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Revue Des Sciences de L'eau Journal of Water Science: V. Laglaine, D. Berod, D. Devred Et A. Musy

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Thèmes abordés

  • simulation,
  • pluie brute,
  • validation,
  • réponses hydrologiques,
  • crue extrême,
  • modélisation déterministe,
  • Alpes suisses,
  • données hydrométéorologiques,
  • données de terrain,
  • débits de pointe
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2023 14:06

Revue des sciences de l'eau


Journal of Water Science

Modélisation déterministe de la crue extrême d'un bassin


versant de montagne avec application de la description
géomorphologique du réseau hydrographique
eterministic extreme flood modelling of a mountainous
catchment with use of a geomorphologic description of the
channel network
V. Laglaine, D. Berod, D. Devred et A. Musy

Volume 7, numéro 3, 1994 Résumé de l'article


Les méthodes de calcul des crues de projet pour des grands barrages sont de
URI : https://id.erudit.org/iderudit/705202ar type statistique ou de type déterministe (PMP/PMF). Ce dernier type de
DOI : https://doi.org/10.7202/705202ar méthodes est principalement utilisé dans le monde anglo-saxon (États-Unis,
Australie), mais peut offrir une alternative intéressante aux méthodes
Aller au sommaire du numéro statistiques, qui présentent des lacunes pouvant être importantes.
Une application des méthodes PMP/PMF sur des bassins suisses a mis en
évidence l'intérêt de ces méthodes, mais aussi leurs faiblesses. Une adaptation
Éditeur(s) des outils déterministes est nécessaire pour prendre en compte les
particularités des bassins de montagne. Il s'agit principalement de mieux tenir
Université du Québec - INRS-Eau, Terre et Environnement (INRS-ETE) compte des propriétés physiques des bassins versants et des phénomènes de
non linéarité.
ISSN Dans ce but, un concept de modélisation utilisant la description
0992-7158 (imprimé) géomorphologique du bassin versant a été utilisé et amélioré.
1718-8598 (numérique) Le premier modèle utilisé est l'hydrogramme unitaire géomorphologique, qui
existe depuis 1979. Le deuxième modèle utilise le concept de cascade de
Découvrir la revue réservoirs hydrologiques à vidange non linéaire, dont les éléments sont issus
de la description géomorphologique du bassin. C'est là une modélisation
nouvelle qui est particulièrement adaptée au contexte des crues extrêmes dans
les Alpes. Un travail de calibration et validation du modèle a montré que ce
Citer cet article modèle a un bon potentiel d'utilisation. La principale difficulté revient à
Laglaine, V., Berod, D., Devred, D. & Musy, A. (1994). Modélisation déterministe identifier la signification physique des paramètres du modèle, qui pourrait
de la crue extrême d'un bassin versant de montagne avec application de la s'appuyer sur les résultats d'un autre type de modélisation couplant la
description géomorphologique du réseau hydrographique. Revue des sciences géomorphologie du bassin aux equations de l'onde cinématique. Ce modèle est
de l'eau / Journal of Water Science, 7(3), 285–308. en cours de test à l'IATE.
https://doi.org/10.7202/705202ar

Tous droits réservés © Revue des sciences de l'eau, 1994 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(1994) 2B5-308

Modélisation déterministe
de la crue extrême d'un bassin versant
de montagne avec application de la description
géomorphologique du réseau hydrographique

Deterministic extrême flood modelling of a mountainous


catchment with use of a géomorphologie description
of the channel network .

V. LAGLAINE, D. BEROD*. D. DEVRED, A. MUSY1

Reçu le 23 octobre 1992, accepté le 15 octobre 1993"*.

SUMMARY
Designfloodsfor large dams are computed either with statistical or deterministic
methods (Probable maximum précipitation, PMP/probable maximum flood,
PMF). The latter présents an interesting alternative to statistical methods, whose
drawbacks may be significant, especially when hydrometeorological data are
déficient.
PMP/PMF methods are based on assumption of the existence of an upper limit of
the hydrometeorological processes. The prévalent method for PMP estimation is
the maxûnizatjon - transposition technique. Simpler methods, such as the statisti-
cally based technique, also exîst However, the most accurate method may well
be the use of a meteorological model, but this aspect is still in the research
domain.
PMF is derived from a PMP using a simplified loss function and a transfer
function for which parameters are maxùnized. The prévalent transfer function is
the unit hydrograph modeL
Application of traditîonal PMP/PMF method on alpine catchments showed
important weaknesses due to the transfer function. Alpine catchments are charac-
terized by steep slopes, thin soil cover, poor végétation, and large floods are due
to heavy, short thunderstorms during suramer. Consequently, hydrological
response is very sensitive to the topography of the catchment Nonlinearity must
be taken into account in many cases. However, expérience showed that a model
cannot take into account a detailed description of the catchment
In order to take into account the characteristics of alpine catchments while staying
as simple as possible, we hâve used the géomorphologie description of the
catchment as a modeling basis. This représentation is based on the Strahler

1. Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, Institut d'Aménagment des Terres et des Eaux, Hydrologie et Amé -
nagements GR-Ecublens, 1015 Lausanne, Suisse.
* Auteur correspondant.
** Les commentaires seront reçus jusqu'au 31 mars 1995.
286 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Lagtaine et al.

ordering scheme, and demies ail possible path types that a surface runoff droplet
may follow to reach the outlet This description has been used since 1979 in the
géomorphologie unit hydrograph (GUH) formulation.
We developed a géomorphologie nonlinear cascade (GNC) in order to take into
account nonlinear processes. The GNC model uses the géomorphologie descrip-
tion of the catchment to define the réservoirs of hydrologjcal cascades. A cascade
represents a path type; the first réservoir of a cascade is an overiand élément, and
subséquent réservoirs are channels with încreasing Strahler's order. Outflow
from a réservoir is the inflow of the downstream réservoir. Outflows from ail
cascades are combined to produce the global catchment response. The two équa-
tions used in the GNC model are a global continuity équation: 1-0 = dV/dt, and
a nonlinear outflow équation: O s= k Vx, where / is an input terni, that is
précipitation for the first réservoir, and outflow from the upstream élément for
channel réservoirs, V is the volume of water stored in a réservoir at time (,kisa
constant, and x an exponent. The parameter k varies with each réservoir as a
function of surface area (for overiand éléments) or length (for channel éléments).
The exponent x should be between 1 and 2.

The two models, GUH and GNC, hâve been calibrated with an automatic
optimization procédure, and tested on the Vogelbach catchment This catchment is
located in the Swiss Alps (Alptal, canton of Schwytz); it is a third order
catchment, and its area is 1.55 km2. Both models gave good results, although the
GUH model had a tendency to smooth the discharge.
In order to improve the physical meaning of the model parameters, we are testing
a third model linking the géomorphologie description with the kinematic wave
équations. Results are promising, but are not shown in this paper.
The hydrologie modeling based on the géomorphologie description of the
catchment seems to be a good compromise between lumped models and detailed
distributed models, which are difficult to apply.
Key-words : extrême flood, mountainous catchment, PMP/PMF, deterministic model,
géomorphologie description of chatchment.

