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Propagation dans les guides d’ondes

Anne-Sophie Bonnet-Ben Dhia et Eric Lunéville

23 janvier 2020
2
Table des matières

1 Guides d’ondes fermés et solutions modales 9


1.1 L’exemple du guide acoustique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.1.1 Le guide acoustique bidimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.1.2 Le guide acoustique tridimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.2 L’exemple du guide électromagnétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2.1 Les équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
1.2.2 Les modes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3 Bilan énergétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21

2 Diffraction par un défaut à basse fréquence 23


2.1 Position du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.1.1 Le régime monomode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.1.2 Mise en équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.2 Décomposition sur les modes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.2.1 Dans une portion de guide droit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.2.2 Dans les guides d’entrée et de sortie . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.2.3 Bilan énergétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.3 Formulation variationnelle et analyse mathématique . . . . . . . . . . . . . 28
2.3.1 Choix de l’inconnue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.3.2 Restriction à un domaine borné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.3.3 Théorèmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.3.4 Existence et unicité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.4 Méthodes d’approximation par ondes planes . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.4.1 Expansion brusque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.4.2 Chambre d’expansion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

3 Les opérateurs DtN et le principe d’absorption limite 35


3.1 La nécessité d’une condition de rayonnement . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.2 Le problème dissipatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.2.1 Prise en compte de la dissipation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.2.2 Caractère bien posé du problème dissipatif . . . . . . . . . . . . . 39
3.2.3 L’idée du principe d’absorption limite . . . . . . . . . . . . . . . . 39
3.3 Opérateur DtN pour le problème dissipatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

3
4 TABLE DES MATIÈRES

3.3.1 Modes du guide dissipatif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40


3.3.2 Représentation modale de la solution du problème dissipatif . . . . 41
3.3.3 Réduction à un domaine borné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.4 Limite des constantes de propagation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3.5 Le problème limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.6 Preuve du théorème d’absorption limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47

4 Résultats d’unicité 51
4.1 Lien entre la question d’unicité et l’existence de modes piégés . . . . . . . 51
4.2 Un résultat d’unicité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
4.3 Le résultat général . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
4.4 Résultats d’existence de modes piégés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
4.4.1 Le cas de la condition de Dirichlet . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
4.4.2 Le cas de la condition de Neumann . . . . . . . . . . . . . . . . . 58

5 Estimation de l’erreur de troncature pour la méthode DtN 61


5.1 Position du problème . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.2 Une nouvelle formulation du problème avec DtN tronqué . . . . . . . . . . 64
5.3 Etude de l’erreur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
5.4 L’approximation par éléments finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
5.5 Une alternative : la condition de Dirichlet-to-Robin . . . . . . . . . . . . . 69

6 Une alternative à la méthode DtN : les PML 71


6.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
6.2 Position et analyse du problème avec PML . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
6.3 Calcul des modes du milieu PML . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
6.4 Estimation d’erreur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
6.5 Quelques commentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
6.5.1 Les modes rétrogrades . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
6.5.2 PML et discrétisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77

7 Formulations avec recouvrement et résolution itérative 79


7.1 Formulation DtN avec recouvrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
7.1.1 Définition de l’opérateur DtN avec recouvrement . . . . . . . . . . 80
7.1.2 Equivalence avec le problème initial . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
7.1.3 Compacité de l’opérateur DtN avec recouvrement . . . . . . . . . . 82
7.1.4 Estimation de l’erreur de troncature de la série . . . . . . . . . . . 83
7.2 Autres formulations avec recouvrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
7.2.1 Condition de Neumann to Neumann avec recouvrement . . . . . . 84
7.2.2 Condition de Dirichlet to Robin avec recouvrement . . . . . . . . . 86
7.3 Méthodes itératives de résolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
7.3.1 Algorithme de Schwarz pour la méthode DtN avec recouvrement . 88
7.3.2 Etude de la convergence de l’algorithme de Schwarz dans un cas
particulier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
TABLE DES MATIÈRES 5

8 Extensions et applications 93
8.1 Méthode multimodale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
8.1.1 Guide à section variable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
8.1.2 Principe de la méthode multimodale . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
8.1.3 Approximation multimodale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
8.1.4 Méthode hybride EF/Modal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
8.2 Quelques applications des méthodes multimodales . . . . . . . . . . . . . 98
8.2.1 Acoustique en écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
8.2.2 Optimisation de forme d’un guide d’onde . . . . . . . . . . . . . . 99
8.2.3 Imagerie dans un guide d’onde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
6 TABLE DES MATIÈRES
Introduction

On va s’intéresser dans ce cours à la résolution des équations de l’acoustique, de l’électroma-


gnétisme ou de l’élastodynamique dans un guide fermé, c’est à dire un milieu cylindrique de
section transverse bornée. Autrement dit, le milieu de propagation est de la forme Ω = S ×R
où S est un domaine borné de R2 (ou de R). S représente la section transverse du guide.
Si z désigne la coordonnée axiale, on suppose de plus que les propriétés du milieu sont
invariantes dans la direction z. Par exemple, en électromagnétisme, on supposera que la
permittivité diélectrique ε et la perméabilité magnétique µ sont telles que :
∂ε ∂µ
= 0 et = 0.
∂z ∂z
De même, pour un guide élastique (isotrope), on supposera que :
∂ρ ∂λ ∂µ
= 0, = 0 et =0
∂z ∂z ∂z
où ρ est la densité, et λ et µ les coefficients de Lamé.
On considérera dans tout le cours le problème fréquentiel, qui correspond au régime périodique
établi. Autrement dit, on cherchera des solutions sous la forme
<e f (x, y, z)e−iωt


où ω > 0 désigne la pulsation et où le champ inconnu f qui dépend des variables d’espace
prend des valeurs complexes.
Dans le premier chapitre, nous nous intéressons à un guide parfait (sans défaut) : nous mon-
trons alors que la propagation peut être décrite à l’aide de solutions particulières, à variables
séparées, appelés modes. Dans les chapitres suivants, nous montrons comment étudier ou
simuler l’effet d’un défaut ou d’une perturbation du guide sur un tel mode. On présentera en
particulier des méthodes permettant de calculer par éléments finis le champ diffracté par le
défaut : la difficulté concerne l’écriture de conditions aux limites non réfléchissantes sur les
frontières artificielles du domaine de calcul.
L’intérêt de la thématique de ce cours est double :
. D’une part, les guides d’ondes sont présents dans de nombreux domaines d’appli-
cations. Ils peuvent être naturels (la mer est un guide acoustique) ou fabriqués par
l’homme (ligne co-axiale, plaque élastique etc...). La présence du défaut peut à son
tour être accidentelle (fissure dans une plaque élastique) ou voulue (chambre d’ex-
pansion jouant le rôle de filtre dans un silencieux d’automobile). Pour un défaut non

7
8 TABLE DES MATIÈRES

souhaité, il est intéressant de pouvoir le localiser en mesurant sa réponse à une onde


incidente, c’est l’objectif du CND (Contrôle Non Destructif) par ultrasons. Pour une
perturbation voulue, l’intérêt de la simulation est d’accéder à une évaluation précise
de son effet.
. D’autre part, nous verrons que les guides d’ondes offrent un cadre assez simple
(on utilisera beaucoup la séparation de variables en coordonnées cartésiennes) pour
présenter et étudier des méthodes plus générales : en particulier, les techniques de
conditions transparentes que nous présenterons (opérateurs DtN et couches PML)
sont également utilisées pour des simulations dans des domaines de propagation qui
ne sont pas des guides, et peuvent être infinis dans 2 ou 3 directions.
Chapitre 1

Guides d’ondes fermés et solutions


modales

1.1 L’exemple du guide acoustique


1.1.1 Le guide acoustique bidimensionnel
On considère un fluide parfait compressible et homogène situé entre deux plaques planes
rigides parallèles situées en y = 0 et y = h. On s’intéresse alors aux ondes se propageant
dans le plan xy : autrement dit, on recherche des solutions indépendantes de la coordonnée
z. Le domaine bidimensionnel de propagation est donc de la forme

Ω = R × S avec S =]0, h[.

F IGURE 1.1 – Le guide acoustique 2D

Les équations
La perturbation de pression acoustique p est solution de l’équation des ondes dans le fluide
et la rigidité des parois se traduit par l’annulation de sa dérivée normale : en effet, d’après la
conservation de la quantité de mouvement, l’accélération des particules est proportionnelle

9
10 CHAPITRE 1. GUIDES D’ONDES FERMÉS ET SOLUTIONS MODALES

au gradient de la pression (ρ dvdt


+ ∇p = 0). Ainsi, en l’absence de source acoustique, p est
solution de  2
∂ p

 − c2 ∆p = 0 dans Ω,
∂t2 (1.1)
 ∂p = 0

sur ∂Ω,
∂ν
où ν désigne la normale unitaire extérieure à ∂Ω. En régime périodique établi, p(x, y, t) =
<e (p(x, y)e−iωt ), l’équation des ondes devient une équation de Helmholtz et p vérifie :
 2
 ∆p + ω p = 0 dans Ω,

c2 (1.2)
∂p
=0 sur ∂Ω.


∂ν
On introduit généralement la notation
ω
k=
c
qui désigne le nombre d’onde.

Les modes
Un mode est une solution de (1.2) à variables séparées :
p(x, y) = f (x)g(y).
En injectant cette forme dans l’équation de Helmholtz, on trouve :
d2 f d2 g
2
(x)g(y) + f (x) 2
(y) + k 2 f (x)g(y) = 0.
dx dy
Si p ne s’annule pas, ceci s’écrit aussi :
d2 f d2 g
dx2
(x) dy 2
(y)
+ + k2 = 0
f (x) g(y)
d’où l’on déduit que nécessairement, il existe deux constantes ζ et λ telles que :
d2 f
− (x) = ζ f (x) ∀x ∈ R,
dx2
d2 g
− 2 (y) = λ g(y) ∀y ∈]0, h[,
dy
ζ + λ − k 2 = 0,
et ceci reste vrai si p s’annule. On est alors conduit à résoudre le problème aux valeurs
propres suivant :
d2 g
− 2 (y) = λ g(y) ∀y ∈]0, h[,
dy
g 0 (0) = g 0 (h) = 0
1.1. L’EXEMPLE DU GUIDE ACOUSTIQUE 11

On vérifie qu’il existe une suite de valeurs propres


n2 π 2
λn = , n≥0
h2
associées aux fonctions propres suivantes
 nπy 
gn (y) = cos .
h
Il en résulte que la fonction fn associée doit vérifier l’équation
d2 f n
− (x) = βn2 fn (x) ∀x ∈ R
dx2
avec
n2 π 2
βn2 + = k2. (1.3)
h2
La fonction fn est donc une combinaison linéaire de eiβn x et de e−iβn x . Ceci nous conduit
finalement à poser
  nπy 
+
 pn (x, y) = cos eiβn x
n2 π 2

h
 nπy  avec βn2 + 2 = k 2 , n ≥ 0. (1.4)
 p− (x, y) = cos −iβn x h
e

n
h
En fait, ceci ne définit pas complètement βn et l’on doit distinguer trois cas :
r
n2 π 2 n2 π 2
1. Si 2 < k 2 , on pose βn = k 2 − 2 .
h h
Dans ce cas βn est réel et le mode est dit propagatif. En effet, rappelons nous que la
solution de l’équation des ondes correspondant à un mode d’amplitude An s’écrit :

p± ± −iωt

n (x, y, t) = <e An pn (x, y)e

soit encore  nπy 


p± <e An ei(±βn x−ωt) .

n (x, y, t) = cos
h
Il s’agit donc d’une onde qui se propage vers les x positifs (pour p+
n ) ou négatifs
(pour p−n ) avec la vitesse de phase
ω 1
VPn = = cq .
βn nπc 2

1− hω

Pour n = 0, c’est une onde plane qui se propage à la vitesse c : on parle de mode plan.
Pour n 6= 0, c’est une onde dispersive (la vitesse de phase dépend de la fréquence) et
il est intéressant de calculer sa vitesse de groupe

VG = .

12 CHAPITRE 1. GUIDES D’ONDES FERMÉS ET SOLUTIONS MODALES

En dérivant (1.3) par rapport à ω, on montre que que


dβn ω
2βn =2 2
dω c
qui s’écrit aussi
VPn VGn = c2 .
On en déduit : r
c2  nπc 2
VGn
= n =c 1− .
VP hω
Soulignons enfin qu’il n’existe à fréquence fixée qu’un nombre fini de modes propa-
gatifs !

F IGURE 1.2 – Vitesses de phase et vitesses de groupe des modes acoustiques

n2 π 2
q
2 2
2. Si 2 > k 2 , on pose βn = iγn avec γn = nhπ2 − k 2 . Dans ce cas βn est imagi-
h
naire pur et le mode est dit évanescent. La solution correspondante de l’équation des
ondes s’écrit cette fois :
 nπy 
p± e−γn x <e An e−iωt .

n (x, y, t) = cos
h
Il s’agit donc d’une onde qui décroit exponentiellement vers les x positifs (pour p+ n)

ou négatifs (pour pn ). Il existe à fréquence fixée une infinité de modes évanescents.
n2 π 2
3. Si 2 = k 2 , on a βn = 0. On dit dans ce cas que la pulsation ω correspond à la
h
fréquence de coupure du n-ième mode. En dessous de cette fréquence, le mode est
évanescent et au dessus, il est propagatif. Des phénomènes délicats surviennent aux
fréquences de coupure. On exclura donc ce cas dans la suite.
1.1. L’EXEMPLE DU GUIDE ACOUSTIQUE 13

1.1.2 Le guide acoustique tridimensionnel


On considère maintenant un fluide parfait compressible et homogène situé dans un tuyau
rigide. Le domaine tridimensionnel de propagation est donc de la forme
Ω=S×R
où S est un domaine borné de R2 . En régime périodique établi et en l’absence de source, la

F IGURE 1.3 – Le guide acoustique 3D

pression est à nouveau solution de (1.2).

Les modes d’un guide de section quelconque


La séparation de variables permet à nouveau de montrer que les modes du guide sont les
solutions de la forme :
p(x, y, z) = ϕ(x, y)eiβz
avec β ∈ C. Le champ transverse ϕ doit donc vérifier
  2 
ω 2
 ∆ϕ +
 − β ϕ = 0 dans S,
c2 (1.5)
 ∂ϕ = 0

sur ∂S,
∂ν
où ν désigne la normale unitaire extérieure à ∂S. Autrement dit, pour que p(x, y, z) =
2
ϕ(x, y)eiβz soit un mode du guide, il faut et il suffit que λ = ωc2 − β 2 soit une valeur propre
de l’opérateur (- Laplacien) dans S avec condition de Neumann et ϕ une fonction propre
associée, soit encore :
−∆ϕ = λϕ dans S,
(
∂ϕ (1.6)
=0 sur ∂S.
∂ν
Ce problème est bien connu mathématiquement et la théorie spectrale des opérateurs autoad-
joints permet de montrer le résultat suivant :
Théorème 1.1 Il existe une suite de réels positifs ou nuls λn (que l’on supposera rangée
dans l’ordre croissant) tendant vers +∞ et une famille de fonctions ϕn ∈ H 1 (S), formant
une base Hilbertienne de L2 (S), telles que :
−∆ϕn = λn ϕn dans S,
(
∂ϕn (1.7)
=0 sur ∂S.
∂ν
14 CHAPITRE 1. GUIDES D’ONDES FERMÉS ET SOLUTIONS MODALES

Clairement dans ce cas, la plus petite valeur propre est égale à 0. Elle est associée à la
fonction propre constante. Il pourra alors être commode de numéroter les valeurs propres à
partir de n = 0, d’où
λ0 = 0.

On peut facilement vérifier que cette valeur propre est simple et que donc λ1 > 0.

Remarque 1.2 Si l’on remplace la condition de Neumann par une condition de Dirichlet
homogène, le théorème reste valable. La seule différence est que la plus petite valeur propre
est cette fois strictement positive.

On trouve donc ainsi deux familles de modes



 p+ n (x, y, z) = ϕn (x, y)e
iβn z

(1.8)
 p− (x, y, z) = ϕ (x, y)e−iβn z
n n

où
 p
 pk 2 − λn si λn < k,
βn = 2
 i λn − k si λn > k,
0 si λn = k.

On retrouve alors exactement les mêmes propriétés que dans le cas bidimensionnel. Il existe
à fréquence fixée un nombre fini de modes propagatifs (dont un mode plan pour n = 0) et
une infinité de modes évanescents. Les fréquences de coupure sont données par la relation :
p
ω= λn c.

Les allures des vitesses de groupe et de phase sont identiques au cas 2D et l’on a encore :

VPn VGn = c2 .

Exemple du guide rectangulaire

Supposons que S = {(x, y)/0 < x < a et 0 < y < b} . On résout le problème de valeurs
propres (1.6) par séparation des variables x et y. On est alors naturellement amenés à utiliser
un double indiçage pour les éléments propres et on obtient :

n2 m2
 
2
λm,n = π +
a2  b2  (m, n) ∈ N2 (1.9)
nπx  mπy 
ϕm,n (x, y) = cos cos
a b
1.2. L’EXEMPLE DU GUIDE ÉLECTROMAGNÉTIQUE 15

Exemple du guide circulaire


Supposons maintenant que S = {(x, y)/x2 + y 2 < R2 } . En coordonnées polaires, le problème
(1.6) s’écrit :
  2
1 ∂ 2ϕ

∂ ϕ 1 ∂ϕ
 −
 + + 2 2 = λϕ pour 0 < θ < 2π et 0 < r < R,
∂r2 r ∂r r ∂θ (1.10)
∂ϕ
=0 en r = R,


∂r
qu’il faut compléter par des conditions de périodicité en θ. La séparation des variables r et θ
conduit à chercher des fonctions propres de la forme :
ϕ(r, θ) = f (r)einθ pour n ∈ Z.
En injectant cette forme dans le problème (1.10), on montre que f doit alors vérifier une
équation de Bessel :
d2 f n2
 
1 df
+ + λ− 2 f =0
dr2 r dr r
sur ]0, R[, et la condition aux limites
df
(R) = 0.
dr
Ceci montre que f est la solution non singulière en 0 de l’équation de Bessel, soit :

f (r) = Jn ( λr).
Toutes les valeurs de λ sont enfin obtenues comme solutions de :

Jn0 ( λR) = 0,
ce qui nous fournit à nouveau une suite doublement indicée
µ2n,m
λm,n = 2
R
0
où µn,m désigne le m-ième zéro de Jn (voir figure 1.4).

1.2 L’exemple du guide électromagnétique


On considère à nouveau un guide tridimensionnel
Ω=S×R
où S est un domaine borné de R2 , mais on s’intéresse maintenant à la propagation des ondes
électromagnétiques. On suppose que le milieu occupant Ω est homogène et isotrope (il s’agit
par exemple du vide) ; il est caractérisé par sa permittivité diélectrique ε et sa perméabilité
magnétique µ, qui sont deux constantes strictement positives. Enfin, on suppose que la paroi
du guide est parfaitement conductrice.
16 CHAPITRE 1. GUIDES D’ONDES FERMÉS ET SOLUTIONS MODALES

F IGURE 1.4 – Fonctions de Bessel

1.2.1 Les équations


En l’absence de sources et en régime périodique établi de pulsation ω > 0, le champ
électromagnétique (E, H) est solution des équations de Maxwell suivantes :
rot E = iωµH dans Ω,
rot H = −iωεE dans Ω, (1.11)
E∧ν =0 sur ∂Ω.
En prenant la divergence de chaque équation, on vérifie que de plus :
div E = div H = 0 dans Ω. (1.12)
Classiquement, on déduit de (1.11) que
rot rot E − ω 2 µεE = 0 dans Ω,
(1.13)
rot rot H − ω 2 µεH = 0 dans Ω.
Enfin, en utilisant l’identité vectorielle −∆ = rot rot − ∇(div), on vérifie que E et H sont
solutions d’équations de Helmholtz vectorielles :
ω2
∆E + E = 0 dans Ω,
c22 (1.14)
ω
∆H + 2 H = 0 dans Ω,
c
où l’on a posé c2 = 1/(µε).
En ce qui concerne la condition aux limites, on remarque que la normale ν est orthogonale
à l’axe 0z, de sorte que :
     
Ex νx −Ez νy
E ∧ ν =  Ey  ∧  νy  =  Ez νx .
Ez 0 E x νy − E y νx
1.2. L’EXEMPLE DU GUIDE ÉLECTROMAGNÉTIQUE 17

La condition de conducteur parfait pour la géométrie que nous considérons s’écrit donc fina-
lement :
Ez = 0 et Ex νy − Ey νx = 0 sur ∂Ω. (1.15)
En utilisant les deux premières équations de (1.11), on vérifie aussi que :
  
1 ∂ ∂Ez ∂Ez
Hx νx + Hy νy = (Ex νy − Ey νx ) − νy − νx = 0 sur ∂Ω.
iωµ ∂z ∂x ∂y
En prenant la 3ème composante du produit vectoriel de rot H par ν et en utilisant (1.11), on
obtient alors :
∂Hz ∂
− (Hx νx + Hy νy ) = 0 sur ∂Ω.
∂ν ∂z
En résumé, le champ magnétique vérifie finalement les conditions aux limites suivantes :
∂Hz
= 0 et Hx νx + Hy νy = 0 sur ∂Ω. (1.16)
∂ν

1.2.2 Les modes


On cherche maintenant à calculer les modes de ce guide électromagnétique, c’est-à-dire les
solutions de (1.11) de la forme :
E(x, y, z) = e(x, y)eiβz ,
(1.17)
H(x, y, z) = h(x, y)eiβz ,
avec β ∈ C. D’après ce que l’on a vu au paragraphe précédent, on sait déjà que ez et hz
doivent satisfaire aux équations suivantes :
  2 
ω 2
∆ez + − β ez = 0 dans S,

c2 (1.18)
ez = 0 sur ∂S,

et   2 
ω 2
 ∆hz +
 − β hz = 0 dans S,
c2 (1.19)
 ∂hz = 0

sur ∂S.
∂ν
Si on note (λN N
n , ϕn ), n ≥ 0 les éléments propres du Laplacien dans Ω pour la condition de
Neumann (vus plus haut) et (λD D
n , ϕn ), n > 0 les éléments propres du Laplacien dans Ω pour
la condition de Dirichlet (que l’on indexe à partir de n = 1 par commodité, en lien avec la
remarque 1.2), on peut affirmer que les solutions de (1.18) et (1.19) sont telles que :
ω2
ez 6= 0 ⇒ ∃n > 0 tel que − β 2 = λD D
n et ez = ϕn .
c2
De même :
ω2
hz 6= 0 ⇒ ∃n ≥ 0 tel que − β 2 = λN N
n et hz = ϕn .
c2
18 CHAPITRE 1. GUIDES D’ONDES FERMÉS ET SOLUTIONS MODALES

La question qui se pose alors est la suivante : connaissant ez et hz , peut-on retrouver ex , ey ,


hx et hy tels que toutes les équations soient vérifiées.
Pour répondre à cette question, il faut injecter la forme (1.17) dans (1.11). On obtient ainsi
les équations suivantes :
∂ez ∂hz
− iβey = iωµhx , − iβhy = −iωεex ,
∂y ∂y
∂ez ∂hz
iβex − = iωµhy , et iβhx − = −iωεey , (1.20)
∂x ∂x
∂ey ∂ex ∂hy ∂hx
− = iωµhz , − = −iωεez .
∂x ∂y ∂x ∂y
La première équation du premier système et la seconde du second peuvent être vues comme
un système linéaire d’inconnues ey et hx , ez et hz étant supposés donnés. De même, la
première équation du second système et la seconde du premier peuvent être vues comme
un système linéaire d’inconnues ex et hy , ez et hz étant supposés donnés. Ces 4 équations
peuvent alors s’écrire sous la forme suivante :
 
 2  

∂e z
 ∂h z
ω hx  ∂x 
−β 2
= −iωε  ∂y  − iβ  (1.21)
  
c2 hy ∂ez  ∂hz 

∂x ∂y
et  
 2  

∂h z
 ∂e z
ω 2 ex  ∂y   ∂x 
− β = iωµ − iβ 
 ∂ez 
 (1.22)
c2 ey ∂hz
 

∂x ∂y
On voit donc que la connaissance de ez et hz permet de retrouver ex , ey , hx et hy si et
seulement si
ω2
− β 2 6= 0.
c2
On est maintenant en mesure de présenter les trois familles de modes que l’on peut trouver
dans un guide électromagnétique.

