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George Eastwood
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ÉLÉMENTS
DE
GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
PAR
LUIGI CREMONA,
DIRECTEUR DE L'ÉCOLE D'APPLICATION DES INGÉNIEURS A ROME ,
traduits, avec la collaboration de l'auteur,
PAR ED. DEWULF ,
Chef de bataillon du Génie , Officier de la Légion d'Honneur, etc.
PREMIÈRE PARTIE .
PARIS ,
GAUTHIER-VILLARS , IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DU BUREAU DES LONGITUDES , DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE ,
SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER ,
Quai des Augustins , 55.
1875
ÉLÉMENTS
DE
GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
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ÉLÉMENTS
DE
GÉOMÉTRIE PROJECTIVE
PAR
LUIGI CREMONA ,
DIRECTEUR DE L'ÉCOLE D'APPLICATION DES INGÉNIEURS A ROME ,
traduits , avec la collaboration de l'auteur ,
PAR ED . DEWULF ,
Chef de bataillon du Génie , Officier de la Légion d'Honneur, etc.
PREMIÈRE PARTIE .
PARIS ,
GAUTHIER-VILLARS , IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DU BUREAU DES LONGITUDES , DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE ,
SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER ,
Quai des Augustins , 55 .
1875
(Tous droits réservés )
Math 5158.75.4
✓
1881 July 1,
George Eastund,,
of Bayomille.
PRÉFACE .
Amplissima et pulcherrima scientia figu-
rarum . At quam est inepte sortita nomen
Geometriæ !
NIC. FRISCHLINUS, in Dialogo primo.
Perspectivæ methodus, quâ nec inter in-
ventas nec inter inventu possibiles ulla com-
pendiosior esse videtur . . .. ..
B. PASCAL in Lit. ad Acad . Paris . , 1654.
Da veniam scriptis, quorum non gloria nobis
Causa, sed utilitas officiumque fuit.
OVIDIUS, in Fastis , II , 9 .
Ce livre n'est pas destiné à ceux qui ont la haute mission
de faire progresser la science ; ils n'y trouveraient rien de
nouveau , ni comme doctrines ni comme méthodes . Toutes
les propositions sont anciennes , plusieurs remontent à des
géomètres de l'antiquité la plus reculée. Chacun en pourra
retrouver les traces dans EUCLIDE ( 285 avant J.-C. ) , dans APOL-
LONIUS de Perge ( 247 avant J. -C ) , dans PAPPUS d'Alexan-
drie ( quatre siècles après J.-C.) , dans DESARGUES de Lyon ,
(1593-1662 ), dans PASCAL ( 1623-1662 ) , dans DE LA HIRE ( 1640–
1718 ) , dans Newton ( 1642-1727 ) , dans MACLAURIN ( 1698-1746 ),
dans J.-H. LAMBERT ( 1728-1777 ) . On a coutume de nommer
modernes les théories et les méthodes qui font de ces propo-
sitions un ensemble homogène et harmonieux, parce qu'elles
ont été créées ou perfectionnées par des géomètres moins
éloignés de nous , comme CARNOT , BRIANCHON , Poncelet , Mö-
BIUS, STEINER, CHASLES , STAUDT ,... dont les ouvrages ont été pu-
bliés dans la première moitié de notre siècle .
Répandre dans les écoles italiennes la connaissance de
ces théories si élégantes et si utiles, voilà le seul but de mon
travail.
VI PRÉFACE .
Il ne faut pas croire cependant que de louables efforts
n'aient été tentés en Italie pour se tenir au courant de la
science géométrique. G. BELLAVITIS est le premier, si je ne
me trompe , qui en ait ouvert la voie à la jeunesse studieuse ,
en publiant son Essai de Géométrie dérivée ( ' ) , qui a été suivi
de beaucoup d'autres écrits ; à Naples, N. TRUDI ( 2 ) a résolu les
questions d'un programme célèbre , destiné à donner l'essor
aux méthodes d'invention géométrique et à les comparer. Dès
1854 , l'Université de Pavie possédait un cours de Géométrie
supérieure , et, quand l'Italie eut reconquis son indépendance
politique (3 ), une chaire de Géométrie supérieure fut insti-
tuée dans toutes nos grandes universités , sur la proposition
du professeur BRIOSCHI . L'auteur de ces pages a enseigné cette
même science pendant six ans à Bologne , et en a appliqué les
méthodes à la Géométrie descriptive ( ' ) ; placé plus tard à
l'Institut technique supérieur de Milan , et invité par le direc-
teur, M. BRIOSCHI , à faire un cours de Statique graphique, il
crut devoir faire , à titre de préparation indispensable , un bon
nombre de leçons sur la Géométrie de position ou Géométrie
projective ( 5 ) . C'est ainsi que , chaque année , un grand nombre
de jeunes gens se sont initiés aux méthodes modernes et ont
( ¹ ) Nouveaux essais de l'Académie de Padoue, vol . IV ( 1838 ) , p . 243–288 .
(* ) Productions relatives au programme de trois questions géométriques,
proposé par le professeur Flauti en avril 1839 ( Naples , 1840-1841 ).
Je cite BELLAVITIS et TRUDI comme exemples , mais je ne veux pas dire pour
cela qu'aucun autre géomètre italien ne se soit occupé de Géométrie projective
jusqu'à ce jour. Aussi je demande pardon , dès maintenant, pour les noms que
je pourrais avoir oubliés ; que le lecteur soit persuadé que je le fais sans in-
tention ; je ne me propose aucunement, du reste, de faire un résumé histo-
rique des progrès de la science.
(3) A Naples, cette chaire a été occupée par J. BATTAGLINI, dont la science et
les travaux sont connus de tous.
(* ) Cette voie avait déjà été ouverte par d'autres . Voir BELLAVITIS , Leçons de
Géométrie descriptive ( Padoue , 1851 ) . L'excellent ouvrage du professeur FIED-
LER, Die darstellende Geometrie ( Leipzig, 1871 ) , a été rédigé d'après les mêmes
idées. E. PADOVA et A. SAYNO ont publié une traduction italienne de cet ouvrage
pour l'usage des Écoles polytechniques.
(5) A Zurich, le professeur REYE a fait un cours de Geometrie der Lage pour
préparer les étudiants à suivre les leçons du professeur CULMANN , le créateur
de la Statique graphique.
PRÉFACE. VII
appris à les appliquer aux différentes parties du dessin tech-
nique.
Mais tout cela était insuffisant ; malgré l'immense fécondité
de ces méthodes , leur simplicité est si grande qu'aucune par-
tie des Mathématiques ne peut être apprise aussi facilement
et avec un aussi mince bagage de connaissances prélimi-
naires. Pour s'en convaincre , il suffit de considérer que
STAUDT a pu écrire sa Geometrie der Lage ( 1847 ) sans s'appuyer
sur aucune notion de Géométrie élémentaire , et que , si cet
excellent livre n'a pas eu un plus grand succès , c'est à cause
du manque absolu de figures et à cause de son style remar-
quablement aride et concis. D'autres écrivains , guidés par la
même pensée ( ' ) , après avoir établi les notions fondamentales
d'espace , de surface , de ligne, de point, de droite, de plan
ont établi directement celles de la collinéation et de la réci-
procité. C'est cette pensée qui donnera peut-être bientôt la
solution du problème de l'enseignement élémentaire de la
Géométrie ; alors , mais alors seulement , si je ne me trompe,
nous aurons une méthode digne d'être substituée à celle
d'Euclide , méthode dont l'introduction dans nos lycées a été
l'objet d'attaques acharnées .
Cette simplicité naturelle des doctrines qui constituent la
Géométrie projective , simplicité qui les rend aptes à entrer
dans les éléments de la science , a été si bien comprise, que,
dans tous les pays , des hommes dont le nom fait autorité se
sont levés pour en demander l'admission dans le cadre des
matières scolaires . Dans la docte et laborieuse Allemagne , en
particulier , on publie chaque jour de nouveaux livres qui
exposent la Géométrie projective , soit seule , soit avec la Géo-
métrie ordinaire , et d'une manière de plus en plus simple ,
élémentaire et accessible même aux esprits médiocres . Ces
livres , destinés aux gymnases et aux écoles royales , montrent
que la Nouvelle Géométrie pénètre chaque jour davantage.
dans l'enseignement secondaire . Des ouvrages de même na-
(¹ ) Par exemple, E. MÜLLER dans ses Elemente der Geometrie streng systema-
tisch dargestellt ( Brunswick, 1869 ) .
a.
VIII PRÉFACE.
ture , mais ayant un but moins bien défini , sont publiés aussi
en Angleterre et en France .
Bien des noms ont été donnés à cet ensemble de doctrines
dont nous allons exposer les principes fondamentaux . Je ne
veux pas adopter celui de Géométrie supérieure ( Hohere Geo-
metrie), parce que ce qui a pu paraître supérieur un jour est
aujourd'hui très- élémentaire, ni celui de Géométrie moderne
(Neuere Geometrie, Modern Geometry ) qui n'exprime qu'une
conception relative ; du reste , quoique les méthodes puissent
être considérées comme modernes , la matière est vieille en
grande partie . Le titre de Géométrie de position ( Geometrie
der Lage ), dans le sens de STAUDT ( ' ), ne me paraît pas plus
propre , parce qu'il exclut la considération des propriétés
métriques des figures . J'ai choisi le titre de Géométrie pro-
jective ( 2 ), qui exprime la vraie nature des méthodes qui sont
fondées essentiellement sur la projection centrale ou per-
spective . J'ai été confirmé dans mon choix en considérant que
le grand PONCELET , le principal créateur des méthodes mo-
dernes , a intitulé son livre immortel : Traité des propriétés
projectives des figures (1822 ) .
La nomenclature que j'ai employée dans le texe est celle
que j'ai adoptée depuis bien des années dans mes écrits et
dans mes leçons publiques. Elle n'appartient en propre à au-
cune école ; j'ai pris un terme à STEINER , un autre à PON-
CELET OU à CHASLES ; j'ai eu à cœur de choisir ceux qui cor-
respondent le mieux aux notions auxquelles ils s'appliquent,
et qui sont plus faciles à transporter dans notre langue ; j'ai ,
( ¹ ) Équivalent à celui de Descriptiv Geometry de CAYLEY ( Sixth Memoir upon
quantics, dans les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres,
1859, p. 90). Géométrie de position , dans le sens de CARNOT, correspond à une
conception toute différente de celle que je voulais exprimer en tête de mon
livre. Je ne parle pas d'autres noms , comme Géométrie segmentaire et Orga-
nische Geometrie, qui répondent à des notions trop particulières , au moins
d'après ma manière de voir. Au contraire, la dénomination de Geometria de-
rivata, de BELLAVITIS , embrasse un champ plus étendu que le mien.
( 2 ) Voir KLEIN, Ueber die sogenannte Nicht-Euklidische Geometric ( Nach-
richten de Göttingue, 30 août 1871).
PRÉFACE. IX
du reste, rigoureusement respecté les dénominations généra-
lement employées par les écrivains ( ' ) .
Dans le développement des matières , je ne me suis pas
astreint à suivre exclusivement tel ou tel auteur, j'ai emprunté
à tous ce qui me semblait utile à mon but , qui est de faire
un livre absolument élémentaire et technique , accessible
même à ceux qui n'ont d'autres connaissances que les élé-
ments les plus simples de la Géométrie ordinaire . J'aurais
pu , imitant STAUDT, faire complétement abstraction de toute
notion préparatoire ; mais, dans ce cas , mon travail se serait
trop étendu et je n'aurais pu le destiner aux élèves des Insti-
tuts techniques , qui ont déjà étudié dans les deux premières
années les éléments ordinaires de Mathématiques. Toute la
Géométrie traditionnelle n'est pas nécessaire pour comprendre
mon livre : il suffit de connaître les propositions fondamen-
tales sur le cercle et sur les triangles semblables .
J'ai dit que le livre doit avoir un caractère technique , il
doit donc conduire rapidement les élèves à appliquer les con-
naissances théoriques au dessin . Dans ce but , j'ai donné aux
propriétés graphiques le dessus sur les propriétés métriques;
je me suis attaché aux procédés de la Geometrie der Lage de
STAUDT plus souvent qu'à ceux de la Géométrie supérieure de
CHASLES ( 2 ) ; je n'ai pas voulu cependant laisser tout à fait de
(' ) Par exemple, j'emprunte à STEINER les mots projectifs et perspectifs ; à
PONCELET celui d'homologie ; à BELLAVITIS ceux de ponctuelle et de gerbe ( stella ) ,
mais dans un sens différent et équivalent à celui de Strahlenbündel et non à
celui de Strahlenbüschel des Allemands ; je préfère l'expression de rapport an-
harmonique de CHASLES à celle de double rapport de MöBIUS et STEINER, etc.
J'appelle forme géométrique une série d'éléments de la même nature ( points,
droites ou plans ) : c'est l'Elementargebilde de STAUDT, les formes géométriques
fondamentales sont les Grundgebilde de STEINER, qui se divisent en trois espèces
ou stufen. CHASLES nomme doubles les éléments qui coïncident avec leurs cor-
respondants, aussi bien dans l'involution que dans les formes projectives super-
posées (divisions homographiques sur une même droite ) ; j'aime mieux suivre
l'exemple de ceux qui établissent ici une distinction : je nommerai doubles les
éléments qui coïncident avec leurs correspondants dans l'involution , et unis
ceux qui coïncident avec leurs correspondants dans les formes projectives su-
perposées. La dénomination de figures corrélatives est employée dans le sens de
CHASLES, et non dans celui de CARNOT.
(*) Voir REYE, Geometrie der Lage ( Hanovre, 1866 ) , p . xi de la Préface.
X PRÉFACE .
côté les propriétés métriques, ce qui aurait nui à d'autres buts
pratiques de l'enseignement ( ¹ ) . J'ai donc introduit dans mon
livre l'importante notion du rapport anharmonique, ce qui
m'a permis, en m'appuyant sur les quelques propositions de
la Géométrie ordinaire dont j'ai parlé, d'établir facilement les
propriétés métriques les plus utiles qui appartiennent aux
figures projectives ou sont intimement liées avec elles .
Je me suis servi de la projection centrale pour établir la
notion des éléments à distance infinie et , suivant l'exemple
de STEINER et de STAUDT, j'ai placé la loi de la dualité tout au
commencement du livre , comme un fait logique qui ressort ,
immédiat et spontané , de la possibilité de construire l'espace
à trois dimensions avec l'élément-point ou avec l'élément-
plan . Les énoncés et les démonstrations qui se correspondent
en vertu de cette loi ont souvent été placés en double co-
lonne ; mais quelquefois j'ai abandonné cette disposition pour
donner l'occasion aux écoliers de s'exercer à déduire d'un
théorème le théorème corrélatif. Dans la préface de son livre ,
le professeur REYE remarque , avec raison , que rien dans la
Géométrie n'est propre à exciter les commençants et à les sti-
muler vers les recherches propres comme le principe de la
dualité ; c'est pourquoi il importe beaucoup de leur en don-
ner connaissance le plus tôt possible , et de les habituer à
l'employer avec assurance .
L'ordre des matières que j'ai employé est une des nom-
breuses marches que l'on peut suivre pour les exposer dans
un cours de leçons ; j'espère cependant être parvenu à faire un
livre qui puisse servir même à ceux qui aiment à suivre un
ordre différent du mien . Je donnerai quelques exemples . Dès
le commencement j'alterne sans distinction les théorèmes de
la Géométrie plane avec ceux de la Géométrie de l'espace ,
parce que l'expérience m'a enseigné , et d'autres l'ont remar-
qué avant moi ( 2) , que les considérations de l'espace suggèrent
(') Voir ZECH, Die höhere Geometrie in ihrer Anwendung auf Kegelschnitte
und Flächen zweiter Ordnung ( Stuttgard , 1857 ) , Préface.
(*) BELLAVITIS, Saggio di Geometria derivata, p . 247. -
— CHASLES, Aperçu his-
torique, etc. ( Bruxelles, 1839 ) , p. 191 .
PRÉFACE . XI
bien souvent le moyen de rendre facile et intuitif ce qui se-
rait compliqué et difficile à démontrer par la Géométrie plane ;
de plus , elles exercent l'intelligence et aident au développe-
ment de cette imagination géométrique si utile à l'ingénieur ,
qui doit pouvoir se représenter les figures dans l'espace sans
le secours d'un dessin ou d'un modèle ; mais le maître peut
croire opportun de s'en tenir strictement , au moins dans les
commencements, à la Géométrie plane ; il pourra , dans ce cas ,
sauter sans inconvénient quelques numéros du livre ( ' ) , et
les exposer plus tard . Je définis les coniques comme projec-
tions du cercle , et , après avoir démontré pour cette courbe
deux théorèmes fondamentaux ( 2 ) , je les transporte aux co-
niques, et puis je développe sur ces dernières toute la théorie
des polygones inscrits et circonscrits , celle des pôles et des
polaires , sans m'occuper davantage du cas spécial du cercle .
On pourrait , au contraire , déduire de ces deux propriétés fon-
damentales les théorèmes de PASCAL , de BRIANCHON et de DE-
SARGUES pour le cercle ainsi que la théorie des pôles ; et puis ,
au moyen de la projection ou de l'homologie , appliquer le •
tout aux coniques . Il est inutile de s'étendre plus longuement
sur ce sujet. Dès qu'il se sera assimilé les matières, tout pro-
fesseur verra lui-même comment il lui convient de les distri-
buer ; il lui arrivera même de modifier d'année en année le
mode de coordination suivant les résultats de sa propre expé-
rience .
Tous les numéros de mon livre ne sont pas également im-
portants ou nécessaires dans un cours de leçons . Un maître
sagace s'apercevra facilement que les propositions fondamen-
tales sont peu nombreuses et ce sont les seules qui doivent
être retenues dans la mémoire ; tout le reste se compose de
corollaires , de cas particuliers et d'exercices . Il y a une grande
liberté de choix parmi ces derniers : les uns pourront être
traités à l'école , les autres à la maison ; il sera nécessaire , et
c'est ici le point capital , que les écoliers trouvent tous les
jours eux-mêmes des déductions et des solutions , qu'ils ne
( 1 ) Nos 19, 20 , 28 , 29 , 31 , 32, 41 , 42.
(2) Nos 108, 110.
XII PRÉFACE .
s'astreignent pas seulement à la partie passive d'écouter et de
répéter les choses enseignées par le maître , mais qu'on les
fasse concourir activement à la découverte de choses nouvelles .
C'est de cette manière et d'aucune autre qu'on réussira à
allumer en eux l'amour de l'étude et à les rendre complé-
tement maîtres des théories si fécondes de la Géométrie pro-
jective . Il faut veiller enfin à ce que les raisonnements théo-
riques, pour la démonstration des théorèmes et la déduction
des corollaires , soient toujours accompagnés de l'exécution gra-
phique de la solution des problèmes . On peut répéter ici ce
que MONGE recommandait pour la Géométrie descriptive ( ' ) .
Les Traités magistraux de Poncelet , de Steiner, de Chasles
et de STAUDT ( 2 ) sont ceux auxquels je dois le plus, soit parce
que tous ceux qui s'adonnent à la Géométrie font leurs
premières études dans ces ouvrages , soit parce que je leur
ai emprunté , outre la substance des méthodes , les démons-
trations de beaucoup de théorèmes et les solutions des pro-
blèmes ; mais , en même temps que ces ouvrages , j'ai eu à
• consulter ceux d'APOLLONIUS, de PAPPUS, de DESARGUES , de DE LA
HIRE, de NEWTON, de MACLAURIN , de LAMBERT , de CARNOT , de
BRIANCHON, de MÖBIUS, de BELLAVITIS..., et ceux plus récents de
ZECH , de GASKIN, de WITZSCHELL, de TOWNSEND , de POUDRA , de
FIEDLER...
Pour ne pas augmenter les difficultés , déjà assez graves, de
mon entreprise , je me suis abstenu de l'obligation de citer
continuellement les sources auxquelles j'ai puisé , ou les pre-
miers et véritables auteurs des diverses propositions ou théo-
( ') Il est nécessaire , pour le cours de Géométrie descriptive , que la pratique
et l'exécution soient jointes à l'audition des méthodes : ainsi les élèves doivent
s'exercer aux constructions graphiques…… ( Programme de la Géométrie des-
criptive.)
( * ) PONCELET, Traité des propriétés projectives des figures ( Paris , 1822 ) . -
STEINER, Systematische Entwickelung der Abhängigkeit geometrischer Gestalten
von einander, etc. ( Berlin , 1832 ). -- CHASLES , Traité de Géométrie supérieure
( Paris, 1852 ) ; Traité des sections coniques ( Paris , 1865 ).— STAUDT, Geometrie
der Lage ( Nüremberg, 1847 ). Je passe sous silence d'autres écrits de ces grands
maîtres, ainsi que les œuvres du célèbre PLÜCKER et d'autres géomètres ( SEYDE-
witz, Göpel , Weissenborn , de JONQUIÈRES , Hesse , Paulus , Schröter, Geiser ... ),
parce que je n'ai pas eu occasion d'y recourir dans la composition de ce livre.
PRÉFACE . XIII
ries . Qu'on me pardonne donc si la source citée n'est pas tou-
jours la source primitive ( ' ) , ou si telle autre citation manque
entièrement. Mes citations ne sont pas fréquentes ; j'ai toujours
eu pour but principal, en les faisant , de faire connaître aux
jeunes gens les noms des grands géomètres et les titres de leurs
Ouvrages devenus classiques . En attachant aux énoncés de
certains théorèmes capitaux les noms illustres d'EUCLIDE , d'A-
POLLONIUS, de PAPPUS , de DESARGUES , de PASCAL, de NEWTON, de
CARNOT..., j'ai cherché à aider la mémoire à retenir les choses
et à exciter cette curiosité scientifique si propre à élargir nos
connaissances (2).
Les citations que j'ai faites ont encore un autre but, celui
de calmer la peur de ceux que le seul nom de Géométrie pro-
jective fait trembler, comme s'il s'agissait de nouveautés in-
ventées par des cerveaux bizarres . Je voudrais faire voir clai-
rement à ceux-là que ces choses sont , pour la plupart , d'une
antiquité vénérable et ont été mûries par les esprits des plus
illustres penseurs , et réduites désormais à cette simplicité
extrême que GERGONNE considérait comme le signe de la per-
fection pour une théorie scientifique ( 3 ). Dans ma démon-
stration, je procéderai suivant l'ordre des matières contenues
dans le livre .
La conception des éléments à distance infinie est due au
célèbre DESARGUES qui , il y a plus de deux siècles , considérait
explicitement les droites parallèles comme concourant en
un point à distance infinié (') , et les plans parallèles comme
(') Pour les auteurs nommés, je cite presque toujours les Traités générale-
ment connus, quoique leurs découvertes aient quelquefois été publiées ailleurs .
Les travaux de CHASLES sur la théorie des coniques, par exemple, sont en
grande partie antérieurs à 1830 ; ceux de STAUDT datent de 1831 , etc.
( * ) J'ai souvent cité les Éléments de Mathématiques de Baltzer , non comme
source originale, mais avec l'intention de donner aux jeunes gens le désir d'é-
tudier cet excellent Traité. C'est le meilleur guide qu'ils puissent trouver pour
leurs études pendant les quatre années de l'Institut technique.
(³) «... On ne peut se flatter d'avoir le dernier mot d'une théorie, tant qu'on
ne peut pas l'expliquer en peu de paroles à un passant dans la rue » ( CHASLES,
Aperçu historique, p. 115).
(*) OEuvres de DESARGUES, réunies et analysées par M. POUDRA ( Paris , 1864 ),
t. I : Brouillon-projet d'une atteinte aux événements des rencontres d'un cône
avec un plan ( 1639 ) , p . 104 , 105 et 205.
XIV PRÉFACE .
passant par une même droite à l'infini ( ' ) . La même concep-
tion fut mise en pleine lumière par PONCELET qui , comme con-
séquence des postulata de la Géométrie euclidienne , parvint
à cette conclusion , que les points de l'espace situés à distance
infinie doivent être considérés comme situés tous dans un
même plan ( ² ).
DESARGUES ( 3 ) et NEWTON ( ' ) ont regardé les asymptotes de
l'hyperbole comme des tangentes dont les points de contact
sont à distance infinie .
L'homologie des figures planes, dont le nom est dû à PON-
CELET , se trouve dans quelques Traités antérieurs de Perspec-
tive , par exemple dans LAMBERT ( 5 ) ou même dans DESARGUES (6)
qui a énoncé et démontré le théorème sur les triangles et les
quadrilatères perspectifs ou homologiques ; du reste , le théo-
rème sur les triangles ( nº 15 ) coïncide , en substance , avec un
célèbre porisme d'EUCLIDE ( nº 88 ) rapporté par PAPPUS ( ' ) .
L'homologie des figures à trois dimensions a été étudiée pour
la première fois par PONCELET ( * ) .
Comme principe absolu , la loi de la dualité fut énoncée par
GERGONNE ( 9 ), et elle est due à PONCELET ( 1 ) comme consé-
quence de la théorie des polaires réciproques (principe de
réciprocité polaire ).
Les formes géométriques ( points en ligne droite , fais-
ceaux de droites ), hormis les noms , se trouvent dans DE-
SARGUES et dans les géomètres postérieurs . STEINER les a définies
de la manière la plus explicite (").
(1) Loc. cit., p. 105-106.
(*) Traité des propriétés projectives des figures ( Paris , 1822 , nºs 96 et 580 ) .
(3) Loc. cit., p. 210.
(*) Philosophiæ naturalis principia mathematica ( 1686 ) liv. I , prop . 27 ,
scol .
(5) Freie Perspective, 2º éd. ( Zürich , 1774 ).
(6) Loc. cit., p . 413 à 416.
(1 ) CHASLES , Les trois livres des porismes d'Euclide, etc. ( Paris , 1860 ) ,
p. 102 .
( ) Loc. cit., p . 369 et suiv.
(9 ) Annales de Mathématiques, t. XVI ( Montpellier, 1826 ) , p . 209 .
( 10 ) Annales de Mathématiques, t . VIII ( Montpellier, 1818 ) , p . 201 .
( " ) Systematische Entwickelung, p. xiii -xiv.
PREFACE . XV
CARNOT ( ' ) a considéré le quadrilatère complet , STEINER (2 )
en a étendu la conception à tous les polygones et aux figures
dans l'espace .
La division harmonique a été connue des géomètres de la
plus haute antiquité ; on en trouve les propriétés fondamen-
tales dans APOLLONIUS ( 3 ) ; DE LA HIRE ( * ) donne la construction
du quatrième élément d'un groupe harmonique au moyen de
la propriété du quadrilatère , c'est-à-dire par le seul usage de
la règle.
Dès 1832 , STEINER a enseigné les constructions des formes
projectives (5 ). La théorie complète des rapports anharmo-
niques est due à MÖBIUS ( ) ; mais déjà EUCLIDE , Pappus ( ' ) ,
DESARGUES ( * ), BRIANCHON ( 2 ) en avaient démontré la proposi-
tion fondamentale du nº 53 .
DESARGUES ( 1 ) est l'auteur de l'involution, dont quelques cas
particuliers étaient déjà connus des géomètres grecs ( ' ) .
La génération des coniques au moyen de deux formes pro-
jectives a été exposée , il y a quarante ans , par STEINER et par
CHASLES ; elle est déterminée par deux théorèmes fondamen-
taux ( nos 113 , 114 ) d'où l'on déduit toute la doctrine de ces
courbes si impors. La même génération comprend la
description organi de NEWTON ( 2 ) et divers théorèmes de
MACLAURIN .
A seize ans ( 1640 ) PASCAL a trouvé le fameux théorème de
l'hexagramme mystique ( 13 ) , et BRIANCHON, en 1806 , en a dé-
(') De la corrélation des figures de Géométrie ( Paris, 1801 ), p. 122.
(*) Loc. cit. , p . 72 et 235.
( ³ ) Conicorum, lib . I , 34 , 36, 37 , 38.
(*) Sectiones conica ( Parisiis, 1685 ) , I , 20.
(5) Loc. cit., p. 91 .
( * ) Der barycentrische Calcul ( Leipzig, 1827 ) , chap. V.
(1) Collectiones mathematicæ, VII , 129.
( * ) Loc . cit. , p. 425 .
(³ ) Mémoire sur les lignes du second ordre ( Paris , 1817 ) , p . 7 .
(10 ) Loc. cit. , p. 119, 147 , 171 , 176 .
( ¹¹ ) Pappus, Collectiones mathematicæ, liv. VII, p . 37-56, 127 , 128 , 130–133 .
(12) Loc. cit., liv. I, lemme 21 .
(13) Lettre de LEIBNITZ à M. Périer dans les OEuvres de B. PASCAL (édit . Bos-
sut, t. V, p. 459)..
XVI PRÉFACE .
duit la proposition corrélative sur l'hexagone au moyen de la
théorie des pôles ( nº 117 ) .
Les propriétés du quadrilatère formé par quatre tangentes
et des quadrangles des points de contact se lisent dans l'ap-
pendice latin ( De linearum geometricarum proprietatibus
tractatus ), à l'édition anglaise ( Londres, 1748 ) de l'Algèbre
posthume de MACLAURIN, qui en avait déduit la construction
d'une conique par points ou par tangentes en plusieurs cas
où l'on donne cinq éléments ( points ou tangentes ) . Tous les
cas possibles ont été résolus plus tard par BRIANCHON .
L'idée de considérer deux séries projectives de points sur
une même conique est explicitement exposée dans l'Essai de
BELLAVITIS ( page 270 , note ) .
On doit à CARNOT ( '), un célèbre théorème ( nº 246) au sujet
des segments qu'une conique détermine sur les côtés d'un
triangle. On connaissait aussi certains cas particuliers de ce
théorème bien longtemps avant (2 ).
On rencontre dans la Freie Perspective ✔ LAMBERT des con-
structions élégantes pour résoudre quelques problèmes du
premier et du second degré au moyen de la règle , en suppo-
sant cependant que certains éléments ċiproit donnés , mais la
possibilité de résoudre tous les probl Ju second degré
au moyen de la règle et d'un cercle fixe a été mise en pleine
lumière par PONCELET ; puis STEINER, dans un petit livre pré-
cieux, l'a développée par la mise en pratique ( nº 184 ) .
La théorie des pôles et des polaires était déjà contenue,
sous diverses dénominations , dans les ouvrages cités de DË-
SARGUES ( 3 ) et de DE LA HIRE ( ' ) ; elle a été perfectionnée par
MONGE ( 5 ), BRIANCHON ( 6 ) et PONCELET. Ce dernier en a tiré la
théorie des figures polaires réciproques, qui n'est autre en
(¹) Géométrie de position ( Paris , 1803 ) , nº 379.
(*) APOLLONIUS, Conicorum , lib. III , p . 16-23 . -— DESARGUES, loc. cit., p . 202.-
DE LA HIRE, loc. cit., t. V, p. 10, 12.-- - NEWTON, Enumeratio linearum tertii or-
dinis ( Londres, 1706 ) , p . 4 .
(3) Loc. cit., p . 164, 186, 190 et suiv.
(*) Loc. cit., I , 21-28 ; II , 23-30.
(3) Géométrie descriptive ( Paris, 1795) , no 40 .
(* ) Journal de l'École Polytechnique, cahier XIII ( Paris , 1806 ).
PRÉFACE . XVII
réalité que la loi de la dualité , nommée par lui principe de
réciprocité polaire .
Enfin les principales propriétés des diamètres conjugués
ont été exposées par Apollonius dans les livres II et VII de
son Traité des coniques.
Ceux qui voudront acquérir une connaissance plus éten-
due et plus précise des progrès de la Géométrie depuis son
origine jusqu'en 1830 ( ce qui est suffisant pour les matières
contenues dans ce livre ) n'auront qu'à lire l'ouvrage clas-
sique, Aperçu historique, de M. CHASLES .
L'Ouvrage italien est accompagné d'un Atlas que l'éditeur
français a remplacé par des figures gravées sur cuivre et inter-
calées dans le texte . L'auteur et le traducteur remercient
M. Gauthier-Villars des efforts qu'il a faits pour rendre l'édi-
tion française des Éléments de Géométrie projective digne
d'être comparée aux plus beaux ouvrages qui soient sortis de
ses presses .
Rome, 5 août 1875 .
L'AUTEUR .
ÉLÉMENTS
DE
GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
PREMIÈRE PARTIE.
§ I. - DÉFINITIONS.
1. J'appelle figure un complexe quelconque de points, de
droites et de plans ; il faut concevoir les droites et les plans
comme s'étendant à l'infini , sans avoir égard aux portions fi-
nies de l'espace qu'ils circonscrivent . Sous le nom de triangle,
par exemple , il faudra comprendre le système de trois points
et des trois droites qui les joignent deux à deux , et un té-
traèdre sera le système de quatre plans et des quatre points où
ils se coupent trois à trois, etc.
Pour l'uniformité des notations , je désignerai toujours les points par
des lettres majuscules A , B , C ,..., les droites par les minuscules a, b, c,...,
les plans par les lettres grecques « , ß , y , ... En outre , AB désignera la
droite déterminée par les deux points A et B ; Aa sera le plan qui passe
par le point A et par la droite a ; az le point commun à la droite a et
au plan ; «ß la droite déterminée par les plans a, ß ; ABC le plan des
trois points A, B, C ; y le point commun aux trois plans , ß , v ;
z.BC le point commun au plan & et à la droite BC ; A.ẞy le plan passant
par le point A et par la droite By ; .Bc la droite commune au plan a et
au plan Bc ; A.ẞe la droite qui joint le point A au point ßc , etc. En
écrivant .BC - A' , j'indiquerai que le point commun au plan z et à la
droite BC est le point A' ; u = ABC signifiera que la droite u renferme
les points A, B, C , ... , etc.
2. Projeter d'un point fixe O ( centre de projection ) une
figure [ABCD ... , abcd ... ] composée de points et de droites
I. I
2 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
signifie construire les droites ou rayons projetants OA , OB, OC,
OD, ... et les plans ( plans projetants ) Oa, Ob , Oc, Od, ....
On obtient ainsi une nouvelle figure composée de droites et
de plans qui passent par le centre O.
3. Couper par un plan fixe o ( plan transversal) une figure
[αβγδ ... , abcd ... ] composée de plans et de droites signifie
construire les droites ou traces σα, σβ, σγ, ... , et les points
ou traces σα, σό , σc , .... Il résulte de cette construction une
nouvelle figure composée de droites et de points situés dans
le plan σ.
4. Projeter d'une droite fixe s ( axe ) une figure ABCD ...
composée de points signifie construire les plans SA, SB , SC , ....
La nouvelle figure est donc composée de plans passant tous
par l'axe s.
5. Couper par une droite fixe s ( transversale ) une figure
αβγδ... composée de plans signifie construire les points sa,
S
sẞ , sy, .... La nouvelle figure est donc composée de points
alignés sur la transversale fixe s.
6. Si une figure est composée des droites a, b , c, ... qui
passent par un point fixe ou centre O, on peut la projeter
d'une droite ou axe s passant par 0 ; il en résulte une figure
composée de plans sa, sb, sc, . . . .
7. Si une figure est composée de droites a, b , c, ... , toutes
situées dans un plan fixe, on peut la couper par une droite
(transversale ) s située dans le même plan ; la figure qui en ré-
sulte est formée par les points sa, sb , sc, ... ( ' ).
§ II. PROJECTION CENTRALE .
8. Projeter d'un point ( centre de projection) O sur un plan
( tableau) σ' une figure donnée ABC ... , abc ... , composée de
(' ) Projeter et couper sont les deux opérations fondamentales de la Géomé-
trie projective.
PROJECTION CENTRALE . 3
points et de droites , signifie projeter ( nº 2 ) la figure d'un
point O et puis couper ( nº 3 ) par le plan o' le complexe des
droites et des plans projetants ; cela revient à dire construire
les rayons OA, OB, OC, ... et les plans Oa, Ob, Oc, ..., et en-
suite les points o' OA = A' , σ'OB = B ' , σ'OC = C' , ... et les
droites Oaa' , σ'Ob = b ' , ' Oc = c' ,.... La nouvelle
figure formée de ces points et de ces droites, qui se trouvent
dans le plan σ' , se nomme image projective ou projection de
la figure donnée du centre O sur le tableau o' .
9. Si , en outre, la figure donnée est plane (fig. 1 ), c'est-à-
dire si les points A, B, C, ... et les droites a, b, c, ... se
trouvent dans un même plan σ,
Fig. 1.
il est évident que réciproque-
ment la figure donnée est la
projection ou Fimage perspec-
tive de la nouvelle figure o' du
C'
point O sur le tableau σ. C'est
pour cela que les deux figures B'
☛ et sont nommées perspec- b
tives ( ¹ ). On appelle correspon- B
dants les points A et A' , B et B',
C et C' , ... et correspondantes
les droites a et a' , b et b' , c et
c' , ... ; en général , une partie de la figure et une partie de
la figure sont correspondantes, quand l'une est la pro-
jection ou l'image de l'autre , c'est-à-dire quand l'une est l'en-
semble des points et des droites qui correspondent aux points
et aux droites de l'autre .
Deux points correspondants, comme A et A' , sont sur un
rayon ( projetant ) qui passe par 0 ; de même , deux droites
( ¹ ) En général, on appelle perspectives deux figures telles, qu'aux points
A, B, C de l'une correspondent, suivant une même loi, les points A', B' , C' de
l'autre, et que la position respective des deux figures soit telle, que les droites
AA' , BB', CC', ..., qui joignent les points correspondants, concourent en un
même point. Exemples : Les sections faites dans un cône par deux plans, ou
par un plan et par une sphère qui passe par le sommet, etc. , sont perspectives.
(Voir aussi BALTZER, Stéréométrie, p . 74.)
I.
4 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
correspondantes sont dans un même plan (projetant) qui
passe par 0 ; il résulte de là que deux droites correspondantes
se coupent en un point de la droite commune aux deux plans
σet σ' . Si, dans le plan σ, le point A se trouve sur la droite a,
le point A' correspondant à A se trouvera sur la droite a' cor-
respondant à a dans le plan σ', et réciproquement .
10. Considérons deux droites correspondantes a, a' (fig. 2 ) ;
tout rayon mené par O dans leur plan rencontre a et a' en
Fig. 2 .
la
0
J
a' I
' DCA B a
'
deux points correspondants, comme A et A' . Si le rayon se
meut, en tournant autour de O, les points A et A' changent
simultanément ; si le rayon est près de devenir parallèle à a,
le point A' s'approche de I' ( point commun à a' et à la droite
passant par O parallèle à a ), et le point A s'éloigne sans cesse .
Afin que la propriété qu'à un point de a' correspond toujours
un point de a subsiste toujours, nous dirons que la droite a
a un point l'à l'infini, avec lequel vient coïncider le point A
quand A' coïncide avec I', c'est-à-dire quand le rayon mobile
autour de O devient parallèle à a. La droite a a un seul point
à l'infini , parce qu'il ne passe par O qu'un seul rayon paral-
lèle à a.
Le point I', image du point à l'infini I, est dit point de
fuite ou point limite.
PROJECTION CENTRALE . 5
De la même manière, la droite a' a un point J' à l'infini , qui
est le correspondant du point J, où a est coupée par le rayon
parallèle à a' .
Deux droites parallèles ont le même point à l'infini . Il faut
considérer toutes les droites parallèles à une même droite,
comme ayant un point commun à l'infini .
Deux droites situées dans un même plan ont toujours un
point commun (à distance finie ou infinie ).
11. Si maintenant la droite a prend toutes les positions pos-
sibles dans le plan σ, la droite correspondante a' sera toujours
déterminée par l'intersection des plans σ' et Oa. Quand a se
déplace, le rayon OI engendre un plan parallèle à cet le
point I' décrit la droite πσ', que nous appellerons i' . Cette
droite i' est donc telle que, à un quelconque de ses points ,
correspond un point à l'infini du plan o, commun aussi au
plan π.
Nous admettrons que la ligne lieu de ces points à l'in-
fini est une droite i, parce qu'elle doit correspondre à la
droite i' du plan o' et doit être l'intersection des plans π, σ ;
de cette manière, la loi qu'à toute droite de σ' correspond
une droite de o subsistera sans exception .
Le plan a une seule droite à l'infini, parce qu'il ne passe
qu'un seul plan parallèle à par Ο .
La droite i , image de la droite à l'infini, est dite droite de
fuite ou droite limite.
De même, le plan σ' a une droite à l'infini qui correspond
à l'intersection du plan par le plan π' mené par O parallèle-
ment à σ' .
Deux plans parallèles ont la même droite à l'infini . Il faut
considérer tous les plans parallèles à un même plan comme
passant par une droite fixe à l'infini .
Si une droite est parallèle à un plan, la droite à l'infini du
plan passe par le point à l'infini de la droite . Si deux droites
sont parallèles, elles rencontrent en un même point la droite
à l'infini du plan qu'elles déterminent.
Deux plans se coupent toujours suivant une droite ( à dis-
tance finie ou infinie) .
6 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Une droite et un plan ( qui ne passe pas par la droite) se
rencontrent toujours en un point ( à distance finie ou infinie ) .
Trois plans qui ne passent pas par une même droite ont tou-
jours un point commun (à distance finie ou infinie) .
12. Si deux figures planes ABC, ... , A'B'C' , ... , situées
dans des plans différents σ, σ' , sont perspectives, ou bien si
les rayons AA', BB , CC', ... concourent en un point O, les
droites correspondantes AB et A'B' , AC et A'C' , ... , BC et
B'C', ... se coupent en des points situés sur une même droite
qui est l'intersection des plans des deux figures. Ceci résulte
déjà du nº 9 .
Si M est un point de la droite σσ', et si une droite a de σ
passe par M, la droite correspondante a' passera aussi par M ;
en effet, les deux droites a et a' sont les intersections d'un
même plan projetant avec les plans σ, σ' ; par suite , elles
concourent au point commun aux trois plans.
La droite σσ' est le lieu des points qui sont à eux-mêmes
leurs correspondants. La droite limite i', du plan σ' , est pa-
rallèle à σσ', car i et la droite correspondante, qui est tout
entière à l'infini dans σ, doivent se couper sur σσ' . De même,
la droite limite į du plan o est parallèle à σσ' .
13. Réciproquement, si aux points A, B, C, ... et aux
droites AB, AC, ... , BC, ... d'une figure plane o correspondent,
dans le même ordre, les points A', B' , C', ... et les droites
A'B', A'C' , ... , B'C' d'une autre figure plane σ' ( ' ), de ma-
nière que les droites correspondantes AB et A'B' , AC et
A'C' , ... , BC et B'C' , ... se coupent en des points situés en
ligne droite ( la droite σσ' ) , les deux figures sont perspec-
tives .
En effet, soit O le point commun aux trois plans AB . A'Β' ,
AC.A'C' , BC . B'C' ; les trois arêtes AA', BB', CC' du trièdre
formé par les mêmes plans iront concourir en O. De même,
les trois plans AB.A'B', AD.A'D', BD.B'D' se couperont en
un point commun aux arêtes AA', BB', DD', et ce point est en-
(1 ) Les plans σ₁, σ' sont supposés distincts entre eux.
PROJECTION CENTRALE . 7
core O, puisque les deux droites AA' , BB' suffisent pour le
déterminer. Donc les droites AA' , BB' , CC' , DD' , ... passent
toutes par un même point 0 ; ou bien les deux figures pro-
posées sont perspectives, et O est leur centre de projection .
14. THEOREME . - Si deux triangles sont perspectifs ( 1 ) les
intersections des côtés correspondants sont en ligne droite.
Si les triangles sont dans des plans différents σ, o' , le théo-
rème rentre dans une proposition déjà démontrée ( nº 12 ) .
Supposons, en second lieu , que les deux triangles donnés
A, B, C , A, B, C, soient dans un même plano ( fig. 3 ). Du
Fig. 3.
B.0
point 0, commun aux droites A , A2 , B , B2 , C, C₂, menons en
dehors du plan une droite quelconque sur laquelle nous
prendrons deux points S₁ , S. Projetons le triangle A, B, C , de
S , et le triangle A, B, C, de S₂ . Les points A , A2, O , S₁ , S, sont
dans un même plan ; donc S, A₁ , et S, A,2 se rencontrent, etc.
Soient A, B, C les points où se coupent entre elles les droites
S , A,1 et S, A2, S , B. et S2 B2 , S , C , et S. C₂ ; le triangle ABC sera
perspectif à A , B, C, aussi bien qu'à A, B, C,. Les droites BC,
B. C₁ , B₂ C₂ se coupent deux à deux et, par suite , concourent
(1) Voir la note du nº 9.
8 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
en un même point A. ( ¹ ) ; de même CA, C, A., C₂ A₂ concou-
rent en un point B. et AB, A, B₁ , A₂ B₂ en un point C.. Les
trois points A., B., C. sont situés sur la droite commune au
plan et au plan ABC . Le théorème est donc démontré. ·
15. THEOREME.- Si deux triangles A , B, C₁ , A,2 B, C₂ jouissent
de la propriété que les côtés B, C, et B₂2 C2, C, A , et C2 A2, A, B,
et A, B, se coupent en trois points A. , B. , C, en ligne droite,
les deux triangles sont perspectifs .
Si les deux triangles donnés sont dans des plans différents ,
le théorème rentre dans une propriété déjà démontrée ( nº 13 ) .
Si les deux triangles sont dans un même plan σ ( fig. 3 ),
menons un autre plan par la droite A, B, C, et projetons-y le
triangle A, B, C, d'un centre arbitraire S₁ . Si la projection est
ABC, les droites BC, B, C, se couperont au point A. , par lequel
passe aussi B₂ C₂ ; de même CA passera par B.0 et AB par C.. Les
droites AA2, BB2, CC, se coupent deux à deux , sans se trouver
cependant toutes les trois dans un même plan ; par suite, elles
concourent en un point S. Les droites S, S2, A , A, sont dans
un même plan, parce que S, A₁ , S₂ A, se coupent en A ; donc
S , S₂ coupe A , A2, B, B2 , C, C2, c'est-à-dire que A, A2, B, B2,
C, C₂ concourent au point O commun au plan σ et à la
droite S , S.2 (2).
§ III. — HOMOLOGIE.
16. Reprenons la considération des nºs 9 , 10 , 11 et imagi-
nons que , la figure ☛' restant invariable et fixe dans son plan ,
on fasse tourner celui - ci autour de la droite σo' ( ³ ) , jusqu'à
ce qu'il coïncide avec le plan σ. Les deux figures σ, σ' se trou-
( ¹ ) BC est l'intersection des plans S , B, C,, S, B, C,, qui ne se confondent pas ;
ce qui revient dire que les droites BC,, B, C,, B, C , ne sont pas toutes les trois
dans un même plan. Le point où la droite BC rencontre le plan de B, C , et
B, C, sera, par conséquent, commun à ces trois droites.
( * ) BALTZER, Stéréom . , p. 7476. Le théorème des nos 12 et 13 est dû à DE-
SARGUES .
(3) Pendant cette rotation les deux figures restent perspectives et le centre
de projection décrit un cercle dont le plan est perpendiculaire à σ ' et dont le
centre est sur la droite limite de . Voir BALTZER, Stéréom., p . 79.
HOMOLOGIE . 9
veront alors dans un même plan. Les couples de droites cor-
respondantes, comme a et a' , bet b' , ... se couperont encore
sur une même droite fixe σσ', car celle-ci est restée immobile
pendant la rotation du plan σ' . A quelle loi seront soumises
les droites AA', BB' , CC' , ... qui joignent les couples de points
correspondants des deux figures arrivées dans un même plan ?
Je dis qu'elles concourront toujours en un point O.
En effet, soient A et A' , Bet B' , Cet C' trois couples de
points correspondants ; ils forment deux triangles ABC, A'B'C'
dont les couples de côtés BC et B'C' , CA et C'A' , AB et A'B'
se coupent en trois points en ligne droite. Par suite ( n° 15),
les rayons AA' , BB' , CC' concourent en un point 0 ; mais il
suffit de deux rayons AA', BB' pour déterminer ce point ;
donc, de quelque manière que l'on choisisse le troisième
couple de points C, C' , le rayon CC' passera toujours par O.
Deux figures σ, σ' composées de cette manière , qui ne sont
autre chose que deux figures perspectives dont les plans ont
été amenés l'un sur l'autre, se nomment aussi figures homo-
logiques ( ¹ ) . Le point O, sur lequel sont alignés les couples de
points correspondants, est dit centre d'homologie ou centre
de collinéation; et la droite σσ' , sur laquelle se coupent les
couples de droites correspondantes, est dite axe d'homologie
ou de collinéation . Chacune des deux figures a une droite
limite : c'est la droite qui correspond à l'infini de l'autre figure .
Les deux droites limites sont parallèles à l'axe d'homologie
( n° 12) .
17. THÉORÈME . Si aux droites a, b , c , ... et aux points
ab, ac, ... , bc, ... d'une figure correspondent, dans le même
ordre, les droites a' , b' , c' , ... et les points a'b' , a'c' , ... ,
b'c' , ... d'une autre figure située dans le même plan que la
première, de manière que les couples des points correspon-
dants ab, a'b' , ac, a'c' , bc, b'c' , ... soient alignés sur un même
point fixe O , je dis que les droites correspondantes a et a' ,
bet b' , cet c', ... se coupent en des points situés en ligne
droite .
(1 ) Voir BALTZER, Stéréom . , p . 77. La dénomination est due à Poncelet.
10 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Démonstration . - Soient, en effet, a et a' , bet b' , cet c'
trois couples de droites correspondantes ; comme, par hypo-
thèse, les droites qui joignent les sommets correspondants
des triangles abc, a'b'c' concourent en un point O, il en ré-
sulte (n° 14 ) que les côtés correspondants a et a', bet b' ,
cet c' se couperont en trois points en ligne droite ; mais il suf-
fit de deux points aa' , bb' pour déterminer cette droite ; elle
reste donc la même si , au lieu de cet c', on considère deux
autres droites correspondantes quelconques . Donc deux droites
correspondantes se coupent toujours sur une droite fixe, que
nous désignerons par s.
Il résulte de là que, si l'on imagine les deux figures tracées
sur deux plans superposés et non sur un seul et même plan et
si, l'un des plans restant fixe, on fait tourner l'autre autour
de s, on obtiendra deux figures qui sont exactement dans les
conditions supposées au nº 13, c'est-à-dire deux figures per-
spectives .
Observons, en outre, que les considérations du nº 16 for-
ment la démonstration du théorème qui suit :
Si deux figures sont dans un même plan et si, aux points
A, B, C , ... et aux droites AB , AC , ... , BC , ... de l'une cor-
respondent, dans le même ordre, les points A', B' , C' , ... et
les droites A' , Β', Α', C' , ... , B' , C' , ... de l'autre, de manière
que deux droites correspondantes se coupent toujours sur une
droite fixe, les deux figures sont perspectives, c'est-à-dire que
les rayons AA' , BB', CC' , ... concourent en un point fixe .
18. Exercice . Étant donnés le centre O et l'axe d'homologies, et,
en outre, deux points correspondants A et A' ( alignés sur O), construire
la figure homologique d'une figure donnée .
Prenons un autre point B de la figure donnée ( fig. 4) . Pour obtenir le
point correspondant B', il faut remarquer que le rayon BB' doit passer
par O et que les droites correspondantes AB, A'B' doivent se couper
sur s ; donc B' sera le point commun à OB et à la droite qui joint A' à
l'intersection de AB avec s( ') . On peut construire de la même manière
( 1 ) Cette construction montre que, si B tombe sur s, B' coïncide avec B ; c'est-
à-dire que tout point des est à lui-même son correspondant.
HOMOLOGIE . II
autant de couples de points correspondants que l'on veut ; et pour tra-
cer la droite r' , qui correspond à une droite donnée r, il suffit de trou-
Fig. 4 .
0
j J j
A
B
r
'
i I' i
'
S S
B'
γι
A'
ver le point B' , correspondant à un point B der, et de joindre B' au
point rs.
Pour trouver le point I' correspondant au point à l'infini I d'une droite
donnée, d'un rayon issu de O, par exemple, on répétera la construction
donnée ci-dessus pour le point B' ; c'est-à-dire que I' sera le point com-
mun au rayon donné OI et à la droite qui joint A' au point d'intersec-
tion des avec la droite AI (ou la parallèle à OI, menée par A) .
Tous les points analogues à I' ( correspondant aux points à l'infini de
la figure donnée ) tombent sur une droite i' , parallèle à s ; i' est la droite
limite de la seconde figure .
Si dans la construction précédente on change, l'un dans l'autre, les
points A, A' , on obtiendra un point J de la droite limite j de la première
figure.
Supposons qu'au lieu de deux points correspondants A, A' (fig. 5) on
Fig. 5 .
S
0
A
b A'
b
'
a
a'
S
donne deux droites correspondantes a, a' (qui se coupent sur s) . Tout
rayon mené par O les coupera en deux points correspondants. Pour
12 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
obtenir la droite b', qui correspond à une droite b de la première figure,
il suffitde joindre le point bs au point d'intersection de a' et du rayon qui
passe par O et par ab ( ' ) .
Les données du problème peuvent être ( fig. 6 ) le centre O, l'axe s,
Fig. 6 .
S
j
a'
* a
A
S
P
A
et la droite limitej de la première figure. Alors, si une droite a de la
première figure coupe jen Jetsen P, la droite correspondante a' pas-
sera par Pet sera parallèle à OJ .
Pour trouver le point A' correspondant à un point donné A, il faut
tracer la droite a', correspondant à une droite a, menée arbitrairement
par A; on prendra ensuite l'intersection de a' avec OA .
Adoptons la construction que nous venons de donner des figures ho-
mologiques , et soient encore O le centre, s l'axe d'homologie et jla
droite limite de la première figure.
Soit donné un cercle dans la première figure (fig. 7, 8 et 9 ) ; à ce
cercle correspond, dans la seconde figure, une courbe C' que nous pou-
vons construire en déterminant, par la méthode ci-dessus, les points et
les droites qui correspondent aux points et aux tangentes de C.
Deux points correspondants M, M' des deux courbes seront toujours
en ligne droite avec 0 ; et deux cordes correspondantes ( c'est-à-dire les
droites MN, M'N', qui joignent deux couples de points correspondants )
se couperont toujours sur s; et, comme cas particulier ( 2 ) , deux tangentes
m, m' correspondantes ( tangentes en deux points correspondants M, M')
iront concourir en un point de s .
Il résulte clairement de là que la courbe C' jouit, comme le cercle, des
deux propriétés suivantes : 1º toute droite de son plan la coupe en deux
(¹ ) D'où il suit que, si a passe par 0, a' coïncide avec a , c'est-à-dire toute
droite passant par O est à elle-même sa correspondante.
(*) La tangente en Mest considérée comme la droite qui passe par M et par
le point infiniment voisin de la courbe. Baltzer, Planimétrie, p . 41 .
HOMOLOGIE . 13
points, ou lui est tangente en un point, ou n'a aucun point commun
avec elle ; 2 ° par un point quelconque du plan on peut mener deux tan-
gentes à la courbe, ou une seule ( si le point est sur la courbe), ou au-
cune .
Comme deux figures homologiques peuvent être considérées comme
provenant de la superposition de deux plans perspectifs ( n° 17 ), la courbe
C' n'est pas autre chose que la section faite dans un cône oblique , à base
circulaire, par un plan quelconque. Ce cône est formé par les droites
qui, d'un point quelconque de l'espace, projettent les points d'un cercle.
C'est pour cela que la courbe C' est nommée section conique ou simple-
ment conique; donc la courbe homologique à un cercle est une conique.
Les points de la droitej correspondent aux points à l'infini de la se-
conde figure. Or le cercle C peut couperj en deux points J , J, ou toucher
jen un point J, ou n'avoir avecj aucun point commun.
Dans le premier cas (fig. 7), la courbe C' aura deux points J' , J'₂ , à
Fig. 7.
M'
S S
0
N
N'
J J2 j
j
distance infinie, situés sur la direction des droites OJ , OJ₂ . Aux deux
droites, qui sont tangentes au cercle en J, et en J₂, correspondront deux
droites ( respectivement parallèles à OJ , OJ₂ ) qu'il faut considérer comme
tangentes à la courbe C' en ses points à l'infini J'₁, J',. Ces deux tangentes ,
dont les points de contact sont à l'infini, sont appelées asymptotes de la
courbe C', à laquelle on donne le nom d'hyperbole.
Dans le second cas (fig. 8 ), la courbe C' a un seul point J' à l'infini ; il
doit être considéré comme le point de contact de la droite à l'infinij' , qui
est la tangente à C', correspondant à la tangente jau cercle en J. Cette
courbe C' se nomme parabole.
14 GEOMETRIE PROJECTIVE .
Dans le troisième cas (fig. 9 ) , la courbe C' n'a plus aucun point à l'in-
fini et est nommée ellipse.
Fig. 8.
m'
m M
A'
On démontre de la même manière que, si dans la première figure une
Fig. 9.
m'
S S
A'
conique C est donnée, la courbe correspondante C' , dans l'autre figure,
sera aussi une conique .
HOMOLOGIE . 15
Le centre d'homologie est un point qui se correspond à lui-même, et
tout rayon passant par ce centre est à lui-même son correspondant.
Donc, si une courbe C passe par O (fig. 10 ), la courbe correspondante C'
passera aussi par O, et les deux courbes auront la même tangente en ce
point .
Fig. 10 .
0
'
A
A
De même, tout point de l'axe d'homologie est à lui-même son corres-
pondant ; donc, si une courbe de la première figure touches en un point,
la courbe correspondante de la seconde figure sera aussi tangente à sen
ce même point, etc.
Remarquons deux cas particuliers :
1º L'axe s d'homologie peut être tout entier à l'infini ; alors deux droites
correspondantes sont toujours parallèles, ou, ce qui revient au même,
deux angles correspondants sont toujours égaux . Dans ce cas, on dit que
les deux figures sont semblables et semblablement placées, ou encore ho-
mothétiques, et que le point O est le centre de similitude ou centre d'ho-
mothétie. Dans deux figures homothétiques, un cercle correspond tou-
jours à un cercle.
2º Le point O, au contraire, peut être à distance infinie; alors les droites
qui joignent des couples de points correspondants sont parallèles à une
direction fixe. Dans ce cas, les figures sont dites homologiques par affi-
nité ( ' ), et la droite s axe d'affinité. A un point à l'infini correspond un
point à l'infini , et la droite à l'infini se correspond à elle-même. Il résulte de
là qu'à une ellipse correspond une ellipse, à une hyperbole une hyperbole,
à une parabole une parabole, à un parallélogramme un parallélogramme .
(1) BALTZER, Stéréom., p. 79 .
16 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
§ IV. - FIGURES HOMOLOGIQUES A TROIS DIMENSIONS .
19. Supposons maintenant que l'on ait une figure composée de points,
plans et droites , placés d'une manière quelconque dans l'espace , à trois
dimensions ; on en fait la perspective-relief ( ce problème peut se présen-
ter dans la construction des bas-reliefs et des décorations théatrales ) de
la manière suivante. On prend un point O de l'espace , comme centre de
perspective ou d'homologie ; un plan d'homologie, dont chaque point
devra être l'image de lui-même et, en outre, un point A' , qui sera l'image
d'un point donné A de la figure objective , de manière que AA'passe par O.
Alors, soit B un autre point quelconque ; pour obtenir son image B', me-
nons le plan OAB, et opérons dans ce plan comme s'il s'agissait de con-
struire deux figures homologiques , dont O serait le centre , la droite , com-
mune aux plans OAB et l'axe, et A, A' deux points correspondants . Le
point B' sera l'intersection de OB avec la droite passant par A' , et par
l'intersection du plan π et de la droite AB ( nº 18 ) .
Soit C un troisième point ; son image C' sera l'intersection de OC par
A'D ou par B'E , où D , E sont les points de rencontre du plan π avec AC,
BC. Le point C'est le même dans les deux cas ; en effet, les couples de
droites OA' et CE , OB' et CD , A'B' et DE concourent en trois points A ,
B , J d'une droite : donc ( nº 15 ) les droites OC , A'E , B'D auront un
point commun C'.
Ce procédé donnera , pour chaque point de la figure donnée , le point
correspondant de l'image , et deux points correspondants seront tou-
jours alignés sur le point fixe O. Tout plan σ, mené par O , coupe les
deux figures solides ( la figure donnée et son image ) , suivant deux fi-
gures homologiques , pour lesquelles O est le centre , et la droite σ l'axe
d'homologie . Il résulte de là qu'à toute droite de la figure donnée corres-
pond une droite dans l'image , et que deux droites correspondantes sont
toujours dans un plan passant par O et se rencontrent en un point du
plan л.
Je dis de plus qu'à tout plan a appartenant à la figure donnée , et ne
passant pas par O, correspondra aussi un plan dans l'image . En effet , aux
droites a, b , c,... du plan a correspondent autant de droites a' , b', c' , ... ;
et aux points ab, ac,. bc les points a'b' , a' , c ' , . . . , b'c' , ………. En d'au-
tres termes , les droites a' , b' , c' , ... sont telles qu'elles se coupent deux à
deux , sans avoir cependant un point commun à toutes ; donc elles
sont dans un même plan a' ( ' ) .
(¹) En effet, comme c' coupe a' et b' sans passer par le point a'b' , c' a deux
points communs avec le plan a'b' : donc c'est tout entière dans le plan a'b',……….
FORMES GÉOMÉTRIQUES . רי
Deux plans correspondants a, a' se coupent sur le plan . En effet, tous
les points et toutes les droites de ce plan se correspondent à eux-mêmes ;
donc la droite a' coïncide avec la droite π.
Les deux plans «, a' constituent évidemment deux figures perspectives
( comme les plans σ , σ' des n° 9 et 11 ) .
Il existe dans tout plan , passant par O, une droite limite i ', qui est
l'image de la droite à l'infini du même plan. Les droites limites de deux
plans c,, C2 ont un point commun , qui est l'image du point à l'infini de la
droite ,. Les droites limites de tous les plans sont donc telles qu'elles
se coupent deux à deux et comme elles ne passent pas toutes par un
même point ( parce que les plans par O ne passent pas tous par une même
droite ) , elles doivent se trouver toutes dans un même plan q' .
Ce plan ' , qu'on peut appeler plan de fuite ou plan limite, est parallèle
au plan π, car toutes les droites limites des plans sont parallèles au
même plan .
Le plan limite ' est donc le lieu des droites correspondant aux droites
à l'infini de tous les plans de l'espace , et, par suite , aussi le lieu des points
à l'infini de toutes les droites de l'espace en effet , la droite à l'infini
d'un plan quelconque z n'est autre chose que la droite à l'infini du plan
parallèle à « et passant par O ; de même aussi le point à l'infini d'une
droite quelconque a coïncide avec le point à l'infini de la droite parallèle
à a, menée par O.
20. Les points à l'infini de tout l'espace à trois dimensions sont donc
tels que leurs images sont les points d'un seul et même plan g' (le plan
de fuite) . Il est donc naturel de considérer tous les points à l'infini de
l'espace comme situés dans un même plan & ( le plan à l'infini ) , qui a
pour image le plan ' (').
La notion du plan à l'infini Ф étant admise , le point à l'infini d'une droite
quelconque a n'est autre que le point aq , et la droite à l'infini d'un plan
quelconque a n'est autre que la droite . Deux droites sont parallèles si
elles se coupent en un point du plan ; deux plans sont parallèles si leur
droite d'intersection est dans le plan , etc.
SV. FORMES GÉOMÉTRIQUES .
21. Nommons :
Droite ponctuelle ou ponctuelle une figure A, B, C ,... for-
mée de points alignés sur une droite : telle est , par exemple ,
la figure qui résulte des opérations des nºs 5 et 7 ;
( ' ) BALTZER, Stéréom., p . 81 .
I. 2
18 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Faisceau de plans une figure α, β, γ, ... formée de plans
passant tous par une même droite ( axe du faisceau ) : telle est
la figure qui résulte des opérations nºs 4 et 6 ;
Faisceau de rayons une figure a, b, c, ... formée de droites
situées dans un même plan et issues d'un point fixe ( centre
du faisceau) : telle serait la figure que l'on obtiendrait en ap-
pliquant l'opération du nº 2 à une ponctuelle ou celle du nº 3
à un faisceau de plans ;
Système plan ( plan ponctuel ou plan réglé ) une figure for-
mée de points et de droites situés dans un même plan : telle
est la figure qui résulte de l'opération du n° 3 ;
Gerbe une figure composée de droites et de plans qui pas-
sent par un point fixe ( centre de la gerbe), comme celle qui
résulte de l'opération du n° 2.
22. Les trois premières figures peuvent se déduire l'une de
l'autre par une projection ou une section . En effet ( ' ) :
D'une ponctuelle A , B, C, ... on tire un faisceau de plans
s ( A, B, C, ... ), en la projetant d'un axes ( n° 4 ) ; on en tire, au
contraire, un faisceau de rayons O ( A, B, C, ... ) en la proje-
tant d'un centre O ( n° 2 ).
D'un faisceau de plans α, β, γ, ... on tire la ponctuelle
δ( α, β , γ, ... ), en coupant le faisceau par une transversale s
( n° 5 ) ; on trouve , au contraire , un faisceau de rayons
σ( α, β , γ, ...) , en coupant le faisceau donné par un plan trans-
versal σ ( nº 3 ) .
D'un faisceau de rayons a, b , c, ... on déduit la ponctuelle
σ( a, b, c, ... ) , en le coupant par un plan transversal ( nº 3 ) ;
on obtient, au contraire, un faisceau de plans O ( a, b, c, ... ),
en projetant le faisceau donné d'un centre O ( n° 2 ) .
23. De la même manière, les deux dernières figures du
n° 21 se déduisent l'une de l'autre , au moyen d'une des opéra-
( 1 ) Nous désignons par s ( A, B, C, ... ) la série des plans sA , SB, SC , ... ; par
O ( A, B, C, ... ) la série des rayons OA, OB, OC, ... ; par s ( α, β, γ, ... ) la série
des points sa, sß, sy, ... ; par σ ( α, β, γ, ...) la série des droites σα, σβ, σγ, ....
Nous nous servirons indifféremment des symboles A, B, C, ... , ABC ... pour
désigner les séries de points A, B, C, ...
FORMES GÉOMÉTRIQUES . 19
tions ( nos 2 , 3 ) ; en effet, si l'on projette, d'un centre O, un
plan ponctuel ou réglé, on obtient une gerbe ; et, réciproque
ment, si l'on coupe une gerbe par un plan transversal, on ob-
tient un plan ponctuel ou réglé. Deux figures planes projec-
tives ( n° 9 ) sont deux sections d'une même gerbe .
24. Les éléments de la ponctuelle sont les points ; ceux du
faisceau de plans, les plans ; ceux du faisceau de rayons, les
droites ou rayons .
Dans le système plan, on peut considérer comme éléments
les points aussi bien que les droites. En considérant les points
comme éléments , les droites du plan ponctuel sont autant de
ponctuelles ; si, au contraire , on considère les droites (rayons)
comme éléments, les points du plan réglé sont les centres
d'autant de faisceaux de rayons .
Le plan ponctuel ( où les éléments sont les points) contient
donc une infinité de ponctuelles (1 ), et le plan réglé (dont les
éléments sont les rayons) contient une infinité de rayons (¹ ) .
Dans la gerbe on peut considérer comme éléments les plans
aussi bien que les droites ou rayons . En prenant comme élé-
ments les plans, les droites de la gerbe sont les axes d'autant
de faisceaux de plans ; au contraire , si l'on considère les
droites comme éléments, les plans de la gerbe sont autant de
faisceaux de rayons .
La gerbe contient donc une infinité de faisceaux de plans
ou une infinité de faisceaux de rayons , suivant que l'on con-
sidère comme éléments les plans ou les droites .
25. L'espace à trois dimensions (qu'il soit étendu à l'infini ,
ou que ce soit une portion limitée de l'espace infini ) peut
aussi être considéré comme une figure géométrique, dont les
éléments sont les points ou les plans .
En prenant les points comme éléments , les droites de
l'espace sont autant de ponctuelles et les plans de l'espace
(1 ) Une d'elles a tous ses points à distance infinie, chacune des autres a un
seul point à l'infini ( nos 10 et 11).
(*) La droite à l'infini appartient à une infinité de faisceaux de rayons, dont ,
chacun a son centre à l'infini et a tous ses rayons parallèles, par conséquent..
