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Les éléments contextuels qui ont été favorables à l’apparition et à l’affirmation des totalitarismes :
- L’émergence des masses qui marque la fin des solidarités traditionnelles
- Les effets de la Première Guerre mondiale qui sont multiples : brutalisation des combattants et
« ensauvagement » des sociétés, crise morale, frustrations liées aux traités de paix, …
- Le contexte de crise économique (en particulier la crise de 1929 et ses conséquences)
- Les partis politiques traditionnels qui n’apportent pas de réponses satisfaisantes à la résolution des crises
Éléments qui peuvent être précisés/approfondis :
Le contexte de l’après Première Guerre mondiale est défavorable aux démocraties libérales et aux systèmes
politiques en place qui traversent une crise morale sans précédent. Suivant les analyses de George Mosse (De
la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes, 1999), la Première Guerre
mondiale est la matrice des régimes totalitaires du fait de la radicalisation des violences vécues au front par
les soldats et par les civils dans les sociétés européennes qui ont subi le conflit et participé à l’effort de guerre
totale. L’expérience des violences dans les colonies, qui ont pu servir de terrain expérimental avant le conflit,
se rajoutent à celles Première Guerre mondiale. Durant la guerre, on a tué et fait du meurtre une vertu ; la vie
humaine a été brutalement dévaluée. Le contexte est donc favorable au développement d’idées radicales et
révolutionnaires à travers la constitution de partis politiques de masse de plus en plus puissants. Ces partis
radicaux apparaissent comme une issue à la crise générale qui touche les sociétés. Face à la violence aveugle
de la guerre, les bolcheviques promeuvent une violence noble (celle qui fait advenir la justice et la société sans
classe) tandis que les nazis exaltent la violence héroïque et virile du combattant national.
Les effets de la crise économique sont particulièrement importants en Allemagne : larvée dans les années
1920, elle s’accroit au début des années 1930, entraînant un chômage de masse (6 millions de chômeurs au
début des années 1930) qui poussent les électeurs à se détourner des partis politiques traditionnels qui
apparaissent incapables d’apporter des solutions immédiates à la crise.
Les frustrations liées aux conséquences des traités de paix jouent également un rôle primordial en Allemagne.
Dans la vision de l’histoire nazie, la séquence 1917-1918 est un véritable cauchemar . La « Révolution
allemande » d’octobre-novembre 1918, série de mutineries et de révoltes qui ont conduit à l’abdication de
l’Empereur, puis à la proclamation de la République (le 9 novembre 1918) constitue pour les nazis une véritable
trahison. De ce point de vue, ils rejoignent ce que dit la droite nationaliste depuis 1919 : l’armée allemande, qui
allait gagner guerre, a été victime d’un « coup de poignard dans le dos », une révolution de l’arrière qui a trahi
le front au profit des communistes, des sociaux-démocrates, de tous les éléments internationalistes, donc
antinationaux, c’est-à-dire in fine, les juifs.
b) Caractéristiques communes et spécificités
Les totalitarismes qui se mettent en place dans l’entre-deux-guerres présentent de nombreux points communs,
mais aussi des différences dont la principale tient à la nature de l’idéologie à imposer : raciale et « élitiste »
pour le nazisme, sociale et à vocation universelle pour le communisme.
* Affiche de la SFIO (1951) + divers documents illustratifs des points communs des 2 totalitarismes
Points communs aux deux totalitarismes : parti unique / culte de la personnalité / système
concentrationnaire et terreur / censure et propagande / annexions / Élimination des opposants politiques /
Grandes manifestations politiques scénographiées pour impressionner les adversaires et créer de la ferveur
auprès des masses / Encadrement de la jeunesse pour former des hommes nouveaux entièrement dévoués au
régime
Totalitarisme = système politique à parti unique qui gouverne par la propagande et la terreur et qui contrôle
tous les aspects de la vie des individus au nom d’une idéologie
Si Hans Kohn a été le premier analyste à employer l’expression « États totalitaires » dans son ouvrage
Dictatorship in the Modern World en 1935 pour les distinguer des régimes autoritaires traditionnels, c’est
cependant Hannah Arendt qui crée le substantif « totalitarisme » en 1951 avec son ouvrage Les origines du
totalitarisme. Pour elle, le totalitarisme représente une forme nouvelle de domination exercée par un parti
unique seul détenteur du sens de l'Histoire, disposant du contrôle absolu grâce à de nouvelles techniques de
mobilisation idéologique et l’usage d’un niveau de terreur sans précédent ; la domination ne s'exerce pas sur
une société constituée, mais sur des masses atomisées.
L’explication « classique » du concept peut se résumer ainsi : l’expression totalitaire de ces régimes vient du fait
qu'il ne s'agit pas seulement de contrôler les activités des hommes, comme le ferait une dictature classique,
mais la particularité d’un régime totalitaire est qu’il tente de s'immiscer jusque dans la sphère intime de la
pensée, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont
considérés comme des ennemis de la communauté.
Cette classification est cependant jugée aujourd’hui trop réductrice : les historiens insistent davantage, au-delà
des incontestables points communs, sur les spécificités (en particulier idéologiques) de ces régimes politiques.
* Photo de L’Ouvrier et la Kolkhozienne, sculpture de Vera Moukhina (1937) + extrait d’un discours de Staline
(1929) + affiche des années 1930
- Spécificités de l’homme nouveau en URSS :
Homme nouveau = le prolétaire qui est travailleur, courageux, athlétique, instruit, convaincu de l’idéal
communiste d’une société sans classes sociales ni discrimination raciale ou sexuelle.
