (c) Ximea, XiSpec (630-970
nm, plus de 100 bandes spectrales, 2048 x 1088 pixels, 32 g (détecteur uni-
quement), dimensions 26 x 26 x 31 mm3 ), brochure commerciale (X IMEA,
2015). (d) 3D-One, modules d’imagerie hyperspectrale de la solution Hy-
per View comprenant l’acquisition et le traitement des données issues de
capteurs hyperspectraux multiples (100 bandes spectrales, 150 g par ca-
méra sans l’électronique, 12-15 W de consommation électrique, 46 mm x
46 mm x 38 mm), (3D- ONE, 2015).
plusieurs pays dans le monde.
2.1.4 Caméras hyperspectrales compactes à filtre de Fabry-Perot ac-
cordable
Les caméras hyperspectrales à filtre de Fabry-Perot accordables sont celles qui ont
connu les plus grandes avancées en matière de miniaturisation. Cette miniaturisation a
été rendue possible grâce à l’utilisation de composants micro-mécaniques tels que des
actionneurs piézoélectriques ou de microsystèmes opto-électro-mécaniques (MOEM).
Un actionneur piézoélectrique est un composant capable de se déformer mécani-
quement sous l’application d’une tension électrique. Ces composants sont très sou-
vent utilisés pour assurer des déplacements d’autres pièces mécaniques allant jusqu’à
la centaine de micromètres ou de l’ordre du millimètre lorsqu’ils sont couplés à des am-
plificateurs. La fabrication de ces composants de dimensions millimétriques les rend
propices à la miniaturisation de systèmes et en particulier à la miniaturisation des
filtres de Fabry-Perot car une fois associés à des micro-miroirs, ils permettent d’aboutir
à des filtres d’une extrême compacité dont un exemple est présenté en figure 2.6.b.
38 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
(a) (b)
F IGURE 2.6: Filtres de Fabry-Perot accordables à actionneurs piézoélec-
triques. (a) Exemple d’actionneurs piézoélectriques miniatures : les pièces
font 2 x 2 x 2 mm3 , 3 x 3 x 2 mm3 et 5 x 5 x 2 mm3 de dimension et peuvent
assurer un déplacement de 0 à 2,2 µm (brochure commerciale, Physik Ins-
trumente) (b) VTT, filtre de Fabry-Perot accordable utilisant des action-
neurs piézoélectriques pouvant déplacer le miroir mobile sur une distance
de 0,2 à 2 micromètres (P RAKS et al., 2011) ; le miroir (disque central) fait 7
mm de diamètre.
Les filtres de Fabry-Perot à micro-actionneurs piézoélectriques pour l’imagerie hy-
perspectrale sont principalement développés par le centre de recherche finlandais VTT
depuis 2006 et ceux-ci couvrent un domaine spectral allant de l’ultra-violet (200-350
nm) au lointain infrarouge (7-12 µm). L’utilisation de ce type de filtre en imagerie hy-
perspectrale a été démontré lors d’une campagne de détection de feuilles malades sur
des poiriers en Belgique. Pour cela, la caméra hyperspectrale était embarquée sur un
drone léger (Draganfly X6, charge maximale de 0,5 kg). Cette caméra, présentée à la
figure 2.7, possède une transmission spectrale allant de 500 nm à 900 nm, avec une ré-
solution spectrale de 10 nm et spatiale de 750 µrad, un champ de 20 ◦ x 30◦ , un poids
total de 350 g et une consommation électrique inférieure à 3 W (S AARI et al., 2009 ;
S AARI et al., 2010).
F IGURE 2.7: VTT, caméra hyperspectrale à filtre de Fabry-Perot pour
drone léger.
Comme mentionné précédemment, on peut aussi réaliser des filtres de Fabry-Perot
accordables à l’aide de MOEMS. Un MOEMS est un système miniaturisé intégrant des
composants mécaniques, optiques et électroniques et ceci sur une surface de quelques
millimètres carrés. Un MOEMS n’est pas fondamentalement différent d’un système
2.1. Récents développements instrumentaux sur la thématique des caméras
39
hyperspectrales compactes à filtre
macroscopique au regard de la physique mise en jeu, hormis que certaines approxima-
tions ne peuvent plus être faites à cause des petites dimensions du système. Il existe
plusieurs procédés de fabrication des MOEMS dont la photolithographie et le micro-
usinage de matière.
La photolithographie est un procédé de fabrication qui permet de transférer le mo-
tif d’un masque sur un substrat préalablement recouvert de résine photosensible à
une insolation dans l’ultra-violet. Les zones de la résine éclairées voient leur solubilité
augmenter ou diminuer selon que la résine est positive ou négative, ce qui permet de
l’éliminer ou pas lors de l’étape de nettoyage. Cette technique permet la fabrication
de pièces pour lesquelles certains éléments possèdent un rapport hauteur sur largeur
élevé.
F IGURE 2.8: Techniques de fabrication des MOEMS (a) Fabrication par
photolitographie (F RANÇAIS et H ORSIN M OLINARO, 2014). (b) Fabrica-
tion par procédé de couches sacrificielles.
Le micro-usinage utilise un substrat de silicium qui, dans le cas de micro-usinage
de volume, est altéré pour y créer une cavité sous les couches précédemment déposées
(B ERTIN, 2013 ; M INET, 2011) et qui reste intact dans le cas de micro-usinage de sur-
face. Dans le cas du micro-usinage de surface pour la fabrication de MOEMS, on insère
des couches sacrificielles dans l’empilement de couches définissant le composant qui,
une fois retirées à la fin du procédé, permettent ainsi la création de parties mobiles au
sein du MOEMS. Le dépôt des couches se fait généralement par des techniques d’éva-
poration chimique (Chemical Vapor Deposition (CVD), Plasma Enhanced CVD, Low
Pressure CVD, épitaxie...) ou par des dépôts physiques (évaporation, pulvérisation ca-
thodique...).
En général, la fabrication d’un micro-filtre de Fabry-Perot accordable fait appel à la
fois à la photolithographie, au micro-usinage et au dépôt de couches minces comme on
peut le voir sur la figure 2.9 où, après le dépôt de couches de dioxyde de silicium (SiO2 )
sur un substrat de silicium (a), les couches de SiO2 sont érodées par ions réactifs (b et
d), la couche de silicium est érodée par le bas à l’aide d’hydroxyde de potassium (c) et
par le haut par ions réactifs (e) pour créer le miroir supérieur de l’interféromètre (i). Le
miroir inférieur est quant à lui crée par érosion à l’aide d’ions réactifs des couches de
silicium et de SiO2 (f, g et h) (PANG et al., 2013).
Le déplacement du miroir mobile se fait grâce aux couches servant d’électrodes dé-
posées pendant le procédé de fabrication et qui forment un condensateur plan dont
40 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
F IGURE 2.9: Etapes de fabrication d’un micro-filtre de Fabry-Perot accor-
dable, d’après (PANG et al., 2013)
l’épaisseur varie avec la tension appliquée aux électrodes, sous l’effet de la force élec-
trostatique. Un exemple de filtre est présenté à la figure 2.10. Il s’agit du filtre de Neu-
mann utilisant des ressorts ("spring") afin de maintenir le miroir mobile ; les électrodes
fixes sont disposées autour du miroir fixe et la structure métallique autour du miroir
mobile sert de deuxième électrode (N EUMANN et al., 2008).
(a) (b)
F IGURE 2.10: Exemple de micro-filtre de Fabry-Perot accordable
(N EUMANN et al., 2008). (a) Schéma du filtre, on voit le miroir mobile
maintenu par des ressorts. (b) Exemple de filtre réalisé.
Il existe plusieurs fabricants de micro-filtres (InfraTec Gmbh, Axsun Technologies,
Hamamatsu etc.) cependant la réalisation de caméras hyperspectrales compactes à
base de micro-filtres de Fabry-Perot accordables est actuellement la chasse gardée du
centre de recherche finlandais VTT. Leurs publications sur le sujet sont nombreuses
ainsi que leur exploration de nouvelles applications telles que l’agriculture, le médi-
cal ou la détection de contrefaçons de billet de banque (N EITTAANMÄKI -P ERTTU et
al., 2013 ; R ISSANEN et al., 2012 ; R ISSANEN et al., 2016). Quelques exemples de ca-
méras hyperspectrales sont présentés à la figure 2.11. Tous ces systèmes utilisent un
filtre de Fabry-Perot à miroirs de Bragg fabriqués en utilisant des méthodes de dépôt
de couches atomiques qui ont permis de fabriquer des micro-filtres d’ouverture maxi-
male 2 mm et qui ouvrent la voie à des applications de spectro-imagerie qui étaient
jusqu’alors impossible à cause des ouvertures trop faibles (M ALINEN et al., 2014).
2.1. Récents développements instrumentaux sur la thématique des caméras
41
hyperspectrales compactes à filtre
(a) (b)
(c)
F IGURE 2.11: VTT, caméras hyperspectrales à base de filtre de Fabry-
Perot accordables MOEMs. (a) Caméra hyperspectrale portative dans le
visible (400-750 nm), résolution spectrale de 4 à 9 nm (R ISSANEN et
al., 2012). (b) Caméra hyperspectrale pour la détection du cancer de la
peau (N EITTAANMÄKI -P ERTTU et al., 2013). (c) Caméra hyperspectrale sur
smartphone (R ISSANEN et al., 2016).
Précisons que la caméra spectrale sur smartphone, présentée en figure 2.11.c, n’est
pas une caméra hyperspectrale mais une caméra multispectrale (13 bandes sur le do-
maine 450-550 nm). Toutefois, cette caméra multispectrale fait partie des toutes pre-
mières réalisations mondiales de ce type et VTT travaille actuellement sur la version
hyperspectrale qui serait intégrée dans le smartphone et non sous forme de module à
ajouter au téléphone comme c’est le cas actuellement.
Ces développements montrent que les micro-filtres de Fabry-Perot à MOEMS per-
mettent de concevoir des caméras hyperspectrales extrêmement compactes, cepen-
dant, ils souffrent actuellement d’une ouverture utile faible de l’ordre de 3 mm contre
20 mm pour des filtres à actionneurs piézoélectriques.
2.1.5 Discussion
Comme nous avons pu le voir, l’utilisation de filtres permet la conception de ca-
méras hyperspectrales compactes ; cependant le niveau de miniaturisation et les per-
formances de la caméra atteints varient avec le type de filtre. Ainsi, si le besoin est
axé sur l’extrême compacité de la caméra comme ça peut être le cas pour des appli-
cations d’imagerie par "smartphone", alors il sera préférable d’utiliser soit un filtre
interférentiel soit un filtre de Fabry-Perot accordable (à actionneurs piézoélectriques
ou un MOEMS) car ceux-ci peuvent être positionnés au plus près du détecteur voire
42 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
complètement intégrés au détecteur à un filtre acousto-optique ou à un filtre à cris-
taux liquides qui requièrent un module de commande supplémentaire qui augmente
l’encombrement total du système. Cependant, l’extrême miniaturisation des filtres de
Fabry-Perot accordables a malheureusement l’effet de réduire la distance de déplace-
ment du miroir mobile et donc de limiter la résolution spectrale de l’instrument. De
plus, les techniques de fabrication actuelles des filtres MOEMS ne permettent pas d’at-
teindre des ouvertures élevées ce qui limite fortement le champ de ce type de caméra.
Les filtres à cristaux liquides quant à eux souffrent surtout d’un temps de réponse en-
core trop long pour certaines applications et d’un faible champ de vue. Seuls les filtres
acousto-optiques permettent d’atteindre des champ de vue de l’ordre de la vingtaine
de degrés. Par ailleurs, pour des applications infrarouges, l’utilisation des filtres inter-
férentiels obtenus en créant des micro-cavités à la surface du détecteur peut être limitée
par les dimensions de capteurs refroidis (une résolution maximale actuelle d’environ
1280 x 1024 pixels dans le MWIR et 640 x 512 pixels dans le LWIR) ou par les perfor-
mances radiométriques des micro-bolomètres. Enfin, une limitation commune à l’en-
semble de ces filtres est leur sélectivité qui fait que seule une petite portion du flux
lumineux collecté est utilisée.
2.2 Exemples de caméras hyperspectrales utilisant un élé-
ment dispersif
Au chapitre 1, nous avons vu que le schéma généralement utilisé pour concevoir
une caméra hyperspectrale à élément dispersif est constitué d’un objectif d’imagerie,
d’une fente et d’un système dispersif et ré-imageant (par exemple une optique de col-
limation, un élément dispersif et une optique de focalisation ou des montages avec des
réseaux ou prismes courbes).
En ce qui concerne les caméras hyperspectrales à réseau compactes, elles utilisent
un réseau holographique ou blazé qui peut être plan ou courbe. Un réseau hologra-
phique concave ou convexe est un réseau de diffraction obtenu par projection d’une fi-
gure d’interférences sur un matériau photosensible tel qu’une résine ou photo-polymère
et dont le substrat possède une puissance optique (B LANCHE, 2014). On distingue deux
types de réseaux holographiques courbes pour l’imagerie hyperspectrale notamment :
le réseau concave de type Rowland et le réseau courbe corrigé d’aberrations.
F IGURE 2.12: Cercle de Rowland (P OTTIER et PACKIRISAMY, 2012).
2.2. Exemples de caméras hyperspectrales utilisant un élément dispersif 43
Les réseaux concaves de type Rowland possèdent des traits parallèles et équidis-
tants et sont conçus de manière à focaliser le spectre d’un point sur le cercle de Row-
land lorsque la fente du système s’y trouve aussi. Le cercle de Rowland est le cercle
tangent au réseau concave en son centre et dont le diamètre est égal au rayon de cour-
bure du réseau (voir figure 2.12). Ce réseau souffre cependant d’un astigmatisme très
marqué. Une amélioration de ces dispositifs est le réseau que nous appelons réseau
courbe corrigé d’aberrations. Dans ce cas, la courbure et la disposition des traits (géné-
ralement ni régulièrement espacés ni parallèles) sont optimisées de manière à corriger
l’astigmatisme, l’aberration sphérique et la coma. Ce type de réseau est, par exemple,
développé et fabriqué par Headwall Photonics pour sa ligne de produits Hyperspec
qui couvre un domaine spectral très large 4 . Avec ses caméras hyperspectrales extrê-
mement compactes et dont le poids peut descendre jusqu’à 0,4 kg (H ILL et C LEMENS,
2015), Headwall vise des applications très variées allant de la détection de stress chez
l’humain (C HEN et al., 2014) à la caractérisation de lits de mousses en Antarctique (L U -
CIEER et al., 2014).
(a) (b) (c)
F IGURE 2.13: Exemples de caméras compactes à réseau : (a) Nano-
hyperspec à réseau concave corrigé d’astigmatisme (H EADWALL, 2016a ;
H EADWALL, 2016b), (b) visNIR microHSI (400-1000 nm, iFOV=385 µrad,
FOV = 15◦ , 180 bandes spectrales, 0,45 kg, 3.3 W) (WARREN et al., 2012 ;
N OVA S OL, 2016), (c) Mjolnir 1024 à réseau plan, (NEO, 2016b ; NEO,
2016a).
Sur ce même principe instrumental, NovaSol, qui appartient dorénavant à Corning,
a présenté un réseau convexe blazé dans un montage de type Offner à optiques refrac-
tives. Le gain en compacité sur les systèmes de types Offner classique provient de la
limitation de la divergence du faisceau par propagation dans le verre au lieu de l’air
(WARREN et al., 2012). NovaSol propose deux familles de systèmes, l’une dans le VNIR
et l’autre dans le SWIR (850-1700 nm).
4. Le domaine spectral s’étend de l’ultra-violet (250 - 500 nm, 961 bandes spectrales et 1392 bandes
spatiales, ouvert à F/2, pour 3,2 kg et 2 W de consommation électrique) au SWIR avec un détecteur
refroidi (900-2500 nm, 267 bandes spectrales et 384 bandes spatiales, ouvert à F/2, pour 4,4 kg et 14,4 W
de consommation électrique).
44 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
Plusieurs caméras miniatures existent dans la littérature, de ce fait nous n’en pré-
sonterons qu’une partie que voici. Northrop Grumman, par exemple, propose une ca-
méra bi-bandes MWIR (3-5 µm) et LWIR (8-15 µm) 5 qui est en fait deux caméras hyper-
spectrales à réseau plan partageant la même optique de collection avec un cube sépara-
teur (M ILLER et al., 2012). Le NASA-Jet Propulsion Laboratory a présenté en 2012, une
caméra hyperspectrale thermique 6 utilisant un réseau plan dans un montage de type
Dyson et associé à un détecteur à microbolomètres (J OHNSON, H OOK et S HOEN, 2012)
dont le but était de démontrer que la technologie des détecteurs à microbolomètres
était suffisamment sensible pour des applications de type détection de cibles à hautes
températures ( ≥ 200◦ C). On peut également citer le spectro-imageur THERMAP, dé-
veloppé au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille, qui utilise lui aussi un détecteur
à microbolomètres pour l’étude d’échantillons issus d’astéroïdes géocroiseurs et rame-
nés sur Terre dans le cadre de la mission MarcoPolo-R, projet de l’Agence spatiale
européenne (ESA). Cette caméra utilise un montage de type Offner, transmet dans le
domaine spectral 8-16 µm et possède une résolution spectrale de 200 nm et spatiale de
260 µrad environ. Le champ de vue total est de 9,5◦ x 7◦ , la caméra est ouverte à F/2
et le NETD varie de 85 à 15 mK pour des températures de corps noir de 255 à 400 K
(B RAGEOT et al., 2012). Il est aussi utile de mentionner l’existence de la ligne de pro-
duit PIKA de Resonon couvrant de manière non continue un domaine spectral allant
de 350 nm à 1700 nm avec plus de 150 bandes spectrales en moyenne sur chacun des
sous-domaines spectraux. On ne saurait finir sans citer les systèmes du fabricant Spe-
cim. Ce dernier propose plusieurs caméras hyperspectrales compactes opérant sur un
domaine spectral allant du visible (380-800 nm) au lointain infrarouge (8-12 µm) avec
une finesse en général supérieure à 150 (S PECIM, 2016).
F IGURE 2.14: Prisme de Féry (F ÉRY, 1911)
Lorsque l’élément dispersif est un prisme, il est possible de réduire l’encombrement
de la caméra en transformant des dioptres plans du prisme en des dioptres à puissance
par exemple. Cette idée a été proposée par Charles Féry en 1910 pour la conception de
son spectrographe composé d’un prisme à faces courbes dont la face arrière est réflé-
chissante (cf. fig. 2.14), d’une fente et d’un détecteur (F ÉRY, 1911). En positionnant la
fente et le détecteur sur le cercle passant par les deux centres de courbures des faces
5. 0,2 mrad d’iFOV, 10◦ de FOV, 20 nm et 35 nm de résolution spectrale, 2,5 kg
6. LWIR-7,5-12 µm, 214 bandes spectrales, ouvert à F/1,6, 288 pixels de résolution spatiale, avec un
NETD de 5 à 20◦ C pour des températures d’opération de 200 à 800◦ C, 1 kg, 5W
2.3. Exemples de caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier 45
du prisme et dont le diamètre est égal au rayon de courbure de la première face, on ob-
tient un spectromètre n’utilisant qu’un composant en lieu et place du schéma classique
comportant une optique de collimation, un prisme plan et une optique de focalisation.
Cette idée a par exemple éte reprise en 2013 par l’équipe de Nie pour la conception
d’un spectro-imageur. Toute la difficulté de cette conception porte sur l’optimisation
de la courbure des faces du prisme afin de minimiser les aberrations et en particu-
lier l’astigmatisme qui est assez marqué (N IE et al., 2013). Les auteurs n’ont présenté
dans leur article qu’un schéma optique et à notre connaissance aucun prototype n’a été
réalisé.
Un autre système miniature intéressant est celui de Kester et son équipe qui pro-
posent un endoscope hyperspectral basé sur le principe de la spectro-imagerie inté-
grale de champ vue au premier chapitre. Cet endoscope est composé d’une optique de
tête couplée à un paquet de fibres qui créent un ensemble de sous-images de la scène.
L’image en sortie de ces fibres est ensuite agrandie d’un facteur 30 environ avant d’être
réarrangée par un miroir découpeur de champ suivi d’une matrice de micro-prismes
d’Amici et de lentilles (cf. fig. 2.15). Le miroir découpeur de champ est constitué de
plusieurs blocs identiques comportant des miroirs orientés à différents angles. Chaque
miroir redirige le faisceau incident vers une portion bien définie de la pupille qui est
ensuite dispersé par un micro-prisme et imagé sur le détecteur par une micro-lentille
sur le détecteur. Cette caméra couvre le domaine spectral visible (450-650 nm) avec une
résolution spectrale de 4 à 10 nm, une résolution spatiale de 100 µm et peut mesurer des
échantillons de 10 mm de dimension instantanément. Cette même équipe a developpé
une autre caméra sur ce principe pour des applications de microscopie hyperspectrale
(G AO et al., 2010 ; G AO, K ESTER et T KACZYK, 2009).
En résumé, plusieurs caméras hyperspectrales miniatures à base d’éléments dis-
persifs existent et le choix de l’élément dispersif à utiliser dépend surtout des perfor-
mances que l’on souhaite obtenir. Les réseaux présentent l’avantage d’être moins épais
et d’avoir un pouvoir de résolution plus élevé que les prismes puisque ce dernier dé-
pend directement du nombre de traits du réseau au lieu de la dispersion de l’indice de
réfraction. Cependant, leur efficacité de diffraction varie avec la longueur d’onde et les
ordres non utilisés peuvent générer de la lumière parasite dans le système.
2.3 Exemples de caméras hyperspectrales compactes à trans-
formée de Fourier
Pour présenter les caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier
(TF), nous allons distinguer deux catégories : la première concernera les caméras hy-
perspectrales non sensibles à la polarisation utilisant des composants réfléchissants ou
réfractifs. Cette catégorie est dominée par des caméras utilisant un interféromètre de
Michelson à miroir mobile mais très peu de systèmes vérifient les critères de compacité
que nous avons définis au début du chapitre. La deuxième catégorie sera constituée de
caméras dont le système optique comporte des composants de polarisation (lames à re-
tard, milieux anisotropes, polariseurs.). Comme nous l’avons déjà évoqué au premier
chapitre, les données de sortie de ce type de caméra constituent le cube interféromé-
trique qui peut être construit par une acquisition instantanée ou multiple.
46 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
(a) (b)
(c)
F IGURE 2.15: Endoscope hyperspectral à intégrale de champ : (a) et (b)
principe instrumental, (c) miroir découpeur de champ, (K ESTER et al.,
2011 ; K ESTER et al., 2010).
2.3.1 Exemples de caméras hyperspectrales compactes non sensibles
à la polarisation
Dans cette catégorie, on retrouve majoritairement les caméras hyperspectrales uti-
lisant un interféromètre à miroirs et de type Michelson ou Sagnac. En 2005, Minnett
et Sellar ont montré les résultats obtenus en Arctique avec l’instrument HEHSI, basé
sur un interféromètre de Sagnac (M INNETT et S ELLAR, 2005). En 2008, Ferrec et al,
ont présenté l’instrument CaHyD (Caméra Hyperspectrale de Démonstration) dont le
but était la validation de l’utilisation d’un interféromètre à décalage latéral pour de
la spectro-imagerie par transformée de Fourier aéroportée. Cette caméra se compose
d’un interféromètre à décalage latéral de type Michelson à dièdres qui crée des franges
localisées à l’infini, d’un imageur qui superpose les franges d’interférences à la scène
dans le plan image et d’un système de balayage qui assure le défilement de la scène
sur le détecteur pour construire l’ensemble du cube interférométrique (F ERREC, 2008).
Cet instrument, présenté en figure 2.16, a été utilisé dans une campagne aéroportée
de démonstration à Istres avec les caractéristiques suivantes : un iFOV de 0,25 mrad,
une résolution spectrale de 4 nm à λ = 500 nm, un champ d’environ 14◦ , un domaine
spectral de 400 nm à 1000 nm (F ERREC et al., 2011). Précisons que dans ce cas-ci, les
équipes de l’ONERA se sont servi du déplacement du porteur pour créer le défilement
de la scène sur le détecteur.
Un autre concept de caméra hyperspectrale compacte utilisant un interféromètre
à miroirs qu’il est intéressant de mentionner, est celui de Wang. Cette caméra utilise
2.3. Exemples de caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier 47
F IGURE 2.16: Cahyd, caméra hyperspectrale par TF statique utilisant un
interféromètre de Michelson à dièdres, l’interféromètre fait 14 x 10 x 7 cm3
(F ERREC et al., 2011).
un interféromètre de Michelson en configuration lame d’air et dont un des miroirs est
micro-usiné en marches d’escalier. Un premier objectif permet de focaliser les rayons
issus d’une scène située à l’infini dans les plans des miroirs. Les rayons transmis sont
réfléchis par des marches du miroir structuré situées à différentes hauteurs de l’axe op-
tique créant ainsi une variation de la différence de marche avec l’angle de champ (voir
figure 2.17). L’ensemble du cube interférométrique est ensuite construit par rotation du
miroir de balayage en entrée de l’instrument ou par défilement du porteur dans le cas
d’une utilisation aéroportée (WANG et al., 2014).
F IGURE 2.17: Caméra hyperspectrale à TF statique utilisant un interféro-
mètre de Michelson à micro-miroirs, d’après (WANG et al., 2014).
Bien que le concept soit très intéressant, il possède cependant une limitation ma-
jeure qui concerne l’ouverture numérique. En effet, afin de maintenir la qualité image,
l’épaisseur totale du miroir "mobile" doit être inférieure à la profondeur de foyer, ce qui
se traduit par une valeur minimale pour le nombre d’ouverture (N) et qui augmente
48 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
avec l’épaisseur totale du miroir comme on peut le voir sur l’équation 2.1, limitant la
valeur maximale du flux collecté par l’instrument :
r
1 2etot
N≥ · , (2.1)
2 λmin
avec etot , l’épaisseur totale du miroir et λmin , la plus petite longueur d’onde transmise
par le système optique.
1
En supposant que δσ = 2δmax = 4e1tot , et en notant R = σmax
δσ
, le pouvoir de réso-
2
lution du spectro-imageur, la relation 2.1 devient R ≤ 8N . On voit donc qu’il y a un
compromis à faire entre l’ouverture de l’instrument et la résolution spectrale.
Un autre concept de caméra hyperspectrale compacte est celui des équipes de l’uni-
versité de Kagawa au Japon. Leur idée est d’utiliser un interféromètre à division de
front d’onde composé d’un miroir dont une partie est fixe et l’autre mobile, le déplace-
ment se faisant dans une direction perpendiculaire au plan des miroirs (cf. 2.18).
F IGURE 2.18: Caméra hyperspectrale à TF utilisant un interféromètre à
division de front d’onde. D’après (F UJIWARA et al., 2015).
Ce montage est équivalent à un montage linéaire où il y aurait une épaisseur d’air
supplémentaire sur une moitié de la pupille. Cette épaisseur supplémentaire crée une
différence de marche entre les deux moitiés de la pupille qui interfèrent à l’infini et dont
la figure d’interférence est constituée d’anneaux dits d’Haidinger (P ÉREZ, 2004). Pour
un petit champ de vue, on observe une portion des anneaux qui se présentent sous la
forme de franges quasi-rectilignes et dont la position sur le détecteur est modifiée par
la variation de l’épaisseur de la couche d’air (déplacement du miroir mobile).
Sur ce principe, il a été réalisé une caméra de démonstration dans le lointain in-
frarouge (8-14 µm) pour des applications d’imagerie hyperspectrale par moyens aéro-
portés légers. Ce démonstrateur a actuellement une résolution spectrale de 500 nm à
λ=10,6 µm et fait 500 g avec un bloc interférométrique de 69 x 43 x 56 mm3 (I SHIMARU,
K AWASHIMA et H OSONO, 2016 ; F UJIWARA et al., 2015).