2.
20 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
autant de plans ponctuels. Au contraire, si l'on considère les
plans comme éléments, les droites de l'espace sont les axes
d'autant de faisceaux de plans et les points de l'espace sont
les centres d'autant de gerbes . L'espace renferme donc une
infinité de plans ponctuels ( 1 ) ou une infinité de gerbes ( 2 ) ,
suivant que l'on prend comme éléments pour le construire le
point ou le plan .
26. Les trois premières figures, c'est-à-dire la ponctuelle,
le faisceau de plans et le faisceau de rayons, qui jouissent de
la propriété de pouvoir se déduire l'une de l'autre au moyen
d'une des opérations ( nºs 2, 3, ... ), sont réunies sous une
même dénomination, celle de formes géométriques fonda-
mentales de première espèce .
La quatrième figure et la cinquième, c'est-à-dire le plan
ponctuel ou réglé et la gerbe, qui se déduisent également
l'une de l'autre au moyen d'une des opérations ( nos 2, 3 ) el
qui ont, en outre, la propriété de renfermer en elles une in-
finité de formes fondamentales de première espèce, sont appe-
lées formes géométriques fondamentales de deuxième espèce .
L'espace qui renferme en soi une infinité de formes de
deuxième espèce est considéré commeforme fondamentale
de troisième espèce .
Il y a donc six formes géométriques fondamentales, trois
de première espèce, deux de deuxième et une de troisième
espèce.
§ VI. PRINCIPE DE DUALITÉ .
27. La Géométrie, en général, étudie la génération et les
propriétés des figures contenues : 1º dans l'espace à trois
dimensions ; 2º dans un plan ; 3º dans une gerbe. Dans les
trois cas, la figure considérée n'est autre chose qu'un com-
plexe d'éléments, ou, ce qui revient au même, le complexe
des positions successives occupées par un élément mobile ou
variable . L'élément mobile qui engendre les figures peut être
(¹) Un d'eux est tout entier à distance infinie.
(*) Parmi lesquelles il y en a une infinité qui ont leur centre à distance in-
finie et dont, par conséquent, les rayons sont parallèles .
PRINCIPE DE DUALITÉ . 21
dans le premier cas le point ou le plan, dans le deuxième le
point ou la droite, dans le troisième le plan ou la droite. Il y
a donc toujours deux modes corrélatifs ou réciproques de
génération des figures et de déduction de leurs propriétés, et
c'est en cela que consiste la dualité géométrique qui est la
coexistence deux à deux des figures ( et par suite de leurs
propriétés ), deux figures coexistantes ( corrélatives ou réci-
proques ) ayant la même genèse et ne différant entre elles que
par la nature de l'élément générateur.
Dans la Géométrie de l'espace à trois dimensions, la ponc-
tuelle et le faisceau de plans, le plan ponctuel et la gerbe
considérés comme formés de plans, le plan réglé et la gerbe
considérés comme formés de rayons, sont des formes corré-
latives. Le faisceau de rayons est une forme corrélative à elle-
même .
Dans la Géométrie du plan, la ponctuelle et le faisceau de
rayons sont des formes corrélatives .
Dans la Géométrie de la gerbe, le faisceau de plans et le
faisceau de rayons sont des formes corrélatives .
La Géométrie du plan et la Géométrie de la gerbe, considérées
dans l'espace à trois dimensions, sont corrélatives entre elles .
28. Voici quelques exemples de propositions corrélatives
de la Géométrie de l'espace . Deux propositions corrélatives se
déduisent l'une de l'autre par le remplacement des éléments
point et plan .
1º Deux points A, B déterminent Deux plans a , ẞ déterminent une
une droite ( la droite AB, qui passe droite ( la droite aß, intersection des
par les points donnés ) qui contient plans donnés ) par laquelle passent
une infinité d'autres points. une infinité d'autres plans .
2º Une droite a et un point B, Une droite a et un plan ẞ , ne pas-
non situé sur la droite, déterminent sant pas par la droite, déterminent
unplan , le plana B qui joint la droite un point, le point aß où la droite
au point . coupe le plan.
3º Trois points A, B, C, non si- Trois plans α, β, γ, qui ne passent
tués en ligne droite, déterminent pas par une même droite, déter-
un plan : le plan ABC qui passe par minent un point : le point αβγ, οὐ
les trois points . les trois plans se coupent .
4º Deux droites qui ont un point Deux droites tracées dans un
commun sont dans un même plan. même plan ont un point commun .
22 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
5º Étant donnés quatre points Étant donnés quatre plans , B,
A, B , C , D , si les droites AB , CD 7, d, si les droites aß, yo se coupent,
se coupent, les quatre points sont les quatre plans concourent en un
dans un même plan ; par suite, les même point ; par suite, les droites
droites BC et AD, CA et BD, se fy et ad, ya et fo se coupent aussi .
coupent aussi .
6º Si autant de droites que l'on Si autant de droites que l'on
veut se coupent deux à deux , et ne veut se coupent deux à deux , et
passent pas toutes par un même ne sont pas toutes dans un même
point, elles sont toutes dans un plan, elles passent toutes par un
même plan (droites d'un plan ré- même point (droites d'une gerbe) (2) .
glé)( ' ).
7º Le problème suivant : « Par un point A, donné dans un plan z ,
tracer dans ce plan une droite qui coupe une droite donnée r ( qui ne se
trouve pas dans « et ne passe pas par A » , admet deux solutions corré-
latives :
On joint le point A au point rz. On construit l'intersection du plan
« et du plan rA.
8° PROBLÈME. - Par un point PROBLÈME. — Dans un plan donné
donné A, mener une droite qui z, tracer une droite qui coupe deux
coupe deux droites données b, c droites données b, c ( qui n'ont pas
( non situées dans un même plan et un point commun, et ne sont pas si-
ne passant pas par A ) . tuées dans le plan x) .
Solution. On construit l'inter- Solution. - On joint le point ab
section des plans Ab , Ac. au point ac .
29. Dans la Géométrie à trois dimensions , la figure corrélative d'un
triangle ( système de trois points ) est un trièdre ( système de trois plans ) :
le sommet , les faces , les arêtes du trièdre sont corrélatifs au plan , aux
sommets , aux côtés du triangle ; d'où il suit que le théorème corrélatif à
celui du nº 15 sera celui -ci :
Si deux trièdres 'B'y' , a" "y" jouissent de la propriété que les arêtes
B'y' et ß"y ", et y'a' et y" a" , a'ß' et " B" se trouvent dans trois plans
Po, Yo, qui passent par une même droite , les droites a'a", 'ß", y'y"
sont situées dans un même plan.
La démonstration est la même qu'au nº 15 , en changeant entre eux les
éléments point et plan . Par exemple , si les deux trièdres ont des som-
(¹) Voir la note du n° 19.
(2) Soient, en effet, les droites a, b, c ...; comme ab, ac, le sont trois plans
distincts, leur point commun est le point de concours des droites a , b, c, ....
PRINCIPE DE DUALITÉ . 23
mets différents S' , S", les points où se coupent les couples d'arêtes sont
les sommets d'un triangle dont les côtés sont α'α", β'β", γ'γ" ; ces der-
nières droites sont donc dans un même plan (celui du triangle ) .
De même aussi , dans le cas où les deux trièdres ont le même sommet S,
la démonstration sera corrélative à celle du cas analogue de deux triangles
A'B'C', A" B" C" ( situées dans un même plan) du nº 15. Le théorème peut
aussi s'établir en projetant d'un point S la figure qui exprime le théorème
du nº 14 .
L'élève studieux peut se proposer, comme exercice, la démonstration
du théorème corrélatif à celui du nº 14, qui peut s'énoncer ainsi :
Si deux trièdres α'β' γ', α" β" γ" sont tels que les droites α'α", β'β", γ'ν"
sont dans un même plan, les couples de côtés β'γ' et β"γ", γ'a' et y" a",
α'β' et a"ẞ" déterminent trois plans qui passent par une même droite.
30. Dans la Géométrie plane, deux figures ou deux propo-
sitions corrélatives se déduisent l'une de l'autre par l'échange
des éléments point et droite. En voici quelques exemples ( ' ) :
1º Deux points A, B déterminent Deux droites a, b déterminent un
une droite, la droite AB. point, le point ab .
2 ° Quatre points A , B, C, D(fig. 11 ) , Quatre droites a, b , c, d (fig. 12),
Fig. 11 . Fig. 12 .
A
F B a
D g
C 1
C d
G f
dont trois ne sont pas sur une ligne dont trois quelconques ne concou-
droite, constituent une figure, que rent pas en un même point, consti-
l'on nomme quadrangle complet. tuent une figure que l'on nomme
On appelle sommets du quadrangle quadrilatère complet. Les quatre
les quatre points ci - dessus , et droites sont appelées côtés du qua-
côtés du même quadrangle les six drilatère complet , et ses sommets
droites qui les joignent deux à deux. | sont les six points où les côtés se
(¹) Il est bien entendu que les points et les droites dont il s'agira se trou-
vent dans un même plan .
24 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Deux côtés qui ne passent pas par coupent deux à deux. Deux sommets
un même sommet sont dits oppo- qui ne se trouvent pas sur un même
sés; il y a donc trois couples de côté sont dits opposés. Il y a donc
côtés opposés, BC et AD, CA et BD, trois couples de sommets opposés,
AB et CD. Les points E, F, G, où bc et ad, ca et bd, ab et cd. Les
concourent les côtés opposés, sont droites e, f, g, qui joignent les som-
nommés points diagonaux ; et le mets opposés , sont les droites diago-
triangle EFG est nommé triangle nales; et le triangle efg est nommé
diagonal du quadrangle complet. triangle diagonal du quadrilatère
complet.
Le quadrangle complet comprend Le quadrilatère completcomprend
trois quadrangles ou quadrilatères trois quadrilatères ou quadrangles
simples ACBD,ABCD,ABDC (fig. 13) . simples acbd, abcd, abdc (fig. 14 ) .
Fig. 13 . Fig. 14 .
A
a C
d
A
B b
a
D
A C
C
d
a
A
2
B
C
D b b
C
D
C
3º En général :
Un polygone ( n - gone ) complet Un multilatère ( n- latère ) com-
est le système de n points ou som- plet est le système de n droites ou
n( n- 1 ) n ( n - 1)
mets, considérés avec les 2
côtés, considérés avec les 2
droites ou côtés qui les joignent points ou sommets où ils se coupent
deux à deux. deux à deux.
4º Les théorèmes du nº 14 et du nº 15, où les deux triangles sont sup-
posés situés dans un même plan, sont corrélatifs entre eux.
5º Si deux quadrangles complets Si deux quadrilatères complets
ABCD , A'B'C'D' jouissent de la abcd, a'b'c'd' jouissent de la pro-
propriété que les côtés AB et A'B', priété que les couples de sommets
BC et B'C', CA et C'A', AD et A'D', ab et a'b', bc et b'c' , ca et c'a' ,
BD et B'D', se coupent en cinq ad et a'd' , bd et b'd' se trouvent
points d'une droites, les deux cô- sur cinq droites concourant en
PRINCIPE DE DUALITÉ . 25
tés restants CD et C'D' se coupe- un point S, les deux sommets res-
ront aussi sur S (fig. 15 ) . tants cdet c'd' seront aussi alignés
sur S (fig. 16 ).
Fig. 15. Fig. 16.
B
d d
b с $
S
C'
En effet , en vertu de l'hypothèse En effet, en vertu de l'hypothèse
( nº 13 ) , les triangles ABC , A'B'C' (nº 12) , les triangles abc , a' b'c ' sont
sont perspectifs; par suite, les droites perspectifs ; donc les points ad',
AA', BB', CC' concourent en un bb' , cc' sont sur une même droite S.
même point S. Demême les triangles De même les triangles abd, a'b'd'
ABD , A'B'D' sont perspectifs ; donc sont perspectifs ; donc le point dd'
DD' passe aussi par S, point com- est sur la droite S, qui passe par
mun à AA', BB' . De là résulte que les points aa' , bb' . De là résulte
les triangles BCD, B'C' D' sont aussi que les triangles bcd, b'c'd' sont
perspectifs ; done CD et C'D' se aussi perspectifs ; donc cd et cd'
coupent en un point de la droite S , sont en ligne droite avec le point S ,
déterminée par le point commun à déterminé par la droite ( be) ( b' c'),
BC et à B'C', et par le point com- et par la droite ( bd) ( b'd' ) ; ce qu'il
mun à BD et à B'D' ; ce qu'il fallait fallait démontrer.
démontrer ( ').
31. Dans la Géométrie de l'espace, un angle polyèdre complet à n faces ,
c'est-à-dire la figure composée de n plans ( faces ) , concourant en un
n (n − 1 )
même point ( sommet de l'angle polyèdre ) , considérés avec les 2
(¹) Ces deux théorèmes sont donnés ici comme exemples pour la Géométrie
plane, mais dans le cas où les deux quadrangles ou quadrilatères sont dans des
plans différents, les démonstrations sont encore les mêmes mot à mot.
26 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
droites (arêtes) , suivant lesquelles les plans se coupent deux à deux, est
corrélatif à un polygone ( plan ) complet de n sommets . Et un angle mul-
tarête complet, à n arêtes , c'est- à - dire la figure composée de n droites
issues d'un même point ( sommet de l'angle multarête ) , considérées avec
les n (n - 1 ) plans ( faces) , déterminés par les droites, prises deux à deux ,
2
est corrélatif à un multilatère ( plan ) complet de n côtés .
Par exemple , les théorèmes suivants sont corrélatifs , dans la Géométrie
à trois dimensions, aux deux théorèmes qui précèdent ( nº 30 , 5º) , qui
sont corrélatifs entre eux dans la Géométrie plane.
Si deux angles tétraèdres com- Si deux angles quadrarêtes com-
plets ( de même sommet ou non ) plets ( de même sommet ou non )
afyd, a' f'y'd', jouissent de la pro- abcd, a' b'c'd' , jouissent de la pro-
priété que cinq couples d'arêtes priété que cinq couples de faces
correspondantes se trouvent dans correspondantes se coupent suivant
cinq plans passant par une droite s, cinq droites situées dans un plan σ,
le sixième couple d'arêtes sera aussi ladroite commune au sixième couple
dans un plan passant par s . de faces sera aussi dans le plan ʊ .
Nous laisserons à l'élève studieux le soin de trouver les démonstrations
de ces théorèmes , qui ne diffèrent, du reste, de celles du théorème 5º
que par le changement des éléments point et plan ; et , de même que les
théorèmes 5° sont une conséquence des théorèmes nos 12 et 13, de même
les théorèmes actuels se fondent sur ceux du n° 29.
Si les deux angles tétraèdres ont un même sommet O, le théorème de
gauche peut aussi s'établir, en projetant du point O ( n° 2 ) la figure qui
exprime le théorème 5º de droite . Dans la même hypothèse on tire , par
le même procédé , le théorème actuel de droite du théorème 5º de gauche.
32. Dans la géométrie de la gerbe , deux propositions ou deux figures
corrélatives se déduisent l'une de l'autre par l'échange des éléments
plan et droite. De même que la géométrie de la gerbe est corrélative à
celle du plan, par rapport à l'espace à trois dimensions , de même l'une
des géométries se déduit de l'autre, par l'échange des éléments point et
plan. La géométrie de la gerbe peut aussi se déduire de celle du plan , en
faisant la projection à partir d'un centre ( nº 2 ) .
De la géométrie de la gerbe on déduit celle des figures sphériques, en
coupant la gerbe par une sphère passant par le centre de la gerbe .
FORMES PROJECTIVES . 27
§ VII . FORMES PROJECTIVES .
33. Au moyen de la projection, à partir d'un centre, on
déduit un faisceau de rayons d'une ponctuelle, un faisceau
de plans d'un faisceau de rayons , une gerbe d'un plan ( ponc-
tuel ou réglé ) . Réciproquement, au moyen d'une section par
un plan transversal, on revient du faisceau de rayons à la ponc-
tuelle, du faisceau de plans au faisceau de rayons , de la gerbe
au plan. Les deux opérations, projeter d'un centre, couper
par un plan transversal , peuvent donc être regardées comme
complémentaires; et nous dirons que, si une forme est dé-
duite d'une autre par une de ces opérations, on peut récipro-
quement, par l'opération complémentaire, déduire la seconde
forme de la première.
Supposons maintenant que d'une forme f on déduise par
une opération ( projection ou section) une formef., que de f
on déduise fs par une autre opération, qu'une troisième opé-
ration tire f de fs ; et ainsi de suite jusqu'à ce que n - 1 opé-
rations aient donné une forme fr. Vice versa, nous pourrons
revenir de f à f. au moyen d'une autre série de n - 1 opéra-
tions qui, suivant l'ordre, seront complémentaires de la der-
nière , de la pénultième, de l'antépénultième, ... des opéra-
tions qui ont servi à passer de f à f . La série des opérations
qui conduisent de fi àfn, et celle des opérations qui ramènent
de f à fi peuvent être appelées complémentaires, et les opé-
rations d'une des séries sont respectivement complémentaires
de celles de l'autre, prises en sens inverse .
Dans ce qui précède, on suppose les formes géométriques
dans l'espace à trois dimensions ( n° 25 ). Si nous voulions
nous en tenir à la Géométrie plane, les opérations complé-
mentaires se réduiraient à projeter d'un centre et à couper
par une droite transversale. Dans la géométrie de la gerbe,
couper par un plan et projeter d'un axe sont les opérations
complémentaires .
34. Deux formes fondamentales de la même espèce sont
dites projectives quand l'une peut se déduire de l'autre
28 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
moyennant un nombre fini quelconque de projections et de
sections ( nos 2, 3, ... , 7) . Par exemple, si l'on a une ponc-
tuelle u, et si on la projette d'un centre O , on obtient un fais-
ceau de rayons ; que l'on projette celui-ci d'un autre centre O' ,
de manière qu'il en résulte un faisceau de plans ayant 00'
pour axe , que l'on coupe ce faisceau par une droite u₂, que
l'on projette la ponctuelle u₂ d'un axe et que l'on coupe le
faisceau de plans qui en résulte par un plan, ce qui donnera
un faisceau de rayons, etc., deux quelconques des formes
géométriques de première espèce ainsi obtenues sont pro-
jectives par définition .
Quand on dit qu'une forme A, B, C, D , ... est projective à
une autre forme A' , B' , C' , D', ... , on veut entendre que,
moyennant une même série d'opérations (projections ou sec-
tions ) , A' provient de A, B' de B, C' de C, etc.
Les éléments A et A', Bet B', C et C', ... sont appelés
correspondants.
35. D'après ce qui précède, il est facile de voir que deux
formes projectives à une troisième sont projectives entre
elles . En effet, en faisant d'abord les opérations qui servent à
passer de la première à la troisième forme, puis celles par
lesquelles on passe de la troisième à la deuxième, on aura
effectué le passage de la première à la deuxième forme.
36. On appelle perspectives ou perspectifs :
Deux ponctuelles (fig. 17 ), si elles sont des sections d'un
même faisceau de rayons ( voir n° 9 ) ;
Fig. 17 .
S
D
C
B
A
A' B' C' D'
Deux faisceaux de rayons ( fig. 18 ), s'ils projettent une
FORMES PROJECTIVES . 29
même ponctuelle de deux centres différents, ou s'ils sont
des sections d'un même faisceau de plans ( ' ) ;
Fig. 18.
a C
b
a' C
'
b
' d'
S S
Deux faisceaux de plans, s'ils projettent un mème faisceau
de rayons de deux centres différents ;
Une ponctuelle et un faisceau de rayons ou un faisceau de
rayons et un faisceau de plans, si la première forme est une
section de la seconde ;
Deux plans, s'ils sont des sections d'une même gerbe ;
Deux gerbes, si elles projettent un même plan de deux
centres différents ;
Un plan et une gerbe, si le plan est une section de la gerbe .
De la définition du nº 34 il résulte immédiatement que deux
formes perspectives sont aussi projectives ; mais deux formes
projectives ne sont généralement pas placées en position per-
spective .
37. Deux formes géométriques de première espèce com-
(¹) Si l'on projette une ponctuelle u = ABC... de deux centres différents Oet O' ,
non situés dans un mème plan avec la ponctuelle, on obtient deux faisceaux
(perspectifs) de rayons qui sont, en outre, des sections faites par les plans trans-
versaux Ou, Ou' dans un même faisceau de plans ayant pour axe la droite OO' et
composédes plans OO'A, O O'B, OO′C, .... C'est là le cas général de deux fais-
ceaux perspectifs de rayons : ils n'ont pas le même centre et sont dans des plans
différents ; et, en même temps, ils projettent une même ponctuelle et sont sec
tions d'un mème faisceau de plans. Il se présente deux cas particuliers : 1 ° Si
l'on projette la ponctuelle u de deux centres O et O' situés dans un même plan
avee u, alors les deux faisceaux de rayons sont dans un même plan et, par suite,
ne sont plus des sections d'un faisceau de plans ; 20 si un faisceau de plans est
coupé par deux plans transversaux passant par un même point O de l'axe, on
obtient deux faisceaux de rayons qui ont le même centre O et ne projettent
plus, par suite, une même ponctuelle.
30 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
posées chacune de trois éléments sont toujours projectives .
Pour démontrer cette assertion , j'observe avant tout qu'il
suffit de considérer le cas de deux ponctuelles ABC, A'B'C' ;
car, si une des formes proposées est un faisceau , on peut lui
substituer une de ses sections par une transversale .
Si les deux droites ABC, A'B'C' ne sont pas dans un même
plan, menons les droites AA' , BB' , CC' et coupons- les par une
transversales ( ¹ ) . Alors les deux formes données ne seront
autre chose que deux sections du faisceau de plans s AA' ,
sBB' , s CC' .
Si les deux droites sont dans un même plan (fig. 19), pre-
Fig . 19.
S
B C"
B"
4"
B'
C'
S'
nons sur la droite AA' deux points S , S' , et soient B" l'inter-
section de SB et de S'B' ; C" l'intersection de SC avec S'C' ;
A" l'intersection de SS' avec B" C" . Alors A" B" C" sera une
projection de ABC aussi bien que de A'B'C' vues respective-
ment des centres S , S'.
Fig. 20 .
B'
Dans le cas où les points A et A' coïncident ( fig. 20 ) , les deux
( ¹) Pour cela il suffit de mener par un point quelconque de AA ' une droite
qui rencontre BB' et CC' . (Voir le problème 8º au nº 28. )
FORMES PROJECTIVES . 31
formes données sont directement perspectives ; le centre de
projection est le point commun à BB' , CC' .
Enfin , si les deux ternes de points ABC , A'B'C' (fig. 21 )
Fig. 21 .
S
BBC C'
sont sur une même droite , il suffirait de projeter l'un des
ternes A'B'C' sur une autre droite A, B, C₁ , et l'on retomberait
sur un des cas déjà considérés .
Par exemple, si l'on veut projeter ABC en BAC (fig. 22 ) , il
Fig. 22.
K
L
C B
suffit de prendre au hasard deux points L, N alignés sur C.
Soient alors K le point de concours de AL et BN , M celui de
BL, AN ; LNC sera une projection de ABC à partir du centre K
et BAC une projection de LNC à partir du centre M.
Si l'on voulait projeter ABC en BCA on , pourrait projeter
d'abord ABC en BAC, puis BAC en BCA.
32 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
§ VIII . FORMES HARMONIQUES .
38. THÉORÈME ( ' ) .- Si troispoints Si trois droites données a, b, c
A, B, C sont donnés sur une droite (dans un plan ) concourent en un
s, et si l'on construit le quadrangle point S, et si l'on construit un qua-
complet ( KLMN), de manière que drilatère complet (klmn) , de ma-
deux côtés opposés ( KL, MN ) con- nière que deux sommets opposés
courent en A ; que deux autres co- ( kl, mn) tombent sur a, que deux
tés opposés ( KN, ML ) concourent autres sommets opposés (kn, ml)
en B, et que le cinquième côté tombent sur b, et le cinquième
(LA) passe par C, le sixième côté sommet ( In ) sur c, le sixième som-
(KM) coupera la droite s en un met ( km ) tombera sur une droite
point D, qui est déterminé par les d, passant par le point S, et déter-
trois points donnés, c'est-à-dire qui minée, c'est-à-dire, qui ne change
ne change pas, de quelque manière pas , de quelque manière qu'on fasse
qu'on fasse varier les éléments ar- varier les éléments arbitraires du
bitraires du quadrangle (fig. 23 ) . quadrilatère (fig. 24 ) .
Démonstration. En effet, si l'on En effet, si l'on construit un se-
construit un second quadrangle cond quadrilatère complet (k'l'm'n')
complet ( K'L'M'N' ) qui satisfasse qui satisfasse aux conditions pres-
aux conditions prescrites, les deux crites, les deux quadrilatères au-
quadrangles auront cinq paires de ront cinq paires de sommets cor-
côtés correspondantsqui concourent respondants, alignés sur le point
sur la droite donnée ; donc la sixième donné ; donc la sixième paire sera
paire concourra aussi sur la même en ligne droite avec ce même point
droite ( n° 30, 5º, à gauche ) . ( nº 30, 5º, à droite ) .
Il résulte de là que si l'on main- Il résulte de là que si l'on main-
tient le premier quadrangle fixe, et tient le premier quadrilatère fixe ,
si l'on fait varier le second, de et si l'on fait varier le second, de
toutes les manières possibles , le toutes les manières possibles, la
point D restera fixe, c . Q. F. D. droite d restera fixe, c . Q. F. D.
Les quatre points ABCD sont nom- Les quatre droites ( ou les quatre
més harmoniques, ou bien l'on dit rayons ) abcd sont nommés harmo-
que la forme géométrique consti- niques, ou bien l'ondit que la forme
tuée par ces quatre points est har- géométrique constituée par ces
monique . quatre droites est harmonique.
Cela revient à dire : quatre points Cela revient à dire: quatre rayons
ABCD d'une droite, considérés dans | abcd d'unfaisceau, considérésdans
( 1) STAUDT, Geometrie der Lage ( Nürnberg, 1847 ) , nº 93 .
FORMES HARMONIQUES . 33
l'ordre où ils sont énoncés, sont dits l'ordre où ils sont énoncés, sont dits
harmoniques, s'il est possible de harmoniques, s'il est possible de
construire un quadrangle com- construire un quadrilatère complet,
plet, tel que deux côtés opposés tel que deux sommets opposés tom-
passent par A, deux autres côtés bent sur a, deux autres sommets
opposés par B, le cinquième parC, opposés sur b, le cinquième sur c
le sixième par D. Il résulte du théo- et le sixième sur d. Il résulte du
rème qui précède que si un tel qua- théorème qui précède que si un tel
drangle existe, c'est-à-dire si la quadrilatère existe, c'est-à-dire si la
forme ABCD est harmonique, on forme abcd est harmonique , on peut
peut construire une infinité d'autres construire une infinité d'autres qua-
quadrangles satisfaisant aux mêmes drilatères satisfaisant aux mêmes
conditions . Il en résulte, en outre , conditions . Il en résulte, en outre ,
que trois points ABC étant donnés que trois rayons abc d'un faisceau
en ligne droite ( et étant donné étant donnés ( et étant donné l'ordre
l'ordre dans lequel il faut les consi- dans lequel il faut les considérer) , le
dérer ) , le quatrième point D qui , quatrième rayon d qui , avec eux ,
avec eux , constitue une forme har- constitue une forme harmonique,
monique, est déterminé et unique, est déterminé et unique, et s'ob-
et s'obtient par la constructiond'un tient par la construction d'un des
des quadrangles ( n° 50 ) . quadrilatères ( nº 50).
Fig. 23 . Fig. 24.
a
N
C
A m
σ
C
M n B
1
Q Q
K RK P Dd
L
S
N'
k'
d
m
'
M' K' n
LV
S
b C
A C B D
a
39. Si l'on projette d'un point S les points harmoniques
ABCD sur une autre droite, les projections A'B'C'D' seront
encore quatre points harmoniques (fig. 25) . En effet, imagi-
nons deux plans menés respectivement par les deux droites
AB, A'B' et supposons construit dans le premier plan un
quadrangle complet dont deux côtés opposés concourent en A ,
deux autres côtés opposés en B, et dont le cinquième côté
passe en C ; alors le sixième côté passera en D ( nº 38), parce
I. 3
34 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
que la forme ABCD est harmonique par hypothèse. Projetons
maintenant du point S ce quadrangle sur le second plan ; nous
Fig. 25 .
A
CB
D
S
d a
b C
D' B'C' A'
obtiendrons un nouveau quadrangle dont deux côtés opposés
se coupent en A' , deux autres côtés opposés en B'et dont le
cinquième et le sixième côté passent respectivement par C'
et D' ; donc A'B'C'D' est une forme harmonique .
40. L'examen de la fig. 24 montre que les rayons harmoni-
ques a, b , c, d sont coupés par une transversale quelconque, par
m par exemple, en quatre points ABCD qui sont harmoniques.
En effet, le quadrangle PQRS est tel que deux de ses côtés
opposés ( a, n ) se coupent en A, deux autres de ses côtés
opposés ( b , l) se coupent en B , pendant que le cinquième
côté ( c ) et le sixième ( a ) passent respectivement par C et D.
Réciproquement, supposons que la forme harmonique ABCD
(fig. 24 ) soit donnée et prenons arbitrairement le centre de
projection S. Je dis que les quatre rayons projetants S (A, B, C, D)
sont harmoniques. En effet, menons à volonté par A une
droite qui coupe SB en P, SC en Q, puis traçons BQ qui coupe
AS en R. Dans le quadrangle PQRS, deux côtés opposés con-
courent en A, deux autres côtés opposés concourent en B, et
le cinquième côté passe par C : donc le sixième côté doit
passer par D ( nº 38, à gauche ), puisque la forme ABCD est
harmonique par hypothèse. Mais alors nous avons un quadri-
latère complet klmn qui a deux sommets opposés A, R sur SA,
deux autres sommets opposés B, P sur SB, un cinquième
sommet Q sur SC et le sixième sommet D sur SD ; donc ( n° 38,
à droite ) les quatre droites qui, à partir de S, projettent ABCD
sont harmoniques. D'où :
Quatre rayons harmoniques sont coupés par une transversale
quelconque en quatre points harmoniques, et réciproquement
FORMES HARMONIQUES . 35
les rayons qui projettent quatre points harmoniques d'un
centre quelconque sont harmoniques.
41. Le théorème du nº 38 à droite est corrélatif ( dans la
Géométrie plane) à celui qui l'accompagne à gauche, dans
lequel on suppose tous les quadrangles situés dans un même
⚫plan. D'après ce qui précède, le théorème du nº 38, à gauche ,
est encore vrai, et a la même démonstration, si les quadrangles
sont construits dans des plans différents .
Considérant donc ce dernier théorème comme une propo-
sition de Géométrie de l'espace à trois dimensions , le théorème
corrélatif sera le suivant :
Si trois plans donnés α, β, γ passent par une même droite s,
et si l'on construit un angle tétraèdre κλμν complet, dont deux
arétes opposées κλ, μν soient dans le plan a, deux autres arêtes
opposées κν, λμ dans le plan β et l'arête v dans y, la sixième
arête up se trouvera toujours dans un plan déterminé ò , qui
ne change pas, de quelque manière que l'on fasse varier les
éléments arbitraires de l'angle tétraèdre .
En effet, si ( à partir du même ou d'un autre sommet ) on
construit un autre angle tétraèdre complet, qui satisfasse aux
conditions prescrites, les deux angles tétraèdres auront cinq
couples d'arêtes correspondantes situés dans des plans qui
passent par une même droites : donc ( nº 31 , à gauche ) le
sixième couple se trouvera aussi dans un plan passant par la
droite s .
Nous nommerons les quatre plans α, β, γ, δ plans harmo-
niques, ou bien nous dirons que la forme qu'ils constituent
est harmonique.
42. En coupant l'angle tétraèdre κλμν par un plan quel-
conque, ne passant pas par le sommet, on obtient un quadrila-
tère complet ; et le même plan transversal coupe les plans α, β ,
y, d suivant quatre rayons a, b , c, d d'un faisceau dont les deux
premiers contiennentdeux couples de sommets du quadrilatère
pendant que les deux autres passent respectivement par les
deux autres sommets . Donc ( nº 38, à droite ) quatre plans har-
moniques α, β, γ, δ sont coupés par un plan transversal sui-
vant quatre droites harmoniques .
3.
36 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
De même aussi, si les quatre plans harmoniques α, β, γ, δ
sont coupés par une transversale en quatre points A, B, C, D , la
forme ABCD est harmonique. En effet, menons un plan par la
transversale, il coupera les plans α, β, γ, d suivant des droites
a, b, c, d. Ces droites sont harmoniques, comme nous ve-
nons de le démontrer ; mais ABCD est une section du faisceau
abcd; donc ( nº 40) A, B, C, D sont quatre points harmoniques.
43. Donc, si nous comprenons sous la dénomination de
forme harmonique soit le groupe de quatre points harmo-
niques , soit celui de quatre droites harmoniques, soit enfin
celui de quatre plans harmoniques, nous aurons le théorème :
Toute projection ou section d'une forme harmonique est
une forme harmonique. Ou bien :
Toute forme projective à une forme harmonique est aussi
une forme harmonique.
Réciproquement, deux formes harmoniques sont toujours
projectives . Pour démontrer cette propriété, il suffit de con-
sidérer deux groupes de quatre points ; car, si l'une des formes
était un faisceau, on obtiendrait quatre points harmoniques
en le coupant par une transversale. Supposons donc que
ABCD , A'B'C'D' soient deux formes harmoniques, projetons
ABC sur A'B'C' de la manière qui est expliquée au nº 37 ; les
mêmes opérations ( projections et sections) qui servent à dé-
duire A'B'C' de ABC donneront pour D un point D₁; d'où il
résulte que la forme A'B'C'D, sera harmonique comme l'est
ABCD . Mais A'B'C'D' sont aussi quatre points harmoniques,
par hypothèse ; donc D, coïncide avec D' , puisque les trois
points A'B'C' déterminent le quatrième point qui, avec eux
doit donner une forme harmonique ( nº 38 à gauche ) : c'est ce
qu'il fallait démontrer.
Ajoutons ici une conséquence des définitions données
(nos 41 et 42 ) :
La forme corrélative à une forme harmonique est aussi
une forme harmonique .
44. Si a, b, c, d sont les rayons d'un faisceau (fig. 25) on
dit que a et b sont séparés par cet d quand un rayon, qui dé-
crit le faisceau en pivotant, ne peut passer de a en b sans se
FORMES HARMONIQUES . 37
confondre avec un et un seul des deux autres rayons c, d.
La même définition s'applique à quatre plans d'un faisceau
ou à quatre points A, B, C, D d'une ponctuelle (fig. 24 ) ; à la
condition toutefois que l'on admette que, sur une droite
(fig. 26 ) on peut passer d'un point A à un point B de deux
Fig. 26.
A B
manières, soit en décrivant le segmentfini AB , soit en dé-
crivant le segment infini qui commence en A, passe par le
point de l'infini et se termine en B.
Cette définition admise, nous pouvons énoncer la propriété
suivante qui est évidente : Quatre éléments d'une forme de
première espèce ( c'est- à - dire quatre points d'une droite,
quatre rayons d'un faisceau , etc. ) peuvent toujours être di-
visés en deux couples, de manière que l'un soit séparé par
l'autre, et cela ne peut se faire que d'une seule manière .
Dans la fig. 24, par exemple, les deux couples qui se sé-
parent réciproquement sont AB, CD, et si A'B'C'D' est une
forme projective à ABCD , le couple A'B' sera aussi séparé
par C'D'; car les projections et les sections n'altèrent pas la
position relative des éléments .
45. Soient maintenant quatre points harmoniques ABCD
(fig. 27 ) , c'est-à-dire quatre points obtenus par la construc-
Fig. 27 .
N
K
L
C B D
A
tion du nº 38 à gauche, qui permet de construire, d'une infi-
nité de manières, un quadrangle complet dont A et B sont
38 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
deux points diagonaux ( n° 30, 2º, à gauche ), tandis que deux
côtés opposés passent par Cet D. Il suffit d'énoncer cette
construction pour reconnaître que les deux points A et B sont
dans les mêmes conditions par rapport au système et qu'il
en est de même pour les points C et D. Il résulte de là que
si ABCD est une forme harmonique , les formes BACD , ABDC,
BADC, que l'on obtient par les permutations des lettres A et B
et par celles des lettres C et D, sont aussi harmoniques. Par
suite ( n° 43 ) la forme ABCD, par exemple, est projective à la
forme BADC, c'est-à-dire que l'on pourra passer de l'une à
l'autre au moyen d'un nombre limité de projections et de sec-
tions . En effet, en projetant de K sur CQ la forme ABCD, on
obtient la forme LNCQ qui, projetée de M sur AB donne BACD .
46. Dans la forme harmonique ABCD, les points A et B
sont nécessairement séparés ( nº 44 ) par les deux autres . En
effet, projetons (fig. 27 ) la forme ABCD sur la droite KM,
d'abord du centre L, puis du centre N ; les projections seront
KMQD, MKQD. Ces formes, composées des mêmes éléments,
doivent présenter le même mode de séparation : donc les
points K, M sont séparés par Q, D, et par suite A, B sont
séparés par C, D.
47. Menons les droites AQ, BQ (fig. 28) qui rencontrent
NK et LM, KL et MN respectivement aux points S, U, T, V.
Fig. 28 .
C B D
U K
S
M
Le quadrangle complet LTQU a deux côtés opposés qui con-
courent en A, deux autres côtés opposés qui concourent en B,
un cinquième côté ( LQ ou LN ) passant par C : donc le sixième
FORMES HARMONIQUES . 39
côté TU passera par D ( nº 38 ) . De même , le sixième côté VS
du quadrangle complet NVQS passera par D, et les sixièmes
côtés ST , UV des quadrangles complets KSQT, MUQV passe-
ront par C. On obtient ainsi un quadrangle STUV dont deux
côtés opposés concourent en C, deux autres côtés opposés
en D, tandis que le cinquième et le sixième côté passent res-
pectivement par A et B. Cela signifie que la condition com-
mune ( nº 45 ) aux points C et D est la même que celle qui est
commune aux points A et B ; ou , ce qui revient au même ,
que le couple A, B peut être changé avec le couple C, D.
Donc, si ABCD est une forme harmonique, non-seulement les
formes BACD , ABDC, BADC , mais aussi les formes CDAB ,
CDBA, DCAB, DCBA sont harmoniques ( ').
Les points A et B sont nommés conjugués entre eux : les
points C et D sont donc aussi conjugués .
On dit que les points A, B sont séparés harmoniquement
par les points C , D ; ou bien que les points C, D sont sépa-
rés harmoniquement par A et B, ou bien encore que le seg-
ment AB est divisé harmoniquement par le segment CD, .... Si
deux points donnés A , B (fig. 27 ) sont séparés harmoniquement
par les points C , D, où la droite AB est coupée par deux droites
QC, QD, on dit aussi que les points A et B sont séparés har-
moniquement par les droites QC , QD, ou par le point C et la
droite QD, etc .; et que les droites QC, QD sont séparées har-
moniquement par les points A, B, ……….
Il existe des propriétés et des dénominations analogues
pour quatre rayons ou pour quatre plans harmoniques.
48. On peut aussi tirer l'énoncé suivant de la proposition
du n° 38 ( à gauche ) : Dans un quadrilatère complet, chaque
diagonale est divisée harmoniquement par les deux autres ( ²) .
Soit, par exemple , le quadrilatère complet ( fig. 29 ) , dont
les sommets opposés sont A et A' , B et B' , C et C' . La diago-
nale AA' est rencontrée en E, F par les deux autres diago-
(1 ) REYE, Geometrie der Lage ( Hannover, 1866 ), t . I, p . 34 .
(*) CARNOT, Géométrie de position ( Paris, 1803 ) , nº 225. -- BALTZER, Trigo-
nometria, p. 147.
40 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
nales BB' , CC' . Maintenant considérons le quadrangle com-
plet BB'CC', dont deux côtés opposés concourent en A, deux
Fig. 29.
A
F
B' A
'
C
D
C'
E
B
autres côtés opposés en A' , tandis que le cinquième et le
sixième côté passent respectivement par E, F. Les points AA'
sont séparés harmoniquement par les deux points E, F. De
même , la considération des deux quadrangles complets CC'AA',
AA'BB' permet d'établir la même propriété pour les deux
autres groupes BB'FD , CC'DE.
49. Dans le quadrangle complet BB'CC' , les points diago-
naux sont A, A' , D ; et, comme le groupe des points BB'FD
est harmonique, la même propriété appartient au groupe des
quatre rayons qui les projettent de A ( n° 40 ) ; donc :
Dans un quadrangle complet, deux côtés concourant en un
point diagonal sont séparés harmoniquement par les deux
autres points diagonaux .
Du reste, ce théorème n'est que le corrélatif ( d'après la
dualité dans la Géométrie plane ) du théorème démontré dans
le numéro précédent.
50. Les théorèmes du nº 38 donnent immédiatement le
moyen de résoudre, au moyen de la règle seulement, les pro-
blèmes :
Étant donnés trois points d'une Étant donnés trois rayons d'un
forme harmonique , construire le faisceau harmonique, construire le
quatrième point. quatrième rayon.
Solution . Soient (fig. 27) A, Soient (fig. 24 ) a, b , c les rayons
B, C les points donnés ( en ligne donnés ( issus d'un même centre et
droite), A et B devant être conju- situés dans un même plan) , a et b
gués entre eux. Menons arbitrai- | devant être conjugués entre eux.
FORMES HARMONIQUES . 41
rement deux droites par A et une Par un point Q de cmenons arbi-
par C, cette dernière coupe les trairement deux droites qui coupent
deux premières en L, N. BL, BN a en A, R, et b en P, B. Les droites
coupent respectivement AN, AL en AB, RP se couperont en un point D,
M, K ; la droite KM coupera la droite qui, joint au centre donné, donnera
donnée au point cherché D, conju- le rayon cherché a, conjugué à c.
gué de C ( ' ) .
51. Soit C (fig. 30) le point milieu de A et B ( n° 50 à gauche) . Nous
pourrons disposer des éléments arbitraires de manière que Ket M se
transportent à distance infinie : pour cela, il faut construire un parallé-
logramme ALBN sur la diagonale AB ; l'autre diagonale LN passera par C.
Donc le point D passera à l'infini .
Réciproquement, si nous supposons que l'on donne les points A, B, D
dont le troisième est à l'infini, nous pourrons encore construire sur la
diagonale AB un parallélogramme ALBN ; le quatrième point C, conjugué
à D, doit être donné par l'intersection de la droite donnée avec LN : ce
sera donc le point milieu de AB . Donc :
Quatre points ABCD étant harmoniques, si Cest le point milieu de
deux points conjugués A et B, le quatrième est à distance infinie ; et réci-
proquement, si l'un des points est à l'infini, son conjugué sera le point
milieu des deux autres .
Fig. 30. Fig. 31 .
a
L A C b
B
A C B
d Dd
S
R
N
C
P d
b
52. Soit c ( fig. 31) la bissectrice de l'angle ab ( n° 50, à droite ) . En
prenant Q à l'infini sur c, les segments AB , PR seront égaux et compris
entre les parallèles AP, BR : donc le rayon d sera perpendiculaire à c;
c'est-à-dire :
Quatre rayons a, b, c, d étant harmoniques, si l'un d'eux c fait des angles
( 1 ) DE LA HIRE, Sectiones conica (Parisiis, 1665), p. 9 .
42 GEOMÉTRIE PROJECTIVE.
égaux avec les deux conjugués a et b, le quatrième d sera perpendicu-
laire à c.
Réciproquement, si dans un faisceau harmonique abcd (fig. 32 ) deux
Fig . 32 .
d d
A C B
rayons conjugués c et d sont perpendiculaires , ils seront les bissectrices
des angles formés par les deux autres . En effet, en coupant le faisceau
(dont le centre est en S ) par une transversale parallèle à d, la section ABCD
donne quatre points harmoniques ( nº 40 ) ; et comme D est à l'infini , C
sera le point milieu entre A et B ( nº 51 ) . Donc ASB est un triangle iso-
scèle et , par suite, SC est la bissectrice de l'angle au sommet .
§ IX . - RAPPORTS ANHARMONIQUES .
53. Reprenons la fig. 2 , qui représente la projection des
points d'une droite a sur une autre droite a' , faite d'un
centre 0 ; cherchons la relation qui existe entre deux seg-
ments correspondants AB , A'B' . Les triangles semblables
OAJ, A'OI' donnent
JA : JO = 1'0 : I′'A' (');
de même les triangles semblables OBJ , B' OI' donnent
JB : JO = 1'0 : I'B',
d'où
JA. I'A' - JB . I'B' = JO.I'O,
(') Dans toutes les équations entre des segments, nous supposons que l'on
observe la règle ou convention des signes en vertu de laquelle AB et BA sont
regardées comme des grandeurs égales et de signes contraires ; il en résulte
que si A, B, O sont trois points en ligne droite, on a
AB + BO + OA : 0 ou AB - OB - OA.
Voir BALTZER, Planim. , p . 168, et Trig., p. 123.
RAPPORTS ANHARMONIQUES . 43
c'est-à-dire que le rectangle JA . I'A' est constant , quel que
soit le couple de points correspondants A, A' .
En désignant la constante JO.I'O par k, nous aurons donc
k k
I'A' = " I'B' =
JA JB ;
en faisant la différence ,
k (JA - JB)
I'B' - I'A' ;
JA.JB
mais
I'B'I'A' = A'B' , JA - IB = — AB,
donc
- k
A'B' -- AB.
JA.JB
Si nous considérons quatre points A , B , C , D (fig. 33 ) de a
Fig. 33.
D
I' A C B D'
B
C
et les quatre projections A' , B' , C' , D' , nous aurons , d'une
manière analogue,
-k
A'C':- JA.JC AC,
-k
B'C' = BC,
JB.JC
-k
A'D'= · AD ,
JA.JD
k
B'D' • BD,
JB.JD
et, en divisant ,
A'C' A'D' AC AD
B'C' ´ B' D ' BC BD
44 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Si ABCD , A'B'C'D' sont des sections faites par deux trans-
versales s, s' ( non situées dans un même plan) dans quatre
plans α, β , γ, δ qui passent par une même droite u, c'est-à-
dire si A'B'C'D' est une projection de ABCD faite de l'axe u
(nº 4), on aura encore l'égalité que nous venons de démon-
trer pour le cas de la projection d'un centre O.
En effet, coupons les quatre plans α, β, γ, den A " B" C" D"
par une droite s", qui rencontres et s' . Les droites AA", ВВ",
CC", DD" sont les intersections des plans α, β, γ, δ par le
plan ss" et, par suite, elles concourent au point S, où ce der-
nier plan coupe l'axe u. De même A'A", B' B", C'C", D' D" sont
quatre droites situées dans le plan s's" et concourant en un
point S' de l'axe u. Donc A" B" C" D" est une projection de
ABCD du centre S et une projection de A'B'C'D' du centre S' ;
on aura donc
A" C" A" D" AC AD A'C' A'D'
B" C" B" D" = BC BD B'C' B' D'
Le nombre
AC AD
BCBD :
est nommé rapport anharmonique ou double rapport de
quatre points ( en ligne droite ) A, B, C, D. Le résultat obtenu
exprime donc le théorème :
Le rapport anharmonique de quatre points en ligne droite
n'est pas altéré par une projection, quelle qu'elle soit ( ¹ ) .
Ou bien :
Deux groupes projectifs de quatre points ABCD, A'B'C'D'
( situés respectivement en ligne droite ) ont des rapports an-
harmoniques égaux .
Le quotient des expressions de A'C', B'C' donne
A'C' AC AJ
:
B'C' BCBJ
(1) PAPPUS, Mathematicæ collectiones (Édition de Comandino, Venise, 1589) ,
liv. VII, p . 129. - Voir BALTZER, Trigon ., p . 139.
RAPPORTS ANHARMONIQUES . 45
dans cette égalité le second membre est le rapport anharmo-
nique de quatre points A, B, C, J ; donc le premier membre
sera le rapport anharmonique de A'B'C'J', ou bien le rap-
port anharmonique de quatre points A' , B' , C' , J' , dont le der-
nier est à l'infini, n'est autre chose que le rapport simple
A'C' : B'C' .
On a de même
B' D' AJ AD
:
A' D' BJ BD '
c'est-à-dire que le rapport anharmonique des quatre points A' ,
B' , J' , D', dont le troisième est à l'infini, est égal au rapport
simple B'D' : A'D' .
On tire de là la solution du problème :
Étant donné trois points A, B, C ( en ligne droite ), détermi-
ner un quatrième point D, de manière que le rapport anhar-
monique de la forme ABCD soit un nombre a donné de signe
et de grandeur ( fig. 34 ) .
Fig. 34.
A CDB
A'
S
B'
Solution . -
Menons par C une transversale quelconque et
portons-y, à partir de C, deux segments CA', CB' dont le rapport
CA'C : B' soit égal à 2 : 1 , valeurdu rapport anharmonique donné ;
les deux segments CA' , CB' seront dirigés dans le même sens
ou en sens contraire, suivant que a sera positif ou négatif.
Tirons les droites AA' , BB', et soit Sleur intersection ; la paral-
lèle à A'B' menée par S rencontrera AB au point cherché D ( ' ) .
En effet, nommons D' le point à l'infini de A'B', ABCD étant
une projection de A'B'C'D' du centre S ; le rapport anharmo-
nique sera égal à celui de A'B'C'D' , ou bien à
A'C' : B'C' = λ .
(1 ) CHASLES , Géométrie supérieure (Paris, 1852), p. 10.
46 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
C'est là la solution graphique de l'équation
AC AD
BC BD
:
λ,
ou
AD AC
:λ μ,
BD BC
ce qui revient à dire du problème : trouver le point D qui,
avec deux points donnés A et B, forme deux segments AD,
BD ( en ligne droite ), dont le rapport soit égal à un nombre μ
donné de signe et de grandeur .
Le problème proposé admet donc une et une seule solution .
Il ne peut, en effet, y avoir deux points différents Det D, tels
que ABCD , ABCD, aient des rapports anharmoniques égaux :
les rayons SD, SD₁, devant tous les deux être parallèles à A'B',
coïncideront. On peut dire aussi :
Si les groupes ABCD , ABCD, ont des rapports anharmoniques
égaux, le point D, coïncide nécessairement avec le point D.
Si deux groupes de quatre points ABCD, A'B'C'D' ( respec-
tivement en ligne droite ) ont des rapports anharmoniques
égaux, ils constituent des formes projectives.
En effet ( n° 37 ), on peut toujours passer de la forme ABC à
la forme A'B'C' par un nombre limité de projections ou de sec-
tions ; soit D" le point que ces opérations donnent à la place
de D. Alors le rapport anharmonique de A'B'C'D" sera égal à
celui de ABCD et, par suite, les rapports anharmoniques de
A'B'C'D' et A'B'C'D" seront égaux entre eux . Donc D" coïn-
cide avec D' ; ou bien les groupes ABCD, A'B'C'D' sont pro-
jectifs.
En d'autres termes, la condition nécessaire et suffisante
pour que deux formes ABCD, A'B'C'D' ( composées chacune
de quatre points en ligne droite ) soient projectives est l'éga-
lité ( en grandeur et en signe ) de leurs rapports anharmo-
niques .
Le rapport anharmonique de quatre points ABCD est dési-
gné par le symbole ( ABCD ) ( ¹ ) ; par suite, la projectivité des
(1) MÖBIUS, Der barycentrische Calcul, p . 246 ( Leipzig, 1827 ) .
RAPPORTS ANHARMONIQUES . 47
deux formes ABCD, A'B'C'D' sera exprimée par l'équation
( ABCD ) = ( A' B' C' D' ) .
Si deux faisceaux de quatre rayons ou de quatre plans sont
coupés respectivement par deux transversales en ABCD ,
A'B'C'D' , l'égalité
( ABCD ) = ( A'B'C'D ' )
sera la condition nécessaire et suffisante pour que les deux
faisceaux soient projectifs .
Nous conviendrons de nommer rapport anharmonique de
quatre rayons a, b , c, d, ou de quatre plans α, β, γ, d qui appar-
tiennent à un faisceau, le rapport anharmonique des quatre
points où les quatre éléments du faisceau sont rencontrés par
une transversale quelconque, et de représenter ce rapport
anharmonique par ( a, b , c, d), ( α, β , γ, δ ) . Nous pouvons alors
énoncer le théorème général :
La condition nécessaire pour que deux formes de première
espèce , constituées chacune par quatre éléments , soient pro-
jectives est l'égalité de leurs rapports anharmoniques .
54. Comme deux formes harmoniques sont toujours projec-
tives ( nº 43 ), nous pouvons conclure du théorème précédent
que le rapport anharmonique de quatre éléments harmoniques
est un nombre constant. En effet, si ABCD est une forme har-
monique, la forme BACD est aussi harmonique ( nº 45 ), les
deux formes ACBD , BCAD sont projectives, ou bien
(ACBD) = - ( BCAD ) ,
ou, ce qui revient au même ,
AB AD BA BD
: ;
CBCD CACD:
d'où
AC AD
:
BCBD = 1,
ou
( ABCD) = -1 ;
48 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
donc le rapport anharmonique de quatre éléments harmo-
niques est l'unité négative ( ' ).
55. On peut mettre sous deux autres formes dignes d'être remarquées
l'équation
(ABCD ) - I,
ou
AC AD
+
(1) BC BD = 0,
qui exprime que les quatre points ABCD sont harmoniques.
Comme AD - CD- - CA, BD = CD CB, l'équation ( 1 ) donne
CA ( CD — CB ) + CB ( CD — CA ) = o ,
ou
I I I
+
CD 2 CA CB),
formule qui donne le point D quand les points A , B, C sont donnés .
Soit O le point milieu du segment CD, ou OD = CO = -— OC , ce qui
donne
AC = OC - — OA, AD = OD -- · OA ( OC + OA ) ,
BC = OC - OB, BD ( OC + OB) .
L'équation ( 1 ) , ou
AC BC
+
AD BD
deviendra
OC -- OA OB - OC
OC + OA OB +- OC '
ou
OC OB
ОА OC
donc
2
(3) ос = OA.OB,
ce qui veut dire : La moitié du segment CD est moyenne proportionnelle
entre les distances des points A et B au milieu de CD.
L'équation ( 3 ) montre que les segments OA , OB ont le même signe,
c'est-à-dire que le point O ne tombe jamais entre A et B.
( 1 ) MÖBIUS, loc. cit. , p . 269..
RAPPORTS ANHARMONIQUES . 49
Il résulte de là que, si l'on fait passer un cercle par A et B (fig. 35 ) ,
OC sera la longueur de la tangente à ce cercle menée par le point O ( ' ) .
Fig. 35.
C BO D
Donc le cercle de diamètre CD coupera orthogonalement le premier
cercle ( c'est-à-dire tous les cercles passant par A et B ) . Réciproquement,
si deux cercles se coupent à angle droit , ils couperont une droite quel-
conque passant par le centre de l'un des deux cercles en quatre points
harmoniques (2) .
La même formule ( 3 ) sert à résoudre le problème suivant :
Étant donnés deux couples de points AB , A'B' , déterminer un autre
couple CD de manière que les deux groupes ABCD , A'B'CD soient har-
moniques (fig. 36 et 37 ) .
Fig. 36.
H
CBA'D B'
Prenons un point quelconque G en dehors de la droite et décrivons les
cercles GAB, GA'B' ; soit H leur second point d'intersection . Menons GH
et soit O l'intersection de cette droite et de la droite donnée ( 3 ) ; nous
aurons dans le premier cercle ( * )
OA.OBOG.OH,
et dans le second
OA'.OB' = OG.OH ;
par suite
ОА.ОВ = OA'.OB'.
(') BALTZER, Planim. , p . 128.
(*) BALTZER , Trigonom., p. 146.
(*) GH est l'axe radical des deux cercles. Baltzer, Planim. , p . 178 et suiv.
(*) BALTZER, Planim. , p. 128.
4
50 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Donc O est le milieu du segment cherché ; les points CD seront les in-
tersections de la droite donnée avec le cercle décrit de O comme centre
avec un rayon égal à la longueur commune des deux tangentes menées
de O aux deux premiers cercles .
Fig. 37.
E
AA D B' B
Le problème admet une solution réelle quand le point O tombe en de-
hors des deux segments AB , A'B' et , par suite , en dehors des deux cer-
cles (fig. 36 et 37 ) . Il n'existe pas de solution réelle quand le couple de
points AB est séparé par le couple A'B' (fig. 38 ) ; dans ce cas le point O
se trouve à l'intérieur de deux segments.
Fig. 38.
A B B'
A, B, C , D étant quatre points harmoniques , supposons A et B infiniment
voisins ou même coïncidents . Si C est à distance infinie, D coïncidera
avec A et B, puisqu'il doit être au milieu de ces deux points ( nº 51 ) . Si C
est à distance finie et placé d'une manière quelconque, pourvu qu'il ne
coïncide ni avec A ni avec B, l'équation ( 2 ) donne CD = CA = CB, c'est-
à-dire que D coïncide avec les points A et B.
Suppos ons maintenant que A et C coïncident et que B soit à l'infini .
A doit être le milieu du segment CD : donc D coïncidera avec A et C. Si
B est à distance finie et placé d'une manière quelconque, pourvu qu'il ne
coïncide ni avec A ni avec C, l'équation ( 1 ) donne AD = o , ce qui veut
dire que le point D coïncide avec A et C.'
RAPPORTS ANHARMONIQUES. 51
Donc, si deux de quatre points harmoniques coïncident, un des deux
autres se confond aussi avec eux et le quatrième est indéterminé.
56. THEOREME . - Une forme quelconque ( de première es-
pèce) composée de quatre éléments A, B, C, D est projective avec
la forme que l'on déduit de la première , en changeant entre
eux deux éléments et en changeant, en même temps, les deux
autres éléments entre eux . Ainsi ABCD est projective avec
BACD.
Démonstration . - En effet , soient A, B, C, D quatre points
(fig. 39 ), et EFGD une projection de ces points , faite à partir
Fig. 39.
B D C
M G
N E
d'un centre M sur une droite passant par D. Soit N l'intersec-
tion de AF et de CM , MNGC sera une projection de EFGD faite
du centre A ; BADC sera une projection de MNGC faite du
centre F ; par conséquent ( nº 35 ) , la forme BADC est projec-
tive avec ABCD . On démontre, de la même manière , que
ABCD est projective avec CDAB, DCBA ( ' ) .
Il résulte de là , par exemple , que si le faisceau abcd de
quatre rayons est projectif avec ABCD, il est projectif aussi
avec BADC , CDAB , DCBA ; c'est-à - dire que, si deux formes de
quatre éléments sont projectives, la correspondance entre les
éléments peut être établie de quatre manières différentes.
57. Le théorème qui précède revient à ceci : étant donnés quatre élé-
ments A, B, C , D d'une forme de première espèce , les rapports anharmo-
niques suivants sont égaux entre eux :
(ABCD) = ( BADC ) = ( CDAB ) - ( DCBA ) .
(1) STAUDT, loc. cit. , p . 59.
4.
52 GÉOMÉTRIE FROJECTIVE .
Quatre éléments ( d'une forme de première espèce ) pourront être
rangés de vingt -quatre manières différentes, ou bien forment vingt- quatre
groupes
ABCD, BADC , CDAB, DCBA,
ABDC , BACD, ᎠᏟᎪᏴ , CDBA,
ACBD, CADB , BDAC, DBCA ,
ACDB, CABD, DBAC , BDCA ,
ADBC, DACB , BCAD, CBDA ,
ADCB, DABC , CBAD, BCDA,
que nous avons distribués en six lignes . Les groupes de chaque ligne sont
projectifs entre eux ( nº 56 ) et ont , par suite , le même rapport anharmo-
nique . Si l'on veut déterminer les rapports anharmoniques des vingt-quatre
groupes, il suffit donc de considérer un groupe par ligne , les six groupes
de la première colonne par exemple. Ces six rapports anharmoniques
ont entre eux des relations telles , que , connaissant un quelconque
d'entre eux, on détermine immédiatement les cinq autres.
Considérons les deux groupes ABCD , ABDC , qui diffèrent entre eux par
l'échange des deux derniers éléments. Les rapports anharmoniques
AC AD AD AC
(ABCD ) = BC BD' ( ABDC ) - BD BC
sont des quantités inverses : donc
(1) (ABCD ) (ABDC ) = 1 ;
de même
(1)' ( ACBD ) . ( ACDB) = 1 ,
(1)" (ADBC ) . (ADCB ) = 1 .
Les quatre points ABCD étant en ligne droite, on a identiquement
BC.ADCA.BD + AB.CD = 0 ( ' ) ;
(') Multiplions par AD l'identité
BC + CA + AB = 0 ;
tenons compte de
AD - BD + AB et de AD CD — CA,
nous aurons
BC . AD + CA ( BD + AB ) + AB ( CD — CA ) = 0 ,
d'où
1 BC.ADCA.BD + AB . CD =
: 0.
RAPPORTS ANHARMONIQUES . 53
divisant par BC.AD, on trouve
AC.BD AB.CD
+ = 1,
BC.AD CB.AD
ou
AC AD + AB AD
: =1,
BC : BD CB CD
ou bien, ce qui revient au même ( nº 53 ) ,
(2) (ABCD ) + ( ACBD ) = 1 ;
on aura de même
(2)' ( ABDC ) + ( ADBC ) = 1 ,
(2)" (ACBD ) + ( ADCB ) = 1 .
Si nous désignons para le rapport anharmonique du groupe ABCD,
c'est-à-dire si nous posons
(ABCD) = λ ,
nous aurons, d'après la formule ( 1 ) ,
I
(ABDC) =
et d'après la formule (2)
(ACBD) = 1 -- λ ;
d'où, d'après ( 1 )',
T
(ACDB ) =
et d'après (2) "
I λ
(ADCB) = 1 1- -1
;
et puis, d'après ( 1)" et ( 2) ',
λιI
(ADBC) = 人
(' ).
Si deux points A et B coïncident dans le groupe ABCD , on a
AC = BC, AD = BD, et par suite (ABCD ) = ( AACD ) = 1 .
Mais , si a = 1 , les autres rapports anharmoniques deviennent
(ACAD) = 0 , ( ACDA ) = 8 ;
(1 ) MÖBIUS, loc. cit., p. 249.
54 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
ce qui revient à dire : les valeurs que prend le rapport anharmonique de
quatre éléments dont deux coïncident sont 1 , 0 , ∞ .
Si ( ABCD ) -1 , les formules précédentes donnent
(ACBD ) -= 2, ( ACDB ) = ;
donc ( nº 54 ) , si le rapport anharmonique de quatre points a l'une des
valeurs 2 ou , ces points , pris dans un autre ordre, forment un groupe
harmonique.
58. Du théorème 53 , qui exprime la condition nécessaire et
suffisante pour la projectivité de deux groupes de quatre élé-
ments , on conclut que :
Sideux formes ( de première espèce ) sontprojectives, quatre
éléments quelconques de l'une d'elles et les quatre éléments
correspondants de l'autre ont des rapports anharmoniques
égaux ( ¹ ).
En particulier, à quatre éléments harmoniques de l'un cor-
respondent quatre éléments harmoniques de l'autre ( nº 43 ) .
59. Soient AA' , BB' deux couples quel conques de points
correspondants de deux ponctuelles projectives (fig. 40 ), et
Fig. 40.
B'
น A B น
I, J' leurs points à l'infini . Nous aurons l'égalité des rapports
anharmoniques
(ABIJ ) = ( A'B'I'J' ) ,
ou
( BAJI ) ( A′ B′ I'J' ) ,
ou encore , parce que I et J' sont à l'infini ( nº 53 ),
BJ : AJ - A'I' : B'I' ,
d'où l'on tire
JA.I'A' -- JB . I'B',
( ¹ ) STEINER, Systematische Entwickelung, etc. , p . 33 ( Berlin, 1832 ) .
CONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES . 55
ce qui revient à dire : le produit JA.I'A' a une valeur con-
stante , quel que soit le couple de points correspondants ( ' ) .
(Voir le n° 53 , où ce théorème est démontré pour deux ponctuelles per-
spectives .)
§ X. CONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES .
60. Soient ABC et A'B'C' deux ternes d'éléments corres-
pondants de deux formes projectives (fig. 41 ), quel que soit
Fig. 41 .
21'
D'
I
CABP
DJQCA B
น น
le système d'opérations ( projections et sections ) par lesquelles
on passe de ABC à A'B'C' ; ce même système conduira aussi
d'un autre élément quelconque D de la première forme à
l'élément correspondant D' de la seconde . En effet, si D
pouvait donner, au moyen de ces opérations , un autre élé-
ment D", les rapports anharmoniques ( ABCD ) , ( A'B'C' D″ }
seraient égaux entre eux ; mais on a, par hypothèse,
(ABCD ) = ( A'B'C'D' ) ;
donc on aurait
(A'B'C'D' ) ( A'B'C' D " ) ,
ce qui est absurde , à moins que D" ne se confonde avec D '
( n° 53 ) .
(1) STEINER, loc. cit., p . 40.
56 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Dans lafig. 41 , les opérations sont : une projection de S, une section
par u" , une projection de S' et une section par u'.
61. Il est également facile de démontrer le théorème in-
verse de celui du nº 53 ; ou :
Étant données deux formes de première espèce, si aux
éléments A, B, C, D , ... de l'une correspondent, un à un, les
éléments A' , B' , C' , D' , ... de l'autre, de manière que quatre
éléments quelconques de la première et les quatre éléments
correspondants de la seconde aient les mêmes rapports
anharmoniques, les deux formes sont projectives .
En effet, tout système d'opérations qui conduit du terne
ABC au terne A'B'C' conduira également de l'élément Dà
un élément D", tel que l'on aura
( ABCD ) = ( A'B'C' D" ;
mais, par hypothèse ,
( ABCD ) = ( A ' B'C'D' ) :
donc
( A'B'C'D' ) = ( A' B'C'D" ; ;
par suite D" coïncide avec D' ( nº 53 ). Comme la même con-
clusion est vraie pour n'importe quel autre couple d'éléments
correspondants, il est démontré que les deux formes sont
projectives ( n° 34).
62. Du nº 60 on déduit, comme cas particulier, que si deux
formes projectives de première espèce renferment deux
ternes correspondants ABC, A'B'C' qui soient perspectifs, les
deux formes données sont aussi perspectives.
Par exemple, si les formes sont deux ponctuelles ABCD ... ,
A'B'C'D' ... , l'hypothèse faite revient à supposer que les
droites AA' , BB' , CC' concourent en un point O : donc les
autres droites analogues DD' , ... passeront aussi par O (fig. 17
et 33 ) .
Comme cas particulier, supposons que les points AA' coïn-
cident (fig. 20 ) en formant un point uni ( 1 ). Les ternes ABC,
(1 ) Dans deux formes projectives, nous appellerons élément uni un élément
qui coïncide avec son correspondant.
CONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES . 57
A'B'C' sont perspectifs, et leur centre de projection est le
point commun à BB', CC' ; donc :
Si deux ponctuelles projectives ont un point uni, elles sont
perspectives .
Réciproquement, il est évident que deux ponctuelles per-
spectives ont toujours un point uni.
Si les formes sont deux faisceaux de rayons abcd ... ,
a'b'c'd' ... dans un même plan, l'hypothèse revient à sup-
poser que les trois points aa', bb' , cc' sont sur une droite s :
donc tous les autres points analogues dd' , ... tomberont aussi
sur la même droite (fig. 18).
Si la droite s est tout entière à l'infini , on obtient la pro-
priété suivante :
Si deux faisceaux projectifs de rayons ont trois couples de
rayons correspondants parallèles , deux autres rayons corres-
pondants quelconques seront aussi parallèles .
L'hypothèse est vérifiée si les rayons a, a' coïncident en un
rayon uni ( fig. 42 ) ; alors la droite sest celle qui joint les
points bb' , cc' .
Fig. 42 .
d a
C b
S d'
'
C b' a'
Donc, si deux faisceaux projectifs (dans un plan ) ont un
rayon uni, ils sont perspectifs.
Et réciproquement, deux faisceaux perspectifs de rayons
(dans un plan ) ont toujours un rayon uni.