Ennemis/exclus = tout opposant politique et élites traditionnelles (nobles, koulaks, bourgeois, Église)
Éléments qui peuvent être précisés/approfondis :
Le communisme prône le rejet de la société capitaliste et l’avènement d’un monde sans classe sociale, sans
propriété privée, sans rapport de domination, et où chacun recevrait « selon ses besoins ».
L’Homme nouveau soviétique est censé être le résultat des changements entrepris par les bolcheviques : ardent
constructeur du communisme et internationaliste, il est convaincu de la justesse des idéaux marxistes-léninistes
et dévoué au régime. Courageux, discipliné, calme, toujours prêt à l’exploit et capable de soumettre la nature
selon la propagande, il est également cultivé et intelligent. Un nouveau type physique s’impose rapidement
dans les représentations artistiques : celui de nouveaux hommes, sains, vigoureux, athlétiques, des ouvriers aux
larges épaules et des kolkhoziennes aux hanches généreuses, type que l’on retrouve, dans les années 1930, sur
des photographies de Rodtchenko, dans des tableaux, des films, des affiches ou des sculptures, comme celle,
monumentale, de Véra Moukhina, L’Ouvrier et la Kolkhozienne, créée pour l’exposition universelle de 1937.
* Couverture du calendrier de l’Office politique racial (1938) + extrait de Mein Kampf (1924-1925) + affiche de
l’exposition « Le juif éternel » (1937)
- Spécificités de l’homme nouveau dans l’Allemagne nazie :
Homme nouveau = l’Aryen de pur sang allemand, racialement pur qui est obéissant, viril, lutte pour préserver
la supériorité de sa race
Ennemis/exclus = tout opposant politique + « sous-races » dont Juifs + handicapés + asociaux
Éléments qui peuvent être précisés/approfondis :
Le racisme est le fondement de la vision du monde nazi. Ce que Hitler écrit dans Mein Kampf, de façon
grossière et violente dans sa forme, est en partie banal sur le fond à l’époque. Il réaffirme ce qui passe alors
pour une évidence : la culture humaine est la création des Blancs – assertion qui témoigne d’un ethnocentrisme
culturel classique par ignorance de l’autre. Cependant, il tend vers un racisme dit polygénique, c’est-à-dire qui
assigne des origines et des substances biologiques différentes aux diverses « races » : pour Hitler, l’emploi du
mot « homme » ne peut être réservé qu’à l’Aryen. Les non-Aryens ne sont donc pas, ou pas vraiment, des
hommes au sens plein du terme : des animaux de labeur (les Noirs, mais aussi les Slaves selon lui), voire des
microbes ou des bacilles dans le cas des juifs. Le racisme établit des hiérarchies entre les races, mais aussi
entre les membres d’une même race, qui ne sont pas équivalents et ne se valent pas tous. Pour gouverner une
race, la démocratie est exclue : règne de la majorité et non de la personnalité, la démocratie repose sur un
principe quantitatif (le poids de la masse) et non qualitatif (l’excellence du meilleur). Hitler prône donc, en
raison de l’évidente inégalité entre les hommes, le gouvernement (dictatorial) du meilleur, appelé par ses
qualités naturelles à conduire le groupe.
Pour les nazis, le bolchevisme est la manifestation contemporaine du complot juif contre l'humanité supérieure.
Transition : La marche vers la guerre
* Carte présentant les violations du traité de Versailles et les annexions nazies durant les années 1930 +
caricature française (1935) montrant l’impuissance de la SDN face à Hitler
La lutte contre le traité de Versailles, slogan constant depuis 1920, trouve une première application quand, en
octobre 1933, l’Allemagne quitte la SDN, marquant ainsi son refus des institutions nées de Versailles et du
dialogue international. Encouragée par l’absence de réaction des puissances démocratiques liées à des
opinions publiques pacifistes, l’Allemagne nazie multiplie les décisions unilatérales : création de la Wehrmacht
et rétablissement du service militaire obligatoire (mars 1935), remilitarisation de la Rhénanie (mars 1936),
Anschluss (mars 1938), invasion de la Bohême-Moravie (mars 1939) et de la Pologne (septembre 1939). C’est ce
dernier épisode qui conduit au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale…
Du côté des Alliés, la guerre menée est celle de la civilisation contre la « barbarie »
* Affiche britannique diabolisant Hitler (1942) + photo des conséquences du Blitz (octobre 1940) + affiche
britannique : « Back them up ! » + Discours de Churchill du 13 mai 1940
Du côté des Britanniques, on retrouve des arguments déjà largement utilisés au cours de la Première Guerre
mondiale : la diabolisation de l’ennemi et l’idée d’une guerre juste puisque les agresseurs ne respectent pas
les conventions internationales du droit de la guerre. Il apparaît donc nécessaire d’utiliser contre eux des
méthodes qui se veulent définitives pour mettre fin à la guerre... La propagande joue un rôle majeur dans la
diffusion de cette conception de la guerre.
Le soir du 10 mai 1940, le roi George VI invite Churchill à former un nouveau gouvernement. Quelques heures
plutôt, Hitler a lancé ses armées sur les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. A partir de ce
moment, la Grande-Bretagne s'attend à une invasion. L’atout de Churchill face à l’establishment sceptique et
prêt à tous les compromis est sa conviction d’être le seul homme à même de sauver l’Angleterre. Le peuple
britannique va immédiatement se reconnaître en lui.
A partir 22 juin 1940, lorsque la France de Pétain signe l’armistice avec l’Allemagne, l’Angleterre va lutter seule
contre l’Europe de Hitler pendant un an jour pour jour, jusqu'au 22 juin 1941 (date de l’invasion de l’URSS par
l’Allemagne), avec toutefois le soutien fidèle des dominions notamment le Canada. L’aviation allemande lance le
30 juillet 1940 la grande bataille aérienne en vue d’abattre la résistance anglaise. Mais l’offensive tourne
cependant court grâce à la réactivité des pilotes britanniques. Les Allemands ont plus de pertes que l’Angleterre
et très vite doivent renoncer à détruire l’aviation britannique.
