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Disponibilité de l'uranium pour le nucléaire

Réservé uranium.

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Disponibilité de l'uranium pour le nucléaire

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Y aura-t-il assez d’uranium ?

Dans le point de vue 27 et la pièce jointe [Link] on envisage la mise en


œuvre d’une puissance de 20 000 GW de nucléaire (50 fois plus que la puissance mondiale
actuelle). Y aura-t-il suffisamment de matière fissile disponible pour assurer le fonctionnement
d’une telle puissance ?

Les besoins actuels en uranium


Il y a lieu, tout d'abord, de rappeler les besoins en uranium. Un réacteur REP utilisant de l'uranium
enrichi à 3,5% consomme environ 30 tonnes de combustible par an. Dans l'uranium naturel,
l'uranium 235 est présent à la concentration de 0,7%, soit 5 fois moins que dans l'uranium enrichi. Il
s'ensuit que la consommation annuelle d'uranium naturel minimale (sans pertes) serait de 150
tonnes par an pour une réacteur de 1 GWe produisant environ 7 Twh/an, pour un taux de
disponibilité de 80%. La production mondiale totale des réacteurs nucléaires est de 2608 TWh pour
une puissance installée de 372 GWe (taux de disponibilité moyen de 80% également) qui
correspondrait à une consommation de 56000 tonnes d'uranium. En réalité, la consommation est
plus proche de 65000 tonnes du fait de pertes au cours de la fabrication du combustible, et, tout
particulièrement au cours de l'enrichissement : en effet, au cours de cette opération, la production
d'uranium enrichi à 3,5% est accompagnée de celle d'uranium appauvri à 0,2% d'uranium enrichi.
Inversement, un certain nombre de réacteurs sont, au moins en partie, chargés avec des
combustibles MOx, qui permettent d'améliorer l'utilisation de l'uranium. Il s'ensuit que la quantité
d'uranium naturel consommé annuellement est de l'ordre de 175 tonnes par GWe et par an, soit
65000 tonnes annuelles pour l'ensemble mondial de réacteurs.
La quantité d'uranium extraite des mines est notablement inférieure à cette consommation. En effet,
un certain nombre de « sources secondaires » ont été disponibles au cours des récentes années. En
2005, ces « sources secondaires » représentaient près de 40% de l'offre. Elles sont constituées de
l'uranium militaire enrichi à 90%, dont la disponibilité résulte des accords de désarmement entre
USA et Russie, d'uranium appauvri provenant des usines d'enrichissement et d'uranium provenant
des usines de retraitement; dans les deux derniers cas, il y a ré-enrichissement de l'uranium
secondaire, alors que,dans le premier cas, c'est de dilution qu'il s'agit.
 En 1987, un accord entre les USA et l'URSS engageait les deux parties à diminuer de 80%
leur arsenal nucléaire. Le tonnage d'uranium enrichi immobilisé dans les arsenaux américains et
russes atteint 2000 tonnes ([Link]
équivalentes à la quantité d'235U présente dans 285000 tonnes d'uranium naturel. La dilution de
l'uranium militaire très enrichi se fait actuellement à un rythme annuel correspondant à 9000 tonnes
d'uranium naturel, soit environ 14% de la demande.
 Environ 90000 tonnes de combustibles usés sur un total de 280000 ont été retraités. En
principe, l'uranium de retraitement correspondant pourrait être ré-enrichi. Dans la pratique, seules
25000 tonnes l'ont été, dont 16000 au Royaume-Uni, et 8000 en France. Ces derniers permettent
d'alimenter quelques réacteurs REP.
 L'uranium appauvri provenant des usines d'enrichissement contient encore environ 0,2%
235
d' U. On peut le ramener à environ 0,1% par un enrichissement supplémentaire.
 Finalement une production supérieure à la demande ayant eu lieu avant 1990, des stocks ont
été constitués dont le dé-stockage a contribué à l'approvisionnement des dernières années.

