Notions de Chimie Quantique: Josiane SERRE
Notions de Chimie Quantique: Josiane SERRE
tion exacte de cette équation est limitée à certains cas très spécifiques ; des
méthodes de résolution approchées tendent à pallier cette difficulté pour le calcul
de l’énergie des molécules.
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et B, la différence de nature entre ceux-ci amène un transfert de ■ Les électrons des paires libres, c’est-à-dire les doublets
charge électronique de l’un des atomes vers l’autre atome et la d’électrons non liés, doivent être comptés comme électrons de
liaison A — B peut être considérée comme partiellement ionique ou valence. En effet, la présence ou l’absence d’une paire libre
polaire. C’est ainsi que Walsh a montré que la liaison dans un d’électrons a une grande influence sur la forme des molécules (BF3
composé carbonyle est d’autant plus faible (c’est-à-dire moins riche est plane, NF3 est pyramidale).
en énergie) que celle-ci est plus polaire.
La longueur d’une liaison entre deux atomes donnés est d’autant
plus courte que la liaison est plus forte. Les valeurs des distances 1.2.4 Fréquences de vibration et constantes de force
interatomiques, pour quelques liaisons typiques, sont rassemblées
dans le tableau 1. Ces valeurs ont été obtenues soit par diffraction Dans le tableau 2 sont rassemblées quelques-unes des valeurs des
des rayons X ou des neutrons, soit par spectrométrie d’absorption caractéristiques des vibrations des liaisons, obtenues par spectro-
en micro-onde (cf. articles spécialisés de la rubrique Méthodes scopie infrarouge ou Raman. (0)
nucléaires et spectrométries dans le traité Analyse et
Caractérisation). (0)
Tableau 2 – Vibration des liaisons (C — H), (O — H)
et (C — N)
Tableau 1 – Longueurs des liaisons simple, double
et triple (CC), (NN) et (CO) (exprimées en angströms) Nombre d’onde
Liaison
(cm–1)
Liaison (CC) (NN) (CO)
(C — H) dans :
simple — .......................... 1,54 1,46 1,43 — CH3
CH 2 2 962 et 2 872
double ......................... 1,34 1,25 1,23 3 090 et 3 010
triple
......................... 1,21 1,10 1,13
(O — H) dans :
1 Å = 10–10 m = 0,1 nm R — OH 3 670
R — COOH 3 530
Des études de diffraction électronique sur plusieurs hydrocarbures (C — N) dans :
C N 2 250
éthyléniques (éthylène, isobutylène, butadiène-1,3) ont montré que
la distance ( C C ) est constante dans ces molécules. Il en est de
même pour la distance ( C C ) trouvée égale dans le méthyl- Dans le cas où la molécule formée de deux atomes peut être assi-
a c é t y l è n e ( HC milée à un oscillateur harmonique, la constante de force k de la
C CH 3 ) e t d a n s l e c y a n o a c é t y l è n e
liaison (en N · m–1) est liée à la fréquence de vibration f (en s–1) par
( HC CC N) . la relation :
Contrairement à ce qui a été admis pendant très longtemps, on 1 k
sait maintenant que l’allongement des doubles ou des triples liaisons f = -------- ----
2π µ
par conjugaison doit être extrêmement petit (probablement pas plus
de 5 × 10–3 Å). avec µ masse réduite de la molécule, telle que :
La longueur de la liaison simple C — C n’est égale à 1,54 Å que 1 1 1
lorsqu’elle est comprise entre deux carbones tétraédriques. En effet, ----- = --------- + ---------
µ m1 m2
on a trouvé que la longueur de cette liaison dépend de la structure
géométrique des liaisons autour de chacun des carbones. C’est ainsi m1 et m2 étant les masses de chacun des 2 atomes.
qu’elle vaut 1,38 Å dans le cyanoacétylène.
Dans le tableau 3 sont données les variations comparées de la
longueur de la liaison et de la constante de force dans différentes
1.2.3 Angles de liaisons molécules. On y retrouve bien le fait que plus une liaison est forte
(k élevé), plus elle est courte ( petit). (0)
Les liaisons sont localisées dans des directions particulières dans
l’espace et l’on détermine les angles des liaisons par les mêmes tech-
niques expérimentales que les longueurs, puisque les deux Tableau 3 – Constantes de force et longueurs
déterminations découlent de la localisation des atomes dans des liaisons — C — X (avec X = F, CI, Br, I) et des liaisons
l’espace. On trouve, tout au moins pour les molécules contenant des C — C dans C2H6 , C2H4 et C2H2
éléments de la première et de la seconde période de la classification
périodique (cf. article [J 25] dans ce traité), que les angles des Constante de force k Longueur de la liaison
liaisons sont souvent proches des valeurs : (N · m–1) (Å)
109o 29’ (cas, par exemple, du carbone tétraédrique) ;
120o (cas, par exemple, du carbone éthylénique) ; 930 1,39
180o (cas, par exemple, du carbone acétylénique).