Si l'une des formes est une ponctuelle ABCD ... et l'autre
un faisceau de rayons abcd ... (fig. 25) , l'hypothèse revient à
supposer que les rayons abc passent respectivement par A ,
B, C ; donc d passera aussi par D , ... , etc.
63. Deux ponctuelles peuvent se trouver sur une même
droite, ou autrement dit elles peuvent être superposées : par
58 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
exemple, si deux faisceaux de rayons ( dans un même plan )
S = abc..., 0 = a'b'c' ... (fig. 43 ) sont coupés par une même
transversale , celle-ci contiendra les deux ponctuelles ABC...,
A'B'C' ..., qui seront projectives si les deux faisceaux le
Fig. 43.
b
a'
6.
A B
S B' C C' S
sont . On peut se demander, dans ce cas , s'il y a des points
unis, c'est-à-dire si deux points correspondants des deux
ponctuelles coïncident en quelque point de la transversale .
Si l'on mène, par exemple , la transversale s par les points
aa' et bb' , les points AA' coïncideront ainsi que BB' ; il y a
donc, dans ce cas , deux points unis . Si l'on projette une ponc-
tuelle u (fig. 44 ) de deux centres S , O ( situés dans un même
Fig. 44.
S
a с
A B C
น A' น
B'
a' 'b'
C'
0 B
plan avec u ) , on a deux faisceaux abc . a'b'c'... , et si
ensuite on tire une transversale s par le point où le rayon
uni aa' est rencontré par u , on obtient les deux ponctuelles
projectives superposées ABC ... , A'B'C ' ... qui ont un seul
point uni AA' . Dans la suite ( nº 82 ) , nous verrons que deux
ponctuelles projectives superposées peuvent aussi n'avoir
aucun point uni .
D'une manière analogue, deux faisceaux de rayons peuvent
CONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES . 59
être concentriques : c'est ce qui arrive quand on projette deux
ponctuelles distinctes d'un même centre (fig. 45 ) ; deux
Fig. 45.
a
C'
B C'
A'
faisceaux de plans peuvent avoir même axe si l'on projette
d'un même axe deux ponctuelles distinctes , etc. En coupant
deux gerbes par un même plan , on obtient deux plans ponc-
tuels superposés ; en projetant deux plans ponctuels d'un
même centre, on obtient deux gerbes concentriques . Dans
tous ces cas , les deux formes en question sont superposées ,
et la recherche de leurs éléments unis, si elles sont projec-
tives , a une grande importance .
64. THÉORÈME . -— Deux formes ( de première espèce ) projec-
jectives superposées ont , ou deux éléments unis au plus, ou
tous leurs éléments unis .
Démonstration . ― En effet , s'il y avait trois éléments unis
A , B, C , en nommant D et D' deux autres éléments correspon-
dants quelconques, on aurait ( nº 58 ) l'égalité
( ABCD ) = ( ABCD' )
et, par suite , D' coïnciderait avec D ( nº 53) .
Donc, si les deux formes ne sont pas identiques , elles ne
peuvent pas avoir plus de deux éléments unis .
65. Si une forme ( de première espèce ) composée de quatre
éléments ABCD est projective avec une seconde forme dé-
duite de la première par l'échange de deux éléments , par
exemple avec BACD, je dis que la forme est harmonique et
que les deux éléments échangés sont conjugués. Ce théo-
rème est déjà renfermé dans le n° 54 ; mais nous pouvons en
donner maintenant la démonstration graphique suivante .
60 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Supposons, par exemple, que A, B, C, D , soient quatre points
en ligne droite (fig. 46 ) ; soit KMQD une projection de ces
points faite d'un centre quelconque L, sur une droite passant
par D. ABCD est projective avec KMQD et avec BACD : donc
Fig. 46 .
L
A C B D
les formes KMQD , BACD sont projectives. Et, comme D est
un point uni pour ces formes, elles sont perspectives ( nº 62 ),
et les droites KB, MA , QC concourent au même point N. II
résulte de là que KLMN est un quadrangle complet dont deux
côtés opposés concourent en A, deux autres côtés opposés
concourent en B, tandis que le cinquième et le sixième côté
passent respectivement par C, D. Donc ( nº 38 ) A, B, C, D sont
quatre points harmoniques .
66. Comme le passage d'une forme à une autre forme pro-
jective ( de première espèce ) peut toujours être effectué au
moyen du système d'opérations qui sert à déduire trois élé-
ments de l'un des trois éléments correspondants de l'autre
(n° 60), et comme deux groupes donnés de trois éléments
sont toujours projectifs, c'est-à-dire peuvent toujours être
déduits l'un de l'autre moyennant quelques projections et
sections , nous pouvons conclure :
Trois couples d'éléments correspondants de deux formes
projectives étant donnés arbitrairement, on peut construire
autant d'autres couples d'éléments correspondants que l'on
veut .
Nous donnerons deux exemples : l'un de deux ponctuelles,
et l'autre de deux faisceaux de rayons ; il est entendu que,
dans l'un et l'autre cas, les deux formes sont dans un même
plan .
CONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES . .61
Soient (fig. 47 ) A et A' , B et B', Soient (fig. 48 ) a et a' , b et b',
C et C' les trois couples donnés de ç et c' les trois couples donnés de
Fig. 47.
D'
PI
CAB
DJ QCA B
Fig. 48.
C' U'
b'
T'p
9
a'
points correspondants des ponc- rayons correspondants de deux
tuelles projectives u, u' qu'il s'agit | faisceaux projectifs U et U' qu'il
de construire. Opérons comme nous s'agit de construire . Par le point
l'avons fait au nº 37 ; sur la droite commun à deux rayons correspon-
qui joint deux points correspon- dants, par exemple aa' , menons
dants, par exemple AA' , prenons arbitrairement deux transversales s
arbitrairement deux points S, S' ; et s ' : soient b" la droite qui joint
traçons SB, S'B' qui se coupent en les points sb, s'b'; c" la droite qui
B", et SC, S'C' qui se coupent en C". joint les points sc, s'c ' ; et a" la
Soit ensuite A" le point où AA' droite qui joint les points aa' et
coupe B"C". Les opérations qui ser- b"c". Les opérations qui servent à
vent à passer de ABC à A'B'C' sont : passer de abc à a'b'c' sont : 1º la
1º la projection à partir de S ; 2° la section par s ; 2° la projection à
section par u" = A" B" C" ; 3° la pro- partir du point U" commun à a"b"
jection à partir de S' ; 4° la section c" ; 3° la section par s' ; 4° la pro-
par u'. Donc les mêmes opérations jection à partir de U' . Donc les
conduiront d'un autre point quel- mêmes opérations conduiront d'un
62 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
conque D de u au point correspon- autre rayon quelconque d du fais-
dant de u' ; ou bien les rayons SD , ceau U au rayon correspondant d '
S'D' doivent se couper en un point du faisceau U' ; ou bien les points sd,
D" de la droite fixe u" . s'd' doivent se trouver sur une
droite d" passant par le point fixe U" .
De cette manière, on obtient une De cette manière, on obtient un
ponctuelle u " = A" B" C" D"... , per- faisceau U" == a" b" c" d" ..., perspectif
spective avec u aussi bien qu'avec u' . avec U aussi bien qu'avec U' .
Le rayon passant par S (fig. 47 ) et parallèle à u coupe u" en I", le
rayon S'I" coupera u' au point I' dont le correspondant sur u est à l'infini.
De la même manière, si le rayon passant par S' et parallèle à u' coupe
u" en J", le rayon SJ" coupera u au point J, dont le correspondant sur u'
est à l'infini .
Soit P (fig. 47 ) le point où u est Appelons p (fig. 48 ) le rayon
coupé par u" ; le point P'sera l'in- UU" : le rayon correspondant p'
tersection de u' avec le rayon S'P. joindra U' au point s'p. De même
De même, si Q' est le point où u' aussi , si le rayon U'U" est désigné
est coupé par u", le point Q sera | par q' , le rayon q joindra U au
celui où u est coupé par le rayon point sq' .
SQ' .
67. Les centres Set S' doivent Les transversales s, s' doivent
ètre alignés sur deux points corres- passer par le point commun à deux
pondants ; du reste, ils sont arbi- rayons correspondants ; du reste,
traires . Par exemple, nous pouvons elles sont arbitraires. Par exemple
mettre S en A' et S' en A (fig. 49). nous pouvons prendre a' pour set
Alors le rayon S'P coïncide avec u a pour s' (fig. 50) . Alors le point
et, par suite, P' devient le point s'p coïncide avec U ; par suite p'
commun à u et u' . De même , le sera la droite UU' . De même, le
rayon SQ' coïncide avec u' et Q point sq' coïncide avec U' et, par
tombe aussi au point uu' . suite, q ne diffère pas de la droite
UU' .
Autrement, si nous prenons les Autrement, si nous prenons les
points A' , A au lieu des centres S, S', rayons a', a au lieu des transver-
la droite u" rencontrera respective- saless, s'b, le point U" sera l'inter-
ment u el u' aux points P, Q' qui section des rayons p, q' qui corres-
correspondent au point uu', consi- pondent à UU', considérée d'abord
déré d'abord comme point P' de u' , comme rayon p' du faisceau U', puis
puis comme point Q de u. comme rayon q du faisceau U.
Mais , dans la construction du nu- Mais , dans la construction du nu-
méro précédent, la droite u" était méro précédent, le point U" était le
CONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES . 63
le lieu des intersections des rayons centre de projection pour les ponc-
correspondants des faisceaux per- tuelles perspectives
spectifs
s (abcd... ) , s' (d'b'c'd' ... ) .
S ( ABCD ... ) , S' (A'B'C'D' ... ) .
Donc le point U" que nous venons
Donc la droite u " que nous venons d'obtenir sera pareillement le centre
Fig.49. Fig. 50.
16
"
U I P
' U'
D' P
a'
יו 9'
C
'
b
B' b
น P'
Q ABPJ C น
D
u
14"
d'obtenir sera pareillement la sec de projection des ponctuelles
tion commune des faisceaux
a' (abcd... ) , a (a'b'c'd' ... ) ,
A' ( ABCD ... ) , A ( A'B'C'D' ... ) ,
c'est-à-dire le point commun aux
c'est-à-dire le lieu des points où se droites qui joignent les couples de
coupent les couples de droites A'B points a'b et ab' , a'c et ac', a'd et
et AB' , A'C et AC', A'Det AD', .... ad' , ....
Si , au lieu des points A'A nous Si , au lieu des rayons d' , a, nous
prenions comme centres de projec- prenions comme transversales deux
tion deux autres points comme B' autres rayons comme b' et b , ou c'
et B, ou C'et C, ... , la droite u" et c, ... , le point U" serait encore
devrait encore couper u et u' aux l'intersection des rayons p, q', c'est-
points P, Q' , c'est-à-dire que la à-dire que le point U" resterait le
droite u" resterait la même. Donc : même. Donc :
Si ABC ... MN ... , A'B'C' ... M'N'... Si abc... mn ... , a'b'c' ... m'n ...
sont deux ponctuelles projectives sont deux faisceaux projectifs de
(dans un même plan ) tous les cou- rayons ( dans un même plan ) , les
ples de droites analogues à MN' , droites qui joignent les couples de
M'N se coupent en des points qui points analogues à mn', m'n passent
appartiennent à une droite fixe. toutes par un point fixe, qui est
Cette droite passe par les points | l'intersection des rayons qui corres-
64 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
des deux ponctuelles qui corres- pondent à la droite qui joint les
pondent à leur point d'intersection. centres des deux faisceaux.
68. Ce théorème , limité aux trois Ce théorème, limité aux trois
couples de points AA', BB', CC', qui couples de rayons aa', bb', cc', qui
sont, du reste, complétement arbi- sont, du reste, complétement arbi-
traires , peut s'énoncer ainsi : traires , peut s'énoncer ainsi :
Si un hexagone AB'CA' BC' Si un hexagone a b'cabc'
(fig. 51 ) a ses sommets d'ordre (fig. 52) est tel que ses côtés d'or-
impair sur une droite u, et ses dre impair concourent en un point
sommets d'ordre pair sur une U, et ses côtés d'ordre pair en un
droite u' , les trois couples de côtés point U', les droites qui joignent les
opposés ( AB' et A'B, B'C et BC', trois couples de sommets opposés
CA' et AC') se coupent en trois (ab' et a'b, b'c et bc', ca' et a'c)
points situés sur une droite u" ( ' ) . passent par un même point U" .
Fig. 51 . Fig. 52.
u'
u" B'
U
'
น
น b
'
C
A C
B
A'
0 b
C' U" a
'
u"
69. Si les deux ponctuelles u, u' Si les deux faisceaux U et U' sont
sont perspectives (fig. 53 ), les perspectifs (fig. 55) les rayons pet
points Pet Q' coïncident avec le q'se confondent avec la droite UU' ;
point O commun aux deux droites ; alors aa'bb' est un quadrilatère
alors A A'BB' est un quadrangle complet, dont les diagonales sont
complet, dont les points diagonaux UU' , s ( section commune des deux
sont O, S (point de concours de faisceaux) et m (qui joint les points
AA' BB' ... ) , et M (intersection de ab', a'b ) ; par suite ( n° 48 ) les
AB' et A'B ) ; par suite ( n° 49) les points U, U' sont séparés harmoni-
droites u, u' sont séparées harmo- quement par le point U" et la droite
niquement par les droites u" et OS . s. Donc :
Donc :
(1) PAPPUs, loc. cit., liv. VII, p. 139 .
:
CONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES . 65 :
Si deux transversales u, u' cou- Si une ponctuelle est projetée de
pent un faisceau de rayons a, b , c, ... deux points U et U' par les rayons
aux points (A, A') , (Β, Β') , (C, C' ) , ... , ( a, a'), ( b, b' ), (c, c' ) , ... , les
les points où se coupent les couples droites qui joignent les couples de
Fig. 53 .
S
u"
B
A
N
A
' B' C'u'
de droites AB' et A'B, AC' et A'C, points ( ab' , a'b ) , ( ac' , a' c ) , ( bc',
BC' et B'C , ... tomberont sur une b'c) , ... concourent en un même
même droite u" passant par le point point U" qui, avec la droite s, di-
uu' ; et lesdroites u, u' seront sépa- vise harmoniquement UU' .
rées harmoniquement par la droite
u" et le centre du faisceau .
On déduit de là la solution du On déduit de là la solution du
problème : problème :
Tracer la droite qui joint un point Construire le point d'intersection
donné M au point de concours inac- d'une droite tracée m et d'une droite
cessible de deux droites données non tracée , mais déterminée par
u, ư . deux points donnés U, U' .
Par M ( fig. 53 et 54) menons Sur m (fig. 55) prenons deux
Fig. 54 . Fig. 55.
"
U U'
น" M N น"
C
a'
b
U a b'c'
A/ C B
8
n
S
m
S
น B' C' A' u'
deux droites qui coupent u en A, points qui, joints à U, donnent les
B, et u' en B', A' ; du point S où se | droites a, b, et, joints à U', les
1. 5
66 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
coupent AA' et BB' , menons une droites b' , a' ; sur la droite s qui
autre droite qui coupe u, u' en C, joint les points ad' , bb' , prenons
C' . Le point N commun aux deux un troisième point qui, joint à U, U',
droites BC' , B'C appartiendra à la donne les droites c, c' . La droite n
droite donnée u" . qui joint les points bc', b'c coupera
m au point cherché U" .
Si les droites u, u' sont parallèles (fig. 54), la construction précédente
résout le problème :
Étant données deux droites parallèles, tracer, au moyen de la règle seu-
lement, la droite parallèle aux droites données qui passe par un point
donné .
70. Revenons à la construction Revenons à la construction du
du nº 66 ( à gauche ) et prenons n° 66 (à droite), et prenons comme
comme centre S le point où AA' est transversale s la droite qui joint les
coupé par BB', et comme centre S' points aa' , cc', et comme transver-
le pointcommun à AA', CC' (fig. 56). sale s' la droite qui joint les points
Alors la droite u" sera la droite aa' , bb' (fig. 57 ). Alors le point U"
B'C, parce que les rayons SB, S'B' sera l'intersection be', parce que b
se coupent en B', et les rayons SC, joint les points sb, s'b', et c' les
S'C' en C. Par suite, on construira points sc, s'c' . Par suite, on con-
un autre couple quelconque de struira un autre couple quelconque
points correspondants D, D' , en ob de rayons correspondants d, d', en
servant que les droites SD, S' D' observant que les points sd, s'd'
doivent concourir sur B'C. doivent être en ligne droite avec bc' .
Fig. 56. Fig. 57 .
P U"
d
'
A
C ای
U d
U'
D 'u" S
' 3
u
'
b C
a
a'
b
S
c'
u D' B' A
' C' น
En considérant lafig. SS'CDD'B' En considérant lafig. ss'bad'c'
qui est un hexagone, nous pouvons qui est un hexagone, nous pouvons
énoncer ce théorème : énoncer ce théorème :
Dansunhexagone, dont les côtés Dans unhexagone, dont les som-
GONSTRUCTIONS DES FORMES PROJECTIVES . 67
sont deux ponctuelles projectives, et mets sont les centres de deux fais-
les droites qui joignent quatre cou- ceaux projectifs et les intersections
ples des points correspondants, les de quatre couples des rayons corres-
trois droites qui joignent deux à pondants, les trois points où se cou-
deux les sommets opposés concou- pent deux à deux les couples de
rent en un même point . côtés opposés sont en ligne droite.
71. Dans la solution du problème Si les trois points aa' , bb' , ce
du n° 66 ( à gauche ) , si les trois du n° 66 ( à droite ) étaient sur une
droites AA' , BB ' , CC' avaient un même droite s (si a , a' coïncidaient
point commun S ( si A ,A' coïncidaient par exemple) , les deux faisceaux
par exemple ) , les deux ponctuelles seraient perspectifs, et il suffirait
seraient perspectives , et il suffirait de joindre les centres des deux fais-
de tirer des rayons par S pour ob- ceaux à chaque point de s pour ob-
tenir tous les couples de points tenir tous les couples de rayons
correspondants (fig. 17). correspondants (fig. 18).
72. Si les deux ponctuelles u, u' ( no 66 à gauche ) sont superposées ,
c'est-à-dire si les six points donnés AA' BB' CC' sont sur une même droite
(fig. 58 ) , il faut commencer par projeter u' d'un centre arbitraire S' sur
Fig. 58.
D'
D"
A' B" w"
u'
uu" A1
นา B Ci
น
une droite quelconque u,, puis opérer sur les ponctuelles u = ( ABC ... ) ,
u₁ = ( A , B , C , D , ...) , c'est-à -dire sur les couples de points ( A , A , ) , ( B , B , ) ,
(C, C, ) de la manière indiquée au nº 66. Un couple de points correspon-
dants D, D, des ponctuelles u, u, étant trouvé, le rayon S' D, déterminera
sur u ' le point D' correspondant à D.
La construction se simplifie si deux points correspondants A, A' coïn-
5.
68 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
cident (fig. 59) ; alors, menant u, par A, la ponctuelle u, est perspective
avec u ; par conséquent, après avoir projeté u' du centre arbitraire S' sur
Fig. 59.
S
Ca 1
B1
น D B Cu
A
' BC' น
D
41
s'
u , si BB , CC, se coupent en S, il suffira de projeter u de S suru , et en-
suite u, de S' sur u' .
Les deux ponctuelles projectives superposées u, u' ont un second point
uni à l'intersection de la droite donnée et du rayon SS' ; le premier est AA'.
Donc, si le rayon SS' passe par le point uu₁, les deux ponctuelles pro-
jectives u , u' auront un seul point uni. Si l'on voulait construire sur une
droite donnée deux ponctuelles projectives superposées, pour lesquelles
AA' soit un couple de points correspondants, et M le seul point uni
(fig. 59 bis ), il faudrait projeter d'un point quelconque S' le point A'en
Fig. 59 bis.
S
B M A
B A
'
A1
A, sur la droite u, menée arbitrairement par M; construire le point S
commun à AA,, S'M ; puis, pour trouver le point B' de u' correspondant
à un point B de u, projeter B de S en B₁, et B, de S' en B' .
Si deux faisceaux U, U' (n° 66 à droite ) doivent être superposés, c'est-
à-dire si les six rayons donnés ad' bb'cc' passent par un même point, on
commencera par couper a'b'c' par une transversale et projeter les points
d'intersection d'un centre quelconque U,. Si les rayons projetants sont a₁ ,
b, c , nous aurons à considérer les deux faisceaux non superposés U, U.
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES . 69
Nous pourrons aussi couper abc par une transversale en ABC, et a'b'c'
par une autre transversale en A'B'C', puis opérer sur les deux ponctuelles
ABC ... , A'B'C' ... de la manière exposée plus haut.
Nous ne donnons pas les figures qui correspondent à ces constructions,
afin que l'élève les fasse lui-même : c'est un exercice utile. On obtiendrait
encore ici une notable simplification si , parmi les rayons donnés, il y en
avait un uni ; si , par exemple, a et a' se confondaient en un seul rayon, etc.
§ XI . -
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES .
73. On dit que deux ponctuelles sont semblables quand aux
points A , B, C, D , ... de l'une d'elles correspondent des points
de l'autre A' , B', C' , D' , ..., tels que le rapport de deux segments
correspondants AB et A'B' , AC et A'C' , ... soit un nombre con-
stant. Si ce nombre est l'unité, les ponctuelles sont dites égales.
Deux ponctuelles semblables sont projectives, parce que
tout rapport anharmonique, ( ABCD ) par exemple, sera égal à
son correspondant ( A'B'C'D' ) . Autrement, supposons les deux
droites dans un même plan (fig. 60 ) , et désignons leur point
Fig. 60 .
26
B
A
P
Q'
Q
A
B
24" P
A'
B'
'
u
commun par P' si on le considère comme appartenant à u', et
par Q si on le considère comme appartenant à u. Soient en-
suite AA' un couple quelconque de points correspondants ;
P le point de u qui correspond à P' ; Q' le point de u' qui cor-
respond à Q. Menons AA" parallèle à u' et A'A" parallèle à u.
Dans les triangles PQQ', PAA", les angles en Q, A sont égaux et
compris entre des côtés proportionnels, en vertu de l'hypo-
thèse
PQ PA PA
=
P'Q
' P'A' AA"
70 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Il suit de là que les points P, Q' , A" sont en ligne droite ;
donc, si l'on projette la ponctuelle ABC... sur PQ en A" B" C" ...
par des droites parallèles à u' , puis la ponctuelle A" B" C" . . .
sur u' par des droites parallèles à u, on obtiendra la ponctuelle
A'B'C' ....
Si PQ = P'Q' , c'est-à-dire si la droite PQ' fait des angles
'égaux avec les droites données, les ponctuelles u, u' sont
égales.
Au point à l'infini de u correspond le point à l'infini de u' .
74. Réciproquement, si les points à l'infini I, I' de deux
ponctuelles projectives u, u' se correspondent, les ponctuelles
sont semblables. En effet (fig. 60 ), si l'on projette u de I' et
u' de I ( comme au nº 67, à gauche), on obtient deux faisceaux
de rayons parallèles dont les rayons correspondants se cou-
pent sur la droite fixe u" . Les segments A" B" de u" sont alors
proportionnels aux segments AB de u, ainsi qu'aux segments
A'B' de u' ; par suite, les segments AB de u sont proportion-
nels aux segments A'B' de u' .
Autrement, si AA' , BB' , CC' sont trois couples de points
correspondants, et si I, I' sont les points à l'infini , nous avons
l'égalité des rapports anharmoniques ( n° 58 )
( ABCI ) = ( A'B'C'I' ),
ou bien, puisque I, I' sont à l'infini ( nº 53 ),
AC A'C'
BC B'C''
équation qui exprime précisément la proportionnalité des
segments correspondants .
Exemples . En coupant un faisceau de rayons (dont le centre soit à
distance finie ) par deux transversales parallèles, on obtient deux ponc-
tuelles semblables .
Deux sections quelconques d'un faisceau de rayons parallèles sont des
ponctuelles semblables .
Dans ces deux exemples, les ponctuelles sont aussi perspectives ; le
point uni est à distance infinie dans le premier cas, et à distance finie ( en
général ) dans le second .
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES. 71
75. Deux faisceaux projectifs de rayons, dont les centres
sont l'un et l'autre à l'infini , sont dits semblables , si une sec-
tion de l'un est semblable à une section de l'autre . Alors deux
autres sections quelconques des deux faisceaux seront aussi
semblables entre elles .
76. De l'égalité des rapports anharmoniques on conclut que
deux ponctuelles égales sont projectives ( n° 61 ) , et que, vice
versa, deux ponctuelles projectives sont égales ( nº 53 ) si les
segments correspondants compris entre les points de deux
ternes correspondants ABC et A'B'C' sont égaux , c'est-à- dire
si l'on a A'B' = AB , A'C' = AC ( d'où il résulte que B'C' = BC ) .
Exemples. - Si l'on coupe un faisceau de rayons parallèles par deux
transversales également inclinées sur les rayons, on obtient deux ponc-
tuelles égales.
Si l'on coupe un faisceau de rayons ( non parallèles ) par deux trans-
versales parallèles et également distantes du centre du faisceau, on
obtient deux ponctuelles égales .
77. Deux ponctuelles semblables superposées, ayant déjà un point uni
N à distance infinie , en ont encore un autre M qui est généralement à
distance finie. Si AA' , BB' sont deux couples de points correspondants , on
aura
MA : MA' AB : A'B':= const.
Il suffira donc de diviser le segment AA' en deux parties MA, MA' ayant
entre elles un rapport donné .
La fraction MA : MA' est ( nº 53 ) le rapport anharmonique ( AA'MN ) .
Si sa valeur est - - I , le groupe AA'MN sera harmonique (nº 54) , c'est-
à- dire que M sera le point milieu de AA' ainsi que de tout autre segment
analogue BB ' , ... ; cela revient à dire que les deux ponctuelles se compo-
sent des couples de points équidistants d'un point fixe M.
Mais si ce rapport constant est égal à + 1 , c'est -à-dire si MA et MA'
doivent être égaux de grandeur et de signe, le point M sera à l'infini . En
effet, puisque ( AA'MN ) = 1 , on a ( NMA'A ) = 1 ( n° 56 ) ; par suite
(n° 57) les points M et N se confondent.
Il résulte aussi de la construction du n° 72 (fig. 59 bis) que deux
ponctuelles projectives superposées, ayant un seul point uni à l'infini, sont
égales . Si le point M passe à l'infini , les droites SS ' , A, B, deviennent pa-
rallèles à la droite donnée u ou u' (fig. 59 ter) , et comme les triangles
SA, B,, S'A, B, ont une base commune , parallèle à la droite des sommets ,
les segments qu'ils interceptent sur une parallèle quelconque à la base
72 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
sont égaux ; donc AB = A'B' ; ou bien deux segments correspondants sont
égaux ; par suite AA' = BB', ..., c'est-à-dire le segment intercepté entre
Fig. 59 ter.
S S
'
A B
A
' '
B'
A1 B1
deux points correspondants est constant. On peut donc supposer que les
deux ponctuelles sont engendrées par un segment AA' donné de gran-
deur et de direction, qui court sur une droite donnée : l'une des extrémités
A du segment décrit l'une des ponctuelles, l'extrémité A' décrit l'autre
ponctuelle .
Vice versa, il est évident que, si un segment AA' donné de grandeur
et de direction court sur une droite donnée, ses extrémités A et A' dé-
crivent deux ponctuelles égales et par suite projectives, douées d'un seul
point uni, qui sera à distance infinie .
78. On dit que deux faisceaux de rayons sont égaux quand
aux éléments de l'un correspondent respectivement les élé-
ments de l'autre, de telle manière que l'angle de deux élé-
ments quelconques de la première forme soit égal à l'angle
des éléments correspondants .
Il est évident que l'on peut toujours couper deux faisceaux
égaux par deux transversales, de manière que les ponctuelles
résultantes soient égales ; mais deux ponctuelles égales sont
toujours projectives : donc aussi deux faisceaux égaux sont
toujours projectifs.
Vice versa, deux faisceaux projectifs de rayons abcd....
a'b'c'd' ... sont égaux quand trois rayons a, b, c de l'un et les
trois rayons correspondants a' , b', c' de l'autre forment deux
figures égales : cela peut se démontrer en coupant les deux
faisceaux par deux transversales, de manière que les sections
ABC, A'B'C' des groupes abc, a' b'c' soient égales. Les ponc-
tuelles projectives qui en résultent sont égales ( nº 76) et, par
suite, les autres angles correspondants ad et a'd' , ... des fais-
ceaux proposés sont aussi égaux entre eux.
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES . 73
79. Deux formes ( ponctuelles ou faisceaux ) égales étant
toujours projectives, nous pouvons conclure que , si l'on trans-
porte dans l'espace une ponctuelle ou un faisceau sans altérer
la position relative de ses éléments, cette forme dans sa
nouvelle position sera projective avec la même forme dans sa
position primitive .
80. Deux faisceaux égaux de rayons abcd... , a'b'c'd' ...
étant donnés dans un plan, si un rayon de l'un des faisceaux
tourneautour de son centre en décrivant le faisceau lui-même,
le rayon correspondant décrira l'autre faisceau en tournant
dans le même sens ou en sens opposé. Dans le premier cas, on
dit que les deux faisceaux sont directement égaux, et dans le
second qu'ils sont inversement égaux .
Dans le premier cas, il est évident que les angles aa' , bb' ,
cc', ... sont tous égaux ( en grandeur et en signe ). Par suite,
deux rayons correspondants seront toujours parallèles ou ne
le seront jamais.
Dans le second cas, deux angles correspondants sont égaux
en grandeur, mais de signe opposé . Par suite, si l'on transporte
l'un des faisceaux parallèlement à lui-même , de manière à faire
coïncider son centre avec celui du second faisceau , les bissec-
trices des angles de deux rayons correspondants a, a' seront
évidemment les rayons unis des deux faisceaux superposés
qui sont encore projectifs ( nº 79) ; d'où il suit que ces rayons
seront aussi les bissectrices des angles d'un autre couple quel-
conque de rayons correspondants. Donc, si l'on suppose de
nouveau que les faisceaux ne soient pas concentriques, ils ont
deux couples de rayons correspondants parallèles ; et, dans
chaque faisceau, ces deux rayons sont perpendiculaires entre
eux, puisqu'ils ont les directions des bissectrices des angles
d'un couple quelconque de rayons correspondants.
81. Si deux faisceaux de rayons abcd ... , a'b'c'd' ... sont
projectifs et si les angles aa' , bb' , cc' de trois couples de rayons
correspondants sont égaux et de même sens, l'angle d'un autre
couple quelconque dd' de rayons correspondants aura aussi la
même grandeur et le même sens . En effet, transportons le
premier faisceau parallèlement à lui-même jusqu'à ce qu'il soit
74 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
concentrique au second, et faisons-le tourner ensuite autour du
centre commun d'un angle égal à aa' ; les rayons a, b, c coïnci-
deront respectivement avec les rayons a' , b' , c' , et les deux
faisceaux, qui n'ont pas cessé d'être projectifs ( n° 79 ) , auront
trois rayons unis et, par suite (n° 64), tout autre rayon coïnci-
dera de même avec son correspondant. En remettant ensuite
le premier faisceau dans sa position primitive, l'angle dd' sera
égal à aa' .
82. Les angles aa' , bb' , cc' , ... de deux faisceaux directe-
ment égaux étant égaux entre eux, il s'ensuit que deux fais-
ceaux directement égaux et ayant le même centre O peuvent
être regardés comme engendrés par la rotation d'un angle aa' ,
de grandeur invariable, autour de son sommet fixe O ; l'un des
côtés a engendre l'un des faisceaux, l'autre côté a' engendre
l'autre faisceau .
Vice versa, si un angle de grandeur invariable tourne autour
de son sommet, ses deux côtés engendrent des faisceaux ( di-
rectement ) égaux et, par suite , projectifs. Il est évident que
ces faisceaux projectifs n'ont aucun rayon uni.
Une transversale qui coupe ces deux faisceaux détermine
deux ponctuelles projectives superposées et n'ayant pas de
points unis .
On pourrait répéter, sans aucun changement, pour deux faisceaux de
plans dans l'espace à trois dimensions, ce qui a été dit aux nºs 78-81 pour
deux faisceaux de rayons contenus dans un même plan.
83. Projetons de deux points différents U, U', au moyen des faisceaux
abc ... , a'b'c' ..., les ponctuelles projectives ABC ... , A'B'C' ... super-
posées sur une même droite . Soient i,j' les rayons parallèles à la droite
donnée qui passent respectivement par U, U', et i' , j leurs rayons corres-
pondants . Les points I' , J où ces deux derniers rayons coupent la droite
donnée seront les points qui correspondent au point à l'infini ( I ou J' ) de
la droite donnée, suivant que l'on considère ce dernier comme apparte-
nant à la ponctuelle ABC... ou comme appartenant à la ponctuelle
A'B'C' ....
La projectivité des deux groupes correspondants nous donne ( n° 59 )
une égalité entre les rapports anharmoniques, d'où l'on tire
( 1) JA.I'A' = JB . I'B' = const ,
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES . 75
c'est- à-dire que le produit JA . I'A' est une quantité constante , quel que
soit le couple AA' . Soient O le point milieu du segment JI' , et O' le point
qui correspond à O , regardé comme point de la première ponctuelle .
Comme l'équation ( 1 ) subsiste pour tout couple de points correspondants
et, par suite, pour 00' , nous aurons
(2) JA.I'A' JO.1'0' ,
ou bien
-
( OA — OJ ) ( OA' — OI ' ) + OJ ( OO ' — OI′ ) == 0 ,
et comme
OI' OJ,
nous avons aussi
( 3) OA.OA' -- OI' ( OA — OA' + 00' ) = 0 .
Demandons-nous maintenant s'il existe des points unis ; appelons E un
tel point l'équation précédente aura lieu en remplaçant A et A ' par E ;
donc
-2
(4 ) OE OI'.00 '.
D'où il résulte que, si OI ' . OO' est positif, c'est-à-dire si O ne se trouve
pas entre I et O' , il y a deux points unis E, F, dont O est le point milieu
et qui divisent harmoniquement les points I' , O' ( nº 55 ) .
Si O se trouve entre l' et O' , il n'y a pas de points unis.
Si O' coïncide avec O, il y a un seul point uni qui est le point O lui-
même.
Imaginons que les deux ponctuelles soient décrites chacune par un point
se mouvant toujours dans le même sens ( ' ) . Si l'une est parcourue dans
le sens ABC , l'autre sera parcourue dans le sens A'B'C ' , qui sera ou égal
ou opposé au premier.
Si les sens ABC, A'B'C ' sont opposés, IJA, I'J'A' seront aussi de sens
opposés ; il en sera de même du segment fini JA et du segment infini l'A' ,
c'est-à-dire que les segments finis JA et l'A ' ont le même sens. En vertu
de l'équation ( 2 ) JO , l'O' auront alors le même sens ; donc O ne tombe
pas entre l' et O' (fig. 61 , a ) : par suite il y a deux points unis. Comme
OE est moyenne proportionnelle entre OI' , OO' , les points unis tombe-
ront en dehors du segment fini JI' .
Si les sens ABC , A'B'C' sont égaux , on arrive , de la même manière , à
cette conséquence que JA et l'A' , ainsi que JO et l'O' , sont de sens op-
posés. Alors il y aura des points unis si O n'est pas entre l'O', c'est-à-
(1 ) Voir STEINER, loc . cit., p. 61.
76 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
dire si O' est entre O et I' (fig. 61 , 6 ) . Comme OE est moyenne propor-
tionnelle entre OI', OO' , les points unis tomberont dans l'intérieur du
segment JI' .
Fig. 61 .
น J (
) 16
a
u
' I' 0' น
น J 0 น
b
น Ο' Γ' น
Supposons qu'il y ait deux points unis EF (fig. 62 ) ; menons par E
une droite quelconque et de deux points S, S' pris sur cette droite proje-
tons respectivement les deux ponctuelles . Les deux faisceaux sont per-
spectifs à cause du rayon uni SES' ; par suite, les rayons correspondants
Fig. 62 .
S
"
B"
F E B
Б'
A
S'
SA et S'A' , SB et S'B' , ... , SF et S'F' se couperont en des points situés
sur une droite passant par F.
Soit E" le point où cette droite coupe SS' ; alors EFAA', EFBB' seront
respectivement les projections de EE" SS' faites des centres A", B" ; donc
les groupes EFAA', EFBB' seront projectifs ; ce qui revient à dire que le
rapport anharmonique du groupe formé par les deux points unis et par
deux points correspondants quelconques est constant. Donc :
Deux formes projectives superposées , douées de deux éléments unis,
sont composées de couples d'éléments qui, avec deux éléments fixes, don-
nent un rapport anharmonique constant ( ' ).
S'il n'y a pas de points unis, c'est-à-dire si O se trouve entre O' et l'
(fig. 63 ), élevons en O une perpendiculaire OU à la droite donnée, telle
que OU soit moyenne proportionnelle entre I'O et OO' , c'est-à-dire que
l'angle I'U O ' soit droit. En outre , menons par U la droite IUJ' parallèle à
la droite donnée, l'angle IUI' sera égal à l'angle JUJ' , l'angle OUO' égal à
(¹) La construction qui précède résout le problème : étant donnés deux cou-
ples de points correspondants AA' , BB' et un point uni E, trouver l'autre
point uni.
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES . 77
l'angle OI'U et, par suite, à IUI'. Donc, dans les deux faisceaux projectifs,
qui projettent les deux ponctuelles données à partir de U, les angles IUI',
Fig. 63 .
J
' U I
u'
A
' น
u
J 0 A น
JUJ', OUO' de trois couples de rayons correspondants sont égaux ; les
angles AUA ' , BUB' ... ( n° 81 ) sont aussi égaux et de même sens ( ' ) .
Donc :
On peut toujours considérer deux ponctuelles projectives superposées
sans points unis comme engendrées par les intersections de la droite
donnée avec les côtés d'un angle de grandeur constante qui tourne au-
tour de son sommet.
84. Nous avons vu ( n° 66) comment on résout en général le problème :
étant donnés trois couples d'éléments correspondants de deux formes (de
première espèce) projectives, construire autant de couples que l'on veut,
ou bien construire l'élément d'une forme qui correspond à un élément
donné de l'autre. L'élève studieux pourra s'exercer à résoudre les cas
particuliers suivants :
1º On supposera que les deux ponctuelles u, u' ne soient pas superpo-
sées et que les couples d'éléments donnés soient
(a) Pet P', Qet Q' ( 2 ) , A et A' ;
(6) Pet P' , A et A', Bet B' ;
(c) I et I', Jet J', Pet P' ;
(d) I et I' , Jet J' , A et A' ;
(e) I et I', Pet P', Qet Q' ;
(f) I et I', Pet P', ,
A et A' ;
(g) I et I' , A et A', Bet B' ;
2º Si les ponctuelles sont superposées, résoudre les problèmes (d )
et (g) .
(1) CHASLES, loc. cit ., p . 119 .
( *) P, P', Q, Q' , I, I', J, J ' ont les significations données au nº 66. A, B, ...
sont des points donnés arbitrairement.
78 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
3º Si les formes sont deux faisceaux ( de rayons) non concentriques, ré-
soudre les problèmes corrélatifs à ( a) et ( b ).
4º On supposera que l'un des faisceaux ait son centre à l'infini .
5° On supposera que les deux faisceaux aient leurs centres à l'infini .
85. On peut aussi démontrer le théorème suivant :
Si les trois sommets A' A" A " d'un triangle variable parcourent trois
droites fixes u, u', u" qui concourent en un point, et si deux de ses côtés
A'A " , A" A tournent respectivement autour de deux points fixes O O' , le
troisième côté AA' passera aussi par un point fixe O", situé sur la droite
00' .
Il suffira de démontrer que les points A, A', A" décrivent dans leur
mouvement trois ponctuelles perspectives deux à deux ; ou bien, on ob-
servera que l'on peut appliquer le théorème dunº 12 à deux positions du
triangle variable .
Ce théorème établi, on en déduit immédiatement le corollaire suivant :
si les sommets d'un quadrangle variable AA'A" A" parcourent quatre
droites fixes qui concourent en un point O, pendant que trois côtés AA',
A'A", A"A " tournent autour de trois points fixes C' , B ", B' , le quatrième
côté A"A et les diagonales AA", A'A" passeront par trois autres points
fixes C ", C ", B" déterminés par les trois premiers. Les six points fixes sont
les sommets d'un quadrilatère complet, ce qui revient à dire qu'ils sont
alignés trois à trois sur quatre droites (fig. 64) .
Fig. 64 .
A
B'
C'
A"
A
' B
C"
On conclut de la même manière le corollaire analogue, relatif à un po-
lygone de n sommets .
86. THÉORÈME . Si un triangle 0,0,0, est circonscrit à un triangle
U, U₂U , il existe une infinité de triangles inscrits au second et circon.
scrits au premier (fig. 65 ).
En effet, en projetant la ponctuelle U₂U ... de O, et de O3, nous au-
39
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES . 79
rons les faisceaux perspectifs
O₂ ( U , U2, U , ... ) , O₃ ( U , U , U , ... ) ;
3
de même, si nous projetons la ponctuelle U, U, de O, et de O₂, nous aurons 39
les faisceaux perspectifs
O, ( U , U , U , ... ) , O₂ ( U , U , U , ... ).
3
Donc les faisceaux
O, ( U,, U2 , U , ... ) , O, ( U , U , U , ... )
2
sont projectifs ; mais les rayons O, U₃, O, U, coïncident, ces deux faisceaux
sont donc perspectifs et leur commune intersection est U, U₂ . Nous avons
Fig. 65 .
Γι
Us
A
A. 03
Uو
0
A3
ainsi les trois faisceaux 0,, 0₂, O, qui sont perspectifs deux à deux et
3
ont pour sections communes
Le premier et le deuxième , la droite U, U₂ , 2
Le deuxième et le troisième, la droite U, U3 ,
Le troisième et le premier, la droite UU₁ .
Ce qui revient à ceci , que tout terne de rayons correspondants formera
un triangle circonscrit à 0,0,0, et inscrit à UUU₃ ( ' ) .
87. THÉORÈME. Une droite mobile autour d'un pointfixe U coupe
deux droites u, u' aux points A, A' ; deux points S , S' en ligne droite
avec uu' étant donnés, l'intersection M des droites SA, S'A' décrit une
droite ( 2 ) .
(1) STEINER, loc. cit. , p. 85 .
(*) PAPPUS, loc. cit., Liv. VII, p. 123, 139; 141, 143. - Cfr. CHASLES, loc . cit.,
p. 242 .
80 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Ce théorème se démontre en remarquant que les points A, A' engen-
drent deux ponctuelles projectives et que, par conséquent , les faisceaux
engendrés par les rayons mobiles SA, S'A' sont perspectifs ( nº 35 et 62) .
Nous proposons aussi de démontrer le théorème corrélatif.
88. THÉORÈME. - U, S, S' sont trois points donnés en ligne droite;
une transversale qui rencontre deux droites fixes u, u' en deux points
AA' tourne autour de U ; le point M commun aux droites SA , S'A' engendre
une droite passant par le point uu' ( ' ) .
La démonstration est analogue à celle du théorème précédent.
Ce théorème peut aussi s'énoncer comme il suit :
Si les côtés d'un triangle variable A A'M tournent autour de trois points
fixes U, S, S' , situés en ligne droite, pendant que deux de ses sommets
parcourent deux droites fixes u, u' , le troisième sommet M décrira aussi
une droite ( ¹ ) .
On peut démontrer de la même manière l'énoncé plus général :
Si un polygone de n côtés se déforme de manière que tous ses côtés
passent par autant de points fixes, tous en ligne droite, pendant que
n - 1 sommets parcourent des droites fixes, le dernier sommet et le
point de concours de deux côtés non consécutifs quelconques décriront
aussi des lignes droites ( ³ ) .
La proposition corrélative est indiquée au nº 85 .
89. Problème. Par un point P donné dans le plan d'un parallélo-
gramme ABCD, mener , au moyen de la règle seulement , la parallèle à une
droite EF située dans le même plan .
Soient (fig. 66 ) E, F les points où la droite donnée rencontre les côtés
Fig. 66.
F E
A
Б
K
D
C
H
AB, AD ; prenons arbitrairement un point K sur AC , tirons EK, FK qui
coupent respectivement CD , BC en G , H. Les triangles AEF , CGH sont
(1) CHASLES, loc. cit. , nº 334.
(2) Porisme d'EUCLIDE . Cfr. PAPPUS, loc. cit., préface du Livre VII .
(3) Porisme de PAPPUS, loc. cit., préface du Livre VII .
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES . 81
homologiques ( nº 16 ) , parce que les droites AC, EG, FH concourent en K ;
l'axe d'homologie est la droite à l'infini , parce que les côtés AE, AF du
premier triangle sont respectivement parallèles aux côtés correspondants
du second . Donc les autres côtés EF, GH sont aussi parallèles ( ' ) .
Le problème est ainsi ramené à un autre problème déjà résolu ( nº 69 ) :
Étant données deux parallèles EF, GH, mener par un point P une parallèle
aux droites données .
Voici une autre solution due à LAMBERT ( 2 ) . Prolongeons (fig. 67 ) les
côtés AB, BC , CD , DA et une diagonale AC du parallélogramme donné
Fig. 67 .
Р
D
Α' B'
G E H F
A
B
jusqu'à la rencontre de EF aux points E, F, G , H, I ; menons une droite
quelconque par I qui coupe les droites EP, GP en A' , C' ; si Q est le point
de concours des droites HA', FC' , la droite demandée sera PQ .
En effet, désignons par B' , D ' les points où EP , GP coupent respective-
ment FQ , HQ, les quadrilatères ABCD, A'B'C' D' sont homologiques, EF
étant l'axe d'homologie ; le point P correspond au point de concours de
AB, CD, et le point Q au point de concours de BC , AD. Donc PQ est la
droite limite de la seconde figure , et , par suite , PQ est parallèle à EF
( n° 16 ) .
Problème. - On donne un cercle et son centre ; tracer, au moyen de la
règle seulement, une perpendiculaire à une droite donnée.
Menons deux diamètres AC , BD dans le cercle (fig. 68 ) . La figure ABCD
sera un rectangle . Par suite , si l'on prend un point K quelconque de la
circonférence , on pourra, au moyen de la proposition qui précède, tracer
KL parallèle à la droite donnée EF. Joignant alors le second point L,
commun à KL et à la circonférence , à la seconde extrémité M du diamètre
(1) PONCELET, Propriétés projectives, no 198 ( Paris , 1822 ).
(2) Freie Perspective, t. II , p . 169 (Zurich, 1774 ).
I.
82 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
qui passe par K, la droite LM sera évidemment perpendiculaire à KL, et,
par suite, aussi à la droite donnée .
Fig. 68 .
E F
A
K L
M
C
Problème. -'B est le point milieu de la droite AC; on veut diviser BC
en n parties égales, en ne se servant que de la règle.
Construisons (fig. 69) un quadrilatère ULDN, dont deux côtés opposés
Fig. 69.
D E F G
M N 0 P
L Q
V
B C
A
DL, NU concourent enA, les deux autres côtés opposés LU , DN en C, et
dont une diagonale DU passe en B; l'autre diagonale LN sera parallèle à
AC (n° 51 ) et coupée en deux parties égales; en M, par DU (n° 48 ). Con-
struisons maintenant un second quadrilatère VMEO, sous les mêmes con-
ditions que le précédent, et qui soit tel, en outre, que Met N soient une
extrémité et le point milieu de la diagonale parallèle à AC; ou, end'autres
termes, menons les droites AM, BN qui se coupent en E, la droite CE
qui coupe en O le prolongement de LN, de manière que nous aurons
NO = MN = LM. Construisons un troisième quadrilatère analogue aux
deux premiers, de manière que N soit une extrémité et O le milieu de
la diagonale parallèle à AC. Si P est la seconde extrémité de cette diago-
nale , nous aurons donc OP = NO = MN =LM. Continuons ensuite de la
même manière jusqu'à ce que le nombre des segments égaux LM, MN,
NO, OP, ... soit égal à n ; si PQ est le dernier segment obtenu, tirons les
CAS PARTICULIERS ET EXERCICES . 83
droites LB, QC qui concourent en Z; les droites qui joindront Z aux
points M , N, O, P, ... diviseront BC en n parties égales. C'est ce que l'on
demandait ( ' ) .
On peut résoudre de même, au moyen de la règle seulement, les pro-
blèmes suivants :
Étant données deux droites parallèles AB et u, diviser AB en deux parties
égales ( n° 51 ) .
Étant donnés une droite AB et son point milieu C, mener par un point
donné la parallèle à AB ( nº 51 ) .
Étant donnés un cercle et son centre, diviser en deux parties égales un
angle donné ( n° 52) .
Étant donnés deux angles égaux et adjacents AOC, COB, mener par O
la perpendiculaire à OC ( nº 52 ) .
90. THÉORÈME . Deux triangles ABC, A'B'C' , situés dans des plans
différents σ, σ' étantperspectifs, si l'on fait tourner le plan de l'un d'eux
autour de σσ', le point 0 où concourent les rayons AA', BB', CC' change
de position et décrit un cercle dont le plan est perpendiculaire à la
droite σσ' ( 2 ) .
Soient D, E, F (fig. 70) les points de la droite σσ' οù concourent les
couples de côtés correspondants BC et B'C', CA et C'A', AB et A'B' (n° 14) .
Fig. 70 .
0
C'
B'
F G
A'
D
B H
C A E
Par O, centre de projection des deux triangles ABC, A'B'C', considérés
dans une position déterminée de leurs plans, menons les droites OG, OH,
OK respectivement parallèles aux côtés du triangle A'B'C'; ces droites se
trouvant dans un même plan π, parallèle à σ', rencontreront le plan gen
trois points G, H, K de la droite πσ.
Imaginons maintenant que le plan σ' tourne autour de la droite σσ', en
(¹ ) Ce problème et d'autres à résoudre au moyen de la règle seulement se
trouvent dans l'ouvrage précité de LAMBERT.
(*) CHASLES, loc. cit., nos 368, 369 .
6.
1
84 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
entraînant avec lui le triangle A'B'C'. Le groupe des quatre points BCDG
est perspectif avec le groupe B'C'DG', où G' désigne le point à l'infini de
B'C' ; par suite, le rapport anharmonique ( BCDG ) est égal à ( B'C'DG' ),
ou bien ( n° 53 ) à B'D : C'D , quantité constante. Donc, B, C, D étant
trois points fixes, G sera aussi un point déterminé et invariable ( n° 53).
Les triangles semblables OBG , B'B D donnent
OG : B'D = BG : BD ,
d'où
B'D.BG
OG ,
BD
ce qui veut dire que OG est une quantité constante. Par conséquent, le
point O se meut sur une sphère dont le centre est Get le rayon la con-
stante ci -dessus .
On démontre de la même manière que le point O, se meut sur deux
autres sphères dont les centres sont les points H, K.
La ligne décrite par le point O, devant se trouver simultanément sur
plusieurs sphères, est donc une circonférence dont le plan est perpendi-
culaire à la ligne qui renferme les centres des sphères, et dont le centre
est sur cette même droite ( ' ) .
Cette droite GHK, commune aux plans π, σ, et, par suite , parallèle à
σσ' ( puisque les plans π, σ' sont parallèles) , est la droite de fuite ou
droite limite de la figure σ, considérée comme image perspective de la
figure σ' ( nº 11 ).
91. THÉORÈME . Deux faisceaux projectifs, ayant le même centre 0 ,
placés dans un méme plan o et privés de rayons unis, peuvent étre con-
sidérés comme l'image perspective de deux faisceaux directement
égaux (2) .
Coupons les deux faisceaux par une transversales; nous obtiendrons
deux ponctuelles projectives ABC ... , А′B′C′ ... , superposées et privées
de points unis. Menons par s un plan o' quelconque ; on peut déterminer
dans ce plan un point U (n° 83) tel, que l'on puisse projeter de ce point
les segments AA', BB', CC' , ... sous un angle constant; cela veut dire
qu'en projetant de U les deux ponctuelles on obtient deux faisceaux direc-
tement égaux. Si maintenant on place l'œil en un point quelconque de
la droite OU et que l'on projette de ce point sur le plan σ' les faisceaux
donnés, on obtiendra précisément les deux faisceaux directement égaux.
(1 ) BALTZER, Stéréom. , p. 31 .
( 2) CHASLES , loc. cit. , nº 180 .
INVOLUTION. 85
S XII . INVOLUTION .
92. Soit O le centre de deux faisceaux projectifs concen-
triques (fig. 71 ) coupés respectivement par les transversales.
Fig. 71 .
0
\U"
น B น
Α' น”
B'
u'
u, u' et qui déterminent ainsi deux ponctuelles projectives
ABC ..., A'B'C'...; soit aussi u" la droite sur laquelle se
coupent les couples de droites AB' et A'B ,... ( n° 67, à gauche ).
Un rayon ( non uni ) , mené arbitrairement par O, coupera u,
u' en deux points non correspondants A , B′ , et rencontrera u"
en un point de la droite A'B . Il résulte de là que , au rayon OA
du premier faisceau correspond le rayon OA' de l'autre ; et
que , au rayon OB' de celui - ci , correspond le rayon OB de
celui-là . En d'autres termes , à un rayon OA ou OB' corres-
pondent deux rayons OA' , OB distincts entre eux , suivant que
l'on considère le premier rayon comme appartenant à l'un ou
à l'autre faisceau . En effet, la droite A'B doit rencontrer AB'
sur u" et ne peut passer par le point O , que l'on suppose placé
en dehors de u" .
Donc, en général ( ' ) , dans deux formes projectives super-
posées (de première espèce), à un même élément correspondent
deux éléments distincts, suivant que le premier est considéré
comme élément de l'une ou de l'autre forme.
(¹) Nous disons deux formes, parce que le raisonnement que nous avons fait
sur deux faisceaux concentriques de rayons peut se répéter pour deux ponc-
tuelles superposées ou pour deux faisceaux de plans ayant le même axe . On
peut arriver au même résultat en coupant les deux faisceaux de rayons par une
transversale , ou en les projetant d'un centre pris en dehors de leur plan.
86 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Nous disons en général, parce que le raisonnement qui
précède suppose que O est en dehors de u" .
93. Mais, si O est sur u" (fig. 72 ) et si l'on mène par O un
rayon arbitraire qui coupe u , u' en A, B' , la droite A'B passera
Fig. 72.
ข
B C
DA
И
u"
aussi par 0 ; en d'autres termes , au rayon OA ou OB' corres-
pondra un même rayon OA' ou OB ; ce que nous exprimerons
en disant que les deux rayons se correspondent doublement,
ou encore que les deux rayons sont conjugués.
Supposons, vice versa, que deux faisceaux projectifs con-
centriques aient un couple de rayons qui se correspondent
doublement . Coupons les deux faisceaux par deux transver-
sales u et u' et nommons A, B' les points où elles coupent le
premier rayon ; le second rayon sera coupé en B , A' . La
droite u", lieu des points où se rencontrent les couples de
droites MN', M'N ( nº 67 ) relatives aux ponctuelles projec-
tives u, u' , passera par O, parce que les droites AB' , A'B se
croisent en ce point . Menons par O un rayon arbitraire qui
coupe les transversales en C , D' , par exemple ; la droite C'D
passera aussi par O, c'est-à- dire que les rayons OCD' , ODC' se
correspondent aussi doublement . Donc :
Si deux formes projectives superposées (de première espèce)
ont un couple d'éléments qui se correspondent doublement,
les éléments de tout autre couple d'éléments correspondants
se correspondront aussi doublement.
94. Ce cas particulier de deux formes projectives ( de pre-
INVOLUTION . 87
mière espèce ) superposées se nomme involution ( ¹ ) , involu-
tion de points, de rayons ou de plans, suivant que les éléments
sont des points d'une droite, des rayons d'un faisceau ou des
plans d'un faisceau .
Donc, dans l'involution, les éléments sont conjugués deux à
deux, c'est-à-dire que chaque élément a son conjugué ; si l'on
considère le premier comme appartenant à l'une ou à l'autre
forme, son correspondant est son conjugué dans l'un et dans
l'autre cas. Il résulte de là qu'il n'est pas nécessaire de con-
sidérer les deux formes comme étant distinctes, et que l'on
peut concevoir l'involution comme une série de couples d'élé-
ments conjugués deux à deux .
Si l'on dit que AA', BB' , CC' , ... forment une involution, on
entendra exprimer que A et A', Bet B' , C et C' , ... sont des
éléments conjugués ; du reste , tout élément pourra être
échangé avec son conjugué, de sorte que les deux formes
AA'BB'CC' ... ,
A'AB'BC'C ...
sont projectives.
95. Comme l'involution n'est qu'un cas particulier de deux
formes projectives superposées, toute section ou projection
d'une involution donne une nouvelle involution ( 2 ). Deux
éléments conjugués de l'involution donnée produisent deux
éléments conjugués de la nouvelle involution. Il s'ensuit
( nº 16 ) que la figure homologique d'une involution est aussi
une involution .
96. Quand deux ponctuelles projectives superposées sont
en involution, à un point quelconque, par suite, au point à
l'infini ( I ou J' ) correspond un point unique (I' ou J ), c'est-
à-dire les deux points I' et J coïncident en un seul point, que
nous nommerons O : ce point O sera donc le point conjugué
(1 ) DESARGUES, Brouillon projet d'une atteinte aux événements des rencontres
d'un cône avec un plan (Paris, 1639 ) : édition Poudra (Paris, 1864), t. 1 ,
p. 119 .
(*) DESARGUES, loc. cit. , p. 147 .
88 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
du point de l'infini . L'équation ( 1 ) du nº 83 devient alors
OA.OA' const .
En d'autres termes , une involution de points est formée par
des couples de points A, A' , qui jouissent de la propriété que
le produit de leurs distances à un point fixe O ( de la droite
donnée ) est constant ( ' ) . Le point O est nommé centre ou
point central de l'involution.
Les éléments unis de deux formes projectives superposées
en involution sont dits éléments doubles de l'involution . Pour
l'involution AA' , BB' , ..., on a
OA.OA' = ... = const.;
OB.OB' E
si cette constante est positive , c'est-à- dire si O ne tombe pas
entre deux points conjugués , il y aura deux points doubles E,
F tels que
2 2
ОЕ = OF = OA.OA' = = OB.OB' = •
O est donc le point milieu du segment EF, et tous les groupes
EFAA' , EFBB' ,... sont harmoniques . Donc :
Si une involution a deux éléments doubles, ceux- ci divisent
harmoniquement deux éléments conjugués quelconques, ou
bien une involution est formée par les couples d'éléments qui
donnent, avec deux éléments fixes , un groupe harmonique.
Si la constante est négative , c'est-à- dire si O tombe entre
deux points conjugués , il n'y a pas de points doubles . Dans
ce cas, il y a deux points conjugués équidistants de 0, pour
lesquels on a
2
- OE OE OE == OE.OE' —— OA.OA' .
=
OE et
Si la constante est nulle , il n'existe qu'un seul point
double 0 ; mais alors il n'y a pas d'involution proprement
dite, car , le produit OA . OA' étant nul , dans tout couple de
points conjugués il y en a un qui coïncide avec O.
97. On peut aussi démontrer, de la manière suivante, que
dans toute involution douée de deux éléments doubles ceux - ci
(1) DESARGUES, loc, cit., p . 112 et 119.
INVOLUTION . 89
sont divisés harmoniquement par deux éléments conjugués
quelconques . Soient E, F les deux éléments doubles ; A, Α΄
deux éléments conjugués ; le groupe EFAA' sera projectifavec
le groupe EFA'A : donc ( nº 65 ) l'un ou l'autre de ces deux
groupes est harmonique .
Voici une troisième démonstration . Considérons EAA' ... ,
EA'A ... comme deux ponctuelles projectives et projetons-les
respectivement de deux points S, S' en ligne droite avec E
(fig. 73 ) . Les faisceaux projetants S ( EAA' ... ), S' ( EA'A ... )
Fig. 73 .
A F
EA
s'
sont perspectifs, à cause du rayon commun SS'E ; donc la
droite qui joint le point commun à SA, S'A' au point commun
à SA' , S'A renfermera les intersections de tous les couples de
rayons correspondants, et rencontrera, par suite, la droite
donnée au second point double F. Mais alors la figure nous
donne un quadrilatère complet, dans lequel la diagonale AA'
est coupée par les deux autres diagonales en Eet F ; donc
EFAA' est une forme harmonique ( nº 48).
Le théorème actuel est un cas particulier de celui du nº 83.
Nous concluons de là que les couples d'éléments ( points d'une
droite , rayons ou plans d'un faisceau ), qui forment, avec deux
éléments fixes, un rapport anharmonique constant, constituent
deux formes projectives superposées, qui sont une involution 1-
dans le cas où le rapport anharmonique a pour valeur
(n° 54).
98. L'involution est déterminée par deux couples d'élé-
ments conjugués. En effet, soient AA' , BB' les couples donnés .
Prenons un élément quelconque C, on construira son conju-
gué C' en faisant en sorte ( n° 66) que les groupes AA'BC ,
A'A B'C' soient projectifs. On a coutume de dire alors que les
99 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
six éléments AA' , BB' , CC' sont en involution , c'est-à-dire
qu'ils donnent trois couples d'une involution .
Supposons qu'il s'agisse d'une involution de points ; en
dehors de la droite où se trouvent AA' , BB' , prenons un point
quelconque G, décrivons les cercles GAA', GBB' qui se cou-
peront en un second point H, et soit O le point où GH ren-
contre la droite donnée . Nous avons alors , d'après une pro-
priété connue du cercle ,
OG.OHOA.OA' et OG.OH OB.O B' ,
. OB'
et par suite
OA.OA' = OB.OB' ;
donc le point O est le point central de l'involution déterminée
par les couples AA' , BB' . Si l'on fait passer un cercle quel-
conque par GH et s'il rencontre la droite donnée en CC' , nous
aurons
OG.OHOC . OC' ,
et par suite
OC.OCOA.OA' = OB.OB' ;
donc CC' forme un couple de points conjugués de l'involution.
En d'autres termes , le cercle décrit par deux points conjugués
CC' ou DD' ... et par un des points G, H passera toujours par
le second de ces points . Donc :
Les couples de points conjugués de l'involution ne sont
autre chose que les intersections de la droite, donnée avec les
cercles passant par les points G, H.
Fig. 74.
H
E F
B' C
On voit, d'après ce qui précède , que si l'involution a des
points doubles, ces points seront les points de contact de la
INVOLUTION . 91
droite donnée avec deux cercles passant par GH . Nous avon
déjà vu que ces points divisent harmoniquement AA' , aussi
bien que BB' ( n° 96 ) : donc ( nº 55 ) l'involution aura des points
doubles, si l'un des deux couples AA' , BB' est tout entier in-
térieur ou extérieur à l'autre (fig. 74 ) ; elle n'en aura pas si
l'un des couples est divisé par l'autre ( fig. 75) ( 1 ) .
Fig. 75 .
A B C OA'B ' C'
Dans le premier cas, l'involution ( comme nous l'avons déjà
remarqué ) est formée d'une infinité de couples de points qui
divisent harmoniquement un couple de points fixes.
Dans le second cas, au contraire, l'involution est marquée
sur la droite donnée par les côtés d'un angle droit mobile au-
tour de son sommet. En effet, comme les points AA' sont
divisés par BB'(fig. 76), les cercles décrits sur AA' , BB' comme
Fig. 76 .
G
A B CD Ο Α' B'C' D'
diamètres se coupent en deux points Get H placés symétrique-
ment par rapport à la droite donnée ; ou, autrement, GH est
perpendiculaire à la droite donnée, qui la divise en deux par-
(¹ ) Si l'un des segments AA' , BB' empiète sur l'autre .
92 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
ties égales en O, centre de l'involution . Il résulte de là que
2
OH2 = AO.OA' = BO . OB' ,
OG = OH
et que tous les autres cercles qui passent par GH et qui
marquent sur la droite donnée les autres couples CC' , DD', ...
de l'involution auront aussi leurs centres sur la droite AB,...;
ils auront pour diamètres les segments CC' , DD' , .... Donc,
si l'on projette du point G ( ou du point H) les segments AA' ,
BB' , CC' , ... , on obtiendra autant d'angles droits AGA' , BGB',
CGC' ,... ( ou AHA' , BHB' , CHC' , ... ).
Nous concluons donc que , si une involution de points AA',
BB' ,... en ligne droite n'a pas de points doubles , c'est-à-dire
si le rectangle OA.OA' est une constante négative - k', tous
les segments AA' , BB' , ... sont vus sous des angles droits de
tout point du cercle de rayon k, qui a son centre en O et dont
le plan est perpendiculaire à la droite donnée .
Ce théorème est un cas particulier de celui du nº 83. Donc, si un
angle de grandeur constante tourne dans son plan autour de son sommet,
ses côtés déterminent sur une transversale fixe deux ponctuelles projec-
tives, qui sont en involution dans le cas où l'angle est droit .
99. Considérons une involution de rayons parallèles entre eux , c'est-à-
dire ayant un point commun à distance infinie. La droite à l'infini est un
rayon de l'involution ; le rayon qui lui est conjugué contient le centre de
l'involution des points que l'on obtient en faisant une section par une
transversale quelconque . Ce rayon peut , pour ce motif, être nommé
rayon central de l'involution proposée . Réciproquement , si l'on projette
une involution de points au moyen de rayons parallèles, ceux-ci forment
une nouvelle involution dont le rayon central passera par le point cen-
tral de l'involution donnée.
Lorsque l'on déduit une involution d'une autre involution au moyen de
projections ou de sections ( nº 95 ) , les éléments doubles de la première
donnent toujours naissance aux éléments doubles de la seconde.
100. De ce que dans une involution un groupe quelconque d'éléments
est projectif avec le groupe des éléments conjugués, il résulte que , si
l'on prend arbitrairement quatre points d'une involution , leur rapport
anharmonique sera égal à celui de leurs conjugués . Par exemple , étant
donnée l'involution AA' , BB ' , CC' , ... les groupes ABA'C' , A'B'AC seront
INVOLUTION. 93
projectifs , et l'on aura
AA' AC' - A'A A'C
BA BC B'A B'C'
10
AB' . BC'.CA' + A'B.B'C.C'A = 0 .
Inversement, si cette relation existe entre les segments déterminés par
les points AA'BB'CC' d'une droite , ceux- ci forment des couples en involu-
tion. En effet, la relation ci - dessus équivaut à l'égalité des rapports an-
harmoniques ( ABA'C' ) , ( A'B' AC ) : ces groupes sont donc projectifs ; mais
A et A' se correspondent doublement ; donc ( n° 93 ) , etc.
101. Soit (fig. 77 ) un quadrangle Soit (fig. 78 ) un quadrilatère
complet QRST dont les côtés oppo- complet qrst, dont les sommets op- 、
sés RT et QS, ST et QR, QT et RS posés rt et qs, st et qr, qt et rs
Fig. 77. Fig. 78.
B
T
"
B'
A' S
P Q
R
с
C
C'
sont coupés par une transversale sont projetés d'un centre quelcon-
quelconque en A et A' , B et B' , C❘ que par les rayons a et a' , b et b',
et C' ; soit P l'intersection de QS et c et c' ; et soit p la droite qui joint
RT. ATPR est la projection de qs et rt. Les faisceaux atpr, aca'b'
ACA'B' du centre Q, et, en même sont projectifs , car ils sont perspec-
temps, la projection de ABA'C' du tifs ( leur section commune est q) ;
centre S ; donc le groupe ACA'B' de même atpr, aba' c ' sont perspec-
est projectif à ABA'C' ou (n° 56) tifs ( leur section commune est s )
A'C'AB. Les points A et A' se cor- et, par suite , projectifs . Donc le
respondent doublement dans les faisceau aca'b' est projectif au
groupes projectifs ACA'B', A'C'AB; faisceau aba'c' , ou ( nº 56 ) au
donc (nº 93 ) AA' , BB' , CC' sont trois faisceau a' c'ab. Les rayons a, a' se
94 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
couples de points conjugués d'une correspondent doublement dans les
involution ; ou : groupes projectifs aca'b' , a'c'ab;
donc aa', bb' , cc' sont trois couples
de rayons conjugués en involution ;
ou :
Les trois couples de côtés opposés Les trois couples de sommets op-
d'un quadrangle complet sont cou- posés d'un quadrilatere complet
pés par une transversale quelconque sont projetés d'un point quelconque
en trois couples de points conjugués par trois couples de rayons conju-
en involution ( ¹ ) . gués en involution.
