0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
57 vues66 pages

Manuel V4

Transféré par

Nicolas Lévy
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
57 vues66 pages

Manuel V4

Transféré par

Nicolas Lévy
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

350 400 450 500 550 600 650 700 750 800 850 900 950 1000 1050

ANTIQUITÉ MOYEN-ÂGE

481-751 751-987
Mérovingiens Carolingiens

Hugues Capet
LES ROIS Dagobert
(629-639)
(987-996)

DE FRANCE
Charles Martel
(714-742)

Clovis 1er Pépin le Bref


(481-511) (751-768)

Charlemagne
(768-814)

-52 842
Alesia Serments de Strasbourg

1095
Appel à la croisade
732
par le pape Urbain II
Bataille de Poitiers
910
Fondation de Cluny

476 800
Chute de l’empire romain Charlemagne
couronné Empereur

496
Baptême de Clovis
843
Traité de Verdun

800
Palais d’Aix-la-Chapelle

507
Victoire de Clovis à Vouillé 911
Invasion des Vikings en Normandie

Art roman

Hugues Capet
Clovis et Clothilde Les Carolingiens et les premiers Capétiens
1150 1200 1250 1300 1350 1400 1450 1500 1550 1600 1650 1700 1750 1800 1850

TEMPS MODERNES

Capétiens

996-1328 1328-1589 1589-1792


Capétiens directs Valois Bourbons
Louis IX (Saint-Louis) Jean II, le Bon François 1er Louis XVI
(1226-1270) (1350-1364) (1515-1547) (1774-1792)
Henri IV
Louis VI, le Gros (1589-1610) Louis XV
(1108-1137) (1715-1774)
Charles IX
(1560-1574)
Louis XIII
Charles V, le Sage Louis XI
Louis VII, le Jeune Henri II (1610-1643)
(1364-1380) (1461-1483)
(1137-1180) (1547-1559)
Philippe IV, le Bel Louis XIV
Philippe II, Auguste (1285-1314) Charles VII, le Victorieux Henri III (1643-1715)
(1180-1223) (1421-1461) (1574-1589)

1214 1429 1598


Victoire de Bouvines Jeanne d’Arc délivre Orléans Édit de Nantes

1751-1772
1562
Les Encyclopédistes
Début des guerres de religion

1539 1661
Édit de Villers-Cotterêts Louis XIV gouverne seul
1789
1163 Début de
Premiers travaux à 1572 la Révolution française
Notre-Dame de Paris Massacre de la Saint-Barthélemy

1792
1515 Chute de la Monarchie
Victoire de Marignan
1337-1453 1661
Guerre de Cent Ans Début des travaux
1302 1519 à Versailles
1ère réunion des États généraux Construction de Chambord

1624
Richelieu devient ministre

Art gothique Renaissance Classicisme

1204 1481 1648 1766


Normandie 1291 Provence Alsace Lorraine
Languedoc
1532
1453 1678
Bretagne
1349 Aquitaine Franche-Comté
Dauphiné 1791
1224 Comtat Venaissin
Anjou-Poitou 1659
Roussillon-Artois
1477 1768
Bourgogne Corse
Nouveau Manuel d’Histoire

1
programme officiel Sous le parrainage de Jean Tulard, membre de l’Institut
B. O. DU 26 NOVEMBRE 2015

Dimitri Casali
Classe de 5e

Nouveau Manuel
Thème 1 Chrétientés et Islam (VIe-XIIIe siècle),
des mondes en contact

Histoire
Thème 2 Société, Église et pouvoir politique
dans l’Occident féodal (XIe-XVe siècle)

d’
Thème 3 Transformations de l’Europe et
ouverture sur le monde aux XVIe
et XVIIe siècles

Classe de 4 e

Thème 1 Le XVIIIe siècle. Expansions, Lumières Préface de Jean-Pierre Chevènement


et révolutions

L’Europe et le monde au XIXe siècle


Thème 2
Contributeurs : Dimitri Casali, historien
Thème 3 Société, culture et politique dans et ancien professeur au collège
la France du XIXe siècle
Isabelle Castille,
Classe de 3e professeur d’histoire

Thème 1 L’Europe, un théâtre majeur Jean-François Chemain,


professeur agrégé et docteur en
des guerres totales (1914-1945)
histoire, docteur en histoire du droit
Thème 2 Le monde depuis 1945 Thierry Chevrier,
professeur de lettres et d’histoire
Thème 3 Françaises et Français dans une
République repensée Marion Godefroy, professeur
certifié d’histoire-géographie

Béatrice Guillon, professeur


Ce manuel est dédié à la mémoire des grands historiens, d’Ernest Lavisse à Albert Malet agrégé d’histoire-géographie
et Jules Isaac, et de tous les enseignants qui ont vécu et transmis cette histoire, Paul Guillon,
tel Maurice Lambert, professeur au lycée Carnot à Dijon. professeur agrégé d’histoire

La Fondation Aristote tient en outre à remercier ses donateurs dont la générosité a rendu Louis Manaranche,
professeur agrégé d’histoire
possible la réalisation de cet ouvrage, et notamment Mme Emeline Decouvelaere,
M Michel Gentilhomme, Mme André Lacam, et M. Arnaud Capron, qui en sont les parrains.
me Jean-Baptiste Noé,
professeur certifié
d’histoire-géographie

Commandez cet ouvrage dans sa version imprimée chez votre libraire, Martine Oudin, professeur
sur Amazon, La Procure ou [Link] certifié d’histoire-géographie

Marie-Catherine
Thivillier, professeur certifié
d’histoire-géographie

2 3
Préface
par Jean-Pierre Chevènement
Ancien ministre de l’Éducation nationale
Membre honoraire du Parlement

T
out peuple, pour exercer sa souveraineté, doit avoir conscience 1789. L’inspiration de la « Grande Révolution » a « Le mérite de ce livre
de lui-même et par conséquent de son Histoire. À cette condition façonné et façonne encore l’Histoire du monde. est d’offrir une docu-
seulement, le Peuple existe comme « demos », c’est-à-dire comme Il n’y a donc pas lieu de revisiter l’Histoire de
corpus de citoyens capables de définir ensemble un intérêt général. France, même à la lumière d’un XXe siècle parti-
mentation diversifiée
culièrement éprouvant. J’aimerais en particulier propre à nourrir un débat
C’est pourquoi le récit national est une part importante et même déci- qu’on montre davantage que l’effondrement équilibré et serein sur
sive de la conscience civique. C’est le mérite de M. Dimitri Casali et des
professeurs d’Histoire qu’il a réunis autour de lui d’avoir su élaborer ce
de mai-juin 1940, avant d’être militaire, a été tant de questions qui
d’abord un effondrement politique : celui d’élites
manuel de manière vivante, en s’appuyant sur la chronologie et quelques font aujourd’hui
déboussolées qui ne savaient plus quelle guerre
grands personnages propres à frapper l’imagination des élèves, tant il elles devaient faire. Et peut-être aussi pour- polémique alors qu’elles
est vrai que pour enseigner l’Histoire, il faut raconter des histoires (mais rait-on mentionner Stalingrad, avant et avec le mériteraient d’être
des histoires vraies !). débarquement du 6 juin 1944… traitées avec recul et
Si j’ai employé l’expression « récit national », « Tout peuple, pour exer- Pour éviter demain les « chocs de civilisations » hauteur de vue. »
c’est évidemment à dessein : un récit se doit cer sa souveraineté, doit dont parlait l’historien américain Huntington, il
d’être objectif et de restituer l’Histoire, avec
ses lumières, mais aussi avec ses ombres. Je
avoir conscience de lui- faut aussi connaître l’Histoire des autres : ainsi Charlemagne, qui s’efforçait

distingue donc clairement le « récit national » même et par conséquent vers l’an 800 de relever l’Empire romain effondré trois siècles plus tôt,
échangeait-il des cadeaux avec Haroun al-Rachid, le calife de Bagdad
du « roman national » : la France n’a pas besoin de son Histoire. » dont la magnificence des présents témoignait de la splendeur de la civi-
de « romancer » son Histoire. Celle-ci comporte lisation arabe à cette époque.
des taches. Ainsi la conquête de l’Algérie s’est faite avec des violences
inacceptables : les soldats de Bugeaud ont utilisé contre les Algériens On ne peut pas faire d’emblée de l’histoire comparative. C’est le grand
les méthodes qu’ils avaient apprises dans les guerres que les armées mérite du livre de M. Casali et de son équipe d’avoir centré ce manuel
napoléoniennes avaient livrées en Espagne, en 1812-1814, contre les destiné aux classes du cycle 4 (5e, 4e, 3e) sur l’Histoire de la France. Il faut
insurgés, levés à l’appel de l’Église. Mais si je partage le point de vue de d’abord se connaître soi-même avant de prendre la distance qui permet
Clemenceau sur la colonisation (il contestait qu’il y eût des civilisations de s’ouvrir aux autres.
supérieures à d’autres), je ne pense pas que la France occupe, au podium
des horreurs du colonialisme, la première place. Le livre de Dimitri Casali Le mérite de ce livre est d’offrir une documentation diversifiée propre à
rappelle utilement l’œuvre de Savorgnan de Brazza au Congo. nourrir un débat équilibré et serein sur tant de questions qui font aujourd’hui
polémique alors qu’elles mériteraient d’être traitées avec recul et hauteur
La France n’a pas commis de génocide (je ne ferai pas la liste des de vue. Un bon manuel d’Histoire est celui qui fait découvrir les continuités
peuples génocidaires). Je préfère donc au concept de repentance, celui au-delà des ruptures, sans occulter le sens de ces dernières.
de « conscience ». Lui seul me paraît de nature à rompre avec les suren-
chères d’humiliations, de violences, de ressentiments et de haines qui Je souhaite que celui-ci remplisse pleinement ce rôle fédérateur et
menacent aujourd’hui l’Humanité. L’Histoire de France est une belle et fasse apparaître quelle somme d’efforts, de combats, de souffrances ont
grande Histoire, celle d’un peuple qui, comme l’a montré Michelet, a, le été nécessaires pour « faire France ». Car cette tâche est plus que jamais
premier en Europe, proclamé les « Droits de l’Homme et du Citoyen » de nécessaire, dans le temps d’épreuves qui est devant nous.

4 5
Sommaire
Leçon 2 Les trois pouvoirs de la ville 84
Humanisme, réformes
Patrimoine Paris, plus grande ville chap. 8 et conflits religieux 124
de l’Occident chrétien 86
Histoire des arts De l’art roman
Leçon 1 L’homme au centre du monde 126
à l’« art français » 88
Leçon 2 La révolution de la pensée
Préface par Jean-Pierre Chevènement 4 Leçon 2 L’Islam, du fin fond du désert Histoire des arts L’art gothique
scientifique 128
Sommaire 6 à la conquête du monde ! 48 ou « art français » : la course au ciel 90
Zoom sur l’Histoire Peinture L’Italie, atelier
à la découverte du manuel 12 Patrimoine Foi et pratique des musulmans 50 Le saviez-vous ? 92
de la Renaissance : L’école d’Athènes
Arts et architecture L’Espagne musulmane, de Raphaël 130
perle de l’Islam 52 Leçon 3 La Réforme protestante
L’affirmation de l’État 132
Le saviez-vous ? 54 chap. 6 monarchique dans le royaume
Le saviez-vous ?
Classe de 5e
134
14 des Capétiens et des Valois 94 Supplément François Ier : vers la monarchie
absolue 136
Supplément La naissance du royaume Leçon 1 Philippe Auguste : « L’idée Supplément François Ier, le roi
Thème 1 Chrétientés et Islam (VIe-XIIIe de France 56 de France » 96 de la Renaissance 138
siècles), des mondes en contact 16 Supplément L’affirmation d’une dynastie 58 Leçon 2 Bouvines : premier sentiment
Supplément Les guerres de religion 140
Supplément Les croisades 60 national 98
Supplément Le « bon roi » Henri IV 142
Supplément La fin des croisades 62 Supplément La vie de saint Louis 100
chap. 1 L’Europe carolingienne 18 Supplément Le Roi croisé 102
Politique Philippe le Bel réunit chap. 9 Louis XIV, roi absolu 144
L’empire des Carolingiens
Leçon 1 20 Thème 2 Société, Église et pouvoir les premiers états généraux 104
Leçon 2 Pépin le Bref, premier roi sacré 22 politique dans l’Occident féodal Leçon 3 La guerre de Cent ans 106 Leçon 1 Le règne du Roi-Soleil 146
Art militaire Charlemagne et la guerre 24 (XIe-XVe siècles) 64 Leçon 4 Du gouffre à la lumière 108 Leçon 2 Le plus grand des rois de France 148
Patrimoine Aix-la-Chapelle, capitale Zoom sur l’Histoire Peinture La Pucelle Patrimoine Versailles, château de gloire 150
de l’Europe 26 d’Orléans sauve le royaume 110 Histoire des arts Le roi des arts 152
Histoire des arts La renaissance L’ordre seigneurial :
chap. 4 Sciences et Histoire Les sciences gravitant
carolingienne 28 la formation et la domination autour du Roi-Soleil 153
Littérature et Histoire La chanson de geste :
des campagnes 66
Thème 3 Transformations de l’Europe Zoom sur l’Histoire Peinture L’Accueil du Grand
l’exemple de la Chanson de Roland 30 et ouverture sur le monde aux Condé à Versailles par Louis XIV 154
Seigneurs et paysans
Leçon 1 68
Le saviez-vous ? 32 XVIe et XVIIe siècles 112 Le saviez-vous ? 156
Leçon 2 Ceux qui travaillent : les paysans 70
Leçon 3 Ceux qui prient : prêtres et
L’Empire byzantin : moines 72
chap. 2 la « nouvelle Rome » 34 Supplément Un Nouveau Monde… 114
Patrimoine Les abbayes de Cluny
et de Cîteaux 74 Sciences et Histoire Les innovations
La splendeur de Byzance
Leçon 1 36 Leçon 4 Ceux qui combattent : seigneurs
des grandes découvertes 116
Leçon 2 Chute d’un empire millénaire 38 et chevaliers 76
Histoire des arts Les mosaïques de Ravenne 40 Art militaire À l’assaut du château fort 78 Le monde au temps de
Le saviez-vous ? 42 chap. 7 Charles Quint et Soliman
le Magnifique 118
L’émergence d’une nouvelle
chap. 5 société urbaine
De la naissance de l’Islam 80
chap. 3 à la fin de l’unité califale : Leçon 1 Charles Quint, l’empereur
européen 120
pouvoirs, sociétés, cultures 44 Artisans et commerçants dans
Leçon 1
Leçon 2 Soliman ou les conquêtes
la ville médiévale 82
d’un sultan 122
Leçon 1 Les débuts de l’Islam 46

cf. p. 65
6
Classe de 4e 158
Zoom sur l’Histoire Peinture 2 décembre 1804 :
le sacre de l’Empereur 202
Thème 6 Société, culture et politique
dans la France du XIXe siècle 234
Le saviez-vous ? 204
Bilan La Révolution et l’Empire ont
Thème 4 Le XVIIIe siècle : expansions,
Lumières et révolutions
changé la France 206 Une difficile conquête :
160 chap. 15 voter de 1815 à 1870 236

Bourgeoisies marchandes, Thème 5 L’Europe et le monde Leçon 1 Vote et monarchie 238


chap. 10 négoces internationaux au XIXe siècle 208 Les couleurs
Zoom sur l’Histoire peinture

et traites négrières 162 de la Révolution 240


Leçon 2 Voter sous le Second Empire 242
L’expansion maritime de l’Europe 164 L’Europe de la « révolution Patrimoine Paris, le grand chantier
chap. 13
Leçon 1

Zoom sur l’Histoire Peinture La prospérité


industrielle » 210 de Napoléon III 244
économique de la France 166
Leçon 1 La révolution industrielle 212
Leçon 2 La traite négrière 168
Leçon 2 La question sociale se pose
chap. 16 La IIIe République 246
à l’Europe 214
L’Europe des Lumières : Leçon La République résiste aux crises 248
Leçon 3 1848 : le Printemps des peuples 216
chap. 11
circulation des idées, despo­- Patrimoine La grande Exposition
Zoom sur l’Histoire Peinture Gambetta, Thiers,
tisme éclairé et contestation universelle de 1889 218
Ferry : pères fondateurs de la IIIe
de l’absolutisme 170 République 250
Histoire de Arts La révolution de la peinture
Le saviez-vous ? 252
du XIXe siècle 220
Leçon 1 Le siècle des Lumières 172
Leçon 2 Le siècle de l’Encyclopédie 174
Conquêtes et sociétés Conditions féminines dans
Portrait Voltaire, le « roi de l’Europe » 176 chap. 14 coloniales chap. 17 une société en mutation 254
222
Leçon 3 Despotisme éclairé et monarchie
critiquée 178 Leçon Les femmes à la fin du XIXe siècle 256
Leçon La colonisation française 224
Sciences et techniques Le premier vol humain 180 Sciences et Histoire Marie Curie : la passion
Portrait Brazza, le père des esclaves 226
Supplément La crise de l’Ancien Régime 182 de la science 258
Zoom sur l’Histoire Peinture Focus sur
Portraits Femmes à la conquête
la conquête de l’Algérie 228
de leurs droits 260
La Révolution française Sciences et Histoire Comment la France
chap. 12 et l’Empire 184 envisage-elle sa « mission civilisatrice »
dans les colonies ? 230
Leçon 1 La Révolution détruit l’Ancien Le saviez-vous ? 232
Régime 186
Leçon 2 L’échec de la monarchie
constitutionnelle 188
Leçon 3 La chute de la monarchie 190
Leçon 4 La patrie en danger 192
Zoom sur l’Histoire Musique et peinture
« Aux armes, citoyens ! » 194
Leçon 5 La Terreur 196
Supplément L’extermination en Vendée 198
Supplément Napoléon Bonaparte,
cf. p. 193 fondateur de la France moderne 200

9
Classe de 3e 262
Portrait De Gaulle : une certaine idée
de la France 301 chap.
Femmes et hommes dans
24 la société des années 1950
Leçon 3 L’Occupation, Vichy
et la Résistance 302
aux années 1980 338
Thème 7 L’Europe, un théâtre majeur
Leçon 4 La victoire des Alliés 304
des guerres totales (1914-1945) 264 Leçon 1 La société française d’après-
Leçon 5 Vers les camps de la mort 306 guerre 340
Leçon 2 Vers une nouvelle société ? 342
La Première Guerre
chap. 18
mondiale 266 Thème 8 La France et le monde
depuis 1945 308 Un monde bipolaire
chap. 25 au temps de la guerre froide 344
Leçon 1 Une guerre comme on n’en a
jamais vu 268
Leçon 1 La guerre froide ou l’impossible
Portrait Georges Clemenceau 270 1944-1947 : refonder
chap. 21 la république, redéfinir paix mondiale 346
Leçon 2 L’enfer de Verdun 272
la démocratie 310 Leçon 2 L’équilibre de la terreur 348
Zoom sur l’Histoire Cinéma La Grande Illusion
Ville Berlin, lieu d’affrontement
de Jean Renoir 274
Leçon 1 La IVe République, privilégié 350
Art militaire Guynemer, le héros de l’air 275 une refondation républicaine 312 Le saviez-vous ? 352
Le saviez-vous ? 276 Leçon 2 Une nouvelle République 314
Leçon 3 Bilan de la guerre : une Europe
affaiblie humainement et moralement 278 Affirmation et mise en œuvre
chap. 26 du projet européen
Supplément La nouvelle Europe née Indépendances et création 354
chap. 22
de la Première Guerre 280 de nouveaux États 316
Supplément Les premiers pas
Leçon Les causes de la décolonisation 318 de la construction européenne 356
Démocraties fragilisées Zoom sur l’Histoire Cinéma Schoendoerffer, Supplément Freins et avancées
chap. 19
et expériences totalitaires cinéaste des guerres d’indépendance 320 de la construction européenne 358
dans l’Europe de l’entre- Ailleurs dans le monde Gandhi,
deux-guerres 282
l’indépendance pacifique 322
Enjeux et conflits dans
Le saviez-vous ? 324 chap. 27 le monde après 1989
Leçon 1 La révolution russe 284 360
Leçon 2 L’URSS de Staline 286
Leçon 1 Nouvel ordre international
Leçon 3 L’Allemagne entre les deux De la République gaullienne
chap. 23 à l’alternance et à la ou nouvel ordre américain ? 362
guerres 288
Leçon 4 La France des années 1920 290 cohabitation 326 Leçon 2 Vers une bipolarité États-Unis
et Chine ? 364
Leçon 5 La République ébranlée 292
Leçon 1 De Gaulle fonde la Ve Leçon 3 Le monde face au réveil
République 328 des identités 366
La Seconde Guerre mondiale, Leçon 2 La République gaullienne 330
chap. 20 une guerre d’anéantissement 294
Société Mai 68 : de Gaulle dans
la tourmente 332 Crédits 368
Leçon 1 Déclenchement de la Seconde
Leçon 3 La République à l’épreuve
Guerre mondiale 296 du temps 334
Leçon 2 L’invasion allemande
Le saviez-vous ? 336
de la France 298
Portrait Pétain : héros puis traître 300
cf. p. 304

11
À la découverte Utilisation numérique
les pages thématiques

du manuel Au début de chaque chapitre, un bouton permet d’accé-


der à des exercices et des activités pédagogiques.
Ces contenus seront enrichis tout au long de l’année.
L’histoire des arts, de l’art militaire, du patrimoine
national ou universel, des sciences et des techniques,
Le manuel est articulé autour de trois grands principes : N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et des lieux de mémoire… Avec des informations
suggestions en cliquant sur ce lien. techniques et artistiques.
 écouvrir les documents patrimoniaux essentiels
D
CHE Récit d
es
APPRO Cours qui sont les fondements de notre civilisation
PA A
R L n d s
gra rés et inciter l’élève à forger son esprit critique.
ologie n nages équilib
chron per s o

A
 ider l’élève à appréhender la permanence de l’Histoire
de notre pays et de ses héritages, à la fois catholique et
monarchique d’une part, laïc et républicain d’autre part.
« Zoom sur l’histoire »

l’ouverture  avoir décrypter les détails des chefs-d’œuvre


S
de chapitre (peinture, musique, cinéma).

Elle permet d’aborder le cadre


général historique et géographique
du chapitre traité :
• la question-clé du chapitre accom-
pagnée d’un chapeau introductif ;
• une carte régionale ou l’illustration « Le saviez-vous ? »
d’un événement majeur ;
• une grande frise chronologique ;
• un bouton pour accéder à des Avec de nombreuses rubriques récurrentes : « Des
contenus enrichis. chiffres pour mieux comprendre », « Les mots
de l’histoire », « Anecdote », « Insolite », « Idée
reçue », « Histo info », « Date clé », des fiches-
vignettes armement, et des jeux : « Vrai ou faux ? »,
« Trombinoscope », « Chronos », « QCM »…
la leçon

• Un récit construit autour de


l’histoire des personnages, des
grands événements avec des
titres accrocheurs, une citation en
exergue, des détails qui marquent.
• Un regard équilibré tenant compte
à la fois des aspects négatifs
(révocation de l’édit de Nantes, Des cartes détaillées
dragonnades) et des aspects
positifs (la gloire du Roi-Soleil). Enrichies de pictogrammes, toutes les cartes peuvent être
retrouvées et agrandies dans la version enrichie du manuel,
accessible par un simple clic en début de chapitre.

12 13
« Le drapeau tricolore a fait le tour du monde alors que le drapeau
rouge n’a fait que le tour du champ de Mars. »
Lamartine lors de la proclamation de la IIe République en 1848
4
e

La Bataille des Pyramides, Louis François Lejeune, 1808


Thème 4
Le XVIIIe siècle :
expansions, Lumières
et révolutions

Louis XVI donnant ses


instructions à La Pérouse
Peinture de Nicolas Monsiau

D
Louis XVI est un passionné des voyages
d’exploration et aime la géographie. C’est lui-
e la mort de Louis XIV en 1715 à l’exécu- même qui rédige les instructions de La Pérouse :
tion de Louis XVI lors de la Révolution, la « Reconnaître les terres inexplorées et étudier
France et l’Europe connaissent des chan- également les hommes, la faune et la flore de ces
contrées lointaines. » Le 29 juillet 1785, dernière
gements politiques, sociaux, économiques et réunion de travail, seulement trois jours avant le
culturels majeurs. Le développement de l’es- départ, le Roi montre un point imaginaire sur une
prit scientifique, l’ouverture vers des horizons carte en plein océan Indien. Derrière lui son excel-
lent ministre de la Marine, de Castries, tient dans sa
plus lointains poussent les gens de lettres et main un mémoire de l’Académie des sciences pour
de sciences à questionner les fondements poli- bien signifier que le but de la mission est purement
tiques, sociaux et religieux du monde dans lequel scientifique.
ils vivent.
Mappemonde
Description générale du globe terrestre avec allé-
gories des quatre parties du monde.

160 161
Chap.

10 Bourgeoisies marchandes,
négoces internationaux
et traites négrières
Comment l’Europe connaît-elle au XVIIIe siècle
une expansion impériale et commerciale qui va de
pair avec le développement de la traite négrière ?

A
u XVIIIe siècle, l’Europe connaît une expansion sans précédent. Ce
n’est plus le continent mais le monde qui devient le cadre des rivalités
entre les grandes puissances. Cela se manifeste par la croissance du
commerce atlantique, qui entraîne le développement de nombreuses colo-
nies de plantations. Toutefois, cette puissance rime aussi avec la servitude de L’EXPANSION COLONIALE DE L’EUROPE
nombreux Africains réduits en esclavage dans le cadre d’une traite négrière
Les empires coloniaux Les grandes routes
au cœur de l’économie impériale. et les comptoirs commerciales du XVIIIe siècle
Empire français Le trajet français, Ports de départ
Empire anglais la « route intermédiaire » Escales
Empire portugais Le trajet anglais, Route de la traite triangulaire
le « passage intérieur »
Empire espagnol Produits échangés
Le trajet hollandais,
Empire hollandais la « route longue »

La tasse de chocolat
Peinture de Jean-Baptiste Charpentier, 1768
La consommation par les élites de mets et de bois-
sons en provenance d’Amérique devient un symbole
du rayonnement commercial de l’Europe dans le
monde du XVIIIe siècle. Ce tableau réunit la famille
du duc de Penthièvre : le duc, son fils le prince de
Lamballe, la princesse de Lamballe exécutée lors
de la Révolution en 1792, sa fille Mademoiselle de
Penthièvre (future duchesse d’Orléans).

400 500 600 1500 1600 1700 1800 1900 2000

Traite intra-africaine vers 600 vers 1500 1794 1833 1865 1981
Début de la traite Début de la traite Abolition de l’esclavage L’Angleterre 1861 Abolition de Abolition
arabe atlantique par la Convention abolit l’esclavage Abolition du l’esclavage aux de l’esclavage
servage en Russie États-Unis en MaurItanie
La France abolit
l’esclavage 1848
163
leçon
1

L’expansion maritime de l’Europe


A. La maîtrise des mers
En 1713, la signature du traité d’Utrecht, qui conclut la guerre de suc-
cession d’Espagne (d’ampleur européenne), permet aux Français et
Britanniques d’affirmer leur rôle de grandes puissances. L’Europe jouis-
sant d’une certaine paix, leur rayonnement se porte à l’extérieur de
celle-ci. En effet, depuis la Renaissance, les progrès de la navigation
ont permis aux Européens de découvrir de nouvelles terres mais aussi
de commercer avec des contrées éloignées. Des comptoirs, en Afrique
ou en Asie, permettent une présence continue des puissances euro-
péennes. À partir de ces ports se développent des compagnies de com- 1
2
merce qui obtiennent d’un État le droit de réaliser tout le commerce avec
une partie du monde. Elles ont constitué un outil au service des empires 4
coloniaux français, britannique et néerlandais. 3

B. La mondialisation des échanges


Progressivement, une nouvelle manière d’envisager le travail et le com-
merce se met en place. On importe, par exemple, du coton d’Amérique
qui est transformé en Europe en étoffes dans des manufactures de plus
en plus mécanisées. Les commerçants qui profitent de cette « mondia- 2
lisation » des échanges constituent une bourgeoisie puissante. Ils sont Le port de Bordeaux au XVIIIe siècle
les gagnants de ce que l’on appelle traditionnellement le commerce Peinture de Joseph Vernet
triangulaire : des esclaves sont achetés en Afrique contre quelques mar- Il est à cette époque le premier port de commerce
chandises de peu de prix. Ceux-ci fournissent ensuite une abondante français.
main d’œuvre aux Amériques. Enfin, le fruit de leur travail est trans- 1 Produits des colonies
arrivant en Europe
formé et vendu en Europe.
Les plantes utiles : 1 théier, 2 caféier,
3 canne à sucre, 4 cotonnier.
C. L’évolution des modes de vie et de pensée
Le commerce international fait naître un style de vie luxueux et exo-
tique au sein des élites européennes. Cela passe par la consommation
Définitions :
de thé, de café ou de chocolat aussi bien que par le fait de revêtir des
Commerce triangulaire
indiennes, étoffes de coton colorées à la mode des Amériques. Un nou- il est pratiqué par les
veau style artistique voit même le jour, le rococo, riche de dorures et de Européens à travers l’océan
chinoiseries. Atlantique – entre l’Europe,
Toutefois, l’ouverture de l’Europe au monde pose aussi de grandes ques- l’Afrique et l’Amérique 3
tions philosophiques et religieuses. Les récits de voyage de Bougainville (« pacotilles » d’Europe en Voyage du comte Louis Antoine de Bougainville
permettent une étude des peuples. Les missions jésuites d’Amérique Afrique ; esclaves d’Afrique Peinture de Louis Garneray
latine visent à établir des sociétés fondées sur le christianisme, plus en Amérique ; produits des
justes et paisibles. Un nouveau mythe s’installe dans les mentalités, plantations d’Amérique en
Europe).
suscitant des réflexions variées : celui du « bon sauvage », c’est-à-dire Domestique noir à la cour 4
de l’homme qui, préservé de la corruption de la civilisation, vit dans une Traite négrière de France
sorte d’innocence naturelle. commerce d’esclaves noirs Peinture de Claude Vignon
d’Afrique vers l’Amérique et Portraits de la princesse de Blois et de Mademoiselle
les Antilles. de Nantes servies par leur domestique noir.

164 165
zoom sur peinture
1 2

La prospérité économique
l’histoire

1754
de la France Les différents pavillons
des navires permettent de
reconnaître leur nationalité.
Le pavillon rouge du navire,
permet de reconnaître un
Le port de Marseille navire de commerce anglais.
par Joseph Vernet
Au premier plan, le quai est
Au XVIIIe siècle le commerce maritime connaît un essor spec- envahi de marchandises et 3
taculaire et permet la croissance des grands ports comme de promeneurs. Au bord de L’enseigne blanche dont la
Marseille, Bordeaux ou Nantes. Marseille acquiert la notoriété l’eau, on distingue le peintre poupe est richement peinte
et les équipements qui en font un port de renommée mondiale. Vernet avec sa femme et en vermillon est celle d’un
son fils. navire français. Derrière
Plus de 400 navires marseillais fréquentent les échelles du
Levant (le Proche-Orient actuel), les côtes des barbaresques (le lui, un navire arbore à sa
Maghreb actuel), l’océan Indien et même la côte péruvienne pour poupe un pavillon hollan-
dais. Il s’agit d’une flûte à
échanger leurs marchandises. Les bateaux partent chargés de
poupe ronde, particulière
vêtements, d’outils, d’armes et de nourriture. Ils reviennent avec aux cons­ tructions navales
des produits tropicaux et des produits de luxe. hollandaises.

Ce tableau fait partie d’une série de représentations des


ports de France. Elle a été commandée en 1753 par le
marquis de Marigny pour glorifier une des richesses éco-
nomiques de la France de Louis XV. Vernet réalisera
quinze toiles. Il commence par Marseille, Toulon, Sète puis
Bordeaux, Nantes, Brest, Le Havre, etc.

