Faculté de Médecine de Constantine
Département de Chirurgie Dentaire
Cours de Microbiologie
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Treponema pallidum
1. Introduction.
2. Caractères bactériologiques.
3. Modes de transmission de la syphilis.
4. Classification de la syphilis.
5. Diagnostic bactériologique.
6. Traitement.
7. Conduite à tenir en cas de suspicion d’une lésion orale
syphilitique: Rôle du chirurgien-dentiste
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1. Introduction
Les tréponèmes appartiennent à la famille des spirochètes. La plus grande majorité des
tréponèmes ne sont pas pathogènes pour l’homme. Néanmoins, il existe quelques rares
tréponèmes pathogènes responsables de tréponématoses endémiques humaines (le Pian, le
Bejel, la Pinta).
Treponema pallidum subspecies pallidum (appelé couramment Treponema pallidum ou
encore tréponème pâle) responsable de la syphilis est le seul tréponème à transmission
vénérienne.
2. Caractères bactériologiques
2.1 Morphologie
T. pallidum se présente sous la forme d’une hélice serrée, fine et régulière; prenant mal le
Gram. Il possède 3 à 6 flagelles périplasmiques (ou endoflagelles), permettant sa mobilité.
2.2 Culture
Ce germe est désormais qualifié de micro-aérophile. N’étant pas cultivable in vitro, son
métabolisme est peu connu. Il se multiplie dans les testicules de lapin.
Hors de l’organisme, ces agents infectieux sont vulnérables, rapidement anéantis par les
changements de température, les produits désinfectants ou les variations osmotiques.
3. Modes de transmission de la syphilis
3.1 Contamination sexuelle
Dans plus de 95 % des cas, la contamination est d’origine sexuelle (contact génito-génital ou
oro-génital). [Link] traverse activement les muqueuses saines.
La santé bucco-dentaire a une importance primordiale vis-à-vis du risque de transmission. En
effet, une maladie parodontale, une gingivorragie, une lésion hémorragique (une coupure) ou
encore une abrasion, sont des portes d’entrée en faveur d’un risque d’inoculation accru. Un
contrôle régulier chez le chirurgien-dentiste est vivement conseillé pour les personnes à
risque.
3.2 Contamination verticale
- Transplacentaire à partir du 4e mois de gestation. Le nouveau-né sera alors atteint de
syphilis congénitale avec des répercussions précoces ou tardives.
- Lors de l’accouchement par contact cutanéo-muqueux.
3.3 Contamination par voie sanguine: rarissime par piqûre avec un instrument infecté, chez
les toxicomanes ou accidentellement chez les professionnels de santé.
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4. Classification de la syphilis
4.1 C. clinique: Lorsqu’elle est transmise, plusieurs phases bien distinctes vont se succéder
sur plusieurs années. Toutes les phases ne sont pas d’expression obligatoire.
- Incubation ( de 10 à 90 jours),
- Phase primaire: présence d’un chancre au point d’inoculation (ulcération indolore,
accompagnée d’une adénopathie satellite). Non traité le chancre guérit spontanément
en 4-6 semaines.
Le chancre oral est retrouvé chez 4 à 12 % des patients au stade primaire. En effet, cette
ulcération indolore, très contagieuse, résulte de la transmission des tréponèmes pâles d’une
lésion infectée (orale, génitale) à une muqueuse orale saine. Ce chancre est polymorphe, le
plus souvent labial (le site extra-génital le plus touché par la syphilis) ou lingual mais il
pourra être aussi palatin, gingival, amygdalien ou encore pharyngé).
- Phase secondaire: correspond à la phase de dissémination des bactéries (elle se
caractérise par la présence de lésions cutanéomuqueuses, très contagieuses). Ces
signes disparaissent en 1 à 2 ans.
Les lésions orales se déclarent en principe 6 à 8 semaines après la disparition du chancre
primaire. Elles s’accompagnent souvent de symptômes, tels que de la fièvre, des maux de
gorge, une anorexie, des céphalées et des éruptions cutanées.
Les sujets atteints de syphilis primaire ou secondaire sont les plus contaminants.
- Phase latente silencieuse dite syphilis latente: pendant laquelle la syphilis est
cliniquement asymptomatique et non contagieuse.
- Phase tertiaire: apparaît 3 ans après la contamination, mais peut se manifester jusqu’à
30 ans après l’infection, dominée par des complications neurologiques, oculaires,
articulaires et cardiovasculaires.
Les lésions buccales sont localisées principalement sur le palais, la langue, et plus rarement
sur les amygdales. Sur le palais, la lésion initiale se présente par un ou plusieurs nodules
indolores qui s'ulcèrent, entraînant une destruction osseuse provoquant une perforation
palatine et la formation d'une éventuelle fistule oronasale.