Les modes Transverses Magnétiques (ou TM) Ces modes sont tels que Hz = 0 et Ez 6=
0. D’après (1.18), on a vu que nécessairement :

ω2
∃n > 0 tel que − β 2 = λD D
n et ez = ϕn .
c2
ω 2
Comme toutes les valeurs propres λD 2
n sont strictement positives, c2 − β 6= 0 et on peut
donc déterminer ex , ey , hx et hy par les formules (1.21) et (1.22). Tout comme dans le
cas acoustique, on peut affirmer qu’il n’existe qu’un nombre fini de modes TM propaga-
tifs (éventuellement aucun) et une infinité de modes TM évanescents.
1.2. L’EXEMPLE DU GUIDE ÉLECTROMAGNÉTIQUE 19

On pourra noter βnT M les constantes de propagation de ces modes qui sont solution de la
relation de dispersion suivante :
2 ω2
βnT M + λD
n = , n ≥ 1. (1.23)
c2

Les modes Transverses Electriques (ou TE) Ces modes sont tels que Ez = 0 et Hz 6= 0.
D’après (1.19), on a vu que nécessairement :
ω2
∃n ≥ 0 tel que 2
− β 2 = λN N
n et hz = ϕn .
c
Cette fois, il existe une valeur propre nulle, c’est λN
0 qui est associée à une fonction propre
N
ϕ0 constante sur S. Nous allons montrer que cette situation est en réalité interdite. En effet,
on déduit de (1.20) que
Z Z   Z
∂ey ∂ex
iωµ hz = − =− (ex νy − ey νx ) = 0.
S S ∂x ∂y ∂S

Donc si hz est constant, il est nul.


ω2
Pour toutes les autres valeurs propres λD 2
n avec n > 1, c2 − β > 0 et on peut là encore
déterminer ex , ey , hx et hy par les formules (1.22) et (1.21). A nouveau, il n’existe qu’un
nombre fini de modes TE propagatifs (éventuellement aucun) et une infinité de modes TE
évanescents.
On pourra noter βnT E les constantes de propagation de ces modes qui sont solution de la
relation de dispersion suivante :
2 ω2
βnT E + λN
n = 2, n ≥ 1. (1.24)
c
Remarque 1.3 On remarque que pour
q
ω < min(λD N
1 , λ1 ),

aucun des modes TE ou TM n’est propagatif.

Les modes Transverses Electromagnétiques (ou TEM) Ces modes sont tels que Ez = 0
et Hz = 0. D’après (1.22) et (1.21), on a nécessairement dans ce cas
ω2
− β2 = 0
c2
sinon tout le champ électromagnétique serait nul. Par ailleurs, en utilisant la dernière équation
du premier système de (1.20), l’équation (1.12) ainsi que la condition aux limites de conduc-
teur parfait
ex νy − ey νx = 0,
20 CHAPITRE 1. GUIDES D’ONDES FERMÉS ET SOLUTIONS MODALES

F IGURE 1.5 – Modes TE et TM d’un guide circulaire : à gauche, courbes de dispersion, à


droite, lignes de champ électrique

on déduit qu’il existe un potentiel ϕ tel que :


 
ex
= ∇ϕ
ey

et
∆ϕ = 0 dans S,
∂ϕ (1.25)
= 0 sur ∂S,
∂τ
où ∂/∂τ désigne la dérivée tangentielle.
∂ϕ
Si ∂S n’a qu’une composante connexe, = 0 implique que ϕ est constant sur ∂S, et donc
∂τ
sur S. On en déduit que le champ électromagnétique associé est identiquement nul et il n’y a
donc pas dans ce cas de modes TEM. En revanche, si ∂S a deux composantes connexes ∂S 1

F IGURE 1.6 – Cas où la frontière de S a 3 composantes connexes

et ∂S 2 , comme dans le cas d’un guide coaxial, on peut imposer une différence de potentiel
en posant par exemple :
ϕ = j − 1 sur ∂S j , j = 1, 2,
qui conduit à un potentiel ϕ non nul, et à un mode TEM associé non trivial.
1.3. BILAN ÉNERGÉTIQUE 21

Plus généralement, si ∂S a Nc > 1 composantes connexes, il existe Nc − 1 modes TEM


linéairement indépendants.
Contrairement aux modes TE et TM, les modes TEM existent à toute fréquence ω > 0 et ne
sont pas dispersifs puisqu’ils vérifient tous :
ω
= c.
β

1.3 Bilan énergétique


On revient pour simplifier au cas du guide acoustique tridimensionnel étudié dans le pa-
ragraphe 1.1.2. On considère un champ correspondant à une superposition de modes (en
nombre fini pour s’affranchir des questions délicates relatives à la convergence des séries) :
X
A+ iβn z
+ A− −iβn z

p= ne ne ϕn (1.26)
0≤n≤Nmax

où l’on a repris les notations (1.8). Les coefficients A± n sont des nombres complexes qui
représentent les amplitudes modales. On veut calculer le flux d’énergie moyen (sur une
période) transporté par ce champ à travers une section droite du guide.
On peut montrer, en revenant aux expressions temporelles, que le flux d’énergie moyen trans-
porté par le champ p à travers une surface Σ est donné par :
Z 
ωρ ∂p
JΣ = =m p dσ
2 Σ ∂ν

où ρ désigne la densité du fluide (la constante ωρ


2
est nécessaire pour que JΣ ait la bonne
dimension mais n’a aucune importance dans l’analyse qui va suivre).
Remarquons tout d’abord que si O ⊂ Ω, on a la formule de Green :

ω2 2
Z Z  
∂p 2
p dΣ = |∇u| − 2 |u| ,
∂O ∂ν O c
d’où Z 
∂p
=m p dσ = 0.
∂O ∂ν
Autrement dit le flux d’énergie moyen transporté par tout champ p, solution de l’équation de
Helmholtz, à travers une surface fermée est nul.
Considérons le cas particulier où O est une portion droite du guide Ω :

O = S×]za , zb [.

Alors on vérifie, en utilisant la condition de Neumann homogène sur la paroi du guide, que :
Z  Z 
∂p ∂p
=m p dx dy = =m p dx dy .
z=za ∂z z=zb ∂z
22 CHAPITRE 1. GUIDES D’ONDES FERMÉS ET SOLUTIONS MODALES

Ici on a aussi utilité le fait que la dérivée normale à une section transverse est la dérivée en z
(au signe près). Autrement dit, le flux moyen d’énergie moyen (sur une période) transporté
par le champ p à travers une section transverse du guide est indépendant de la position de
cette section (il est indépendant de z). Finalement, en exploitant la décomposition modale de
p, on obtient la

Proposition 1.4 Soit p de la forme (1.26), alors la quantité


Z 
∂p
J = =m p dx dy
z=z0 ∂z

est indépendante de z0 et on a
X X
− 2
J= βn (|A+
n |2
− |A n | ) + 2 =m(βn )=m(A− +
n An )
βn ∈R βn ∈iR

D ÉMONSTRATION . En injectant la forme (1.26) dans l’expression de J prise en z = 0, on


trouve : !
X
− + −
J = =m (A+n + An )iβn (An − An ) ,
0≤n≤Nmax

soit encore
!
X
− 2 − +
J = =m iβn (A+ 2
n | − |An | ) + 2βn =m(An An ) .
0≤n≤Nmax

Le résultat en découle.

D’après ce calcul, on trouve que les modes propagatifs transportent de l’énergie, vers les
z > 0 pour les modes + et vers les z < 0 pour les modes −. En revanche, les modes
évanescents ne transportent de l’énergie que s’il y a croisement du mode n + et du mode n
− (c’est ce qui produit par exemple l’effet tunnel). En particulier, on a le corollaire suivant :

Corollaire 1.5 Soit X


p= A+
ne
iβn z
ϕn .
0≤n≤Nmax

Alors pour tout z0 : Z 


∂p X
=m p dx dy = βn |A+ 2
n| .
z=z0 ∂z βn ∈R
Chapitre 2

Diffraction par un défaut à basse


fréquence

Ce chapitre a été rédigé à partir des notes prises et tapées par deux élèves de l’ENSTA qui ont
suivi ce cours en 2011-2012, Jonathan Viquerat et Emmanuel Cieren, que nous remercions
pour cela.

Dans le chapitre précédent, nous avons considéré un guide parfait, uniforme et infini dans la
direction axiale. Nous nous intéressons maintenant à l’effet produit par la présence dans le
guide d’un défaut. Il peut s’agir d’un obstacle ou d’une hétérogénéité contenus dans le guide
ou d’une déformation de la paroi du guide. Pour fixer les idées, nous traitons le cas d’un
guide acoustique tridimensionnel, tel que celui du paragraphe 1.1.2.
Dans ce chapitre, nous allons établir une formulation approchée du problème valable à basse
fréquence. L’idée est de tirer parti du fait qu’à basse fréquence, seul le mode plan peut se
propager dans le guide.

2.1 Position du problème


2.1.1 Le régime monomode
On note Ω0 = S × R le guide non perturbé, et Ω un guide perturbé. Plus précisément, Ω est
un domaine connexe qui coincide avec Ω0 hors d’un compact de R3 . La différence entre Ω
et Ω0 est appelée le défaut dans la suite.
Lorsque k est petit, ou plus précisément lorsque k 2 < λ1 1 , il existe un unique mode propa-
gatif, correspondant à λ0 = 0, β0 = k, et p0 (x, y, z) = ϕ0 e±ikz avec ϕ0 = √1 constante et
|S|
normalisée. Tous les autres modes sont évanescents et correspondent aux valeurs de n > 1.
On souhaiterait savoir ce qu’il advient du mode plan lorsqu’il “rencontre” le défaut du guide.
On s’attend en particulier à ce que l’interaction du mode plan avec le défaut produise une

1. Première valeur propre non nulle du laplacien avec condition de Neumann dans S

23
24 CHAPITRE 2. DIFFRACTION PAR UN DÉFAUT À BASSE FRÉQUENCE

réflexion et une modification de la transmission. On dit que le mode plan ϕ0 eikz ou ϕ0 e−ikz
est le mode incident, ou plus généralement l’onde incidente.

2.1.2 Mise en équations

Pour fixer les idées, on suppose que l’onde incidente vient de la gauche, et on pose donc :

pinc (x, y, z) = ϕ0 eikz .

Les équations du problème sont identiques à celles vues par exemple en (1.2), auxquelles
vont venir s’ajouter des conditions à l’infini :

 2
 ∆p + k p = 0
 dans Ω
∂p
=0 sur ∂Ω (2.1)
 ∂ν

Conditions à l’infini z → ±∞

On remarque que les deux premières équations sont homogènes. La donnée va intervenir
dans la condition vérifiée par la pression à l’infini.
Supposons que les défauts sont compris entre deux position z = z − et z = z + avec z − < z + .
Alors les guides semi-infinis z > z + et z < z − sont non perturbés (ils ne contiennent aucun
défaut). Les conditions à l’infini doivent assurer que :
— Pour z > z + , p décrit une onde qui se propage vers les z positifs ;
— Pour z < z − , p est la superposition de l’onde incidente pinc = ϕ0 eikz et d’une onde
se propageant vers les z négatifs. On notera pdif = p − pinc l’onde diffractée.
La situation est résumée sur la figure 2.1.

pinc
p
pdif

z
z− z+

F IGURE 2.1 – Ondes incidente et réfléchie par le défaut


2.2. DÉCOMPOSITION SUR LES MODES 25

2.2 Décomposition sur les modes


2.2.1 Dans une portion de guide droit
On suppose que p vérifie, dans une portion de guide droit S ×[a, b] les équations homogènes :
∆p + k 2 p = 0 dans S × [a, b]
(
∂p (2.2)
=0 sur ∂S × [a, b]
∂ν
Supposons pour simplifier que ∂S est C ∞ . Alors, si p ∈ L2 (S × [a, b]), on peut montrer que
p est C ∞ dans S × ]a, b[.
A z fixé, on note p(z) la fonction (x, y) → p(x, y, z). Par ailleurs, par abus de notation, on
notera toujours S une section transverse du guide, quelle que soit sa position. Comme p est
très régulière, on peut affirmer en particulier que p(z) ∈ L2 (S). Les (ϕn ) formant une base
Hilbertienne de L2 (S), p(z) admet donc la représentation suivante (la série convergeant dans
L2 (S)) :

X
p(x, y, z) = an (z)ϕn (x, y) (2.3)
n=0
avec Z
an (z) = (p(z), ϕn )L2 (S) = p(x, y, z)ϕn (x, y)dx dy.
S
En dérivant cette identité sous le signe intégral, on obtient alors :

d2 an ∂ 2p
Z
(z) = ϕn (x, y) 2 (x, y, z)dx dy (2.4)
dz 2 S ∂z
∂ 2p
Or = −∆x,y p − k 2 p. La formule de Green permet alors d’écrire :
∂z 2
Z Z Z  
∂p ∂ϕn
(−∆x,y p) ϕn = p (−∆x,y ϕn ) − ϕn −p = λn an (z) (2.5)
S S | {z } ∂S ∂ν ∂ν
=λn ϕn | {z }
= 0 grâce aux conditions aux limites

Donc, an vérifie l’équation différentielle


d 2 an 2

(z) = λn − k an (z),
dz 2 | {z }
2
−βn

dont la solution est une somme d’exponentielles complexes.


Finalement, on a montré que dans toute portion de guide droit, une solution de (2.2) s’écrit
sous la forme : ∞
X
A+ iβn z
+ A− −iβn z

p(x, y, z) = ne ne ϕn (x, y) (2.6)
n=0
26 CHAPITRE 2. DIFFRACTION PAR UN DÉFAUT À BASSE FRÉQUENCE

Remarque 2.1 On peut être tenté de retrouver ce résultat plus simplement en appliquant
l’opérateur ∆ + k 2 à la série (2.3). Mais cela n’est pas rigoureux car on n’a pas le droit de
dériver deux fois sous le signe somme. D’ailleurs, on remarque que cette méthode ne ferait
jamais intervenir les conditions aux limites vérifiées par p et par les ϕn , alors qu’elles sont
très importantes.

2.2.2 Dans les guides d’entrée et de sortie


Nous avons montré que dans toute portion de guide droit, le champ p s’écrit comme une
superposition de modes allant vers la droite et vers la gauche. On peut appliquer ce résultat
aux guides d’entrée et de sortie, en tenant compte des comportements à l’infini souhaités.
Par exemple, dans le guide de sortie, pour z > z + , la solution du problème de diffraction doit
se propager vers les z > 0, d’où A− 2
n = 0 ∀n ∈ N. On a donc, en se rappelant que k < λ1 :


X
p(x, y, z) = A+
ne
iβn z
ϕn (x, y)
n=0

eiβn (z−z ) ϕn (x, y)
+
X
p(z + ), ϕn

= L2 (S)
n=0

que l’on peut encore écrire, en notant γn =λn − k 2 pour n > 0 :
p(z + ), ϕ0 L2 (S) eik(z−z ) ϕ0 (x, y)
 +
p(x, y, z) =
+
X
p(z + ), ϕ

e−γn (z−z ) ϕ (x, y)
+ (2.7)
n L2 (S) n
n>0
+
On remarque que pour z−z suffisamment grand, les termes évanescents deviennent négligeables,
de sorte que la pression devient proportionnelle à une onde plane.
Dans le guide d’entrée, on peut procéder de la même façon à condition de considérer le
champ diffracté pdif = p − pinc . Pour z < z − , on a :

pdif (z − ), ϕ0 L2 (S) e−ik(z−z ) ϕ0 (x, y)

pdif (x, y, z) =

(2.8)
X
pdif (z − ), ϕn L2 (S) eγn (z−z ) ϕn (x, y)

+
n>0

Là encore, si z − z est suffisamment grand, les modes évanescents deviennent négligeables
et la pression est la superposition des deux ondes planes se propageant dans des sens opposés.
On notera dans la suite :
I = pinc (z − ), ϕ0 L2 (S) , R = pdif (z − ), ϕ0 L2 (S) et T = p(z + ), ϕ0 L2 (S)
  
(2.9)

Le nombre I = eikz de module 1 détermine la phase de l’onde incidente, et R et T sont les
coefficients de réflexion et de transmission. En résumé, on a donc :
(  
ik(z−z − ) −ik(z−z − )
Ie + Re ϕ0 + des termes évanescents, si z < z −
p(x, y, z) = +
T eik(z−z ) ϕ0 + des termes évanescents, si z > z +
(2.10)
2.2. DÉCOMPOSITION SUR LES MODES 27

2.2.3 Bilan énergétique


Supposons qu’il existe p vérifiant les équations (2.1) et de la forme (2.7) et (2.8) dans les
demi-guides d’entrée et de sortie.
On note Ωb = S × [z − , z + ] et on suppose que p|Ωb ∈ H 1 (Ωb ). En remarquant que :
Z Z Z
2
 2 2 2 ∂p
− ∆p + k p p = |∇p| − k |p| − p = 0, (2.11)
Ωb Ωb ∂Ωb ∂ν

on obtient : Z 
∂p
Im p =0
∂Ωb ∂ν

ce qui revient à dire que le flux d’énergie qui traverse ∂Ωb pendant une période est nulle. Or,
∂p
sur le bord du cylindre, = 0, d’où :
∂ν
Z 
∂p
= 0, avec Σ± = (x, y, z) ∈ Ω, z = z ±

Im p (2.12)
Σ+ ∪Σ− ∂ν
En procédant comme dans le paragraphe 1.3, on vérifie alors la relation fondamentale sui-
vante :
|R|2 + |T |2 = 1 (2.13)
Notons que cette relation est exacte, si k 2 < λ1 , contrairement à ce que nous allons faire
dans la suite qui reposera sur une approximation.
Remarque 2.2 Tout ce que nous venons de dire reste vrai en l’adaptant si la section du guide
de sortie est différente de celle du guide d’entrée. Plus précisément, notons S1 la section du
guide d’entrée et S2 celle du guide de sortie. On note alors ϕi0 la constante normalisée,
première fonction propre du Laplacien avec condition de Neumann, dans S i de sorte que :
1
ϕi0 = p
|Si |
La solution p du problème de diffraction est alors de la forme :
(  − −

I1 eik(z−z ) + R1 e−ik(z−z ) ϕ10 + des termes évanescents, si z < z −
p(x, y, z) = +
T2 eik(z−z ) ϕ20 + des termes évanescents, si z > z +
(2.14)
Cette fois, les coefficients de réflexion et de transmission, définis comme le rapport de l’am-
plitude de l’onde plane réfléchie ou transmise sur l’amplitude de l’onde plane incidente, sont
donnés par :
R1 ϕ10 T2 ϕ20
R= et T =
I1 ϕ10 I1 ϕ10
de sorte que (en notant |Si | la surface de la section Si ) :
|S1 |
|R| = |R1 | et |T | = |T2 | .
|S2 |
28 CHAPITRE 2. DIFFRACTION PAR UN DÉFAUT À BASSE FRÉQUENCE

Finalement, la conservation de l’énergie prend alors la forme suivante :

|R1 |2 + |T2 |2 = 1

soit
|S2 |
|R|2 + m |T |2 = 1 où m = . (2.15)
|S1 |

2.3 Formulation variationnelle et analyse mathématique


2.3.1 Choix de l’inconnue
Il est possible de choisir comme inconnue du problème soit le champ total p, soit le champ
diffracté pdif . Voyons quel problème chacune de ces deux inconnues vérifie : dans le cas
du champ total p, la condition de Neumann satisfaite sur le bord du domaine perturbé Ω est
homogène :

∂p
= 0 sur ∂Ω
∂ν
Au premier abord, on ne voit pas comment tenir compte de la donnée, c’est à dire de l’onde
incidente qui intervient dans l’expression de p dans le guide d’entrée.
Il est donc tentant de considérer comme inconnue le champ diffracté. On vérifie facilement
qu’il satisfait aux équations suivantes :

∆pdif + k 2 pdif = 0


 dans Ω

∂pdif ∂pinc (2.16)
= − sur ∂Ω
 ∂ν ∂ν

Cette fois l’onde incidente apparait au second membre de la condition de Neumann, comme
une donnée classique. On peut remarquer que ce second membre est nul partout sauf sur le
défaut, puisque la dérivée normale de l’onde incidente est nulle sur la frontière du guide non
perturbé.
Pourtant, nous allons voir qu’il est possible, et même préférable, de travailler en champ total.

2.3.2 Restriction à un domaine borné


Supposons que l’on connaisse p sur le domaine borné Ωb . Alors a fortiori, on connait p sur les
frontières Σ± = {(x, y, z) ∈ Ω, z = z ± }. On peut donc à l’aide des formules (2.8) et (2.7)
reconstruire p partout. Il est donc légitime de chercher à écrire une formulation du problème
de diffraction restreinte à ce domaine borné Ωb . Ceci nous sera utile, à la fois pour la théorie
et pour la méthode numérique. Essayons donc d’écrire une formulation variationnelle dans
Ωb . On a ∀q ∈ H 1 (Ωb ) :
2.3. FORMULATION VARIATIONNELLE ET ANALYSE MATHÉMATIQUE 29

Z Z
2
 ∂p
∇p · ∇q − k p q − q = 0.
Ωb Σ+ ∪Σ− ∂ν
La difficulté est que l’on ne connait ni p, ni sa dérivée normale sur les frontières artificielles
Σ+ et Σ− . On ne peut donc pas imposer de condition de Dirichlet ou de Neumann. Que
faire ?
L’idée est que justement, comme Σ+ et Σ− sont des frontières artificielles, on peut les pla-
cer suffisamment loin du défaut, afin qu’il ne reste plus en z − et z + que les ondes planes
progressives. Or eikz vérifie la relation suivante :
d ikz
e = ikeikz .
dz
Ceci nous conduit naturellement à considérer les conditions aux limites approchées sui-
vantes :
∂p
' ikp
∂ν Σ+  (2.17)
∂p ∂pinc
' ikp + − ikpinc
∂ν Σ− ∂ν
Ces conditions sont approchées puisque nous avons négligé les modes évanescents.

Remarque 2.3 Une condition aux limites du type


∂p
= αp
∂ν
est appelée une condition de Robin.