166 167
leçon
2

La traite négrière
A. Les traites, un phénomène immémorial
Le nouveau système commercial mondial suscite le développement du
commerce d’esclaves. L’Afrique noire, qui connaissait déjà une traite inté-
rieure pratiquée par les Noirs eux-mêmes était aussi depuis le VIIe siècle
un lieu de traite à destination du monde musulman, qui se livrait aussi en
Méditerrannée au rançonnage et à l’enlèvement de populations blanches 3
Embarquement des esclaves Une plantation de canne à sucre aux Antilles
réduites en esclavage. Au XVIe, elle devient la cible des armateurs euro-
péens. Les esclaves sont achetés à des intermédiaires locaux qui sont 2 sur la côte africaine Peinture de Fritz Helbye
Huile sur toile de George Morland
souvent d’une autre ethnie ou d’une autre tribu et s’enrichissent dans ce On aperçoit le moulin et à sa droite le bâtiment où était transfor-
commerce. Durant la traversée de l’Atlantique (« passage du milieu ») sur les mée la canne à sucre. La demande en produits tropicaux – sucre,
café, tabac, indigo – ne cesse d’augmenter, stimulant les produc-
navires négriers, les conditions de vie sont si déplorables que de nombreux tions coloniales : dans les années 1780, la grande île de Saint-
captifs meurent. Les survivants sont ensuite vendus sur des marchés aux Domingue produit chaque année plus de 86 000 tonnes de sucre.
esclaves. Ils constituent l’essentiel de la main d’œuvre aux Amériques, en
particulier dans les plantations, qui demandent beaucoup d’hommes.
4 Certains noirs s’émancipent comme Jean-Baptiste Belley
B. La traite et l’enrichissement des ports européens Peinture de Girodet de Roussy-Trioson
Né sur l’île de Gorée (Sénégal), Jean-Baptiste Belley (1746-1805) est le pre-
Dans ce contexte, des ports comme Liverpool, Bordeaux, Nantes ou Lisbonne Plan de coupe
mier député français noir. Il représente le département du Nord de la colonie
connaissent un grand essor en devenant les points de départ d’armateurs qui 1 d’un navire négrier
de Saint-Domingue à la Convention nationale, puis au Conseil des Cinq-Cents.
au XVIIIe siècle
deviennent très riches. Du XVIe au XIXe siècle, les négriers européens ont
déporté environ onze millions de personnes originaires d’Afrique du centre- La répartition des esclaves était opti-
misée au maximum.
ouest, du golfe du Bénin, du golfe du Biafra, du Sénégal, etc. Le Brésil, les
Antilles mais aussi les colonies de l’océan Indien comme La Réunion ou 6 La vie des esclaves
dans une plantation
Maurice sont parmi les principales destinations de ces esclaves. Après 1815, Définitions : « Voici comment on les traite. Au point du jour,
les puissances européennes abolissent progressivement la traite négrière. trois coups de fouet sont le signal qui les appelle à
Économie de plantation 5 l’ouvrage. Chacun se rend avec sa pioche dans les
C. Sociétés esclavagistes dans les colonies organisation de la Les traites négrières en chiffres plantations où ils travaillent presque nus, à l’ardeur
production agricole autour La traite européenne du soleil. On leur donne pour nourriture du maïs
Au XVIIIe siècle, en Amérique, aux Antilles, mais aussi dans des îles de des plantations, qui • Entre le XVIe et le XVIIe siècle plus de 2 millions d’Africains broyé cuit à l’eau, ou des grains de manioc ; pour
l’océan Indien, les colons européens dirigent des plantations de tabac, d’in- sont déplacés en Amérique, 5,8 millions au XVIIIe siècle habit, un morceau de toile. À la moindre négligence,
fonctionnent grâce à la
digo, de café, de cacao, de coton ou encore de canne à sucre. Des sociétés et 2,7 millions dans la première moitié du XIXe. on les attache par les pieds et par les mains, sur une
main d’œuvre des esclaves. échelle ; le commandeur, armé d’un fouet de poste,
se créent autour de ces implantations, avec leur administration, leur hié- • Mortalité moyenne des esclaves lors du voyage :
Négrier 12 % jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. leur donne sur le derrière nu cinquante, cent, et
rarchie. Ces sociétés sont esclavagistes et divisées entre les Blancs, les jusqu’à deux cents coups. Chaque coup enlève une
esclaves – qui sont majoritaires –, et les « libres de couleur ». Dans le cas personne qui régit le La traite musulmane portion de la peau. Ensuite, on détache le misérable
de la France, l’administration du roi a défini un cadre légal pour l’esclavage commerce des esclaves • 17 millions de personnes déportées entre le milieu tout sanglant ; on lui met au cou un collier de fer à
dans un ensemble de textes que l’on nomme le Code noir. Leurs conditions noirs. du VIIe siècle et 1920. trois pointes, et on le ramène au travail. Il y en a qui
de vie sont particulièrement dures et cruelles et ils jouissent de droits très • Mortalité moyenne des esclaves lors d’une traversée du sont plus d’un mois avant d’être en état de s’asseoir.
Pacotille Sahara : 20 %.
limités. Le commandeur, qui veille à maintenir la cadence de travail ou Les femmes sont punies de la même manière… Il y
ensemble des produits • Mortalité moyenne des esclaves dans les plantations a une loi faite en leur faveur, appelée le Code noir.
encore le maître de la plantation jouent un rôle important dans la journée échangés contre les de Zanzibar : 25 % par an. Cette loi favorable ordonne qu’à chaque punition ils
des esclaves et constituent la garantie que l’ordre de la société esclavagiste esclaves (armes, outils, ne recevront pas plus de trente coups ; qu’ils ne tra-
Traites internes à l’Afrique
est maintenu. À l’inverse, des voix s’élèvent pour dénoncer l’esclavage, au alcool, verroterie, vailleront pas le dimanche, qu’on leur donnera de la
nom de la philosophie ou de la religion. On peut citer l’abbé Raynal (1713- coquillage, miroirs). • 14 millions de personnes déportées. viande toutes les semaines, des chemises tous les
1796) ou encore Condorcet (1743-1794). Après la Révolution française, qui L’esclavage subsiste aujourd’hui dans la corne de l’Afrique ans ; mais on ne respecte point la loi […]. »
abolit une première fois l’esclavage, ces idées deviennent progressivement Plantation au Congo et en Mauritanie, qui ne condamna officiellement Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l’île de France,
majoritaires dans toute l’Europe, au XIXe siècle. exploitation agricole des l’esclavage qu’en 2007. Selon le rapport de l’ONG Walk Free, extrait de la lettre XII, « Des Noirs »
pays tropicaux. le monde comptait 36 millions d’esclaves en 2014.

168 169
Chap.

11 L’Europe des Lumières :


circulation des idées, despotisme
éclairé et contestation de l’absolutisme

Comment le mouvement intellectuel des Lumières va-t-il


remettre en cause l’ordre établi dans toute l’Europe ?

L’
Europe du tournant du XVIIe et du XVIIIe siècles voit progressive-
ment se mettre en place et s’étendre un mouvement de contestation
en matière politique et religieuse : les Lumières. La société d’ordres,
l’absolutisme, la place des religions, aucun de ces domaines n’échappe à la
plume acérée de ces penseurs, écrivains et scientifiques qui diffusent leurs
idées sur tout le continent.

L’Europe des Lumières vers 1750


Grands centres académiques Universités dynamiques
Académies en France Édition de journaux
Observatoires

L’Encyclopédie, un livre européen


Diderot et d’Alembert sollicitent les plumes les plus pres- l’Europe des Lumières. À travers sa vocation pédagogique,
tigieuses pour réaliser leur projet. Si la majorité des 160 l’Encyclopédie développe à la fois les sciences, la philoso-
Première édition
auteurs sont français, d’autres sont originaires de Prusse, phie et l’esprit critique. Le lecteur dispose désormais d’un
de l’Encyclopédie provenant
de Bavière, de Lituanie (le comte polonais Ogiriski), du outil pour s’instruire et penser par lui-même. En cela, l’En-
de la bibliothèque de Louis XVI
Portugal, d’Italie, de Suisse (Necker, Tronchin, Lubières, cyclopédie est un véritable projet politique, qui trouvera
Bertrand, Polier). L’esprit européen s’incarne alors dans son accomplissement dans la Révolution française.

1710 1720 1730 1740 1750 1760 1770 1780 1790

1717 Voltaire est emprisonné


Publication de l’Encyclopédie (1751-1772) 1774 Début du règne 1783 Premier vol 1789 Révolution
pour ses idées de Louis XVI en ballon française
montesquieu (1689-1755) voltaire (1694-1778) jean-jacques rousseau (1712-1778) denis diderot (1713-1784) D’Alembert (1717-1783) EMMANUEL KANT (1724-1804) 171
leçon
1

Le siècle des Lumières 2


Jean-Jacques Rousseau
4
Les
Salons et cafés
élites intellectuelles
(1712-1778) aiment à se retrouver pour
Au XVIIIe siècle, philosophes, savants et écrivains diffusent en France Pastel de Maurice Quentin de La Tour évoquer l’actualité ainsi que
et en Europe des idées nouvelles : tolérance religieuse, liberté de culte, Le philosophe est l’auteur célèbre du pour lire et commenter les tra-
Contrat social (1762) pour un nou- vaux des nouveaux penseurs.
suppression des privilèges, égalité devant la loi. Tous, ils critiquent la
veau modèle de société. Des salons de particuliers
concentration des pouvoirs entre les mains des rois. Convaincus de faire deviennent des lieux de socia-
reculer le fanatisme, ils disent qu’ils veulent faire triompher les lumières bilité et connaissent un grand
sur les ténèbres de l’ignorance. C’est la raison pour laquelle on appelle succès au XVIIIe siècle. Ils
le XVIIIe siècle le « siècle des Lumières ». sont le plus souvent organisés
par des femmes, notamment
A. Un profond désir de changement Mademoiselle de Lespinasse,
Madame Geoffrin, Madame du
Les Lumières constituent un mouvement intellectuel dont la devise est, Deffand ou Madame Necker,
pour les plus célèbres. Il existe
d’après le philosophe allemand Emmanuel Kant, « Ose savoir ». Cela signi-
aussi des académies ou encore
fie que ces hommes de lettres, philosophes et scientifiques se fient à la rai- Le salon de Madame Geoffrin des cafés. Le Procope (1686),
son seule et qu’ils entendent promouvoir cette démarche dans la société Peinture de Lemonnier à Paris, en est un exemple
de leur temps. La science et ses progrès, la lutte contre la « superstition », Madame Geoffrin (à droite, en jaune) est l’épouse d’un riche homme d’affaires. C’est célèbre, toujours ouvert de
la tolérance, ainsi que la liberté et l’égalité sont leurs mots d’ordre. une femme cultivée et intelligente qui aime réunir dans son salon les grands esprits nos jours. Par ailleurs, deux
de l’époque. À partir de 1749, elle tient salon chaque jeudi, jour réservé aux philo- réseaux de diffusion des idées
B. Les combats des philosophes 1 sophes et aux écrivains. Après le dîner commencent généralement les discussions des Lumières sont significatifs :
ou une lecture. Sur le tableau on reconnaît Montesquieu, Diderot et Rousseau, un les clubs, cercles de réflexion
En matière politique, l’inspiration des Lumières est en grande partie Charles Louis de Secondat, des invités lit une tragédie de Voltaire, qui est absent de la scène car il a été exilé par inspirés par l’Angleterre et
baron de Montesquieu le roi. Mais son buste trône au fond du tableau et domine toutes les têtes. la franc-maçonnerie, société
anglaise. Le parlementarisme et la distinction entre les pouvoirs exécu-
(1689-1755) secrète qui initie ses membres
tif, législatif et judiciaire inspirent ainsi Montesquieu, qui publie un traité 1 Marivaux ; 2 l’Abbé Raynal ; 3 Rousseau ; 4 Jean Philippe Rameau ; par la réflexion et par des rites.
Le baron de Montesquieu reste
resté célèbre, De l’esprit des lois en 1748. Pour autant, il a aussi montré un 5 Quesnay ; 6 Diderot ; 7 Turgot ; 8 Malesherbes ; 9 Montesquieu ; 10 Joseph
l’exemple par excellence du philo- Vernet ; 11 d’Alembert ; 12 Buffon
talent plus littéraire avec les Lettres persanes (1721), où un Persan fictif sophe politique des Lumières fran-
raconte les bizarreries de la civilisation européenne, qu’il découvre, à l’un çaises, attaché à la séparation des
de ses amis. Voltaire utilise davantage la forme du conte pour critiquer les pouvoirs. 3
excès de l’absolutisme. Toutefois, il s’attache aussi et avant tout à « écra-
ser l’infâme », la superstition religieuse. Diderot, quant à lui, aime à mettre
en scène des dialogues, imitant les philosophes antiques. Il défend notam- Définitions :
ment le lien entre la quête du savoir et celle du bonheur.
Despote éclairé
C. Un mouvement européen monarque absolu
qui, conseillé par les
En Grande-Bretagne, ce mouvement est particulièrement représenté, et philosophes, faits des
de façon originale. Le philosophe John Locke (1632-1704), par exemple, réformes favorables au
essaie de décrire ce que pourrait être la loi naturelle, qui concerne toute progrès et à la liberté.
l’humanité sans distinction de pays, d’ethnie ou de religion. Isaac Newton 1 7
(1642-1727), quant à lui, révolutionne la science avec la découverte de Philosophe 2
3 4 5 6

personne qui réfléchit sur 8


la loi de la gravitation universelle. Du côté allemand, le mouvement que
l’homme et sa place dans
l’on appelle l’Aufklärung, traduit en français par « illumination », a parmi
le monde en utilisant son
ses grands représentants le philosophe et écrivain Emmanuel Kant
esprit critique.
(1724-1804). Si les Lumières attirent contre elles une fréquente censure
11 9
de la part de l’Église ou de la monarchie, de grandes figures royales les Tolérance 12 10
soutiennent activement, les invitant à leur cour. On parle de « despotes c’est le fait d´accepter les
éclairés ». Cette expression reste attachée essentiellement à Frédéric II idées, les croyances ou les
de Prusse et Catherine de Russie, conseillés dans leur gouvernement par opinions différentes des
les grands penseurs du temps, Voltaire ou Diderot. siennes.

172 173
leçon
2 1751-1772
« Un coup d’œil sur l’objet ou sa représentation en dit
Le siècle de l’Encyclopédie plus long qu’un long discours. »
D’Alembert, Discours préliminaire, 1751
« Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. »
Diderot
4 Jean d’Alembert
A. Un travail de titans (1717-1783)
Pastel de Maurice Quentin de la Tour
En 1751, les écrivains et philosophes Jean d’Alembert et Denis Diderot Jean Le Rond d’Alembert est mathé-
font paraître le premier volume de l’Encyclopédie ou Dictionnaire rai- maticien et philosophe. Abandonné
sonné des sciences, des arts et des métiers. Première encyclopédie à sa naissance, il eut la chance de
française, l’ouvrage ambitionne de rassembler l’ensemble des connais- faire des brillantes études au Collège
sances de l’époque, dans tous les domaines : sciences, politique, reli- des Quatre-Nations à Paris et devint
un des hommes les plus illustres du
gion, littérature, en passant par l’agriculture et l’artisanat. Dix volumes
XVIIIe siècle.
sont prévus, mais après vingt-cinq ans de travail (1747-1772), vingt-huit
volumes seront finalement imprimés, dont onze de planches illustrées. 3 Denis Diderot (1713-1784)
Peinture de Louis Van Loo

B. 160 auteurs Cet écrivain veut rassembler les 5


connaissances de son temps pour ins- Diderot explicite ce projet
C’est une entreprise collective rassemblant 160 auteurs – écrivains, truire tous les hommes. Denis Diderot
Dans l’article ci-dessous, on peut à la fois lire comment l’Encyclopédie
publie ses pensées philosophiques
savants et techniciens dirigés par d’Alembert et Diderot. Les plus est rédigée et comment la raison se trouve au cœur de la démarche des
en 1746. L’année suivante, il se lance
grands spécialistes sont mis à contribution : les philosophes Voltaire et rédacteurs :
dans la rédaction de l’Encyclopédie.
Rousseau, des scientifiques comme Jaucourt, des économistes comme Les encyclopédistes dénoncent les « RAISON. On peut se former diverses notions du mot raison. 1°. On peut
Turgot, des académiciens comme Marmontel. Dans l’ordre alphabétique, emprisonnements arbitraires, la tor- entendre simplement et sans restriction cette faculté naturelle dont Dieu a
ils présentent 700 000 articles et de très nombreux dessins ! ture et critiquent la concentration des pourvu les hommes, pour connaître la vérité, quelque lumière qu’elle suive,
pouvoirs entre les mains d’une seule et à quelque ordre de matières qu’elle s’applique […] 4°. Par raison on peut
aussi entendre l’enchaînement des vérités auxquelles l’esprit humain peut
C. Une arme politique Planche de personne (le roi). Interdite à plusieurs
atteindre naturellement, sans être aidé des lumières de la foi. Les véri-
1 l’Encyclopédie : reprises par Louis XV, l’Encyclopédie
connaît pourtant un succès considé- tés de la raison sont de deux sortes ; les unes sont ce qu’on appelle les
Au-delà des connaissances qu’elle compile et du travail qu’elle a repré- atelier de la fonderie
rable en France et à l’étranger. Par vérités éternelles, dont la nécessité est logique, métaphysique ou géomé-
senté, l’Encyclopédie est le symbole de l’œuvre des Lumières, une arme Sculpture, fonte des statues trique, qu’on ne saurait renverser sans être mené à des absurdités. Il y en a
la suite, Diderot voyagera beaucoup,
politique et critique : critique des savoirs, dans leur élaboration, leur équestres et opération consistant à d’autres qu’on peut appeler positives, parce qu’elles sont les lois qu’il a plu
il sera appelé comme conseiller à
transmission et leur représentation, critique du langage et des préjugés couler la figure en bronze. à Dieu de donner à la nature, ou parce qu’elles en dépendent. »
la cour de la grande Catherine II de
véhiculés par l’usage, des interdits de pensée. Leurs cibles principales Russie.
sont la religion catholique et l’absolutisme royal. Sous la pression de
l’Église, l’Encyclopédie est interdite dès 1752. Le roi Louis XV et le pape
renouvellent leur censure à la publication de chaque volume. La vente, x?
6
l’achat et la possession des premiers volumes parus sont bientôt inter- fau
ou L’Autorité politique définie
dits. Ce n’est que grâce à l’appui de Malesherbes, responsable de la cen- ai
vr par Diderot
sure royale, mais défenseur du projet, que la publication peut reprendre
en novembre 1753. Cependant, les oppositions à l’ouvrage persistent.
Diderot, emprisonné « La liberté est un présent du ciel, et chaque
individu de la même espèce a le droit d’en
En 1759, le pape Clément XIII la condamne officiellement. Découragé, sur ordre du roi ? jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Aucun
d’Alembert abandonne définitivement l’entreprise. Resté seul à sa tête, homme n’a reçu de la nature le droit de com-
Diderot peut heureusement compter sur le soutien inconditionnel de mander aux autres. […] Le prince1 tient de ses
Planche de Né à Langres, dans une famille aisée d’artisans sujets même l’autorité qu’il a sur eux, et cette
Malesherbes et de Madame de Pompadour. Il obtient la permission de
couteliers, Diderot est envoyé par ses parents
publier des volumes de planches, tandis que la rédaction et la publica- 2 l’Encyclopédie :
au collège. Passionné de littérature et de
autorité est bornée par les lois de la nature
monnayage et de l’État. Le prince ne peut donc pas dis-
tion du texte se poursuivent clandestinement. Les dix derniers volumes philosophie, il gagne difficilement sa vie comme
L’Encyclopédie est complétée poser de son pouvoir et de ses sujets sans le
de texte paraissent en 1765 et les onze volumes de planches en 1772. auteur et traducteur. Mais, osant nier l’existence consentement de la nation2. »
par onze volumes de gravures
C’est aussitôt un fabuleux succès ! Quelque 25 000 exemplaires sont de Dieu dans ses écrits, il finit par être emprisonné
illustratives. en 1749 sur ordre du roi ! 1. le roi ; 2. le peuple
rapidement vendus à travers toute l’Europe. Sa diffusion est facilitée par
Diderot, article « Autorité politique » de l’Encyclopédie
l’usage du français, langue internationale de l’époque.

174 175
portrait

Voltaire, le « roi de l’Europe »


Anecdote La ruse de Frédéric II

Voltaire à la table du roi Frédéric II de Prusse. Depuis sa jeunesse, le roi


de Prusse est fasciné par le philosophe et essaie de l’attirer à sa cour. En
1750, malgré les vexations qu’il subit en France, Voltaire hésite ; il invoque
sa santé fragile. Rusé, Frédéric II feint de se lier à un nouveau philosophe.
« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne Il déclare que le jeune Baculard d’Arnaud est un génie à « son aurore »,
alors que Voltaire est « à son couchant ». Piqué d’orgueil, Voltaire répond
haïssant pas mes ennemis, en détestant la superstition. » « il faut que le roi de Prusse apprenne que je ne me couche pas encore ». Il
Voltaire fait aussitôt ses valises et part pour Berlin auprès du roi de Prusse !

Le philosophe et modèle de l’homme européen le plus célèbre de l’époque


est incontestablement Voltaire, que l’on surnomme le « roi Voltaire ». 3 Extraits de candide, œuvre de Voltaire (1759)
Pendant plus de soixante ans, il s’acharne à lutter pour la liberté indi-
viduelle, pour la liberté d’expression et l’esprit critique. Embastillé deux contre le fanatisme religieux  dénonciation de l’esclavage
fois, il vit l’exil durant trois ans à Londres – où il découvre et fait l’apo- Voltaire décrit un bûcher consécutif « En approchant de la ville, ils ren-
logie du système politique anglais –, trois ans à Berlin, puis à La Haye. à un tremblement de terre. Faisant contrèrent un nègre étendu par
allusion au séisme de Lisbonne de terre, n’ayant plus que la moitié
1755, le philosophe entend montrer de son habit […] ; il manquait à ce
Le père de la Liberté comment la superstition et le fana- pauvre homme la jambe gauche et
tisme religieux peut entraîner de la main droite. Eh ! Mon Dieu ! lui dit
François-Marie Arouet, dit Voltaire est né en 1694 à Paris dans une famille
grandes cruautés, les autorités ecclé- Candide en hollandais, que fais-tu
de petite noblesse récente. Son talent de satiriste et de dénonciateur des siastiques croyant apaiser le Ciel par là, mon ami, dans l’état horrible où
injustices de son époque en fait une figure centrale des Lumières à travers 1 La tablée du roi

l’Europe. Il publie aussi bien des essais, des pièces de théâtre que des
2 Frédéric II dans son cette punition : je te vois ? — J’attends mon maître,
M. Vanderdendur, le fameux négo-
François-Marie Arouet palais de Sanssouci « On avait en conséquence saisi un
ouvrages d’histoire ou de philosophie. Embastillé en 1717, il doit ensuite dit Voltaire Peinture d’Adolph Menzel Biscayen convaincu d’avoir épousé ciant, répondit le nègre. ­— Est-ce M.
s’exiler en Angleterre pendant plusieurs années. À son retour, il s’engage sa commère, et deux Portugais qui Vanderdendur, dit Candide, qui t’a
Pastel de Maurice Quentin de la Tour À la table du roi de Prusse (1712-
aux côtés des encyclopédistes pour qui il rédige plusieurs articles. Il inter- en mangeant un poulet en avaient traité ainsi ? — Oui, monsieur, dit le
Son combat contre les privilèges et 1786) sont représentés quelques nègre, c’est l’usage. On nous donne
vient alors dans les grandes controverses judiciaires du siècle comme grands intellectuels du siècle des arraché le lard : on vint lier après le
son goût pour la liberté le font vite dîner le docteur Pangloss et son dis- un caleçon de toile pour tout vête-
l’affaire Calas, combat l’intolérance religieuse et réclame la liberté de remarquer de tous. Auteur d’un très Lumières parmi lesquels Voltaire, ment deux fois l’année. Quand nous
culte. Bien qu’il ait d’abord été reconnu pour son théâtre, la principale en habit violet. Voltaire cultive son ciple Candide, l’un pour avoir parlé,
grand nombre de livres, il intervient et l’autre pour avoir écouté avec un travaillons aux sucreries, et que la
arme de Voltaire est le conte philosophique. Le héros y est placé dans un dans les grands procès du règne de rôle d’intellectuel européen, faisant meule nous attrape le doigt, on nous
rayonner ses idées dans tout le conti- air d’approbation : tous deux furent
cadre merveilleux pour mieux dénoncer, indirectement, tel ou tel aspect Louis XV. Il ne cesse de se battre menés séparément dans des apparte- coupe la main ; quand nous voulons
pour la tolérance religieuse et pour la nent. Son amitié avec le roi Frédéric II nous enfuir, on nous coupe la jambe :
de la société française de l’époque. Voltaire cible en premier lieu le « fana- ments d’une extrême fraîcheur, dans
liberté. devient emblématique des liens qui je me suis trouvé dans les deux cas.
tisme » et la « superstition ». Il s’agit pour lui de dispositions religieuses qui existent entre les tenants des idées lesquels on n’était jamais incommodé
du soleil ; huit jours après ils furent C’est à ce prix que vous mangez du
empêchent l’homme de déployer librement sa raison. nouvelles et les « despotes éclairés ».
tous deux revêtus d’un san-benito, sucre en Europe […] ; les fétiches hol-
et on orna leurs têtes de mitres de landais qui m’ont converti me disent
papier : la mitre et le san-benito de tous les dimanches que nous sommes
Droit judiciaire L’Affaire Calas Candide étaient peints de flammes tous enfants d’Adam, blancs et noirs.
renversées et de diables qui n’avaient Je ne suis pas généalogiste ; mais
Voltaire n’est pas qu’un auteur, c’est aussi un intellectuel que Jean Calas, vieillard de soixante-huit ans […] eût seul ni queues ni griffes ; mais les diables si ces prêcheurs disent vrai, nous
qui s’engage pour des causes. La plus célèbre est l’affaire étranglé et pendu un fils âgé de vingt-huit ans, qui était de Pangloss portaient griffes et sommes tous cousins issus de ger-
Jean Calas. Ce vieillard protestant fut exécuté en 1762 car d’une force au-dessus de l’ordinaire ; il fallait absolument queues, et les flammes étaient mains. Or vous m’avouerez qu’on ne
il était accusé d’avoir assassiné son fils, retrouvé pendu, qu’il eut été assisté dans cette exécution par sa femme, droites. Ils marchèrent en procession peut pas en user avec ses parents
au prétexte que celui-ci avait voulu se convertir au catho- par son fils Pierre Calas et par la servante. Ils ne s’étaient ainsi vêtus […] Candide fut fessé en d’une manière plus horrible. »
licisme. Voltaire, qui associe cette affaire à un crime d’into- pas quittés un seul moment le soir de cette fatale aven- cadence, pendant qu’on chantait ;
lérance, prend fait et cause pour le père, écrit son Traité ture. Mais cette supposition était encore aussi absurde le Biscayen et les deux hommes qui
sur la tolérance et réussit à réhabiliter, c’est-à-dire à inno- que l’autre : car comment une servante zélée et catho- n’avaient point voulu manger de lard
center, Jean Calas en 1765. lique aurait-elle pu souffrir que des huguenots assas- furent brûlés, et Pangloss fut pendu,
« […] les preuves d’un crime si inouï devraient être d’une sinassent un jeune homme élevé par elle pour le punir quoique ce ne soit pas la coutume. Le
évidence sensible à tout le monde : le moindre doute dans d’aimer la religion de cette servante ? » même jour la terre trembla de nou-
La veuve de Jean Calas soumise
un cas pareil doit suffire pour faire trembler un juge qui Voltaire, Traité sur la tolérance, Histoire abrégée de la mort à l’interrogatoire, peinture de Louis veau avec un fracas épouvantable. »
va signer un arrêt de mort. […] Il paraissait impossible de Jean Calas (extrait), 1763 Carrogis de Carmontelle

176 177
leçon
3
charge d’historiographe royal. Les pères de l’Encyclopédie, Diderot et

Despotisme éclairé d’Alembert, deviennent également des fidèles. Dans les années 1750,
alors que l’Encyclopédie a été condamnée par le Parlement de Paris et le

et monarchie critiquée
Pape, la marquise de Pompadour apporte son soutien à Diderot pour que
l’œuvre soit, malgré tout, diffusée. Tant décriée de son vivant pour être la
première maîtresse d’un Bourbon à peser autant sur la politique royale,
L’influence des philosophes des Lumières est très importante auprès la marquise de Pompadour semble être sincèrement regrettée dans les
de monarques européens comme Frédéric II de Prusse, Catherine II de années qui suivent sa mort en 1764. De Suisse où il est réfugié, Voltaire
Russie ou Louis XV en France. Ils tentent d’améliorer le bonheur de écrit ainsi en parlant de la défunte favorite : « C’est une très grande perte
leurs peuples en engageant des réformes et modernisant leur pays : car elle aimait à rendre service. Je crois qu’elle sera regrettée […]. Elle était
on les appelle des despotes éclairés car ils essaient d’agir conformé- philosophe. » Bel hommage de la part de l’illustre homme des Lumières !
ment aux Lumières et à la raison. Sans beaucoup de succès, car il est
déjà trop tard. Les critiques des philosophes portent un coup fatal à la
monarchie… et préparent la Révolution française.
La Grande Catherine II,
A. Louis XV, un roi indécis 2 3 impératrice de Russie
Peinture de Vigilius Erichsen
Très populaire à son avènement, Louis XV règne sur une France riche La marquise de Pompadour,
et prospère. Mais son indécision politique et un certain désintérêt pour Par ses guerres et ses réformes
favorite de Louis XV
l’impératrice (1762-1796) fonde une
la politique ternissent son image auprès du peuple. À la faiblesse de Pastel de Maurice Quentin de Latour
Russie plus moderne et plus conqué-
caractère du souverain s’ajoute une politique hasardeuse qui nourrit un Jeanne Antoinette Poisson devenue rante. Comme Frédéric II, elle est
large mécontentement. Une des raisons de son discrédit est son échec à 1 marquise de Pompadour est à la fois séduite par les idées nouvelles et
faire accepter par la noblesse et le haut clergé des mesures financières l’amante et la confidente du roi qui échange une correspondance avec
les mettant à contribution. En outre l’opinion publique dénonce la mau- Louis XV en 1750 passe le plus clair de ses journées en les philosophes. Elle invite Denis
Pastel de Maurice Quentin de La Tour sa compagnie. Voltaire, un proche de Diderot à sa cour en 1773 et n’hésite
vaise influence exercée sur le roi par sa nouvelle maîtresse, Madame de
Pompadour. Comme les autres souverains euro- la marquise, écrit qu’elle est « bien pas à le soutenir financièrement,
péens, le Roi ne sait pas prendre en élevée, aimable, gentille, charmante sachant qu’il diffusera une bonne
et talentueuse ». image d’elle à l’étranger.
B. La grande influence de Madame de Pompadour compte les nouvelles attentes des
Français.
Jeanne Antoinette Poisson, née en 1721, est la favorite du roi depuis
1745, elle s’installe au château de Versailles. Devenue marquise de
Pompadour, elle règne sur le cœur royal mais aussi sur sa politique, par-
ticipant discrètement au Conseil et distillant ses recommandations aux
Anecdote
ministres qui veulent l’oreille du souverain. Son amour des arts et ses
interventions dans les affaires du pays lui attirent, en même temps qu’au
roi, la haine du peuple français et d’une partie de la Cour. Dieu n’existe pas ?
Un jour, invité à la cour de
C. À la tête d’un ministère des Arts Catherine II de Russie, Diderot 4
se lance dans une grande
controverse sur les religions. L’Europe en 1740
Même si l’influence de la Pompadour s’exerce dans de nombreux
domaines, sa prédilection va vers la politique artistique du roi. Elle sou- Il multiplie les arguments
Possessions
pour convaincre son auditoire des Habsbourg
tient de nombreux artistes comme les peintres Boucher, Van Loo, Nattier,
que Dieu n’existe pas. Tout à d’Autriche
le sculpteur Pigalle. Elle s’intéresse aussi à la construction de l’École mili- coup, le mathématicien russe Possessions
taire et elle encourage la création de la magnifique manufacture de por- Euler lui soumet une formule britanniques
des Hanovre
celaine de Sèvres. mathématique qui prouverait
Possessions
le contraire. Très mauvais prussiennes
D. Protectrice des Lumières en mathématiques, Diderot Possessions
en reste bouche bée. En fait, de Venise
La favorite étend également sa bienveillance sur les philosophes des il s’agit d’une farce mais le Possessions
Lumières. Elle fréquente les salons parisiens où elle fait la connaissance grand philosophe a perdu la de Gênes
face. Limite du
de Rousseau. Elle rencontre également Voltaire pour qui elle obtient la Saint-Empire

178 179
Sciences et techniques

Le premier vol humain 21


m bre
v e
no 83
17
Depuis la plus haute Antiquité qui a inventé le mythe d’Icare, les hommes
n’ont jamais cessé de rêver pouvoir un jour voler. Pilâtre de Rozier va
le premier réaliser ce rêve, en montant à bord d’un ballon des frères
Montgolfier.

Les frères Montgolfier


Les deux frères Montgolfier, Joseph et Étienne, sont les inventeurs des
premiers ballons à air chaud, auxquels on a donné leur nom en 1783. Ces
ballons sont composés de toile et de papier car les frères Montgolfier
sont papetiers de profession. Indépendants, imaginatifs et rêveurs, ils
ont l’idée de tenter de s’élever dans l’atmosphère en utilisant la force
ascensionnelle de l’air chaud. Cette démonstration eut un retentisse-
ment considérable. L’attention de l’Académie des sciences est attirée
par une première expérience publique en juin 1783, lors de laquelle le
ballon s’éleva à 2 000 mètres et parcourut 3 kilomètres pendant 10
minutes.