Les réserves « classiques » d'uranium

Etant donné un rendement de conversion de la chaleur en électricité de 33%, un réacteur nucléaire


produisant 7 TWhe par an consomme 21 TWh de chaleur qui pourraient être également produits par
la combustion de 1,8 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep).
Cette équivalence permet de calculer le prix de l'énergie contenue dans l'uranium naturel. Le prix
actuel de l'uranium naturel est aux environs de 50$/livre d'oxyde d'uranium U3O8, soit environ 94
$/kg d'uranium ou 70 €/kg d'uranium. Le contenu énergétique du kg d'uranium vaut
1800000/175000=10,3 tep. En retenant un prix du pétrole de 50$/bl soit 233€/tonne, on voit que le
contenu énergétique du kg d'uranium, s'il était payé au prix de celui du pétrole, vaudrait 2400 € au
lieu de 70. Ce petit calcul montre à quel point l'énergie contenue dans l'uranium est bon marché.
Une autre façon de montrer que le prix de l'uranium a peu d'influence sur les prix du kWh nucléaire
est de calculer directement sa part dans ce dernier. Les 175 tonnes d'uranium consommés
annuellement pour produire 7 TWe coûtent 12,25 M€. En admettant un prix du kWh de 3 centimes
d'euros, le prix de vente de la production annuelle du réacteur est d'environ 210 M€ . Le coût du
combustible ne représente donc que 6% du prix de vente. Un doublement du prix de l'uranium ne
ferait donc qu'augmenter de 6% le prix de l'électricité nucléaire en sortie de centrale.
Il y a donc un certain arbitraire dans l'évaluation des réserves d'uranium à un prix donné,
généralement 130 $/kgU. A ce prix, le détail régional des réserves prouvées est donné dans le
Tableau 1 pour un total mondial de 4,7 Millions de tonnes.
Au rythme actuel de la consommation, on voit que les réserves s'épuiseraient en 72 ans. Ceci est
manifestement trop court, d'autant qu'on envisage une développement important du nucléaire. En
réalité, la NEA (Nuclear Energy Agency ou Agence de l'Energie Nucléaire) estime que les
ressources ultimes « classiques » pourraient atteindre 16 millions de tonnes, soit 250 ans de
consommation au taux actuel. Les ressources supplémentaires non conventionnelles sont
constituées, entre autres, par l'uranium des phosphates et par l'uranium dissout dans les océans.
tonnes U % of world
Australie 1,143,000 24%
Kazakhstan 816,000 17%
Canada 444,000 9%
USA 342,000 7%
Afrique du Sud 341,000 7%
Namibie 282,000 6%
Brésil 279,000 6%
Niger 225,000 5%
Russie 172,000 4%
Ouzbekistan 116,000 2%
Ukraine 90,000 2%
Jordanie 79,000 2%
Inde 67,000 1%
Chine 60,000 1%
Autre 287,000 6%
Monde total 4,743,000
Tableau 1
Ressources prouvées ou très probables d'uranium au prix de 130 $/kg

L'uranium des phosphates

L'Agence de l'Energie Nucléaire estime que 22 millions de tonnes d'uranium pourraient être
récupérés dans les phosphates. Ce chiffre mérite discussion. Actuellement, environ 150 millions de
tonnes de phosphates sont extraits dans le monde, essentiellement pour fabriquer des engrais. La
concentration en uranium dans ces phosphates est, en moyenne, de 0,01%. En principe, il serait
donc possible de produire 15000 tonnes d'uranium comme sous-produit de l'industrie des
phosphates. AREVA négocie un accord avec le Maroc dans ce sens. En réalité, il est probable que la
quantité d'uranium récupérable comme sous-produit serait 3 à 4 fois moins importante, toutes les
formes de phosphates ne se prêtant pas à un traitement simple. Serait-il envisageable de traiter les
phosphates à seule fin d'en extraire l'uranium? Le prix de la tonne de phosphates a beaucoup évolué
au cours de la dernière période, passant de 60 $/tonne en 2006 à 400 $/tonne en 2008 pour
redescendre aux environs de 100 $/tonne en 2009. On peut sans doute considérer que les 100
$/tonne est un chiffre proche du coût de revient. Dans ces conditions, on voit que le kg d'uranium
atteindrait au moins 1000 $ (puisqu'il faut 10 tonnes de phosphates pour obtenir 1 kg d'uranium) si
l'on devait extraire les phosphates spécifiquement pour en tirer l'uranium.
Les réserves mondiales de phosphates sont estimées à 20 milliards de tonnes. Avec la concentration
moyenne de 0,01%, on ne devrait guère compter, dans le meilleur des cas que sur 2 millions de
tonnes d'uranium. Le chiffre de 20 millions de tonnes cité par l'AIEA est donc surprenant. Quoiqu'il
en soit, on voit que le critère des réserves n'est pas le seul à prendre en compte. Tout aussi important
est celui de la capacité productive annuelle. Par exemple, pouvoir produire annuellement 12000
tonnes d'uranium pendant 400 ans (réserves de 4,8 Mt) n'est pas équivalent à la possibilité de
produire 120000 tonnes pendant 40 ans (4,8 Mt). Dans ce dernier cas, on pourra faire face aux
besoins d'un parc de réacteurs trois fois plus important que le parc actuel pendant 40 ans, le temps
nécessaire pour passer à la surgénération. Dans le premier cas, l'apport supplémentaire aux 65000
tonnes d'uranium extraits annuellement resterait modeste.