Certaines règles générales, les règles de Walsh, peuvent être 340 1,78
énoncées.
■ Le nombre d’électrons de valence, c’est-à-dire des électrons des 290 1,93
couches externes pour chacun des atomes, détermine la forme des
molécules. Walsh a montré que les molécules ou ions triatomiques 230 2,14
ne contenant pas d’hydrogène et possédant au maximum
16 électrons de valence sont linéaires (N2O, CO2 , N3–, NO2+) et que 450 1,54
celles qui ne sont pas des hydrures et qui ont entre dix-sept et vingt
électrons de valence sont angulaires (NO2 , CINO, CICIO).
1 080 1,34
1 600 1,21
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N—H NH3 352,7
S—H H 2S 366,9 ψ∗ ( x,y,z ) ψ ( x,y,z ) dx dy dz = 1
C—C CH3 — CH3 331,4 où l’intégration est étendue à tout l’espace. Cette équation est la
CC CH 2 CH 2 591,2 condition de normalisation de la fonction d’onde. Cela implique que
les fonctions ψ doivent vérifier un certain nombre de propriétés
O—H H 2O 462,3 mathématiques.
■ Dans le cas d’un système à n électrons, on définit, de la même
façon, une fonction d’onde totale ψ, fonction des 3n variables de
position et dont le produit ψ* ψ représente la densité de probabilité
2. Étude de l’atome de trouver en même temps l’électron 1 au point (x 1 , y 1 , z 1 ),
l’électron 2 au point (x2 , y2 , z2), et ainsi de suite. La fonction d’onde
2.1 Bases de chimie quantique totale doit vérifier aussi la condition de normalisation qui porte alors
sur les 3n variables.
2.1.1 Principe d’incertitude de Heisenberg
et notion de fonction d’onde électronique 2.1.2 Spin de l’électron
■ L’interprétation des résultats de la physique moderne conduit à
admettre qu’il n’est pas possible de représenter le mouvement d’une Les fonctions d’onde décrites jusqu’ici étaient supposées ne
particule élémentaire, un électron par exemple, comme celui d’un dépendre que des coordonnées d’espace x, y, z des électrons. Cette
mobile décrivant une trajectoire bien déterminée, avec une vitesse représentation ne rend pas compte de certaines propriétés des
connue en chaque point, à tout instant. D’après le principe d’incerti- systèmes électroniques, comme le dédoublement de la raie
tude de Heisenberg (1927), le résultat d’une mesure physique portant d’absorption des métaux alcalins. Cela a conduit les physiciens à
simultanément sur la position q (c’est-à-dire les coordonnées x, y, z ) admettre que l’électron possède un mouvement propre de rotation
ou spin. Pour les phénomènes où n’intervient pas la relativité, ce
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qui est le cas pour la plupart des propriétés physico-chimiques des 2.2 Atome d’hydrogène :
atomes et des molécules, tout se passe comme si l’électron possédait
un degré de liberté supplémentaire, caractérisé par une variable de orbitales atomiques
spin σ grâce à laquelle l’énergie de rotation propre de l’électron est
quantifiée : on introduit ainsi le nombre quantique de spin ms qui
ne peut prendre que les valeurs ± 1/2. Les fonctions d’onde électro- L’atome d’hydrogène est formé d’un noyau et d’un électron.
niques doivent donc être écrites sous la forme : L’origine du système d’axes devrait être à son centre de gravité. Nous
supposerons ce dernier confondu avec le centre du noyau. L’étude
ψ (x1 , y1 , z1 , σ1 , x2 , y2 , z2 , σ2 , ..., xn , yn , zn , σn) de l’atome d’hydrogène revient à celle d’un électron unique soumis
à l’attraction d’un centre fixe de nombre de charge Z = 1. Les ions
Une condition supplémentaire est introduite quand le système tels que He+, Li2+, qui ne diffèrent de l’atome H que par leur nombre
considéré contient des particules qui sont physiquement indiscer- de protons ou nombre de charges Z, se traitent de la même façon.
