Chapitre 3 : Les retraitements des comptes sociaux
• Introduction
• Le retraitement des
1 amortissements
• Le retraitement du
2 crédit-bail
INTRODUCTION
Les comptes sociaux de la fille peuvent avoir été établis selon
des méthodes comptables différentes de la mère car:
- La mère n’a pas encore établi son « Manuel de consolidation »,
(cas d’un groupe « jeune »)
- La fille se trouve dans un pays qui impose pour les comptes
sociaux, des normes différentes de celles du groupe
Il faudra donc retraiter les comptes de la fille avant de les consolider. On appelle cela
« harmoniser les comptes »
Nous prendrons deux exemples:
- Le retraitement des amortissements
- Le retraitement du crédit-bail
1) Le retraitement des amortissements
1.1) L’amortissement dans les comptes sociaux
Une société fille, créée le 1ier janvier N, présente les comptes sociaux suivants.
Au 01/01/N, une immobilisation est achetée 120.
Elle est amortie sur 5 ans, en dégressif fiscal (coefficient 1,75)
Calculez le taux dégressif à partir du coefficient donné
Déduisez-en l’amortissement en N
Dans le fichier Excel « Exo cours- retraitements », faites les Q1 et Q2.
Automatisez au maximum les formules, y compris en ajoutant une fonction SI pour
calculer les amortissements annuels
Voici le CR en comptes sociaux au 31/12/N
Compte de résultat en comptes sociaux au 31/12/N
Montant Montant
Résultat avant impot =
CA – charges div- DADP Charges diverses 228 Chiffre d’affaires 300
= 30 DADP exploitation 42
Impôt sur les bénéfices 10
Impot =
result avant impot * 33%
Bénéfice 20
TOTAL 300 TOTAL 300
Résultat avant impôt 30 = 300 – (228 + 42 = 270) Bénéfice = résultat avant impot-impot
= 30-10 = 20
Impôt sur les bénéfices = 10 soit 30 * 33 1/3 %.
Voici le bilan au 31/12/N
Bilan en comptes sociaux au 31/12/N
Montant Montant
Immobilisation (120 – 42) 78 Capital 100
Disponibilités 52 Résultat 20
Total capitaux propres 120
Dettes fiscales et sociales 10
TOTAL 130 TOTAL 130
1.2) L’amortissement dans les comptes consolidés
Le groupe qui détient la fille applique une méthode d’amortissement linéaire.
A des fins d’homogénéisation des comptes, la méthode linéaire doit donc être
appliquée.
Cela va donner lieu à des retraitements
Ici, il faut retraiter les comptes sociaux de la fille de manière à ramener la dotation aux
amortissements de 42 à son amortissement linéaire : 24 (120/5 ans soit 120 * 20 %).
Il faut donc diminuer la dotation aux amortissements de 42 à 24 = 18 (42 – 24) au
compte de résultat et ramener également les amortissements de 42 à 24 au bilan.
Les charges du compte de résultat diminuent donc de 18 et le résultat avant impôt
augmente d’autant. Il est donc de 48 [ 300 – (228 + 24 = 252) = 48 ].
Compte de résultat de retraitement au 31/12/N
Montant Montant
Charges diverses 228 Chiffre d’affaires 300
ATTENTION DADP exploitation 24
Il est impossible de Impôt sur les bénéfices 10
Faire figurer un impôt
Différent de l’impot Bénéfice 38
Déclaré fiscalement
TOTAL 300 TOTAL 300
Bénéfice = 300 – ( 228 + 24 +10 = 262) =38
ATTENTION :
Si la DAA dans les comptes retraités n’est que de 24, le résultat avant impôt est de 48 au
lieu de 30 (300 – (228 +24 = 252)
Du coup l’impôt « théorique » doit être de 16 (48 * 33 1/3 %) et non plus de 10 qui est
l’impôt « exigible ».
Mais il n’est pas possible de modifier la dette d’impôt vis à vis de l’administration
fiscale, car celle-ci est calculée à partir des comptes sociaux et non des comptes
retraités, et doit donc rester de 10 soit l’impôt exigible (et non de 16).