RÉSUMÉ
Les méthodes de calcul des crues de projet pour des grands barrages sont de type
statistique ou de type déterministe (PMP/PMF). Ce dernier type de méthodes est
principalement utilisé dans le monde anglo-saxon (Etats-Unis, Australie), mais
peut offrir une alternative intéressante aux méthodes statistiques, qui présentent
des lacunes pouvant être importantes.
Une application des méthodes PMP/PMF sur des bassins suisses a mis en
évidence l'intérêt de ces méthodes, mais aussi leurs faiblesses. Une adaptation
des outils déterministes est nécessaire pour prendre en compte les particularités
des bassins de montagne. Il s'agit principalement de mieux tenir compte des pro -
priétés physiques des bassins versants et des phénomènes de non linéarité.
Dans ce but, un concept de modélisation utilisant la description géomorphologique
du bassin versant a été utilisé et amélioré.
Le premier modèle utilisé est l'hydrogramme unitaire géomorphologique, qui
existe depuis 1979. Le deuxième modèle utilise le concept de cascade de réser-
voirs hydrologiques à vidange non linéaire, dont les éléments sont issus de la
description géomorphologique du bassin. C'est là une modélisation nouvelle, qui
est particulièrement adaptée au contexte des crues extrêmes dans les Alpes. Un
travail de calibration et validation du modèle a montré que ce modèle a un bon
Modélisation déterministe de la crue extrême 287

potentiel d'utilisation. La principale difficulté revient à identifier la signification


physique des paramètres du modèle, qui pourrait s'appuyer sur les résultats d'un
autre type de modélisation, couplant la géomorphologie du bassin aux équations
de l'onde cinématique. Ce modèle est en cours de test à l'IATE.
Mots clés : Crue extrême, bassin versant de montagne, méthodes PMP/PMF, modèles
déterministes, description géomorphologique du bassin versant.

1 - INTRODUCTION

Le dimensionnement des évacuateurs de crues des ouvrages hydrau-


liques majeurs tels que les grands barrages est basé sur le calcul de la crue
de projet. Les méthodes statistiques classiques, telles que les ajustements de
lois statistiques pour le calcul des crues de faibles fréquences (période de
retour de 1 000 à 10 000 ans, (KITE, 1988) et la méthode du gradex (GUILLOT
et DUBAND, 1967), sont largement utilisées en Europe, notamment en France et
en Suisse. La majorité des pays anglophones s'intéresse à la détermination
de la crue maximale probable par des méthodes déterministes de type
PMP/PMF (Probable Maximum Précipitation/Probable Maximum Flood). Cette
dernière méthode a fait l'objet d'une application sur des bassins versants
alpins suisses, pour comparaison avec les méthodes statistiques présentant
des limites d'adéquation dans le domaine des événements extrêmes. Cette
étude dont les principaux résultats se trouvent dans BEROD et ai (1992) et sont
rappelés dans CHAix (1993) a pu cependant mettre en lumière certaines
faiblesses de la méthode PMP/PMF pour l'application à de petits bassins
versants alpins. Un projet de recherche en cours à l'Institut d'hydraulique et
d'énergie (IHE) et l'Institut d'aménagement des terres et des eaux (IATE) de
l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) s'attache à apporter une
réflexion et une amélioration des méthodes d'estimation des crues extrêmes,
par le développement d'outils déterministes adaptés au contexte suisse.

Cet article présente le concept de modélisation retenu dans le cadre de ce


projet et ses possibilités d'application. La deuxième partie de l'article montre
une application des méthodes PMP/PMF sur des bassins versants suisses et
tente une comparaison avec les résultats des méthodes statistiques. La troi-
sième partie propose une modélisation déterministe associée à une descrip-
tion géomorphologique du bassin versant. La partie suivante décrit une
application des modèles développés, sur des sites suisses. Enfin, les résultats
présentés permettront de tirer certaines conclusions et d'annoncer les pers-
pectives de cette recherche.
288 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

2 - APPLICATION DES MÉTHODES PMP/PMF EN SUISSE ET


COMPARAISON AVEC LES MÉTHODES STATISTIQUES

Les méthodes PMP/PMF supposent l'existence d'une limite physique à la


quantité de précipitation susceptible de tomber sur un bassin versant donné.
Sous cette hypothèse, la crue résultante admet également une limite supé-
rieure. Dans ce sens, les méthodes PMP/PMF s'opposent au concept de lois
statistiques non bornées utilisées pour la détermination des crues de temps de
retour de 10 000 ans et plus. Datant du milieu des années trente, le concept
PMP/PMF voit une constante évolution (OMM, 1973).
Une définition de la PMP est donnée par HANSEN étal. (1982) :
Théoriquement, la plus grande hauteur de précipitation d'une durée
donnée, qui est physiquement possible sur une surface d'averse de taille
donnée, dans un lieu géographique particulier, à une certaine période de
l'année.
Une définition de la PMF est proposée par BUREAU OF RECLAMATION
(1987) :
L'hydrogramme de crue d'une PMF représente les conditions d'écoule-
ment maximales résultant de la plus sévère combinaison de conditions
hydrologiques et météorologiques considérée comme raisonnablement
possible pour le bassin versant étudié.

L'applicabilité des méthodes PMP/PMF a été testée sur deux bassins


versants alpins suisses : la Dischma (Grisons) et la Carassina (Tessin). Leur
situation géographique (bassins montagneux respectivement au nord et au
sud des Alpes), leur petite taille (respectivement 43 k m 2 et 16,5 km 2 ), et leurs
caractéristiques (bassin rocheux pentu, mince couverture de sol sur un
substratum gneissique à perméabilité faible, présence de zones d'éboulis
pour la Dischma, proportion infime de glaciers) sont comparables à celles d'un
grand nombre de bassins d'accumulation en Suisse. Le bassin de Carassina,
fermé par un barrage, a été l'objet d'un redimensionnement de l'évacuateur
de crue (SA UFFICIO Di INGEGNERIA MAGGIA, 1986). La crue de projet retenue pour
ce redimensionnement a un temps de retour de 1 000 ans, et a été estimée
par des méthodes statistiques et empiriques.

• L'estimation de la PMF nécessite en premier lieu la détermination des


conditions hydrométéorologiques extrêmes des bassins versants par l'analyse
des événements majeurs observés sur le site, et la détermination de la
hauteur maximale des précipitations sur une durée et une surface données.
Dans cette étude, différentes techniques ont été utilisées pour estimer le
volume de la PMP pris comme volume de la pluie de projet. Il faut noter que
globalement, aucune méthode n'est très robuste. Toutefois, il est bien clair que
nous ne cherchons pas à déterminer une valeur précise de la PMP, relevant
de la simulation de processus atmosphériques complexes. Un ordre de
grandeur vraisemblable de la PMP nous paraît suffisant pour discuter plus
spécifiquement des méthodes de transfert avec leurs limites et leurs améliora-
tions possibles.
Modélisation déterministe de la crue extrême

Les méthodes appliquées aux bassins de la Dischma et de la Carassina


ont été celles empirique, statistiques et météorologique :

- Parmi les nombreuses méthodes empiriques, les unes basées sur


rétablissement de courbes-enveloppes des précipitations extrêmes observées
dans le monde pour des durées et surfaces données (INSTITUTION O F CIVIL
ENGINEERS, 1978), les autres établies sur la base d'observations régionales
intégrant des éléments météorologiques mesurés (WIESNER, 1970) ou encore
représentant les PMP sous forme de courbes hauteur - s u r f a c e - durée aux
Etats-Unis, la méthode utilisée a été celle conduisant à la détermination de
courbes dites de croissanoe à-partir d'analyses pluviométrlques régionales
réalisées en Grande Bretagne. Cette méthode empirique permet d'approcher
là valeur maximale atteinte par une précipitation dans une région, en se
basant uniquement sur les valeurs de temps de retour 5 ans (INSTITUTE O F
HYDROLOGY, 1975), Les PMP empiriques de durées 6 heures et 24 heures ont
pu être estimées aux stations piuviométriques relatives aux deux bassins
d'étude, utilisant les valeurs de temps de retour 5 ans issues des courbes IDF.