nables comme les électrons : la probabilité de trouver le système
dans un état donné ne change pas quand on permute le rôle de deux En écrivant l’équation de Schrödinger correspondante au coor-
quelconques de ces particules. On notera que la propriété d’indis- données polaires habituelles (r, θ, ϕ), on trouve que celle-ci se sépare
cernabilité des électrons concerne aussi les variables de spin : l’état en trois équations différentielles, portant uniquement sur l’une des
obtenu en affectant à l’électron 2 les coordonnées de l’électron 1 coordonnées r, θ ou ϕ. Ainsi, on est amené à chercher une fonction
avec son spin, et vice versa, est indiscernable de l’état initial. Si l’on d’onde ψ (r, θ, ϕ) sous la forme d’un produit :
désigne par ψ’ la fonction d’onde totale du système après permu- ψ (r, θ, ϕ) = R (r) Θ (θ) Φ(ϕ)
tation, on doit donc avoir :
2 2 Les conditions mathématiques imposées aux fonctions d’onde ψ
ψ′ = ψ imposent aux fonctions R, Θ, Φ des restrictions qui introduisent la
notion de nombres quantiques. La fonction Φ fait intervenir le
d’où ψ’ = ± ψ
nombre quantique magnétique m, ainsi appelé parce qu’il intervient
D’après leurs propriétés physiques, les particules élémentaires se dans les expériences mettant en jeu des champs magnétiques. La
classent en deux catégories, celles pour lesquelles on a ψ’ = + ψ : les fonction Θ introduit le nombre quantique du moment cinétique
bosons et celles pour lesquelles on a ψ’ = – ψ : les fermions (cas des orbital I et dépend de I et de m . La fonction R introduit le nombre
électrons pour lesquels on parle d’antisymétrie : la fonction d’onde quantique principal n et dépend de n et de I.
totale d’un système d’électrons est antisymétrique par rapport à Une fonction ψnlm peut donc s’écrire :
l’échange de deux électrons).
Cette caractéristique est importante car elle conduit au principe ψ nlm = R nl ( r ) Θ l m ( θ ) Φm ( ϕ )
d’exclusion de Pauli (1925), explicité à propos du remplissage des
couches atomiques et des orbitales moléculaires [1], [4]. L’énergie E ne dépend que du nombre quantique principal n et
l’on a :
4
2.1.3 Équation de Schrödinger me ( e ) Z
2
E ( n ) = – --------------------------------------
2 2 2
- --------
2
-
32 π { ε 0 hc n
La mécanique quantique permet de construire une théorie de la
mesure selon laquelle le résultat de toute expérience physique sur avec me = 0,91 × 10–30 kg masse de l’électron,
des particules élémentaires peut être prévu à l’aide de la fonction e = 1,602 × 10–19 C charge élémentaire
d’onde ψ représentant le système étudié. Le problème essentiel est ou charge de l’électron,
donc de disposer de l’équation mathématique qui définit ψ ; la
réponse à ce problème est l’équation de Schrödinger (1926) : pour h = 6,626 × 10–34 J · s constante de Planck,
un système dans un état stationnaire, représenté par une fonction { = h/2π = 1,054 6 × 10–34 J · s constante réduite
d’onde ne dépendant pas du temps, il faut chercher les solutions de Planck,
de l’équation : ε0 = 8,854 × 10–12 F/m permittivité du vide,
ψ=Eψ (3)
c = 3,000 × 108 m/s célérité de la lumière.
dans laquelle, pour un atome ou une molécule, la constante E Cette formule donnant l’énergie est identique à celle déduite, dans
contenue dans cette équation est l’énergie du système de noyaux le cas Z = 1, du modèle de l’atome de Bohr.
et d’électrons étudiés, les noyaux étant supposés fixes (on dit alors
De cette expression, on peut déduire une valeur théorique de la
que l’on est dans le cadre de l’approximation de Born-Oppenheimer)
constante de Rydberg R ∞ :
et la lettre représente un opérateur appelé hamiltonien, qui définit
les conditions mécaniques du mouvement : énergie cinétique des 4
électrons et énergie potentielle provenant de l’attraction des me ( e ) –1
R ∞ = ---------------------------------
2 2 2
- = 109 737,3 cm
électrons par les noyaux et de la répulsion électrostatique des 32π { ε 0 hc
électrons entre eux ou des noyaux entre eux.