Cette même équipe propose un autre système d’imagerie constitué d’une lentille
qui collimate le faisceau issu d’une fente et le renvoie vers un interféromètre consti-
tué d’une lame "retard" en verre qui introduit un retard de phase entre deux moitiés
de la pupille grâce à une partie à faces parallèles et une partie prismatique superpo-
sées. Une lentille cylindrique image un point de la scène sur une ligne du détecteur en
même temps que les franges d’interférence (cf. fig. 2.19). Ce concept de caméra n’est
pas nouveau et avait déjà été proposé dans les années 90 par les équipes de l’Institut
technologique de Floride (F.T.I) et de la société Kestrel Coporation. Celle-ci utilisait un
interféromètre de Sagnac et était destinée à des applications d’imagerie hyperspectrale
2.3. Exemples de caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier 49
aéroportée par avion léger ou satellite (O TTEN III et al., 1995 ; O TTEN III, S ELLAR et
R AFERT, 1995). La caméra de l’université de Kagawa quant à elle, vise des applications
médicales et le protoype présenté transmet dans le visible (400-800 nm) avec une ré-
solution spectrale de 10 nm environ à λ = 632 nm, la région observée par la caméra
faisant 2880 µm par 6 µm. En faisant la mise au point de l’optique de tête dans diffé-
rents plans images selon l’axe optique, cette caméra peut ainsi reconstruire une image
tri-dimensionnelle comportant les informations spectrales, les informations spatiales
selon la direction longitudinale et selon la direction de la fente (S ATO et al., 2016 ; S ATO
et al., 2013 ; I SHIMARU, K AWASHIMA et H OSONO, 2016).
(a) (b)
F IGURE 2.19: Caméra hyperspectrale confocale à TF statique ; (a) principe
instrumental, (b) exemple d’image brute et de spectres, d’après (S ATO et
al., 2016).
En 2009, les équipes de l’institut national de recherche météorologique italien (IN-
RiM) ont démontré qu’il est possible de réaliser une caméra hyperspectrale à trans-
formée de Fourier non pas avec un interféromètre à deux ondes mais en utilisant un
interféromètre de Fabry-Perot associé à un filtre (voir fig. 2.20.a). Cet interféromètre
n’est pas couramment utilisé en spectro-imagerie par transformée de Fourier à cause
de la difficulté d’obtention de la différence de marche nulle car il faudrait coller méca-
niquement les deux miroirs. Pour pallier cette difficulté, Zucco et son équipe proposent
d’ajouter un filtre dont la bande passante est légèrement inférieure à une octave ce qui
crée des zones où le spectre est nul qui sont ensuite utilisées pour retrouver la réfé-
rence de l’espace des spectres (P ISANI et Z UCCO, 2009). Toujours dans le but d’obtenir
un fonctionnement se rapprochant de celui des interféromètres à deux ondes, les au-
teurs proposent d’utiliser une réflectivité de l’ordre de 20 % pour les miroirs permettant
ainsi d’approcher la fonction d’Airy par une fonction sinusoïdale (Z UCCO et al., 2014).
La validation de ce concept a été faite par une série de mesures en laboratoire dont
un exemple est présenté à la figure 2.20.b. Il s’agit du spectre avec une résolution spec-
trale de 2 nm à λ = 532 nm d’un filtre d’oxyde de didyme utilisé pour la fabrication de
lunettes de soudeurs par exemple (P ISANI et Z UCCO, 2009).
C’est égalment cette idée d’utiliser un interféromètre de Fabry-Perot comme ap-
proximation d’un interféromètre à deux ondes qui est à la base de l’instrument SUC-
CHI développé à l’université d’Hawaï dans le lointain infrarouge (8-14 µm) pour des
applications de surveillance des volcans depuis l’espace (L UCEY et A KAGI, 2011 ; C RITES
et al., 2013).
50 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
(a) (b)
F IGURE 2.20: Caméra hyperspectrale à TF temporelle utilisant un inter-
féromètre de Fabry-Perot. (a) Schéma de l’interféromètre, (b) exemple de
résultat. On a en pointillés rouges, le spectre d’un filtre optique obtenu
avec la caméra à interféromètre de Fabry-Perot et en trait plein, le spectre
de référence (P ISANI et Z UCCO, 2009).
2.3.2 Exemples de caméras hyperspectrales compactes sensibles à la
polarisation
Cette catégorie regroupe les caméras utilisant des composants de polarisation afin
de générer des interférences à deux ondes. L’interféromètre de ce type de caméras est
composé d’un milieu anisotrope, principalement une lame biréfringente ou plus ré-
cemment une cellule de cristaux liquides, et de polariseurs. Les polariseurs, situés de
part et d’autre du milieu anisotrope, sont croisés et orientés à 45◦ des axes neutres du
milieu anisotrope afin de maximiser le contraste des franges d’interférences. Dans la
suite du manuscrit l’existence de ces polariseurs autour du milieu anisotrope sera sous-
entendue lorsqu’on parlera d’interféromètre biréfringent. Actuellement, il n’existe pas
de caméra hyperspectrale commerciale sur ce principe ; de ce fait, nous allons surtout
présenter différents concepts d’instruments de laboratoire et dont les dimensions et le
poids ne sont en général pas optimisés.
Un exemple de caméra hyperspectrale à transformée de Fourier utilisant un interfé-
romètre à cristaux liquides est celui de Hegyi dont le principe instrumental est présenté
en figure 2.21 (H EGYI et M ARTINI, 2015a).
Le bloc interférométrique est constitué de deux couches de cristaux liquides orien-
tées à 45◦ de la normale au dioptre d’entrée et symétriques par rapport à l’interface
séparant les deux couches (voir fig 2.21.b, en bas à gauche). Cette configuration per-
met de réduire la dépendance de la différence de marche avec l’angle de champ qui
existe dans une configuration à une couche et de s’assurer que l’ensemble des points
du champ aient le même état d’interférence (voir fig. 2.21.b, en haut). L’ensemble du
cube interférométrique est acquis temporellement par variation de la tension appliquée
aux électrodes. Le prototype qui a été réalisé pour valider le concept est très compact
comme on peut le voir sur la figure 2.21.a et transmet sur le domaine de longueur
d’onde allant de 400 nm à 1000 nm avec une résolution spectrale de 555 cm−1 (14 nm à
λ = 0.5 µm) en moyenne (H EGYI et M ARTINI, 2015a ; H EGYI et M ARTINI, 2015b).
Concernant les caméras hyperspectrales utilisant des lames biréfringentes, nous al-
lons les distinguer par le type d’acquisition du cube hyperspectral à savoir le mode
"snapshot", le mode temporel et le mode statique. Les configurations d’interféromètres
2.3. Exemples de caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier 51
(a) (b)
F IGURE 2.21: Caméra hyperspectrale à TF temporelle à cristaux liquides,
d’après (H EGYI et M ARTINI, 2015a).
biréfringents les plus courantes sont présentées en figure 2.22.
(a) (b)
(c)
F IGURE 2.22: Exemples d’interféromètres biréfringents : (a) Interféromètre
de Savart constitué de deux lames biréfringentes d’égale épaisseur et dont
les axes optiques (doubles flèches) sont orientés à 45◦ dans les plans YZ et
XZ (Z HANG, B IN et Z HAO, 2000) ; (b) Interféromètre de Savart modifié par
Françon, les deux lames biréfringentes d’égale épaisseur sont séparées par
une lame demi-onde et leurs axes optiques (doubles flèches) sont orientés
à 45◦ et -45◦ dans le plan XZ (Z HANG, Z HAO et X IANGLI, 2004). (c) Prisme
de Wollaston constitué de deux prismes biréfringents tête-bêche et dont
les axes optiques sont respectivement orienté à 0◦ et 90◦
Dans le mode d’acquisition "snapshot", l’idée, pour rappel, est d’acquérir l’ensemble
du cube interférométrique en une fois, ce qui implique que l’ensemble des points dans
le champ de vue de la caméra doivent être modulés à toutes les différences de marche
de l’interféromètre simultanément. Pour ce faire, Kudenov et Dereniak proposent de
52 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
découper la pupille de l’instrument en plusieurs sous-pupilles grâce à une matrice de
micro-lentilles et d’utiliser un interféromètre biréfringent dont la différence de marche
dépend de la hauteur d’impact, par exemple un prisme de Nomarski ou Wollaston
(K UDENOV et D ERENIAK, 2011 ; K UDENOV et D ERENIAK, 2012).
(a) (b)
(c) (d)
F IGURE 2.23: SHIFT, caméra hyperspectrale TF à acquisition "snapshot".
(a) Exemple de schéma optique et sa réalisation (b). On peut voir les
franges que l’on obtient en illumination cohérente avec un laser HeNe (c),
la croix représente le centre du détecteur et le point la position de la frange
zéro obtenue en illumination incohérente. En (d) on a un exemple de cube
interférométrique brut obtenu dans le cadre de l’imagerie hyperspectrale
de la rétine (K UDENOV et D ERENIAK, 2012).
Selon le type d’interféromètre utilisé, le schéma optique doit être modifié à cause de
la position du plan de localisation des franges. En effet, contrairement à celui du No-
marski, le plan de localisation des franges du Wollaston étant virtuel, il y a besoin d’une
optique de relais afin de l’imager sur le détecteur, ce qui augmente l’encombrement to-
tal du système. Comme on peut le voir sur la figure 2.23, la caméra hyperspectrale
qui n’est actuellement qu’au stade de prototype de laboratoire est déjà très compacte
puisque sur l’image 2.23.a, la focale des micro-lentilles est de 4,6 mm et le plan focal
fait 2048 x 2048 pixels de 7,4 µm, ce qui donne des dimensions approximatives du bloc
interférométrique de 15 x 15 x 5 mm3 . Ce prototype fonctionne dans le visible (400 -
750 nm) avec une résolution spectrale moyenne de 555 cm−1 et spatiale de 1,6 mrad et
un champ total de 10◦ .
Dans le mode d’acquisition temporel, la scène observée par l’instrument reste fixe
et c’est la figure de franges d’interférences qui est déplacée pour balayer la scène ; ce
balayage est en général créé par le déplacement d’une pièce de l’interféromètre biré-
fringent.
2.3. Exemples de caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier 53
Harvey et son équipe ont présenté en 2004 un concept de caméra hyperspectrale
utilisant un interféromètre biréfringent composé de deux prismes de Wollaston iden-
tiques en calcite et transmettant dans le visible-proche infrarouge (400 - 2300 nm). Le
déplacement des franges d’interférences dans le plan image s’effectue par le déplace-
ment du deuxième prisme selon la direction verticale (x) comme on peut le voir sur
la figure 2.24.a (H ARVEY et F LETCHER -H OLMES, 2004). Ce principe instrumental a été
repris par les équipes de l’université d’Arizona, dans l’infrarouge (1,5-5 µm) en 2011
pour en faire une caméra specro-polarimétrique (C RAVEN et al., 2010 ; C RAVEN -J ONES
et al., 2011). Ainsi, il a été ajouté, au schéma de la figure 2.24.a, des lames à retard
afin d’ajouter une fonction polarimétrique (G OLDSTEIN, 2016) à l’instument. De même,
Mu et son équipe ont présenté en 2009, un concept de caméra hyperspectrale, inspiré
du compensateur de Babinet et utilisant un interféromètre biréfringent de type Savart
d’épaisseur variable. Sur la figure 2.24.b, on peut voir que le déplacement des franges
d’interférences dans le plan image s’effectue par le déplacement du deuxième prisme
de l’interféromètre le long de son hypoténuse (M U, Z HANG et Z HAO, 2009).
(a) (b)
F IGURE 2.24: Exemples de caméras hyperspectrales biréfrigentes à TF
temporelles. (a) Concept de Harvey et Fletcher-Holmes, le deuxième
prisme de Wollaston est translaté selon X pour déplacer les franges dans le
plan du détecteur. (b) Concept de Mu et al. La deuxième lame du Savart est
découpée en deux prismes dont l’un est mobile pour créer une variation
de l’épaisseur totale de l’interféromètre, ce qui résulte en un déplacement
des franges dans le plan image (M U, Z HANG et Z HAO, 2009).
La dernière catégorie de caméras biréfringentes à transformée de Fourier est celle
où le mode d’acquisition est statique. Ici, la figure d’interférence est fixe sur le détec-
teur et la construction du cube interférométrique se fait par défilement de la scène
d’intérêt sur le détecteur. L’acquisition est donc bien temporelle mais l’interféromètre
est statique contrairement au cas précédent. Les systèmes se composent en général
d’un interféromètre biréfringent de type Savart (Z HANG, B IN et Z HAO, 2000 ; Z HAN
et al., 2002), Savart modifié (Z HANG, Z HAO et X IANGLI, 2004) ou encore une combi-
naison de prismes de Wollaston ( voir figure 2.22). En 2013, Li et son équipe ont repris
le double Wollaston de la figure 2.24.a pour en faire une caméra hyperspectrale à ré-
solution spectrale variable (L I et al., 2013). Ceci est rendu possible par le déplacement
d’un des prismes par rapport à l’autre selon la direction longitudinale. Cette opération
permet d’augmenter ou de réduire la distance de propagation des rayons dans l’air et
en conséquence d’accroître ou de diminuer le déplacement latéral d, voir la figure 2.25.
Une telle caméra possède l’avantage de permettre à l’utilisateur de choisir la résolution
54 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
spectrale de travail ce qui peut être utile pour augmenter le rapport signal à bruit dans
le cas d’observation de scènes à faible flux.
(a) (b)
F IGURE 2.25: Concept de caméra hyperspectrale biréfringente à résolution
spectrale variable (L I et al., 2013). (a) Schéma de principe (b) Exemple de
figures de franges d’interférence obtenues en fonction de la distance de
déplacement.
Au début de cette partie nous avons dit qu’un interféromètre biréfringent compor-
tait un milieu biréfringent et des polariseurs, mais la structure de ces derniers n’a pas
été évoquée. En général, ils sont constitués soit de grilles métalliques ou organiques
(polaroïd), soit de cristaux dichroïques qui absorbent une direction de polarisation de
l’onde incidente, soit de milieux anisotropes qui comme on l’a vu décomposent toute
onde incidente en deux ondes polarisées orthogonalement. Ce sont ces derniers qu’uti-
lisent Mu et al pour le spectro-polarimètre imageur par TF statique présenté en figure
2.26.
F IGURE 2.26: Exemple de concept de caméra hyperspectrale birefringente
à TF statique utilisant un prisme de Wollaston comme polariseur (M U et
al., 2012a).
Ce spectro-polarimètre imageur utilise, comme polariseur d’entrée, deux prismes
de Wollaston qui découpent la pupille en deux sous-pupilles et dont les orientations
des axes optiques sont à 0◦ et 90◦ de l’axe x pour le premier et à ± 45◦ pour le second
(cf. fig 2.26). Ceci permet de générer, pour un faisceau incident donné, quatre faisceaux
2.3. Exemples de caméras hyperspectrales compactes à transformée de Fourier 55
ayant les états de polarisation nécessaires au calcul du vecteur de Stokes et imagés sur
quatre régions du détecteur. La dimension spectrale est obtenue en faisant interférer les
faisceaux dédoublés par les lames de Savart sur le détecteur. Ce principe peut aussi être
utilisé dans un contexte d’imagerie hyperspectrale pure en n’utilisant qu’un prisme de
Wollaston comme polariseur d’entrée afin de ne mesurer que les interférogrammes
pour des polarisations en entrée des lames de Savart à 0◦ et 90◦ (M U et al., 2012b).
Les principales limites de tels systèmes portent sur la gestion du chromatisme dans les
prismes de Wollaston (l’angle de déviation des rayons étant chromatique), les lames
de Savart (variation chromatique du décalage latéral) et la lame demi-onde (variation
chromatique du retard de phase).
F IGURE 2.27: Exemple de concept de caméra hyperspectrale birefringente
à hétérodynage spatial (M AIONE et al., 2016). LA= matrice de micro-
lentilles, BPF= filtre passe-bande, LPi = polariseur linéaire, PGi = réseau
polarisant, QWPi = Lame quart d’onde, HWPi = lame demi onde, ORi =
lame retard, FPA= détecteur matriciel.
Enfin, il est important de mentionner le concept de caméra hyperspectrale biréfrin-
gente à TF à hétérodynage spatial de Maione qui combine un interféromètre de Savart
modifié et un réseau (M AIONE et al., 2016). Ce réseau à base de cristaux liquides est
sensible à la polarisation et diffracte les ordres +1 et -1 en les polarisant circulairement
lorsque la polarisation du faisceau en entrée est linéaire, d’où l’existence de lames quart
d’onde avant les lames de Savart modifié dans le schéma optique de la caméra présenté
en figure 2.27. L’ordre zéro est quant à lui fortement atténué (O H et E SCUTI, 2008 ; K U -
DENOV et al., 2012b). Un premier prototype a été assemblé et utilisé, dans un cadre de
démonstration de faisabilité, pour détecter du potassium dans la flamme d’une petite
fusée de type Estes.
Précisons que quelque soit le mode d’acquisition, la fabrication de ces interféro-
mètres à base de prisme de Wollaston avec de grandes ouvertures (au delà de 30 mm)
avec une bonne qualité optique (homogéneité, qualité de surface) sur tout le compo-
sant, étant très coûteuse voire impossible, on peut recourir à l’idée de Komisarek d’uti-
liser un empilement de prismes (K OMISAREK et al., 2004). L’idée est d’empiler des por-
tions de prisme de manière à couvrir, en continu, une plage de différences de marche
plus grande en découpant la pupille. Cette idée a été mise en pratique par Gao pour
concevoir un banc d’imagerie hyperspectrale (voir figure 2.28.c). Ce système d’image-
rie utilise une fente pour imager une ligne de la scène, viennent à la suite un empile-
ment de deux prismes biréfringents et une lentille qui conjugue le plan de localisation
56 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
(a) (b)
(c)
F IGURE 2.28: Exemple de concepts de caméras hyperspectrales birefrin-
gentes à TF statique (K OMISAREK et al., 2004). (a) Principe de l’empile-
ment, la découpe du prisme est faite pour avoir un recouvrement des dif-
férences de marche à chaque étage de manière assurer une continuité. (b)
Exemple de franges pour un empilement de 4 prismes. (c) Exemple de
montage hyperspectral, (G AO et al., 2011)
des franges avec le détecteur et une lentille cylindrique qui fait l’image du point sur
une colonne du détecteur (G AO et al., 2011).
2.3.3 Conclusion
En somme, les concepteurs de caméras hyperspectrales à transformée de Fourier
compactes utilisent des interféromètres inspirés des interféromètres classiques à divi-
sion d’amplitude (Michelson), de front d’onde (miroirs de Fresnel) ou de polarisation
(lame de Savart ou prisme de Wollaston). Dans le cas des interféromètres à séparation
de polarisation, des fonctions supplémentaires de polarimétrie sont quelque fois ajou-
tées à la spectro-imagerie. Enfin, on constate cependant qu’en terme de performances
spectrales et spatiales, ces caméras hyperspectrales se situent au milieu de l’échelle
ce qui explique en partie pourquoi il n’existe pas, pour le moment, de caméras com-
pactes développées par les grands acteurs du secteurs tels que Bruker, ABB ou Telops.
Toutefois le fabricant Telops fait un pas vers le domaine des caméras compactes et a
2.4. Exemples d’autres caméras hyperspectrales à sortie multiplexée 57
récemment lancé la commercialisation en 2016 d’une caméra hyperspectrale à transfor-
mée de Fourier relativement compacte (7 kg) fonctionnant dans le moyen infrarouge
et lointain infrarouge avec une résolution spectrale de 1 à 32 cm−1 .
2.4 Exemples d’autres caméras hyperspectrales à sortie
multiplexée
Cette catégorie de caméras regroupe les spectro-tomographes imageurs, les camé-
ras à lentilles diffractives et les caméras à codage d’ouverture, mais pour ces dernières,
nous n’avons pas trouvé d’exemple d’instruments compact abouti.
Concernant les caméras à lentilles diffractives, on peut citer la caméra de Cu-Nguyen
qui se situe à la frontière des systèmes multispectraux et hyperspectraux. Cette caméra
utilise une lentille liquide dont la focale est modifiée par l’application d’un champ ma-
gnétique qui fait varier la pression du liquide, et un réseau de diffraction qui peut être
déformable ou non (C U -N GUYEN et al., 2013 ; C U -N GUYEN et al., 2016).
L’originalité de cette caméra réside dans l’utilisation de la technologie des MEMS
pour la fabrication des composants opto-mécaniques, ce qui réduit considérablement
son volume, comme on peut le voir sur la figure 2.29, tout en maintenant des perfor-
mances relativement élevées puisque cette caméra couvre un domaine spectral allant
de 450 nm à 900 nm avec une résolution spectrale moyenne de 13 nm.
F IGURE 2.29: Caméra hyperspectrale compacte à lentille diffractive, deux
schémas sont possibles : dans le premier (a) le réseau diffractif est déposé
sous la lentille liquide et sa courbure est inchangée, dans le second schéma
le réseau est déposé sur le dioptre de la lentille et sa courbure varie en
même temps que celle de la lentille liquide, (C U -N GUYEN et al., 2016)
Concernant les spectro-tomographes imageurs, Kudenov a récemment repris l’idée
de Descour d’utiliser un réseau de diffraction 2D afin de créer les différentes pro-
jections de l’objet. L’instrument, CTIS (D ESCOUR et D ERENIAK, 1995 ; D ESCOUR et
al., 1997), qui avait été créé sur ce principe n’utilisait pas de manière optimale l’en-
semble des pixels du détecteur et génèrait, pour certaines directions, des projections
redondantes. Kudenov propose de transformer le prisme du schéma de Descour, en
un "grism" radial afin d’optimiser l’utilisation des pixels et d’améliorer la résolution
spectrale de l’instrument. Cette nouvelle conception, présentée à la figure 2.30, permet
d’améliorer le bilan radiométrique ainsi que la résolution spectrale d’un facteur trois
de la caméra qui est au stade de prototype de laboratoire (K UDENOV et al., 2012a).
58 Chapitre 2. Exemples de caméras hyperspectrales passives compactes
(a) (b)
F IGURE 2.30: Caméras hyperspectrales tomographes : (a) Schéma de Des-
cour et al, (b) Schéma de Kudenov et al (K UDENOV et al., 2012a)
2.5 Conclusion
Dans ce chapitre, il a été présenté plusieurs caméras hyperspectrales compactes
utilisant les divers principes instrumentaux décrits au chapitre 1. La compacité de ces
caméras provient en grande partie de l’adaptation des techniques de fabrications hé-
ritées de l’industrie des microprocesseurs telles que la lithographie, le micro-usinage
ou le dépôt de couches minces. Grâce à ces procédés, de nouveaux composants tels
que des MOEMS ou des filtres interférentiels aux performances rehaussées font leur
apparition dans la conception de caméras hyperspectrales miniatures. La conception
optique contribue également à réduire l’encombrement des systèmes en recourant à
des systèmes "pliés" au lieu des systèmes à montage linéaire, en fonctionnalisant cer-
tains dioptres comme dans le cas du prisme courbe ou le réseaux concave, ou encore en
utilisant des composants optiques inhabituels pour ce domaine d’applications (milieux
anisotropes, lentilles liquides). On a donc une multitude de caméras compactes dont
les performances sont intimement liées au principe instrumental utilisé. Par ailleurs,
dans le but d’améliorer les performances du système, plusieurs principes instrumen-
taux sont quelques fois associés, on peut citer à titre d’exemple la combinaison filtres
et prismes ou encore de la transformée de Fourier et d’un réseau de diffraction afin
d’améliorer la qualité de l’information spectrale. La conception d’une caméra hyper-
spectrale compacte reste donc un domaine ouvert où aucune solution ne s’impose aux
autres.
59
Conclusion
Les imageurs hyperspectraux se classent en deux grandes familles, celles des sys-
tèmes actifs et celles des systèmes passifs.
En imagerie hyperspectrale active, les instruments comportent soit une source mo-
nochromatique accordable de type oscillateur paramétrique optique ou laser à cas-
cade quantique pour construire le cube hyperspectral par acquisition d’une succession
d’images à différentes longueurs d’onde, soit une source polychromatique à impulsion.
Ces derniers sont utilisés dans un montage de spectro-imagerie à transformée de Fou-
rier utilisant un interféromètre de Michelson et dont les données de sortie doivent être
démultiplexées pour obtenir le cube hyperspectral. Actuellement, les caméras d’image-
rie hyperspectrale active sont en mesure de proposer des résolutions spectrales allant
du dixième à la dizaine de cm−1 , et des champs de vue de l’ordre de quelques degrés.
Tout comme les systèmes d’imagerie hyperspectrale active, les caméras hyperspec-
trales passives se classent sous deux familles en fonction du type de données en sortie.
Dans la famille des caméras hyperspectrales à sortie directe, on retrouve les systèmes
à prisme, à réseau et à filtre qui représentent la majorité des systèmes commerciaux
actuels. La deuxième famille rassemble les caméras à sortie multiplexée où on re-
trouve les caméras hyperspectrales à transformée de Fourier, à codage d’ouverture et
les spectro-tomographes imageurs. Chaque membre de ces familles comportant à son
tour plusieurs catégories, on a donc une longue liste des méthodes d’acquisitions du
cube hyperspectral où chaque élément possède des avantages qui lui sont spécifiques.
De ce fait, une méthode d’acquisition sera choisie selon les critères de domaine spec-
tral, de résolution spatiale et spectrale, de champ de vue, d’encombrement et de poids
ainsi que d’autres paramètres tels que le rapport signal à bruit, la fréquence d’acqui-
sition, la quantité de lumière parasite ou la puissance électrique consommée. Afin de
répondre au besoin de miniaturisation, plusieurs solutions sont possibles. Les concep-
teurs font appel à la fonctionnalisation des dioptres (réseau concave, prisme de Féry)
afin de réduire le nombre de composants optiques, ils utilisent des techniques de fabri-
cation issues de l’industrie des microprocesseurs (lithographie, micro-usinage) pour
miniaturiser les composants optiques et les intégrer directement au détecteur ou en-
core utilisent des matériaux non conventionnels (cristaux liquides dispersés dans des
polymères, milieux anisotropes). Ils sont donc actuellement en mesure de proposer
un ensemble de caméras hyperspectrales extrêmement compactes utilisant n’importe
quelle méthode d’acquisition passive mentionnée ci-dessus. Cependant, cette miniatu-
risation nécessite en général de trouver un compromis entre les autres performances
du système et les critères de poids et d’encombrement.
61
Deuxième partie
Conception d’un spectro-imageur
compact dans l’infrarouge
63
Introduction
Les récentes avancées sur la durée de vol et du coût des drones ont considérable-
ment augmenté leur utilisation tant dans le domaine civil que militaire. Cet engoue-
ment engendre à son tour la hausse de la demande de petits capteurs en tout genre, y
compris les capteurs d’imagerie hyperspectrale. L’imagerie hyperspectrale s’avère in-
téressante car celle-ci est non-invasive et non-destructive. Ces systèmes peuvent être
organisés selon leurs performances. Comme nous l’avons vu précédemment, les sys-
tèmes hautes performances sont généralement très volumineux et couteux. Notre ob-
jectif est de développer une caméra hyperspectrale infrarouge compacte pour des ap-
plications d’imagerie par drone ou porteur léger en nous situant dans la catégorie des
systèmes de moyennes performances à savoir : un pouvoir de résolution de 200 et une
résolution spatiale de l’ordre du milliradian. Ces performances nous permettent de
viser les domaines applicatifs tels que la détection de gaz, la détection de véhicules
militaires, la surveillance d’ouvrages (barrages, pipelines) ou encore l’agriculture.
Dans un premier temps, nous expliquerons pourquoi les interféromètres biréfrin-
gents nous ont paru la technique d’acquisition la plus appropriée pour notre appli-
cation parmi celles présentées dans la partie précédente. Ceci fera l’objet du premier
chapitre. Les deuxième et troisième chapitres seront consacrés à l’étude théorique et
à la modélisation numérique des interféromètres biréfringents. Enfin le dernier cha-
pitre portera sur le dimensionnement de caméras hyperspectrales compactes dans le
moyen et le lointain infrarouge. Pour cela, nous établirons dans un premier temps la
liste des matériaux disponibles ainsi que leur biréfringence. Ensuite, nous étudierons
les combinaisons de lames pour déterminer les configurations optimales et nous nous
servirons de ces configurations pour définir les spécifications de fabrication de quatre
familles de caméras.