On considère donc le problème suivant :

∆p + k 2 p = 0 dans Ωb





 ∂p
 ∂ν = 0 sur ∂Ωb ∩ ∂Ω



∂p (2.18)

 = ikp sur Σ+


 ∂ν
 ∂p = ikp + g sur Σ−



∂ν
où l’on a noté g la donnée qui s’exprime en fonction de l’onde incidente :
∂pinc
g= − ikpinc = −2ikpinc .
∂ν
Cette formulation du problème n’est valable qu’en régime monomode. Dès que plusieurs
modes peuvent se propager dans le guide, il faut procéder d’une façon plus subtile comme
on le verra au chapitre suivant.
30 CHAPITRE 2. DIFFRACTION PAR UN DÉFAUT À BASSE FRÉQUENCE

2.3.3 Théorèmes
Commençons par rappeler quelques théorèmes et définitions, qui nous permettront de mon-
trer l’existence et l’unicité de la solution pour le problème (2.18).

Théorème 2.4 (Alternative de Fredholm) Soit H un espace de Hilbert et soit K un opérateur


compact 2 sur H. Alors, I + K surjectif ⇐⇒ I + K injectif.

En substance, le théorème 2.4 indique que lorsque l’on cherche à résoudre u + Ku = f avec
K compact, on a l’alternative suivante :
— Soit ∀f on a une solution unique ;
— Soit l’équation homogène admet n solutions indépendantes, et l’on ne peut résoudre
l’équation complète qu’avec n conditions d’orthogonalité sur f .
Pour écrire le problème sous la forme abstraite (I + K)u = f , nous aurons recours au
théorème de représentation de Riesz :

Théorème 2.5 Soit f une forme linéaire continue sur un espace de Hilbert H. Alors, ∃!y ∈
H tel que ∀x ∈ H, f (x) = (x, y)H .

On remarque tout de suite la ressemblance avec le théorème de Lax-Milgram, qui englobe


en fait le théorème de représentation de Riesz.
Pour établir la compacité de l’opérateur K, nous aurons besoin du théorème suivant :
Théorème 2.6 (Rellich) Soit Ωb un domaine borné. De toute suite bornée (un ) de H 1 (Ωb ),
on peut extraire une sous-suite, à nouveau notée (un ), telle que (un ) converge vers u dans
L2 (Ωb ) et un ∂Ωb converge vers u ∂Ωb dans L2 (∂Ωb ).
La première partie de ce théorème exprime en fait l’injection compacte de H 1 (Ωb ) dans
L2 (Ωb ). C’est un résultat du à Rellich. 3 .

2.3.4 Existence et unicité


La formulation variationnelle associée au problème (2.18) est la suivante :

trouver p ∈ H 1 (Ωb ), tel que ∀q ∈ H 1 (Ωb ),


Z Z Z
2
 (2.19)
∇p · ∇q − k pq − ik pq = gq.
Ωb Σ+ ∪Σ− Σ−

La formulation faible (2.19) est équivalente à l’expression suivante


Z Z Z
2

(p, q)H 1 (Ωb ) − k + 1 pq − ik pq = gq. (2.20)
Ωb Σ+ ∪Σ− Σ−

Par le théorème de Riesz, on définit l’opérateur K, continu de H 1 (Ωb ) dans lui-même, par :
2. Si (Un ) est une suite bornée de H, alors (KUn ) admet une sous-suite convergente dans H.
3. Remarquons que ce résultat n’est plus vrai sur un domaine non borné.
2.3. FORMULATION VARIATIONNELLE ET ANALYSE MATHÉMATIQUE 31

Z Z
2

(Kp, q)H 1 (Ωb ) = k + 1 pq − ik pq
Ωb Σ+ ∪Σ−

ainsi que l’élément f ∈ H 1 (Ωb ) tel que :


Z
(f, q)H 1 (Ωb ) = gq.
Σ−

L’égalité précédente se ramène alors à (p + Kp, q)H 1 (Ωb ) = (f, q)H 1 (Ωb ) , vraie pour tout q,
soit encore (I + K)p = f . Reste à montrer la compacité de K.

Compacité de K Soit p ∈ H 1 (Ωb ) :


Z Z
kKpk2H 1 (Ωb ) 2
  
= (Kp, Kp)H 1 (Ωb ) = − k + 1 p Kp − ik p Kp .
Ωb Σ+ ∪Σ−

D’après l’inégalité de Cauchy-Schwarz :

kKpk2H 1 (Ωb ) 6 k 2 + 1 kpkL2 (Ωb ) kKpkL2 (Ωb ) + k kpkL2 (Σ+ ∪Σ− ) kKpkL2 (Σ+ ∪Σ− ) . (2.21)


Étant donnée la continuité de la trace et le fait que k·kL2 6 k·kH 1 , il vient :


 
kKpkH 1 (Ωb ) 6 C kpkL2 (Ωb ) + kpkL2 (Σ+ ∪Σ− ) . (2.22)
Supposons alors (pn ) bornée dans H 1 (Ωb ). D’après le théorème 2.6, il existe une sous-suite
qui converge dans L2 (Ωb ) et telle que sa trace converge dans L2 (Σ+ ∪ Σ− ). Or, d’après
l’inégalité précédente, on voit que, ∀(n, m) ∈ N2 :
 
kKpn − Kpm kH 1 (Ωb ) 6 C kpn − pm kL2 (Ωb ) + kpn − pm kL2 (Σ+ ∪Σ− ) (2.23)
d’où (Kpn ) est une suite de Cauchy et converge. Il vient alors que K est compact par
définition.

Unicité Avoir I + K injectif équivaut à avoir l’unicité, qui équivaut aussi à avoir l’asser-
tion : p solution pour g = 0 =⇒ p = 0. Prenons alors g = 0 et q = p dans (2.19) : il
vient
Z Z 
2 2 2 2
=m |∇p| − k |p| − ik |p| = 0 (2.24)
Ωb Σ+ ∪Σ−
qui implique
Z 
2
=m |p| = 0. (2.25)
Σ+ ∪Σ−
∂p
On en déduit alors que p est nul sur Σ+ ∪ Σ− , et donc ∂ν = 0 d’après les conditions aux
limites du problème (2.18). Il reste alors à invoquer le théorème de Holmgren :
32 CHAPITRE 2. DIFFRACTION PAR UN DÉFAUT À BASSE FRÉQUENCE

∂u
Théorème 2.7 (Holmgren) Soit u telle que ∆u + k 2 u = 0 sur un ouvert Θ et u = ∂ν
=0
sur une partie Γ ⊂ ∂Θ telle que |Γ| =
6 0. Alors, u ≡ 0 sur Θ.

L’unicité résulte directement de ce théorème.

2.4 Méthodes d’approximation par ondes planes


Considérons un guide perturbé constitué d’une succession de tronçons de guides droits. A
basse fréquence, la solution loin des discontinuités ressemble à une superposition d’ondes
planes. Peut-on trouver un modèles simplifié qui se réduise à la recherche des amplitudes
complexes de ces ondes planes ? C’est une idée qui a été largement développée par les acous-
ticiens et qui fonctionne étonnamment bien à basse fréquence.

2.4.1 Expansion brusque


On s’intéresse à une géométrie du type de celle présentée en figure 2.2. On cherche la so-
lution p comme superposition d’une onde plane incidente et d’une onde plane réfléchie à
gauche (z < 0) et comme une onde plane transmise à droite (z > 0). Il reste alors à impo-
ser des conditions raisonnables en z = 0 pour déterminer les amplitudes R et T des ondes
réfléchies et transmises en fonction de l’amplitude I de l’onde incidente, que l’on prend
égale à 1.

p = eikz + Re−ikz p = T eikz


S1
S2
z
z=0

F IGURE 2.2 – Expansion brusque du guide d’ondes

On se propose d’imposer la continuité de la pression et la continuité du flux. La continuité


de p en z = 0 s’écrit simplement 1 + R = T .
Pour écrire la continuité du flux, on se rappelle qu’en vertu des équations d’Euler, la vitesse
est proportionnelle au gradient de la pression. Par conséquent, la continuité du flux entre
l’entrée et la sortie s’écrit
∂p ∂p
|S1 | (z = 0− ) = |S2 | (z = 0+ )
∂z ∂z
soit
(1 − R)|S1 | = T |S2 |.
2.4. MÉTHODES D’APPROXIMATION PAR ONDES PLANES 33

En notant à nouveau m le rapport des sections :

|S2 |
m= ,
|S1 |

il vient alors :

2 1−m
T = et R = (2.26)
1+m 1+m
On peut remarquer que ces coefficients satisfont la relation de conservation de l’énergie
(2.15) que vérifie la solution exacte. En particulier, mT 2 est toujours inférieur à 1. Ceci
conduit à considérer comme mesure de l’atténuation la quantité classiquement utilisée en
acoustique suivante :
 
1
A(k) = log (2.27)
m |T |2
qui est toujours positive, et qui est d’autant plus grande que la transmission est faible.
On trouve ici :   
1 1
A(k) = log +m+2 (2.28)
4 m

Remarque 2.8 — L’atténuation est minimale pour m = 1 (pas de perturbation).


— L’expression (2.28) est indépendante de k car le milieu est infini dans la direction z ;
— L’expression de A est symétrique en m et 1/m, l’atténuation dans ce modèle est donc
identique pour un cas petite section vers grosse section, et pour un cas grosse section
vers petite section. Ceci n’est pas très intuitif !

2.4.2 Chambre d’expansion


Considérons maintenant un cas un peu plus complexe et très important dans les applications.
Il s’agit de la chambre d’expansion représentée sur la figure 2.3.

p = eikz + Re−ikz p = p2 eikz + q2 e−ikz p = T eikz


S1 S1
S2
z
z=0 z=L

F IGURE 2.3 – Chambre d’expansion agissant comme un filtre en fréquence

C’est sur ce dispositif que repose en partie le fonctionnement d’un pot d’échappement.
34 CHAPITRE 2. DIFFRACTION PAR UN DÉFAUT À BASSE FRÉQUENCE

De même que dans la section 2.4.1, écrivons la continuité de p et du flux aux interfaces :

 1 + R = p2 + q2
p2 eikL + q2 e−ikL = T eikL


(2.29)

 ikS1 (1 − R) = ikS2 (p2 − q2 )
ikS2 p2 eikL − q2 e−ikL = ikS1 T eikL

Le calcul fournit alors l’expression suivante de l’atténuation :


 2 !
1 1
A(k) = log 1 + m− sin2 (kL) (2.30)
4 m
L’expression (2.30) est à nouveau symétrique en m et 1/m, mais présente une dépendance
périodique en k : la chambre d’expansion agit comme un filtre en fréquence.

0.2
A(k)

0.1

0
0 π 2π 3π
kL
F IGURE 2.4 – Fonction d’atténuation associée à la chambre d’expansion de la figure 2.3,
pour m = 0.5.
Chapitre 3

Les opérateurs DtN et le principe


d’absorption limite

Dans le chapitre précédent, nous avons obtenu et étudié une formulation approchée pour
modéliser la diffraction d’un mode propagatif par un défaut dans un guide d’onde. Cette
méthode n’était valable qu’en régime monomode, et donc à basse fréquence. Nous nous
intéressons maintenant au cas général, lorsque plusieurs modes peuvent se propager dans
le guide. Tout comme dans le chapitre précédent, le problème de diffraction est posé dans
un domaine non-borné, et nous allons en écrire une formulation posée dans un domaine
borné. L’objectif est alors de définir et de justifier une condition transparente exacte, dite de
Dirichlet-to-Neumann (ou DtN), sur les frontières artificielles de ce domaine. L’un des outils
que nous introduirons pour cela est le principe d’absorption limite, qui consiste à définir
la solution du problème comme la limite des solutions de problèmes dissipatifs bien posés,
lorsque la dissipation tend vers 0. Nous verrons au chapitre suivant que la formulation avec
DtN permet de résoudre le problème de diffraction par une méthode d’éléments finis.

3.1 La nécessité d’une condition de rayonnement


Pour fixer les idées, on considère un problème posé dans un guide acoustique semi-infini
tridimensionnel de section transverse S, qui est localement perturbé. On suppose que la
perturbation est localisée dans le demi-espace z < 0 comme sur la figure ci-dessous. De

F IGURE 3.1 – La géométrie

35
36CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE

plus, au lieu de considérer la diffraction produite par une onde incidente, nous considérons
le rayonnement produit par une source agissant sur la frontière gauche du domaine. Mais
comme on l’a vu dans le paragraphe 2.3.1, on peut aisément transformer un problème de
diffraction en un problème de rayonnement et ce n’est donc aucunement une restriction.
Nous nous intéressons donc à l’étude du problème suivant :

∆p + k 2 p = 0 dans Ω,




 ∂p

=0 sur ∂Ω\Γ, (3.1)
 ∂ν
 ∂p = g



sur Γ,
∂ν
où g est une fonction donnée de L2 (Γ).
La difficulté est que tel quel, ce problème est mal posé. On s’en convainc aisément en
considérant le cas particulier d’un demi-guide droit de la forme Ω = S × R+ avec Γ =
S × 0. En effet, dans ce cas, comme on l’a vu dans le paragraphe 2.2.1, une solution p est
nécessairement de la forme :

X
A+ iβn z
+ A− −iβn z

p(x, y, z) = ne ne ϕn (x, y)
n=0

où l’on rappelle que (ϕn )n≥0 est une base Hilbertienne de L2 (S) formée des fonctions
propres de l’opérateur Laplacien avec condition de Neumann homogène au bord, les valeurs
propres associées λn étant rangées par ordre croissant :

−∆ϕn = λn ϕn dans S,
(
∂ϕn (3.2)
=0 sur ∂S,
∂ν
 p
 pk 2 − λn si λn < k,
βn = 2 (3.3)
 i λn − k si λn > k,
0 si λn = k.
En admettant que l’on peut dériver la série, on en déduit que :

∂p ∂p X

iβn A+

(x, y, 0) = − (x, y, 0) = − n − An ϕn (x, y)
∂ν ∂x n=0

car ν désigne la normale à Γ orientée vers l’extérieur de Ω.


Il reste à imposer la condition aux limites. Comme les (ϕn ) forment une base Hilbertienne
de L2 (S), on a :
∂p −
= g sur Γ ⇐⇒ (g, ϕn )L2 (Γ) = −iβn A+

n − An , ∀n ∈ N.
∂ν
A ce stade, on se trouve confronté au fait que le problème (3.1) est clairement mal posé :
3.2. LE PROBLÈME DISSIPATIF 37

1. Si l’un des βn est nul, on voit que le problème ne peut avoir de solution que si
(g, ϕn )L2 (Γ) = 0. Autrement dit, si ω est une fréquence de coupure, il n’existe pas de
solution pour toute donnée g. C’est pourquoi dans la suite nous supposerons que ω
n’est pas une fréquence de coupure.
2. Par ailleurs, il est clair que pour chaque entier n, nous n’avons qu’une équation pour

deux inconnues A+ n et An . Il existe donc une infinité de solutions. Ceci vient du fait
que nous n’avons rien imposé à la solution à l’infini.
On pourrait espérer rétablir l’unicité de la solution en imposant à la solution p d’appartenir
à un espace fonctionnel bien choisi, par exemple H 1 (Ω). Malheureusement, cela n’est pas la

bonne démarche pour notre problème. En effet, une telle condition imposerait A+ n = An = 0
pour tout les modes propagatifs (λn < k), ce qui n’est possible que si pour ces indices n,
(g, ϕn )L2 (Γ) = 0. A nouveau, on perdrait l’existence de la solution pour certaines données.
En fait, la solution du problème qui est pertinente du point de vue physique est celle pour
laquelle A− n = 0, ∀n ∈ N, et qui s’écrit donc :

X
p(x, y, z) = A+
ne
iβn z
ϕn (x, y) (3.4)
n=0

avec
1
A+
n = − (g, ϕn )L2 (Γ) .
iβn
En effet, on a vu à la fin du chapitre 1 que les modes + transportent de l’énergie vers les z > 0
contrairement aux modes -. Pour le problème que nous considérons, l’énergie est produite
par le terme source g et ne peut que se propager vers l’infini, c’est à dire vers la droite.
Le fait d’imposer à la solution d’être de la forme (3.4) dans la zone non perturbée du guide est
ce qu’on appelle une condition de rayonnement. Une solution de cette forme est dite sortante.
On espère donc pour voir montrer le caractère bien posé du problème (3.1) à condition
— que ω ne soit pas une fréquence de coupure,
— que l’on impose à la solution d’être sortante.
On va partiellement attendre cet objectif dans la suite de ce chapitre.

3.2 Le problème dissipatif


En fait, la difficulté que nous avons décrite dans la section précédente résulte du fait que
l’on considère un modèle non dissipatif. En effet, lorsque l’on parle de régime périodique
établi, cela signifie que la source (représentée par la fonction g dans le problème (3.1)) émet
des ondes en permanence. Comme ces ondes se propagent indéfiniment dans le guide et
qu’elles ne sont pas dissipées, on comprend que la solution du régime périodique établi soit
d’énergie infinie (c’est-à-dire qu’elle ne soit pas dans H 1 (Ω)). Si l’on prenait en compte
les mécanismes de dissipation d’énergie (frottement, dissipation thermique, etc...) qui sont
toujours présents dans la réalité physique, les ondes produites par la source seraient dissipées
au cours de leur propagation, et l’on pourrait s’attendre à trouver une solution d’énergie finie
pour le régime établi. C’est ce que nous allons vérifier maintenant.
38CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE

3.2.1 Prise en compte de la dissipation


Un modèle simple comportant un mécanisme de dissipation est obtenu en remplaçant (1.1)
par le problème suivant :
 2
∂ p ∂p

 + η − c2 ∆p = 0 dans Ω,
∂t2 ∂t (3.5)
 ∂p = 0

sur ∂Ω,
∂ν
∂p
où η est un paramètre positif. En multipliant l’équation par et en intégrant sur le domaine
∂t
Ω, on obtient l’égalité
Z 2  2
∂ p ∂p ∂p ∂p
2
+η − c2 ∆p =0
Ω ∂t ∂t ∂t ∂t
qui conduit, après intégration par parties et utilisation de la condition aux limites, au résultat
suivant :
Lemme 3.1 Soit p une solution de (3.5). Alors on a l’identité d’énergie suivante :
Z  2
d ∂p
E(t) = −η
dt Ω ∂t
où l’énergie E(t) à l’instant t est donnée par :
!
Z 2
1 ∂p
E(t) = + c2 |∇p|2 .
2 Ω ∂t
On voit donc que si η > 0, l’énergie va décroitre au cours du temps. Il s’agit donc bien
d’un phénomène de dissipation. Si l’on s’intéresse au régime périodique établi, p(x, y, t) =
<e (p(x, y)e−iωt ), on vérifie que p doit être solution de l’équations suivante :
 2 
ω
∆p + + iωη p = 0
c2
Autrement dit, on retrouve une équation de Helmholtz, comme dans le cas non dissipatif, à
ceci près que le nombre d’onde k n’est plus un nombre réel, mais admet une partie imaginaire
positive. Comme nous nous intéressons à des phénomènes faiblement dissipatifs (η petit),
nous écrirons dans la suite le problème dissipatif sous la forme suivante :
 2
 ∆p + kε p = 0 dans Ω,

 ∂p

=0 sur ∂Ω\Γ,
∂ν (3.6)
∂p


=g sur Γ,


∂ν
où
kε = k + iε
avec ε un nombre réel positif destiné à tendre vers 0.
3.2. LE PROBLÈME DISSIPATIF 39

3.2.2 Caractère bien posé du problème dissipatif


Nous allons vérifier que, comme on l’avait prévu, le problème dissipatif a une solution
d’énergie finie. En effet, il admet la formulation variationnelle suivante :
 1 1
 p ∈ H (Ω), ∀q ∈ H (Ω),

Z Z Z (3.7)
2

 ∇p · ∇q̄ − kε p q̄ = g q̄ dγ,
Ω Ω Γ

et on a le résultat de coercivité suivant :

Proposition 3.2 ∀v ∈ H 1 (Ω) on a :


Z Z
2
|∇v| − kε 2
|v|2 ≥ Cε |kε | kvk2H 1 (Ω) .
Ω Ω

D ÉMONSTRATION . Notons tout d’abord que :


 Z Z   Z Z 
1 2 2 2 1 2 2
=m |∇v| − kε |v| = −ε |∇v| + |v|
kε Ω Ω |kε |2 Ω Ω

et comme |z| ≥ |=m(z)| , on obtient :


Z Z   Z Z 
1 2 2 1
|∇v| − kε2
|v| ≥ε 2
2 2
|∇v| + |v| ≥ Cε kvk2H 1 (Ω)
kε Ω Ω |k ε | Ω Ω

où  
1
C = min ,1
|kε |2
qui conduit au résultat.


Ce résultat montre, en vertu du théorème de Lax-Milgram, que le problème (3.7) est bien
posé.

Théorème 3.3 Si ε > 0, alors le problème (3.6) admet une unique solution pε ∈ H 1 (Ω).

3.2.3 L’idée du principe d’absorption limite


Résumons ce que nous avons vu jusqu’à maintenant.
Le problème (3.1) non dissipatif (c’est à dire avec une nombre d’onde k réel) n’est pas bien
posé dans H 1 (Ω). En revanche, dès que l’on ajoute à k une petite partie imaginaire ε (qui
peut rendre compte des phénomènes de dissipation présents dans la réalité), le problème
devient bien posé dans H 1 (Ω). L’idée du principe d’absorption limite est de montrer que
la solution pε du problème dissipatif admet une limite p lorsque ε tend vers 0. C’est cette
40CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE

limite p que l’on considère comme étant la solution physique pertinente du problème non
dissipatif. On peut ensuite vérifier que cette solution est bien caractérisée par une condition
d’ondes sortante appropriée.
Comme p n’est pas dans L2 (Ω), on ne peut pas travailler avec des égalités variationnelles
écrites sur tout Ω. L’idée est donc d’écrire une formulation du problème dissipatif en domaine
borné, pour pouvoir ensuite passer à la limite en ε. C’est l’objet de la section suivante.

3.3 Opérateur DtN pour le problème dissipatif


Pour écrire une formulation du problème dissipatif en domaine borné, nous allons exploi-
ter la connaissance des modes associés à ce problème. C’est pourquoi nous consacrons le
paragraphe suivant à leur calcul.

3.3.1 Modes du guide dissipatif


On considère donc un guide parfaitement cylindrique de section S dans lequel la propagation
est modélisée par les équations suivantes :

∆p + kε2 p = 0 dans S × R,
(
∂p (3.8)
=0 sur ∂S × R.
∂ν
Comme on l’a vu dans le premier chapitre, les modes sont les solutions de la forme :

p(x, y, z) = ϕ(x, y)e±iβz

avec β ∈ C. Le champ transverse ϕ doit donc vérifier

∆ϕ + kε2 − β 2 ϕ = 0 dans S,
( 
∂ϕ
=0 sur ∂S,
∂ν
En utilisant le spectre du Laplacien dans S avec condition de Neumann (cf. 5.2), on trouve
donc deux familles de modes définies comme suit :

 p+n,ε (x, y, z) = ϕn (x, y)e
iβn,ε z

(3.9)
 p− (x, y, z) = ϕ (x, y)e−iβn,ε z
n,ε n

où p
βn,ε = i λn − kε2

avec comme détermination de la racine celle qui assure <e ( z) ≥ 0 pour tout z. Cette
racine admet une coupure sur R− (c’est-à-dire une discontinuité) qui jouera un
p rôle important
2
dans la suite. Avec ce choix, comme =m(λn − kε ) = −2ikε, on a =m( λn − kε2 ) < 0
3.3. OPÉRATEUR DTN POUR LE PROBLÈME DISSIPATIF 41
p
et <e( λn − kε2 ) > 0 de sorte que tous les modes ont un comportement exponentiel et
oscillant en ±∞.
Plus précisément, =m (βn,ε ) > 0 de sorte que p+
n,ε est exponentiellement décroissant en +∞

alors que pn,ε est exponentiellement croissant en +∞.
On retient en particulier que contrairement au cas non dissipatif, il n’existe pas de mode
purement propagatif dans une guide dissipatif. Tous les modes sont évanescents. Ceci est
cohérent avec le fait que la solution du problème dissipatif est d’énergie finie. Elle va donc
pouvoir être représentée comme une superposition de modes évanescents.