L’équation de Schrödinger est une équation aux dérivées valeur assez voisine de la valeur expérimentale mesurée par
partielles, faisant intervenir les coordonnées de toutes les particules spectrométrie :
du système. Les solutions sont les fonctions ψ(x, y, z) qui satisfont Rexp = 109 677,76 cm–1
l’équation. Cette équation n’a de solutions que pour des valeurs bien
définies de la constante E qui seront les valeurs de l’énergie des Remarque : la constante de Rydberg est habituellement exprimée en cm–1 qui n’est pas
différents états possibles. une unité d’énergie dans le système international SI. On rappelle que 1 000 cm–1 corres-
pondent à 11,96 kJ · mol–1 (§ 1.1.3).
Dans la majorité des cas, on doit se contenter de solutions
obtenues après diverses approximations. Celles-ci constituent ce Par la résolution mathématique des équations différentielles
que l’on appelle les méthodes de la chimie quantique (méthode des obtenues en coordonnées polaires, on obtient les conditions
orbitales moléculaires, méthode des liaisons de valence), méthodes suivantes que doivent vérifier les nombres quantiques :
qui utilisent largement les résultats obtenus pour l’atome d’hydro- • n entier positif ;
gène. • l entier positif variant de 0 à (n – 1), soit : l = 0,1, ..., (n – 1) ;
• m entier variant de – l à + I, soit : m = – l, ..., 0, ..., + l.
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La fonction ψ1s est indépendante de θ et de ϕ : la fonction ψ est Figure 4 – Fonction 1s de l’atome d’hydrogène
donc de symétrie sphérique. La figure 4 donne une représentation
géométrique de la distribution électronique dans l’état 1s de l’atome
d’hydrogène.
Dans le cas des fonctions 2p, la figure 5 montre la dépendance
angulaire des fonctions ψ et ψ2 pour les orbitales p en donnant la
section droite, par un plan méridien, des surfaces correspondantes.
On voit sur cette figure 5 que la section droite traduisant les varia-
tions de Θ2 Φ2 est différente de la section droite traduisant les varia-
tions Θ Φ. On trouve parfois les signes + et – portés sur les sections 2 2
Figure 5 – Sections méridiennes des fonctions et
droites correspondant à la variation de Θ2 Φ2. Il ne faut pas oublier
des fonctions 2p
que ces signes traduisent les propriétés de symétrie de ψ et non
de ψ2.
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Ainsi, dans la molécule, l’électron peut être décrit par une fonc- l’énergie trouvée est :
tion d’onde moléculaire ayant la forme d’une combinaison linéaire
des deux fonctions atomiques ϕ1 et ϕ2 . L’orbitale moléculaire E – = 11 – 12
s’exprime par la fonction mono-électronique approchée :
D’après le signe des intégrales, E+ correspond à une énergie plus
ψ (x, y, z) = c1ϕ1 + c2 ϕ2 basse que celle (E0) des fragments séparés : atome d’hydrogène libre
et ion H+. L’orbitale moléculaire ψ+ est une orbitale liante et décrit
où c1 et c2 sont des coefficients numériques. l’état stable du système mono-électronique, c’est-à-dire l’état
Dans le cas de l’ion H2+, les deux atomes H1 et H2 sont identiques, fondamental. L’énergie E– correspond à une énergie supérieure à
la densité électronique doit donc être symétrique par rapport à H1 celle de l’atome d’hydrogène ; la fonction ψ– est une orbitale anti-
2 2
liante et définit un état excité du système. Ce dédoublement du
et H2 , donc c 1 = c 2 ; la fonction d’onde moléculaire de l’électron niveau en une orbitale liante et une orbitale antiliante est caractéris-
est : tique de la formation d’une liaison chimique effective entre les deux
noyaux, ce qu’illustre la figure 8.
1
ψ ( x, y, z ) = ---------- ( ϕ 1 ± ϕ 2 ) Si l’intégrale de recouvrement S n’est pas négligée, la disposi-
2
tion symétrique des deux orbitales par rapport à la valeur E0 n’est
en négligeant l’intégrale : pas conservée.