Ou, en d'autres termes : Ou, en d'autres termes :
Si un quadrangle complet se dé- Si un quadrilatère complet se
forme de manière que cinq de ses déforme de manière que cinq de
côtés passent par autant de points ses sommets parcourent cinq droites
fixes, donnés en ligne droite, le fixes, qui concourent en un même
sixième côté tournera aussi autour point, le sixième sommet parcourra
d'un point fixe de la même droite, aussi une sixième droite passant
qui constitue, avec les cinq pre- par le même point , et les six
miers, une involution de six points. rayons formeront trois couples en
involution.
En combinant le théorème qui précède ( à gauche ) avec le théorème
du n° 100 , on voit que ( ² ) :
Si une transversale rencontre les trois couples de côtés opposés d'un
quadrangle complet en A et A' , B et B' , C et C' , les segments de la trans-
versale sont liés par la relation suivante :
AB'.BC'.CA'+ A'B.B'C.C'A := 0.
Dans le théorème de droite , désignons par U et U' , V et V' , Wet W'
les sommets opposés rt et qs, st et qr , qt et rs du quadrilatère qrst, et
par AA' . BB' . CC' les points où les rayons aa'.bb'.cc' sont coupés par une
transversale quelconque. En vertu du nº 95 , nous pourrons alors énoncer
la proposition suivante :
Les six points AA'.BB' . CC' que l'on obtient en projetant d'un centre
quelconque, et sur une droite quelconque, les trois couples UU', VV',
WW' de sommets opposés d'un quadrilatère complet, forment trois cou-
ples en involution .
Supposons maintenant que le centre de projection G soit un des deux
( ' ) DESARGUES, loc. cit. , p. 171 .
(*) PAPPUS, loc. cit., liv. VII, p . 130.
INVOLUTION. 95
points communs aux deux cercles qui ont pour diamètres les diagonales
UU' , VV' ; les angles AGA', BGB' sont droits, et par suite ( n° 98 ) ,
l'angle CGC' sera droit aussi ; cela revient à dire que le cercle décrit sur
WW' comme diamètre passera par G. Donc :
Les trois cercles qui ont respectivement pour diamètres les trois dia-
gonales d'un quadrilatère complet passent par les deux mêmes points.
Les trois cercles ont leurs centres en ligne droite ; donc :
Les points milieux de trois diagonales d'un quadrilatère complet sont
en ligne droite ( ' ) .
102. On déduit du théorème (à On déduit du théorème ( à droite)
gauche ) du n° 101 la construction du n° 101 la construction du
du sixième point C' d'une involution sixième rayon c' d'une involution
quand les cinq autres points sont quand les cinq autres rayons sont
donnés. Menons par C une droite donnés. Prenons un point quelcon-
quelconque sur laquelle nous pren- que sur c et faisons-y passer deux
drons deux points Q et T, et tirons droites q, t ; joignons le point ta au
AT, BT, A'Q, B'Q ; la droite qui point qb' , et le point tb au point qa' ;
joint le point R commun à AT, B'Q ces deux droites concourent en un
au point S commun à A'Q , BT ren- point que nous joindrons au centre
contrera la droite donnée au point du faisceau donné , et nous aurons
cherché C'. le rayon cherché c' .
Si le point C est à l'infini dans le problème de gauche , son conjugué
sera le point central de l'involution . Par conséquent, pour trouver le
Fig. 79.
R
T Q
point central O de l'involution dont on donne deux couples de points
conjugués AA' , BB' , on construira (fig. 79 ) un quadrangle complet, de
manière que deux côtés opposés passent par A , A' , deux autres côtés
opposés par B, B' , et aussi de manière que le cinquième côté soit parallèle
à la droite donnée ; le sixième côté passera par 0 .
Le sixième point C', qui forme une involution de six points avec cinq
(1) CHASLES, loc. cit . , nos 344 et 345.
RIE TIVE
96 GÉOMÉT PROJEC .
points donnés AA'BB'C , est complétement déterminé par ceux-ci : ou au-
trement , il n'y a qu'un seul point C' qui jouisse de cette propriété ( nº 98) .
En effet, ce point peut être regardé comme déterminé par l'égalité des
rapports anharmoniques ( AA'BC ) = ( A'A B'C' ) ; donc ( nº 53 ) , etc.
103. On peut retourner le théorème du nº 101 et dire :
Si une transversale coupe les côtés d'un triangle RSQ
(fig. 77 ) en trois points A' , B ' , C' , qui forment respectivement
des couples en involution avec trois autres points de la même
transversale A, B, C, les droites RA , SB, QC concourent en un
même point T.
En effet, soient T le point commun aux droites RA , SB et C,
le point où la transversale coupe TQ . En vertu du théorème
précédent, appliqué au quadrangle QRST, nous aurons
( A A'BC , ) = ( A'A B'C' ) ;
mais, par hypothèse ,
( AA'BC ) = ( A'A B'C' ) ;
donc (nº 53) C, coïncide avec C, ou bien QC passe par T.
Voici le théorème corrélatif :
Si d'un point S on projette les sommets d'un triangle rsq
(fig. 78) au moyen des rayons a' , b ' , c' qui forment respecti-
vement des couples en involution avec trois autres rayons a,
b, c, issus de S, les points ra, sb, qc seront sur une même
droite t.
104. Soient R' , S' , Q' les points où SQ, QR, RS sont res-
Fig. 80.
C' C A' B B A
pectivement coupés par RT, ST, QT (fig. 80 ) . Nous aurons ,
INVOLUTION. 97
sur les côtés du triangle RSQ , les groupes de quatre points
SQR'A', QRS' B' , RSQ'C',
dont les projections, faites de T sur la transversale , sont
BCAA', CABB ' , ABCC' .
Formons le produit des rapports anharmoniques de ces der-
niers groupes , nous aurons
' BA BA' CB CB' AC AC'
CA CA' AB AB'
ⅱ) ( BC
은 : BC
ou
CA' . AB' . BC'
;
BA' . CB' . AC'
cette quantité est égale à -
— 1 , d'après le n° 100. Donc :
Si les côtés d'un triangle sont coupés par une transversale
quelconque et si , d'un point aussi quelconque, on projette les
sommets sur les côtés respectivement opposés, le produit des
rapports anharmoniques des groupes de quatre points que l'on
obtient sur les trois côtés est égal à -I .
Réciproquement , prenons trois couples de points R'A',
S'B' , Q'C' sur les côtés d'un triangle RSQ , de manière que le
produit des rapports anharmoniques ( SQR'A' ) , ( QRS'B' ) ,
(RSQ'C' ) soit égal à - 1 ; si les droites RR' , SS' , QQ' con-
courent en un point, les points A'B'C' seront en ligne droite ;
et, vice versâ, si A'B'C' sont trois points en ligne droite, les
droites RR' , SS' , QQ' auront un point commun .
Supposons que la transversale passe à l'infini , les rapports
anharmoniques ( SQR'A' ), ( QRS' B′ ), ( RSQ'C' ) deviennent
respectivement égaux à ( nº 53 ) SR' : QR' , QS' : RS' , RQʻ : SQʻ .
Donc ( ¹ ) :
Si trois droites issues d'un même point T et passant respec-
tivement par les sommets d'un triangle RSQ rencontrent les
côtés opposés en R' , S' , Q' , on a, entre les segments des côtés,
•
(¹) Théorème de CEVA, De lineis rectis se invicem secantibus statica construc ·
tio (Mediolani, 1678 ) , t. I , p . 2. — Cfr. BALTZER, Trigon. , p, 131 .
I. 7
TRIE CTIVE
98 GÉOMÉ PROJE .
la relation
SR' QS' RQ' = -
I;
QR RS SQ'
et, réciproquement , si l'on prend les points R' , S' , Q′ sur les
côtés d'un triangle RSQ , de manière que l'on ait la relation
précédente, les droites RR' , SS' , QQ' concourent en un point T.
En répétant ce théorème pour deux points T', T" , on ob-
tient cet autre théorème :
Si les sommets R, S, Q d'un triangle sont projetés, à partir
de deux centres T' , T", sur les côtés opposés , respectivement,
en R'S'Q' , R" S" Q" , le produit des rapports anharmoniques
( SQR'R" ) , ( QRS'S" ) , ( RSQʻQ″ ) est égal à + 1 .
Supposons encore la transversale entièrement arbitraire et
menons ST , QT respectivement parallèles à QR, RS ; alors les
points S' , Q' passent à l'infini et R' devient le point milieu
de SQ (comme point d'intersection des diagonales QS , RT du
parallelogramme QRST ) . Par suite , les rapports anharmo-
niques ( SQR'A' ), ( QRS'B' ), ( RSQ'C' ) seront respectivement
égaux à ( QA' : SA' ) , RB' : QB' , SC' : RC' . Donc ( ' ): .
Si une transversale coupe les côtés d'un triangle . RSQ en
A' , B' , C', on aura , entre les segments des côtés , la relation
QA' RB' SC'
I;
SA' QB' RC'
et, réciproquement, si l'on prend trois points A'B'C' sur les
côtés d'un triangle RSQ, de manière que la relation ci-dessus
soit satisfaite, ces trois points seront en ligne droite.
En répétant ce théorème pour deux transversales , on trouve
que :
Si deux transversales coupent les côtés d'un triangle RSQ
respectivement en A'B'C', A" B" C", le produit des rapports
anharmoniques ( SQAʼA ” ) , ( QR B′ B″ ) , ( RSC′ C" ) est égal à +1.
Réciproquement, prenons trois couples de points A'A",
B'B", C'C" sur les côtés d'un triangle RSQ , de manière que le
(') Théorème de MENELAUS, Sphærica, t. III, p. 1. -- Cfr. BALTZER, Trigon. ,
p. 134.
INVOLUTION . 99
produit des rapports anharmoniques ( SQA'A" ), ( QRB'B" ) ,
(RSC'C" ) soit égal à + 1 ; si les points A'B'C' sont en ligne
droite, les points A" B" C" seront aussi en ligne droite ; et si les
droites RA', SB', QC' concourent en un point, les droites RA" ,
SB", QC" seront aussi concourantes .
105. Nous avons vu, que quand on a deux ponctuelles projectives
(ABC ... ) , ( Α'B'C' ... ) dans un même plan, si l'on projette du point
commun à deux des droites analogues AB' et A'B, AC' et A'C , ... , BC' et
B'C, ... les deux ponctuelles données , les rayons projetants forment une
involution. Les théorèmes corrélatifs sont les suivants :
Étant donnés deux faisceaux projectifs de rayons ( abc...) , ( a'b'c' ...)
situés dans un même plan, mais non concentriques, si on les coupe par
une droite joignant deux des points analogues ab' et a'b, ac' et a'c, ... , bc'
et b'c, ... , on obtient des couples de points en involution.
Étant donnés deux faisceaux projectifs de plans ( αβγ ... ), (α'β' γ' ... )
dont les axes se rencontrent, si l'on fait une section par le plan déterminé
par deux droites analogues à aß' et α'β, αγ' et α' γ, ... , βγ' et β'γ, ... , on
obtient des couples de rayons en involution.
Étant donnés deux faisceaux projectifs de rayons (abc ... ) , ( a'b'c' ... )
ayant le même centre mais non situés dans un même plan, si on les pro-
jette d'un point commun à deux des plans ab' et a'b , ac et a'c, ... , bc et
b'c, ... , les plans projetants forment une involution.
106. Cas particuliers. - Tous les couples de points d'une droite, équi-
distants d'un point fixe de cette droite, forment une involution, parce que
chaque couple est divisé harmoniquement par le point fixe et le point à
l'infini .
Réciproquement, si le point à l'infini est un des éléments doubles d'une
involution de points, tout couple de points conjugués a son milieu sur
l'autre point double. Si, dans une involution, deux couples AA', BB' de
points conjugués ont le même point milieu, ce point sera aussi au milieu
d'un autre couple quelconque CC'.
Tous les angles rectilignes qui ont même sommet sont situés dans un
même plan et ont pour bissectrice une même droite fixe, formant une
involution, parce que les côtés de chaque angle sont séparés harmoni-
quement par la bissectrice commune et par le rayon qui lui est perpen-
diculaire .
Réciproquement, si les éléments doubles d'une involution de rayons
sont deux droites perpendiculaires entre elles, les rayons conjugués de
chaque couple font des angles égaux avec chacun des rayons doubles. Si ,
dans une involution, les angles de deux couples aa' , bb' de rayons con-
7.
100 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
jugués ont les bissectrices communes, celles-ci seront aussi les bissec-
trices d'un autre couple quelconque cc' .
Tous les angles dièdres, ayant même arête et même plan bissecteur,
forment une involution , car les faces de chaque dièdre sont séparées
harmoniquement par le plan fixe et le plan qui lui est perpendiculaire et
qui passe par l'arête commune . Réciproquement, si les éléments doubles
d'une involution de plans sont deux plans perpendiculaires entre eux , les
plans conjugués de chaque couple font des angles égaux avec chacun des
plans doubles, etc.
§ XIII . FORMES PROJECTIVES DANS LE CERCLE.
107. Soient donnés dans un plan deux faisceaux (directe-
ment ) égaux de rayons abcd ... , a' b' c' d' ..., dont les centres
sont O , O' (fig. 81 ) . L'angle de deux rayons correspondants
Fig. 81 .
O'
q'
с a'
aa', bb', cc' ,... est constant ( nº 80 ) : donc le lieu géométrique
du point commun à deux rayons correspondants sera un cercle
passant par O, O' ( ' ) . La tangente au cercle en O fait avec la
corde 00' un angle égal à chacun des angles OAO ' , OBO',
OCO' ,...; mais le rayon 00' du second faisceau doit faire le
même angle avec le rayon correspondant du premier faisceau ;
donc la tangente en O est précisément ce rayon q du premier
faisceau, dont le correspondant q' du second faisceau est la
corde 00'.
Imaginons que la circonférence soit parcourue par le point
(') BALTZER, Planim., p . 45.
FORMES PROJECTIVES DANS LE CERCLE . 101
mobile A, les rayons mobiles AO, AO ' , ou a, a' , engendrent
les deux faisceaux ; quand A sera très-voisin de O , le rayon AO'
différera très-peu , en position , de 00' ou de q', et le rayon AO
différera très-peu de q, c'est-à-dire de la tangente en O. Cela
concorde avec la définition de la tangente en O : la droite
qui joint O au point infiniment voisin de la circonférence .
De même, au rayon 00′ ou p du premier faisceau corres-
pondra dans le second le rayon p' , tangent au cercle en O'.
108. Réciproquement, si l'on projette de deux points O, O'
d'un cercle autant de points que l'on veut A, B, C, D, ... du
même cercle , les rayons projetants O ( A , B , C , D , ... ) ,
O' ( A, B, C, D, ...) forment deux faisceaux ( directement )
égaux, parce que les angles AOB et AO'B, AOC et A O'C , ...
BOC et BO'C ,... sont égaux ; ces faisceaux sont donc projec-
tifs ( nº 78 ) . En d'autres termes , si les points A , B , C, …
.. restent
fixes, tandis que le centre du faisceau se meut sur la circon-
férence , le faisceau reste toujours égal et, par suite, projectif
à lui-même.
Le rayon qui de O projette le même point O ou , plus exac-
tement, le point du cercle infiniment voisin de O est la tan-
gente en O. D'où il résulte que , dans les faisceaux projectifs
O (A, B, C,...), O
' ( A , B , C, ... ) , le rayon du premier faisceau
qui correspond au rayon O'O du second est la tangente en O.
109. Nous savons que , dans deux formes projectives , quatre
éléments harmoniques ( n° 58 ) correspondent à quatre élé-
ments harmoniques ; il suit de là que, si quatre rayons
O ( A, B, C, D) sont harmoniques , le groupe O'(A , B , C , D) sera
aussi harmonique, quelle que soit la position du point O' sur
le cercle . Si nous faisons coïncider O' avec le point infini-
ment voisin de A, le groupe formé par la tangente en A et les
cordes AB, AC, AD sera aussi harmonique . De même, le fais-
ceau composé de la corde AB, de la tangente en B et des
cordes BC, BD sera aussi harmonique , etc.
On dira, dans ce cas , que les quatre points ABCD du cercle
sont harmoniques ( ¹ ) .
(1 ) STEINER, loc. cit., p. 157.
102 GEOMÉTRIE PROJECTIVE .
110. Si PQ , P'Q' sont deux tangentes fixes d'un cercle de
centre M ( fig. 82 ) et AA' une tangente variable limitée aux
Fig. 82.
A'
M
deux tangentes fixes, l'angle AMA' est constant . En effet,
soient Q, P', T les points de contact, on a
angle AMA' AMT + TMA'QMT + TMP' = QMP' (') .
Quand la droite AA' se meut entre les deux tangentes fixes ,
les rayons MA, MA' engendrent donc deux faisceaux projec-
tifs ( n° 82 ) ; par suite , les points A, A' décrivent deux ponc-
tuelles projectives . Donc :
Les tangentes au cercle marquent sur deux tangentes fixes
deux ponctuelles projectives ( ¹ ) .
Comme l'angle AMA' est égal à QMP' , c'est-à-dire à chacun
des angles QMQ' , PMP' ( où P, Q' indiquent un même point
considéré comme appartenant à la première ou à la seconde
tangente fixe ) , les points Q et Q' , P et P' sont correspondants
dans les deux ponctuelles projectives ; ce qui revient à dire
que les points de contact des deux tangentes fixes correspon-
dent au point commun à ces tangentes .
Imaginons que le cercle soit parcouru (enveloppé) par la tan-
gente mobile , les points A, A' engendrent les deux ponctuelles
projectives ; quand la tangente mobile a une position très-voi-
sine de celle de PQ, le point A' est très-voisin de Q ', et le
(¹) BALTZER, Planim. , p . 6 et 13.
(*) BALTZER, Trigon., p . 155.
FORMES PROJECTIVES DANS LE CERCLE . 103
point A devient très-voisin du point correspondant à Q' , c'est-
à-dire du point de contact de PQ. Donc :
Il faut considérer le point de contact d'une tangente
comme l'intersection de celle-ci avec une tangente infiniment
voisine .
111. Le théorème précédent exprime que quatre tangentes
abcd d'un cercle sont coupées par une cinquième tangente en
quatre points ABCD, dont le rapport anharmonique est con-
stant, quelle que soit cette cinquième tangente .
La cinquième tangente peut être infiniment voisine à une
des quatre tangentes fixes, à a par exemple; alors A est le
point de contact de a, et B, C, D sont les intersections ab , ac,
ad.
Comme cas particulier, si abcd coupent PQ en quatre points
harmoniques, les intersections de abcd avec une tangente
quelconque au cercle formeront aussi un groupe harmonique.
Le groupe formé par le point de contact de a et par les points
d'intersection ab, ac, ad, ... est donc un groupe harmonique .
Dans ce cas, les quatre tangentes abcd sont dites harmoni-
ques ( ' ) .
112. Soient (fig. 83 ) A, B, C, ... , X des points du cercle et
a, b, c, ... , x les tangentes correspondantes. Si l'on projette
Fig. 83 .
I C'
B' A' X
D' X
B
M
a
D
C
b d
C
du centre du cercle les points A', B' , C' , ... , où x est coupée
par a, b, c, ... , les rayons projetants sont respectivement
(1 ) STEINER, loc. cit. , p . 157 .
104 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
perpendiculaires aux cordes XA, XB, XC, ... et forment, par
suite ( n° 82 ), un faisceau égal au faisceau X( A, B, C, ... ).
Donc la ponctuelle A'B'C' ... est projective au faisceau
X ( ABC ... ) ( ' ), ou bien :
La ponctuelle que plusieurs tangentes données d'un cercle
déterminent sur une tangente arbitraire est projective au
faisceau des rayons qui projettent leurs points de contact
d'un point quelconque du même cercle.
Il résulte de là, comme cas particulier, que si X ( ABCD)
est un groupe harmonique, le groupe A'B'C'D' est aussi har-
monique, ou :
Si quatre points d'un cercle sont harmoniques , les tan-
gentes en ces points sont aussi harmoniques, et réciproque-
ment .
§ XIV. FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES .
113. Proposons-nous de construire les figures homologiques
de celles qui expriment les théorèmes des nºs 108, 110, 112.
Aux points et aux tangentes du cercle correspondront les
points et les tangentes d'une conique ( nº 18 ). Donc, pour une
conique, la tangente est la droite qui coupe la courbe en deux
points infiniment voisins ; un point de la courbe est l'intersec-
tion de deux tangentes infiniment voisines ; à deux faisceaux
égaux et, par suite, projectifs correspondront deux faisceaux
projectifs, et à deux ponctuelles projectives correspondront
aussi deux ponctuelles projectives ; deux faisceaux ou deux
ponctuelles qui se correspondent dans deux figures homolo-
iques sont, en effet, deux formes projectives. Donc on con-
clut des théorèmes ci-dessus :
I. Si l'on projette de deux points fixes 0 , O' d'une co-
nique autant de points que l'on veut A, B, C, D, ... de la même
courbe ( fig. 84), les rayons projetants O( A, B, C, D, ... ),
O' ( A, B, C, D, ... ) forment deux faisceaux projectifs. Au
rayon 00' du premier faisceau correspond la tangente en O',
( 1 ) BALTZER, Trigon. , p. 157 .
FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES . 105
et au rayon O'O du second faisceau correspond la tangente
en 0.
Fig. 84.
a
B 9 α D
a'
b' d q'
D'
O'
II. Deux tangentes fixes o, o' d'une conique sont cou-
pées par autant de tangentes que l'on veut a, b, c, d, ... en des
Fig. 85.
PO
D
B
d
a D'
B'
points formant des ponctuelles projectives. Au point oo' de
la première ponctuelle correspond le point de contact deo' ,
et au point o'o de la seconde ponctuelle correspond le point
de contact de o ( ') .
—
III. La ponctuelle qu'une tangente mobile à une conique
(fig. 86 ) détermine sur une tangente fixe est projective au
(1) STEINER, loc. cit. , p . 139.
106 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
faisceau qui projette le point variable de contact à partir
d'un point fixé arbitrairement sur la même conique.
Fig. 86.
114..Nous allons maintenant démontrer les théorèmes in-
verses des théorèmes I , II.
I' . Si deux faisceaux de rayons, tracés dans un même plan
( non concentriques ), sont projectifs ( non perspectifs ), le lieu
du point commun à deux rayons correspondants est une co-
nique qui passe par les centres des deux faisceaux ; les tan-
gentes en ces points sont les rayons des deux faisceaux qui
correspondent à la droite qui joint leurs centres.
Soient P, Q les centres des deux faisceaux (fig. 87 ), PA et
Fig. 87.
B' A
QA, PB et QB, ... les couples de rayons correspondants. Le
lieu des points A, B, ... passe par le point Q, parce que le
rayon PQ du faisceau P et le rayon correspondant du faisceau Q
se coupent en Q. De même P est un point du lieu .
FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES . 107
Soit q le rayon du faisceau Q qui correspond au rayon PQ
du faisceau P, et décrivons un cercle tangent à q en Q : ce
cercle coupe les rayons QA, QB, ..., QP en A' , B', ... , P'. Les
faisceaux Q (A', B' , C' , ... ) , P' (A' , B ' , C' , ... ) sont projectifs
( 108) ; par suite , les faisceaux P (A, B, C ,. . . ) , P' ( A′ , B' , C' , ... )
sont aussi projectifs; ces derniers sont aussi perspectifs , puisque
le rayon PP'Q se correspond à lui-même . Donc les droites PA
et P'A', PB et P'B' , PC et P'C' , ... se coupent en des points
d'une droite fixe s . Les triangles PAB et P'A'B' , PAC et
P'A'C',... sont homologiques ; en effet, les droites PP', AA',
BB', CC' , ... concourent toutes en Q ; donc ( nº 14 ) les couples
de côtés PA et P'A' , PB et P'B' , PC et P'C' ,..., AB et A'B' , AC
et A'C' , ... se couperont en des points de s . Il s'ensuit ( nº 66 )
que le cercle et le lieu des points A , B, C , ..., P , Q sont des
courbes homologiques ; Q est le centre et s l'axe d'homologie .
Donc ( nº 18) le lieu cherché est une conique.
Dans les deux figures homologiques , le point Q et la droite q
se correspondent à eux-mêmes ( nº 18 ) ; donc la tangente en Q
à la conique est la droite q elle-même .
II' . Si deux droites ponctuelles , situées dans un même plan
(non superposées ) sont projectives ( non perspectives ) , les
droites qui joignent les couples de points correspondants en-
veloppent une conique, c'est- à- dire sont les tangentes d'une
conique. Cette conique est tangente aux deux droites données
aux points qui correspondent à leur commune intersection .
Soient s, s' (fig. 88 ) deux ponctuelles projectives, A et
A' , B et B' , ... des couples de points correspondants . La
courbe enveloppe des droites AA' , BB' , ... a aussi pour tan-
gente la droite s, parce qu'elle joint le point ss' ou Q' de la
seconde ponctuelle au point correspondant Q de la première .
De même s'est une autre tangente .
Décrivons un cercle tangent à s en Q et menons -lui les tan-
gentes AA", BB" ,... de différents points de s : elles coupent
en A", B" ,... la tangente issue de Q' . De même AA' coupe
BB' , CC' , ... en H', K' , ... , et AA" coupe BB" , CC” , ... en H" ,
K", .... Les ponctuelles ABC ... , A" B" C" ... sont projectives
(nº 110) ; donc les ponctuelles A'B'C' ..., A" B" C"... sont aussi
108 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
projectives ; ces dernières ponctuelles sont aussi perspectives
puisque le point Q' se correspond à lui-même. Donc les droites
A' A", B'B" , C' C" , ... concourent en un point fixe O. Les
Fig. 88.
H'
S'
S
A'
H"
B'
triangles A'B' H' et A" B" H" et A'C'K ' et A" C" K" , sont ho-
mologiques, puisque les couples de côtés A'B' et A" B" , A'H'
et A" H", B'H' et B" H", ... se coupent aux points Q' , A, B,
C,... de la droite fixe s ; donc ( nº 15 ) les droites A'A", B'B",
C'C", ..., H'H", K'K" , ..., qui joignent les sommets , con-
courent au point fixe O. Il résulte de là que la figure formée
par les droites AA' , BB' , CC' , ... et la figure formée par les
droites AA", BB" , CC", ... , c'est-à-dire par les tangentes au
cercle, sont homologiques ( nº 16 ) ; s est l'axe et O le centre
d'homologie ; donc l'enveloppe cherchée est une courbe homo-
logique à un cercle , ce qui veut dire une conique (nº 18 ).
Dans les deux figures homologiques , la droite s et le point Q
se correspondent à eux-mêmes ( nº 18 ), donc le point de con-
tact de la conique avec s est Q ( ' ).
Les théorèmes I' , II' de ce numéro sont corrélatifs ( 27 ) , car
la figure formée par les points d'intersection des rayons cor-
respondants de deux faisceaux projectifs a pour figure corré-
lative celle qui est formée par les droites qui joignent les
(¹) CHASLES, Traité des sections coniques ( Paris, 1865 ) , nos 8 et 9.;
FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES . 109
points correspondants de deux ponctuelles projectives. Donc,
dans deux figures corrélatives ( suivant la loi de dualité dans
le plan), aux points d'une conique correspondent les tan-
gentes d'une autre conique.
115. En ayant égard aux nos 58 et 61 , les théorèmes des
nºs 113 et 114 peuvent aussi s'énoncer comme il suit :
Le rapport anharmonique des quatre droites qui joignent
quatre pointsfixes d'une conique à un point variable de cette
courbe est constant.
Le rapport anharmonique des quatre points où quatre tan-
gentes fixes d'une conique sont coupées par une tangente va-
riable de la même courbe est constant ( ' ) .
On nomme rapport anharmonique de quatre points donnés ABCD
d'une conique le rapport anharmonique des quatre droites O ( A, B, C , D) ,
où O est un point quelconque de la conique. On nomme rapport anhar-
monique de quatre tangentes données abcd d'une conique le rapport an-
harmonique des quatre points o ( a, b, c, d) , où o est une tangente quel-
conque de la conique.
Le rapport anharmonique de quatre tangentes d'une conique
est égal au rapport anharmonique de leurs points de con-
tact ( 2 ) .
Le lieu d'un point d'où l'on peut projeter quatre points
donnés ABCD par des rayons, dont le rapport anharmonique
soit donné, est une conique qui passe par les points donnés .
La tangente en un de ces points, en A par exemple, est une
droite qui forme, avec AB , AC, AD, un groupe, dont le rapport
anharmonique est égal à celui qui est donné.
La courbe enveloppe des droites qui sont coupées par quatre
droites données en quatre points, dont le rapport anharmo-
nique soit donné, est une conique tangente aux droites don-
nées. Le point de contact d'une de ces droites, de a par
exemple, forme avec les points ab, ac, ad un groupe dont le
rapport anharmonique a la valeur donnée ( 3 ) .
(1 ) STEINER, loc. cit. , p . 156.
( *) CHASLES, Géom. sup ., nº 663 .
(3) STEINER, loc. cit. , p . 156-157 .
110 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
116. Par cinq points O, O' , A, B, On peut construire une conique
C donnés arbitrairement dans un tangente à cinq droites données
plan (fig. 84) , mais dont trois dans un plan (fig. 85 ), pourvu que
quelconques ne sont pas en ligne trois d'entre elles ne passent pas
droite, on peut faire passer une parun même point. En effet, il suf-
conique. En effet, il suffira de con- fira de construire les ponctuelles
projectives au moyen des trois cou-
struire les faisceaux projectifs, dont
les centres sont deux des points ples de points correspondants ( oa
donnés, OO' par exemple, et dont et o'a, ob et o'b, oc et o'c) que
trois couples de rayons correspon- trois des droites données a, b , c
dants OA et O'A , OB et O'B , OC et déterminent sur les deux autres. La
O' C se coupent aux trois autres droite d qui joindra deux autres
points. Tout autre couple OD, O'D points correspondants sera une
de rayons correspondants donnera nouvelle tangente de la courbe.
un nouveau point D de la courbe.
Pour construire la tangente en Pour construire le point de con-
un des points donnés, en O par tact d'une des droites données, de
exemple, il suffira de déterminer le o par exemple , il suffira de déter-
rayon du faisceau O qui correspond miner le point de la ponctuelle o
au rayon O'O du faisceau O' . qui correspond au point oo' de la
ponctuelle o' .
Il ne passe qu'une seule conique Il n'y a qu'une seule conique
par cinq points donnés ; s'il en pas- tangente à cinq droites données ;
sait deux , elles auraient en commun s'il y en avait deux, elles auraient
une infinité d'autres points (déter- une infinité de tangentes communes
minés par les couples de rayons (les droites déterminées par les
correspondants des faisceaux pro- couples de points correspondants
jectifs ) , ce qui est absurde. des ponctuelles projectives), ce qui
est absurde.
Il résulte de là, en outre, que :
Par quatre points, il passe une Il y a une infinité de coniques
infinité de coniques ; deux quel- tangentes à quatre droites données ;
conques d'entre elles n'ont aucun deux quelconques de ces coniques
point commun en dehors des quatre ne peuvent avoir une autre tan-
points donnés. gente commune .
117. On peut maintenant énoncer de la manière suivante
les théorèmes du nº 70 :
Si un hexagone est circonscrit à Si un hexagone est inscrit dans
une conique (fig. 89 et 56), les une conique (fig.57 et go), les trois
droites qui joignent les trois cou- couples de côtés opposés se cou-
FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES . III
ples de sommets opposés concourent pent en trois points situés en ligne
en un même point ( ' ) . droite (2).
Fig. 89. Fig. 90.
C
P
B'
B
R
Le théorème de PASCAL est relatif à six points et celui de
BRIANCHON à six tangentes d'une conique ; ces six points ou
tangentes peuvent être pris arbitrairement parmi tous les points
et toutes les tangentes de la courbe . Or la conique est détermi-
née par cinq points ou cinq tangentes, ce qui revient à dire que
cinq points ou cinq tangentes peuvent être pris arbitrairement
parmi les points ou les droites du plan ; mais, une fois ces
cinq éléments déterminés, la conique l'est aussi . Ainsi le théo-
rème de PASCAL exprime la condition nécessaire et suffisante
à laquelle doivent satisfaire six points d'un plan pour qu'ils
puissent se trouver sur une conique ; le théorème de BRIAN-
CHON exprime, de même, la condition nécessaire et suffisante
à laquelle doivent satisfaire six droites d'un plan , pour qu'elles
puissent être tangentes à une conique.
Il résulte des énoncés mêmes du n° 117 que la condition
est nécessaire ; six points d'une conique, pris dans un ordre
( ¹) Théorème de BRIANCHON, publié pour la première fois en 1806 et repro-
duit plus tard dans le Mémoire sur les lignes du second ordre ( Paris, 1817 ,
p. 34).
(2) Théorème de PASCAL : Essai sur les coniques, opuscule de six pages in-8,
publié pour la première fois en 1640, quand l'auteur n'avait encore que seize
ans, puis reproduit dans l'édition des OEuvres de PASCAL ( La Haye, 1779 ) et
aussi récemment par M. WEISSENBORN, dans la préface de son livre : Die Projec-
tion in der Ebene (Berlin, 1862).
I12 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
quelconque , peuvent être considérés comme les sommets
d'un hexagone inscrit ; et, comme le théorème de PASCAL est
vrai pour tout hexagone inscrit, il est nécessaire que , dans
quelque ordre que l'on prenne les six points pour former
l'hexagone, les couples de côtés opposés concourent en trois
points en ligne droite .
La condition est suffisante . En effet (fig. 90 ), supposons
que l'hexagone AB'CA'BC' , que nous obtenons en prenant les
six points dans un certain ordre, jouisse de la propriété que
les couples de côtés opposés BC' et B'C, CA' et C'A, AB' et
A'B concourent en trois points P, Q, R d'une droite .
Par les points AB'CA'B passe une conique ( et une seule )
qui rencontre la droite AC' en un certain point X. Alors
AB'CA'BX sera un hexagone inscrit et les couples de côtés
opposés B' C et BX, XA ou C'A et CA' , A'B et AB' se couperont
en trois points en ligne droite , dont le deuxième et le troi-
sième sont Q et R ; le premier est donc l'intersection de QR
et de B'C ou P. La droite BX passe donc aussi bien par P que
la droite BC' ; donc les droites indéfinies BX et BC' coïn-
cident. Il résulte de là que le point X est situé sur AC' et sur
BC' ; ce point est donc précisément le point C' . ( c. Q. F. D. )
Suivant l'ordre dans lequel on relie six points, on peut ob-
tenir soixante hexagones simples. Il résulte du raisonnement
que nous venons de faire que, si un quelconque de ces hexa-
gones jouit de la propriété que ses couples de côtés opposés
se coupent en trois points en ligne droite, les six points appar-
tiennent à une même conique et, par suite, tous les autres
hexagones jouissent de la même propriété ( ¹ ) .
Des considérations corrélatives à celles qui précédent et se
rapportant au théorème de BRIANCHON peuvent être dévelop-
pées pour un système de six droites.
118. Considérons les deux triangles , dont l'un est formé par
le premier, le troisième et le cinquième côté , l'autre par le
deuxième, le quatrième et le sixième côté de l'hexagone in-
scrit AB'CA'BC' (fig. go ) . Prenons comme correspondants
(') STEINER, loc. cit., p . 311 .
FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES . 113
les côtés BC' et B'C, CA' et C'A, AB' et A'B ; d'après le théo-
rème de PASCAL, ces côtés se coupent deux à deux en trois
points situés en ligne droite ; donc ( nº 15 ) ces deux triangles
sont homologiques . Il résulte de là que l'on peut énoncer le
théorème de PASCAL comme il suit :
Si deux triangles sont homologiques, les points où les côtés
de l'un rencontrent les côtés non correspondants de l'autre
sont situés sur une même conique.
De même, si nous considérons dans un hexagone circon-
scrit ab'ca'be' ( fig. 89 ) les sommets de rang impair et les
sommets de rang pair, comme les sommets de deux triangles
où les sommets be' et b'c , ca' et c'a, ab' et a'b sont pris
comme correspondants, ces couples de sommets sont alignés
sur un même point, d'après le théorème de BRIANCHON ; donc
( nº 14 ) les deux triangles sont homologiques et le théorème
de BRIANCHON peut être énoncé ainsi :
Si deux triangles sont homologiques, les droites quijoignent
les sommets de l'un aux sommets non correspondants de
l'autre sont tangentes à une même conique.
On peut réunir les deux énoncés en un seul :
Si deux triangles sont homologiques, les points où les côtés
de l'un coupent les côtés non correspondants de l'autre sont
sur une conique, et les droites qui joignent les sommets de
l'un aux sommets non correspondants de l'autre sont tan-
gentes à une autre conique ( ¹ ).
119. Reportons- nous à la fig. 9o et considérons les points
AB'CA'B comme fixes et C' comme variable ; on peut pré-
senter ainsi le théorème de PASCAL :
Si un triangle C'PQ se déforme, de manière que ses côtés
PQ , PC' , QC' tournent autour des points fixes R, B, A pendant
que deux de ses sommets P, Q parcourent deux droites fixes
CB' , CA' , le troisième sommet C' décrit une conique qui passe
par les points donnés A, B, par le point C commun aux droites
(1) MÖBIUS, loc. cit. , nº 278.
I. 8
114 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
données, par le point B' commun à.AR, CB' et par le point A'
commun à BR, CA' ( ' ) .
De même , on peut présenter le théorème de BRIANCHON
comme il suit :
Si un triangle c'pq ( fig. 95 ) se déforme , de manière que
ses sommets pq , pc' , qc' parcourent les droites fixes r, b,
a pendant que deux de ses côtés tournent autour de points
fixes cb' , ca' , le troisième côté c' enveloppe une conique tan-
gente aux droites données a, b , à la droite c qui joint les
points fixes, à la droite b' qui joint les points ar, cb' et à la
droite a' qui joint br à ca' .
120. Si , dans les propositions du nº 116 , à droite , nous sup-
posons qu'une tangente soit la droite à l'infini , la conique
sera une parabole (nº 18 ) ; done :
Une parabole est déterminée par quatre tangentes ; ou bien
(n° 116, à droite ) :
Il n'existe qu'une seule parabole tangente à quatre droites
données.
En faisant la même hypothèse dans le théorème nº 113 , II ,
les points à l'infini des deux tangentes , ponctuelles projectives ,
sont des points correspondants , car la droite qui les joint est
une tangente à la courbe . Donc ( nº 74 ) :
Les tangentes à une parabole coupent deux tangentes fixes
de cette courbe en des points qui forment deux ponctuelles
semblables ; ou :
Deux tangentes fixes d'une parabole sont divisées par toutes
les autres tangentes en parties proportionnelles ( 2 ).
Les deux tangentes fixes sont coupées par les autres aux
points A et A', B et B' , C et C' , ... (fig. 91 ) ; soient P, Q' leurs
(¹) Ce théorème a été donné par MACLAURIN, en 1721. Cfr. les Transactions
philosophiques de la Société royale de Londres pour l'année 1735 ( page 121 de
la traduction française publiée à Bologne en 1741 ), et CHASLES , Aperçu histo-
rique sur l'origine et le développement des méthodes en Géométrie (Bruxelles, 1837 ).
Si le point B est à l'infini , ce théorème devient le lemme 20 de NEWTON, Philo-
sophiæ naturalis principia mathematica, liv. I, p . 198 de l'édition de Cologne ;
la première édition est de 1686.
(*) APOLLONII PERGEI Conicorum liv. III, 41 .
FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES . 115
points de contact , leur point commun devra être désigné
par Q ou P', suivant qu'on le considère comme point de l'une
Fig. 91 .
P
C
B
C
B'
A
D'
ou de l'autre tangente . Nous aurons donc les égalités
AB AC BC AP AQ PQ
= ... = =
A'B' A' C' B'C' A'P' A'Q' P'Q'
Réciproquement (n° 114), si l'on donne ( dans un plan)
deux droites ponctuelles semblables , toutes les droites qui
joignent des couples de points correspondants sont tangentes à
une même parabole, qui touche les droites données aux points
qui correspondent à leur commune intersection.
En effet, la droite à l'infini est, dans ce cas, une tangente à
la conique, car elle joint les points à l'infini des deux droites
données, et ces points sont correspondants (n° 73).
121. Supposons, dans le théorème nº 114, que le point P
soit à l'infini ou, ce qui revient au même, que le premier
faisceau soit formé de droites parallèles . A la droite QP ( c'est-
à-dire au rayon du second faisceau parallèle aux rayons du
premier ), considérée comme rayon p' du second faisceau , cor-
respond la droite p du premier, tangente en P; cette droite
peut être à distance finie ou à distance infinie .
Dans le premier cas (fig. 92), la droite à l'infini est un rayonj
du premier faisceau , auquel correspondra dans le second un
rayon j' différent de p' et, par suite, ne passant pas par P ;
donc la conique sera une hyperbole ( n° 18), dont les points
8.
116 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
à l'infini sont P == pp' et jj' ; la droite p est une des asym-
ptotes et j' est parallèle à l'autre .
Fig. 92.
A B
Dans le second cas (fig. 93 ), la droite à l'infini est tangente
en P à la conique : celle-ci est donc une parabole .
Fig. 93.
B
122. Si , dans le même théorème du nº 114 , on suppose les
deux points P et Q à distance infinie ( fig. 94 ), chacun des
Fig. 94.
B
M'
deux faisceaux projectifs sera formé de rayons parallèles et la
FORMES PROJECTIVES DANS LES CONIQUES . 117
conique qu'ils engendrent, devant passer par les points P, Q,
sera une hyperbole ( nº 18 ) . Les asymptotes de l'hyperbole
sont les tangentes en ses points à l'infini ( ' ) ; par suite, elles
seront les rayons p, q' du premier et du second faisceau, qui
correspondent à la droite à l'infini, considérée successivement
comme rayon du second ou du premier faisceau .
D'après le théorème général du nº 113, les asymptotes de
l'hyperbole sont coupées par toutes les autres tangentes en des
points formant deux ponctuelles projectives, dans lesquelles
les points de contact, qui sont ici à l'infini, correspondent au
point O où se coupent les asymptotes. Donc l'équation
JM.I'M' = const.
des nos 59 et 83 devient, dans ce cas ,
OM.OM' = const . ,
où M, M' sont les intersections d'une tangente quelconque
avec les asymptotes. Nous concluons, par conséquent, que :
Le produit des segments déterminés par une tangente quel-
conque de l'hyperbole sur les deux asymptotes , segments
comptés à partir de l'intersection des asymptotes, a une va-
leur constante .
On peut dire aussi :
L'aire du triangle formé par une tangente quelconque de
l'hyperbole et ses asymptotes est constante ( 2 ) .
123. Appliquons aussi le théorème du nº 113 au cas de
deux tangentes fixes parallèles, coupées en M, M' par une
tangente variable . Dans les ponctuelles projectives engendrées
par ces points, au point à l'infini commun aux deux tangentes
fixes correspondent leurs points de contact ; en les désignant
par J, I' , nous aurons, en vertu du nº 59, l'égalité
JM.I'M' const.
(1) DESARGUES, loc. cit. , p. 210 ; NEWTON, loc . cit. , scolie de la prop. p. 27 .
(*) APOLLONIUS, loc. cit. , III, 43 .
118 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
Donc :
Le produit des segments qu'une tangente variable déter-
mine sur deux tangentes parallèles fixes, à partir de leurs
points de contact, est constant ( 1 ) .
§ XV. CONSTRUCTIONS ET EXERCICES.
124. On résout les problèmes suivants au moyen des théo-
rèmes corrélatifs du nº 117 :
Cinq tangentes a, b , c, a', b à une Cinq points A, B', C, A', B d'une
conique étant données, construire conique étant donnés , trouver le
la tangente à la courbe que l'on point commun à cette courbe et à
peut mener par un point H d'une unedroite passant par un despoints
des tangentes données a (fig. 95). donnés A (fig. 96).
Fig. 95. Fig. 96.
A
b
H
B
a
Q
P
R
P
T C B
b C
C
'
Soit c la tangente cherchée, Soit C' le point cherché, l'hexa-
l'hexagone ab'ca'bc' jouira de la gone AB'CA'BC' jouira de la pro-
propriété exprimée par le théorème priété exprimée par le théorème de
de BRIANCHON. Menons la diagonale PASCAL. Soient R le point commun à
r qui joint deux sommets opposés AB' , A'B ( deux côtés opposés de
ab' et a'b, et la diagonale q qui l'hexagone ); Q le point commun à
joint les deux sommets opposés ca' CA' , r ( deux autres côtés opposés) ;
et c'a ( ou c'a est le point donné la droite QR devra couper, en un
H). La diagonale qui joint les deux même point P, les deux autres côtés
autres sommets opposés bc', b'c opposés B'C et BC'. Donc, si l'on
devra aussi passer par le point qr. ❘ joint le point P, commun à B'C,
(¹) APOLLONIUS, loc. cit. , III, 42 .
CONSTRUCTIONS ET EXERCICES. 119
Donc, si p joint les points qr et b'c, QR, au point B, BP couperar au
le point pb, joint au point donné, point cherché C' .
donnera la droite cherchée.
Si l'on suppose maintenant que Si l'on suppose maintenant que
le point H prenne d'autres positions la droite donnée prenne d'autres
sur une des tangentes connues , et positions en tournant autour d'un
si l'on répète chaque fois la con- des points donnés de la conique, et
struction qui précède , on obtiendra si l'on répète chaque fois la con-
autant de tangentes que l'on voudra struction qui précède , on obtiendra
de la conique . Donc le théorème autant de points que l'on voudra
de BRIANCHON sert à construire par de la conique. Donc le théorème
tangentes la conique déterminée par de PASCAL sert à construire par
cinq tangentes données ( ') . points la conique déterminée par
cinq points donnés ( 2).
125. Supposons que, dans le problème qui précède à droite le point B
soit à distance infinie . La conique sera alors, en général, une hyperbole ,
dont on connaît les points A, B' , C, A' et la direction d'une asymptote . On
demande la seconde intersection de la courbe avec une droite donnée r
passant par A (fig. 97 ) .
Fig . 97.
La solution se déduit de celle du problème précédent, en portant le
point B à l'infini dans la direction donnée . Il faudra joindre le point R ,
commun à AB' et à la droite menée par A' dans la direction donnée , avec
le point Q commun à r, A'C ; puis tirer par le point P commun à QR et
B'C une droite parallèle à A'R, qui coupera r au point cherché C '.
(¹ ) BRIANCHON, loc. cit ., p . 38 ; -- PONCELET, loc. cit., nº 209.
(*) NEWTON, loc. cit., prop . XXII ; - MACLAURIN, De linearum geometricarum
proprietatibus generalibus ( Londres, 1748 ) , § 44 .
120 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
I. Si , au contraire, le point A est à l'infini, le problème devient le sui-
vant :
Étant donnés quatre points B'CA'B et la direction d'une asymptote
d'une hyperbole , trouver l'intersection de cette courbe avec une droite
donnée r parallèle à l'asymptote ( fig. 98 ) .
Fig. 98 .
r
A
' R
Ω
B
B
C
' P
Solution . Joignons le point R, commun à A'Bet à la droite menée
par B' dans la direction donnée, au point Q commun à A'C et à la droite
donnée ; puis tirons une droite par le point Bet le point P commun à
QR, B'C ; BP coupera la droite au point cherché C' .
II. Si les points A' , B sont à l'infini, nous avons le problème suivant :
Étant donnés trois points A, B , C et les directions des asymptotes d'une
hyperbole , trouver le second point commun à la courbe et à une droite
donnée r passant par A (fig. 99 ) .
Fig. 99 .
P
r
B Q
A
C
C'
Solution . - Par le point Q, commun à ret à la droite menée par C
dans la direction de la première asymptote, on mène la parallèle à AB' :
elle coupe B'C en P ; par Pon mène la parallèle à la seconde asymptote :
lle coupera rau point cherché C' .
II. Si les points A, B' sont à l'infini, le problème résolu par la construc-
tion précédente est celui-ci :
CONSTRUCTIONS ET EXERCICES . 121
On donne trois points C, A', B et les directions de deux asymptotes d'une
hyperbole , trouver l'intersection de la courbe avec une droite donnée r
parallèle à la première asymptote (fig. 100 ) .
Fig. 100 .
A'
B
Q
P
C
C'
Solution . Par le point Q, commun à ret à CA' , menons une parallèle
à A'B : elle coupera en P la parallèle à la seconde asymptote tracée par C,
BP coupera la droite donnée au point cherché C'.
IV. Supposons encore les points B' , C, A' , B à distance finie et la droite
AÇ' à l'infini ; nous aurons alors le problème :
Connaissant quatre points B' , C, A', B d'une hyperbole et la direction
d'une asymptote, trouver la direction de l'autre asymptote (fig. 101 ) .
Fig. 101 .
B'
C A'
R P
Solution . -
Du point R commun à A'B et à la droite tracée par B'
dans la direction donnée, menons la parallèle à CA' : elle coupera en P la
droite B'C . BP sera la direction demandée .
Tous ces problèmes ne sont que des cas particuliers du nº 124 à droite ;
il sera bon que l'élève s'exerce à déduire les constructions pour les cas
particuliers de la construction générale ; il suffit pour cela de se rappeler
que joindre un point à distance finie à un point à l'infini dans une direc-
tion donnée, c'est mener par le premier point une parallèle à la direction
donnée.
122 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
126. Examinons de la même manière les cas particuliers du problème
nº 124, à gauche, en supposant qu'un des éléments donnés s'éloigne à
l'infini .
Supposons d'abord que le point ac' soit à l'infini; le problème à ré-
soudre est celui-ci :
Étant données cinq tangentes a, b , c, a', b d'une conique, construire la
tangente parallèle à une des tangentes données , à a par exemple
(fig. 102) .
Fig. 102 .
α
b
'
α
6 P
Solution . -
Construisons la droiter qui joint les points ab' , a'b, la
droite q qui passe par le point a'c et est parallèle à a et la droite p qui
joint les points qr, b'c. La tangente cherchée c' passera par le pointpb.
D'un point quelconque du plan d'une conique, on peut lui mener deux
tangentes au plus ( n° 18 ) ; d'un point donné sur une tangente on ne
peut mener qu'une autre tangente. Donc, si une conique est une parabole,
deux de ses tangentes ne peuvent jamais être parallèles.
I. Si la droite b est à l'infini , nous aurons le problème :
Quatre tangentes a, b , c, a' d'une parabole étant données, construire la
tangente qui passe par un point H de a (fig. 103 ).
Fig. 103 .
C a
'
b
'
α
q
p
Solution . -
Construisons la droiter qui passe par ab' et est parallèle
COROLLAIRES DES THÉORÈMES DE PASCAL ET BRIANCHON . 123
à a', la droite q qui joint le point donné H au point a'c, et la droite p
qui joint les points qr, b'c. La tangente cherchée sera parallèle à p .
II. Si la droite a est à l'infini , nous avons le problème :
Étant données quatre tangentes b', c , a' , b d'une parabole , construire la
tangente parallèle à une droite donnée (fig. 104 ) .
Fig. 104 .
b' C a'
Solution. - Construisons la droiter qui passe par le point ab et est
parallèle à b' , la droite q qui passe par le point a'c et qui a la direction
donnée , et la droite p qui joint les points b'c , qr. La tangente cherchée
passera par le point pb .
III. Si la position de H sur a varie dans le problème I, ou si la direction
donnée varie dans le problème II , on parvient à la solution du problème.
Construire les tangentes à la parabole déterminée par quatre tangentes
données.
§ XVI . COROLLAIRES DES THÉORÈMES DE PASCAL ET Brianchon .
127. Nous avons déjà développé quelques propositions et
constructions ( nos 124 et suivants ) qui sont des conséquences
immédiates des théorèmes de PASCAL et BRIANCHON et qui ré-
sultent de l'hypothèse d'éléments s'éloignant à l'infini . On
obtient d'autres corollaires si l'on suppose que deux des six
points ou des six tangentes soient infiniment voisins ( ¹ ) .
Si AB'CA'BC' sont six points d'une conique , le théorème
de PASCAL dit que les faisceaux A ( A'B'CC′ ) , B ( A'B'CC' ) , par
exemple, sont projectifs . Au rayon AB du premier correspond
(¹ ) CARNOT, loc. cit., p . 455-456 .
124 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
la tangente en B à la conique, de manière que l'on peut
dire que le groupe des quatre droites
AA' , AB' , AC, AB
est projectif au groupe formé de
BA' , BB ' , BC
et de la tangente en B ; cela revient évidemment à supposer
que le point C' , pris d'abord dans une position quelconque
sur la courbe , est devenu infiniment voisin de B. L'hexagone
inscrit est donc remplacé par la figure que forment le penta-
gone inscrit A B'CA'B et la tangente b au sommet B (fig. 105) ,
et le théorème de PASCAL devient celui- ci :
Fig. 105.
P R
B
b
C
Si un pentagone ( AB'CA'B ) est inscrit dans une conique,
le point commun à deux côtés non consécutifs ( AB′ , A'B ), le
point commun à deux autres côtés non consécutifs ( AB, CA' ),
et le point où le cinquième côté ( B'C ) rencontre la tangente
au sommet opposé ( B ) sont une ligne droite.
Nous pouvons déduire aussi ce corollaire de la construction ( nº 66 à
droite ) de deux faisceaux projectifs . Étant donnés les couples de rayons
correspondants AA ' et BA' , AC et BC , AB' et BB' , coupons les deux fais-
ceaux par les transversales CA' , CB ' , et soit R le point de concours de
A'B, AB' ; alors deux rayons correspondants quelconques des faisceaux
A, B devront couper respectivement les transversales CA' , CB' en deux
points alignés avec R. Donc , pour obtenir le rayon du second faisceau qui
correspond à AB, c'est-à-dire la tangente en B, il suffit de joindre Rau
point Q commun à CA' , AB ; la droite demandée sera celle qui va du
point B au point P intersection de CB', QR. Cette construction coïncide
précisément avec le corollaire ci -dessus énoncé .
COROLLAIRES DES THÉORÈMES DE PASCAL ET BRIANCHON . 125
128. Ce corollaire sert à résoudre les deux problèmes suivants :
1º Étant donnés cinq points A, B', C, A' , B d'une conique, construire la
tangente en un des points donnés B (fig . 105 ) .
Solution . Joignons le point Q, commun à AB, CA' au point R com-
mun à AB', A'B, et soit P l'intersection de B'C, QR. La tangente demandée
sera BP ( ' ) .
Cas particuliers. - Un des points AB'CA' est à l'infini . Connaissant
quatre points d'une hyperbole et la direction d'une asymptote, construire
la tangente en un des points donnés .
Best à l'infini . Connaissant quatre points d'une hyperbole et la direc-
tion d'une asymptote, construire cette asymptote.
Deux des points AB' , CA' sont à l'infini. Connaissant trois points d'une
hyperbole et la direction des asymptotes, construire la tangente enun des
points donnés .
Bet un des autres points sont à l'infini. Connaissant trois points d'une
hyperbole et la direction des asymptotes, construire une asymptote.
2º Étant donnés quatre points ABA'C d'une conique et la tangente en
B, construire la conique par points ; par exemple, trouver le point de la
courbe qui se trouve sur une droite donnée passant par A (fig. 105) .
Solution . Soient R le point commun à r, A'B ; Qle point où AB
coupe CA' ; et P le point commun à QR et à la tangente donnée. Le point
cherché sera celui où CP coupe la droite donnée .
Si l'on suppose à l'infini un ou deux des points AA'C, ou le point A et
la droite r, ou le point B, ou le point B et un des autres points, ou le
point Bet la tangente donnée, on a les cas particuliers suivants :
Construire par points l'hyperbole dont on connaît trois points , la tan-
gente en un d'eux et la direction d'une asymptote ; ou deux points , la
tangente en un d'eux et la direction des asymptotes ; ou trois points et
une asymptote ; ou deux points, une asymptote et la direction de l'autre.
Construire la parabole dont on donne trois points à distance finie et la
direction des droites qui concourent au point à l'infini .
129. Revenons maintenant à l'hexagone A B'CA'BC' inscrit
dans une conique, et supposons que, non-seulement C' soit
infiniment voisin de B, mais aussi que B' et C soient infini-
ment voisins, la figure nous donnera alors un quadrangle in-
( 1 ) MACLAURIN, loc. cit. , § 40 .
126 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
scrit AB' A' B avec les tangentes aux sommets B, B' ( fig. 106),
et le théorème de PASCAL devient celui-ci :
Fig. 106.
P
B'
Q
A
A'
Si un quadrangle est inscrit dans une conique, le point
commun aux tangentes en deux sommets opposés est en ligne
droite avec les deux points de concours des couples de côtés
opposés ( 1 ).
C'estune propriété déjà remarquée ailleurs (n° 67, à droite) . En effet,
considérons les faisceaux projectifs dont les rayons correspondants sont
BA et B'A, BA' et B'A', ... , la droite qui joint le point Q commun à BA
et B'A' au point R commun à B'A, BA' doit passer par l'intersection P
des rayons qui correspondent à la droite qui joint les centres B, B' .
130. Le corollaire qui précède sert à résoudre les problèmes sui-
vants :
1º Étant donnés quatre points AB'A'B d'une conique et la tangente BP
en B, construire la tangente en B' (fig. 106 ).
Solution. Soient Q le point commun à AB, A'B' ; R le point commun
à AB', A'B ; et P le point commun à la tangente donnée et à QR. La tan-
gente demandée sera B'P ( 2 ) .
(1 ) MACLAURIN, loc. cit., § 36.
(*) MACLAURIN, loc. cit. , § 38.
COROLLAIRES DES THÉORÈMES DE PASCAL ET BRIANCHON. 127
En supposant à l'infini un des points donnés ou la droite donnée, on
obtient la solution des problèmes particuliers qui suivent :
Construire la tangente en un point donné d'une hyperbole dont on
connaît ou deux autres points, la tangente en un d'eux et la direction
d'une asymptote ; ou un autre point avec sa tangente et les directions des
asymptotes ; ou deux autres points et une asymptote ; ou un autre point,
une asymptote et la direction de l'autre asymptote.
Construire l'asymptote donnée en direction d'une hyperbole dont on
connaît , en outre, trois points et la tangente en un d'eux ; ou deux
points, la tangente en un d'eux et la direction de la seconde asymptote ;
ou deux points et la seconde asymptote.
Construire la tangente en un point donné de la parabole dont on con-
naît deux autres points à distance finie et la direction sur laquelle est le
point à l'infini.
2º Construire par points la conique dont on donne trois points ABB' et
les tangentes BP, B'P ; par exemple, construire le point A' où la courbe
est coupée par une droite quelconquer menée par B (fig. 107 ) .
Fig . 107 .
R P Q
B
B'
A'
Solution . Joignons le point P commun aux tangentes données au point
Roù r coupe AB' ; soit Q l'intersection de AB, PR. La droite B'Q coupera
rau point cherché A'.
Supposons à l'infini un des points ABB', ou une des droites BP, B'P, r,
on aura les solutions des cas particuliers suivants :
Construire par points l'hyperbole dont on donne deux points avec leurs
tangentes et la direction d'une asymptote ; ou un point avec sa tangente,
une asymptote et la direction de l'autre asymptote ; ou les deux asymptotes
et unpoint.
Construire par points la parabole dont on donne deux points, la tan-
gente en un d'eux et la direction des droites qui concourent au point de
l'infini.
128 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
131. Les tangentes aux deux autres sommets A et A' du
quadrangle A BA'B' ( fig. 107 ) se coupent aussi sur la droite
qui joint le point ( A B , A'B' ) au point ( AB′ , A'B ) ; donc :
Si un quadrangle est inscrit dans une conique, les points
où se coupent les côtés opposés et les points où se coupent les
tangentes aux sommets opposés sont quatre points en ligne
droite.
132. Écrivons maintenant C, D, E, G à la place de A' , B',
R, Q (fig. 108 ) . Dans le quadrangle inscrit ABCD , le point
commun aux tangentes en A et C, le point commun aux tan-
gentes en B et D, le point commun aux côtés AD, BC et le
point commun aux côtés AB, CD sont donc sur une même
droite EG.
Les mêmes points A, B, C, D, pris dans un autre ordre,
forment deux autres quadrangles inscrits ACDB, ACBD. Donc,
si l'on applique le dernier théorème au quadrangle inscrit
ACDB, on trouve que le point commun aux tangentes en A
et D, le point commun aux tangentes en C et B, le point
commun aux côtés AB, CD et le point commun aux côtés
AC, BD sont tous sur une même droite FG . De même le
quadrangle inscrit ACBD donne quatre 'points sur la même
droite EF les intersections des tangentes en A et B, des
tangentes en C et D, des côtés AD, CB et des côtés AC,
BD ( ' ) .
Les trois droites EG, FG, EF, que l'on obtient ainsi, sont
les côtés du triangle diagonal ( nº 30, 2º ) du quadrangle complet
dont les sommets sont les quatre points donnés ; et comme
les mêmes droites renferment aussi les intersections des
couples de tangentes en ces points, elles sont donc aussi les
diagonales du quadrilatère complet formé par ces quatre tan-
gentes ; ou :
Le quadrilatère complet formé par quatre tangentes à une
conique et le quadrangle complet formé par leurs quatre
points de contact ont le même triangle diagonal.
( ' ) MACLAURIN, loc, cit. , § 50. – CARNOT, loc. cit . , p . 453-454 .
COROLLAIRES DES THÉORÈMES DE PASCAL ET BRIANCHON. 129
Dans la fig. 108, a, b, c, d sont les quatre tangentes, A, B, C,
D les quatre points de contact, EFG est le triangle diagonal .
Fig. 108.
f
E
C
a
D C G
d
e
b
g
133. Dans le quadrilatère complet abcd, la diagonale dont les
extrémités sont aux points ac, bd coupe les deux autres diago-
nales en E, G; ces quatre points sont donc harmoniques ( 48) .
La proposition corrélative est celle-ci : les deux côtés opposés
du quadrangle complet inscrit ABCD qui concourent en F sont
séparés harmoniquement par les droites qui vont aux deux
autres points diagonaux E, G ( n° 49) . On peut donc énoncer
la proposition suivante (fig. 108) :
Quand un quadrilatère ( simple) inscrit ( ABCD ) a pour
sommets consécutifs les points de contact consécutifs d'un
quadrilatère ( simple) circonscrit ( abcd ), 1º les diagonales des
deux quadrilatères passent par un méme point ( F ) et forment
un groupe harmonique; 2º les points de concours des couples
de côtés opposés des deux quadrilatères sont en ligne droite
( EG) et séparés harmoniquement ; 3º les diagonales du qua-
drilatère circonscrit passent par les points de concours des
côtés opposés du quadrilatère inscrit ( ' ) .
( 1 ) CHASLES, Sect. coniques, nº 121 .
I. 9
130 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
134. En s'appuyant sur le théorème du nº 132, on peut, si l'on donne
quatre tangentes abcd d'une conique (fig. 108) et un de leurs points de
contact, trouver immédiatement les trois autres ; et, si l'on donne quatre
points A, B, C, D et la tangente en un d'eux, construire les tangentes aux
trois autres points ( ' ) .
Solution . Construisons le tri- Construisons le triangle diagonal
angle diagonal EFG du quadrilatère efg du quadrangle complet ABCD ;
complet abcd; AG , AF, AE rencon- les points ag, af, ae appartiendront
treront respectivement b, c, d en B, respectivement aux tangentes de-
C, D. mandées b, c, d.
135. Si nous considérons les quatre droites abcd comme
formant un quadrilatère (non complet) circonscrit à la co-
nique, nous pouvons donner au théorème du nº 132 l'énoncé
suivant, qui est déjà compris dans celui du nº 133 ( 2 ) :
Si un quadrilatère est circonscrit à une conique, les droites
qui joignent les points de contact des côtés opposés passent
par le point commun aux diagonales (fig. 109 ).
Fig. 109.
b
A C
Cette propriété se confond avec une autre propriété déjà démontrée à
propos de deux ponctuelles projectives ( nº 67, à gauche) . En effet, con-
sidérons les deux ponctuelles projectives a et c, dans lesquelles ab et cb,
ad et cd, ... sont des points correspondants, la droite qui joint les points
ab et cdet celle qui joint les points cb et ad se coupent sur la droite qui
joint les points correspondant au point ac, c'est-à-dire sur la droite qui
joint les points de contact de a et c .
(1) MACLAURIN, loc. cit. , § 38 et 39.
(*) NEWTON, loc. cit. , cor. II au lemme XXIV.
COROLLAIRES DES THÉORÈMES DE PASCAL ET BRIANCHON . 131
Dans le cas où la conique est une hyperbole, si l'on considère le qua-
drilatère formé par les asymptotes et deux tangentes quelconques , la pro-
position ci-dessus exprime que les diagonales sont parallèles à la corde
qui joint les points de contact des deux tangentes ( ' ) .
136. Le théorème qui précède sert à résoudre le problème :
Construire par tangentes la conique dont on donne trois tangentes a,
b, c et deux points de contact A, C; par exemple, mener une nouvelle
tangente par un point H donné sur a (fig. 10g) .
Solution . Joignons le point ab au point commun à AC et à H ( bc ) ;
cette droite rencontrera c en un point qui, joint à H, donnera la tangente
demandée d.
Si l'on suppose qu'un des peints A, C ou une des tangentes données
soit à l'infini, on obtiendra les solutions des divers cas particuliers :
Construire par tangentes l'hyperbole dont on donne une asymptote,
deux tangentes et un point de contact, ou les deux asymptotes et une
tangente ; construire par tangentes la parabole dont on connaît le point à
l'infini , deux tangentes et un point de contact, ou deux tangentes et
leurs points de contact.
137. Si nous supposons que les points A et B' , C et A' , B
et C' soient infiniment voisins, dans le théorème de PASCAL,
nous aurons (fig. 110 ) un triangle inscrit ABC et les tangentes
aux sommets ; donc :
Fig. 110.
E
B R
A
D
0
Si un triangle est inscrit dans une conique, les tangentes
aux sommets rencontrent les côtés respectivement opposés en
trois points en ligne droite .
(1) AI OLLONIUS, loc. cit. , III , 44 .
9.
132 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
138. Ce théorème résout le problème :
On donne trois points A, B, C d'une conique, les tangentes
en A et B ; construire la tangente en C (fig. 110 ) .
Solution . - Les tangentes données rencontrent respectivement BC, CA
en P, Q; PQ rencontre AB en R ; CR sera la tangente demandée.
Les problèmes suivants sont des cas particuliers du précédent :
Étant donnés deux points A, B d'une hyperbole, les tangentes en ces
points et la direction d'une asymptote, construire cette asymptote.
On donne une asymptote d'une hyperbole, un point A et sa tangente,
et la direction de l'autre asymptote ; construire cette dernière droite.
On donne les deux asymptotes d'une hyperbole et un point C ; construire
la tangente en C.
On donne deux points A, C d'une parabole, la tangente en A, la direc-
tion des droites qui concourent au point de l'infini ; construire la tan-
gente en C.
139. Le triangle inscrit ABC et le triangle DEF fourni par
les tangentes (fig. 110 ) jouissent donc de la propriété que les
couples de leurs côtés BC et EF, CA et FD, AB et DE se cou-
pent en trois points d'une droite. Par suite, les deux triangles
sont homologiques, c'est-à-dire (n° 16 ) les droites AD, BE,
CF qui joignent leurs sommets , passent par un même point 0 ;
ou bien :
Si un triangle est circonscrit à une conique, les droites qui
joignent les sommets aux points de contact des côtés respec-
tivemeut opposés concourent en un point.
140. Ce théorème permet de résoudre le problème :
Étant données trois tangentes d'une conique et deux points de contact,
trouver le troisième .
Solution. - Soient DEF (fig. 110) le triangle circonscrit formé par les
tangentes données , A et B les points de contact de EF, FD. Les droites
AD et BE concourent en O ; FO coupera DE au point demandé C.
Cas particuliers. Ondonne deux tangentes, une asymptote d'une hy-
perbole et le point de contact d'une des tangentes ; construire le point de
contact de l'autre .