Un canard, un coq et un mouton


1
Louis XVI demande alors à voir un ballon s’envoler. Le 19 septembre
Le ballon utilisé par Pilâtre
1783, les frères Montgolfier présentèrent leur ballon au roi. La nacelle
de Rozier
transportait un canard, un coq et un mouton, prouvant ainsi que le vol
Chimiste et professeur de physique,
en atmosphère était sans danger. Elle monta à 600 mètres et parcourut
Pilâtre est accompagné pour ce pre-
3,5 kilomètres, pour se poser dans le bois de Vaucresson. Tous les ani- mier vol par le marquis d’Arlandes. Au
maux supporteront le voyage. Le 21 novembre 1783, François Pilâtre de milieu, apparaît le chiffre du roi (deux
Rozier est le premier humain à s’élever au-dessus du sol. À bord d’une L entrelacés) entremêlé de soleils.
montgolfière de 2 200 m3, il effectua le premier voyage aérien, au-
dessus de Paris. Poussé par des vents rapides du nord-ouest, le ballon
survola la capitale pour finir sa course à douze kilomètres du château de
Ascension de la
la Muette, après vingt-cinq minutes de vol. montgolfière 2
Marie-Antoinette
Consécration Peinture de Gustave Alaux

Cette découverte excita un enthousiasme universel. Le 19 Janvier 1784, Le 23 juin 1784, le ballon baptisé
en l’honneur de la reine « La Marie-
« Le Flesselles », la plus grosse montgolfière jamais construite à l’époque
Antoinette » s’éleva à nouveau devant
puisqu’elle atteignait 42 mètres de haut pour un diamètre de 24 mètres le roi de France à Versailles, emme-
avec un volume de 27 000 mètres cubes, piloté par Pilâtre, emmenait nant Pilâtre de Rozier. Il va atteindre
six passagers dans sa galerie, dont Joseph de Montgolfier, pour ce qui l’altitude estimée de 3 000 mètres
restera son seul vol. Le ballon de toile bleu et jaune auquel est suspendu après avoir traversé les couches nua-
un panier en osier est grand comme une maison de six étages. Avec geuses. Après 45 minutes de vol, ils
les guerres de la Révolution, le ballon sera utilisé à des fins militaires ont parcouru 52 kilomètres. Trois
records du monde sont battus : dis-
dès 1794.
tance, vitesse et altitude.

180 181
Supplément

La crise de l’Ancien Régime


Dans les années 1780, la monarchie est de plus en plus contestée et
Louis XVI ne parvient pas à imposer les réformes nécessaires. Après
une série de mauvaises récoltes et de crises économiques, le peuple est
au bord de la famine. Il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’État.
Pour résoudre la crise financière, plusieurs solutions sont explorées,
mais les réformes se heurtent à de puissants obstacles réunissant
ordres privilégiés et parlements provinciaux. Louis XVI doit se résoudre
à convoquer les états généraux pour voter de nouveaux impôts.

A. Les origines de la Révolution française


En 1789 la France est en crise. Elle subit de plein fouet les effets de la Caricature de Caricature
crise économique, qui a débuté en 1787, à la suite d’une série d’accidents 3 la « société d’ordres » 4 représentant le Tiers
sous l’Ancien Régime État sur le dos de
climatiques, provoquant la baisse des productions agricoles et donc des
Le paysan porte sur son dos le clergé la noblesse, elle-même
revenus des paysans, ainsi que l’augmentation des prix du blé. La crise est guidée par le clergé
et la noblesse.
aussi financière. L’État, paradoxalement pauvre dans un pays riche, est
accablé de dettes. Le déficit est encore accru par la « guerre d’Amérique »
menée aux côtés des Américains contre les Anglais. L’État s’est endetté
et doit consacrer la moitié de son budget à rembourser cette dette. La
crise est enfin politique. Face à l’absolutisme de la monarchie, les par-
lements provinciaux réclament plus de droits, notamment en matière de
liberté individuelle et de lutte contre l’arbitraire. Ils s’érigent en « gardiens
des lois fondamentales ». Dans le Dauphiné, l’assemblée des représen-
tants des trois ordres, réunie au château de Vizille, demande la convoca-
tion des états généraux. Face à cette fronde parlementaire, le roi cède et 1
décide, le 8 août 1788, de réunir pour le 1er mai 1789 les états généraux.
Les députés des trois ordres
B. Les Français ont la parole Chacun en costume de cérémonie : le 2 Portraits de Louis XVI
clergé, la noblesse et le Tiers État. et de Marie-Antoinette
La réunion des états généraux se prépare avec une large consultation Peintures de Joseph-Siffred Duplessis
et Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun
de la population, appelée à rédiger, par ordre, des cahiers de doléances
dans lesquels s’expriment les attentes des Français. Près de 60 000 Définitions : Roi depuis 1774, Louis XVI est cultivé,
cahiers ont ainsi été adressés au roi, réclamant la fin de la féodalité, l’éga- honnête, souhaitant sincèrement
lité devant l’impôt et une constitution pour le pays. Le peuple exprime sa Constitution le bonheur de son peuple. Mais il
ne possède aucune des qualités qui
volonté non seulement d’être consulté, mais aussi de participer à la déci- texte qui définit le rôle et
font les vrais chefs. Ses hésitations
sion politique. Les Français élisent au début de l’année 1789 un total de les pouvoirs des différentes constantes comme ses concessions
institutions politiques d’un
1154 députés, soit 291 pour le clergé, 285 pour la noblesse, et 578 repré-
pays. Celle qui est votée en
de dernière minute l’empêcheront de 5 L’ouverture des États généraux
sentant le Tiers État. Ce dernier a obtenu, non sans mal, que le nombre de faire face à la situation révolutionnaire L’ouverture des États généraux le 5 mai 1789. Peinture d’Auguste Couder
ses représentants soit doublé. Au sein du clergé, la grande surprise des 1791 met fin à la monarchie et le conduiront à l’échafaud. Il a initié Réunis pour la première fois depuis 1614, les états généraux se rassemblent dans
élections est le relatif échec des évêques ; 46 seulement sont élus, alors absolue en limitant les quelques réformes mais sans soutenir l’hôtel des Menus plaisirs à Versailles le 5 mai 1789. Ils doivent se réunir et voter
que la France compte 135 diocèses. Les grands vainqueurs sont les curés, pouvoirs du roi. suffisamment d’excellents ministres par ordre, ce qui désavantage le Tiers État qui ne compte que pour 1 seule voix face
comme Turgot. à la noblesse et au clergé. Le Tiers État est pourtant l’ordre le plus important en
à l’image de l’abbé Grégoire. Du côté de la noblesse, on compte des nobles Privilège
Sa femme, Marie-Antoinette de nombre du royaume. Dans le fond, sur une estrade surmontée d’un dais, le roi a pris
de cour, mais aussi des représentants de la petite noblesse provinciale. Ce avantage accordé à une Habsbourg, souffre d’une image d’une place sur son trône avec la reine et les princes du sang à ses côtés. Il a placé près
groupe n’est pas non plus homogène : environ 90 députés de la noblesse catégorie de la population de lui la noblesse, dont les habits brodés font contraste avec les vêtements sombres
frivolité choquante, et ne parviendra
sont considérés comme des libéraux, donc prêts aux réformes, à l’image (par exemple : la dispense jamais à gagner l’amour des Français. du Tiers État. La plupart des représentants du Tiers État dénoncent le mépris des
de La Fayette, le héros de la guerre d’indépendance américaine. de payer l’impôt). nobles, le poids des impôts.

182 183
Chap.

12 La Révolution française
et l’Empire
Comment un nouvel ordre politique
s’installe-t-il en France et en Europe ?

E
n 1789, la Révolution met à
bas la monarchie absolue et
la société d’ordres. Une tenta-
tive de monarchie constitutionnelle
échoue. L’enchaînement révolu-
tionnaire aboutit à la guerre contre
les vieilles monarchies féodales
européennes, guerre étrangère que
redouble la guerre civile. À la Terreur
succède la Convention thermido-
rienne, qui se mue en Directoire vite
discrédité. L’heure est mûre pour un
jeune général couvert de lauriers
qui s’empare du pouvoir. Bonaparte,
Premier consul devenu Napoléon Ier,
Empereur des Français, rétablit
l’ordre intérieur, subjugue l’Europe
et tente de fonder une dynastie
– avant d’être à son tour vaincu en
1814.
La prise de la Bastille
Lithographie d’Hippolyte Lalaisse
La prise de la Bastille le 14 juillet 1789 marque le début de la
Révolution qui comme un gigantesque tremblement de terre va
bouleverser l’histoire de l’Europe et du monde. Celle-ci abolit l’ordre
ancien, les privilèges et les corporations, et divise les provinces en
départements. Tandis que la Déclaration universelle des droits de Le Ier consul Bonaparte franchissant
l’homme et du citoyen le 26 août 1789 bâtit un nouvel ordre fondé le col du Grand Saint-Bernard le 20 mai
sur la liberté et l’égalité, la France révolutionnaire invente une nou- 1800
velle religion : l’adoration de l’homme pour lui-même, et promet que
Peinture de Jacques Louis David, 1803
les hommes seront « libres et égaux en droit ».

1780 1790 La Terreur (Juin 1793-juillet 1794) 1800 1810 1820

5 mai : Réunion des États généraux 1789 1792 1793 1794 27 juillet : Chute 1799 1804 1805 1814 1815
27 juin : Assemblée constituante avril-juin : Déclaration de guerre 21 janvier : de Robespierre 9 novembre : 18 mai : 2 décembre : Victoire d’Austerlitz 6 avril : Défaite de
14 juillet : Prise de la Bastille à l’Autriche et à la Prusse Louis XVI Coup d’État Proclamation Première Waterloo
4 août : Abolition des privilèges 22 septembre : La première est guillotiné de Napoléon de l’Empire abdication
République est proclamée 185
leçon
1 1789-1790
3
La Révolution détruit
2
La prise de la Bastille
1 Symbole de l’arbitraire royal, la Bastille est une forteresse
devenue prison royale à partir du XVIIe siècle. Les prisonniers y

l’Ancien Régime 3

5
4
sont enfermés sur simples lettres de cachet. Le 14 juillet 1789,
le but initial de l’assaut est pour les Parisiens de se procurer
des armes et de la poudre devant les menaces que fait peser
Louis XVI en concentrant une armée importante à Versailles.
« Les hommes naissent libres et égaux en droits et le restent tout au long de leur vie. » Défendue par une faible garnison formée de 80 invalides et de 30
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 26 août 1789 gardes suisses, la Bastille est prise. Les Parisiens s’étonnèrent
fort de n’y trouver que sept détenus : un noble débauché, interné
En convoquant les États généraux en mai 1789 Louis XVI donne la à la demande de sa famille, deux fous et quatre faussaires. Son
gouverneur, Launay, est capturé par la foule et décapité. Notre
parole à toute une génération formée dans l’esprit des Lumières, hostile fête nationale du 14 juillet commémore cet évènement.
6
à l’Ancien Régime. En quelques mois, tout l’édifice absolutiste s’écroule.

A. La révolution des États généraux


Le 2 mai 1789, le roi reçoit séparément chacun des trois ordres, mais
le Tiers État n’a toujours pas obtenu d’assurance concernant le vote.
Il réclame le vote par tête qui permettrait à chacun de ses membres
de s’exprimer et à des représentants de la noblesse et du clergé de se
joindre à eux, alors que l’on en reste pour l’heure au vote par ordre, favo-
rable à l’union des deux premiers ordres. Le 17 juin, les députés du Tiers
État rejoints par certains de la noblesse et du clergé se déclarent alors
« Assemblée nationale » pour montrer qu’ils représentent la majorité de 2 La Déclaration des droits
de l’Homme et du Citoyen
la population française. Mais le Roi fait fermer la salle des Menus plai- Elle proclame dans son premier article l’égalité
sirs où ils se réunissent. Plus que l’ouverture des États généraux, le 5 en droits entre tous les hommes. L’article 2 pose
mai, c’est la décision du Tiers État de se rebeller ce jour-là qui provoque les quatre droits fondamentaux : la liberté sous
Avant-garde
une révolution parlementaire, elle-même à l’origine de la destruction de toutes ses formes, la propriété, la sécurité, enfin Serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789
l’Ancien Régime. 1 des femmes et
la résistance à l’oppression. Elle affirme aussi 4 Peinture de Jacques-Louis David
des sans-culottes* se
que c’est à la nation et non plus seulement au
rendant à Versailles,
roi de décider de l’avenir de la France : c’est le Des députés du Tiers État, rejoints par quelques nobles et ecclé-
B. La révolution parisienne le 5 octobre 1789
principe même de la souveraineté nationale. Cette siastiques, jurent de ne pas se séparer avant d’avoir élaboré une
déclaration connaîtra un grand succès, servant de constitution.
Le 20 juin, un groupe de députés jure de ne pas se séparer jusqu’à ce modèle dans le monde entier. En effet, les nouveaux
qu’une constitution soit établie. Réunis autour de l’astronome Bailly, ils
Définitions : principes sont affirmés afin que tous les hommes et
prêtent ce serment dans la salle du Jeu de Paume. Lors de la séance de toutes les nations du monde puissent les appliquer.
l’Assemblée du 23 juin 1789, le marquis de Dreux-Brézé, au nom du Roi, Assemblée nationale C’est donc la première déclaration universelle.
ordonne aux députés de se disperser. Mirabeau lui répond en pointant constituante 1  n haut, Le triangle de l’égalité, avec l’œil de la
E
du doigt la sortie : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la assemblée représentant la Raison, rayonne.
volonté du peuple, et qu’on ne nous en sortira que par la force des baïon- nation et réunie pour rédiger 2  sa gauche, Les nuages de l’erreur se dissipent :
À
nettes ! » Le Roi cède et le 27 juin, les États généraux deviennent offi- une constitution. l’Ancien Régime disparaît.
ciellement l’Assemblée nationale constituante. Mécontent, Louis XVI
Sans-culottes 3  a déesse représentant la France brisant ses
L
rassemble des troupes autour de Paris. C’est la panique dans la capitale : chaînes.
on craint une réaction sanglante des nobles. Les Parisiens recherchent hommes du petit peuple
des armes. Le 14 juillet 1789, 50 000 artisans et ouvriers prennent de Paris qui participent 4  ’autre personnage est une allégorie de la liberté
L
activement à la Révolution. tenant d’une main le sceptre du pouvoir, et de
la Bastille : cette prison, symbole du pouvoir absolu, est aussi le plus l’autre, désignant les droits de l’homme.
Artisans ou ouvriers, ils
important dépôt de munitions de la capitale. Dans l’enthousiasme des
portent un pantalon et 5  ique et bonnet phrygien : symboles du peuple et
P 5 La marche des femmes sur Versailles
(5 octobre 1789)
réformes, on proclame ensuite la Déclaration des droits de l’homme
non la culotte comme les de la Révolution.
Le peuple souffre de la faim. Le 5 octobre 1789, 600 Parisiennes
et du citoyen le 26 août. Une nouvelle société voit le jour où tous les
riches. Ils sont coiffés d’un 6  aisceau formé de baguettes serrées : symbole
F partent à Versailles réclamer du pain au roi. Le peuple force les
citoyens sont libres et égaux. Ramené de Versailles à Paris en octobre, bonnet phrygien, symbole de l’unité des provinces et de l’union de la nation. grilles du château de Versailles et massacre des soldats. Il oblige
Louis XVI est contraint d’accepter les réformes révolutionnaires. de liberté. le roi et la reine à revenir à Paris. Louis XVI se considère désor-
mais comme le prisonnier du peuple.

186 187
leçon
2 1790-1791
3
L’échec de la monarchie 2 Une nouvelle organisation des pouvoirs Contre le suffrage censitaire*
« La loi est-elle l’expression de la volonté
générale lorsque le plus grand nombre de ceux

constitutionnelle
la nation
pour qui elle est faite ne peuvent concourir
constituée de citoyens actifs (4,3 millions)
âgés d’au moins 25 ans en aucune manière à sa formation ? Non […]
Que serait votre déclaration des droits si
souveraine ces décrets pouvaient subsister ? Une vaine
Lorsqu’ils prennent la Bastille, les Parisiens n’ont pas le sentiment de formule. […] Que serait votre constitution ? Une
faire la Révolution. Ils sont bien loin de vouloir abolir la monarchie, et délègue ses pouvoirs à
véritable aristocratie. […] Et quelle aristocratie !
encore moins d’instaurer une république ! Le 14 juillet 1790, Louis XVI La plus insupportable de toutes ; celle des
prête serment à la Constitution et promet de collaborer, dans une riches. Le peuple est le seul appui de la liberté
une Assemblée législative un Roi des Français […]. Est-ce pour retomber sous le joug de
monarchie où ses pouvoirs sont limités. Mais le Roi, mal conseillé, ne indissoluble héréditaire, inamovible,
tient pas ses engagements. l’aristocratie des riches qu’il a brisé avec vous
745 membres élus pour 2 ans lié par le serment de la Constitution
le joug de l’aristocratie féodale ? »
• établit le montant de l’impôt • nomme et révoque les minitres
A. L’abolition des privilèges • propose et vote la loi • fait exécuter la loi mais possède
Discours de Robespierre, 1791
• ratifie déclaration de guerre et un veto suspensif de 4 ans
traité de paix • propose guerre et paix
La prise de la Bastille provoque une vague d’insurrections dans les cam-
pagnes. Les paysans attaquent les châteaux et brûlent toutes les preuves Pouvoir législatif Pouvoir exécutif
de privilège nobiliaire : c’est la « Grande Peur ». Pour répondre à cette
situation, l’Assemblée constituante vote l’abolition des privilèges durant 1 La nuit du 4 août
Dessin de Charles Monnet
la nuit du 4 août 1789 et les députés s’accordent sur une série de décrets :
À l’Assemblée nationale constituante,
égalité de tous devant la loi, l’emploi et l’impôt, gratuité de la justice. Les les députés favorables à la Monarchie
Français demandaient en effet que les meilleurs emplois soient donnés absolue siègent à droite, ceux qui
à ceux qui le méritaient le plus. Ils voulaient aussi que les droits féodaux veulent une monarchie parlementaire
soient abolis dans les campagnes. siègent au centre et ceux qui veulent
une république siègent à gauche.
B. La Constitution civile du clergé
Jusqu’à la Révolution française, les évêques étaient désignés par le roi Définitions :
avant d’être institués par le pape. Pour rembourser les dettes de l’État,
les députés décident de confisquer les biens et les richesses de l’Église. Garde nationale
L’État doit assurer alors l’entretien des hommes d’Église qui doivent garde constituée de
prêter serment d’être fidèles à la nation et au roi. Le 12 juillet 1790, l’As- citoyens et formée en 1789
semblée nationale adopte le décret instituant la Constitution civile du pour maintenir l’ordre dans
clergé. Ce décret est signé par Louis XVI, mais vivement condamné par les villes.
le pape Pie VI et de nombreux ecclésiastiques français. Face à ces résis- Nation
tances, les députés veulent aller encore plus loin. Le 27 novembre 1790, peuple qui a la même La fuite du roi
ils adoptent un nouveau décret imposant aux prêtres de prononcer un histoire, la même langue et 4 Gravure Jean-Louis Prieur
serment de fidélité à la nation, à la loi, au roi, et donc à la Constitution les mêmes traditions.
civile du clergé. Beaucoup refusent. Ceux qui refusent de prêter serment Dans la nuit du 20 juin 1791, le roi s’enfuit de Paris avec sa famille.
Suffrage censitaire Il tente de quitter la France en secret. Mais le lendemain, vers 20
à la constitution sont appelés les « prêtres réfractaires ». Ainsi s’ouvre heures, Jean-Baptiste Drouet, maître de poste à Sainte-Menehould
l’une des plus graves crises religieuses de l’histoire de France. seuls les citoyens qui paient
des impôts (les plus riches) aperçoit dans une berline arrêtée au relais un visage qui ne lui est
pas inconnu. Après l’avoir comparé avec celui du roi qui figure sur les
ont le droit de voter ou
C. Une fuite difficile à pardonner d’être élus.
billets de cinquante livres, il reconnait Louis XVI. Le roi est arrêté à 5 La Fayette à la Fête
Varennes, puis, ramené aux Tuileries et placé sous la surveillance du de la Fédération
Le Roi désapprouve la plupart des réformes politiques et sociales mises Veto peuple, il est provisoirement suspendu de ses pouvoirs. La confiance À Paris sur le Champ-de-Mars, le 14 juillet 1790 une
en place depuis 1789. Il n’accepte son nouveau rôle que sous la pres- entre la monarchie et les tenants de la Révolution est brisée. Ce immense fête est organisée, censée célébrer l’union
vient du latin (« je simple événement de la fuite à Varennes transforme profondément de la Nation. Commandant de la garde nationale, La
sion des événements. Pour chercher du secours auprès des souverains m’oppose »), c’est le droit
étrangers, il s’enfuit de Paris, en pleine nuit, avec sa famille. Mais il est le climat social et politique de la France. Perçu comme une trahison Fayette jure sur la Constitution. C’est lui qui crée, le
de s’opposer à l’entrée en de la part du Roi, il cause un fort traumatisme dans une population 17 juillet 1789, une cocarde tricolore combinant la
reconnu et arrêté à Varennes le 21 juin 1790. Ramené à Paris, il conserve vigueur d’une loi. Le roi peut encore véritablement attachée à la personne royale. La peur d’un couleur du roi (le blanc) à celles de Paris (le bleu et le
son trône, mais il a perdu la confiance des Français. s’opposer à une décision de complot contre-révolutionnaire hante désormais le pays. rouge). Cinq ans plus tard, elle devient l’emblème de la
l’Assemblée grâce au veto. République puis de l’Empire.

188 189
leçon
3

La chute de la monarchie
La « monarchie constitutionnelle », prônée par les modérés, appa-
raît désormais comme une fiction, tandis que s’affirme un mouvement
ouvertement républicain. Au printemps 1792, l’imprudente déclaration
de guerre aux Habsbourg aggrave la crise.

A. Contre les monarchies


Cette évolution de la situation en France inquiète les rois européens. Les
vieilles monarchies féodales ne peuvent tolérer que les idées de la Révolution
atteignent leur pays. Elles soutiennent les royalistes français qui veulent
redonner au roi son autorité. Le conflit se prépare. Le 20 avril 1792, la France
prend les devants et déclare la guerre à l’Autriche puis à la Prusse. Mais les
premiers combats sont désastreux pour les armées révolutionnaires, on pro-
clame la « patrie en danger ». Convaincus que le roi se prépare à nouveau à
trahir le peuple, des députés « montagnards » réclament la République.

B. À l’assaut des Tuileries 1


Georges Danton
Avocat et homme politique, son
Le 1er août 1792, le chef des armées prussiennes, le duc de Brunswick, pro- éloquence est à la mesure de son
met de détruire la capitale s’il est fait le moindre mal à la famille royale ! patriotisme : « Pour vaincre l’ennemi,
Cette menace déchaîne la colère populaire. Les clubs politiques discutent s’écrie-t-il, il nous faut de l’audace, 3
ouvertement de la déposition du roi. À l’aube du 10 août, à l’appel de Danton encore de l’audace, toujours de La prise des Tuileries
et de Marat, des révolutionnaires parisiens et des soldats se présentent l’audace ! » Peinture de Jacques Berteaux
devant les Tuileries. Emmenés par Santerre, le chef de la garde nationale, ils Le 10 août 1792, les sans-culottes et des soldats de
se heurtent aux gardes suisses, chargés de la sécurité de la famille royale. la garde nationale prennent d’assaut le palais des
Tandis que Louis XVI quitte les Tuileries, la foule massacre près de 900 Tuileries. Les gardes suisses chargés de défendre la
gardes suisses, met à sac le château. Dans les semaines qui suivent, toutes résidence royale sont encerclés et massacrés par la
les personnes soupçonnées de royalisme sont exécutées : ce sont les mas- foule. On aperçoit à droite la foule des sans-culottes
sacres de septembre. Louis XVI se place sous la protection de l’Assemblée et des soldats de la garde nationale qui attaquent.
Au premier plan deux sans-culottes massacrent un
nationale. Aussitôt suspendu de ses fonctions, il est emprisonné.
garde suisse (en rouge).

C. La République est proclamée


Les Français élisent une nouvelle assemblée qui gouverne la France du
21 septembre 1792 au 26 octobre 1795 : la Convention. Pour la première 5
fois, tous les hommes ont participé au vote, sans distinction d’origine. La Robespierre : pour la mort du Roi !
Convention est en effet élue au suffrage universel. En outre, on décide « Vous n’avez point une sentence à rendre
de compter les jours depuis le 22 septembre 1792, date de la proclama-
tion de la République. Louis XVI, emprisonné au Temple, est jugé puis
4 L’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793
pour ou contre un homme, mais une mesure
de salut public à prendre […] Louis fut roi, et la
exécuté le 21 janvier 1793. Après 1 000 ans d’existence, la monarchie 2 Accusé notamment d’avoir correspondu avec les rois étrangers, République est fondée […] Louis a été détrôné
capétienne disparaît ! Jean-Paul Marat Louis XVI est jugé coupable de trahison envers son pays, et par ses crimes ; Louis dénonçait le peuple
condamné à mort. Il est exécuté le 21 janvier 1793 à 11 heures comme rebelle. Louis espérait qu’une guerre
Avocat et journaliste, il est le fonda- perdue par la France et gagnée par l’Autriche
teur du journal L’Ami du peuple qui du matin. Le bourreau Sanson montre la tête du roi Louis XVI,
Définitions : République au peuple de Paris sur la Place de la Concorde appelé à l’époque lui permettrait de reconstituer la monarchie
système de gouvernement prône l’insurrection révolutionnaire absolue. Louis ne peut donc être jugé, il est
et l’élimination des royalistes par place de la Révolution. La place est ceinturée par 20 000 gardes
Convention dans lequel le pouvoir politique nationaux mobilisés pour prévenir une attaque des royalistes. Cet déjà condamné. »
tous les moyens.
assemblée élue qui fonde la est détenu par la collectivité et événement eut un retentissement incroyable à travers le monde Robespierre, discours du 3 décembre 1792
République. non par une seule personne. entier. La reine Marie-Antoinette sera exécutée le 16 octobre 1793.

190 191
leçon
4 1792
La patrie en danger
La garde nationale
de Paris, sur le pont Neuf, 2
part rejoindre l’armée
Peinture de Léon Cogniet
« De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque de l’histoire du monde. » En 1792, la France est sur le point
d’être envahie par les armées
Goethe, philosophe allemand
prussienne et autrichienne. De
nombreux volontaires s’enrôlent
A. Exporter la révolution aussitôt dans les armées de la
République pour défendre la
La Révolution française a fait naître de grands espoirs parmi les peuples nation. On aperçoit à droite, sur une
d’Europe. Les idées de liberté et d’égalité se diffusent dans de nombreux estrade, le bureau d’enrôlements
pays. Mais l’Autriche, la Prusse et la Russie sont gouvernées par des rois des soldats.
hostiles à la Révolution française. Quant aux dirigeants français comme
Danton ou les Girondins, ils voient dans la guerre un bon moyen d’étendre
la Révolution au reste de l’Europe. Le 20 avril 1792, la France déclare la
guerre à l’Autriche qui reçoit, un mois plus tard, le renfort de la Prusse, sui-
vie de l’Angleterre puis de presque toute l’Europe. C’est le début d’une lutte 3
acharnée qui opposera pendant 25 ans la Révolution aux monarchies euro- La Guerre Intérieure
péennes. En 1792, le pays est envahi. Dans toute la France, l’émotion À partir de 1792, la Révolution
est intense. Il faut des soldats, beaucoup de soldats pour résister à l’en- doit faire face à la coalition des
nemi ! Dans tous les départements, les citoyens se portent volontaires puissances étrangères et à de multiples
insurrections, qui tournent à la guerre
pour défendre leur pays.
civile.

B. La France en guerre
Attaques Foyers d’émigrés La bataille de Valmy, le 20 septembre 1792
Les débuts sont catastrophiques. Les meilleurs généraux ont émigré à des coalisés Aires ralliées 4 Peinture d’Horace Vernet
Armées momentanément
l’étranger au début de la Révolution, les soldats sont inexpérimentés et de la Convention à l’insurrection Au pied du moulin de Valmy, les Français et les Prussiens s’affrontent
indisciplinés, les troupes mal approvisionnées. L’offensive du 28 avril Victoires françaises Villes insurgées le 20 septembre 1792. Commandés par les généraux Dumouriez et
1792 contre les Autrichiens en Belgique tourne au désastre. En juin, les Défaites françaises Vendée militaire Kellermann, les soldats de la Révolution remportent leur première
Prussiens à leur tour envahissent la France qui est plus seule que jamais, Sièges Contre révolution victoire. Aux cris de « Vive la Nation ! », ils arrêtent les Prussiens qui
paysanne avançaient vers Paris.
les villes tombent les unes après les autres. À tel point que, le 11 juillet 1792, Républiques sœurs
Conquêtes et
annexions françaises
l’Assemblée doit lever près de 50 000 hommes ! En vain… Les Prussiens Régions occupées en 1792 (1792-1795)
ont déjà envahi Longwy et Verdun. Ils menacent Paris. Le 26 août, une par la France, annexées
en 1796 (traité de Paris)
nouvelle levée est organisée, de 300 000 hommes cette fois. Pendant ce Conquêtes ou annexions
temps, à Paris, la Révolution rentre dans une phase plus radicale. reconnues à la France
Annexions Françaises
C. Une victoire inattendue ! de 1789
Traités
Victoires françaises
Des gardes nationaux accourent de tous les départements. Ceux de Marseille
entonnent un chant composé à Strasbourg par le capitaine Rouget de Lisle,
que l’on appellera La Marseillaise. Le 20 septembre 1792, les armées com-
mandées par les généraux Dumouriez et Kellermann sont attaquées sur le
plateau de Valmy. Après une terrible canonnade de plus de six heures où 1 Les guerres nées
de la Révolution
l’artillerie française se montre nettement supérieure aux canons adverses, Les armées françaises parviennent à
les Prussiens passent à l’attaque. Alors, Kellermann accroche son chapeau remporter de nombreuses victoires.
au plumet tricolore au bout de son sabre et lance le cri de « Vive la Nation ! » Elles conquièrent des territoires et
repris aussitôt par ses jeunes soldats. Puis l’infanterie française, baïonnette fondent des États alliés : les républiques
au canon, s’avance vers les lignes ennemies. Impressionné par cette belle sœurs.
résistance, le général prussien fait reculer ses hommes et le lendemain, à
l’aube, il ordonne la retraite. Paris est sauvé !

192 193
zoom sur Musique et peinture
l’histoire

1792 « Aux armes, citoyens ! »

Du Ah ça ira ! (1790) au Chant du Départ (1794) en passant par La Carmagnole (1792), les Français ont fait la
Révolution en chantant. Le plus beau chant, La Marseillaise, est devenu l’hymne de la République française.

La Marseillaise est née… à Strasbourg !


Avril 1792, dans les rues des grandes villes sont de guerre pour l’armée du Rhin. Le lendemain
placardées des affiches au titre éloquent : « Aux matin, il présente son œuvre au maire.
Armes citoyens ! ». Elles n’ont pas échappé au
C’est ce moment que le peintre Isidore Pils a choisi
capitaine Claude Rouget de l’Isle (1760-1836),
d’immortaliser. Son tableau est tout entier orga-
officier du génie de 29 ans, originaire du Jura,
nisé autour de la figure du jeune capitaine, posant
qui est, depuis un an, en garnison à Strasbourg,
droit comme une statue, devant un paravent clair
une ville à portée de canon des tirs prussiens.
qui met en valeur sa silhouette. Les regards et les
Poète et violoniste à ses heures, l’homme est
postures du public sont littéralement polarisés
tout acquis à la cause révolutionnaire. Ce 25 avril
par ce personnage central qui incarne l’exaltation
1792, Rouget de l’Isle dîne, comme à son habi-
révolutionnaire. Ce tableau a été réalisé pour le
tude, avec le baron Frédéric de Dietrich, maire de
salon des Beaux-Arts de Paris en 1849, dans un
Strasbourg. Au fil de la conversation, ce dernier
contexte politique particulier. À cette époque, le
s’étonne qu’un hymne n’ait toujours pas été com-
gouvernement de la deuxième République (1848-
posé pour encourager ces jeunes volontaires qui
1852) remet à l’honneur La Marseillaise (interdite Rouget de L’Isle déclame la Marseillaise, Peinture d’Isidore Pils
ne connaissent que le très antiaristocratique Ah
sous la Restauration) pour rattacher le régime à 2
ça ira ! Rouget de l’Isle relève le défi. Retournant
l’héritage révolutionnaire.
à son domicile, il compose en une nuit ce Chant
Un capitaine exalté !
C’est Rouget de l’Isle en personne qui interprète son œuvre, le front haut, la posture
théâtrale, le profil majestueux, l’œil farouche et l’épée au côté, comme un chef de guerre.
Son poing gauche posé contre son cœur tient fermement la feuille où sont écrites les
Un public à l’image de la France paroles. Manteau et pantalon bleus, veste rouge, papier blanc serré dans son poing… Pils
joue avec les trois couleurs nationales pour faire de Rouget de l’Isle l’incarnation de
Rouget de l’Isle s’adresse à tous les Français quels qu’ils soient ! Le soir
1 même, le maire de Strasbourg entonnera en personne cet hymne, dans le
la France révolutionnaire. Peut-être inspirées d’une ode de Boileau, les paroles sont
fougueuses, brutales : « Marchons, qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Cependant,
salon de sa maison, devant les notables de la ville. Le 29 avril, le Chant
ce « sang impur » n’est pas celui des Autrichiens, mais celui des roturiers français
de guerre pour l’armée du Rhin sera interprété sur la place d’armes de
(contrairement au sang pur des nobles) qui se sacrifient pour la patrie !
Strasbourg, pour le départ des troupes. Si l’accueil du public est enthou-
siaste, il ne dépasse pas le cadre de la ville. C’est un autre homme qui
va lui assurer une audience nationale : François Mireur (1770-1798), un
étudiant en médecine de Montpellier, futur général du Directoire. Lors du 3
banquet civique organisé à Marseille en l’honneur des volontaires mar-
seillais et montpelliérains, il fait chanter à l’un de ses camarades l’hymne
de Rouget de l’Isle : le succès est immédiat. Le lendemain, les journaux
locaux en impriment les paroles. Les volontaires l’entonneront tout au
long de leur voyage jusqu’à Paris ! C’est à eux que La Marseillaise doit Les dames sont conquises…
son surnom… Le 21 septembre 1792, elle sera chantée en chœur par les Madame de Dietrich est au clavecin, avec, devant elle, la partition fiévreusement grif-
combattants français, lors de la bataille de Valmy, première victoire de la fonnée dans la nuit, par Rouget de L’Isle. La musique est peut-être inspirée de l’œuvre
France révolutionnaire. C’est en 1795 qu’elle deviendra l’hymne officiel de Mozart, notamment du premier mouvement allegro maestoso du Concerto pour
de la République française. piano n°25, à moins qu’il ne soit influencé par une opérette d’Ignace Pleyel.