65
Chapitre 1
Choix d’un concept instrumental et
d’un axe de miniaturisation
Parmi les conclusions de la première partie, nous retiendrons qu’il existe de nom-
breuses techniques instrumentales d’acquisition du cube hyperspectral et que le choix
d’une technique se fait en prenant en compte les spécifications de l’instrument que l’on
souhaite réaliser. Ainsi, il est intéressant de rappeler les objectifs de la thèse qui sont de
concevoir, réaliser et tester une caméra hyperspectrale infrarouge compacte afin d’être
embarquée sur drone ou porteur léger, ceci afin de mieux comprendre le raisonnement
qui a été mis en œuvre pour choisir le concept instrumental ainsi que les méthodes
de miniaturisation. Dans la partie portant sur le choix du concept instrumental, nous
allons reprendre les méthodes d’acquisition vues en première partie et analyser si elles
peuvent être utilisées ou non pour atteindre nos objectifs. Une fois le concept instru-
mental sélectionné, nous présenterons les possibilités de miniaturisation.
1.1 Choix de la spectro-imagerie par transformée de Fou-
rier comme technique d’acquisition des données hy-
perspectrales
Pour rappel, on peut regrouper les caméras hyperspectrales sous deux catégories
selon le type de données de sortie, à savoir sortie directe ou multiplexée. Les caméras
hyperspectrales à sortie directe utilisent soit un élément dispersif (prisme ou réseau)
soit un filtre (principalement un filtre à cristaux liquides, un filtre acousto-optique, un
filtre de Fabry-Perot accordable ou un filtre linéairement variable). Les caméras hyper-
spectrales à sortie multiplexée utilisent principalement soit un interféromètre à deux
ondes, soit un masque bi-dimensionnel ou encore un spectro-tomographe (prisme à vi-
sion directe rotatif ou réseau de diffraction bi-dimensionnel). Afin de choisir le concept
instrumental, nous allons dans un premier temps procéder par élimination sur les cri-
tères du domaine spectral, d’optimisation du flux lumineux collecté, de simplicité et
robustesse du montage optique.
1.1.1 Effets du domaine spectral
Notre but est de concevoir une caméra hyperspectrale dans l’infrarouge moyen et
lointain. Cette spécification élimine d’emblée les filtres à cristaux liquides qui sont
opaques dans ces domaines spectraux à ce jour. Le domaine de l’infrarouge élimine
66 Chapitre 1. Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation
également les méthodes d’acquisition nécessitant de grands plans focaux. En effet, les
dimensions maximales des détecteurs infrarouges refroidis actuellement sur étagère
étant autour de 1280 x 1024 pixels (S OFRADIR, 2016) 1 , et 1024 x 768 pixels (SCD, 2016 ;
DRS T ECHNOLOGIES, 2016b ; ULIS, 2016) environ pour les détecteurs non refroidis,
l’utilisation de techniques d’acquisition instantanée comme celle mise en œuvre par
Bodkin Design & Engineering pour les caméras "Hyper Pixel Array" ou encore les
spectro-imageurs tomographes à réseaux bi-dimensionnels réduirait considérablement
les résolutions spatiale et spectrale de la caméra infrarouge.
1.1.2 Optimisation du flux collecté
L’existence d’une fente dans le montage d’une caméra hyperspectrale a pour incon-
vénient d’une part de réduire sensiblement la quantité de lumière entrant dans le sys-
tème et d’autre part d’affecter la résolution spectrale dans le cas des caméras utilisant
un élément dispersif. La résolution spectrale est définie soit par la diffraction lorsque
l’image de la fente donnée par le dispositif, supposée sans aberrations, est plus petite
que la réponse impulsionnelle du système, soit par la dite image dans le cas contraire.
Dans cette dernière situation, la résolution spectrale se définit comme étant le rapport
de la largeur de l’image de la fente et la dispersion linéïque Dl qui traduit la variation
de l’angle de dispersion avec la longueur d’onde calculée dans le plan image et dont
les expressions pour le prisme et le réseau sont données par l’équation 1.1.
dD dn sin(A) dD m
Dl = f · =f· · Dl = f · ≈f· (1.1)
dλ dλ cos(r)cos(i0 ) dλ areseau · cos θm
Avec n et A, l’indice de réfraction et l’angle du prisme, r et i0 , les angles de réfraction sur
les dioptres du prisme, m, θm , l’ordre et l’angle de diffraction, aréseau , le pas du réseau.
De ce fait, il existe un compromis à déterminer entre la largeur de la fente et la
résolution spectrale du système puisque pour améliorer la résolution spectrale de ce
type de caméra hyperspectrale, il faudrait diminuer la largeur de la fente d’entrée, ce
qui revient à limiter la quantité de lumière entrant dans le système.
De même, l’existence d’un filtre dans le montage optique réduit considérablement
le flux lumineux. En effet, la résolution spectrale est directement reliée à la largeur de
la bande passante du filtre et donc à la quantité de flux transmis par le filtre.
Dans le cas de la caméra hyperspectrale à transformée de Fourier, il est possible
d’avoir non seulement une étendue géométrique plus grande permettant de collecter
plus de lumière (avantage de Jacquinot) mais aussi les avantages liées à une acquisition
multiplexée (avantage multiplex aussi connu sous le nom d’avantage de Fellgett). En
effet, la mesure multiplexée permet d’acquérir un signal dont le niveau est plus élevé
que celui d’une mesure directe ce qui permet d’une part d’avoir un meilleur rapport
signal sur bruit sur le spectre estimé quand le bruit de détecteur n’est pas négligeable
devant le bruit de photons, et d’autre part d’utiliser le détecteur dans sa plage de fonc-
tionnement optimale en terme de flux reçu.
1. jusqu’à 1920 x 1536 pixels pour le fabricant SCD (SCD, 2016)
1.1. Choix de la spectro-imagerie par transformée de Fourier comme technique
67
d’acquisition des données hyperspectrales
1.1.3 Simplicité et robustesse
Un élément mobile au sein d’une optique représente une source de vibrations qui,
dans le cas d’un système infrarouge refroidi, s’ajoutent à celles générées par la machine
de refroidissement. Par ailleurs, le contrôle précis du déplacement de cet élément mo-
bile requiert, en général, l’ajout de systèmes d’asservissement qui augmentent la com-
plexité et l’encombrement de la caméra. De ce fait, nous éliminons la spectro-imagerie
par transformée d’Hadamard dont le masque est constitué soit de micro-miroirs qui
possèdent chacun un micro-système d’asservissement pour modifier leurs positions
afin de coder l’information spectrale, soit d’un motif de fentes périodique qui est dé-
placé. Nous éliminons aussi les montages de spectro-imagerie à transformée de Fourier
à mode de fonctionnement temporel où l’interféromètre comporte un élément mobile
dont le déplacement nécessite une grande précision.
1.1.4 Bilan
F IGURE 1.1: Principe d’une caméra hyperspectrale à TF à interféromètre
statique.
Nous allons donc utiliser la spectro-imagerie par transformée de Fourier à inter-
féromètre statique, présentée en figure 1.1 et au premier chapitre de la première par-
tie, et dont le principe à quelques exceptions près, pour rappel, est le suivant : une
scène située à l’infini est observée à travers une caméra comportant un interféromètre
à décalage latéral qui dédouble chaque rayon incident et le translate dans la direction
perpendiculaire à la direction de propagation du rayon initial, créant ainsi des franges
localisées à l’infini. L’élément suivant de la caméra, l’imageur, permet de superposer
ces franges à la scène, fournissant alors une image où la luminance issue de la scène
est modulée par les franges. L’ensemble de la caméra est ensuite déplacée (par trans-
lation ou rotation) par un système de balayage (platine ou aéronef) afin de construire
image après image l’interférogramme d’un point. Cette méthode d’acquisition possède
plusieurs avantages : elle nous permet d’optimiser la collection et l’utilisation du flux
lumineux, elle est transposable à n’importe quel domaine spectral et l’élément mobile
est déplacé à l’extérieur du système optique. Toutefois, le système de balayage génère
lui aussi des vibrations mais qui sont plus faciles à analyser et qu’il faut prendre en
compte à la reconstruction des spectres. Le domaine spectral infrarouge a également
68 Chapitre 1. Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation
un impact sur les performances du système. En effet, la résolution spectrale d’une ca-
méra hyperspectrale à transformée de Fourier est définie par la différence de marche
maximale que peut fournir l’interféromètre (voir équation 1.2) :
1
∆σ = (1.2)
2 ∗ δmax
avec ∆σ, la résolution spectrale et δmax , la différence de marche maximale en valeur
absolue.
Il faut également respecter le critère d’échantillonnage de Shannon d’au moins deux
pixels par franges 2 . Ainsi, pour un détecteur ayant 1024 pixels dans la direction de ba-
layage, la différence de marche maximale sera de 1536 µm pour le domaine spectral [3
µm ; 5 µm] ou 4096 µm sur la plage spectrale [8 µm ; 12 µm], soit une résolution spec-
trale d’environ 3 cm−1 dans le moyen infrarouge et d’environ 1 cm−1 dans le lointain
infrarouge. Cependant ces valeurs représentent une limite théorique et en pratique,
l’interférogramme est échantillonné avec un pas supérieur à deux pixels et une partie
des valeurs de la différence de marche est négative, ce qui réduit sa valeur maximale.
Maintenant que nous avons choisi une méthode d’acquisition des données hyper-
spectrales, nous allons procéder à l’étude des axes possibles de miniaturisation du
concept. Dans notre cas, les deux composants à miniaturiser sont l’interféromètre et
l’imageur.
1.2 Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique :
miniaturisation de l’interféromètre
(a) (b)
F IGURE 1.2: (a) Séparatrice en ZnSe de l’instrument Sieleters développé à
l’ONERA. On y voit aussi un des deux dièdres (C OUDRAIN et al., 2015).
(b) Illustration du phénomène de double réfraction dans les milieux biré-
fringents (U NIVERSITÉ DU M AINE, 2016).
Comme déjà évoqué en première partie, les interféromètres à décalage latéral sta-
tiques les plus couramment utilisés sont l’interféromètre de Michelson à dièdres et
2. On peut sous-échantillonner l’interférogramme mais le problème est alors le filtrage pixel qui dé-
gradera le contraste des franges.
1.2. Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique : miniaturisation de
69
l’interféromètre
de Sagnac qui sont des interféromètres à division d’amplitude qui utilisent une lame
semi-réfléchissante. La figure 1.2.a présente un exemple d’interféromètre de Michelson
à dièdres. On y voit l’un des dièdres et la lame semi-réfléchissante. Il existe aussi des
interféromètres à séparation de polarisation, dits interféromètres biréfringents, com-
posés de milieux biréfringents uniaxes dans lesquels se produit une double réfraction
qui sépare un faisceau non polarisé incident en deux faisceaux aux polarisations ortho-
gonales dites extraordinaire et ordinaire. Une illustration de cette double réfraction est
donnée en figure 1.2.b.
Il s’agit maintenant de choisir lequel de ces interféromètres est le mieux adapté à
notre besoin, à savoir le développement d’une caméra hyperspectrale infrarouge com-
pacte grand champ. Les spécifications du système sont regroupées dans la table 1.1.
TABLE 1.1: Spécifications théoriques de la caméra hyperspectrale, les pa-
ramètres en italiques étant déduits des autres.
Ordre de grandeur
Spécification Paramètre
MWIR LWIR
Angle de champ 2α ±20◦
Domaine spectral λ 3-5 µm 8-14 µm
Nombre d’ouverture N 4 1,2
Différence de marche maximale δmax 500 µm 1000 µm
Résolution spectrale ∆σ 10 cm−1 5 cm−1
Détecteur Npix,x x Npix,y 640 x 512 pixels 640 x 480 pixels
Pas détecteur apix 15 µm 17 µm
Champ de vue élémentaire IF OV 1,5 mrad 1,7 mrad
Focale f 10 mm 10 mm
La différence de marche d’un interféromètre à décalage latéral est entièrement défi-
nie par le décalage que ce dernier introduit entre ses deux voies et par l’angle de champ
(cf équation 1.3). Puisqu’on est dans une configuration infini-foyer, on peut ainsi éva-
luer la différence de marche en un point du détecteur ou encore savoir quelle est la
différence de marche maximale que l’on peut obtenir avec un détecteur donné tout
en respectant le critère d’échantillonnage de Shannon, à savoir, un minimum de deux
pixels par frange.
δ = t · sin θ (1.3)
où t est le décalage latéral introduit par l’interféromètre.
L’ordre de grandeur du décalage latéral souhaité est donc de 1.5 mm dans le moyen
infrarouge et de 3 mm dans le lointain infrarouge. Nous allons dans un premier temps
évaluer l’encombrement d’un montage d’une caméra utilisant un interféromètre de
Michelson à dièdres droits. Ensuite nous étudierons les différentes possibilités qui se
présentent à nous afin de concevoir un montage à séparation de polarisation. Nous ne
travaillerons pas sur l’interféromètre de Sagnac car Ferrec a montré que ce dernier était
plus volumineux qu’un interféromètre de Michelson (F ERREC et al., 2006).
70 Chapitre 1. Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation
1.2.1 Encombrement d’une caméra hyperspectrale utilisant un inter-
féromètre de Michelson à dièdres droits.
Pour évaluer l’encombrement de la caméra hyperspectrale utilisant un interféro-
mètre de Michelson à dièdres droits, nous allons calculer la longueur de sa séparatrice.
Pour cela, nous allons considérer la configuration simple dans laquelle les sommets
des dièdres sont situés sur l’axe et les dièdres sont symétriques par rapport à la sépa-
ratrice. Pour effectuer les calculs, nous allons travailler sur le système déplié, ce qui
revient à faire la symétrie du système par rapport au sommet d’un des dièdres. Nous
distinguerons deux cas de figure : dans le premier cas, la pupille d’entrée de la caméra,
de diamètre 2RP E , sera immatérielle et située au niveau de l’arête des dièdres et dans
le second elle sera en aval de l’interféromètre.
F IGURE 1.3: Positions de la pupille dans le cas de l’interféromètre de Mi-
chelson à dièdres.
1.2.1.1 Pupille réelle immatérielle située sur l’arête des dièdres
F IGURE 1.4: Schéma déplié de l’interféromètre de Michelson à dièdres.
Ce cas de figure a été étudié par Ferrec (F ERREC et al., 2006 ; F ERREC, 2008). Il a
démontré que la longueur de la séparatrice en fonction du champ et de l’inclinaison
1.2. Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique : miniaturisation de
71
l’interféromètre
des dièdres s’écrit :
sin (µ + α + arctan(m1 /m2 ))
q
s= m21 + m22 (1.4)
cos(0.5(µ + 3α + arctan(m1 /m2 )))
avec,
1 1 1 1
m1 = RP E · · , m2 = RP E · · (1.5)
sin µ cot µ − tan α cos µ tan µ − tan α
et µ l’angle d’inclinaison des dièdres par rapport à l’axe optique, α, le demi-angle
de champ (cf. fig. 1.4).
On obtient donc la courbe de niveau présentée en figure 1.5 à étendue géométrique 3
fixée à 1 cm2 .sr et on retrouve que l’interféromètre d’encombrement minimal est ob-
tenu pour un champ de 14,4◦ , une inclinaison des dièdres de 32,3◦ et de la séparatrice
de 54,6◦ , la longueur de la séparatrice est alors de 6,5 cm pour une pupille d’entrée de
2,56 cm de diamètre. De même, pour un système avec un demi-champ de 30◦ et 1.27
cm de diamètre de pupille, la longueur minimale de la séparatrice est de 15,4 cm pour
une inclinaison des dièdres de 37,3◦ . Il est donc tout à fait possible de concevoir une
caméra hyperspectrale utilisant un interféromètre de Michelson à dièdres droits. Tou-
tefois, il y a des chances que l’encombrement total de la caméra ne soit pas optimal car
le positionnement de la pupille immatérielle au niveau de l’arête des dièdres nécessite
l’utilisation d’une optique de relais supplémentaire.
F IGURE 1.5: Longueur de la séparatrice en fonction de l’angle de champ et
de l’inclinaison des dièdres pour la pupille située sur l’arête des dièdres.
1.2.1.2 Pupille située en aval de l’interféromètre
Afin de réduire les dimensions de l’interféromètre, il faudrait que les miroirs 1 et 2
et la séparatrice aient juste les longueurs pour ne pas vigneter tout en s’assurant que le
3. G = (πRP E sin α)2
72 Chapitre 1. Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation
symétrique du miroir 1 par rapport à la séparatice ne vignette pas le faisceau non plus
pour permettre à un rayon entré dans le système d’en sortir (cf. fig 1.6) . On a donc une
configuration optimale qui est présentée en figure 1.7(M ATALLAH, 2011).
(a) (b)
F IGURE 1.6: Schéma plié (a) et déplié (b) d’un interféromètre de Michelson
à dièdres droits. La séparatrice et les dièdres ont une inclinaison respective
de σ et µ par rapport à l’axe optique.
F IGURE 1.7: Schéma déplié d’un interféromètre de Michelson à dièdres,
s=longueur de la séparatrice, m1 =longueur du miroir 1, m2 = longueur du
miroir 2, α= angle de champ, σ, µ = respectivement angle d’inclinaison de
la séparatrice et des dièdres par rapport à l’axe optique.
On montre que :
• Le rapport des longueurs des miroirs s’écrit :
m1 tan µ − tan α
r= = (1.6)
m2 1 − tan µ tan α
• La condition de non vignetage par le symétrique du miroir 1 par rapport à la
séparatrice nous donne la relation suivante :
1 m1
σ= π − α − µ − arctan (1.7)
2 m2
• La longueur minimale du miroir 2 s’écrit :
RP E sin (σ − α)
m2 = (1.8)
(sin µ − 2 tan α cos µ) sin (σ − α) − 2 sin α sin µ cos σ
1.2. Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique : miniaturisation de
73
l’interféromètre
• La longueur minimale du miroir 1 s’écrit simplement :
m1 = r · m2 (1.9)
• La longueur minimale de la séparatrice :
2 cos α sin µ
s= · m2 (1.10)
sin (σ − α)
Ces équations n’ont du sens physique que si :
α < µ < π2 − α, stricte positivité de l’équation 1.6 pour un angle de demi champ
inférieur à 45◦
σ > α, condition d’intersection entre la séparatrice et le rayon marginal
m2 , m1 > 0
(1.11)
Lorsque les deux premières conditions sont vérifiées, la dernière devient une condi-
tion de positivité sur le dénominateur de la distance m2 . Les lignes de niveaux du déno-
minateur sont présentées à la figure 1.8.a. On y voit que ce dénominateur n’est positif
que pour certains couples (α, µ) et que la contrainte de stricte positivité n’est possible
que pour des angles de champ inférieur à 11,5◦ . La figure 1.8.b présente la carte des lon-
gueurs de la séparatrice pour des valeurs positives et inférieures à 10 cm. De même, on
y voit que ces valeurs ne sont possibles que pour un angle de demi champ inférieur à
11,5◦ .
(a) (b)
F IGURE 1.8: Variation du dénominateur de la longueur du miroir M2 (a)
et de la longueur de la séparatrice avec l’angle du champ et l’inclinaison
des dièdres.
En somme, l’encombrement de l’interféromètre de Michelson augmente rapide-
ment avec le champ. Dans le cas où la pupille est réelle immatérielle et placée au niveau
de l’arête des dièdres, la longueur minimale de la séparatrice, pour un champ de 30◦
74 Chapitre 1. Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation
et une pupille de 12,8 mm de diamètre, est de 15,4 cm. Cette configuration optimale
est présentée en figure 1.9. Dans le cas où la pupille se situe en aval de l’interféromètre
l’augmentation de l’encombrement de l’interféromètre est encore plus rapide et la lon-
gueur de la séparatrice dépasse 50 cm dès que le demi-champ est supérieur à 11, 5◦ . Par
ailleurs dans la perspective d’une intégration dans le cryostat, il faudrait soit couder le
cryostat pour positionner le détecteur à 90◦ du hublot soit ajouter un miroir de renvoi
ce qui augmente la masse à refroidir.
F IGURE 1.9: Schéma de l’interféromètre de Michelson à dièdres optimal
pour un demi-champ de 30◦ et une pupille immatérielle de 12,8 mm de
diamètre, positionnée sur l’arête des dièdres.
1.2.2 Évaluation des possibilités d’une caméra hyperspectrale à in-
terféromètre séparateur de polarisation
Diffusion restreinte.
1.2.3 Conclusion
En résumé, la conception d’une caméra hyperspectrale grand champ et compacte
qui utilise un interféromètre de Michelson à dièdre est impossible. En effet, dans le cas
où la pupille est positionnée au niveau de l’arête des dièdres, on obtient une longueur
minimale de la séparatrice d’environ 15 cm sans vignettage, pour un demi-champ de
30◦ et un rayon de pupille de 6,4 mm. Afin d’obtenir la différence de marche souhaitée,
il suffit de translater l’un des dièdres perpendiculairement à l’axe optique ce qui fait
que l’encombrement de l’interféromètre varie peu selon le domaine spectral de travail.
Lorsque la pupille est positionnée en aval de l’interféromètre le volume de l’interféro-
mètre augmente encore plus vite avec l’angle de demi-champ pour dépasser 50 cm à
11,5◦ !
1.3. Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique : miniaturisation de
75
l’imageur
1.3 Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique :
miniaturisation de l’imageur
La miniaturisation des caméras est l’un des sujets majeurs de recherche en imagerie
optique et y compris dans le domaine de l’infrarouge. Ces nouvelles caméras ont pour
but de réduire la charge utile emportée sur les zones de combats dans le domaine
militaire ou d’investir de nouvelles technologies à forts potentiels d’applications telles
que les drones ou les "smartphones". On distingue deux grandes catégories d’imageurs
infrarouges selon que le détecteur est refroidi ou non.
1.3.1 Miniaturisation d’une caméra infrarouge refroidie
Historiquement, les caméras infrarouges refroidies sont constituées d’un bloc op-
tique suivi d’un bloc de détection comportant une chambre froide (le cryostat) sous
vide dans laquelle se trouve un doigt froid qui assure le contact thermique entre le
système de refroidissement (principalement machine Stirling ou azote liquide) et le
détecteur, le filtre froid 4 et le diaphragme conjugué avec la pupille de sortie du bloc
optique afin de limiter le flux parasite vu par le détecteur (voir figures 1.10 a, b et c ).
(a) (b)
(c) (d)
F IGURE 1.10: (a) Schéma de l’enceinte du cryostat d’un détecteur refroidi.
(b) Exemple de détecteur refroidi (S OFRADIR, 2016). (c) Lockheed Martin,
caméra infrarouge bi-bande MWIR et LWIR (A MON, 2002). (d) Caméra
infrarouge à optiques intégrées, SCD (S INGER et O STER, 2010)
Bien que cette architecture permette la conception de caméras à hautes perfor-
mances, elle présente cependant un inconvénient majeur qui est son encombrement.
Pour remédier à ce problème une idée simple est d’investir l’espace vide au sein du
4. Ce dernier, qui définit le domaine spectral du système, est optionnel dans la mesure où il peut être
directement déposé sur le détecteur
76 Chapitre 1. Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation
cryostat et de positionner les optiques au plus près du détecteur comme présenté en
figure 1.10.d. Hormis le gain évident en compacité, cette opération permet d’atherma-
liser le système et d’améliorer la gestion du flux parasite. Cependant, l’insertion des
optiques au sein du cryostat a tendance à augmenter le temps de mise en froid de la ca-
méra. Pour pallier à cette difficulté, il est nécessaire de procéder à une miniaturisation
du système d’imagerie et une approche minimaliste consiste à n’utiliser qu’une lentille.
Une telle architecture où le système optique refroidi ne comporte qu’une lentille a été
brevetée en 1985 par Howard et Abel et une solution optimale, baptisée caméra SOIE
(SOfradir InsidE), a été réalisée par Druart en 2009 (H OWARD et A BEL, 1985 ; D RUART,
2009).
F IGURE 1.11: Caméra SOIE : schémas optiques et mécanique, prototype
réalisé (D RUART et al., 2011).
Ceux-ci reprennent l’idée de Wollaston qui en 1812, observait qu’un système com-
portant un ménisque dont les centres de courbures des dioptres sont situés du côté de
l’objet et dont la pupille en amont est située à une position spécifique sur l’axe optique
donnait des images de meilleures qualités qu’une simple lentille biconvexe. En effet, le
déplacement de la pupille le long de l’axe optique permet de laisser intacte la qualité
image sur l’axe tout en modifiant la qualité image dans le champ en sélectionnant la
région de la lentille qui réfracte les rayons. Grâce au domaine spectral de travail, l’in-
frarouge, on peut obtenir une qualité image sur l’axe suffisante en n’utilisant qu’une
lentille et une pupille de petit diamètre car les matériaux infrarouges tels que le Germa-
nium ou le Silicium possèdent un indice de réfraction élevé et une faible dispersion,
ce qui limite les effets du chromatisme et l’aberration sphérique. Les aberrations de
champ sont corrigées en optimisant les rayons de courbures de la lentille, son épais-
seur et surtout la position de la pupille. Ce nombre limité de variables d’optimisation
contraint le concepteur à choisir quelles sont les aberrations à corriger ou non. Ainsi,
il a été choisi de ne pas corriger la distorsion dans le prototype SOIE car celle-ci peut
être corrigée ultérieurement par traitement d’image.
Ces caméras bien que très performantes, présentent cependant un coût assez élevé
et le domaine spectral des détecteurs est actuellement limité à 11 µm. Il peut donc être
intéressant pour certaines applications de considérer l’autre catégorie de caméras dites
non refroidies.
1.3.2 Miniaturisation d’une caméra infrarouge non refroidie
Comme toute caméra, la caméra infrarouge non refroidie est constituée d’un bloc
d’imagerie et d’un bloc de détection. Elle diffère des autres caméras notamment au
1.3. Spectro-imagerie par transformée de Fourier statique : miniaturisation de
77
l’imageur
niveau du bloc de détection où se trouve un détecteur dit thermique. Contrairement
aux détecteurs quantiques qui convertissent directement un photon absorbé en signal
électrique, les détecteurs thermiques convertissent, dans un premier temps, l’énergie
des photons absorbés en chaleur et ensuite utilisent une autre caractéristique du dé-
tecteur (pression, résistance ...) pour mesurer la variation de température induite. On
distingue trois types de détecteurs thermiques :
— Les détecteurs thermoélectriques ou thermopiles où c’est la différence de poten-
tiel entre deux électrodes, créée par la variation de température à la surface d’un
métal conducteur qui est mesurée.
— Les détecteurs pyroélectriques où le changement de température entraine une
variation de polarisation électrique de la surface de détection.
— Les micro-bolomètres dans lesquels la résistance d’une membrane suspendue
servant de surface de détection varie avec la température.
(a) (b)
(c) (d)
F IGURE 1.12: Caméras non refroidies compactes "grand public" entière-
ment intégrée dans un smartphone, CAT/FLIR (CAT, 2016) (a) ou sous
forme d’élément amovible à ajouter au téléphone Seek Thermal (S EEK
T HERMAL, 2016) en (b). Caméras pour professionnels (c) DRS Infrared, 640
x 480 pixels, 17 µ m de pas pixel, f/1.4, f’=9 mm, FOV(70◦ x 52◦ ), NETD <
50 mK à f/1, (d) Flir Boson, 640 x 512 pixels, 12 µ m de pas pixel, NETD <
40 mK (DRS T ECHNOLOGIES, 2016a ; FLIR, 2016a)
En imagerie infrarouge non refroidie, les micro-bolomètres sont majoritairement
utilisés car ils possèdent une meilleure sensibilité et résolution spatiale que les dé-
tecteurs thermoélectriques et pyroélectriques qui sont pour la plupart, composés de
quelques pixels uniquement. Généralement, un pixel micro-bolométrique est placé
dans une enceinte sous vide afin d’assurer une isolation thermique du circuit de lec-
ture. L’absence de machine de refroidissement fait de ces détecteurs d’excellents candi-
dats à la miniaturisation des caméras infrarouges. Des imageurs thermiques compacts
existent déjà sur le marché et nous pouvons citer en exemples les caméras amovibles
78 Chapitre 1. Choix d’un concept instrumental et d’un axe de miniaturisation
pour "smartphone" des fabricants Flir, Seek Thermal et Therm-App ou la caméra com-
plètement intégrée dans un smartphone de CAT en partenariat avec Flir annoncée pour
un futur proche (FLIR, 2016b ; S EEK T HERMAL, 2016 ; T HERM -A PP, 2016 ; CAT, 2016).
