Homogenes Systemes
Homogenes Systemes
François DE M ARÇAY
Département de Mathématiques d’Orsay
Université Paris-Saclay, France
1. Introduction
2. Représentation vectorielle des solutions d’un système linéaire
Exemple 2.1. Soit le système de 3 équations linéaires à 4 variables :
x1 + 2 x2 + 3 x3 + 4 x4 = 7,
5 x1 + 6 x2 + 7 x3 + 8 x4 = 11,
9 x1 + 10 x2 + 11 x3 + 12 x4 = 15,
dont la matrice complète est :
1 2 3 4 7
5 6 7 8 11 .
9 10 11 12 15
Une application de la méthode du pivot montre (exercice) que la réduction à une forme
échelonnée réduite est :
x1 x2 x3 x4
1 2 3 4 7 1 0 −1 −2 −5
5 6 7 8 11 ∼ 0 1 2 3 6 .
9 10 11 12 15 0 0 0 0 0
Ainsi, le système est compatible, les inconnues principales (résolubles) sont x1 et x2 ,
tandis que les inconnues paramétriques (secondaires) sont x3 et x4 .
Sur cette matrice mise sous forme échelonnée réduite, on lit directement l’espace des
solutions :
Sol := −5+x3 +2 x4 , 6−2 x3 −3 x4 , x3 , x4 : x3 ∈ R quelconque, x4 ∈ R quelconque .
Question 2.2. Peut-on mettre cet espace de solutions sous forme de combinaison linéaire
de vecteurs ?
1
2 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
Réponse : oui sur cet exemple, et oui aussi pour tous les systèmes linéaires quelconques
étudiés dans ce cours !
En effet, écrivons :
−5 + x3 + 2 x4 −5 1 2
6 − 2 x3 − 3 x 4
= 6 + x3 −2 + x4 −3 .
x3 0 1 0
x4 0 0 1
→
−
Si donc nous introduisons les vecteurs-colonnes appartenant à V R4 :
−5 1 2
6 −2 −3
~x0 := 0 ,
~v1 :=
1 ,
~v2 := 0 ,
0 0 1
les solutions générales du système sont les vecteurs de la forme :
~x0 + t1 ~v1 + t2 ~v2 ,
avec t1 ∈ R et t2 ∈ R quelconques, qui sont des noms nouveaux pour x3 et x4 .
Ce phénomène est général. Rappelons qu’un système linéaire de m équations linéaires
à n inconnues x1 , . . . , xn est compatible si et seulement si, après application de la méthode
du pivot, la dernière ligne d’une forme échelonnée (réduite ou non) n’est pas :
0 0 ··· 0 | ,
avec un nombre réel non nul ∈ R\{0}, car en effet, s’il existait une telle ligne qui
signifierait :
0 x1 + · · · + 0 xn = ,
on en déduirait 0 = nonzero, ce qui est impossible, donc le système serait incompatible.
Par conséquent, après mise sous forme échelonnée, tout système qui possède au moins
une solution est de la forme :
0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | ∗
0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | ∗
0 0 0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | ∗
0 0 0 0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | ∗
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 ∗ | ∗ Dernière ligne non nulle compatible !
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 | 0
.. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .
. . . . . . . . . . . . | ..
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 | 0.
Évidemment, on s’empresse de supprimer les lignes nulles, puisqu’elles se réduisent à
la tautologie 0 = 0. Ensuite, on poursuit la méthode des pivots-saumons remonteurs de
rivières glaciaires afin de parvenir à la forme échelonnée réduite (unique) :
x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7 x8 x9 x10 x11 x12
0 0 1 0 ∗ 0 0 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | ∗
0 0 0 1 ∗ 0 0 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | ∗
0 0 0 0 0 1 0 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | ∗
0 0 0 0 0 0 1 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | ∗
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 ∗ | ∗
3. Système linéaire homogène associé à un système linéaire 3
est le système linéaire dans lequel on remplace le vecteur constant ~b du membre de droite
par le vecteur nul ~0, c’est-à-dire sous forme développée :
a1,1 · · · a1,n y1 0
.. . ... .