3.3.2 Représentation modale de la solution du problème dissipatif


On introduit le domaine extérieur Ω̌L = S × ]L, +∞[ de bord ΣL = S × {L}. On a la
représentation en série suivante de la solution du problème dissipatif dans le domaine Ω̌L :

Lemme 3.4 Si ε > 0, alors la solution pε du problème (3.6) est donnée pour z ≥ L par :
X
pε (x, y, z) = (pε , ϕn )L2 (ΣL ) eiβn,ε (z−L) ϕn (x, y)
n≥0

où la série est convergente dans H 1 (Ω̌L ).

D ÉMONSTRATION . On pose αn = (pε , ϕn )L2 (ΣL ) et

n=N
X
pN
ε (x, y) = αn eiβn,ε (z−L) ϕn (x, y).
n=0

On a en vertu de l’orthonormalité de la base (ϕn )n≥0 dans L2 (S) et de l’expression des βn,ε :

m=N
X n=N Z
2
X
pM
ε − pN
ε L2 (Ω)
= αn αm eiβn,ε (z−L) e−iβm,ε (z−L) ϕm (y)ϕn (y)dΩ
m=M n=M Ω̌L
m=N
X n=N Z h Z +∞
ei(βn,ε −βm,ε )(z−L) dx
X
= gn gm ϕm (y)ϕn (y)dy
m=M n=M 0 L
n=N Z +∞ n=N Z +∞
i(βn,ε −βn,ε )(z−L)
X X
= |αn |2 e dx = 2
|αn | e−2=m(βn,ε )(z−L) dx
n=M L n=M L
n=N 2
X |αn |
=
n=M
2=m (βn,ε )

En outre, comme =m (βn,ε ) ≥ C avec C indépendant de n et que n=N 2


P
n=0 |αn | converge vers
1
kpε kL2 (ΣL ) car pε ∈ H 2 (ΣL ), on en déduit que la suite pN 2
ε est de Cauchy dans L (Ω̌L ), donc
convergente.
On procède de la même façon pour montrer que ∇pN 2
ε converge dans L (Ω̌L ). On a :
42CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE

n=N
2
X |αn |2
|βn,ε |2 + λn
 
∇pM
ε − ∇pN
ε L2 (Ω)
=
n=M
2=m (βn,ε )
n=N
X√ √
≤C λn |αn |2 (car =m (βn,ε ) ∼ λn ).
n=M
1
La dernière série est convergente car pε ∈ H 2 (Σ0 ).
iβn,ε (z−L)
P
Enfin, il est clair que n≥0 αn e ϕn (y), comme combinaison de modes, est solution
des équations sur Ω̌L .


La question de l’existence d’une limite à la suite (pε ) , solution éventuelle du problème non
dissipatif, n’est pas si facile. En effet, d’une part, il faut, trouver l’espace dans lequel on veut
faire le passage à la limite et, d’autre part, on ne dispose pas de formulation variationnelle
lorsque ε = 0. Comme la limite n’appartient pas H 1 (Ω) à cause du comportement non
décroissant de la limite à l’infini, nous allons démontrer une convergence locale en espace,
1
c’est-à-dire dans Hloc (Ω). Pour atteindre cet objectif, nous allons tout d’abord établir que
le problème (Pε ) est équivalent à un problème posé en domaine borné faisant intervenir un
opérateur de couplage spectral prenant en compte le comportement à l’infini des solutions.
Ensuite, nous ferons tendre ε vers 0 afin d’obtenir un problème limite dont la solution sera
la limite des solutions pε .

3.3.3 Réduction à un domaine borné


Soit ε > 0, et soit pε la solution du problème (3.6). D’après le lemme 3.4, pε vérifie la
condition aux limites suivantes sur ΣL :
∂pε X
= iβn,ε (pε , ϕn )L2 (ΣL ) ϕn .
∂z n≥0

∂pε
On voit que cette condition relie les données de Dirichlet pε et de Neumann de la solution
∂z
sur la frontière ΣL . C’est pourquoi on parle de condition Dirichlet-to-Neumann, ou DtN.

Remarque 3.5 C’est une condition inhabituelle puisqu’elle n’est pas locale : en effet, elle
ne relie pas ces données en un même point de la frontière. Elle relie la donnée de Neumann
en un point aux valeurs de la donnée de Dirichlet en tous les points de la frontière. Nous
verrons que ce caractère non-local aura un coût sur le plan numérique.

Ceci nous conduit à introduire un opérateur Tε , dit de Dirichlet-to-Neumann, qui transforme


une fonction définie sur ΣL (ou de manière équivalente sur la section S) en une autre fonction
(ou distribution) définie elle aussi sur ΣL :
1
X
∀f ∈ H 2 (S) Tε f = iβn,ε (f, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn . (3.10)
n≥0
3.3. OPÉRATEUR DTN POUR LE PROBLÈME DISSIPATIF 43

On a alors le résultat suivant :


1
Proposition 3.6 Pour tout ε ∈ R , l’opérateur Tε est un opérateur linéaire continu de H 2 (S)
1
dans H − 2 (S).
D ÉMONSTRATION . La linéarité est triviale. La continuité découle d’un résultat théorique
général de régularité et de continuité de la trace, mais on peut en fournir une démonstration
simple ici. En effet, compte-tenu de l’expression de Tε f on a :
X 1 2
kTε f k2H − 12 (S) = (1 + λn )− 2 (Tε f, ϕn )L2 (S)
n≥0
X 1 2 2
= (1 + λn )− 2 βn,ε
+
(f, ϕn )L2 (S)
n≥0
X 1 2
= (1 + λn )− 2 |k 2 − λn − ε2 + 2ikε| (f, ϕn )L2 (S)
n≥0
X |k2 −λn −ε2 +2ikε| 1 2
≤ 1+λn
(1 + λn ) 2 (f, ϕn )L2 (S)
n≥0
≤ C kf k2H 21 (S) ,

où
|k 2 − λn − ε2 + 2ikε|
C = sup .
n∈N 1 + λn


∂pε
Comme pε vérifie sur ΣL la relation = Tε pε , il parait naturel d’introduire le problème
∂ν
suivant posé sur le domaine borné ΩL :
∆p + kε2 p = 0 dans ΩL ,


∂p


=0 sur ∂ΩL \(Γ ∪ ΣL ),



 ∂ν

∂p (3.11)
 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂p = Tε p


sur ΣL .

∂ν
Il reste à démontrer que ce problème admet une unique solution qui est bien la restriction à
ΩL de la solution pε du problème dissipatif. On énonce le
Théorème 3.7 Pour tout ε > 0, le problème (3.11) admet une unique solution qui est égale
à pε|ΩL , où pε l’unique solution du problème (3.6). Par ailleurs, si pLε est solution de (3.11),
alors la fonction

L
 pε
 sur ΩL
pε = (3.12)
X 
pLε , ϕn L2 (Σ ) eiβn,ε (z−L) ϕn (x, y) sur Ω̌L
L


n≥0
44CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE

est la solution de (3.6).

D ÉMONSTRATION . Pour établir l’existence et l’unicité de la solution du problème (3.11), il


suffit de montrer que la forme bilinéaire
Z Z
2
aε (u, v) = ∇u.∇v̄ − kε u v̄ − hTε u, v̄ iΣL
ΩL ΩL

est coercive sur H 1 (ΩL ). Or on a :


Z Z X 2
2
aε (v, v) = 2
|∇v| dΩ − kε |v|2 − iβn,ε (v, ϕn )L2 (ΣL )
ΩL ΩL n≥0

qui conduit à :
  Z Z  
1 ε 2 2
X iβn,ε 2
=m aε (v, v) = − |∇v| dΩ − ε |v| − =m (v, ϕ )
n L (ΣL ) .
2
kε |kε |2 ΩL ΩL n≥0

Comme    
iβn,ε iβn,ε k̄ε k<e (βn,ε ) + ε=m (βn,ε )
=m = =m =
kε |kε |2 |kε |2
on en déduit la coercivité de a(., .) car <e (βn,ε ) > 0 et =m (βn,ε ) > 0.
Maintenant, si pLε est bien solution de (3.11), alors pε définie par (3.12) est solution de (3.6).
En particulier, pε se raccorde en valeur et en dérivée normale sur ΣL .


On a établi une formulation en domaine borné équivalente à celle en domaine non borné
pour le problème dissipatif. Nous allons maintenant passer à la limite dans cette formulation
lorsque ε tend vers 0.

3.4 Limite des constantes de propagation


Notre objectif est de passer à la limite quand ε tend vers 0 dans le problème (3.11). Comme
ε n’apparait que dans l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann Tε , c’est à ce dernier que nous
allons nous intéresser. Enfin, dans la définition (3.10) de Tε , on voit que ε n’apparait que
dans les constantes de propagation βn,ε . Nous commençons donc par étudier les limites de
ces dernières.
Il faut distinguer deux cas :
— Le cas où k 2 < λn (modes évanescents).
C’est le cas le plus simple. En effet, on a :

λn − kε2 = (λn − k 2 + ε2 ) − 2iεk,

qui tend quand ε tend vers 0 vers λn − k 2 . Comme λn − k 2 ∈ R+ , c’est un nombre


qui n’est pas situé sur la coupure de la racine carrée telle que nous l’avons définie
3.5. LE PROBLÈME LIMITE 45

dans le paragraphe 3.3.1. Il n’y a donc aucune ambiguité sur la définition de sa racine
carrée et l’on obtient : p
lim βn,ε = i λn − k 2
ε→0

— Le cas où k 2 > λn (modes propagatifs).


C’est le cas délicat. En effet, on a : λn − kε2 qui tend quand ε tend vers 0 vers λn − k 2 ,
nombre réel négatif qui est situé sur la coupure de la racine carrée. Pour déterminer la
limite, il faut regarder plus précisément de quel côté de la coupure on arrive. Comme
=m(λn − kε2 ) < 0, on peut affirmer que
p p
lim λn − kε2 = −i k 2 − λn
ε→0

et donc que p
lim βn,ε = k 2 − λn .
ε→0

En conclusion, on trouve que dans les deux cas :

lim βn,ε = βn
ε→0

où les βn sont les modes du guide non dissipatif (cf. 3.3). Par conséquent, on a

lim p± ±
n,ε = pn .
ε→0

Autrement dit, les modes qui se propagent vers la droite (resp. gauche) dans le guide non
dissipatif sont la limite quand ε tend vers 0 des modes qui décroissent en +∞ (resp. −∞)
dans le guide dissipatif. L’intérêt de ce résultat est qu’il est plus facile de manipuler des
modes évanescents que des modes propagatifs, dont le sens de propagation n’est pas toujours
facile à déterminer.

3.5 Le problème limite


D’après ce que nous venons de voir, l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann du problème dis-
sipatif : X
Tε f = iβn,ε (f, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn
n≥0

a pour limite formelle l’opérateur :


X
Tf = iβn (f, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn
n≥0

1 1
qui définit toujours un opérateur linéaire continu de H 2 (ΣL ) dans H − 2 (ΣL ) (voir la propo-
sition 2.2). Ceci conduit à définir le problème limite suivant :
46CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE

1 1

 p ∈ H (ΩL ), ∀q ∈ H (ΩL ),

(3.13)
Z Z Z
2

 ∇p · ∇q̄ − k u v̄ − hT u, v̄ iΣL = g q̄ dγ,
ΩL ΩL Γ

qui est la formulation variationnellle du problème

∆p + k 2 p = 0 dans ΩL ,


∂p


=0 sur ∂ΩL \(Γ ∪ ΣL ),



 ∂ν

∂p (3.14)
 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂p = T p


sur ΣL .

∂ν
La dernière condition apparaissant dans le système d’équation (3.14) est une condition de
rayonnement à l’infini. Elle exprime le fait que la décomposition modale de la solution à
l’infini est constituée des modes exponentiellement décroissants à l’infini et des modes pro-
pagatifs sortants.

Remarque 3.8 Dans le cas basse fréquence où 0 < k < λ1 , la condition de rayonnement
prend la forme suivante :

∂p X
= ik (p, ϕ0 )L2 (ΣL ) + iβn (p, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn
∂ν n≥1

où ϕ0 est une fonction constante sur la section. On peut noter qu’elle diffère de la condition
approchée
∂p
= ikp
∂ν
adoptée au chapitre 2. Cependant, on pourra déduire des résultats du chapitre suivant que
cette seconde condition est bien une approximation de la condition exacte lorsque L tend vers
l’infini. En effet, dans ce cas, la contributions des modes évanescents devient négligeable,
d’où la disparition de la série, et p devient constant, d’où le remplacement de (p, ϕ0 ) par p.

La forme bilinéaire associée à ce problème est la suivante :


Z Z
2
a(u, v) = ∇u.∇v̄ − k u v̄ − hT u, v̄ iΣL
ΩL ΩL

Contrairement au cas dissipatif, elle n’est plus coercive sur H 1 (ΩL ). Le bon cadre pour
étudier le problème (3.14) est celui de l’alternative de Fredholm, que nous avons déjà utilisée
au chapitre 2 pour l’étude du problème (2.19).
On s’appuie sur la propriété immédiate suivante :
3.6. PREUVE DU THÉORÈME D’ABSORPTION LIMITE 47

Lemme 3.9 Pour tout v ∈ H 1 (ΩL ) :


X p 2
<e hT v, v̄ iΣL = − λn − k 2 (v, ϕn )L2 (ΣL ) .
λn >k2

Posons maintenant
Z
ã(u, v) = (∇u · ∇v̄ + u v̄) − hT u, v̄ iΣL
ΩL

Il est clair d’après le lemme précédent que ã(u, v) est coercive sur H 1 (ΩL ). On définit alors
l’opérateur K comme suit : Z
(Kp, q)H 1 (ΩL ) = p q̄
ΩL

et on montre, exactement comme dans le paragraphe 2.3.4, que K est un opérateur compact
de H 1 (ΩL ). On en déduit finalement le

Théorème 3.10 Le problème (3.14) relève de l’alternative de Fredholm.

Pour conclure que (3.14) est bien posé, il nous faudrait un résultat d’unicité. Or ceci n’est
plus aussi simple que pour le modèle approché du chapitre 2, qui était toujours bien posé.
Concernant le problème (3.14), le résultat que nous admettons ici est le suivant :

Théorème 3.11 Mis à part pour un ensemble dénombrable de fréquence k, le problème


(3.14) admet une unique solution notée pL . En posant :

L
 p (x, y, z)
 si z < L,
p(x, y, z) =
X 
pL , ϕn L2 (Σ ) eiβn (z−L) ϕn (y) si z > L,
L


n≥0

on obtient une fonction p définie sur Ω qui vérifie

∆p + k 2 p = 0 sur Ω


∂p


sur ∂ΩL \Γ

 ∂ν = 0


∂p (3.15)
 =g sur Γ

 ∂ν
 ∂u = T u


sur Σz , ∀z ≥ L.

∂ν

3.6 Preuve du théorème d’absorption limite



Pour achever la démarche, il reste maintenant à démontrer que la suite pLε des solutions du
problèmes (3.11) converge vers pL lorsque ε → 0, ce qui montre la convergence locale de la
solution pε du problème (3.6) vers la solution p du problème (3.15).
48CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE

Théorème 3.12 On suppose que le problème (3.14) admet une unique solution pL . Alors on
a
pLε −→ pL dans H 1 (ΩL ).
ε→0

D ÉMONSTRATION . On procède en trois étapes.


 Supposons que la suite pLε soit bornée dans H 1 (ΩL ), on peut en extraire une sous-suite qui
converge faiblement dans H 1 (ΩL ) vers wL . On a alors ∀q ∈ H 1 (ΩL ) :
Z Z Z Z
L 2 L L 2
∇pε .∇q̄ − k pε q̄ → ∇w .∇q̄ − k wL q̄.
ΩL ΩL ε→0 ΩL ΩL

Par ailleurs, on a :
Tε pLε , q̄ = T wL , q̄ L L L

ΣL ΣL
+ (Tε − T )p ε , q̄ ΣL
+ T p ε − w , q̄ Σ .
L

Il est clair (continuité de T ) que T pLε − wL , q̄ Σ → 0. On récrit l’autre terme comme
L
suit :
n=M
X
L

(Tε − T )pε , q̄ Σ = i (βn,ε − βn ) pLε , ϕn L2 (Σ ) (q̄, ϕn )L2 (ΣL )
L L
Xn=0

+ i (βn,ε − βn ) pLε , ϕn L2 (Σ ) (q̄, ϕn )L2 (ΣL )
L
n>M

Pour M fixé, la première somme tend vers 0 car βn,ε → βn lorsque ε → 0. Pour l’autre série,
en remarquant que pour λn > k 2 , on a l’estimation :
ε(2k + ε)
|βn,ε − βn | ≤ √ ,
λn − k 2
on déduit que si λM > k 2 :
X ε(2k + ε)
i (βn,ε − βn,ε ) pLε , ϕn pLε

L2 (ΣL )
(q̄, ϕn )L2 (ΣL ) ≤ √ L2 (ΣL )
kqkL2 (ΣL ) .
n>M
λM − k 2

Ceci montre que cette série tend également vers 0 avec ε. Par conséquent, on a montré que
wL est une solution du problème limite (3.13).
 Nous allons montrer maintenant que pLε converge fortement dans H 1 (ΩL ) vers wL . On
pose eε = pLε − wL ∈ H 1 (ΩL ). Par différence des problèmes dont pLε et wL sont solutions,
on a pour tout v ∈ H 1 (ΩL ) :
Z Z Z
2 2 2
∇eε .∇v̄ − k eε v̄ − (kε − k ) uLε v̄
ΩL ΩL ΩL .
− hTε eε , v̄ iΣL − h(Tε − T ) wL , v̄ iΣL = 0

En choisissant v = eε et comme eε tend faiblement vers 0 dans H 1 (ΩL ) et fortement vers 0


dans L2 (ΩL ) (injection compacte) on obtient :
Z
|∇eε |2 − hTε eε , ēε iΣL → 0.
ΩL
3.6. PREUVE DU THÉORÈME D’ABSORPTION LIMITE 49

Mais comme <e hTε v, v̄ iΣL ≤ 0 (lemme 2.1), on en déduit que ΩL |∇eε |2 → 0.
R

 Il ne reste plus qu’à montrer que la suite pLε est bien bornée dans H 1 (ΩL ). Si ce n’est pas
le cas, on a :
pLε H 1 (Ω ) → +∞.
L ε→0

La suite définie par :


pLε
p̃Lε = L
kpε kH 1 (ΩL )
est bornée dans H 1 (ΩL ) (de norme 1) et p̃Lε est la solution du problème (3.14) en remplaçant
la donnée g par la donnée
g
gε = L .
kpε kH 1 (ΩL )
En reprenant presqu’à l’identique ce qui vient d’être fait, on obtient :

p̃Lε → p̃L dans H 1 (ΩL )

avec p̃L solution du problème limite (3.14) avec pour donnée lim gε = 0. Par conséquent, si
ε→0
k n’est pas une valeur singulière, p̃ = 0 ce qui contredit le fait que p̃Lε
L
H 1 (ΩL )
= 1!


Ce résultat achève la démarche de l’absorption limite que l’on résume par ce schéma :

∃!pε solution de (Pε ) ⇐⇒ ∃!pLε solution de (PεL )


↓ cv locale ↓ ε→0 ↓
∃!p solution de (P ) ⇐= ∃!pL solution de (P L )
50CHAPITRE 3. LES OPÉRATEURS DTN ET LE PRINCIPE D’ABSORPTION LIMITE
Chapitre 4

Résultats d’unicité

Nous avons montré dans le chapitre précédent que le problème de diffraction dans un guide
d’ondes relève de l’alternative de Fredholm (cf. théorème 3.10). Pour savoir si le problème
est bien posé, il suffit alors d’en étudier l’unicité. C’est l’objet de ce chapitre. Si nous consa-
crons un chapitre entier à cette question, c’est qu’elle a un intérêt particulier dans le cas des
guides d’ondes. En effet, contrairement au cas de la diffraction dans l’espace libre pour le-
quel il y a toujours unicité, il est facile de trouver des guides d’ondes perturbés pour lesquels
il n’y a pas unicité à certaines fréquences.

4.1 Lien entre la question d’unicité et l’existence de modes


piégés
Supposons qu’il n’y ait pas unicité de la solution du problème (3.14). Cela signifie par
linéarité qu’il existe une solution p non nulle au problème homogène suivant :

∆p + k 2 p = 0 sur Ω


∂p



 ∂ν = 0 sur ∂Ω\Γ


∂p (4.1)
 =0 sur Γ

 ∂ν
 ∂p = T p


sur Σz , ∀z ≥ L.

∂ν
On a également vu que la restriction de p au domaine borné ΩL (que nous noterons encore
p) est solution du problème variationnel suivant :

p ∈ H 1 (ΩL ), p 6= 0, ∀q ∈ H 1 (ΩL ),


 Z Z
2
X (4.2)

 ∇p · ∇q̄ − k p q̄ − iβn (p, ϕn )L2 (ΣL ) (q̄, ϕn )L2 (ΣL ) = 0,
ΩL ΩL n≥0

On montre alors le résultat suivant :

51
52 CHAPITRE 4. RÉSULTATS D’UNICITÉ

Lemme 4.1 Soit p ∈ H 1 (ΩL ) une solution du problème homogène (4.2). Alors pour tout
n ∈ N tel que λn < k 2 , on a (p, ϕn )L2 (ΣL ) = 0.
D ÉMONSTRATION . Il suffit de prendre q = p puis de prendre la partie imaginaire de l’iden-
tité variationnelle.

On en déduit le
Corollaire 4.2 Soit p ∈ H 1 (ΩL ) une solution du problème homogène (4.2). Alors p se pro-
longe en une fonction p̃ définie par :


 p dans ΩL ,
p̃ =
X
 (p, ϕn )L2 (ΣL ) e−|βn |z ϕn (x, y) pour z > L
 2
λn ≥k

qui vérifie : 

 p̃ ∈ H 1 (Ω)

∆p̃ + k 2 p̃ = 0 sur Ω

(4.3)

 ∂ p̃

 =0 sur ∂Ω
∂ν
Réciproquement, si p̃ est solution de (4.3), alors sa restriction à ΩL est solution de (4.2).
Ceci nous conduit à introduire la définition suivante :
Définition 4.3 Une solution p̃ de (4.3) est appelée un mode piégé.
On parle de mode piégé car l’onde associée ne se propage pas dans le guide. Elle est piégée
au voisinage de la perturbation et ne produit que des ondes évanescentes à l’infini.
Remarque 4.4 Tout se passe avec les modes piégés comme avec les modes propres d’un
système borné. En particulier, si on excite un tel mode, il va continuer à vibrer éternellement
(notre modèle ne contenant aucun mécanisme de dissipation). Et si on utilise une source
acoustique pulsant à la fréquence du mode propre, on va pourvoir générer un phénomène
résonant.
D’après ce que nous venons de voir, étudier l’unicité de la solution du problème (3.14) revient
à étudier l’existence de modes piégés à la fréquence k. C’est ce que nous allons faire dans la
suite de ce chapitre.