194 195
leçon
5 1793-1794
3
La Terreur
Une arrestation mouvementée
Terrorisés, les derniers Montagnards ont peur d’être guillotinés par
Robespierre. En secret, ils préparent son arrestation et celle de ses proches.
Elle a lieu par surprise le 27 juillet, mais des amis de la Commune de Paris
« Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » viennent les délivrer. Ensemble, ils se réfugient à l’Hôtel de Ville. Les députés
donnent l’ordre de lancer l’assaut vers deux heures du matin. Quand les
Manon Roland soldats entrent dans la salle du Conseil et ouvrent le feu, Robespierre
s’apprête à signer une proclamation au peuple. Une balle lui fracasse la
Lancée en 1789 sur des idées généreuses de réformes politiques et mâchoire. Le lendemain, après un procès réglé en trois heures, c’est la tête
sociales, la Révolution se radicalise en 1793-1794. Les Jacobins sont entourée d’un bandage que l’Incorruptible monte sur l’échafaud pour être
alors aux commandes de la République. Mais le désaccord grandit entre guillotiné : c’est la fin de la Grande Terreur.
les deux chefs du parti, Robespierre « l’Incorruptible » et Danton « l’In-
dulgent », les deux principaux personnages de la Révolution.

A. Robespierre et Danton, frères ennemis


Avocats de profession, Robespierre et Danton embrassent tous deux les
idées de la Révolution en 1789 et deviennent très proches. Tous deux
membres du club des Jacobins, ils sont élus députés et siègent aux côtés des
Montagnards. Ils votent la mort du roi en 1793. Mais, face aux armées des
monarchies européennes, la République est en danger. Pour Robespierre La folie sanguinaire
et Danton, il faut éliminer leurs soutiens éventuels à l’intérieur du pays. 2 de Robespierre
Les deux hommes deviennent les chefs des Montagnards et parviennent Tract satirique
au pouvoir en avril 1793. Devant tous les périls, extérieurs et intérieurs le 1 On le voit exécuter de sa propre main
régime va se radicaliser : c’est la période de la Terreur, exemple caracté- le bourreau, dernière victime.
Maximilien Robespierre
ristique des dérives révolutionnaires. Après avoir éliminé les Girondins le « l’Incorruptible »
2 juin, ils exercent les principaux pouvoirs au sein du Comité de salut public.
Né en 1758, maigre aux yeux verts Statistiques :
Avec leurs amis politiques ils mettent en place le tribunal révolutionnaire et
deviennent les adversaires acharnés des ennemis de la Révolution, dési-
avec sa perruque blanche soigneuse- 4 origine sociale
ment poudrée, cet homme dont l’hon- des décapités sous La nuit du 9 Thermidor an II (27 juillet 1794)
gnés sous le nom de « suspects », et condamnés à mort sans appel pos- nêteté scrupuleuse lui avait valu le la Terreur en 1793 5 Peinture de Valery Ivanovich Jacobi
sible pour des motifs de plus en plus arbitraires (le savant Lavoisier, le poète surnom d’« incorruptible » est le véri- • Paysans : 28 %
André Chénier). Ils défendent au nom du peuple une république idéale. table idéaliste de la Révolution. La nuit précédant son exécution, Maximilien Robespierre, blessé, est allongé sur
• Ouvriers : 31 % une table, dans la salle du Comité de salut public devant les députés thermido-
Au cours de l’hiver 1793-1794, Danton semble vouloir mettre fin à la • Nobles : 8,5 % riens qui se moquent de lui.
Terreur. Ce grand orateur s’oppose de plus en plus au froid Robespierre. Définitions :
• Bourgeois : 25 %
Avec ses amis Camille Desmoulins et Pierre Philippeaux, ils forment le
Comité de salut public • Prêtres : 6,5 %
groupe des « Indulgents ». Leurs positions sont expliquées dans le jour-
comité de neuf membres
nal Le Vieux Cordelier. Robespierre le fait interdire puis, le 31 mars, fait • Origine sociale inconnue : 1 %
créé en avril 1793 par la
arrêter Danton. Après un procès truqué et perdu à l’avance, ce dernier Convention pour mener une
est guillotiné le 5 avril 1794. Avant de mourir, il dit au bourreau : « tu politique d’urgence face aux
montreras ma tête au peuple, elle en vaut bien la peine. » Désormais, menaces. Accrochée au bout d’une
Robespierre est seul maître de la Révolution. Il accentue la répression.
Girondins
lance : la tête du député 6
Ferraud assassiné
B. La Grande Terreur groupe de députés qui Peinture d’Alexandre-Évariste Fragonard
défendent les principes de La Terreur ne s’achèvera vraiment
À partir du 10 juin 1794, Robespierre fait voter la terrible loi de Prairial qui 1789 mais se méfient des qu’en 1795 avec la dernière tenta-
renforce la Terreur. Les tribunaux spéciaux rendent une justice de plus en sans-culottes. tive des Jacobins pour s’emparer
plus expéditive. En tout, pendant plus d’un an, de juin 1793 à juillet 1794, du pouvoir. L’insurrection échoue
100 000 personnes sont exécutées, 500 000 emprisonnées et plus de
Montagnards grâce au sang-froid de certains
groupe de députés qui députés comme Boissy d’Anglas qui
170 000 sont massacrées en Vendée. La Terreur prend fin avec les jour-
siègent en haut des gradins salue respectueusement la tête du
nées du 9 et 10 thermidor 1794 et l’exécution de Robespierre. Dictateur
à la Convention, porte- député Ferraud assassiné par les
ou républicain utopiste, celui-ci restera éternellement controversé. parole des sans-culottes. sans-culottes.

196 197
Supplément
1793-1794
L’extermination en Vendée
A. Un mécontentement croissant Le Comité de salut public, effrayé par l’ampleur du
mouvement et son incapacité à le contenir, décide
L’exécution du roi provoque une stupeur générale dans alors, le 26 juillet, de déporter les femmes, les enfants
tout le pays et offre un martyr à la Contre-Révolution. et les vieillards, d’exterminer les habitants restés sur
Depuis quatre ans, la politique des autorités révolu- place, de nationaliser les biens des Vendéens et de
tionnaires est de plus en plus anticléricale : les ordres brûler les forêts. Une première loi est votée le 1er août,
religieux sont supprimés, les prêtres réfractaires puis une seconde, le 1er octobre qui prescrit l’élimina-
– ceux qui ont refusé de prêter serment de fidélité à la tion de tous les Vendéens, appelés brigands, quels que
constitution –, nombreux dans l’Ouest, sont persécu- soient les âges et le sexe. 80 000 Vendéens décident
tés. Les habitants de la Vendée, profondément atta- alors de traverser la Loire, les 18 et 19 octobre 1793,
chés à la foi catholique et au clergé, sont révoltés. Les afin d’essayer de trouver refuge sur la rive droite :
premiers troubles sont organisés par le bûcheron Jean c’est la Virée de Galerne. Ils seront tous tués.
Cottereau, dit Jean Chouan car pour mieux tromper les
Le 11 novembre, un deuxième plan d’extermination est
policiers et se livrer tranquillement à la contrebande
mis en œuvre. Il s’ensuit d’atroces massacres, le plus
de sel, il imitait le cri de la chouette. Il donne ainsi son
connu étant celui du Mans.
nom à la chouannerie.
Le 27 novembre, le Comité nomme à la tête de l’Ar-
B. Une étincelle met le feu aux poudres mée de l’ouest le général Turreau qui conçoit, avec
son accord, un nouveau plan d’extermination et
L’agitation s’accentue quand la République, pour d’anéantissement basé sur l’utilisation d’une flottille
défendre les frontières menacées par les armées sur la Loire, un Comité de subsistances, une armée Jacques Cathelineau, grand chef Henri de La Rochejaquelein
étrangères, est déclarée en danger le 24 février 1793 composée de 12 colonnes infernales : « Si mes inten- 1 vendéen 2 Peinture de Pierre-Narcisse Guérin, 1817
et décide de mobiliser 300 000 hommes. Les pay- tions, écrit-il le 24 janvier 1794, sont bien secondées, Peinture de Louis Girodet-Trioson, 1820
Confiant dans la noblesse de sa cause, il porte sur
sans vendéens, refusant de quitter leurs terres, se il n’existera plus dans la Vendée, sous quinze jours, Premier généralissime de l’armée caholique et la poitrine l’insigne du Sacré-Cœur (le cœur du
soulèvent au nom de Dieu et du roi et demandent aux ni maisons ni subsistances ni armes ni habitants que royale, il devait à sa piété le surnom de « Saint de Christ surmonté de la croix), symbole de la Vendée
petits nobles locaux de prendre la tête de la révolte. ceux qui cachés dans les fonds des forêts auront l’Anjou ». Il tombe lors de la tentative de conquête militaire. Nommé généralissime, il meurt pour le roi
La Vendée devient le centre d’une redoutable insur- échappé aux plus scrupuleuses perquisitions. » Le 13 de Nantes le 29 juin 1793. et sa foi le 28 janvier 1794 à l’âge de 21 ans.
rection où l’armée catholique et royale atteint jusqu’à mai, le Comité, considérant qu’il n’est pas arrivé aux
80 000 hommes. résultats escomptés, le rappelle et met en œuvre un
quatrième plan basé sur des camps de retranche- « Si j’avance, suivez-moi ;
C. La guerre et la répression ment et des colonnes mobiles. Dans le cadre de ces si je recule, tuez-moi ; si je
quatre plans, les pires horreurs ont été commises,
Le premier généralissime est un paysan colporteur : meurs, vengez-moi ! »
certaines ayant particulièrement marqué les contem-
Jacques Cathelineau. Très rapidement, des chefs s’im-
porains, notamment les noyades comme à Nantes et
posent : Cathelineau, Stofflet, d’Elbée, Bonchamps, La Rochejaquelein à ses hommes
à Angers, organisées par des députés comme Carrier
Charette, La Rochejaquelein, Lescure…
et Francastel. Certains contemporains, dont Gracchus
Surnommés « les Blancs » (couleur de la royauté) par Babeuf, dénonceront ce « populicide ».
les Républicains appelés « les Bleus » en raison de la
3
De nos jours, on considère qu’environ 117 000
couleur de leur uniforme, les Vendéens remportent Jean-Baptiste Carrier,
Vendéens ont ainsi été massacrés (170 000 en
au printemps 1793 une série de succès militaires responsable des noyades
incluant les militaires), hommes, femmes, enfants
qui inquiètent la Convention. L’échec de la prise de de Nantes
et vieillards, comme dans la commune du Petit Luc,
Nantes, le 29 juin, et la mort de Cathelineau, le 14 juil- Ce tableau de propagande révolu­
rayée de la carte après que, le 28 février 1794, 564 tionnaire représente Carrier en
let, empêchent l’union des deux rives de la Loire.
habitants ont été tués par la colonne Cordelier, dont homme de paix, alors qu’il a dirigé en
110 enfants de moins de 7 ans. personne les noyades de Nantes qui
firent entre 8 000 et 11 000 victimes.

198 199
Supplément
1769-1821
3 4
Napoléon Bonaparte,
fondateur de la France moderne
Pendant près de vingt ans la destinée de la France se confond avec
celle d’un homme : Napoléon Bonaparte. Arrivé au pouvoir en 1799, il
transforme la France en une société moderne, héritière des idées de
la Révolution. Stratège hors du commun et grand politique, Napoléon La bataille d’Austerlitz,
étend la domination française à travers le continent européen et fonde le 2 décembre 1805
« le Grand Empire ». Progressivement il installe un régime de plus en
plus autoritaire et commet sa plus grande erreur en tentant d’envahir la Peinture de François Gérard
Russie. L’Europe entière s’allie alors contre lui. Napoléon perd un à un Devenu empereur des Français sous le nom de
tous les pays qu’il avait conquis. Il est définitivement battu à Waterloo Napoléon Ier, il remporte de nombreuses victoires comme
en 1815. à Iéna, à Friedland ou à Wagram. À Austerlitz, il rem-
porte contre les Russes et les Autrichiens une victoire
Napoléon remporte la victoire
complète et décisive, enseignée encore aujourd’hui dans d’Iéna, en Allemagne,
les écoles de guerre. Le soir de la bataille, il déclare à
ses soldats : « Il vous suffira de dire ''j’étais à la bataille le 14 octobre 1806
1 2 d’Austerlitz'' pour que l’on réponde : "voilà un brave !". » Peinture d’Horace Vernet
Napoléon est très proche de ses soldats dont il partage
les souffrances. Sa Grande Armée regroupe des soldats
d’élite, dévoués corps et âme à leur chef. Mais si l’Empe-
reur est populaire auprès du peuple il se met à dos la
5 bourgeoisie lassée par ses guerres incessantes et le dur-
cissement du régime. La liberté de la presse est en effet
de plus en plus limitée.

Une ascension fulgurante


Bataille de Rivoli 14 janvier 1797, peinture de Philippoteaux
Né en Corse en 1769, Napoléon Bonaparte quitte sa Le coup d’État du 18 brumaire,
famille dès l’âge de neuf ans, alors qu’il ne parle pas
le 9 novembre 1799 1812 : le commencement de la fin
un seul mot de français, pour l’École militaire royale
de Brienne, en Champagne, afin de devenir officier Le passage de la Bérézina, peinture de Suchodolski
Peinture de François Bouchot
d’artillerie. Il se passionne pour la Révolution française. En 1812, le Grand Empire s’étend du détroit de Gibraltar
Excellent stratège, il devient général à l’âge de vingt- En 1799, la République est dans une situation complexe. aux plaines polonaises. Mais le terrible échec de la cam- C’est fini : Napoléon à Sainte-
Face au manque d’argent et aux coups de force de la
quatre ans. Trois ans plus tard, il dirige l’armée d’Italie
contre les Autrichiens. Sur douze batailles, il remporte droite royaliste comme de la gauche jacobine, la situa-
pagne de Russie montre ses premières faiblesses. La
Grande Armée vaincue par le froid (des pointes à -30°C)
Hélène
douze victoires. tion du Directoire est désespérée. Le pays est épuisé, est contrainte de faire demi-tour dans la neige. Environ Peinture d’Oscar Rex
partout règne le désordre. Revenu d’Égypte où il menait 400 000 hommes meurent ou disparaissent. L’Europe
campagne, Napoléon Bonaparte chasse les députés et Définitivement battu par les Anglais à Waterloo en 1815,
entière se coalise alors contre Napoléon.
s’empare du pouvoir. Son coup d’État permet d’écarter Napoléon est emprisonné sur une petite île perdue au
le danger d’un retour de la monarchie. milieu de l’Océan Atlantique, Sainte-Hélène, où il meurt
seul et abandonné le 5 mai 1821.

200 201
zoom sur peinture

1804 2 décembre 1804 :


l’histoire Une mise en scène incomparable : Un chef-d’œuvre de propagande
Composition ambitieuse à la gloire de Napoléon Ier, ce tableau reste comme la plus grande réussite de David. Le

le sacre de l’Empereur
Sacre est un chef-d’œuvre délibéré de propagande, véritable monument en l’honneur d’un homme et d’un ordre
politique absolu. La scène représente le moment où, après avoir posé lui-même la couronne sur sa tête, Napoléon
couronne l’impératrice Joséphine, son épouse. Le pape Pie VII, satisfait à l’époque du Concordat signé en 1801 entre
l’État français et l’Église, a accepté de participer à la cérémonie et de donner une simple bénédiction. Tout autour
de l’Empereur, dans une cathédrale Notre-Dame aux allures de temple antique, figurent solennellement la famille
Bonaparte, les dignitaires du régime, les fidèles maréchaux et les ambassadeurs étrangers.
Une cérémonie riche de symboleS
Pas à pas, Bonaparte a su affermir son pouvoir. Premier consul depuis
1799, il est consul prorogé pour dix ans puis consul à vie en 1802. Si
les Jacobins convaincus ont été mis au pas, les royalistes restent mena-
çants. Les notables comprennent qu’une monarchie sauvegarderait les
acquis de la Révolution tout en garantissant l’ordre. En choisissant le 25
titre d'Empereur des Français, qui rappelle celui des empereurs romains,
il marque la rupture avec les rois de France et garantit la destruction de
l’ancienne société féodale. En posant lui-même la couronne sur sa tête
en présence du pape, Napoléon montre qu’il ne tient pas son pouvoir de
Dieu, mais du peuple. Il proclame ainsi que les nouvelles valeurs de la
société seront le mérite et l’action individuelle.

1
24

14 13 10
9
8

23 20
12
7
3
11
22 16 19
21 15 17 18 6

4
5

Sacre de l’empereur Napoléon Ier et couronnement de l’impératrice Joséphine, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804,
peinture de Jacques-Louis David

1 L’Empereur ; 2 l’Impératrice ; 3 le pape Pie VII ; 4 l’archichancelier Cambacérès ; 5 l’architrésorier Lebrun ; 6 le maré- Murat, sœur de Napoléon ; 16 Pauline Borghèse, sœur de Napoléon ; 17 Elisa Bacciochi, sœur de Napoléon ; 18 Hortense
chal Berthier, grand veneur ; 7 Talleyrand, grand chambellan ; 8 le prince Eugène de Beauharnais ; 9 le Grand Écuyer de Beauharnais, avec son fils Napoléon-Charles ; 19 Julie Clary, épouse de Joseph Bonaparte ; 20 Junot, colonel général
Caulaincourt ; 10 le maréchal Bernadotte ; 11 le maréchal prince Murat ; 12 le maréchal Moncey, inspecteur général de la des hussards ; 21 Louis Bonaparte, grand connétable ; 22 Joseph Bonaparte, grand électeur ; 23 le maréchal Lefebvre ;
Gendarmerie ; 13 le maréchal Bessières, colonel général de la Garde ; 14 Ségur, Grand Maître des cérémonies ; 15 Caroline 24 Madame, mère de l'Empereur ; 25 le peintre Jacques-Louis David.

202 203
Le saviez-
vous ?
L’Empire de
Napoléon en 1811
Il compte alors 130
carton rouge / carton bleu départements français
en plus des pays vas-
saux. L’Empereur place
carton rouge carton bleu ses frères et sœurs sur
les trônes des États
d’Europe. Joseph règne
Sa soif de conquêtes fait naître des contradictions. La France moderne naît avec lui. sur l’Espagne, Louis sur la
Le guêpier espagnol Pas un seul domaine n’échappe aux réformes Hollande jusqu’en 1810,
En Espagne, Napoléon croit qu’il suffit d’abolir les Il confirme l’abolition des privilèges, l’égalité de tous Jérôme sur le royaume
tribunaux de l’Inquisition et de détruire l’ancien devant la loi, l’accès de tous aux emplois, modernise de Westphalie, enfin son
système féodal pour apparaître comme un sauveur la justice, la fiscalité ou les lois civiles. beau-frère Murat, qui a
libéral. Il se trompe. Le peuple espagnol se soulève Il crée la Cour des comptes qui vérifie le maniement et épousé sa sœur Caroline,
contre les envahisseurs français et la répression du l’emploi des deniers publics, les chambres d’industrie sur le royaume de Naples.
Dos de Mayo généralise la révolte. Napoléon n’a fait et de commerce. Napoléon voudrait faire
qu’embraser et éveiller le sentiment national de tout
C’est aussi lui qui institue la Légion d’honneur. de l’Europe un seul et
un peuple. La guerre de libération des Espagnols sert
aussi de modèle et d’encouragement aux autres pays Il établit l’Université avec ses vingt-neuf académies même État organisé selon
européens occupés. et crée les lycées avec à leur tête des proviseurs. les lois françaises.
La noblesse d'empire Le franc germinal, très simple d'emploi, qu’il instaure
En voulant créer une nouvelle noblesse (sans les en 1803 ne sera remplacé qu’en 1928.
anciens privilèges), en reproduisant une cour impé- Il va même jusqu’à participer à la rédaction des sta- Grenadier de la Garde
riale aux fastes hérités des anciens rois, Napoléon tuts de la Comédie-Française ! fiche
multiplie les contradictions avec son œuvre législative
Impériale
Le « Code Napoléon » 1
et administrative. Son remariage avec Marie-Louise,
la nièce de Marie-Antoinette, fit mauvais effet, on y Il inspire les codes de très nombreux pays parmi les-
quels l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, La garde impériale est un corps de soldats
vit un signe de trahison envers la Révolution. 2
le Portugal, l’Allemagne, la Pologne jusqu’au Japon. d’élite, dévoués corps et âme à leur chef
Pertes militaires Napoléon. Au combat, elle n’intervient qu’au
Il confirme aussi le droit de propriété et la liberté
Les guerres de l’Empire seront la cause, chez les de culte. Plus de deux siècles après, la moitié de dernier moment, en grande tenue. Elle ne
Français uniquement au sens strict du terme, d’un peu ses articles sont toujours en vigueur. Napoléon dira recule jamais devant l'ennemi. Pour en faire
plus de 600 000 morts, dont 90 000 au combat, les à Sainte-Hélène : « Ma vraie gloire n’est pas d’avoir partie, il faut avoir déjà fait plusieurs cam-
autres de maladies, d’épidémies ou de blessures mal gagné 40 batailles, ce qui vivra éternellement, c’est pagnes militaires et mesurer au minimum un
3
soignées. mon Code civil ». mètre soixante-seize.
4

Naissance des nationalismes La gloire Animés par l’ardeur patriotique, l’amour 5


de l’égalité et la haine de l’aristocratie, les
Napoléon est aussi celui qui a simplifié la carte de Le génie militaire de Napoléon, ses brillantes vic- grenadiers sont les meilleurs soldats de
l’Europe en réunissant les peuples, ce qui favorisera toires (plus que César, Alexandre et Hannibal réunis), l’époque.
le développement des sentiments nationalistes. le panache de ses généraux, la bravoure des soldats
Rétablissement de l’esclavage de la Grande Armée, fascinent le monde entier. On a 7
écrit sur lui plus de livres que le nombre de jours qui se 6
Après avoir été le premier et le seul pays au monde sont écoulés depuis sa mort… plus de 70 000 ! Adulé
à abolir l’esclavage en 1794, la France le rétablit en ou haï, sa gloire est universelle et son destin fulgurant
1802 sous la pression des armateurs des ports de fait encore rêver. 1 Plumet écarlate 5 Baudrier
Bordeaux et de Nantes. Napoléon fait arrêter et incar-
cérer Toussaint Louverture, héros de l’indépendance L’égalité civique aux Juifs 2 Bonnet à poil 6 Parement rouge
haïtienne. Cependant, lors de son retour durant les Il donne aux Juifs, qui n’avaient pas tous les droits 3 Collet bleu 7 Sabre court Fusil grenadier
Cents Jours en 1815, l’Empereur décrète l'abolition de civiques, le statut de citoyens à part entière, en
la traite négrière.
4 Epaulette rouge 8 Guêtres blanches 8 Fusil à silex modèle 1777
France et dans les pays intégrés à l’Empire, et crée le avec baïonnette. Précis
Grand Consistoire en 1806. jusqu’à 200 mètres. Tire une
Grenadier à pied du 1er Régiment en grande tenue balle par minute.

204 205
bilan

La Révolution et l’Empire 4
ont changé la France La Légion
d’honneur
C'est une décoration
1 créée par Napoléon
pour récompenser les
Naissance de la France moderne 2 3
meilleurs serviteurs de
l’État.
La Révolution et Napoléon font naître la France moderne. Les privi-
lèges sont abolis ; les idées de la Déclaration des droits de l’homme et
du citoyen organisent désormais la société française. Napoléon donne 5
Le Code civil appelé aussi « Code Napoléon »
à la France des bases solides. Il crée une administration efficace avec
Publié le 21 mars 1804, il définit les droits et les devoirs des
le Conseil d’État qui prépare les lois et la Banque de France. Il permet
citoyens. Il confirme l’égalité de tous les hommes devant la loi et
le retour des nobles émigrés, chassés par la Révolution. Il se réconcilie le droit de chacun à la propriété. Il est adopté dans de nombreux
avec les catholiques en signant avec eux le Concordat de 1801. Enfin, le pays étrangers.
drapeau aux couleurs bleu, blanc, rouge est adopté.

Des « institutions de granit » 4


6
5
Dès son arrivée au pouvoir, Napoléon se révèle un grand réformateur.
Doté d’une extraordinaire capacité de travail, il dote la France d’insti-
tutions nouvelles. Il installe ses « masses de granit » : le Code civil qui
renferme l’ensemble des lois françaises, les préfets, la création du franc
ou de la Légion d’honneur ainsi que les lycées et l’université.

1 La réorganisation
administrative
Les anciennes provinces sont rem-
placées par 83 départements diri-
3 De nouvelles unités
de mesure
gés par des élus. Estampe de 1800 montrant l’usage
L’organisation judiciaire est trans- de six nouvelles unités de mesure et
leur équivalence avec les mesures
formée : les juges sont élus et anciennes.
payés par l’État, les criminels sont
jugés par des citoyens tirés au sort Avant la Révolution, les mesures 6 7
et la torture est abolie. variaient à l’infini, souvent sous le
même nom, d’une province à l’autre, Elève d’un lycée Préfet en grand
d’une localité à l’autre. Cela ne faci- impérial uniforme
litait pas le commerce. En 1795 est en uniforme
instauré un système de poids et de Napoléon crée le
mesures unique. Il est fondé sur le En 1802, Napoléon découpage adminis-
mètre, le litre et le kilogramme. fonde les lycées pour tratif de la France : le
2 1 le litre (remplace la pinte) ;
former les élites du
pays.
préfet est chargé de
représenter l’État et de
8 L’Arc de Triomphe de l’Étoile à Paris
2 le gramme (remplace la livre) ; faire régner l’ordre à la Napoléon voulait faire de Paris la capitale de l’Europe. En 1806,
Une pièce d’un franc 3 le mètre (remplace l'aune) ; tête chaque départe- il ordonne la construction de l’arc de triomphe de l’Étoile pour
Napoléon crée en 1803 une nouvelle 4 l'are (remplace la toise) ; ment, le sous-préfet conserver le souvenir de ses victoires.
monnaie : le franc germinal. Cette 5 le franc (remplace une livre pour l’arrondissement
monnaie stable assure la prospérité tournois) ; 6 le stère (remplace la communal et le maire
de l'économie. demie voie de bois) pour la commune.

206 207
5
Une série d’innovations vite introduites dans la vie quotidienne, modifient l’économie, les habitudes

Thème et surtout la culture de tout le continent

L’Europe et le monde
au XIXe siècle

Au cœur de ce changement : la machine à vapeur. La navigation et les chemins de fer révolutionnèrent les moyens
de transport.

L
e XIXe siècle est le siècle son humaine. Le niveau de vie
Alors que l’on mettait en 1830, 80 heures pour relier Paris à Marseille en diligence, on ne met plus, en 1887,
des développements tech- individuel s’est certes beaucoup que 14 heures grâce au train. L’Europe entre dans l’ère de la vitesse.
niques et industriels qui amélioré, tout au moins en Europe
témoignent des bouleversements occidentale : l’espérance de vie
économiques et sociaux que ren- atteint 50 ans contre 30 un siècle
contrent l’Europe. C’est un siècle et demi plus tôt. Cependant, la
d’inventions, de découvertes et société européenne demeure
d’amélioration des conditions cloisonnée. La classe ouvrière y
de vie. Ces progrès assurent le forme un groupe à part dont les
triomphe et la diffusion d’une conditions de vie sont extrême-
vision optimiste de l’avenir qui ment difficiles.
repose sur la confiance en la rai-

Après la machine à vapeur une nouvelle révolution technique s’amorce à partir de 1869 : l’électricité. Dix ans plus tard,
Thomas Edison découvre l’ampoule électrique à incandescence. À cette époque, en effet, tout le monde s’éclairait encore
au gaz, à l’huile ou à la bougie.

208 209
Chap.

13 L’Europe de la
« révolution industrielle »
Quelles sont les transformations économiques et
sociales que connaît l’Europe durant le XIXe siècle ?

L’
Europe connaît un processus d’industrialisation qui bouleverse les villes et les
campagnes. La société et la culture sont également transformées. De nouvelles
idéologies politiques voient le jour. L’Europe est en pleine croissance démogra-
phique. Les Européens partent à la conquête du monde, et peuplent de nombreux terri-
toires. La classe ouvrière se structure. Avec elle naît la question sociale, qui voit l’appa-
rition de nouvelles contestations politiques. La révolution de 1848, qui traverse l’Europe,
fait évoluer à la fois l’idée de nationalité, et celle de droit au travail.