Dans son célèbre discours, Churchill tente de convaincre la population britannique des efforts à réaliser en vue
d’une guerre totale contre un adversaire présenté comme tyrannique. La guerre à mener pour parvenir à la
victoire est justifiée au nom des buts et valeurs supérieurs de l’humanité.
* Charte de l’Atlantique (14 août 1941)
La Charte est la déclaration solennelle faite le 14 août 1941 à la suite de la Conférence de l’Atlantique, qui s’est
tenue à bord du navire de guerre USS Augusta, au large de Terre-Neuve, entre le président américain Roosevelt
et Churchill, à un moment où les États-Unis ne sont pas encore engagés militairement dans le conflit. Elle
défend les principes communs que les deux gouvernements souhaiteraient voir appliquer par le monde dans
un avenir meilleur.
* Photo des résultats des bombardements intensifs de Dresde (février 1945)
La question des bombardements stratégiques alliés qui, en dépit du grand nombre de victimes qu’ils ont
provoqué, ne relèvent pas, à proprement parler, de la volonté d’anéantissement mise en œuvre par l’Allemagne
ou le Japon. Chez Alliés, on peut distinguer deux attitudes face aux forces de l’Axe :
- Pour les britanniques, forts du principe de réalité cher à Churchill, il s’agit de chercher à nuire le plus possible à
Allemagne et ses alliés, mais le choix des cibles militaires reste prioritaire jusqu'en 1944. A cette date, les cibles
se diversifient, l’Angleterre multiplie les bombardements sur les grandes villes allemandes dans l’objectif de
saper le moral des civils et ébranler la foi portée par la population envers les promesses d’Hitler.
- Pour l’URSS, l’anéantissement de l’Allemagne est vu comme un impératif. L’URSS mène sa « Grande guerre
patriotique » : après 2 deux années très difficiles marquées par de très nombreux morts et destructions, l’Armée
rouge reprend progressivement le dessus à partir 1943. Ses soldats n'ont qu'un objectif : la vengeance. La prise
de Berlin devient obsession pour Staline et ses troupes. Détruire Allemagne et ses alliés est alors un but en soi,
sans distinction entre soldats et civils. Ordre est donné aux soldats de répandre la terreur...
* Message radiodiffusé Truman (9 août 1945) + photos du « champignon atomique », de la bombe et du
résultat au sol + édito de Camus dans Combat (8 août 1945)
Pour les États-Unis, la justification de la guerre repose sur la notion de « guerre juste » ou de guerre du bien
contre le mal : la guerre est « juste » car c’est le combat de la liberté contre l’oppression, qu'elle soit allemande
ou japonaise. La notion de liberté est un puissant levier idéologique auprès de l’opinion publique américaine.
L’objectif annoncé est donc d’écraser le nazisme et l’impérialisme japonais jusqu’à la victoire totale.
Le Japon emploie des méthodes de guerre totale qui doivent être combattues avec détermination ; la terrible
guerre du Pacifique voit se dérouler un conflit où tout gain territorial à un coût humain très important. A partir
de juin 1944 et les débarquements en Europe, les forces américaines sont confrontées aux forces allemandes : la
résistance de ces dernières lors des débarquements rend légitime la tactique des bombardements massifs pour
affaiblir Allemagne. L’anéantissement s'impose alors comme la seule solution pour hâter la fin de la guerre et
donc éviter des pertes humaines massives. Ce même argument est utilisé pour justifier l’emploi de l’arme
atomique par Truman le 9 août 1945.
L’édito de Camus est une condamnation à contre-courant de l’opinion publique majoritaire, la seule prise de
position hostile à Hiroshima au moment de l’événement. Il s’inscrit en opposition aux louanges acclamant dans
la presse de l’époque l’utilisation de l’arme atomique comme un progrès civilisation ; l’écrivain évoque au
contraire cet événement comme le « dernier degré de sauvagerie » et « une rage de destruction ».
Un bilan humain effroyable
* Tableau statistique du bilan des victimes
Concernant le bilan exact des victimes civiles et militaires, du fait de la multiplication des fronts extérieurs et
intérieurs, impliquant civils, militaires, partisans et soldats réguliers, du fait des multiples guerres civiles au sein
des nations comme à travers les frontières, les historiens ne disposent que d’ordre de grandeur, les 50 à 60
millions arrêtés à un chiffre rond (cinq à six fois plus que la Première Guerre mondiale), et dont la fonction, est
de faire sentir symboliquement l’ampleur colossale d’une réalité tragique. L’une des différences essentielles
entre les deux conflits mondiaux tient au tribut bien plus lourd payé par les civils lors de la Seconde Guerre
mondiale.
- Les victimes militaires
Les chiffres très élevés de victimes s'expliquent par la mobilisation d’une ampleur exceptionnelle des troupes
en présence (près de 90 millions), les batailles très meurtrières (comme celle de Stalingrad ou le débarquement
en Normandie), l’importance du matériel de plus en plus meurtrier, la guerre sur plusieurs fronts... Dès 1940
des dynamiques d'anéantissement sont à l'œuvre : les Soviétiques exécutent en toute illégalité des officiers
polonais (22 000) et accusent ensuite les Allemands de ce crime (massacre de Katyn). Sur le front de l'Est, plus
de 3,5 millions de soldats de l'Armée rouge vont être « liquidés » par les forces allemandes en les affamant et en
les exploitant comme main d’œuvre au service de l’économie de guerre allemande. La Wehrmacht ne respecte
aucune convention de guerre. Elle ne prévoit ni baraquement, ni ravitaillement pour les prisonniers de guerre
soviétiques : parqués dans des enclos sans toit, les prisonniers meurent d'inanition, de chaleur ou de froid.