4.2 Un résultat d’unicité


Il est difficile, étant donné un guide d’ondes perturbé de géométrie donnée, de démontrer
l’absence de modes piégés (et donc le caractère bien-posé du problème de diffraction) à
toute fréquence. Il existe néanmoins un résultat de ce type qui concerne le problème avec
condition de Dirichlet. Il s’énonce comme suit :
4.2. UN RÉSULTAT D’UNICITÉ 53

Théorème 4.5 Soit Ω un guide bidimensionnel perturbé de frontière régulière, qui coincide
avec R×]0, h[ en dehors d’un domaine borné. On suppose que la normale ν extérieure à ∂Ω
vérifie la condition :
xνx ≤ 0 ∀x ∈ R. (4.4)
Alors il n’existe aucune solution p 6= 0 au problème suivant :

p ∈ H01 (Ω) et ∆p + k 2 p = 0 dans Ω.

D ÉMONSTRATION . Supposons que p ∈ H01 (Ω) soit solution de ∆p + k 2 p = 0 dans Ω. Alors


c’est le cas de ses parties réelle et imaginaire. On peut donc se contenter de considérer une
fonction p à valeurs réelles (pour simplifier les écritures). Comme Ω est un domaine régulier
∂p
et comme p décroit exponentiellement à l’infini, il est clair que x ∈ H 1 (Ω). On peut donc
∂x
prendre cette fonction comme fonction test et exploiter l’identité
Z
∂p
− (∆p + k 2 p) x = 0.
Ω ∂x
Par intégration par parties en x, on obtient :
Z  2 Z Z
∂p x ∂ 2
 ∂p ∂p 2 ∂p
+ |∇p| − x =k xp .
Ω ∂x 2 ∂x ∂Ω ∂x ∂ν Ω ∂x
En intégrant à nouveau par parties en x, on montre que :
Z Z Z
x ∂ 2 1 2 x
|∇p|2 νx

|∇p| = − |∇p| +
Ω 2 ∂x 2 Ω ∂Ω 2
et de même, on montre que :
Z Z Z Z
∂p ∂p 2
xp = − xp − p + xνx p2
Ω ∂x Ω ∂x Ω ∂Ω

d’où Z Z Z
∂p 1 2 1
xp =− p + xνx p2
Ω ∂x 2 Ω 2 ∂Ω
En combinant, ce qui précède, on a donc établi l’identité suivante :
Z  2  2 !  Z Z 
1 ∂p ∂p 2 1 2 1 2
− + I(∂Ω) = k − p + xνx p (4.5)
2 Ω ∂x ∂y 2 Ω 2 ∂Ω

où Z
x ∂p ∂p
I(∂Ω) = |∇p|2 νx − x .
∂Ω 2 ∂x ∂ν
Comme on sait aussi que Z Z
2 2
|∇p| = k p2 ,
Ω Ω
54 CHAPITRE 4. RÉSULTATS D’UNICITÉ

(4.5) devient
2
k2
Z  Z
∂p
+ I(∂Ω) = xνx p2 (4.6)
Ω ∂x 2 ∂Ω

On remarque que grâce à la condition de Dirichlet, le terme de droite de (4.6) est nul. On va
conclure que p est nécessairement nul en montrant, grâce à la condition de Dirichlet et à la
condition géométrique, que I(∂Ω) ≥ 0. En effet, comme p = 0 sur ∂Ω, il en est de même de
∇p ∧ ν, d’où
∂p ∂p
νy = νx .
∂x ∂y
Il en résulte que : Z
1
I(∂Ω) = − xνx |∇p|2
2 ∂Ω

qui est bien positif.



On a représenté sur la figure 4.2 trois exemples de guides d’ondes pour illustrer ce théorème.

4.3 Le résultat général


Pour le guide acoustique avec condition de Neumann, on ne sait pas montrer l’absence
de modes piégés sous une condition géométrique sur la perturbation. En revanche, on sait
toujours montrer que les fréquences pour lesquelles il existe un mode piégé sont au plus
dénombrables, et ne peuvent s’accumuler qu’en l’infini. C’est ce que nous allons montrer
maintenant. Nous revenons donc au cas du guide acoustique 3D traité au chapitre précédent
et au début de ce chapitre.
D’après le lemme (4.1), on a le

Lemme 4.6 Soit p ∈ H 1 (ΩL ) une solution du problème homogène (4.2). Alors p est également
solution du problème suivant :


 p ∈ H 1 (ΩL ), ∀q ∈ H 1 (ΩL ),
 Z Z
2
X p (4.7)

 ∇p · ∇q̄ − k p q̄ + λn − k 2 (p, ϕn )L2 (ΣL ) (q̄, ϕn )L2 (ΣL ) = 0,
 ΩL ΩL λn >k2

Remarque 4.7 La réciproque est fausse car une solution de (4.7) ne vérifie généralement
pas (p, ϕn )L2 (ΣL ) = 0 pour λn < k 2 .

L’intérêt de la formulation (4.7) est son caractère autoadjoint, qui va nous permettre d’établir
le

Théorème 4.8 Les valeurs de k > 0 pour lesquelles il existe une solution p non nulle au
problème (4.7) forment une suite qui tend vers +∞.
4.3. LE RÉSULTAT GÉNÉRAL 55

F IGURE 4.1 – La condition géométrique (4.4) est vérifiée pour les deux premiers guides mais
pas pour les deux derniers.

D ÉMONSTRATION . A k fixé, on considère le problème de valeurs propres suivant : trouver


µ ∈ R tel qu’il existe p 6= 0 solution de :

1 1
 p ∈ H (ΩL ), ∀q ∈ H (ΩL ),

 Z X p Z
 ∇p · ∇q̄ + 2
λn − k (p, ϕn )L2 (ΣL ) (q̄, ϕn )L2 (ΣL ) = µ p q̄,

 ΩL λn >k2 ΩL

La théorie classique (qui s’appuie sur la théorie spectrale pour les opérateurs autoadjoints
compacts) nous dit que ce problème admet une suite de valeurs propres réelles positives (que
l’on note µn (k), pour n = 0, 1, 2, · · · , car elles dépendent de k via le terme de série modale) :

µ1 (k) ≤ µ2 (k) ≤ · · · ≤ µn (k) ≤ · · ·

et qui tendent vers l’infini avec n. La théorie permet également de montrer facilement, à
l’aide des formules de min-max, que les fonctions k 7−→ µn (k) sont continues et décroissantes
56 CHAPITRE 4. RÉSULTATS D’UNICITÉ

sur R+ . Par exemple :


Z X p
|∇p|2 + λn − k 2 |(p, ϕn )L2 (ΣL ) |2
ΩL λn >k2
µ0 (k) = min
1
Z
p∈H (ΩL ),p6=0
|p|2
ΩL

Donc la fonction k 7−→ µ0 (k) est le minimum d’une famille de fonctions décroissantes de k,
et donc une fonction décroissante (au sens large) de k. En fait, ce résultat était facile à voir
puisque µ0 (k) = 0 pour tout k ! Mais la même idée s’applique à tous les µn (k).
Pour conclure, il suffit de remarquer que les valeurs de k telles qu’il existe une solution p
non nulle au problème (4.7) sont exactement les solutions des équations de point fixe :
µn (k) = k 2
pour n = 1, 2, · · · Et il est clair que chacune de ces équations a une et une seule solution kn >
0, comme intersection d’une fonction décroissante et d’une fonction croissante bijective sur
R+ . Il est également facile de voir que la suite kn tend vers l’infini.

F IGURE 4.2 – Illustration de la preuve du théorème 4.8.

Corollaire 4.9 Les valeurs de k > 0 pour lesquelles il existe un mode piégé, et donc pour
lesquelles le problème de diffraction est mal posé, forment au plus une suite dénombrable et
ne peuvent s’accumuler qu’en +∞.
4.4. RÉSULTATS D’EXISTENCE DE MODES PIÉGÉS 57

4.4 Résultats d’existence de modes piégés


A ce stade, nous avons montré que les fréquences pour lesquelles il existe un mode piégé
sont au plus dénombrable, mais nous n’avons pas encore la preuve que de telles fréquences
peuvent exister. C’est l’objet de ce paragraphe de montrer des exemples de guides pour les-
quelles on sait prouver l’existence de modes piégés. Nous nous contenterons pour simplifier
de considérer des cas bidimensionnels.

4.4.1 Le cas de la condition de Dirichlet


Nous commençons par ce cas car c’est le plus simple. Si on considère le guide R×]0, h[ avec
condition de Dirichlet, les modes sont de la forme :

±
 nπy  n2 π 2
pn (x, y) = sin eiβn x avec βn2 + 2 = k 2 , n > 0. (4.8)
h h
On voit que contrairement au cas de la condition de Neumann, il n’existe aucun mode pro-
pagatif pour k < π/h. C’est pourquoi à ces fréquences là, il est assez facile de piéger une
onde au voisinage d’une perturbation bien choisie, puisqu’elle ne peut pas s’échapper en se
propageant dans le guide. En s’appuyant sur la théorie spectrale des opérateurs autoadjoints
non compacts, on montre alors le résultat suivant, que nous admettrons :
Théorème 4.10 Soit Ω un guide bidimensionnel perturbé, qui coincide avec R×]0, h[ en
dehors d’un domaine borné. Si il existe une fonction p ∈ H01 (Ω) non nulle telle que
Z
|∇p|2
π2
ZΩ < 2 (4.9)
2 h
|p|

alors on peut affirmer qu’il existe un mode piégé pour une fréquence k < π/h dans le guide
mundi de la condition de Dirichlet, c’est-à-dire une fonction p ∈ H01 (Ω) non nulle telle que
∆p + k 2 p = 0 dans Ω.

Corollaire 4.11 Soit Ω un guide bidimensionnel perturbé, qui coincide avec R×]0, h[ en
dehors d’un domaine borné. Supposons que Ω contienne un rectangle de côtés a et b avec
1 1 1
2
+ 2 < 2,
a b h
alors il existe un mode piégé pour une fréquence k < π/h.

D ÉMONSTRATION . Il suffit de prendre p nul en dehors du rectangle et égal à sin Ya sin Xa


 

dans le rectangle, où le système de coordonnées (X, Y ) est choisi tel que le rectangle soit
défini par 0 < X < a et 0 < Y < b.

58 CHAPITRE 4. RÉSULTATS D’UNICITÉ

F IGURE 4.3 – Exemple de mode piégé (Figure de Vincent Pagneux).

Remarque 4.12 On peut raisonner de la même façon si la condition de Dirichlet n’est im-
posée que sur l’une des parois du guide, disons y = 0. Dans ce cas on montre qu’il n’existe
aucun mode propagatif pour k < π/(2h). Il suffit donc de remplacer partout h par 2h.

4.4.2 Le cas de la condition de Neumann


L’idée est de se ramener au cas de la remarque 4.12 ci-dessus. Pour cela, on considère un
guide bidimensionnel perturbé, qui coincide avec R×]−h, h[ en dehors d’un domaine borné,
et qui est symétrique par rapport à l’axe y = 0. On cherche alors des modes piégés anti-
symétriques par rapport à cet axe.

F IGURE 4.4 – Guide symétrique permettant de piéger des modes.

Autrement dit on cherche p ∈ H 1 (Ω) non nul tel que




 p(x, y) = p(x, −y) ∀(x, y) ∈ Ω

∆p + k 2 p = 0

sur Ω

 ∂p

 =0 sur ∂Ω
∂ν

Classiquement, cela revient à chercher p dans le demi-guide supérieur Ω+ = {(x, y) ∈


4.4. RÉSULTATS D’EXISTENCE DE MODES PIÉGÉS 59

Ω; y > 0} solution de
∆p + k 2 p = 0 sur Ω+




∂p
=0 sur ∂Ω ∩ ∂Ω+

 ∂ν
p=0 en y = 0.

On a ainsi fait apparaitre une condition de Dirichlet et on peut appliquer les résultats du
paragraphe précédent.

F IGURE 4.5 – Exemple de mode piégé (Figure de Vincent Pagneux).


60 CHAPITRE 4. RÉSULTATS D’UNICITÉ
Chapitre 5

Estimation de l’erreur de troncature


pour la méthode DtN

Comme on l’a vu précédemment, un problème de diffraction ou de rayonnement dans un


guide d’ondes admet une formulation en domaine borné. Cette formulation fait intervenir
sur la (ou les) frontière artificielle du domaine de calcul une condition transparente qui s’ex-
prime à l’aide de l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann. Enfin, ce dernier admet une expres-
sion explicite à l’aide d’une série modale. En pratique, lorsque l’on cherche à approcher la
solution de ce problème par éléments finis, il faut tronquer la série modale. L’objet de ce
chapitre est d’estimer l’erreur due à la troncature.

5.1 Position du problème


Pour fixer les idées, on considère un problème posé dans un guide acoustique semi-infini
tridimensionnel de section transverse S, qui est localement perturbé. On suppose que la
perturbation est localisée dans le demi-espace z < 0 comme sur la figure ci-dessous. Nous

F IGURE 5.1 – La géométrie

61
62CHAPITRE 5. ESTIMATION DE L’ERREUR DE TRONCATURE POUR LA MÉTHODE DTN

nous intéressons au calcul de la solution sortante p du problème suivant :

∆p + k 2 p = 0 dans Ω,




 ∂p

=0 sur ∂Ω\Γ, (5.1)
 ∂ν
 ∂p = g



sur Γ,
∂ν

où g est une fonction donnée de L2 (Γ). On désignera dans la suite par ΩL le domaine borné
défini par
ΩL = Ω ∪ {z < L},

et par BL la portion de guide définie par :

BL = Ω ∪ {0 < z < L},

de sorte que
ΩL = Ω0 ∪ BL .

Nous avons vu qu’il est possible d’écrire une formulation équivalente du problème (5.1)
dans le domaine borné ΩL . On introduit pour cela la base Hilbertienne (ϕn )n≥0 de L2 (S)
constituée des fonctions propres de l’opérateur Laplacien avec condition de Neumann ho-
mogène au bord :
−∆ϕn = λn ϕn dans S,
(
∂ϕn (5.2)
=0 sur ∂S,
∂ν
et on suppose que k ne correspond pas à une fréquence de coupure, c’est-à-dire qu’il n’existe
pas d’entier n tel que λn = k 2 . On pose alors
( p
2
pk − λn si λn < k 2 ,
βn =
i λn − k 2 si λn > k 2 .

On notera dans la suite Nprop le nombre de modes propagatifs, c’est à dire le cardinal de
{n ∈ N; λn < k 2 }. Attention, comme la numérotation commence à 0, cela signifie que le
mode d’indice n est propagatif si et seulement si n < Nprop .
On peut alors définir l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann suivant :

−1/2
 1/2
 H (ΣL ) → H
 (ΣL )
T : X (5.3)
 ψ 7−→ T ψ =
 iβn (ψ, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn
n≥0
5.1. POSITION DU PROBLÈME 63

et le problème en domaine borné consiste à chercher p ∈ H 1 (ΩL ) tel que :

∆p + k 2 p = 0 dans ΩL ,




∂p


sur ∂ΩL \Γ,

 ∂ν = 0


∂p (5.4)

 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂p = T p



sur ΣL .
∂ν
Ce problème admet la formulation variationnelle suivante :

p ∈ H 1 (ΩL ), ∀q ∈ H 1 (ΩL ),


 Z Z
2
 X (5.5)

 ∇p · ∇q − k p q − iβn (p, ϕn )L2 (ΣL ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) = g q dγ.
ΩL n≥0 Γ

On sait que ce problème relève de l’alternative de Fredholm et qu’il est bien posé, sauf pour
au plus une suite de valeurs de k ne pouvant s’accumuler qu’à l’infini. On suppose dans la
suite que k est effectivement bien choisi de façon à avoir l’existence et l’unicité de p.

En pratique, on ne peut pas conserver une infinité de termes dans la série qui définit l’opérateur
T et l’on va la tronquer au rang N , N ∈ N, définissant ainsi un nouvel opérateur TN :

H (ΣL ) → H −1/2 (ΣL )


 1/2



TN : X N (5.6)
 ψ 7−→ TN ψ = iβn (ψ, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn


n=0

On va alors chercher à calculer la solution pN ∈ H 1 (ΩL ) (si elle existe) du problème suivant :

∆pN + k 2 pN = 0 dans ΩL ,




∂pN


sur ∂ΩL \Γ,

 ∂ν = 0


∂pN (5.7)

 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂pN = T p



N N sur ΣL .
∂ν
La formulation variationnelle de ce problème se déduit directement de (5.5) en remplaçant la
série infinie par une série tronquée au rang N , et l’on en déduit à nouveau que ce problème
relève de l’alternative de Fredholm.
L’objectif de ce chapitre est de montrer que ce problème est bien posé, pour N assez grand,
et d’établir une estimation de l’erreur (p − pN ).
64CHAPITRE 5. ESTIMATION DE L’ERREUR DE TRONCATURE POUR LA MÉTHODE DTN

5.2 Une nouvelle formulation du problème avec DtN tronqué


Nous allons chercher à comparer p et pN sur un domaine plus petit que ΩL , à savoir le
domaine Ω0 . Pour cela, il nous faut écrire les problèmes vérifiés par les restrictions de p et
de pN à Ω0 . Concernant la solution exacte p, on sait qu’elle vérifie :
∆p + k 2 p = 0 dans Ω0 ,




∂p


sur ∂ΩL \Γ,

 ∂ν = 0


∂p (5.8)

 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂p = T p



sur Σ0 ,
∂ν
où l’on note toujours T (par abus de notation) l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann, qu’il
agisse sur Σ0 ou sur ΣL , ou sur n’importe quelle copie de la section transverse S.
Concernant pN , c’est plus délicat. On va tout d’abord établir le résultat suivant :
Lemme 5.1 On suppose que N + 1 ≥ Nprop et on considère pN ∈ H 1 (ΩL ) une solution de
(5.7). Alors pN admet dans la portion de guide BL l’expression suivante :
+∞
X
A+ iβn z
+ A− −iβn z

pN (x, y, z) = ne ne ϕn (x, y) (5.9)
n=0

A+
(
n = (pN , ϕn )L2 (Σ0 ) ,
où pour n ≤ N :
A− = 0
 n
1
 A+

n = (pN , ϕn )L2 (Σ0 ) ,
et pour n > N : 1 + e2iβn L
 A− = 1
(pN , ϕn )L2 (Σ0 ) .

n
1 + e−2iβn L
Remarque 5.2 On voit que pour les premiers modes tels que n ≤ N , la troncature n’a
produit aucune réflexion parasite. En revanche, à partir de n = N + 1, la condition aux
limites sur ΣL n’étant plus exacte, elle n’est pas transparente et génère une réflexion qui

√ An 6= 0. Cependant, 2iβ
se traduit par un coefficient on peut déjà remarquer que si le mode
n est évanescent, βn = i λn − k de sorte que e n L tend exponentiellement vite vers 0
2

quand L tend vers l’infini. Les formules ci-dessus montrent qu’alors, A+ n → 1 et An → 0
exponentiellement. On comprend en particulier pourquoi il faut conserver tous les modes
propagatifs dans la série, et donc choisir N + 1 ≥ Nprop .
D ÉMONSTRATION .
Comme on l’a vu dans la section 2.2.1, pN étant solution des équations homogènes dans BL ,
on peut affirmer que pour tout z ∈ [0, L] :
+∞
X
pN (x, y, z) = An (z)ϕn (x, y),
n=0
5.2. UNE NOUVELLE FORMULATION DU PROBLÈME AVEC DTN TRONQUÉ 65

où Z
An (z) = pN (x, y, z)ϕn (x, y)dx dy = A+
ne
iβn z
+ A−
ne
−iβn z
.
S
En particulier :

An (0) = (pN , ϕn )L2 (Σ0 ) = A+
n + An . (5.10)

Nous allons obtenir une seconde équation sur A+ n et An en exploitant la condition aux limites
vérifiée par pN sur ΣL . De
∂pN
= TN pN ,
∂ν
on déduit
Z Z
∂pN
(x, y, L)ϕn (x, y)dx dy = TN pN (x, y, L)ϕn (x, y)dx dy.
ΣL ∂ν ΣL

Par définition de TN :
Z
TN pN (x, y, L)ϕn (x, y)dx dy = iβN An (L) = iβn A+ iβn L
+ A− −iβn L

ne ne si 0 ≤ n ≤ N
ΣL

et 0 sinon. D’autre part :


Z
dAN ∂pN
(x, y, L)ϕn (x, y)dx dy = iβn A+ iβn L
− A− −iβn L

(L) = ne ne , pour tout n ∈ N.
dz ΣL ∂ν

Par identification, on obtient finalement que

− A− −iβn L
+ A− −iβn L
( + iβn L
An e ne = A+
ne
iβn L
ne si 0 ≤ n ≤ N,
A+
ne
iβn L
− A−
ne
−iβn L
=0 si n > N,

qui s’écrit encore

A−
(
n = 0 si 0 ≤ n ≤ N,
(5.11)
A+
ne
iβn L
− A−
ne
−iβn L
=0 si n > N.

On termine la démonstration en résolvant pour chaque n le système de deux équations à



deux inconnues A+ n et An composé de (5.10) et (5.11). Le cas n ≤ N est trivial. Dans le cas
n > N , on vérifie que le déterminant du système s’annule si et seulement si cos(βn L) = 0,
ce qui ne peut pas se produire pour les modes évanescents.

On déduit immédiatement du lemme précédent le corollaire suivant :

Corollaire 5.3 Soit pN ∈ H 1 (ΩL ) une solution de (5.7). Alors pN vérifie sur Σ0 la condition
aux limites suivante :
∂pN
= T pN + RN pN (5.12)
∂z
66CHAPITRE 5. ESTIMATION DE L’ERREUR DE TRONCATURE POUR LA MÉTHODE DTN

où T est l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann défini par (5.3) et RN est défini comme suit :
H (Σ0 ) → H −1/2 (Σ0 )
 1/2



RN : +∞
X (5.13)


 ψ −
7 → R N ψ = iβ α
n n (L)(ψ, ϕ ) 2 ϕ
n L (Σ0 ) n
n=N +1

avec
−2
αn (L) = .
1 + e−2iβn L
On a donc atteint l’objectif visé, à savoir écrire un problème satisfait par pN dans Ω0 :
∆pN + k 2 pN = 0

 dans Ω0 ,


∂pN


sur ∂Ω0 \(Γ ∪ Σ0 ),

 ∂ν = 0


∂pN (5.14)

 =g sur Γ,


 ∂ν
∂p


 N
 = T pN + RN pN sur Σ0 .
∂ν
En comparant (5.8) et (5.14), nous somme maintenant en mesure d’étudier l’erreur p − pN .

5.3 Etude de l’erreur


En utilisant le théorème de représentation de Riesz, on définit deux opérateurs A et AN
continus sur H 1 (Ω0 ) de la façon suivante :
R
= Ω0 (∇p · ∇q − k 2 p q) − hT p, qiΣ0 ,
(
(Ap, q)H 1 (Ω0 )
∀p, q ∈ H 1 (Ω0 ),
(AN p, q)H 1 (Ω0 ) = (Ap, q)H 1 (Ω0 ) − hRN p, qiΣ0 .
On définit également, toujours à l’aide du théorème de représentation de Riesz, un élément
f ∈ H 1 (Ω0 ) tel que :
Z
(f, q)H 1 (Ω0 ) = g q dγ, ∀q ∈ H 1 (Ω0 ).
Γ

Ainsi, p et pN solutions de (5.8) et (5.14) vérifient :


A p = AN pN = f.
Par hypothèse, le problème (5.8) est bien posé, ce qui signifie que l’opérateur A est un
isomorphisme de H 1 (Ω0 ). Et l’on vérifie aisément que :
AN = A + (AN − A) = A I + A−1 (AN − A) .