La gare de Vienne (Autriche)


en 1875
Peinture de Karl Karger

Coulée de fonte
dans une usine
au Creusot
Photogravure d’Ignace
Francois Bonhomme
Au XIXe siècle, Le
Creusot est le plus
important centre
industriel de France.
Les ouvriers travaillent
dans des hauts-four-
neaux actionnés par
des machines à vapeur.
Le métal (la fonte) est
fondu dans des hauts-
fourneaux puis coulé
dans des moules par
le maître-mouleur (au L’europe industrielle
centre du tableau). au XIXe siècle

1760 1770 1780 1790 1800 1810 1820 1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890 1900

1769 1814 1825 1845 1848 1872 1885 1891 1903


Invention de la Locomotive à vapeur Première ligne Début de la famine 1  anifeste du Parti
M Début de Invention Rerum Premier vol motorisé
machine à vapeur de Stephenson de chemin de fer, en Irlande communiste, Karl Marx l’impressionnisme de l’automobile novarum, des frères Wright
ouverte en Angleterre 2 Printemps des peuples à essence Léon XIII
211
leçon
1

La révolution industrielle 3
L’ère de la vitesse
L’amélioration des techniques permettent à un Anglais,
George Stephenson, d’inventer la première vraie locomo-
A. La révolution industrielle née en Europe 2
tive en 1817. En 1825, il prend les commandes d’un pro-
totype, la « Locomotion », qui inaugure le premier service
En 1769, l’Écossais James Watt met au point la machine à vapeur. ferroviaire sur le tronçon Stockton-Darlington, long de
1
S’inspirant des travaux de son prédécesseur le Français Denis Papin, 40 kilomètres. Enfin, peu de temps après, il met au point
Watt en fait un véritable outil de travail. Elle fonctionne au charbon et 3 une locomotive plus puissante, « The Rocket » (la fusée),
peut actionner à elle seule des dizaines d’autres machines. L’invention de capable de tracter 13 tonnes à la vitesse de 25 km/h. Un
James Watt déclenche la révolution industrielle. En 1786, c’est l’invention record pour l’époque ! En seulement vingt ans, l’Angleterre
des métiers à tisser mécaniques, qui va révolutionner l’industrie textile. se dote de 10 000 kilomètres de voies ferrées ! C’est la pre-
mière révolution des transports depuis les voies romaines
Très vite des centaines de machines seront installées en Angleterre, en et la voile. Elle va bouleverser la vie des Européens et du
France, en Allemagne. Cette découverte révolutionne le monde des trans- monde entier.
ports avec la mise au point du chemin de fer et du bateau à vapeur.
C’est le début du maillage de l’ensemble du territoire euro-
1 péen par le réseau ferré le plus dense du monde. L’Europe
4
La diffusion du chemin de fer
B. En France entre dans l’ère de la vitesse, du temps court. Après l’An- en Europe avant 1914
La machine à vapeur de James gleterre et la France, c’est toute l’Europe qui est gagnée
En France aussi l’inventivité technique et l’esprit d’initiative produisent Watt, 1769 par la fièvre ferroviaire ! C’est un vrai choc ! 1826 1896
de nombreuses inventions et le développement de grandes entreprises. Le charbon est brûlé pour chauffer 1836 1914
L’exploitation du charbon et du fer débute à l’échelle industrielle, l’agri- de l’eau. Cette eau, transformée en 1846 Régions non
desservies par le
culture se perfectionne, de nouvelles machines sont inventées. En 1704, vapeur, actionne un piston 1 qui 1856
chemin de fer en 1914
Jean-Martin de Wendel acquiert des mines à Hayange, en Lorraine. Il monte et qui descend. Ce mouvement 1876

devient le premier maître de forges français. La société Wendel est née, actionne le balancier 2 qui entraine
et elle existe encore de nos jours. Parmi les autres industriels du XVIIIe la roue 3 . La roue est reliée à une
invention ou inventeur ou
courroie qui permet d’actionner des Date pays
siècle, on peut citer Christophe Philippe Oberkampf (1738-1815), qui découverte découvreur
machines ou de faire fonctionner des
vient d’Allemagne et fonde à Jouy-en-Josas une manufacture de tissu. locomotives. 1869 • La dynamo Belgique
Il invente la célèbre toile de Jouy. À son apogée, son usine compte plus • Premier train États-Unis
de 1 000 salariés. L’agriculture connaît aussi de nombreuses améliora- transcontinental Égypte
tions. Les physiocrates mènent des recherches sur la sélection des ani- • Inauguration
du canal de Suez
maux et des plantes, ce qui permet de meilleurs rendements et donc de
1855 Invention Bessemer Royaume-Uni
diminuer les disettes. Cet essor industriel est ralenti par la Révolution
du convertisseur qui
française et les guerres qui traversent l’Europe. permet de fabriquer

C. Coton, charbon, acier : la trilogie de la révolution 5 de l’acier


Navire à vapeur 1859 Découverte Drake États-Unis
La mise au point de la chaudière tubulaire par le du premier puits
Le coton est largement utilisé comme nouvelle fibre textile. Il est essentiel- de pétrole
Français Marc Séguin en 1829 donne plus de puis-
lement cultivé en Inde, en Égypte et aux États-Unis. Grâce au développe-
sance à la traction vapeur. Elle est utilisée dans le 1876 Téléphone Bell États-Unis
ment des machines à tisser et à filer, le prix de la fabrication des vêtements domaine maritime. Le premier paquebot transatlan- 1879 Lampe électrique Edison États-Unis
ne cesse de baisser. Manchester en Angleterre est la capitale mondiale du tique est construit dès 1838. Vers 1860, ces paque-
textile. Les balles de coton sont débarquées dans la ville et transformées 1885 Vaccin contre la rage Pasteur France
bots sont capables de transporter sur les océans
en pièces de tissu revendues ensuite en Europe. L’activité minière se déve- près de 4 000 passagers. Le raccourcissement 1886 Moteur à explosion Daimler Allemagne
des temps de transport (7 jours pour une traver-
loppe aussi. De nombreux gisements de charbon et de fer sont découverts, 2 sée transatlantique en 1914) favorise les échanges
1888 Pellicule photo Eastmann États-Unis
notamment au Pays de Galles, en Belgique et en France. Les campagnes 1895 Premier Frères Lumière France
mondiaux.
sont urbanisées, de nouvelles villes apparaissent. La mécanisation permet La locomotive « Rocket » cinématographe
de libérer des bras pour aller travailler dans les usines. Les paysans quittent de Stephenson 1897 Première radio Branly et Marconi France et Italie
leur champ pour devenir des ouvriers. La métallurgie se développe aussi. Le En 1829, la locomotive à vapeur, 1899 Aspirine Bayer Allemagne
procédé de la fonte du coke, l’invention des laminoirs et des convertisseurs de George Stephenson, gagne le
concours de Liverpool. Elle fonc- 1909 Première traversée Blériot France
Bessemer permettent de faire un acier de plus en plus résistant. Celui-ci est La seconde vague des inventions de la Manche
utilisé dans la fabrication des trains et des bâtiments. tionne grâce à un moteur à vapeur
de la Révolution industrielle 6 en avion
alimenté avec du charbon.

212 213
leçon
2
3
La question sociale Naissance du marxisme
Les progrès techniques et l’exigence de rentabilité font

se pose à l’Europe
entrer l’industrie dans l’ère capitaliste. Au milieu du siècle,
le philosophe et économiste Karl Marx développe une
théorie révolutionnaire. Selon lui, l’histoire repose sur la
lutte entre les classes sociales : à l’époque moderne s’op-
A. Émergence de la classe ouvrière et du socialisme posent la classe ouvrière, ou prolétariat, et la bourgeoisie
qui détient le capital et qui l’exploite. Marx appelle donc
Moteur de la croissance économique, l’industrie a, par ailleurs, profondé- les prolétaires à s’unir pour renverser la bourgeoisie. Il
les encourage à instaurer une société communiste fon-
ment transformé les rapports sociaux, faisant ainsi surgir de nouvelles
dée sur la possession en commun des biens de production
forces politiques et sociales. Dans les campagnes, la mécanisation accroît la et l’abolition de la propriété privée. C’est l’émergence de
productivité agricole qui fait ainsi disparaître des emplois, libérant des bras nouveaux droits à conquérir, comme le droit de s’organi-
pour travailler dans les usines regroupées dans les villes ou près des mines ser en syndicat ouvrier. Ses idées se diffusent à travers La GrÈve des ouvriers
de charbon : c’est l’exode rural. La classe ouvrière émerge. Les conditions l’Europe, notamment en Russie parmi les intellectuels qui
4 sidérurgistes au Creusot
de vie s’améliorent : les disettes disparaissent, la nourriture coûte moins veulent sortir la société russe du féodalisme. Le premier Peinture de Jules Adler
cher, le peuple accède aux biens de consommation. L’électricité et l’eau parti marxiste y voit le jour en 1898.
courante font leur apparition en ville. La médecine progresse, permettant 1
une diminution de la mortalité. Mais la population rurale se concentre de
plus en plus dans les villes, soumises à l’alcoolisme et au risque de paupéri- Karl Marx, le révolutionnaire Les progrès de la médecine favorisent
sation. Partout en Europe, des penseurs veulent lutter contre la pauvreté et (1818-1883) 5 unE augmentation de la population
proposent des solutions qui s’opposent parfois violemment. Homme politique, philosophe et Louis Pasteur, peinture d’Albert Edelfelt
sociologue allemand, fondateur du En Europe, les progrès médicaux ont jalonné le XIXe siècle (sté-
Les socialistes pensent que la révolution permettra de donner plus de marxisme. Il considère que la reli- thoscope de Laennec au début du siècle, progrès de l’anesthé-
pouvoir au peuple et réduira les inégalités et la pauvreté. Ils s’opposent gion est une illusion qui empêche sie…). Louis Pasteur (1822-1895) a surtout travaillé dans le
à la propriété privée. Ils sont pour une intervention accrue de l’État les croyants en attente du paradis domaine de l’antisepsie. Il met en lumière la présence de microbes
dans la vie économique, pour le dirigisme économique et le contrôle des d’ouvrir les yeux sur leur situation dans l’air responsables des infections. Il met au point la pasteu-
entreprises. Le socialisme se divise en de très nombreux courants, qui misérable. risation pour lutter contre ces microbes dans l’alimentation. Il
s’opposent violemment. Fourier et Saint-Simon sont les premiers pen- identifie un certain nombre de microbes pathogènes pour les ani-
seurs socialistes. Karl Marx monopolise ensuite le mouvement, notam- maux et les humains. Il démontre que le système de vaccination
de Jenner peut être généralisé. En 1885, il applique ce principe à
ment avec la publication de son Manifeste du parti communiste (1848).
un vaccin contre la rage. Au même moment, les recherches sur
l’antisepsie entraînent la généralisation de l’usage du savon pour
B. L’école libérale les interventions chirurgicales.

Théorisé par Adam Smith, le libéralisme est l’idéologie dominante au


Prix du kilo dU pain et salaire
XIXe siècle. À rebours du socialisme, les libéraux estiment qu’il faut
donner plus de liberté aux entreprises et aux initiatives individuelles. Ils
6 quotidien à Carmaux (Tarn),
7 Les progrès de la législation sociale
en francs
soutiennent la propriété privée et ils manifestent une grande confiance en France
dans les capacités de développement de l’homme. Pour eux, c’est l’en- Prix du Salaire 1841 : Interdiction du travail des enfants de moins de 8 ans
trepreneur qui crée la richesse. Cet enrichissement se répercute ensuite Année pain par journalier Rapport
1864 : Droit de grève accordé par Napoléon III
kilogramme d’un ouvrier
sur la société grâce à l’activité économique qu’ils produisent et grâce 1874 : Création de l’Inspection du travail
aux emplois qu’ils créent. L’État doit intervenir le moins possible dans la 1856 0,494 1,7 3,44
1884 : Liberté syndicale accordée
vie économique. L’école libérale est très présente en France, avec des 1860 0,388 1,97 5
auteurs comme Alexis de Tocqueville. 1892 : Temps de travail des femmes limité à 11 heures par
1871 0,494 2,53 5,12
2 jour et interdit la nuit
1878 0,409 3,12 7,6
C. Christianisme social Alexis Charles de Tocqueville
1898 : Responsabilité du patron en cas d’accident du travail
1880 0,425 3,34 7,8
(1805-1859) 1900 : Temps de travail limité à 10 heures
Alors que l’Église connaît une grave crise de déchristianisation, en 1891, 1890 0,395 3,88 9,8
le pape Léon XIII publie une encyclique, Rerum novarum, dans laquelle Ministre des Affaires étrangères 1907 : Lois instaurant le repos hebdomadaire
sous la « Seconde République ». 1900 0,334 4,39 13,1
il reconnaît la légitimité de la propriété privée et demande aux patrons 1910 : Retraites ouvrières financées par les employés, les
Son ouvrage De la démocratie en employeurs et l’État
d’améliorer les conditions de vie de leurs ouvriers. Il condamne égale-
Amérique est fondateur de l’école
ment le marxisme et rejette l’idée de lutte des classes. libérale française.

214 215
leçon
3
x?
fau

1848 : le Printemps des peuples vr


ai
ou

Le drapeau tricolore date-t-il


de la Révolution ?
A. 1848 : la révolution parcourt C. Le Printemps des nations
l’Europe De nouvelles aspirations s’affirment comme le droit Le 25 février 1848, une révolution renverse le roi Louis-Philippe
et proclame la Seconde République. Le nouveau gouvernement
Les années 1846-1847 sont marquées par de mau- des peuples à disposer d’eux-mêmes, la démocra-
s’installe à l’Hôtel de Ville de Paris. Mais, en début d’après-midi, un
vaises récoltes, causées par des accidents clima- tie ou la nation souveraine. Une profonde mutation groupe de révolutionnaires vient violemment réclamer l’instauration
tiques. La production agricole étant en baisse, cela affecte alors les identités collectives d’Europe : du drapeau rouge. Membre du gouvernement provisoire, le poète
pèse sur la production industrielle et provoque la l’appartenance à un ensemble linguistique, cultu- Lamartine monte sur une chaise et se lance dans un discours
fermeture d’entreprises, ce qui crée du chômage. De rel et historique appelée « nation ». Les révolution- enthousiaste : « Le drapeau rouge n’a jamais fait que le tour du
naires souhaitent favoriser l’unité nationale de leur Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple, et le drapeau tricolore
plus, l’accroissement de la mécanisation engendre a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ! »
des destructions d’emplois qui renforcent l’inactivité pays, notamment en Allemagne et en Italie. C’est
Le soir même, le drapeau tricolore devient le symbole de la nouvelle
salariale. Face à cette conjoncture, nombreux sont l’exaltation du sentiment nationaliste qui provoque
République. Pavillon officiel de la France de 1794 à la Restauration,
les ouvriers européens à se révolter. cette vague de révoltes, rapidement réprimée. 1848 le drapeau tricolore avait été de nouveau adopté lors de l’avènement
marque l’apothéose de cette vague révolutionnaire de la monarchie parlementaire de Louis-Philippe. Ainsi, malgré la
B. Le Printemps des peuples qui submerge toute l’Europe continentale. En France, succession des régimes politiques, le drapeau tricolore manifeste
la république est proclamée. L’Italie s’embrase du déjà à l’époque la continuité des symboles de la France.
La révolte de 1848 est aussi une révolte contre sud au nord, la Hongrie tente de se dégager du joug
l’ordre européen issu du congrès de Vienne en autrichien. Vienne, Berlin, Prague se soulèvent. La
1815. Un moment triomphante, l’Europe de la Sainte contre-révolution, plus prompte à réagir à l’échelle Lamartine repoussant le drapeau rouge à l’Hôtel de Ville, le 25 février
alliance monarchique qui a vaincu Napoléon apparaît internationale, écrase ces insurrections dans le sang. 1848, peinture de Félix Henri Philippoteaux
vite compromise par le réveil des forces nouvelles, Tous ces mouvements, si différents soient-ils, par-
attachées aux idées de la Révolution. Des étudiants tagent une même sensibilité romantique qui s’épa- 2 Victor Hugo, chef
nouit pleinement pendant les révolutions de 1848 à de file du Romantisme
et des bourgeois demandent l’abolition des monar-
travers l’Europe. Victor Hugo, peinture de Léon Bonnat
chies et l’établissement de républiques. Ils essayent
de se coaliser avec les ouvriers pour donner plus de L’auteur prône une totale liberté
force à leur mouvement, mais c’est souvent un échec. dans l’expression des sentiments
et des sensations tout en abolis-
sant les règles strictes de la litté-
1 rature classique. Né en 1802, Hugo
Les Irlandais émigrent aux États-Unis incarne presque à lui seul le XIXe
Depuis 1649, en Irlande, les d’habitants, on estime à plus d’un siècle. Écrivain et poète mondiale-
Anglais imposent aux catholiques million le nombre de morts des ment connu, son œuvre monumen-
le partage de leur terre entre suites de cette catastrophe ali- tale est indissociable de sa vie et
tous les enfants. Cela détruit mentaire. Pour y échapper envi- de ses engagements esthétiques,
la grande propriété agricole, et ron deux millions de personnes moraux ou politiques : abolition
appauvrit la paysannerie. Pour quittent leur pays pour s’instal- de la peine de mort, suffrage uni-
survivre, les Irlandais plantent ler aux États-Unis, principale- versel, abolition de l’esclavage…
des pommes de terre dans leurs ment à New-York et à Boston. Ils Quand il publie Les Misérables
champs, car celles-ci offrent des contribuent à diffuser la culture (1862), monument littéraire où il
rendements importants et per- catholique dans un pays qui est dénonce les injustices sociales, on
mettent de nourrir une grande majoritairement protestant, ce raconte même que les ouvriers se
population sur une surface res- qui ne va pas sans heurts ni vio- cotisent pour acheter le livre et se
treinte. En 1845, la pomme de lences avec les populations déjà le passent de main en main. Dans
terre est touchée par le mildiou, sur place. Leur intégration est ce roman, Hugo veut pousser les
une maladie qui détruit presque difficile, mais à force de travail ils hommes à rétablir les libertés et
toutes les récoltes. Durant sept finissent par être acceptés par les à changer la société. Victor Hugo
ans les Irlandais connaissent autres Américains, d’autant qu’ils devient apôtre de la liberté et de
une terrible famine. Alors que adhèrent rapidement aux valeurs la tolérance qui représentent la
l’Irlande comptait neuf millions américaines. France aux yeux du monde. 3
Le printemps des peuples de 1848

216 217
patrimoine

Le symbole de la modernité française à travers le


La grande Exposition monde

universelle de 1889
La Tour Eiffel se veut l’expression de la supériorité technique de la
France. Cette construction concrétise l’aboutissement de près de 80
ans de rapide progrès dans le domaine de la métallurgie. Elle symbolise
la foi dans le progrès caractéristique de l’âge industriel. Elle demeure
pendant 40 ans le plus haut édifice construit par l’homme…

Pour commémorer les 100 ans de la Révolution française, une gigantesque


Exposition universelle est organisée à Paris entre mai et octobre 1889
pour présenter les inventions des pays du monde entier. La Tour Eiffel
inaugurée pour l’occasion devient le symbole d’une Troisième République
3 Fiche d’identité
de la Tour Eiffel
moderne et conquérante. Ses dirigeants souhaitent montrer que la France Hauteur : 313,20 m (avant
est toujours capable d’éblouir le monde des fruits de son génie. la pose des antennes qui porte
sa hauteur actuelle à 324 m)
La fée électricité ! Composition : 18 038 pièces
métalliques et 2 500 000
L’Exposition universelle de 1889, répartie sur 96 hectares, reçoit le rivets
chiffre impressionnant de 32,3 millions de visiteurs ! Cet événement
Matériau : fer puddlé
mémorable contribue à l’avènement de l’âge industriel et à l’émergence (plus souple que la fonte)
d’une nouvelle architecture de fer et d’acier. Féérique et populaire, elle
réunit plus de 35 pays et 60 000 exposants. Une des grandes réussites 1 Poids des charpentes
métalliques : 7 300 tonnes
de l’Exposition réside dans l’utilisation de l’électricité à grande échelle, Portrait de Gustave Eiffel
ce qui constitue une première pour l’époque. Poids total : 10 100 tonnes
(1832-1923)
Nombre de marches :
La Tour Eiffel : emblème de la République 1 665 jusqu’au sommet

triomphante Nombre d’étages : 3

Le 31 mars 1889, le plus haut monument du monde, avec ses 300


mètres, est inauguré en grande pompe. C’est le résultat de près de cinq
années de recherches et de travaux. Le défi était de proposer une attrac-
tion inoubliable pour les visiteurs de l’Exposition universelle de 1889.
Elle devait par ailleurs symboliser les performances et le rayonnement
technologiques de la France républicaine. En 1884, deux ingénieurs,
Émile Nouguier et Maurice Koechlin, demandent à l’architecte Stephen
Sauvestre de dessiner une tour de 300 mètres, constituée de piles et
de pylônes métalliques. La réalisation est confiée à Gustave Eiffel, un
entrepreneur dirigeant une usine de construction métallique à Levallois-
Perret. Il est notamment l’auteur de la gare de Pest en Hongrie et de
la charpente de la statue de la Liberté à New York. C’est avec ce pro- 2 L’objet de la fierté
nationale
jet qu’Eiffel remporte en mai 1886 le concours du gouvernement pour
Après son inauguration, la tour est
l’Exposition universelle de 1889. Dès janvier 1887, ses ouvriers com-
mencent le façonnage des 18 000 pièces de ce meccano géant. Elles
ouverte au public et connaît immédia-
tement un énorme succès avec deux
4
sont acheminées sur le chantier du Champ-de-Mars, puis hissées avec millions de visiteurs entre les mois de
des grues à vapeur avant d’être fixées par deux cents ouvriers. Ce sont mai et octobre 1889. Au fil des ans, Embrasement de la Tour
elle deviendra à la fois le symbole Eiffel pendant l’Exposition
7 300 tonnes de fer puddlé qui sont ainsi assemblées au bord du vide.
de la France, de sa capitale et de la universelle de 1889
modernité. Aujourd’hui la Tour Eiffel Peinture de Georges Félix Garen
accueille plus de sept millions de visi-
teurs par an.

218 219
Histoire des Arts

La révolution de la peinture
du XIXe siècle

Néo-Impressionnisme
5 Les Tournesols, Vincent van Gogh, 1888 6
Fauvisme
Les toits de Collioure, Henri Matisse, 1905
Un œil, une bouche, des cœurs dans un vase : Les
Cette toile témoigne du principe qui porte à l’extrême la liberté de
Tournesols interpellent le spectateur comme des
perception issue de l’impressionnisme. L’utilisation des couleurs
représentations humaines.
pures sans aucun mélange donne ces teintes éclatantes.

Académisme
Romantisme
2 Réception des ambassadeurs siamois par l’empereur Napoléon III au palais de
Fontainebleau, Jean-Léon Gérôme, 1864
1 Le Voyageur contemplant une
mer de nuages, Caspar David Dans la mouvance néoclassique, le peintre porte une attention particulière à
Friedrich, 1818 l’exacte représentation de chaque détail.
Ce tableau exprime toute la mélan-
colie et la solitude de l’homme face à
l’infini de la transcendance.

Expressionisme
Réalisme Impressionnisme 7 Le Cri, Edvard Munch, 1893
3 Des glaneuses, Jean-François Millet, 1857
4 Impression, soleil levant, Claude Monet, 1872 8 cubisme
Ce mouvement explore les méandres de l’âme Les Demoiselles d’Avignon, Pablo Picasso, 1907
Ce tableau décrit la dureté de la vie paysanne et ses Le titre de ce tableau a donné son nom au mouvement impres- humaine et la fascination de la mort avec une vio- Picasso invente un nouveau style avec ce tableau. Il renouvelle
âpres et éreintantes besognes : se baisser, ramas- sionniste. Cette toile révolutionne la peinture par son traitement lence visible dans la représentation des corps complètement la représentation du volume sur les deux
ser, se relever. des couleurs et des formes. L’artiste cherche à transmettre une et des visages torturés, ou encore de paysages dimensions de la toile.
émotion plus que la réalité. angoissants.

220 221
Chap.

14 Conquêtes
et sociétés coloniales
Comment se sont déroulées les conquêtes
françaises du XIXe siècle, et comment les
territoires colonisés ont-ils été organisés ?

E
n 1830 la France se lance à la
conquête de l’Algérie, c’est le début
de la construction d’un second empire
colonial. En effet, la France avait déjà été,
sous l’Ancien Régime, à la tête d’un pre-
mier empire colonial, conquis dans l’élan
des grandes découvertes et du découpage
du monde par les grandes puissances de EMPIRES COLONIAUX en 1914
l’époque, Espagne et Portugal en tête. Ce
français danois néerlandais
premier empire n’avait pas survécu à la
américain espagnol portugais
guerre de Sept Ans menée contre l’Angle- britannique russe ottoman
terre : en 1763, la France avait dû laisser à sa allemand italien pays indépendants
rivale les territoires d’Amérique du Nord et belge japonais
d’Inde. En 1830, il ne reste donc à la France
que des « confettis » du premier empire colo-
nial, mais elle va, au cours du XIXe siècle,
conquérir un nouvel empire de 13 millions de
km², la superficie actuelle de la Chine et de
l’Inde réunies, soit le deuxième au monde.

« Les colonies françaises »


Illustration de la couverture d’un cahier L’Algérie devient dès 1930 le quatrième
scolaire par G. Dascher, vers 1900 producteur de vin mondial

1600 1650
1500 1550 1700 1750 1800 1850 1900 1950

1534 1608 1763 1830 1848 1885 1931


Découverte du Canada Début du premier empire Fin de la guerre de Sept Conquête d’Alger et début du Abolition de l’esclavage Conférence de Berlin, Exposition coloniale
par Jacques Cartier colonial français avec Ans, la France perd la second empire colonial français en France et dans les partage de l’Afrique entre les à Paris
la fondation de Québec majeure partie de son colonies françaises puissances européennes
premier empire colonial 223
leçon
1830-1960
La colonisation française
« Rien de durable ne se fonde sur la force. »
Hubert Lyautey

A. L’édification du second empire colonial Français


Au XIXe siècle, en France, tous les régimes politiques successifs se
lancent dans la course aux empires coloniaux. Charles X s’empare d’Al-
ger dès 1830, et son successeur, Louis-Philippe, poursuit la conquête
de l’Algérie et s’empare de Tahiti. Napoléon III soumet quant à lui le
Sénégal, la Nouvelle Calédonie et une partie de la future Indochine.
Enfin, la IIIe République poursuit cette politique : la conquête de l’In- 1
dochine est achevée, celle de Madagascar aussi, tandis que la France
s’approprie une grande partie de l’Afrique, le reste du continent étant Publicité pour l’Exposition
l’opinion publique
colonisé par les autres grandes puissances européennes présentes à coloniale de 1931 à Paris
2 française et la 3 L’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises
la conférence de Berlin en 1885, chargée de « découper le gâteau afri- L’opinion publique française ne soutient colonisation en 1848
cain ». Au Maghreb, la Tunisie en 1881, puis le Maroc en 1912, deviennent pas immédiatement la colonisation. Mais Distribution des récompenses à l’Exposition Peinture d’Auguste François Biard, 1848
des protectorats français. la guerre de 1870 marque un tournant : universelle de 1889, peinture d’Henri Gervex,
après cette terrible humiliation, les 1897 À partir de 1791, les Antilles se révoltent contre l’esclavage, et un esclave,
Français sont séduits par l’empire Toussaint Louverture, prend le pouvoir à Saint-Domingue. L’esclavage est
B. Les sociétés coloniales colonial qui leur donne la sensation alors aboli une première fois en 1794. Mais la résistance des planteurs
d’être encore une grande puissance à cette mesure est grande, et en 1802, il est rétabli par Napoléon. Ce
Les territoires colonisés ont différents statuts : les colonies proprement face à l’Allemagne. L’empire colonial dernier a été fortement influencé par sa femme, Joséphine, dont la
dites sont administrées directement par la France et les protectorats français est célébré pour la première fois famille possède des domaines à la Martinique. L’esclavage est ensuite
conservent un gouvernement local chargé de régler les affaires internes, avec faste lors de la grande Exposition définitivement aboli en France et dans les colonies en 1848, à la faveur
tandis que la métropole gère les affaires extérieures. Les Français ont universelle de 1889. Le soutien de de la proclamation de la IIe République. Le décret d’abolition est rédigé
été peu nombreux à s’installer dans les colonies, sauf en Algérie, qui l’opinion publique connaît son apogée par Victor Schœlcher, sous-secrétaire d’État à la Marine. Après 1848,
lors de l’Exposition coloniale de 1931 à Les hommes politiques la France lutte pour éradiquer l’esclavage des territoires colonisés. En
compte en 1962 un million de colons européens.
Paris, qui attire 8 millions de visiteurs. 4 français se sont Afrique où cette pratique est ancestrale, elle y parvient très difficilement.
En Indochine, un des gouverneurs français parvient à ce que la réduction
Les territoires colonisés regroupent des habitants citoyens français, À cette date, la très grande majorité divisés sur la question
régis par l’intégralité de la loi française, et des indigènes, qui sont fran- des Français approuve la colonisation, de la colonisation à l’état d’esclave pour dette ou pour crime soit transformée en travail
excepté les communistes. Le clou de obligatoire ou en peine d’emprisonnement dans les années 1880. Les
çais, mais non citoyens français. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas le droit À gauche, elle a été prônée par les
cette exposition est la reconstitution du missionnaires ont aussi été très engagés dans la lutte contre l’esclavage,
de vote et qu’ils sont soumis au « Code de l’indigénat » français, mais Républicains modérés (Jules Ferry,
temple d’Angkor, qui occupe à lui seul par exemple le cardinal Lavigerie, archevêque d’Alger, qui a multiplié les
aussi au droit islamique, ou aux coutumes locales en ce qui concerne Léon Gambetta). Ferry justifie la
10 % de la superficie ouverte au public. conférences en Europe pour populariser cette cause.
politique d’expansion coloniale pour
l’état civil, le mariage, les héritages et les questions de justice civile. Ils
trois raisons : le besoin de débouchés,
payent des impôts plus importants que les citoyens français et sont sou- la concurrence politique des autres
mis à des peines spéciales dans le cadre du Code de l’indigénat, en cas Définitions : puissances et le côté humanitaire et
par exemple d’acte irrespectueux, de réunion sans autorisation, d’appel civilisateur. Le député républicain
à la grève, de révolte… Ils peuvent avoir le droit de vote aux élections Comptoir radical Georges Clemenceau n’hésite
locales, accéder à des fonctions administratives et à des grades mili- pas à poser le débat et à prendre
ville conquise en bord de parti contre la colonisation. Les
taires s’ils renoncent à la polygamie et au droit islamique. mer servant d’établissement socialistes (Jean Jaurès), quant à eux,
La France a apporté une part de son mode de vie dans les colonies : à la de commerce pour un pays s’opposaient à ce qu’ils considéraient
suite des écoles catholiques implantées par des missionnaires, de très colonisateur. comme l’oppression des peuples
nombreuses écoles laïques ont été ouvertes, la France a développé des colonisés. À droite, les hommes
Impérialisme
hôpitaux et des centres de recherche comme les Instituts Pasteur, ainsi politiques pensaient que la priorité
stratégie de conquête devait être la revanche, et non la
que des infrastructures comme des ports, des routes, des chemins de visant la formation d’un colonisation, et que soutenir cette
fer, des ponts, qui ont permis de désenclaver des populations jusque-là empire ou d’une domination dernière revenait à affaiblir la France
très isolées. sur des territoires. face à l’Allemagne.

224
portrait

Brazza, le père des esclaves


Si l’Afrique occidentale française – AOF – est créée en 1895, l’AEF
(Afrique équatoriale française) ne l’est qu’en 1910. Elle rassemble dans
la même entité administrative plusieurs colonies françaises, qui sont
devenues aujourd’hui le Gabon, le Congo, la Centrafrique, et le Tchad.
Un explorateur hors du commun est à l’origine de la colonisation de ces
pays par la France : Pierre Savorgnan de Brazza.