On donne deux asymptotes et une tangente d'une hyperbole ; construire
son point de contact.
On donne deux tangentes d'une parabole avec leurs points de contact,
construire la direction des droites qui concourent au point de l'infini .
COROLLAIRES DES THÉORÈMES DE PASCAL ET BRIANCHON . 133
On donne deux tangentes à une parabole, le point de contact de l'une
d'elles et le point à l'infini ; construire le point de contact de l'autre tan-
gente.
141. Nous avons déduit du théorème de Pascal des théo-
rèmes spéciaux concernant le pentagone, le quadrangle et le
triangle inscrits ; on peut déduire de la même manière du
théorème de BRIANCHON les propositions corrélatives concer-
nant le pentagone, le quadrilatère et le triangle circonscrits .
En effet, si l'on suppose que, des six tangentes a, b , c, a' ,
b, c' formant l'hexagone circonscrit (nº 117, à gauche ), deux, b
et c' , par exemple, deviennent infiniment voisines, comme
une tangente rencontre la tangente infiniment voisine en son
point de contact ( nºs 110, 113 ), l'hexagone se changera en la
figure composée du pentagone circonscrit ab'ca'b et du
point de contact du côté b (fig. 111 ). Le théorème de BRIAN-
CHON donne alors celui-ci :
Fig. 111 .
b
a
a
'
q
b
' p
Si un pentagone est circonscrit à une conique, deux dia-
gonales joignant deux couples de sommets différents et la
droite qui joint le cinquième sommet au point de contact du
côté opposé concourent en un même point.
Ce théorème se confond avec une propriété des ponctuelles projectives
déjà signalée ( n° 66, à droite ) . Supposons, en effet, que l'on ait sur les
droites a, b les ponctuelles projectives déterminées par les sécantes
a' , b', c ; si la première ponctuelle est projetée du point ca', et la seconde
du point cb' , on a deux faisceaux perspectifs dont la section commune est
la droite r qui joint les points ab, ba' . Donc, si l'on demande le point de
la seconde ponctuelle qui correspond au point ab de la première, c'est-à-
dire le point de contact de la tangente b, il suffira de tirer la droite q qui
projette ab de ca, puis la droite p par les points cb' , gr; le point pb
sera le point demandé.
134 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
La propriété du pentagone circonscrit que nous venons d'établir donne
le moyen de résoudre les problèmes suivants :
1° Étant données cinq tangentes d'une conique , trouver le point de
contact de l'une d'elles ( ¹ ) .
Cas particulier. - Étant données quatre tangentes d'une parabole ,
trouver leurs points de contact et le point à l'infini .
2º Construire par tangentes la conique dont on donne quatre tangentes
et un point de contact .
Cas particuliers. Construire par tangentes une hyperbole dont on
donne trois tangentes et une asymptote .
Construire par tangentes une parabole dont on donne trois tangentes et
le point à l'infini , ou trois tangentes et un point de contact.
Les corollaires du théorème de BRIANCHON relatifs au quadrilatère et au
triangle inscrits ne sont autres que les théorèmes des n° 135 et 139 ; ils
sont corrélatifs aux théorèmes des nºs 129 et 137 , comme les théorèmes
des nos 127 et 141 sont corrélatifs entre eux.
Ce sera un exercice très- utile à l'élève que de résoudre tout seul les
problèmes énoncés dans la présente section ( § XVI ) ; les constructions
se ramènent toutes à deux , corrélatives entre elles et données immédiate-
ment par les théorèmes de PASCAL et BRIANCHON.
142. Les corollaires des théorèmes de PASCAL et BRIANCHON montrent
que, de même qu'une conique est déterminée par cinq points ou cinq tan-
gentes , de même elle est déterminée par quatre points et la tangente en
un d'eux ; par quatre tangentes et un point de contact, par trois points
et les tangentes en deux d'entre eux , par trois tangentes et deux points
de contact. D'où il résulte que :
1º Une infinité de coniques peuvent passer par trois points et être tan-
gentes à une droite donnée en un de ses points, ou passer par deux points
donnés et y toucher deux droites données ; mais deux quelconques de ces
coniques ne peuvent avoir un autre point commun ;
2º Une infinité de coniques peuvent toucher une droite donnée en un
point donné et deux autres droites données , ou deux droites données en
des points donnés ; deux quelconques de ces coniques n'ont aucune autre
tangente commune .
Donc , si deux coniques sont tangentes à une droite donnée en un même
point ( c'est-à-dire si les coniques sont tangentes entre elles en ce point) ,
elles ne peuvent avoir , en outre , plus de deux tangentes ou plus de deux
points communs ; si deux coniques sont tangentes à deux droites données
(1 ) MACLAURIN , loc. cit., § 41.
THÉORÈME DE DESARGUES . 135
en des points donnés ( c'est-à-dire si deux coniques sont tangentes entre
elles en deux points) , elles ne peuvent avoir en commun ni d'autres points
ni d'autres tangentes .
On peut dire aussi que, si deux coniques sont tangentes à une droite a
enun point A, celui-ci équivaut à deux points d'intersection, et la droite a
équivaut à deux tangentes communes .
§ XVII. THÉORÈME DE DESARGUES .
143. Un quadrangle QRST est Un quadrilatère qrst (fig. 113 )
inscrit dans une conique (fig. 112), est circonscrit à une conique , d'un
une transversale arbitraire s coupe point arbitraire Son mène les
les côtés QT , RS, QR, TS aux points droites a, a , b, b' aux sommets qt,
A, A' , B , B' et la conique aux points rs , qr, ts du quadrilatère , et les
P, P' . tangentes p , p' à la conique.
Fig. 112 . Fig. 113.
S
B'
R
q
r
P'
Q
A
P
C b
T B
t
P'1
a
B 1 T1
P S
p 6' a'
R
C C
S
C
Les deux groupes de rayons qui , Les deux groupes de points où q
de Qet de S, projettent les points et s coupent les tangentes p, r, p' ,
P, R , P' , T de la conique sont pro- t de la conique sont projectifs
jectifs ( n° 113) : donc les deux (n° 113 ) : donc les deux groupes de
groupes de points PBP'A, PA'P'B ' rayons pbp'a, pa'p'b' qui projet-
où ces rayons sont coupés par la tent ces points de S sont aussi pro-
transversale s sont aussi projectifs. jectifs. Donc ( n° 56 ) les groupes
Donc (n° 56) les groupes PBP'A, | pbp'a, p'b'pa' sont projectifs, c'est
136 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
P' B'PA' sont projectifs, c'est-à-dire à-dire que ( n° 94)
que ( n° 94)
PP' . AA' . BB ' pp'.aa' . bb'
sont trois couples de points en in- sont trois couples de rayons en in-
volution . volution .
C'est le théorème de DESAR- C'est le théorème corrélatif de
GUES ( ' ) : celui de DESARGUES :
Une transversale quelconque ren- Les tangentes menées d'un point
contre une conique et les côtés op- quelconque à une conique et les
posés d'un quadrangle inscrit en droites menées du méme point aux
trois couples de points conjugués en sommets opposés d'un quadrilatère
involution . circonscrit forment trois couples de
rayons conjugués en involution.
144. Ce théorème peut servir, Ce théorème peut servir, comme
comme le théorème de PASCAL le théorème de BRIANCHON ( nº 117 ,
(nº 117, à droite), à construire par à gauche), à construire par tangentes
points la conique dont on donne la conique dont on donne cinq tan-
cinq points PQRST (fig. 112 ). En gentes pqrst (fig. 113). En effet,
effet, menons par P une transversale prenons sur pun point arbitraire S
arbitraire s qui coupe QT, RS, QR, et tirons de ce point les rayons a,
TS en A, A' , B, B' ; puis construi- a' , b, b' aux points qt, rs , qr, ts;
sons le point P' conjugué de P dans puis construisons ( n° 102 ) le rayon
l'involution déterminée par les cou- p' conjugué de p dans l'involution
ples de points AA', BB' ( n° 102) et déterminée par les couples de rayons
P' sera un point de la conique à aa', bb' ; p' sera une tangente de la
décrire . conique à construire.
145. Le couple CC' des points où Le couple cc' des rayons qui pro-
la transversale coupe les diagonales | jettent de S les points qs, rt de con-
QS, RT du quadrangle inscrit ap- cours des côtés opposés du quadri-
partient aussi ( n° 101 , à gauche) à | latère circonscrit appartient aussi
l'involution déterminée par les ( n° 101 , à droite) à l'involution dé-
points AA', BB'. terminée par les rayons aa', bb' .
En outre, comme les points AA', En outre, comme les rayons ad' ,
BB' suffisent pour déterminer l'in- 66' suffisent pour déterminer l'in-
volution, les points PP' sont des volution, les rayons pp' sont con-
points conjugués de cette involution, jugués dans cette involution, quelle
quelle que soit la conique circon- que soit la conique inscrite dans le
scrite au quadrangle QRST ; donc : quadrilatère qrst ; donc :
( 1 ) Loc. cit. , p. 171 , 176 .
THÉORÈME DE DESARGUES . 137
Toutes les coniques circonscrites Les couples de tangentes menées
à un méme quadrangle sontcoupées d'un point quelconque aux coniques
par une transversale quelconque en inscritesdans un méme quadrilatère
couples de points en involution. forment une involution .
Si l'involution a des points dou- Si l'involution a des rayons dou-
bles , chacun d'eux tiendra lieu de bles, chacun d'eux tiendra lieu de
deux intersections PP' coïncidentes deux tangentes pp' coïncidentes (ou
(ou infiniment voisines), c'est-à-dire infiniment voisines ) , c'est- à - dire
sera le point de contact entre la sera tangent en S à une conique
transversale et une conique circon- inscrite au quadrilatère.
scrite au quadrangle.
Donc il y a deux coniques qui Donc il y a deux coniques qui
passent par quatre points donnés sont tangentes à quatre droites
QRST et sont tangentes à une droite données qrst et passent par un point
donnée s ( qui ne passe par aucun donné S (non situé sur une des
des points donnés ) ou il n'y a au- droites données ), ou il n'y a aucune
cune conique qui satisfasse à ces conique qui satisfasse à ces condi-
conditions . tions .
146. De six points AA', BB', PP' De six rayons aa' , bb', pp' for-
formant trois couples en involution , mant trois couples en involution,
si l'on en donne cinq, le sixième est si l'on en donne cinq, le sixième
déterminé ( n° 102) . Par suite, si, est déterminé ( n° 102) . Par suite ,
dans la fig. 112 , nous supposons la si , dans lafig. 113, nous supposons
conique donnée et le quadrangle la conique donnée et le quadrilatère
variable de manière que les points variable , de manière que les rayons
AA'B soient fixes, le point B'est aa'b soient fixes , le rayon b' res-
aussi invariable ; donc : tera aussi invariable ; donc :
Si un quadrangle se déforme, Si un quadrilatère se déforme
sans cesser d'étre inscrit dans une sans cesser d'étre circonscrit à une
conique, mais de manière que trois conique, mais de manière que trois
de ses côtés tournent autour de de ses sommets parcourent trois
trois points fixes en ligne droite,le droites fixes issues d'un méme
quatrième côté tournera aussi au- point, le quatrième sommet par-
tour d'un quatrième point fixe de courra aussi une quatrième droite
la méme droite . fixe issue du méme point .
Le même théorème ( à gauche ) subsiste pour un polygone
quelconque inscrit, d'un nombre pair de côtés. Supposons
que le polygone inscrit ait 2n côtés et qu'il se déforme de
manière que ses an I premiers côtés passent respective-
ment par autant de points fixes situés sur une droite s
138 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
(fig. 114). Menons les diagonales du premier sommet au
quatrième, au sixième, au huitième, .. , au 2 ( n - 1 )ième, le po-
Fig. 114.
4
2 7
lygone sera ainsi divisé en n - 1 quadrangles simples. Dans
le premier de ces quadrangles , les trois premiers côtés ( qui
sont les trois premiers côtés du polygone ) passent par trois
points fixes des : donc le quatrième côté (qui est la première
diagonale du polygone ) passera par un point fixe de s. Dans
le second quadrangle , les trois premiers côtés ( la première
diagonale , le quatrième et le cinquième côté du polygone )
passent par trois points fixes de s : donc le quatrième côté
( deuxième diagonale du polygone) passera par un point fixe
de s. En continuant de la même manière, on arrivera au der-
nier quadrangle et l'on trouvera que le quatrième côté de ce
quadrangle, ou le 2 nième côté du polygone, passe aussi par un
point fixe de s. Donc :
Si un polygone d'ordre pair 2n se déforme , sans cesser
d'être inscrit dans une conique et de manière que ses côtés,
moins un, passent par autant de points fixes en ligne droite,
le dernier côté passera aussi par un point de la même
droite ( ' ) .
Si l'on peut mener des tangentes à la conique du point fixe
autour duquel tourne le dernier côté et si l'on considère
chacune d'elles comme position du dernier côté, les deux
sommets situés sur ce côté coïncideront, et le polygone
n'aura plus que 2n - 1 sommets . Le point de contact de cha-
(1 ) PONCELET, loc. cit., nº 513 .
THÉORÈME DE DESARGUES . 139
cune des deux tangentes sera donc un sommet d'un polygone
d'ordre 2n - I inscrit dans la conique dont les côtés passe-
ront par les 2n I points donnés .
L'élève pourra s'exercer à démontrer le théorème corré-
latif :
Si un polygone d'ordre pair 2n se déforme, sans cesser
d'être circonscrit à une conique donnée, de manière que ses
sommets, moins un, parcourent autant de rayons fixes issus
d'un même centre, le dernier sommet parcourra aussi un rayon
fixe issu de ce centre (fig. 115) .
Fig. 115.
2 4
Si ce dernier rayon coupe la conique en deux points et
qu'en chacun d'eux on mène la tangente, celle-ci sera le côté
d'un polygone d'ordre 2n - 1 circonscrit à la conique, et
ayant ses sommets sur les 2n - I droites données .
147. Supposons les points S, T Supposons les tangentes s, t in-
infiniment voisins sur la conique finiment voisines ( fig. 117) ou s
(fig. 116) ou la droite ST tangente tangente à la conique au point st ;
en S; le quadrangle QRST devient le quadrilatère qrst devient un tri-
alors un triangle inscrit QRS et l'on angle circonscrit qrs et l'on conclut
conclut du théorème de DESARGUES du théorème n° 144 (à droite) que :
que :
Si un triangleQRS est inscritdans Si un triangle qrs est circonscrit
140 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
une conique et si une transversale à une conique et si, d'un point S,
s rencontre la courbe en deux points on mène les tangentes pp' à la co-
PP' , deux côtés du triangle aux nique, puis à deux sommets du
Fig. 116. Fig . 117.
B
a
R q
P
p'
a
p
↑
B
points AA', le troisième côté et la triangle les droites aa' , et enfin les
tangente au sommet opposé aux droites bb' au troisième sommet et
points BB' , ces trois couples de au point de contact du côté opposé,
points sont en involution. ces trois couples de droites sont en
involution.
148. Ce théorème donne une Ce théorème donne une construc-
construction de la tangente en S à tion du point de contact de la tan-
la conique dont on donne cinq points gente s avec la conique dont on
PP'QRS. En effet , soient A, A' , B donne les tangentes pp'qrs. En
les points où la droite PP' rencontre effet, soient a , a , b les rayons qui,
QS, RS, QR ; construisons ( nº 102) du point pp' , projettent les points
le point B' conjugué de B dans l'in- qs, rs , qr; construisons ( nº 102 ) le
volution déterminée par les deux rayon b' conjugué de b dans l'invo-
couples AA' , PP' ; B'S sera la tan- lution déterminée par les couples
gente demandée . aa' , pp' ; b's sera le point de contact
demandé.
149. Supposons maintenant que Supposons maintenant que les
les points QR (fig. 118 ) soient tangentes q, r soient aussi infini-
aussi infiniment voisins sur la co- ment voisines , c'est-à-dire que q
nique, c'est-à-dire que QR soit tan- soit tangente à la conique au point
gente en Q ; au lieu des côtés du qr; au lieu des sommets du quadri .
quadrangle inscrit QRST, on aura latère circonscrit qrst , on aura les
THEORÈME DE DESARGUES. 141
les deux tangentes aux points Q, S points de contact des deux tan-
et la corde de contact QS ( ' ) . gentes qs et le point qs de leur
Comme les droites QT, RS se con- concours (fig. 119 ) . Comme les
Fig . 118. Fig. 119.
U
S
a
fondent maintenant en une seule points qt, rs se confondent mainte-
droite QS, les points A, A' se con- nant en un point unique qs, les
fondront aussi en un point unique , rayons a, a' se confondront aussi en
qui sera, par conséquent , un des un rayon unique qui sera , par con-
éléments doubles de l'involution séquent, un des éléments doubles de
déterminée par les couples PP ', BB' . l'involution déterminée par les cou-
Le théorème de DESARGUES devient ples pp', bb' . Nous concluons donc
donc celui-ci : du théorème nº 144 (à droite) que :
Si une transversale coupe une Si d'un point S on mène les
conique en deux points PP', deux tangentes pp' à une conique, si du
de ses tangentes en deux autres méme point on projette deux points
points BB' et la corde de contact en de la courbe et le point commun
A, ce dernier point sera un point aux tangentes en ces points au
double de l'involution déterminée moyen des rayons bb' , a, la droite a
par les couples PP' , BB' ; ou : sera un rayon double de l'involu-
tion déterminée par les couples pp',
bb' ; ou :
Si une conique variable touche Si une conique variable touche
deux droites données et passe par deux droites données pp' et passe
deux points donnés PP', la corde par deux points donnés, les tan-
de contact passe par un point fixe gentes en ces points concourront sur
de PP'. une droite fixe passant par pp'.
Si les tangentes QU, SU varient Si les points de contact de q et s
en même temps que la conique , les varient en même temps que la co-
(¹) C'est-à-dire la droite qui joint les points de contact des deux tangentes .
142 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
points PP'B B' restant fixes, la corde nique, les droites pp'bb' restant
de contact passera encore par l'un fixes, le point de concours qs tom-
ou par l'autre des points doubles bera encore sur l'un ou sur l'autre
de l'involution déterminée par les des rayons doubles de l'involution
couples PP' , BB' . Donc , étant donnés déterminée par les couples pp' , bb'.
quatre points P, P' , B, B' en ligne Donc , étant donnés quatre rayons
droite, si l'on trace une conique P, p', b, b' d'un faisceau , si l'on trace
quelconque passant par PP' et les une conique quelconque tangente à
tangentes à cette courbe issues de pet à p' et les tangentes à cette
B et de B' ; si ensuite on combine courbe aux points où elle coupe les
chaque tangente issue de B avec droites b et b' ; si l'on combine en-
chacune des tangentes issues de B' , suite chaque tangente en un point
on obtient quatre cordes de con- de b avec chacune des tangentes re-
tact qui concourent , deux à deux , latives à b' , on obtient quatre points
aux points doubles de l'involution de concours qui se trouvent , deux
PP' . BB' ('). à deux, sur les rayons doubles de
l'involution pp'.bb'.
150. Il résulte de là une ' con- Il résulte de là une construction
struction de la tangente en Sà une du point de contact de la tangente
conique déterminée par quatre s avec la conique déterminée par
points P, P' , Q, S et par la tangente quatre tangentes p,p , q , s et par le
en Q (fig. 118 ) . En effet, soient A, point de contact de q (fig. 119 ) . En
B les points où PP' rencontre QS et effet , soient a, b les rayons qui depp'
la tangente donnée ; construisons B' projettent respectivementle point qs
conjugué de B dans l'involution et le point de contact donné ; con-
déterminée par le couple PP ' et le struisons le rayon b ' conjugué de b
point double A. La droite SB' sera dans l'involution déterminée par le
la tangente cherchée . couple pp' et par le rayon double
a. Le point cherché sera sb'.
151. Supposons que la conique soit une hyperbole (fig. 120 ) dans le
théorème qui précède ( 149 ) ; si les tangentes données sont les asym-
ptotes, la corde QS sera tout entière à l'infini.
L'involution ( PP' . BB' ... ) a donc un point double à l'infini , et l'autre
élément double ( 51 ) est le point milieu commun aux segments PP',
BB' ,.... Donc :
Si l'on coupe une hyperbole et ses asymptotes par une transversale, le
segment intercepté par la courbe et le segment intercepté par les asym-
ptotes ont le même point milieu.
(1) BRIANCHON, loc. cit. , p . 20 , 21 .
THÉORÈME DE DESARGUES . 143
Il résulte de là que
PB = B'P' et PB' = BP' ( ' ) ;
d'où une règle pour construire une hyperbole dont on donne les asym-
ptotes et un point ( 2 ).
Fig. 120 .
B
P'
P B' B
P'
B'
152. Supposons les points PP' Supposons les tangentes pp' in-
infiniment voisins dans le théorème finiment voisines dans le théorème
du n° 149 , c'est-à-dire supposons du n° 149, c'est-à-dire supposons
que la transversale soit tangente à que le point S soit pris sur la co-
la conique (fig. 121 ) ; le point de nique (fig. 122) ; la tangente en S
Fig. 121 . Fig. 122.
U
B १
Q
S
P b
a 0
B' '
b
V
น
S
S
S
p
A 0
contact P sera le second point sera le second rayon double de
double de l'involution déterminée l'involution déterminée par le cou-
par le couple BB' et par le point ple bb' et par le rayon double a ;
double A; donc les quatre points donc les quatre rayons p, a, b, b'
P, A, B, B' sont harmoniques ( 96 ) ; sont harmoniques ( 96 ) ; ou :
ou :
(¹ ) APOLLONIUS , loc. cit. , II, 8 , 16 .
(*) APOLLONIUS, loc. cit. , II, 4 .
144 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Dans un triangle circonscrit Dans un triangle inscrit ( ubb' )
( UBB') , chaque côté ( BB') est divisé chaque angle ( bb' ) est divisé har-
harmoniquement par son point de moniquement par la tangente p au
contact ( P) et par la droite qui sommet et la droite qui passe au
joint les points de contact ( Q, S) point de concours des tangentes
des deux autres côtés . ( q, s) aux deux autres sommets.
Du point A on peut mener une La droite a rencontre la conique
autre tangente ; soit O son point en un autre point ; soit o la tan-
de contact. Les points harmoniques gente en ce point. Les droites har-
P, A, B, B' sont le point de contact moniques p, a, b, b' sont la tan-
de la tangente AB , et ceux où cette gente en S et les droites quijoignent
tangente est coupée par les trois Sà troisautres points de la conique
autres tangentes OA, QB, SB' ; donc ( points de contact de o, q, s ); donc
(113) les quatre tangentes AB, ( 113 ) ces quatre points seront pro-
OA, QB, SB' seront coupées par une jetés d'un autre point quelconque
autre tangente quelconque en de la conique par quatre rayons
quatre points harmoniques, ce qui harmoniques, ce qui revient à dire
revient à dire que ces tangentes que ces points sont des points har-
sont harmoniques ( 111 ) . Et comme moniques de la conique (109). Et
la droite QS , qui joint les points de comme le point de concours des
contact des tangentes conjuguées tangentes q, sest sur la corde de
QB, SB' passe par le point A, nous contact des tangentes p, o, nous
avons : avons :
Si la corde de contact de deux Si le point de concours des tan-
tangentes passe par le point de gentes en deux points est situé sur
concours de deux autres tangentes, la droite qui joint deux autres
les premières sont séparées harmo- points, les deux premiers points
niquement par les deux autres. sont séparés harmoniquement par
les deux autres .
Et vice versâ : Et vice versâ :
Si quatre tangentes à une conique Si quatre points d'une conique
sont harmoniques, la corde de con- sont harmoniques, le point de con-
tact de deux tangentes conjuguées cours des tangentes en deux points
passe par le point de concours des conjugués se trouve sur la droite
deux autres . quijoint les deux autres.
153. Ces deux énoncés corrélatifs peuvent se fondre en un seul théo-
rème , en vertu de la propriété déjà exposée ( 112 et 113 ) que, si quatre
points d'une conique sont harmoniques, les quatre tangentes en ces points
le sont aussi et réciproquement. Nous pourrons donc dire :
Si deux tangentes à une conique concourent en un point de la corde
de contact de deux autres tangentes, réciproquement le point de con-
cours de celles-ci sera sur la corde de contact de celles-là, et les quatre
THÉORÈME DE DESARGUES . 145
tangentes ( ainsi que leurs points de contact ) forment un groupe harmo-
nique ( ' ).
Dans la fig. 121 , comme QS passe par A, OP passera aussi par U,
point commun à QB, SB' ; et comme les droites U ( Q, S, P, A) sont har-
moniques, les droites A ( O, P, Q, U) le seront aussi.
Dans la fig. 122, comme le point qs est sur a, le point op sera aussi
sur la droite u qui joint les points de contact de qets ; et comme les
quatre points u ( q, s, p, a) sont harmoniques, les quatre points a ( o, p ,
q, u) le sont également.
154. Exemple. - Supposons que la conique soit une hyperbole
(fig. 123 ) ; les asymptotes sont deux tangentes dont la corde de contact
Fig. 123 .
:
U
B'
P
B
QS est la droite de l'infini. Par suite, deux tangentes parallèles auront
leurs points de contact en ligne droite avec le point U de concours des
asymptotes ; et réciproquement, si l'on mène par le point U une trans-
versale qui coupe la courbe en deux points P, O, les tangentes en ces
deux points seront parallèles. Le point milieu des points de contact P, O
sera le point U, parce qu'en général (fig. 121 ) le groupe UVPO est har-
monique et qu'ici V est à l'infini .
Une tangente quelconque coupe les asymptotes en deux points BB'
séparés harmoniquement par le point de contact P et par la corde de con-
tact, qui est la droite de l'infini ; donc P est le point milieu de BB', ou :
La partie d'une tangente à l'hyperbole qui est comprise entre les
asymptotes estdivisée en deux segments égauxpar lepointde contact ( 2) .
Cette proposition est un cas particulier de celle du nº 151 .
155. Comme, en vertu du théorème de DESARGUES ( 143 ), les couples
de points PP', ΑΑ', ΒΒ' (fig. 112) sont en involution, nous avons l'égalité
( ¹ ) DELAHIRE, loc. cit., liv. I, p. 30. - STEINER, loc. cit., p. 159 .
(*) APOLLONIUS, loc. cit. , II, 319.
I. 10
146 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
des rapports anharmoniques ( PP'A B ) = ( P'PA'B' ) , ou
PA PB PB' PA'
P'A PB PB PA
Mais PA P'A est égal au rapport des distances ( prises dans une di-
rection fixée arbitrairement ) des points P, P' à la droite QT ; les autres
rapports contenus dans l'égalité ci-dessus ont des significations ana-
logues ; on peut donc écrire
(A ) B) (A')
= (B' )
(A)' ( B )' ( B' )' (A') '
Ou
(A) . (A') = (A)'. (A') '
(B ) . ( B' ) (B')' . (B')''
où ( A ) , ( A′ ) , ( B ) , ( B′ ) désignent les distances ( perpendiculaires ou
obliques sous des angles donnés ) du point P aux côtés QT , RS , QR, TS
du quadrangle inscrit QRST, et ( A ) ', ( A ' ) ' , ( B )' , ( B ' ) ' les distances sous
des angles respectivement égaux ) du point P ' aux mêmes côtés. L'équa-
tion précédente établit donc que le rapport
(A).(A')
( B ) . ( B' )
est constant, quel que soit le point P de la conique ; ou bien que :
Si un quadrangle est inscrit dans une conique, le produit des distances
d'un point quelconque de la courbe à deux côtés opposés est dans un
rapport constant avec le produit des distances du même point aux deux
autres côtés opposés ( ' ) .
156. On peut mettre aussi sous une forme semblable le théorème cor-
rélatif de celui de DESARGUES ( 143 , à droite ) . Désignons par R, T, T₁, R,
les sommets qr, qt, st , sr du quadrilatère circonscrit qrst (fig. 113 ) ; par
P, P' les intersections des tangentes pp' avec le côté q ; par P,, P', celles
des mêmes tangentes avec le côté opposé s. En vertu du théorème 113 , II ,
les rapports anharmoniques ( RTPP' ) , ( R, T, P, P', ) sont égaux , et l'on a
RP RP' - R, P,1 · R, P
9
TP TP T,1 P¸ * T, P′,
Ou
RP.T, P, - RP'. T, P',
TP.R,P TP'.R, P
(1) Cette proposition a été nommée théorème de Pappus par M. CHASLES ,
parce qu'elle répond au célèbre problème : problema ad quatuor lineas, de cet
ancien géomètre . Cfr. Aperçu historique, p . 37 et 338.
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS Doubles . 147
Mais RP TP est égal au rapport des distances ( prises dans une même
direction arbitraire ) des points R, T à la droite p ; de même T, P, R, P,
est égal au rapport des distances des points T,, R, à la même droite p .
L'égalité ci-dessus exprime donc que le rapport
RP.T, P,
TP.R, P,
est constant, quelle que soit la tangente p ; ou bien que :
Si un quadrilatère est circonscrit à une conique, le produit des dis-
tances de deux sommets opposés à une tangente quelconque est dans un
rapport constant avec le produit des distances des deux autres sommets à
la même tangente ( ¹ ).
§ XVIII. ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBLES.
157. Supposons que l'on ait deux faisceaux projectifs de
rayons, concentriques ou non ; par leur centre commun ou
par leurs centres O , O' faisons passer une conique , ou un
cercle qui coupe les rayons du premier faisceau en A, B , C, ...
et les rayons du second faisceau en A' , B', C' ,.... Projetons
ces deux séries de points de deux nouveaux points O. , O' 1, ( ou
d'un même point ) de la conique les deux faisceaux proje-
tants O , ( ABC... ) , O' , ( A'B'C' ...) seront ( 113 ) respectivement
projectifs aux deux faisceaux donnés O ( ABC ...) , O' ( A'B'C' ...) ;
par suite ils seront projectifs entre eux .
Les deux séries de points ABC..., A' B'C' ... sont dites pro-
jectives (2).
I. Projetons maintenant ces deux séries (fig. 124 ) de deux de
leurs points correspondants, par exemple A' , A. Les faisceaux
projetants
A' ( A, B, C, ... ) , A ( A' , B' , C' , ... )
seront projectifs ; ils seront aussi perspectifs à cause du rayon
uni AA' . Donc ( 62 ) les couples de rayons correspondants se
couperont sur une droite fixe, ou bien les points communs
aux couples AB' et A'B , AC' et A'C, AD' et A'D, ... seront sur
(¹ ) CHASLES, Sect. coniques, nº 26.
( 2 ) BELLAVITIS, Saggio di Geometria derivata ( Nuovi saggi dell'Accademia di
Padova, vol . IV , 1838 , p. 270, note ) .
10.
148 GEOMÉTRIE PROJECTIVE .
une même droite s . En joignant un point quelconque de s aux
points A' , A, on aura deux droites qui couperont de nouveau
Fig. 124.
D
M
Ꭶ B
D'
C
A'
N
B C'
la conique en deux points correspondants des séries ABCD...,
A'B'C'D ' ....
Si, au lieu de prendre A' et A comme centres de projection,
on prenait deux autres points correspondants , B' , B par
exemple, on trouverait la même droite s . En effet, d'après le
théorème de PASCAL, AB'CA'BC' étant un hexagone inscrit,
le point commun à B' C, BC' est sur la droite qui passe par le
point commun à A'B, AB' et par le point commun à A'C, AC'
( 117 , à droite ) .
II. Tout point M commun à la conique et à la droite s est un
point uni des deux séries ABC ... , A'B'C' .... En effet les
droites MA' , MA rencontrent la conique en un même point M,
ou bien deux points correspondants des deux séries projec-
tives sont réunis en M. Il résulte de là que les deux séries
Fig. 125. Fig. 126.
S D
C
B
C
B
S
auront deux points unis, un ou aucun point uni, suivant que
la droite s coupera la conique en deux points (fig. 124) ou
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBLES . 149
lui sera tangente (fig. 126 ) ou n'aura avec elle aucun point
commun (fig. 127 ) .
Fig. 127 .
S
B'
III . De ce qui précède il résulte que deux séries projectives
de points sur une conique sont déterminées par trois couples de
points correspondants ( A, A' ) , ( B , B ′ ) , ( C , C' ) . Pour trouver
d'autres couples de points correspondants et les points unis ,
s'il en existe , il suffira de construire la droite s qui passe par
les trois points de concours des couples de côtés opposés de
l'hexagone inscrit A B'CA'BC' (fig. 90, 124 et 125 ) . Les points
unis sont ceux où s coupe la conique , et deux points corres-
pondants quelconques D , D' sont tels que les droites A' D et
AD' ( ou B'D et BD' , ou C'D et CD' ) se coupent sur s ( ¹ ) .
158. Au lieu de séries projectives de points sur une conique, on peut
aussi considérer des séries projectives de tangentes. Si o , o' sont deux
droites ponctuelles projectives ( distinctes ou superposées ) , décrivons une
conique tangente à o et à o', et de chaque couple de points correspondants
A et A' , B et B' , C et C ' , ... menons à la conique les tangentes a et a' ,
bet b' , c et c' ,.... Coupons ensuite ces deux séries de tangentes abc …….,
a'b'c'... respectivement par deux autres tangentes o,, ',, nous obtien-
drons deux nouvelles ponctuelles respectivement projectives aux ponc-
tuelles données ( 113 ) , et par suite projectives entre elles .
On appelle projectives deux séries de tangentes à une conique qui
jouissent de la propriété d'être coupées par une autre tangente quelconque
à la même courbe suivant deux ponctuelles projectives .
(¹ ) STEINER, loc. cit., p. 174 .
150 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
I. Supposons la première série coupée par la tangente a' , et la seconde
par la tangente a. Les deux ponctuelles projectives que donnent ces sec-
tions sont perspectives à cause du point uni aa' ; donc les autres couples
de points correspondants a'b et ab' , a'c et ac' ... sont alignés sur un
point fixe S. Ce point ne change pas si l'on prend comme transversales
deux autres tangentes b' et b; en effet , en vertu du théorème de BRIAN-
CHON, ab'ca'bc' étant un hexagone circonscrit, les droites qui joignent les
couples de sommets opposés a'b et ab', a' cet ac', b'c et bc' concourent
en un même point ( 117, à gauche) .
II. Si l'on peut mener des tangentes à la conique du point S, chacune
d'elles sera un rayon uni des deux séries projectives abc ... , a'b'c' ....
III. Deux séries projectives abc ... , a'b'c' ... de tangentes à une conique
sont déterminées par trois couples de droites correspondantes ( a, a' ) ,
(b, b' ), ( c, c') . Pour trouver un autre couple de droites correspondantes
et pour obtenir les droites unies , s'il en existe, il suffira de construire le
point S commun aux diagonales qui joignent les couples de sominets
opposés de l'hexagone circonscrit ab'ca'bc' . Les droites unies seront les
tangentes menées par S ; et deux droites correspondantes quelconques
dd' seront telles que les points d'd, ad' ( ou b'd et bd' , ou c'd et cd' )
soient en ligne droite avec S.
IV. On dit qu'une série de points A, B, C, ... d'une conique et une série
de tangentes a, b, c, ... de la même courbe sont projectives, si le faisceau
des rayons qui projettent ABC... d'un point quelconque de la conique
est projectif à la ponctuelle que les droites a, b, c, ... marquent sur une
tangente quelconque de la mème conique.
Une série de points A, B , C, ... ou de tangentes a, b , c, ... d'une co-
nique est dite projective à une ponctuelle ou à un faisceau , si cette ponc-
tuelle ou ce faisceau est projectif au faisceau des rayons qui projettent
ABC ... d'un point quelconque de la conique, ou à la ponctuelle marquée
par les droites a, b, c, ... sur une tangente quelconque de la même conique.
V. Ces définitions admises, comprenons sous la dénomination deforme
de première espèce, non-seulement les ponctuelles et les faisceaux , mais
aussi les séries de points ou de tangentes d'une conique ( ' ) ; nous pour-
rons alors énoncer la proposition générale : Deux formes de première
espèce projectives à une troisième ( de même espèce ) sont projectives entre
elles ( voir nº 35 ) .
( ¹ ) L'introduction de ces nouvelles formes de première espèce permet d'ajou-
ter deux opérations à celles de couper par une droite et de projeter au moyen
de rayons issus d'un point : elles consistent à couper un faisceau de rayons
par une conique passant par le centre du faisceau et à projeter une droite
ponctuelle au moyen des tangentes à une conique tangente à la ponctuelle.
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBLES . 151
VI. Il résulte de ces mêmes définitions que le théorème du n° 113 , III ,
peut s'énoncer de la manière suivante :
Une série quelconque de tangentes à une conique est projective à la
série des points de contact.
VII . Soient donc ABC ... , A'B'C '... deux séries projectives de points de
la conique, et abc..., a'b'c' ... les tangentes en ces points . Les séries
abc..., a'b'c'... de tangentes sont respectivement projectives aux séries ·
des points de contact ABC ..., A'B'C' ... ; elles sont donc projectives
entre elles. Soient s la droite sur laquelle se coupent les couples de droites
analogues à AB' et A'B , AC' et A'C , BC' et B'C , ..., et S le point sur le-
quel sont alignés les couples de points analogues à ab' et a' b, ac' et a'c,
bc' et b'c,.... Si s coupe la conique en deux points M, N, ces points se-
ront des points unis des séries ABC ……., A'B'C' ... ; les tangentes m, n en
M, N seront, par suite, les rayons unis des séries abc ..., a' b' c' ... ;
donc les droites m, n concourront en S.
VIII. Il résulte de ce qui précède que l'on peut toujours substituer à
la considération d'une série de tangentes celle des points de contact , et
réciproquement .
159. Au lieu de considérer deux faisceaux projectifs quel-
conques , comme au nº 157 , considérons une involution de
rayons issus d'un point O , et supposons ces rayons coupés par
une conique , décrite par 0 , aux couples de points AA' , BB' ,
CC' ,.... Projetons ces points d'un autre point O , quelconque
de la conique ; comme , par hypothèse ( nos 93 et 94 ), les fais-
ceaux O ( A.A'.B.C... ), O ( A'.A . B' . C' ...) sont projectifs ,
les faisceaux O , ( A. A'.B.C ... ) , 0 , ( A'.A.B'.C' ...) le seront
aussi (113 ) ; par suite , les rayons issus de 0, forment aussi
des couples en involution . On dit, dans ce cas , que les deux
séries projectives de points ABC ..., A'B'C' ... de la conique
constituent une involution, ou que : on a sur la conique une
involution formée par les couples de points conjugués AA',
BB' , CC' , ... ( ¹ ) .
I. De la même manière , si l'on a une involution de points sur une droite o
et si l'on mène par les couples de points conjugués les couples de tan-
gentes aa' , bb' , cc' , ... à une conique tangente à o , ces tangentes aa' ,
bb' ,... seront coupées par une autre tangente quelconque à la même co-
( ' ) STAUDT, Beiträge, nos 70 et suiv.
152 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
nique suivant des points en involution ; on dira alors que aa ' , bb' , cc',...
est une involution de tangentes à la conique ( voir nº 158) .
II . Si plusieurs couples de tangentes aa' , bb' , cc ' , ... à une conique
forment une involution , leurs points de contact AA' , BB ' , CC' , ... seront
en involution et réciproquement ( 158 , VI ) .
160. Des six points arbitraires A, B, C, A' , B' , C' considérés
au nº 157, supposons que l'on prenne C' infiniment voisin de
A, et C infiniment voisin de A' . Alors les séries projectives
(ABA'...), ( A'B' A... ) forment l'involution ( AA' . BB' ... ) et
l'hexagone inscrit devient la figure formée par le quadrangle
inscrit A B' A'B et par les tangentes aux sommets opposés A,
A' (fig. 106, 128 ) . Donc :
Deux couples de points ( AA' ) , ( BB ' ) d'une conique déter-
minent une involution sur cette courbe.
I. Pour trouver d'autres points conjugués et les points dou-
bles, il suffit de construire la droite s qui joint le point com-
mun à AB' , A'B au point commun à AB, A'B' , c'est-à - dire la
Fig. 128.
B'
droite qui joint les points de rencontre des couples de côtés
opposés du quadrangle inscrit A B' A'B. Les points communs
à s et à la conique sont les points doubles . Deux points con-
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUbles . 153
jugués C , C' sont tels que les droites AC, A'C' ( ou AC' , A'C,
ou BC, B'C' , ou B'C, BC' ) se coupent sur s .
II. Les tangentes en deux points conjugués , comme AA' ,
BB' ,... se coupent aussi toujours sur la droite s ( 129 ) .
III. Comme les couples de droites BC et B'C' , CA et C' A' ,
AB et A'B' se coupent en trois points d'une même droite s, les
triangles ( ' ) ABC, A'B'C' sont homologiques ( 15 ) ; donc les
droites AA' , BB' , CC' concourent en un même point S. Les
droites AA' , BB' suffisent pour déterminer ce point ; donc :
Deux points conjugués quelconques de l'involution sont
alignés sur un point fixe S.
Ou autrement :
Toute droite passant par S et coupant la conique donne
deux points conjugués de l'involution .
IV . Nous avons vu que , si s a deux points M, N communs
avec la conique , ces points sont les points doubles de l'invo-
lution . Donc les tangentes en M, N concourent en S.
V. Réciproquement les couples de points où une conique
est coupée par les rayons d'un faisceau dont le centre S n'est
pas un point de la courbe forment une involution . En effet , si
(AA' ) , ( BB' ) sont les points d'intersection de la courbe et de
deux rayons , ces deux couples AA' , BB ' déterminent une in-
volution dans laquelle deux points correspondants sont tou-
jours en ligne droite avec un point fixe , c'est-à-dire avec S.
Si l'involution a des points doubles , ces points sont les inter-
sections de la conique avec la droite s qui renferme le point
commun à AB, A'B' et le point commun à AB' , A'B.
VI. Si l'on mène des différents points d'une droite s les couples de
tangentes aa' , bt' , cc',... à la conique , ces droites forment une involution.
En effet, soient AA' , BB ' , CC ' , ... les points de contact des droites aa',
bb' , cc' , et S le point où concourent les cordes AA' , BB' : dans l'involution
déterminée par les couples AA', BB' deux autres points conjugués quel-
conques seront alignés sur S. Le point C et son conjugué sont donc sur
une droite passant par S , et les tangentes en ces points doivent concourir
( ¹ ) Les triangles A'BC et A B'C' , AB'C et A'BC ' , ABC' et A'B'C sont aussi
homologiques.
154 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
sur la droite qui passe par les intersections de aa' , bb' , c'est-à-dire surs ;
donc le point conjugué à C est C'. Cela revient à dire que AA ' , BB' , CC '
sont des couples de points en involution , et que, par suite , aa' , bb', cc'
sont des couples de tangentes en involution ( 159 , II ) .
VII. Si M, N sont les points doubles d'une involution AA' , BB' , ... de
points d'une conique, nous avons vu que AB , A'B', MN sont trois droites
qui concourent en un point ( il en est de même pour A'B , AB' , MN ) . Donc,
en vertu du théorème du n° 160, V, nous concluons que :
Si AA' , BB' sont deux couples d'éléments conjugués et MN les éléments
doubles d'une involution, MN, AB , A'B ' ( ainsi que MN , AB' , A'B ) seront
trois couples d'éléments conjugués d'une nouvelle involution .
VIII . La droite s coupe la conique si ( 188 ) le point S est ex-
térieur (fig. 128 ) , c'est-à-dire si des deux couples AA' , BB' l'un
est tout intérieur ou tout extérieur à l'autre ; si l'un des cou-
ples est séparé par l'autre ( empiète sur l'autre ) , le point S est
intérieur et la droite s ne rencontre pas la conique (fig. 129 ) .
Nous retrouvons donc de nouveau la propriété ( 98 ) :
Fig. 129.
Une involution a deux éléments doubles si, de deux couples
d'éléments conjugués, l'un est tout intérieur ou tout exté-
rieur à l'autre. Une involution n'a pas d'éléments doubles si,
dedeux couples d'éléments conjugués, l'un empiète sur l'autre.
Il ne peut jamais arriver qu'une involution proprement dite
ait un seul élément double . En effet, si s est tangente à la co-
nique , S est le point de contact, et dans chaque couple de
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBLEs . 155
points conjugués, il y en a un qui coïncide toujours avec S
(voir nº 96 ).
161. Si ( MNAB ... ) , ( MNA'B' ...) sont deux séries projec-
tives de points sur une conique, les points unis seront M et N
et la droite MN contiendra le point commun à AB' , A′B ( 157 ) .
Supposons maintenant que , si B' devient infiniment voisin de
A , B et A' deviennent aussi infiniment voisins , de manière
que les positions limites des droites AB', A'B soient les tan-
gentes en A, A' (fig. 130 ) ; mais si MNAA', MNA'A sont des
groupes correspondants de deux séries projectives, cela veut
dire que, si l'on projette ces points d'un point quelconque O
de la conique, les deux groupes de rayons projetants mnaa',
mna'a sont projectifs ; donc le groupe mnaa' est harmonique
(65 ) . Nous retrouvons donc le théorème du nº 152 , II ( à
droite) :
Si quatre points MNAA' d'une conique sont harmoniques,
les tangentes en deux points conjugués, ▲ et A′ par exemple ,
concourent sur la droite qui joint les deux autres.
Ou ( 152 , II, à gauche ) :
Si quatre tangentes d'une conique sont harmoniques, deux
tangentes conjuguées se coupent sur la droite qui joint les
points de contact des deux autres.
Fig . 130 . Fig. 131 .
U
M
a n
0 a'
m N
A'
Il résulte de là que , si par le point S commun aux tangentes
en M, N on mène des droites qui coupent la conique en
( A, A' ) , ( B , B′ ) , ( C , C' ) , ... , tous ces couples de points seront
séparés harmoniquement par MN . Donc les couples de tan-
156 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
gentes en A et A' , B et B' , C et C' , ... concourront sur la
droite MN.
Ou , en d'autres termes :
Si d'un point on mène deux tangentes et une sécante à
une conique, les deux points de contact et les deux points
d'intersection forment un groupe harmonique.
Les points ( AA' ) , ( BB′ ) , ( CC ′ ) , ... forment une involution ,
dont les points doubles sont MN ( 160 , III , IV) . Nous arrivons
donc de nouveau à cette propriété que , si une involution a
deux éléments doubles, ils sont séparés harmoniquement par
deux éléments conjugués quelconques ( 96 ).
Supposons que la conique soit un cercle (fig. 131 ) . Les triangles sem-
blables SAM , SMA' donnent
AM : MA' - SM : SA'
et les triangles semblables SAN, SNA'
AN : NA' = SN : SA' ; .
mais SM = SN : donc
AM A'M
AN A'N'
ou
AM.A'N = AN.A'M ..
Dans le quadrangle A MA'N inscrit au cercle, nous avons, d'après le
théorème de Ptolémée ( ¹ ) ,
AA'.MN = AM.A'N + AN . A'M ;
donc on a, pour le quadrangle formé par quatre points harmoniques ,
AA' . MN = AM.A'N = AN.A'M .
162. Les propriétés exposées aux n° 157 et suivants fournissent immé-
diatement la solution du problème.
Construire les éléments unis de deux formes projectives superposées et
les éléments doubles d'une involution.
I. Soit O le centre commun de deux faisceaux projectifs , déterminés
par trois couples de rayons correspondants ( fig. 132) . Décrivons un cercle
qui passe par le point O , il coupera les trois couples de rayons donnés
en ( A , A' ) , ( B, B' ) , ( C' C ' ) . Soient R le point commun aux droites AB' ,
( ¹) BALTZER, Planimétrie, p . 192.
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBLEs . 157
A'B , et Q le point commun à AC', A'C . Si la droite QR coupe le cercle
en deux points M, N, OM, ON seront les rayons unis demandés .
Fig. 132.
B 0
A B'
II. Soient AA' , BB', CC' trois couples de points correspondants de deux
ponctuelles projectives superposées (fig. 133 ) sur une droite o ; propo-
sons-nous de construire les points unis.
Fig. 133.
C M B'
n
21
Qu'on décrive un cercle tangent à la droite. o , et qu'on lui mène , par
les points donnés, les tangentes aa' , bb' , cc' ; soient r la droite qui joint
les points ab', a'b, et q la droite qui joint les points ac' , a'c. Si le point qr
est extérieur au cercle, et si m , n sont les tangentes menées de ce point
158 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
au cercle, les points om , on seront les points unis des ponctuelles données.
Autrement ( fig. 133 bis ) :
Fig. 133 bis.
M C' B A'N B' A
C'
B
B'
D'un point O d'une circonférence tracée arbitrairement , projetons les
points donnés en A, A , B, B'₁ , C, C, sur la circonférence ( ¹ ) . Soient R
Fig. 134 .
B
R
M
B'
le point commun à A, B'₁ , A, B, ; Q le point commun à A , C₁ , A, C, ( ou bien
P le point commun à B, C'₁ , B, C , ) . Si la droite PQR coupe le cercle en
deux points M,, N, et si l'on projette du point O les points M,, N, en MN
sur la droite donnée , M, N seront les points unis demandés ( ² ) .
III. Si les deux faisceaux 162, I sont en involution , deux couples de rayons
conjugués suffisent pour les déterminer (fig. 134 ) . Coupons les rayons
donnés par un cercle décrit par O aux points ( A , A′ ) , ( B , B' ) ; soient R
( ¹ ) Dans la figure, les points de la droite donnée et leurs projections faites
de O sur la corde sont désignés par les mêmes lettres.
(*) STEINER, loc. cit. , p . 68 et 174 .
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBles . 159
le point commun à AB', A'B ; Q le point commun à AB , A'B'. Si la droite
QR coupe le cercle en deux points M, N, les rayons doubles de l'involu-
tion seront OM , ON . La droite QR ne coupe pas le cercle quand le point S ,
commun à ÁA ' , BB' , est intérieur au cercle.
IV. Soient AA' , BB' deux couples de points conjugués d'une involution
de points en ligne droite, dont on demande les points doubles (fig. 135).
Fig. 135.
N B' M B
B'
M
Du point O d'une circonférence tracée arbitrairement projetons les
points donnés en A, A , B, B', sur la circonférence. Soient R le point com-
mun à A, B'₁ , A, B, ; Q le point commun à A, B,, A, B₁ . Si la droite QR
couple le cercle en M,, N, et si du point O on projette M, N, en MN sur
la droite donnée , M, N seront les points doubles demandés .
Autrement : décrivons un cercle tangent à la droite AB... (fig. 135 bis) ,
Fig. 135 bis.
A MA' B' N B
a"m
5
et menons par AA' , BB ' les tangentes aa' , bb ' à ce cercle . Soient q la droite
qui joint les points ab , a'b' , et r la droite qui joint les points ab' , a'b.
160 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
Les tangentes m, n, menées par le point qr, couperont AB ... aux points
doubles demandés .
163. Dans le cas ( 162, III) de l'involution, si le point S
commun aux droites AA', BB' , ... est le centre du cercle
(fig. 136), c'est-à-dire si AA' , BB' , ... sont autant de diamètres
Fig. 136 .
0 A
B
S B'
du cercle, chaque rayon OA, OB, ... sera perpendiculaire à son
conjugué ; cela veut dire que l'involution sera formée dans ce
cas par tous les angles droits qui ont leur sommet en O.
Mais si S n'est pas le centre du cercle, il ne passera qu'un
seul diamètre par ce point, de manière qu'en nommant C, C'
les points d'intersection du cercle avec ce diamètre, les rayons
OC, OC' seront perpendiculaires entre eux et ce seront les
seuls rayons conjugués qui jouissent de cette propriété
(fig. 137 ) . Ou bien :
Fig. 137.
C
B' A
S 0
A'
B
C'
Une involution de rayons ou est entièrement formée d'an-
gles droits, ou ne renferme qu'un seul angle droit dont les
côtés soient des rayons conjugués.
164. Ce théorème n'est qu'un cas particulier du suivant :
Supposons que l'on ait deux involutions distinctes de rayons
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBLES . 161
qui concourent tous au point O, et qu'un cercle décrit par O
coupe les rayons conjugués de la première involution aux
couples de points ( AA' . BB' ...) et ceux de la seconde en
( GG'.HH' ... ) . Soient S le point commun à AA' , BB' , ... et T
le point commun à GG' , HH ' , .... Si la droite ST coupe le
cercle en deux points E, E' ces points seront conjugués dans
les deux involutions , car ils sont alignés sur S aussi bien que
sur T. Cherchons maintenant dans quels cas la droite ST cou-
pera le cercle.
Cela arrivera d'abord si l'un des points S, T au moins est
dans l'intérieur du cercle ( 160 , VIII ) , c'est-à- dire si une des
involutions au moins n'a pas d'éléments doubles (fig. 138
et 139).
Si les points S, T sont tous les deux extérieurs au cercle ,
Fig. 138. Fig. 139.
B A H B'
G G'
E E' G
S
E'
S
B H
H'
H
B'
c'est-à-dire si les deux involutions possèdent des éléments
doubles et si ces éléments sont OM, ON pour la première et
OU, OV pour la seconde , les rayons OE, OE' devront séparer
harmoniquement le couple OM , ON aussi bien que le couple
OU, OV ; mais ( 55 ) , pour qu'il existe un couple d'éléments
OE, OE' qui forme un groupe harmonique avec chacun des
couples OM et ON, OU et OV, il est nécessaire et suffisant que
ces deux couples n'empiètent pas l'un sur l'autre ; donc :
Deux involutions superposées ( ou contenues dans une même
forme de première espèce ) ont toujours en commun un couple
d'éléments conjugués, excepté dans le cas où les deux invo-
lutions ont des éléments doubles et où les éléments doubles de
l'une sont séparés par les éléments doubles de l'autre.
I. II
162 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
La fig. 140 (de même que les fig. 138 et 139) nous présente les cas de
Fig. 140.
S
A E
M
B
G
A
U
G N
H'
E'
H B' V
deux involutions ayant en commun un couple EE' d'éléments conjugués.
La fig. 141 , au contraire, donne le cas où ce couple commun n'existe pas.
Fig. 141 .
HA
M
B
V
A'
N G'
H
G
T
U. B'
I. Le problème qui précède, c'est-à-dire la recherche du couple d'élé-
ments conjugués commun à deux involutions superposées, rentre dans
celui qui consiste à déterminer (dans une ponctuelle, dans un faisceau ou
sur une conique ) deux éléments qui forment un système harmonique avec
l'un et avec l'autre de deux couples donnés ( 55).
Qu'il s'agisse, par exemple, de points en ligne droite ; projetons les
couples donnés d'un point O sur un cercle passant par ce point. Soient
MN, UV ces projections (fig. 140) . Les tangentes en MN au cercle con-
courront en S, les tangentes en UV, en T. Si le couple MN n'est pas sé
ÉLÉMENTS UNIS ET ÉLÉMENTS DOUBLES . 163
paré par le couple UV, ST coupera le cercle en deux points EE', et ces
points sont les points demandés .
II. Les points doubles de l'involution déterminée par les couples AA', BB'
forment le couple d'éléments conjugués commun à deux autres involutions :
l'une déterminée par les couples AB, A'B' , l'autre par les couples AB' , A'B
( 160, VII ) .
On déduit de là une manière de construire les points doubles de l'in-
volution déterminée par les couples AA', BB' de points en ligne droite .
Prenons un point G quelconque en dehors de la ligne et décrivons les
cercles GAB, GA'B' , ils auront un autre point commun H. Soit aussi K
la seconde intersection des cercles GAB' , GA'B. Tout cercle décrit par
les points G, H rencontre la droite donnée en deux points conjugués de
l'involution AB , A'B' ( 98 ) ; de même, tout cercle décrit par GK donne
deux points conjugués de l'involution AB' , A'B. Donc, si l'on décrit le
cercle GHK et s'il rencontre la droite donnée, les deux points d'inter-
section seront les éléments doubles de l'involution AA' . BB' ( ' ) .
165. Il résulte de ce qui précède 'que la recherche des points unis de
deux séries projectives de points ABC ... , A'B'C' ... d'une conique ( et,
par suite , des éléments unis de deux formes projectives superposées qu e
conques ) se réduit à la construction de la droite s sur laquelle se coupent
les couples de droites AB' et A'B , AC' et A'C , BC' et B'C, .... De même
aussi , la recherche des points doubles d'une involution AA', BB' , ... se
réduit à la construction de la droite s, sur laquelle se coupent les couples
de droitesAB et A'B' , AB' et A'B, ... ou les couples de tangentes en A et
A' , B et B' , ....
Réciproquement, si l'on donne une droite quelconque s (non tangente
à la conique) , une involution de points sur la conique se trouve déter-
minée; car il suffit de mener par les différents points des les couples de
tangentes à la conique et les points de contact formeront les couples de
points conjugués .
Au contraire, pour que deux séries projectives ABC ... , A'B'C' ...
soient déterminées, il faut donner, outre la droites, un couple de points
correspondants AA' ; chaque point des joint à A et à A' donne deux
droites qui rencontrent la conique en deux points correspondants B' , B.
Deux séries projectives de points déterminent une involution ; les deux
séries donnent, en effet, la droite s qui détermine l'involution. Si les deux
séries ont deux points unis, ces points sont aussi les points doubles de
l'involution .
( 1 ) CHASLES, Géométrie supérieure, nº 263.
11 .
164 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
§ XIX. PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ .
166. Problème . Étant donnés Étant données cinq tangentes o ,
cinq points d'une conique O, O' , A, o' , a, b, c d'une conique , trouver
B, C, trouver les intersections de les tangentes que l'on peut mener à
la courbe et d'une droite donnée s. la conique par un point donné S.
Solution . - De O et de O' proje- Si l'on coupe les tangentes a, b,
tons (fig. 142) les autres points A, c, ... par les droites o , o' (fig . 143 ) ,
Fig. 142. Fig. 143 .
0
S
B
a
C 0
N
b
0'
n 0'
S
m
C
B, C de la conique; les faisceaux | les ponctuelles o ( a, b, c, ... ),
Ο ( ABC ... ) , Ο΄ ( ABC ...) sont pro- o' (a, b, c, ... ) sont projectives, et
jectifs et coupent la transversale s si on les projette du centre S, on
en des points qui forment deux aura deux faisceaux projectifs con-
ponctuelles projectives superposées. centriques. Si m est un rayon uni
Si M est un point uni de ces ponc- de ces faisceaux, m sera une tan-
tuelles, M sera un point de la co- gente à la conique, car deux points
nique, car deux rayons correspon- correspondants des deux ponctuelles
dants des deux faisceaux se coupent tombent sur cette droite. Donc les
en M. Donc les points communs à tangentes de la conique qui passent
la conique et à la droites ne sont par S ne sont autre chose que les
autre chose que les points unis des rayons unis des deux faisceaux pro-
deux ponctuelles projectives super- jectifs concentriques déterminés
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 165
posées , déterminées par la ren- par les rayons qui projettent du
contre des avec les trois couples centre S les trois couples de points
de rayons correspondants OA et correspondants oa et o'a, ob et o'b ,
Ο'Α , OB et O'B , OC et O'C . Il peut oc et o'c. Il peut y avoir deux
y avoir deux points unis, ou un rayons unis , ou un seul, ou aucun :
seul, ou aucun; la droite s peut du point S on peut donc mener
donc couper la conique en deux deux tangentes : ou le point S est
points , lui être tangente en un un point de la courbe, ou par S on
point, ou ne pas la rencontrer du ne peut mener aucune tangente .
tout . Pour la construction des points Pour la construction des rayons
unis il faudra se reporter au nº 162. unis il faudra se reporter au nº 162 .
Le problème se résout de la même Le problème se résout de la même
manière si l'on donne quatre points| manière si l'on donne quatre tan-
O, O' , A , B de la conique et la tan- gentes o, o' , a, b de la conique et le
gente o en 0 ; ou trois points O, point de contact O de o ; ou trois
O' , A et les tangentes o, o' en O, tangentes o, o', a et les points de
O' . Dans le premier de ces cas, les contact O, O' de o, o' . Dans le pre-
faisceaux sont déterminés par les mier cas, les ponctuelles sont dé-
trois couples de rayons o et O'O, terminées par les trois couples de
OA et O'A , OB et O'B ; dans le se- points O et o'o , oa et o'a, ob et o'b ;
cond , par les trois couples o et O'O, dans le second , par les trois couples
OO' et o' , OA et O'A . O et o'o , oo' et O' , ou et o'a .
Si l'on donne , au contraire , cinq Si l'on donne, au contraire, cinq
tangentes ou quatre tangentes et points ou quatre points et la tan-
un de leurs points de contact, ou gente en un d'eux, ou trois points
trois tangentes et deux de leurs et les tangentes en deux d'entre eux ,
points de contact , on peut com- on peut commencer par construire
mencer par construire ( 134, 140, ( 128 , 134, 138) les tangentes aux
141) les autres points de contact : autres points_donnés : alors le pro-
alors le problème se ramène à un blème se ramène à un des cas pré-
des cas précédents . cédents .
167. Supposons, dans la construction du numéro précédent, à gauche,
que la conique soit une hyperbole et la transversale s une asymptote
(fig. 144) ; les ponctuelles projectives superposées marquées sur s par
les faisceaux O ( A, B , C, ... ) , O' ( A, B , C, ... ) auront, dans ce cas, un
seul point uni et il sera à distance infinie ( c'est le point de contact de
l'hyperbole et de l'asymptote s) ; mais ( 77 ), dans deux ponctuelles pro-
jectives superposées dont les points unis se confondent en un seul à l'in-
fini, le segment compris entre deux points correspondants quelconques a
une longueur constante ; donc :
Si , autour de deux points fixes 0, O' d'une hyperbole, on fait tourner
166 GEOMÉTRIE PROJECTIVE .
deux rayons qui se coupent constamment sur la courbe, le segment PP
interceptépar ces rayons sur une asymptote est de grandeur constante ( ' ).
Fig. 144.
168. Si l'on suppose , dans le n° 166 à gauche , que la droite s soit à
l'infini, le problème devient :
Étant donnés cinq points O , O ' , A, B, C d'une conique , construire les
points à l'infini (fig. 145 ) .
Fig. 145.
M B
Considérons encore les faisceaux projectifs O ( A, B, C , ... ) , O ' ( A, B,
C,... ) qui marquent sur la droite s ( à l'infini ) deux ponctuelles projec-
tives superposées dont les points unis sont les points demandés , et obser-
( ¹ ) BRIANCHON, loc. cit., p . 36.
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ. 167
vons que chacun de ces points unis doit être commun à la droite de l'in-
finis et à deux rayons correspondants des deux faisceaux : ces rayons
seront donc parallèles ; le problème se réduit à trouver les couples de
rayons correspondants parallèles dans les deux faisceaux .
Pour le résoudre, menons par O les droites OA' , OB ', OC' , respective-
ment parallèles à O'A , O'B , O'C ; construisons ( 162 ) les rayons unis des
deux faisceaux projectifs concentriques déterminés par les couples OA
et OA', OB et OB', OC et OC' . S'il y a deux rayons unis OM, ON , la co-
nique déterminée par les cinq points donnés est une hyperbole dont les
points à l'infini sont sur les directions OM, ON ou , ce qui revient au
même , dont les asymptotes sont parallèles aux droites OM , ON .
S'il n'y a qu'un seul rayon uni OM , la conique déterminée par les
cinq points donnés est une parabole dont le point à l'infini est dans la
direction OM.
S'il n'y a aucun point uni , la conique déterminée par les cinq points
donnés, n'ayant pas de points communs avec la droite à l'infini , est une
ellipse .
Si, dans le premier cas (fig. 145 ) , on veut construire les asymptotes
de l'hyperbole , il suffira de considérer celle-ci comme déterminée par les
deux points ' à l'infini et par trois autres points, A , B , C par exemple ,
c'est-à-dire ( 122 ) de la considérer comme engendrée par les deux fais-
ceaux projectifs de rayons, parallèles les uns à OM, les autres à ON, et
dont deux correspondants passent par A, deux autres correspondants
par B, et enfin deux par C. Les rayons de ces faisceaux qui correspondent
à la droite de l'infini ( qui joint les centres des faisceaux ) seront les
asymptotes demandées .
Nommons donc (fig. 145 ) a , b, c les rayons parallèles à OM , qui
passent par A, B, C ; a' , b ' , c' les rayons parallèles à ON, qui passent par
ces mêmes points ; joignons le point ab' au point a'b et le point be' au
point b'c. Soit K le point d'intersection ; les parallèles à ces droites OM,
ON menées par le point K sont les asymptotes cherchées .
169. Le problème : « Mener par un point S les tangentes à la conique
dont on donne cinq points A, B , C , D, E » peut aussi être rattaché au
problème du n° 166, à gauche, en ayant recours aux propriétés de l'in-
volution (160 ) que l'on obtient en coupant la conique par des transver-
sales issues du point S.
Menons les droites SA, SB ( fig. 146 ) qui couperont la conique en deux
nouveaux points A' , B' , que l'on sait construire ( au moyen de la règle
seulement et sans tracer la courbe ) en appliquant le théorème de PASCAL
( nº 124, à droite ) . Les points A'B' sont construits , dans la figure, au
moyen des hexagones ADCBEA' , BECADB' . Joignons le point commun à
168 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
AB, A'B' au point commun à AB', A'B : cette droite s renfermera ( 160 )
les points de contact des tangentes issues de S. La question se réduit
Fig. 146.
B'
C
E
D
S S
ainsi à trouver les intersections de la conique et de la droites ( n° 166,
à gauche ) .
Nous laissons à l'élève le soin de faire la construction corrélative
(fig. 147 ) pour ramener au problème du nº 166, à droite, le problème :
Fig. 147 .
Ic
S
a U
S
b
e
u
d
b'
C
<< Trouver les points communs à une droite données et à la conique dé-
terminée par cinq tangentes données » .
170. Problème. - Construire une Construire une conique tangente
conique qui passe par quatre points à quatre droites données q, r, s, t
donnés Q, R, S, T et soit tangente et qui passe par un point donné S
à une droite données ( qui ne passe ( non situé sur une des droites don-
par aucun des points donnés ) . nées ) .
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 169
Solution . Les côtés QT, RS ,
-
Solution . Du centre S proje-
QR, ST du quadrilatère QRST cou- tons les points qt, rs , qr, st du qua-
pent sen A, A΄ , Β, Β΄ ( fig . 148 ) ; drilatère qrst, au moyen des rayons
construisons les points doubles de a, a' , b, b' ( fig. 149), et construi-
Fig. 148. Fig. 149.
A'
B'
B
N १ '
b
aa
Q S m
M b
S
b
a' S
T
T
R
l'involution déterminée par les cou- sons les rayons doubles de l'invo-
ples AA' , BB'. lution déterminée par les couples
aa' , bb' .
S'il y a deux points doubles MN, S'il y a deux rayons doubles m, n,
chacun d'eux sera (n° 145, à gauche) chacun d'eux (nº 145, à droite ) sera
un point de contact des avec une tangent en S à une conique inscrite
des coniques circonscrites au qua- au quadrilatère qrst; le problème
drangle QRST; le problème sera sera donc résolu par les deux co-
donc résolu par chacune des coni- niques qrstm, qrstn, que l'on pourra
ques QRSTM , QRSTN, que l'on construire, toutes les deux, par tan-
pourra construire, toutes les deux, gentes en appliquant le théorème
par points en appliquant le théo- de BRIANCHON (nº 124, à gauche ) .
rème de PASCAL ( n° 124, à droite) .
S'il n'y a pas de points doubles, S'il n'y a pas de rayons doubles,
il n'y a pas , non plus, de conique il n'existe aucune conique satisfai-
satisfaisant aux conditions propo- sant aux conditions proposées .
sées .
I. Si l'on suppose, à gauche, que la droite s soit à distance infinie, le
problème devient : Construire une parabole qui passe par quatre points
Q, R, S, T. D'un centre quelconque O (fig. 150) menons les rayons a,
a , b, b' respectivement parallèles aux droites QT, RS, QR, ST et con-
struisons les rayons doubles de l'involution déterminée par les couples
ad' , bb'. S'il y a deux rayons doubles, chacun d'eux donnera la direction
sur laquelle se trouve le point à l'infini d'une parabole qui passe par les
170 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
quatre points donnés ; le problème sera ainsi ramené au dernier problème
du n° 128.