.. .. = ... .
.
am,1 · · · am,n yn 0
En mathématiques, on appelle homogène une fonction f (x) qui satisfait f (λ x) =
λ f (x) pour tout λ ∈ R. Ici, on a aussi homogénéité au sens où :
A (λ ~y = λ A ~y = λ ~0 = ~0,
de telle sorte que si ~y est une solution, alors λ ~y est aussi une solution, pour tout λ ∈ R 1.
Volontairement, nous avons utilisé les lettres yj au lieu des lettres xj , ci-dessus, afin de
mieux différencier les deux espaces de solutions. Et il est clair que :
SA,~0 := SA,~b .
~b=~0
Ces deux systèmes se ressemblent donc presque comme deux jumeaux ! Car il ont la même
matrice : 16j6n colonnes
A = ai,j 16i6m lignes .
Introduisons leurs deux espaces respectifs de solutions :
→
−
Sol SA,~b := ~x ∈ V Rn : A ~x = ~b ,
→
−
Sol SA,~0 := ~y ∈ V Rn : A ~y = ~0 .
Question 3.2. Ces deux espaces de solutions sont ils liés l’un à l’autre, et si oui, comment ?
Évidemment, quand ~b = ~0, ces deux espaces de solutions coïncident, mais ce n’est pas
vraiment cette réponse un peu trop simplette que nous espérions, car le vecteur constant ~b
du membre de droite n’est pas toujours égal à ~0.
1. En revanche, lorsque le vecteur constant ~b 6= ~0 n’est pas nul, cette propriété n’est pas vraie pour le
système A ~x = ~b, c’est-à-dire que si ~x est une solution, il n’est pas vrai que λ ~x est aussi une solution pour
tout λ ∈ R, simplement parce que λ ~b n’est pas toujours égal à ~b :
A λ ~x = λ A ~x = λ ~b 6= ~b
(en général).
3. Système linéaire homogène associé à un système linéaire 5
Observation 3.3. Si deux solutions ~x 0 et ~x 00 du système linéaire sont connues, alors leurs
différence est solution du système homogène :
A ~x 0 = ~b et A ~x 00 = ~b A ~x 0 − ~x 00 = ~0.
=⇒
···················································
am,1 x01 − x001 + · · · + am,n x0n − x00n = bm − bm = 0.
puisqu’on constate alors que le vecteur ~y := ~x − ~x 0 est solution du système linéaire homo-
gène associé :
A ~y = ~0.
Une réponse satisfaisante à la Question 3.2 peut alors être énoncée sous la forme d’un
2. En mathématiques, il n’y a rien de plus beau et de plus utile qu’un signe moins − !
6 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
Par conséquent, il est impossible d’obtenir une dernière ligne non nulle de la forme
incompatible :
0 0 · · · 0 | .
Par contraposition, ce raisonnement justifie l’
Observation 3.6. Un système linéaire homogène A ~y = ~0 est toujours compatible.
Preuve. Une autre explication de ce fait, plus simple, est la suivante :
A ~0 = ~0,
donc ~y := ~0 est toujours une solution — triviale, évidente ! Il fallait y penser !
Or d’après la théorie générale de la résolution des systèmes linéaires, nous savons que
trois cas, et trois cas seulement, peuvent se produire :
(i) le système n’a aucune solution [est incompatible] ;
(ii) le système a une solution unique [est compatible] ;
(iii) le système possède une infinité de solutions [est compatible].
Ici, pour un système linéaire homogène A ~y = ~0, les deux cas (ii) et (iii) peuvent se produire,
mais jamais le (mauvais) cas (i), puisque nous venons de constater que ~y := ~0 est toujours
solution !