Un explorateur courageux
D’origine italienne, Pietro Savorgnan di Brazza appartient à une famille
aristocratique romaine très francophile. Il fait ses études à Paris et
acquiert la nationalité française. Diplômé de l’École navale, il est envoyé
au Gabon pour remonter le fleuve Ogooué, avec l’appui de Jules Gambetta
La caravane de Brazza sur les bords du Congo en 1880
mais aussi grâce à sa fortune personnelle. Lors de cette première expédi- 3 Le bassin du grand fleuve est une région mystérieuse dont seules les rives sont connues à l’époque.
tion, de 1875 à 1878, il emporte divers objets pour le troc, dont des feux
d’artifice pour impressionner les populations. Maîtrisant à merveille l’art
de la palabre (discussion africaine), usant de son charme naturel, il par- Les exactions françaises au Congo
vient à nouer des relations amicales avec toutes les populations. Il pour- 1 Photographie
de Brazza par Nadar
suit lors de son périple plusieurs objectifs : explorer le pays pour le compte Mis à la retraite d’office en 1898, Brazza quitte le Congo et gagne Alger.
Immigré italien, grand amoureux de
de la France, qui cherche à étendre ses colonies, mais aussi remonter à la la France humaniste, Brazza (1852- Les sociétés ont maintenant le champ libre pour diviser la colonie en
source des grands fleuves pour empêcher les chefs de tribus de pratiquer 1905) a conquis pour la IIIe république concessions, et certaines se livrent à une véritable exploitation de la
l’esclavage. En effet, aboli par l’Angleterre en 1833 et par la France en un immense territoire par la diploma- population, soumise aux travaux forcés, aux répressions de toute tenta-
1848, il demeure une pratique traditionnelle en Afrique. Avec son argent tie plutôt que par la force. tive de résistance…
personnel, Brazza rachète tous les esclaves qu’il rencontre, pour leur
En 1905, une enquête est ouverte : elle est confiée à Brazza. Il retourne
rendre la liberté. Il y gagne le surnom d’« ami des Noirs ».
donc au Congo, et assiste aux désastreuses conditions de vie de la popu-
Lors d’une deuxième exploration, il atteint le fleuve Congo et propose au lation indigène, persécutée par des sociétés concessionnaires qui n’hé-
roi Makoko de placer son royaume sous la protection de la France. Ce sitent pas à prendre en otage femmes et enfants tant que les maris n’ont
dernier, alléché par des intérêts commerciaux et la possibilité d’affaiblir pas récolté assez de caoutchouc. Brazza, très affecté moralement par
ses rivaux, accepte. Brazza s’installe alors sur le site de l’actuelle ville ce dernier voyage, est vite atteint de fortes fièvres. Rapatrié, il ne par-
de Brazzaville, puis retourne en France populariser ses découvertes. vient pas à rejoindre la France et meurt à Dakar, en septembre 1905. Il
est enterré à Alger, un de ses amis rédige son épitaphe : « Sa mémoire est
Un administrateur trop généreux pure de sang humain. Il succomba au cours d’une dernière mission entre-
prise pour sauvegarder les droits des indigènes et l’honneur de la nation. »
Les territoires découverts sont placés sous protectorat français et
Brazza est nommé commissaire général. Il met un point d’honneur à trai- La postérité de Brazza
ter la population avec humanité et veille à ce que des salaires décents
soient versés. Il agit de manière très indépendante et a du mal à se plier Lorsque Brazza repart en 1905 mener son enquête au Congo, il rédige
4 Brazza libère
les esclaves
aux directives administratives venant de Paris, comme celle demandant un rapport, le « rapport Brazza ». Ce rapport, qui constate les violences « Accompagné simplement d’une
de diviser son territoire en « concessions » cédées à des sociétés char- faites à la population, permettra cinq ans plus tard l’abandon des conces- vingtaine d’hommes, dont trois
gées d’exploiter le territoire, notamment le caoutchouc et l’ivoire. Peu sions par les sociétés commerciales. Aujourd’hui, on appelle le Congo français, Brazza va pendant trois
ans explorer l’Afrique équatoriale.
à peu, les critiques contre lui se multiplient : on l’accuse de laisser le de l’époque de Brazza « le Congo-Brazzaville » ou « ancien Congo fran-
Installant des postes sur lesquels il
désordre s’installer, de gaspiller l’argent de l’État… et lui-même accuse çais » pour le distinguer de l’ancien Congo belge, devenu aujourd’hui la fait hisser le drapeau tricolore, il fai-
ses adversaires de ne pas se préoccuper des droits des indigènes. République démocratique du Congo (RDC) dont la capitale est Kinshasa. sait toucher le poteau aux esclaves
CARTE DE L’afrique
2 équatoriale française
puis leur disait : "Va, tu es libre…" »
Le Petit Journal, 19 mars 1905

226 227
zoom sur peinture

Focus sur la conquête de l’Algérie


l’histoire

1843

La prise de la smala d’Abd el-Kader le 16 mai 1843, par Horace Vernet, exposée dans la salle de la smala du musée de l’Histoire de France créé
par Louis-Philippe au Château de Versailles

1
La prise de la smala « Le bleu du ciel avec des sabres »
Ce tableau spectaculaire est un des Cette œuvre, commandée à Horace Vernet en 1843, est
plus grands de l’histoire de la peinture. présentée au Salon de 1845. Pour exécuter cette toile d’im-
Réalisé sous forme de panorama, il menses dimensions, près de cinq mètres de haut pour plus de
raconte les évènements de gauche à vingt-et-un de large, le maître s’aide des élèves de son atelier.
Le ciel immense fut « peint en un seul jour par l’artiste et huit Le duc d’Aumale, qua-
droite, et se lit comme un livre. de ses élèves : on étalait le bleu avec des sabres ». trième fils de Louis-
Philippe commande la
L’émir Abd el-Kader a mené la résis-
troupe française
tance algérienne à la colonisation
française, à partir du moment où les
Français ont cherché à s’éloigner du 2
littoral et à s’emparer de l’intérieur
du pays. Ennemi insaisissable, il par- Sous une tente qui menace
vient à échapper aux troupes du duc de s’effondre, Vernet a Abd El-Kader (1808-1883) a
d’Aumale (fils de Louis-Philippe) qui représenté Sidi el-Aradj, incarné la résistance à la colonisation
le cherche longtemps, jusqu’au 16 mai le marabout aveugle qui jusqu’à sa reddition en 1847. Fait
1843, date à laquelle le témoignage a sacré Abd el-Kader, un prisonnier lors de son transfert à Pau, il
chapelet musulman dans
d’un enfant d’une tribu rivale permet reçoit ceux qui, séduits par sa noblesse
sa main droite et le Coran d’esprit et son âme chevaleresque
de localiser sa smala. La smala est posé auprès de lui.
une gigantesque capitale ambulante, veulent le rencontrer. Napoléon III dont
il devient proche le libère et lui octroie
rassemblant 30 000 personnes,
une pension. L’Émir s’installe alors à
et se déplaçant en permanence. La 3 Damas et enseigne la théologie à la
famille de l’émir est prise, ainsi que son mosquée des Omeyyades. En 1860
trésor. En revanche, l’émir échappe à Toutes les ressources se produisent des troubles entre les
ses poursuivants car il est absent,
Les « enfumades » en Algérie musulmans sunnites et les chrétiens :
concentrées dans la
étant en train de mener une autre La technique des « enfumades » en Algérie, utilisée par l’armée smala tombent aux mains 6 000 de ces derniers sont massacrés.
française, a consisté à allumer de grands feux devant des des assaillants. Outre le Abd el-Kader s’interpose entre les
bataille. Il subit cependant un grave
grottes dans lesquelles des personnes s’étaient réfugiées, harem, le trésor, les bêtes, combattants, et protège au risque de
revers avec la prise de sa smala, et pour consommer l’oxygène disponible et ainsi faire périr ces sa propre vie les chrétiens. Il reçoit
d’innombrables esclaves
à partir de cette date, la colonisation personnes par asphyxie. Plusieurs milliers d’Algériens, y com- africains tombent entre les alors la Légion d’honneur, ainsi que la
de l’Algérie toute entière est inéluc- pris des femmes et des enfants, sont morts ainsi durant la mains des Français. reconnaissance du Pape.
table. Il se rend finalement en 1847. conquête de l’Algérie.

228 229
sciences et histoire
3 Les troupes coloniales

Comment la France envisage- On estime à 550 000 le nombre


de soldats (indigènes et colons
européens) qui ont combattu au sein de

t-elle sa « mission civilisatrice » l’armée française. Parmi eux, 100 000


sont morts au combat, notamment
pendant les deux guerres mondiales.

dans les colonies ? On appelait les troupes coloniales


« la Coloniale », elles rassemblaient
les « tirailleurs » indigènes (soldats de
l’infanterie), surnommés « tirailleurs
sénégalais » en Afrique (car ce corps
avait été créé par le général Faidherbe
au Sénégal), « tirailleurs malgaches »
1 Alexandre Yersin et la découverte
du vaccin contre la peste ou encore « tirailleurs indochinois ».
L’Armée d’Afrique (qui concernait
« Ce n’est pas une vie que de ne pas bouger » écrivait
exclusivement l’Afrique du Nord) se
Yersin à sa mère. D’origine suisse, devenu citoyen
distinguait de la Coloniale et regroupait
Français afin d’intégrer l’institut fondé par son héros
entre autres des régiments de spahis
Louis Pasteur, il part en Indochine, pour explorer un Les troupes coloniales, 1913
(cavaliers), de zouaves (soldats de fait remarquer par leur bravoure au
pays qui le séduit immédiatement, et mène trois expé-
l’infanterie ayant un uniforme très combat et leur fidélité à la métropole.
ditions dans la jungle. Quand, en 1894, une épidémie
particulier), et de la Légion étrangère. Cependant, il était difficile pour
de peste décime la population de Hong Kong, l’Institut
Pasteur le mandate pour aller faire des recherches sur La vie dans les troupes coloniales un indigène d’accéder à un poste
place sur la maladie. C’est là-bas, dans une paillotte était considérée comme plus égalitaire de commandement et les soldes
rustique, et avec du matériel très rudimentaire, qu’il que la vie dans la société coloniale, des soldats indigènes demeuraient
réussit à isoler le fameux bacille de la peste, baptisé et les régiments se sont souvent inférieures.
depuis « Yersinia Pestis » en son honneur, et respon- Alexandre Yersin, 1863-1943
sable de millions de morts. 4 L’école dans
les colonies
Cette découverte permet de fabriquer un vaccin pré- nine, cette dernière servant à soigner le paludisme. Ces
ventif contre la peste, ainsi qu’un sérum pour guérir les cultures ont permis à Yersin de financer ses recherches Ce sont les missionnaires (Pères
personnes déjà atteintes. pour découvrir le sérum contre la peste. blancs, sœurs de Saint Joseph de
Cluny…) qui ont ouvert les premières
La vie d’Alexandre Yersin est riche d’autres aven- Lorsqu’il meurt en 1943, Yersin est une personne très écoles dans les colonies, et après le
tures : il est ainsi responsable de l’importation de la respectée par les Vietnamiens, admiratifs de son res- vote des lois scolaires de Jules Ferry
culture de l’arbre à caoutchouc au Vietnam, dont la pect des personnes âgées, et du fait qu’il refusait de dans les années 1880, de nombreuses
production sera très rapidement achetée par la firme faire payer ses consultations à des nécessiteux. Il écoles laïques ont été aussi ouvertes.
Michelin, le marché automobile se développant for- disait : « Demander de l’argent pour soigner un de ces Par exemple, à Madagascar, en 1905,
tement à l’époque, ainsi que de celle de l’arbre à qui- malades, c’est un peu lui dire la bourse ou la vie. » on compte 385 écoles laïques et
295 écoles catholiques. Cependant,
tous les indigènes ne vont pas à
l’école (en 1960 en Algérie, seuls
La construction de ports, de ponts, 38 % des garçons et 23 % des filles
de routes et de chemins de fer sont scolarisés). Au début, les écoles
Les ingénieurs français ont participé à la construction 2 des colonies utilisent les mêmes
de nombreuses infrastructures dans les colonies, manuels scolaires qu’en métropole,
comme celles des ports de Dakar, de Saïgon, des mais peu à peu, on trouve des livres
chemins de fer Tananarive-Tamatave à Madagascar, qui intègrent, à côté de l’histoire de
ou Hanoï-Saïgon en Indochine… Ces travaux ont France, l’histoire locale du territoire
permis de désenclaver des populations et de multiplier colonisé. Et si les élèves apprennent
les échanges de marchandises. Ils ont parfois été le français à l’école, ils apprennent
effectués dans des conditions très difficiles (terrains aussi à lire et à écrire dans leur langue
inaccessibles, fortes chaleurs, sécurité et salaires maternelle. Cependant, l’objectif
dérisoires…) et certains chantiers ont compté de du développement de l’école dans
très nombreux morts, par exemple la construction Le pont Paul-Doumer les colonies demeure la formation
du chemin de fer du Yunnan en Indochine, sur une Véritable prouesse technique et logistique, le pont Paul-Doumer (aujourd’hui Long Biên) à d’élites francophones et francophiles,
distance de 900 kilomètres, qui a coûté la vie à Hanoï fut longtemps un des ouvrages les plus considérables construits en Asie. Il fut édifié et cette politique est à l’origine de la
12 000 indigènes et 80 ingénieurs français. par l’entreprise Dayde & Pille en moins de quatre ans (1898-1902). francophonie d’aujourd’hui.

230 231
Le saviez-
vous ? L’Afrique en 1914
? Trombinoscope
Tous ces personnages ont un lien avec la première ou la seconde colonisation
française. Sauriez-vous associer chaque portrait à sa biographie ?

Des Chiffres pour A


1. Envoyé par François Ier, il a 4. Nommé commandant géné- B
mieux comprendre
dirigé trois expéditions vers ral des établissements fran-
l’Amérique du Nord, avec pour çais de l’Inde (les comptoirs
objectif de trouver un pas- de Pondichéry, Chandernagor,
• L’empire colonial français, sage vers l’Asie ou à défaut, Mahé, Karikal et Yanaon), il
2e au monde après celui
des richesses. Il a découvert le a poursuivi une politique de
de la Grande-Bretagne :
passage du Saint Laurent, et a conquête de l’intérieur des
superficie de 13 millions de
conquis le Canada au nom de la terres en multipliant les rela- Hubert Lyautey
Jacques Cartier
km², soit 9 % de la superficie maréchal de France
France. tions diplomatiques avec les (1491-1557)
des terres émergées, ou la (1854-1934)
maharadjahs locaux et en
superficie de la Chine et de
l’Inde actuelles réunies 2. Il a descendu le Mississipi vivant lui-même à leur image
jusqu’à son embouchure et dans le faste. C D
• L’empire colonial a conquis les territoires qui
britannique, premier empire le bordaient, qu’il a nommés 5. Il a été le premier résident
colonial du monde, avec une « Louisiane » en l’honneur de général du protectorat français
superficie de 30 millions de Louis XIV. au Maroc en 1912 ; il s’y est
km², soit 20 % des terres fait remarquer par les relations
émergées 3. Ancien esclave affranchi, amicales qu’il a tissées avec le
• L’empire colonial français il prend le pouvoir à Saint- sultan, et par les mesures qu’il a René Robert
Joseph François
rassemblait 60 millions Domingue à la faveur de la prises pour respecter le peuple Cavelier de
Dupleix (1697-1763)
d’habitants (hors métropole) révolte des esclaves de 1791 et marocain et sa culture. Il a par Lasalle (1643-1687)
et l’empire colonial de l’abolition de l’esclavage de exemple protégé les centres
britannique 450 millions 1794. Il en profite pour établir anciens des villes marocaines E F
un régime autoritaire et, vou- et a interdit aux Français de
lant assurer l’autonomie de l’île pénétrer dans les mosquées. Le
en redynamisant le commerce, sultan a pleuré sa mort.
rétablit en partie l’esclavage sous
le nom de « travail forcé ». Il est 6. Il est le premier navigateur
À qui appartient tel pays ? Anciens et nouveaux noms : finalement arrêté par Napoléon français à avoir fait le tour du
et meurt en France, dans le Jura. monde, en 1769. Il a découvert Toussaint Louis Antoine
Jeu Sauriez-vous associer le nom de chacune de ces anciennes colonies à son nom de pays actuel,
Louverture comte de Bougainville
ainsi qu’à son ancienne puissance colonisatrice ? à cette occasion l’île de Tahiti
Solution : A.5 - B.1 - C.2 - D.4 - E.3 - F.6 en Polynésie. (1743-1803) (1729-1811)

Nom lors de l’époque coloniale Nom du pays actuel Ancienne puissance


colonisatrice
A  Rhodésie du Nord 1  République du Congo Les rues de Paris
B  Congo Belge 2  Réunion, île Maurice De nombreux lieux de Paris rappellent des personnages liés à la colonisation française,
C  Dahomey 3  Zimbabwe sauriez-vous les situer sur une carte de la capitale ?
x
LIEU
D  Haute-Volta 4  Inde, Pakistan, Bangladesh 1  Place de l’Émir-Abdelkader, Ve, près de la mosquée
E  Tonkin, Annam, Cochinchine 5 Bénin France A de Paris
 Angleterre 2 Avenue Bugeaud, XVIe
F  Rhodésie du Sud 6  République démocratique du Congo
Belgique 3 Rue Dupleix et métro Dupleix, XVe
G Mascareignes 7  Centrafrique
B 4 Rue Faidherbe, XIe, et le métro Faidherbe-Chaligny
H  Côte-de-l’Or 8 Mali
F
5 Square du Docteur Calmette, XVe
I  Congo Français 9 Vietnam E 6 Place du Docteur Yersin, XIIIe
C
J  Empire des Indes 10  Zambie D G
7 Rue Savorgnan de Brazza, VIIe
K  Oubangui-Chari 11  Ghana J 8 Rue Jacques Cartier, XVIIIe
L  Soudan Français 12 Burkina Faso I
9 Avenue du Maréchal Gallieni, VIIe
10 Avenue du Général Lyautey, XVIe
Solution : France : C.5 - D.12 - E.9 - G.2 - I.1 - K.7 - L.8 / Angleterre : A.10 - F.3 - J.4 - H.11 / Belgique : B.6 H
Solution : 1.J - 2.B - 3.D - 4.G - 5.I - 6.H - 7.E - 8.A - 9.F - 10.C

232 233
6
« Juillet 1830 », le drapeau

Thème tricolore retrouvé


Dessin de Léon Cogniet
Aux ténèbres enfin succède la clarté :
flotte tout d’abord au-dessus des

Société, culture
fumées de la bataille un drapeau
blanc frappé des armes royales de
la monarchie traditionnelle. Une fois
celles-ci emportées par un boulet,

et politique l’azur du ciel apparaît symbolique-


ment en lieu et place de l’emblème
royal. Enfin s’ajoute le rouge trempé

dans la France
du sang des combattants des 27, 28
et 29 juillet 1830 qui par leur sacri-
fice ont fait triompher la cause de
la liberté. Ce raccourci saisissant

du XIXe siècle exprime avec force la résurrection du


drapeau tricolore : la France renoue
avec les trois couleurs qui flottaient
sous la République et l’Empire.

La République appuyée
sur le droit de vote
Fresque de Pierre-Paul-Léon
Revêtue d’un voile tricolore, la jeune
femme debout sur un char s’appuie de
la main gauche sur l’urne électorale,

U
ou sont gravés les mots Vox Populi.
ne nouvelle ère de moder- Restauration des Bourbons de la
nité commence et, avec branche aînée (1814-1830), la
elle, de nouveaux enjeux : monarchie de Juillet des Orléans
parvenir à établir un régime poli- (1830-1848), une éphémère
tique stable qui permette de Seconde République (1848-
concilier héritage chrétien et 1852), un Second Empire pros-
monarchique et aspirations répu- père mais abattu par la défaite
blicaines et laïques ! Après la militaire (1852-1870), enfin une
tourmente révolutionnaire et la Troisième République qui par-
geste impériale, la France connaît vient à s’enraciner durablement.
une succession de régimes : la

234
Chap.

15 Une difficile conquête :


voter de 1815 à 1870
Comment la France tente-t-elle, au travers
de ses différentes expériences institutionnelles,
d’étendre le droit de vote à l’ensemble des Français ?

A
lors que l’expansion napoléonienne en Europe avait propagé l’idée d’égalité à tra-
vers l’Europe, le très conservateur Congrès de Vienne de 1815 favorise le retour
à l’ordre ancien. Le suffrage universel, institué en 1848 et aboutissant alors à
l’élection du prince Louis-Napoléon Bonaparte, amputé en 1849, est paradoxalement
rétabli par Napoléon III après son coup d’État du 2 décembre 1851. Mais c’est avec la
Troisième République qu’il est consolidé.

La Révolution de Juillet 1830


Le suffrage
Peinture de Jean Louis Bezard
universel :
un bureau de vote
Peinture d’Alfred Bramtot

Règne de Louis XVIII (1815-1824) Règne de Charles X Règne de Louis-Philippe (1830-1848) Seconde République Second Empire (1852-1870)
(1824-1830) (1848-1852)
1810 1820 1830 1840 1850 1860 1870

1815 juillet 1830 février 1848 1851 2 déc. 1852 1860 1870
Chute de l’Empire Les Trois Glorieuses Révolution libérale 2 décembre : Coup d’état de Louis-Napoléon Proclamation Plébiscites pour 8 mai : Plébiscite d’approbation des réformes
Bonaparte ; 20-21 décembre : Plébiscite de l’Empire à la suite le rattachement de libérales du régime ;
d’approbation du nouveau régime d’un second plébiscite Nice et de la Savoie 4 septembre : Proclamation de la République 237
leçon
1
4
Vote et monarchie l’année 1848 vue par Flaubert
Février 1848. « Pendant qu’aux Tuileries, les aides de camp se succé-
daient, et que le roi hésitait, puis donnait à Bugeaud le commandement
général pour l’empêcher de s’en servir, l’insurrection, comme dirigée par
un seul bras, s’organisait formidablement. Des hommes d’une éloquence
A. La Restauration incertaine frénétique haranguaient la foule au coin des rues, d’autres dans les
églises sonnaient le tocsin à pleine volée ; on coulait du plomb, on roulait
En 1815, après la défaite de Napoléon à Waterloo, Louis XVIII, frère de des cartouches, les arbres des boulevards, les vespasiennes, les bancs,
Louis XVI, monte sur le trône. C’est la Restauration du régime monar- les grilles, les becs à gaz, tout fut arraché, renversé ; Paris le matin était
chique. Le nouveau roi rétablit le drapeau blanc mais accepte certains couvert de barricades. La résistance ne dura pas si bien qu’à huit heures,
acquis de la Révolution. Une Charte est « octroyée », qui reconnaît l’égalité le peuple, bon gré ou de force, possédait cinq casernes, presque toutes
devant la loi ; le roi détient le pouvoir exécutif et partage le pouvoir légis- les mairies, les points stratégiques les plus sûrs. D’elle-même, sans
secousse, la monarchie se fondait dans une dissolution rapide. »
latif avec le Parlement. C’est une monarchie constitutionnelle. Cependant,
Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, troisième partie, 1869
le suffrage est censitaire. Il est en effet très restreint puisqu’il impose une
double condition de fortune et d’âge : il exige de payer une contribution
directe d’au moins 300 francs et d’être âgé d’au moins trente ans. Il n’y
eut jamais plus de cent mille électeurs. En 1824, Charles X succède à son 2 Alphonse de Lamartine
frère Louis XVIII. Le 25 juillet 1830, le roi dissout l’Assemblée, limite la Peinture de François Gérard
liberté de presse et restreint le droit de vote aux riches propriétaires fon-
Poète et romancier romantique français, Lamartine
ciers, ce qui élimine de la vie politique la haute bourgeoisie. C’est une vio- (1790-1869) décide d’entrer en politique pendant
lation manifeste de la Charte de 1814. Ces « ordonnances de Saint-Cloud » la monarchie de Juillet mais passe progressivement
provoquent le soulèvement des Trois Glorieuses, journées de combat à au républicanisme. C’est lui qui proclame la Seconde
l’issue desquelles les Parisiens chassent Charles X, dernier roi de Bourbon. République et devient chef du gouvernement. Il se
retire de la politique après sa cinglante défaite aux
B. La monarchie de Juillet présidentielles contre Louis-Napoléon Bonaparte
(0,26 % des suffrages).
Beaucoup d’insurgés espéraient établir une République, d’autres pen-
chaient pour le retour sur le trône du fils de Napoléon Ier, mais la bourgeoisie
se contente d’un changement de monarque. Louis-Philippe, fils de Philippe
surnommé « Égalité » pour avoir voté la mort de Louis XVI son cousin, est
proclamé roi des Français. Le drapeau tricolore est rétabli, le cens est 1 Louis-Philippe rétablit
5
le drapeau tricolore Journées de Juin 1848
abaissé à 200 francs et la limite d’âge pour voter à 25 ans. Le nombre maxi- Peinture de Joseph-Désiré Court Peinture d’Horace Vernet
mal d’électeurs fut de 300 000 pour une population de 36 millions d’ha-
« La France m’a confié ces glorieuses Insurrection des ouvriers de Paris écrasée par les troupes gouver-
bitants. Ce règne est marqué par plusieurs insurrections en faveur d’une
couleurs et je saurai les défendre. » nementales du ministre de la Guerre Eugène Cavaignac, ici dans la
réforme électorale. Les ouvriers espéraient ainsi obtenir des concessions en
leur faveur. L’obstination du roi provoque la révolution de 1848. rue Soufflot au pied du Panthéon.

C. La révolution libérale de 1848 6 L’échec de la république sociale


Dans un contexte de crise économique et d’augmentation du chômage, La Deuxième République instaure un régime libéral : des
une campagne de banquets est organisée entre 1847 et 1848 pour arbres de la liberté sont plantés dans les rues, expres-
Définitions : sion d’un consensus national. Le suffrage universel mas-
contourner l’interdiction des réunions publiques : le but est d’obtenir un
nouvel abaissement du cens. Devant l’ampleur du mouvement, le gou- culin est instauré, l’esclavage est aboli dans les colonies
Ateliers nationaux de même que la peine de mort pour délits politiques. Les
vernement interdit un banquet qui devait se tenir à Paris le 22 février chantiers financés par libertés fondamentales sont restaurées (presse, réunion).
1848. Une importante mobilisation populaire, en partie soutenue par la l’État pour employer les Sous la pression du socialisme naissant porté par Louis
garde nationale, met Paris à feu et à sang. Le roi est contraint de s’exiler, chômeurs. Blanc, des ateliers nationaux sont ouverts. Cette mesure
et le 24 février, Lamartine proclame la République et la formation d’un vise à redonner du travail aux chômeurs. Jugée trop coû-
gouvernement provisoire. Le 4 novembre, une constitution est adoptée Suffrage censitaire teuse, elle est supprimée dès juin de la même année. Cette
qui respecte le principe de séparation des pouvoirs. Le premier prési- seuls les citoyens 3 Les Trois Glorieuses :
27, 28 et 29 juillet 1830
décision provoque une violente émeute écrasée dans le
dent de la République est élu au suffrage universel avec 74 % des voix le atteignant un certain niveau sang, avec 1 500 fusillés et 11 000 prisonniers ou dépor-
Peinture de Jean Victor Schnetz
10 décembre 1848. Il se nomme Louis-Napoléon Bonaparte. d’impôt (le cens) ont le droit tés. C’est l’échec d’une république sociale.
de vote. Combats devant l’Hôtel de Ville de Paris.

238 239
zoom sur peinture Eugène Delacroix

Les couleurs de la révolution


l’histoire
Chef de file des peintres romantiques, il est célèbre 1830. La Liberté guidant le peuple a d’abord été vive-
1830 pour son style vivant, fougueux, passionné. C’est
un artiste pleinement engagé dans les combats de
ment critiquée, notamment pour son allégorie de la
Liberté, jugée « sale » voire « ignoble ». Mais elle connaît
son époque, notamment pour la cause grecque (Les rapidement un grand succès, et est même achetée par
Massacres de Scio, 1824) ou pour la révolution de Louis-Philippe qui l’expose au palais du Luxembourg.

La Liberté guidant 1 Marianne sur les barricades


le peuple d’Eugène
Tout dans cette scène évoque 1789. Au centre du tableau,
Delacroix dans la fumée des combats, le peintre a représenté
Rarement une œuvre est parvenue à Marianne, à la fois personnification de la Liberté et
allégorie de la Révolution française, seins nus, brandis- 1
mêler si étroitement émotion artis-
sant le drapeau tricolore d’une main et tenant un fusil
tique et politique. La Liberté guidant le de l’autre. Elle est coiffée du bonnet phrygien, symbole 2
peuple est un symbole, celui de la révo- des esclaves affranchis dans l’Antiquité puis des sans-
lution dans ce qu’elle a de plus lyrique culottes. Delacroix a tempéré l’idéalisme de la figure par
et de plus romantique. Marianne, bran- un traitement réaliste de cette femme du peuple au bras
dissant le drapeau tricolore sur les bar- musclé, au torse massif et à la pose vigoureuse, presque
ricades, est devenue une figure intem- virile. Le drapeau est à lui seul un symbole de contestation
politique, face à un régime qui a choisi dès 1814 le drapeau
porelle et universelle.
blanc. Les trois couleurs sont portées de façon dramatique
par cet homme à genoux au premier plan qui contemple
Marianne comme une déesse de la liberté. À droite, un petit
L’élan Parisien, une giberne de cartouches à la taille, agite ses
révolutionnaire deux pistolets. Avec son béret, il est l’archétype du gamin
des rues qui inspirera le Gavroche des Misérables, même si
Le régime réactionnaire de Charles X l’insurrection évoquée par Victor Hugo dans son roman est
cristallise toutes les oppositions, celle de 1832. Derrière lui se profilent les tours de Notre-
qu’elles soient monarchistes libérales Dame, symbole de la France éternelle.
ou républicaines. En découvrant la
publication des ordonnances le 26 juil-
let au matin, la population est sous le
choc. Le lendemain, les ouvriers typo- 2 Le peuple en armes
graphes manifestent dans les rues de
Paris. Au cours de la nuit, des étudiants À l’extrême gauche, un homme, sabre à la main et chemise
de l’école polytechnique animent un ouverte, se tourne vers Marianne, comme figé dans son
vaste mouvement de résistance. Le 28 mouvement. Comme en témoignent sa casquette et son
tablier, c’est un ouvrier. Il fait probablement partie de ces 3
juillet, ils sont près de 10 000 insur-
typographes qui ont participé massivement à la révo-
gés à construire des milliers de barri- lution de 1830, pour dénoncer la fermeture des impri-
cades face aux troupes royales, char- meries après la suspension de la liberté de la presse.
gées de faire régner l’ordre. À côté de lui, c’est peut-être Eugène Delacroix lui-même
qui s’est représenté en jeune bourgeois, portant le haut de
Eugène Delacroix a saisi tout l’élan forme, la redingote et un fusil de chasse. Derrière, c’est le
révolutionnaire du 28 juillet 1830. Les peuple en armes qui apparaît dans la fumée des combats.
personnages sont tendus, dans un mou- 3 Les naufragés de la révolution
vement ascensionnel, vers le drapeau
qui domine cette scène pyramidale. Au milieu des débris de barricades gisent les victimes homme à la décoration rouge vif du garde royal, en
L’impression est encore renforcée par des combats. Le traitement pictural des personnages passant par l’épaulette blanche du cuirassier, ces per-
l’horizontalité du premier plan, repré- est à la fois romantique et réaliste. Mais Delacroix sonnages portent sur eux, comme autant de reflets, les
sentant des hommes morts au combat. n’oublie pas son sujet : de la chausse bleue de cet couleurs de la révolution.

240 241
leçon
2
L’Empereur visitant les inondÉS d’angers

Voter sous le Second Empire 2 en 1856


Peinture anonyme
Louis-Napoléon Bonaparte vient soutenir les victimes des inon-
dations. Il fonde un régime original et autoritaire, mais où les
droits des ouvriers sont défendus. Il leur accorde notamment le
A. Le coup d’État du 2 décembre 1852 droit de grève en 1864.

Les élections législatives de mai 1849 font triompher les conservateurs « Ma conviction est que Louis-Napoléon Bonaparte décerne
du Parti de l’Ordre. La loi Falloux renforce le rôle de l’Église catholique
la France sera tranquille 3 la Légion d’honneur à un ouvrier
dans l’enseignement et la loi électorale de mai 1850 retire le droit de Peinture de Charles Giraud
vote à 3 millions de Français. Bénéficiant d’une incontestable popularité quand elle aura un Il est le premier candidat élu au suffrage universel à
due au grand prestige de la légende de Napoléon Ier auprès des paysans la présidence de la République.
et des ouvriers, le président Louis-Napoléon Bonaparte inaugure les gouvernement fort qui ne
voyages présidentiels en province. Ses partisans commencent à mili-
ter en faveur d’un prolongement du mandat présidentiel. N’obtenant pas peut se bâtir que sur la
la révision de la constitution qui interdit sa réélection, Louis-Napoléon
4 Médaille de
démocratie. » Louis-Napoléon
Bonaparte organise un coup d’État le 2 décembre 1851, date anniversaire
Bonaparte,
du couronnement de Napoléon Ier et de la bataille d’Austerlitz. Il édicte Napoléon III
président
alors six décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée nationale, le de la République
rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple Élu le 10 décembre
français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution. Le 1 Le plébiscite pour 1848 avec 74 % des
20 décembre, son nouveau pouvoir est largement accepté par plébiscite l’empire de 1852 voix. Cette élection au
et les opposants sont exilés, dont 6 000 d’entre eux vers l’Algérie. 66 Question posée aux électeurs scrutin direct de l’en-
chefs républicains sont bannis : parmi eux Victor Hugo. La plupart seront lors du plébiscite du 21 novembre semble des électeurs
amnistiés. Le 2 décembre 1852, le Second Empire est proclamé. 1852 : « Le peuple veut le rétablis- restera une expérience
sement de la dignité impériale dans démocratique unique
la personne de Louis-Napoléon jusqu’en 1965.
B. Le Second Empire : l’appel au peuple Bonaparte avec hérédité dans sa
descendance directe, légitime ou
Le Second Empire est un régime hybride à la fois autoritaire et modernisateur. adoptive et lui donne le droit de Napoléon III à la bataille de Solferino
Il est basé sur l’appel au peuple avec le suffrage universel masculin et l’usage
répété du plébiscite comme par exemple en 1860 pour le rattachement du
régler l’ordre de sa succession au 6 Peinture d’Adolphe Yvon
trône dans la famille Bonaparte. »
Comté de Nice et de la Savoie à la France. C’est un moyen pour l’Empereur Prônant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’Empereur
Décret impérial du 2 décembre s’engage dans la lutte pour l’indépendance italienne. Après la vic-
de consolider sa légitimité par un lien direct avec le peuple. Cependant, le 1852 donnant les résultats du vote : toire de Solférino, le 24 juin 1859 contre l’Autriche, la France se
régime pratique la censure et réprime les républicains. Néanmoins, à partir « 7 824 189 bulletins portent le mot hisse au deuxième rang des puissances internationales.
de 1860, le régime se libéralise : la censure est supprimée, la liberté de réu- oui ; 253 145 bulletins portent le
nion et le droit de grève sont accordés (1864) et le Parlement voit ses pou- mot non ; 63 326 bulletins nuls.
voirs étendus. Cela favorise la montée de l’opposition républicaine menée Louis-Napoléon Bonaparte est
empereur des Français sous le nom
par Gambetta et Thiers. Le régime est également contesté dans le monde
de Napoléon III. »
ouvrier. Les obsèques de Victor Noir, journaliste républicain tué dans une
querelle avec le prince Pierre Bonaparte tournent à l’émeute, montrant le
rapprochement opéré entre les républicains d’extrême gauche et le socia-
lisme ouvrier. Pour renforcer sa légitimité, l’Empereur sollicite à nouveau le
peuple le 8 mai 1870 par plébiscite, une nouvelle fois en demandant l’appro-
bation des réformes libérales opérées depuis 1860. C’est un succès avec Définitions :
7 350 000 « oui » contre 1 538 000 « non ». « J’ai retrouvé mon chiffre » dit
Plébiscite
5 Napoléon III, empereur
des Français
l’Empereur. Mais ce n’est pas de l’intérieur que vient le déclenchement de la
consultation directe du Peinture de Franz Xaver Winterhalter
crise finale. Un incident diplomatique (la dépêche d’Ems) provoque l’entrée peuple appelé à répondre
en guerre de la France contre la Prusse le 19 juillet 1870. L’armée française, Louis-Napoléon Bonaparte est un
par « oui » ou « non » à une souverain étonnamment moderne
mal préparée, essuie revers sur revers. Napoléon III capitule le 2 septembre question posée par le chef pour son époque. Il porte un nom de
à Sedan ce qui provoque un soulèvement populaire à Paris, la chute de l’Em- de l’État exprimant ainsi sa légende qui implique de nombreux
pire et la proclamation de la République. confiance envers lui. devoirs.