Pour contourner cette difficulté, nous allons comptabiliser dans le compte de résultat
retraité l’impôt découlant de l’amortissement économique soit 16 ( 48 * 33 1/3 %).
Dans le bilan retraité, pour ne pas mélanger la dette « réelle » envers l’administration
fiscale (l’impôt exigible de 10) et le supplément de dette de 6 ( 16 - 10) découlant de
l’utilisation de l’amortissement économique dans les comptes consolidés, nous allons
inscrire ce supplément dans une ligne de dette au passif du bilan appelée « Impôt
différé passif ».
1.3) Présentation des comptes retraités
Compte de résultat retraité au 31/12/N
Montant Montant
Res avant impot =
CA – charges-DADP=48 Charges diverses 228 Chiffre d’affaires 300
DADP exploitation 24
Impôt sur les bénéfices 16
Impot=48*1/3 = 16
Bénéfice = 300 – 228-24-16 Bénéfice 32
TOTAL 300 TOTAL 300
Bénéfice = 300 – ( 228 + 24 +16 = 268) = 32
ATTENTION ici il s’agit d’un compte de résultat retraité (= fait en interne) et pas d’un CR comptable/fiscal
Bilan retraité au 31/12/N
Montant Montant
Immobilisation (120 – 24) 96 Capital 100
Disponibilités 52 Résultat 32
Total capitaux propres 132
Impot retraité de 16
Impôt différé passif 6
Dettes fiscales et sociales 10
TOTAL 148 TOTAL 148
L’impôt différé passif est une dette d’impôt différée dans le temps.
C’est tout à fait exact, car si l’impôt « officiel » de l’entreprise n’est que de 10, c’est parce
qu’elle a, par le biais de l’amortissement dégressif, réduit son impôt lors de cette première
année.
Evidemment par compensation les dotations des dernières années seront plus faibles et
déboucheront sur un montant d’impôt plus élevé. L’impôt différé passif est donc une
dette qui traduit ce supplément impôt qui devra être payé dans les années futures.
Dans le fichier Excel « Exo cours- retraitements » :
- Faites de nouveau les comptes sociaux en N (Q2)
- Et les comptes consolidés en N (Q3)
- Puis les comptes sociaux + retraités en N+1 (Q4)
L’année suivante les comptes sociaux de la fille se présentent comme suit au 31/12/N+1.
La dotation aux amortissements se chiffre cette fois à 27,3 (soit 78 * 35 %). 78 représente
la VNC de l’actif après la 1ère année d’amortissement dégressif.
Compte de résultat en comptes sociaux au 31/12/N+1
Montant Montant
Charges diverses 304 Chiffre d’affaires 400
DADP exploitation 27,3
Impôt sur les bénéfices 22,9
Bénéfice 45,8
TOTAL 400 TOTAL 400
Résultat avant impôt 68,7 = 400 – (304 + 27,3)
Impôt sur les bénéfices = 22,9 soit 68,7 * 33 1/3 %.
Bilan en comptes sociaux au 31/12/N+1
Montant Montant
Immobilisation (120 – 42 – 27,3) 50,7 Capital 100
Disponibilités 138 Réserves 20
Résultat 45,8
Total capitaux propres 165,8
Dettes fiscales et sociales 22,9
TOTAL 188,7 TOTAL 188,7
Le résultat de l’année N est passé en « Réserves ».
Les disponibilités ont évolué comme suit:
Disponibilités au 31 décembre N 52
- Impôt exigible sur les bénéfices N 10
+ Encaissement des ventes N+1 400
- Paiement des charges diverses N+1 304
Solde au 31 décembre N+1 138
Le compte de résultat retraité se présentera comme suit (avec une dotation linéaire
toujours égale à 24 (120 * 20 %):
Compte de résultat retraité au 31/12/N+1
Montant Montant
Charges diverses 304 Chiffre d’affaires 400
DADP exploitation 24
Impôt sur les bénéfices 24
Bénéfice 48
TOTAL 300 TOTAL 300
Bénéfice = 400 – ( 304 + 24 + 24 = 262) = 48
- Si la dotation aux amortissements dans les comptes retraités n’est que de 24 (au lieu de
27,3), le résultat avant impôt est de 72, soit 400 – (304 +24 = 328), au lieu de 68,7, et
l’impôt « théorique » doit être de 24 (72 * 33 1/3 %) et non plus de 22,9.
