BAC II SESSION DE JUIN 2015
PHILOSOPHIE/CORRIGES-TYPES TOUTES SERIES
Série A4
SUJET I : Pour connaître scientifiquement le réel, faut-il se fier à la
raison ou à l'expérience ?
I.COMPREHENSION
1.1- Analyse des concepts - Pour connaître scientifiquement le réel : Pour accéder à une vérité
scientifique de ce qui est..; pour acquérir une connaissance scientifique des
faits...
- faut-il se fier à : doit-on mettre sa confiance en ...; est-il nécessaire
d'emprunter ...; convient-il de recourir à ...
- raison : faculté de connaître, de juger, de distinguer le vrai du faux, la pure
création de l'esprit, la pensée.
- expérience :
sens empirique : Observation sensible des faits ; savoir ou savoir-faire ;
acquis après la confrontation avec le réel.
Sens scientifique : Observation outillée, provoquée ; expérimentation,
vérification.
1.2- Reformulations - Pour accéder à la vérité scientifique, convient-il de faire confiance à la
faculté de connaître ou à l'observation ?
- Pour acquérir la connaissance scientifique, est-il nécessaire de suivre la voie
de la raison ou celle des sens ?
1.3- Problème Source ou origine de la connaissance scientifique ou de la vérité scientifique.
Voie d'accès à la vérité scientifique.
1.4-Problématique
Opinion commune
On pense communément que, pour accéder à la vérité scientifique, il faut faire
confiance à l'expérience.
Constat
Or, il se révèle que, dans toutes les démarches, pour connaître en science, la raison
est aussi nécessaire.
Question
Quelle est alors la véritable source de la vérité scientifique ?
II. PLAN DÉTAILLÉ
A. L'expérience comme la A. L'expérience comme la voie privilégiée de la vérité scientifique.
voie privilégiée de la Dans toute démarche, pour connaître, l'expérience est primordiale.
vérité scientifique. 1. Avec l'expérience, au sens empirique du terme :
L'esprit n'a pas de lois propres qui diffèrent de celles des choses
connues. Il se présente comme une « table rase » sur laquelle
l'expérience inscrit toutes nos connaissances. C'est donc l'expérience qui
fournit la connaissance.
- Protagoras d'Abdère : « La science est sensation. »
- David Hume : « Il n'y a rien dans l'entendement qui n'est été auparavant
dans la sensibilité », c'est-à-dire que toutes nos connaissances dérivent de
nos sens qui sont fiables.
L'expérience est un moyen adéquat et approprié d'accession à la
vérité en science.
- Magendie : « Les faits bien observés valent mieux que toutes les
hypothèses du monde. »
- André Gide : « Un bon observateur suffit à faire un bon savant. »
2. Avec l'expérience au sens scientifique du terme :
Il est difficile, voire impossible, d'écarter la théorie au moment de la vérification
expérimentale.
- Claude Bernard : « La théorie n'est que l'idée scientifique contrôlée par
l'expérience. »
Transition : Réduire la voie d'accès de la vérité scientifique à l'expérience, n'est-
ce pas ignorer l'importance de la raison ?
B. La raison comme la B. La raison comme la source fiable de la saisie de la vérité scientifique.
source fiable de la saisie Selon les rationalistes, la raison, à elle seule, est source fiable et sûre de la saisie
de la vérité scientifique. de la vérité en science.
- Platon : « La vérité est dans l'essence et l'exercice de la pensée seule est
nécessaire pour atteindre les essences, les réalités absolues. »
- Descartes : « Raisonnons méthodiquement et par le seul pouvoir de la
pensée, nous atteindrons la vérité », c'est-à-dire que c'est la raison,
utilisant une méthode appropriée, qui est habilité à nous garantir la voie
sûre d'accession à la connaissance.
La pensée pure ou la théorie à elle seule est une garantie et une voie
suffisante pour accéder à la vérité scientifique.
- Einstein : « La pensée pure est compétente pour comprendre le réel. »
- Einstein : « Une théorie peut être vérifiée par l'expérience, mais aucun
chemin ne mène de l'expérience à l'élaboration d'une théorie. »
Pour connaître, il vaut mieux se fier à la théorie.
- Alexandre Koyré : « La bonne physique est faite a priori ... L'expérience
est inutile parce qu'avant toute expérience ; nous possédons déjà la
connaissance que nous cherchons. » (Études ď histoire de la Pensée
Scientifique.)
Transition : N'est-il pas réducteur de faire de l'expérience ou de la raison la
source unique de la vérité scientifique ?
C. La connaissance de la C. La connaissance de la vérité en science comme le résultat d'une
vérité en science comme démarche dialectique.
le résultat d'une
démarche dialectique. Dire qu'on ne connaît que par la raison, c'est dire que le processus de la
connaissance de la vérité en science n'est possible que par le canal de la
théorie ou de la raison.Dire, au contraire, qu'on connaît la vérité en science
par l'expérience, c'est dire que seule cette expérience est la source de la
connaissance. Il y a donc une rupture entre la raison et l'expérience. Et
pourtant, l'expérience n'est possible et fiable que pour un esprit possédant (ou
n'ignorant pas) la raison, c'est-à-dire un système de principes universels et
nécessaires organisant (ou ne faisant pas fi) des données de l'expérience.
L'expérience et la raison sont indissociables dans le processus d'accession à
la vérité en science.
La connaissance véritable est obtenue à partir d'une démarche dialectique
entre la théorie et l'expérience.
- Emmanuel Kant : « Les intuitions sans concepts sont aveugles, les
concepts sans intuition sont vides », c'est-à-dire intuitions et concepts sont
des sources nécessaires et inséparables desquelles toutes vérités dérivent
ou découlent.
- Henri Poincaré : « Isolées, la théorie serait vide et l'expérience myope.
Toutes deux seraient inutiles et sans intérêts. »
Le rationalisme ne doit pas être enfermé dans l'universalité des principes car la
raison et l'expérience « échangent sans fin leurs conseils. »
- Gaston Bachelard : La science est « un matérialisme rationnel et un
rationalisme appliqué. »
- Idem : « Quel que soit le point de départ de l'activité scientifique, cette
activité ne peut pleinement convaincre qu'en quittant le domaine de base :
si elle expérimente, il faut raisonner, si elle raisonne, il faut
expérimenter. »(Le nouvel esprit scientifique.)
La vérité scientifique provient à la fois de la raison et de l'expérience.
- Pierre Duhem : « Uneexpérience de physique n'est pas simplementľ
observation ; elle est en outre ľ interprétation théorique de ce
phénomène. »
- L'élaboration de la vérité en science exige du savant un incessant va-et-
vient entre la théorie et l'expérience.