242
patrimoine

Paris, le grand chantier


de Napoléon III
Dès son arrivée au pouvoir, Napoléon III entreprend de transformer la
capitale, qui tient plus de la cité du Moyen Âge que de la ville moderne.
C’est à Paris que l’Empereur a laissé sa marque la plus profonde.

Le nouveau visage de Paris


L’Empereur donne les pleins pouvoirs au préfet du département de la
Seine, Georges Eugène Haussmann. Rigoureux, dynamique et organisé,
ce dernier confie les grands travaux à des architectes de renom. Son
idée maîtresse est de permettre une meilleure circulation de l’air et des
hommes. Des avenues sont percées et désengorgent la capitale – ainsi
les Grands Boulevards, larges et aérés. Les quartiers insalubres du vieux
Paris sont démolis. Un nouveau style d’immeubles – aujourd’hui qua-
lifiés de haussmanniens –, beaucoup plus modernes et fonctionnels,
devient la norme. Les deux principes qui régissent leur édification sont Le Louvre de Napoléon III 4 plan du Louvre

de reproduire le style du premier immeuble tout au long de l’avenue et


Napoléon III visitant 3 Peinture de Victor Joseph Chavet
d’en respecter l’alignement. Napoléon III tient beaucoup à l’allure monu-
1 le Louvre
Philippe Auguste
Peinture de Nicolas Gosse Catherine de Médicis
mentale de sa capitale. La ville s’étend par l’annexion des villages avoi-
Napoléon III a supervisé le chantier Henri IV
sinants (Auteuil, Passy, Montmartre, La Chapelle…). Des jardins publics
urbanistique de la capitale, il visite Louis XIII
permettent aux Parisiens de profiter d’un air moins vicié. Le bois de ici la construction des galeries reliant Louis XIV
Boulogne, le bois de Vincennes, le parc des Buttes-Chaumont et le parc le Louvre aux Tuileries ; à ses côtés Louis XVIII
Montsouris sont aménagés. Les gares de l’Est et du Nord sont recons- l’architecte Hector-Martin Lefuel. République
truites et agrandies. Un système d’égouts ultramoderne est créé, ainsi Napoléon Ier
qu’un système d’éclairage public. L’eau potable commence à arriver Napoléon III
dans les foyers les plus aisés. Paris devient ainsi la capitale de l’Eu-
rope et accueille de grandes réunions internationales ; les expositions
universelles de 1855 et de 1867 sont d’énormes succès politiques et
populaires. L’haussmannisation fait également des émules en province :
Marseille, Montpellier, Lyon se transforment pour s’adapter aux nou-
velles exigences de l’urbanisation. 5
Le « Grand Dessein » du Louvre achevé La gloire de la France :
Visconti présente le projet
Désireux de s’inscrire dans la continuité des rois de France, Napoléon III d’achèvement du Louvre
achève en 1857 un chantier de deux siècles et demi en réunissant le à Napoléon III et Eugénie
palais du Louvre à celui des Tuileries par le nord comme par le sud – ce Peinture de Ange Tissier
projet colossal connu sous le nom de « Grand Dessein » avait germé
dans l’esprit d’Henri IV. L’Empereur fait achever l’aile de la rue de Rivoli,
ébauchée sous Napoléon Ier en parallèle de la « Galerie du bord de
Pour le nouvel opéra, l’architecte choisi par concours se de l’Opéra, ses marbres polychromes et son harmonie
l’eau » édifiée sous Henri IV. Sont édifiés également les pavillons enser-
nomme Charles Garnier. Il commence les travaux en 1861, sont décriés à l’époque. Ainsi, l’impératrice s’exclame
rant l’actuelle cour de la pyramide et délimitant quatre cours intérieures. L’OPÉRA gARNIER mais l’inauguration, prévue pour l’Exposition universelle devant les plans de Garnier : « Mais cela ne ressemble à
2 Place de l’Opéra Garnier à Paris, de 1867, n’aura lieu qu’en 1875, sous la présidence de rien ! Quel est ce style-là ? », s’attirant la réplique de l’ar-
peinture de Frank Boggs Mac Mahon. Synthèse de plusieurs styles, l’architecture chitecte : « C’est du Napoléon III, Votre Majesté. »

244 245
Chap.

16 La IIIe République

Comment ce nouveau régime a-t-il fini


par être accepté par les Français ?

L
a IIIe République a duré de 1870
à 1940, soit 70 ans. Pour la
première fois, le régime répu-
blicain s’installe durablement en
France, les deux premières tenta-
tives de république ayant été beau-
coup plus courtes. Il doit commencer
par acquérir une légitimité, et s’im-
poser face aux tentations de res-
tauration monarchique. Il est porté
par plusieurs fondateurs, dont Léon
Gambetta, qui a défini dès 1869,
dans son « programme de Belleville »
quelles devraient être les premières
mesures à adopter.

La France éclairant le monde


Peinture de Janet-Lange La République triomphante
Peinture de Henri-Joseph-Armand Cambon
Sur le socle de pierre, la liberté de presse est gravée. Tout mettre en avant les progrès mis en place par la République
autour sont représentées les richesses de la France : l’agri- comme la liberté retrouvée de la presse. Il insiste surtout La IIIe République est le moment où
culture, l’industrie et les arts. La République se perçoit sur le « génie » national dans les domaines artistique et se mettent en place les grands sym-
comme facteur de progrès pour le monde, comme elle se industriel (arrière-plan). L’auteur veut aussi prouver l’una- boles nationaux : effigie de Marianne
représentait déjà au temps de la Révolution française. On nimité des Français autour de la République (ruralité et mais aussi hymne national, devise…
remarque au passage que le coq comme symbole national, urbanité de chaque côté de la République) et les richesses La Liberté est personnifiée sous une
instauré par Louis-Philippe, est maintenu. Le tableau veut que peut dégager cette nouvelle France. forme de statue.

1860 1870 Commune de Paris (Mars-Mai 1871) 1880 1890 Affaire Dreyfus (1894-1906) 1910

1870 1871 1873 1875 1879 1881 1884 1895 1896 1900 1901 1905
2 septembre : Napoléon III 18 janvier : L’Empire allemand est proclamé dans la Galerie Début de Adoption Élection du président Lois sur la liberté Loi autorisant Première confédération syndicale Fin de la Grande Exposition Loi sur les associations Séparation de l’Église et de l’État
capitule à Sedan ; des Glaces ; 29 janvier : L’armistice est signé entre la France la Grande des lois Jules Grévy de la presse les syndicats française : la CGT Dépression universelle et création du Parti et création de la SFIO
4 septembre : Proclamation et l’Allemagne ; 10 mai : Traité de paix entre la France et Dépression constitu- et sur la liberté à Paris radical
de la IIIe République l’Allemagne, l’Alsace-Lorraine est cédée à l’Allemagne. tionnelles de réunion 247
leçon
1870-1940
3 La Commune de Paris

La République résiste aux crises Scènes d’émeutes sur la place de la Concorde. Peinture de Gustave Boulanger
Le long siège de Paris par les Prussiens a fait grandir l’agi-
tation révolutionnaire dans la capitale… En mars 1871, la
rangés derrière Thiers, président de la République. Ces
derniers prennent Paris, puis la guerre se transforme en
révolte éclate. Les Parisiens élisent un conseil révolution- bataille de rues. Pendant la « semaine sanglante » fin mai,
« La République est le naire, qui prend le nom de « Commune de Paris ». La guerre l’armée versaillaise réprime la Commune, et des massacres
A. Une naissance difficile gouvernement qui nous dure deux mois entre cette Commune (les « Parisiens », ou ont lieu dans les deux camps. L’archevêque de Paris, et
« communards »), et le gouvernement et l’Assemblée, ins- d’autres otages, sont fusillés par les communards. 147
Le 2 septembre 1870, Napoléon III capitule à Sedan face à la Prusse. La
guerre s’achève pour la France par une grave défaite, qui signe la fin du
divise le moins. » tallés à Versailles (les « Versaillais »). Elle commence par communards, acculés à l’est de la capitale, sont exécutés
un « second siège de Paris », par les Versaillais cette fois, devant le « mur des Fédérés ».
Second Empire. Deux jours plus tard, la République est proclamée à l’Hô- Adolphe Thiers
tel de Ville, où les principaux chefs républicains sont présents. Gambetta
et Jules Ferry notamment forment un gouvernement de Défense natio-
nale, qui ne veut pas céder l’Alsace et la Lorraine et décide donc de
poursuivre la guerre. Un long et dur siège de Paris commence… En vain,
car en janvier 1871, la paix est signée, au prix de la cession de l’Alsace-
Lorraine à l’Empire allemand nouvellement proclamé. Adolphe Thiers se
voit confier le pouvoir par une Assemblée nationale élue, et commence
à rédiger une constitution. Mais cette tâche est vite interrompue par
l’éclatement de la Commune, de mars à mai 1871. Thiers écrase le soulè-
vement, mais est destitué et remplacé par un monarchiste, le maréchal
de Mac Mahon… le régime a du mal à trouver sa voie. Le suffrage univer-
sel assure cependant la domination progressive des élus républicains.
En 1875, enfin, trois lois définissant le régime sont adoptées. Elles font
office de constitution jusqu’en 1940.

B. La consolidation de la République
En 1879, un nouveau président, Jules Grévy, est élu. Il est cette fois- 1 Séance À la Chambre des
Députés
ci républicain. Il applique les idées républicaines définies en 1869 par
Léon Gambetta dans son « programme de Belleville », avant même l’avè- Peinture de René Achille Rousseau-Decelle
nement de la République : l’école primaire gratuite, laïque et obligatoire, Sous la IIIe République, les grandes
la liberté de la presse et la liberté de réunion (1881), la liberté syndicale décisions sont discutées et prises par les
(1884), la séparation de l’Église et de l’État. La politique coloniale des députés. Le président de la République
régimes précédents est poursuivie. Des partis politiques sont fondés : n’a pas beaucoup de pouvoir.
le Parti radical en 1901, et la SFIO (Section française de l’Internationale 4
L’Affaire Dreyfus
ouvrière) en 1905, ancêtre du Parti socialiste et du Parti communiste.
Dégradation du capitaine Dreyfus, Petit Journal, 13 janvier 1895

C. La Belle Époque En 1894, un officier juif, Dreyfus, est condamné à la déportation


à vie en Guyane, pour trahison. Il est accusé d’avoir transmis
À la fin du XIXe siècle, la société française est secouée par l’affaire Dreyfus. des documents secrets à l’Empire allemand. Mais peu après, le
véritable coupable, un certain Esterhazy, est découvert. Malgré
Et économiquement, à partir de 1873, la France, comme le monde, connaît
cela, les tentatives de révision du procès de Dreyfus échouent. En
la « Grande Dépression » : un important ralentissement de l’activité écono- 1898, l’écrivain Émile Zola prend donc l’initiative d’écrire une lettre
mique. Mais cet épisode est suivi d’une période de grande prospérité, grâce ouverte au président de la République, qu’il intitule : « J’accuse ». Il
à la seconde révolution industrielle, c’est le développement de l’électricité, y dénonce les intrigues au sein de l’armée pour éviter la révision du
de l’automobile, du pétrole et de la chimie. Rétrospectivement, en 1919, on procès. Cette lettre déchaîne les passions en France : les milieux
appellera cet avant-guerre la « Belle Époque », par contraste avec le car- politiques, les familles, se divisent entre les « dreyfusards » et les
Proclamation « antidreyfusards ». Les deux camps s’affrontent pendant des
nage qui va suivre. Des signes avant-coureurs de la guerre apparaissent
cependant : les puissances européennes nouent des alliances, des incidents 2 de la IIIe République années via la presse, des duels, des manifestations, des batailles
Peinture de Jacques Guiaud dans la rue… le tout sur fond d’antisémitisme, Dreyfus étant juif.
éclatent entre la France et l’Allemagne à propos de la colonisation du Maroc, L’officier est innocenté en 1906, mais « l’Affaire » laisse des
sur fond d’esprit de « revanche » en France depuis la perte de l’Alsace-Lor- Proclamation de la IIIe République par
Léon Gambetta le 4 septembre 1870 marques profondes dans la société française.
raine ; et la course aux armements commence.
devant le Palais Bourbon.

248 249
zoom sur peinture
Adolphe Thiers proclamé

Gambetta, Thiers, Ferry : pères


l’histoire « libérateur du territoire » lors

1877
de la séance de l’Assemblée
nationale, le 16 juin 1877,

fondateurs de la IIIe République peinture de Jules Garnier

« Pour gouverner les Français il faut des paroles violentes et des actes modérés »
Gambetta
Léon Gambetta, le Tribun
1 Jules Ferry ;
Léon Gambetta (1838-1882) naît à Cahors, dans une famille 2 Gambetta ;
italienne de commerçants aisés. À l’école, il montre un carac- 3 on reconnaît

tère brillant et espiègle, et se fait remarquer par une grande avec sa moustache
intelligence. À 10 ans, il est victime d’un accident : il perd un le jeune député Georges
œil, après avoir reçu un éclat en regardant un ouvrier fabriquer Clemenceau ;
un couteau. Il porte ensuite un œil de verre pendant le reste de 4 Adolphe Thiers.

sa vie, et c’est pourquoi il est en général représenté de profil.


Voulant devenir avocat, il part suivre ses études à Paris. C’est
là qu’il obtient enfin la nationalité française, à l’âge de 21 ans.
C’est là aussi qu’il tisse un réseau de relations, et qu’il se fait
Jules Ferry, Adolphe Thiers : de la
connaître pour ses talents d’orateur. Cela lui permet de se pré- l’opportuniste monarchie à la République
senter en 1869 aux élections législatives. Il prononce alors un
discours célèbre, le « programme de Belleville », qui appelle au
respect des libertés et prône la séparation des Églises et de
l’État, ainsi que l’instruction primaire obligatoire, gratuite et
laïque. Il est effectivement élu député, à Marseille.
3
Après la défaite de Sedan en septembre 1870, Gambetta Gambetta quitte Paris assiégé en ballon
ainsi que d’autres députés républicains proclament la Peinture de Jules Didier et Jacques Guiaud
République, puis mettent en place un « gouvernement pro- 4
visoire de la Défense nationale » dans lequel Gambetta 1 2
est ministre de l’Intérieur. Ces députés cependant ne sont Idée « La III République…
e

pas d’accord sur la décision de poursuivre ou non la guerre. reçue républicaine ? »


Gambetta, lui, est convaincu qu’il faut la continuer. Il cherche
Non ! En effet, lorsqu’un groupe de députés
un moyen de quitter Paris, encerclée par les Prussiens, pour
proclame la République le 4 septembre 1870, Avocat originaire d’une famille républicaine Il a été chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur
organiser l’armée en province, et s’envole en montgolfière. Il
le régime compte de nombreux opposants : des Vosges, Jules Ferry (1832-1893) se fait de Louis-Philippe et a, à ce titre, réprimé plusieurs mani-
parvient à gagner Tours, mobilise des soldats, avec une telle
l’Assemblée élue est à nette majorité monar- rapidement remarquer en écrivant des articles festations républicaines, il a été aussi son ministre des
énergie qu’il est bientôt surnommé « le dictateur de Tours ».
chiste, et le maréchal de Mac Mahon, deu- dans la presse, et en défendant plusieurs Affaires étrangères, et a négocié avec l’Angleterre le
Mais malgré tous ses efforts, la France capitule et l’armistice
xième président, élu en 1873, est lui-même républicains devant les tribunaux. Il est élu retour en France des cendres de Napoléon. Il évalue mal
est signé le 29 janvier 1871.
monarchiste. Les partisans d’un roi tentent député à la veille de la défaite de Sedan. Il se son neveu, qu’il pense incapable, et doit quitter quelque
Une fois la défaite actée, Gambetta se concentre sur l’enra- de faire accepter leur prétendant, le comte dit « opportuniste », car, pour lui, toutes les temps la France au début du Second Empire. À son retour,
cinement de la République en France. En effet, le régime est de Chambord, petit fils de Charles X, mal- opportunités sont bonnes pour enraciner la il est élu député, et en 1870, apparaît vite comme le seul
loin d’être accepté par tous. Gambetta multiplie les discours, gré l’élection en 1879 d’un premier président République. Devenu maire de Paris, il est un homme capable de diriger la France affaiblie par sa défaite.
les banquets, sillonne la France, pour convaincre les Français républicain, Jules Grévy. Les catholiques sont des principaux leaders de l’opposition républi- Il devient alors le premier président de la IIIe République
de l’adopter définitivement. Et il parvient à ses fins, puisqu’en très majoritairement antirépublicains, car le caine à la chambre, jusqu’à l’élection de Jules en 1871. Conservateur brutal, il réprime sévèrement la
1875, enfin, des lois constitutionnelles, faisant office de consti- régime affiche sa volonté d’entraver la mis- Grévy en 1879. Il monte alors en première Commune, puis se heurte à une Assemblée qui l’a sou-
tution, sont adoptées, à une voix près. Gambetta devient pré- sion d’enseignement des congrégations, et de ligne, et attache son nom aux « lois Ferry » tenu mais qui reste cependant de tendance monarchiste.
sident de la Chambre, puis président du Conseil – Premier séparer l’Église et l’État. En 1889, le général sur l’école gratuite, laïque et obligatoire de Cependant, ses négociations de paix avec l’Allemagne et
ministre – sous la présidence de Jules Grévy. Cependant, son Boulanger, qui provoque un fort engouement 1881-1882. Fortement anticlérical, il s’op- sa politique économique permettent de panser les plaies de
caractère autoritaire et fougueux fait peur… Il est renversé au dans le pays, est sur le point de faire un coup pose par ces lois aux écoles tenues par des la guerre. Il doit démissionner en 1873 et est remplacé par
bout de deux mois seulement. Moins d’un an plus tard, il se d’État. Cependant, peu à peu, l’idée de répu- congrégations religieuses, qu’il laisse cepen- le maréchal de Mac Mahon, un président monarchiste. Il est
blesse grièvement en nettoyant une arme à feu, et meurt peu blique gagne du terrain. Les catholiques, à dant subsister. Jules Ferry s’implique aussi considéré comme l’un des fondateurs de la IIIe République.
après. la demande du pape Léon XIII, se rallient au beaucoup dans l’aventure coloniale française,
régime en 1892. notamment en Tunisie et au Tonkin.

250 251
Le saviez-
vous ?
x?
fau Anecdote le siège de Paris
ou
ai
vr
Pourquoi des soldats abattent-ils cet éléphant du Jardin des Plantes
Jules Ferry a-t-il en 1870 ?
L’héritage actuel inventé l’école ?
de la IIIe République
Avant les lois Ferry de 1881-1882, deux tiers
des enfants fréquentent déjà des écoles,
religieuses ou publiques. En revanche,
Jules Ferry rend l’école gratuite, laïque et
obligatoire, pour tous les enfants de 6 à 13
ans. Son objectif est d’instruire les jeunes
Français aussi bien que les jeunes Allemands
(on avait remarqué, pendant la guerre de
1870, un certain retard d’instruction des
Français par rapport aux Allemands), de
faire passer les idées républicaines, de
ralentir les idées socialistes, mais aussi de
préparer la revanche contre l’Allemagne.
L’usage du français est obligatoire à l’école,
ce qui fait reculer les langues régionales :
cette mesure vise aussi à ce que les Français
En classe, le travail des petits, par Jean Geoffroy puissent tous communiquer facilement
entre eux en cas de guerre. À côté de ces
écoles publiques subsistent les écoles Il s’agit alors de nourrir la population parisienne, éreintée par le siège de Paris des
religieuses, tenues par des congrégations, Prussiens. À cette époque, Jules Ferry est maire de Paris et est à ce titre chargé du
Les instituteurs de la IIIe République
mais Ferry cherche à limiter leur influence. ravitaillement de la capitale. Il hérite du surnom de « Ferry-Famine », car malgré tous
« De jeunes maîtres venaient nous faire la classe. Ils ses efforts le manque de nourriture reste criant. Cette situation est une des causes du
étaient toujours prêts à crier Vive la République ! Nos déclenchement de la Commune.
jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards1
noirs : un long pantalon noir, gilet noir, une redingote
noire. Cet uniforme civil était porté par ces instituteurs,
fils de paysans […]. » La loi de Séparation de l’Église
insolite
1. Un hussard est un cavalier militaire et de l’État
Charles Péguy, L’Argent, 1913
Que font ces ours devant l’église de Cominac,
en Haute-Ariège ?
Une Classe en mai 1917
Les habitants refusent que les représentants de la
République pénètrent dans l’église du village pour pra-
tiquer l’inventaire des objets de culte et du mobilier. Le
curé, protégé par deux ours, lit une protestation. Ces
évènements se déroulent alors que la séparation de
l’Église et de l’État se prépare, en imposant notamment
des inventaires des biens de l’Église, pour que l’État
saisisse ce qui ne lui est pas nécessaire. Ces inventaires
sont à l’origine de vives protestations, et finissent par Carte postale de 1906
être interdits par Clemenceau. La séparation de l’Église
et de l’État se déroule donc dans un climat très tendu. scolarité en Belgique car son école y est transférée.
La loi sur les associations de 1901 impose aux congré- Après le vote de la loi, en 1905, la situation commence
gations de demander une autorisation pour ensei- à s’apaiser, grâce à Aristide Briand, homme de compro-
gner et Émile Combes, président du Conseil, applique mis, qui ne veut pas d’une loi qui soit « un pistolet bra-
cette directive avec la plus grande sévérité, expulsant qué contre l’Église ». La Première Guerre mondiale finit
de nombreuses congrégations à l’étranger. Le jeune de panser les plaies en réunissant tous les français sous
Charles de Gaulle, par exemple, part poursuivre sa la bannière de l’« Union sacrée ».

252 253
Chap.

17 Conditions féminines
Portrait de la comédienne Sarah Bernhardt (1844-1923)
Peinture de Georges Clairin
Elle a été l’actrice de théâtre la plus célèbre du tournant du XXe

dans une société en mutation


siècle, et la passion de cet art ne l’a jamais quittée. D’origine
modeste, elle lance sa carrière avec le triomphe en 1872 de Ruy
Blas à la Comédie Française. Victor Hugo la surnomme alors
la voix d’or, et devient son auteur de prédilection, puisqu’elle
triomphe ensuite dans Hernani en 1877. En 1880, elle démis-
sionne de la Comédie Française et crée sa propre compagnie, avec
Quelle a été la place des femmes dans une société laquelle elle enchaîne les tournées triomphales à l’étranger. On la
considère d’ailleurs souvent comme la première « star », et elle est
en pleine mutation, à la fin du XIXe siècle ? l’une des rares artistes françaises à avoir son étoile sur le « Walk
of Fame » d’Hollywood. Pendant la Première Guerre mondiale, elle
s’engage dans le « Théâtre aux Armées » pour divertir les poilus.

S
Elle part aussi aux États-Unis intercéder pour qu’ils entrent en
i la société de la IIIe République guerre aux côtés de la France. À sa mort, elle a droit à des funé-
a été traversée par de profonds railles nationales.
changements, liés aux réformes
mises en place, à la poursuite de la révo-
lution industrielle et au renouveau artis-
tique (impressionnisme), les femmes y
ont pris leur part. L’image d’Épinal de la
femme d’alors reste parfois celle d’une
femme « corsetée », privée de droits civils
et politiques, restant dans la dépen-
dance de son mari. La femme mariée est
effectivement considérée comme une
« mineure » en droit, mais les femmes de
cette époque n’ont pas manqué de lais-
ser une forte empreinte sur leur temps,
dans des domaines aussi divers que
l’avancée des droits politiques, l’art, la
recherche scientifique… ce qui a préparé
leur émancipation juridique dans les faits
au XXe siècle.

Les « suffragettes » envahissent


une section de vote à Paris et renversent
l’urne électorale
Le Petit Journal , 17 mai 1908

1800 1860 1870 1880 1890 1900 1910 1920 1930 1940 1950

1804 1861 1870 1874 1878 1884 1903 1907 1908 1918 1919 1936 1938 1944
Code civil de Napoléon Une première Maria Deraisme fonde Le travail Hubertine Loi Naquet autorisant le divorce, Marie Curie obtient un Les femmes Les Anglaises 4 femmes sont nommées Fin de l’incapacité Les femmes obtiennent
Hubertine Auclert Le droit de vote des
française, Julie Victoire avec Louise Michel des femmes est Auclert fonde le uniquement pour faute et non doctorat de physique et le obtiennent le obtiennent le secrétaires d’État juridique de le droit de vote en France
renverse une urne femmes est voté par
Daubié, obtient l’Association pour limité à 11 heures mouvement « le par consentement mutuel prix Nobel de physique droit de disposer droit de vote par le gouvernement la femme mariée
électorale dans l’Assemblé Nationale
le baccalauréat le droit des femmes par jour Droit des femmes » librement de leur
un bureau de vote mais rejeté par le Sénat
de Léon Blum 255
salaire
leçon

La mode féminine : finie la crinoline,

Les femmes à la fin du XIXe siècle vive la tournure !


Robes à tournure portées sur la plage
À partir de 1860, la tournure commence à remplacer la crinoline.
2

Le principe est cependant le même : une structure formée de


« La femme est l’être le plus parfait entre les créatures, baleines soutient le jupon et la robe des dames, qui pesaient un
elle est une créature transitoire entre l’homme et l’ange. » poids conséquent (Napoléon III, qui voulait relancer l’industrie
textile en France, avait contribué à ce que la mode de son époque
Honoré de Balzac complexifie les tenues, multipliant les jupons, les rubans, les
dentelles). Le travail de confection est facilité par l’invention de la
machine à coudre, qui a connu un succès retentissant à partir de
A. Les femmes de l’époque exercent divers métiers sa présentation à l’Exposition universelle de 1855.
Trois Françaises sur quatre vivent à la campagne et participent au tra- Sur la tournure, contrairement à la crinoline, les baleines ne sont
vail de la terre, ou à l’artisanat, ou au commerce. Certaines quittent ces installées qu’à l’arrière de la robe, formant ce qui est appelé à
l’époque un « faux-cul ». Cette tenue, bien qu’élégante, reste
métiers pour devenir domestiques, lingères, repasseuses, couturières,
assez contraignante pour les femmes, qui doivent aussi, avec la
nourrices ou bien ouvrières, notamment dans le textile. Au cours du tournure, porter un corset. À partir de 1906, ce dernier commence
siècle, de nouveaux métiers se développent : les écoles se multipliant, à disparaître, à l’initiative de couturiers comme Paul Poiret ou
certaines femmes deviennent institutrices, infirmières, ou employées Madeleine Vionnet, qui inventent des robes fluides à la taille
dans les grands magasins nouvellement créés. Ne pas travailler, pour haute, qui seront portées à la Belle Époque.
une femme, est le signe qu’elle a atteint un certain statut social. La pay-
sanne ou l’ouvrière qui s’enrichit et atteint la bourgeoisie abandonne
Le droit de porter
ainsi le travail, supervise l’ouvrage des domestiques et élève ses enfants. 3 les droits des femmes dans le Code Civil
de 1804
insolite
un pantalon
Le travail des femmes est d’ailleurs vu comme concurrençant celui des
hommes, et en 1898, la CGT précise que, selon elle, seules les veuves et « Article 215 : La femme ne peut intenter un procès sans Au XIXe siècle, les femmes avaient besoin
les célibataires devraient être « autorisées » à travailler. l’autorisation de son mari, quand même elle serait mar- d’une autorisation pour porter un pantalon :
chande publique, ou non commune [c’est-à-dire n’habi- il leur fallait demander une permission de
tant pas avec son mari], ou séparée de biens. travestissement à la préfecture de police.
B. Des femmes qui n’ont pas les mêmes droits que George Sand a dû suivre cette procédure
Article 217 : La femme, même non commune ou séparée
les hommes de biens, ne peut donner, aliéner, hypothéquer, acquérir, pour s’habiller « en homme », c’est-à-dire en
Femmes dans une usine à à titre gratuit ou onéreux, sans le concours du mari dans pantalon.
Les femmes restent juridiquement dans l’ombre des hommes, ou plus 1 Lyon en 1915 l’acte, ou son consentement par écrit.
exactement, des maris. Le Code civil consacre « l’incapacité » juridique de Article 1124 : Les incapables de contracter sont les
la femme mariée, considérée comme une « mineure » en droit, c’est-à-dire mineurs ; les interdits ; les femmes mariées, dans les cas
privée de l’exercice de certains droits et soumise à la tutelle de son mari. exprimés par la loi ; et généralement tous ceux auxquels
Par exemple, une femme mariée ne peut signer un contrat, recevoir un la loi a interdit certains contrats. »
salaire, ou acquérir un bien, sans le consentement de son mari (article 217
du Code civil). De plus, les femmes n’ont pas le droit de vote, et le suffrage
dit « universel », adopté en France à partir de 1848 ne concerne que les Définitions :
hommes. Enfin, les femmes n’ont pas accès à la même éducation que les
Capacité (en droit)
hommes : si les lois Ferry de 1881-1882 rendent l’école primaire obliga-
toire pour les filles comme pour les garçons, les premiers lycées de jeunes
aptitude à conclure un les femmes et le mariage 4
acte juridique, comme par Carte postale du début du XX siècle représentant deux jeunes mariés
filles n’ouvrent pas avant 1880, et ne préparent pas au baccalauréat.
e

exemple un achat de bien,


un contrat. Une personne Si la très grande majorité des couples se marie à l’Église, ils
C. Vers l’émancipation « capable » bénéficie de doivent aussi passer à la mairie pour le mariage civil, régi par
le Code napoléonien de 1804. Ce dernier reprend la notion de
cette aptitude. libre consentement des époux, déjà adoptée en 1792 pendant la
En 1907, la femme acquiert le droit de disposer librement de son salaire.
Certains mouvements féministes font avancer la réflexion sur le droit de Émancipation Révolution, et qui n’avait auparavant jamais été défendue que par
l’Église, les parents tenant à garder la mainmise sur les mariages de
vote des femmes, qui est adopté dès 1919 par l’Assemblée nationale. Mais en droit, elle est le fait leurs enfants. Les enfants sont placés sous la tutelle de leur père, et
le barrage du Sénat fait que cette mesure reste lettre morte jusqu’en 1945. de devenir capable. Plus en aucun cas de leur mère. Si cette dernière devient veuve, un conseil
En 1936, quatre femmes sont nommées secrétaires d’État par le gouver- largement, l’émancipation de famille veille sur les enfants. Le divorce est autorisé par une loi de
nement de Léon Blum (sans qu’elles aient donc pour autant le droit de désigne l’action de 1884, mais seulement s’il y a faute (comme un adultère, des sévices
vote). En 1938, une loi met fin à l’incapacité juridique de la femme mariée. s’affranchir d’un lien, d’une ou injures graves), c’est-à-dire qu’un consentement mutuel ne suffit
entrave. pas. En 1893, une loi rend « capable » une femme séparée de corps.