(5.15)
Pour poursuivre, nous allons montrer que l’opérateur AN − A tend vers 0 fortement quand
N tend vers l’infini. C’est l’objet du lemme suivant :
5.3. ETUDE DE L’ERREUR 67

Lemme 5.4 Il existe une constante C0 ne dépendant que du domaine Ω0 telle que :
√ 2
kAN − AkL(H 1 (Ω0 )) ≤ C0 e−2 λN +1 −k L

Remarque 5.5 Ceci montre que AN − A tend exponentiellement vite vers 0 avec N et avec
L.

D ÉMONSTRATION . Soit p, q ∈ H 1 (Ω0 ). Alors par définition :

((AN − A)p, q)H 1 (Ω0 ) = − hRN p, qiΣ0 .

Par conséquent :
k(AN − A)pk2H 1 (Ω0 ) = − hRN p, (AN − A)piΣ0
d’où
k(AN − A)pk2H 1 (Ω0 ) ≤ kRN pkH −1/2 (Σ0 ) k(AN − A)pkH 1/2 (Σ0 ) .
Par continuité de l’application trace, il en résulte alors que pour une constante C ne dépendant
que de Ω0 :
k(AN − A)pkH 1 (Ω0 ) ≤ CkRN pkH −1/2 (Σ0 ) .
Par ailleurs, d’après (5.13) :
+∞
X
kRN pk2H −1/2 (Σ0 ) = (1 + λn )−1/2 |βn αn (L)|2 |(p, ϕn )2L2 (Σ0 )
n=N +1
+∞
λn − k 2
   X
2
≤ sup sup |αn (L)| (1 + λn )1/2 |(p, ϕn )2L2 (Σ0 )
n≥N +1 1 + λn n≥N +1
  n=N +1

≤ sup |αn (L)|2 kpk2H 1/2 (Σ0 ) .


n≥N +1

En utilisant à nouveau la continuité de l’application trace, ainsi que la définition de αn (L),


on obtient finalement l’estimation suivante :
2 √
2 −2 λN +1 −k2 L
k(AN − A)pkH 1 (Ω0 ) ≤ C 2 √ 2
kpk H 1 (Ω ) ≤ 2C e
0
kpkH 1 (Ω0 ) ,
1 + e2 λN +1 −k L
d’où le résultat.

Nous avons maintenant tous les ingrédients pour démontrer le résultat final :
Théorème 5.6 Il existe N0 ≥ Nprop − 1 tel que si N ≥ N0 , alors le problème (5.7) avec DtN
tronqué au rang N est bien posé et sa solution tend vers la solution p du problème initial
(5.4) dans H 1 (Ω0 ). Plus précisément, l’erreur (pN − p) satisfait l’estimation suivante :

−1 −2 λN +1 −k2 L
kpN − pkH (Ω0 ) ≤ C0 kA kL(H (Ω0 )) e
1 1 kpkH 1 (Ω0 )

pour une constante C0 qui ne dépend que de Ω0 .


68CHAPITRE 5. ESTIMATION DE L’ERREUR DE TRONCATURE POUR LA MÉTHODE DTN

D ÉMONSTRATION . D’après (5.15), AN est inversible dès que

kA−1 (AN − A) kL(H 1 (Ω0 )) < 1.

Or :
kA−1 (AN − A) kL(H 1 (Ω0 )) ≤ kA−1 kL(H 1 (Ω0 )) k (AN − A) kL(H 1 (Ω0 ))
et d’après le lemme 5.4, il existe N0 tel que si N ≥ N0 :

1
kA−1 kL(H 1 (Ω0 )) kAN − AkL(H 1 (Ω0 )) < .
2
Il en résulte que pour N ≥ N0 , AN est inversible et

kA−1 −1
N kL(H 1 (Ω0 )) ≤ 2kA kL(H 1 (Ω0 )) .

On remarque ensuite que :


AN (p − pN ) = (AN − A)p,
d’où :
kpN − pkH 1 (Ω0 ) ≤ kA−1
N kL(H 1 (Ω0 )) kAN − AkL(H 1 (Ω0 )) kpkH 1 (Ω0 ) .

L’estimation s’en déduit en utilisant à nouveau le lemme 5.4.




5.4 L’approximation par éléments finis


On introduit maintenant une approximation par éléments finis du problème (5.7). Plus précisément,
soit Vh un sous-espace de dimension finie inclus dans H 1 (ΩL ) :

Vh = V ect (wj )
i=1,Nh

obtenu, par exemple, à l’aide d’une approximation P 1 construite en 3D sur un maillage


tetraédrique de ΩL , ou sur un maillage triangulaire en 2D.
On considère alors le problème discrétisé suivant :

Trouver ph ∈ Vh telZ que ∀qh ∈ Vh


Z Z
2
∇ph .∇q¯h − k ph q¯h − hTN ph , q¯h iΣL = g q¯h dγ
ΩL ΩL Γ

qui est équivalent à la résolution du système linéaire :

K−k 2 M − T P = G

5.5. UNE ALTERNATIVE : LA CONDITION DE DIRICHLET-TO-ROBIN 69

où P ∈ RNh représente les composantes de ph dans la base (wj ) et


Z Z
Kij = ∇wi .∇wj Mij = wi wj
ΩL ΩL
n=N
X Z Z Z
Tij = iβn wi ϕn wj ϕn Gi = g wi
n=0 ΣL ΣL Γ

Seule la matrice T n’est pas une matrice éléments finis standard. On notera, en particulier,
que cette matrice a une structure particulière. Ainsi dans le cadre des éléments finis de La-
grange, si on suppose que les Q noeuds situés sur le bord ΣL sont numérotés en premier, la
matrice T a la structure suivante :  
A 0
T=
0 0
où A est une matrice pleine d’ordre Q. En effet, il est clair, compte-tenu de l’expression de
ϕn , que le terme Aij n’a aucune raison d’être nul, contrairement à Kij et Mij qui sont nuls
dès que les noeuds i et j ne sont pas dans le même élément.

5.5 Une alternative : la condition de Dirichlet-to-Robin


Dans le problème (5.4), on peut écrire la condition transparente sur ΣL suivante

∂p
= Tp
∂ν
sous la forme équivalente suivante

∂p
− ikp = T R p
∂ν
où l’on a posé :
X X
T Rψ = iβn (ψ, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn − ikψ = i(βn − k)(ψ, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn .
n≥0 n≥0

On peut remarquer ici que le premier terme de la série de droite est nul, puisque β0 = k. A
ce niveau, cette approche rigoureusement équivalente à l’approche DtN, mais cela n’est plus
vrai après troncature de la série modale. Autrement dit, la condition approchée :

∂p
− ikp = TNR p
∂ν
où
N
X
TNR ψ = i(βn − k)(ψ, ϕn )L2 (ΣL ) ϕn ,
n=0
70CHAPITRE 5. ESTIMATION DE L’ERREUR DE TRONCATURE POUR LA MÉTHODE DTN

n’est pas équivalente à la condition où l’on a tronqué la série DtN, comme dans (5.7). Cepen-
dant, on peut étudier l’erreur produite par la troncature de la condition Dirichlet-to-Robin, de
la même façon que l’on a étudié l’erreur produite par la troncature de la condition Dirichlet-
to-Neumann. Et le résultat sera de même nature.
L’intérêt du résultat est que cela nous fournit en particulier une estimation de l’erreur produite
en régime monomode lorsque qu’on impose la condition
∂p
− ikp = 0
∂ν
sur ΣL , comme on l’a proposé au chapitre 2. En effet, cette condition correspond à une
troncature au rang N = 0 de la condition Dirichlet-to-Robin : on ne garde que le terme
n = 0 qui se trouve être nul ici !
Chapitre 6

Une alternative à la méthode DtN : les


PML

La méthode que nous avons étudiée précédemment fait intervenir dans la condition transpa-
rente l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann qui est un opérateur non local en espace. Après
discrétisation par éléments finis, ce caractère non local a pour conséquence de générer une
matrice moins creuse que les matrices éléments finis usuelles. En effet, la matrice du système
à inverser couple tous les degrés de liberté situés sur la frontière transparente, qu’ils appar-
tiennent ou non à un même élément. Ceci peut avoir des conséquences fâcheuses sur le
conditionnement de la matrice à inverser. De plus, le stockage d’une telle matrice n’étant
pas prévu dans les codes usuels d’élément finis, la mise en oeuvre de la méthode avec DTN
requiert une programmation spécifique.
Dans ce chapitre, nous allons présenter une méthode alternative qui présente le grand intérêt
de préserver le caractère creux de la matrice. Nous donnerons à nouveau une estimation de
l’erreur en fonction des paramètres de la méthode.
Cette méthode, dite de couches absorbantes parfaitement adaptées, ou Perfectly Matched
Layers en anglais, a été inventée par Bérenger [1994] dans un contexte assez différent, puis-
qu’il s’agissait de résoudre un problème d’électromagnétisme dans l’espace libre en régime
transitoire. Depuis, la méthode a connu un essor spectaculaire, aussi bien pour le régime tran-
sitoire que pour le régime périodique établi. La démarche que nous allons présenter s’inspire
beaucoup d’une étude réalisée pour un problème d’acoustique en présence d’écoulement,
dans un guide d’ondes en régime harmonique [2004].

6.1 Introduction
Reprenons le problème (5.1) introduit au chapitre précédent. Notre objectif est toujours
d’écrire un problème posé dans le domaine borné ΩL qui puisse être résolu par éléments finis
et dont la solution soit proche de la solution exacte, au moins sur le domaine Ω0 . Une idée
naturelle et ancienne consiste à modifier les équations dans la couche BL afin de modéliser
un phénomène d’absorption. Si L est assez grand, on espère alors que le champ rayonné

71
72 CHAPITRE 6. UNE ALTERNATIVE À LA MÉTHODE DTN : LES PML

F IGURE 6.1 – La géométrie

aura été suffisamment atténué dans la couche pour qu’il soit licite de le considérer nul, ou à
dérivée normale nulle, sur la frontière artificielle ΣL . Le problème est que cette modification
des paramètres du modèle dans BL va générer des réflexions parasites à la traversée de la
frontière Σ0 . Pour minimiser ces réflexions qui sont source d’erreur, l’ingénieur qui utilise
une telle méthode sera conduit à choisir L assez grand et à introduire l’absorption progressi-
vement avec z. Ceci est en général assez pénalisant, surtout en 3 dimensions, car il faut alors
mailler un domaine de grande taille.
Nous allons voir maintenant que la méthode des PML permet de s’affranchir de cette dif-
ficulté, le modèle d’absorption étant “parfaitement adapté” au sens où la frontière Σ0 reste
parfaitement transparente. En fait, il s’agit d’un modèle d’absorption qui ne vient pas de la
physique mais qui est construit par un procédé purement mathématique.
L’idée est assez simple. Supposons que l’on modifie le problème dans la couche BL en
dilatant les équations dans la direction z. Ceci n’aurait évidemment aucune influence sur
la solution dans Ω0 qui se trouverait inchangée (cela n’aurait par ailleurs aucun intérêt). La
méthode des PML s’appuie sur une idée en apparence aussi simple (en apparence seulement).
Il s’agit de faire une dilatation en z d’un facteur complexe (non réel). On parle de “dilatation
analytique” car la méthode s’appuie sur des propriétés d’analyticité de la solution.

6.2 Position et analyse du problème avec PML


Soit α ∈ C et z → α̃(z) la fonction qui vaut 1 pour z < 0 et α pour z > 0. On considère le
problème suivant. Trouver pL ∈ H 1 (Ω0 ) tel que :
 2
∂ pL ∂ 2 pL
 
∂ ∂pL 2
 ∂x2 + ∂y 2 + α̃ ∂z α̃ ∂z + k pL = 0 dans ΩL ,




∂pL

=0 sur ∂ΩL \Γ, (6.1)

 ∂ν
 ∂p = g



sur Γ.
∂ν
Notre objectif est de montrer que, si α est bien choisi, résoudre ce problème permet de
trouver une bonne approximation de la solution de (5.1). Notons que l’on a imposé ici une
condition de Neumann homogène sur ΣL , mais on peut tout aussi bien imposer une condition
de Dirichlet homogène.
6.3. CALCUL DES MODES DU MILIEU PML 73

Nous allons tout d’abord montrer que le problème (6.1) relève de l’alternative de Fredholm.
En divisant l’équation aux dérivées partielles par α̃ et en remarquant que α̃ ne dépend que de
z, on vérifie aisément que le problème (6.1) est équivalent au problème variationnel suivant :
1 1

 pL ∈ H (ΩL ), ∀q ∈ H (ΩL ),

Z
1 ∂pL ∂q 1 ∂pL ∂q ∂pL ∂q k 2
Z (6.2)
 + + α̃ − p q = g q dγ.
ΩL α̃ ∂x ∂x α̃ ∂y ∂y ∂z ∂z α̃

Γ

On a alors le

Lemme 6.1 Si <e(α) > 0, le problème (6.2) relève de l’alternative de Fredholm.

D ÉMONSTRATION . Il nous suffit de remarquer que la forme bilinéaire


Z
1 ∂pL ∂q 1 ∂pL ∂q ∂pL ∂q
aL (p, q) = + + α̃ + pq
ΩL α̃ ∂x ∂x α̃ ∂y ∂y ∂z ∂z

est coercive sur H 1 (ΩL ). En effet, pour tout p ∈ H 1 (ΩL ) :


   
1
|aL (p, p)| ≥ <e(aL (p, p) ≥ min 1, <e , <e(α) kpk2H 1 (ΩL ) .
α

La compacité de l’opérateur associé à la forme

k2
Z  
− 1+ pq
ΩL α̃

permet alors de conclure.




6.3 Calcul des modes du milieu PML


Pour mettre en évidence le caractère absorbant des PMLs, il est intéressant de calculer les
modes associés. Ils nous serviront par ailleurs dans l’étude d’erreur qui suivra. Mais ce calul
de modes n’intervient ici que pour l’analyse. Contrairement à la méthode DtN, la formulation
avec PMLs ne fait pas intervenir les modes, c’est là un de ses avantages.
On considère donc un guide parfaitement cylindrique de section S dans lequel la propagation
est modélisée par les équations suivantes :
 2
∂ p ∂ 2p 2
2∂ p


2
+ 2 +α 2
+ k 2 p = 0 dans S × R,
∂x ∂y ∂z (6.3)
 ∂p = 0

sur ∂S × R.
∂ν
74 CHAPITRE 6. UNE ALTERNATIVE À LA MÉTHODE DTN : LES PML

Les modes sont les solutions de la forme :

p(x, y, z) = ϕ(x, y)e±iβα z

avec βα ∈ C. Le champ transverse ϕ doit donc vérifier

∆ϕ + k 2 − α2 βα2 ϕ = 0 dans S,
( 
∂ϕ
=0 sur ∂S,
∂ν
En utilisant à nouveau le spectre du Laplacien dans S avec condition de Neumann :

−∆ϕn = λn ϕn dans S,
(
∂ϕn (6.4)
=0 sur ∂S,
∂ν
on trouve donc la famille de modes (ϕn , βn,α )n∈N où l’on a posé :
βn
βn,α = .
α
On remarque que seule la constante de propagation du mode a été modifiée par la présence
du paramètre α, le profil du mode reste lui inchangé. La transformation des β a une in-
terprétation géométrique simple : il s’agit d’une rotation d’angle opposé à l’argument de α
suivi d’une dilatation de rapport 1/|α|. Les β avant et après transformation sont représentés
ci-dessous dans le cas où
<e(α) > 0 et =m(α) < 0. (6.5)
Les βn sont en rouge et leurs opposés −βn en bleu.

On remarque que si α vérifie la condition (6.5), on a :

=m (βn,α ) > 0 ∀n ∈ N.

Ainsi, tous les modes qui se propagent vers la droite (βn réel positif) sont devenus évanescents
vers la droite. Les modes qui étaient déjà évanescents le sont restés. Il n’y a donc plus aucun
6.4. ESTIMATION D’ERREUR 75

modes propagatifs. Ce caractère évanescent de tous les modes fait penser au problème dis-
sipatif où l’on avait ajouté une partie imaginaire à la fréquence. On voit pourquoi le modèle
PML est assimilé à un milieu absorbant.
Remarque 6.2 Comme on l’a dit en introduction, la méthode des PML a été initialement
introduite pour les problèmes transitoires. On peut l’analyser en appliquant une tranforma-
tion de Fourier en temps, pour se ramener à un problème à fréquence fixée. Le choix des
paramètres pour le problème en temps conduit alors à un choix particulier du paramètre α
en fonction de la fréquence ω sous la forme suivante :
−iω
α=
−iω + σ
où σ est un paramètre réel positif qui mesure le caractère absorbant du milieu PML. Pour
ce choix particulier, on a :
βn σβn
βn,α = = βn + i .
α ω
La conséquence importante est que :
— pour le modes propagatifs : <e(βn ) = <e (βn,α ).
— pour le modes évanescents : =m(βn ) = =m (βn,α ).
Autrement dit, les modes propagatifs gardent la même longueur d’onde dans la PML, et les
modes évanescents gardent le même taux de décroissance.

6.4 Estimation d’erreur


L’estimation de l’erreur pL − p se fait exactement comme celle de pN − p au chapitre
précédent. On établit tout d’abord le résultat suivant :
Lemme 6.3 Supposons que α vérifie la condition (6.5). Soit pL une solution de (6.1). Alors
sa restriction à Ω0 est solution du problème suivant :

∆pL + k 2 pL = 0

 dans Ω0 ,


∂pL


sur ∂Ω0 \(Γ ∪ Σ0 ),

 ∂ν = 0


(6.6)
 ∂pL = g
 sur Γ,


 ∂ν
∂p


 L
 = T pL + SL pL sur Σ0 ,
∂ν
où l’opérateur SL est défini par :

H (Σ0 ) → H −1/2 (Σ0 )


 1/2



SL : +∞
X (6.7)
 ψ 7−→ SL ψ = iβn σn (α, L)(ψ, ϕn )L2 (Σ0 ) ϕn


n=0
76 CHAPITRE 6. UNE ALTERNATIVE À LA MÉTHODE DTN : LES PML

avec
−2
σn (α, L) = .
1 + e−2iβn,α L
On en déduit alors comme au chapitre précédent le

Théorème 6.4 Supposons que α vérifie la condition (6.5). Alors pour L assez grand, le
problème (6.1) avec une couche PML de longueur L est bien posé et sa solution tend vers la
solution p du problème initial (5.4) dans H 1 (Ω0 ). Plus précisément, l’erreur pL − p satisfait
l’estimation suivante :

kpL − pkH 1 (Ω0 ) ≤ C0 kA−1 kL(H 1 (Ω0 )) sup |σn (α, L)|kpkH 1 (Ω0 )
n∈N

pour une constante C0 qui ne dépend que de Ω0 .

6.5 Quelques commentaires


6.5.1 Les modes rétrogrades
Pour d’autres applications physiques, il arrive que la méthode des PMLs ne fonctionne pas.
Cela est dû à la présence de modes dits “rétrogrades” ou “inverses” dont les vitesses de phase
et de groupe sont de signes opposés. Autrement dit, avec nos conventions, ce sont des modes
propagatifs qui se propagent vers la droite (resp. gauche) bien que leur constante de propa-
gation β soit négative (resp. positive). Ceci se produit par exemple à certaines fréquences
pour les modes de Lamb qui se propagent dans une plaque élastique isotrope (en acier par
exemple). On obtient alors une répartition des β comme sur la figure suivante :

L’analyse précédente montre que les PMLs vont alors se “tromper” : elles ne vont pas
sélectionner le mode sortant, car celui-ci est exponentiellement croissant dans le milieu
PML. Une méthode permettant de corriger a posteriori les résultats faux fournis par la
méthode PML a été proposée dans [2014]. Mais cela n’est pas pleinement satisfaisant car
6.5. QUELQUES COMMENTAIRES 77

cette méthode nécessite la connaissance a priori des modes rétrogrades, alors que l’intérêt
majeur des PMLs est sa simplicité d’implémentation, et le fait que la formulation ne fait pas
intervenir les modes du guide.

6.5.2 PML et discrétisation


On présente ci-dessous des calculs qui ont été effectués dans une plaque d’acier, à une
fréquence telle qu’il n’existe pas de modes rétrogrades. Une condition de Dirichlet est im-
posée sur la frontière gauche du domaine et une PML est placée sur la frontière droite. On
utilise des éléments finis de Lagrange de type P2. La solution exacte est un mode de la plaque
de sorte que l’on peut calculer l’erreur.
Si le paramètre α dans la PML est choisi de façon adéquate (nous allons expliquer plus loin
ce qu’on entend par là), on obtient le résultat suivant (dans le cas du mode dit S0) :

Si on fixe l’argument de α (ici à −π/4) et si on trace l’erreur en norme H 1 en fonction du


module de α pour différents modes, on obtient le résultat suivant :

Sur la plus grande partie des courbes, comme la théorie le prévoit, l’erreur diminue lorsque
78 CHAPITRE 6. UNE ALTERNATIVE À LA MÉTHODE DTN : LES PML

le module de α diminue. En effet, le milieu PML devient alors plus absorbant et la réflexion
en bout de couche est alors négligeable. Si |α| est choisi trop grand comme sur la figure
ci-dessous, le milieu PML n’est pas assez absorbant et la réflexion due à la troncature de la
couche détériore totalement le résultat.

Mais que se passe-t-il lorsque le module de α est choisi trop petit ? On voit qu’alors l’er-
reur explose. Ceci est du au maillage (fixé) qui n’est plus capable de représenter la forte
décroissance de la solution dans la couche PML :
Chapitre 7

Formulations avec recouvrement et


résolution itérative

Dans les chapitres 3 et 5, nous avons expliqué comment construire une condition transpa-
rente pour résoudre un problème de diffraction ou de rayonnement dans un guide d’ondes.
En reprenant les notations habituelles (voir figure 7.1), cette condition avait été obtenue en
imposant le raccord en valeur et en dérivée normale de la pression sur une section transverse
ΣL , la pression étant exprimée à droite de ΣL sous la forme d’une série modale et approchée
à gauche de ΣL à l’aide d’éléments finis. L’idée dans ce chapitre est de généraliser cette

F IGURE 7.1 – La géométrie

approche, en autorisant un recouvrement entre la zone éléments finis et la zone modale. On


va donc introduire une représentation modale à partir de la frontière Σ0 tout en utilisant des
éléments finis dans tout le domaine ΩL . La zone de recouvrement correspond au tronçon de
guide BL . L’intérêt de cette généralisation est double :
— Tout d’abord, cela va nous permettre de concevoir facilement diverses conditions
transparentes, dont nous pourrons comparer les avantages du point de vue de l’er-
reur de troncature par exemple. Cette approche est particulièrement utile pour les
problèmes vectoriels (guides électromagnétiques ou élastiques) qui ne sont pas abordés
ici.
— Par ailleurs, ces formulations avec recouvrement sont bien adaptées à une résolution
itérative du système linéaire, permettant d’éviter l’inversion directe d’une matrice
partiellement pleine. On verra cela en fin de chapitre.

79
80CHAPITRE 7. FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT ET RÉSOLUTION ITÉRATIVE

7.1 Formulation DtN avec recouvrement


Nous allons commencer par introduire un recouvrement dans la condition DtN vue aux cha-
pitres 3 et 5.