Ainsi , par quatre points donnés , il passe deux paraboles ou il n'en
passe aucune ; dans le premier cas , les autres coniques circonscrites sont
des ellipses et des hyperboles ; dans le second cas , il n'y a que des hy-
Fig. 150.
T
perboles . Le premier cas se présente quand chacun des quatre points
donnés est extérieur au triangle formé par les trois autres ; on a le se-
cond cas quand un des quatre points est intérieur au triangle formé par
les trois autres .
II. Si , dans l'énoncé de droite, une des droites qrst est à l'infini , le
problème devient :
Construire une parabole tangente à trois droites données et qui passe
par un point donné .
171. Problème. ― Construire Construire une conique tangente
une conique qui passe par trois à trois droites données p , p', p" et
points donnés P, P' , P" et qui soit qui passe par deux points donnés Q,
tangente à deux droites données q, S (dont aucun n'est sur une des
s ( ne passant pas par un des points droites données ) .
donnés ) .
La solution est fondée sur le La solution est fondée sur le
théorème du n° 149 , à gauche. Ima- théorème du n° 149 , à droite . Ima-
ginons que la conique et le couple ginons que l'on ait mené du point
de tangentes q, s soient coupés par pp' les tangentes p , p' à la conique
la transversale PP ' aux couples de et les rayons b, b' aux points Q, S
points PP', BB' (fig. 151 ) . En vertu │ ( fig. 152) . En vertu de ce théorème,
de ce théorème, si A, A, sont les si aa, sont les rayons doubles de
points doubles de l'involution dé- l'involution déterminée par les deux
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ. 171
terminée par ces deux couples de couples pp' , bb' , le point de con-
points , la corde de contact de la cours des tangentes à la conique
conique et des tangentes qs pas- aux points Q , S se trouvera sur un
sera par un de ces points. Faisons de ces rayons. Faisons le même rai-
Fig. 151 . Fig. 152.
b'
p"
as
P
B'
le mème raisonnement pour la sonnement pour le point pp", d'où
transversale PP" , qui coupe q et s nous tirerons les rayons d, d" aux
en D, D", c'est-à-dire construisons points Q, S, c'est-à- dire construi-
aussi les points doubles C , C, de l'in- sons aussi les rayons doubles c , c,
volution déterminée par les couples de l'involution déterminée par les
PP", DD", la corde de contact pas- couples pp", dd" ; le point de con-
sera par C ou par C,. Le problème cours ci-dessus tombera en c ou en
admet donc quatre solutions ; c'est- c . Le problème admet donc quatre
à-dire que, si les deux involutions solutions ; c'est-à-dire que , si les
( PP' , BB' ) , ( PP", DD" ) admettent deux involutions (pp' , bb' ) , (pp",
les points doubles ( A , A, ) , ( C , C , ) , dd" ) admettent les rayons doubles
il y a quatre coniques qui satisfont (a, a, ) , (c , c, ) , il y a quatre coniques
aux conditions données ; et les qui satisfont aux conditions don-
cordes de contact de ces courbes nées ; et pour ces courbes les points
avec les tangentes q , s sont AC , de concours des tangentes en Q, S
A, C , AC,, A, C,. De chacune de ces sont ac, a, c, ac,, a, c,. De chacune
coniques, de la première par exem- de ces coniques , de la première,
ple , on connaît cinq points P, P', par exemple , on connaît cinq tan-
P" et les intersections de AC avec gentes p, p', p" et les droites qui
q et s; on pourra donc les con- joignent ac à Q et S ; on pourra
struire par points au moyen du donc les construire par tangentes
théorème de PASCAL ( n° 124, à au moyen du théorème de BRIAN-
droite). CHON ( nº 124, à gauche ) .
172 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
172. Problème. -
Construire un polygone dont les sommets tombent
sur des droites données et dont les côtés passent par des points donnés (') .
Solution. Pour fixer les idées (fig. 153), supposons qu'il s'agisse de
construire un quadrilatère simple, dont les sommets, que nous nomme-
Fig. 153.
81
84
C
$3
A1 CA
M
CA
S
B4
B
N SA1
S A
B
B₁ S84
$1 A
(B3
S
S
C3
S3
rons 1 , 2, 3 , 4, tombent respectivement sur les droites données 51 , 52, 53 ,
s, et dont les côtés 12, 23, 34, 41 passent par les points donnés S12 , S231 S361
S. Du centre S₁₂ projetons les points A , B , C₁, ... de s, sur s₂ en A₂,
B , C, ... ; puis du centre S25 projetons la ponctuelle A, B, C ... sur sa en 2
ABC ... , puis de S34 projetons ABC ... en A, B, C ... surs ; et enfin de
S₁₁ projetons A, B, C ... en ABC ... sur s₁. De cette manière, les points S₁₂) 12
S23, S34 , S4 sont les centres de quatre faisceaux projectifs, car le premier
est perspectifau deuxième ( section commune s₂ ), le deuxième au troisième
(section commune s₃) , le troisième au quatrième ( section commune s₁). Il
résulte de là ( 114) que le lieu du point commun à deux rayons correspon-
dants (comme A,A, et A,A) du premier et du quatrième faisceau, ou, en
d'autres termes, le lieu du premier sommet du quadrilatère variable, dont
le deuxième, le troisième et le quatrième sommet (A2 , A3 , A₁ ) se meuvent
sur trois droites données ( s2 , s , s₁ ) et dont les côtés ( A, A2 , A2 A3, A3A ,
AA) passent par quatre points donnés ( S₁, S₂, S₁, S₁ ) est une conique ( 2 ) .
(¹) PONCELET, loc. cit., p. 345.
( *) Ce théorème (si un polygone simple se déforme de manière que ses côtés
passent par des points donnés et que ses sommets, moins un, parcourent des
droites données, le dernier sommet parcourt une conique) est dû à MACLAURIN
( Transactions de Londres, 1735 , ou Aperçu historique, p. 150 ) .
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 173
Cette conique passe par les points S₁₂, S. , centres des faisceaux qui
l'engendrent ; il suffira donc , pour la déterminer , de trois autres de ses
points, c'est-à-dire des intersections de trois couples de rayons corres-
pondants A, A, et A, A, B, B, et B, B, C, C, et C, C. Il n'y aura plus alors
qu'à construire ( 166 ) les intersections de la droite s , avec la conique dé-
terminée par ces cinq points , et chacune d'elles pourra être prise comme
le sommet du quadrilatère cherché .
La même construction peut être envisagée sous cet autre aspect. Les
lignes brisées A, A, A, A, A, B, B, B, B, B , C, C, C, C, C peuvent être regardées
comme des essais faits pour construire le quadrilatère cherché ; ces essais
donnent des polygones non fermés, car le point A ne se confond pas avec
A,, ni B avec B₁ , ni C avec C ,. Ces essais et tous les autres semblables
que l'on peut imaginer, mais qu'il n'est pas nécessaire d'exécuter, don-
nent sur la droite s , deux ponctuelles A, B, C, ..., ABC... ( décrites l'une
par l'origine, l'autre par le dernier sommet de la ligne brisée ou polygone
ouvert). Ces deux ponctuelles sont projectives , parce que la seconde se dé-
duit de la première au moyen de projections à partir des centres S, 2 ) S237
S , S₁, et de sections par les transversales s̟2, §3 , § , §,. Chacun des points
unis de ces ponctuelles résout le problème ; car, si l'on y place l'origine de
la ligne brisée, son extrémité y tombera aussi et le polygone sera fermé.
Dans ce problème et dans les suivants, la méthode reste la même ,
quel que soit le nombre des côtés du polygone à construire .
173. Problème. Inscrire dans une conique donnée ( ' ) un polygone
dont les côtés passent par des points donnés.
Solution. - Supposons qu'il s'agisse d'inscrire un triangle dont les
côtés passent respectivement par trois points donnés S₁ , S₂ , S, (fig. 154 ) .
Fig. 154.
M
Faisons trois essais, c'est-à-dire du centre S , projetons trois points quel-
(' ) Entièrement décrite ou déterminée par cinq points donnés .
174 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
conques A, B, C de la courbe en A , B , C, sur la même courbe, puis A,,
B,, C, du centre S, en A2 , B2 , C₂, puis A2 , B2 , C, du centre S, en A', B', C'
(toujours sur la même courbe). Comme le point d'arrivée A' ou B' ou C'
ne coïncide pas avec le point de départ correspondant A ou Bou C, au
lieu d'un triangle inscrit, tel qu'il est demandé dans l'énoncé du pro-
blème , nous aurons un polygone ouvert AA, A₂ A' , BB, B, B', ССС₂C' ;
mais les projections successives faites des centres S₁, S₂ , S, déduisent de
la série de points A, B, C, ... les séries A, B, C, ... , A, B, C ... , A'B'C' ... ;
par suite ( 158, 160 ) la série ABC... des points de départ et la série des
points d'arrivée A' , B', C' , ... sont projectives (157 ) . Le problème serait
résolu si le point d'arrivée se confondait avec le point de départ; donc,
si les deux séries projectives ABC ... , A'B'C' ... ont des points unis, cha-
cun d'eux pourra servir de premier sommet à un triangle satisfaisant aux
conditions proposées. Il faut donc trouver (157, II) la droite sur laquelle
se coupent les couples de côtés opposés de l'hexagone inscrit AB'CA'BC',
et construire les intersections M, N de cette droite et de la conique (166);
chacune d'elles donnera une solution au problème ( ' ) .
174. Une méthode analogue permet de résoudre le problème corrélatif :
Circonscrire à une conique donnée ( 2) un polygone dont les sommets
tombent sur des droites données .
Supposons qu'il s'agisse de circonscrire à la conique un triangle dont
les sommets soient respectivement sur les droites s₁ , S2 , S3 (fig. 155) .
Traçons la tangente a en un point quelconque A de la conique, du point
où elle coupe s₁, menons une autre tangente a, (point de contact A₁ ); du
point où a, rencontre s₂, menons la seconde tangente a, (point de con-
tact A₂ ) ; et enfin du point où a, coupe s, tirons de nouveau la tangente
a' et soit A' son point de contact. Le problème serait résolu si le point A'
coïncidait avec A, c'est-à-dire si les tangentes a, a' se confondaient. Ima-
ginons que nous ayons fait d'autres essais semblables en prenant pour
points de départ les points quelconques B, C, ... de la conique, nous au-
rons successivement les séries de points A, B, C, ... ; A₁, B₁, C₁, ... ; A₂ ,
B2 , C2 , ... ; A', B' , C' , ... , qui sont toutes projectives entre elles. En effet,
la première et la seconde série sont projectives ( 160 ), parce que les tan-
gentes en A et A , Bet B , Cet C₁, ... se coupent toujours sur s₁ ; de
même la deuxième et la troisième, la troisième et la quatrième, et par
suite la première et la quatrième sont projectives entre elles pour la
même raison ( 158 ) . Et comme le problème serait résolu si A et A', ou B
(1) PONCELET, loc. cit. , p. 352 .
(2) Entièrement décrite ou déterminée par cinq tangentes données..
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ. 175
et B' , ... se confondaient, chacun des points unis des séries projectives
ABC ..
•" A'B'C' ... pourra servir de point de contact au premier côté
Fig. 155.
B
A,
9
$3
d'un triangle satisfaisant aux conditions demandées . Il suffira donc ( 157 )
de faire trois essais , c'est-à-dire de déduire de trois points quelconques
A, B, C, pris sur la conique , les points correspondants A' , B', C', et de
construire les points M, N communs à la conique et à la droite qui ren-
ferme les points d'intersection des côtés opposés de l'hexagone inscrit
AB'CA'BC' ( ' );
175. Le cas particulier où , dans le problème nº 173 , les points fixes
S₁ , S., ... sont tous sur une même droite s , doit être traité séparément .
Si le nombre des côtés du polygone cherché est pair, le théorème du
n° 146 est applicable ; et , dans ce cas , ou bien le problème n'aura
aucune solution ou il en aura une infinité . Qu'il s'agisse , par exemple ,
d'inscrire dans la conique un octogone dont les sept premiers côtés pas-
sent par les points S₁ , S,, ... , S,, le dernier côté passera alors , en vertu
de ce théorème , par un point fixe S de s ; mais le point S n'est pas
quelconque , il est déterminé par les points S₁ , S,,... , S. Donc , si le der-
nier point S, coïncide avec S , il y a une infinité d'octogones qui satisfont
aux conditions données. Si cette coïncidence n'a pas lieu , il n'y a aucune
solution.
(1) PONCELET, loc. cit., p . 354 .
176 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Si le nombre des côtés du polygone demandé est impair, le problème
est déterminé. Supposons qu'il s'agisse d'inscrire un heptagone ( fig. 114 )
dont les côtés passent par les points donnés S₁ , S,, ... , S,, tous en ligne
droite. D'après le théorème ( 146 ) , il y a une infinité d'octogones dont les
sept premiers côtés passent par sept points donnés en ligne droite , et dont
le huitième côté passe par un point fixe S de cette droite . Si , parmi ces
octogones , il y en a un dont le huitième côté soit tangent à la conique,
le problème sera résolu , car ce polygone ayant deux sommets infiniment
voisins ou coïncidents se réduira à un heptagone inscrit dont les côtés
passeront par sept points donnés . Donc , si l'on peut mener des tangentes
à la conique par le point S , le point de contact de chacune d'elles donnera
une solution ( 146 ) . Donc , suivant la position du point S par rapport à la
courbe, il y a deux solutions , une solution , ou il n'y en a aucune .
La fig. 116 se rapporte au cas de ce problème où il s'agit d'inscrire
un triangle ( ' ) .
L'élève pourra s'exercer à résoudre le problème corrélatif : circonscrire
à une conique un polygone dont les sommets tombent sur des rayons
donnés d'un faisceau . Ce problème est aussi indéterminé ou sans solution
si le polygone est d'ordre pair ; il est déterminé et du second degré si le
polygone est d'ordre impair (fig. 115 et 117).
176. Lemme. - Si deux coniques se coupent aux points A, B, C, C' ,
et si l'on mène par A, B respectivement deux droites qui coupent la pre-
Fig. 156.
N
B
K
M
mière conique en F, G et la seconde en F', G' , les cordes FG, F'G' con-
courent en un point H de la droite CC ' (fig. 156 ).
(1 ) PAPPUS, loc. cit., liv. VII , p . 117.
:
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 177
En effet, la transversale CC ' rencontre la première conique et les côtés
opposés du quadrangle inscrit ABGF en six points formant trois couples
en involution ( n° 143, à gauche ) ; la même chose a lieu pour la seconde
conique et le quadrangle inscrit ABG'F' ; mais les deux involutions coïn-
cident (98), car elles ont deux couples communs de points conjugués :
le couple des points CC', où la transversale coupe l'une et l'autre conique,
et le couple des points où la transversale rencontre les côtés opposés AFF',
BGG' qui appartiennent aux deux quadrangles. Donc tout autre couple
de points conjugués sera commun aux deux involutions, c'est-à-dire que
la transversale CC' rencontrera FG et F'G' en un même point H conjugué
à celui où elle coupe AB.
La proposition qui précède, simple corollaire du théorème de DESAR-
GUES, donne immédiatement la solution des deux problèmes suivants, l'un
du premier, l'autre du second degré .
I. Problème. -
Étant donnés sept points A, B, C, D, E, F, G, trouver
le quatrième point commun aux deux coniques circonscrites l'une au pen-
tagone ABCDE, l'autre à ABCFG (fig. 156 ) .
De deux des points communs menons les transversales AF, BG qui cou-
pent la première conique en F' , G' , points que l'on sait construire ( n° 124,
à droite) . Les droites FG, F'G' concourent en un point H de la corde qui
joint les deux autres points communs. Cette corde sera donc HC et il
suffira de construire le point C' où elle rencontre l'une et l'autre conique ;
le point C' sera le point cherché .
II. Problème. - Étant donnés huit points A, B, D, E, F, G, M, N, trou-
ver les deux points d'intersection restants des deux coniques circonscrites
l'une au pentagone ABDEN, l'autre à ABFGM (fig. 156 ) .
Tirons AF, BG qui coupent la première conique en F', G' ; le point H
commun à FG et à F'G' appartiendra à la corde qui joint les deux points
cherchés . De même, si AM coupe de nouveau la première conique en M' ,
le point K commun à GM, G'M' sera situé sur la mème corde. Donc les
points cherchés sont sur HK, et le problème est ramené à la construction
des intersections C, C′ ( 166 ) de l'une ou de l'autre conique avec HK ( ' ) .
III. La construction ne change pas si les points A, B sont infiniment
voisins , c'est-à-dire si les coniques sont tangentes en un point donné à
une même droite donnée ( 142 ) .
Dans ce cas, étant données deux coniques tangentes entre elles en un
point A, on obtient la droite HK qui joint les deux points C, C' d'intersec-
tion. Si cette droite passait par A, un des points C, C' coïnciderait avecA,
car une conique ne peut avoir trois points en ligne droite. On peut
(1 ) GASKIN, The geometrical construction of a conic section, etc. ( Cambridge,
1852 ), p. 26, 40.
I. 12
178 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
dire alors que trois des quatre points communs aux deux coniques sont
réunis en A ( ou infiniment voisins ) ( voir nº 42 ) ; on dit encore que les
deux coniques s'osculent au point A. La construction donne un point H
de la droite qui joint le point A au quatrième point C d'intersection. Il
peut arriver enfin que cette droite coïncide avec la tangente en A; on dit
alors que A tient lieu de quatre points coïncidents (ou infiniment voi-
sins ) communs aux deux coniques.
IV. Appliquons maintenant le lemme à une conique donnée et à un
cercle qui lui est tangent en A. De A tirons la normale (perpendiculaire à
la tangente en A) : elle rencontre de nouveau la conique en F et le cercle
en F' ; sur AF comme diamètre décrivons un cercle : ce cercle tangent à
la conique en A et sécant en F coupera cette courbe en un autre point
G, et l'angle AGF sera droit. Le premier cercle coupe AG en G' ; en
vertu du lemme, FG, F'G' concourront sur la corde HK; mais FG, F'G'
sont parallèles, parce que l'angle AG'F' est aussi droit; donc, pour tous
les cercles tangents en A à la conique, la corde HK a une direction con-
stante, la direction FG.
Si la corde HK passe par A , le cercle sera osculateur à la conique enA.
Par suite, menons par A la parallèle à FG : elle coupera la conique en C;
le cercle tangent en A et sécant en C sera le cercle osculateur en A ( ' ) .
Vice versa, on peut construire la conique qui passe par trois points
donnés A, P, Q et qui a, en A, un cercle donné pour cercle osculateur.
Les droites AP, AQ coupent le cercle donné en P', Q' ; soit U le point de
concours de PQ, P'Q'. Tirons AU, cette droite coupera de nouveau le
cercle en C ; la conique cherchée passera par C : elle est donc déterminée
par les quatre points A,P, Q, C et par la tangente enA(tangente au cercle).
V. La proposition corrélative du lemme précédent peut s'énoncer ainsi :
Si a, b sont deux tangentes communes à deux coniques et si, de deux
points pris respectivement sur a, b on mène les tangentes f, g à la pre-
mière conique et les tangentes f' , g' à la seconde , les points fg, f'g'
seront en ligne droite avec le point de concours des deux autres tangentes
communes aux coniques données .
Cette proposition sert à résoudre les problèmes corrélatifs des pro-
blèmes I et II : trouver les tangentes communes non données (une ou
deux) à deux coniques, dont chacune est déterminée par cinq tangentes
données, parmi lesquelles il y en a déjà trois ou deux communes aux deux
courbes .
4
177. Problème . -
On donne onze points A, B, C, D, E, A , B , C , D ,
E₁ , P ; construire par points la conique qui passe par P et par les quatre
(1) PONCELET, loc. cit. , nos 334-337.
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 179
points (non donnés ) communs aux coniques (non tracées) ABCDE,
A, B, C, D, E, ( ' ) .
Menons par Pune transversale quelconque, et construisons ( nº 166, à
gauche) les points M, M' où elle coupe la conique ABCDE et les points
N, N' où elle coupe la conique A, B, C, D, E. Comme ces deux coniques
et la conique cherchée doivent être circonscrites à un même quadrangle,
nous pourrons appliquer le théorème de DESARGUES. Donc, si l'on construit
( n° 102, à gauche ) le point P' conjugué à P dans l'involution déterminée
par les couples MM' , NN', le point P' appartiendra à la conique cherchée .
En faisant pivoter la transversale autour de P, on obtiendra d'autres
points de la même conique .
178. Problème. On donne dix points A, B, C, D, E, A , B , C , D , E,
et une droite s, construire une conique tangente às et qui passe par les
quatre points ( non donnés ) communs aux coniques non décrites ABCDE ,
A, B, C, D, E,.
Construisons ( nº 166, à gauche ) les points M, M' communs à set à la
conique ABCDE, et les points N, N'communs à setà la conique A,B, C, D,E,,
puis les points doubles de l'involution déterminée par les couples MM',
NN' . Si Pest un de ces points doubles , P sera le point de contact ( 145)
entres et une conique circonscrite au quadrangle formé par les quatre
points communs aux coniques ABCDE, A, B, C, D, E,. Le problème est donc
ramené à celui du numéro précédent .
179. Les constructions corrélatives donnent les solutions des problèmes
corrélatifs .
Construire une conique qui passe par un point donné, ou soit tangente
à une droite donnée et soit inscrite au quadrilatère formé par les quatre
tangentes (non données) communes à deux coniques (non tracées ) dont
chacune est déterminée par cinq tangentes .
180. Problème . Par un point donné S, mener une droite qui soit
coupée par quatre droites données a, b, c, d en quatre points ayant un
rapport anharmonique donné.
Nous avons vu ( 115) que les droites qui sont coupées par quatre
droites données a, b, c, d en quatre points ayant un rapport anharmo-
nique donné sont toutes tangentes à une même conique tangente aux
droites données, et que, si D est le point de contact de d, et si A, B , C
sont les points où d coupe a, b, c, le rapport anharmonique ( ABCD ) est
égal à celui des quatre points où les droites a, b, c, d sont coupées par
(1 ) PONCELET, loc. cit., nº 389 .
12 .
180 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
une autre tangente quelconque de la conique. La solution du problème
sera donc la suivante :
Construisons (53) le point D de la droite d qui, avec les points ad= A,
bd = B, cd = C donne le rapport anharmonique (ABCD) égal au rapport
donné; puis (n° 160, à droite) construisons les droites qui passent par S
et sont tangentes à la conique déterminée par les quatre tangentes a, b,
c, d et par le point de contact D sur d : chacune de ces droites résoudra
le problème proposé.
Si une des droites a, b, c, d est à distance infinie, le problème devient
le suivant :
Par un point donné S tracer une droite telle, que les segments inter-
ceptés sur elle par trois droites données a, b, c ( entre a et b , a et c)
aient entre eux un rapport donné.
Construisons sur a le point A qui, avec les points ab = B, ac = C,
donne au rapport AB : AC la valeur donnée, et menons par S les tan-
gentes à la parabole déterminée par les tangentes a, b, c et par le point
de contact A sur a.
La construction corrélative donnera la solution du problème suivant :
Sur une droite donnée s trouver un point d'où l'on puisse projeter quatre
points donnés A, B, C, D au moyen de quatre rayons ayant (53) un rap-
port anharmonique donné.
181. Problème. On donne deux droites ponctuelles projectives u, u',
trouver deux segments correspondants que l'on puisse voir de deux points
donnés O, O'sous des angles donnés ( ¹ ) . Prenons sur u' deux points A' , .
D', de manière que l'angle A'O'D' soit égal au second des angles donnés ;
soient A, D les points de u qui correspondent à A', D' ; déterminons sur u
le point A,, tel que l'angle A, OD soit égal au premier des angles donnés ;
il est clair que le problème serait résolu si OA, se confondait avec OA,
car alors les angles AOD, A'O'D' seraient tous les deux égaux aux angles
donnés . Si l'on fait varier simultanément les rayons OA , O'A', O'D' , OD,
OA₁, tous les faisceaux engendrés sont projectifs entre eux . En effet, les
faisceaux engendrés par O'A', O'D' sont projectifs, ainsi que ceux qui sont
engendrés par OA , OD, parce que les angles A'O'D', A, OD sont con-
stants (82) ; les faisceaux engendrés par OA, O'A' et par OD, O'D' sont
aussi projectifs à cause de la projectivité de u et u'. Donc les faisceaux
engendrés par les rayons OA, OA, sont projectifs, et les rayons unis ré-
soudront le problème. Faisons trois essais analogues au précédent , nous
obtiendrons trois couples de rayons correspondants OA et OA , OB et OB,,
(¹) C'est-à-dire si MP, M'P' sont les segments demandés, de manière que les
angles MOP, M'O'P' soient donnés de grandeur et de sens.
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 181
OCet OC , et construisons les rayons unis des faisceaux projectifs con-
centriques déterminés par ces trois couples (162). Si un des rayons unis
rencontre u en Met si l'on prend sur u le point P, tel que l'angle MOP
soit égal au premier des angles donnés, et si ensuite on nomme M', P' les
points de u' qui correspondent à M, P, l'angle M'O'P' sera égal au second
des angles donnés : le problème sera donc résolu.
182. Problème. On donne deux ponctuelles projectives u = ABC ... ,
u' = A'B'C' ... , trouver deux segments correspondants égaux ( en gran-
deur et en direction ) à deux segments donnés.
Prenons sur u' un segment A'D' égal au second segment donné, et
sur u le segment AD correspondant à A'D'. Prenons sur u le point A₁ , tel
que A, D soit égal au premier segment donné ; le problème serait résolu
si les points A, A, coïncidaient. En faisant varier simultanément les
points A, A' , D' , D, A₁ , ils engendrent autant de ponctuelles projectives :
en effet, les ponctuelles engendrées par A et A' sont projectives , ainsi que
celles engendrées par D et D' , à cause de la projectivité de u et de u' ;
les ponctuelles décrites par A, et D, et celles décrites par A' , D' sont
aussi projectives comme engendrées par le mouvement de segments con-
stants ( 77 ) . Donc les ponctuelles engendrées par A, A, sont projectives ,
et leurs points unis résoudront le problème. Il suffira donc d'obtenir trois
couples de points correspondants A et A , Bet B₁, Cet C, au moyen de
trois essais , et puis de construire les points unis ( 162) .
183. L'élève aura certainement remarqué la constance de la méthode
que nous avons employée pour résoudre les problèmes précédents. Elle
est générale, uniforme et directe; on peut l'appliquer d'une manière plus
ou moins simple à tous les problèmes du second degré, c'est-à-dire à
toutes les questions qui , traitées algébriquement , dépendraient d'une
équation du second degré , ou d'une équation de degré supérieur réduc-
tible au second . La méthode consiste à faire trois essais , qui donnent trois
couples d'éléments correspondants de deux formes projectives super-
posées ; et les éléments unis donnent les solutions du problème . C'est
pour cela que cette manière de procéder a été considérée , à bon droit,
comme une méthode géométrique defausse position ( ' ) .
184. Les problèmes du second degré (ou réductibles au second degré),
comme tous ceux de la Géométrie élémentaire, se résolvent au moyen de
la règle et du compas seulement, c'est-à-dire au moyen d'intersections de
droites et de cercles (2 ) . Mais, d'autre part, on peut faire dépendre cha-
(1 ) CHASLES, Géqin . sup ., p. 212 .
( *) On appelle problème du premier degré ceux qui peuvent être résolus au
182 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
cun de ces problèmes de la détermination des éléments unis de deux formes
projectives superposées, détermination qui se réduit (162) à la construc-
tion des points unis de deux séries projectives (157) données sur un cercle
tout à fait arbitraire. Il suit de là qu'un seul cercle, décrit une fois pour
toutes , peut servir à résoudre tous les problèmes du second degré (' )
proposés relativement à des éléments donnés dans un plan fixe ( le plan
du dessin). Après avoir tracé ce cercle , la question se réduira à trans-
porter sur sa circonférence , au moyen de projections et de sections , les
trois couples de points qui déterminent les deux formes projectives, dont
les éléments unis résolvent le problème; et puis à tracer la droite qui
contient les points de rencontre des couples de côtés opposés de l'hexa-
gone inscrit qui a pour sommets opposés les points des trois couples ci-
dessus (157) .
Il est superflu de faire remarquer que, au lieu de faire dépendre la so-
lution du problème des éléments unis de deux formes projectives super-
posées, on peut toujours le réduire à la recherche des éléments doubles
d'une involution (165) .
Nous avons déjà donné, au nº 89, un exemple de la manière de résoudre
un problème du second degré au moyen de la règle seulement , en sup-
posant qu'un cercle auxiliaire soit tracé dans le plan du dessin, et que l'on
connaisse le centre de ce cercle . Nous trouverons d'autres exemples de
cela plus loin.
185. On résout les problèmes suivants d'une manière semblable :
I. On donne (fig. 157) deux droites ponctuelles projectives u, u' et
Fig. 157.
U
น
A น
'
A
0
u
P'
0
'
deux autres droites ponctuelles projectives , v' ; on demande de mener
par le point O deux droites set s' , qui coupent respectivement u et u' en
moyen de la règle seulement, c'est-à-dire par des intersections de droites.
Voir Lambert, loc. cit., p . 161 ; BRIANCHON, loc. cit. , p . 6 ; PONCELET, loc. cit. , p. 76.
(1 ) PONCELET, loc. cit. , p. 187 ; STEINER, Die geometrischen Konstructionen
ausgeführt mittelst der geraden Linien und eines festen Kreises (Berlin, 1833 ),
p. 67 .
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 183
deux points correspondants , et en même temps et en deux points
correspondants .
Par O menons une droite qui coupe u' et ' en A', P' ; soient A le point
de u qui correspond à A' , et P le point de qui correspond à P'. Le pro-
blème serait résolu si les droites OA, OP coïncidaient. En faisant varier
simultanément ces droites , elles décrivent deux faisceaux projectifs con-
centriques (déterminés par trois essais analogues à celui que nous avons
fait) , dont les rayons unis donneront les solutions du problème.
II . On peut supposer, dans le problème qui précède , que les ponctuelles
u et u' sont superposées ainsi que et ' . Si les quatre ponctuelles étaient
sur une même droite, le problème pourrait s'énoncer ainsi :
Étant données sur une droite deux ponctuelles projectives u, u' , et
deux autres ponctuelles projectives , ', trouver un couple de points qui
soient correspondants tant dans u, u' que dans », »'.
III. Entre deux droites données u, u,, placer un segment qui soit vu de
deux points O et S sous des angles donnés (fig. 158 ) .
Fig. 158.
CA S
M1
M
Menons par S deux droites qui coupent u, u, en A, A,, de manière que
l'angle ASA , soit égal au second des angles donnés ; puis traçons par O
une autre droite qui coupe u en A' , de manière que l'angle A'OA, soit
égal au premier des angles donnés . Le problème serait résolu si OA se
confondait avec OA' . Trois essais , comme celui que nous venons de faire ,
donneront trois couples de rayons correspondants (OA et OA' , OB et OB',
OC et OC' ) des deux faisceaux projectifs qui seraient décrits si l'on faisait
varier simultanément OA, OA' ; les rayons unis OM, ON de ces faisceaux
donnent les solutions ( MM,, NN, ) du problème.
IV . On donne deux ponctuelles projectives u, u' , trouver deux segments
correspondants AM , A'M' , comptés à partir de deux points correspon-
dants donnés A, A' , dont le rapport AM : A'M' = λ soit donné .
Soient A et A' , B et B' , C et C' trois couples de points correspondants
de u, u' ; prenons sur u deux nouveaux points B", C", tels que AB" = › A'B',
184 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
AC"= A'C' . Les points A, B", C", ... déterminent une ponctuelle sem-
blable à A'B'C'... (73 ) et, par suite, projective à ABC .... Les ponc-
tuelles projectives superposées AB"C" ... , ABC ... ont déjà un point
uni A; l'autre point uni M résoudra le problème , car on aura
AM = AM" = λΑ' Μ΄ .
Ce problème est du premier degré .
V. On donnedeux ponctuelles projectives superposées ABC..., A'B'C'...,
trouver un segment MM' qui ait pour point milieu un point donné O.
Prenons les points A", B", C", de manière que O soit le point milieu des
segments AA" , BB", CC" ; les points A", B", C", ... déterminent une ponc-
tuelle égale à ABC ... et, par suite, projective à A'B'C'.... Construisons
les points unis des ponctuelles projectives superposées A'B'C' ... ,
A" B" C " ... ; si M'ou M" est undes points unis , O sera le milieu du seg-
ment MM' .
VI. On donne un segment EF, trouver sur EF deux points M, M' tels,
que le segment MM' soit égal à un segment donné et que le rapport
anharmonique ( EFMM' ) soit égal à un nombre donné.
Prenons sur la droite donnée trois points quelconques A, B , C ; puis
déterminons les trois points A', B' , C' , de manière que les rapports anhar-
moniques ( EFAA' ), ( EFBB' ) , (EFCC' ) soient tous égaux à celui qui est
donné, et les trois points A", B" , C" , de manière que les segments AA",
BB" , CC" soient égaux au segment donné. Alors ( 61 , 83) les ponctuelles
ABC ... , A'B'C'... seront projectives, les ponctuelles ABC... , A" B"C"...
le seront aussi (77) ; donc les ponctuelles A'B'C' ... , A" B "C" ... seront
projectives . Si elles ont des points unis, soit M' ou M" l'un d'eux , et
soit M le point qui lui correspond dans la ponctuelle ABC ... , le seg-
ment MM' et le rapport anharmonique ( EFMM' ) auront les valeurs don-
nées, et le problème sera résolu .
VII. Inscrire, dans un triangle donné PQR, un rectangle ayant une
aire donnée (fig. 159 ) .
Fig. 159.
I
M
S 0
A
A
D
B
E B
N
P TS' D' UE' Q
Soit MSTU le rectangle cherché ; menons MS' parallèle à PR , nous au
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 185
rons le parallélogramme MSPS' équivalent au rectangle; nous pourrons
donc transformer le problème en celui-ci :
Trouver sur QR un point M tel, qu'en tirant MS, MS' parallèles res-
pectivement à PQ, PR, nous ayons PS.PS' égal à un carré donné k² .
Prenons un point A quelconque sur QR ; tirons AD parallèle à PQ, et
prenons sur PQ le point D' , tel que PD.PD' = k² , puis menons D'A' pa-
rallèle à PR. Si les points A et A' coïncidaient, le problème serait résolu.
En faisant varier simultanément les points A, D, D', A' , ils décriront
autant de ponctuelles projectives . En effet, comme D est la projection
de A faite du point à l'infini de PQ, et A' la projection de D' du point à
l'infini de PR, la deuxième ponctuelle est perspective de la première, et
la quatrième de la troisième . La deuxième et la troisième sont projectives,
car la relation
PD.PD' =
montre ( 59 ) que les points D, D', variant simultanément, décrivent deux
ponctuelles projectives dont les points à l'infini ont un même point cor-
respondant P ( ' ) .
Trois essais semblables donnent trois couples de points comme A, A' ;
si l'on construit les points unis, on aura les solutions du problème. Au
lieu de prendre le point A de départ tout à fait arbitrairement dans les
trois essais , on peut lui donner une position particulière qui abrége les
constructions. Cette remarque peut s'appliquer à tous les problèmes que
nous avons examinés. Pour celui qui nous occupe, il est clair que , si A
passe à l'infini , sa projection D va aussi à l'infini ; par suite , D' tombe
en P, d'où il résulte que A' coïncidera avec R; si l'on place le point A
en Q, la projection D coïncide avec P ; donc D' et, par suite, A' vont à
l'infini . Voilà donc deux essais qui ne demandent aucune construction ;
les couples AA', qui en résultent, se composent de R et du point à l'infini,
du point à l'infini et de Q. Appelons BB' le couple donné par un troisième
essai , et AA' un couple quelconque ; nous aurons (59 )
QA.RA' = QB.RB',
et, par suite , si M est un point uni ,
QM.RM = QB.RB',
d'où nous pouvons tirer les points unis ; mais il sera toujours plus simple
( ¹) En nommant u, u' les deux ponctuelles, si l'on se reporte à la construc-
tion du nº 67, à gauche, on voit que la ponctuelle auxiliaire u" est tout entière
à l'infini. Il s'ensuit qu'après avoir obtenu un couple de points correspon-
dants D, D', pour trouver le point E' correspondant à un autre point E de
PR = u, il suffit de joindre D'E, puis de tirer DE' parallèle à D'E.
186 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
de recourir à la construction générale du nº 162, c'est-à-dire de mener,
par un point O quelconque d'une circonférence, les droites OB, OB', OR,
OQ et la parallèle à QR qui coupent de nouveau le cercle en B₁, B',, R,,
Q₁, I ( ' ) ; puis joignons le point commun à B, Q₁, B', I au point commun
à B, I, B' R₁ ; si cette droite coupe le cercle en deux points , les droites
qui les projettent du point O rencontreront QR aux points unis cher-
chés M, N, qui résolvent le problème.
VIII. Construire un polygone dont les côtés passent respectivement par
autant de points donnés, et dont tous les sommets moins un sont sur au-
tant de droites données, tandis que l'angle au dernier sommet est égal à
un angle donné .
Qu'il s'agisse, par exemple, de construire un triangle LMN (fig. 160) ,
dont les trois côtés MN, NL, LM doivent passer respectivement par O, V, U,
Fig. 160.
A' M A U
L
0
X
N
B
et dont les deux sommets M, N doivent se trouver sur les droites u, v.
Menons par O une droite quelconque qui coupe u en A, v en B, et par U
la droite UX qui forme avec BV un angle égal à l'angle donné. Soit A' le
point où u est coupé par UX, le problème serait résolu si les points A,
A' coïncidaient. On obtiendra les solutions du problème en construisant
les rayons unis des faisceaux projectifs engendrés par la variation simul-
tanée des droites OA , OA' .
IX . Le problème suivant est compris dans le précédent :
Un rayon de lumière part d'un point donné O et se réfléchit successi-
vement sur n droites données u₁ , u2 , ... , un ; déterminer la direction qu'il
faut donner au rayon initial pour que le dernier rayon réfléchi le coupe
sous un angle donné .
En effet, d'après la loi de la réflexion, si le rayon incident OA, (fig. 161)
rencontre u, en A₁, le rayon réfléchi et le rayon incident feront des angles
égaux ( opposés) avec u₁ ; par suite, comme le rayon incident passe par le
(1 ) De ces points I seul est représenté dans la figure.
PROBLÈMES DU SECOND DEGRÉ . 187
point fixe O, le rayon réfléchi passera constamment par le point O, symé-
trique de O par rapport à u, ( ¹ ) . De la même manière, quand le premier
Fig. 161 .
09
U3 A1
01
A
03
A3 U1
0
rayon réfléchi aura rencontré u, en A₂ , il se réfléchira suivant la même
loi; par suite, le second rayon réfléchi passera par un point fixe O, sy-
métrique de O par rapport à u₂, et ainsi de suite. Le rayon initial et
les n rayons réfléchis successifs seront donc les côtés d'un polygone
A, A, A3 ... , dont n + 1 côtés doivent passer par autant de points donnés
0,0,, 02 , ... , On, tandis que l'angle A doit être égal à un angle donné et
que les sommets des n autres angles doivent tomber sur n droites don-
nées u₁, u2, ... , Un .
X. Problème. - Construire un polygone dont les sommets se trouvent
sur des droites données et dont les côtés soient vus sous des angles don-
nés de points donnés .
Supposons qu'il s'agisse de construire un triangle dont les sommets 1 ,
2, 3 doivent tomber sur des droites données u,, u₂, uz et dont les côtés
23, 31 , 12 soient vus sous des angles donnés ω, ω, ω, des points don-
nés S₁ , S2, S3 . Prenons un point A quelconque sur u₁ (fig. 162 ) ; menons
AS3, faisons l'angle AS, B égal à . Le deuxième côté de cet angle
coupe u, en B. Faisons l'angle BSC égal à w₁. Soit C le point commun
au deuxième côté de cet angle et à u₃, et faisons l'angle C, SA' égal à ω .
Le problème serait résolu si le deuxième côté S, A' coïncidait avec S, A.
Si nous faisons pivoter S₂ A autour de S₂, les autres rayons S, A, S, B, S, B,
S, C, SC, S₂ A' varient en même temps et engendrent autant de faisceaux,
tous projectifs entre eux. En effet, les faisceaux engendrés par S, A, S, B
sont projectifs (82 ), parce que l'angle ASB est constant; les faisceaux
engendrés par SB, SB sont projectifs , puisqu'ils sont perspectifs , et
ainsi de suite. Les solutions du problème seront donc données par les
( ¹ ) C'est-à-dire un point O, tel que 00, soit perpendiculaire à u₁ et divisé
en deux parties égales par cette droite.
188 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
rayons unis des faisceaux projectifs concentriques engendrés par S,A,
S₂A' .
Le problème se résout de la même manière si les angles en S₁ , S₂ , au
lieu d'être égaux à des angles donnés, doivent être divisés par des couples
Fig. 162 .
Из
S
U1
A A
น C
U1 B
S3 น
Из
S1
de droites données, telles qu'en chacun de ces points on ait un faisceau
de quatre rayons ayant un rapport anharmonique donné. Si, pour chacun
des points donnés S₁, S₂, ... , le faisceau doit être harmonique , et si les
rayons donnés sont orthogonaux, le problème peut s'énoncer ainsi ( 52 ) :
Construire un polygone dont les sommets tombent sur des droites don-
nées et dont les côtés soient vus de points donnés sous des angles ayant
des bissectrices données .
XI. La même méthode donne la solution du problème :
Construire un polygone dont les côtés passent par des points donnés et
dont les angles divisent des segments donnés suivant des rapports anhar-
moniques donnés ( ' ) .
On obtient des cas particuliers de ce problème en supposant que chaque
angle doive intercepter sur une droite donnée un segment donné de
grandeur et de direction, ou un segment qui soit divisé par un point donné
en deux parties ayant un rapport donné ( 2) .
§ XX.
-
POLES ET POLAIRES .
186. Il résulte des nºs 160, 161 que, si S est un point quel-
conque (fig. 128, 131) du plan d'une conique, et si l'on mène
( ¹ ) C'est-à- dire les côtés d'un angle doivent rencontrer une droite donnée, sur
laquelle il y a deux points fixes A, B, en deux autres points C, D, de manière
que le rapport anharmonique ( ABCD ) soit un nombre donné.
(¹) Ces problèmes sont extraits de CHASLES, Géom. sup., p. 219-223, et de
TOWNSEND, Chapter on the modern Geometry ( Dublin, 1865), t. II. p. 257-274 .
PÔLES ET POLAIRES . 189
par ce point autant de transversales qu'on voudra coupant la
courbe aux couples de points ( A, A' ), ( B, B' ), ( C, C' ), ... , les
couples de tangentes ( a, a' ), ( b, b' ) , ( c, c' ) , ... se coupent
aux points d'une droite fixe s, qui contient les points de
contact des tangentes issues de S ; en outre, les couples de
droites AB' et A'B, AC' et A'C, ... , BC' et B'C , ... , AB et Α'Β' ,
AC et A'C' , ... , BC et B'C', ... se coupent en des points de s.
On peut remarquer une autre propriété de la droites : con-
sidérons le quadrangle complet AA'BB' ; les deux côtés op-
posés AA' , BB' sont coupés harmoniquement par le point
diagonal S et par la droites qui joint les deux autres points
diagonaux ( 49) ; donc les points A et A' ( de même que B
et B', Cet C', ... ) sont séparés harmoniquement par S et s .
La droite s, ainsi déterminée par le point quelconque S, est
dite polaire de S par rapport à la conique ; et réciproquement,
S est dit pôle de la droite s.
Donc la droite polaire d'un point donné S est en même
temps : 1º le lieu du point de concours des couples de tangentes
dont les points de contact sont en ligne droite avec S ; 2º le lieu
des points de concours des couples de côtés opposés de tout
quadrangle inscrit dont les diagonales passent par S ; 3º le lieu
d'un point séparé harmoniquement de S par deux points de
la conique ( ' ).
187. Réciproquement, une droites donnée arbitrairement
détermine un point S, dont elle est la polaire. En effet, soient
A, B deux points pris au hasard sur la conique ; les droites a, b,
tangentes en A, B, couperont s en deux points d'où l'on peut
mener les secondes tangentes a' , b' ; soient A' , B' leurs points
de contact et S le point d'intersection de AA' , BB' . Alors la
polaire de S renfermera les points ad' , bb' : elle coïncidera
donc avec s. Donc, si d'un point quelconque de s on peut me-
ner deux tangentes c, c à la conique, la droite CC' qui joint
leurs points de contact passera par S.
I. Les droites a, a' , b, b' forment un quadrilatère circonscrit
(1 ) APOLLONIUS, loc. cit., liv. VII, 37. - DESARGUES, loc. cit., p. 164 et suiv.;
DE LA HIRE, loc. cit . , liv . I et II .
190 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
dont s est une des diagonales ; ses deux autres diagonales se
coupent en S ( 135 ) ; donc, si d'un point quelconque de s on
mène deux tangentes à la conique, elles sont séparées harmo-
niquement par s et une droite qui passe toujours par S.
II. Le quadrangle complet AA'BB' et le quadrilatère com-
plet aa'bb' ont le même triangle diagonal (132), dont les som-
mets sont S, le point commun à AB et A' B' , et le point com-
mun à AB' , A' B ; ses côtés sont s, la droite qui joint les points
ab, a'b' , et la droite qui joint les points ab', a'b. Donc, si de
deux points de la droite s on mène les couples de tangentes
( a, a') , ( b, b' ) , les diagonales du quadrilatère circonscrit
aba'b' passent par le point S. On peut se reporter, par exem-
ple, à la fig. 102, en imaginant qu'on ait mis les lettres S, A' ,
B', a', b' au lieu de E, D, C, d, c, ou bien les lettres S, A' , B,
B', a', b, b' au lieu de G, B, C, D, b, c, d.
188. Ainsi , une conique étant donnée, tout point du plan a
sa polaire , toute droite a son pôle (1 ) . La conique donnée, par
rapport à laquelle on considère les pôles et les polaires, s'ap-
pelle conique fondamentale.
I. Si l'on peut mener deux tangentes à la courbe par un point
du plan d'une conique, ce point est dit extérieur à la courbe ;
il est intérieur si l'on ne peut mener aucune tangente . Donc :
Si le pôle est extérieur à la conique ( 160), la polaire coupe
la courbe (aux points de contact des tangentes issues du
pôle) .
Si le pôle est intérieur à la courbe, la polaire ne coupe pas
la conique .
II . Si l'on prend comme pôle un point de la conique et si
l'on fait pivoter une transversale autour de ce point, un des
points d'intersection se confond toujours avec le pôle , et,
comme le point de concours des couples de tangentes en ces
points doit engendrer la polaire et que la tangente au pôle
est fixe, la polaire d'un point de la conique est la tangente en
ce point ; ou, si le pôle est un point de la conique, la polaire
est la tangente en ce point.
( 1 ) DESARGUES, loc. cit., p. 1go.
PÔLES ET POLAIRES . 191
III. Réciproquement, si tous les points de la polaire sont
extérieurs à la conique, le pôle est un point intérieur; si la
polaire est une sécante de la courbe, le pôle est le point com-
mun aux tangentes aux deux points d'intersection ; et si la
polaire est une tangente, le pôle est le point de contact.
189. Soient E le pôle et F un point de la polaire (fig. 108 ).
Si la droite EF coupe la conique, les deux intersections seront
séparées harmoniquement par les points E, F ( par suite, un de
ces points sera intérieur, l'autre extérieur à la courbe), de
sorte que, si nous considérons F comme pôle, E sera un point
de la polaire .
Si la droite EF ne coupe pas la conique, la corde de contact
des tangentes issues de E passera en F, car cette dernière corde
est la polaire de E. Donc :
Si F est un point de la polaire de E, réciproquement E est
un point de la polaire de F.
On peut exprimer le même théorème en disant :
Si f est une droite quipasse par le pôle d'une autre droite e,
réciproquement e passera par le pôle def.
En effet, soient E, F les pôles respectifs de e, f; comme, par
hypothèse, E est situé sur la polaire de F, F sera aussi sur la
polaire de E, c'est-à-dire que e passera par F, pôle de f.
Deux points, tels que E et F, dont l'un est sur la polaire de
l'autre, sont dits conjugués ou réciproques par rapport à la
conique. On appelle aussi conjuguées ou réciproques deux
droites telles que e et f, dont l'une passe par le pôle de
l'autre .
On peut donner cet autre énoncé du dernier théorème dé-
montré :
Si deux points sont réciproques, leurs polaires sont aussi
réciproques, et vice versa.
190. Le même théorème peut encore se mettre sous cette
autre forme :
Tout point de la polaire d'un point E a pour polaire une
droite qui passe par E ;
192 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Toute droite qui passe par le pôle d'une droite donnée e a
pour pôle un point de e ( ' ) .
Cela revient à dire : Si nous imaginons qu'un pôle variable F
parcourt une droite donnée e, la polaire de F passera toujours
par un point fixe E, qui est le pôle de la droite donnée ; et ré-
ciproquement, si une droite f tourne autour d'un point fixe E,
le pôle de f décrira une ligne droite e, qui est la polaire du
point donné E.
Ou encore : Le pôle d'une droite donnée e est le centre du
faisceau des polaires de ses points, et la polaire d'un point
donné E est le lieu des pôles des droites qui passent par E ( 2 ) .
191. Étant donné un pôle S, con- Étant donnée une droite s, con-
struire sa polaire . struire son pôle .
I. Si l'on connaît cinq points A, B , Si l'on connaît cinq tangentes a,
C, D , E de la conique, il suffira de b, c, d, e de la conique, il suffira de
tirer deux transversales SA, SB et mener par les points sa, sb les se-
de construire les points A' , B' , où condes tangentes a', b' ( 124 , à
elles coupent de nouveau la courbe . gauche) . Les diagonales du quadri-
La droite s, qui joint le point com- latère aba'b' se couperont en un
mun à AB' , A'B au point commun point S qui est le pôle de la droite
à AB, A' B' , sera la polaire du point donnée (fig. 164 ) .
donné ( 169 ) ( fig. 163 ) .
Fig. 163. Fig. 164.
e
S
B
d S
S
C a
B' a' b'
C
b
A S
E
D
S S
II. Supposons la conique détermi- Supposons la conique déterminée
née par cinq tangentes a, b, c, d, e par cinq points A, B, C, D, Е
(1) DESARGUES, loc. cit . , p . 191 .
(*) PONCELET, loc. cit. , nº 195 .
PÔLES ET POLAIRES . 193
(fig. 165 ) . Menons par S deux (fig. 166 ) . Prenons deux points U,
transversales u, v, et construisons V surset construisons leurs po-
leurs pôles U, V; la droite UV sera laires u, v. Le point uv sera le pôle
la polaire de S (190) . Pour plus de de s (190) . Pour plus de simplicité,
Fig. 165. Fig. 166.
S
c
S V
'
C
a
A
S
S
U B
V
υ
e
OE
d B'
CO
b
' CD
C
simplicité, il conviendra de mener il conviendra de prendre le point U
la transversale u par le point ab ; sur la droite AB; après avoir con-
après avoir tracé la tangente c' qui struit l'intersection C' de la conique
passe par le point uc, le pôle U sera avec la droite UC, la polaire u sera
le point commun aux diagonales du la droite qui joint les points de
quadrilatère acbc'. De même, après concours des côtés opposés du qua-
avoir mené la transversale par le drangle ACBC'. De même , V étant
point ac, par exemple, et construit un point de la droite AC, par exem-
la tangente b' qui passe par le ple, après avoir construit l'inter-
point ob , le pôle V sera le point section B de la conique et de VB, la
commun aux diagonales du quadri- polaire sera la droite qui joint les
latère abcb' . points de concours des côtés oppo-
sés du quadrangle ABCB'.
192. Soient E, F deux points réciproques (fig. 108 ), G le
pôle de la droite EF ; G sera un point réciproque de E ainsi que
de F, c'est-à-dire que les trois points E, F, G sont réciproques
deux à deux. Il en résulte que chacun des côtés du triangle EFG
est la polaire du sommet opposé, et que les trois côtés sont
deux à deux des droites réciproques .
1. 13
194 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Un triangle, tel que EFG, dans lequel chaque sommet est le
pôle du côté opposé, est nommé triangle conjugué à la co-
nique.
193. Pour construire un triangle conjugué,on peut prendre arbitraire-
ment un sommet E (fig. 108 ) ; construire la polaire de E, prendre sur
cette droite un point quelconque F, et enfin construire la polaire de F.
Elle passera par E, parce que les points E, F sont réciproques. Soit G le
point où se coupent les polaires de E, F ; EG, FG seront des couples de
points réciproques : donc EFG est un triangle conjugué.
En d'autres termes , E étant un point quelconque, tirons par E deux
transversales quelconques qui coupent la'conique en A et D, B et C.
Soient F le point de concours de AC, BD; Gle point de concours de AB,
CD; EFG sera un triangle conjugué .
On pourrait , au contraire , prendre arbitrairement une droite e, en
construire le pôle E, mener par E une droite quelconquef, joindre les
pôles de e, f par la droite g, et le triangle efg sera un triangle conjugué,
car les droites e, f, g sont réciproques deux à deux .
Après avoir pris arbitrairement une droite e, on peut mener les couples
de tangentes a et d, b et c de deux de ses points; sifjoint les points ac,
bd, et g les points ab, cd, le triangle efg sera conjugué.
194. Ce qui précède met en évidence la propriété suivante :
I. Les points diagonaux du quadrangle completformé par
quatre points quelconques d'une conique sont les sommets
d'un triangle conjugué. Les droites diagonales du quadrila-
tère complet formé par quatre tangentes quelconques à la co-
nique sont les côtés d'un triangle conjugué ( ' ) .
Ou aussi :
Les points diagonaux d'un quadrangle complet sont les som-
mets d'un triangle conjugué à toutes les coniques circonscrites
au quadrangle . Les droites diagonales d'un quadrilatère com-
plet sont les côtés d'un triangle conjugué à toutes les coniques
inscrites au quadrilatère .
II . Des propriétés des quadrilatères circonscrits et des quadrangles
inscrits (129-135) on conclut, en outre (fig. 108 ), que :
Si EFG est un triangle conjugué à une conique donnée et si ABC est un
triangle inscrit dans la même courbe, dont deux côtés passent respective-
(1) DESARGUES, loc. cit., p . 186.
PÔLES ET POLAIRES . 195
ment par les sommets G, F, le troisième côté BC passera par le troisième
sommet E, et chaque côté du triangle inscrit sera divisé harmoniquement
par le sommet correspondant du triangle conjugué et par la droite qui
joint les deux autres sommets.
Les trois droites EA, FB , CG concourront en un point D de la
courbe : il en résulte que les deux triangles sont homologiques; par suite,
les trois couples de droites FG et BC, GE et CA, EF et AB se couperont
en trois points en ligne droite.
Nous laissons à l'élève le soin d'énoncer la propriété corrélative ( ¹ ) .
195. Des trois sommets du triangle EFG, un est toujours in-
térieur à la courbe et les deux autres extérieurs . En effet, si E
est un point intérieur, la polaire de E ne coupe pas la co-
nique ; par suite, Fet G sont des points extérieurs ; et, si E est
un point extérieur, la polaire de E coupe la courbe, les points
d'intersection sont séparés harmoniquement par Fet G : donc
l'un de ces points sera intérieur, l'autre extérieur.
De cette propriété et de celle du nº 188 nous concluons que,
des trois côtés d'un triangle conjugué, deux coupent toujours
la courbe et un ne la rencontre pas .
196. Supposons que deux quadrangles complets ABCD,
Fig. 167 .
E
A'
A '
C
G
F
D B
B'
D'
A'B'C'D' aient les mêmes points diagonaux EFG, c'est-à-dire
que
BC, AD , B'C' , A'D' concourent en E,
CA, BD, C'A' , B'D' )) en F,
AB , CD , A'B' , C'D' en G. )
)
(1 ) PONCELET, loc. cit., p . 104.
13 .
TRIE TIVE
196 GÉOMÉ PROJEC .
Si le point A se trouvait, par exemple, sur AB, comme A'B'
et AB passent par G, B' serait aussi sur AB ; et comme AB , ou
A'B' , doit être séparée harmoniquement de CD et aussi de
C'D' par les droites GE, GF, les points C , D , C' , D' seraient sur
une même droite, ce qui revient à dire que les huit points A,
B, C, D , A' , B' , C' , D' seraient sur deux droites (fig. 167 ) .
Excluons ce cas , c'est-à-dire , supposons qu'on puisse tracer
une conique par les cinq points A, B, C, D , A' ; je dis que les
points B' , C' , D' se trouvent aussi sur cette conique (fig. 168 ) .
Fig. 168.
B' D'
C
En effet, G étant le pôle de EF ( puisque E, F, G sont les points
diagonaux du quadrangle inscrit ABCD ) , les deux intersections
de la conique et de la transversale GA'B' seront séparées har-
moniquement par le pôle G et la polaire EF ; mais une de ces
intersections est A' : donc l'autre est B' ; car, E, F, G étant les
points diagonaux du quadrangle A'B'C'D ' , les points A', B'
sont séparés harmoniquement par G et EF. On démontre de la
même manière que les points C' , D ' appartiennent à la conique.
Donc :
Si deux quadrangles complets ont les mêmes points diago-
naux, les huit sommets sont ou sur deux droites ou sur une
conique.
Comme les droites AB, A'B' concourent en G, les droites
AA' , BB' , ainsi que les droites AB' , A' B , se couperont sur EF ,
polaire de G. Cette observation donne la manière de construire
le point B' , quand on donne les points A, B, C , D , A' . Le
PÔLES ET POLAIRES . 197
point C' s'obtiendra ensuite comme intersection des droites
A'F, B'E, et le point D' comme intersection de B'F, A'E, C'G .
197. Je suppose maintenant que deux coniques aient quatre
tangentes communes a, b, c, d, c'est-à-dire, soient inscrites
dans le même quadrilatère . Soient A, B, C, D les quatre points
de contact pour l'une, A' , B' , C', D' les quatre points de con-
tact pour l'autre . En vertu du théorème du nº 132, le triangle
formé par les diagonales du quadrilatère circonscrit abcd aura
pour sommets les points diagonaux du quadrilatère inscrit
ABCD , et aussi les points diagonaux du quadrangle A'B'C'D';
donc les quadrangles ABCD, A'B'C'D' ont les mêmes points
diagonaux . Par suite , d'après le théorème qui précède ( 196) ,
les huit points A , B, C, D, A' , B' , C', D' sont tous ou sur deux
droites ou sur une conique .
198. En échangeant, comme à l'ordinaire, les points avec les
droites , nous pourrons démontrer les propositions corréla-
tives, c'est-à-dire :
Si deux quadrilatères complets ont les trois diagonales com-
munes, les huit côtés ou passent par deux points ( quatre par
l'un et quatre par l'autre ) ou sont tangents à une méme со-
nique.
Si deux coniques se coupent en quatre points, les huit tan-
gentes en ces points ou passent toutes par deux points (quatre
par l'un et quatre par l'autre) ou sont tangentes à une même
conique ( ¹ ) .
199. Si l'on donne les points diagonaux E, F, G et un som-
met A d'un quadrangle ABCD, le quadrangle est entièrement
déterminé, et l'on peut le construire. En effet, D est le point
de AE qui est séparé harmoniquement de A par E et FG ; de
même, C est le point de AF qui est séparé harmoniquement
de A par Fet GE, et B est le point de AG qui est séparé har-
moniquement de A par Get EF.
Comme, d'autre part, quand on a une conique et un triangle
conjugué EFG, on peut prendre arbitrairement sur la courbe
(1) STAUDT, loc. cit. , nº 293 .
198 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
un point A comme sommet d'un quadrangle inscrit ABCD, ayant
pour points diagonaux E, F, G ( les autres sommets B, C, D
sont les secondes intersections de la conique et des droites
AE, AF , AG ) , il en résulte que :
Toutes les coniques qui passent par un point donné A, et
pour lesquelles un triangle donné EFG est conjugué, passent
par trois autres points déterminés B, C, D.
200. Le problème : « Construire la conique qui passe par deux points
donnés A, A', et pour laquelle le triangle donné EFG soit un triangle con-
jugué » , se résout de la manière suivante :
On construira , comme nous l'avons dit , les trois points B, C, D qui ,
avec A, forment un quadrangle complet ayant les points E, F, G pour
points diagonaux. On connaitra alors cinq points A, A', B, C, D de la
courbe ; on pourra donc en trouver d'autres au moyen du théorème de
PASCAL. On pourrait aussi construire les trois points B', C', D'qui, avec A',
forment un quadrangle ayant E, F, G pour points diagonaux; et les huit
points A, B, C, D, A', B' , C' , D' appartiendraient à la conique cherchée.
201. Supposons qu'il s'agisse de décrire une conique tangente à quatre
droites données, qui passe par un point donné S (fig. 169) . Les diago-
nales du quadrilatère abcd forment un triangle EFG conjugué à la co-
nique ; par suite, si l'on construit les trois points P, Q, R qui, avec S,
forment un quadrangle ayant pour points diagonaux E, F, G, les trois
Fig. 169.
a C
P F
b R
points ainsi construits appartiendront aussi à la conique demandée. Mais
il peut arriver qu'aucune conique ne satisfasse à la question, ou qu'il y en
ait deux qui y satisfassent (170 , à droite) ; donc, dans ce second cas,
PÔLES ET POLAIRES . 199
comme la construction des points P, Q, R est linéaire, les deux coniques
passeront par ces points. Ou :
Si deux coniques inscrites dans un méme quadrilatère abcd ont un
point commun S, elles se coupent en trois autres points P, Q, R ; et le
triangle formé par les diagonales du quadrilatère circonscrit abcd coïn-
cide avec celui que forment les points diagonaux du quadrangle inscrit
PQRS .
Pour la construction des points P, Q, R, du point P, par exemple, qui
se trouve sur la droite ES (fig. 157) , j'observe que les points P, S doivent
être séparés harmoniquement par E et FG; mais la diagonale ( ab ) (cd) ,
qui passe par E, est aussi divisée harmoniquement en E, F ; nous avons
donc deux formes harmoniques qui sont perspectives à cause du point
uni E; par suite, les droites P (ab), S (cd) , FG, qui joignent les autres
couples de points correspondants, concourront en un même point (43, 62) .
Il faudra donc joindre S à une extrémité d'une des diagonales qui passent
par E, au point cd, par exemple ; cette droite rencontrera FG en un point
que l'on joindra à l'autre extrémité de la même diagonale, c'est- à-dire au
point ab, par une droite qui coupera ES au point cherché P ( ' ) .
202. Les propositions corrélatives sur lesquelles l'élève fera bien de
s'exercer sont les suivantes :
Toutes les coniques tangentes à une droite donnée, pour
lesquelles un triangle donné est un triangle conjugué, sont
tangentes à trois autres droites déterminées.
Construire la conique qui soit tangente à deux droites données, et pour
laquelle un triangle donné est un triangle conjugué.
Si deux coniques circonscrites à un même quadrangle ont
une tangente commune, elles ont aussi trois autres tangentes
communes .
Construire les trois tangentes communes aux deux coniques qui passent
par quatre points donnés et sont tangentes à une droite donnée ( 170, à
gauche) .
203. Soit un quadrangle complet ABCD, dont les points diagonaux
sont E, F, G (fig. 170 ) . Soient aussi
L, P les points où FG coupe AD, BC,
M, Q » GE BD , CA ,
»
N, R » EF »
CD, AB.
(1) BRIANCHON, loc. cit. , p. 45.- MACLAURIN, De lin. Geom. , § 43.
200 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Les six points ainsi obtenus sont les sommets d'un quadrilatère com-
plet ; en effet , le triangle EFG est homologique à chacun des triangles sui-
vants : ABC , DCB, CDA, BAD ; les centres d'homologie sont respective-
ment D, A, B, C. Il s'ensuit que les ternes de points PQR, PMN, LQN ,
LMR sont sur autant de droites ( axes d'homologie) .
Fig . 170.
M E
C
F
A
R
Ces quatre droites forment un quadrilatère dont les diagonales LP, MQ,
NR forment le triangle EFG. Il en résulte que la conique inscrite dans le
quadrangle ABCD et passant par L passe aussi par N, P , R ( 201 ) ; il y a, '
de même, une conique inscrite dans le quadrangle ABDC qui passe par R ,
M, N, Q , et une autre, inscrite dans le quadrangle ACBD , qui passe
par Q , P , M , L.
Pour chacune de ces coniques , les quatre tangentes données par la
figure ( les quatre côtés du quadrangle complet ABCD) sont harmoniques ;
par suite, les quatre points de contact le sont aussi (111 , 161 ) . En effet,
si nous considérons un côté quelconque de ce quadrangle, AB par exemple ,
il est divisé harmoniquement aux points R, G ( cela se déduit de la consi-
dération du quadrangle complet CDEF ) ; les points A, B, G sont les inter-
sections de la tangente AB avec les trois autres tangentes , tandis que R
est le point de contact de la première tangente ; donc les quatre tangentes
seront coupées par une autre tangente quelconque de la conique consi-
dérée en quatre points harmoniques ( ' ) .
Si ABCD est un parallélogramme, les points E , G, M, Q passent à l'in-
fini , et LNPR devient aussi un parallelogramme. Des trois coniques que
nous venons de rencontrer, la première sera , dans ce cas , une ellipse
tangente aux côtés du parallélogramme ABCD en leurs points milieux ; la
seconde, une hyperbole tangente aux côtés AB , CD en leurs points mi-
lieux et ayant pour asymptotes AC , BD ; la troisième , une hyperbole
ayant les mêmes asymptotes et tangente aux côtés AD , BC en leurs
milieux .
( ¹ ) STEINER, loc. cit. , p . 160 ; STAUDT, Beiträge zur Geometrie der Lage (Nu-
remberg, 1856, p . 57, 60 ), nº 329.
PÔLES ET POLAIRES . 201
204. Du corollaire du théorème de BRIANCHON, relatif à un
quadrilatère circonscrit ( 135), nous avons déjà déduit ( 136 ) la
règle pour construire les tangentes d'une conique dont on con-
naît trois tangentes a, b, c et deux points de contact Bet C
(fig. 108). Joignons un point quelconque E de BC aux points
ab , ac ; ces droites g, frencontreront respectivement c, ben
deux points par lesquels il suffira de faire passer une droite
pour avoir une tangente d de la conique .
Les quatre tangentes a, b, c, d forment un quadrilatère com-
plet, dont deux diagonales g = ( ab ) ( cd ), f= ( ac ) ( bd ) con-
courent en E ; donc ( 135 ) la corde de contact AD des tangentes
a, d coupera aussi BC en E. Les droites menées par E et par
les points ab , ac, étant deux diagonales du quadrilatère abcd,
sont des droites réciproques ; donc (fig. 171 ) :
Fig. 171 .
F
C
G
E
B C
b
g
Si un triangle abc est circonscrit à une conique, les droites
qui joignent un point quelconque E de la polaire d'un som-
met be aux deux autres sommets ( ab ), ( ac ) sont des droites
réciproques .
Ou réciproquement : Si deux droites sont tangentes à une
conique , deux droites réciproques issues d'un point quel-
conque de la corde de contact coupent les deux tangentes
données en des points qui appartiennent à une troisième tan-
gente.
205. Nous allons exposer maintenant la propriété corréla-
tive . Supposons que l'on donne trois points A, B, C d'une co-
nique, et les tangentes b, cen deux de ces points (fig. 108 ) .
Une droite e, tracée arbitrairement par le point bc, rencontre
202 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
AB, AC en deux points G, F ; les droites GC, FB se coupent
en un point D de la conique .
Les quatre points A, B, C, D forment un quadrangle com-
plet dont deux points diagonaux sont sur e; donc ( 129) le
point be et le point commun aux tangentes en A, D tomberont
sur e ( 129 ). Les points G, F étant deux points diagonaux du
quadrangle ABCD sont réciproques ; donc (fig. 160 ) :
Si un triangle ABC est inscrit dans une conique, les points
F, G, où deux de ses côtés sont coupés par une droite quel-
conque menée par le pôle S du troisième côté , sont réci-
proques .
Ou réciproquement : Si l'on joint deux points donnés sur
une conique à deux points réciproques en ligne droite avec le
pôle de la corde qui joint les points donnés, ces droites se
coupent sur un point de la courbe .