- Claude Bernard : « Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la
théorie et la pratique expérimentale. »
- Francis Bacon : « Raison et expérience doivent nouer une
alliance. »(NovumOrganum)
III. CONCLUSION La vérité scientifique provient à la fois de la raison et de l'expérience. Elle est le
résultat d'une interaction dynamique entre la théorie et l’expérience. /.
SUJET II En quel sens la responsabilité individuelle peut engager
l’humanité entière ?
I. COMPRÉHENSION
1.1- Analyse des concepts - En quel sens : Dans quelle mesure ; en quoi ; pour quelle raison.
- la responsabilité individuelle : l’obligation qu’on a de répondre de ses actes,
d’en rendre compte et d’en assumer la conséquence.
- peut engager : peut impliquer ; peut lier ; peut s’étendre à …
- l’humanité tout entière : la communauté sociale ; les autres hommes ; tous
les hommes.
1.2- Reformulations - Dans quelle mesure la responsabilité personnelle peut-elle impliquer les autres
hommes ?
- En quoi l’obligation pour une personne de répondre totalement de ses actes, de
les assumer et de s’en reconnaître l’auteur peut-elle impliquer les autres
hommes ?
1.3- Problème Impact de la responsabilité individuelle sur les autres.
La portée de la responsabilité individuelle.
1.4-Problématiques
A.
Opinion commune On a tendance à croire que la responsabilité individuelle reste dans les limites du
moi individuel.
Constat Or, à l’analyse, la responsabilité de l’homme dépasse sa propre individualité
pour impliquer les autres hommes.
Question En quel sens la responsabilité individuelle peut-elle engager l’humanité entière ?
B.
Opinion commune On a souvent pensé que lorsque l’homme pose des actes, il est responsable de
lui-même.
Constat Or, on se rend compte qu’il arrive que la responsabilité de l’homme dépasse sa
propre individualité pour impliquer les autres hommes.
Question Dans quelle mesure la responsabilité individuelle peut-elle engager l’humanité
tout entière ?
II. PLAN
A. La responsabilité est A. La responsabilité est d’abord individuelle.
d’abord individuelle. L’homme est responsable à titre personnel ou au regard de son intériorité.
Il n’est responsable que de lui-même.
Être homme, c’est être obligé de répondre de ses actes, de les assumer, s’en
reconnaître l’auteur et d’en subir les conséquences. Ainsi être homme, c’est être
responsable, être en mesure d’assumer l’ensemble de ses actes posés.
- Maurice BLONDEL : « La responsabilité est la solidarité de la personne
humaine avec ses actes », (cité par Armand CUVILLIER, in Nouveau
vocabulaire philosophique, p. 162.)
L’homme est responsable de ce qu’il est au sens où il est capable de
répondre de tout ce qui émane de lui. Il n’est pas un pion manipulé par
un destin aveugle, mais l’auteur de son existence.
- Jean-Paul Sartre : « Nous sommes seuls sans excuse … L’homme est
responsable de tout ce qu’il fait. » (L’existentialisme est un humanisme)
B. La responsabilité B. La responsabilité individuelle implique les autres hommes.
individuelle implique les La responsabilité personnelle ne reste toutefois pas dans les limites du moi
autres hommes. individuel, elle s’étend aux autres hommes ou à tous les hommes.
- Jean-Paul Sartre : « En se choisissant, on choisit tous les hommes, car
choisir c’est affirmer la valeur de ce que nous choisissons … Il n’est pas un
de nos actes qui, en créant l’homme que nous voulons être, ne crée en même
temps une image de l’homme tel que nous estimons qu’il doit être … Je crée
une certaine image de l’homme que je choisis : En me choisissant je choisis
l’homme » ; c’est ainsi que, selon Sartre, notre responsabilité engage
l’humanité entière.
Si l’existentialisme est un humanisme, c’est donc à condition de passer par
l’universel afin d’éviter les écueils de l’individualisme et du subjectivisme.
- Jean-Paul Sartre précise : « Je suis responsable pour moi-même et pour
tous … L’homme qui s’engage et qui se rend compte qu’il est non seulement
celui qu’il choisit d’être, mais encore un législateur choisissant en même
temps que soit l’humanité entière, ne serait échappé au sentiment de sa totale
et profonde responsabilité. »
Les termes mêmes rappellent irrésistiblement les maximes kantiennes
de l’universalité de la responsabilité mais aussi de l’autonomie de la
volonté législatrice universelle.
- Emmanuel Kant : «Agis toujours d’après une maxime tel que tu puisses
vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. »
- idem : « Agis de telle sorte que ta volonté devienne législatrice universelle
dans le règne des fins, c’est-à-dire des volontés libres et raisonnables. »
Chez les chrétiens : L’idée que les hommes sont solidaires en vertu de
leur commune condition n’est que la transposition laïque, la laïcisation
de la croyance chrétienne à la communion des âmes, à la réversibilité
des fautes et des mérites, à la fraternité mystique des fils de Dieu.
L’homme véritablement responsable, en même temps qu’il doit
répondre de ses propres actes commis ou omis, doit se sentir
responsable du monde.
- Dostoïevski : « Chacun est responsable de tout devant tout. »
- Antoine de Saint Exupéry : « Être homme, c’est être responsable ; c’est
connaître la honte en face d’une victoire qui ne semblait pas dépendre de soi,
c’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée, c’est sentir en
posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde. » (Terre des hommes)
Au nom de la citoyenneté du monde, la responsabilité de l’homme dépasse
sa propre individualité pour atteindre les autres hommes, cette
responsabilité est totale et engage, du coup, l’humanité tout entière.
- Jean-Paul Sartre : « Quand nous disons que l’homme est responsable de
lui-même, nous ne voulons pas dire que l’homme est responsable de sa
stricte individualité, mais qu’il est responsable de tous les hommes. »
- Idem : « Je suis responsable pour moi-même et pour tous. »
III. CONCLUSION L’homme est responsable de lui-même. Notre qualité d’homme nous rend
responsable de tout ce qui est humain. Nous sommes comme liés par des « fils
invisibles » aux autres et ainsi notre responsabilité implique l’humanité tout
entière.