On retrouve aussi des caméras à usage professionnel voire scientifique dans le lointain
infrarouge des fabricants Flir et DRS (DRS T ECHNOLOGIES, 2016a ; FLIR, 2016a).
Bien que ces caméras soient nettement plus compactes que les caméras refroidies,
elles restent moins performantes en matière de sensibilité thermique et de rapport si-
gnal sur bruit (SNR) et de cadence d’acquisition. Pour y remédier, il est courant de les
associer à des optiques ouvertes à F/1 ce qui nécessite l’utilisation de combinaisons
optiques complexes intégrant des lentilles asphériques afin de corriger les aberrations.
1.4 Conclusion
Nous avons évalué les possibilités de conception de caméras hyperspectrales qui
s’offraient à nous afin de choisir celle qui nous permet de maintenir de hautes perfor-
mances tout en réduisant l’encombrement et le poids du système. Nous concluons que
la méthode d’acquisition du cube hyperspectral par transformée de Fourier offre une
meilleure utilisation du flux optique disponible que les autres méthodes d’acquisition
et elle est transposable à tout domaine spectral contrairement à des techniques utilisant
des filtres à cristaux liquides ou acousto-optiques. Comme nous l’avions déjà présenté,
la spectro-imagerie par transformée de Fourier se subdivise en trois catégories selon
les méthodes utilisées pour acquérir le cube. Ici, nous avons vu qu’il était préférable
d’utiliser la transformée de Fourier statique qui offre une meilleure robustesse que la
transformée de Fourier temporelle et une meilleure résolution spatiale que la transfor-
mée de Fourier à acquisition instantanée. Une fois la méthode d’acquisition choisie, il
a été question de la miniaturisation du système. Pour y répondre, nous avons exploré
les possibilités de miniaturisation des sous-systèmes de la caméra à savoir, l’interféro-
mètre et l’imageur.
Concernant la miniaturisation de l’interféromètre, nous avons évalué les encombre-
ments de l’interféromètre de Michelson à dièdres droits et des interféromètres biréfrin-
gents. Il en ressort que lorsque la pupille se trouve en dehors de l’interféromètre de
Michelson, il est impossible de concevoir un système dont le champ de pleine lumière
est supérieur à 11,5 ◦ . Il est cependant possible de concevoir un système grand champ
si la pupille d’entrée se situe au niveau de l’arête des dièdres. Néanmoins, la réalisa-
tion de ce système requiert l’utilisation de lentilles supplémentaires afin de positionner
une pupille d’entrée, réelle immatérielle, au niveau de l’arête des dièdres, ce qui aug-
mente l’encombrement total. Les interféromètres biréfringents offrent quant à eux un
montage en ligne et une rapide estimation du volume pour un interféromètre de type
Savart nous a permis de valider leur compacité. La réalisation de tels interféromètres
n’est actuellement possible qu’en utilisant une liste très courte de cristaux naturelle-
ment biréfringents car à l’exception de la biréfringence de forme, les autres formes de
biréfringences induites sont inefficaces.
Concernant la miniaturisation de l’imageur, nous avons le choix entre un système
refroidi hautes performances à lentille intégrée dans le cryostat mais légèrement plus
volumineux et assujetti aux vibrations créées par la machine de refroidissement et un
système de performances moyennes mais plus compact à matrice de micro-bolomètres.
79
Chapitre 2
Étude d’interféromètre biréfringent à
décalage latéral
Précédemment, nous avons montré qu’un interféromètre biréfringent est plus com-
pact, en fonction du cristal utilisé, que les interféromètres à division d’amplitude. Se
pose dès lors la question des phénomènes physiques qui existent au sein de ces mi-
lieux et qui leur procurent un tel avantage. Le but de ce chapitre est de répondre à
cette question et pour cela, nous allons dans un premier temps rappeler les bases de
la propagation des ondes électromagnétiques (OEMs) au sein d’un milieu uniaxe ho-
mogène et non absorbant. Nous poursuivrons par la présentation des interactions aux
interfaces d’un interféromètre biréfringent simple et nous terminerons par le calcul de
la différence de marche.
2.1 Principe de l’interféromètre biréfringent à décalage
latéral
2.1.1 Rappel de la théorie de la propagation des OEMs dans un mi-
lieu uniaxe homogène et non absorbant
2.1.1.1 Structure des champs dans un milieu anisotrope (cas général)
La théorie de la propagation des ondes électromagnétiques dans un milieu ani-
sotrope nécessite de remonter aux équations de Maxwell qui sont les fondements de
→
−
l’électromagnétisme. Celles-ci relient les champs complexes électrique E et magné-
→
− →
− →
−
tique B et les vecteurs déplacement électrique D et excitation magnétique H . Lors-
qu’on recherche des solutions des équations de propagations de type ondes planes de
→
−
vecteur d’onde k 1 , les équations de Maxwell s’écrivent :
→− → −
k ·D =0
→− → −
k ·B =0
→
− → − →
− (2.1)
k × E = iωµ0 H
→− → − →
−
k × H = −iω D
avec "×", le produit vectoriel et "·", le produit scalaire.
→
− − →
−
1. Solutions avec une dépendance temporelle et spatiale en E (→
r , t) = E (z)ei(kx x+ky y−ωt) , (même
→
−
forme pour H )
80 Chapitre 2. Étude d’interféromètre biréfringent à décalage latéral
À ces quatre équations s’ajoutent des relations dites constitutives qui relient les
champs aux vecteurs déplacement et excitation dans un milieu non magnétique :
( →
− →
−
B = µ0 H
→
− →
− →
− (2.2)
D = 0 [r ] E = [] E
où 0 et µ0 représentent respectivement la permittivité diélectrique et la perméa-
bilité magnétique du vide, et [r ], [], les tenseurs permittivités diélectriques relatif et
absolu qui sont des matrices 3 x 3 diagonalisables. Ces dernières sont une caractéris-
tique du milieu dans lequel se propagent les ondes et on peut écrire dans le repère des
axes propres :
2
1 0 0 n1 0 0
[] = 0 2 0 = 0 0 n22 0 (2.3)
2
0 0 3 0 0 n3
→
−
Les deux premières équations de Maxwell nous permettent d’affirmer que k est
→
− →
−
perpendiculaire au plan d’onde formé par B et D . La première relation constitutive
→
− →
−
nous donne que B et H sont colinéaires. La troisième équation de Maxwell nous dit
→
− →
− →
− →
−
que H est perpendiculaire à E et k et donc que E appartient au plan de vecteur nor-
→
− →
− →
−
mal H , qui n’est rien d’autre que le plan de polarisation formé par D et k . Le vecteur
→
−
de Poynting S qui définit la direction de propagation de l’énergie électromagnétique
est relié aux champs électriques et magnétiques par la relation 2.4. On en déduit que
→
− →
− →
−
S est perpendiculaire à E et B . On peut alors représenter les directions de ces vec-
→
−
teurs relativement à celle du vecteur d’onde k et on en tire la conclusion importante
à savoir : dans un milieu anisotrope, la direction de propagation du front d’onde et
de l’énergie ne sont pas identiques et leurs directions font un angle appelé angle de
dispersion.
−
→
→
− 1→− B∗
S = E× (2.4)
2 µ0
F IGURE 2.1: Structure des champs dans un milieu
anisotrope.
2.1. Principe de l’interféromètre biréfringent à décalage latéral 81
La résolution de l’équation de propagation dans un milieu anisotrope pour des
solutions de type ondes planes revient à résoudre l’équation de Fresnel 2 que voici :
n2x n2y n2z
n21 + n 2
2 2 + n2
3 2 =0 (2.5)
n2 − n21 n − n22 n − n23
q
1,2,3
où n1,2,3 = 0
, sont les indices propres du milieu présentés précédemment,
nx,y,z sont à un facteur près les coordonnées du vecteur d’onde dans la base des vec-
→
−
teurs propres du tenseur permittivité diélectrique, k = 2π λ0
(nx →
−
u x + ny →
−
u y + nz →
−
u z ) et
−
→
p 2 || k ||
n = nx + n2y + n2z = 2π/λ 0
, l’indice de réfraction du milieu dans la direction de propa-
→
−
gation définie par k .
2.1.1.2 Surfaces caractéristiques du milieu uniaxe
Dans le cas d’un milieu uniaxe, deux des trois valeurs propres du tenseur diélec-
trique sont identiques, posons 1 = 2 , n1 = n2 = no et n3 = ne . Le tenseur diélectrique
devient :
2
no 0 0
[] = 0 0 n2o 0 (2.6)
2
0 0 ne
De même, on montre que l’équation de Fresnel se met sous la forme du produit de
deux fonctions quadratiques (cf. Annexe A) :
n2x + n2y + n2z − n2o · n2o n2x + n2o n2y + n2e n2z − n2o n2e = 0
(2.7)
L’ensemble des solutions de Fresnel sont donc réparties selon deux nappes : la pre-
mière est une sphère de rayon no et la seconde un ellipsoïde de révolution dont les lon-
gueurs des demi-axes sont égales à no et ne . Ces surfaces définissent l’indice du milieu
"vu" par l’onde dans sa direction de propagation, et on a bien deux valeurs de l’indice
de réfraction du milieu pour une direction de propagation donnée. Il existe cependant
une direction privilégiée définie par le centre des surfaces et leur point d’intersection
pour laquelle il n’y a qu’une solution no , cette direction définit l’axe optique. L’indice
de réfraction pour cette direction est appelé indice ordinaire tandis que l’indice ne que
"voit" l’onde quand elle se propage dans une direction perpendiculaire à l’axe optique
est dit indice extraordinaire. La différence entre ces deux indices, ∆n = ne − no , définit
la biréfringence du matériau et lorsque cette différence est positive le matériau est dit
uniaxe positif et dans le cas contraire il est uniaxe négatif.
On peut donc considérer le milieu uniaxe comme deux milieux en un :
— L’un où la surface des indices est sphérique et pour lequel on retrouve le com-
portement du milieu isotrope, à savoir, l’indice de réfraction est indépendant de
la direction de propagation et vaut no ce qui implique que l’énergie et le front
d’onde se propagent dans la même direction.
2. Le lecteur trouvera plus de détails sur les calculs dans les ouvrages suivants : B ORN et W OLF
(2000, Chapitre 14), P ÉREZ (2004, Chapitre 32), YARIV et Y EH (1984, Chapitre 4), L ANDAU et L IFSHITZ
(1960, Chapitre 11) et H UARD (1994, Chapitre 2)
82 Chapitre 2. Étude d’interféromètre biréfringent à décalage latéral
(a) (b)
F IGURE 2.2: Surfaces caractéristiques d’un milieu uniaxe : (a) surface des
indices, (b) surface des vitesses radiales.
— L’autre, de surface des indices ellipsoïdale et dans lequel se produisent des phé-
nomènes "extraordinaires".
Une surface analogue existe pour le vecteur de Poynting. Cette surface, nommée
surface des vitesses radiales, comporte également deux nappes dont l’une est une
sphère de rayon n1o et l’autre un ellipsoïde de révolution de demi-axes n1o et n1e .
Maintenant qu’on sait que pour une direction de propagation donnée, il existe deux
indices de réfraction, no et nef f ou autrement dit, deux vecteurs d’onde de normes
respectives 2π n et 2π
λ0 o
n , il est intéressant de connaître la structure des champs. Pour
λ0 ef f
→
− → −
cela, reprenons la première équation de Maxwell : k · D = 0 et posons :
→
− 1
D=p 2 [Dx , Dy , Dz ] ,
Dx + Dy2 + Dz2
un vecteur déplacement de norme unitaire dans le repère des axes propres du tenseur
diélectrique. Cette équation de Maxwell se met alors sous la forme (cf. Annexe A) :
Dx2 Dy2 Dz2 1
2
+ 2 + 2 = →
− (2.8)
no no ne n2 ( k )
On voit donc que les coordonnées des vecteurs déplacement sont les solutions d’un
nouvel ellipsoïde de révolution dit, ellipsoïde des indices (Ed ). Ainsi, pour un vecteur
d’onde solution de l’équation de propagation, les vecteurs déplacement qui vérifient la
première condition de Maxwell, décrivent l’ellipse, (E), définie par l’intersection entre
(Ed ) et le plan d’onde,(Π) 3 . L’un des axe de cette ellipse a toujours une longueur égale
à no car l’ellipsoïde des indices est à symétrie de révolution dans un milieu uniaxe. Par
ailleurs, on montre que le champ électrique est orthogonal au plan tangent à (Ed ) au
niveau de l’extrémité du vecteur déplacement (cf. Annexe A). Or, d’après la structure
→
− →
− →
−
des champs définie précédemment, on sait que H est perpendiculaire à E et D et
→
−
appartient au plan d’onde. H est donc à la fois dans le plan tangent à l’ellipsoïde des
indices et dans le plan d’onde, il est donc tangent à l’ellipse. De ce fait, les vecteurs
déplacements solutions sont selon les axes de l’ellipse (E). Enfin, on montre que l’état
de polarisation des ondes qui se propagent dans ces milieux est linéaire (cf. Annexe
A).
→
−
3. Plan de vecteur normal k
2.1. Principe de l’interféromètre biréfringent à décalage latéral 83
(a) (b)
F IGURE 2.3: Surfaces caractéristiques d’un milieu uniaxe, ellipsoïde des
indices : (a) Ellipsoïde des indices et plan d’onde, (b) structure des champs.
En résumé, à l’inverse des milieux isotropes, seuls deux états de polarisations li-
néaires vérifient les équations de propagation et ces états sont orthogonaux
2.1.2 Utilisation d’un milieu uniaxe comme interféromètre à déca-
lage latéral
Nous venons donc de voir qu’un milieu uniaxe est un séparateur de polarisation
dans lequel deux ondes aux polarisations orthogonales se propagent avec des vitesses
différentes. Cette différence de vitesses de propagation engendre une différence de
marche entre les deux ondes faisant ainsi d’une simple lame uniaxe un interféromètre
à deux ondes 4 . Toutefois pour en faire un spectromètre adapté à la mesure des spectres
larges, il faut compenser cette différence de marche, pour un angle incidence donné,
afin d’obtenir la différence de marche nulle qui à l’origine des oscillations lentes dans le
spectres. De plus, cette combinaison doit aboutir à un interféromètre à deux ondes dont
l’ensemble des différences de marche généré permet d’atteindre la résolution spectrale
voulue. Dans la littérature, nous avons trouvé trois types de combinaisons qui satisfont
ces contraintes. La première, constituée d’un ensemble de deux lames à faces parallèles
fait de matériaux identiques dont les axes optiques sont situés soit dans des plans or-
thogonaux soit dans le même plan mais dans ce dernier cas, une lame demi-onde doit
être insérée entre les deux lames biréfringentes. On y retrouve à titre d’exemple des
interféromètres tels que le Savart ou ceux évoqués dans la demande de brevet suivant
(P HUA et L IM, 2011). La seconde est constituée d’interféromètres à deux lames à faces
parallèles dont les matériaux sont de biréfringences opposées et la troisième comporte
des interféromètres à prismes de matériaux identiques, compensés, et que l’on peut
4. Comme nous l’avons déjà précisé dans le 2ème chapitre de la première partie, il faut ajouter à la
lame un polariseur afin d’obtenir des ondes cohérentes et un analyseur pour homogénéiser la polarisa-
tion des deux voies afin de les faire interférer.
84 Chapitre 2. Étude d’interféromètre biréfringent à décalage latéral
voir comme deux lames à faces parallèles où l’une est incluse dans l’autre, voir figure
2.4.
(a) (b) (c) (d) (e)
F IGURE 2.4: Exemples d’interféromètres biréfringents à décalage latéral.
Les doubles flèches symbolisent l’axe optique. (a) : interféromètre de Sa-
vart. (b) : interféromètre proposé par Phua. (c) : Interféromètre de Savart
modifié par Françon. (d) : interféromètre proposé par Phua avec deux ma-
tériaux de biréfringence de signes opposés. (e) : interféromètre dit "double
Wollaston" à prismes compensés.
2.2 Méthode de combinaison de lames biréfringentes à
faces parallèles aboutissant à un interféromètre à deux
ondes
À la vue des interféromètres précédents, on constate que les axes optiques sont
toujours disposés dans des plans particuliers. Se pose dès lors la question de savoir
quelle est la règle de conception sous-jacente et si elle est unique. Pour y répondre nous
allons analyser la structure des champs au sein de ces empilements, en nous limitant
au cas des dioptres parallèles et en incidence normale dans un premier temps. D’abord,
précisons quelques règles qui serviront pour notre raisonnement :
1. Le champ électrique et le vecteur déplacement électrique ordinaires sont coli-
néaires :
→
− →
−
E o // D o (2.9)
2. Le champ électrique et le vecteur déplacement électrique ordinaire sont perpen-
diculaires au plan formé par l’axe optique et le vecteur d’onde ordinaire :
→
− → − →
− → −
E o , D o ⊥ P k o , u a.o (2.10)
3. Le vecteur déplacement électrique extraordinaire est perpendiculaire au vecteur
déplacement électrique ordinaire et donc appartient au plan formé par l’axe op-
tique et le vecteur d’onde ordinaire :
→
− →
− →
− →
− −
D e ⊥ D o et D e ∈ P k o , →
u a.o (2.11)
2.2. Méthode de combinaison de lames biréfringentes à faces parallèles aboutissant à
85
un interféromètre à deux ondes
4. Le champ électrique extraordinaire appartient au plan formé par le vecteur dé-
placement électrique et le vecteur d’onde extraordinaire, et est orthogonal au
champ électrique ordinaire :
→
− →
− → − → − →
−
E e ∈ P k e , D e et E e ⊥ E o (2.12)
5. La conservation des composantes tangentielles à la traversée d’un dioptre plan
du vecteur d’onde fait qu’en incidence normale, dans les deux lames :
→
− →
− →
−
k inc // k e // k o //→
−
n , avec →
−
n la normale au dioptre (2.13)
6. Nous choisissons le repère de travail de manière à ce que l’axe optique de la
première lame soit dans le plan YZ
7. La projection du champ électrique dans le plan orthogonal au vecteur d’onde est
parallèle au vecteur déplacement associé :
( →
− →
− →
−
E o,⊥ = E o et // à D o
→
− →
− →
− (2.14)
E e,⊥ 6= E e mais // à D e
8. Les vecteurs déplacement ordinaires et extraordinaire sont respectivement per-
pendiculaires aux vecteurs d’onde ordinaires et extraordinaire :
→
− →
− →
− →
−
D o ⊥ k o et D e ⊥ k e
La question des règles de conception consiste alors à savoir quelle orientation doit
avoir l’axe optique de la deuxième lame de manière à coupler efficacement les modes
propres des lames. Des règles précédentes on en tire les conclusions que voici et qui
sont illustrées par la figure 2.5.
→
− →
−
a. Les points (1), (2), (5) et (6) permettent d’affirmer que : D o1 et E o1 sont selon X, sauf
dans le cas dégénéré où l’axe optique est selon Z.
→
−
b. Les points (3), (5), (6), (8) et la conclusion (a) : D e1 est selon Y.
→
−
c. (4), (5) et la conclusion (b) donnent : E e1 ∈ P (Y, Z) .
F IGURE 2.5: définition des paramètres
Par ailleurs, on montre, à l’aide des règles (1), (3) et (7), qu’en incidence normale et
indépendamment de l’orientation de l’axe optique, les composantes tangentielles des
86 Chapitre 2. Étude d’interféromètre biréfringent à décalage latéral
→− →
−
champs électriques ordinaire et extraordinaire, E T o , E T e forment une base ortho-
gonale du plan tangentiel (dioptre) et la composante tangentielle du champ électrique
ordinaire est perpendiculaire à la composant tangentielle de l’axe optique.
( →− →
−
E To ⊥ E Te
→
− (2.15)
E To ⊥ →−
u Taxeoptique
À l’interface séparant les deux lames, on veut un couplage efficace des modes or-
dinaires et extraordinaires afin de compenser le retard de phase et n’avoir que deux
ondes en sortie. Pour cela, nous allons distinguer deux cas : le cas où les lames pos-
sèdent des biréfringences de même signe et le cas où ces dernières sont de signe op-
posé.
2.2.1 Cas où les biréfringences des lames sont de signe opposé
Dans ce cas de figure, c’est le changement du signe de la biréfringence qui permet
de compenser le retard de phase en sortie afin d’obtenir la différence de marche nulle
sur l’axe, mais à condition qu’il n’y ait pas de transfert d’énergie du mode ordinaire de
la première lame vers le mode extraordinaire de la deuxième lame et inversement. En
supposant que l’on n’a que le mode ordinaire dans la première lame, la condition de
conservation des champs tangentiels devient :
→
− →
−
E T o1 = E T o2 (2.16)
→
− →
− →
− →
− →
−
Or, en incidence normale, E T o = E o donc E o1 = E o2 . Par ailleurs, E o2 ⊥ →
−
u ao2 , et
→
− →
−
E o2 ⊥ k o (règle 2), donc l’axe optique de la deuxième lame appartient au plan défini
→
− →
−
par k o et E o1 , soit YZ.
2.2.2 Cas où les biréfringences des lames sont de signes identiques
Ici, il faut que le mode ordinaire de la première lame soit entièrement converti en
mode extraordinaire de la deuxième lame et inversement. Supposons qu’on a que le
mode ordinaire dans la première lame, on veut alors que l’amplitude du champ trans-
→
−
verse ordinaire du deuxième milieu || E T o2 || soit nul. La conservation des composantes
tangentielles à la traversée d’une interface donne :
→
− →
−
E T o1 = E T e2 (2.17)
donc :
→
− →
−
E T o1 ⊥ E T o2 , d’après Eq. 2.15 (2.18)
On conclut, d’après les équations 2.15 et 2.18, que pour avoir un couplage efficace
des modes de polarisation en incidence normale, il faut que les projections des axes
optiques dans le plan du dioptre d’entrée soient orthogonales, donc l’axe optique de la
deuxième lame est dans le plan XZ.
2.3. Expression de la différence de marche pour un IBDL 87
2.2.3 Remarques
Ces conditions, vérifiées par tous les interféromètres à lames faces parallèles de la
littérature, ne sont pas valables dans le cas d’une incidence quelconque et encore moins
dans le cas d’un empilement de prismes compensés car il est nécessaire de passer à
un raisonnement dans l’espace ou lieu du plan, ce qui augmente considérablement le
nombre de paramètres et complexifie le problème.
2.3 Expression de la différence de marche pour un IBDL
Maintenant que nous connaissons quels sont les OEMs qui peuvent se propager
dans un milieu uniaxe, et que nous avons établi quelques règles de conception d’un
interféromètre biréfringent à décalage latéral sur l’axe, nous allons présenter la diffé-
rence de marche dans le cas des interféromètres à lames à faces parallèles et pour des
interféromètres à prismes compensés. Pour cela, nous avons besoin de plusieurs plans
particuliers : le premier est le dioptre qui sépare les deux milieux en jeu et dont le vec-
teur normal (ou aussi "la normale") sera noté → −n . Le second est la section principale, qui
est le plan contenant la normale au dioptre et l’axe optique du cristal, et le troisième
est le plan d’incidence défini par le vecteur d’onde du "rayon" 5 incident et la normale
du dioptre. Rappelons que la continuité à une interface des composantes tangentielles
du champ électrique et du vecteur excitation magnétique étant établie quelle que soit
la nature des milieux diélectriques de part et d’autre de l’interface, les lois de la réfrac-
tion (conservation de la composante tangentielle du vecteur d’onde) qui en découlent,
restent donc valables dans le cas des interfaces séparant des milieux où, au moins un,
est uniaxe. On a donc :
no sin (θo ) = niso sin (θinc )
(2.19)
nef f (θe ) sin (θe ) = niso sin (θinc )
Avec θo , l’angle de réfraction de l’onde ordinaire, θe , l’angle de réfraction de l’onde
extraordinaire, niso , l’indice du milieu isotrope (milieu d’entrée) et nef f , l’indice ré-
fraction "vu" par l’onde extraordinaire dans à l’angle θe . Dans la loi de Descartes pour
l’onde extraordinaire nous avons donc deux inconnues : l’angle de réfraction et l’indice
du milieu qui change avec la direction de propagation.
En 1971, Françon et Mallick 6 ont établi dans le cas général où le plan d’incidence et
la section principale 7 ne sont pas confondus que l’angle de réfraction du front d’onde
extraordinaire vaut :
r h i
2 cos(ω)2
1 − n2iso sin(θi )2 sin(ω) +
(n2o − n2e ) sin(φ) cos(φ) cos(ω) 2
ne 2 2 2
no sin(φ) +ne cos(φ) 2
cot(θe ) = +ne ·no · p
n2o sin(φ)2 + n2e cos(φ)2 niso sin(θi ) · n2o sin(φ)2 + n2e cos(φ)2
(2.20)
5. Il faut utiliser la notion de rayon avec attention dans ce contexte. En effet, les milieux optiques
les plus répandus étant les milieux isotropes, il n’est pas nécessaire de différencier la direction du front
d’onde et celle de l’énergie. Dans les milieux anisotropes, le rayon désigne la direction de propagation
de l’énergie.
6. F RANÇON et M ALLICK, 1971
7. Plan contenant l’axe optique et le vecteur d’onde
88 Chapitre 2. Étude d’interféromètre biréfringent à décalage latéral
Où φ est l’angle que fait l’axe optique avec la normale au dioptre, no , ne , les indices
ordinaire et extraordinaire du milieu uniaxe, ω est l’angle que fait le plan d’incidence
avec la section principale.
F IGURE 2.6: Description des paramètres utilisés pour le calcul de l’angle
de réfraction du front d’onde extraordinaire d’après F RANÇON et M AL -
LICK (1971)
L’indice effectif vu par l’onde extraordinaire s’écrit alors :
ne · no
nef f = p (2.21)
n2o sin(α)2 + n2e cos(α)2
avec
cos(α) = sin(θe ) sin(φ) cos(ω) + cos(θe ) cos(φ)
Connaissant les indices du milieu uniaxe, on peut donc calculer le chemin optique.
2.3.1 Différence de marche d’interféromètres biréfringents à lames à
faces parallèles
Françon et Mallick ont montré que la différence de marche entre le chemin optique
de l’onde ordinaire et celui de l’onde extraordinaire à la sortie d’une lame à face paral-
lèle d’épaisseur e s’écrit :
s
δlame n2o
= sin(θi ) · cot(θe ) − − sin(θi )2 (2.22)
e n2iso
Connaissant celle-ci et les règles de conception établies précédemment, on est en
mesure d’établir la différence de marche entre les voies :
2.4. Conclusion 89
— Dans le cas où les deux lames sont constituées du même matériau, il suffit de
remplacer l’angle ω par ω + π2 dans l’equation 2.22 pour obtenir la différence
de marche créée par la deuxième lame et la différence de marche totale s’écrit :
δtot = δlame1 − δlame2
— Dans le cas où les deux lames sont constituées de matériaux de biréfringences
opposées, la différence de marche totale s’écrit : δtot = δlame1 + δlame2
L’expression analytique exacte de la différence de marche totale étant très longue,
il est courant de ne travailler qu’avec son développement limité au second ordre qui
s’écrit dans le cas de l’interféromètre de Savart :
2 2
δtot
e
= nno2 −n
+n 2 (cos(ω) + sin(ω)) sin(θi )+
e
o e
no ∗(n2o −n2e ) (2.23)
√
ne 2∗(no +ne )3/2
2 2 (cos(ω)2 − sin(ω)2 ) sin(θi )2 + O(sin(θi )4 )
2.3.2 Différence de marche d’un interféromètre à prismes biréfrin-
gents compensés
Dans ce cas de figure, la généralisation des calculs ne peut se faire en fixant de ma-
nière arbitraire l’axe optique du premier prisme dans le plan YZ. Ce qui implique de
de faire les calculs dans l’espace au lieu du plan. En effet, l’existence de prismes dans
le système suscite le besoin d’établir les différences de marche à chaque combinaison
de prismes. Dans le cas particulier du double Wollaston (cf. figure 2.4), Prunet et son
équipe ont établi, en 1999, l’expression de la différence de marche de cet interféromètre
mais bien que cette expression permette de modéliser rapidement le fonctionnement
de l’interféromètre, elle ne suffit pas pour établir l’ensemble des différences de marche
car elle n’est valable que dans le cas où la section principale et le plan d’incidence sont
confondus (P RUNET, J OURNET et F ORTUNATO, 1999). Le calcul analytique de la diffé-
rence de marche dans le cas général se complexifie très rapidement car on a d’une part,
le changement de repère au niveau des dioptres inclinés qui entraîne un changement
des composantes tangentielles des vecteurs d’onde et d’autre part, il faut passer à un
calcul, dans l’espace, des distances géométriques parcourues par l’onde ou le rayon
dans l’interféromètre. Ce calcul fait l’objet du code de simulation que nous présentons
dans le prochain chapitre.