Déportés en Allemagne pour faire tourner la machine de guerre industrielle, ils sont à peine nourris et soumis à
un traitement inhumain, sans commune mesure avec le sort des travailleurs forcés occidentaux, français, belges
et italiens. Sur cinq millions de prisonniers soviétiques, 3,3 millions meurent de 1941 à 1945.
En Asie, le comportement des troupes japonaises à l'égard des prisonniers relève aussi d’une très grande
violence.
- Les victimes civiles représentent près de 60% des victimes totales du conflit.
Certains États, comme la Pologne, la Yougoslavie, la Chine et surtout l'URSS (16 millions de morts) ont plus
souffert que d’autres. La guerre d'anéantissement montre bien, qu'au-delà de la victoire, la destruction
complète de l'ennemi est la justification de toutes les actions : les bombardements (qui, à Dresde, pour ne citer
que cet exemple, font 70 000 morts en février 1945 ), les déportations massives, les représailles contre les
populations en cas d'attaque des réseaux de résistants (cas d'Oradour-sur-Glane en juin 1944)… Lorsque tout
semble perdu, la pratique politique de la terre brûlée est appliquée... Enfin, en août 1945, les bombardements
d'Hiroshima et Nagasaki font plus de 150 000 victimes.
► La Seconde Guerre mondiale peut donc être vue comme l’aboutissement de deux siècles d’évolution de la
guerre où la victoire réside désormais dans l’anéantissement de l’adversaire plutôt que dans la conquête du
champ de bataille : à ce titre, les civils sont considérés comme des cibles à part entière au sein d’une guerre
totale légitimée par les idéologies.
c) Par son impact en France
* Chronologie de la situation en France pendant la Seconde Guerre mondiale et carte après l’armistice de
1940 + affiches de propagande de Vichy + photo de l’entrevue de Montoire + statut des juifs (octobre 1940) +
tract gaulliste (1942) + carte de la Libération du territoire + photo d’un groupe de maquisards + affiche des
Forces navales françaises libres + photo de J. Moulin et couverture du programme du CNR (mars 1944) +
infographie de l’attitude des Français pendant l’Occupation
Éléments à faire ressortir :
- Le mois de juin 1940 est décisif pour la place de la France dans la Seconde Guerre mondiale : elle vient
d’essuyer une déroute. Les armistices de juin 1940 (signés séparément avec l’Allemagne et l’Italie) conduisent à
une France divisée, à la fois du point de vue politique et territorial.
- Sur le plan territorial, la France est divisée en une zone occupée par les troupes allemandes au Nord et une
zone dite « libre » au Sud administrée par l’État Français tandis que l’Alsace-Moselle est annexée par le III e
Reich, le Nord rattaché au commandement militaire allemand de Belgique et quelques zones alpines occupées
par l’Italie.
- Sur le plan politique, l’État Français dirigé par Pétain s’oppose à la Résistance appelée par de Gaulle dès le 18
juin 1940. La « Révolution nationale », politique de redressement engagée par le gouvernement de Vichy, est
fondée sur les valeurs traditionnelles de la terre, de la famille, de la religion et de l’autorité incarnée par le
maréchal Pétain. La Résistance s’organise progressivement sous l’autorité du général de Gaulle qui joue un rôle
majeur par ses appels radiophoniques ainsi qu’en mobilisant l’empire colonial et en organisant la France libre,
formée de volontaires français. Dès 1940, des hommes et des femmes forment des mouvements de résistance
qui s’opposent à la fois au régime de Vichy et à l’occupant. En-dehors de la libération du territoire, le projet qui
unit la majorité des résistants est le rétablissement des principes républicains.
Collaboration = politique de coopération volontaire avec l’Allemagne nazie pratiquée par le gouvernement de
Vichy entre 1940 et 1944 dans les domaines politique, économique et policier
Résistance = ensemble des actions menées pour lutter contre l’occupation allemande et le régime de Vichy
Éléments qui peuvent être précisés/approfondis :
- Sur Vichy et la collaboration
En juin 1940, la République, sans être formellement abolie, est de facto placée entre parenthèse. Le régime, et
en particulier le gouvernement du Front populaire, est considéré comme responsable de la défaite aussi
complète qu’inattendue. Après le vote des parlementaires qui accorde les pleins pouvoirs au maréchal Pétain
(en juillet 1940), qui est devenu le nouveau chef de l’État, de nouvelles lois constitutionnelles mettent en place
un État français qui entend gouverner d’une manière centralisée et autoritaire inédite. Le régime institué à
Vichy tient la place singulière d’un régime de circonstance qui tire sa légitimité de la défaite et met à profit
l’affaiblissement du pays pour lui imposer un ordre nouveau : il entend assurer un « redressement intellectuel
et moral » fondé sur les valeurs d’une « France éternelle ». Au triptyque « Liberté, Égalité, Fraternité », le
nouveau régime entend substituer « Travail, Famille, Patrie », inspiré du programme du Parti social français
(PSF), anciennement association des Croix-de-feu du colonel François de La Rocque. La Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1789 est remplacée par une « Déclaration des principes communautaires », qui
entend dépasser individualisme et collectivisme, capitalisme et communisme, pour promouvoir une révolution
européenne à caractère universel. Pourtant, jusqu’à son effondrement en 1944, l’État français du maréchal
Pétain, outre la concentration et la confusion des pouvoirs, se caractérise par l’instabilité et l’intrigue,
l’extrémisme aussi. Il s’engage, à mesure que la guerre devient mondiale, sur la voie d’une radicalisation de
plus en plus affirmée, entre autres illustrée par le harcèlement puis les persécutions mises en œuvre contre
des « ennemis intérieurs » (dont les juifs), la montée en puissance de la Milice et de ses brutalités, une
provocation permanente à la guerre intérieure. Par-delà la mise en œuvre d’une révolution nationale, l’action
publique s’engage sur la voie de compromissions incontrôlées et irrémédiables, dont la collaboration
économique ne constitue pas la moindre des dimensions. La souveraineté de Vichy est du reste très relative car
l’Allemagne contrôle étroitement l’action du gouvernement, pourtant installé en zone libre, de même qu’elle
entend diviser et terroriser la société française. Pour Vichy, la collaboration doit conduire à un assouplissement
des conditions de l’armistice afin d’accéder, dans le futur, à un statut favorable dans la nouvelle Europe sous
domination nazie, celui de « puissance associée » dixit Pierre Laval.