La courbe de variation des énergies E+ et E– avec la distance inter-
S = ϕ*1 ( ν ) ϕ2 ( ν ) dv ( ν ) atomique r12 indique que seul l’état ψ+ correspond à un arrangement
stable du système ; l’état ψ– est un état répulsif quelle que soit la
avec ν coordonnées de l’électron qui apparaît lorsque l’on norma- distance des noyaux (figure 9).
lise la fonction d’onde. L’énergie de l’état stable est de 0,9 eV (87 kJ · mol–1) pour une
Cette intégrale, appelée intégrale de recouvrement, est toujours distance d’équilibre de 1,30 Å. Les valeurs expérimentales sont de
inférieure à l’unité. 2,6 eV (251 kJ · mol–1) et 1,06 Å. Bien que quantitativement peu
Si l’on ne néglige pas le recouvrement, la fonction d’onde molé- satisfaisante, la méthode LCAO-MO fournit l’ordre de grandeur des
culaire s’écrit : caractéristiques et une bonne représentation qualitative de la
liaison mono-électronique ; par exemple, les courbes de densité
1 totale et d’isodensité électroniques sont analogues à celles des
ψ ( x, y, z ) = --------------------------------- ( ϕ 1 ± ϕ 2 )
2(1 ± S ) figures 6 et 7.
De même, pour l’état représenté par la fonction antisymétrique : Figure 9 – Variation de l’énergie dans H2+ à l’état fondamental
et à l’état excité
1
ψ – = ----------- ( ϕ 1 – ϕ 2 )
2
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3.3.2.1 Orbitales moléculaires Le recouvrement est identique pour les orbitales atomiques 2px
et 2py . Il y a donc formation de deux OM liantes π x et π y dégé-
Ces orbitales sont formées par la combinaison linéaire des orbi-
nérées, c’est-à-dire de même énergie ; de même, les OM antiliantes
tales atomiques possédant la symétrie de révolution autour de l’axe
π *x et π *y sont dégénérées.
Oz de la molécule, par exemple : s, pz .
Dans les molécules où les niveaux d’énergie ns et np sont peu
Le recouvrement est dit axial, c’est-à-dire de révolution autour
séparés, les orbitales σ peuvent être formées de la combinaison
de Oz. L’orbitale σ est également de symétrie axiale.
simultanée, pour chaque atome, des OA 2s et 2pz . Cela peut modifier
La figure 11 donne la forme de ces orbitales liante σ z et antiliante
l’ordre des OM σ z et σ *z d’une part, π x , π y et π *x , π *y d’autre part.
σ *z
pour des liaisons formées par le recouvrement des deux orbitales
pz dans une molécule homonucléaire diatomique A1 –A2 .
Les orbitales σ z et σ *z , si l’on ne tient pas compte du recouvre-
ment, s’écrivent :
1
---------- [ 2p z ( A 1 ) + 2p z ( A 2 ) ] pour σ z
2
1
et ---------- [ 2p z ( A 1 ) – 2p z ( A 2 ) ] pour σ *z
2
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3.4 Étude qualitative des molécules Le nombre NL de liaisons effectives entre les deux atomes est
évalué d’après le nombre n d’électrons occupant les orbitales
homonucléaires A1A2 liantes et le nombre n* d’électrons occupant les orbitales
antiliantes :
3.4.1 Schéma des orbitales moléculaires 1
N L = ----- ( n – n∗ )
2
Les électrons des couches internes peuvent être, en première
approximation, considérés comme suffisamment près du noyau de Notons que les paires libres d’électrons ne sont pas comptées.
l’atome pour ne pas être affectés par les autres atomes et par la
formation de la liaison chimique. Exemple : la molécule He2 est décrite par la configuration ( σ ) 2
Ainsi, on peut admettre que seules entrent dans la formation des 1
(σ*)2, le nombre de liaisons est : N L = ----- ( 2 – 2 ) = 0 .
orbitales moléculaires les orbitales atomiques de la couche de 2
nombre quantique principal le plus élevé pour chaque atome, Cette molécule n’est pas stable.
c’est-à-dire les orbitales atomiques des électrons de valence des
atomes. Les molécules du type He2 n’existent pas sauf dans des conditions
extrêmes (par exemple très fortes pressions) où seules les forces dites
Pour tracer le diagramme complet des OM (figure 14), il suffit de Van der Waals suffisent à maintenir les deux atomes ensemble.
d’ajouter à la figure 13 les OM construites à partir des orbitales
atomiques s de chaque atome A : soit une orbitale σ s et une orbitale
3.4.2 Étude des molécules de la deuxième période
σ *s . de la classification périodique des éléments
La configuration électronique d’une molécule s’obtient, comme
pour les atomes polyélectroniques dans l’approximation mono- En se reportant à la figure 11, on voit que, par symétrie par rapport
électronique, en remplissant les OM à partir de celles d’énergie la
au centre de la molécule, l’orbitale σ z est inchangée tandis que l’orbi-
plus basse, de façon à satisfaire au principe d’exclusion de Pauli et
à la règle de Hund. tale σ *z a changé de signe.