Pour terminer cette section, admettons maintenant que nous ayons poursuivi la méthode
du pivot jusqu’à mettre la matrice complète du système homogène A ~y = ~0 sous forme
échelonnée réduite :
y1 y2 y3 y4 y5 y6 y7 y8 y9 y 10 y 11 y 12
0 0 1 0 ∗ 0 0 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | 0
0 0 0 1 ∗ 0 0 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | 0
0 0 0 0 0 1 0 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | 0
0 0 0 0 0 0 1 ∗ ∗ ∗ 0 ∗ | 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 ∗ | 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 | 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 | 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 | 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 | 0,
toujours avec que des 0 à la dernière colonne. Ici, nous traitons un cas de m = 9 équations
à n = 12 variables.
Supprimons les 4 dernières lignes, donnons des noms aux étoiles :
0 0 1 0 c1,5 0 0 c1,8 c1,9 c1,10 0 c1,12 | 0
0 0 0 1 c2,5 0 0 c2,8 c2,9 c2,10 0 c2,12 | 0
0 0 0 0 0 1 0 c3,8 c3,9 c3,10 0 c3,12 | 0
0 0 0 0 0 0 1 c4,8 c4,9 c4,10 0 c4,12 | 0
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 c5,12 | 0.
Cet exemple est essentiellement le même qu’à la fin de la Section 2, mais avec :
d1 = d2 = d3 = d4 = d5 = 0.
8 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
a1,1 a1,n b1
la question :
a1,1 a1,n b1
am,1 am,n bm
revient évidemment à résoudre le bon vieux système linéaire-camembert des familles :
a1,1 · · · a1,n x1 b1
... ... .. .. =? .. .
. . .
am,1 · · · am,n xn bm
Et dans les chapitres qui précèdent, nous avons déjà vu de nombreux exemples de tels
systèmes.
L’objectif, maintenant, est de montrer que l’algorithme du pivot de Gauss possède une
interprétation vectorielle. Rappelons la
→
−
Définition 4.2. Le sous-espace vectoriel de V Rn engendré par n vecteurs :
→
−
~a1 , . . . , ~an ∈ V Rm ,
Preuve. En effet :
λ ~x + µ ~y = λ x1 ~a1 + · · · + λ xn ~an
+ µ y1 ~a1 + · · · + µ yn ~an
= λ x1 + µ y1 ~a1 + · · · + λ xn + µ yn ~an .
10 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
Inversement, on dit que ~a1 , . . . , ~an sont linéairement dépendants, ou que la famille
~a1 , . . . , ~an est liée, s’il existe des scalaires non tous nuls :
x1 , . . . , xn 6= (0, . . . , 0),
tels que :
x1 ~a1 + · · · + xn ~an = ~0.
En revenant aux cas simples n = 1 et n = 2 on a la
Proposition 5.2. (1) Un système de un vecteur {~a1 } est libre si et seulement si ~a1 6= ~0.
(2) Un système de deux vecteurs ~a1 , ~a2 est libre si et seulement si ~a1 et ~a2 ne sont pas
colinéaires.
Pour ce qui concerne (2), nous allons en fait établir la contraposition c’est-à-dire que
plutôt que d’établir l’équivalence :
P ⇐⇒ Q
où P et Q sont deux énoncés, nous allons établir l’équivalence :
non P ⇐⇒ non Q,
ce qui est logiquement équivalent.
Démonstration. (1) Si ~a1 6= ~0, en partant de x1 ~a1 = ~0, ceci implique x1 = 0, donc {~a1 }
est libre.
Au contraire, si ~a1 = ~0, pour tout x1 ∈ R, on a aussi x1 ~a1 = ~0, en particulier avec
x1 6= 0, donc {~a1 } est liée.
(2) La contraposition en question est l’équivalence :
~a1 , ~a2 est liée ⇐⇒ ~a1 , ~a2 sont colinéaires.
Premièrement, supposons que ~a1 , ~a2 liée, c’est-à-dire qu’il existe (x1 , x2 ) 6= (0, 0)
avec :
x1 ~a1 + x2 ~a2 = ~0.