SUJET III COMMENTAIRE PHILOSOPHIQUE
Dégagez l’intérêt philosophique du texte suivant à partir de son étude ordonnée
TEXTE : « Quant à l’usage de la langue, il faut aussi considérer ce fait surprenant : les mots
ne sont pas seulement les signes des pensées, mais aussi des choses, et nous avons
besoin de signes non seulement pour exprimer ce que nous pensons à d’autres,
mais aussi pour venir nous-mêmes en aide à nos propres réflexions. Car, de même
que dans les grandes villes commerçantes, on ne paye pas, même au jeu, chaque
fois en argent comptant, mais qu’on utilise à la place, jusqu’au moindre règlement
ou paiement, des billets et des jetons, ainsi procède l’entendement – surtout quand
il a beaucoup à penser – avec les images des choses. Plus précisément, il se sert de
signes pour ne pas être dans l’obligation de considérer à nouveau la chose chaque
fois qu’elle se présente. C’est pourquoi, une fois qu’il l’a bien comprise, il se
contente pour la suite de poser souvent le mot à la place de la chose, non
seulement dans ses discours en public, mais aussi dans ses pensées et le dialogue
qu’il entretient lui-même en privé. »
(G. W. LEIBNIZ, Considérations inattendues sur l’usage et
l’amélioration de la langue allemande, in L’Harmonie des langues, trad. M.
Crépon. Editions du Seuil, 2000, pp. 41-43.)
I. COMPREHENSION
G. W. LEIBNIZ
1.1- Auteur L’harmonie des langues.
1.2- Ouvrage Trad. M. Crépon, Edition du Seuil, 2000, pp. 41-43.
1.3- Thème Valeur de la langue.
Fonction de la langue.
Rapport entre langage et réalité
- Les mots n’expriment-ils que nos pensées ?
1.4- Question implicite - A quoi servent les mots ?
- Les mots expriment-ils la pensée et la réalité ?
1.5- Thèse de l’auteur Selon Leibniz, « les mots ne sont pas seulement les signes des pensées
mais aussi des choses. »
Les mots expriment la pensée et la réalité.
II. CORPS DU DEVOIR
2.1- Structure du texte.
Expression d’un fait « Quant à l’usage de la langue, il faut aussi considérer ce fait surprenant : les
surprenant : Les mots (ou le mots ne sont pas seulement les signes des pensées, mais aussi des choses, et
langage) sont des signes de la nous avons besoin de signes non seulement pour exprimer ce que nous pensons
pensée et des choses et ces signes à d’autres, mais aussi pour venir nous-mêmes en aide à nos propres
nous sont utiles réflexions. ».
Comparaison entre les
Si en matière commerciale, on utilise parfois des billets et des jetons à la place
grandes villes commerçantes et
l’entendement humain de l’argent à payer, de même l’entendement se sert des signes pour représenter
les choses : «Car, de même que dans les grandes villes commerçantes, on ne
paye pas, même au jeu, chaque fois en argent comptant, mais qu’on utilise à la
place, jusqu’au moindre règlement ou paiement, des billets et des jetons, ainsi
procède l’entendement – surtout quand il a beaucoup à penser – avec les images
des choses. Plus précisément, il se sert de signes pour ne pas être dans
l’obligation de considérer à nouveau la chose chaque fois qu’elle se présente.»
Conséquence : Cet
entendement fait des preuves en « C’est pourquoi, une fois qu’il l’a bien comprise, il se contente pour la suite de
se servant des mots à la place des poser souvent le mot à la place de la chose, non seulement dans ses discours en
choses, lorsqu’il s’agit du public, mais aussi dans ses pensées et le dialogue qu’il entretient lui-même en
discours en public, de la pensée privé. »
et du dialogue avec soi-même en
privé.
PROCEDES D’ARGUMENTATION
1 idée : Expression d’un fait surprenant : Les mots comme des signes
ère
de la pensée et des choses et l’utilité des signes :
Leibniz commence son texte par la manière dont la « langue » est utilisée pour
exprimer « un fait surprenant » qui est que : « les mots ne sont pas seulement les
signes des pensées, mais aussi des choses ». Ces signes sont utiles aux hommes
dans la mesure où ils servent à « exprimer ce que nous pensons à d’autres » et
à « venir nous-mêmes en aide à nos propres réflexions »
2ère idée :Comparaison entre les grandes villes commerciales et
l’entendement humain :
L’auteur fait une comparaison entre le milieu commercial, situation
où « on ne paie pas », « chaque fois en argent comptant » mais plutôt « des
billets et des jetons », et l’entendement humain qui, lui, « se sert des signes »
pour représenter les choses.
3ère idée :Conséquence : L’entendement se sert des mots pour exprimer.
L’entendement humain ayant compris ce lien indissociable entre les mots et la
réalité, « se contente » de « poser souvent le mot à la place de la chose ». Cela se
vérifie « non seulement dans ses discours en public, mais aussi dans ses pensées
2.2- Intérêt philosophique et les dialogues qu’il entretient lui-même en privé. »
a. Mérites de LEIBNIZ
Il a le mérite d’avoir :
- Montré que les mots (ou le langage) traduisent la pensée et la réalité
(objet, fait).
- Souligné que le langage est un moyen d’expression et de représentation
de la réalité.
- Montré que le langage sert à communiquer nos pensées aux autres et à
ADJUVANTS penser nous-mêmes.
Platon : Le mot est comme la traduction naturelle : « La représentation de
l’objet. » (in Cratyle)
Idem : « Il existe une rectitude originelle de dénomination. »
Hegel : « L’intelligence en se remplissant des mots se remplit aussi de
la nature des choses. »
(in Phénoménologie de l’Esprit.)
Oscar Wilde : « Nos pensées naissent tout habillées » de mots.
Maurice Merleau-Ponty : « Ce silence est bruissant de paroles, cette vie
intérieure est un langage intérieur. »
b. Limites ou insuffisances.
- La pensée est irréductible aux mots.
- Les mots et le langage, instruments de la pratique et de l’action dans le
monde, ne traduisent qu’imparfaitement la vraie vie de l’âme : le
langage adapté à la pratique ne peut exprimer la vie intérieure, pensée
CONTEMPTEURS pure, réalité concrète et fluide. Les mots trahissent aussi les choses.
Henri BERGSON : « Ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce
sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nousdans ce qu’ils ont
d’intime, de personnel, d’originalement vécu. » (Bergson, Le rire.)
Paul ELUARD : « Le tout est de tout dire et je manque de mots. »
III. CONCLUSION
Les mots (ou le langage) expriment la pensée et la réalité. Mais des fois ces
mots sont inadéquats dans la traduction de la réalité. Même si le langage est
parfois un instrument inadéquat, il apparaît comme la seule condition de
réalisation de la pensée et d’expression des choses.
SériesC-D-E
SUJET I L’attitude philosophique consiste dans le refus de tenir
pour vrai ce en quoi il est possible d’imaginer le moindre
doute. Qu’en pensez-vous ?