2.4 Conclusion
Ce chapitre nous a permis de présenter les bases de la propagation de la lumière
dans les milieux uniaxes et d’établir quelques règles de conception afin d’aboutir à un
interféromètre biréfringent à décalage latéral et à deux ondes. Nous avons obtenu une
règle nécessaire mais pas suffisante puisqu’elle ne nous assure un couplage efficace
de modes de polarisation que sur l’axe mais ne nous permet pas de prédire les cou-
plages pour une incidence non normale et encore moins dans le cas où l’interféromètre
comporte des dioptres inclinés. Nous avons aussi présenté le calcul de la différence de
marche dans ces interféromètres. Ainsi, pour des interféromètres à lames à faces paral-
lèles, il existe une expression analytique qui servira de référence dans les modélisations
à venir. Dans le cas des interféromètres à prismes compensés, l’expression de la diffé-
rence de marche est à établir pour chaque configuration et la perte de la symétrie de
90 Chapitre 2. Étude d’interféromètre biréfringent à décalage latéral
révolution autour de l’axe géométrique complexifie le calcul analytique. Pour pallier
cette difficulté, nous avons procédé à une modélisation numérique des interféromètres
biréfringents, objet du chapitre suivant.
91
Chapitre 3
Modélisation numérique approfondie
d’interféromètres biréfringents
Au chapitre précédent, nous avons établi une règle de combinaison de lames biré-
fringentes aboutissant un interféromètre à décalage latéral dans lequel le couplage des
modes est efficace en incidence nulle. Nous avons également montré qu’il est possible
de calculer analytiquement la différence de marche entre deux ondes pour un empile-
ment successif de lames à faces parallèles. Cependant, ce calcul ne peut ne s’appliquer
au cas où l’empilement comporte des dioptres inclinés et ne peut prédire le couplage
des modes aux interfaces pour une incidence non nulle. C’est pour cette raison que
nous nous sommes intéressés au code propagation des ondes dans un milieu biréfrin-
gent développé à l’Institut d’Optique que nous présentons dans ce chapitre. Dans un
premier temps, la théorie sous-jacente sera présentée de manière succincte. Puis nous
présenterons un exemple d’utilisation du code qui sera également illustré expérimen-
talement.
3.1 Théorie
Reprenons le tenseur diélectrique présenté au chapitre précédent. Il s’ecrit dans le
cas général et dans le repère de ses axes propres sous la forme :
1 0 0
[] = 0 2 0 (3.1)
0 0 3
Si on travaille dans un repère autre que celui des axes propres tel que présenté en
figure 3.1, alors le tenseur s’écrit :
xx xy xz
[xyz ] = R · [] · R−1 = yx yy yz (3.2)
zx zy zz
avec R, la matrice de changement de repère. Nous allons rechercher dans un pre-
mier temps les solutions de type ondes planes qui se propagent dans un tel milieu.
Une telle approche fournit des solutions mathématiques qui n’ont pas forcément de
sens physique. Il est alors nécessaire de définir des critères pour obtenir les solutions
réelles.
92 Chapitre 3. Modélisation numérique approfondie d’interféromètres biréfringents
F IGURE 3.1: Définition des paramètres utilisés.
3.1.1 Propagation des ondes électromagnétiques planes dans un mi-
lieu biréfringent
Nous considérons un milieu biréfringent non magnétique et non actif, et nous re-
cherchons les solutions des équations de Maxwell de type ondes planes monochroma-
tiques, de fréquence angulaire ω = 2π · c/λ0 avec λ0 , la longueur d’onde dans le vide
et c, la vitesse de la lumière. Pour rappel, ces solutions se mettent sous la forme (cf.
chapitre 2) :
( →− →
−
E (x, y, z, t) = E (z)ei(kx x+ky y−ωt)
→
− →
− (3.3)
H (x, y, z, t) = H (z)ei(kx x+ky y−ωt)
On montre que les équations de Maxwell peuvent se ré-écrire sous la forme d’un
système différentiel d’ordre 1 suivant (A BDULHALIM, 1999) :
→
−
∂ψ 2iπ →
−
= Mψ (3.4)
∂z λ0
Ex (z)
→
− Ey (z)
avec ψ (z) = Z0 Hx (z) , le vecteur composé des composantes transverses des champs
Z H (z)
p0 y
et Z0 = µ0 c = µ0 /0 l’impédance du vide et M une matrice 4 x 4 dont les coefficients
dépendent des composantes du vecteur d’onde et des coefficients de tenseur diélec-
trique xyz .
Les solutions de ce système différentiel se mettent sous la forme :
n
→
− X →
−
ψ 0 (z) = γl · eikz,l z · ψ p,l (3.5)
l=1
→
−
où l ∈ {1, 2, 3, 4}, ψ p,l sont les vecteurs propres de la matrice M, 2π k les valeurs
λ0 z,l
propres associées qui représentent la coordonnée selon l’axe OZ du vecteur d’onde
3.1. Théorie 93
et γl des amplitudes complexes. Les solutions du système différentiel présentées par
l’équation 3.5 peuvent elles aussi être mises sous la forme d’un système matriciel que
voici :
γ1 · eikz,1 z
→
− →
− → − → − → − γ2 · eikz,2 z
ψ (z) = ψ p,1 | ψ p,2 | ψ p,3 | ψ p,4
γ3 · eikz,3 z
γ4 · eikz,4 z
ikz,1 z
(3.6)
γ1 · e
γ2 · eikz,2 z
=V · γ3 · eikz,3 z
γ4 · eikz,4 z
Précisons qu’une autre conséquence des équations de Maxwell est :
iωµ0 Hz = ikx Ey − iky Ex
(3.7)
iωDz = iky Hx − ikx Hy
→
−
Ce qui implique que la connaissance du vecteur ψ suffit à définir entièrement la
structure des champs dans le milieu.
3.1.2 Résolution numérique de l’équation du système différentiel
Le système différentiel 3.4 se résout très facilement de manière numérique via le
calcul des valeurs et vecteurs propres de la matrice M. Ainsi, les coefficients γl sont
définis en fonction des paramètres du problème (polarisation et amplitude de l’onde
dans le milieu). Par ailleurs, on peut montrer que deux des modes propres sont pro-
pagatifs (Re(Sz ) > 0) et les autres contra-propagatifs (Re(Sz ) < 0) 1 . Dans le cas parti-
culier des milieux uniaxes, il est possible d’identifier les modes en calculant la norme
du vecteur d’onde et en la comparant à 2πn0 /λ0 à l’erreur d’arrondi numérique près.
Ceci permet d’identifier la polarisation des modes propagatifs que nous notons "O+"
ou "E+" ainsi que celle des modes ordinaire et extraordinaire contra-propagatifs, no-
tés "O−" et "E−". Dans le cas dégénéré du milieu isotrope, où il existe une infinité
de modes propres, nous choisissons les états de polarisation linéaire transverse élec-
trique (TE) et transverse magnétique (TM). Les colonnes de la matrice V sont alors
ré-organisées dans l’ordre (E+, O+, E−, O−) ou (T E+, T M +, T E−, T M −). Ce tri est
nécessaire pour connaître les coefficients de couplage des ondes aux interfaces.
3.1.3 Interactions au niveau d’un dioptre séparant deux milieux bi-
réfringents
Considérons deux milieux semi-infinis biréfringents A et B et choisissons un repère
de travail de sorte que le dioptre les séparant soit le plan d’équation z = 0 (cf. fig. 3.1).
→
−
Nous venons de voir que si nous connaissons les composantes tangentielles, k // , du
vecteur d’onde dans un milieu alors nous sommes en mesure de déterminer les quatre
ondes qui s’y propagent. La conservation des composantes tangentielles des champs
1. Sz représente la composante selon Oz du vecteur de Poynting complexe
94 Chapitre 3. Modélisation numérique approfondie d’interféromètres biréfringents
électrique et du vecteur excitation magnétique (B ORN et W OLF, 1999), nous permet
d’écrire :
→
− →
−
ψA = ψB (3.8)
soit encore :
γe+,A γe+,B
γo+,A γo+,B
VA ·
γe−,A = VB ·
(3.9)
γe−,B
γo−,A γo−,B
De plus, la conservation des composantes tangentielles des champs implique éga-
lement que la composante tangentielle du vecteur d’onde se conserve à la traversée du
dioptre. De ce fait, nous pouvons déterminer les coefficients de transmission du milieu
A vers B ainsi que les coefficients de réflexion au niveau du dioptre en résolvant les
équations :
te,e 1 to,e 0
te,o
= V −1 · VA · 0 et to,o = V −1 · VA · 1
0 B re,e 0 B ro,e (3.10)
0 re,o 0 ro,o
où ti,i et ti,j sont les coefficients complexes de transmission de Fresnel généralisés
du mode i ∈ {E, O} du milieu A vers le mode i ∈ {E, O} du milieu B et du mode
i ∈ {E, O} vers le mode j ∈ {O, E}. De même pour les coefficients de réflexion. Les
coefficients de Fresnel généralisés en intensité sont alors égaux au module au carré des
coefficients précédents par suite de la normalisation utilisée pour les modes propres.
Ce méthode a été implémenté sous Matlab R en suivant les définitions utilisées
dans les logiciels de conception optique usuels pour les modes dits séquentiels. La géo-
métrie du système est implémentée en positionnant les blocs {orientation du dioptre
+ épaisseur après le dioptre + indice et orientation des axes optique du matériau (s’il
y a lieu) + polarisation de l’onde } dans l’ordre d’intersection avec le rayon lumineux.
L’onde dont on veut les propriétés de propagation est définie par ses états de polari-
sation successifs au cours de sa propagation. Le code fournit en sortie les coefficients
de Fresnel généralisés mentionnés précédemment ainsi que les chemins optiques des
ondes définies par l’utilisateur.
3.2 Application à l’étude des couplages parasites
Nous avons utilisé l’outil présenté précédemment pour modéliser la propagation
des ondes électromagnétiques dans les cas particuliers des interféromètres biréfrin-
gents uniaxes à lames à faces parallèles et à prismes compensés.
3.2.1 Cas des interféromètres à lames à faces parallèles
Bien que le code soit valable dans le cas où l’interféromètre possède N lames, nous
nous limitons au cas où il n’y en a que deux et nous illustrerons ce code avec les lames
de Savart (cf. fig. 3.2). Il existe à la sortie d’un tel interféromètre quatre ondes possibles
3.2. Application à l’étude des couplages parasites 95
selon l’état de polarisation ordinaire (O) ou extraordinaire (E) qu’elles ont eu pendant
leur propagation au sein de l’interféromètre. Nous les notons : OO, OE, EE, EO. Dans le
cas d’un interféromètre à lames de biréfringence identique, les ondes utiles, que nous
appellerons désormais ondes nominales, sont les ondes OE et EO dont les chemins op-
tiques peuvent se compenser pour une incidence donnée. Dans le cas d’interféromètres
à lames de biréfringences opposées, ce sont les ondes OO et EE qui sont intéressantes.
Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, c’est l’épaisseur des lames associée à
l’orientation des axes optiques qui permet d’obtenir des franges rectilignes et équidis-
tantes incluant la frange zéro et qui permet aussi d’annuler l’intensité des deux autres
ondes que nous appellerons ondes parasites dans la suite du document.
F IGURE 3.2: Vue 3D de l’interféromètre de Savart et des coupes XZ et YZ,
les lames sont en Tellurium (Te) et font 3 mm d’épaisseur chacune.
En présence d’un faisceau large angulairement ou d’erreurs de fabrication sur les
épaisseurs des lames ou de positionnement des axes optiques, les règles de conception
que nous avons établies ne sont plus valables et on a les quatre ondes en sortie. L’analy-
seur placé après les lames permet d’homogénéiser les polarisations des ondes et de les
faire interférer. On a donc six figures d’interférences qui se superposent : la figure d’in-
terférence nominale issue de l’interférence entre EO et OE, les figures d’interférences
parasites issues des interférences entre OO et EE dont l’interfrange est identique à celui
des franges nominales et l’orientation perpendiculaire à celle des franges nominales ; et
les quatre figures d’interférences issues des interférences deux à deux entre les ondes
◦
{EO, OE} et {EE, √ OO} qui sont orientées ± 45 des franges nominales et dont les in-
terfranges sont 2 fois supérieures à l’interfrange nominal. Quatre des six cartes de
différences de marche que l’on obtiendrait pour un champ de ± 30◦ sont présentées
figures 3.3. Afin de vérifier les résultats fournis par le code, nous avons calculés l’écart
entre les cartes de différences de marches du code et celle obtenue en utilisant la for-
mule analytique. La variation de l’écart absolu dans le champ est présenté en figure
3.4. Sa valeur maximale est inférieur à 1E-10 µm, valeur largement convenable pour
nos applications.
96 Chapitre 3. Modélisation numérique approfondie d’interféromètres biréfringents
(a) (b)
(c) (d)
F IGURE 3.3: Cartes des différences de marches dans l’interféromètre de
Savart entre (a) OE et EO, (b) OO et EE, (c) OE et OO, (d) OE et EE
L’existence de ces interférences étant conditionnée à l’existence effective des ondes
OO et EE au sein de l’interféromètre, nous avons également tracé leurs cartes des co-
efficients de Fresnel généralisés en transmission. Ceux-ci sont présentés à la figure 3.5
pour une intensité de l’onde incidente de 1 et pour une combinaison de Savart parfaite
et un champ de vue bi-dimensionnel de ± 30◦ . On retrouve bien une transmission nulle
sur l’axe et qui varie rapidement pour atteindre environ 5% en bord de champ. Préci-
sons que l’absence de symétrie des coefficients de Fresnel généralisés dans le champ
est tout simplement liée au fait que les axes de révolution des ellipsoïdes des indices
(qui sont aussi les axes optiques) ne sont pas l’axe géométrique OZ.
3.2. Application à l’étude des couplages parasites 97
F IGURE 3.4: Écart entre les cartes de différences de marches théorique et
simulée pour un interféromètre de Savart dont les lames sont en Tellurium
(Te) et font 3 mm d’épaisseur chacune.
(a) (b)
F IGURE 3.5: Cartes des coefficients de Fresnel généralisés pour les ondes
parasites OO (a) et EE (b) de l’interféromètre de Savart.
3.2.2 Cas des interféromètres à prismes compensés
Nous avons également utilisé le code pour modéliser des interféromètres à prismes
compensés et nous présentons ici le cas du double Wollaston. Pour cet interféromètre,
il existe huit ondes en sortie en fonction de leur état de polarisation pendant leur pro-
pagation dans l’interféromètre (cf. fig. 3.6) :
— Les ondes nominales EOE et OEO dont les angles de réfraction en sortie sont
identiques entre eux et égaux à l’angle d’incidence sur le premier dioptre.
98 Chapitre 3. Modélisation numérique approfondie d’interféromètres biréfringents
— Les ondes simplement parasites EEO et EOO dont les angles de sortie sont iden-
tiques entre eux mais différents de l’angle de sortie commun à OOE et OEE.
— Les ondes doublement parasites EEE et OOO dont l’état de polarisation ne
change pas à la traversée de l’interféromètre et qui sortent avec un angle d’émer-
gence identique à l’angle d’incidence.
F IGURE 3.6: Propagation des rayons dans le double Wollaston, les rayons
doublement parasites n’ont pas été représentés.
Puisque nous avons utilisé cet interféromètre pour l’illustration expérimentale du
code, nous proposons de présenter les résultats simulés dans la partie suivante en
même temps que les résultats expérimentaux.
3.3 Illustration expérimentale du code : exemple du double
Wollaston
Le but ici est d’illustrer le code que nous avons développé en validant l’existence
des ondes parasites et en les caractérisant. Pour cela, nous avons réalisé deux bancs
expérimentaux comportant un double-Wollaston en calcite dont l’angle nominale de
fabrication des prismes est de 14◦ , l’ouverture carrée de 33 mm par 33 mm et l’épais-
seur totale de 18 mm. Les bancs comportent également une caméra Dalsa de focale 50,2
mm et de 1024 x 1024 pixels de 12 µm. La dynamique de la caméra de 14 bits ne permet-
tant pas d’imager à la fois les ondes nominales et doublement parasites dont le ratio
d’intensité théorique est de 106 , l’illustration ne portera que sur les ondes simplement
parasites.
3.3.1 Caractérisation des ondes simplement parasites en intensité
Le but de ce banc de caractérisation est de valider le rapport d’intensité entre les
ondes nominales et les ondes simplement parasites pour différentes incidences. Pour
cela, le double-Wollaston est placé sur une platine de rotation et éclairé par le faisceau
collimaté d’une LED verte. Dans cette configuration, on doit observer trois taches dans
le plan image de la caméra : la tache de focalisation des ondes nominales EOE et OEO
3.3. Illustration expérimentale du code : exemple du double Wollaston 99
et de part et d’autre les taches des ondes simplement parasites EEO-EOO et OOE-OEE
(cf. figure 3.7).
F IGURE 3.7: Banc de caractérisation en intensité des ondes simplement
parasites.
(a) (b)
F IGURE 3.8: Intensité des ondes simplement parasites dans le double-
Wollaston. (a) Taches images parasites et nominale dans le plan image. (b)
Comparaison des rapports d’intensité entre les ondes nominales et sim-
plement parasites en fonction de l’angle d’incidence. En traits pleins, les
valeurs théoriques, les cercles et les étoiles présentent les valeurs mesu-
rées.
Les résultats obtenus sont présentés par les figures 3.8 (a) et (b). Sur la première,
on voit, pour une rotation de 30◦ de la platine, les taches parasites de polarisation or-
thogonale de part et d’autre de la tache centrale telles que prédites par la théorie. La
seconde présente la variation, avec l’angle d’incidence, du rapport d’intensité entre les
ondes nominales et simplement parasites. La position théorique du centre des taches
images OOE-OEE est estimée à 172.5 pixels du centre des taches nominales et celles
des taches images EOO-EEO à 172.1 pixels. Les distances mesurées sont respective-
ment 173.4 pixels et 173 pixels, soit une erreur relative de 0,5 % environ, imputable aux
100 Chapitre 3. Modélisation numérique approfondie d’interféromètres biréfringents
incertitudes expérimentales. Concernant la variation de l’intensité avec l’angle d’inci-
dence, on obtient des ordres de grandeurs comparables à ceux prédit par la théorie
et l’écart observé entre les courbes théoriques et expérimentales provient vraisembla-
blement des incertitudes sur les caractéristiques du double-Wollaston que nous avons
utilisé.
3.3.2 Caractérisation des franges parasites issues d’ondes simplement
parasites
Pour ce banc de caractérisation, le double-Wollaston, placé entre polariseur et ana-
lyseur croisés, est éclairé par un faisceau divergent d’une LED ou d’un laser à 594 nm.
L’illumination du système par la LED de faible longueur de cohérence, nous permet de
déterminer la position de la différence de marche nulle. Une fois celle-ci déterminée, la
LED est remplacée par le laser afin d’observer les franges de plus grande différence de
marche. Ce banc d’interférométrie est présenté par la figure 3.9 et les franges obtenues,
par la figure 3.10.
F IGURE 3.9: Banc d’interférométrie.
Nous avons ajouté au système un diaphragme de champ qui nous permet d’obser-
ver séparément 2 les franges nominales et parasites.
La figure 3.11 présente les franges nominales obtenues avec ce banc et en augmen-
tant l’intensité du laser jusqu’à la saturation de la caméra, on voit apparaître les franges
parasites provenant d’interférences entre les ondes EEO et EOO d’une part, et entre
OOE et OEE d’autre part. Remarquons aussi que l’orientation des franges parasites
est la même que celle des franges nominales car, contrairement au Savart, le décalage
2. Les franges nominales et parasites sont superposées dans tout le champ mais la réduction du
champ opérée par le diaphragme nous permet de supprimer les franges nominales correspondant à de
grands angles d’incidence qui se superposent aux franges parasites.
3.4. Conclusion 101
(a) (b)
F IGURE 3.10: Franges d’interférence du double Wollaston. (a) Illumination
avec une LED à 530 nm, (b) Franges d’interférences nominales obtenues
avec un laser He-Ne à 594 nm.
latéral du double-Wollaston se fait dans le plan d’incidence. Nous avons mesuré un
interfrange de 7 pixels pour les franges parasites et de 3,5 pixels pour l’interfrange
nominal, valeur proche de l’interfrange théorique de 4 pixels par franges.
(a) (b)
F IGURE 3.11: Caractérisation des franges parasites du double Wollaston.
(a) Franges d’interférences nominales. (b) Franges d’interférences para-
sites. Dans le cas a), les faisceaux parasites sont trop faibles par rapport
aux faisceaux nominaux pour être perçus. Dans le cas b), la tache centrale
des faisceaux nominaux est fortement surexposée afin de faire apparaître
les franges parasites.
3.4 Conclusion
Dans les logiciels de simulation optique tels que Zemax ou Code V, la modélisa-
tion de la propagation des ondes électromagnétiques dans les milieux anisotropes ne
prend pas en compte le phénomène de couplage des modes de polarisation aux inter-
faces. L’outil de simulation développé à l’Institut d’Optique permet de simuler le tracé
102 Chapitre 3. Modélisation numérique approfondie d’interféromètres biréfringents
de la direction du front d’onde et de l’énergie, aussi bien que de calculer le chemin op-
tique parcouru et les coefficients de Fresnel généralisés des modes qui existent dans le
milieu. Nous avons illustré expérimentalement les résultats de ce code, aussi bien du
point de vue de la différence de marche que de l’intensité des modes. Cet outil nous
permettra de modéliser et dimensionner des interféromètres biréfringents à décalage
latéral au prochain chapitre.
103
Chapitre 4
Dimensionnement des prototypes
MWIR et LWIR
Diffusion restreinte.
105
Conclusion
Dans la première partie, nous avions vu qu’il existe de nombreuses techniques d’ac-
quisition du cube hyperspectral qui ont chacune leurs avantages et inconvénients. Pour
concevoir nos caméras hyperspectrales, nous avons fait le choix de la spectro-imagerie
par transformée de Fourier statique utilisant un interféromètre à décalage latéral qui
nous permet d’avoir de plus grandes étendues géométriques et d’optimiser la collec-
tion et l’utilisation du flux de la scène observée. De plus, l’absence d’élément mobile au
sein de la chaîne optique nous permet d’obtenir une meilleure robustesse. Nous avons
également observé que ces caméras, que l’on peut décomposer en deux sous-parties
à savoir l’interféromètre et l’imageur, utilisent pour la plupart, des interféromètres à
miroirs de type Sagnac ou Michelson à dièdres droits. Néanmoins, des caméras hyper-
spectrales avec une maturité technologique plus ou moins avancée utilisant des inter-
féromètres biréfringents font leur apparition dans le domaine et elles sont en général
plus compactes que les premières. C’est ainsi que nous avons effectué une étude de
compacité des interféromètres à spécifications fixées. Il en ressort premièrement qu’il
n’est pas toujours possible de concevoir une caméra hyperspectrale utilisant un inter-
féromètre de Michelson à dièdres droits car dans le cas où la pupille du système est
située en aval de l’interféromètre, le demi-champ maximal est limité à 11,5◦ pour ne
pas vignetter. Dans le cas où la pupille du système est située sur l’arête des dièdres,
l’encombrement de l’interféromètre reste faible mais face à l’impossibilité de position-
ner la pupille physique du système à cet emplacement, il faut recourir à une optique
relais pour y mettre la pupille immatérielle, ce qui a tendance à augmenter l’encom-
brement total du système. Quant à la miniaturisation de l’imageur, les caméras non
refroidies ne nécessitent pas d’efforts particuliers de miniaturisation car on en trouve
dans le commerce qui sont déjà très compactes. Le point dur, ici, concerne surtout les
performances d’imagerie car celles-ci restent moins sensibles que les caméras refroi-
dies. Quant à ces dernières, le système de refroidissement les rend plus volumineuses.
Pour nos travaux, nous nous basons sur les systèmes déjà développés à l’ONERA et
dont l’idée est d’investir l’espace vide au sein du cryostat pour y mettre les optiques
imageantes.
Une fois le concept instrumental sélectionné, nous avons procédé à une étude théo-
rique plus approfondie des interféromètres biréfringents afin de savoir comment tirer
parti du phénomène de double réfraction pour notre application. Ainsi nous avons étu-
dié les différentes possibilités pour créer artificiellement de la biréfringence et déter-
miné que malgré la rareté des cristaux naturellement transparents sur notre domaine
spectral de travail, ceux-ci restaient le meilleur choix de conception pour l’instant.
Nous avons alors utilisé un outil pour modéliser la propagation des ondes électro-
magnétiques dans ces milieux ainsi que les phénomènes de couplage des ondes aux
interfaces que nous avons mis en évidence expérimentalement. Concernant la géomé-
trie des interféromètres, nous avons démontré qu’il existait trois principales configu-
rations lorsque l’interféromètre comporte deux lames à faces parallèles et qu’il existe
une géométrie meilleure que celle du double-Wollaston en termse de compacité, que
106 Chapitre 4. Dimensionnement des prototypes MWIR et LWIR
nous nommons double-Nomarski. Enfin, nous avons procédé au dimensionnement de
plusieurs systèmes dans le moyen et le lointain infrarouge parmi lesquels un système
hybride transparent dans le moyen-infrarouge dont la réalisation et la mise en œuvre
font l’objet de la prochaine partie.
107
Troisième partie
Réalisation, caractérisation et mise en
œuvre d’un prototype infrarouge
109
Introduction
Dans la partie précédente, nous avons pu dimensionner trois caméras hyperspec-
trales compactes, une partiellement refroidie, l’une entièrement refroidie et une caméra
dans le lointain infrarouge. Pour des raisons de délais de fabrication et de coûts, nous
avons choisi de réaliser le prototype partiellement refroidi que nous nommons SIBI
pour Spectro-Imageur Biréfringent Infrarouge. Ce prototype servira à des fins de vali-
dation de concept. Le premier chapitre de cette partie sera consacré à la présentation
des composantes du prototype SIBI ainsi qu’à sa caractérisation en laboratoire. Cette
dernière nous permettra de récolter les informations nécessaires au traitement des me-
sures terrain. Le deuxième chapitre présentera un exemple de mise en oeuvre terrain
dans le cadre de la campagne ImagEtna ainsi que les préparatifs d’une campagne aé-
roportée que nous n’avons pas eu le temps de réaliser avant l’écriture de ce document.
Les traitements des données ainsi que les premiers résultats obtenus y seront égale-
ment présentés.