7.1.1 Définition de l’opérateur DtN avec recouvrement


Comme toujours, nous considérons pour simplifier le problème suivant :
Trouver p

 solution sortante de


 2
 ∆p + k p = 0 dans Ω,



∂p (7.1)
 = 0 sur ∂Ω\Γ,
∂ν



 ∂p = g



sur Γ,
∂ν
où g est une fonction donnée de L2 (Γ). On suppose que k est tel que le problème est bien
posé.
On sait que la solution p admet la représentation suivante :
+∞
X
p(x, y, z) = (p, ϕn )L2 (Σ0 ) ϕn (x, y)eiβn z pour z > 0. (7.2)
n=0

L’idée est alors simplement d’imposer sur la frontière ΣL du domaine de calcul la condition
suivante, obtenue en dérivant l’expression précédente :
+∞
∂p X
= iβn (p, ϕn )L2 (Σ0 ) ϕn (x, y)eiβn L .
∂ν n=0

Attention, les coefficients modaux sont donc calculés à partir de la trace de p en z = 0 alors
que la dérivée normale est calculée en z = L, d’où la présence des coefficients eiβn L . Ceci
nous conduit à définir l’opérateur de Dirichlet-to-Neumann avec recouvrement suivant :
−1/2
 1/2
 H (ΣL ) → H
 (ΣL )
L
T : L
X (7.3)
 ψ 7−→ T ψ =
 iβn (ψ, ϕn )L2 (Σ0 ) eiβn L ϕn
n≥0

et le problème en domaine borné consiste à chercher p ∈ H 1 (ΩL ) tel que :


∆p + k 2 p = 0 dans ΩL ,




∂p


sur ∂ΩL \(Γ ∪ ΣL ),

 ∂ν = 0


∂p (7.4)

 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂p = T L p



sur ΣL .
∂ν
7.1. FORMULATION DTN AVEC RECOUVREMENT 81

Ce problème admet la formulation variationnelle suivante :

p ∈ H 1 (ΩL ), ∀q ∈ H 1 (ΩL ),


 Z Z
2
 X iβn L (7.5)

 ∇p · ∇q − k p q − iβn e (p, ϕn )L2 (Σ0 ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) = g q dγ.
ΩL n≥0 Γ

On peut remarquer que le terme de bord va conduire à un couplage entre les degrés de liberté
situés sur Σ0 et les degrés de liberté situés sur ΣL .

7.1.2 Equivalence avec le problème initial


Il convient de vérifier qu’une solution du problème (7.4) est bien la restriction d’une solution
du problème initial (7.1). Contrairement au cas de la formulation sans recouvrement, on va
voir que cela n’est pas toujours vrai ! En effet, soit pL une solution de (7.4) et p∞ la fonction
définie dans le guide semi-infini z > 0 par :
+∞
X

p (x, y, z) = (pL , ϕn )L2 (Σ0 ) ϕn (x, y)eiβn z .
n=0

On a clairement :
pL = p∞ sur Σ0 . (7.6)
Par ailleurs, la condition aux limites satisfaite par pL sur ΣL s’écrit aussi :

∂pL ∂p∞
= sur ΣL . (7.7)
∂ν ∂ν
La difficulté vient du fait que l’on ne raccorde pas pL et p∞ en valeur et en dérivée nor-
male sur la même frontière. On ne peut donc pas directement fabriquer une solution p du
problème initial (7.1) en prolongeant pL par p∞ . Ou plutôt, on ne peut le faire que si on
vérifie au préalable que pL et p∞ coincident dans la zone de recouvrement BL . Ceci conduit
au théorème suivant :
Théorème 7.1 Les problèmes (7.1) et (7.4) sont équivalents (au sens où toute solution de
(7.4) est la restriction à ΩL d’une solution de (7.1), et réciproquement) si et seulement si le
problème homogène suivant n’admet aucune solution non nulle :

∆v + k 2 v = 0 dans BL ,





∂v (7.8)
=0 sur ∂BL \Σ0 ,


 ∂ν
v=0 sur Σ0 .

D ÉMONSTRATION . Montrons que si le problème (7.8) n’admet aucune solution non nulle,
alors les problèmes (7.1) et (7.4) sont équivalents. La réciproque est vraie mais plus délicate
et nous l’admettrons.
82CHAPITRE 7. FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT ET RÉSOLUTION ITÉRATIVE

Il suffit de remarquer que si pL est solution de (7.4), pL − p∞ est solution de (7.8). Donc
si (7.8) n’admet aucune solution non nulle, on a pL = p∞ dans BL et l’on peut définir une
solution p de (7.1) comme suit :
p = pL dans ΩL et p = p∞ dans Ω ∩ {z > L}.


Il nous faut donc étudier le problème (7.8). On peut le voir comme un problème de valeurs
propres, k 2 jouant le rôle de la valeur propre. C’est un problème qui relève de la théorie
spectrale des opérateurs autoadjoints à résolvante compacte, d’où le lemme suivant :
Lemme 7.2 Les valeurs de k 2 telles que le problème (7.8) admet une solution non nulle
forment une suite (kn2 ) tendant vers +∞. Plus précisément, le problème (7.8) admet des
solutions non nulles si et seulement si
1 π 2
∃n ∈ N et m ∈ N tels que k 2 = λn + 2 + mπ
L 2
où la suite λn est définie par (5.2).
D ÉMONSTRATION . Par séparation de variables, on vérifie que les solutions non nulles de
(7.8) sont des combinaisons linéaires de fonctions de la forme
π
v(x, y, z) = ϕn (x, y) sin(βn z) avec βn L = mod π.
2
Le résultat s’en déduit.

On déduit finalement du théorème 7.1 et du lemme 7.2 le
Corollaire 7.3 Les problèmes (7.1) et (7.4) sont équivalents si et seulement si
 
2 1 π 2
k ∈/ λn + 2 + mπ ; n ∈ N, m ∈ N .
L 2
On peut remarquer que l’on peut toujours, à k fixé, choisir la longueur L telle que l’équivalence
soit assurée.

7.1.3 Compacité de l’opérateur DtN avec recouvrement


Pour l’étude théorique de la formulation avec recouvrement (7.5), on ne peut pas procéder
comme au chapitre 3 car les termes de la série
X
iβn eiβn L (p, ϕn )L2 (Σ0 ) (q, ϕn )L2 (ΣL )
n≥0

n’ont pas une partie réelle de signe donné lorsque q = p comme c’était le cas pour la formu-
lation sans recouvrement. On a donc perdu une propriété intéressante, mais heureusement,
cela est compensé par un autre avantage. C’est cette fois la présence des termes eiβn L , qui
tendent vers 0 avec n, qui va nous aider. Plus précisément, on a le résultat suivant :
7.1. FORMULATION DTN AVEC RECOUVREMENT 83

Lemme 7.4 Soit K l’opérateur linéaire continu sur H 1 (ΩL ) défini par :
X
(Kp, q)H 1 (ΩL ) = iβn eiβn L (p, ϕn )L2 (Σ0 ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) .
n≥0

Alors K est un opérateur compact sur H 1 (ΩL ).

D ÉMONSTRATION . Pour N ∈ N, on définit l’opérateur KN par :


X
(KN p, q)H 1 (ΩL ) = iβn eiβn L (p, ϕn )L2 (Σ0 ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) .
0≤n≤N

Il est facile de voir que KN est compact puisqu’il est de rang fini. Il suffit alors de montrer
que K tend vers KN en norme d’opérateurs (en effet, toute limite de suite d’opérateurs de
rang fini est compacte). Or on a :

k(K − KN )pk2H 1 (ΩL ) = ((K − KN )p, (K − KN )p)H 1 (ΩL )


X
= iβn eiβn L (p, ϕn )L2 (Σ0 ) ((K − KN )p, ϕn )L2 (ΣL )
n>N

On en déduit que :

k(K − KN )pkH 1 (ΩL ) ≤ C max |eiβn L |kpkH 1 (ΩL ) (7.9)


n>N

d’où le résultat car


eiβn L → 0 quand n → +∞.


On déduit du lemme précédent le

Lemme 7.5 La formulation (7.5) relève de l’alternative de Fredholm.

7.1.4 Estimation de l’erreur de troncature de la série


En pratique, lorqu’on cherche à approcher la solution de (7.5) par éléments finis, on procède
comme dans le chapitre 5, c’est à dire que l’on tronque la série en ne conservant que les N
premiers termes, où N est choisi de sorte que l’on conserve tous les modes propagatifs. On
résout donc le problème tronqué suivant :


 p ∈ H 1 (ΩL ), ∀q ∈ H 1 (ΩL ),
 Z Z
X
2 iβn L


 ∇p · ∇q − k p q − iβn e (p, ϕn )L2 (Σ0 ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) = g q dγ.
 ΩL Γ
0≤n≤N
(7.10)
84CHAPITRE 7. FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT ET RÉSOLUTION ITÉRATIVE

Mais cette fois, l’étude de l’erreur produite par la troncature se fait beaucoup plus simplement
que dans le cas sans recouvrement. En effet, on n’a pas besoin de se ramener à un problème
posé dans le sous-domaine fixe Ω0 pour faire apparaitre les termes exponentiels, puisqu’ils
sont déjà présents dans la formulation.
Notons p la solution de (7.5) et pN la solution de (7.10). En utilisant l’estimation (7.9) et en
procédant comme dans le paragraphe 5.3, on établit le
Théorème 7.6 Il existe N0 ≥ Nprop − 1 tel que si N ≥ N0 , alors le problème (7.10) tronqué
au rang N est bien posé et sa solution tend vers la solution p du problème initial (7.4) dans
H 1 (ΩL ). Plus précisément, l’erreur (pN − p) satisfait l’estimation suivante :
√ 2
kpN − pkH 1 (ΩL ) ≤ C e− λN +1 −k L
pour une constante C qui ne dépend que de la géométrie et de la source g.
On peut remarquer en comparant au théorème 5.6 deux différences : d’une part l’erreur
porte maintenant√sur tout le domaine ΩL et non plus √ seulement sur le domaine Ω0 , d’autre
−2 λN +1 −k2 L − λN +1 −k2 L
part le terme e √ a été remplacé par e . Ces deux points sont
√ liés. En
− λN +1 −k2 L − λN +1 −k2 L
effet, l’erreur qui est en e au bord ΣL est elle même multipliée
√ par e
−2 λN +1 −k2 L
lorsqu’elle se “propage” jusqu’à Σ0 , où elle n’est plus que en e .

7.2 Autres formulations avec recouvrement


L’introduction d’une zone de recouvrement permet de définir de nombreuses conditions
transparentes autres que Dirichlet to Neumann. Nous en donnons deux exemples dans cette
section.

7.2.1 Condition de Neumann to Neumann avec recouvrement


On peut par exemple écrire une condition Neumann to Neumann. L’idée est de calculer la
dérivée normale de p sur ΣL à partir de sa dérivée normale sur Σ0 . Dans la zone BL , on sait
que p admet une représentation de la forme suivante :
+∞
X
p(x, y, z) = an ϕn (x, y)eiβn z (7.11)
n=0

où on l’a noté an l’amplitude complexe du mode n. On en déduit que :


+∞
∂p X
(x, y, 0) = an (iβn )ϕn (x, y)
∂z n=0

d’où, par identification :


 
1 ∂p
an = , ϕn pour tout n ∈ N.
iβn ∂z L2 (Σ0 )
7.2. AUTRES FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT 85

La condition aux limites sur ΣL devient alors :


+∞  
∂p X ∂p
= , ϕn ϕn (x, y)eiβn L sur ΣL . (7.12)
∂ν n=0
∂z L2 (Σ0 )

∂p

La difficulté est qu’il faut donner un sens à ∂z , ϕn L2 (Σ0 ) pour une fonction p dans H 1 (ΩL ).
Pour cela, on introduit une fonction de troncature χ qui vérifie :

χ ∈ H 1 (BL ), χ = 1 sur Σ0 et χ = 0 sur ΣL .

En appliquant la formule de Green suivante :


Z Z
∂u
vdγ = (∆u v + ∇u · ∇v)
∂BL ∂ν BL

à u = p (où p est la solution du problème initial) et v = χϕn , on obtient :


  Z
∂p
k 2 pχϕn − ∇p · ∇(χϕn ) .

, ϕn =
∂z L2 (Σ0 ) BL

Contrairement au terme de gauche, le terme de droite a bien un sens dès que p appartient à
H 1 (ΩL ). Finalement, la formulation du problème avec condition NtN sera donc la suivante :

∆p + k 2 p = 0 dans ΩL ,




∂p


sur ∂ΩL \Γ,

 ∂ν = 0


∂p (7.13)

 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂p = T N tN p sur Σ ,



L
∂ν
où l’on a posé :


 H 1 (ΩL ) → H −1/2 (ΣL )

X Z 
(7.14)
N tN
k ψχϕn − ∇ψ · ∇(χϕn ) ϕn (x, y)eiβn L
2

 ψ 7−→ T ψ=


n≥0 B L

Ce problème admet la formulation variationnelle suivante :




 p ∈ H 1 (ΩL ), ∀q ∈ H 1 (ΩL ),

 Z


∇p · ∇q − k 2 p q −
 
ΩL
(7.15)

 X Z  Z
iβn L 2

k pχϕn − ∇p · ∇(χϕn ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) = g q dγ.



 e
BL Γ

n≥0
86CHAPITRE 7. FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT ET RÉSOLUTION ITÉRATIVE

Cette fois, le terme de bord va conduire à un couplage entre les degrés de liberté situés dans
un voisinage de Σ0 (éventuellement une seule couche d’éléments finis) et les degrés de liberté
situés sur ΣL .
On pourra en guise d’exercices étudier cette formulation, comme on l’a fait plus haut pour
la condition DtN avec recouvrement. On pourra aussi décrire d’autres conditions telles que
Dirichlet to Dirichlet, ou Neumann to Dirichlet.

7.2.2 Condition de Dirichlet to Robin avec recouvrement


Nous avons vu que la formulation Dirichlet to Neumann avec recouvrement n’est pas tou-
jours équivalente au problème initial. Elle ne l’est que si k n’est pas une fréquence propre du
problème (7.8). La même difficulté se présente pour la formulation Neumann to Neumann
avec recouvrement. Un moyen d’assurer l’équivalence à toute fréquence consiste à imposer
une condition aux limites de type Robin, avec un coefficient complexe, sur la frontière ΣL .
Plus précisément, on va chercher p ∈ H 1 (ΩL ) tel que :

∆p + k 2 p = 0

 dans ΩL ,


∂p


sur ∂ΩL \Γ,

 ∂ν = 0


∂p (7.16)

 =g sur Γ,


 ∂ν
 ∂p + iαp = T DtR p sur Σ ,



L
∂ν

où l’opérateur T DtR est défini par

−1/2
 1/2
 H (Σ0 ) → H
 (ΣL )
DtR
X (7.17)
 ψ 7−→ T
 ψ= i(βn + α)(ψ, ϕn )L2 (Σ0 ) eiβn L ϕn .
n≥0

Ce problème admet la formulation variationnelle suivante :




 p ∈ H 1 (ΩL ), ∀q ∈ H 1 (ΩL ),


 Z  X
∇p · ∇q − k 2 p q − i(βn + α)eiβn L (p, ϕn )L2 (Σ0 ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) (7.18)


 ΩL n≥0
 +iα R p q dγ = R g q dγ.

ΣL Γ

On a alors le résultat suivant :

Théorème 7.7 Si le réel α est non nul, le problème (7.16) est toujours équivalent au problème
initial (7.1).
7.3. MÉTHODES ITÉRATIVES DE RÉSOLUTION 87

D ÉMONSTRATION . On raisonne comme dans le paragraphe 7.1.2. Soit pL une solution de


(7.16) et p∞ la fonction définie dans le guide semi-infini z > 0 par :

+∞
X
p∞ (x, y, z) = (pL , ϕn )L2 (Σ0 ) ϕn (x, y)eiβn z .
n=0

Alors v = pL − p∞ est solution dans BL du problème suivant :

∆v + k 2 v = 0 dans BL ,




∂v


=0 sur ∂BL \(Σ0 ∪ ΣL ),



∂ν (7.19)


 v=0 sur Σ0 ,

 ∂v + iαv = 0 sur Σ .



L
∂ν

En multipliant l’équation par v, intégrant sur BL et appliquant la formule de Green, on obtient


l’identité suivante :
Z Z
2 2 2
|v|2 dγ = 0.

|∇v| − k |v| + iα
BL ΣL

On termine alors comme dans la section 2.3.4 : on montre que

∂v
v= =0
∂ν

sur ΣL d’où v est identiquement nul par application du théorème de Holmgren.




7.3 Méthodes itératives de résolution

Le principal intérêt des formulations avec recouvrement que nous venons de présenter est
qu’elles sont bien adaptées à une résolution itérative, où l’on inverse, à chaque itération, une
matrice creuse. Nous nous contenterons de présenter les idées sur le cas de la méthode DtN
avec recouvrement.
88CHAPITRE 7. FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT ET RÉSOLUTION ITÉRATIVE

7.3.1 Algorithme de Schwarz pour la méthode DtN avec recouvrement


Une idée naturelle pour résoudre le problème (7.4) est d’appliquer l’algorithme itératif sui-
vant où l’on a posé p(0) = 0 :

(m+1)
 ∆p
 + k 2 p(m+1) = 0 dans ΩL ,


∂p (m+1)



=0 sur ∂ΩL \(Γ ∪ ΣL ),



 ∂ν
(7.20)
∂p (m+1)
=g sur Γ,


∂ν




∂p (m+1)


= T L p(m)


 sur ΣL .
∂ν
Il est clair que si cet algorithme converge, la limite sera la solution recherchée. On s’intéressera
à la convergence dans le paragraphe suivant. Pour l’instant, nous allons commenter l’intérêt
de cette approche.
A chaque itération, le problème variationnel à résoudre est le suivant, p(m) étant donné :


 Trouver p(m+1) ∈ H 1 (ΩL ) tel que ∀q ∈ H 1 (ΩL ),

Z Z
(m+1) 2 (m+1)
 X iβn L (m)

 ∇p · ∇q − k p q = iβn e (p , ϕn )L2 (Σ0 ) (q, ϕn )L2 (ΣL ) + g q dγ.
 ΩL Γ
n≥0
(7.21)
Après discrétisation par éléments finis, en reprenant des notations analogues à celle de la
section 5.4, on doit inverser un système de la forme suivante :

K − k 2 M P (m+1) = G + TP (m) .


La matrice à inverser (K − k 2 M) est creuse et peut être factorisée une fois pour toutes. La
matrice T contenant le bloc plein n’intervient qu’au second membre. Il faut juste être en
mesure de calculer le produit matrice-vecteur TP (m) , ce qui peut se faire de façon efficace
sans même assembler la matrice T.

7.3.2 Etude de la convergence de l’algorithme de Schwarz dans un cas


particulier
Nous allons considérer dans ce paragraphe une géométrie très simple dans laquelle les modes
ne sont pas couplés entre eux.
7.3. MÉTHODES ITÉRATIVES DE RÉSOLUTION 89

Plus précisément, on suppose que ΩL est défini comme suit :

ΩL = S×] − a, L[

pour un certain a > 0. On note p la solution du problème exact (7.4) et p(m) la solution de
(7.20) à l’itération m. Enfin, on note e(m) = p − p(m) l’erreur à l’itération m. Par linéarité,
e(m) vérifie : 

 ∆e(m+1) + k 2 e(m+1) = 0 dans ΩL ,


∂e (m+1)



=0 sur ∂ΩL \(Γ ∪ ΣL ),



 ∂ν
(7.22)
∂e (m+1)
= 0 sur Γ,


∂ν




∂e (m+1)


= T L e(m)


 sur ΣL .
∂ν
De plus, comme ΩL est un tronçon de guide non perturbé, on sait que e(m) admet dans tout
ΩL une décomposition sur les modes aller et retour :
X
e(m) (x, y, z) = (A(m)
n e
iβn z
+ Bn(m) e−iβn z )ϕn (x, y).
n≥0

On montre alors le résultat suivant :


Lemme 7.8
A(m+1)
n = ζn A(m)
n et Bn(m+1) = ζn Bn(m)
où
1 + e−2iβn a
ζn = , n ∈ N.
1 − e−2iβn (a+L)
D ÉMONSTRATION . Les conditions aux limites sur Σ−a et ΣL se traduisent, pour tout n ∈ N
par le système suivant :
(m+1) −iβn a (m+1) iβn a
An e − Bn e = 0,
(m+1) iβn L (m+1) −iβn L (m) (m)
An e − Bn e = (An + Bn )eiβn L .

La première équation nous dit que pour tout m > 0 :


−2iβn a
Bn(m) = A(m)
n e ,

et la seconde nous donne alors la relation :

A(m+1) eiβn L − e−iβn (L+2a) = A(m) iβn L


1 + e−2iβn a .
 
n n e

Le lemme s’en déduit.



90CHAPITRE 7. FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT ET RÉSOLUTION ITÉRATIVE

Corollaire 7.9 L’algorithme itératif (7.20) converge pour toute donnée g si et seulement si
|ζn | < 1 pour tout n ∈ N.

D ÉMONSTRATION . L’algorithme itératif (7.20) converge si et seulement si e(m) tend vers 0


avec m.
Remarquons tout d’abord que comme ζn → 0 quand n → +∞, il ne peut y avoir qu’un
nombre fini de n tels que |ζn | > 1.
(0)
Si il existe n tel que |ζn | > 1, en prenant g = ϕn , on trouve que An 6= 0 d’où

A(m)
n = (ζn )m A(0)
n

qui tend vers l’infini en module. Donc la méthode diverge.


Réciproquement, supposons que |ζn | < 1 pour tout n ∈ N. Alors, on peut dire plus précisément
qu’il existe t ∈ [0, 1[ tel que |ζn | ≤ t pour tout n ∈ N. Il en résulte que

|A(m) m (0) (m) m (0)


n | ≤ t |An | et |Bn | ≤ t |Bn |,

d’où la convergence de e(m) vers 0.



On remarque bien ici l’intérêt du recouvrement. En effet, si L > 0, comme on l’a dit, ζn → 0
avec n. Autrement dit, les modes évanescents d’ordre élevé convergent très vite. En revanche,
si L = 0, ζn → 1 avec n, ce qui veut dire que les modes évanescents d’ordre élevé convergent
de moins en moins bien lorsque n augmente.
Cependant, même avec un recouvrement, ce n’est pas gagné et il peut y avoir quelques va-
leurs de n pour lesquelles |ζn | > 1. Ceci est résolu par l’utilisation d’un algorithme plus
sophistiqué, l’algorithme GMRES développé par Yousef Saad et Martin H. Schultz en 1986.
Cette algorithme est assuré de converger dès lors que seul un nombre fini de ζn ont un mo-
dule supérieur à 1, et on oberve sur la figure ci-dessous qu’il converge de mieux en mieux
lorsque la longueur L du recouvrement augmente.
7.3. MÉTHODES ITÉRATIVES DE RÉSOLUTION 91

F IGURE 7.2 – Convergence de GMRES


92CHAPITRE 7. FORMULATIONS AVEC RECOUVREMENT ET RÉSOLUTION ITÉRATIVE
Chapitre 8

Extensions et applications

8.1 Méthode multimodale

Jusqu’à présent, nous avons considéré un problème de guide fermé perturbé par un obstacle.
On peut envisager un autre type de perturbation : des variations localisées de la section . On
parle de guide à section variable. Dans ce cas, on va voir qu’il est possible de tirer parti de
la structure modale de la solution et obtenir une méthode d’approximation hybride éléments
finis/modale qui peut se révéler plus efficace dans certaines configurations, par exemple des
guides longs à section faiblement variable.