L'uranium des océans

Il existe des quantités considérables d'uranium dissout dans l'océan. Alors que la concentration
moyenne de l'uranium dans la croûte terrestre est de 3 grammes par tonne, elle n'est que de 3
mg/tonne d'eau de mer, mais, compte tenu de l'énorme volume de l'océan (4 1018 m3) la quantité
d'uranium qui s'y trouve est de 4,5 milliards de tonnes. En admettant qu'on puisse collecter
l'uranium d'un courant marin avec une efficacité de 100%, on voit que pour collecter suffisamment
d'uranium pour faire fonctionner une réacteur REP de 1 GWe pendant 1 an, il faudrait traiter
environ 51 milliards de tonnes d'eau de mer, soit environ 1600 m3/s. Dans un courant de 1m/s, il
s'agit donc d'intercepter une surface de 100 m de large et de 16 m de profondeur.
● Le premier concept d'une usine de séparation de l'uranium de l'eau de mer est dû à un
travail pionnier des Anglais. Ils proposaient d'utiliser la marée. L'usine proposée utilisait une
digue de 20 km de long laissant passer l'eau de mer qui devait traverser une batterie de 48 filtres
d'hydroxyde de titane fixant l'uranium avec beaucoup d'efficacité. Chaque filtre était parcouru
par un flux moyen de 466000 m3/h . Le flux total était donc de 6200 m3/s. La production prévue
de l'usine était de 666 tonnes U/an, en supposant une efficacité de 100%.Ces chiffres sont en
accord qualitatif avec notre estimation ci-dessus. Une efficacité de 50% serait sans doute plus
réaliste.
Pour produire 100000 tonnes d'uranium par an, on voit donc qu'il faudrait environ
deux à trois centaines de telles usines. Pour chaque usine on peut calculer que la surface du
bassin serait de l'ordre de 60 km2. Chaque usine, permet de fournir environ 3 réacteurs de
1GWe. Pour produire une telle énergie avec des cellules solaires il faudrait environ 100 km2, et
trois fois plus avec des éoliennes. Ces chiffres ne sont pas exorbitants: l'usine de la Rance ,
pour une digue de 700 m, stocke à chaque marée 360 millions de m3, soit un débit moyen de 36
millions de m3/h. On voit que les débits considérés pour l'usine sont de deux ordres de grandeur
plus petits malgré une digue de 20 km.
Le coût de l'extraction de l'uranium par cette technique a été estimé à environ
1000$/kg en 1981 ([Link], [Link], H. Wolfgang Levi, « Nuclear
Chemical Engineering » Mac Graw Hill Series in Nuclear Engineering 1981,
p.263 ) .
Une autre technique a été récemment proposée par des chercheurs japonais ([Link]
[Link]/fukyu/mirai-en/2006/4_5.html
Tamada M. et al., Cost Estimation of uranium Recovery from Seawater with System of
Braid type Adsorbent, Nippon Genshiryoku Gakkai Wabun Ronbunshi. Vol.5, No.4 2006, p.358-
363(in Japanese). . Il s'agit de capturer l'uraniumuranium avec des tissus organiques tressés. Une
expérience pilote a permis l'évaluation du procédé : une membrane capable d'absorber 4 g
d'uranium par kg était immergé pendant 60 jours et la procédure itérée 18 fois. Dans ces
conditions, le coût d'extraction est estimée à 175 €/kg d'uranium. Cette performance
serait obtenue pour la collecte de 1200 tU/an, soit de quoi alimenter 6 réacteurs. L'investissement
initial serait de 750 millions d'euros.
Le « Kouroshio », un puissant courant longeant les côtes du Japon, charrie 5,2
millions de tonnes d'uranium chaque année, dissoutes dans 1,6 1015 tonnes
d'eau. Il suffirait d'adsorber 0,2% de cet uranium pour alimenter les réacteurs
japonais. La vitesse du courant est de l'ordre de 1,7 m/s.
En France, on pourrait envisager d'installer des membranes sur le site du Raz
Blanchard, caractérisé par des vitesses de courant de l'ordre de 5 m/s. Pour
alimenter un réacteur, il faudrait (en supposant 100% d'efficacité de capture de
l'uranium) une surface de 20x16 m2. Il est amusant de comparer l'énergie
mécanique présente dans le courant (projets d'hydroliennes d'EDF) avec celle qui
pourrait être extraite de l'uranium dissout, en utilisant la technique actuelle des
réacteurs à eau. La puissance portée par le courant est de 20 kW, alors que la
puissance électrique du réacteur alimenté par l'uranium capturé serait de 1 million
de kW. Cet exemple illustre la différence de densité de puissance entre l'énergie
nucléaire et les énergies renouvelables.