On désignera par la suite les orbitales σ z et σ *z par les symboles
σg (2pz ) et σu (2pz ), la lettre g (gerade) pour indiquer que la fonction
se conserve par symétrie par rapport au centre, la lettre u (ungerade)
pour la fonction changeant de signe dans cette symétrie.
De même, les orbitales π x et π *x , si l’on ne tient pas compte du
recouvrement, s’écrivent :
1
---------- [ 2p x ( A 1 ) + 2p x ( A 2 ) ] pour π x
2
1
et ---------- [ 2p x ( A 1 ) – 2p x ( A 2 ) ] pour π x*
2
En se reportant à la figure 12, on voit que l’on peut désigner les
orbitales π x et π *x par les symboles πu (2px ) et πg (2px ).
Le passage de l’hélium au lithium s’accompagne de l’addition d’un
électron. La configuration électronique de la molécule Li2 est ainsi
σg (1s)2 σu (1s) 2 σg (2s)2 . Lors du passage de Li2 à Be2 , le problème
est de savoir si le niveau suivant est de type πu (2p) (liant) ou σu (2s)
(antiliant ). Le fait que la molécule Be2 n’ait pas été observée conduit
à penser que le nombre NL est égal à zéro et qu’ainsi la configuration
électronique de Be2 est :
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conjugués Eπ = ∑ ei
i=1
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Le problème revient à déterminer les coefficients Cir et les niveaux 4.1.4 Étude du butadiène
d’énergie ei .
Si l’on note : Le butadiène (CH 2 CH — CH CH 2 ) existe sous les formes
s-cis et s-trans, mais dans la théorie de Hückel la plus simple, il n’y
H rs = χ*r ′π χs dv a pas de différence entre l’énergie des deux formes puisque l’on
néglige les interactions entre atomes non voisins. Pour la suite du
calcul, nous allons supposer la molécule linéaire et désigner par 1,
S =
rs
χ*r χs dv 2, 3 et 4 les quatre atomes de carbone.
Les quatre racines e1 ,..., e4 de l’équation caractéristique sont,
par ordre d’énergie croissante :
on peut montrer que l’on a :
e1 = α + 1,618 β
Hrs = Hsr et Srs = Ssr
e2 = α + 0,618 β
que les valeurs minimales de l’énergie sont celles qui rendent le
déterminant H rs – e S rs nul, r et s variant de 1 à p e3 = α – 0,618 β
que les coefficients des orbitales moléculaires pour une valeur e de e4 = α – 1,618 β
l’énergie sont donnés par l’équation :
L’énergie E π des quatre électrons π qui occupent les deux orbitales
∑ Cs ( Hrs – e Srs ) = 0 (4) les plus stables, d’énergies e1 et e2 , est alors :
s Eπ = 4 α + 4,472 β
On obtient ainsi p équations linéaires puisque r varie de 1 à p. L’énergie de deux électrons π dans une double liaison éthylénique
Dans l’approximation la plus simple de la méthode de Hückel est : 2α + 2β ; on voit donc que l’énergie des quatre électrons du
appliquée aux polyènes conjugués, on fait les simplifications butadiène est supérieure, en valeur absolue, à celle de ces quatre
suivantes : électrons s’ils étaient localisés dans deux doubles liaisons éthylé-
— tous les Hrr sont égaux à une même quantité α, l’intégrale niques isolées.
coulombienne ; L’énergie ainsi calculée est égale à l’énergie qui serait libérée si
— tous les Hrs sont égaux à une quantité β, l’intégrale de réso- les deux paires d’électrons supposées localisées sur les doubles
nance, si r et s désignent des atomes liés dans la molécule, et égaux liaisons étaient délocalisées sur toute la molécule. Cette énergie,
à zéro si r et s ne sont pas liés ; appelée énergie de délocalisation, vaut 0,472β dans la molécule du
— tous les Srr sont égaux à 1 si r = s ; butadiène.
— tous les Srs sont égaux à 0 si r ≠ s . À l’aide des valeurs de l’énergie ainsi déterminées, on peut
calculer, tout comme dans l’éthylène, les coefficients des orbitales
moléculaires. L’expression des deux orbitales moléculaires
4.1.3 Exemple de l’éthylène occupées, dans l’état fondamental, est donnée dans le tableau 7.
(0)
On trouve par le calcul deux niveaux d’énergie :
e1 = α + β et e2 = α – β Tableau 7 – Orbitales moléculaires 1 et 2 du butadiène
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