I. COMPRÉHENSION
1.1- Analyse des concepts - Attitude philosophique : Démarche philosophique, méthode philosophique.
- consiste : réside.
- refus de tenir pour vrai : refus d’accepter pour vrai ; refus de considérer
comme vrai.
- ce en quoi il est possible d’imaginer le moindre doute : ce qui est
vraisemblable, ce qui paraît évident.
1.2- Reformulations - Peut-on soutenir que l’attitude philosophique consiste à refuser ce qui paraît
évident ?
- Peut-on affirmer que la démarche philosophique réside dans le refus
d’accepter pour vrai ce qui est vraisemblable ?
1.3- Problème Attitude philosophique.
Méthode philosophique.
1.4-Problématiques
A.
Opinion commune Le commun des mortels est habitué à percevoir la réalité comme celle qui ne
pose aucun problème.
Constat Or, le constat est que l’attitude philosophique exige une remise en cause de ce
qui paraît évident.
Question En quoi consiste alors l’acte de philosopher ?
B.
Opinion commune Les hommes, dans leur majorité, ont tendance à se comporter à l’égard du
monde comme si tout était évident.
Constat Or, à l’analyse, il se révèle que l’attitude philosophique exige une remise en
cause de tout ce qui paraît évident.
Question Quelle est alors la véritable attitude ?
II. PLAN DÉTAILLÉ
A. Explication de A. Explication de l’affirmation
l’affirmation. 1. Présupposé de l’affirmation.
Selon l’opinion générale, l’attitude philosophique consiste à se
comporter à l’égard du monde comme si tout allait de soi.
Les opinions reçues, les préjugés, les données des passions.
- Pour Antonio Gramsci, tous les hommes sont des philosophes.
Position des empiristes : Seuls les faits suffisent.
Le domaine de la connaissance sensible.
2. Attitude philosophique comme remise en question de ce qui paraît
évident :
Philosopher,c’est avant tout « penser pour rompre le cercle des
évidences établies et la chaîne du quotidien. »Philosopher, c’est
réfléchir, c’est examiner, c’est critiquer.
- Edmond Husserl : « Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra,
une fois dans sa vie, se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de
renverser toutes les sciences admises et tenter de les reconstruire. »
- Essertier : «Le vrai philosophe est celui qui voit les problèmes là où le
commun des mortels n’en voit pas ou nie qu’il y en ait. »
- Olivier Reboul : « La philosophie commence lorsque les choses qui allaient
de soi cessent de l’être. »
- Vladimir JANKELEVITCH : « Philosopher revient exactement à ceci: se
comporter à l’égard du monde comme si rien n’allait de soi. »
- Descartes : « Je pensais qu’il fallait que je rejetasse comme absolument faux
tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute afin de voir s’il me
resterait après cela quelque chose en ma créance qui fut entièrement
indubitable. »
B. Discussion B. Discussion
L’attitude philosophique permet au philosophe de découvrir l’aspect caché
des choses, de se découvrir lui-même comme ignorant dans ce qu’il croit
savoir par rapport à ce qu’il ne sait pas encore. Cette démarche
philosophique est une remise en question de l’obscurantisme, du dogmatisme,
de la pensée unique et de l’adhésion passive.
- Karl Jaspers : « Philosopher, c’est être en route. Les questions sont plus
essentielles que les réponseset chaque réponse devient une nouvelle
question. »
Cette démarche philosophique ne doit pas amener à verser dans le scepticisme.
- Kant : « Les sceptiques sont des nomades sans domicile fixe. »
III. CONCLUSION La vraie attitude philosophique exige une remise en cause, en question de ce qui
semble évident ; cependant il faut éviter de verser dans le scepticisme. /.
SUJET II Peut-on soutenir que la liberté est un choix ?
I. COMPREHENSION
1.1- Analyse des concepts - Peut-on : Est-il possible ; en quoi ; pour quelle raison.
- soutenir : affirmer, dire.
- liberté : absence de contrainte ; pouvoir spirituel de dire « oui » ou « non »,
pouvoir d’autodétermination.
- choix : action humaine consistant à prendre parti, marque de la liberté
humaine, sélection.
1.2- Reformulation Est-il possible d’affirmer que la liberté, comme absence de contrainte, est
un choix ?
1.3- Problème Sens de la liberté.
Nature ou essence de la liberté.
Définition de la liberté.
1.4-Problématique
- Opinion commune La liberté est souvent perçue comme mes autonomies de choix.
- Constat Or, à l’analyse, la liberté est acceptation de la nécessité ou l’obéissance aux lois.
Peut-on soutenir que la liberté est réellement un choix ?Quel est alors le vrai
- Question sens de la liberté ?
II. PLAN A. La liberté comme autonomie de choix.
A. La liberté comme La liberté est le pouvoir de choisir, de dire « oui » ou « non », une
autonomie de choix. liberté que rien ne détermine à choisir une partie ou l’autre. La
liberté est une irrésistible adhésion à l’évidence claire et distincte : c’est
une liberté rationnelle.
- Descartes : « Être libre c’est obéir à l’idée rationnelle, à la raison et se
laisser conduire par l’évidence. » C’est-à-dire que la liberté est un choix
éclairé par la raison.
La liberté est la faculté de se déterminer consciemment en faveur de
tel ou tel choix. Elle correspond à l’autonomie de choix qui fait appel à
l’autodétermination. La liberté consiste à choisir.
- Jean-Paul Sartre : « Le concept technique et philosophique de la liberté
signifie seulement autonomie de choix »,
- Idem : « Être libre, c’est être soi-même, se décider et se choisir. »
- Idem : « Choisir de ne pas choisir, c’est choisir. »
La liberté c’est le pouvoir permettant à l’homme de faire des choix
indépendamment des contraintes extérieures, intérieures, de toute
détermination.
- Bossuet : « La liberté est la puissance que nous avons de faire ou de ne pas
faire quelque chose. »
- Selon Buridan, la liberté est l’expression du libre arbitre. (L’âne de
Buridan)
***Cf. Les autres partisans du libre arbitre.
Transition : Il est difficile de soutenir la liberté comme une autonomie de
choix, car le choix est motivé. La liberté n’est autre chose que la connaissance
de la nécessité.
B. La liberté n’est pas B. La liberté n’est pas que choix : elle est acceptation de la nécessité et
que choix : elle est aussi obéissance aux lois.
acceptation de la Pour les stoïciens, la liberté se définit par la conformité à la nécessité
nécessité et aussi rationnelle. Pour être libre, il faut consentir à la nécessité, de dire « oui »
obéissance aux lois. à la succession inévitable des causes et des effets. Les stoïciens faisaient
consister la liberté dans l’obéissance à la divine nécessité.