8.1.1 Guide à section variable

Considérons un guide semi-infini de section variable:


h(x) si 0 ≤ x ≤ L
h(x) = .
h∞ si x ≥ L

On supposera par la suite que h ∈ C 1 (R+ ) et que h(x) ≥ hmin > 0, ∀x ≥ 0.


Nous considérons le domaine borné :

Ω = {(x, y)/ x ∈ ]0, L[ , 0 ≤ y ≤ h(x)}

de frontières Γ = {(x, y)/ x ∈ ]0, L[ , y = h(x) }, Γ0 = {(x, y)/ x ∈ ]0, L[ , y = 0} , Σ0 et


ΣL .

93
94 CHAPITRE 8. EXTENSIONS ET APPLICATIONS

On considère à nouveau un problème de diffraction de même nature que (5.1) et on introduit


directement le problème posé sur le domaine borné Ω, pour g ∈ L2 (Σ0 ) :

4u + k 2 u = 0 sur Ω
∂u
=0 sur Γ ∪ Γ0
∂ν
(P ) ∂u (8.1)
=g sur Σ0
∂ν
∂u
= Tu sur ΣL
∂ν

dont la formulation variationnelle dans H 1 (Ω) est :

trouver
Z u ∈ H 1 (Ω) Ztel que ∀v ∈ H 1 (Ω) Z
2 (8.2)
∇u.∇v̄ dΩ − k u v̄ dΩ − hT u, v̄ iΣL = g v̄ dΣ
Ω Ω Σ0

Ce problème est de type Fredholm et donc, sauf pour au plus un ensemble dénombrable de
fréquences k, il admet une unique solution. Notre objectif est d’exposer une méthode hybride
multimodale/éléments finis permettant de résoudre efficacement ce problème.

8.1.2 Principe de la méthode multimodale


L’idée de la méthode multimodale repose sur le fait que sur chaque section transverse Σx =
{(x, y), } /0 ≤ y ≤ h(x)}, la trace de la solution u admet la décomposition suivante :
X
u|ΣL | ϕxn L2 (Σ ) ϕxn (y)

u(x, y) =
L
n≥0

d 2
où (ϕxn )n est la base orthonormale des fonctions propres de l’opérateur − dx 2 muni des condi-

tions aux limites de Neumann sur Σx . Plus précisément, on a :


 2
nπy nπ
ϕxn (y) = an cos et λxn = .
h(x) h(x)
8.1. MÉTHODE MULTIMODALE 95

L’idée de la méthode multimodale consiste alors à chercher la solution u sous la forme :


X
u(x, y) = un (x)ϕxn (y),
n≥0

les inconnues étant les fonctions (un (x))n≥0 .


Avant de continuer plus avant, nous allons opérer un changement de variable sur le problème
qui va nous permettre d’avoir une vision plus simple des choses

8.1.3 Approximation multimodale


On introduit le changement de variable suivant :
y
H : (x, y) ∈ Ω → (X = x, Y = ) ∈ ]0, L[ × ]0, 1[ .
h(x)
et on pose :
A = ]0, L[ , B = ]0, 1[ , B0 = {0} × B, BL = {L} × B
U (X, Y ) = u(x, y), G(Y ) = g(y)
Après changement de variable, le problème (8.2) devient :
trouver
Z U ∈ H 1 (A × B), 1
Z tel que ∀V Z∈ H (A × B) Z
, (8.3)
(H∇U ).∇V − k 2 hU V − T U V = h(0) GV
A×B A×B BL B0

avec H(X, Y ) la matrice définie par :


 0 
h (X)
1 −Y
H(X, Y ) = h(X)   h(X)
0
2 .
0 1+ Y h (X)
h (X)
−Y h(X) h2 (X)

On a ainsi transformé un problème à coefficients constants posé sur un domaine à section


variable en un problème à coefficients variables posé sur un domaine à section constante.
L’intérêt réside dans le fait que la base sur lequel on décompose (et accessoirement l’espace
fonctionnel sur lequel on va travailler) ne dépend plus de la fonction h.
Reprenant l’idée de l’approche multimodale, la fonction U est de la forme :
X
U (X, Y ) = Un (X)ϕn (Y )
n≥0

où cette fois, les fonctions ϕn (y) = an cos nπY sont indépendantes de X !
Dans la pratique, on va tronquer à un certain rang N , la série précédente. Ce qui revient à
dire que l’on va chercher une solution approchée U N dans l’espace :
( )
X
VN = H 1 (A) ⊗ V ect {ϕn } = v(X, Y ) = vn (X)ϕn (Y ), ∀n vn ∈ H 1 (A)
0≤n≤N
0≤n≤N
96 CHAPITRE 8. EXTENSIONS ET APPLICATIONS

Ce choix nous conduit à introduire la formulation variationnelle approchée :


trouver
Z U N ∈ VN , tel que
Z ∀V ∈ VN Z Z
. (8.4)
H∇U N .∇V − k 2 hUn V − T UN V = h(0) GV
A×B A×B BL B0

En injectant l’expression de U N et en choisissant des fonctions tests V = vϕn , on obtient


∀v ∈ H 1 (A), ∀m = 1, N :
X  Z
0 0
Z
0 0
Z
0
Z
0 0
Z
0
δnm hUn v − h Un v Y ϕn ϕm − h Un v Y ϕn ϕm
0≤n≤N A A B A B
Z 2 2 Z Z 

+ δnm Un v − k 2
hUn v δnm + Un (L)v(L) T ϕn ϕm . (8.5)
A h A B Z

= h(0)v(0) Gϕm
B

Ce problème variationnel se réinterprète comme un système différentiel d’ordre 2 de dimen-


sion N + 1 portant sur les inconnues Un muni de conditions initiale et finale.
On peut obtenir des estimations d’erreur précisant la qualité de l’approximation modale :
Théorème 8.1 Si U est une solution régulière de (8.3) et U N son approximation modale,
alors ∀ε > 0 :
C  
kU − UN kH 1 (A×B) ≤ 1 −ε kU kH 3/2 (A×B) .
N2
Cette estimation est optimale et montre la faible qualité de l’approximation. Ce résultat
médiocre résulte du fait que l’on utilise une base de fonctions ϕn vérifiant dY ϕn (1) = 0
alors que la solution U ne vérifie pas une telle condition, puisque l’on a ∂ν u = 0 sur Γ qui
lorsque la section varie n’implique pas ∂Y U = 0! On obtient un résultat qui peut paraitre
surprenant au premier abord :
X X
∂Y lim Un (X)ϕn (0) 6= lim ∂Y Un (X)ϕn (0) = 0!
n→∞ n→∞
n≤N n≤N

En fait, la série précédente ne converge que dans H 1 , ce qui est insuffisant pour prendre la
trace de la dérivée normale ! Le problème se perçoit plus précisément dans la démonstration
dont nous donnons ici les grandes lignes.
D MS . Le problème est du type coercif +compact et on a donc l’estimation de type Cea
suivante :
kU − UN kV ≤ C inf kU − V kV .
V ∈VN
d2
On note A l’opérateur non borné − dx2 muni des conditions aux limites de Neumann sur B
et ΠN le projecteur orthogonal de V sur VN . On considère V ∈ H 1 (A) ⊗ D(Ar ). Comme
Ar V (X, .) ∈ L2 (B), V vérifie :
Z !
X X 0 2
2
λ2r
n |Vn (X)| + λ2r
n Vn (X) < ∞.
A n>N n>N
8.1. MÉTHODE MULTIMODALE 97

On a alors l’estimation suivante (on l’admet)


 
kV − ΠN V kH 1 (A×B) ≤ C N 1−2r kV kH 1 (X)⊗D(Ar ) .

Par ailleurs on montre que :


 2r
 H (B)2r if r < 3/4
r 0 0
D(A ) = v ∈ H (B), v (0) = v (1) = 0 if 3/4 < r < 7/4 .
 0 0 000 000
v ∈ H 2r (B), v (0) = v (1) = v (0) = v (1) = 0, if 7/4 < r < 11/4

Les résultats de régularité standard montre que U ∈ H 1 (X)⊗D(Ar ) avec r < 43 et pas mieux

car U ne vérifie pas la condition aux limites ∂Y U = 0. Ce qui donne le résultat annoncé.


Faisons quelques remarques.


— Tout d’abord, la perte de convergence est liée à la condition de Neumann sur la
frontière Γ. Sur la frontière Γ0 (qui est droite), le problème ne se pose pas. Ainsi,
dans le cas d’un guide droit (pour lequel cette méthode n’a aucun intérêt), on aurait
une bien meilleure convergence.
— Si au lieu d’une condition de Neumann sur Γ on avait considéré une condition de
Dirichlet, on aurait également obtenu une bien meilleure convergence en utilisant,
bien évidemment, la base spectrale associée au problème de Dirichlet !
— On peut améliorer la convergence de la méthode en introduisant une fonction auxi-

liaire ϕ−1 (Y ) qui est telle que ∂Y ϕ−1 (1) = 1 (par exemple la première fonction
propre du problème de Dirichlet transverse). On cherche alors une approximation de
U de la forme :
X
Ũ N (X, Y ) = U−1 (X)ϕ−1 (y) + Un (X)ϕn (Y );
n≤N

l’introduction de la fonction supplémentaire étant destinée à ”capter” la dérivée ∂Y U (X, 1)!


C
On obtient dans ce cas une estimation de convergence en N 5/2−ε ce qui est assez bon !
[2008]

8.1.4 Méthode hybride EF/Modal


Donnons quelques indications sur la façon dont on peut résoudre le problème approché (8.5).
Les inconnus de ce problème sont les (N + 1) fonctions Un ∈ H 1 (A). Une idée natu-
relle consiste à les approcher par une méthode d’éléments finis de Lagrange 1D. Si on note,
(ϕi )i=1,P les fonctions de base de cette approximations éléments finis, on est donc amené à
chercher des approximations de Un de la forme :
XX
Unh = Uni ϕi (X)ϕn (Y ),
n≤N i=1,P
98 CHAPITRE 8. EXTENSIONS ET APPLICATIONS

soit encore à considérer le problème variationnel (8.3) dans l’espace d’approximation :

VNh = vect(ϕi ) ⊗ V ect {ϕn }.


i=1,P 0≤n≤N

On montre que ce problème est alors équivalent à la résolution d’un système linéaire de la
forme :
AZ = B
où Z est le vecteur de dimension q = P × (N + 1) des inconnues Uni , B un vecteur second
membre et A une matrice d’ordre q ayant une structure tridiagonale (en éléments finis P1) de
blocs pleins.

8.2 Quelques applications des méthodes multimodales


Nous donnons quelques exemples de l’utilisation de méthodes numériques impliquant l’ap-
proche multimodale.

8.2.1 Acoustique en écoulement


Dans cet exemple, on cherche à déterminer les perturbations acoustiques induites par une
plaque d’épaisseur nulle en présence d’un écoulement uniforme dans un guide droit D de
bord ∂D. Le modèle utilisée est celui de l’équation de Hemholtz convectée, posé en po-
tentiel des vitesses de part et d’autre de la ligne de plaque Γ (hypothèse d’irrotationnalité
de l’écoulement).Au bord de fuite, une condition de Kutta-Joukowski (vitesse bornée) est
imposée, ce qui induit un saut du potentiel sur le demi-droite (S) issue du point de fuite et
par conséquent, une ligne de rotationnalité dans l’écoulement que l’on appelle encore sillage
acoustique :
2
2 ∂ ϕ ∂ϕ ∂ 2 ϕ


 (1 − M ) 2
+ 2ikM + 2 + k 2 ϕ = 0 sur D/(S ∪ Γ)
∂x ∂x ∂y




 ∂ϕ
=0 sur ∂D



∂y
∂ϕ ∂ϕinc

 = − sur Γ
∂y ∂y


  
k ∂ϕ


[ϕ]S = F ei M x et


 =0 sur S
∂y S
k désigne le nombre d’onde, M le nombre de Mach, ϕinc un potentiel incident (mode du
guide) et F est une inconnue du problème représentant l’amplitude du sillage.
Les résultats numériques qui sont présentés ici ont été obtenus par une approximation par
élément fini couplée à une méthode d’éléments finis localisés permettant de prendre en
compte l’infini. Une autre métode de type éléments finis localisés a été utilisée pour cou-
pler le calcul éléments/finis à une représentation en série de la solution au voisinage des
bords de fuite et d’attaque à l’aide de série, permettant de déterminer le coefficient F. Sur
8.2. QUELQUES APPLICATIONS DES MÉTHODES MULTIMODALES 99

la figure ci-dessous nous présentons la partie réelle et la partie imaginaire du potentiel obte-
nue, lorsque l’on injecte√le deuxième mode dans le guide pour une fréquence k = 0.9 et un
nombre de Mach M = 3/2 ' 0.866. On observe d’une part, le phénomène Doppler bien
connu (décalage fréquenciel du à l’écoulement) ainsi que le phénomène de sillage.

8.2.2 Optimisation de forme d’un guide d’onde


Nous illustrons l’utilisation de la méthode hybride dans le contexte de l’optimisation de
forme d’un guide d’onde. Plus précisément, on cherche à déterminer la forme du guide
d’onde, permettant par exemple, de générer en sortie du guide un mode donné (indice d)
alors qu’on injecte en entrée un mode différent (indice i). C’est un convertisseur de modes.
On peut formuler ce problème comme un problème d’optimisation de forme :
trouver la fonction de forme h : [0, L] → R+ avec h(0) = h(L) = h0 (section du guide
à l’entrée et à la sortie) et h0 (0) = h0 (L) = 0 (raccord régulier avec des guides de section
droite) qui maximise le module du mode d en sortie (x = L) :
2
max (u|x=L , wd )
h

avec u solution de (8.2). En choisissant une classe de forme particulière, par exemple les
fonctions splines cubiques sur les abcisses (xk )k=0,K+1 avec x0 = 0 et xK+1 = L et en utili-
sant une approximation hybride éléments finis/modal, on aboutit un problème d’optimisation
en dimension finie :
2
max (UdI )
H∈RK

où UdI représente l’approximation au point x = L de l’amplitude du mode d, U solution du


problème (8.5) et H le vecteur dont les composantes sont les valeurs de la fonction spline
100 CHAPITRE 8. EXTENSIONS ET APPLICATIONS

h aux points (xk )k=1,K . Ce problème d’optimisation est assez délicat à résoudre car la fonc-
tion à maximiser est fortement non concave et possède une multitude de maxima locaux et
est donc difficile à maximiser par les algorithmes d’optimisation usuels. Il est nécessaire de
mettre en oeuvre des techniques de sur-itération permettant de trouver une solution satisfai-
sante (quasi-optimale).
Nous présentons ci-après l’exemple d’un convertisseur 0-2 ”quasi-optimal” obtenu et la
représentation de la partie réelle de la pression correspondante ainsi que l’évolution de l’am-
plitude des modes propagatifs le long de l’axe de propagation.

On observe que la forme obtenue n’est pas du tout triviale et difficile à intuiter. En particulier,
la conversion du mode 0 et mode 2 n’est pas directe puisqu’au cours de la transition les autres
modes (le mode 1 en particulier) sont excités de façon importante. Le rendement obtenu est
de l’ordre de 94% ce qui compte-tenu de la faible longueur du guide est un bon résultat.

8.2.3 Imagerie dans un guide d’onde


Imager des défauts dans un guide d’onde acoustique à l’instar d’une radiographie ou d’une
échographie n’est pas une chose si facile. En effet, si il y a peu de modes propagatifs on
ne dispose que de peu d’information. On ne peut pas tirer partie des modes évanescents car
très rapidement ils sont atténués et couverts par les bruits de mesure. Une technique récente
8.2. QUELQUES APPLICATIONS DES MÉTHODES MULTIMODALES 101

d’imagerie des défauts est la Linear Sampling Method dont la philosophie consiste à évaluer
une fonction permettant de caractériser le fait qu’un point du guide se trouve ou non dans le
défaut. Nous allons décrire briévement le principe de cette méthode et la forme qu’elle prend
dans un contexte modal [2008, 2011].
Supposons qu’un défaut D soit situé dans un guide de section h entre les abcisses −x0 et
x0 > 0 et supposons que l’on sache mesurer des champs diffractés sur les sections Σ±s avec
s > x0 . Plus précisément, on suppose que l’on a accès au champ un± diffracté par l’obstacle
lorsqu’il est soumis au mode propagatif du guide (sans obstacle) g± n
(x, y) = ϕn (y)e±iβn x où
+ (resp. −) correspond à un mode se propageant suivant les x positif (resp. négatif).

Ces champs diffractés sont solutions du problème (G = R × ]0, h[) :




 (∆ + k 2 )un± = 0 dans G \ D
∂n un± = 0 sur Γ

n n (8.6)
u = −g sur ∂D
 ± n ±


± n
∂n u± = T u± sur Σ±s .∀s > x0

où T ± désigne l’ opérateur de Dirichlet to Neumann sur Σ±s (indépendant de s).


Rappelons que la fonction de Green de l’équation de Helmholtz dans un guide d’onde 2D
(source placé au point M = (xM , yM )) :

 (∆x + k 2 )G(., M ) = δM dans G
∂ν G(., M ) = 0 sur Γ
±
∂ν G(., M ) = T G(., M ) sur Σ±s ∀s > y

est donnée par :


X eiβn |xM −xP |
G(P, M ) = ϕn (yM )ϕn (yP ). (8.7)
n∈N
2iβn
Pour tout point M appartenant à Σs ∪ Σ−s , on considère le champ Gd (P, M ) diffracté par
l’obstacle lorsqu’il est soumis au champ incident G(P, M ). En d’autres termes, Gd (P, M )
est la réponse, en présence de l’obstacle, à une source situé sur Σs ∪ Σ−s . C’est aussi la
”partie” diffractée de la fonction de Green du guide en présence de l’obstacle qui vérifie les
équations : 
 (∆x + k 2 )Gd (., M ) = 0
 dans G
∂ν Gd (., M ) = 0 sur Γ


 Gd (., M ) = −G(., M ) sur ∂D
∂ν Gd (., M ) = T ± Gd (., M ) sur Σ±s ∀s > y

102 CHAPITRE 8. EXTENSIONS ET APPLICATIONS

La linear sampling method consiste à introduire l’opérateur F :

F : L2 (Σs ) × L2 (Σ−s ) → R L2 (Σs ) × LR2 (Σ−s )


h = (h+ , h− ) → Σ−s Gd (M, .)h+ (M ) ds(M ) + Σs Gd (., M )h− (M ) ds(M )

et le problème suivant pour des points Q quelconque du guide :

(F h)(P ) = G(P, Q) ∀P ∈ Σs ∪ Σ−s . (8.8)

L’idée est la suivante : par construction F h n’est jamais singulier en un point P appartenant
à l’ouvert ]−s, s[ × ]0, h[ et approche toute solution régulière dans le guide. Par conséquent,
si Q n’est pas un point situé dans l’obstacle D, le problème précédent ne peut pas avoir de
solution. On peut énoncer des résultats mathématiques plus précis qui sortent du cadre de ce
cours. En pratique, on ne résoud pas le problème précédent mais un problème dit régularisé
faisant intervenir un paramètre de régularisation ε :

(F ∗ F + εI)hε = F ∗ G(., Q) (régularisation de Tichonov)

Ce problème est toujours bien posé. Le paramètre de régularisation peut être calé en fonction
du niveau de bruit des mesures à l’aide du principe de Morosov que nous n’exposons pas
ici. On s’attend à ce que la norme de la solution hε devienne grande lorsque le point Q
n’appartient pas à D. Concrètement, on choisit des points Qij sur une grille du domaine
d’intérêt ]−s, s[ × ]0, h[ , on résoud le problème régularisé pour chacun des points Qij et on
représente la norme L2 (Σs ) × L2 (Σ−s ) (ou une fonction de cette norme) des solutions hε,ij
ce qui fournit une ”image” du défaut.
Dans le cas des guides d’ondes on peut tirer partir de la structure modale. En effet, l’opérateur
F nécessite en théorie la connaissance des fonctions de Green diffractés Gd (M, .) pour tout
point M ∈ Σs ∪ Σ−s . En fait, ce n’est pas utile en pratique car ces fonctions admettent la
décomposition modale suivante en dehors de l’obstacle :
( P
eiβn |xM | n
n∈N 2iβn ϕn (yM )u− (P ) si xM = s > x0
∀P ∈ G \ D, Gd (P, M ) = P eiβn |xM | n
n∈N 2iβn ϕn (yM )u+ (P ) si xM = −s < −x0 .

où un± sont les réponses modales de l’obstacle au champs incidents g± n


. A partir de cette
représentation modale et de celle de la fonction de Green du guide (8.7), il est possible de
réécrire l’équation de la linear sampling method (8.8) sous forme modale (système infini) :
( P
eiβn s
 eiβm (s+xQ )
n∈N iβn (U+n )m n n m n
− h− + (U− )− h+ = iβm
ϕm (yQ )
∀m∈ N, eiβn s
 e
iβm (s−xQ )
(U+n )m n n m n
P
n∈N iβn + h− + (U− )+ h+ = iβm
ϕm (yQ ).
m 
où U±n ± représente un± , ϕm Σ±s et hn± = (h± , ϕm )Σ±s .
Dès que le point M s’éloigne de l’obstacle la contribution des modes évanescents devient
négligeable ( eiβn |xM | = e−|βn ||xM | pour un mode évanescent) de sorte que les termes de
cette matrice correspondant à des indices n, m ≥ N (indice au delà duquel les modes sont
8.2. QUELQUES APPLICATIONS DES MÉTHODES MULTIMODALES 103

évanescents) deviennent négligeables. Ils tendent d’ailleurs vers 0 avec n rendant le système
de moins en moins inversible ! Cette remarque rejoint le fait qu’à longue distance les modes
évanescents ne sont plus significatifs et ne véhiculent donc aucune information pertinente
dès qu’il y a du bruit dans le système. Dans la pratique on se restreint donc aux modes
propagatifs et on utilise le système précédent tronqué (m, n ≤ N ). Il est à noter que le
procédé est extrèmement rapide puisqu’il s’agit de résoudre un système linéaire d’ordre N ,
N étant assez faible en pratique.
Les figures suivantes montrent les images reconstruites avec respectivement 0%, 10% et
20% de bruit sur les données (réponses modales) pour la fréquence k = 30 (10 modes
propagatifs).

On note que le processus de reconstruction est d’assez bonne qualité (on utilise ici 10 modes)
et qu’il est robuste au bruit.
On peut également appliquer cette technique à des situations plus intéressantes telles que le
cas de fissure ou encore celui d’obstacles pénétrables :
Enfin, cette technique a été généralisée au cas de de la propagation des ondes dans un milieu
élastique (ultrasons) [2011]. La théorie est un peu plus complexe, en particulier la construc-
tion d’un opérateur de type DtN et, compte-tenu de l’aspect vectoriel du problème, il y a plu-
sieurs équations LSM suivant les composantes du champ de déplacement ou de contraintes
que l’on considère. En mixant différentes équations LSM, il est même possible dans le cas
des fissures, d’améliorer de façon très significative l’image produite.
104 CHAPITRE 8. EXTENSIONS ET APPLICATIONS

F IGURE 8.1 – Images de fissures

F IGURE 8.2 – Images d’obstacles pénétrables

F IGURE 8.3 – Images de fissures élastiques


Bibliographie

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