- U n e méthode dérivée des statistiques (HERSHFIELD, 1961,_1965) permet


de déterminer une valeur de PMP en fonction de la moyenne x et de l'écart-
type s d'une série de précipitations maximales annuelles observées :
PMP= x+l^s

Le facteur de fréquence K m , égal à 15, a été obtenu expérimentalement par


l'étude d'un grand nombre de bassins des Etats-Unis. HERSHFIELD (1977)
propose en outre des relations empiriques permettant de calculer Km en
fonction de la durée de l'averse et de la moyenne de la série annuelle des
pluies maximales. La méthode de Hershfield a été utilisée sur trois stations
pluviographiques proches du bassin de Carassina et sur une station du bassin
de la Dischma sur les périodes 1981-1990. L'application des relations empi-
riques de Km ont validé le choix de 15, pour différentes durées aux stations
piuviométriques liées aux bassins. Cette méthode a permis, à partir du recueil
de valeurs de précipitations maximales annuelles sur divers pas de temps,
d'estimer les valeurs de PMP sur différentes durées (3, 6, 12 et 24 heures).

- Pour la détermination de la PMP, la modélisation météorologique


d'averses, dont les paramètres sont maximisés dans des limites raisonnables
au sens météorologique du terme (HAIDEN ef al., 1990) et prenant à la fois en
compte l'orographie, est complexe et loin d'être opérationnelle, par manque
de données notamment à petite échelle spatiale et temporelle.

On lui a donc préféré une méthode plus simple, très répandue dans te
monde, la méthode dite de maximisation-transposition. Elle nécessite toutefois
des connaissances météorologiques faisant défaut à l'ingénieur hydrologue.
C'est pourquoi cette étape implique la concertation des météorologues qui,
par leurs compétences et leurs expériences en matière de modélisation
météorologique, peuvent fournir une valeur de PMP vraisemblable et raison-
nable, utilisée en entrée des modèles hydrologiques. La première étape de la
technique se résume généralement en une maximisation de l'humidité seule,
qui consiste à déterminer la quantité d'eau précipitable mise en jeu lors des
événements majeurs observés sur le site, et à calculer la quantité maximale
290 REVUE DES SCIENCES DE L ' E A U , 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

qui aurait pu précipiter dans les conditions météorologiques les plus défavo-
rables. L'application de la maximisation nécessite alors des mesures du point
de rosée et des observations de précipitations extrêmes apparaissant au
cours d'une même saison. La transposition associée à la maximisation est très
difficile à réaliser en milieu montagneux où l'orographie complique singulière-
ment la détermination des limites de transposition définissant une zone
météorologiquement homogène (BEROD étal., 1992).

Pour le bassin de la Dischma, la PMP de durée 12 heures a pu être


estimée par la méthode météorologique de maximisation, par le biais des
travaux de l'Institut de Géographie de l'Ecole polytechnique fédérale de
Zurich, en la personne de M. Grebner. Pour le bassin de Carassina situé au
sud des Alpes, les phénomènes météorologiques sont beaucoup plus
complexes et seule une PMP de durée 24 heures a pu être évaluée, faute de
données supplémentaires en quantités et qualités suffisantes notamment pour
les pas de temps inférieurs à 24 heures (seulement 9 ans de mesures pluvio-
graphiques à petits pas de temps).

Les résultats des PMP obtenues à l'aide des diverses méthodes mention-
nées, pour des durées variables, sur les deux bassins d'étude, sont récapitu-
lés dans le tableau 1. Pour simple comparaison des écarts numériques, les
valeurs de précipitations de temps de retour 10 000 ans, issues de la statis-
tique des extrêmes par la construction des courbes Intensité-Durée-Fréquence
aux stations pluviométriques des bassins, ont été inscrites.

Tableau 1 Estimations par différentes méthodes de la PMP et des précipitations de


temps de retour 10 000 ans, pour les bassins de la Dischma et de la
Carassina, et pour des durées variables (échantillon de mesures
pluviométriques journalières pour la période 1900-1989 pour la
Dischma et 1908-1989 pour la Carassina, et à petits pas de temps pour
la période 1981-1989 pour les deux bassins).
Table 1 PMP estimations with various methods, and comparisons with 10 000
years return period précipitation, for the Dischma and Carassina
catchments, for several rainfall durations (Daily précipitation values from
1990 to 1989 for the Dischma catchment, and from 1908 to 1989 for the
Carassina catchment; small time step précipitation from 1981 to 1989 for
both catchments).

BV Carassina BV Dischma
Précipitations Imm]
3 h (te*) 6h 12 h 24 h 6h 12 h (te*) 24 h

PMP
• méthode météorologique 370 160 200
• méthode de Hershfield 150 200 300 430 140 210 250
• méthode empirique 280 360 250 290

Analyse statistique,
70 110 190 280 90 120 140
T = 10 000 ans

* Ces durées correspondent aux temps de concentration te respectifs des bassins versants.
Modélisation déterministe de la crue extrême 291

Notons que la méthode empirique utilisée permet de tenir compte de


l'absence de valeurs importantes comme c'est le cas à la station pluviomé-
trique de la Dischma. Cette faible pluviométrie sur la Dischma explique que
les valeurs de PMP 24 heures calculées par Hershfieid ou par la méthode
météorologique (à partir de mesures) sont plus faibles que celles déterminées
empiriquement (courbes enveloppes de valeurs mondiales ou de Grande
Bretagne).

La PMP retenue pour ta suite de l'étude a été celle obtenue par la méthode
de Hershfieid, pour une durée correspondant au temps de concentration
respectif des bassins versants-(3 heures pour la Carassina et 12 heures pour
la Dischma). La méthode de Hershfieid, bien que non déterministe, a été
préférée aux autres méthodes, de par sa simplicité de mise en oeuvre et son
utilisation possible par des non-météorologues. En outre, seule cette méthode
permet d'estimer des PMP pour toutes les durées inférieures à 24 heures ; ce
qui est intéressant pour nos bassins versants dont les temps de concentration
ne sont que de quelques heures. Il est important de relever que les résultats
de PMP statistique (Hershfieid) trouvés sont du même ordre de grandeur que
la PMP météorologique. En outre, le fait de ne disposer que de valeurs
ponctuelles de PMP ne constitue pas un handicap majeur. Au vu de la taille
réduite de nos bassins versants d'étude, la variabilité spatiale des précipita-
tions peut être négligée.
• La structuration temporelle de la PMP a été assurée par différentes
méthodes basées sur des hyétogrammes synthétiques construits à partir de
courbes intensité-durée (Structure Chicago (KE1FER et CHU, 1957)) ou sur des
structures de précipitations observées (structure selon CORDERY et al. (1984)
ou structures paramétrisées (STANCULESCU étal, 1991). La méthode Chicago,
moins réaliste, est à déconseiller. Basée sur les courbes IDF, la méthode
Chicago suppose en effet la concomitance - peu probable - des intensités
critiques sur tous les pas de temps.

• Dans l'optique d'une maximisation des paramètres de génération de la crue,


les pertes sont souvent négligées sous l'hypothèse de saturation totale du sol
avant l'averse (BEROD et al., 1992). Cependant, cette hypothèse doit être véri-
fiée pour chaque étude, car elle n'est pas plausible dans tous les cas.
Dans notre étude, les pertes ont été calculées par la méthode de produc-
tion du SCS-CN (SCS,1972). L'analyse des événements pluie/débit mesurés
et le contexte de l'étude nous ont encouragés à adopter des pertes initiales la
quasi nulles et une valeur critique du paramètre CN égale à 90.

• Pour la détermination de la PMF, une méthode simple de type hydrogramme


unitaire est fréquemment utilisée (OMM, 1973, CHANDRA ef al., 1986), au moyen
des modèles OTTHYMO (JORDAN et WiSNER, 1987) et HEC-1 (US ARMY CORPS
OF ENGINEERS, 1990). Une modélisation non linéaire fait cependant des
adeptes depuis peu, notamment en Australie, par l'intermédiaire du modèle
RORB (LAURENSON et MAIN, 1992).