- Epictète : « La liberté consiste à vouloir que les choses arrivent non
comme il te plaît, mais comme elles arrivent. »
- Marc-Aurèle: « L’obéissance aux lois du cosmos est liberté. »
Il fautnécessairement connaître la nature qui cache en son sein des
lois.
- Francis Bacon : « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. »
- Laplace : « Tout dans la nature obéit aux lois. »
- Engels : « La liberté consiste en cette souveraineté sur nous-mêmes et
sur le monde intérieur fondée sur la connaissance des lois nécessaires de
la nature. »
Pour être libre, il suffit d’accepter l’univers, accepter tout ce qui
nous arrive par l’intelligence, il faut comprendre que tout ce qui
nous arrive est nécessaire.
- Spinoza: «J’appelle libre une chose qui est agie par la seule nécessité de
sa nature. »
C. La liberté comme C. La liberté comme obéissance aux lois de la société.
obéissance aux lois de - Cicéron : « Noussommes tous esclaves des lois afin d’être libres. »
la société. - Jean-Jacques Rousseau : « L’obéissance aux lois qu’on s’est prescrite
est liberté. »
- Baruch Spinoza : « L’individu vit plus libre dans la cité où il obéit à
des lois que dans la solitude où il n’obéit qu’à lui-même. »
- Montesquieu : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois
permettent. »
III. CONCLUSION D’une manière générale, la liberté est autonomie de choix. Cependant ce choix
doit être éclairé par la raison. Tout compte fait, la liberté demeure une
acceptation de la nécessité et il n’y a pas de liberté sans lois. /.
SUJET III COMMENTAIRE PHILOSOPHIQUE
Dégagez l’intérêt philosophique du texte suivant à partir de son étude ordonnée
TEXTE : « Mythique ou scientifique, la représentation du monde que construit l’homme fait
toujours une large part à son imagination. Car contrairement à ce qu’on croit
souvent, la démarche scientifique ne consiste pas seulement à observer, à
accumuler des données empiriques pour en déduire une théorie. On peut
parfaitement examiner un objet pendant des années sans jamais en tirer la moindre
observation d’intérêt scientifique.
Pour apporter une observation de quelque valeur, il faut déjà, au départ, avoir une
certaine idée de ce qu’il y a à observer. Il faut déjà avoir décidé ce qui est
possible. Si la science évolue, c’est souvent parce qu’un aspect encore inconnu des
choses se dévoile soudain ; pas toujours comme conséquence de l’apparition d’un
appareillage nouveau, mais grâce à une manière nouvelle d’examiner les objets, de
les considérer sous un angle neuf. Ce regard est nécessairement guidé par une
certaine idée de ce que peut bien être la « réalité ». Il implique toujours une
certaine conception de l’inconnu, de cette zone située juste au-delà de ce que la
logique et l’expérience autorisent à croire. Selon les termes de Peter Medawar 1,
l’enquête scientifique commence toujours par l’invention d’un monde possible, ou
d’un fragment de monde possible. »
(François JACOB, Le jeu des possibles, Fayard, 1981, p. 29.)
1
Auteur deThe Hope of Progress, New York (1973).
I- COMPREHENSION
1.3- Auteur François JACOB
1.4- Ouvrage Le jeu des possibles, Fayard, 1981, p.29.
1.3- Thème - La démarche expérimentale.
- La démarche scientifique.
1.4- Question implicite La démarche expérimentale est-elle purement empirique ?
Suffit-il d’accumuler les faits pour avoir une connaissance scientifique ?
1.5- Thèse de l’auteur L’accumulation des données empiriques ne suffit pas pour avoir une
connaissance scientifique.
La science n’est pas seulement une construction empirique mais aussi
rationnelle.
II- CORPS DU DEVOIR
2.1- Structure du texte.
La démarche
scientifique n’est pas « Mythique ou scientifique, la représentation du monde que construit l’homme
seulement empirique :
fait toujours une large part à son imagination. Car contrairement à ce qu’on croit
souvent, la démarche scientifique ne consiste pas seulement à observer, à
accumuler des données empiriques pour en déduire une théorie. On peut
parfaitement examiner un objet pendant des années sans jamais en tirer la moindre
observation d’intérêt scientifique.»
Toute observation
scientifiquement «Pour apporter une observation de quelque valeur, il faut déjà, au départ, avoir
intéressante suppose une certaine idée de ce qu’il y a à observer. Il faut déjà avoir décidé ce qui est
un regard neuf, une possible. Si la science évolue, c’est souvent parce qu’un aspect encore inconnu
hypothèse, une des choses se dévoile soudain ; pas toujours comme conséquence de l’apparition
invention :
d’un appareillage nouveau, mais grâce à une manière nouvelle d’examiner les
objets, de les considérer sous un angle neuf. Ce regard est nécessairement guidé
par une certaine idée de ce que peut bien être la « réalité ». Il implique toujours
une certaine conception de l’inconnu, de cette zone située juste au-delà de ce que
la logique et l’expérience autorisent à croire. Selon les termes de Peter Medawar 1,
l’enquête scientifique commence toujours par l’invention d’un monde possible, ou
d’un fragment de monde possible»
Procédés d’argumentation
1ère idée : La démarche scientifique n’est pas seulement empirique :
L’homme, dans ses investigations ou dans la voie de la connaissance «fait
toujours une large part à son imagination. » François Jacob relève l’insuffisance
de la théorie empiriste selon laquelle les faits suffisent pour « en déduire une
théorie. »
2ère idée : Toute observation scientifiquement intéressante suppose un
regard neuf, une hypothèse, une invention :Selon François Jacob, dans une
démarche scientifique « une observation de quelque valeur suppose une
certaine idée. » La nouveauté dans la démarche du savant est
qu’avant « d’examiner les objets », les faits, « la réalité » il faut
nécessairement une idée.
2.2- Intérêt philosophique a. Mérites de l’auteur
François Jacob a le mérite d’avoir :
Montré l’insuffisance de la thèse empiriste et la nécessité de l’hypothèse
dans l’élaboration de la connaissance scientifique.
ADJUVANTS - Emmanuel Kant : « Les intuitions sans concepts sont aveugles et les concepts
sans intuitions sont vides. »
- Claude Bernard : « On expérimente avec sa raison. »
- Francis Bacon : «Raison et expérience doivent nouer une alliance. »
- Gaston Bachelard : La science est «un matérialisme rationnel et un
rationalisme appliqué. »
III-CONCLUSION C’est au confluent du réel et de l’intelligible, du rationnel et du sensible que se
situe la réalité complexe mais instructive du savoir scientifique. La véritable
connaissance scientifique est le résultat d’une interaction dynamique entre
l’expérience et la raison.