Dans les faits, l’État français, ligoté par les conditions de l’armistice, ne peut gouverner sans le contrôle de
l’occupant, toutes ses décisions et nominations étant soumises à l’approbation de ce dernier. Pour l’Allemagne,
la collaboration doit profiter au maximum à l’effort de guerre allemand en fournissant matières premières,
denrées alimentaires, produits industriels, main d’œuvre volontaire et forcée, contingents militaires pour le
front de l’Est, devises, mais également bases de ravitaillement, navales et aériennes, et diverses formes de
soutien logistique depuis les territoires coloniaux. L’imbrication entre les différents volets de collaboration,
militaire, économique, policière et antisémite tient au fait que la persécution raciale s’inscrit dans un processus
de rationalisation de l’économie nationale expérimenté par Vichy et tient compte de l’exigence d’exploitation
économique entreprise par les Allemands dans le cadre d’une radicalisation conjointe de la politique de
répression.
Le premier statut des juifs, le 3 octobre 1040, entreprend d’isoler de la communauté et de la société française,
les personnes désignées comme juives, avant le recensement des biens et des personnes. Cette mise à l’écart
est complétée par de longues séries d’interdictions professionnelles (fonction publique, armée, magistrature,
médias, etc.). Un nouveau seuil est franchi au cours de l’année 1941, lorsque la police française procède aux
premières grandes rafles en région parisienne. Elles concernent dans un premier temps essentiellement des
juifs étrangers. Les déportations systématiques des juifs « apatrides » de la zone Nord débutent en mai-juin
1942, alors que le port de l’étoile jaune est rendu obligatoire dans cette même zone le 28 mai. La collaboration
entre polices française et allemande permet d’atteindre, à l’été 1942, des juifs étrangers réfugiés en zone Sud. Si
Vichy n’est pas à l’origine de la conception et de l’exécution de la « solution finale », vaste politique
d’extermination menée à l’échelle européenne, il participe néanmoins, en amont, au processus de désignation,
de recensement, de fragilisation matérielle et morale, puis d’arrestation, d’internement et de déportation des
personnes désignées comme juives, jusqu’au dernier convoi qui quitte Drancy le 17 août 1944. Au total, sur
environ 76 000 déportés juifs, dont 11 000 enfants, seuls 2 500 reviennent en France.
Les motivations de la collaboration sont diverses, mais elle repose toujours sur la conviction de la victoire
définitive des forces de l’Axe. Pour Henri Rousso, c’est un « concept mouvant » qui « recouvre un large éventail
d’idées et de comportements ». Elle est doit être appréhendée comme « un état d’esprit, une vision mentale du
conflit des années 1939-1945 ». L’analyse de l’opinion publique et de l’imaginaire social des Français sous
l’Occupation par Pierre Laborie remet en cause l’idée selon laquelle les Français ont adhéré massivement au
pétainisme. Ce soutien de l’opinion publique était un enjeu du gouvernement de Vichy, or elle se retourne dès
1942 contre le régime (Pierre Laborie, L’opinion française sous Vichy, Seuil, 1990).
- Sur la Résistance
Reconnu comme chef de la France libre par Winston Churchill, De Gaulle passe progressivement du statut de
chef de guerre à celui d’homme politique en préparant un programme de refondation républicaine. Jugeant
Vichy illégal et illégitime, le général De Gaulle entend refonder, depuis Londres, Brazzaville ou Alger, un État, en
vue de « la restauration intégrale de l’indépendance et de la grandeur de la France », selon l’accord qu’il a
passé avec Churchill le 7 août 1940. Cet accord prévoit la constitution d’une force militaire de volontaires qui
constitue la « France libre ». La première Résistance, entendue comme poursuite de la guerre, à la fois
organisée à Londres et apparue spontanément en métropole, affronte simultanément deux ennemis : les
occupants allemands et/ou le régime de Vichy.
Si certaines organisations prennent, dès 1941, le nom de « mouvement » et émettent un nombre considérable
de feuilles clandestines, elles demeurent minoritaires. Leur importance ne doit donc être considérée ni en
fonction de leur nombre ni en fonction de l’influence exercée, réelle ou revendiquée, sur les masses. De même
que leur efficacité militaire ne peut être ni mesurée ni comparée à celle d’unités régulières. Les résistances, aux
contours variés, constituent néanmoins, à l’échelle historique, un fait colossal, à la fois réflexe de défense des
sociétés en guerre et forces projetées dans l’avenir de la Libération. Elles ouvrent un horizon de possibles,
sorte de troisième voie entre victoire et défaite. Dans son sens premier, la Résistance est un refus de la défaite,
estimée temporaire, et la volonté de poursuivre la lutte par d’autres moyens. Les résistances créent un
nouveau temps, sorte d’excroissance du présent, une échappatoire aux temps immobiles que souhaitent
instaurer les nouveaux maîtres nazis. Il s’agit au final de façonner l’Histoire pour ne pas en être exclu.