Dans notre étude, la fonction de transfert utilisée, de type hydrogramme


unitaire de Nash, a été mise en œuvre par le truchement du modèle hydrolo-
gique OTTHYMO. La fonction de transfert de Nash est un modèle à réservoirs
qui admet deux paramètres, le nombre de réservoirs n pouvant ne pas être
292 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglame et al.

entier, et le temps de pointe tp de l'hydrogramme unitaire. Le calage des


paramètres de Nash réalisé à partir d'événements maximaux observés sur le
bassin de la Dischma, cependant de relativement faibles intensités^^ a permis
d'estimer les valeurs de n = 1,7 et tp = 1,5 heures. Pour le bassin de
Carassina, fe calage, qui a fourni les valeurs de n = 9 et tp = 2,5 heures, ne
repose que sur un seul événement. Il s'avère de plus que cette crue est la plus
forte observée sur le bassin, et que son ordre de grandeur la situe bien au-
dessus des autres événements. Les valeurs des paramètres conceptuels de
l'hydrogramme unitaire proviennent d'un calage et n'ont aucune signification
physique. Les valeurs de tp sont également liées aux valeurs de n et peuvent
expliquer les différences Obtenues entre les deux bassins versants. Etant
donnés les problèmes de calage rencontrés sur le bassin de la Carassina, la
PMF a été estimée à l'aide d'un hydrogramme unitaire synthétique plus simple
développé par BUREAU O F RÉCLAMATION (1987). Le seul paramètre de ce
modèle est le lag correspondant au temps de réponse du bassin, estimé à
150 minutes pour Carassina.

Le calage de ces modèles a soulevé le problème des mesures en milieu


montagneux. Il faut en effet remarquer que le calage des fonctions de transfert
s'est effectué sous une forme simplifiée, en raison du nombre restreint
d'événements à disposition, voire de la mauvaise qualité des données
notamment sur le bassin de Carassina. Une incertitude sur le calage peut
entraîner d'importantes erreurs dans la simulation dans le domaine des crues
extrêmes. En outre, le test du calage n'a pas pu être réalisé faute de données
supplémentaires. Les résultats des simulations de PMF devront être alors
considérés avec prudence, ayant à l'esprit les difficultés rencontrées lors du
calage des fonctions de transfert et ne disposant pas d'un échantillon de
validation.
Les figures 1 et 2 illustrent les simulations de PMF obtenues sur les deux
bassins versants. Les résultats de la PMF et des crues calculées par les
méthodes traditionnelles sont résumés dans le tableau 2.

Tableau 2 Résultats de la PMF et des crues calculées par les méthodes


statistiques et empiriques, pour les bassins de la Dischma et de la
Carassina.
Table 2 Ftesults of PMF computations compared with design floods computed
with statistical and empirical methods, for the Dischma and Carassina
catchments.

Débits [m3/s ou m3/s/km2] Carassina Dischma

PMF (calculées à partir de la PMP de durée égale au temps . J**j£f*9 TTS w


de concentration du bassin versant) , 1 5 "***•?„ J" 8 f'fl?hi
' (pour PMP 3 h) (pour PMP 12 h)
Méthodes traditionnelles statistiques et empiriques
* Ajustement statistique des débits T= 1000 ans 150m3/s 20-30 m3/s
T= 10 000 ans _ 25-35 m3/s
T = 10000ans
« Méthode du Gradex - 140-175 m3/s
• Formules empiriques - 250-350 m3/s
Modélisation déterministe de la crue extrême 293

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100 WX) SJOO
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12J30
1
1S£0
1
laflO 2100 24.00 27.00 30.00 3JDÛ 36.00
TEMPS (HEURES)

Figure 1 Estimation de la PMF à partir de différentes structures de PMP 12 h, pour


le bassin de la Dischma, avec les paramètres de calage des fonctions
de production (CN = 90) et de transfert de Nash (n = 1,7 et tp = 1,5).
PMF estimation on the Dischma catchment, based on a 12 hours dura-
iion PMP with various time patterns. Loss function parameter is CN = 90,
and optimized transfer function parameters are n = 1,7 and tp = 1,5.

12 14 16 18

pluie nette
50
P M F avec Nash

P M F avec USBR • 100

• 150 5

• 200

250
6 8 10 12 14 16 18
TEMPS (HEURES)

Figure 2 Estimations de la PMF pour le bassin de la Carassina en utilisant les


fonctions de transfert de type hydrogramme unitaire de NASH (n = 9 et
tp = 2,5) et de l'USBR (lag = 150 minutes). La pluie de projet est une
PMP de trois heures structurée selon la méthode Pilgrim et Cordery.
PMF estimation on the Carassina catchment using the unit hydrograph of
Nash (n =9, tp = 2,5) and the unit hydrograph of USBP, (lag ~ 150
minutes). Design storm is a 3 hours PMP structured according Pilgrim
and Cordery's method.
294 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

L'ajustement statistique des débits de pointe maxima annuels de la station


de la Dischma de 1964 à 1989 a été réalisé sur un ensemble de lois de distri-
bution de fréquences (Gumbel, Lognormale à 2 et 3 paramètres, Pearson III et
log-Pearson III) dont les résultats sont transcrits sous forme de bornes
minimum et maximum. De même, les différentes formules empiriques utilisées,
(entre autres Lauterburg, Fuller ; Hofbauer ; Kûrsteiner ; Melli ; Coutagne,
Francou et Rodier ; formule rationnelle) répertoriées dans KOLLA (1986),
expliquent la gamme de valeurs de débits obtenues notamment sur la
Dischma. L'intérêt de recourir à diverses méthodes et formulations réside dans
l'obtention d'une fourchette de valeurs de crues extrêmes permettant d'appré-
cier l'incertitude sur le résultat moyen.

Remarquons que l'application des méthodes statistiques n'a pas pu être


réalisée correctement sur le bassin de Carassina par manque de données
fiables, les débits de crue élant reconstitués à partir des enregistrements de la
variation du niveau du lac de barrage de Carassina de 1968 à 1988.

Les bassins versants montrent des résultats très divergents, notamment en


raison de leur situation géographique différente, la Dischma étant au centre
des Alpes et la Carassina au sud. Les phénomènes météorologiques enregis-
trés sur le bassin de la Carassina sont beaucoup plus violents. Le calage des
fonctions de transfert a également montré des comportements hydrologiques
différents. Les résultats obtenus sur Carassina sont largement plus élevés que
ceux de la Dischma. Notons que l'estimation de la PMF spécifique est double
sur le bassin de la Carassina, pour une courte durée de PMP.

Les résultats obtenus par les méthodes PMP/PMF sont dans tous les cas
supérieurs à ceux des méthodes statistiques et empiriques. Cette constatation
apparaît cependant réaliste. En effet, l'extrapolation statistique se base sur des
séries de données qui ne contiennent pas forcément une information sur le
comportement des valeurs extrêmes. Ce phénomène est quelque peu atténué
dans le cas du gradex, car le paramètre d'échelle est estimé à partir d'un
échantillon important de pluies (échantillon de pluies journalières depuis 1900
à la station de Davos, pour le bassin de la Dischma}. Dans la pratique
courante, la crue décamillénale est souvent comparée à la PMF. Une telle
confrontation n'a pas de fondement scientifique, puisqu'elle revient à
comparer deux notions d'essence différente. Les lois statistiques utilisées en
hydrologie des extrêmes sont en général non bornées, alors que la PMF est
censée exprimer la limite physique des phénomènes hydrométéorologiques.
Les résultats obtenus ne font que conforter cette divergence.

Notons aussi que l'application des méthodes PMP/PMF en Suisse a été


rendue difficile par le manque de données hydrométéorologiques de qualité
suffisante. La recherche de bassins versants a montré qu'un nombre restreint
était équipé de manière satisfaisante. La plupart des bassins fermés par un
barrage sont dépourvus de données utiles à une étude hydrologique, statis-
tique ou déterministe. Cependant, outre le besoin en données hydrologiques,
c'est le déficit en données météorologiques qui contrarie l'application généra-
lisée des méthodes PMP/PMF en Suisse.