Bilan retraité au 31/12/N+1
Montant Montant
Immobilisation (120 – 24 - 72 Capital 100
24) Réserves 32
Disponibilités 138 Résultat 48
Total capitaux propres 180
Impôt différé passif 6 + (24 – 22,9) 7,1
Dettes fiscales et sociales 22,9
TOTAL 210 TOTAL 210
Les réserves « retraitées » sont constituées du résultat des comptes retraités de l’année N.
Les dettes fiscales et sociales sont constituées de l’impôt sur les bénéfices « officiel » de
l’année N+1 dans les comptes sociaux.
L’impôt différé comprend celui relatif à N soit 6 (16-10) et celui relatif à N+1 (24 – 22,9).
EXO12 RETRAITEMENT AMORT
Questions 1 à 8
EXO12 RETRAITEMENT AMORT
Question 9
2) Le retraitement du crédit-bail
2.1) Le crédit-bail dans les comptes sociaux
Lorsque qu’une entreprise a besoin d’un équipement de manière durable, elle a la
possibilité de l’acquérir (souvent à l’aide d’un emprunt). L’équipement figure alors parmi
ses immobilisations et fait l’objet d’un amortissement.
Cette acquisition oblige le plus souvent l’entreprise à financer une partie de
l’immobilisation (en général 20%) et à consacrer du temps à sa revente (trouver un
acquéreur, négocier le prix …).
Pour éviter ces inconvénients, l’entreprise peut utiliser cet équipement dans le cadre d’un
contrat de crédit-bail. Ces contrats sont en général passés avec des filiales de banque
spécialisées dans le crédit bail.
L’entreprise qui utilise un équipement par le biais d’un contrat de crédit-bail est en fait
locataire de cet équipement qui durant toute cette période appartient à la société de
crédit-bail (qui donc l’amortit dans ses comptes).
L’entreprise utilisatrice paie donc un loyer (mensuel ou annuel) à la société de crédit-bail.
A l’issue de cette période de location (dont la durée est définie par le contrat), l’entreprise
a le choix entre rendre l’équipement à la société de crédit-bail ou en devenir propriétaire
moyennant le paiement d’un montant appelé option d’achat ou soulte.
En comptabilité française, durant toute la période de location, le bien ne figure pas à
l’actif du bilan de l’entreprise utilisatrice, car celle-ci n’en est pas propriétaire.
Seuls les loyers sont comptabilisés en « Autres achats et charges externes » (AACE) au
compte de résultat
2.2) Le crédit-bail dans les comptes consolidés
Dans les comptes consolidés, le bien en crédit-bail :
- doit être inscrit en immobilisation à l’actif du bilan pour sa valeur d’origine
- la contrepartie est l’inscription d’un emprunt au passif du bilan pour le même montant
Chaque loyer payé à la société de crédit-bail sera décomposé en :
- un remboursement du capital de l’emprunt
- en paiement des intérêts
Parallèlement, l’entreprise utilisatrice devra amortir le bien.
Exemple:
Une entreprise est créée le 1/01/N avec un capital de 100 000€. Elle souscrit le jour
même un contrat de crédit-bail portant sur un équipement d’une valeur de 60 000 €.
Sont prévus 3 loyers de 33 269,97 € (fin N, fin N+1, fin N+2). Le montant réglé en N+2
correspond à une option d’achat.
Par ailleurs pendant l’année N, elle achète des marchandises pour 400 000 € et les
revend 523 269,97 €. Les deux sont réglés au comptant.
Le taux d’impôt sur les bénéfices est de 33 1/3 % et il est réglé l’année suivante.
Compte tenu de ces éléments, les comptes sociaux de l’entreprise au 31/12/N sont
les suivants :
Compte de résultat en comptes sociaux au 31/12/N
Montant Montant
Achats de marchandises 400 000,00 Chiffre d’affaires 523 269,97
Autres achats et charges externes 33 269,97
Impôt sur les bénéfices 30 000,00
Bénéfice 60 000,00
TOTAL 523 269,97 TOTAL 523 269,97
Résultat avant impôt 90 000 = 523 269,97 – (400 000 + 33 269,97 = 433 269,97)
Impôt sur les bénéfices = 30 000 soit 90 000 * 33 1/3 %.