111
Chapitre 1
Réalisation et caractérisation en
laboratoire du prototype hybride
moyen infrarouge, SIBI
À ce stade, nous avons dimensionné plusieurs prototypes dont la complexité de
réalisation varie énormément d’une catégorie à l’autre. Nous nous sommes donc ba-
sés sur les critères de délai, de réalisation et de coût. Ainsi nous avons opté pour la
fabrication du prototype hybride qui était le seul, en début de thèse, que nous pou-
vions réaliser avec les composants disponibles chez les fournisseurs usuels. Un autre
argument en faveur du prototype hybride était sa "simplicité" technologique. En effet,
l’intégration de composants optiques supplémentaires dans un bloc de détection n’est
pas encore suffisamment répandue et cette option aurait nécessité l’intervention d’un
partenaire supplémentaire, en l’occurrence le fabricant de détecteur, Sofradir avec qui
l’ONERA a déjà collaboré par le passé sur la même problématique. Ce chapitre présen-
tera la fabrication et l’assemblage de ce prototype hybride dont le but est de valider le
concept d’utilisation d’interféromètres biréfringents dans un contexte d’imagerie hy-
perspectrale infrarouge. Nous présenterons ensuite une série de tests en laboratoire
afin d’obtenir les informations nécessaires au traitement des images hyperspectrales.
1.1 Fabrication et assemblage du prototype moyen infra-
rouge
Comme évoqué dans la partie précédente, la réalisation des lames biréfringentes
en T eO2 a été confiée à Altechna, qui parmi les fournisseurs de composants optiques
que nous avons contactés, était le seul en mesure de fabriquer des lames biréfringentes
selon nos spécifications. Les polariseurs quant à eux, ont été achetés chez Specac (S PE -
CAC , 2016). En effet, Specac, contrairement aux autres fabricants, propose des polari-
seurs spécifiques dans le moyen et lointain infrarouge pour des applications d’ima-
gerie. Nous n’avons pas apporté de modifications particulières à la caméra SOIE qui
avait été réalisée par Sofradir. Une fois l’ensemble des composants reçu, nous les avons
assemblés et le premier prototype obtenu est présenté en figure 1.1.
Cette première version que nous avons baptisée SIBI pour Spectro-Imageur Biré-
fringent Infrarouge pèse 2,7 kg et fait 12 x 12 x 20 cm3 et a été dédiée à la validation
de concept. Elle a notamment servi pendant la campagne ImagEtna que nous présen-
terons au chapitre suivant.
Chapitre 1. Réalisation et caractérisation en laboratoire du prototype hybride moyen
112
infrarouge, SIBI
(a) (b)
F IGURE 1.1: SIBI, caméra hyperspectrale dans le moyen infrarouge (a) et
son interféromètre (b).
1.2 Mesure de la distorsion de l’imageur
Lors de la conception de la caméra SOIE, il avait été choisi de minimiser en priorité
les aberrations autres que la distorsion car cette dernière pouvait être corrigée numé-
riquement. Sa valeur maximale théorique en valeur absolue est évaluée à 9,1 %. Nous
avons mis en place un banc de mesure afin de la mesurer. Pour cela, la caméra, éclairée
par un faisceau collimaté, était installée sur une platine de rotation pouvant parcourir
une plage d’angles d’élévation et d’angles azimutaux. La figure 1.2 présente les posi-
tions des centroïdes de la tache image ainsi que les positions estimées de ces centroïdes
en utilisant un modèle sténopé pour modéliser la caméra.
Nous choisissons le modèle classique de distorsion radiale d’ordre 3, de décentrage
d’ordre 1 et prismatique d’ordre 1 (WANG et al., 2008), présentée par l’équation 1.1,
qui relie les coordonnées de l’image sans distorsion (Xr , Yr ) à celles de l’image avec
distorsion (Xd , Yd ).
Xd − Xr = Xr (r1 ρ2 + r2 ρ4 + r3 ρ6 ) + 2d1 Xr Yr + d2 (3Xr2 + Yr2 ) + p1 ρ2
(1.1)
Yd − Yr = Yr (r1 ρ2 + r2 ρ4 + r3 ρ6 ) + 2d2 Xr Yr + d1 (Xr2 + 3Yr2 ) + p2 ρ2
p
avec ρ = Xr2 + Yr2 .
Nous avons utilisé la méthode des moindres carrés pour déterminer les coefficients
(r1 , r2 , r3 , d1 , d2 , p1 , p2 ) donnant le meilleur ajustement entre les coordonnées théoriques
de l’image avec distorsion et les coordonnées mesurées. Le résultat ainsi que la distance
euclidienne entre le point mesuré et estimé, ramenée au pixel sont présentés en figure
1.3. On a une valeur moyenne sur la distance entre les points de 0,17 pixel et un écart-
type de 0,1.
Nous avons utilisé l’outil de simulation d’image du logiciel de conception optique
Zemax pour simuler une image de grille observée par la caméra SOIE à laquelle nous
1.2. Mesure de la distorsion de l’imageur 113
F IGURE 1.2: Mesure de la distorsion : positions des centres des taches
images mesurées et estimées en utilisant un modèle sténopé.
(a) (b)
F IGURE 1.3: Validation du modèle de distorsion : (a) En rouge, position
mesurée des centroïdes des taches images et en bleu, position estimé par
le modèle de distorsion. (b) distance entre la position estimée et mesurée
ramenée au pixel.
avons appliqué ce modèle de distorsion afin de le valider. Le résultat est présenté en
figure 1.4.
Chapitre 1. Réalisation et caractérisation en laboratoire du prototype hybride moyen
114
infrarouge, SIBI
F IGURE 1.4: Validation du modèle de distorsion : en vert grille distordue
et en magenta grille après correction.
1.3 Caractérisation des franges d’interférence
Nous avons mis en place un banc de caractérisation des franges d’interférences
de la caméra. Celui-ci comporte une sphère intégrante éclairée par un OPO dont le
domaine d’émission va de 3,7 à 4,5 µm, et la caméra SIBI est positionnée sur l’une des
sorties de la sphère. La figure d’interférence obtenue à 3,85 µm est présentée en figure
1.5. On retrouve bien le changement de signe de la courbure des franges qu’on observe
sur les cartes de différence de marche théoriques.
Nous avons appliqué un algorithme de déroulement de phase à la figure d’inter-
férence à λ=3,7 µm afin d’obtenir la carte des différences de marche expérimentale
affranchie modulo λ et nous nous sommes servis de l’image acquise en observant un
corps noir, afin de déterminer la position de la frange de différence de marche nulle.
La carte de différence de marche obtenue est présentée en figure 1.6a.
(a) (b)
F IGURE 1.5: SIBI, franges d’interférence : (a) Banc d’observation des
franges d’interférences. (b) Franges d’interférences à λ = 3,7 µm.
Nous avons également déterminé les paramètres de l’interféromètre qui ajustent
au mieux la carte théorique de la différence de marche à celle mesurée. On trouve une
1.4. Caractérisation spectrale de la caméra 115
épaisseur de 8,6 mm au lieu de 8,5 mm pour la première lame, qui peut provenir d’une
erreur de fabrication, et une biréfringence ∆n = ne − no de 0,1342 au lieu de 0,1392 soit
une variation de 3,6 %. Cette variation peut être liée à une différence entre les équations
de Sellmeier que nous utilisons et celles du fabricant ou encore d’une variation de la
biréfringence avec les conditions de travail , notamment la température ambiante.
(a) (b)
F IGURE 1.6: (a) Carte des différences de marche en microns expérimen-
tale et (b) comparaison à la théorie. L’écart maximal est égal à la longueur
d’onde.
Nous avons également dû tourner le repère théorique de la caméra par rapport
à celui de l’interféromètre d’environ 15◦ afin d’orienter les franges dans la bonne di-
rection. Ce qui traduit un écart entre le montage réel et théorique de l’interféromètre.
En effet, nous avions choisi d’assembler ce dernier sous la forme d’un ensemble qui
peut-être désolidarisé de la caméra et qui est fixé sur la monture mécanique de celle-ci
par deux éléments filetés qu’on amène théoriquement en bout de course. Cependant
afin d’éviter tout risque de frotter le hublot de la caméra contre la surface de l’analy-
seur, nous avons choisi d’arrêter le vissage avant la fin de course ce qui a entraîné une
incertitude sur l’alignement des franges par rapport au détecteur. L’étape suivante a
consisté à mesurer les réponses spectrales des éléments de la caméra ainsi que de la
caméra dans son ensemble.
1.4 Caractérisation spectrale de la caméra
Nous avons effectué dans un premier temps la caractérisation spectrale des pola-
riseurs et de l’interféromètre afin de vérifier leur conformité par rapport aux carac-
téristiques annoncées par le fabricant. Ensuite nous avons procédé à la mesure de la
réponse spectrale de SIBI dans son ensemble pour quelques points du champ.
Chapitre 1. Réalisation et caractérisation en laboratoire du prototype hybride moyen
116
infrarouge, SIBI
1.4.1 Transmissions spectrales des polariseurs et de l’interféromètre
Les transmissions spectrales des polariseurs Specac et de l’interféromètre ont été
mesurées par le spectromètre à transformée de Fourier Vertex 70 de chez Bruker. Les
mesures sont présentées en figure 1.7. On observe sur ces spectres l’absorption par le
CO2 autour de 4,2 µm car les composants n’ont pas été placés sous vide. En ce qui
concerne le polariseur, la mesure a été faite en faisceau non polarisé, on s’attend donc
à avoir une transmission spectrale maximale de 50 %. On retrouve des résultats cohé-
rents avec les données du fabricant : on a bien 93 % de transmission à λ = 4 µm et plus
de 70 % de transmission de lumière polarisée sur notre domaine spectral.
(a) (b)
F IGURE 1.7: Transmission spectrale des polariseurs(a) et de l’interféro-
mètre (b).
En ce qui concerne la transmission spectrale des lames en T eO2 , on obtient une
transmission spectrale comprise entre 46 % et 70 % sur le domaine spectral [3,7-4,8]
µm.
1.4.2 Réponses spectrales de la caméra pour quelques points du champ
Afin de caractériser la réponse spectrale de quelques pixels dans le champ, nous
avons utilisé un banc développé à cet effet à l’ONERA (R OMMELUÈRE, 2007). Pour
cela, la caméra est placée devant un spectromètre Bruker à transformée de Fourier
temporelle dont le faisceau de sortie est collimaté (cf fig. 1.8).
L’expression de l’interférogramme au niveau du pixels (xi , yi ) s’écrit :
Z
1
I(xi , yi ) = Tb Ts (σ) (1 + c(σ) cos 2πσδs (xi , yi )) L(σ) (1 + cos 2πσδb ) (1.2)
σ 4
avec L, la luminance de la source, Tb et Ts , les transmissions respectives du Bruker et
de SIBI et δb et δs leurs différences de marche respectives.
1.4. Caractérisation spectrale de la caméra 117
F IGURE 1.8: Banc de caractérisation de la réponse spectrale de la caméra.
En appliquant une transformée de Fourier inverse à l’interférogramme que l’on di-
vise par le spectre de la source, on peut ainsi accéder à la différence de marche effective
au niveau de ce pixel, qui n’est rien d’autre que la fréquence des oscillations observées.
(a)
(b)
F IGURE 1.9: Réponse spectrale de quelques pixels de la caméra SIBI
Chapitre 1. Réalisation et caractérisation en laboratoire du prototype hybride moyen
118
infrarouge, SIBI
La figure 1.9 présente les transmissions spectrales aux points de coordonnées (95,
242) et (487, 242). Il s’agit de deux points qui se situent respectivement aux faibles et
aux grandes différences de marche. Nous avons mesuré en ces pixels des différences
de marche, en valeur absolue, d’environ 120 µm et 326 µm. Malheureusement, ces va-
leurs ne peuvent pas être comparées à celles de la carte des différences de marche
obtenue au paragraphe précédent puisque SIBI avait été démonté et ré-assemblé entre
les deux mesures pour des raisons de disponibilité du matériel. Toutefois, ces mesures
nous permettent d’estimer le contraste des franges d’interférence. En effet, on montre
que le contraste de la modulation des réponses spectrales est égal à celui des franges
spatiales lorsque l’instrument est éclairé par une source monochromatique (cf. Annexe
B). On obtient alors un contraste d’environ 50 %, contraste qui reste correct devant un
contraste théorique de 60 %, dont le calcul est détaillé dans l’annexe B.
(a)
(b)
F IGURE 1.10: Réponse spectrale d’un pixel proche de la différence de
marche nulle des franges nominales
Si nous regardons maintenant la réponse spectrale du pixel (199, 242), situé près de
la différence marche nulle comme le montrent les franges bien contrastées à l’intérieur
de la tache image (fig 1.10.b), nous devrions voir que des oscillations de très faible
1.5. Lumière parasite dans le système optique 119
fréquence. Or, nous observons des oscillations rapides ( cf. Fig. 1.10.a) qui traduisent
l’existence d’une différence de marche élevée en ce point. La différence de marche pa-
rasite est estimée à 280 µm en ce point et le contraste est d’environ 13 %. La présence
de ces oscillations parasites pose un problème majeur car celles-ci vont altérer la qua-
lité des spectres mesurés par la caméra. Il est donc impératif de connaître leur origine
afin de les supprimer ou à défaut, de les prendre en compte dans les inversions des
interférogrammes.
1.5 Lumière parasite dans le système optique
Lors de la réalisation de la caméra SIBI, nous avons utilisé des polariseurs à grille
qui transmettent la polarisation orthogonale et réfléchissent la polarisation parallèle
aux grilles. De ce fait, en lumière non polarisée, 50 % du faisceau incident est transmis
par le premier polariseur de la chaîne, 25 % est transmis par le second polariseur au
premier passage et environ 6 % après une double réflexion des rayons par le second
polariseur puis par le premier.
Tout comme les rayons nominaux, ces rayons parasites vont être divisés selon la
polarisation et après transmission par l’analyseur, ils auront la même polarisation que
les rayons nominaux. En plus des interférences entre rayons nominaux, il peut donc
y avoir des interférences entre rayons nominaux et entre rayons parasites. Toutefois,
comme ces derniers ont parcouru un aller-retour supplémentaire dans la cavité, la
différence de marche avec les rayons nominaux est de l’ordre du centimètre, et nous
pouvons négliger les interférences qui en résultent. Par contre, les interférences entre
rayons parasites seront visibles. Pour calculer la figure d’interférences parasite, il faut
prendre en compte le fait que les rayons sont polarisés linéairement par l’analyseur ou
le polariseur entre chaque traversée du cristal.
La transmission du système pour les rayons parasites s’écrira donc comme le pro-
duit de deux termes d’interférences :
2
Iparasite = (1 − c0 cos(2πδaller σ)) · (1 + c0 cos(2πδretour σ)) (1.3)
| {z } | {z }
(1) (2)
avec c0 le contraste des franges, δaller (respectivement δretour ) la différence de marche
introduite par le cristal à l’aller (respectivement au retour).
On aura donc une figure d’interférences qui sera égal au produit de deux figures
d’interférences, l’une étant donnée par le terme (1) dont la frange centrale est à la po-
sition nominale, et l’autre étant donné par le terme (2), dont la frange centrale est sy-
métrique à la nominale par rapport au centre du détecteur 1 . C’est effectivement ce
que l’on observe sur les figures 1.11.a et c, obtenue en observant un corps noir, où on
remarque ainsi ces franges parasites sont limités au centre du champ, en raison du dia-
mètre fini de polariseur de tête. Sur la figure 1.11.b nous avons représenté les rayons
qui sont susceptibles d’atteindre le détecteur après cette double réflexion sur les pola-
riseurs. On voit que ces rayons sont imagés sur le même pixel que les rayons ayant la
même incidence qui traversent le système en simple passage.
Afin d’éviter la formation de ces franges parasites on peut :
1. en suppossant que polariseur et analyseur perpendiculaire à l’axe optique
Chapitre 1. Réalisation et caractérisation en laboratoire du prototype hybride moyen
120
infrarouge, SIBI
• Incliner l’un des polariseurs afin que la polarisation réfléchie soit renvoyée hors
du système. Pour cette caméra grand champ, cela revient à incliner le polariseur
d’environ 30◦ , ce qui augmente l’ouverture du polariseur à utiliser d’une part et
augmente le volume qu’il occupe d’autre part.
• Utiliser un cube séparateur de polarisation qui renvoie la polarisation non dési-
rée à 90◦ au lieu de la ré-injecter dans le système. Ces cubes sont cependant plus
épais que les polariseurs à grilles et leur ouverture est assez limitée.
• Utiliser un polariseur absorbant. C’est la solution qui s’adapte le mieux à notre
cas et que nous utiliserons dans les prochaines versions du prototype.
(a)
(b) (c)
F IGURE 1.11: SIBI, franges d’interférence parasites : (a) Image d’un corps
noir vu par la caméra. Sur cette image, on observe les franges parasites sur
la droite et qui sont délimitées par l’ouverture du polariseur de tête. Ces
franges parasites sont mieux visibles sur l’interférogramme de la ligne n◦
256 (b). Sur la figure (c), schéma Zemax représentant les doubles réflexions
sur les polariseurs.
En ce qui concerne le prototype actuel, il va falloir composer avec les franges para-
sites. On pourra remplacer la zone de l’interférogramme où les franges parasites sont
les plus marquées par un a priori ou caractériser la réponse spectrale des pixels au spec-
tromètre pour établir un modèle paramétrique (régime d’interférence en fonction du
champ) et utiliser un modèle d’inversion plus complexe.
1.6. Conclusion 121
1.6 Conclusion
Nous avons donc réalisé un premier prototype hybride, SIBI, qui est déjà très com-
pact puisqu’il ne pèse que 2,7 kg et fait 12 x 12 x 20 cm3 , sans efforts particuliers
d’optimisation des matériaux utilisés pour réaliser les montures mécaniques ou du
système électronique. L’étape suivante a consisté en une série de tests en laboratoire.
Nous avons ainsi pu mesurer la distorsion de la caméra et établir un modèle théorique
afin de la corriger. Nous avons également caractérisé les franges du système que nous
avons comparées aux franges théoriques. Il en est ressorti qu’il existe un écart entre le
système réalisé et le système théorique au niveau des repères de l’interféromètre et de
la caméra et qui se traduit par une rotation. Nous avons également mis au jour l’exis-
tence de franges parasites qui sont liées aux réflexions par les polariseurs à grille de la
polarisation non transmise. Précisons que ce problème n’est pas inhérent au prototype
SIBI mais à tout système utilisant deux polariseurs à grille en regard. Pour y remédier,
nous avons évoqué plusieurs solutions et pour les systèmes à venir nous utiliserons
un polariseur absorbant. Quant au protoype SIBI, on peut soit effectuer une caracté-
risation de la réponse spectrale de chaque pixel pour établir un modèle paramétrique
et utiliser un modèle d’inversion plus complexe ou remplacer la zone de l’interféro-
gramme où les franges parasites sont les plus marquées par un a priori qui est une
solution plus simple et qui peut suffire, dans un premier temps, à valider le concept.
123
Chapitre 2
Mise en œuvre terrain
La mise en œuvre sur le terrain représente une étape importante dans le processus
de validation du concept. Elle nous permet d’évaluer les performances réelles de l’ins-
trument ainsi que d’identifier les éléments à améliorer. Pour la caméra SIBI, il a s’agi
de participer à une campagne de détection de gaz dans le panache du volcan Etna en
Sicile. Cette campagne nous a permis d’avoir un retour d’expérience sur lequel nous
nous sommes appuyés pour réaliser la deuxième version qui est destinée à une cam-
pagne aéroportée sur drone que nous préparons actuellement. Dans la première partie
de ce chapitre, nous présenterons la campagne ImgEtna ainsi que le traitement des
images acquises durant cette campagne. Dans la seconde partie, nous présenterons la
nouvelle version de la caméra ainsi que les préparatifs de la campagne aéroportée.
2.1 Campagne ImagEtna
2.1.1 Présentation de la campagne de mesures
En juin 2015, le Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement et de l’Es-
pace (LPC2E) et le Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales (Latmos)
ont organisé la campagne de mesures ImagEtna à laquelle plusieurs instruments déve-
loppés à l’ONERA ont participé (cf. fig 2.1). Le but de cette campagne d’évaluer l’ap-
port de l’imagerie hyperspectrale infrarouge pour la quantification des gaz émis dans
le panache du volcan. Cette campagne a été aussi l’occasion de tester dans des condi-
tions réelle de nouveaux concepts instrumentaux en imagerie spectrale infrarouge.
C’est pourquoi y ont participé la caméra multispectrale VITRAIL, et SIBI, tous deux
développés à l’ONERA. Nous étions installés à 1800 m d’altitude et à 2,5 km du cratère
du volcan et la campagne a duré cinq jours. Pour cette campagne, SIBI a été installé sur
une tourelle afin de balayer la scène par rotation (cf. fig 2.2). Les fréquences d’acquisi-
tion ainsi que la vitesse de balayage de la caméra ont été calculés de manière à assurer
un déplacement de la scène de 0,8 pixel par image, ce qui résulte en une acquisition
de 1500 images par séquence de mesures. Les mesures ont été acquises préférentielle-
ment par beau temps ou lorsqu’il y avait peu de vent afin d’éviter que le panache ne se
déforme pendant l’acquisition. Ainsi, nous avons récolté des données les jours 2, 4 et
5 mais suite à des difficultés matérielles, nous ne disposons des données d’étalonnage
de l’instrument que pour les jours 4 et 5.
124 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
F IGURE 2.1: Installation pour la campagne de mesure Etna.
F IGURE 2.2: Caméra SIBI installée sur tourelle.
2.1.2 Traitement des données de la campagne de mesures
Nous avons choisi de commencer le traitement des données de campagne par les
mesures du 4ème jour ce qui a permis de développer l’outil de traitement qui servira
également au traitement des autres séquences. Le traitement est décomposé en plu-
sieurs étapes : la première porte sur la correction de la non-uniformité de la réponse
des pixels et la correction des pixels défectueux, la seconde concerne la correction de
la distorsion des images, la troisième porte sur le recalage des images et la dernière sur
la conversion des interférogrammes en spectres.
2.1. Campagne ImagEtna 125
2.1.2.1 Correction des pixels défectueux et de la non-uniformité de la réponse des
pixels
La réalisation de détecteurs infrarouge pour lesquels la réponse de chaque pixel
à une scène uniforme est identique s’avère très difficile d’un point de vue technolo-
gique. On peut distinguer deux types de disparités de la réponse des pixels. La pre-
mière concerne les pixels de la matrice qui fonctionnent par intermittence, les pixels
clignotants, et tout simplement ceux qui ne fonctionnent pas qu’on appelle commu-
nément les pixels morts. La seconde concerne la disparité des réponses des pixels à
un flux lumineux uniforme. L’utilisation de ces détecteurs requiert donc en général,
une étape de correction de ces disparités. Afin de corriger les pixels défectueux, les
positions de ces pixels sont déterminés par seuillage dans une image de bruit (déduite
d’une séquence d’acquisition à temps d’intégration nul) pour détecter les pixels trop
ou pas assez bruités, et dans une image de gradient vertical pour détecter les pixels
dont la réponse s’écarte trop de celle des voisins. Le gradient est pris vertical pour
ne pas être perturbé par les franges. Leur valeur est ensuite remplacée pour chaque
image par la valeur moyenne des pixels voisins. La correction de la non-uniformité en
réponse des pixels passe par l’acquisition d’images où la caméra observe une scène
uniforme en luminance. Le plus souvent, la scène est constituée d’un corps noir à une
température fixée. Au premier ordre, la réponse d’un pixel situé en (i, j) de la matrice
est une fonction linéaire du flux reçu L et peut se mettre sous la forme :
I(i, j) = Gain(i, j) × L(i, j) + F ond(i, j) (2.1)
Pour corriger le gain et le fond de la réponse de chaque pixel, nous appliquons
une méthode simple, dite correction deux points, qui consiste à acquérir deux images
à temps d’intégration fixé d’un corps noir à différentes températures, T1 et T2 qui en-
cadrent la température de la scène observée. Nous notons ces images ImCN,1 et ImCN,2 .
La correction de le fond et du gain consiste dès lors à calculer l’image Ims,corr en utili-
sant une image brute de la scène Ims,b , selon la formule :
Ims,b − ImCN,1
Ims,corr = (2.2)
ImCN,2 − ImCN,1
Néanmoins, cette formule n’est pas directement applicable à notre situation en rai-
son de l’existence des franges d’interférences dans l’image qui biaisent le calcul d’un
gain. Pour le calcul du dénominateur, il faut donc au préalable supprimer les franges
dans les images corps noirs ImCN,1 et ImCN,2 . Pour cela, ces images sont filtrées par
application d’un masque dans l’espace de Fourier afin de mettre à zéro les fréquences
spatiales dues aux franges. Et ce sont les images filtrées qui sont utilisées pour calculer
le gain. Concernant le fond, il est préférable de conserver les franges d’interférences
dans l’image ImCN,1 , à condition de rajouter ensuite le spectre théorique du corps noir
(à la température T1 ) au spectre estimé. Le fait de conserver les franges sur ImCN,1
au numérateur évite les artéfacts liés à la suppression des franges et limite l’impact de
ceux qui perturbent l’image de gain puisque ce dernier n’est appliqué qu’à l’écart entre
l’image de la scène et l’image du corps noir. La figure 2.3 présente le résultat de cette
correction des non uniformités.
126 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
(a) (b)
F IGURE 2.3: Exemple d’image brute acquise pendant la campagne Ima-
gEtna (a) et d’image après la correction des pixels défectueux et de la non-
uniformité des réponses des pixels.
2.1.2.2 Correction de la distorsion des images
Une fois les images corrigées des pixels morts et de la non-uniformité des réponses,
nous nous sommes attelés à corriger la distorsion des images. Pour ce faire, nous avons
repris le modèle de distorsion que nous avons présenté au chapitre 1 de cette partie et
nous l’avons appliqué aux images de la séquence. Le résultat est présenté figure 2.5.
Cette correction nous permet de nous ramener à un modèle sténopé de la caméra pour
lequel il est plus simple d’estimer le déplacement des points de la scène lors de la
rotation de la caméra.
(a) (b)
F IGURE 2.4: Exemples d’images avant (a) et après (b) correction de la dis-
torsion.
2.1. Campagne ImagEtna 127
2.1.2.3 Recalage des images
Le recalage des images représente une étape cruciale dans le traitement des images
car elle nous permet de reconstruire les interférogrammes en faisant correspondre la
luminance apparente de chaque point de la scène à une valeur de la différence de
marche à un instant donné de la mesure. Le but ici est de ré-échantillonner dans un
repère commun les différentes images de la scène ainsi que les cartes de différence de
marche associées. Tout comme pour la correction du gain, l’existence des franges crée
une difficulté supplémentaire car celles-ci, qui restent statiques pendant le déplace-
ment de la caméra, vont créer des biais dans les algorithmes de corrélation d’images
qui nous permettent de retrouver la position d’un point de la scène dans les images
suivantes.
Dans le cadre de la campagne Etna, le balayage de la scène s’est fait par rotation.
Deux solutions se présentent dès lors pour recaler les images acquises : la projection
des images sur un cylindre ou le recalage en utilisant un algorithme robuste d’estima-
tion d’homographie.
2.1.2.3.1 Recalage par projection sur un cylindre L’idée ici est de transformer la
rotation de la caméra en une translation en projetant l’image plane sur un cylindre
d’axe Y. La position d’un point de l’image plane dans l’image cylindrique est donnée
par les relations suivantes :
Xp
Xc = f · arctan
f
(2.3)
Yp
Yc = f · p 2
Xp + f 2
avec (Xp , Yp ), (Xc , Yc ), les coordonnées respectives du point dans l’image "plane" et
cylindrique et f , la focale de la caméra.
Ces équations ne sont directement utiles que si le plan de rotation de la caméra est
perpendiculaire à l’axe de rotation de la platine. Or dans notre cas, nous avions appli-
qué un angle d’élévation à la caméra (cf. Fig.2.5), ce qui entraîne une modification des
équations précédentes. Ainsi, pour ré-échantillonner une image "plane" sur une grille
cylindrique régulièrement espacée, il nous suffit d’appliquer les relations suivantes :
Xc
Xp = f · tan
f
(2.4)
Yc p
Yp = f · tan arctan · Xp2 + f 2 − α
f2
avec α, l’angle d’élévation de la caméra.