256 257
sciences et histoire

L’accès des femmes à l’école,


Marie Curie : au baccalauréat et aux études

la passion de la science
Avant la Révolution, une partie des filles étaient scolarisées
dans les couvents, ou bien dans certaines institutions parti-
culières comme la « Maison royale de Saint Louis », à Saint
Cyr, fondée par Madame de Maintenon, dernière femme de
Louis XIV, pour les jeunes filles pauvres de la noblesse, ou
la « Maison d’éducation de la Légion d’honneur », fondée par
Napoléon pour les jeunes filles pauvres ou orphelines, des-
1 cendantes de parents récompensés de la Légion d’honneur.
UN DESTIN EXCEPTIONNEL
Marie naît en 1867, à Varsovie en Pologne. Excellente Ensuite, dès 1836, diverses lois ont comme objectif l’ouver-
élève, elle se passionne très tôt pour la physique, et ture d’une école primaire pour filles dans les communes de
rêve de faire des études supérieures, mais l’université plus de 800 habitants, puis dans les communes de plus de Pierre et Marie Curie dans leur
locale n’accepte pas les femmes. 500 habitants. Avec les lois scolaires de Jules Ferry en 4 laboratoire vers 1900
Marie part alors pour gagner Paris, et entre à la Sorbonne 1881-1882, l’école devient obligatoire de 6 à 13 ans pour les Tous deux obtiennent le prix Nobel de physique en
à l’âge de 24 ans. Elle y décroche une licence de physique, garçons comme pour les filles, mais dans des classes sépa- 1903.
puis une autre de mathématiques. Elle tombe amoureuse rées (sauf dans les communes de moins de 500 habitants).
d’un chercheur, Pierre Curie, avec lequel elle se marie.
Marie, qui souhaite décrocher un doctorat de physique En ce qui concerne l’enseignement secondaire, les pre-
(aucune femme au monde n’en a encore décroché un), miers lycées de jeunes filles ouvrent à partir de 1880 (loi du
doit écrire une thèse. Elle choisit son sujet de recherche, Portrait de Marie Curie en 1910 député Camille Sée). Ces lycées, cependant, ne préparent
qui porte sur les mystérieux rayons émis par l’uranium,
pas au baccalauréat comme les lycées de garçons, mais à
qu’elle appelle « radioactivité ». Elle se lance alors avec
Pierre dans un travail de titan qui consiste à extraire Le couple est brisé par la mort accidentelle de Pierre en un simple diplôme de fin d’études : on ne veut pas que les
d’une roche, la pechblende, deux nouvelles matières 1906. Marie, dévastée, trouve refuge dans le travail. Elle femmes concurrencent les hommes sur les mêmes métiers.
qui émettent une très grande quantité de radioactivité : remplace Pierre à la Sorbonne, mais, en tant que femme, Mais à cette date, des jeunes filles ont malgré tout déjà
le polonium, baptisé ainsi par Marie en l’honneur de son n’a pas le droit au titre de professeur, titre qu’elle devra passé le baccalauréat, en s’y préparant par leurs propres
pays d’origine, et le radium. Ce radium produit de l’éner- attendre deux ans. De même, l’Académie des sciences
refuse de l’accueillir, même après qu’elle ait reçu un deu-
moyens, c’est à dire en recourant notamment à des leçons
gie tout seul, et est capable de brûler des tumeurs : cette particulières. Julie Victoire Daubié est la première Française
découverte fascine les savants du monde entier. Les xième prix Nobel, de chimie cette fois, en 1911 !
à obtenir son bac en 1861, à 37 ans.
Curie se refusent cependant à déposer des brevets au Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Marie se
sujet de leurs recherches, ils les partagent gratuitement, démène pour envoyer sur le front les « petites Curies », Quant aux études supérieures, elles s’ouvrent aussi petit
considérant que ce trésor appartient à l’humanité. des véhicules mobiles équipés d’appareils radiogra- à petit aux femmes. En 1862, une première école de cou-
En 1903, Marie obtient son doctorat, mais aussi le prix phiques, ce qui permet de radiographier un million de ture est ouverte. Des écoles normales, c’est-à-dire de for-
Nobel de physique avec Pierre. Dans la foulée, ce der- soldats, qui sont ainsi mieux opérés.
mation d’institutrices, se créent. Madeleine Brès devient la
nier est nommé professeur de physique à la Sorbonne
en 1904. Le couple a enfin les moyens d’embaucher un
Elle meurt en 1934, en Haute-Savoie, rongée par les
rayons radioactifs auxquels elle a été exposée toute
première femme docteur en médecine en 1875. Jusqu’en 5 Conférence internationale
de physique de 1911 en Belgique
1890, les femmes étrangères sont majoritaires dans les
assistant et de s’installer dans un laboratoire digne de sa vie. En 1995, sa dépouille ainsi que celle de Pierre Avec Marie Curie et Albert Einstein (le personnage
ce nom, chauffé l’hiver, sans vitres cassées, et capable sont transférées au Panthéon : en raison de son contact facultés françaises. C’est dans ce contexte que Marie Curie
debout à droite).
d’évacuer les gaz toxiques. avec ces rayons, son cercueil est entouré de plomb. vient s’inscrire en 1891 à la faculté des sciences de Paris
à la Sorbonne, ces études n’étant pas accessibles pour les
femmes dans son pays d’origine, la Pologne.

2 Marie conduit
une « PETITE CURIE » 6 Irène Joliot-Curie aux commandes du premier
En 1914 la guerre éclate et Marie réacteur nucléaire français en 1949
Curie a l’idée de faire équiper La fille de Marie Curie reçut avec son mari Frédéric Joliot le prix
des camions avec des appareils Nobel de Chimie en 1935. Avec lui et avec l’aide des physiciens
radiologiques. Ces appareils français Maurice Moshe Surdin (derrière elle), et Francis Henri
permettent de voir l’intérieur du Signature Jean Siegfried Perrin (à sa droite), elle dirige le premier réacteur
corps humain grâce aux fameux
3 de Marie Curie nucléaire français. Elle est commissaire au nouveau CEA
rayons X et de mieux soigner les (Commissariat à l’énergie atomique). Elle fut aussi sous-secrétaire
blessés de guerre. dans le gouvernement de Léon Blum en 1936.

258 259
portraits
George Sand, une femme en avance sur son temps

Femmes à la conquête 3 (1804-1876)


Portrait de George Sand en 1832 par Auguste Charpentier

de leurs droits
George Sand s’appelle en réalité Aurore Dupin. Elle est élevée par sa grand-mère
au château de Nohant, dans le Berry. À 16 ans elle commence à s’habiller comme
un homme, monte à cheval, chasse, et lit énormément. Elle est mariée à 18 ans à
Casimir Dudevant, qui ne voit en elle qu’une riche héritière, et qui se révèle vite
grossier et ivrogne. Elle commence alors à multiplier les liaisons amoureuses,
pendant que Casimir fait de même. Le divorce n’existant pas à l’époque, le couple
finit par se séparer. Cette séparation est prononcée en sa faveur par le tribunal
en 1836, pour « injures graves, sévices et mauvais traitements ». Casimir s’incline
Plusieurs femmes du XIXe siècle se sont illustrées au sujet de la conquête devant la fermeté de sa femme. Puis, dans la foulée du changement de régime
des droits des femmes, demandant un statut juridique autonome, ne de 1830, qui l’interpelle, elle quitte Nohant pour rejoindre à Paris quelques
dépendant pas du mari, ainsi que le droit de vote. Berrichons passionnés de littérature romantique. Là, elle mène une vie de
bohême, écrit pour Le Figaro, et publie un roman, co-écrit avec son nouvel amant,
C’est dans la seconde partie du siècle que de nouvelles figures fémi- Jules Sandeau, qu’ils signent J. Sand. Ce roman connaissant un certain succès,
nistes émergent, comme Maria Deraismes par exemple, qui fonde en Aurore en publie un deuxième, Indiana, sous le nom cette fois-ci de George Sand.
1870 avec Louise Michel, la pasionaria de la Commune de Paris, l’Asso- Un nouvel auteur est né, et elle ne s’arrêtera plus d’écrire, publiant de nombreux
ciation pour le droit des femmes. D’autres militent en particulier pour le romans appartenant au patrimoine national comme La Petite Fadette ou La Mare
droit de vote féminin, s’inspirant du combat des suffragettes anglaises, au Diable.
comme Hubertine Auclert, qui fonde en 1878 le mouvement « le Droit des
femmes » et un périodique La Citoyenne. Douée d’un grand sens de la
La condition des femmes en Europe à la même époque
communication pour faire de la publicité pour ses idées, elle organise des 4 Manifestation pour le droit de vote des femmes, Berlin, 12 mai 1912
chahuts dans les mairies lors des mariages au moment de la lecture, par
le maire, des articles du Code civil affirmant que la femme doit « soumis- La France à la traîne ! Les suffragettes anglaises
sion et obéissance » à son mari ; elle émet un timbre « suffragiste », orga- Les pays ayant accordé le droit de vote aux femmes En Angleterre, le combat pour le droit de vote des
nise un enterrement symbolique des « droits de la femme ». Elle refuse à partir de 1869 – année où l’état du Wyoming (USA) femmes a été mené par les militantes de la Women’s
aussi de se faire recenser et de payer ses impôts, considérant qu’il était 1 Louise Michel inaugure le mouvement – sont la Nouvelle Zélande Social and Political Union, organisation créée en 1903.
injuste que les femmes paient l’impôt si elles ne votaient pas. (1830-1905) (1893), l’Australie (1902), le Royaume-Uni, l’Allemagne, Ces femmes sont surnommées les « suffragettes », et
Figure majeure de la Commune de l’Autriche, la Pologne (ces quatre pays en 1918), les voient le résultat de leur action en 1918, lorsque les
En 1908, elle tente une nouvelle action et renverse une urne électorale États-Unis (1919), l’Espagne (1931)… La France est femmes britanniques de plus de 30 ans obtiennent
Paris, après laquelle elle est condam-
dans un bureau de vote, ce qui fait la une du Petit Journal de l’époque. née à la déportation en Nouvelle- donc à la traîne lorsque ce droit est accordé en 1944 ! le droit de vote, à certaines conditions (liées à leurs
Son action, alliée à celle d’autres militantes, portera des fruits après la Calédonie, et militante anarchiste, elle revenus ou bien à leur niveau d’études). En 1928, ce
Première Guerre mondiale, qui a vu les femmes prendre un rôle de plus publie de nombreux textes afin de pro- droit est simplifié et élargi à toutes les femmes.
en plus actif dans la société, étant donné l’absence des hommes. mouvoir l’égalité des sexes.

2 L’Impératrice Eugénie et l’éducation des femmes


Peinture de Franz Winterhalter, 1855
L’impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, a beaucoup œuvré pour
faire avancer l’éducation des femmes. Elle aimait le savoir, et s’attachait
à compléter chaque jour sa culture. Ayant entendu parler de la requête de
Julie Victoire Daubié qui demandait à pouvoir passer le baccalauréat, elle
s’enthousiasma pour sa cause, et convainquit le ministre de l’Instruction
publique d’accéder à sa demande. Mais cela ne suffit pas : il fallait un arrêté
en Conseil des ministres ! Qu’à cela ne tienne, l’Impératrice saisit le Conseil
des ministres, et Julie Victoire fut autorisée à passer son examen, qu’elle
réussit brillamment. De même, Madeleine Brès devient la première femme
française à pouvoir suivre des études de médecine grâce à l’Impératrice,
qui dut, cette fois encore, faire intervenir le Conseil des ministres pour que
l’autorisation soit accordée (et alors même que plusieurs étudiantes étran-
gères suivaient déjà des cours à l’université de Paris).

260 261
Crédits iconographiques
N.B. : L’ensemble des crédits est indiqué pour chacune des doubles pages du manuel en commençant par la page de gauche puis celle de
droite, de haut en bas et de gauche à droite (la numérotation des documents du manuel n’est pas à prendre en compte). Pour faciliter la
lecture, les abréviations suivantes seront utilisées : ©AKG pour ©AKG-images ; ©Jacquemoud pour ©Heidi Jacquemoud ; ©Nadel pour
©Olivier Nadel.
Couverture : ©Lessing/AKG, ©Visioars/AKG, ©AKG Frise de page de garde : ©AKG, ©AKG, ©Nadel, ©Champollion/AKG, ©Lessing/AKG, ©Nimatallah/AKG, ©AKG, ©AKG, ©Mermet/AKG, ©DeAgostini/Leemage,
©Nadel, ©Guénet/AKG, ©Raible/AKG, ©Champollion/AKG, ©Champollion/AKG, ©AKG, ©AKG, ©AKG, les douze blasons : ©Verney/AKG Classe de 5e : 14-15 ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Blot 16-17
©Degeorge/AKG, ©Bible Land/AKG, ©Delétraz 18-19 ©Delétraz, ©AKG 20-21 ©Josse/Leemage, ©CDA/Guillemot/AKG, ©Lessing/AKG, ©Gusman/Leemage, ©Lessing/AKG 22-23 ©Mermet/AKG, ©BnF, ©Josse/Leemage,
©BnF 24-25 ©Lessing/AKG, ©Album/Oronoz/AKG, ©British Library/AKG, ©Nadel 26-27 ©Jacquemoud, ©BnF, ©Lessing/AKG, ©Lessing/AKG 28-29 ©BnF, ©BnF, ©Nadel, ©Lessing/AKG 30-31 ©Nadel, ©BnF, ©British
Library/AKG 32-33 ©AKG, ©AKG, ©AKG, ©AKG, ©Jacquemoud, ©Delétraz 34-35 ©Delétraz, ©Lessing/AKG 36-37 ©Angelo/Leemage, ©De Agostini/De Gregorio/AKG, ©Interfoto/Scholz/AKG, ©Soutif/Look at sciences/
Science photo/AKG, ©Delétraz, ©Michaud/AKG 38-39 ©Lessing/AKG, ©Album/Sfgp/AKG, ©Delétraz 40-41 ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©AKG 42-43 ©IAM/AKG, ©Jacquemoud, ©Jacquemoud, ©Album/Oronoz/AKG
44-45 ©Michaud/AKG, ©Delétraz 46-47 ©Michaud/AKG, ©AKG, ©Lessing/AKG, ©Album/Kurwenal/Prisma/AKG, ©Michaud/AKG 48-49 ©Josse/Leemage, ©AKG, ©Jacquemoud, ©Delétraz 50-51 ©Michaud/AKG, ©AKG,
©Bildarchiv Steffens/AKG, ©Jacquemoud, ©De Agostini/Sappa/AKG 52-53 ©De Agostini/AKG, ©Delétraz, ©Degeorge/AKG, ©AKG 54-55 ©AKG, ©AKG, ©Pictures From History/AKG 56-57 ©Degeorge/AKG, ©British
Library/AKG, ©Delétraz, ©AKG, ©Nadel 58-59 ©RMN-Grand Palais (Louvre)/Schormans, ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/DR, ©Champollion/AKG, ©De Agostini/AKG, ©BnF, ©BnF, ©BnF, ©BnF 60-61 ©British
Library/AKG, ©Album/AKG, ©Delétraz, ©Jacquemoud 62-63 ©AKG, ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Blot, ©Delétraz 64-65 ©Delétraz, ©BnF 66-67 ©Lessing/AKG, ©Imagebroker/Leemage, ©RMN-Grand
Palais (domaine de Chantilly)/Ojéda, ©Delétraz 68-69 ©The British Library Board/Leemage, ©Jacquemoud, ©Josse/Leemage 70-71 ©RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly)/Ojéda, ©Jacquemoud, ©Jacquemoud,
©BnF 72-73 ©Josse/Leemage, ©DeAgostini/Leemage, ©Leemage, ©DeAgostini/Leemage, ©DeAgostini/Leemage, ©Jacquemoud 74-75 ©Delétraz, ©Jacquemoud, ©Josse/Leemage 76-77 ©Nadel, ©Nadel, ©Nadel,
©Jacquemoud 78-79 Pour les cinq images : ©Nadel 80-81 ©BnF, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG 82-83 ©Raffael/Leemage, ©Delétraz, ©AKG, ©MPortfolio/Electa/AKG, © Mondadori/
Quattrone/AKG 84-85 ©Guénet/AKG, ©IAM/AKG, ©Guénet/AKG, ©Delétraz 86-87 ©RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly)/Ojéda, ©Delétraz, ©Jacquemoud 88-89 ©BnF, ©Jacquemoud, ©Rabatti-Domingie/AKG,
©DeNoyelle/Godong/Leemage 90-91 ©Jacquemoud, ©Universal Images Group/Deloche/GODONG/AKG, ©Artedia/Leemage, ©Delétraz, ©Champollion/AKG 92-93 ©BnF 94-95 ©Delétraz, ©Delétraz 96-97 ©Nadel,
©AKG, ©Lylho/Leemage, ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/DR 98-99 ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/DR, ©Delétraz, ©Nadel 100-101 ©Josse/Leemage, ©The British Library Board/Leemage,
©Varga/AKG, ©Visioars/AKG, ©Josse/Leemage, ©Josse/Leemage 102-103 ©AKG, ©Aisa/Leemage, ©The British Library Board/Leemage, ©The British Library Board/Leemage, ©British Library/AKG 104-105 ©AKG,
©AKG, ©Album/Oronoz/AKG, ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Blot 106-107 ©BnF, ©BnF, ©Nadel, ©Nadel 108-109 ©Josse/Leemage, ©Delétraz, ©AKG 110-111 Tableau et détails : ©Lessing/AKG, ©Lessing/
AKG 112-113 ©Album/Oronoz/AKG 114-115 ©AKG, ©Delétraz, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG 116-117 En fond : ©AKG, puis : ©Pictures From History/AKG, ©Museum of the History of Science/Oxford University Images/
Science Photo Library/AKG, ©Album/Oronoz/AKG, ©North Wind Picture Archives/AKG, ©Costa/Leemage 118-119 ©FineArtImages/Leemage, ©Lessing/AKG, ©Josse/Leemage 120-121 ©AKG, ©Delétraz, ©Paul M.R.
Maeyaert/AKG 122-123 ©Michaud/AKG, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©Delétraz, ©Ricciarini/Leemage 124-125 ©Delétraz, ©Glasshouse Images/JT Vintage/AKG 126-127 ©Josse/Leemage, ©Josse/Leemage, ©Cameraphoto/
AKG, ©Sheila Terry/Science Photo Library/AKG, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG 128-129 ©De Agostini/Bardazzi/AKG, ©Jacquemoud, ©Historic-maps/AKG, ©Rabatti-Domingie/AKG, ©AKG, ©AKG 130-131 ©Lessing/AKG
132-133 ©AKG, ©Jacquemoud 134-135 ©The National Gallery/AKG, ©Delétraz, ©Bildarchiv Monheim/AKG 136-137 ©Lessing/AKG, ©AKG, ©Josse/Leemage, ©Nadel 138-139 ©[Link]/St-Genès/AKG, ©Deville/AKG,
©Champollion/AKG, ©DeAgostini/Leemage, ©Josse/Leemage 140-141 ©AKG, ©Josse/Leemage, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©Delétraz 142-143 ©Nimatallah/AKG, ©Josse/Leemage, ©Josse/Leemage 144-145
©Delétraz, ©AKG 146-147 ©AKG, ©Deville/AKG, ©Champollion/AKG, ©DR 148-149 ©Babey/AKG, ©da Cunha/AKG 150-151 ©Jacquemoud, ©Delétraz, ©Champollion/AKG, ©DR, ©Bildarchiv Monheim/Paul M.R. Maeyaert/
AKG 152-153 ©Album/Oronoz/AKG, ©AKG, ©De Agostini/AKG, ©Lessing/AKG 154-155 ©Visioars/AKG, ©Nadel 156-157 ©RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)/Lewandowski Classe de 4e : 158-159 ©AKG 160-161
©Lessing/AKG, ©Historic-maps/AKG 162-163 ©Josse/Leemage, ©Delétraz 164-165 ©AKG, ©Josse/Leemage, ©Josse/Leemage, ©Josse/Leemage 166-167 En fond : ©Josse/Leemage, puis : ©De Agostini/Seemuller/
AKG, ©Josse/Leemage (détails) 168-169 ©North Wind Picture Archives/AKG, ©Pictures From History/AKG, ©Costa/Leemage, ©Lessing/AKG 170-171 ©Lessing/AKG, ©Delétraz 172-173 ©De Agostini/AKG, ©Lessing/
AKG, ©Lessing/AKG 174-175 ©AKG, ©AKG, ©Lessing/AKG, ©Album/Oronoz/AKG 176-177 ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©AKG, ©Lessing/AKG 178-179 ©AKG, ©AKG, ©Lessing/AKG, ©Delétraz 180-181 ©World History
Archive/AKG, ©Josse/Leemage 182-183 ©Josse/Leemage, ©Nimatallah/AKG, ©AKG, ©Josse/Leemage, ©Visioars/AKG, ©Lessing/AKG 184-185 ©Lessing/AKG, ©AKG 186-187 ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©Lessing/
AKG, ©Lessing/AKG, ©AKG 188-189 ©Lessing/AKG, ©AKG, ©Lessing/AKG 190-191 ©AKG, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Blot, ©AKG 192-193 ©Delétraz, ©RMN-Grand Palais
(Château de Versailles)/DR, ©Delétraz, ©AKG 194-195 ©Ulstein Bild/AKG 196-197 ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©AKG, ©FineArtImages/Leemage, ©Lessing/AKG 198-199 ©Josse/Leemage, ©Lessing/AKG, ©DeAgostini/
Leemage 200-201 ©Lessing/AKG, ©Lessing/AKG, ©DR, ©Lessing/AKG, ©AKG, ©RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau)/DR 202-203 ©Lessing/AKG 204-205 ©Delétraz, ©AKG,
©Lessing/AKG, ©Nadel 206-207 ©BnF, ©BnF, ©Barbier/AKG, ©Lecat/AKG, ©Lecat/AKG, ©Selva/Leemage, ©DeAgostini/Leemage, ©Champollion/AKG 208-209 Une seule image divisée en six : ©Science Photo Library/
AKG 210-211 ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©Lessing/AKG, ©Delétraz 212-213 ©Dorling Kindersley/UIG/Science Photo Library/AKG, ©AKG, ©Delétraz, ©De Agostini/AKG 214-215 ©AKG, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG,
©AKG, ©AKG 216-217 ©De Agostini/Seemuller/AKG, ©Lessing/AKG, ©Delétraz 218-219 ©Costa/Leemage, ©AKG, ©AKG 220-221 ©DeAgostini/Leemage, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©Lecat/AKG, ©Held/AKG, ©AKG,
©AKG, ©Lessing/AKG, ©Held/AKG 222-223 ©Delétraz, ©DR, ©DR 224-225 ©Bianchetti/Leemage, ©Pictures From History/AKG, ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Popovitch, ©RMN-Grand Palais (Château
de Versailles)/Blot 226-227 ©AKG, ©DR, ©AKG, ©IAM/AKG 228-229 ©RMN-Grand Palais (Château de Versailles)/Blot/Lewandowski, ©Jacquemoud, détails ©RMN, ©Costa/Leemage, détails ©RMN, ©Guénet/AKG
230-231 ©RMN-Grand Palais (Orsay)/Raux, ©Collection Dupondt/AKG, ©Verney/AKG, ©Weiss/AKG 232-233 ©Delétraz, ©IAM/AKG, ©AKG, ©De Agostini/Dagli Orti/AKG, ©Bianchetti/Leemage, ©Interfoto/Sammlung
Rauch/AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©DR 234-235 ©AKG, ©Josse/Leemage 236-237 ©Josse/Leemage, ©Lessing/AKG 238-239 ©Visioars/AKG, ©AKG, ©AKG, ©Lessing/AKG 240-241 ©AKG 242-243 ©Lessing/AKG, ©Album/
Oronoz/AKG, ©Lessing/AKG, ©Lessing/AKG, ©Josse/Leemage 244-245 ©Lessing/AKG, ©Josse/Leemage, ©Josse/Leemage, ©Jacquemoud, ©Visioars/AKG 246-247 ©Josse/Leemage, ©AKG 248-249 ©Josse/Leemage,
©Lessing/AKG, ©Josse/Leemage, ©AKG 250-251 ©Josse/Leemage, Tableau et détails : ©Lecat/AKG 252-253 ©RMN-Grand Palais/Berizzi, ©AKG, ©Whiteimages/Leemage, ©Gusman/Leemage 254-255 ©Bianchetti/
Leemage, ©AKG 256-257 ©AKG, ©BnF, dist. RMN-Grand Palais/images BnF, ©Fototeca/Leemage 258-259 ©AKG, ©IAM/AKG, ©Interfoto/Sammlung Rauch/AKG, ©AKG, ©Science Photo Library/AKG, ©Science Photo
Library/AKG 260-261 ©Lee/Leemage, ©RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne)/Arnaudet, ©Costa/Leemage, ©AKG Classe de 3e : 262-263 ©RMN-Grand Palais (musée d’Orsay)/Lewandowski 264-265 ©AKG
266-267 ©Jacquemoud, ©Delétraz 268-269 ©AKG, ©Nadel, ©Delétraz 270-271 ©Album/Documenta/AKG, ©AKG, ©AKG, ©IAM/AKG, ©De Agostini/Seemuller/AKG, ©IAM/AKG, ©Verney/AKG, ©IAM/AKG 272-273
©AKG, ©IAM/AKG, ©AKG, ©Verney/AKG, ©AKG, ©Nimatallah/AKG 274-275 ©AKG, ©Album/Réalisations d’art cinématographique/AKG, ©Josse/Leemage, ©Josse/Leemage 276-277 ©IAM/AKG, ©Leemage, ©Aisa/
Leemage, ©IAM/AKG, ©Josse/Leemage, ©Sotheby’s/AKG, ©Verney/AKG, les trois extraits d’une image : ©Verney/AKG 278-279 ©Bellon/AKG, ©Bellon/AKG, ©Almasy/AKG ©De Agostini/AKG, ©Pictures From History/
AKG 280-281 ©Delétraz 282-283 ©Ulstein Bild/AKG, ©Delétraz, ©AKG, ©AKG 284-285 ©FineArtImages/Leemage, ©AKG, ©Sputnik/AKG, ©De Agostini/Leemage, 286-287 ©FineArtImages/Leemage, ©Delétraz, ©AKG
288-289 ©AKG, ©Heritage images/Leemage, ©AKG, ©AKG 290-291 ©Ulstein Bild/AKG, ©AKG, ©AKG, ©TT News Agency/AKG 292-293 ©Lee/Leemage, ©AKG, ©Collection Dupondt/AKG, ©Selva/Leemage 294-295
©Sputnik/AKG, ©AKG, ©Delétraz 296-297 ©Leemage, ©Costa/Leemage, ©AKG, ©Josse/Leemage, ©AKG 298-299 ©Jacquemoud, ©Ulstein Bild/AKG, ©Nadel, ©Pictures From History/AKG, ©De Agostini/Leemage
300-301 ©Album/Oronoz/AKG, ©DR, ©Ulstein Bild/AKG, ©Isadora/Leemage, ©Glasshouse Images/AKG, ©AKG 302-303 ©Ulstein Bild/AKG, ©AKG, ©Delétraz, ©Josse/Leemage 304-305 ©AKG, ©AKG, ©Science Photo
Library/Us Coast Guard/AKG, ©Delétraz 306-307 ©AKG, ©Costa/Leemage, ©AKG 308-309 ©Picture-alliance/dpa/AKG, ©DR 310-311 ©Usis-dite/Leemage, ©AKG 312-313 ©AKG, ©Ullstein bild/Ullstein-Archiv Gerstenberg/
AKG, ©MP/Leemage 314-315 ©AKG 316-317 ©Delius/Leemage, ©Delétraz, ©AKG 318-319 ©Pictures From History/AKG, ©AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©Almasy/AKG 320-321 ©DR, ©Ulstein Bild/AKG, ©AKG, ©DR, ©Bela
Production/TF1 Films/Christophel 322-323 ©Archiv Peter Rühe/AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©Delétraz, ©Min. de la Culture – Médiathèque du Patrimoine, dist. RMN-Grand Palais/Studio Harcourt 324-325 ©Lessing/AKG,
©DR, ©DR, ©Delétraz 326-327 ©Boissay/AKG, ©Raymond Darolle/Europress/Sygma/Corbis 328-329 ©Lessing/AKG, ©Boissay/AKG, ©Lessing/AKG 330-331 ©Ulstein Bild/AKG, ©Boissay/AKG, ©Picture-alliance/Horst
Schaefe/AKG, ©Imagno/Votava/AKG, ©Imagno/AKG 332-333 ©AKG, ©Bidermanas/AKG, ©Bidermanas/AKG, ©Bidermanas/AKG, ©Boissay/AKG 334-335 ©Vassal/AKG, ©DR, ©Presse und Informationsamt der
Bundesregierung, ©Garozzo/AKG, ©Picture-alliance/dpa/AKG, ©Ulstein Bild/AKG 336-337 ©Vassal/AKG, ©Album/Oronoz/AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©Bidermanas/AKG 338-339 ©Leemage, ©Josse/Leemage 340-341
©AKG, ©Farabola/Leemage, ©Photo Ingi Paris/AKG, ©Dodenhoff/AKG 342-343 ©Ledru/AKG, ©DR, ©Cornelius/AKG 344-345 ©AKG, ©Delétraz, ©AKG 346-347 ©Universal Images Group/Sovfoto/AKG, ©AKG, ©Universal
Images Group/Sovfoto/AKG, ©AKG, ©AKG 348-349 ©AKG, ©Pictures From History/AKG, ©Sputnik/AKG, ©Sputnik/AKG 350-351 ©Picture-alliance/AKG, ©AKG, ©Vaccaro/AKG, ©Ulstein Bild/AKG 352-353 ©AKG, ©World
History Archive/AKG, ©Universal Images Group/Sovfoto/AKG, ©Picture-alliance/dpa/AKG, ©Picture-alliance/dpa/AKG, ©Vassal/AKG, ©DR 354-355 ©Picture-alliance/dpa/AKG, ©Album/Mestral/Prisma/AKG 356-357
©AKG, ©Interfoto/[Link]/AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©Delétraz, ©Ulstein Bild/AKG, ©Viennaslide/Harald A. Jahn/AKG 358-359 ©Ulstein Bild/AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©Ulstein Bild/Ulstein-P.S.I. Bonn/AKG, ©Dadi/
agf/Leemage, ©ITAR-TASS/UIG/Leemage 360-361 ©Hook/AKG, ©Delétraz 362-363 ©Sputnik/AKG, ©Pictures From History/AKG, ©IAM/World History Archive/AKG, ©AKG 364-365 ©World History Archive/AKG,
©Sputnik/AKG, ©Sputnik/AKG, ©Sputnik/AKG, ©Pérousse/AKG 366-367 ©Ulstein Bild/Müller/AKG, ©Degeorge/AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©Ulstein Bild/AKG, ©Degeorge/AKG, ©Picture-alliance/AKG, ©Pictures From
History/AKG Frise de page de garde : ©DeAgostini/Nimatallah/AKG, ©Lessing/AKG, ©AKG, ©Lecat/AKG, ©Nadel, ©AKG, ©Lessing/AKG, ©AKG, ©Verney/AKG, ©Nadel, ©AKG, ©Lessing/AKG, ©AKG, ©AKG, ©AKG,
©AKG, ©Almasy/AKG, ©ESA/AKG

Direction artistique : Avril du Payrat Commandez cet ouvrage dans sa version


Cartographie : Thierry Delétraz
Illustrations : Olivier Nadel, Heidi Jacquemoud
imprimée chez votre libraire,
Suivi iconographique : Hervé Beligné sur Amazon, La Procure ou [Link]

14
1770 1780 1790 1800 1810 1820 1830 1840 1850 1860 1870 1880 1890

TEMPS MODERNES XIX e SIÈCLE

Ière République

IIe République
Consulat
Monarchie
Ier Empire Restauration 2nd Empire
de juillet

Louis Napoléon Bonaparte


ILS ONT DIRIGÉ Napoléon Ier
(1804-1814) (1848-1851)
Adolphe Tiers
(1871-1873)
LA FRANCE Charles X
(1824-1830) Napoléon III
Louis XVI (1852-1870)
(1774-1792)

Louis-Philippe
(1830-1848)
Louis XVIII
(1814-1824)

1830
1804 Victor Hugo 1871
Sacre de Napoléon Chef de file des romantiques La Commune

1789 1815
Début de la Révolution française Défaite de Waterloo

1848
Proclamation de la IIe République
1889
Inauguration

©Lessing/AKG
de la Tour Eiffel
1792
Chute de la Monarchie

1799
Coup d’État de Brumaire

Art contemporain

1860
1830 Nice et la Savoie
Conquête de l’Algérie
1791
Comtat Venaissin
1859
Début de la conquête d’Indochine

1880
Annexion
de la Polynésie
à la France
1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010

XX e SIÈCLE XXI e SIÈCLE

Régime de Vichy
IIIe République IVe République Ve République

Raymond Poincaré Charles de Gaulle


Président de la République (1958-1969)
(1913-1921)
Léon Blum François Mitterrand
Premier ministre (1981-1995)
(1936-1937)

George Clemenceau
Premier ministre Jacques Chirac
(1917-1920) (1995-2007)
Maréchal Pétain
(1940-1944)

1898 1939-1945 1989


Affaire Deuxième guerre mondiale Construction de
Dreyfus la pyramide du Louvre

2002
Mise en circulation
1895
de l’Euro
Invention du
Cinéma
1914-1918 1936
Première guerre mondiale Grandes Lois
1958
du Front populaire
De Gaulle arrive au pouvoir

1903 1918 1944


Pierre et Marie Curie Armistice Libération de Paris
prix Nobel
1968
Révolte étudiante
1944
Droits de vote
1905
des femmes
Loi de séparation de
l’Église et de l’État
1954
Début de la guerre d’Algérie
Art abstrait

1979
1897 1956-1962 Lancement de la fusée Ariane
Conquête de l’Afrique Décolonisation de la base de Kourou en Guyane
équatoriale française

1912
Le Maroc sous
protectorat français
Dimitri Casali

Nouveau Manuel
d’ Histoire
Préface de Jean-Pierre Chevènement

« L’Histoire ne s’apprend pas par cœur,


elle s’apprend par le cœur. »
Ernest Lavisse

Grands personnages oubliés, guerres et batailles, périodes


clés, œuvres fondatrices, institutions, découvertes capi-
tales… ce Nouveau Manuel d’Histoire développe une
approche équilibrée, fédératrice et complète des nouveaux
programmes d’histoire de cycle 4 (5e-4e-3e), dans le res-
pect d’une perspective chronologique.

Il s’inscrit dans la continuité des grands manuels de Lavisse


et autres Malet et Isaac, se proposant avant tout d’ap-
prendre aux élèves à aimer la France, en leur faisant décou-
vrir la permanence de ses héritages, chrétien et monar-
chique d’une part, républicain et laïc d’autre part.

Ce Nouveau Manuel d’Histoire se veut aussi une référence


en matière d’intégration numérique, puisque chaque cha-
pitre est enrichi de contenus multimédias, de documents
pédagogiques et d’exercices accessibles en ligne.

Si vous souhaitez soutenir la diffusion de cet ouvrage,


faites un don à :

Vous aimerez peut-être aussi