L’historiographie récente met l’accent sur le rôle essentiel joué par les femmes dans la Résistance qui sont
souvent absentes des organigrammes et rarement pourvues de grandes responsabilités. Leur action n’en
demeure pas moins essentielle par leur participation à la protection de l’ensemble des opérations de groupes de
résistance (liaison, courrier, secrétariat, cache, ravitaillement, exfiltrations, …), œuvrant ainsi à la minutieuse
reconstitution des liens sociaux mis à mal par l’Occupation et la guerre. Exposées aux mêmes dangers que les
hommes, arrêtées, elles sont torturées et déportées, et parfois exécutées en Allemagne.
Doit également être réévalué la part des combattants étrangers, à titre individuel et dans les organisations
clandestines spécifiques comme les FTP-MOI communistes. De nombreux étrangers gagnent les maquis.
Certains s’engagent dans les Forces françaises libres, que rejoignent des légionnaires, des antifascistes
allemands, italiens ou autrichiens.
Le magistère politique et moral qu’entend exercer De Gaulle sur les organisations de la Résistance
métropolitaine n’est pas aussi unanimement accepté qu’on a coutume de la croire. L’unification de la
Résistance n’a pas été aussi efficace que ce qui a été officiellement dit, une large part d’improvisation et
d’autonomie dominant constamment les actions locales, souvent tout autant désordonnées que spontanées.
L’Armée secrète, constituée en 1943, a connu nombre de tiraillements internes et de rivalités. Au-delà des
identités politiques, sociales, religieuses ou culturelles, le temps détermine les formes de l’action sans réduire
les distinctions et les débats entre gaullistes et communistes, réseaux et mouvements, activisme et attentisme.
Phénomène social qui articule intentionnalité et fonctionnalité, « résistance-mouvement » et « résistance-
organisation », la Résistance se caractérise par son extrême adaptation au terrain et à l’évolution générale du
conflit.
De l’ensemble des programmes produits par les mouvements clandestins émane une forte aspiration à établir
une société plus juste, dont les mœurs politiques seraient rénovées, à l’échelle nationale comme à l’échelle
européenne. Le programme de CNR (mars 1944) porte la volonté de protection des individus et des sociétés,
une fois les libertés fondamentales retrouvées. Il s’agit de renouveler le contrat social qui lie les individus aux
forces collectives en leur conférant des « droits économiques et sociaux » afin d’assurer la « sécurité, la dignité
et la possibilité d’une vie pleinement humaine ». La sécurité sociale et le droit au travail en constituent les
piliers, après le « châtiment des traîtres » et la confiscation des profits du marché noir. « Le retour à la
Nation des grands moyens de production » (nationalisations) s’inscrit dans la perspective d’instaurer « une
démocratie économique et sociale », sans oublier une « extension des droits politiques, sociaux et
économiques des populations coloniales et indigènes ».
La France est libérée progressivement à partir de 1944, à la suite des débarquements en Provence et en
Normandie. Le régime de Vichy est supprimé et remplacé par le Gouvernement provisoire de la République
française (GPRF).
Transition :
Le terrible bilan humain, économique et moral de ce conflit aux dimensions sans précédent rend nécessaire
pour les vainqueurs non seulement de reconstruire et d’organiser le monde d’après dans l’espoir de bâtir une
paix réellement durable, mais encore de juger les vaincus qui se sont rendus coupables d’un niveau de violence
jamais atteint.
3) Une guerre dont l’issue aboutit à la naissance d’un nouvel ordre international
a) La création de l’ONU
* Organigramme du fonctionnement de l’ONU + symbole et affiche de l’ONU (1946)
L’ONU est déjà en gestation pendant la guerre, les États alliés en lutte contre les puissances de l’Axe étant
soucieux de tirer les leçons de l’échec de la Société des Nations dans les années 1930 qui a été incapable
d’endiguer la montée de l’expansionnisme allemand et japonais. Plus généralement, le précédent des années
1920 et 1930 a montré qu’il ne fallait pas seulement terminer le guerre, mais tenter de négocier une paix
durable. La Charte de l’Atlantique (14 août 1941) signée par Churchill et Roosevelt, dont les principes sont repris
dans la déclaration des Nations Unis adoptée par 26 pays alliés le 1 er janvier 1942, a préparé le texte final de la
conférence de San Francisco (25 avril-26 juin 1945).
Les principes de la Charte de l’ONU peuvent être rassemblés autour de quelques grands points :
- Le maintien de la paix et de la sécurité internationales : il s’agit de garantir l’ordre pour la génération de
dirigeants qui a connu deux guerres très violentes en l’espace de 30 ans
- Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : reconnaissance de la liberté politique et de l’affirmation de la
souveraineté des nations
- Le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales
- La promotion du progrès économique et social
Dans sa composition et son mode de fonctionnement, l’ONU n’est pas l’enceinte de la démocratie mondiale
que certains, comme Albert Einstein, appellent de leur vœux à l’époque. La nouvelle organisation traduit dans
les faits l’existence d’un directoire des grandes puissances victorieuses de la Seconde guerre mondiale qui
s’octroient le pouvoir exécutif. Dans un premier temps, les pays vaincus n’ont pas le droit d’y siéger (ils ne
seront admis que plusieurs années plus tard) tandis que les nombreux territoires encore colonisés en Afrique et
en Asie du Sud-Est expliquent le faible nombre de pays membres en 1945 (51).