Une question de prix...

Le prix de l'uranium a fortement varié au cours des années récentes, comme on peut le voir sur la
Figure 1 . Si une tendance à la hausse sur le long terme est sans doute présente, il est probable que
le pic observé en 2007 a des causes spéculatives. Il faut noter que la hausse des prix a entraîné un
fort développement dans les activités d'exploration ainsi que dans la mise en exploitation de
nouvelles mines.

Vers une pénurie d'uranium?

Il apparaît qu'une pénurie d'uranium ne menace pas si on admet un maintien de la production


d'électricité nucléaire peu ou prou au niveau actuel. Mais là est précisément la question. Rappelons
que la production d'électricité nucléaire mondiale atteint environ 2600 TWh par an, soit environ
15% de la production totale de 19000 TWh (en 2006). Il est généralement admis que la production
d'électricité mondiale devrait plus que doubler d'ici 2050. Par ailleurs si l'électricité nucléaire doit
être une arme efficace contre les réchauffement climatique, il faudrait que sa part dans la production
d'électricité atteigne au moins 30%. Ce qui correspond à une multiplication par 4 ou 5 au moins de
la production nucléaire. Avec la technologie actuelle des réacteurs la consommation annuelle
atteindrait 300000 tonnes d'uranium. Même en retenant une valeur des réserves de 16 millions de
tonnes, la durée de fonctionnement du parc ne serait pas assuré au delà de 50 ans. L'utilisation de
l'uranium des phosphates ne modifierait pas significativement cette perspective. La possibilité
d'extraire l'uranium de l'eau de mer, si les résultats annoncés par les chercheurs japonais sont
confirmés, l'améliorerait considérablement, à condition qu'un nombre suffisant de sites soit
disponible.

Figure 1
Evolution des prix de l’uranium de 2003 à 2009

Amélioration de l’utilisation du combustible nucléaire

Rappelons que l'uranium 235 n'est présent qu'à 0,7% dans l'uranium et que c'est le seul noyau
fissile qu'on puisse trouver dans la nature. Cette dernière nous fournit également deux noyaux
fertiles qui sont l'uranium 238 et le thorium 232. Par capture neutronique l'238U donne du 239Pu
et le 232Th du 233U qui sont tous deux fissiles. L'amélioration de l'utilisation du combustible consiste
à produire puis fissionner ces deux noyaux.
La régénération ou surgénération s'effectue dans des réacteurs où les couples fissile-fertile sont
soit le couple 239Pu- 238U, soit 233U- 232Th. On dit qu'il y a régénération lorsque chaque noyau
fissile qui disparaît est remplacé par un autre et par la disparition concomitante d'un noyau fertile.
Dans le cas de la surgénération chaque noyau fissile qui disparaît est remplacé par plus d'un noyau
fissile.