§ XXI. CENTRE ET DIAMÈTRE .
206. Prenons comme pôle un point à distance infinie
(fig. 172) et menons par ce pôle une transversale qui coupe
la conique en deux points A, A' . Le segment AA' sera divisé
harmoniquement par le pôle et un point de la polaire ( 186 ) ;
le point de la polaire sera donc le milieu de AA' ; cela revient
à dire :
Fig. 172.
b
B a
'
A
S
M
R
0
M' a
A
b'
B'
Si, dans une conique, on mène autant de cordes que l'on
voudra parallèles entre elles, le lieu de leurs points milieux
est une droite qui est la polaire du point à l'infini commun
aux cordes ( ' ) .
(1) APOLLONIUS, Conic., liv. I, 46, 47, 48 ; liv. II, 5, 6, 7, 28 , 29, 30, 31, 34-37.
CENTRE ET DIAMÈTRE. 203
On donne à cette droite le nom de diamètre relatif aux
cordes qu'il divise par moitié . Si le diamètre rencontre la co-
nique en deux points, ils seront les points de contact des tan-
gentes dirigées vers le pôle , c'est-à-dire, des tangentes paral-
lèles aux cordes divisées en parties égales . Si l'on mène les
tangentes aux extrémités A, A' d'une de ces cordes , elles con-
courent en un point du diamètre . Si AA' , BB' sont deux des
cordes divisées en parties égales , les droites AB , A'B' , ainsi
que les droites AB' , A'B, se couperont sur le diamètre ( 186 ) .
Réciproquement , si d'un point du diamètre on peut mener
deux tangentes a , a' à la conique , la corde AA' de contact
sera divisée en parties égales par le diamètre ; et si l'on mène
par ce point une droite qui , avec le diamètre, sépare harmo-
niquement les deux tangentes, cette droite sera parallèle aux
cordes coupées en deux . Si l'on mène deux couples de tan-
gentes a et a' , b et b' de deux points du diamètre, la droite
qui joint les points ab, a'b' et la droite qui joint les points ab' ,
a'b seront aussi parallèles aux cordes divisées en parties
égales ( 187 ) .
207. A tout point à l'infini , c'est-à-dire à tout faisceau de
cordes parallèles, correspond un diamètre . Tous les diamètres
passent par un même point, parce qu'ils sont les polaires des
points d'une même droite , la droite de l'infini ; le point de
concours des diamètres est le pôle de la droite de l'infini ( 190 ).
208. Comme la droite à l'infini est tangente à la parabole et
que le point de contact est le pôle de cette droite ( 188 ) , tous
les diamètres de la parabole sont parallèles entre eux ( ou di-
rigés vers le point de l'infini ) ; et réciproquement toute droite
qui coupe la parabole à l'infini est un diamètre .
209. Si S est un point quelconque d'où l'on peut mener
deux tangentes a, a' à la conique (fig. 172), la corde de contact
AA' , ou la polaire de S, sera divisée en deux parties égales
en R par le diamètre qui passe par S ; car S et le point à
l'infini de AA' sont des points réciproques. Si le diamètre
coupe la courbe en M, M' , les tangentes en ces points sont
204 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
parallèles à AA' , et ces mêmes points sont séparés harmoni-
quement par le pôle S et la polaire AA' ( 186).
Donc, si la conique est une parabole (fig. 173 ), auquel cas
Fig. 173 .
S
A'
M
le point M' passe à l'infini , le point M sera le milieu du seg-
ment SR, ou :
La droite qui va du point milieu d'une corde de la parabole
à son pôle est divisée en deux parties égales par la courbe ( ' ).
210. Quand la conique n'est pas une parabole, la droite à
l'infini n'est plus une tangente de la courbe ; par suite, le pôle
de cette droite, ou le point de concours des diamètres, est un
point à distance finie. Comme deux points de la conique en
ligne droite avec le pôle sont toujours séparés harmonique-
ment par le pôle et par la polaire (186), le pôle est le point
milieu des deux points de la courbe, quand la polaire est à
l'infini . Donc toute corde de la conique qui passe par le pôle
de la droite à l'infini est divisée en parties égales par ce point.
C'est à cause de cette propriété qu'on a donné le nom de
centre de la conique au pôle de la droite à l'infini , ou au point
de concours des diamètres .
En appliquant au centre et à la droite à l'infini les pro-
priétés générales du pôle et de la polaire ( 186, 187) , nous au-
rons (fig. 174 ) :
Si A, A' sont deux points de la conique en ligne droite avec
le centre, les tangentes en A, A' sont parallèles ;
Si AA' , BB' sont deux couples de points de la conique ali-
gnés sur le centre, les droites AB, A' B' sont parallèles , les
(1 ) APOLLONIUs, loc. cit., liv. I, 35.
CENTRE ET DIAMÈTRE . 205
droites AB' , A'B sont aussi parallèles, et la figure AB A' B'
est un parallélogramme .
Fig. 174 .
a A
B
b'
b
B'
A' a'
Si a, a' sont deux tangentes parallèles, leur corde de con-
tact et la droite qui divise en deux parties égales la bande aa'
passent par le centre.
Si aa' , bb' sont deux couples de tangentes parallèles , la
droite qui joint les points ab , a'b' et la droite qui joint les
points ab' , a'b passent par le centre ; cela revient à dire que,
si aba'b' est un parallélogramme circonscrit, ses diagonales se
coupent au centre .
211. Si la conique est une hyperbole, la droite à l'infini
coupe la courbe ; par suite, le centre est un point extérieur à
la courbe ( 188) où concourent les tangentes aux points à l'in-
fini , c'est-à-dire les asymptotes (fig. 181 ).
Si la conique est une ellipse, la droite à l'infini ne rencontre
pas la courbe, par suite le centre est un point intérieur à la
courbe (fig. 174, 175 ) .
Fig. 175 .
b α
'
b'
212. Deux diamètres de la conique [ellipse ou hyperbole ( ' )]
(¹) Il n'y a pas de couples de diamètres conjugués dans la parabole, parce
que, le centre étant un point à l'infini, le diamètre parallèle aux cordes divisées
en parties égales par un diamètre donné coïncide toujours avec la droite de
l'infini .
206 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
sont dits conjugués s'ils sont des droites réciproques , c'est-
à- dire si le premier passe par le pôle du second et si, par con-
séquent, le second passe par le pôle du premier (189) . Comme
le pôle d'un diamètre est le point à l'infini des cordes qu'il
coupe en parties égales, il s'ensuit que le diamètre conjugué b'
d'un diamètre best parallèle aux cordes divisées en parties
égales par b ; réciproquement, b' divise par moitié les cordes
parallèles à b ( ' ) .
Deux diamètres conjugués et la droite à l'infini sont les
côtés d'un triangle conjugué ( 192) dont le centre est un des
sommets, et dont les deux autres sommets sont à l'infini.
Comme, dans un triangle conjugué, deux côtés coupent la
courbe, tandis que le troisième ne la coupe pas ( 195 ), et
comme la droite à l'infini est sécante pour l'hyperbole et ne
l'est pas pour l'ellipse, il en résulte que, de deux diamètres
conjugués de l'hyperbole, il y en a toujours un seul qui coupe
la courbe, tandis que l'ellipse est coupée par tous ses dia-
mètres .
213. Étant donnés cinq points A, B, C, D, E d'une conique, en trouver
le centre.
Il suffit de répéter la construction donnée au nº 191, à droite, en sup-
posant la droites à l'infini. Il faudra trouver le point C', où la conique
est coupée pour la deuxième fois par la parallèle à AB menée par C, puis
le point B', où la conique est rencontrée de nouveau par la parallèle à AC
qui passe par B ; la droite u, qui joint les points de concours des côtés
du quadrangle ACBC' , et la droite v, qui joint les points de concours des
côtés opposés du quadrangle ABCB', se couperont au point cherché O,
pôle de la droite à l'infini , ou centre de la conique.
Les droites u , v sont les diamètres respectivement conjugués à AB, AC ;
en menant par O la droite u' parallèle à AB et la droite ' parallèle à AC,
uu' et vo' seront deux couples de diamètres conjugués .
Si la conique est déterminée par cinq tangentes, on en trouvera le
centre de la manière qui sera exposée plus loin ( 229 ) .
214. Quatre tangentes à une conique forment un quadrila-
tère complet, dont les diagonales sont les côtés d'un triangle
conjugué ( 194) . Supposons que ces quatre tangentes soient
(1) APOLLONIUS, loc. cit., liv. II, p. 20.
CENTRE ET DIAMÈTRE . 207
parallèles deux à deux (fig. 174 ) ; une diagonale passera à
l'infini ; par suite, les deux autres sont des diamètres conju-
gués ( 212 ) ; donc :
Dans tout parallélogramme circonscrit à une conique, les
diagonales sont deux diamètres conjugués.
Les points de contact des quatre tangentes forment un qua-
drangle complet dont les points diagonaux sont les sommets
du triangle conjugué des nºs 132, 194. Pour ce quadrangle, un
point diagonal est le centre, et les deux autres sont à l'infini ;
c'est-à-dire : les six côtés du quadrangle sont les côtés et les
diagonales d'un parallélogramme inscrit ; les côtés sont, deux
à deux, parallèles aux diagonales du parallélogramme circon-
scrit, et les diagonales se coupent au centre .
215. Réciproquement, si nous imaginons (fig. 174) un pa-
rallélogramme inscrit quelconque A BA' B' et si nous le con-
sidérons comme un quadrangle complet, comme ses trois
points diagonaux doivent être les sommets d'un triangle con-
jugué, l'un d'eux sera le centre de la conique, et les deux
autres seront les points à l'infini de deux diamètres conju-
gués ; donc :
Dans tout parallélogramme inscrit à une conique, les côtés
sont parallèles à deux diamètres conjugués, et les diagonales
se coupent au centre. Ou :
Les deux cordes qui joignent un point variable A d'une co-
nique aux extrémités d'un diamètre fixe BB' sont toujours
parallèles à deux diamètres conjugués.
216. On conclut immédiatement du nº 214 que :
Deux tangentes parallèles (a, a') sont rencontrées par deux
diamètres conjugués en quatre points qui , joints , donnent
deux autres tangentes parallèles ( b, b' ) .
Si des extrémités ( A, A' ) d'un diamètre on mène des droites
parallèles à deux diamètres conjugués , elles concourront en
deux points de la courbe qui, joints entre eux, donneront un
autre diamètre .
Étant données deux tangentes parallèles a , a', dont les
points de contact soient A, A' et une troisième tangente b; si
du point A on mène la parallèle au diamètre qui passe par ab,
208 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
ces deux droites concourront au point B, où best tangente à
la conique .
Étant donnés deux tangentes parallèles a, a' , leurs points
de contact A, A' et un autre point B de la conique , la tan-
gente en B coupera a en un point situé sur le diamètre paral-
lèle à A' B, et a' en un point situé sur le diamètre parallèle
à AB .
217. Supposons maintenant que la conique soit un cercle
(fig. 176 ), c'est-à-dire soit le lieu du sommet d'un angle droit
Fig. 176.
0
A B
AMB dont les côtés AM, BM tournent autour de deux points
fixes A , B. Ces côtés mobiles engendrent deux faisceaux égaux
et, par suite, projectifs ; donc la tangente en A sera le rayon
du premier faisceau qui correspond au rayon BA du second
(107). La tangente en A doit donc faire avec BA un angle
droit ; de même la tangente en B sera perpendiculaire à AB.
Les tangentes en A et B étant parallèles, AB est un diamètre,
et le point O, milieu de AB, est le centre du cercle ( 210).
Puisque AB est un diamètre, les droites AM, BM auront les
directions de deux diamètres conjugués pour toutes les posi-
tions de M ( 215) ; donc :
Deux diamètres conjugués du cercle sont toujours perpen-
diculaires entre eux .
Comme les diagonales de tout parallélogramme circonscrit
au cercle doivent être deux diamètres conjugués , elles se
coupent sous un angle droit ; donc tout parallélogramme cir-
conscrit à un cercle est un losange. Dans un losange, la dis-
tance de deux côtés opposés est égale à la distance des deux
autres côtés ; par suite, si dans le losange circonscrit nous
CENTRE ET DIAMÈTRE. 209
faisons varier deux côtés opposés en maintenant les deux
autres fixes, nous voyons que la distance de deux tangentes
parallèles est constante . La distance de deux tangentes paral-
lèles est la droite qui joint leurs points de contact, car cette
droite, qui est un diamètre, coupe le diamètre conjugué et les
tangentes qui lui sont parallèles sous un angle droit; donc
tous les diamètres sont égaux.
Les diagonales de tout parallélogramme inscrit sont des
diamètres , mais ces diamètres sont tous égaux ; donc tous les
parallélogrammes inscrits sont des rectangles .
218. Quelle que soit la conique (fig. 172) , si s est une
droite arbitraire dont le pôle soit S, les cordes parallèles à s
seront coupées en parties égales par le diamètre passant par S ;
car, S et le point à l'infini de s étant des points réciproques, la
polaire du second point doit passer par le premier. Nous pou-
vons dire aussi :
Le diamètre conjugué à celui qui passe par un point donné
est parallèle à la polaire de ce point.
I. Si le diamètre qui passe par S coupe la conique en deux
points M, M' , ceux-ci seront séparés harmoniquement par le
pôle S et la polaire s ( ¹ ) ; donc, O étant le point milieu de MM',
ou le centre de la conique, et R le point où ce diamètre coupe
la polaire s, nous aurons ( 55)
2
OS.OR = OM •
II. Il résulte de là une construction du demi-diamètre conju-
gué à la corde AA' d'une conique dont on donne trois autres
points. Trouvons le centre O ( 213) et joignons-le au point mi-
lieu R de AA' ; puis construisons la tangente en A qui ren-
contre OR en S , et prenons OM moyenne proportionnelle
entre OR, OS; OM sera le demi-diamètre cherché .
Si O se trouve entre R et S, de manière que OR et OS soient
de signes opposés, le diamètre OR ne rencontre pas la courbe ;
mais, même dans ce cas, la longueur OM, moyenne proportion-
(1) APOLLONIUS, loc. cit. , 1, 34, 36; II, 29, 30.
I. 14
210 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
nelle entre OR et OS, se nomme grandeur du demi-diamètre
conjugué à la corde AA' .
On peut donner une définition analogue pour une droite
quelconque (223).
III . Si la conique est un cercle, nous aurons, à cause de l'or-
thogonalité des diamètres conjugués ( 217 ) :
La polaire d'un point quelconque par rapport au cercle est
perpendiculaire au diamètre qui passe par le pôle.
219. On peut déduire un théorème très-important de cette
dernière propriété. Considérons comme pôles (fig. 177 ) les
Fig. 177.
S B R C
C S
C
b 0
a
M'
points A, B, C, ... d'une droite ponctuelle s; les diamètres
Ο ( Α, Β, C, ... ) qui les projettent du centre O de la conique
formeront un faisceau perspectif à la ponctuelle . Un autre fais-
ceau est formé par les droites a, b, c, polaires de A, B, C, ... ,
car ces dernières ( 190) passent toutes par un même point S,
qui est le pôle de s, et comme, d'après la propriété ci-dessus
(la conique étant un cercle), les droites O ( A, B , C, ... ) sont
respectivement perpendiculaires à a, b, c, ... , les deux fais-
ceaux sont égaux. La ponctuelle des pôles A, B, C, ... est
donc projective au faisceau des polaires a, b, c, ....
Cette conclusion est vraie non-seulement pour le cercle,
mais aussi pour toutes les coniques. En effet , une conique
quelconque donnée peut être considérée comme la projection
d'un cercle ( 113, 114) ; dans la projection, les formes harmo-
niques correspondent à des formes harmoniques ( 43 ) ; par
suite, à un point et à sa polaire par rapport à la conique cor-
respondent un point et sa polaire par rapport au cercle, et
CENTRE ET DIAMÈTRE . 211
réciproquement à une ponctuelle de pôles et au faisceau des
polaires par rapport à la conique correspondront une ponc-
tuelle de pôles et le faisceau des polaires par rapport au cercle ;
mais cette ponctuelle et ce faisceau sont projectifs ; donc :
La ponctuelle formée par un nombre quelconque de pôles
en ligne droite et le faisceau des droites polaires , par rapport
à une conique donnée, sont deux formes projectives ( ' ) .
220. Soient A, B, C, ... des points d'une droite s (fig. 178 ) ;
a, b, c, ... leurs polaires, qui sont des droites passant par un
Fig. 178.
S
A S
A'
M
B
C
N
C
B'
point fixe S, pôle de s; soient aussi A' , B' , C', ... les points
où s est coupée par a, b , c, .... Comme A et A' sont des points
réciproques , la polaire de A' passera par A , et ce sera précisé-
ment la droite SA, puisque S est réciproque de tout point de s.
Le faisceau abc ... ( 220) est projectif à la ponctuelle ABC ...
et perspectif à la ponctuelle A' B'C' ... ; donc ces deux ponc-
tuelles sont projectives. Mais, dans ces deux ponctuelles, deux
points, tels que A, A', se correspondent doublement ; en effet,
si nous considérons A' comme un point de la première ponc-
tuelle , sa polaire (qui est SA) coupe la droite sau point A.
Donc ( 93 ) les couples de points réciproques AA', BB', CC', ...
sont en involution ( 2 ). Si l'involution a deux points doubles,
chacun d'eux M sera un point réciproque à lui-même, c'est-
à-dire tel, que sa polaire passe par le pôle lui-même ; donc M
(1) MÖBIUS, loc. cit., p. 445.
(*) On suppose que s ne soit pas tangente à la conique. Si s était tangente,
A, B, C, ... étant des points arbitraires de cette droite, les points A', B',
C', ... se confondraient tous avec le point de contact S.
14.
212 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
sera ( 188 ) un point de la courbe, et SM sera la tangente en ce
point.
Les couples de droites aa', bb' , cc', ... , polaires des points
AA', BB' , CC', constituent une involution, soit en vertu du théo-
rème du nº 219, soit parce que ces droites proviennent de la
projection de ces points du centre S ; donc ( ' ) :
Une droite donnée quelconque ( non tangente à la conique)
renferme une infinité de couples de points réciproques qui
constituent une involution .
Si la droite coupe la conique , les deux intersections sont
les points doubles de l'involution. Le point central de l'invo-
lution est situé sur le diamètre qui passe par le pôle de la
droite donnée ( 218 ) .
Par un point quelconque ( non situé sur la conique ) passent
une infinité de couples de droites réciproques qui constituent
une involution .
Si le point est extérieur à la courbe, les tangentes qui y
passent sont les rayons doubles de l'involution; c'est-à-dire (96) :
Deux tangentes et deux droites réciproques issues d'un même
point forment un faisceau harmonique .
Si le point donné est à l'infini , on a une involution de
droites parallèles, réciproques deux à deux, et son rayon cen-
tral est un diamètre de la courbe ( 99 ).
221. Soient ABCD un quadrangle simple, inscrit dans laconique (fig.179);
F l'intersection de ses diagonales AC, BD ; E, G les points de concours
des couples de côtés opposés : les points E, F, G seront ainsi des points
réciproques deux à deux ( 193). D'un point quelconque I de EG menons
les tangentes IP, IQ à la conique, et projetons , en outre , les sommets du
quadrangle. Les deux tangentes sont séparées harınoniquement par IE, IF,
car ces droites sont réciproques, puisque F est le pôle de IE ( 220) . Les
droites IE , IF forment aussi un groupe harmonique avec IA , IC , car la
diagonale AC du quadrilatère complet fourni par les droites AB, BC, CD,
DA est divisée harmoniquement par les deux autres diagonales BD, EG, et
ces quatre rayons sont précisément ceux qui projettent les quatre points
harmoniques de AC du centre F. Pour la même raison, les droites IE, IF
séparent harmoniquement les droites IB, ID. Les deux tangentes , les
(1 ) DESARGUES, loc. cit. , p. 192-193.
CENTRE ET DIAMÈTRE . 213
droites IA , IC , les droites IB, ID sont donc trois couples de droites con-
juguées d'une même involution, dont les rayons doubles sont IE, IF ( 96 ) .
Ou :
Fig. 179.
E
C
Q
F B
D
I
A
G P
Si un quadrangle est inscrit dans une conique et si, d'un point de la
droite qui joint les points de concours des couples de côtés opposés, on
mène les tangentes à la courbe ; si, en outre, on projette de ce point les
deux couples de sommets opposés, on a trois couples de droites conjuguées
en involution.
I. En vertu du théorème corrélatif à celui de DESARGUES (143, à droite) ,
on peut inscrire dans le quadrilatère ABCD une conique tangente aux
deux droites IP, IQ.
II. Le théorème corrélatif de celui que nous venons de démontrer peut
s'énoncer ainsi :
Fig. 180 .
F D
B
Si un quadrilatère simple ABCD est circonscrit à une conique (fig. 180)
et si l'on mène une transversale quelconque par le point commun à ses
214 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
diagonales , elle rencontre la courbe et les deux couples de côtés opposés
AB et CD, BC et AD en trois couples de points conjugués en involution .
III. En vertu du théorème de DESARGUES ( 143 , à gauche ) , on peut faire
passer une conique par les deux points communs à la conique et à la
transversale et par les quatre sommets du quadrilatère ( ¹ ) .
222. La théorie des points réciproques donne une solution du problème :
Trouver les intersections , avec une droite donnée's , d'une conique déter-
minée par cinq points ou par cinq tangentes.
On prend deux points U et V sur s , on construit leurs polaires u, (191),
qui rencontrent s en U' et V'. Si l'involution déterminée par les couples
de points réciproques UU' , VV' a deux points doubles M, N, ces points
seront les intersections cherchées de la conique et de s ( ² ) .
On peut résoudre corrélativement le problème : Mener d'un point
donné S les tangentes à la courbe déterminée par cinq tangentes ou par
cinq points .
223. Soient A, A' deux points réciproques situés sur la droite s ; O le
point où s rencontre le diamètre passant par le pôle S ( le diamètre con-
jugué aux cordes parallèles à s ) ; O sera le point central de l'involution
formée sur s par les couples de points réciproques ; par suite,
OA.OA' = const. ( 96) .
Si s coupe la conique en deux points M, N, ces points seront les éléments
doubles de l'involution , et l'on aura
2 2
OA.OA ' = OM = ON'.
Si la droite s ne rencontre pas la courbe , la valeur constante de OA.OA'
sera négative ( 96 ) ; et , dans ce cas, il y a deux points conjugués de l'in-
volution H, H' ou deux points réciproques par rapport à la conique pour
lesquels O est le point milieu, et l'on a
2
OA.OA' = OH.OH'- OH = OH'².
Le segment HH' est appelé alors corde idéale de la conique ( ³ ) ; dans le
premier cas, au contraire , MN est une corde réelle . On peut dire , d'après
cette définition , qu'un diamètre renferme les points milieux de toutes les
cordes réelles ou idéales , parallèles au diamètre conjugué.
Si deux coniques ont une corde réelle MN commune , cela veut dire
(1) CHASLES, Sections coniques , nos 122 et 126.
(*) STAUDT, Geometrie der Lage, nº 305.
(3) PONCELET, loc. cit., p. 29.
CENTRE ET DIAMÈTRE . 215
que l'une et l'autre passent par les points M, N. Si l'on dit, au contraire,
que les deux coniques ont une corde idéale HH' commune , cela signifie
que les points H, H' sont des points réciproques par rapport aux deux
coniques, et que les diamètres des deux coniques qui renferment les
pôles de HH' passent tous les deux par le milieu de HH'....
224. Un faisceau de rayons en involution possède, en géné-
ral (163 ), un couple de rayons conjugués orthogonaux ; donc :
On peut toujours mener par un point quelconque un couple
de droites réciproques orthogonales qui sont les bissectrices
des angles des tangentes issues du point donné, si celui- ci est
extérieur à la courbe .
225. Au lieu du point quelconque S, prenons maintenant
le centre O de la conique ( hyperbole ou ellipse); deux droites
réciproques seront deux diamètres conjugués ; donc ( 220 ) :
Les couples de diamètres conjugués forment une involu-
tion . Si la conique est une hyperbole, les asymptotes sont les
rayons doubles de l'involution ; cela veut dire que deux dia-
mètres conjugués de l'hyperbole sont toujours séparés harmo-
niquement par les asymptotes ( ' ). Si la conique est une ellipse,
l'involution n'a pas de rayons doubles.
Considérons dans une involution deux couples d'éléments
conjugués ; l'un des couples est ou n'est pas séparé par
l'autre, et, par suite, l'involution a ou n'a pas d'éléments
doubles ( 98 ) ; donc :
De deux couples de diamètres conjugués de l'ellipse, l'un aa'
est toujours séparé par l'autre bb' (fig. 175) ;
De deux couples de diamètres conjugués de l'hyperbole,
l'un aa' n'estjamais séparé par l'autre bb' ( fig. 181 ).
226. L'involution des diamètres conjugués aura ( 224 ) un
couple de diamètres conjugués rectangulaires. S'il y en avait
un second couple, tout diamètre serait perpendiculaire à son
conjugué ( 163) , et dans ce cas , en faisant mouvoir sur la
courbe le sommet d'un angle dont les côtés passent par les
extrémités fixes d'un diamètre , cet angle serait toujours
droit ( 215) ; par suite, la conique serait un cercle.
(1) DE LAHIRE, loc. cit. , liv. II, p. 13, cor. 4 .
216 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Donc toute conique qui n'est ni une parabole ni un cercle
a un seul couple de diamètres conjugués rectangulaires . On
donne le nom d'axes à ces deux diamètres aa' (fig. 175 et 181) .
Dans l'hyperbole , les axes aa' sont ( 225, 52 ) les bissectrices
des angles des asymptotes m, n (fig. 181) .
Fig. 181 .
a n
m
b
b
'
a'
En considérant un axe comme un diamètre qui divise en
parties égales les cordes qui lui sont perpendiculaires, la pa-
rabole possède aussi un axe . En effet, les cordes perpendicu-
laires à la direction commune de tous les diamètres étant pa-
rallèles entre elles ont leurs points milieux sur une droite (206),
qui est l'axe a de la parabole (fig. 162 ) .
227. Soient donnés cinq points d'une conique, on pourra construire le
centre O comme il est dit au n° 213, et deux couples de diamètres conju-
gués uu', vv'. Si l'un des couples est séparé par l'autre, la conique sera
une ellipse ; dans le cas contraire, ce sera une hyperbole (225) . Dans ce
second cas, en construisant les rayons doubles de l'involution déterminée
par les couples uu' , vv', ces rayons doubles seront les asymptotes de la
courbe.
Dans l'un et l'autre cas, en construisant (163) les rayons conjugués
orthogonaux de l'involution, on aura les axes de la conique .
On peut aussi trouver la direction des axes sans construire d'abord le
centre et les couples de diamètres conjugués (¹ ). Pour cela, il faut décrire
le cercle ABC et construire ( 176, I) le quatrième point C' d'intersection
de cette courbe avec la conique déterminée par les cinq points donnés A,
B, C, F , G ( fig. 156). Une transversale quelconque coupera les deux
courbes et les couples de côtés opposés du quadrangle inscrit commun
(1 ) PONCELET, loc . cit. , nº 394.
CENTRE ET DIAMÈTRE . 217
ABCC' en des points formant des couples en involution (143). Les points
doubles P, Q de cette involution , s'ils existent , seront réciproques (96,
220) par rapport à chacune des deux courbes, c'est-à-dire formeront le
couple commun (164) aux deux involutions formées sur la transversale
par les points réciproques relatifs au cercle et par les points réciproques
relatifs à la conique (220). Imaginons que nous prenions pour transver-
sale la droite à l'infini : comme cette droite ne coupe pas le cercle , une
de ces deux involutions, au moins, n'aura pas de points doubles, et, par
conséquent ( 164), les points P, Q existent réellement. Ces points étant à
l'infini, et réciproques par rapport aux deux courbes, seront ( 206, 212)
les pôles de deux diamètres conjugués du cercle et aussi de deux dia-
mètres conjugués de la conique; mais les diamètres conjugués du cercle
sont orthogonaux ( 217) : donc P, Q sont les pôles des axes de la conique.
Les mêmes points P, Q sont aussi séparés harmoniquement par chacun
des couples de côtés opposés du quadrangle ABCC' ; il s'ensuit que P, Q
sont les points à l'infini des bissectrices des angles de chaque couple de
côtés opposés (52). Il résulte de là que, pour obtenir les directions cher-
chées des axes, il suffit de tracer les bissectrices d'un couple de côtés op-
posés du quadrangle ABCC', du couple AB, CC', par exemple (fig. 156 ) .
228. Supposons que l'on ait un quadrilatère complet qrst et
un point quelconque S (fig. 149) . On a déjà vu (145, à droite)
que, dans l'involution déterminée par les couples de rayons
aa', bb', qui projettent de S deux couples de sommets opposés,
les tangentes menées de S à une conique quelconque inscrite
au quadrilatère sont conjuguées. Supposons que l'involution
ait deux rayons doubles m, n ; ils sépareront harmoniquement
ce couple de tangentes (96), et, par suite, ces rayons doubles
seront ( 220 ) des droites réciproques par rapport à la conique.
Donc ( 170, à droite ) :
Si deux coniques inscrites dans un quadrilatère donné
passent par un point donné, leurs tangentes en ce point sont
réciproques par rapport à toutes les coniques inscrites dans le
même quadrilatère .
Au lieu de prendre arbitrairement un point S, nous pouvons
supposer que l'on donne la droite m ; si cette droite ne passe
par aucun des sommets du quadrilatère, il n'existera qu'une
seule conique tangente aux cinq droites m, q, r, s, t ( 116) . Soit S
le point où cette conique touche m ; il passera par S une autre
conique inscrite au quadrilatère, soit n sa tangente en S. Les
218 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
droites m, n seront donc réciproques par rapport à toutes les
coniques inscrites dans le quadrilatère, ce qui veut dire ( 189)
que :
Les pôles d'une droite quelconque m par rapport à toutes
les coniques inscrites dans un même quadrilatère sont situés
sur une autre droite n .
I. Comme les droites m , n sont les rayons doubles de l'invo-
lution où les rayons menés de S à deux sommets opposés sont
conjugués, les droites m, n divisent harmoniquement chaque
diagonale du quadrilatère .
II . Les propositions corrélatives sont :
Si une droite est tangente à deux coniques circonscrites à
un même quadrilatère, les deux points de contact sont réci-
proques par rapport à toutes les coniques circonscrites au
même quadrilatère .
Les droites polaires d'un point donné M, par rapport à toutes
les coniques circonscrites à un même quadrangle, concourent
en un point fixe N. Les deux points M, N séparent harmoni-
quement chaque couple de côtés opposés du quadrangle
complet.
III . Supposons, dans le premier théorème, que la droite m
soit à l'infini ; les pôles de m seront les centres des coni-
ques ( 210) ; donc :
Les centres de toutes les coniques inscrites dans un même
quadrilatère sont en ligne droite ( fig. 182) ; cette droite passe
par les milieux des diagonales du quadrilatère ( 1 ) .
Fig. 182.
d
C
a
8
b
IV. Supposons aussi que le point M soit à l'infini dans le se-
cond théorème ; les polaires de M seront ( 206 ) les diamètres
conjugués de ceux dont le point à l'infini est M ; donc :
(1) NEWTON, loc. cit. , liv. I, lemme 25, cor. 3.
CENTRE ET DIAMÈTRE . 219
Les diamètres de toutes les coniques circonscrites à un
quadrangle fixe qui sont conjugués à un diamètre de direction
donnée concourent en un point fixe.
229. Le théorème de NEWTON (228) donne un moyen simple pour trou-
ver le centre d'une conique donnée par cinq tangentes a, b, c, d, e
(fig. 183) . Les quatre tangentes a, b, c, dforment un quadrilatère ; joignons
Fig. 183 .
a
b
C
b
a
les milieux de ses diagonales ; opérons de même sur le quadrilatère abce ;
les deux nouvelles droites obtenues concourront au centre cherché O.
Les cinq tangentes, prises quatre à quatre, donnent cinq quadrilatères ;
les cinq droites qui passent par les milieux des diagonales de chaque qua-
drilatère concourront donc toutes au centre O de la conique inscrite dans
le pentagone abcde.
Le même théorème sert à déterminer la direction du diamètre de la
parabole déterminée par quatre tangentes a, b, c, d. En effet, le point à
l'infini de la droite qui renferme les points milieux des diagonales du
quadrilatère abcd sera le pôle de la droite à l'infini par rapport à une
conique inscrite au même quadrilatère ( 228) : ce sera donc le point à
l'infini de la parabole inscrite. Cette droite des points milieux est donc
elle-même un diamètre de la parabole (fig. 182).
220 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
§ XXII . FIGURES POLAIRES RÉCIPROQUES .
230. Nous avons déjà vu (190 ) que , une conique fondamen-
tale K étant donnée, si un pôle variable décrit une droite, sa
polaire tourne autour d'un point déterminé, et que, récipro-
quement , si une droite considérée comme polaire tourne
autour d'un point fixe, son pôle parcourt une droite déter-
minée .
Considérons maintenant comme polaires toutes les tan-
gentes d'une courbe donnée C, ou bien imaginons que la
droite polaire se meuve en enveloppant la courbe donnée.
Son pôle décrira une autre courbe que nous désignerons
par c' . Les points de C' sont donc les pôles des tangentes de C.
Réciproquement , je dis que les points de C sont les pôles
des tangentes de c' . En effet, soient M', N' deux points de C'
(fig. 184) ; leurs polaires m, n seront deux tangentes de C, et
Fig. 184 .
K
M'
m
C
le point mn sera le pôle de la corde M'N' (190 ) . Supposons
que le point N' se rapproche indéfiniment de M' ; la corde M'N'
se rapprochera indéfiniment de la position de la tangente de C'
en M' ; la droite n deviendra de plus en plus voisine de la po-
sition de m, et le point mn tendra vers le point où mest tan-
gente à C. Quand la distance M'N' sera devenue infiniment
petite, la tangente de C' en M' sera la polaire du point de con-
tact entre met C. Donc, de même que les tangentes de C sont
les polaires des points de c' , les tangentes de c' sont les po
FIGURES POLAIRES RÉCIPROQUES . 221
laires des points de C; si une droite mest tangente à C en M,
le pôle M' de mest un point de c' , et la polaire m' de Mest
tangente à C' en M' .
Les deux courbes C, C' , dont chacune est en même temps
le lieu des pôles des tangentes de l'autre et l'enveloppe
des polaires des points de l'autre, sont dites polaires réci-
proques ( ' ) .
231. Une droite quelconquer rencontre une des deux
courbes réciproques en u points ; les polaires de ces points
sont autant de tangentes à l'autre courbe issues du pôle R'
de r. La seconde courbe a donc autant de tangentes issues
d'un point donné R' qu'il y a d'intersections de la première
courbe et de la droiter, polaire de R' , et réciproquement.
232. Supposons maintenant que C soit une conique; soient
a et b deux de ses tangentes ; elles seront rencontrées par
toutes les autres tangentes c, d, e, ... , en des points corres-
pondants de deux ponctuelles projectives ( 113) . Cela revient
à dire que nous considérons C comme l'enveloppe des droites
c, d, e, ... qui joignent les points correspondants de deux
ponctuelles projectives a et b (114 ) .
La courbe C' contiendra les pòles A', B', C', D', E' , ... des tan-
gentes a, b, c, d, e, ... de C. Les droites A' ( C', D', E' , ... ) se-
ront les polaires des points a (c, d, e, ... ) et formeront un fais-
ceau projectif à la ponctuelle a des pôles ; de même, les droites
B' ( C' , D' , E' , ... ) seront les polaires des points b (c, d, e, ...) et
formeront un faisceau projectifà la ponctuelle b des pôles (219) .
Mais les deux ponctuelles a(c.d.e ... ), b (c.d.e ... ) sont pro-
jectives ; donc les faisceaux A' ( C' . D' . E' ...) , Β' ( C' . D' . E' . . .)
sont aussi projectifs. Il résulte de là que c'est le lieu des
points communs aux rayons correspondants de deux faisceaux
projectifs ; ou bien (114) :
La courbe polaire réciproque d'une conique est une autre
conique ( 2 ) .
(1 ) PONCELET, loc. cit. , n° 232.
(*) PONCELET, loc. cit., nº 231 .
222 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
233. Étant données une conique fondamentale K et une
autre conique C dont on veut déterminer la polaire réci-
proque c' , on peut demander si c' sera une ellipse, une hy-
perbole ou une parabole . La droite à l'infini est la polaire du
centre O de K; par suite, les points à l'infini de C' correspon-
dront aux tangentes de C issues de O. Il résulte de là que la
conique C' sera une ellipse ou une hyperbole, suivant que
le point O sera intérieur ou extérieur à la conique C ; C' sera
une parabole si O est un point de C.
Si A est le pôle d'une droite a par rapport à C, et si a', Α'
sont la polaire de A et le pôle de a par rapport à K , A' sera le
pôle de a' par rapport à C' , parce qu'à un groupe harmonique
de quatre pôles correspond un groupe harmonique de quatre
polaires (219) , et réciproquement. Donc le centre M' de C' sera
le pôle par rapport à K de la droite m, qui est la polaire
de O par rapport à C. Deux diamètres conjugués de C' cor-
respondront à deux points de m réciproques par rapport
à C, etc.
234. Supposons que l'on donne dans le plan de la conique
fondamentale une figure ( 1 ) ou complexe quelconque de
points, droites et courbes ; construisons la droite polaire de
chaque point, le pôle de chaque droite et la courbe polaire
réciproque de chaque courbe . Nous obtenons ainsi une nou-
velle figure, et les deux figures sont dites polaires récipro-
ques, parce que chacune d'elles renferme les pôles des droites
de l'autre, les polaires des points de l'autre, et les courbes
polaires des courbes de l'autre .
Deux figures polaires réciproques sont des figures cor-
rélatives , suivant le principe de dualité dans la Géométrie
plane ( 27 ) ; car à tout point de l'une correspond une droite de
l'autre, à toute ponctuelle de la première correspond un fais-
ceau dans la seconde. De plus, elles sont situées dans un
même plan, leurs positions y sont déterminées, mais échan-
geables l'une avec l'autre, parce que chaque point de l'une et
la droite correspondante de l'autre sont liés par la condition
d'être pôle et polaire par rapport à une conique fixe. Au
contraire, deux figures corrélatives conçues d'après le prin-
FIGURES POLAIRES RÉCIPROQUes . 223
cipe de dualité seul n'ont entre elles aucune relation de posi-
tion ( ¹ ).
235. De deux figures polaires réciproques , si l'une contient
une ponctuelle ( de pôles) , l'autre renferme un faisceau ( de
polaires ) , et ces deux formes correspondantes sont projec-
tives ( 219 ) . Par suite, si les points de la ponctuelle forment
des couples en involution , les rayons du faisceau correspon-
dant jouiront de la même propriété , et aux points doubles de
la première involution correspondront les rayons doubles de
la seconde ( 95 ) . S'il y a une conique dans l'une des figures ,
il y aura aussi une conique dans l'autre ( 232 ) ; aux points de
la première conique correspondront les tangentes de la se-
conde, et aux tangentes de la première les points de la se-
conde ; aux polygones inscrits dans l'une des figures les poly-
gones circonscrits dans l'autre (230 ) . Si la première figure
exprime la démonstration d'un théorème ou la solution d'un
problème, la seconde exprimera la démonstration du théo-
rème corrélatif ou la solution du problème corrélatif en fai-
sant l'échange entre les éléments point et droite.
236. Théorème. Les sommets de deux triangles conjugués à une co-
nique sont des points d'une seconde conique , et leurs côtés sont tangents
à une troisième conique ( 2) .
Soient ABC , DEF deux triangles conjugués , tous les deux ( 192 ) , à la
conique fondamentale K (fig. 185 ) ; je commencerai par démontrer que
deux des six côtés coupent les quatre autres en deux groupes projectifs
de quatre points.
Fig. 185.
B1
B
E C
E1
F
Le côté BC rencontre DE , DF en B₁ , C₁ , et le côté EF rencontre AB, AC
(¹) STEINER, loc. cit. , p. vii de la préface.
(2) STEINER, loc. cit., p. 308. -- CHASLES, loc. cit. , nº 215.
224 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
en E , F,. Les points B, C sont les pôles des droites CA , AB ; le point B
étant commun à BC , DE a pour polaire la droite AF, qui joint leurs
pôles; de même C₁, point commun à BC, DF, a pour polaire AE. Le
groupe des quatre pôles B, C, B , C, est donc projectif ( 219 ) au groupe
des quatre polaires A (C, B, F, E) ; il est donc aussi projectif au groupe
FE, FE des points où ces quatre droites sont coupées par la transver-
sale EF . On a ainsi
(BCB, C₁ ) = ( F, E, FE )
ou ( 56)
(BCB, C₁ ) = ( E, F, EF ) ,
égalité qui prouve précisément la projectivité des deux groupes de quatre
points où les droites BC, EF sont coupées par AB, CA, DE, FD. Ces six
droites, c'est-à-dire les six côtés des triangles proposés, sont donc (146)
tangentes à une même conique C.
Les pôles de ces six droites sont les six sommets des mêmes triangles ;
donc ( 232 ) ces six sommets sont des points d'une même conique C' qui
est la polaire réciproque de C par rapport à la conique fondamentale K.
I. On peut exprimer ce théorème en disant que la conique C, tangente
à cinq des six côtés de deux triangles conjugués à une même conique K,
est aussi tangente au sixième côté ; et la conique déterminée par cinq
sommets passe aussi par le sixième .
On conclut de là que, si une conique C est tangente aux côtés d'un
triangle abc conjugué à une autre conique K, il y a une infinité d'autres
triangles conjugués à cette dernière courbe qui sont circonscrits à la pre-
mière. En effet, soit d une tangente quelconque de C; du point D, pôle
de d par rapport à K, imaginons que nous menions une autre tangente e
à C ; et soit f la polaire , par rapport à K, du point de : def sera un
triangle conjugué à K (193) . Comme C est déjà tangente à cinq côtés a, b,
c, d, e de deux triangles conjugués à K, elle sera aussi tangente au
sixième côté f; ce qu'il fallait démontrer . Si l'on peut mener deux tan-
gentes e', f' à K du point D, les quatre droites e, f, e' , f' formeront un
groupe harmonique, parce que les droites e, f sont réciproques par rap-
port à K ( 220 ) ; donc les droites e' , f' seront réciproques par rapport à C.
Le lieu du point D est la conique C ', polaire réciproque de C par rap-
port à K; donc :
Si une conique C est inscrite dans un triangle conjugué à une autre
conique K, le lieu d'un point d'où l'on peut mener un faisceau harmo-
nique de quatre tangentes aux deux coniques est une troisième conique C',
polaire réciproque de C par rapport à K.
II. Corrélativement, nous pourrons dire aussi que, si une conique C'
passe par les sommets d'un triangle conjugué à une autre conique K, elle
sera aussi circonscrite à une infinité d'autres triangles conjugués à la même
FIGURES POLAIRES RÉCIPROQUES . 225
conique K ; et les droites qui coupent C ' et K en deux couples de points
conjugués harmoniques sont toutes tangentes à une même conique C , po-
laire réciproque de C ' par rapport à K.
237. Je considère une conique C et deux triangles circon-
scrits OQ'R' , O'PS ( fig. 186 ) . Les deux tangentes PS, Q'R'
Fig. 186.
น
'R'U'
SA
O'
sont rencontrées par les quatre autres côtés O'P, OQ' , OR' ,
O'S en deux groupes correspondants PQRS, P'Q'R'S' de deux
ponctuelles projectives u, u' (113 ) . Par suite , les groupes de
rayons O ( P, Q , R, S ), O' ( P' , Q' , R' , S' ) qui projettent ces
points de O, O' respectivement sont aussi projectifs . Donc les
points P, Q' , R' , S, où se coupent les rayons correspondants ,
sont situés ( 114 ) sur une conique C' qui passe par les centres
de projection ; cela veut dire que :
Si deux triangles sont circonscrits à une conique, ils sont
aussi inscrits dans une autre conique.
Si, au contraire, nous partons de la considération de la co-
nique c' et des triangles inscrits OQ'R' , O'PS , nous démon-
trerons d'une manière tout à fait analogue ( corrélative ) le
théorème corrélatif et inverse du précédent :
Si deux triangles sont inscrits dans une conique, ils sont
aussi circonscrits à une autre conique ( ¹ ) .
I. De là il résulte immédiatement que :
La conique qui passe par cinq La conique qui est tangente à
sommets de deux triangles circon- cinq côtés de deux triangles inscrits
scrits à une autre conique passe à une autre conique est aussi tan-
aussi par le sixième sommet. gente au sixième côté .
(1 ) BRIANCHON, loc. cit., p. 35. STEINER, loc. cit . , p . 173.
I. 15
226 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Ou bien :
Si deux coniques sont telles que l'on puisse inscrire dans
l'une un triangle qui soit circonscrit à l'autre, il y a une infi-
nité d'autres triangles qui jouissent de la même propriété (' ).
II . Dans la figure, nous avons quatre formes projectives : les
deux ponctuelles u, u', qui déterminent les tangentes de la
conique C et les deux faisceaux O, O', qui déterminent les
points de c'; le faisceau O est perspectif à la ponctuelle u, et
de même le faisceau O' est perspectif à la ponctuelle u' .
Donc , si une tangente quelconque de C coupe u, u' en A, A',
les rayons OA , OA' concourront en un point M de c' ; et, réci-
proquement, si un point M de C' est projeté des centres O, 0' ,
les rayons projetants rencontreront u, u' en deux points A, A'
d'une même tangente de C. Donc :
Si deux côtés d'un triangle va- Si deux sommets d'un triangle
riable AA'M tournent autour de variable AA'M parcourent deux
deux points fixes O, O' d'une co- droites u, u' tangentes à une co-
nique donnée , pendant que les nique donnée , tandis que les côtéș
sommets opposés parcourent deux opposés tournent autour de deux
droites u, u' , et le troisième sommet points fixes O' , O, et que le troisième
la conique ci-dessus , le troisième côté reste tangent à la conique ci-
côté restera constamment tangent dessus , le troisième sommet par-
à une conique déterminée , tangente courra une conique déterminée qui
aux deux droites u, u' . passe par les points O, O' .
238. Soit un triangle TRS dont les côtés RS, ST, TR (fig. 112 )
sont coupés par une transversale en A', B' , C' , et supposons
que les polaires de ces points par rapport à une conique don-
née K (qui n'est pas tracée dans la figure) rencontrent la même
transversale aux points A, B, C. Les trois couples de points
réciproques AA' , BB', CC' seront en involution ( 220 ) ; par
suite ( 103), les droites TA, RB, SC concourront en un point Q.
Supposons , en outre , le point T réciproque de A', et le
point R réciproque de B' ; cela veut dire que les polaires
de A', B' ( par rapport à la conique donnée) sont TA, RB ; le
point Q commun à ces polaires sera, par conséquent, le pôle
(1) PONCELET, loc. cit. , nº 565.
FIGURES POLAIRES RÉCIPROQues . 227
de la transversale A'B' . Or C'est un point de cette droite et
est réciproque à C ; sa polaire sera QC ; mais QC passe par S :
donc Set C' sont des points réciproques . Si nous considérons
maintenant le quadrilatère complet formé par la transversale
et les côtés du triangle TRS , nous pourrons conclure le théo-
rème :
Si les extrémités ( T , A' ) , ( R , B ' ) de deux diagonales d'un
quadrilatère complet forment deux couples de points réci-
proques par rapport à une conique donnée, les extrémités
( S, C' ) de la troisième diagonale sont aussi réciproques par
rapport à la même conique ( ').
I. Le théorème corrélatif peut servir d'exercice aux élèves :
Si deux couples de côtés opposés d'un quadrangle complet
sont formés par des droites réciproques par rapport à une co-
nique, les deux autres côtés sont aussi des droites réciproques
par rapport à la même conique.
Pour obtenir ce quadrangle complet, il suffit de prendre la
figure polaire réciproque du quadrilatère considéré dans le
théorème de HESSE , c'est-à-dire la figure formée par les polaires
des six points (T, A' ) , ( R, B′ ) , ( S , C' ) .
II. La proposition suivante est un corollaire du théorème
que nous venons de démontrer :
Deux triangles réciproques par rapport à une conique sont
homologiques ( ²) .
Soit ABC un triangle (fig. 187 ) ; les polaires des sommets
par rapport à la conique donnée forment un autre triangle
A'B'C', réciproque du premier ; c'est-à-dire que les côtés du
premier sont aussi les polaires des sommets du second . Soient
E le point de concours des côtés CA, C'A' , et F le point de
concours de AB, A'B' . Les points B et E sont réciproques , car
E est situé sur C'A' , polaire de B ; de même , les points C et F
sont réciproques . Dans le quadrilatère formé par les droites BC,
CA, AB, EF, nous avons donc deux couples de sommets op-
posés BE, CF qui sont des pôles réciproques par rapport à la
( ¹) HESSE, De octo punctis intersectionis trium superficierum secundi ordinis
( Dissertatio pro venia legendi. Regiomonti , 1840 ) , p. 17 .
(3) CHASLES, loc. cit., nº 135.
15.
228 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
conique donnée ; par suite, les deux autres sommets jouissent
de la même propriété : le point A et l'intersection des droites
BC, EF sont réciproques. La polaire de A, qui est B'C' , passe
donc par le point D commun à BC et EF ; en d'autres termes,
Fig. 187.
0
C
B'
F G
A
D
B H
C A F
les couples de côtés opposés des deux triangles ABC, A'B'C'
se coupent en trois points en ligne droite D, E, F. Il résulte
de là ( 15 ) que les droites qui joignent les sommets AA', ΒΒ',
CC' concourent en un point O, pôle de DEF.
III . En combinant ce théorème avec celui du nº 118, on
peut énoncer la propriété suivante :
Si deux triangles sont réciproques par rapport à une co-
nique K, les six points où les côtés de l'un coupent les côtés
non correspondants de l'autre sont sur une conique C, et les
six droites qui joignent les sommets de l'un aux sommets non
correspondants de l'autre sont tangentes à une autre conique C',
qui est la polaire réciproque de C par rapport à K (232) ( ' ) ;
ces six droites sont, en effet, les polaires des six points ci-
dessus par rapport à K.
Si des deux triangles l'un A' B'C' est inscrit dans l'autre ABC,
les trois coniques se confondent en une seule qui est circon-
scrite au premier et inscrite au second triangle (137, 139).
IV. Étant donnés deux triangles homologiques ABC, A'B'C', on demande
de construire la conique par rapport à laquelle ils sont réciproques. Pour
obtenir les points où cette conique rencontre la droite BC , par exemple,
il suffit de remarquer que ces points sont les éléments doubles de l'invo
(¹) J'appelle correspondants le côté BC d'un des triangles, par exemple , et
le côté B'C' de l'autre qui est opposé au pôle A' de BC, etc.
FIGURES POLAIRES RÉCIPROQUES . 229
lution dans laquelle B est conjugué à l'intersection de BC et de C'A', et
C est conjugué à l'intersection de BC et de A'B' (220). Comme les points
A', B sont les pôles des droites BC, C'A', ces points et l'intersection de
ces deux droites seront les sommets d'un triangle conjugué (192) . Si donc
il arrive qu'en cherchant les intersections de la conique et des droites BC,
C'A' , comme nous venons de le faire, on trouve deux involutions sans élé-
ments doubles, il faudra en conclure que la conique n'existe pas ; car, si
elle existait réellement, deux côtés du triangle conjugué devraient la ren-
contrer ( 195) .
Le centre d'homologie O des deux triangles donnés (fig. 158) est le
pôle de l'axe d'homologie DEF ; et la correspondance projective ( 219 )
entre les points (pôles ) de l'axe et les rayons (les polaires ) issus du centre
d'homologie est déterminée par les trois couples d'éléments correspon-
dants : Det AA', E et BB', F et CC' ; par suite, on pourra construire
linéairement (66 ) la polaire ( ou le pôle) de n'importe quel autre point de
l'axe ( de n'importe quel autre rayon issu de O ).
Ce que nous venons de dire pour le point O et pour l'axe d'homologie
peut se répéter pour un sommet quelconque d'un des triangles et pour sa
polaire, qui est le côté correspondant de l'autre triangle. En effet, si l'on
considère , par exemple , le sommet A' et le côté BC , la correspondance
projective entre les rayons issus de A' et les points de BC est déterminée
par les trois couples d'éléments correspondants : A'B' et C, A'C' et B,
A'O et D.
Ceci admis, on peut aussi construire linéairement la polaire d'un point
quelconque P, ou le pôle d'une droite quelconque p. En effet, si Pest
donné, nous savons déjà construire les pôles des droites PO, PA, PB , PC,
PA', ... , qui sont tous sur une ligne droite X, la polaire cherchée de P
Si l'on donne, au contraire, la droite p, les polaires des points où elle
rencontre BC, CA, ... concourent en un point, qui est le pôle de p.
Remarquons que toutes ces déterminations de pôles et de polaires sont
linéaires ( du premier degré ) et indépendantes de la construction de la
conique fondamentale , qui est , au contraire , un problème du second
degré , puisqu'elle se réduit à la recherche des éléments doubles d'une
involution. La construction des pôles et des polaires est donc toujours
possible, même quand la conique fondamentale n'existe pas. C'est-à-dire :
Les deux triangles homologiques proposés déterminent, entre les points
et les droites du plan, une correspondance réciproque telle, qu'à chaque
point correspond une droite, à chaque droite correspond un point, aux
rayons d'un faisceau correspondent les points d'une ponctuelle projective
au faisceau , et réciproquement. Convenons d'appeler póle et polaire un
point quelconque et la droite qui lui correspond, et système polaire cet
ensemble de pôles et de polaires qui possède toutes les propriétés de
celui qui est déterminé par une conique fondamentale (188) .
230 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Deux triangles homologiques déterminent donc un système polaire. S'il
existe une conique fondamentale, elle est le lieu des pôles situés sur leurs
polaires respectives et aussi l'enveloppe des droites qui passent par leurs
pôles respectifs . S'il n'y a pas de conique fondamentale, c'est qu'il n'existe
aucun point situé sur sa propre polaire ( ¹ ) .
§ XXIII . COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS .
239. Supposons , dans le théorème du nº 205, que les sommets B et C
du triangle inscrit ABC soient les points à l'infini de l'hyperbole ; alors
S (fig. 171) sera le centre de la courbe , et le théorème deviendra
celui-ci.:
Si d'un point A de l'hyperbole on mène les parallèles aux asymptotes ,
elles rencontreront un diamètre quelconque en deux points réciproques
F , G. Ou bien :
Si, par deux points réciproques en ligne droite avec le centre de l'hy-
perbole, on mène les parallèles aux asymptotes, elles se couperont sur la
courbe.
On conclut de là un moyen de construire l'hyperbole par points quand
on donne les asymptotes et un point M. Sur la droite SM qui joint le
point S d'intersection des asymptotes au point M, on prendra deux
points conjugués de l'involution déterminée par le point central S et le
point double M : ces points sont réciproques par rapport à la conique (220);
par suite, en y faisant passer des parallèles aux asymptotes , les deux
sommets du parallélogramme résultant seront des points de la courbe à
construire .
240. Appliquons de la même manière à l'hyperbole le théorème du
nº 204 , en supposant que les côtés b, c du triangle inscrit abc soient les
asymptotes :
Si l'on mène deux droites parallèles (f, g) quelconques par les points
où les asymptotes sont coupées par une tangente quelconque de l'hyper-
bole, ces droites sont réciproques. Ou :
Deux droites réciproques parallèles coupent les asymptotes en deux
points qui appartiennent à une même tangente de l'hyperbole.
On déduit de là une règle pour construire les tangentes d'une hyper-
bole dont on donne les asymptotes b, c et une tangente m. Pour cela, il
suffit de mener parallèlement à m deux droites conjuguées de l'invo-
lution (99) déterminée par le diamètre parallèle à m comme rayon central
(*) STAUDT, loc. cit. , nº 241.
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 231
et par m comme rayon double . Ces deux droites conjuguées sont réci-
proques par rapport à la conique ; par suite, en joignant les points où
elles coupent les asymptotes, on aura une tangente de la courbe.
.
241. Soient B et C deux points quelconques d'une parabole, et A le
point où la courbe est coupée par le diamètre qui passe par le milieu
de BC. Soient F, G deux points réciproques, situés sur ce diamètre, c'est-
à-dire deux points équidistants de A (106) ; en vertu du théorème du
n° 205, les droites BF, CG, comme aussi les droites BG, CF, concourront
sur la courbe .
De là résulte une construction par points de la parabole circonscrite à
un triangle ABC et ayant pour diamètre la droite menée de A au point
milieu de BC .
Soient H, H' deux points réciproques pris sur la corde BC, c'est-à-dire
deux points séparés harmoniquement par BC. Comme les points H, H' sont
en ligne droite avec le pôle du diamètre qui passe par A, en appliquant
le théorème du nº 205, nous aurons un point de la parabole à l'intersec-
tion de AH avec le diamètre qui passe par H' (et un autre à l'intersection
de AH' avec le diamètre passant par H) . Cela donne un autre moyen de
construire par points la parabole, qui satisfait aux conditions données
ci-dessus .
242. Supposons que c soit à l'infini dans le théorème du nº 204 ; nous
aurons :
Si a et b sont deux tangentes d'une parabole et si, par un point
quelconque du diamètre conjugué à a , nous traçons deux droites réci-
proques, dont l'une passe par le point ab, l'autre sera parallèle à b, et
réciproquement.
Nous avons ainsi une manière de construire par tangentes la parabole
dont on donne deux tangentes a, t, le point de contact A de a et la direc-
tion des diamètres . Menons par A le diamètre, il rencontrera ten 0 ;
l'autre tangente t' menée par O sera la droite qui est séparée harmoni-
quement de t par le diamètre OA et la parallèle à a. Tirons par O deux
droites réciproques , c'est-à-dire deux droites qui séparent harmonique-
ment tet t' ; la parallèle à h', menée par le point ha, et la parallèle à h,
menée par le point h'a, seront tangentes à la parabole cherchée.
243. Supposons, dans le théorème du nº 204, que a soit la droite à
l'infini et que b et c soient deux tangentes à la parabole, nous aurons :
Les droites parallèles à deux tangentes à la parabole, menées par un
point de la corde de contact, sont réciproques.
Donc , en appliquant le même théorème, nous aurons encore :
Si par un point de la corde de contact de deux tangentes b, c à une
232 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
parabole, on mène deux droites, h parallèle à b et h ' parallèle à c, la
droite qui joint les points hc, h'b sera une tangente à la courbe (' ) .
De là un moyen de construire les tangentes à la parabole déterminée
par deux tangentes et leurs points de contact.
244. Supposons, dans le théorème du nº 205, que le triangle
inscrit soit A A, M, c'est-à-dire qu'il ait deux sommets A, A
en ligne droite avec le centre O de la conique ( ellipse ou hy-
perbole, fig. 188) ; le pôle du côté AA, sera le point à l'infini
Fig. 188.
P
X
M M'-
B
X'
A A
0
B1
commun aux cordes divisées en parties égales par le dia-
mètre AA₁ . Ce théorème ( 205) devient donc :
Les droites menées de deux points réciproques P, P' aux
extrémités A, A, du diamètre, dont le conjugué est parallèle
à PP', concourent sur la conique.
I. Les couples de points réciproques, analogues à PP', pris
sur le diamètre conjugué à AA,, forment une involution ( 220 ),
dont le point central est le centre O de la conique. Si cette
involution a deux éléments doubles B, B,, ces points appar-
tiennent à la courbe, qui est, par conséquent, une ellipse. Si
l'involution n'a pas de points doubles, la conique est une hy-
perbole ( 212 ) ; on peut alors trouver deux points B, B₁ , con-
jugués de l'involution, et par suite réciproques par rapport à
la conique, dont le point milieu est O ( 96 ). Dans l'un et dans
l'autre cas, on entend par longueur du diamètre conjugué
à AA , le segment BB, (218, 223 ).
(1) DE LA HIRE, loc. cit., liv. III, p. 21 .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS. 233
On a pour l'ellipse ( 223 )
2
OP . OP' const . OB² = OB , ' ,
et pour l'hyperbole
2 2
OP . OP' const . OB.OB, OB - OB, ·
II. Le théorème précédent nous donne le moyen de résoudre le pro-
blème :
Construire par points la conique dont on donne deux diamètres conju-
gués AA,, BB, en grandeur et en position.
Dans le cas de l'ellipse (fig. 188 ) , les quatre points A, A,, B, B, ap-
partiennent à la courbe ; dans le cas de l'hyperbole (fig. 189 ) , soit AA, le
diamètre qui coupe la conique.
Fig. 189.
M X M'
X
1
B
Р X1
Construisons sur le diamètre BB, plusieurs couples de points PP' con-
jugués dans l'involution dont O est le point central , et dont B, B, sont
les points doubles dans le premier cas, ou des points conjugués dans le
second . Les rayons AP , A, P' ( ainsi que les rayons A, P, AP') se coupe-
ront sur la courbe.
III. Les droites OX , OX' menées parallèlement à AP, AP'
sont deux diamètres conjugués ( 215 ) . Les diamètres conjugués
forment une involution ( 225 ) ; par suite , les couples de points
analogues à X, X' ( où les diamètres rencontrent la tangente
en A) forment une involution dont le point central est A, parce
que OA et la droite OB , parallèle à AX, sont deux diamètres
conjugués. Si la conique est une hyperbole, l'involution des
diamètres conjugués a deux rayons doubles qui sont les
asymptotes ; donc les points K , K. , où AX rencontre les
asymptotes, sont les points doubles de l'involution XX' ....
Un seul des points K, K, est marqué dans la fig. 189.
234 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
IV. Des triangles égaux OPA , AXO on tire AX = -OP, et des
triangles égaux OP'A₁ , AX'O on tire de même AX' = OP ( ' ) ;
mais on a
OP.OP = OB , donc AX.AX' == OB' .
Ou bien :
Le rectangle des segments que deux diamètres conjugués
déterminent sur une tangente fixe, à partir du point de con-
tact, est constamment égal au carré ( OB' ) du demi-dia-
mètre parallèle à la tangente fixe.
V. Dans le cas de l'hyperbole, les points K, K, sont les
éléments doubles de l'involution dont A est le point central
et les points X, X' deux points conjugués ; donc
2 2
AX.AX':- AK = OB ; par suite , AK := OB.
Cela veut dire que la figure OAKB est un parallélogramme ;
ou l'on peut dire :
Si l'on construit un parallelogramme sur deux demi- dia-
mètres conjugués de l'hyperbole , une des diagonales est une
asymptote et l'autre est parallèle à la seconde asymptote ( ²) .
Pour voir que AB est parallèle à la seconde asymptote, il
suffit de considérer le faisceau harmonique ( 225 ) formé par
les deux asymptotes et les deux diamètres conjugués OA , OB,
et la transversale AB. Le point d'intersection de l'une des
asymptotes et de la transversale est le point milieu de AB ; le
point d'intersection de l'autre sera donc à l'infini ( 51 ).
VI. Soit X, le point où le diamètre OX rencontre la tan-
gente au point A,. Comme OX' , OX , sont deux droites réci-
proques qui passent par un point de la corde de contact AA ,
des tangentes AX , A, X. , la droite X'X , ( 204 ) sera une tan-
gente de la conique .
(¹ ) Pour se rendre compte des signes, il suffit d'observer que, dans le cas de
l'ellipse, OP, OP' ont le même sens, tandis que AX , AX' sont de sens opposés ;
dans le cas de l'hyperbole OP et OP' sont opposés, AX et AX' sont de même
sens.
(*) APOLLONIUS, loc. cit. , liv . II, p . 1 .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS. 235
Le point de contact de cette tangente est M, point commun
aux droites AP, A, P' (224 ).
VII . Observons encore que X'X , est une diagonale du pa-
rallélogramme formé par les tangentes A, A , et par les paral-
lèles à AA, menées par P, P' ; on arrive aussi à ce résultat de la
manière suivante . Les points d'un diamètre ont pour polaires
des parallèles au diamètre conjugué ( 212 ) ; donc , P et P'étant
deux points réciproques, si l'on mène par ces points des pa-
rallèles à AA ,, la première sera la polaire de P' , la seconde la
polaire de P ; par suite , ces parallèles sont réciproques. Si
nous appliquons maintenant le théorème du n° 204 à ces
droites réciproques et aux deux tangentes en A et A₁ , nous
obtenons la propriété suivante :
Si deux côtés opposés d'un parallélogramme sont tangents
à une conique et si les deux autres côtés sont des droites ré-
ciproques parallèles au diamètre conjugué aux deux pre-
miers côtés, les diagonales sont aussi des tangentes à la co-
nique.
VIII. On obtient ainsi la solution suivante du problème :
Construire par tangentes la conique dont on donne deux diamètres con-
jugués AA,, BB, en grandeur et en direction.
Supposons que BB, soit le diamètre qui est coupé par la conique , dans
le cas où cette courbe est une hyperbole ; déterminons sur cette droite un
couple de points P, P' conjugués dans l'involution qui a pour point cen-
tral le centre O de la courbe et les points B, B, pour points doubles ou
pour points conjugués , suivant qu'il s'agit d'une ellipse ou d'une hyper-
bole. Tirons par A, A, des parallèles à BB₁ , et par P, P' des parallèles
à AA,; les diagonales du parallélogramme ainsi obtenu seront des tan-
gentes à la conique cherchée.
IX. Les segments AX, A, X , sont égaux et opposés ; mais
nous avons vu que
2
AX.AX' == OB , donc AX'. A, X₁ = ± OB ,
ou bien :
Le rectangle des segments qu'une tangente variable ( X' X₁ )
détermine sur deux tangentes parallèles fixes , à partir de
236 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
2
leurs points de contact, est constamment égal au carré ±OB
du demi-diamètre parallèle aux tangentes fixes ( ' ).
X. Comme la droite OB divise en parties égales la bande
comprise entre AX et A, X,, les segments que AM, A , M dé-
terminent respectivement sur A, X₁ , AX (à partir de A,, A)
sont doubles de OP, OP' ; mais, d'après le théorème I, nous
avons
OP. OP':= const.
Donc :
Les droites menées des extrémités d'un diamètre donné à
un point quelconque de la conique déterminent sur les tan-
gentes conjuguées au diamètre deux segments (à partir des
points de contact) , dont le produit est constant ( ² ) .
XI. Le point X étant ( 216 ) celui où la tangente en A coupe
la tangente parallèle à X' X₁ , l'énoncé IV peut s'exprimer ainsi ;
Le rectangle des segments ( AX, AX ' ) que deux tangentes
parallèles variables déterminent sur une tangente fixe est con-
stamment égal au carré ( OB³ ) du demi-diamètre parallèle
à la tangente fixe.
XII . Le théorème du nº 224 sert aussi à résoudre le pro-
blème :
On donne les deux extrémités A , A, du diamètre d'une conique , un
troisième point M et la direction du diamètre conjugué à AA, trouver la
longueur du second diamètre.
Menons par O , point milieu de AA,, le diamètre dont on donne la direc-
tion ; il est coupé en P, P' par AM, A, M ; prenons OB moyenne propor-
tionnelle entre OP, OP' : OB sera la moitié de la longueur cherchée.
XIII. Le théorème IV donne une construction des couples de diamètres
conjugués et , en particulier, des axes d'une ellipse dont on donne en gran-
deur et en direction deux demi-diamètres conjugués OA, OB (fig. 190 ) .
Menons par A la parallèle à OB : cette droite sera la tangente en A, et
deux diamètres conjugués quelconques la couperont en deux points X, X',
tels que l'on aura 2
AX.AX' - OB² .
Donc, si nous prenons sur la normale en A deux segments AC, AD égaux
(¹) Voir nº 123.
(*) APOLLONIUS, loc. cit., liv. III , p . 53.
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 237
à OB , tout cercle décrit par C et D coupera cette tangente en deux
points X , X' doués de cette propriété, c'est-à-dire en deux points qui ,
Fig. 190.
A
X
joints au centre O, donneront les directions de deux diamètres conjugués .
Si l'on fait passer le cercle par O , l'angle XOX' sera droit ; par suite , OX,
OX' seront les directions des axes ( ¹ ) .
245. Par les extrémités A, A' (fig. 191 ) de deux demi-dia-
mètres conjugués OA , OA' d'une conique, menons, dans une
Fig. 191 .