L’Assemblée générale n’a pas les pouvoirs d’un parlement. Cet organe de l’institution onusienne se réunit une
fois par an, chaque État membre y possédant une voix. Les votes se font à la majorité simple ou au 2/3 pour les
questions importantes. C’est le Conseil de sécurité, composé de 11 membres dont 5 permanents, les
représentants des vainqueurs de la guerre (États-Unis, URSS, Royaume-Uni, France et Chine), qui dispose du
véritable pouvoir décisionnel. Il peut se réunir à tout moment pour examiner les questions susceptibles de
mettre la paix en danger. Les décisions y sont prises à la majorité simple mais les cinq membres permanents
disposent d’un droit de veto. Or, ce droit de veto est un moyen pour les grandes puissances d’imposer leur
volonté aux autres : ce sont elles qui ont créé l’institution et elles l’ont mise au service de leurs intérêts. Elles
tiennent les clés de toutes les décisions d’ordre pratique alors que l’Assemblée générale ne vote que des
recommandations ou des déclarations de principes. Si ce droit de veto permet d’éviter que, comme la SDN,
l’ONU soit une organisation impuissante, il révèle une inégalité de traitement entre les États membres qui va à
l’encontre du principe d’égalité du droit de nations pourtant proclamé et défendu par l’institution. Ce droit de
veto va très vite apparaître comme un carcan dans le contexte de la rivalité américano-soviétique où toute prise
de décision deviendra difficile. Il est à noter qu’à l’origine les casques bleus n’existaient pas car une véritable
armée supranationale était alors envisagée ; mais elle n’a jamais vu le jour…
Après un an d’audiences, le Tribunal prononce douze condamnations à mort (Göring, Keitel, von Ribbentrop,
Frank…) et sept peines de prison allant de 10 ans à la perpétuité (Dönitz, Speer, Hess…). Les condamnations à
des peines de prison obligent les quatre puissances alliées à poursuivre leur coopération pour la gestion
commune de la prison de Spandau, à Berlin, où sont emprisonnés les condamnés.
Il est à noter que la notion de crime contre l’humanité est liée à Hersch Lauterpacht, juriste d’origine polonaise,
titulaire de la chaire de droit international à Cambridge et qui a collaboré avec le procureur américain Robert
Jackson. Il voulait défendre prioritairement les individus et s’est opposé à Raphaël Lemkin, juriste polonais
exilé aux États-Unis pendant le conflit, qui est à l’origine de la notion de génocide, voulant par-là
prioritairement défendre les groupes. La notion de génocide, utilisée au cours des débats du procès de
Nuremberg, ne fera l’objet d’une acceptation officielle par l’ONU qu’en 1948 avec la Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide.
- Sur le procès de Tokyo
De janvier 1946 à novembre 1948, à Tokyo sont jugés 28 inculpés dont 19 militaires et 9 civils, ainsi que Tojo, le
Premier ministre et chef des armées au moment de Pearl Harbor. Il est à noter que le général Mac Arthur a
obtenu que l’empereur Hiro Hito ne soit pas jugé afin de sauver l’unité du Japon et de faciliter son occupation
par les Américains.
Après Nuremberg et Tokyo, d’autres procès ont lieu en Europe (en Allemagne notamment) et en Asie. Au total,
près de 5 000 personnes sont jugées en Allemagne, avec notamment 12 procès à Nuremberg organisés par les
Américains contre des médecins, des juristes, des industriels, des institutions (les Einsatzgruppen) ; en Extrême-
Orient, 50 tribunaux militaires ont jugé le même nombre de criminels (920 sont exécutés).
► C’est bien l’affirmation des idéologies liées aux totalitarismes qui a conduit au déclenchement de la
Seconde Guerre mondiale. Ce conflit se caractérise à plus d’un titre par ses dimensions sans précédent : guerre
mondiale et totale, les buts véritables de la guerre n’étaient pas uniquement territoriaux mais visaient pour les
États totalitaires à l’anéantissement de l’adversaire afin de faire triompher leur vision du monde.
Après 1945, le monde n’offre plus d’exemple de guerre du même type. Les conflits sont limités dans l’espace
et sont de relative basse intensité ; il n’y a plus de montée aux extrêmes. L’arme nucléaire apparaît comme le
frein le plus sûr à une montée aux extrêmes.
Pourtant, la Guerre froide porte en elle toutes les potentialités de montée aux extrêmes et de guerre totale
mais l’affrontement direct entre les grandes puissances n’aura pas lieu…
II - Sujet d’étude : La Guerre d’anéantissement à l’Est et le génocide des Juifs
Éléments bibliographiques qui ont servi pour élaborer le sujet d’étude :
Tal Bruttmann, « La « Solution finale », des groupes mobiles de tueries aux centres de mise à mort », in La guerre-monde,
vol. 1, 2015.
Claude Singer, « Comment le cinéma nazi falsifiait l'image des ghettos juifs (1939-1944) », Diasporas. Histoire et sociétés, n°
4, 2004.
INTRODUCTION
* Document d’accroche : affiche du film Der Ewige Jude (1940) + possibilité de diffuser un court extrait (les 2
premières minutes du générique et/ou les 18e et 19e minutes) – lien ci-dessous (présent dans le diaporama) :
[Link]
Éléments d’analyse qui peuvent être utilisés pour faire le lien entre l’idéologie nazie et le projet, en
permanente mutation, de la « Solution finale » de la « question juive » qui va conduire au génocide entre
1941 et 1945 :
Der Ewige Jude (Le juif éternel), film réalisé par Fritz Hippler et supervisé par Goebbels, a été projeté pour la
première fois à Berlin le 28 novembre 1940. Conçu comme un documentaire sur le monde juif, le film donne au
spectateur l’illusion de l’objectivité. Il comporte de nombreux plans tournés dans le quartier juif de la ville de
Lodz en octobre 1939 (donc avant la création du ghetto en avril 1940) qui servent à renforcer la crédibilité du
message. Il y a par conséquent un décalage entre les images et la réalité des conditions de vie des populations
juives qui se sont nettement dégradées au moment où le film est présenté. Celui-ci a pour objectif de préparer
l’opinion publique allemande au règlement de la « question juive » alors que l’Allemagne occupe la moitié
Ouest de la Pologne, quelques mois avant le déclenchement de l’opération Barbarossa.