Nous avons vu qu'un parc de 1500 GWe de réacteurs de type REP (ou REB) conduirait à une
consommation de 300000 tonnes d'uranium et, éventuellement, à l'épuisement des réserves au bout
de 50 ans. La question est donc de savoir si le parc de 1500 GWe de réacteurs « classiques » peut
être remplacé par un parc équivalent de RNR en temps utile. Chaque année, un REP produit
environ 250 kg de plutonium. Au bout de 50 ans, il aura donc produit 12,5 tonnes de plutonium. Le
coeur d'un RNR de 1GWe contient entre 5 et 7 tonnes de plutonium, selon que celui-ci provient du
retraitement de combustibles UOx ou MOx. Avec les techniques de retraitement actuelles, on
considère qu'il doit y avoir autant de plutonium dans le cycle de retraitement que dans le coeur du
réacteur. Dans ces conditions, on voit qu'il faut, en réalité entre 10 et 14 tonnes de plutonium pour
chaque RNR. Le remplacement de 1500 REP par 1500 RNR devrait donc être possible mais
difficile dans l'état présent des techniques.
Des progrès sur le retraitement des combustibles usés permettraient de réduire significativement le
temps séparant l'extraction du combustible et la réutilisation du plutonium et, donc, d'accélérer le
déploiement des RNR. Par exemple, un retraitement au bout d'une année, probablement possible en
remplaçant le procédé de dissolution dans un liquide organique (TBP) par un procédé pyro-
chimique, permettrait de limiter la quantité de plutonium nécessaire au démarrage d'un RNR à 7
tonnes. Les 1500 REP qui auraient produit près de 19000 tonnes de plutonium permettraient la
mise en oeuvre de 2600 RNR.
Les développements qui précèdent sont ultra schématiques dans la mesure où ils supposent que les
RNR remplacent les REP après que ceux-ci soient venus en fin de vie, au bout de 50 ans. En
réalité, il y aura coexistence des deux parcs, ce qui permettra de profiter de la production de
plutonium par les RNR, en même temps que de celle des REP. Un exemple de calcul de la
transition REP-RNR1 est montré sur la Figure 2. Dans ce cas, on avait choisi un inventaire de 5
tonnes de plutonium pour un RNR de 1 GWe (temps de refroidissement très optimiste de 1 an). Le
démarrage du parc RNR se situait en 2030. La durée de vie des REP était supposée égale à 40 ans.
La consommation d'uranium naturel atteignait 16 millions de tonnes après fermeture de tous les
REP. On peut donc considérer le calcul de la Figure 2 comme une limite optimiste de déploiement
d'un parc RNR. Tout retard dans sa mise en oeuvre, toute augmentation du temps de
refroidissement des combustibles usés, serait pénalisant.

1
[Link] et al., L’énergie nucléaire peut elle stabiliser la concentration des gaz a effet de serre?
Revue de l’Energie 531(2001) p.575
Nombre de Gwe (REP et RNR U-Pu) en fonction du temps

Nombre total de GWe


20000
Nombre de Gwe REP
18000 Nombre de Gwe RNR U-Pu

16000
Nombre de Gwe

14000

12000

10000

8000

6000

4000

2000

0
2000 2010 2020 2030 2040 2050 2060 2070 2080 2090 2100

Années

Figure 2
Nombre de GWe produits par le cycle U-Pu en fonction du temps.
([Link] et al., L’énergie nucléaire peut elle stabiliser la concentration des gaz a
effet de serre? Revue de l’Energie 531(2001) p.575)