Maintenant que les images ont été projetées sur un cylindre, nous appliquons un
algorithme de recalage d’images en deux étapes. La première étape consiste à détermi-
ner la translation "globale" entre deux images en utilisant la corrélation, puis le même
128 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
(a) (b)
F IGURE 2.5: Projection sur un cylindre lorsque les plans de rotation de la
caméra et l’axe de rotation sont orthogonaux (a) et dans le cas général (b).
algorithme est appliqué des sous-images extraites des images précédentes afin d’amé-
liorer la précision de l’estimation. Pour rappel, la translation entre deux images peut
être déterminée en utilisant l’équation suivante :
" ∗ # !
→
− I
e1 · I
e2
u = argmax F T −1 ∗ (x, y) (2.5)
|I1 · I2 |
e e
Où F T −1 est la transformée de Fourier inverse, Ie est la transformée de Fourier de
l’image I et I ∗ le conjugué hermitien de I.
La seconde étape consiste à déterminer les paramètres du modèle de déplacement
qui transforme les coordonnées de l’image de référence (Xref , Yref ) en les coordonnées
des images à recaler (Xk , Yk ) selon la relation 2.6.
Xk ak bk tx,k Xref
Yk = ck dk ty,k · Yref (2.6)
1 0 0 1 1
Ces paramètres sont estimés et ajustés par une fonction affine (cf. figure 2.6) avant
d’être utilisés pour recaler les 875 images pour lesquelles il existe une zone de recou-
vrement. On remarque qu’en moyenne les coefficients ak et dk valent 1 et que les coeffi-
cients bk , ck et tyk sont en moyenne nuls. On a bien une matrice traduisant globalement
une translation selon la direction x.
2.1. Campagne ImagEtna 129
(a) (b) (c)
(d) (e) (f)
F IGURE 2.6: Paramètres du recalage des images : (a) Coefficients a, (b)
Coefficients b, (c) Coefficients c, (d) Coefficients d, (e) Coefficient tx et (f)
Coefficient ty
2.1.2.3.2 Recalage par estimation de matrices d’homographie Une autre méthode
pour recaler les images consiste à estimer les matrices d’homographie qui est une ap-
plication projective 1 . Celle-ci permet de relier les coordonnées de deux images prises
depuis le même point de vue selon la relation :
X2 h11 h12 h13 X1
γ Y 2 = h21 h22 h 23 · Y1 (2.7)
1 h31 h32 h33 1
Une homographie est donc une matrice 3 x 3 et possède donc 9 éléments indépen-
dants. Cette matrice est utilisée en coordonnées homogènes, elle est donc invariante
par changement d’échelle et on peut alors la multiplier par une constante réelle non
nulle sans changer ses effets sur une image. Une homographie a donc 8 degrés de li-
berté et il suffit d’au moins 4 correspondances de points pour la déterminer. Cependant
l’utilisation de quatre points ne permet pas d’obtenir une bonne précision. Il faut donc
utiliser plus de points ce qui revient à résoudre un problème surdéterminé. Celui-ci
peut être résolu par la méthode des moindres carrés en décomposant en valeurs sin-
gulières la matrice du problème.
En 2012, L. Moisan, P. Moulon et P. Monasse ont développé un logiciel libre de reca-
lage d’image par homographie plus robuste (M OISAN, M OULON et M ONASSE, 2012).
1. Application qui conserve les droites, les plans et espaces mais pas nécessairement les distances et
les angles.
130 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
Le logiciel détecte des points SIFT 2 entre les images et fait le tri entre bonnes et fausses
correspondances grâce à l’utilisation d’une variante de l’algorithme d’estimation ro-
buste RANSAC 3 . Cette variante utilise la méthodologie a contrario pour estimer auto-
matiquement le seuil de discrimination. En sortie, on obtient entre autres, la matrice
d’homographie.
Ce recalage n’est pertinent que dans le cas où il n’y a pas de modification du centre
de prise de vues (seulement rotation et changement de focale), ou que la scène observée
est plane (tableau, poster, photos aériennes à haute altitude...).
Faute de temps, nous n’avons pas pu comparer quantitativement les résultats de
ces deux méthodes. Les images présentées dans la suite du chapitre auront été recalées
par la première méthode.
2.1.2.4 Traitement des interférogrammes
Les interférogrammes que nous avons obtenus à la partie précédentes (dont deux
exemples sont présentés en figure 2.7) peuvent se mettre sous la forme :
1 + c(σ) · cos(2πσδ + φ(σ))
Z
I(δ) = [Bs (σ) − Bf (σ)] · η(σ) · dσ (2.8)
σ 2
avec I(δ) l’interférogramme mesuré, Bs (σ) le spectre du point de la scène que l’on
recherche, Bf (σ) le spectre du fond que nous avons soustrait (corps noir à une tempé-
rature de 5◦ C), η(σ) la réponse spectrale du détecteur, c(σ) le contraste des franges et
enfin φ(σ) la phase de l’interférogramme.
De cette expression nous connaissons déjà I(δ), δ et Bf (σ). Pour déterminer la
phase φ(σ), nous allons utiliser la transformée de Fourier discrète (TFD) sur une por-
tion symétrique en différences de marche de l’interférogramme. Pour cela, nous ré-
échantillonnons l’interférogramme obtenu en utilisant une image de corps noir sur une
grille régulière afin d’y appliquer l’algorithme classique de transformée de Fourier dis-
crète. La phase recherchée n’est rien d’autre que la phase de la transformée de Fourier
obtenue. Un exemple est présenté en figure 2.8 ainsi que la phase ajustée sur notre do-
maine spectral de travail. Grâce à cette phase nous pouvons utiliser une décomposition
en valeurs singulières plutôt que la TFD et nous affranchir du ré-échantillonnage sur
une grille régulière qui est susceptible de dégrader les spectres estimés.
2. Les points SIFT, Scale-Invariant Feature Transform, sont des points caractéristiques qui sont les plus
susceptibles de représenter un objet, de le définir et de le discriminer par rapport aux autres dans une
image. Ceux-ci sont ensuite utilisés dans un algorithme, dit algorithme des SIFT, qui permet de les
mettre en correspondance dans deux images ayant des tranfomations importantes entre elles. Cet algo-
rithme a été proposé pour la première fois en 1999 par David Lowe (L OWE, 1999)
3. RANdom SAmple Consensus, est une méthode itérative utilisée lorsque l’ensemble des données
observé peut contenir des valeurs aberrantes (outliers). Cet algorithme détermine les données aberrantes
et estime le modèle désiré en utilisant les données non-aberrantes. Il a été présenté pour la première fois
par Fischler et Bolles en 1981 (F ISCHLER et B OLLES, 1981).
2.1. Campagne ImagEtna 131
(a)
(b)
F IGURE 2.7: Exemples d’interférogrammes : (a) point situé au pixel
(410,150), (b) point situé au pixel (381,300).
F IGURE 2.8: Exemple de phase d’interférogramme
En effet, une fois la phase estimée, nous sommes en mesure d’écrire la relation entre
l’interférogramme et le spectre en un point de la scène (équation 2.8) sous la forme
132 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
d’une relation matricielle que voici :
I(δ) = M · S(σ) (2.9)
avec I(δ), le vecteur interférogramme de longueur m de l’espace des différences
de marche, S(σ), le vecteur spectre à déterminer de longueur n et M, la matrice de
dimension m x n dont les coefficients sont :
1
Mi,j = (1 + cos (2πσj δi + φ(σj ))) (2.10)
2
Une méthode classique pour estimer le spectre S(σ), est la méthode des moindres
carrés où, on cherche le spectre estimé S(σ)
b tel que :
Sb = argmin kI − M · Sk2
(2.11)
où k · · · k, représente la norme euclidienne. Ce problème étant sur-déterminé, on
choisit de le résoudre en utilisant la décomposition en valeurs singulières tronquées
(TSVD 4 ). En effet, à l’aide de la décomposition en valeurs singulières de la matrice M,
on peut calculer son pseudo-inverse :
P = V · D · UT (2.12)
où U et V sont des matrices orthogonales de dimensions respectives m x m et n x n et
D, la matrice diagonale dont les coefficients sont les inverses des valeurs singulières
de M lorsque celles-ci sont non nulles et 0, lorsqu’elles sont trop faibles ou nulles. On
a alors tout simplement le spectre estimé qui s’écrit :
Sb = P · I (2.13)
Le spectre ainsi déterminé correspond à la grandeur :
Binit (σ) = [Bs (σ) − Bf (σ)] · η(σ) · c(σ) (2.14)
Il nous reste encore le terme η(σ) · c(σ) à déterminer pour obtenir le spectre du
point d’intérêt. Pour ce faire, nous acquérons l’interférogramme d’un corps noir à une
autre température et nous estimons son spectre. La comparaison avec la loi de Planck
nous donne le terme η(σ) · c(σ). Nous avons ainsi tous les éléments pour étalonner
radiométriquement notre image hyperspectrale.
Avant de présenter les résultats obtenus, il nous faut mentionner la correction des
franges parasites qui, comme expliqué au chapitre précédent, se superposent aux franges
nominales. Parmi les deux méthodes de correction alors proposées, nous avons choisi
la plus simple qui consiste à remplacer les valeurs de l’interférogramme au niveau des
franges parasites par les valeurs d’un polynôme d’ordre 2. Des exemples de spectres
obtenus avant étalonnage sont présentés en figure 2.9.b.
Les oscillations présentes sur le spectre non corrigé ont été fortement atténuées.
Elles n’ont cependant pas été annulées, ce qui s’explique par le fait que nous n’avons
pas corrigé l’interférogramme par la vraie valeur. Une contrainte de régularisation sur
le spectre aurait pu être utilisée pour mieux estimer les valeurs manquantes de l’inter-
férogramme mais nous n’avons pas eu le temps de tester cette hypothèse.
4. Truncated Singular Value Decomposition
2.1. Campagne ImagEtna 133
(a)
(b)
F IGURE 2.9: Correction des franges parasites : (a) Interférogrammes avec
et sans franges parasites, (b) Spectres obtenus avec et sans franges para-
sites.
2.1.3 Images hyperspectrales
Les figures 2.10.a et .b présentent deux images monochromatiques de 262 x 286
pixels respectivement à 2063 cm−1 (λ = 4,85 µm) et 2279 cm−1 (λ = 4,39 µm) ainsi que
des exemples de spectres estimés étalonnés pour des points indiqués dans l’image à
2063 cm−1 .
Plusieurs observations peuvent être faites à la vue de ces spectres. La première est
l’effet de l’absorption par le dioxyde de carbone (CO2 ) qui met tous les spectres au
même niveau que celui d’un corps noir à la température ambiante de 9◦ C dans sa
bande d’absorption. Dans le cas de la roche située au premier plan la colonne d’atmo-
sphère est beaucoup moins épaisse, ce qui fait que l’absorption par le CO2 n’est pas
totale autour de 2250 cm−1 (4,44 µm), contrairement aux autres points situés à grande
distance. On observe également que l’étalonnage radiométrique de l’instrument est
bon puisque les niveaux des luminances obtenues sont corrects. Afin d’estimer quan-
titativement le bruit, nous nous sommes placés dans la bande du CO2 (cf. les pointillés
134 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
(a) (b)
(c)
F IGURE 2.10: Exemple d’image monochromatique : (a) 2063 cm−1 (λ =
4,85 µm) (b) 2279 cm−1 (λ = 4,39 µm) et (c) les spectres étalonnés obtenus,
les points associés sont indiqués dans la scène par les carrés de couleurs.
dans l’image 2.10.c) et pour chacune de ces longueurs d’onde nous avons pris l’écart-
type spatial dans la sous-image encadrée en rouge sur la figure 2.10.b, d’une part pour
enlever les rochers au premier plan qui sont trop près, et d’autre part pour prendre
vraiment en compte les effets perturbateurs dus à la texture de la scène qui seraient
minimisés par une portion trop importante du ciel dans l’image. La moyenne (spec-
trale) de ces écarts-types donne un NESR de 11 nW/sr/cm2 /cm−1 , qui est converti
en NETD de 800 mK à 2100cm−1 (4,76 µm), pour un CN à 20◦ C. Nous avons ainsi
une estimation du NESR dans les conditions réelles d’emploi, qui prend en compte
toutes les sources de bruit, en particulier toutes les imperfections de traitement (NUC,
ré-échantillonnage, calcul du spectre). Le rapport signal sur bruit (RSB) obtenu n’est
certes pas très élevé mais son niveau reste correct puisque nous avons un RSB de 30
à 2100cm−1 , pour un corps noir à 20◦ C. Par ailleurs, sur l’image en figure 2.10.b on
2.1. Campagne ImagEtna 135
constate que le bruit sur une ligne du ciel est beaucoup plus faible qu’ailleurs à cause
des artéfacts de reconstruction. On pourrait donc améliorer le NESR en améliorant la
qualité des traitements que nous avons appliqués.
F IGURE 2.11: Image hyperspectrale du volcan Etna, Sicile.
La figure 2.11 présente à titre illustratif l’image hyperspectrale obtenue avec la ca-
méra SIBI. Il s’agit d’une image en fausses couleurs du sommet du volcan ainsi que du
panache qui s’en échappe.
Afin de vérifier la qualité des résultats que nous avons obtenus, nous nous sommes
appuyés sur les compétences existantes à l’ONERA en matière de simulation de trans-
fert radiatif. À l’aide des données météorologiques et atmosphériques du jour de la
campagne de mesure, il nous a été simulé en utilisant MATISSE 5 les spectres que l’on
obtiendrait en entrée pupille pour des points situés dans la neige et dans une zone
claire du ciel et nous les avons comparés au spectre moyen des zones de 4 x 4 pixels
entourant le point considéré. Les résultats sont présentés en figure 2.12. On retrouve
également le bon niveau radiométrique pour les spectres mais on observe cependant
une dilatation spectrale entre les spectres simulés et mesurés du ciel clair. Concernant
les spectres simulés des points sur la neige, nous les présentons juste à titre indicatif
car il nous manque les données concernant les propriétés (température, émissivité) du
point observé que nous avons considéré comme de la neige. Nous soupçonnons la dila-
tation du cristal biréfringent d’être à l’origine du décalage spectral. En effet, la carte des
différences de marche de la caméra que nous utilisons pour nos traitements avait été
mesurée à Palaiseau avant notre départ, or, pendant les mesures l’environnement de la
caméra avait changé, notamment en température, ce qui a pu causer un désalignement
de l’interféromètre.
2.1.4 Bilan de la campagne ImagEtna
Cette première campagne de mesures sur le terrain a été très enrichissante à plu-
sieurs niveaux.
5. Code de transfert radiatif développé à l’ONERA
136 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
(a) (b)
F IGURE 2.12: Comparaison entre les spectres simulés avec MATISSE et les
spectres mesurés. (a) Point situé sur la neige et (b) point situé en zone clair
dans le ciel.
Le premier concerne les améliorations à apporter à l’instrument. En effet, il semble
que le cristal nécessite d’être contrôlé en température afin d’éviter les modifications
de la carte des différences de marche. À défaut de contrôler la température, il faudra
réaliser dans les conditions de mesure opérationnelles un étalonnage interférométrique
en acquérant une image en éclairage monochromatique étendu. La campagne a aussi
révélé l’impact des franges parasites sur la qualité des spectres fournis par la caméra,
à savoir l’introduction d’oscillations. La solution que nous proposons à ce problème a
été décrite au chapitre précédent.
Le second point concerne le traitement des données de campagne. Il en ressort que
les niveaux radiométriques des spectres sont cohérents avec la réalité mais que les per-
formances en terme de bruit sont perfectibles. Cette opération passe par l’amélioration
des traitements d’images que nous avons appliqués afin de réduire les artéfacts de
reconstruction.
Le troisième point, plus général, concerne l’utilisation de l’appareil sur le terrain.
Sur ce plan, SIBI a donné une grande satisfaction : sa mise en oeuvre est simple et né-
cessite moins de ressources humaines et matérielles que d’autres systèmes, et durant
toute la campagne SIBI a fonctionné sans problème. Il ne nous a manqué qu’un outil
utile pour valider la qualité des acquisitions et des réglages, tels que le temps d’inté-
gration, la vitesse de rotation de la tourelle ou son amplitude de balayage.
2.2 Campagne aéroportée
Une deuxième campagne terrain est prévue pour la fin de novembre 2016. Cette
nouvelle campagne a surtout un but démonstratif afin de valider le fait que l’instru-
ment est suffisamment compact pour être embarqué sur un drone professionnel. C’est
aussi l’occasion d’améliorer la version de la caméra qui a participé à la campagne Ima-
gEtna. Nous avons donc changé la nature de l’analyseur en remplaçant un polariseur
à grille par un polariseur absorbant afin de supprimer le système de franges parasites
qu’on a observé dans la première version. En ce qui concerne le système électronique et
l’intégration mécanique, nous avons profité de la collaboration avec la société Noxant
2.3. Conclusion 137
(N OXANT, 2016) pour utiliser une carte électronique d’acquisition plus compacte pour
la caméra développée dans le cadre d’un autre contrat ainsi qu’un nouveau boîtier en
ABS fabriqué par imprimante 3D qui allège la caméra et rend son utilisation plus er-
gonomique sur le terrain. De même que sur la première version, l’interféromètre est
assemblé à la caméra de la même manière qu’un objectif à monture vissée. Cette nou-
velle version de la caméra est présentée en figure 2.13. Les caractéristiques spectrales et
spatiales restent inchangées et les principales améliorations portent sur la compacité,
le poids et la consommation électrique. Cette nouvelle version fait une masse de 1,7
kg avec le boîtier en ABS et de 2,5 kg avec le boîtier en aluminium, et consomme une
puissance électrique inférieure à 15 Watts. Ses dimensions sont de 10 x 14 x 18,5 cm3 ,
système de commande inclus.
F IGURE 2.13: Nouvelle version de la caméra pour les applications d’ima-
gerie hyperspectrale aéroportée, SIBI 2.0
Nous prévoyons de survoler en visée nadir des plaques constituées de divers maté-
riaux à une altitude de 100 à 150 mètres. Le site de campagne est actuellement en cours
de définition.
2.3 Conclusion
Nous avons eu la possibilité de tester les performances de la caméra SIBI dans le
cadre de la campagne de mesure ImagEtna qui a eu lieu en Sicile en juin 2015. Pour
le jeune instrument SIBI, le but était de démontrer sa capacité à être facilement mis en
œuvre sur le terrain et à identifier les points à améliorer dans le cadre d’une détection
de gaz. Au cours de cette campagne qui a duré 5 jours, nous avons acquis plusieurs
séquences de 1500 images chacune et à différents temps d’intégration. Nous avons
ensuite procédé au traitement d’une séquence ce qui nous a permis de développer
différents outils de traitement d’images. Nous avons obtenu des résultats intéressants
qui sont cependant perfectibles. Une partie des points à améliorer a été prise en compte
dans la réalisation d’une nouvelle version de la caméra qui sera testée dans le cadre une
campagne aéroportée sur drone.
139
Conclusion
Nous avons présenté une nouvelle caméra hyperspectrale infrarouge à transformée
de Fourier statique, SIBI, partiellement refroidie. Celle-ci est composée d’un interfé-
romètre biréfringent de type Savart asymétrique en T eO2 positionné à l’extérieur du
cryostat et d’une optique imageante à l’intérieur du cryostat. Une première version de
cette caméra a été assemblée et caractérisée en laboratoire. Ces mesures nous ont per-
mis d’établir un modèle de correction de la distorsion de l’imageur, d’estimer la carte
des différences de marche nécessaire au traitement des interférogrammes et d’observer
les réponses spectrales des différents composants afin de nous assurer de leur confor-
mité avec la demande formulée auprès des fournisseurs. Nous avons également mis
en évidence l’existence d’un système de franges parasites se superposant aux franges
nominales et qui sont susceptibles d’altérer les spectres fournis par l’instrument. Nous
avons proposé trois solutions possibles concernant la conception de la caméra pour y
remédier.
Nous avons ensuite présenté la première campagne de mesure de la caméra dont
le but était de démontrer la capacité de l’instrument à être facilement mis en œuvre
sur le terrain et à identifier les points à améliorer. Les différentes étapes de traitement
des données de campagne ainsi que les premiers résultats obtenus ont été également
présentés. Nous avons conclu qu’ils étaient encourageants, que des points doivent être
améliorés, et qu’il faudra refaire des campagnes de mesures afin de tirer profit des
conclusions de cette première campagne. De ce fait, nous préparons une nouvelle cam-
pagne aéroportée dont le but sera de démontrer l’embarquabilité de SIBI sur drone et
de valider les solutions d’amélioration du prototype proposées.
141
Conclusions générales et perspectives
143
Conclusions générales et perspectives
L’imagerie hyperspectrale est l’un des domaines de l’imagerie optique en rapide
expansion à la fois dans les applications militaires et civiles. Cette expansion est liée
aux avancées technologiques qu’on observe dans le développement des plateformes
d’instrumentation légères (drones, nano-satellites) qui réduisent les coûts de mise en
œuvre terrain mais surtout aux principaux avantages de la technique de mesure, à sa-
voir non invasive, non destructive et utilisable en télédétection. Bien que l’imagerie
hyperspectrale existe depuis bien des années, elle est aujourd’hui mise en avant pour
sa capacité à aider à la compréhension et à la résolution de problématiques environ-
nementales, agricoles et sécuritaires. C’est dans l’optique d’apporter une contribution
aussi petite soit-elle à un domaine en plein essor que ce travail de thèse a été réalisé.
Nous avions à cœur de développer une caméra hyperspectrale infrarouge alliant com-
pacité et bonne performances. Ainsi, ce travail a démarré par l’analyse des techniques
d’acquisition des informations spectrales et spatiales. Nous avons observé qu’elles sont
nombreuses mais qu’on peut distinguer deux catégories selon le type de données de
sortie : les caméras hyperspectrales à sortie directe et à sortie multiplexée. Nous avons
ensuite procédé à une présentation de caméras ou de concepts de caméras réalisés à ce
jour. Leur nombre étant très élevé nous nous sommes restreints au cadre des caméras
d’encombrement et de poids respectivement inférieurs à 5 litres et 5 kg d’autant plus
que ces systèmes se rapprochaient du sujet de notre étude. Plusieurs caméras com-
pactes ont été présentées avec des performances variées. Nous avons remarqué que
la majorité des caméras compactes que nous avons recensées dataient de moins de
5 ans, preuve que la thématique des caméras hyperspectrales compactes est récente.
De cette première partie, nous avons conclu que le choix d’une méthode d’acquisition
doit se faire selon les critères de domaine spectral, de résolution spatiale et spectrale,
de champ de vue, d’encombrement et de poids ainsi que d’autres paramètres tels que
le rapport signal à bruit, la fréquence d’acquisition, la quantité de lumière parasite ou
la puissance électrique consommée.
De ce fait, nous avons analysé les différentes techniques d’acquisition afin de trou-
ver laquelle était applicable à notre besoin et avons conclu que la spectro-imagerie
par transformée de Fourier statique utilisant un interféromètre biréfringent serait la
plus adaptée. En effet, celle-ci nous permet d’avoir des étendues géométriques plus
grandes et d’optimiser la collection et l’utilisation du flux de la scène observée. De
plus, l’absence d’élément mobile au sein de la chaîne optique nous permet d’obte-
nir une meilleure robustesse que d’autres techniques d’acquisition. Ce type de caméra
pouvant être décomposé en deux sous-systèmes à savoir bloc interférométrique et op-
tique imageante, nous avons recherché les axes de miniaturisation pour chaque sous-
système. En ce qui concerne le bloc interférométrique, nous avons montré que l’in-
terféromètre biréfringent était moins encombrant qu’un interféromètre à miroirs. Puis
nous avons procédé à la recherche des géométries optimales d’interféromètres biré-
fringents que nous avons classés en deux catégories : les interféromètres biréfringents
à empilement de lames à faces parallèles et les interféromètres biréfringents à prismes
144 Chapitre 2. Mise en œuvre terrain
compensés. Afin d’atteindre notre but, nous nous sommes appuyés sur les calculs ef-
fectués par Françon et Mallick en 1971 ainsi que sur le programme de simulation de la
propagation des ondes au sein des milieux anisotropes développés à l’Institut d’Op-
tique. Nous avons ainsi mis en évidence l’existence de géométries optimales en com-
binant les lames biréfringentes. Concernant la miniaturisation de l’imageur, nous nous
sommes appuyés sur le savoir faire de l’ONERA en matière d’imageur entièrement re-
froidi dont les optiques sont intégrées au cryostat. Nous avons pu utiliser le concept
de caméra SOIE constituée d’une lentille en silicium dans une configuration de type
"landscape lens". Ensuite, nous avons procédé au dimensionnement de deux proto-
types dans le moyen infrarouge utilisant des matériaux classiques, l’un partiellement
refroidi et l’autre entièrement intégré au cryostat ainsi que celui d’un prototype dans le
lointain infrarouge utilisant un matériau plus prospectif qui est actuellement en cours
de développement. Nous avons choisi de réaliser le prototype partiellement refroidi,
nommé SIBI, afin de valider le concept. Il a été choisi pour des raisons de coûts moins
élevés et de rapidité de fabrication. L’étape suivante a consisté en la caractérisation en
laboratoire et sur le terrain du prototype SIBI. Ainsi, nous avons mis en œuvre plu-
sieurs bancs de tests pour observer et quantifier la qualité des images ainsi que les
performances interférométriques. Nous avons également eu l’opportunité d’observer
les performances du système dans des conditions réelles d’utilisation lors de la cam-
pagne ImagEtna organisée par le LPC2E. Les résultats obtenus sont encourageants,
tant du point de vue de l’utilisation du système que de la qualité des images hyper-
spectrales, mais cette campagne a aussi mis en évidence quelques limites et points à
améliorer sur la conception ce prototype (notamment la gestion de la lumière parasite
dans le système et la régulation thermique du cristal), ainsi que sur le traitement des
images. Malgré ces limites actuelles, la principale conclusion de notre travail est que la
conception d’une caméra hyperspectrale infrarouge miniature à transformée de Fou-
rier statique d’une résolution spectrale de 10 cm−1 dans le moyen infrarouge et de 5
cm−1 dans le lointain infrarouge est possible. L’ensemble de la production scientifique
de ce travail est présenté en annexe C.
Si les travaux sur le sujet devaient être poursuivis, nous proposerions trois axes
d’étude, avec des perspectives à court, moyen et long terme. Le premier consiste à
améliorer le prototype SIBI et à valider son apport dans certains domaines applica-
tifs. Cela passe tout d’abord par la poursuite du travail commencé sur la gestion de
la lumière parasite dans le système. Les solutions d’utiliser un polariseur absorbant
ou un cube séparateur pourront être explorées rapidement et, si elles s’avéraient non
concluantes, alors la solution de la caractérisation pixel par pixel pourrait être mise en
œuvre. Il faudra aussi résoudre le problème de la stabilité des différences de marche,
probablement par une régulation thermique du cristal ou à défaut, un étalonnage de
la caméra à chaque changement des conditions d’emploi. Le traitement des données
est aussi à perfectionner, principalement du point de vue des corrections de non uni-
formités et du recalage (et ré-échantillonnage) des images, le but étant au moins de
rapprocher la qualité des spectres dans les zones texturées de celle des spectres dans
les zones homogènes. Concernant la réflexion sur l’utilité de SIBI, elle pourra se nourrir
tout d’abord des échanges avec les spécialistes de l’exploitation des images hyperspec-
trales, échanges déjà initiés lors de cette thèse, que ce soit en interne à l’Onera ou avec le
Latmos ou le LPC2E, et qui nous ont offert cette très belle possibilité de tester SIBI lors
de la campagne ImagEtna. Les mesures terrain sont d’ailleurs la deuxième source de
2.3. Conclusion 145
données qui permettra de mieux cerner les applications potentielles de SIBI, en fournis-
sant des images dont la qualité est représentative de celle que l’on pourra obtenir lors
d’une mission opérationnelle. Enfin, si l’on veut mieux identifier les champs applicatifs
de SIBI, il faudra s’intéresser au caractère polarisant de cet instrument : dans son état
actuel, en effet, il ne mesure qu’un seul état de polarisation. Cela peut être gênant, par-
ticulièrement aux courtes longueurs d’onde du moyen infrarouge, à la frontière entre
le domaine réflectif et le domaine émissif et encore plus dans le cadre d’une campagne
aéroportée, où le même point de la scène sera vu sous des angles différents lors de son
survol.