La fiabilité et la précision de la détermination de la PMF sont amoindries en


raison de la simplicité des méthodes utilisées. En effet, la construction d'un
Modélisation déterministe de la crue extrême 295

modèle météorologique fiable et adapté aux conditions alpines est encore du


domaine de la recherche. En attendant, la méthode de Hershfield peut être
utilisée bien qu'elle devrait être appliquée sur des séries de précipitations
assez longues (au moins 20 à 25 ans contre 9 ans dans l'étude) et sachant
que les résultats dépendent fortement du choix du facteur K m , pour lequel
nous ne disposons pas de valeur de contrôle mesurée. D'autre part, la
réaction du bassin versant dans des conditions extrêmes ne peut être
modélisée que par un outil complexe à base physique, notamment pour tenir
compte des phénomènes hydrauliques en jeu lors d'une crue catastrophique.
D'une manière générale, la détermination hydrologique d'une crue extrême
doit être suivie d'un contrôlé* au'niveau hydraulique, notamment pour identifier
les crues débordantes. Les problèmes liés au transport solide devraient aussi
être pris en considération.

Toutes ces remarques nous ont conduit à rechercher des alternatives aux
méthodes simples, pour la détermination de la PMF dans les zones monta-
gneuses.

3 - PROPOSITION D'UNE MODÉLISATION APPROPRIÉE

Le point le plus faible des méthodes PMP/PMF semble être l'hypothèse de


linéarité, du moins dans le cadre d'une étude de crues extrêmes dans un
contexte géographique alpin. Les crues extrêmes, provoquées par de violents
orages estivaux, se manifestent principalement par du ruissellement de
surface rapide dont le comportement est souvent non linéaire. De plus, la
forme de l'hydrogramme unitaire, déterminée par la synthèse d'événements
observés ou par un modèle conceptuel, est extrapolée abusivement et sans
vérification possible au domaine des crues extrêmes. La modification
supposée de la réponse hydrologique peut par contre être prise en compte
par des méthodes de propagation non linéaire.

D'autre part, les bassins versants de montagne, bien que de petite taille,
présentent de grandes hétérogénéités spatiales, au niveau des pentes, de la
géologie, de l'occupation du sol influant sur les valeurs de perméabilité et les
temps de transfert de l'eau sur le bassin. Aucune possibilité de lissage des
différentes réponses dues aux hétérogénéités n'est possible pour des temps
de concentration de quelques heures. Pour tenir compte de cette hétérogé-
néité de façon simple, une description adéquate de la géomorphologie du
bassin versant peut être envisagée.

Différents modèles de simulation du ruissellement couplés à la description


géomorphologique du bassin versant ont été développés et adaptés aux
conditions suisses.
296 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

Description géomorphologique du bassin versant


La description géomorphologique d'un bassin versant est réalisée dans le
but de caractériser les chemins d'écoulement possibles d'une goutte d'eau
tombant en un endroit quelconque du bassin. Elle s'appuie sur la schématisa-
tion du réseau hydrographique selon les ordres de Strahler (SMART, 1972). La
classification de Strahler reflète la ramification du réseau hydrographique.
Cette codification est basée sur les principes suivants :
- Tout cours d'eau dépourvu de tributaire est d'ordre 1.
- Le cours d'eau formé par la confluence de deux cours d'eau du même
ordre / est d'ordre i + 1. .
- Le cours d'eau formé par la confluence de deux cours d'eau d'ordre
différent prend l'ordre le plus élevé des deux.
- L'ordre W du bassin versant est défini comme l'ordre du cours d'eau le
plus élevé.
Les règles élémentaires qui régissent le comportement de l'écoulement sur
un bassin selon le schéma de Strahler sont les suivantes :
- une particule de pluie nette tombe toujours sur une surface d'ordre /',
1 < / < W, et non sur un cours d'eau. Cette hypothèse paraît raisonnable étant
donnée la faible superficie des cours d'eau par rapport à celle des régions.
- toutes les eaux tombant sur une surface donnée d'ordre / sont drainées
vers un cours d'eau du même ordre /'.
- un cours d'eau d'ordre / se jette obligatoirement dans un cours d'eau
d'ordre supérieur j, soit /'<;'< W + 1.
- l'exutoire, d'ordre W + 1, est l'étape finale de toutes les particules d'eau
ayant cheminé sur le bassin.
Ces règles définissent l'ensemble S des 2W~1 chemins possibles sur le
bassin. Par exemple, les quatre chemins possibles pour un bassin d'ordre 3
sont définis selon la figure 3.

Un chemin est caractérisé par un ensemble de m éléments (région et cours


d'eau) et par les changements d'état (passage d'un élément à l'autre). Le
premier élément est toujours une région, les suivants sont des cours d'eau et
le dernier est l'exutoire. Les éléments peuvent être représentés de plusieurs
manières, soit par des réservoirs rectangulaires caractérisés par une aire
(pour les régions) et une longueur (pour les cours d'eau), soit par des plans
d'écoulement et des canaux définis par une longueur, une largeur, une aire.
une pente et un coefficient de rugosité en vue d'une modélisation plus
complexe. En outre, un chemin s = /?,—» C,; -> Cj -> ... -» C ^ avec R désignant
une région et C un cours d'eau, est caractérisé par la grandeur p(s) = Ari Pcic;
^ck-icW' o u A riest ' e r a P P o r t de la surface de la région d'ordre / à la surface du
bassin entier (la proportion de surface du bassin drainée par le chemin
considéré) et Pcjcj est la proportion de cours d'eau d'ordre /rejoignant un
cours d'eau d'ordre j (probabilité de transition d'un élément à un autre du
chemin considéré). Cette grandeur p(s) peut être assimilée à une probabilité
empirique.

Un exemple numérique de calcul de probabilité des chemins est donné en


référence à la description géomorphologique du bassin du Vogelbach.
Modélisation déterministe de ta crue extrême 297

RI RI

Cl Cl R2

C2 C2 R3

C3 C3 C3 C3

si s2 s3 s4

Figure 3 Types de chemins possibles sur le bassin du Vogelbach d'ordre 3 (Alp-


tal, canton de Schwytz, Suisse). R représente une région, C un cours
d'eau. Le chiffre est l'ordre de l'élément, s est un chemin possible.
Types of possible paths for the Vogelbach catchment of order 3 (Alptal,
canton of Schwytz, Switzerland). R dénotes a région, C a channel. The
figure is the élément order, and s isa possible path.

Parmi les caractéristiques mesurées, on a : surface de R1 = 1,033 km 2 ,


surface de R2 = 0.304 km 2 , surface de R3 = 0.213 km 2 et la surface totale du
bassin est de 1.55 km 2 .

^033 11 4
p(s1)=Ar1-Pc1c2-Pc2c3 = l^g-^'4 =0,4887

1,033 4
p(s2)=Ar1 -Pc1c3 = 0,1776
1,55 15
0,304 4
P(s3)=Af2 -PC2c3 = 0,1962
1,55 4
0,213
P(s4)=Ar3 = 0,1375
1,55

La description géomorphologique permet l'utilisation d'une gamme de


modèles linéaires ou non linéaires, dont le plus simple est l'hydrogramme uni-
taire géomorphologique présenté ci-après.

Modèle WAHS, utilisant l'hydrogramme unitaire


géomorphologique (GUH, géomorphologie unit hydrograph model)
Le modèle WAHS (Watershed Simulation Model) développé par S I N G H
(1989) applique la technique de l'hydrogramme unitaire géomorphologique
298 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

(GUH) datant de la fin des années 1970 (RODRfGUEZ-lTURBE et VALDES, 1979,


GUPTA et al., 1980). Le concept de base revient à assimiler l'hydrogramme
unitaire h(t) à la fonction de densité de probabilité fB (t) du temps de séjour
d'une particule d'eau de pluie sur le bassin versant.

