1.
La transition en Espagne (1975-1982)
Contexte historique
• Dictature de Franco (1939-1975) : Francisco Franco dirige l'Espagne d'une main de fer
après la guerre civile espagnole. Il établit une dictature autoritaire et nationaliste, marquée
par la répression des opposants politiques, des libertés civiles limitées et un contrôle
centralisé de la société.
• Mort de Franco (novembre 1975) : La mort de Franco entraîne un bouleversement
politique majeur, car il n’a pas désigné de successeur. Son régime n’a pas prévu de plan de
succession, ce qui conduit à une période d'incertitude.
Les étapes de la transition
1. Nomination de Juan Carlos de Borbón (novembre 1975) :
• Juan Carlos, petit-fils du roi Alphonse XIII, est désigné roi d’Espagne par Franco
dans l’optique de maintenir un système autoritaire. Cependant, il se révèle être un
acteur clé de la transition démocratique.
2. Réformes politiques :
• 1976 : Le gouvernement de l'amiral Luis Carrero Blanco, proche de Franco, est
remplacé par Adolfo Suárez, un homme politique modéré, qui devient le Premier
ministre.
• 1977 : Les premières élections générales libres ont lieu, marquées par la victoire des
forces démocratiques et modérées, favorisant l’approfondissement du processus
démocratique.
3. La Constitution de 1978 :
• Adoptée le 6 décembre 1978, la nouvelle Constitution établit l'Espagne comme une
monarchie parlementaire et garantit les droits fondamentaux, la séparation des
pouvoirs et la reconnaissance des communautés autonomes.
4. Les défis de la transition :
• Tentatives de coup d'État : Le 23 février 1981, une tentative de coup d'État menée
par des militaires (opération "23-F") échoue, en grande partie grâce au soutien du roi
Juan Carlos, qui défend publiquement la démocratie.
• Violence politique : Les basques et catalans connaissent encore des tensions,
notamment avec l'ETA (organisation terroriste basque), ce qui complique la
pacification du pays.
5. Les premières élections démocratiques :
• En 1977, les premières élections libres depuis la guerre civile ont lieu, mettant fin à
la dictature. Adolfo Suárez, leader de l'UCD (Union du Centre Démocratique),
devient le Premier ministre.
Conséquences de la transition
• Rétablissement de la monarchie constitutionnelle : Le rôle symbolique et institutionnel de
Juan Carlos devient central.
• Modernisation et développement économique : L'Espagne connaît une forte croissance
économique dans les années 1980 grâce à son intégration dans les institutions européennes
(adhésion à la CEE en 1986).
• Retour aux libertés civiles et démocratiques : Les libertés de presse, d’expression et
d’association sont restaurées, tout comme l’indépendance de la justice.
2. La transition au Portugal (1974-1982)
Contexte historique
• Dictature de l'Estado Novo : Le Portugal était sous le régime autoritaire de l'Estado Novo,
dirigé par António de Oliveira Salazar (1933-1968) puis Marcelo Caetano (1968-1974). Ce
régime était caractérisé par un contrôle strict de l'économie, de la politique et des libertés
publiques.
• Guerre coloniale : Le Portugal est impliqué dans des guerres coloniales en Angola,
Mozambique, Guinée-Bissau, ce qui exerce une pression sur le régime dictatorial.
La Révolution des Œillets (25 avril 1974)
• Coup d'État militaire pacifique : Le 25 avril 1974, un coup d'État mené par des militaires
(le Mouvement des Forces Armées - MFA) renverse la dictature. La révolution est non
violente et est soutenue par une large partie de la population, y compris par les syndicats et
les intellectuels. Le nom "Révolution des Œillets" vient des fleurs d'œillets placées dans les
fusils des soldats.
• Fin de la guerre coloniale : La révolution marque la fin de la guerre coloniale, avec la
signature des accords de Lisbonne en 1974, qui assurent l'indépendance des anciennes
colonies portugaises (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau).
Les étapes de la transition
1. Gouvernements provisoires :
• Après le coup d'État, un gouvernement provisoire est formé, incluant des militaires et
des civils de gauche.
• Assemblée constituante : Une Assemblée constituante est élue en 1975 pour rédiger
une nouvelle Constitution.
2. Les réformes :
• Nationalisations : Sous la pression des forces de gauche, plusieurs secteurs de
l'économie (banques, transports, entreprises industrielles) sont nationalisés.
• Réformes sociales et économiques : De profondes réformes sociales sont mises en
place (expropriations, redistributions des terres), mais la situation économique se
dégrade, provoquant une forte inflation et une montée du chômage.
3. Adoption de la Constitution (1976) :
• La nouvelle Constitution, adoptée en 1976, établit un régime parlementaire
démocratique et des garanties des droits de l'homme, tout en posant des principes de
justice sociale (réformes agraires, nationalisations).
• Le président de la République devient élu au suffrage universel direct.
4. Stabilisation politique :
• Après une période d'instabilité politique (pouvant aller de la radicalisation de gauche
à un coup d’État militaire tenté par des militaires de droite), le Parti Socialiste (PS)
dirigé par Mário Soares parvient à stabiliser la situation politique.
• En 1976, Mário Soares devient le premier Premier ministre démocratiquement élu.
Les défis et les réussites de la transition
• Tensions politiques internes : La transition a été marquée par des conflits entre les forces
de gauche (qui voulaient des réformes sociales radicales) et les forces de droite/libérales,
entraînant des crises politiques.
• Difficultés économiques : L’économie est très touchée par les réformes, avec une forte
inflation et un chômage élevé, mais à partir de 1976, le pays commence à se stabiliser.
• Intégration européenne : Le Portugal devient membre de la Communauté Européenne en
1986, ce qui accélère son processus de modernisation économique.
Conséquences de la transition
• Rétablissement des libertés démocratiques : Liberté de presse, d’expression et
d’association.
• Réformes économiques et sociales : Bien que les premières années aient été difficiles
économiquement, le Portugal réussit à se réformer progressivement.
• Stabilité démocratique : Le pays se dote d'un régime stable qui perdure jusqu'à aujourd'hui,
bien qu'il ait connu des périodes de crise économique (notamment la crise de la dette
souveraine en 2010).
Comparaison entre l'Espagne et le Portugal
• Processus pacifique vs. révolution : En Espagne, la transition est conduite par des réformes
au sein du système, avec un rôle clé de la monarchie, tandis qu’au Portugal, la transition est
marquée par une révolution militaire qui renverse la dictature.
• Rôle des militaires : En Espagne, les militaires restent relativement loyaux envers le
processus démocratique après la mort de Franco, alors qu’au Portugal, les militaires du MFA
ont joué un rôle actif dans la chute de la dictature.
• Réformes économiques et sociales : L’Espagne a une transition plus orientée vers une
économie de marché, tandis que le Portugal connaît des réformes économiques et sociales
plus radicales, notamment dans les premières années.