Séries G-F-Ti
SUJET I : Logique définie comme : « l’art de bien conduire sa raison
dans la connaissance des choses » a-t-elle réellement permis
de déboucher sur la vérité?
I. COMPREHENSION
1.1- Analyse des concepts
- La logique : l’art de bien conduire sa raison dans la connaissance des choses ;
l’art de bien raisonner pour atteindre la vérité, « science de la preuve » (selon
John Stuart Mill)
- A-t-elle réellement permis de : A-t-elle réellement contribué à ; a-t-elle
véritablement conduit à …
- Déboucher sur : Accéder à ; atteindre ; parvenir à ; avoir accès à ...
- La vérité : L’accord, la conformité, la correspondance, l’adéquation entre
l’intelligence et le réel ; le caractère de ce qui est vrai ; « dire de ce qui est
qu’il est et de ce qui n’est pas qu’il n’est pas. » (cf. Aristote)
1.2- Reformation - La validité d’un raisonnement logique est-elle de nature à établir sa
vérité ?
- La forme logique d’un raisonnement vaut-elle assez pour rendre compte
de sa validité ?
Consignes -Montrer si la logique conduit nécessairement ou absolument à la vérité.
-Montrer si un raisonnement logique est du coup un raisonnement vrai.
1.3- Problème Rapport entre le raisonnement logique et la vérité.
1.4-Problématique
Opinion commune Le respect des règles logiques permet à un raisonnement d’atteindre à la vérité.
Or le raisonnement logique ne renseigne pas ou ne porte pas sur la matérialité,
Constat autrement dit, le fond de la pensée mais sur la forme.
La cohérence du discours suffit-elle pour déterminer son contenu de vérité ?
Question
II. PLAN POSSIBLE A. La cohérence comme critérium de vérité des discours.
A. La cohérence Le discours ou raisonnement fait l’objet de la logique. Celle-ci porte
comme critérium sur les normes formelles de la vérité. Elle est pour André
de vérité des Lalande : « l’étude des concepts, jugement et raisonnement, considérés
discours. dans les formes où ils sont énoncés, et abstraction faite de la manière à
laquelle ils s’appliquent. »
Raisonner, argumenter ou tenir un discours logique, c’est énoncer
une proposition nouvelle à partir d’une ou plusieurs propositions
données appelées prémisses. Pour passer de celles-ci à la conclusion, il
faut respecter un certain nombre de règles dont la principale est la non-
contradiction.
Le raisonnement ou discours est l’expression de la pensée par le moyen
de la phrase. Il est caractérisé par sa forme : un raisonnement logique est
donc un discours cohérent, c’est-à-dire dont les parties se soudent entre
elles ; un discours harmonieux, non contradictoire, non confus.
La seule condition pour qu’un discours soit vrai, selon les logiciens, c’est
qu’il soit formellement valide, cohérent ou non-contradictoire : « La
vérité formelle consiste simplement dans l’accord de la connaissance avec
elle-même. » (E. Kant) Par conséquent, elle ne tient nullement compte de
la réalité.
En d’autres termes, en logique, la forme est autonome et la cohérence
n’est en aucun cas liée au fond ou au contenu de la pensée encore moins à
l’expérience. Le raisonnement logique emprunte des détours, « circule à
travers des concepts » en transférantla vérité des prémisses à la
conclusion. Il est supposé que la certitude ne peut être obtenue que par la
logique.Ainsi la légitimité formelle, conférée par la logique, repose sur :
1- L’autonomie de la forme par rapport au fond (ou contenu). D’où le
recours au symbolisme mathématique. Ex : Soit le syllogisme
aristotélicien :
Tous les hommes (X) sont mortels (Y).
Or Socrate (Z) est un homme.
Donc Socrate est mortel.
Il revient à cette transcription formelle :
X=Y.
Or Z=X.
Donc Z=Y.
Dans cettedernière proposition, X a une valeur inconnue, « quelconque. »
2- Le caractère transférentiel de la vérité (évoqué plus haut). Il faut que
la vérité circule des prémisses à la conclusion, qu’il existe un lien
intrinsèque, un rapport de conséquence entre la vérité constatée (celle
des prémisses) et la vérité supposée (celle de la conclusion)
Ex :
Tous les métaux sont solides. (1ère vérité constatée)
Or le mercure est un métal. (2ème constat)
Donc le mercure est un solide (Supposition)
Ceux qui portent des verres sont des intellectuels.
Or Kodjo porte des verres.
Donc Kodjo est un intellectuel.
Il y a transfert de la vérité contenue dans les deux prémisses (les constats) vers la
troisième proposition (la conclusion ou conséquent). Celle-ci n’est pas forcément
vraie. Elle affirme seulement que si les premières propositions sont vraies, alors la
conséquence aussi est vraie. Ainsi, il apparaît nettement que la vérité circule
effectivement, qu’elle passe des prémisses à la conclusion.
Le raisonnement formel dont les deux exigences viennent d’être mises en
exergue, apparaît alors sous sa caractéristique principale qui est la
vacuité : (il est vide de contenu.) En conséquence, la logique est une
« idée pure » (Hegel), un récipient ou réceptacle indifférent à son
contenu, raison pour laquelle le mathématicien et philosophe suisse
Ferdinand Gonseth (1890- 1975) la qualifie de « physique de l’objet
quelconque. »
La validité de l’idée comme condition de vérité se retrouve également
dans le rationalisme. En effet, pour les rationalistes, l’idée est suffisante
pour porter vers, conduire à la vérité. « Les idées innées sont porteuses de
vérité. » (Descartes)
Transition : Dans le domaine rationnel, qui est celui de la logique, le vrai est ce
qui est formellement valide. Mais, le critère de cohérence permet-il suffisamment
de définir la vérité et de l’atteindre ?
B. La vérité comme B. La vérité comme adéquation entre pensée et réalité.
adéquation entre Depuis la période scolastique, le vrai se définit comme la conformité de la pensée
pensée et réalité. avec ce qui est, le jugement en accord avec le réel. Celui-ci serait un réservoir, un
important gisement de connaissances où l’homme ne cesse de puiser, de
rechercher. (Cf. HenriBergson : « La vérité serait déposée dans les choses et dans
les faits ; notre science irait l’y chercher. »
La vérité échappe à la dimension aprioriste (celle de la logique qui est
coupée de tout contact avec la réalité) pour se situer au confluent de la
pensée et du monde concret dont elle en vient à être le rapport. Elle est a
posteriori.