Les chemins géomorphologiques étant décrits, cette densité est obtenue


par combinaison de la probabilité d'un chemin p(s) et de la probabilité du
temps de séjour sur un chemin donné P(ts < t), où ts est le temps de séjour.
La distribution du temps de séjour moyen du bassin versant, dont la déri-
vée est la densité recherchée, s'écrit :
s
P(tB<t)=,£P(tSj<t)P(Sj) (1)
;=1

Dans cette équation (1), s est le nombre de chemins ; la fonction de


probabilité d'un chemin p (sj peut être spécifiée entièrement par la configura-
tion du réseau de drainage. A l'inverse, la probabilité du temps de séjour, qui
ne peut pas être dérivée directement de la géomorphologie, est modélisée
arbitrairement par une loi exponentielle à un paramètre. JIN (1992) a essayé,
sans amélioration significative, la loi gamma.
Finalement, la densité de probabilité du temps de séjour s'écrit :
S k (2)
êW = î S CjjexP(-Kxit)p(Sj)
y=i /=1

Sj=< Rj, Cj, Cj, ..... Cw>


où les coefficients C / m s o n t donnés par les équations de FELLER (1971),
incluant les paramètres positifs K^et m est le nombre d'éléments d'un chemin.
K
c = x-\Kx2...Kxm--\ , 2 ,.
(Kxi-Kxj)---(KXj^-KXj)(KXj+-i~Kxj)...(Kxm-Kxi)

Le calcul du temps de séjour est basé sur une formule empirique de la


forme Kb = b A0-38, où Kb est le temps de résidence moyen du bassin, A la
surface du bassin et b le paramètre de calage à optimiser.
GUPTA et al. (1980) ont établi l'équivalence entre fB (t) et un hydrogramme
unitaire h (t) qui est le résultat d'une pluie nette instantanée de volume uni-
taire :
fB(t) = h(t) (3)

Le concept de base revient à définir l'hydrogramme unitaire comme une


densité statistique du temps de séjour d'une particule d'eau de pluie sur le
bassin versant. L'analogie est possible puisque la surface sous la courbe de
l'hydrogramme unitaire vaut 1, comme dans le cas d'une densité.

En supposant une précipitation donnée par une fonction continue,


l'hydrogramme de ruissellement direct peut être construit par l'intégrale de
convolution :
Modélisation déterministe de la crue extrême 299

t
Q(t)=\h(t-x)i(x)ck (4)
O

avec Q (t) le débit à l'instant / et /' (t) la pluie nette. La détermination de Q (t)
revient à connaître h (t), et donc fB (t).
La description géomorphologique apporte des informations pertinentes sur
l'écoulement de surface, KIRKBY (1976) s'est assuré de l'importance de la
topologie du réseau hydrographique en générant des réseaux équiprobables,
mais topologiquement digérants. Son étude conclut que la topologie
permettait d'expliquer de manière significative la crue, et que des réseaux
hydrographiques différents engendraient des crues différentes.
La théorie de l'hydrogramme unitaire géomorphologique est une impor-
tante amélioration de la technique de l'hydrogramme unitaire, puisque la
structure du bassin est prise en compte par sa représentation géomorpholo-
gique. Certains défauts persistent cependant, telles que les hypothèses de
linéarité, pas forcément vérifiées sur les petits bassins versants alpins. En
outre, le paramètre inconnu b, calé à partir des observations, n'est rattaché à
aucune valeur physique.
Afin d'éliminer ces inconvénients tout en conservant l'avantage de la
description géomorphologique, il convient d'utiliser un modèle non linéaire,
dont les paramètres peuvent être déterminés par les caractéristiques phy-
siques du bassin versant. Cet autre modèle a été développé par l'institut
d'aménagement des terres et des eaux.

Modèle de cascade non linéaire géomorphologique


(géomorphologie nonlinear cascade - G N C - model)
Pour tenir compte de la non-linéarité de la réponse hydrologique, un
modèle à cascades de réservoirs à vidange non-linéaire est utilisé, conjointe-
ment à la description géomorphologique du bassin versant.
Le comportement de la cascade (fig. 4) est régi par deux équations :

équation de continuité globale : i-n- — ^


~ dt

équation de vidange non-linéaire : O = k V* si x * 1 (6)

avec / le débit d'entrée d'un élément, O le débit de sortie du même élément, V


le stockage dans l'élément, k et x des paramètres caractérisant la loi de sortie
de l'élément.
Le débit à l'exutoire de la cascade est calculé en résolvant le système
d'équations (5), (6) pour chaque élément d'amont en aval.
La description géomorphologique permet de représenter le bassin versant
par un ensemble de cascades en parallèle. Le nombre de chemins géomor-
phologiques déterminent le nombre de cascades, et chaque élément d'un
chemin est un réservoir de la cascade. Les éléments représentant les régions
300 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine étal.

précipitation

V]
Ql

^
V2
Q2

Vn
Qn

Figure 4 Exemple de cascade hydrologique.


Example of hydrologie cascade.

sont caractérisés par une surface, et les éléments désignant les cours d'eau
par une longueur moyenne. L'entrée d'un réservoir « région » est la pluie, et
l'entrée d'un réservoir « cours d'eau » est l'écoulement provenant du réser-
voir précédent. Les débits issus de chaque cascade sont ensuite combinés, en
tenant compte de la probabilité du chemin p(s), pour donner le débit simulé à
l'exutoire du bassin versant (fig. 5).

Les deux paramètres ketxdu modèle GNC ne peuvent pas être détermi-
nés directement par la géomorphologie. Ils doivent être calibrés à l'aide des
observations.

L'exposant x, considéré comme constant pour tous les éléments, exprime


le degré de non-linéarité de la réponse hydrologique.
Pour le coefficient de stockage k, deux formulations sont proposées dans le
modèle. Dans le cas le plus simple, k est considéré comme une constante kir
pour tous les éléments représentant une région et une autre constante kc pour
tous les éléments désignant un cours d'eau, quelle que soit la cascade à
laquelle ils appartiennent. On parle alors de cascade non linéaire uniforme,
dont les paramètres à caler sont x, kir et k0

Dans l'autre cas, k est exprimé comme une fonction des caractéristiques
des éléments.

On a : kir = a Ar~x et kc = a Lc~x, avec Ar la surface de la région considé -


rée, Lc la longueur du cours d'eau considéré, lue sur une carte topographique,
et a un paramètre inconnu traduisant l'effet de pente et de rugosité des élé-
ments. On note que k et x sont liés. Le calage du modèle, appelé dans ce cas
cascade non linéaire non uniforme, revient à optimiser les paramètres x e t a,
Modélisation déterministe de la crue extrême 301

RI - f c i H~~5~~l

R2 C2

(b)
(a)

^ R2

/t
Œ: _C2_

ï
Qcxutoirc

(c)

Figure 5 Exemple d'un bassin versant d'ordre 2 selon fa classification de Strahler


(a), description géomorphologique (b) et représentation des cascades
dérivées des chemins géomorphologiques <c).
Example of an order 2 catchment classified according Strahler's method
(a), géomorphologie description (b) and cascades derived from the géo-
morphologie paths.