L'utilisation des RNR change complètement la donne en ce qui concerne les réserves d'uranium. Au
lieu des 175 à 200 tonnes d'uranium par an nécessaires pour faire fonctionner un réacteur de 1 GWe,
il suffit de 1 tonne. Ainsi, l'extraction de l'uranium marin d'un débit de 500 m3/s (100 m2 dans le
cas du Raz Blanchard) permettrait de faire fonctionner tout le parc de réacteurs français pendant un
an.
Les fleuves amènent chaque année environ 20000 tonnes d'uranium à la mer. Il s'ensuit que, aussi
longtemps que la puissance d'un parc de RNR ne dépasserait pas 20000 GWe et que l'uranium
nécessaire serait extrait des océans, l'énergie de fission pourrait être considérée comme
authentiquement renouvelable puisqu'elle pourrait durer aussi longtemps que les fleuves
couleraient.
Par ailleurs, les stocks d'uranium appauvri ou d'uranium de retraitement trouverait une application
immédiate. Chaque année, 50000 tonnes d'uranium appauvri rejoignent le quelque million de tonnes
déjà stockées. Ce million de tonnes d'uranium appauvri serait suffisant pour assurer le
fonctionnement de 10000 RNR pendant 100 ans. L'extraction des 16 millions de tonnes de réserve
assurerait le fonctionnement de ce parc pendant 1600 ans!
On peut donc dire que la mise en oeuvre de la surgénération réglerait, en principe et pour
longtemps, la question énergétique mondiale.

Quels surgénérateurs?
Il existe plusieurs possibilités de réalisation d'un réacteur surgénérateurpassées en revue dans le
forum Génération IV: les réacteurs rapides refroidis au sodium liquide, les réacteurs rapides
refroidis par gaz, les réacteurs rapides refroidis au plomb liquide, des réacteurs dont le combustible
est sous forme de sels fondus et, éventuellement, des réacteurs refroidis avec de l'eau supercritique.
Nous allons décrire rapidement les avantages et inconvénients de ces différents types.
Les réacteurs refroidis au sodium liquide
Ces réacteurs sont les mieux connus. Après l'arrêt de Phénix et Super Phénix, la France ne dispose
plus directement de moyens d'études de cette filière. Les Russes disposent d'un RNR refroidi au
sodium liquide de 600 MWe (BN600) et en construisent un de 880 MWe (BN800). Les Japonais
devraient redémarrer prochainement leur Monju (280 MWe). L'Inde construit un RNR de 500
MWe avec le conseil de Georges Vendryes, le père du programme français de réacteurs à neutrons
rapides, peut être le français le plus populaire dans le sous continent. Le sodium a de nombreux
avantages :
• Il ne corrode pas les canalisations contrairement à l'eau utilisée dans les réacteurs
traditionnels dits "lents".
• Sa température de fusion est de 97°C, une température assez basse pour maintenir à l'état
liquide ce métal sans dépenser beaucoup d'énergie en cas d'arrêt du réacteur.
• La température d'ébullition du sodium est de 900°C ce qui, compte tenu du fait que la
température du réacteur à pleine puissance est de 560°C, confère à ce caloporteur une
grande inertie thermique, ce qui est un facteur de sécurité.
• La pression de travail du réacteur est faible.
• L'inertie thermique de la piscine de sodium (5000 tonnes pour Super Phénix) est
considérable
• En fonctionnement normal, les RNR sodium sont particulièrement stables et souples. Leur
coefficient de température est négatif.
Mais le sodium a aussi de sérieux désavantages :
• Il brûle spontanément au contact de l'air
• Il réagit avec l'eau en produisant de la soude et de l'hydrogène qui peut exploser violemment
au contact de l'oxygène.
• L'inspection du réacteur en marche est difficile malgré les progrès faits grâce aux techniques
ultrasoniques.
• En cas de vaporisation du sodium les neutrons sont moins ralentis et sont plus efficaces
pour produire des fissions, ce qui signifie que le coefficient de vide est généralement
positif.
Ces défauts des réacteurs refroidis au sodium ont incité à rechercher d'autres solutions.
Des réacteurs refroidis au plomb
Une des solutions explorées est de remplacer le sodium fondu par du plomb fondu. Les Russes ont
construit 7 sous marins équipés de réacteurs de 150 Mwth2 refroidis au plomb-bismuth (en fait par
un mélange plomb-bismuth(55,7%)) et envisagent la construction d'un réacteur de ce type (réacteur
BREST) d'une puissance de 300 MWe. Les réacteurs refroidis au plomb ont un coefficient de vide
négatif.
Les Japonais s'intéressent eux aussi aux réacteurs refroidis au plomb-bismuth. Si le plomb fondu ou
le mélange plomb-bismuth ne réagissent pas violemment avec l'oxygène ni avec l'eau, ils
corrodent fortement les métaux. Le plomb a un point de fusion élevé de 327 °C et l'eutectique (un
mélange homogène des deux métaux liquides qui minimise la température de fusion) plomb-
bismuth de seulement 123,5 °C. D'une façon générale l'eutectique plomb-bismuth est préféré; mais
le bismuth est beaucoup plus rare et cher que le plomb et un développement important dans cette
direction risque de se heurter à un problème de ressources. Par ailleurs, par capture neutronique, le
bismuth produit du polonium 210, un radioélément volatile extrêmement radiotoxique.