La définition de la vérité matérielle à partir du critère de correspondance (de
l’esprit et du réel)est à préciser. Cette correspondance est-elle un reflet ou
une reproduction de la réalité qui tout simplement viendrait s’imprimer sur
l’esprit ? La vérité est-elle la copie des faits ?
Ces questions indiquent la notion de correspondance ne renvoie à rien de
précis ; elle est floue. Car entre une idée et la réalité qu’elle exprime, il y a
un grand écart. Spinoza disait à ce propos : « L’idée du chien n’aboie pas.
L’idée du cercle n’est pas ronde. »
On voit que le problème majeur est de statuer sur comment l’esprit reproduit
la réalité. La réponse est que la vérité est plutôt une transposition et une
reconstruction actives des faits. En témoigne l’élaboration de la vérité
scientifique (en sciences expérimentales) à partir des éléments
méthodiquement exploités en prenant appui sur des théories, des instruments,
des techniques expérimentales et un haut niveau d’abstraction. Car, le
jugement vrai suppose une maîtrise de l’imagination et des croyances,
l’effort et le souci de dépassement des données brutes des sens.
Transition : Le vrai est ce qui porte sur la réalité et la vérité, le jugement qui
reconstruit la réalité. Que dire en définitive du critère formel ?
C. La validité du C. La validité du raisonnement repose sur la norme formelle et la norme
raisonnement matérielle.
repose sur la norme La logique, en valorisant la validité comme critère de vérité des propositions,
formelle et la présuppose l’indépendance à l’égard de l’expérience. Les définitions, axiomes et
norme matérielle. postulats d’où sont déduites les propositions n’ont aucun correspondant le réel. La
rigueur formelle apparaît alors comme la première voie d’accès à la vérité, un
passage obligé, un préalable absolu. Son importance dans la recherche de la
connaissance n’est plus donc à démontrer.
Certes, les faits ont le dernier mot, mais le chercheur a besoin de
raisonner (Cf. Gaston Bachelard : « Quand le savant raisonne, il faut
qu’il expérimente. Quand il expérimente, il faut qu’il raisonne. »
Aussi l’homme de science est obligé de recourir au logicien. Même le plus
endurci des empiristes reconnaît le bien-fondé de la réflexion dans l’élaboration
de la vérité. (Cf. John Locke : « La connaissance provient de deux sources, la
sensation et la réflexion. Cependant, la sensation a besoin d’être portée par la
réflexion. »
Ainsi, même si on admet que les êtres mathématiques proviennent de
l’expérience, force est donc de reconnaître que ces formes grossières
nécessitent d’être portées par le raisonnement, par la pensée. (Cf. Henri
Poincaré) En raisonnant (Cf. la logique) et en démontrant (Cf. Les
mathématiques), on peut aboutir à une vérité matérielle. (Cf. Le Verrier et
la découverte de Neptune)
La pensée nécessaire et incontournable se doit être rigoureuse pour
pouvoir déboucher sur la vérité. En outre, elle doit être soutenue par des
faits. (Cf. E. Kant)
En somme, dans la saisie de la vérité formelle, le critère de cohérence ne
fait aucun doute : il est pertinent et nécessaire. Cependant, il est
insuffisant pour permettre d’accéder à la vérité matérielle. Ainsi faut-il
recourir à la vérification et donc à la confrontation d’avec la réalité. (Cf.
Le logicien et philosophe anglais d’origine autrichienne Ludwig Joseph
Wittgenstein (1889-1951) et le positivisme logique : La condition de
vérité du discours est qu’il se doit d’être à la fois cohérent et
vérifiable.
III. CONCLUSION La vérité est la qualité d’un jugement. Et celui-ci se caractérise avant tout par sa
forme, sa cohérence. Mais il porte aussi sur l’objet et donc sur la réalité. A partir de
là, bien que la logique soit, selon la formule de Victor Hugo, « La géométrie de
l’intelligence »
SUJET II Le philosophe est-il un homme de croyance et de conviction ?
I. COMPREHENSION
1.1- Analyse des concepts - Le philosophe : Celui qui mène une réflexion critique, méthodique et
rationnelle ; l’amoureux ou le désireux de la sagesse.
- un homme de croyance : un homme qui adhère passivement ; un homme qui
admet et accepte sans preuve rationnelle ; un homme de foi.
- un homme de conviction : un homme de certitude ; un homme d’opinion
fermement convaincante.
1.2- Reformulations - Le philosophe est-il un homme de foi et de certitude ?
- L’attitude philosophique peut-elle se définir comme un acte de foi et
de certitude ?
- La réflexion critique et rationnelle consiste-t-elle à croire et à
admettre des certitudes.
1.3- Problème
Rapport entre la philosophie et les croyances et convictions.
Attitude philosophique.
Définition du philosophe.
Nature ou caractéristiques du philosophe.
1.4-Problématiques
A.
- Opinion commune On a tendance à considérer le philosophe comme celui qui adhère passivement
aux idées non testées par la raison et dont le jugement est ferme et inébranlable.
- Constat Or on constate que le philosophe est celui qui use de la raison contre le
dogmatisme.
- Question D’où la question : La réflexion critique et rationnelle consiste-t-elle à croire et à
admettre des certitudes ?
II. PLAN
A. Le philosophe A. Le philosophe comme un homme de croyance et de conviction.
comme un homme Le philosophe est un membre d’une société donnée ayant ses croyances,
de croyance et de ses préjugés, ses habitudes et ses convictions avec lesquels elle façonnerait la
conviction. personnalité de ses individus.
Le philosophe est un homme de croyance et de conviction, condition même
qui pose sa philosophie possible.
1. Sans aucune conviction, le débat et le dialogue ne sont pas possibles.
-Le manque de croyance et de conviction est un obstacle au dialogue. Si de ceux
qui dialoguent, personne n’est sûre et convaincue de quelque chose, personne
n’est et ne peut alors se mettre en position contre les autres. Le débat et le
dialogue proviennent des convictions partagées.
2. Le philosophe comme l’entre des deux extrêmes.
Philosopher c’est éviter les deux extrêmes : la croyance ou conviction
absolue, fermée sur elle-même et le doute permanent, sceptique. La certitude
permet de démontrer rationnellement ses idées et d’espérer les faire partager avec
son interlocuteur. C’est dans la volonté de convaincre que peut avoir lieu la
philosophie.
Transition : Si le philosophe est un homme de croyance et de conviction, ces
dernières justifient le doute philosophique.