Cette dernière description est plus exacte et sera retenue par la suite. Le
calage est réalisé par une procédure basée sur la méthode de Rosenbrock
Palmer, discutée dans ROSENBROCK (1960) et PALMER (1969). La procédure
nécessite des valeurs initiales, minimales et maximales de chaque paramètre,
et une fonction objective. Les valeurs initiales permettent une première simula-
tion qui conduit à une première valeur de !a fonction objective. Les paramètres
sont ensuite altérés alternativement dans un sens et dans l'autre, jusqu'à ce
qu'un minimum de la fonction objective soit atteint. La fonction objective
retenue est :
M M
F =p
lL [Qpo(i)-QpcU)] +0-P)î, [tpo(i)-tpc(JJ\ (7)
y=1 y=1

où Qpo(j) est le débit de pointe du jème événement observé, QpC(j) est le débit
de pointe calculé, tpo(j) le temps de pointe du yème événement observé, îpc(j)
le temps de pointe calculé, P un poids compris entre 0 et 1, et M est le nombre
d'événements observés. Cette fonction objective conduit au calage simultané
de plusieurs événements, ce qui permet d'aboutir à une optimisation globale
des paramètres.
302 REVUE PES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

4 - APPLICATION DES MODELES WAHS et GNC


SUR DES SITES SUISSES

Les modèles décrits précédemment sont encore en cours de vérification et


de validation. Le calage et le test des modèles sont réalisés à partir d'événe-
ments observés et aucune valeur de PMF n'est encore avancée. L'application
a pour but de montrer les divergences de résultats de simulation des deux
modèles.

Le bassin versant sélectionné pour l'essai des modèles développés est le


Vogelbach, situé dans les Alpes suisses. Ses principales caractéristiques sont
les suivantes (fig. 6) : surface de 1,5 k m 2 , altitude comprise entre 1 050 et
1 545 m, coefficient de Gravélius égal à 1,05 (forme arrondie), pente jusqu'à
50 %, épaisseur de sol jusqu'à 50 cm et couverture de sol forestière et
agricole.

Ordre du bassin 3
I C d'ordre 1 15
X C d'ordre 2 4
S chemins 4
XC1 dans chemin 1 11
XC1 danschemin2 4
XC2danschemin2 4
Surlace de R1 2.9 à 18 ha
Surface de R2 3à15ha
Surface de R3 21 ha
Longueur de Cl 150 à 1000 m
Longueur de C2 300 à 650 m
Longueur de C3 1100 m

Figure 6 Carte du bassin versant du Vogelbach {1,55 km2), définition des ordres
de Strahler (certains petits cours d'eau ont été négligés) et principales
caractéristiques géomorphologiques du bassin dérivées de la carte topo-
graphique. La description géomorphologique du Vogelbach avec la re-
présentation des chemins possibles est montrée sur la figure 3.
Map of the Vogelbach catchment (1,55 km2), définition of Strahler orders
(minor channels are neglected), and main géomorphologie features as
derived from the map. Géomorphologie description of the Vogelbach
catchment and the possible paths are shown on figure 3.

Des données pluie/débit, globalement de bonne qualité, ont été mises à


disposition pour le bassin depuis 1974, par l'institut fédéral de recherches sur
la forêt, la neige et le paysage (FNP-Birmensdorf). Les événements de crue
les plus importants apparaissent en été et sont dus à des épisodes orageux de
courte durée. Au vu des caractéristiques du bassin, notamment des pentes
importantes et une faible épaisseur de sol, il paraît raisonnable d'énoncer que
le processus de crue dominant est le ruissellement de surface.
Modélisation déterministe de la crue extrême 303

Les deux modèles ont été calibrés pour le bassin versant de Vogelbach. Ils
utilisent en entrée une pluie nette, déterminée à partir d'une pluie brute obser-
vée ou simulée diminuée des pertes par infiltration, elles-mêmes calculées par
la fonction de Philip ou la méthode du SCS-CN. Les hydrogrammes de
ruissellement direct ont été obtenus par une technique de séparation des
écoulements.

A partir d'une quinzaine d'événements pluie/débit retenus, deux


ensembles ont été choisis : un ensemble de 7 événements pour le calage des
modèles et un ensemble des événements restants pour la validation. Les
caractéristiques principales»des événements retenus sont indiquées dans le
tableau 3.

Tableau 3 Principales caractéristiques des événements retenus pour l'application


des modèles.
Table 3 Main characteristics of the events used for models applications.

Caractéristiques des averses observées Caractéristiques des hydrogrammes


[MIN - MAX] rulsselés [MIN - MAX]

Hauteur totale Durée totale Intmax. Lame ruisselée Qp CR[%]


(Mm] [min] [mm/h] [mm] [l/s] 9-60

12-88 100-1430 9-103 1-27 285-4910 9-60

Pour chacun des modèles, le jeu de paramètres, obtenu par optimisation


sur les événements de calage simulés, est appliqué à l'ensemble des événe-
ments de test, pour validation. La figure 7 présente le résultat du calage et du
test des modèles sur deux événements différents. La validation du modèle
CNG en particulier indique que le modèle est apte à simuler des crues sur le
bassin versant étudié en utilisant une schématisation du réseau hydrogra-
phique bien définie.

La représentation des résultats des simulations, sous forme de comparai-


son entre les débits de pointe des hydrogrammes de crue observés et les
débits de pointe des hydrogrammes simulés d'une part et entre leurs temps de
pointe d'autre part, permet de visualiser la qualité des simulations et de
proposer un choix préférentiel de l'un ou l'autre des modèles, pour le bassin
versant étudié. Ces graphes sont dessinés pour les deux modèles, avec les
résultats des simulations des événements de test, dans la figure 8. Les deux
modèles reconstituent les événements de manière satisfaisante.

L'exercice de calage a permis de vérifier les limites de l'hypothèse de


iinéarité du modèle WAHS sur nos bassins et que le paramètre b n'a aucune
signification physique. Outre un effet de lissage parfois important, les simula-
tions ont montré que la décrue simulée par le modèle est souvent trop rapide.

Le modèle GNC s'est avéré facile d'utilisation, une fois les paramètres géo-
morphologiques déterminés. La principale difficulté réside dans l'estimation et
la signification des paramètres du modèle. De manière générale, le modèle
304 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

S « E « 5 « S K
— — r-l e* r. I-. 1 -i

Temps [min]

(a) Calage sur l'événement du 9 juillet 1987

temps [min)

temps [niin]

(b) Test sur l'événement du 18 juillet 1986

Débils observés WAHS GNC pluie brute pluie neite

Figure 7 Application des modèles WAHS et GNC non uniforme, sur le Vogel-
bach ; (a) exemple de calibration ; (b) exemple de test.
Application of the WAHS and GNC models on the Vogelbach caîch-
ment ; (a) example of calibration run ; (b) example of validation run.

GNC donne des résultats satisfaisants, malgré sa tendance à lisser quelque


peu les hydrogrammes simulés. Ce phénomène est certainement dû à une
trop grande globalisation des processus. Une voie d'amélioration possible est
la recherche de relations entre les paramètres du modèle, pour le moment
obtenus par optimisation lors du calage, et les caractéristiques physiques du
bassin versant.
Modélisation déterministe de la crue extrême 305

250 !

1 2 3 4 5 0 50 100 150 200 250


Débit de pointe observé [m3/sl Temps de pointe observé [min]

(a) Modèle WAHS

0 1 2 3 4 5 0 50 100 150 200 250


Débit de pointe observé [m3/s) Temps de pointe observé [min]

(b) modèle GNC

Figure 8 Résultats des tests des deux modèles : représentation des débits de
pointe des hydrogrammes de crue observés en fonction des débits de
pointe des hydrogrammes simulés, même graphe pour les temps de
pointe observés et simulés. Le dessin de la ligne de parfaite correspon-
dance (perfect agreement line) facilite la comparaison.
Resutts of the validation of the two models. Graphics show observed vs.
simulated peak flow, and observed vs. simulated time to peak for
validation runs. Perfect agreement line is also represented.

Sachant que les processus en jeu lors d'événements extrêmes sur nos
bassins sont non linéaires, le modèle GNC paraît de ce fait mieux adapté. De
plus, les paramètres qu'il utilise ont une meilleure représentation physique
que le paramètre b du modèle WAHS.
306 REVUE DES SCIENCES DE L'EAU, 7(3), 1994 V. Laglaine et al.