Bilan en comptes sociaux au 31/12/N
Montant Montant
Disponibilités Capital 100 000
100 000 + 523 269,97 – 400 000 – 33 269,97 190 000 Résultat 60 000
Total capitaux propres 160 000
Dettes fiscales et sociales 30 000
TOTAL 190 000 TOTAL 190 000
Comme cette entreprise appartient à un groupe, il faut retraiter le crédit-bail dans les
comptes consolidés, en inscrivant :
- L’équipement en immobilisation pour sa valeur au début du contrat soit 60 000 €
- Un emprunt au passif du même montant (on simule une acquisition financée à 100
% par emprunt).
ATTENTION : Dans notre exemple, le groupe applique l’amortissement
linéaire (ici sur 4 ans)
Ensuite les loyers réglés chaque année (33 269,97 €) vont être décomposés en intérêts et
remboursement de capital de l’emprunt.
Pour cela, il faut établir un tableau de remboursement d’emprunt pour calculer le taux.
On connait son montant (60 000 €) et le montant de son annuité (33 269,97 €) mais pas
son taux !!!
Le taux de l’emprunt est celui pour lequel la somme actualisée des 3 versements
identiques de 33 269,97 € correspondra au montant emprunté à l’origine soit 60 000 €.
Il s’agit du TRI (taux de rendement interne), que l’on trouve par tâtonnements. Ici, il est
de 30,5%.
Remboursement emprunt
Calculez annuité/interets/amortissement emprunt en N
Calculez annuité/interets/amortissement emprunt en N+1
Calculez annuité/interets/amortissement emprunt en N+2
2.3) Présentation des comptes retraités
Compte de résultat retraité au 31/12/N
Montant Montant
CHARGES D’EXPLOITATION Chiffre d’affaires 523 269,97
Achats de marchandises 400 000,00
DADP exploitation 15 000,00
CHARGES FINANCIERES DAA linéaire
Intérêts et charges assimilées 18 300,00 Remboursement : interets
Impôt sur les bénéfices 29 989,99
Bénéfice 59 979,98
TOTAL 523 269,97 TOTAL 523 269,97
Impôt sur les bénéfices = 523 269,97 – ( 400 000 + 15 000 +18 300 = 433 300)
= 89 969,97 * 33 1/3 % = 29 989,99 Au lieu de 30 000 dans les comptes sociaux
Résultat = 523 269,97 – 433 300 – 29 989,99 = 59 979,98
L’impôt dans les comptes consolidés (29 989,99 €) est plus faible que dans les comptes sociaux
(30 000 €). Il faut donc enregistrer un impôt différé actif (IDA) pour la différence soit 10,01 €.
L’impôt différé actif est une créance d’impôt différée dans le temps.
C’est tout à fait exact, car si l’impôt « officiel » de l’entreprise est de 30 000 €, c’est parce
qu’elle a, en comptabilisant le loyer du crédit-bail comme une charge, augmenté son impôt
lors de cette première année (en effet l’inscrire en immobilisation conduit à passer en
charge 33 300 € (15 000 + 18 300) au lieu de 33 269,97 €.
Le phénomène s’inversera dans les années suivantes, car si l’amortissement sera toujours
de 15 000 €, les intérêts qui vont diminuer, vont conduire à rendre les charges dans les
comptes consolidés plus faibles que celles comptabilisées dans les comptes sociaux.
Bilan retraité au 31/12/N
Montant Montant
DAA linéaire
Immobilisation (60 000 – 15 000) 45 000,00 Capital 100 000,00
Impôt différé actif 10,01 Résultat 59 979,98
Disponibilités 190 000,00 Total capitaux propres 159 979,98
Remboursement
Emprunt 45 030,03 capital
Dettes fiscales et sociales 30 000,00
TOTAL 235 010,01 TOTAL 235 010,01
EXO 13 RETRAITEMENT CREDIT BAIL