Répercussions dentaires de la syphilis congénitale: On retrouve parfois des anomalies en
denture permanente chez les patients atteints de syphilis congénitale telles que les molaires de
« Moon » appelées aussi molaires en « bourgeon » et les canines syphilitiques.
4.2 Classification temporelle: intérêt thérapeutique, distingue:
- Les syphilis précoces: phases primaire, secondaire et syphilis latente précoce
(évoluant depuis moins de deux ans),
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- Les syphilis tardives: syphilis latente de plus de deux ans et phase tertiaire, au cours
desquelles le risque neurologique est plus important.(neurosyphilis), le risque de
contamination est quasiment nul.
5. Diagnostic bactériologique
5.1 Diagnostic direct
- Prélèvements pathologiques: ulcérations génitales ou plaques muqueuses.
5.1.1 Microscopie optique à fond noir: utile au stade primaire. Elle consiste à observer
Treponema pallidum grâce à sa forme hélicoïdale et son mouvement ondulatoire bien
spécifique.
L’utilisation de la microscopie à fond noir n'est pas recommandée pour le diagnostic des
chancres oraux. En effet, des tréponèmes parodontaux, comme Treponema denticola, peuvent
être confondus avec le tréponème pathogène.
5.1.2 Immunofluorescence : c’est une méthode sensible et spécifique.
5.1.3 PCR: permet de mettre en évidence les gènes codant pour les protéines de membrane,
en particulier au stade précoce lorsque la sérologie est encore négative.
5.2 Diagnostic indirect
La sérologie est le moyen de diagnostic le plus utilisé à l’heure actuelle. Elle est standardisée,
fiable et peu coûteuse. En phase latente, la sérologie est le seul moyen de diagnostiquer la
pathologie.
- Prélèvements: Sérum ou LCR.
Deux grands groupes de réaction sérologique sont pratiqués selon l'antigène utilisé :
5.2.1 Les tests non tréponémiques (non spécifiques): VDRL (Veneral Disease Research
Laboratory) et RPR (Rapid Plasma Reagin).
On recherche par agglutination des anticorps cardio-lipidiques. Ces tests ne sont positifs
qu’en cas de syphilis active et peuvent ainsi être utilisés pour suivre l’efficacité du traitement,
le stade de la maladie et sa contagiosité.
5.2.2 Les tests tréponémiques (spécifiques): Ces tests permettent de mettre en évidence des
anticorps dirigés contre les antigènes du Treponema pallidum dans le sérum du patient. Il en
existe plusieurs : TPHA (Treponema Pallidum Haemagglutination Assay), FTA-abs
(Fluorescent Treponemal Antibody Absorption Test), ELISA (Enzyme Linked Immuno
Sorbent Assay) et autres.
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Il n’est pas possible de différencier une syphilis guérie d’une syphilis active. Pour ces tests,
seul le caractère qualitatif sera utilisé.
L’association de ces deux types de tests (tréponémiques et non tréponémiques) est obligatoire
pour dépister la pathologie, mais de plus en plus on prescrira uniquement un test
tréponémique en première intention. Si ce dernier est positif, on le confirmera par un test non
tréponémique.
- Syphilis congénitale: la recherche des IgM anti tréponémiques confirme le diagnostic.
6. Traitement
Injection intramusculaire de benzathine benzylpénicilline. T. pallidum est sensible aux autres
bêta-lactamines, aux cyclines et aux macrolides.
7. Conduite à tenir en cas de suspicion d’une lésion orale syphilitique: Rôle du
chirurgien-dentiste
Le chirurgien-dentiste est en première ligne pour observer et dépister précocement les
manifestations orales et péri-orales des pathologies vénériennes. En cas de doute sur une
lésion, le chirurgien-dentiste pourra réaliser une anamnèse approfondie dédiée à la syphilis,
suivie d’un examen clinique endo et exo-buccal précis. Il prescrira également une sérologie
de dépistage des IST, incluant un test tréponémique accompagné d’un test non tréponémique
(VDRL/TPHA par exemple). En attendant le diagnostic de certitude, le praticien réalisera
uniquement les soins urgents en évitant l’utilisation d’aérosols. Cette consultation doit être
organisée dans le plus grand respect des règles d’asepsie pour éviter tout risque de
contamination croisée. Les instruments à usage unique seront à privilégier et une désinfection
minutieuse de tous les éléments ayant été en contact direct ou indirect avec le patient sera
réalisée.
Le chirurgien-dentiste portera les équipements de protection individuelle suivants : une
surblouse, une charlotte, des lunettes de protection, un masque et des gants lors de la
consultation.