B'
K
X M
H
B
direction arbitraire , deux cordes parallèles AB, A'B' ( ² ) . Pour
construire les points B, B' , il suffit de joindre les pòles de
ces cordes on obtiendra ainsi le diamètre OX, qui renferme
leurs milieux .
Soit OX' le diamètre conjugué à OX, c'est-à-dire le diamètre
parallèle aux cordes AB, A' B' . Les groupes de quatre rayons
O (X, X' , A, B) , O ( X' , X, A' , B' ) sont harmoniques ( 51 ) et, par
( ¹ ) CHASLES, Aperçu historique p . 45 et 362 ; Sections coniques, nº 205 .
(*) Dans le cas où la conique est une hyperbole, si A est un point de la
courbe, A' sera l'extrémité d'un diamètre idéal défini comme aux nos 218-223.
Dans ce cas A'B' sera une corde idéale.
238 GEOMÉTRIE PROJECTIVE .
suite, projectifs ; donc les couples de rayons O ( XX ' . AA' . BB' )
sont en involution ( 94 ) ; mais les couples O ( XX' . AA' ) déter-
minent l'involution des diamètres conjugués ( 98 , 225 ) ; donc
OB, OB' sont deux diamètres conjugués . Ou bien :
Si l'on mène deux cordes parallèles AB, A'B ' par les extré-
mités A, A' de deux demi-diamètres conjugués, les points B,
B' seront les extrémités de deux autres demi- diamètres con-
jugués.
Deux diamètres AA , BB déterminent quatre cordes AB qui
sont les côtés d'un parallélogramme ( 194 , 215 ) . Les diamètres
respectivement conjugués A'A' , B'B' donnent, de la même
manière, un autre parallélogramme dont les côtés sont paral-
·lèles à ceux du premier, c'est-à-dire que toute corde AB est
parallèle à deux cordes A'B' , et n'est pas parallèle à deux
autres cordes A' B' .
I. Soient H et K les points où AB est coupée par les droites
OA' , OB' ; le diamètre OX , qui divise A'B' en parties égales,
passera aussi par le milieu de HK : AB et HK ont donc le
même point milieu , et AH = KB et AK HB. Les triangles
OAK , OBH sont donc équivalents ( ' ) ; de même , les triangles
AKB' , BHA' et, par suite , les triangles OAB' , OA'B sont aussi
équivalents . Ou :
Le parallelogramme construit sur deux demi - diamètres
(OA, OB′ ) est équivalent au parallélogramme construit sur les
deux demi-diamètres respectivement conjugués.
On démontre de la même manière l'équivalence des trian-
gles OAB, OA'B' .
Les triangles AHA' , BKB' sont équivalents pour la même
raison ; les triangles OAH , OBK et, par suite , les triangles
OAA' , OBB' le sont aussi ; ou bien :
Le parallelogramme construit sur deux demi-diamètres con-
jugués a une aire constante ( ² ) .
II. Soient M, N les points milieux des cordes non parallèles
AB, A'B' . Comme ( 215 ) AB , A'B' ont les directions de deux
diamètres conjugués, et comme ON est le diamètre conjugué
( ¹) BALTZER, Planim. , p . 101.
(*) APOLLONIUS, loc. cit., liv. VII , p . 31-32 .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 239
à la corde A'B' , ON sera parallèle à AB ; de même , OM et A'B'
sont parallèles : les angles OMA, ONA' sont donc égaux ou
supplémentaires ; comme, en outre , les triangles OMA, ONA'
sont équivalents , comme égaux à la moitié des triangles équi-
valents OAB, OA'B' , nous aurons l'égalité
OM.AMON . NA' ( ' ) .
Projetons maintenant (fig. 192 ) les points A, M , B, A' , N, B'
du point à l'infini de OB sur la droite B'B' . Le rapport des
Fig . 192 .
A'
N
M
B
segments parallèles AM et ON, OM et NA' est égal à celui de
leurs projections ; on déduira donc de l'égalité ci-dessus que
le rectangle des projections de OM, AM est égal au rectangle
des projections de ON, NA'. Comme les rayons projetants
sont parallèles à OB, les projections de OM, MA sont l'une et
l'autre égales à la moitié de la projection de BA ou à celle
de OA. N étant le point milieu de A'B' , la projection de ON
sera la demi-somme des projections de OA' , OB' , et la projec-
tion de NA' sera la moitié de la projection de A'B' , c'est-à -dire
la demi- différence des projections de OA' , OB' . On a donc
(proj . OA )² = ± proj . ( OA ' + OB ′ ) × proj . ( OB' — OA′ )
Ou
( proj . OA' )2 ( proj . OA ) ² = ( proj . OB′ ) ².
(¹) Le double signe, motivé par la direction relative des segments OM, NA'
et des segments ON, AM, correspond au cas de l'ellipse (fig. 191 ) et à celui
de l'hyperbole (fig. 192).
240 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
De la même manière, si l'on projetait ces mêmes points
sur OB, au moyen de rayons parallèles à OB' (fig. 193 ), on
Fig. 193.
X
A'
NB'
X'
M
K
B 04 B
B' A
'
obtiendrait
(proj . OA) ± ( proj . OA' ) ² = ( proj . OB ) .
Ce qui revient à dire :
Si deux demi-diamètres conjugués quelconques sont pro-
jetés sur un diamètre fixe, au moyen de rayons parallèles au
diamètre conjugué à ce dernier, la somme ( pour l'ellipse ) ou
la différence ( pour l'hyperbole ) des carrés des projections est
constamment égale au carré du demi-diamètre fixe.
La somme des carrés des projections orthogonales d'un
segment sur deux droites perpendiculaires entre elles est égale
au carré du segment d'après le théorème de Pythagore ( 1 ) ;
donc, si deux diamètres conjugués sont projetés orthogonale-
ment sur l'un des deux axes de la conique, et si l'on fait la
somme des carrés des projections de chaque diamètre sur les
deux axes , on obtient le théorème suivant :
La somme ( pour l'ellipse ) ou la différence ( pour l'hyper-
bole ) des carrés de deux demi-diamètres conjugués quelcon-
ques est constante ; elle est toujours égale à la somme des
carrés des demi-axes ( 2 ) .
246. Supposons que les côtés BC, CA, AB d'un triangle
(1 ) BALTZER, Planim., p. 104.
(*) APOLLONIUS, loc. cit. , liv. VII, p. 12, 13 , 22, 25.
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS. 241
(fig. 194) coupent une conique aux couples de points DD',
EE' , FF' . Regardons ce triangle comme coupé par les transver-
Fig. 194 .
G'
D'
F'
sales DE , D'E' aux points DD' , EE', GG' ; le théorème de ME-
NELAUS (104 ) nous donnera les égalités
BD CE AG BD' CE' AG'
9
CD AE BG CD AE BG'
Le quadrangle DEE'D' est inscrit dans la conique ; la trans-
versale AB coupe ses côtés opposés et la conique en trois
couples de points qui sont en involution , d'après le théorème
de DESARGUES ( 143 ) ; nous aurons donc ( 100 ) l'égalité des rap-
ports anharmoniques
(ABFG) ( BAF'G' ) ,
d'où
( ABFG ) = (ABG'F'
( A B Gʻ F ' ) ou ( ABFG ) : ( ABG'F' ) = 1 ,
ce qui revient à
AF . AF AG . AG'
= 1.
BF.BF BG . BG'
En multipliant entre elles ces trois égalités , on trouve
BD BD' CE.CE' AF.AF'
(1 ) = 1.
CD.CD AE . AE BF.BF'
I. 16
242 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
Cette relation exprime un théorème célèbre dû à Carnot ( ¹ )•
I. Réciproquement, si l'on a, sur les côtés BC, CA, AB d'un
triangle, trois couples de points DD' , EE' , FF' , et si les seg-
ments déterminés par ces points et par les sommets satisfont
à la relation ( 1 ) , ces six points appartiennent à une même co-
nique . Décrivons , en effet, la conique déterminée par les cinq
points D, D', E, E , F, et soit F " le point où elle coupera de
nouveau AB . Nous aurons alors , en vertu du théorème de
CARNOT, une relation qui différera de la relation ( 1 ) en ce que
le point F' sera remplacé par F". Cette relation , combinée
avec ( 1 ) , donne
AF : BF' AF" : BF",
d'où
(ABF'F" ) = 1 ou ( F " F'BA ) = 1 ;
donc ( 57 ) F' et F" coïncident .
II. Si le point A s'éloigne à l'infini (fig. 195 ) , les rapports
Fig. 195.
H' B
L T
FS D
F' S
E'
H
AF : AE, AF' : AE' tendent vers l'unité ; par suite , l'équa-
tion ( 1 ) devient dans ce cas
BD.BD' CE.CE'
(2) = 1.
CD.CD BF.BF'
Menons parallèlement à BC une droite qui coupe CEE' en Q
et la conique en PP' ; la formule précédente , appliquée aux
( ' ) Géométrie de position, p . 437 .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 243
transversales DD' , PP' , donnera
QE.QE' CD.CD'
I,
CE.CE QP.QP'
et, en multipliant entre elles ces deux dernières équations ,
nous aurons
BD . BD'
= QP.QP
BF . BF' QE . QE''
c'est-à-dire que :
Si par un point quelconque ( Q ) on mène deux transver-
sales à une conique dans des directions données, le rapport
des produits des segments ( QP.QP' : QE . QE' ) déterminés par
la courbe, à partir du point commun aux transversales, est
constant ( ¹ ).
III . Supposons dans la formule ( 2 ) que la conique soit une
hyperbole , et, au lieu de BC, prenons une asymptote HK de la
courbe : le rapport HD . HD' : KD . KD' sera égal à l'unité ; par
suite,
HF.HF'KE.KE' ,
ou bien :
Si par un point quelconque H ( ou H' ) d'une asymptote on
mène , parallèlement à une droite donnée , une transversale
qui coupe l'hyperbole en deux points F, F' ( ou D , D' ) , le rec-
tangle des segments HF . HF' ( ou H'D.H'D' ) est constant.
Si le diamètre parallèle à la direction donnée H'D rencontre
la courbe en deux points S, S' , O étant le centre , nous aurons
2
H'D . H'D' — OS . OS' : OS .
Si le diamètre OT parallèle à la direction donnée HF ne
coupe pas la courbe, on pourra mener une tangente qui lui soit
parallèle ; le carré de la portion de cette parallèle comprise
entre l'asymptote et le point de contact sera égal à HF . HF' , en
vertu du théorème dont nous nous occupons ; mais cette por-
(¹) APOLLONIUS, loc. cit. , liv. III , p . 16-23. ― DESARGUES, loc . cit. , p . 202.-
DE LA HIRE, loc. cit. , liv. V, p . 10, 12.
16.
244 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
tion est égale au demi-diamètre parallèle OT ( 244 ) ; donc
2
HF.HF' = OT , ou :
Si une droite coupe l'hyperbole en F , F' ( en D , D ' ) et une
asymptote en H ( en H' ) , le produit HF.HF' (le produit H'D.H'D')
est égal à ± le carré du demi- diamètre OT ( OS ) parallèle à la
sécante, en prenant le signe + ou le signe — , suivant que la
courbe a ou n'a pas de tangentes parallèles à la sécante .
IV. Si la sécante coupe l'autre asymptote en L ( en L' ) ,
nous aurons ( 151 )
HF FL ou H'D' = DL ' ,
par suite aussi
2
FH.FL:= --- OT Ou DH'.DL'OS
donc :
Si une droite menée par un point F ( D ) d'une hyperbole
coupe ses asymptotes en H, L ( en H' , L' ) , le produit FH.FL
( DH'.DL' ) est égal à le carré du demi- diamètre parallèle à
la sécante ( ou + suivant que la courbe a ou n'a pas de tan-
gentes parallèles à la sécante ) .
V. On déduit de là une manière de construire les axes d'une hyperbole ,
dont on donne, en grandeur et en direction , deux demi-diamètres conju-
gués OF, OT (fig. 196) . Commençons par construire les asymptotes . Pour
Fig. 196.
R ΤΟ B F
cela , si OF est le diamètre qui doit couper la courbe , menons par F la
parallèle à OT ; ce sera la tangente en F ; puis prenons sur cette droite FP
et QF égales à OT ; les droites OP, OQ seront les asymptotes ( 244) .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 245
Maintenant , pour obtenir les directions OX , OY des axes , il suffira de
trouver les bissectrices des angles des asymptotes , ou les deux rayons
conjugués orthogonaux de l'involution dont les rayons doubles sont OP,
OQ (225, 226 ) .
Menons par F la parallèle à OX , elle coupe les asymptotes en B, B';
prenons sur OX le segment OS moyen proportionnel entre FB , FB' ; OS
sera la longueur du demi-axe dirigé suivant OX , qui coupera ou ne cou-
pera pas la courbe, suivant que les segments FB, FB' auront ou n'auront
pas le même sens. Enfin , construisons le parallélogramme dont un côté
est OS, dont un autre côté est dirigé suivant OY et dont la diagonale se
confond avec une asymptote ; le côté OR donnera la longueur de l'axe
dirigé suivant OY ( 244).
VI. Supposons que l'on ait deux points O , O ' dans le plan d'un triangle
ABC ; les droites OA , OB , OC rencontrent respectivement les côtés oppo-
sés BC, CA , AB en D , E , F ; le théorème de Ceva ( 104 ) nous donne
BD CE AF
= I.
CD AE BF
De même, si O'A, O'B, O'C rencontrent les côtés opposés en D' , E' , F' ,
nous aurons
BD' CE' AF'
= - I.
CD' AE' BF'
En multipliant ces équations entre elles , nous trouvons la relation ( 1 ) ;
donc :
Si l'on projette de deux points quelconques les sommets d'un triangle
sur les côtés respectivement opposés , on obtient six points situés sur une
même conique.
Par exemple , les points milieux des côtés d'un triangle et les pieds
des perpendiculaires abaissées des sommets opposés sur les mêmes côtés
sont six points d'une conique (' ) .
247. Problème. Construire une conique qui passe par trois points
donnés A, B, C , et par rapport à laquelle les points conjugués d'une in-
volution donnée sur une droite u soient des points réciproques ( fig. 197) .
Les droites AB, AC rencontrent u en D, E. Soient D' , E' les conjuguées
de ces points dans l'involution donnée. Soient ensuite D" le point qui est
séparé harmoniquement de D par A et B ; E" le point qui est séparé har-
moniquement de E par A et C. Alors le point D est réciproque à l'un et à
(1) Cette conique est un cercle. Voir STEINER, t. XIX des Annales de Mathé-
matiques (Montpellier, 1828 ) , p. 42.
246 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
l'autre des points D' , D" : la droite D' D" sera donc la polaire de D ; de
même, E'E" sera la polaire de E.
Fig . 197.
E"
D"
Eo
B
B'
Do G'
C'
F' D'
E
D
น F
Traçons les droites BE , CD jusqu'à leurs intersections respectives avec
E'E", D'D" en E , D, : le premier de ces points sera réciproque à E, le
second à D. Par suite, si l'on construit les points B' , C' , de manière que
les groupes BB'EE,, CC'DD, soient harmoniques, les points B', C ' appar-
tiendront à la courbe demandée.
Dans la figure , les couples FF' , GG' sont les points qui déterminent
sur u l'involution donnée de points réciproques .
248. Problème . - Construire la conique qui passe par quatre points
donnés Q , R, S, T et qui divise harmoniquement un segment donné MN
(fig. 198) .
Fig. 198.
R T
Q
M
M S
B
B' P
U P A
La droite MN coupe les couples de côtés opposés du quadrangle QRST
en A et A' , B et B' . Si la conique cherchée rencontre MN en deux points ,
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 247
ces points formeront un couple de l'involution déterminée par AA' ,
BB' ( 143) . Par conséquent , si l'involution dont les points doubles sont
M, N et l'involution déterminée par les couples AA', BB' ont un couple
commun PP', la conique cherchée passera par chacun des points P,
P' ( 96, 164 ) .
Pour construire ces points, décrivons un cercle quelconque (164), et d'un
de ses points O projetons sur la circonférence les points A, A' , Β, Β', M, N
en A,, A',, B₁ , B',, M , N, ( ' ) . Si V est le point commun aux droites A, A' ,
B, B', et si U est le point commun aux tangentes en M , N , les droites
qui passent par U et les droites qui passent par V déterminent sur la cir-
conférence et, par suite ( au moyen de projections faites à partir de O),
sur la droite MN les couples de points conjugués de l'une et de l'autre
involution . Si la droite UV rencontre le cercle en deux points, il suffira de
les projeter à partir de O pour avoir les points cherchés P, P'.
Soit W le pôle de UV par rapport au cercle. Toute droite passant
par W et coupant le cercle détermine sur celui-ci et, par suite, sur MN,
deux points séparés harmoniquement par P, P', c'est-à-dire deux points
réciproques par rapport à la conique cherchée. Donc , si UV ne coupe
pas le cercle, c'est-à-dire si l'on ne peut pas construire les points P, P' ,
nous tirerons par W deux droites qui coupent le cercle ; du point O nous
projetterons les points d'intersection sur la droite MN : nous obtiendrons
ainsi deux couples de points qui détermineront l'involution de points ré-
ciproques par rapport à la conique. Le problème sera ainsi ramené à celui
que nous avons traité au numéro précédent.
249. Problème. Construire la conique qui passe par quatre points
donnés Q, R, S, T et par deux points conjugués ( non donnés ) d'une invo-
lution donnée sur une droite u .
Ce problème est analogue au précédent, car il s'agit de construire le
couple de points conjugués commun à l'involution donnée et à celle qui
est déterminée sur u par les couples de côtés opposés du quadrangle QRST
(143). Le couple cherché existe réellement si l'involution donnée n'a pas
de points doubles, et les points qui le forment appartiennent à la co-
nique cherchée. Si l'involution donnée a deux points doubles M, N, le
problème dont nous nous occupons se confond absolument avec celui du
n° 248 .
Ce problème et les deux précédents n'admettent évidemment qu'une
seule solution .
250. Considérons une hyperbole dont les asymptotes soient
( ¹ ) Voir la note de la page 158.
248 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
orthogonales ( fig. 199) . Comme les asymptotes séparent har-
moniquement deux diamètres conjugués quelconques (225) ,
Fig. 199.
E
DO
A
F
C P
les angles des deux diamètres conjugués ont les asymptotes
pour bissectrices (52) ; mais les deux demi-diamètres conju-
gués sont les côtés d'un parallélogramme dont les diagonales
ont la direction des asymptotes ( 244) : ce parallélogramme
sera donc un losange ; en d'autres termes, tout diamètre est
égal à son conjugué. C'est cette propriété qui a fait donner à
l'hyperbole que nous considérons le nom d'hyperbole équi-
latère ( ' ) .
I. Comme les droites menées d'un point quelconque M de la
courbe aux extrémités P, P' d'un diamètre ont les directions
de deux diamètres conjugués (215 ), les angles que les droites
PM, P'M font avec chacune des asymptotes sont égaux et de
sens opposé . Si les points P, P' restent fixes, tandis que M
parcourt la courbe, les rayons PM, P'M décrivent deux fais-
ceaux inversement égaux ( 80 ).
II . Réciproquement, les rayons correspondants de deux fais-
ceaux inversement égaux se coupent en des points dont le lieu
est une hyperbole équilatère . Ce lieu est une conique, puisque
les deux faisceaux sont projectifs (78) . Ces faisceaux ont cha-
cun deux rayons perpendiculaires entre eux, qui sont respec-
tivement parallèles aux rayons correspondants de l'autre fais -
( 1 ) APOLLONIUSs , loc. cit. , liv. VII, p . 21. DE LA HIRE, loc. cit. , liv. V, p. 13 .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 249
ceau (80 ) ; donc la conique a deux points à l'infini , situés sur
deux directions orthogonales et est, par conséquent, une hy-
perbole équilatère. Les centres P, P' des deux faisceaux sont
les extrémités d'un diamètre ; en effet, la tangente pen Pest
le rayon correspondant à la droite P'P regardée comme un
rayon p' du second faisceau, et la tangente q' en P' correspond
à PP' considérée comme un rayon q du premier faisceau ( 114 ) ;
mais les angles pq, p'q' doivent être égaux et opposés ; donc,
p' et q étant une seule et même droite, les tangentes p, q' sont
parallèles .
III . Les sommets d'un triangle ABC et le point D commun à
ses hauteurs sont les sommets d'un quadrangle complet où
chaque côté est perpendiculaire au côté opposé, et dont les six
côtés déterminent sur la droite de l'infini trois couples de
points qui sont projetés d'un centre arbitraire S par trois cou-
ples de droites orthogonales . Ces trois couples appartiennent
donc à une involution dans laquelle tout rayon est perpendi-
culaire à son conjugué (101, à gauche, 95, 163) .
Mais cette involution de rayons projette à partir de S l'invo-
lution de points qui, d'après le théorème de DESARGUES (143),
est marquée sur la droite à l'infini par les couples de côtés
opposés du quadrangle et par les coniques ( hyperboles) ( 2) qui
lui sont circonscrites . Donc les couples de rayons conjugués
de la première involution donnent les directions des asym-
ptotes de ces coniques ; ou bien :
Toutes les coniques qui passent par les sommets et par le
point de concours des hauteurs d'un triangle sont des hyper-
boles équilatères.
IV. Réciproquement, si l'on fait passer une hyperbole équi-
latère par les sommets A, B, C d'un triangle, elle passera né-
cessairement par le point de rencontre D de leurs hauteurs. En
effet, imaginons une autre hyperbole déterminée (125 ) par les
quatre points A, B, C, D et par un des points à l'infini de
l'hyperbole donnée ; elle sera équilatère en vertu du théorème
qui précède, et, par suite, elle passera par le second point à
( ' ) Il n'y a ni ellipse ni parabole circonscrite au quadrangle en question
(nº 170).
250 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
l'infini de la courbe donnée. Les deux hyperboles ont ainsi
cinq points communs (A , B, C et deux points à l'infini ) : donc
elles se confondent ; ce qu'il fallait démontrer . Donc :
Dans tout triangle inscrit à une hyperbole équilatère, le
point de rencontre des hauteurs est sur la courbe.
V. Si le point D se rapproche indéfiniment de A, c'est-à-dire
si l'angle BAC devient droit , nous aurons :
Dans tout triangle rectangle EFG (fig. 184 ) inscrit dans
une hyperbole équilatère, la tangente au sommet E de l'angle
droit est perpendiculaire à l'hypoténuse .
VI. Il ne passe qu'une seule hyperbole équilatère par quatre
points donnés Q , R, S , T ( 249 ) . Le point de rencontre des
hauteurs de chacun des triangles QRS , RST, STQ, QRT appar-
tient à la courbe ( ' ) .
251. Supposons que l'on ait une conique , un point S et sa polaire s .
Une droite passant par S rencontre la conique en A, A' . Si l'on veut
construire la figure homologique à la conique donnée (18 ) , en prenant S
comme centre d'homologie, s comme axe d'homologie et A' comme point
correspondant à A , tout autre point B' correspondant à un point B de la
conique sera situé sur la conique même. En effet , si AB rencontre s en P ,
le point B' commun à SB, A'P est un point de la courbe ( 186 ) . Donc la
courbe homologique à la conique donnée sera cette conique elle-même.
Deux points ( ou deux droites ) correspondants sont séparés harmonique-
ment par S et s ( ²) .
A la droite à l'infini correspondra donc la droite j parallèle à s et équi-
distante de s et de S ; et les points où j rencontre la conique correspon-
dront aux points à l'infini de la même conique .
On conclut de là une règle assez simple pour reconnaître si un arc
donné de conique, quelque petit qu'il soit , appartient à une ellipse , à une
parabole ou à une hyperbole. Traçons une corde s de l'arc et construisons
son pôle S ; menons la droite j parallèle à s et équidistante de S et de s.
Sij ne rencontre pas l'arc , il appartient à une ellipse (fig. 200, a) . Si j est
(1) Théorèmes de BRIANCHON et PONCELET énoncés dans un Mémoire inséré au
tome XI des Annales de Mathématiques ( Montpellier, 1821 ) et reproduits dans
le t. II , p . 504 des Applications d'Analyse et de Géométrie de PONCELET ( Paris,
1864 ).
(2) C'est ce que l'on a nommé l'homologie harmonique. Voir BELLAVITIS ,
Saggio di Geometria derivata ( vol. VI des Nuovi Saggi de l'Académie de Pa-
doue, 1838 ), § 50 .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 251
tangente à l'arc en un point J, il appartient à une parabole dont SJ sera
un diamètre ( fig. 200, b) ; finalement , si j coupe l'arc en deux points J₁ ,
Fig. 200 .
(a)
(b)
S
S
j J J
S
S
j
(C)
J
S S
J,
J, (fig. 200, c ) , la courbe sera une hyperbole dont les asymptotes sont
parallèles à SJ,, SJ, ( ' ) .
252. Problème . Étant donnés de position (non de grandeur ) deux
diamètres conjugués et une tangente avec son point de contact, construire
la courbe (fig. 201 ).
Fig. 201 .
(a) P (b)
A A
M
P'
Q' B P
QBQ' 0 B' Q/0 B'
A
'
A' M P'
Supposons que la tangente rencontre en P, Q les diamètres donnés
dont le point commun est O. Projetons le point de contact Men P'sur OP
au moyen d'une parallèle à OQ, en Q' sur OQ au moyen d'une parallèle
à OP. Tout point de OP est le pôle d'une droite parallèle à OQ ; en outre,
P, M sont des points réciproques, car la polaire de M qui est la tangente
passe par P. Donc la polaire de Pest MP' ; par suite , Pet P' sont aussi
des points réciproques. Prenons les points A et A' de manière que
OA = OA' = la moyenne proportionnelle entre OP et OP' ; AA' sera la
longueur du diamètre dirigé suivant OP (218) . On trouvera de même la
( 1 ) PONCELET, loc. cit. , nos 225 et 226.
252 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
longueur BB' de l'autre diamètre en prenant OB = OB' = la moyenne
proportionnelle entre OQ et OQ'.
Si les points P, P' tombent du même côté par rapport à O, l'involution
des points réciproques a deux points doubles A , A' ( 98 ) , c'est- à- dire : le
diamètre OP coupe la courbe. Si au contraire O se trouve entre P et P' ,
l'involution n'a pas de points doubles, et le diamètre ne rencontre pas la
courbe. Dans ce cas, A et A' sont deux points réciproques équidistants
de O.
La figure présente deux cas celui de l'ellipse ( a) et celui de l'hyper-
bole (b).
253. Problème . - Deux couples de diamètres conjugués a et a', b et b'
étant donnés de position , ainsi qu'un point M , construire la conique .
Première solution (fig. 202). - — Par M menons parallèlement à chaque
Fig. 202 .
B b'
b a
a'
a'
M
a
diamètre une corde dont le point milieu tombera sur le diamètre con--
jugué. Les secondes extrémités A , A' , B , B' des quatre cordes ainsi tra-
cées seront quatre points de la conique cherchée.
Deuxième solution (fig. 203 ) . — Désignons par c le diamètre MOM',
et construisons le rayon c' conjugué de c dans l'involution déterminée par
Fig . 203 .
Mo a
b
a
N'
les couples aa' , bb' ; c' sera le diamètre conjugué de c ( 225 ) . Par M et M'
menons les droites MP , M'P' respectivement parallèles à a , a' qui ren-
contrent c' en P, P' et se coupent en un point de la courbe ( 216 ) . Les
points P, P' sont réciproques ( 244 ) , de manière qu'en prenant sur c' deux
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 253
autres points Q, Q' conjugués dans l'involution déterminée par le couple
PP' et le point central O, MQ et M'Q' se couperont en un point de la
courbe . Prenons ensuite, sur c' , ON = ON' = la moyenne proportionnelle
entre OP et OP' ; N et N' seront les extrémités du diamètre c' ( 218 ) .
Troisième solution . Des extrémités M , M' du diamètre qui passe
par le point donné menons les parallèles à a, a' ; elles se couperont en un
point A de la courbe; par les mêmes points traçons les parallèles à b, b' ;
elles se couperont en un autre point B de la même courbe ( 216) . En
prolongeant AO, BO jusqu'en A' , B' , de manière que l'on ait OA' = AO ,
OB' = BO , A' et B' seront aussi des points de la conique cherchée ( 210 ) .
254. Problème. Construire la conique dont on connaît, de position,
deux couples de diamètres conjugués aa', bb' et une tangente t.
Première solution. Construisons la tangente t' parallèle à t ( située à
la même distance du centre que t) ; joignons les points où t, t' coupent
a, a' ; nous aurons ainsi deux autres tangentes parallèles u, u' ( 216 ) ; on
en obtiendra encore deux autres , v' en joignant les points d'intersection
de t, t' avec b, b' (fig. 204).
Fig. 204 .
น
'
V
b'o t
'
t a
'
b V
'
u
Seconde solution. Les diamètres conjugués a et a', b et b' rencon-
trent t aux points A et A', Bet B'. Les couples de points AA', 'BB' déter-
minent une involution dont le point central est le point de contact de t
(244 ) . Le problème est ainsi ramené à un problème déjà résolu (252). Si
l'involution a des points doubles, on obtiendra les asymptotes en joignant
ces points à O.
255. Problème. Construire la conique dont on donne, de position,
Fig. 205.
N
K
M'
a
MO
H
a
deux diamètres conjugués a, a' et deux points M, N (fig. 205 ) .
254 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Soient M' , N' les secondes extrémités des diamètres qui passent par les
points donnés. Menons par M , M' les droites MH , M'H parallèles à a, d' ;
menons de même par N, N' les droites NK , N'K parallèles à a , a'. Les
points H, K appartiendront à la courbe à construire.
Problème. - Construire la conique dont on donne, de position , deux
diamètres conjugués b, b' et deux tangentes m, n (fig. 206).
Fig. 206.
'm'
u n'
a
n a'
m
t'
Construisons les tangentes m' parallèle à m et n' parallèle à n ; joignons
les points où m, m' coupent a , a'; joignons de même les points où n, n'
coupent a, a' . Toutes ces droites sont autant de tangentes à la courbe
cherchée ( 216 ).
256. Problème. — Étant donnés cinq points d'une conique , construire
deux diamètres conjugués qui fassent un angle donné ( ' ) .
Trouvons d'abord un diamètre AA' de la conique ( 213 ) ; sur ce dia-
mètre décrivons un segment capable de l'angle donné et cherchons les
points où ce cercle coupe de nouveau la courbe (176 , II ) . Si M est un de ces
points, AM, A'M auront les directions de deux diamètres conjugués ; mais
l'angle AMA' est égal à l'angle donné : en traçant donc les diamètres pa-
rallèles à AM, A'M, le problème sera résolu .
Si le segment décrit est le demi- cercle , cette construction donne les
axes .
257. Problème. - Construire la conique par rapport à laquelle un
triangle EFG soit conjugué et un point donné P le pôle d'une droite
donnée P (² ).
La droite p rencontre FG en un point A ; la polaire de A passera par E
pôle de FG et par P pôle de p : cette droite sera donc EP ; de même FP,
GP seront les polaires des points B, C , où p coupe GE , EF. Soit A ' le
point où FG est coupée par EP : FG et AA' seront deux couples de points
réciproques, et , si l'involution qu'ils déterminent a deux points doubles
(¹ ) DE LA HIRE, loc. cit. , II, 38.
(*) STAUDT, Geometrie der Lage, nº 237.
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 255
L, L , ces points appartiendront à la courbe demandée ( 220 ) . On peut
répéter la même chose pour les deux autres côtés du triangle EFG.
Si le point P est intérieur au triangle EFG , les points A' , B', C ' sont
sur les côtés ( finis ) FG , GE , EF ( ' ) . La droite p peut couper deux de ces
côtés ou être tout extérieure au triangle . Dans le premier cas , les involu-
tions des deux côtés qui sont coupés ont toutes les deux des points
doubles ( 98 ) nous aurons ainsi quatre points de la courbe cherchée, et
ce problème sera ramené à tracer une conique qui passe par quatre points
donnés et par rapport à laquelle deux autres points donnés soient réci-
proques ( 248) . Dans le second cas, les deux couples de points réciproques
de chacun des côtés du triangle EFG empiètent l'un sur l'autre , et l'invo-
lution n'a pas de points doubles ( 98 ) ; dans ce cas la conique ne rencontre
aucun des côtés du triangle conjugué ; elle n'existe donc pas (195 ).
Si le point P est extérieur au triangle , un seul des trois points A' , B', C'
se trouve sur le côté correspondant. Si les deux autres côtés sont coupés
par p, aucune des involutions n'a de points doubles , et la conique n'existe
pas. Si, au contraire, p coupe le premier côté , ou si la droite p est tout
extérieure au triangle, la conique existe , et on peut la construire comme
ci-dessus.
Dans tous les cas, c'est-à-dire què la conique soit ou ne soit pas réelle ,
le système polaire existe (238) ; il est déterminé par le triangle conjugué
EFG, par le point P et par la droite p. Le problème de la construction de
ce système est linéaire, tandis que celui de la construction de la courbe
fondamentale est du second degré .
258. Problème. - Étant donné un pentagone ABCDE , construire la
conique par rapport à laquelle chaque sommet est le pôle du côté op-
posé ( ² ) .
Soit F l'intersection de AB, CD . Si l'on construit ( 237 ) la conique K par
rapport à laquelle ADF est un triangle conjugué et E le pôle de BC , les
points B, C , où BC rencontre AF , DF, seront les pôles des droites ED, EA
qui joignent le point E aux points D, A. Donc chaque sommet du pen-
tagone sera le pôle du côté opposé ; ou, autrement , la conique K sera la
courbe demandée .
Si l'on construit la conique C qui passe par les cinq sommets et la co-
nique C' tangente aux cinq côtés du pentagone (116) , ces coniques seront
polaires réciproques par rapport à K ( 232 ) .
(¹) Nous entendons ici qu'un point A' est sur un côté FG du triangle, quand
il tombe entre F et G, et qu'une droite coupe un côté FG quand son point
d'intersection avec FG tombe entre Fet G.
(2) STAUDT, loc. cit. , nos 238 , 258.
256 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
259. Problème. – Étant donnés cinq points A , B , C , D , E ( trois de ces
points ne sont pas en ligne droite) , trouver un point M tel que le fais-
ceau M ( A.B.C.D.E ) soit projectif à un faisceau donné abcde (fig. 207 ) .
Fig. 207 .
E a
с
M
D
D
B
A E'
Tirons par D deux droites DD' , DE ' , telles que le faisceau D (A.B.C.D'.E')
soit projectif à abcde ( 66 , à droite ) . Construisons le point E' où DE' ren-
contre la conique déterminée par les quatre points A, B , C , D et par la
tangente DD' ( 128 ) ; puis déterminons le point M, où la même conique
rencontre EE' . M sera le point cherché . En effet , M, A , B , C , D, E' étant
des points d'une même conique , le groupe M ( A.B.C.D.E ' ) est projectif
au groupe D ( A.B.C. D ' . E ' ) qui , par construction , est projectif au faisceau
donné abcde ; mais ME' passe par E ; donc le problème est résolu .
Le problème corrélatif devra être résolu comme exercice .
Trouver une droite m qui rencontre cinq droites données a, b , c, d, e,
dont trois quelconques ne concourent pas en un même point , en cinq points
formant un groupe projectif à une ponctuelle de cinq points donnés A , B,
C, D , E ( ¹ ) .
260. Problème. - Diviser un arc de cercle AB en trois parties égales (2) .
Prenons , sur la circonférence donnée (fig. 208 ) , un arc quelconque AN
à partir de A, puis partir de B, mais en sens opposé, un arc double BN' .
Menons la tangente BT, les angles AON , TBN ' sont égaux et de sens op-
posé ; ou bien , si N, N' varient simultanément, les rayons ON, BN' engen-
drent deux faisceaux inversement égaux . Le lieu du point M qui leur est
commun sera donc une hyperbole équilatère ( 250 ) dont les asymptotes
ont les directions des bissectrices SX, SY des angles des droites AO, BT ;
car ces droites sont des rayons correspondants ( positions des rayons mo-
biles ON, BN' pour lesquelles les arcs AN, BN' sont nuls ) . Le centre de
l'hyperbole est le milieu de la droite OB qui joint les centres des deux
faisceaux.
(1 ) STAUDT, loc. cit. , nº 263.
(* ) CHASLES, Sections coniques, nº 37 . -- STAUDT, Beiträge, nº 432.
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 257
Après avoir construit l'hyperbole au moyen du théorème de PASCAL,
on obtient un point P où elle coupe l'arc donné AB ; deux points corres-
pondants N, N' se confondent en ce point ; par suite , P est le point de
trisection de l'angle cherché : l'arc AP est la moitié de PB.
Fig. 208.
M
P T
L'hyperbole rencontre la circonférence en deux autres points R, Q. Le
point R donne la trisection de l'arc complémentaire de AB . Le point Q
donne la trisection de l'arc que l'on obtient en retranchant AB de la cir-
conférence entière.
261. Nous avons vu ( 149 ) que, si P ', P", Q ', Q" (fig. 209 ) sont quatre
points donnés en ligne droite et si nous faisons passer par P', P" une conique
quelconque, la corde de contact d'une tangente à la conique issue de Q'
Fig. 209.
p"
M
u"
et d'une tangente issue de Q" passe par un des points doubles M', N' de
l'involution déterminée par les couples P'P" , Q'Q". Les deux tangentes
issues de Q' , combinées avec les deux tangentes issues de Q", donnent
quatre cordes de contact, dont deux passent par M' et deux par N'.
I. 17
258 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
Ondéduit de là un moyen de construire les points doubles de l'involu-
tion P'P", Q'Q", ou (98) de trouver deux points M', N' qui divisent har-
moniquement deux segments donnés P'P", Q'Q". Décrivons un cercle par
P'P" et menons-lui les tangentes t' , u' par Q' et les tangentes u', u" par Q" .
La corde de contact des tangentes t' , t" et celle des tangentes u' , u" ren-
contreront la droite P'P" aux deux points cherchés M', N'.
Cette construction a été employée par BRIANCHON (' ) pour la solution
des deux problèmes que nous avons traités au nº 171 .
1º Construire une conique dont on donne trois points P, P' , P" et deux
tangentes q, q' .
Les tangentes données rencontrent PP' en Q, Q' et PP" en R, R'. De Q
et Q' menons les tangentes au cercle décrit par PP'P" ; les cordes de con-
tact couperont PP'en deux points M, N; traçons de même les tangentes
par R, R' : les cordes de contact couperont PP" en deux autres points M',
N'. Alors chacune des droites MN', NN', M'N, MM' rencontrera q, q' en
deux points de contact entre ces deux droites et une conique circonscrite
au triangle PP'P".
Cette construction ne diffère de celle du n° 171 ( à gauche ) que par la
manière de trouver les points doubles MN, M'N' .
2º Construire une conique dont on donne deux points P', P" et trois
tangentes q, q
' , q" .
Les trois tangentes données rencontrent P'P" en trois points Q, Q', Q"
(fig. 209) . Des points Q, Q', Q" menons les tangentes à un cercle quel-
conque passant par P'P" ; les cordes de contact des tangentes issues de Q",
combinées avec les tangentes issues de Q, rencontrent P' P" en deux
points M, N, et les cordes de contact des tangentes issues de Q", combi-
nées avec celles des tangentes issues de Q', déterminent de même deux
points M' , N' .
La corde de contact des tangentes q, q" à la conique cherchée passera
donc par M ou par N, et la corde de contact des tangentes q' , q" passera
par M' ou par N'. Les quatre combinaisons MM', MN' , NM' , NN' donnent
les quatre solutions du problème .
Ceproblème est donc ramené au suivant : décrire une conique tangente
à trois droites données q , q' , q", de manière que les cordes de contact
des tangentes qq", q'q" passent respectivement par deux points donnés M,
M' . Désignons par QQ'Q" le triangle formé par les trois tangentes don-
nées, et par A, A' , A" les points de contact à déterminer (fig. 210 ). D'a-
près un corollaire du théorème de DESARGUES ( 152), le côté q = Q'Q" est
divisé harmoniquement par le point de contact A et par la corde A'A". Sup-
posons que l'on ait projeté ces quatre points harmoniques de A" sur MQ" :
(1) BRIANCHON, loc. cit., p . 47 et 51 .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS .
259
il en résultera que le segment RQ" de MQ", intercepté entre q', q", est
divisé harmoniquement par M et par la droite A'A".
Fig. 210.
M
Q΄
A"
R A
V
S
M
U
Q T A
' Q"
Tirons donc MQ" : cette droite coupera q" en R ; déterminons le point V,
qui avec M divise harmoniquement RQ". Pour cela, menons par M une
droite quelconque qui coupera q", q' en S, T, et joignons le point Q au
point U commun aux droites SQ" , TR ; cette droite rencontrera RQ" en V.
Tirons ensuite VM' : cette droite coupera q' , y" en A' , A", et MA" coupera
Q'Q" en A.
262. Théorème. -
Si deux angles de grandeur invariable AOS, AO'S
tournent autour de leurs sommets respectifs , de manière que le point S,
commun à deux côtés, reste sur une droite fixe u, l'intersection A des
deux autres côtés décrira une conique (fig. 211 ) .
La démonstration résulte immédiatement de ce que les faisceaux engen-
drés par les rayons mobiles OA et OS, OS et O'S, O'S et O'A sont pro-
jectifs ( 36, 82) . Ce théorème a été donné par NEWTON sous le nom de des-
cription organique des coniques ( ' ) .
Fig. 211 .
u
B
T
u
C
0
0'
L'élève se proposera de déduire de ce théorème une règle pour décrire
( 1 ) Loc. cit., liv . I, lemme XXI .
17 .
260 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE.
une conique passant par cinq points donnés O, O' , A, B, C ; ou bien, ces
cinq points étant donnés , déterminer la grandeur des deux angles AOS ,
AO'S et la droite u, de manière que la conique engendrée passe par les
cinq points donnés.
Il pourra aussi s'exercer à démontrer les propriétés suivantes :
Si l'on décrit , sur la droite OO' qui joint les sommets des deux angles
donnés , un segment capable d'un angle égal à la différence entre quatre
angles droits et la somme des angles donnés , la conique sera une hyper-
bole, une ellipse ou une parabole, suivant que la droite u coupera le cercle
en deux points, ne le rencontrera pas ou lui sera tangente . - Déterminer
les asymptotes de l'hyperbole, les axes de la parabole.
Quand la conique est-elle un cercle ? Quand est-elle une hyperbole équi-
latère?
Examiner le cas où les deux angles donnés sont supplémentaires. La
conique est alors une hyperbole ; par suite, si u et OO' sont parallèles , on
obtient une parabole ( ' ) .
263. Théorème. Si un triangle varie de manière que ses côtés pivotent
autour de trois points donnés O , O' , S (fig. 212 ) , tandis que deux sommets
Fig. 212 .
U
น u'
Sa A A'
M
B
A, A' parcourent deux droites fixes u , u ', le lieu du troisième sommet M
est une conique qui passe par les points O, O', par le point uu' et par les
points B' , C' , où u et u' coupent respectivement O'S , OS .
264. Théorème. ―― (Le théorème précédent est un cas particulier de
celui-ci ). Si un polygone varie de manière que ses côtés pivotent autour
d'autant de points fixes 0,, 02 , 03 ,……. (fig. 213 ) , pendant que ses som-
mets , moins un, parcourent des droites fixes u,, u , u,, ... , le dernier
sommet décrira une conique ; le point commun à tout couple de côtés non
consécutifs aura aussi pour lieu géométrique une conique ( 2 ) .
(1) MACLAURIN, Geometria organica ( Londres , 1720 ), sect. I.
(2) Théorème de MACLAURIN et de BRAIKENRIDGE (Trans . phil. de Londres, 1735) .
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS. 261
Il faudra démontrer ce théorème et son corrélatif ( ' ) .
Fig. 213.
น.
010
C05
นะ
008
0,0
น.
3 u
265. Théorème. Si deux angles sont circonscrits à une conique , les
quatre points de contact de leurs côtés et leurs sommets sont six points
d'une conique .
On démontrera ce théorème en faisant voir que les deux faisceaux qui
projettent les quatre premiers points des sommets des deux angles sont
projectifs ; pour cela , on observera que les quatre premiers rayons for-
ment un groupe projectif à celui de leurs pôles relatifs à la conique donnée .
266. Théorème ( corrélatif du précédent ). ― Si deux angles sont cir-
conscrits à une conique , les quatre côtés et les deux cordes de contact
sont six tangentes d'une même conique ( ² ) .
Il suffit de démontrer que les deux cordes coupent les quatre autres
droites en deux groupes projectifs de points , le premier groupe étant pro-
jectif à celui qui est formé par les polaires relatives à la conique donnée.
267. Problèmes. — I. Étant donnés trois segments AA', BB ' , CC' sur une
même droite, trouver un point d'où l'on puisse les voir, tous les trois ,
sous des angles égaux ( 83) .
Quand ces angles peuvent-ils être droits ? (Voir nº 98 , II . )
II. Deux ponctuelles projectives superposées étant données, trouver un
point séparé harmoniquement d'un point donné sur la droite par les deux
points unis [ non donnés ( 3)] .
III. Étant donnés deux couples de points en ligne droite , trouver sur
cette droite un cinquième point, tel que le produit de ses distances aux
deux points du premier couple soit au produit de ses distances aux points
du second couple dans un rapport donné ( * ) .
(1 ) PONCELET, loc . cit. , nº 502.
(2 ) CHASLES, Sections coniques, nos 213, 214.
(3) CHASLES, Géom . sup . , nº 269.
(*) Problème de la Section déterminée d'APOLLONIUS. Voir CHASLES, Géom .
sup., nº 281.
262 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
IV . Mener par un point donné une transversale qui détermine sur deux
droites données, à partir de deux points donnés, deux segments dont le
rapport ou le produit soit donné ( ' ) .
268. Théorème. Si l'on prend sur chaque diagonale d'un quadrila-
tère complet deux points qui la divisent harmoniquement, et, si trois de
ces six points (un sur chaque diagonale) sont en ligne droite, les trois
autres sont aussi en ligne droite.
Corollaire. - Les trois points milieux des diagonales d'un quadrilatère
complet sont en ligne droite.
269. Théorème . - Si un triangle ABC est inscrit dans un cercle, et si
d'un point O de la circonférence on abaisse sur les côtés des obliques OA' ,
OB' , OC' sous un même angle (de même sens ) , les pieds A' , B', C' de ces
obliques sont une ligne droite (fig. 214) .
Fig. 214 .
C"
B"
B'
B
C'
Menons par O les parallèles OA" , OB", OC" à BC, CA, AB : on démon-
trera facilement que les angles AOA", BOB", COC" ont les bissectrices
communes : les angles AOA' , BOB' , COC' jouissent donc de la même pro-
priété. Par conséquent (106 , II), les côtés de ces trois angles forment
des couples en involution, et (103) les points A', B', C' sont en ligne
droite ( 2 ) .
270. Théorème . Étant donné un triangle circonscrit à un cercle, si
l'on abaisse, de ses sommets sur une tangente, des obliques qui soient
vues du centre sous des angles légaux (grandeur et sens ), les trois obli-
ques concourent en un même point ( 3) .
La démonstration est analogue à celle du théorème précédent .
(1) Problèmes de la Section de raison et de la Section de l'espace d'Apollo-
nius. Voir CHASLES, Géom . sup ., nos 296 et 298 .
(*) CHASLES, loc. cit. , nº 386 .
(3) CHASLES, loc. cit. , nº 387.
COROLLAIRES ET CONSTRUCTIONS . 263
271. Ce sera un exercice très-utile que d'appliquer la théorie des pôles
et des polaires à la résolution des problèmes du premier et du second
degré par le moyen de la règle seulement , en supposant toutefois qu'un
cercle fixe et son centre soient donnés . Voici quelques exemples à traiter :
I. Mener par un point donné P la parallèle à une droite donnée e .
Il faut trouver le pôle E de e ( ' ) et la polaire p de P ; soit A le point
commun aux droites p, OE ; la polaire a de A sera la droite cherchée.
II . Mener par un point donné P la perpendiculaire à une droite don-
née e.
Menons par P la parallèle à OE : ce sera la droite cherchée.
III. Diviser un segment donné AB en deux parties égales.
Soient a, b les polaires de A , B ; soit c le diamètre qui passe par le
point ab; la droite d, qui rend harmonique le groupe abcd, aura pour
pôle le point milieu de AB.
IV. Diviser en deux parties égales un arc MN du cercle donné.
Construisons le pôle S de la corde MN : le diamètre qui passe par S
donnera le point milieu cherché.
V. Diviser un angle donné en deux parties égales.
Menons par un point du cercle les parallèles aux côtés de l'angle donnés
et le problème actuel se ramène au précédent.
VI. Prolonger un segment AC d'une longueur égale CB.
Soient a, c les polaires de A, C ; soient d le diamètre qui passe par le
point ac, et c le rayon qui rend harmonique le groupe abcd ; le rayon c
aura pour pôle le point cherché C.
VII. Construire le cercle dont le centre est au point donné U , et dont
le rayon est égal à une droite donnée UA.
Prolongeons AU d'une longueur égale UB ; menons en A et en B les
perpendiculaires à AB et divisons en parties égales les angles droits A, B :
ces bissectrices concourront en C, D. Il suffira donc de construire la co-
nique qui a pour diamètres conjugués AB , CD ( 244 , I) .
(¹) Pôles et polaires par rapport à un cercle donné.
APPENDICE .
On peut donner des théorèmes 114, I et 114, II des démon-
strations qui se rattachent mieux à la méthode graphique , dont
il a généralement été fait usage dans les Éléments de Géomé-
trie projective, que celles que M. CREMONA a empruntées au
Traité des sections coniques de M. CHASLES .
Pour cela , il faut d'abord remplacer la rédaction du nº 18
(page 15) par la suivante :
« Le centre d'homologie est un point qui se correspond à
lui-même, et tout rayon passant par ce centre est à lui-même
son correspondant. Donc, si une courbe passe par O, la courbe
correspondante passera aussi par O, et les deux courbes ont
même tangente en ce point. Dans la fig. a nous supposons
Fig. a.
S3
S2
S1 M.
M1
Ma
3
M
S
M
M
A
S
M' M
A'
que l'on donne, en outre, l'axe d'homologies et le point A
qui correspond à un point A' du cercle à transformer.
266 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE .
» De même, tout point de l'axe d'homologie est à lui-même
son correspondant. Donc, si une courbe de la première figure
touche s en un point, la courbe correspondante de la seconde
figure sera tangente às en ce même point. Dans la fig. b nous
Fig. b.
B'
A
'
B"
M'
A"
M"
C" C'
B
0 S
'
SO
donnons un cercle à transformer homologiquement par ses
tangentes, et nous supposons, en outre, l'axe d'homologie
tangent au cercle , le centre d'homologie O en un point quel-
conque, et nous donnons la droite a de la seconde figure qui
correspond à une tangente a' du cercle ( 1 ) . »
Ces modifications faites, les importants théorèmes du nº 114
peuvent se démontrer comme il suit :
« I. Si deux faisceaux de rayons, tracés dans un même plan
( non concentriques ) sont projectifs ( non perspectifs), le lieu
du point commun à deux rayons correspondants est une co-
( 1 ) La fig. 10 du texte est remplacée par les figures nouvelles a et b.
APPENDICE . 267
nique, qui passe par les centres des deux faisceaux ; les tan-
gentes en ces points sont les rayons des deux faisceaux qui
correspondent à la droite qui joint les centres .
>> Soient O et A les centres des deux faisceaux, AM, et OM,,
AM. et OM2 , ... des couples de rayons correspondants. Le lieu
des points M₁, M.... passe par le point O, parce que le rayon
AO du faisceau A et le rayon correspondant du faisceau O se
coupent en O. De même , A est un point du lieu .
» Soit o le rayon du faisceau O qui correspond au rayon AO
du faisceau A. Traçons un cercle tangent à o au point O, et
soit A' le point où ce cercle coupe OA . Soit de même M' l'in-
tersection du rayon OM avec le cercle, le faisceau A'M' sera
directement égal au faisceau OM : il sera donc projectif au
faisceau AM, et comme le rayon A'O correspond au rayon AO,
les faisceaux AM et A'M' sont perspectifs ; par suite, leurs
rayons correspondants se coupent en des points S1, S2, S3 , ...
en ligne droite s. Il résulte de là que , pour construire le
point du lieu cherché situé sur un rayon quelconque m du
faisceau A, il suffira de prolonger m jusqu'à sa rencontre S :
avec s, puis de prendre l'intersection M de cette droite et
de m. Or cette construction est précisément celle que nous
avons employée (fig. a) pour trouver la courbe homologique
d'un cercle, s étant l'axe, O le centre d'homologie et A' , A
deux points correspondants. Le lieu des points M est donc
une conique .
» II . Si deux droites ponctuelles , situées dans un même
plan . (non superposées ) sont projectives ( non perspectives ),
les droites qui joignent les couples de points correspondants
enveloppent une conique , c'est-à-dire sont les tangentes d'une
conique. Cette conique touche les deux droites données aux
points qui correspondent à leur commune intersection .
>> Soient s, s' deux ponctuelles projectives A et A' , Bet
B' , ... des couples de points correspondants. La courbe enve-
loppe des droites AA' , BB' , ... est aussi tangente à la droite's
qui joint le point ss' ou s' de la seconde ponctuelle au point S
de la première . De même, s' est une autre tangente.
» Décrivons un cercle tangent à sen Set menons-lui des
tangentes a" , b", c", ... , s" des points A, B, C, ... , S' ; les tan-
268 GÉOMÉTRIE PROJECTIVE . -- APPENDICE .
gentes a", b", c", ... marqueront sur s" une ponctuelle projec-
tive à set, par suite, à s' . Mais le point S' se correspond à
lui-même dans les ponctuelles s' , s" ; donc elles sont perspec-
tives, et les droites A" A', B" B', C" C' , ... concourent en un
point O. Il résulte de là que, si l'on veut déterminer le point
M' de s' qui correspond à un point quelconque M de s, il suf-
fira de mener par M une tangente m au cercle, de prendre
l'intersection M" de met s", de joindre O avec M" et de
prendre enfin le point M' commun à OM" , s' . Alors MM' sera
une des droites de l'enveloppe . Or cette construction est pré-
cisément celle que nous avons adoptée (fig. b ) pour trouver
la figure homologique d'un cercle, l'axe d'homologie s étant
tangent à ce cercle, le centre d'homologie un point quel-
conque O, et s', s" deux droites correspondantes. Donc l'en-
veloppe des droites MM' est une conique. »
Iles d'Hyères , 14 mars 1875.
ED . DEWULF .
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE .
TABLE DES MATIÈRES.
Pages
PRÉFACE V
$ I. Définitions ( 1-7) . I
§ II . Projection centrale ( 8-15 ) .. 3
Figures perspectives ( 9 ) .... 3
Point à l'infini d'une droite (10 ) 4
Droite à l'infini d'un plan ( 11 ) ..... 5
Théorèmes de Desargues sur les triangles perspectifs ( 14, 15). 7
§ III . Homologie ( 16-18 ) ...... 8
Figures homologiques ( 16-18 ) . 8
Constructions de figures homologiques ( 18 ).. 10
§ IV. Figures homologiques à trois dimensions ( 19-20 ) . 17
Plan à l'infini ( 20 ) ....... 17
$ v. Formes géométriques ( 21-26 ) . 17
§ VI . Principe de dualité (27-32). 20
§ VII. Formes projectives ( 33-37 ) . 27
S VIII. Formes harmoniques ( 38-52 ) . 32
Théorème fondamental ( 38 ) . 32
Projectivité des formes harmoniques ( 43 ). 39
Constructions (50 ) ..... 40
§ IX . Rapports anharmoniques ( 53-59 ) .. 44
Théorème de Pappus ( 53 ) ... 44
Propriétés des groupes harmoniques ( 54-55 ) ............ 47
Les vingt-quatre rapports anharmoniques de quatre élé-
ments (57) .... 52
Propriété métrique exprimant la projectivité de deux ponc-
: tuelles ( 59 ) ....... 54
Constructionsdes formes projectives ( 60-72). 55
§ x.
Cas des formes perspectives ( 62 ) . 55
Formes projectives superposées ( 63 ) . 57
Elles ne peuvent avoir plus de deux éléments unis (64) ... 59
61
Constructions (66-69, 71 ) .
Théorème de Pappus sur l'hexagone inscrit à deux droites (69) . 64
65
Théorèmes plus généraux (70)...
270 TABLE DES MATIÈRES .
Pages
§ XI . Cas particuliers et exercices (73–91 ) .. 69
Ponctuelles semblables (73 ) .. 69
Faisceaux égaux ( 78 ) . 72
Propriétés métriques (83 ) .. ....
74
Exercices ( 84 et suiv.)... 77
80
Porismes d'Euclide et de Pappus ( 88 ) ........
80
Problèmes à résoudre par la règle seulement ( 89 ) .
Théorèmes de Chasles sur les figures perspectives ( 90 ) ...... 84
§ XII . Involution ( 92–106 ) . 85
Définition (93, 94)........ 85
Propriété métrique (96 ) .. 88
Les deux cas de l'involution ( 98 ) . 89
Autre propriété métrique ( 100 ).... 92
Quadrangle coupé par une transversale ( 101 ). 93
Constructions ( 102 ) . 95
Théorème de Ceva et de Ménélaüs ( 104). 96
100
§ XIII. Formes projectives dans le cercle (107-112 ) .
§ XIV. Formes projectives dans les coniques (113-123) .. 104
Théorèmes fondamentaux ( 113) ......... 104
Génération des coniques au moyen de deux formes projec-
tives ( 114) ..... 106
Théorèmes de Pascalet de Brianchon ( 117) .. 110
Théorèmes de Möbius et de Maclaurin ( 118, 119 )....... 112
Propriété de la parabole ( 120 )... 114
Propriétés de l'hyperbole, théorème d'Apollonius ( 122, 123 ) .. 116
§ xv. Constructions et exercices ( 124-126).. 118
Application des théorèmes de Pascal et de Brianchon à la con-
struction des coniques par points ou par tangentes ( 124) . 118
Cas où quelques éléments sont à l'infini ( 125, 126) ..........
....... 119
§ XVI. Corollaires des théorèmes de PASCAL et de BRIANCHON ( 127-142 ). 123
Théorèmes sur le pentagone inscrit ( 127 ) ........ 123
Théorèmes de Maclaurin sur le quadrangle inscrit ( 129, 131 ). 126
Théorème sur le quadrilatère circonscrit et sur le quadrangle
formé par les points de contact ( 132 , 133) ........ 128
Théorème sur le quadrilatère circonscrit ( 135) ........ 130
Théorèmes sur le triangle inscrit et sur le triangle circon-
scrit ( 137, 139 ) ....... 131
Théorème sur le pentagone circonscrit ( 141 ) . ........... 133
Application de ces théorèmes à la construction des coni-
ques ( 128, 130, 134, 136, 138, 140, 141 ) ..... 134
Coniques tangentes entre elles ( 142) . 134
TABLE DES MATIÈRES . 271
Pages
§ XVII . Théorème de DESARGUES ( 143-156 ).......... 135
Théorème de Desargues et théorème corrélatif ( 143 ) ........ 135
Coniques circonscrites à un même quadrangle ou inscrites
dans un même quadrilatère ( 145 ) ......... 137
Théorèmes de Poncelet ( 146 ) ... 138
Corollaires du théorème de Desargues ( 147, 149, 151 , 152) .. 139
Constructions (144, 148, 150) 140
Groupe harmonique de quatre points ou de quatre tan-
gentes ( 152, 153 ) ... 143
Propriété de l'hyperbole ( 154) .. 145
Théorème de Pappus ad quatuor lineas, et théorème corréla-
tif ( 155, 156 ) . 146
§ XVIII. Éléments unis et éléments doubles ( 157-165 ) . 147
Séries projectives de points sur une conique ( 157) . 147
Séries projectives de tangentes à une conique ( 158 ) ......... 149
151
Involution de points sur une conique ( 159-161 ) ...........
Construction des éléments unis de deux formes projectives su-
perposées et des éléments doubles d'une involution ( 162 ) . 156
Couple commun à deux involutions superposées (164) ...... 161
§ XIX. Problèmes du second degré ( 166-185 ) ...... 164
Intersection d'une conique et d'une droite ; tangentes menées
d'un point à une conique ( 166 ) ....... 164
Coniques déterminées par quatre points et une tangente, ou
par quatre tangentes et un point ( 170 ) ...... 168
Coniques déterminées par trois points et deux tangentes ou
par deux points et trois tangentes ( 171 ) ........ 170
Construction de polygones sous des conditions données ( 172-
175, 185), VI...... XI ... 172
Construction des points communs à deux coniques ( 176) .... 177
Problèmes divers ( 177-172, 185 ) . 178
Méthode géométrique de fausse position ( 183 )... 181
Résolution de problèmes du second degré au moyen de la règle
seulement, quand on dispose d'un cercle décrit ( 184 ) ..... 182
§ xx. Pôles et polaires ( 186-205 ) . 188
Droite polaire d'un point donné ( 186 ) . 188
Pôle d'une droite donnée ( 187) .... 189
Points réciproques ( 189 ) . 191
Constructions (191, 193, 200, 201 ) .... 192
Triangles conjugués ( 192, 194). 193
Quadrangles complets doués d'un mème triangle diago-
nal ( 196 ) ....... 194
Coniques ayant un même triangle conjugué ( 199, 202)...... 198
Autres théorèmes sur les triangles inscrits ou circon-
scrits (204, 205 )...... 201
272 TABLE DES MATIÈRES .
Pages
§ XXI . Centre et diamètres (206-229 ) . 202
Diamètre relatif à un système de cordes parallèles (206) .... 202
Cas de la parabole (208 ) . 203
Centre ( 210) .... 204
Diamètres conjugués ( 212) . 206
Parallélogrammes inscrits ou circonscrits ( 214-216 ) . 207
Cas du cercle ( 217) 208
211
Théorème de Möbius ( 219 ) .
Involution de points réciproques ou de droites récipro-
ques (220 ) 211
Diamètre idéal ; corde idéale ( 218 , 223) . 214
Involution des diamètres conjugués ; axes ( 225, 226 ) ........ 215
Théorème de Newton sur les centres des coniques inscrites
1 dans un quadrilatère ( 228 ) . 218
Construction ( 213, 222, 227, 229 ) .... 219
§ XXII. Figures polaires réciproques ( 230-238 ) . 220
Courbes polaires réciproques (230) ..... 220
La polaire réciproque d'une conique est une autre co-
nique ( 232) .. 221
Les figures polaires réciproques sont des figures corréla-
tives ( 234) ....... 222
Deux triangles conjugués à une même conique ( 236) ........ 223
Deux triangles inscrits ou circonscrits à une même co-
nique (237 ) ...... 225
Théorème de Hesse ( 238 ) . 227
Système polaire ( 237), IV.... 229
§ XXIII . Corollaires et constructions ( 239-271 ) . 230
Constructions diverses relatives à l'hyperbole et à la para-
230
bole ( 239-243 ) ..
Propriétés des diamètres conjugués ; théorèmes d'Apollo-
nius ( 244-245) . 234
Théorème de Carnot ( 246 ) .. 241
Constructions de coniques (247-249, 252-259,261 ). 245
Hyperbole équilatère (250 ) .... ..
247
Construction pour reconnaître l'espèce de la conique à la-
quelle appartient un arc donné ( 251 ) ... 250
256
Trisection d'un arc donné circulaire ( 260 )..
Description organique des coniques de Newton ( 262) ....... 259
260
Autres théorèmes et problèmes divers ( 265-270 ) ....
Application de la théorie des pôles à la résolution des pro-
263
blèmes du second degré ( 271 ) .......
APPENDICE . 265
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DE LA PREMIÈRE PARTIE .
1478 Paris . Imprimerie de GAUTHIER-VILLARS, quai des Augustins , 55 .
ERRATA .
Pages Lignes Au lieu de Lisez
XIII 20et 21 démonstration analyse
19 4 projectives perspectives
19 17 infinité de rayons infinité de faisceaux de rayons
21 12et 13 considérés comme formés considérée comme formée
25 2 S S
25 5 à gauche n° 13 n° 15
25 5 à droite n° 12 n° 14
25 7 à droite S S
25 14 à gauche S S
47 16 nécessaire nécessaire et suffisante
47 9 en remontant - ( BCAD) + ( BCAD)
51 7 BACD BADC
53 11 ACBD ACDB
78 13 nº 12 n° 14
80 2
projectives perspectives
107 13 (66) (16)
122 figure 102 P q
122
figure 102 q P
186 10 en remontant OΑ' UA'
190 13 fig. 102 fig. 108
202 7 fig. 160 fig. 170
2410 Paris. Imprimerie de GAUTHIER VILLARS, quai des Augustins , 55.
2
₹
LIBRAIRIE DE GAUTHIER - VILLARS ,
QUAI DES AUGUSTINS, 55, A PARIS .
CHASLES . Aperçu historique sur l'origine et le développement des
méthodes en Géométrie, particulièrement de celles qui se rapportent
à la Géométrie moderne, suivi d'un Mémoire de Géométrie sur deux
principes généraux de la Science : la Dualité et l'Homographie. Seconde
édition, conforme à la première. Un beau volume in-4 de 850 pages; 1875.
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Polytechnique, etc., et COMBEROUSSE ( Charles de) , Professeur à l'École
Centrale et au Collége Chaptal , etc. Traité de Géométrie . 4º édition ,
revue et notablement augmentée. I fort volume in-8 de xxXVI-900 pages ,
avec616 fig. dans le texte et 1087 Questions proposées ; 1878-1879. 14 fr.
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II PARTIE . Géométrie dans l'espace, courbes et surfacesusuelles . 8 fr .
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de Comberousse, qu'un encouragement à mieux faire, est conforme aux derniers
Programmes officiels. Il renferme un très-grand nombre d'Exercices et de Ques-
tions proposées, classées par paragraphes. Mais le caractère distinctif qui lui donne
toute sa valeur consiste dans les APPENDICES consacrés à l'exposition, à la fois con-
cise et approfondie, des principales Méthodes de la Géométrie moderne . C'est là un
véritable service rendu à la vulgarisation de ces Méthodes . Comme l'a dit M. Chasles ,
en présentant la première édition de ce Traité à l'Académie des Sciences : « il
paraît satisfaire aux besoins réels de l'enseignement en France ». Depuis, les
Auteurs n'ont rien négligé pour mériter de plus en plus cet éloge. De nombreuses
traductions ont prouvé qu'on en jugeait de même à l'étranger. Ajoutons enfin que
l'exécution typographique répond tout à fait au mérite du Livre.
SAINT-GERMAIN ( de) , Professeur de Mécanique à la Faculté des Sciences
de Caen, ancien Maître de Conférences à l'École des Hautes Études deParis.
Recueil d'Exercices sur la Mécanique rationnelle, à l'usage des can-
didats à la Licence et à l'Agrégation des Sciences mathématiques . In-8 ,
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Dans cet important Ouvrage , l'étude analytique des propriétés générales des
courbes etdes surfaces du second ordre est fondée sur l'existence, non remar-
quée jusqu'ici , d'une relation linéaire et homogène entre les carrés des distances
à un plan quelconque, de n points pris à volonté sur un ellipsoïde ou sur une
courbe gauche du quatrième ordre, sur une cubique gauche ou sur une conique.
Cette rolation interprétée et généralisée donne la clef d'un grand nombre de
questions que les géomètres n'avaient point abordées encore, et qui se résolvent
sans aucun calcul et d'une manière intuitive .
TISSERAND, Correspondant de l'Institut, Directeur de l'Observatoire de
Toulouse, ancien Maître de Conférences à l'École des Hautes Études de
Paris. Recueil complémentaire d'Exercices sur le Calcul infinité-
simal, à l'usage des candidats à la licence et à l'agrégation des Sciences
mathématiques. (Cet Ouvrage forme une suite naturelleàl'excellent Recueil
d'Exercices de M. FRENET.) In-8, avec fig . dans le texte; 1876. 7 fr. 50 c.
5064 Paris . Imprimerie de GAUTHIER VILLARS, quai des Augustins, 55.
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DUE MAR 8'45
Math 5158.75.4
Elements de geometrie projectiv
Cabot Science 003334459
3 2044 091 904 011