B. Croyance et B. Croyance et conviction comme finalité de la réflexion critique et
conviction comme rationnelle.
finalité de la 1-/ La philosophie comme réflexion critique, comme remise en cause.
réflexion critique et La réflexion philosophique s’exerce sur les fondements de nos savoirs, de
rationnelle. nos croyances habituelles et de nos certitudes familières.
- Bertrand Russell estime que la philosophie est « l’examen critique des
fondements sur lesquels sont édifiés nos convictions, nos préjugés et nos
croyances. (in Problème de philosophie.)
- Marcien Towa : Dans son ouvrage : Essai sur la problématique
philosophique dans l’Afrique actuelle, il affirme : « La philosophie ne
commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage philosophique et
culturel à une critique sans complaisance. »
La philosophie est une réflexion qui tente d’épurer l’esprit humain des
connaissances erronées.
- René Descartes : « Et, faisant réflexion en chaque matière, je déracinais,
de mon esprit, toutes les erreurs qui s’y étaient pues glisser auparavant. »
(in Discours de la méthode)
2-/ La philosophie comme un perpétuel questionnement.
Le questionnement est le moteur de la philosophie.
A l’instar de Leibniz, le philosophe s’interroge toujours : « Pourquoi y a-t-il
quelque chose plutôt que rien ? »
Le questionnement est l’essence de la philosophie.
- Karl Jaspers : « Les questions, en philosophie, sont plus essentielles que
les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question. » (in
Introduction à la philosophie)
Pour le philosophe, rien ne va de soi ; il faut tout repenser.
- Vladimir Jankélévitch : « Philosopher revient à ceci : Se comporter à
l’égard du monde comme si rien n’allait de soi. »
- Alain : « Penser, c’est dire non. »
Le doute philosophique est un doute révocatoire de toutes nos anciennes
opinions et certitudes.
- Le doute cartésien.
Le doute, la remise en cause ou la critique comme une décision de la raison
philosophique pour bâtir ou construire plus solidement.
Il est clair que, dans sa démarche, le philosophe vole de conviction en
conviction. La résolution de se défaire de toutes les croyances, des opinions et
convictions qu’on a reçues auparavant est le nerf même du dynamisme de la
recherche de la vérité. La philosophie est faite des premières certitudes desquelles
elle se défait pour établir plus solidement des certitudes secondes et plus
évidentes. Pour un dialogue fructueux, le philosophe part de la croyance à la
certitude. Philosopher, c’est remettre en cause en vue du mieux et c’est en cela
que la philosophie est une quête permanente. Le premier acte philosophique est
un acte de foi et de confiance en la raison dans la recherche de la vérité.
III. CONCLUSION Il apparaît assez paradoxal d’affirmer que le philosophe est un homme de foi et de
certitude. Mais, sans les croyances et les convictions, la philosophie n’aurait pas de
raison d’être ce qu’elle est : débat, dialogue, doute et critique. /.
SUJET III COMMENTAIRE PHILOSOPHIQUE
Dégagez l’intérêt philosophique du texte suivant à partir de son étude ordonnée :
TEXTE : «Avec le progrès technique, l’humanité est sortie de son impuissance matérielle. Il
lui reste encore et toujours à se montrer responsable, à maîtriser les pouvoirs qu’elle
se donne, à les soumettre aux exigences morales de l’homme. Toute innovation qui
modifie les références essentielles de notre existence doit nécessairement donner
lieu à de nouvelles règles de droit définissant le permis et l’interdit. Ces nouvelles
règles peuvent conduire la société à une réflexion collective sur les valeurs
fondamentales et traditionnelles de la civilisation, tel le respect absolu de toute
forme de vie humaine. Si cette réflexion donne lieu à des débats de société, si elle
met le choix des valeurs au centre de la vie sociale, le progrès technique sera cause
d’un immense progrès de la civilisation. Sans cela, nous serions entraînés à
l’aveuglette par le progrès technique vers un mode de vie qui nous laisserait
intimement et gravement désorientés. »
(G. CHOMIENNE et A.SENIK, Philosophie, Ed. Hatier, 1995, p. 45.)
I- COMPREHENSION G. CHOMIENNE et A. SENIK ;
1.1. Auteurs Philosophie, Ed. Hatier, 1995, p. 45.
1.2. Ouvrage Le progrès technique et la morale.
1.3. Thème
- Le progrès technique est-il une panacée pour l’humanité ?
1.4. Question implicite - Le progrès technique peut-il se passer de la morale ?
Les hommes ne peuvent connaître un véritable bonheur que si le progrès
1.4. Thèse de l’auteur technique s’accompagne toujours du progrès moral.
II- CORPS DU DEVOIR 1ère idée : Le progrès technique commemoyen de domination de la nature
2.1- Structure du texte et hostile :« Avec le progrès technique … puissance matérielle. »
argumentation.
2ère idée : Nécessité d’une réflexion morale sur le progrès technique : « Il lui
reste … progrès de la civilisation. »
3ère idée : Les risques du progrès technique sans la morale : « Sans cela …
désorientés. » :
Mérites des auteurs :
2.2- Intérêt philosophique Ils ont le mérite d’avoir :
- insisté sur la nécessité d’une sagesse, d’un « supplément d’âme » pour orienter la
technique.
Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »
Meynard : «Si Descartes attend de la science les plus profondes applications
pratiques, il n’en désire pas moins qu’elle contribue à la recherche de la
sagesse, vraie nourriture de l’esprit. »
ADJUVANTS Roger Ikor : « L’efficacité scientifique et technique, ce n’est pas tout ; la
morale compte aussi.»
Le Rév. Père Laberthonnière : « La science nous apprend à nous servir des
choses. Mais saurions-nous nous servir de nous-mêmes ? »
Hans Jonas : « L’avenir de l’humanité est la première obligation du
comportement collectif humain à l’âge de la civilisation technicienne
devenue toute puissante. »
III.CONCLUSION Le progrès technique est irréversible. On ne peut que l’accompagner
d’un « supplément d’âme » ou d’un « supplément d’humanité. »
BAREME :
Critère 1 : Compréhension /6
Critère 2 : Méthodologie adaptée au sujet /4
Critère 3 : Culture philosophique adaptée au sujet /6
Critère 4 : Présentation, style, expressions /4
APPRECIATIONS :
[00] Travail nul
[01-02] Très mauvais travail
[03-04] Mauvais travail
[05] Travail très faible
[06] Travail faible
[07] Travail très insuffisant
[08-09] Travail insuffisant
[10-11] Travail passable, acceptable, Moyen
[12-13] Travail assez bien
[14-15] Bon travail
[16-17] Très bon travail
[18-19] Excellent travail