2
MWth=Méga Watt thermique. MWe=Méga Watt électrique
Des réacteurs refroidis au gaz
Une autre voie consiste à refroidir le réacteur avec un gaz sous pression, généralement de l'helium.
Ce concept est étudié par le CEA. Le problème majeur est, ici, de mettre au point des combustibles
céramiques à très haute température de fusion et qui ne ralentissent pas les neutrons. Il faut, en
effet, que la perte de refroidissement ne se traduise pas par la fusion du combustible et que les
pertes par radiation soient suffisantes pour évacuer la chaleur résiduelle du réacteur.

La voie du thorium
Pratiquement absent des océans, le thorium est environ 4 fois plus abondant dans la croûte terrestre
que l'uranium. Certains pays, comme l'Inde, ont de grandes réserves de thorium à forte
concentration. Au delà de quelques siècles la radio-toxicité des déchets nucléaires est dominée par
celle des noyaux lourds radioactifs alpha produits par des captures successives de neutrons par les
noyaux lourds du combustible nucléaire. Dans le cas des surgénérateurs utilisant le cycle uranium-
plutonium, ces deux derniers éléments sont complètement utilisés et ne concourent que très peu
(pertes de retraitement) à la radio-toxicité des déchets qui est, de ce fait, deux ordres de grandeur
plus faible que dans le cas des réacteurs REP classiques. En d’autres termes, à production d’énergie
égale, les besoins de stockage géologique seront près de 100 fois plus faibles pour un ensemble de
surgénérateurs uranium-plutonium que dans la pratique actuelle. L’utilisation du cycle thorium-
uranium est encore plus favorable de ce point de vue, car le thorium 232 ayant un nombre de masse
de six unités inférieur à celui de l’uranium 238, la production des actinides mineurs (Neptunium,
Américium, Curium), à l’origine de l’essentiel de la radiotoxicité des déchets du cycle uranium-
plutonium, est fortement réduite. La Figure 3 montre que la radiotoxicité des déchets du cycle
thorium-uranium est beaucoup plus faible que celle du cycle uranium-plutonium pendant les
premiers 10000 ans. En particulier, la faiblesse de la radioactivité de ce cycle au début du stockage
permettrait de grandes économies sur la dimension et donc le coût de celui-ci.
Dans le cycle thorium-uranium la surgénération peut être obtenue aussi bien avec des neutrons
rapides qu’avec des neutrons lents. Avec les neutrons rapides elle est plus difficile que pour le
cycle uranium-plutonium. Elle exige des inventaires initiaux élevés. Il s’ensuit que les temps de
doublement (le temps au bout duquel le réacteur a produit deux fois plus de noyaux fissiles que,n'en
contenait son chargement initial) deviennent très grands . En pratique, les réacteurs thorium-
uranium à neutrons rapides seront des réacteurs simplement régénérateurs. Ils pourraient être du
même type que les réacteurs rapides utilisant le cycle uranium-plutonium.
Les réacteurs surgénérateurs thorium-uranium à neutrons lents ne nécessitent qu’un faible
inventaire d’uranium 233, de l’ordre de 1 tonne. Les temps de doublement théoriques sont
équivalents à ceux des surgénérateurs uranium-plutonium à neutrons rapides. Toutefois les produits
de fission empoisonnent de façon beaucoup plus efficace les réacteurs à neutrons lents que les
réacteurs à neutrons rapides. Pour conserver un temps de doublement intéressant, il est donc
nécessaire de minimiser les captures dans les produits de fissions en les extrayant le plus souvent
possible. . Une solution théoriquement très élégante à ce problème a été proposée dans les années
60 sous la forme de réacteurs à sels fondus dans lesquels le combustible est un sel fondu. Il était
proposé de recycler le sel en ligne, au prix d’une grande complexité du réacteur qui devient une
usine chimique. L’abandon de l’objectif d’un faible temps de doublement permet d’envisager des