Le deuxième axe de travail que nous proposons est la conception et la réalisation
des deux autres prototypes dont nous avons parlé, à savoir celui dans le moyen in-
frarouge et celui fonctionnant dans le lointain infrarouge à base de capteurs micro-
bolométriques, qui nécessitent une étude plus approfondie que l’esquisse que nous
avons tracée dans ces pages, aussi bien au niveau de la conception optique de l’objec-
tif d’imagerie, de la conception optomécanique, ou de la réalisation, pour laquelle il
sera nécessaire d’établir de nouvelles collaborations. A cette tâche de conception et de
réalisation nous pourrions aussi joindre une réflexion sur l’influence des aberrations
optiques, notamment le chromatisme, sur les performances d’une caméra hyperspec-
trale utilisant un interféromètre statique : comme nous l’avons indiqué, l’idéal serait
l’absence totale d’aberrations de champ, mais si cette contrainte ne peut être respectée,
quelles aberrations de champ peuvent être tolérées ?
La troisième étude, que nous suggérons porte sur l’apport de la nanostructuration
pour la miniaturisation des composants biréfringents infrarouges. En effet, grâce aux
longueurs d’ondes élevées du domaine infrarouge, la réalisation des composants sub-
longueur d’onde est facilitée. Ainsi, en 1999, Nordin et Deguzman (N ORDIN et D E -
GUZMAN , 1999) présentaient une lame quart d’onde en silicium opérant dans le moyen
infrarouge ([3,5 - 5] µm). Ils ont ainsi montré qu’en structurant le substrat de silicium
avec une période de 1 µm et un facteur de remplissage de 66 % et une profondeur de
1,25 µm , ils étaient en mesure d’obtenir la biréfringence de 0,84 nécessaire pour en
faire une lame quart d’onde. Plus récemment (2013), les japonais Yamada et Yamashita
ont présenté une lame à retard de phase de 30◦ dans le lointain infrarouge ([8,5 - 10,5]
µm) utilisant un substrat de chalcogénure (YAMADA et al., 2013).
Par ailleurs, en 2005, Haidar et Vincent ont proposé une utilisation des composants
nanostructurés pour réaliser un réseau séparateur de polarisation qui jouerait le rôle
d’un prisme de Wollaston (H AÏDAR et al., 2005). Ces travaux montrent la possibilité
d’utiliser la biréfringence de forme à des fins d’amélioration de composants de polari-
sation usuels. Cependant les lames à retard de phase présentées ici sont généralement
utilisées en faisceaux collimatés ou à faible incidence, il faut donc ajouter à ces tra-
vaux une étude d’acceptance angulaire de ces composants nano-structurés pour une
utilisation en spectro-imagerie. Enfin, comme les différences de marche nécessaires à
la spectro-imagerie infrarouge sont de plusieurs centaines de micromètres ou même
au-delà du millimètre, si on veut éviter de réaliser des composants trop épais, ou si on
veut mettre à profit les effets dispersifs du réseau proposé, des architectures originales
seront sans doute à imaginer.
147
Annexe A
Compléments de calcul sur la théorie de
propagation des ondes planes dans un
milieu anisotrope non absorbant et non
actif
A.1 Equation de Fresnel
Reprenons l’équation générale de Fresnel :
n2x n2y n2z
n21 + n 2
2 2 + n2
3 2 =0 (A.1)
n2 − n21 n − n22 n − n23
p
avec n = n2x + n2y + n2z , l’indice du milieu dans la direction de propagation et telle
→
−
que k = 2πλ0
[nx , ny , nz ]
Elle peut également s’écrire :
n2x n2y n2z
n 2 + n2
+ n2
=0 (A.2)
n2
−1 n22
−1 n23
−1
1
En réduisant l’expression de gauche au même dénominateur, cette équation est
équivalente à :
n2
2 2 2 2 2
n n n n n
n2x −1 2
− 1 + ny −1 2
− 1 + nz −1 − 1 = 0 (A.3)
n22 n23 n21 n23 n21 n22
Dans le cas d’un milieu uniaxe dont l’axe optique est orienté selon Oz, nous avons
n1 = n2 = no et n3 = ne et l’équation A.3 devient :
n2
2 2 2
2 n 2 n 2 n
− 1 · nx − 1 + ny − 1 + nz −1 =0 (A.4)
n2o n2e n2e n2o
Annexe A. Compléments de calcul sur la théorie de propagation des ondes planes
148
dans un milieu anisotrope non absorbant et non actif
ou encore :
n2 nx 2 n2y 2 n2z 2
2
2 2 2
− 1 · 2 n + 2 n + 2 n − nx − ny − nz = 0 (A.5)
n2o ne ne no
Or n2 = n2x + n2y + n2z ; On obtient donc que l’équation de Fresnel se met sous la forme
de produit de formes quadratiques :
n2 nx n2y n2z
2
2
n · −1 · 2 + 2 + 2 −1 =0 (A.6)
n2o ne ne no
A.2 Ellipsoïde des indices
Reprenons les équations de Maxwell pour des solutions de type ondes planes :
→
− →−
k ·D =0
→
− →−
k ·B =0
→
− → − →
− (A.7)
k × E = iωµ0 H
→
− → − →
−
k × H = −iω D
avec "×", le produit vectoriel et "·", le produit scalaire.
Ainsi que les relations constitutives :
( →
− →
−
B = µ0 H
→
− →
− →
− (A.8)
D = 0 [r ] E = [] E
Avec,
2
1 0 0 n1 0 0
[] = 0 2 0 = 0 0 n22 0 (A.9)
0 0 3 0 0 n23
L’équation de propagation s’obtient en appliquant un rotationnel à la troisième
équation :
→
− →− →− →− → −
k × k ×E = iωµ0 k × H
→
− (A.10)
= −µ0 ω 2 D
→
−
= −µ0 ω 2 [] E
→
− → − → − →− →
− →− →
−
Or, k × k × E = k ( k · E ) − k 2 E .
On obtient alors :
→
− →
− →
− →− → −
k 2 E − µ0 ω 2 [] E = k ( k · E ) (A.11)
A.2. Ellipsoïde des indices 149
En projetant la relation A.11 dans le repère des axes propres du tenseur [], nous
pouvons écrire :
k 2 − µ0 ωj →
− → −
Dj = kj ( k · E ) (A.12)
j
avec j ∈ {x, y, z} et j ∈ {1 , 2 , 3 } les valeurs propres du tenseur []
→
− → −
Calculons les composantes du produit scalaire k · D .
k 2 − µ0 ωj
kj Dj = Dj2 →
− → − (A.13)
j ( k · E )
Puisque µ0 0 ω 2 = k02 , k 2 = k02 n2 et que j = 0 n2j , nous pouvons encore écrire la
relation A.14 sous la forme :
n2 − n2j 2
2
k02 k02 Dj 2
2
kj Dj = →
− → − 2
Dj = →
− → − 2
n − Dj (A.14)
0 ( k · E ) nj 0 ( k · E ) nj
Posons :
→
− 1
D=p [Dx , Dy , Dz ] ,
Dx2 + Dy2 + Dz2
les coordonnées du vecteur déplacement de norme unitaire dans le repère des axes
propres du tenseur diélectrique.
On obtient alors :
→
− →−
k ·D =0
P
j kj Dj =0
(A.15)
k02 P h Dj2 2
i
−
→− → j n2j
n − Dj2 =0
0 ( k · E )
k02 Dj2 2
Dj2 = 0
P P
−
→− → j n2j n − j
0 ( k · E )
Dj2 = 1, donc,
P
Or, j
P Dj2 2
j n2j n −1 =0 (A.16)
Soit,
Dx2 Dy2 Dz2 1
2
+ 2 + 2 = →
− (A.17)
n1 n2 n3 n2 ( k )
Annexe A. Compléments de calcul sur la théorie de propagation des ondes planes
150
dans un milieu anisotrope non absorbant et non actif
A.3 Orthogonalité du champ électrique à l’ellipsoïde des
indices
Restons dans la base des vecteurs propres du tenseur diélectrique. Si on différencie
l’expression A.17, on obtient :
Dx Dy Dz
2 2
dDx + 2 2 dDy + 2 2 dDz = 0 (A.18)
n1 n2 n3
Dx Dy Dz
Or, n21
= 0 Ex , n22
= 0 Ey et n23
= 0 Ez . Il vient que :
Ex dDx + Ey dDy + Ez dDz = 0 (A.19)
Soit
→
− → −
E · dD = 0
Le champ électrique est orthogonal à l’ellipsoïde des indices.
A.4 Nature des ondes qui se propagent dans un milieu
anisotrope associées à un vecteur d’onde donné
Reprenons l’équation A.11 et projetons les vecteurs dans la base des vecteurs des
propres de [] :
−
→− →
nx ( k · E )
Ex = k0 (n −n21 )
2
−
→− →
ny ( k · E )
Ey = k0 (n −n22 )
2 2 (A.20)
−
→− →
nz ( k · E )
Ez =
k02 (n2 −n23 )
Or, il a été démontré que les coordonnées nx , ny , nz sont les solutions de l’équation
de Fresnel et sont réelles. Les amplitudes du champ éléctrique sont donc tous réelles,
→
−
c’est qui implique que la polarisation du champ est linéaire. Il en est de même pour D
→
− →
−
puisque D = [] E .
151
Annexe B
Évaluation du contraste des franges
B.1 Expression du contraste
La réponse spectrale d’un pixel (x, y) de la caméra SIBI au nombre d’onde σ s’écrit :
Imes (x, y, σ) = Iscène (x0 , y 0 , σ) |{z}
∗ P SF (x0 , y 0 , σ)
x0 ,y 0
(B.1)
0 0
η(σ) 1+c(σ)·cos(2πδsibi (x−x ,y−y )σ)
· P SF (x0 , y 0 , σ)dx0 dy 0
RR
= 2
Avec η(σ), la sensibilité de l’instrument hors franges, c(σ), le contraste des franges
d’interférences propre à l’interféromètre, δsibi , la différence de marche de l’interféro-
mètre et P SF (x0 , y 0 , σ), la réponse impulsionnelle du système d’imagerie situé en aval.
Localement, nous pouvont écrire la différence de marche introduite par l’interféro-
mètre comme :
δsibi (x, y) = ax + by + c (B.2)
Ce qui fait que l’expression B.1 devient :
h RR
c(σ)
1
cos (−2π(ax0 + by 0 )σ + 2π(ax + by + c)σ) ×
RR
Imes (x, y, σ) = η(σ) 2
P SF + 2
P SF (x0 , y 0 , σ)dx0 dy 0 ]
h
1 c(σ) 1
= η(σ) 2
+ 2 2
F T O(aσ, bσ, σ) · e2iπ(ax+by+c)σ +
1 −2iπ(ax+by+c)σ
2
F T O(−aσ,
h −bσ, σ) · e i
1 c(σ)
= η(σ) 2 + 2 |F T O(aσ, bσ, σ)|cos (2π(ax + by + c)σ + φF T O (aσ, bσ, σ))
(B.3)
car la F T O du système est une fonction paire.
152 Annexe B. Évaluation du contraste des franges
Finalement,
Imes (x, y, σ) = η(σ) 1+|F T O(aσ,bσ,σ)|c(σ)cos(2πδ
2
sibi (x,y)σ+φF T M (aσ,bσ,σ))
(B.4)
Le contraste des franges s’écrit donc :
C = |F T O(aσ, bσ, σ)|c(σ) = F T M (aσ, bσ, σ) · c(σ) (B.5)
B.2 Application numérique
F IGURE B.1: FTM de la caméra à 4 µm et au pixel de coordonnées (199,242)
= (11,16◦ ,1,3◦ )
La F T M de notre système s’écrit :
F T M (aσ, bσ, σ) = F T Moptique (aσ, bσ, σ) × F T Mpixel (aσ, bσ, σ)
(B.6)
= F T Moptique (aσ, bσ, σ) × sinc(aσapix ) × sinc(bσapix )
avec apix , le pas pixel.
En supposant les polariseur parfaitement polarisant et bien orientés, on a c(σ) = 1.
On peut donc estimer le contraste à σ =2500 cm−1 (λ = 4µm).
L’expression ajustée de la différence de marche autour du pixel de coordonnées
(199,242) a pour coefficients : a = −8, 83e − 4, b = 0, 0616 et c = 120, 6.
La F T Mpixel vaut donc 0,9145.
B.2. Application numérique 153
La F T Moptique est déterminée en utilisant Zemax. Celle-ci est présentée en figure B.1.
À la fréquence spatiale des franges, à savoir 4∗a1p ix , elle vaut 0,66. On donc un contraste
des franges C égal à 0,66 x 0,9145. Soit 60,3 %.
155
Annexe C
Publications
C.1 Articles dans un journal à comité de lecture
— A. Pola Fossi, Y. Ferrec, N. Roux, O. D’Almeida, N. Guérineau et H. Sauer, "
Miniature and cooled hyperspectral camera for outdoor surveillance applications in the
mid-infrared ", Opt. Lett. vol. 41, no 9, p. 1901-1904 (2016).
— H. Sauer, A. Pola Fossi, Y. Ferrec, N. Guérineau, J. Minet, J. Taboury et P. Chavel,
" Numerical modelling of wave propagation in birefringent interferometers : application
to stray waves in Fourier transform spectrometers", Applied Optics, (En cours de
rédaction)
C.2 Communications dans un congrès avec actes
— A. Pola Fossi, Y. Ferrec, R. Domel, C. Coudrain, N. Guérineau, N. Roux, O. D’Al-
meida, M. Bousquet, E. Kling et H. Sauer "SIBI : A compact hyperspectral camera
in the mid-infrared", SPIE Security and Defence, Vol. 9649, p. 96490U-96490U-8
(Toulouse, 2015).
— A. Pola Fossi, Y. Ferrec, N. Roux, R. Domel, C. Coudrain, E. Kling, N. Guérineau
"Realization of a compact static Fourier transform imaging spectrometer in the infrared
spectral range", OPTRO (Paris, 2016)
— A. Pola Fossi, Y. Ferrec, C. Coudrain, N. Roux, E. Kling, N. Guérineau. "Com-
pact hyperspectral camera in the mid-infrared for small UAVs", SPIE Defense and
Security, Vol. 9840, p. 98401T-98401T-9 (Baltimore, 2016)
— A. Pola Fossi, Y. Ferrec, N. Guérineau, N. Roux, E. Kling et H. Sauer "Design of
infrared imaging birefringent interferometers for small-UAVs and handheld scanning
systems" SPIE Defense and Security, Édimbourg, 2016, papier invité.
156 Annexe C. Publications
C.3 Communications dans un congrès sans actes
— A. Pola Fossi, Y. Ferrec, N. Guérineau et H. Sauer "Miniaturisation d’un spectro-
imageur infrarouge", Journées d’imagerie non conventionnelle, Paris, 2015.
157
Table des figures
1 Transmission atmosphérique dans le domaine spectral infrarouge . . . . 4
1.1 Chaine d’imagerie hyperspectrale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2 Principe du QCL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.3 QCL à cavité externe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.4 Schéma de principe d’un OPO . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.5 Exemples de cavités d’OPO de OPOTEK et M Squared Lasers . . . . . . 17
1.6 Formes temporelle et spectrale du signal issu d’un laser femtoseconde . 18
1.7 Banc et résultats d’imagerie hyperspectrale Raman avec des peignes de
fréquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.8 Montages de Dyson et d’Offner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.9 Instrument Hyper Pixel Array (Bodkin Design and Engineering) . . . . . 21
1.10 Spectro-imageur intégrale de champ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
1.11 Exemples de filtres communément utilisés en spectro-imagerie . . . . . 22
1.12 Exemple de microscope hyperspectral à base d’AOTF . . . . . . . . . . . 23
1.13 Warlock, caméra hyperspectrale à base d’optique diffractive . . . . . . . 25
1.14 Exemples de concepts de caméras hyperspectrales à codage d’ouverture 26
1.15 FAst Reconfigurable Optical Sensor (FAROS). . . . . . . . . . . . . . . . . 26
1.16 Exemples de spectro-tomographes imageurs. . . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.17 Exemples d’interféromètres utilisés en spectro-imagerie . . . . . . . . . . 29
1.18 Interféromètre de la caméra SHIMMER, caméra hyperspectrale à hété-
rodynage spatial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.1 Brimrose, caméra hyperspectral à AOTF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.2 Exemples de filtres et caméra hyperspectrale à cristaux liquides . . . . . 33
2.3 Exemples de filtres interférentiels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.4 Imec, filtres interférentiels à cavité de Fabry-Perot . . . . . . . . . . . . . 36
2.5 Exemples de caméras utilisant la technologie Imec . . . . . . . . . . . . . 37
2.6 Filtres de Fabry-Perot accordables à actionneurs piézoélectriques . . . . 38
2.7 VTT, caméra hyperspectrale à filtre de Fabry-Perot pour drones léger . . 38
2.8 Techniques de fabrication des MOEMS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.9 Etapes de fabrication d’un micro-filtre de Fabry-Perot accordable. . . . . 40
2.10 Exemple de micro-filtre de Fabry-Perot accordable. . . . . . . . . . . . . 40
158 Table des figures
2.11 VTT, caméras hyperspectrales à base de filtre de Fabry-Perot accordables
MOEMs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
2.12 Cercle de Rowland . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.13 Exemples de caméras compactes à réseaux . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.14 Exemple de disperseurs-imageures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
2.15 Endoscope hyperspectral à intégrale de champ . . . . . . . . . . . . . . . 46
2.16 Cahyd, caméra hyperspectrale par TF statique utilisant un interféro-
mètre de Michelson à dièdres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
2.17 Caméra hyperspectrale à TF statique utilisant un interféromètre de Mi-
chelson à micro-miroirs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
2.18 Caméra hyperspectrale à TF utilisant un interféromètre à division de
front d’onde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
2.19 Caméra hyperspectrale confocale à TF statique. . . . . . . . . . . . . . . . 49
2.20 Caméra hyperspectrale à TF temporelle utilisant un interféromètre de
Fabry-Perot. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.21 Caméra hyperspectrale à TF temporelle à cristaux liquides . . . . . . . . 51
2.22 Exemples d’interféromètres biréfringents . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
2.23 SHIFT, caméra hyperspectrale TF à acquisition "snapshot" . . . . . . . . 52
2.24 Exemples de caméras hyperspectrales biréfrigentes à TF temporelles . . 53
2.25 Concept de caméra hyperspectrale biréfringente à résolution spectrale
variable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
2.26 Exemple de concept de caméra hyperspectrale birefringente à TF sta-
tique utilisant un milieu anisotrope comme polariseur . . . . . . . . . . . 54
2.27 Exemple de concept de caméra hyperspectrale birefringente à hétérody-
nage spatial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
2.28 Exemple de concepts de caméras hyperspectrales biréfringentes à TF
statique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.29 Caméra hyperspectrale compacte à lentille diffractive . . . . . . . . . . . 57
2.30 Caméras hyperspectrales tomographes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
1.1 Principe d’une caméra hyperspectrale à TF à interféromètre statique. . . 67
1.2 (a) Séparatrice en ZnSe de l’instrument Sieleters développé à l’ONERA.
On y voit aussi un des deux dièdres (C OUDRAIN et al., 2015). (b) Illustra-
tion du phénomène de double réfraction dans les milieux biréfringents
(U NIVERSITÉ DU M AINE, 2016). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
1.3 Positions de la pupille dans le cas de l’interféromètre de Michelson à
dièdres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
1.4 Schéma déplié de l’interféromètre de Michelson à dièdres. . . . . . . . . 70
Table des figures 159
1.5 Longueur de la séparatrice en fonction de l’angle de champ et de l’incli-
naison des dièdres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
1.6 Schéma plié et déplié d’un interféromètre de Michelson à dièdres . . . . 72
1.7 Schéma déplié d’un interféromètre de Michelson à dièdres, s=longueur
de la séparatrice, m1 =longueur du miroir 1, m2 = longueur du miroir
2, α= angle de champ, σ, µ = respectivement angle d’inclinaison de la
séparatrice et des dièdres par rapport à l’axe optique. . . . . . . . . . . . 72
1.8 Variation du dénominateur de la longueur du miroir M2 (a) et de la
longueur de la séparatrice avec l’angle du champ et l’inclinaison des
dièdres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
1.9 Schéma de l’interféromètre de Michelson à dièdres optimal pour un
champ de 30◦ et une pupille immatérielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
1.10 (a) Schéma de l’enceinte du cryostat d’un détecteur refroidi. (b) Exemple
de détecteur refroidi (S OFRADIR, 2016). (c) Lockheed Martin, caméra in-
frarouge bi-bande MWIR et LWIR (A MON, 2002). (d) Caméra infrarouge
à optiques intégrées, SCD (S INGER et O STER, 2010) . . . . . . . . . . . . . 75
1.11 Caméra SOIE : schémas optiques et mécanique, prototype réalisé (D RUART
et al., 2011). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
1.12 Caméras non refroidies compactes "grand public" entièrement intégrée
dans un smartphone, CAT/FLIR (CAT, 2016) (a) ou sous forme d’élé-
ment amovible à ajouter au téléphone Seek Thermal (S EEK T HERMAL,
2016) en (b). Caméras pour professionnels (c) DRS Infrared, 640 x 480
pixels, 17 µ m de pas pixel, f/1.4, f’=9 mm, FOV(70◦ x 52◦ ), NETD < 50
mK à f/1, (d) Flir Boson, 640 x 512 pixels, 12 µ m de pas pixel, NETD <
40 mK (DRS T ECHNOLOGIES, 2016a ; FLIR, 2016a) . . . . . . . . . . . . . 77
2.1 Structure des champs dans un milieu anisotrope. . . . . . . . . . . . . . . 80
2.2 Surfaces caractéristiques d’un milieu uniaxe . . . . . . . . . . . . . . . . 82
2.3 Surfaces caractéristiques d’un milieu uniaxe, ellipsoïde des indices . . . 83
2.4 Exemples d’interféromètres biréfringents à décalage latéral . . . . . . . . 84
2.5 définition des paramètres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
2.6 Description des paramètres utilisés pour le calcul de l’angle de réfrac-
tion du front d’onde extraordinaire d’après F RANÇON et M ALLICK (1971) 88
3.1 Définition des paramètres utilisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
3.2 Vue 3D de l’interféromètre de Savart . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
3.3 Cartes des différences de marches dans l’interféromètre de Savart . . . . 96
3.4 Écart entre les cartes de différences de marches théorique et simulée . . 97
160 Table des figures
3.5 Cartes des coefficients de Fresnel généralisés des ondes parasites dans
l’interféromètre de Savart . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
3.6 Propagation des rayons dans le double Wollaston . . . . . . . . . . . . . 98
3.7 Banc de caractérisation en intensité des ondes simplement parasites . . . 99
3.8 Intensité des ondes simplement parasites dans le double Wollaston . . . 99
3.9 Banc d’interférométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
3.10 Franges d’interférence du double Wollaston . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
3.11 Caractérisation des franges parasites du double Wollaston . . . . . . . . 101
1.1 SIBI, caméra hyperspectrale dans le moyen infrarouge . . . . . . . . . . . 112
1.2 Mesure de la distorsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
1.3 Validation du modèle de distorsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
1.4 Validation du modèle de distorsion : en vert grille distordue et en ma-
genta grille après correction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
1.5 SIBI, franges d’interférence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
1.6 Carte des différences de marche expérimentale et théorique . . . . . . . 115
1.7 transmission spectrale de l’interféromètre et des polariseurs . . . . . . . 116
1.8 Banc de caractérisation de la réponse spectrale de la caméra . . . . . . . 117
1.9 Réponse spectrale de quelques pixels de la caméra SIBI . . . . . . . . . . 117
1.10 Réponse spectrale d’un pixel proche de la différence de marche nulle
des franges nominales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
1.11 SIBI, franges d’interférence parasites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
2.1 Installation pour la campagne de mesure Etna . . . . . . . . . . . . . . . 124
2.2 Caméra SIBI installée sur tourelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
2.3 Exemple d’image acquise pendant la campagne ImagEtna . . . . . . . . 126
2.4 Exemples d’images avant et après correction de la distorsion . . . . . . . 126
2.5 Projection sur un cylindre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128
2.6 Paramètres du recalage des images . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
2.7 Exemples d’interférogrammes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
2.8 Exemple de phase d’interférogramme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131
2.9 Correction des franges parasites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
2.10 Exemple d’image monochromatique à à 2063 cm−1 et des spectres éta-
lonnés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
2.11 Image hyperspectrale du volcan Etna, Sicile . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
2.12 Comparaison entre les spectres simulés avec MATISSE et les spectres
mesurés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
2.13 Nouvelle version de la caméra pour les applications d’imagerie hyper-
spectrale aéroportée, SIBI 2.0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
Table des figures 161
B.1 FTM de la caméra SOIE à 4 µm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152
163
Liste des tableaux
1.1 Spécifications théoriques de la caméra hyperspectrale, les paramètres en
italiques étant déduits des autres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
165
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Titre : Miniaturisation d’une caméra hyperspectrale infrarouge
Mots clefs : Caméra hyperspectrale miniature, infrarouge, spectro-imagerie, interféromètre biréfrin-
gent, télédétection
Résumé : Les récentes avancées dans le domaine des plates-formes d’instrumentation légères telles
que les drones ou les nano-satellites ont fortement augmenté la demande de capteurs compacts, y
compris les capteurs d’imagerie hyperspectrale infrarouge qui sont utilisés, de nos jours, dans des
nombreuses applications militaires et civiles. Nous proposons une nouvelle caméra hyperspectrale
compacte infrarouge dont les performances nous permettront de viser les domaines applicatifs tels
que la détection de gaz (panaches volcaniques ou industriels), la détection de véhicules militaires,
la surveillance d’ouvrages (barrages, pipelines) ou encore l’agriculture. Pour y arriver, nous avons
choisi la spectro-imagerie par transformée de Fourier utilisant un interféromètre biréfringent à déca-
lage latéral. Nous avons ensuite procédé à une modélisation approfondie de tels interféromètres afin
de déterminer une configuration optimale associant compacité et résolution spectrale requise. Cette
modélisation a été utilisée pour dimensionner trois prototypes avec des spécifications précises : deux
prototypes dans le moyen infrarouge, l’un entièrement refroidi et l’autre partiellement refroidi et un
prototype dans le lointain infrarouge. Nous avons ensuite réalisé le prototype partiellement refroidi
que nous avons caractérisé en laboratoire et que nous avons mis en œuvre sur le terrain. Cette cam-
pagne de mesures nous a permis d’obtenir des images hyperspectrales dans des conditions réelles
d’utilisation. Par l’analyse de ces images, nous avons évalué les performances opérationnelles de
notre système et identifié les points à améliorer.
Title : Miniaturization of an infrared hyperspectral camera
Keywords : Miniature hyperspectral camera, infrared, imaging spectrometry, birefringent interfero-
meter, remote sensing
Abstract : Recent advances in the field of lightweight technical platforms like UAV or nano-satellite
have increased the demand for compact sensors including infrared hyperspectral cameras which are
used nowadays in number of military and civilian applications. We propose a new compact infra-
red hyperspectral camera, the performance of which will allow it to be used in applications like gas
detection, military vehicle detection, industrial installation surveillance or agriculture. To do so, we
have chosen Fourier transform imaging spectrometry using a birefringent lateral shearing interfero-
meter. Thereafter, we have deeply studied wave propagation in such an interferometer to find out
optimal geometries, and we have designed three prototypes : two in the mid-infrared, partially and
entirely cooled, and the other in the far infrared spectral domain. The partially cooled prototype has
been realized, characterized in the laboratory and tested on the field. This field campaign provided
hyperspectral images on real operating conditions. Analysis of these images allowed us to estimate
the performance of our system and to identify the points to be improved.
Université Paris-Saclay
Espace Technologique / Immeuble Discovery
Route de l’Orme aux Merisiers RD 128 / 91190 Saint-Aubin, France