5. Familles libres de vecteurs ~a1 , . . . , ~an 11
x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7 x8 x9 x10
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | 0
0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | 0
0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | 0
0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | 0
0 0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | 0
0 0 0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ | 0
0 0 0 0 0 0 ∗ ∗ ∗ | 0
0 0 0 0 0 0 0 ∗ ∗ | 0
0 0 0 0 0 0 0 0 ∗ | 0
0 0 0 0 0 0 0
0 0 | 0
.. .. .. .. .. .. ..
.. .. .. .
. . . . . . .
. . . | ..
0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 | 0
12 François DE M ARÇAY, Département de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay, France
Il est alors clair que son nombre de ligne m > n doit nécessairement être supérieur ou égal
à son nombre de colonnes.
Démonstration. Puisqu’il faut déduire que toutes les variables x1 = 0, . . ., xn = 0, sont
nulles, aucune variable ne peut être indépendante. Autrement dit, toutes les variables sont
dépendantes, c’est-à-dire que toutes les variables x1 , . . . , xn doivent pouvoir se résoudre,
et cela se produit si et seulement si chaque colonne contient un pivot (un carré noir).
→
−
Théorème 5.5. Dans V Rm , toute famille de n > m + 1 vecteurs ~a1 , . . . , ~an est toujours
nécessairement liée.
Démonstration. En effet, on vient de dire, pour la liberté, qu’il est nécessaire que n 6 m.
Donc quand n > m + 1, la liberté est terminée : présentez vos poignets et vos chevilles,
chaînes dans les prisons de l’universités !
Plus sérieusement, il y a au moins n − m > 1 variables indépendantes, que l’on peut
choisir toutes 6= 0, et en résolvant le système linéaire, on trouve donc une relation de
dépendance linéaire x1 ~a1 + · · · + xn ~an = ~0 dont les coefficients x1 , . . . , xn ne sont pas
tous nuls, puisque au moins n − m > 1 d’entre eux sont non nuls.
(ii) dans une matrice échelonnée a0i,j b0i associée à ai,j bi , il n’y a aucune ligne (en
bas) de la forme : h i
0 · · · 0 b0i ;
(iii) il existe un pivot sur chaque ligne.
La matrice complète a0i,j b0i du système gaussifié doit donc être du type :
x1 x2 x3 x4 x5 x6 x7 x8 x9 x10
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | b01
0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | b02
0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | b03
0 0 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ∗ | b04
0 0 0 0 0 0 0 0 ∗ | b05
Il est alors clair que le nombre de lignes m 6 n doit nécessairement être inférieur ou égal
au nombre de colonnes.
Démonstration. (ii) ⇐⇒ (iii) découle aisément du principe général de l’algorithme de
Gauss.
(i) =⇒ (ii) Par contraposition, s’il existe une mauvaise ligne, en choisissant un vecteur
~b0 avec b0 6= 0, on voit que b~0 ne peut pas être combinaison linéaire de ~a0 , ~a0 .
j 1 n
(i) ⇐= (ii) Comme il existe un pivot sur chaque ligne, et comme les colonnes 3 la condi-
tion (iii) est aussi satisfaite, et nous avons déjà plusieurs fois constaté que c’est
la condition
nécessaire et suffisante pour que le système linéaire de matrice gaussifiée a0i,j b0i ait tou-
jours au moins une solution.
7. Familles libres et génératrices de vecteurs ~a1 , . . . , ~an
Lorsque n = m, i.e. lorsqu’on a un nombre de vecteurs égal à la dimension de l’espace
ambiant, les Théorèmes 5.4 et 6.2 donnent le
→
−
Théorème 7.1. Dans V Rm , on a équivalence entre :
(i) ~a1 , . . . , ~an est libre ;
(ii) ~a1 , . . . , ~an est génératrice.
8. Exercices
Exercice 1. EE
Exercice 2. EE
3. Elle sont « commes », les colommes ? Impossible de résister à ce petit calembour polisson de passage !