5 - PERSPECTIVES ET CONCLUSIONS

Les méthodes PMP/PMF, largement utilisées dans le monde anglo-saxon,


ne peuvent être ignorées par l'ingénieur hydrologue. Elles représentent en
Suisse une alternative aux méthodes statistiques habituellement utilisées pour
la conception d'ouvrages hydrauliques à haute exigence de sécurité. Elles
doivent être testées dans le cadre de la vérification du dimensionnement des
évacuateurs de crue des grands barrages. L'avantage des méthodes PMP/
PMF vis-à-vis des méthodes traditionnelles se manifeste dans leur détache-
ment par rapport aux hypothèses fortes des méthodes statistiques et par la
prise en compte de caractéristiques physiques des phénomènes hydrométéo-
rologiques. Cependant, outre les critiques formulées à l'égard du concept lui-
même, les méthodes PMP/PMF présentent des faiblesses, dans leur applica-
tion en milieu alpin, liées aux hypothèses de linéarité et à la non prise en
compte des caractéristiques physiques des bassins versants.

Dans l'optique d'améliorer les méthodes existantes de calcul de crues


extrêmes qui s'avèrent mal adaptées au milieu alpin, deux modèles ont été
proposés, avec comme atout commun la prise en compte de la description
géomorphologique du bassin versant. Ce sont le modèle WAHS utilisant
l'hydrogramme unitaire géomorphologique et le modèle de cascade non
linéaire géomorphologique GNC. Ces modèles sont adaptés aux objectifs
désirés, à savoir la modélisation de crues extrêmes sur de petits bassins ver-
sants alpins. De plus, la description géomorphologique du bassin permet de
déterminer l'apport relatif des différents types de chemins simulés. Cependant,
certaines difficultés persistent et des améliorations des modèles sont envisa-
gées pour la poursuite de l'étude. En premier lieu, notons que le choix de la
fonction d'infiltration revêt une grande importance dans la structure temporelle
de la pluie nette pour laquelle les modèles sont très sensibles. En outre, les
modèles seront utilisés selon leurs spécificités, de façon à déterminer l'impor-
tance relative des facteurs générateurs de la crue extrême : les pentes, le
réseau hydrographique et la rugosité. Ce dernier paramètre lié à la couverture
du sol nécessitera une étude particulière pour déterminer le coefficient de
frottement représentatif des phénomènes naturels et sa variation. Tous ces
paramètres seront utilisés par couplage avec les équations de l'onde
cinématique. A cet effet, un modèle d'onde cinématique associé à la descrip-
tion géomorphologique du bassin a été développé à l'IATE et demande
encore à être validé. Néanmoins les résultats des simulations déjà acquis à
partir de ce modèle sont largement encourageants et vont dans le sens d'une
meilleure représentation physique des processus observés lors d'événements
extrêmes, en zone montagneuse.

Le calage et la validation des modèles, ainsi que l'analyse de leur sensibi-


lité à la variation des paramètres, devront être réalisés sur d'autres bassins
versants alpins en vue d'une généralisation. En parallèle, la signification phy-
sique des paramètres, jusqu'à présent calés à partir des observations, leur
lien avec des caractéristiques du bassin versant et leur importance relative
constituera un sujet de préoccupation essentiel pour la modélisation hydrolo-
gique. On se doit de souligner ici l'intérêt de ce lien avec la physique du bas-
sin qui permet l'utilisation des modèles sur des bassins versants non jaugés.
Modélisation déterministe de la crue extrême 307

Pour sortir du cadre des modèles développés par l'IATE et en amont de


cette étude, des améliorations sont attendues dans différentes voies : la
modélisation physique des précipitations extrêmes et notamment de la PMP,
l'utilisation des SIG pour décrire les caractéristiques entre autres géomorpho-
logiques des bassins versants et générer les paramètres d'entrée des
modèles de simulation de la PMF.

REMERCIEMENTS

Les auteurs tiennent à remercier le Prof. Singh, de l'université de


Louisiane, pour avoir mis à disposition le modèle WAHS, et pour son aide au
cours du développement du modèle GNC. Les données utilisées proviennent
de l'Institut Fédéral de recherche sur la Forêt, Neige et Paysage (FNP) à
Birmensdorf, Suisse.

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Common questions

Alimenté par l’IA

PMP methodologies in flood estimation are limited by their dependence on assumptions regarding maximum possible precipitation and their potential inability to accommodate spatial and temporal variability typically observed in alpine environments. The methods may not fully account for the unique meteorological and topographical interactions in these areas, often resulting in less robust predictions. Additionally, they provide only an upper bound estimate, which could lead to overestimations without considering catchment-specific conditions .

The geomorphological nonlinear cascade (GNC) model extends traditional models like the GUH by incorporating nonlinearity into the representation of catchment processes. It achieves this by using geomorphological descriptions to define the reservoirs of hydrological cascades, with each cascade representing a path type that accounts for different flow processes. This allows for more accurate simulations of flow dynamics, particularly in complex terrain, by capturing the variability in flow paths and nonlinear hydrological responses .

The geomorphological unit hydrograph (GUH) model accounts for the unique characteristics of alpine catchments by utilizing the geomorphological description of the catchment. This representation relies on the Strahler ordering scheme to define the possible paths that a surface runoff droplet may follow to the outlet. The model is adapted to deal with the steep slopes and complex hydrological responses typical of alpine catchments, where the hydrological response is highly sensitive to topography .

The development of geomorphologically-based flood models has evolved by incorporating increasing levels of detail about catchment characteristics and flow dynamics. The progression from the GUH to models like the GNC involves accounting for nonlinearity and the specific pathways of flow across varying topographies. Moreover, the integration with hydrologically rich models like the kinematic wave equations further refines predictive capabilities by simulating the interaction between geomorphological structure and hydrological processes, thus addressing the complexities inherent in alpine catchments .

Statistical methods often fall short in predicting extreme floods in mountainous regions because they rely heavily on historical data that may not adequately capture extreme events or the inherent variability in topographical influence. Deterministic models, such as PMP/PMF, aim to address this by assuming a physical limit to hydrometeorological processes, thereby providing a more reliable upper bound for flood predictions. Nonetheless, deterministic models require careful integration of geomorphological factors to enhance their effectiveness in such regions .

The integration of geomorphological and hydrological modeling in flood estimation aims to create a detailed representation of the catchment processes, which accounts for both the physical characteristics of the landscape and the dynamics of water movement. This approach seeks to enhance model accuracy by linking spatial variability in topography with flow mechanics, thereby producing more reliable and context-specific flood predictions, especially in complex terrains like mountainous catchments .

Using deterministic methods for flood prediction in mountainous regions implies a more precise approach, accounting for the specific physical and topographical characteristics of the catchment. These methods can potentially overcome the limitations of statistical models, particularly when data is sparse. However, they also require careful calibration and validation due to the complexity and nonlinearity of hydrological processes in these environments .

The main challenges in determining the PMF for small alpine catchments include adapting the deterministic models to account for the physical characteristics and nonlinearity of mountainous watersheds. Additionally, the sparse hydrometeorological data available for these regions presents a significant obstacle. The strong topographical influence makes it necessary to incorporate geomorphological descriptions into the modeling process to improve accuracy .

The kinematic wave equation enhances geomorphological flood models by providing a means to incorporate flow dynamics that are sensitive to catchment topography. By linking geomorphological descriptions with the kinematic wave equations, the improved model can better simulate the nonlinear behavior of flow, thus refining the predictive accuracy of flood events in steep alpine catchments. This integration represents an evolution from the traditional GUH model and holds promise for more detailed flood forecasting .

The application of different hydrological models to the Dischma and Carassina catchments reveals the variability in flood estimates due to geographical and topographical differences between the basins. Statistical methods tend to provide lower estimates compared to PMP/PMF methods, which incorporate upper limits to hydrometeorological processes. The disparities highlight the importance of model selection and the need for adaptive approaches that can account for different catchment characteristics and data availability .

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