réacteurs à sel fondu où le retraitement en ligne est très simplifié. D’autres types de réacteurs à
déchargement continu comme les réacteurs à eau lourde (CANDU) ou les réacteurs à boulets
refroidis au gaz sont également prometteurs. Un schéma particulièrement intéressant consisterait à
compléter un parc de régénérateurs thorium-uranium par des réacteurs rapides utilisant un cœur
régénérateur uranium-plutonium entouré d’une couverture en thorium qui fournirait l’excédent
d’uranium233 nécessaire à la croissance du parc. Un tel schéma est envisagé par les Indiens qui ont
l'expérience des réacteurs à eau lourde de type CANDU et construisent un RNR sodium.
Des études théoriques sur les réacteurs à sels fondus sont effectuées en France, particulièrement au
CNRS. Ces réacteurs ont des propriétés très intéressantes aussi bien en ce qui concerne la sûreté que
la non-prolifération. Le combustible s'y présente sous forme d'un mélange de fluorures de thorium,
d'uranium, de béryllium et de lithium. Le combustible liquide passe par des échangeurs de chaleur.
L'équipe du CNRS (Voir [Link] a démontré qu'il était possible
de concevoir des réacteurs rapides à sels fondus dont les coefficients de température et de vide
seraient fortement négatifs. Par ailleurs, il est envisageable, en cas d'élévation inacceptable de la
température du combustible, de vider tout ou partie du combustible dans un réservoir tel que le
système devienne automatiquement sous-critique,et donc, que la réaction en chaîne s'arrête d'elle-
même. Des réacteurs à sels fondus à sûreté passive, se mettant en condition sûre sans intervention
humaine, seraient donc parfaitement réalisables.
Il serait regrettable que des orientations trop hâtivement décidées, et en absence de véritable débat
scientifique et technique concernant les réacteurs et cycles du futur, soient prises sous prétexte que
certaines orientations seraient trop éloignées des pratiques actuelles. La période se prête à une
réflexion approfondie et ouverte. Les études « papier » ne suffisent pas et il est nécessaire que des
maquettes de petite dimension de réacteurs prometteurs soient réalisées dans le cadre de
collaboration internationales. C’est ainsi qu’il serait très intéressant de reprendre le programme sur
les réacteurs à sels fondus initié dans les années 60 par le laboratoire d’Oak Ridge en réalisant une
maquette de quelques dizaines de MW. Le stock de 233U nécessaire pourrait être facilement
constitué en remplaçant quelques combustibles MOx classique par des combustibles MOx thoriés.
Enfin la France pourrait proposer une collaboration au Canada et à l’Inde pour évaluer les
potentialités des réacteurs CANDU et à sels fondus vis-à-vis du cycle thorium-uranium 233.
Les réserves et ressources d'uranium reconnues comme assurées et possibles permettent d'assurer
l'approvisionnement des réacteurs actuels pendant environ 2 siècles, si la consommation reste
stable. Par contre si, comme il est probable et souhaitable, elle croît de manière importante dans le
monde, les réserves seront épuisées en quelques dizaines d'années dans le contexte technologique
actuel. Heureusement nous disposons de plusieurs solutions pour surmonter ce problème :
l'extraction de l'uranium de l'océan et la mise en oeuvre de surgénérateurs. Dans ce second cas,
plusieurs surgénérateurs ont déjà fonctionné en France, Russie et Japon. La généralisation de cette
technique peut, effectivement, donner une solution réaliste et crédible à la question énergétique.
Figure 3
Evolution temporelle de la radiotoxicité des déchets de haute
activité (actinides) pour différents cycles:
● REP : cas des combustibles REP sans retraitement
238
● U/Pu : cas de la surgénération par le cycle U-239Pu
232
● Th-U : cas de la surgénération par le cycle Th-233U
● PF : Radiotoxicité des produits de fission.
Voir: [Link]
acteurs/[Link]

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