Le film s’inspire de la légende antijuive du juif errant. Il présente les juifs comme une race étrangère, inutile et
dangereuse. Pour mettre en évidence ce « danger », le commentaire en voix-off présente les juifs comme des
êtres incapables de réaliser le moindre travail productif, mais aussi comme un groupe avec des pratiques
religieuse barbares et une volonté de domination universelle. Tous les effets du cinéma (cadrage, montage,
musique…) sont utilisés afin de mettre en avant l’existence d’une « question juive » qu’il faut régler de manière
urgente.
Si le film n’a attiré que quelques centaines de milliers de spectateurs en Allemagne, il est considéré par
Goebbels comme un succès politique car il a notamment été présenté à un grand nombre de cadre du parti
nazi afin de les sensibiliser au « problème juif » quelques mois avant l’opération Barbarossa. L’analyse du film
permet de mettre en évidence le triple discours, colonialiste, eugéniste et géostratégique, qu’il contient :
- Colonialiste car les juifs du ghetto de Lodz sont filmés de manière zoologique, comme s’ils n’étaient plus
considérés comme des êtres humains. Ils sont comparés à plusieurs reprises à des animaux dans le
commentaire mais aussi dans le montage qui alterne images des juifs et images de rats, soulignant l’aspect
grégaire et nuisible des deux groupes. Filmés en plans rapprochés, alors qu’ils regardent la caméra et
esquissent parfois un sourire emprunté, les juifs de Lodz apparaissent comme d’étranges animaux-humains,
issus de contrées mystérieuses. Der Ewige Jude donne volontairement aux spectateurs une vision exotique des
Juifs, présentés comme une peuplade primitive des antipodes qui refuse tout travail et ne s’intéresse qu’à faire
de petites affaires sans se fatiguer. C’est une vision typiquement coloniale du monde à laquelle nombre
d’Allemands adhèrent largement depuis que les zoos humains de Carl Hagenbeck exposent hommes, femmes et
enfants issus des colonies et de contrées éloignées. Dans le film, sauvagerie et infériorité sont démontrés tant
sur le plan religieux que culturel et social.
- Eugéniste car le film cherche à mettre en garde contre les dangers du métissage et d’une contamination de la
civilisation aryenne conformément à l’esprit des lois de Nuremberg de 1935 sur « la protection du sang
allemand ». Dans le film, il y a la présence récurrente d’un discours eugénique où les Juifs apparaissent à la fois
comme des êtres dégénérés et comme des parasites dangereux pour la race aryenne. Ils sont associés de
manière obsessionnelle aux poux, microbes, parasites sur des images qui les montrent chétifs, crasseux et
malades tandis que les Allemands apparaissent forts, propres et sains. Cette opposition a pour objectif de
rendre étanche la frontière entre les deux « espèces ».
- Géostratégique car le film démontre avec toutes sortes de statistiques, cartes et animations que les juifs
sont cesse plus nombreux (avec un cycle de reproduction comparé une fois de plus à ceux d’insectes ou de rats)
et qu’ils « polluent » un espace de plus en plus vaste. Cette analyse spatiale, développée au moment où
l’Allemagne entreprend la conquête de son espace vital à l’Est, annonce et justifie les premières déportations
des juifs vers l’Est. Du point de vue nazi, il ne s’agit pas d’une brimade, mais simplement d’un moyen de
« protéger » la population aryenne des juifs présentés comme des êtres dangereux. Le film annonce également
l’aspect continental de la politique nazie visant les juifs puisqu’il dénonce également le rôle néfaste des juifs
en Occident. Dans cette optique, un combat, une lutte acharnée viennent de commencer entre les juifs et la
civilisation aryenne pour peupler le même territoire. En mettant en accusation le projet juif de conquête du
monde, le film annonce des mesures radicales à leur encontre…
Problématique :
► Comment la guerre à l’Est accélère la mise en œuvre du génocide des Juifs et en modifie les modalités ?
Construction de la première partie d’une frise chronologique sur le processus menant au génocide des juifs
d’Europe (qui sera complétée à l’issue de la mise en commun), illustrée par quelques documents : extrait de
Mein Kampf + illustrations de l’application des lois de Nuremberg + photo de la Nuit de Cristal (1938) + carte
de localisation des 1ers ghettos en Pologne occupée + photographie de l’entrée du ghetto de Lodz (1941)
liens hypertextes sur les documents pour revenir à la frise.
Génocide (rappel de 1ère) = extermination planifiée et systématique d’un groupe en raison des caractéristiques
(nationale, ethnique, religieuse) qui forment son identité
► Lancement du travail en groupe (reste de l’heure ; à terminer pour la prochaine séance) puis reprise/mise en
commun (à l’aide de quelques documents significatifs issus des deux corpus).
Rappel des consignes : après étude du corpus documentaire, rédaction d’un des deux paragraphes d’une
quinzaine de lignes montrant :
- que la guerre à l’Est envisagée comme une guerre d’anéantissement qui met en pratique l’idéologie nazie
- la rationalisation et l’intensification de l’assassinat des populations juives d’Europe