Merveilles de Femme
Histoires africaines
ENTRE FEU ET PASSION
Entre feu et passion
– Partie 04
2 juillet 2021 nanabah
Il était 08 heures 46 mn quand Rachid pénétra
à l’intérieur de la clinique. Il alla directement
rejoindre le médecin dans son bureau. Ce
dernier l’accueillit avec un grand sourire.
– M. Bathily, Allah a entendu vos prières !
Salma s’est réveillée hier soir !
. J’étais déjà chez moi quand l’infirmier de
garde m’a appelé. J’ai rappliqué direct ! Et
mieux encore, elle va très bien, zéro séquelle !
– Alhamdoulillah, Alhamdoulillah ! Cria
presque Rachid laissant tomber ses clés de
voitures
– Elle ne cesse de vous demander depuis
qu’elle s’est réveillée. Cette fille était un ange…
elle est tellement adorable…
Rachid ne fit pas de commentaires se limitant
simplement à regarder son téléphone.
– Je peux la voir ? Questionna-t-il, intimidant
– Oui M. Bathily. Salle 06, premier étage !
Répondit le toubib retrouvant son sérieux
– Merci, sortit-il en quittant le bureau
Salma était en train de prendre son petit
déjeuner quand elle entendit des coups
venant de la porte…
– Assalamou ‘Aleyhi ! Dit Rachid une fois dans
la chambre. Il baissa les yeux pour ne pas
croiser ceux de Salma
– Abdoul Rachid Bathily ! Alors c’est toi qui as
voulu me tuer ?! Dit-elle avec une voix qui fait
fondre
Surpris, Rachid leva les yeux et croisa ceux de
Salma. Troublé, il rit nerveusement avant de
répondre
– Vous n’êtes pas censée me demander
pardon après m’avoir fait passer le pire week-
end de toute ma vie ? Répondit-il sur un ton
taquin
– Où est la galanterie ? Depuis quand les
femmes s’excusent ?
– Depuis qu’elles se permettent de danser au
milieu de la route, sur un virage et à des
heures de crime.
– Oh j’ai vraiment fait ça ?
– Oui mademoiselle !
– Je devais être ivre alors ?
– C’est vous qui le dites !
– Hum vous êtes timide ou vous avez des
remords ? Pourquoi ne me regardez-vous pas
?
– Ni l’un, ni l’autre !
– Je me présente Salma la belle, dit-elle en lui
tendant la main
Il leva les yeux, regarda sa main et sourit
– Désolé Salma, je ne sers pas la main aux
femmes, répondit-il franc
– Oow… quelle gatié ! (Quelle honte !) Blagua-
t-elle. Si ce n’était pas ce fichu plâtre je me
serai levée de ce lit et je vous collerai deux
grosses bises sur vos joues
– Heureusement pour moi alors, s’exclama-t-il
en riant
Jamais, Rachid n’a eu une conversation aussi
longue avec une fille autre que ses sœurs et
sa mère. Le plus étonnant c’est qu’il appréciait
et ressentait en même temps quelques
picotements dans son cœur. Il a aimé discuter
avec elle, c’est clair.
– Bon Salma, je me suis inquiété et ce qui m’a
paru le plus bizarre, c’est qu’aucun membre
de votre famille ne vous a appelé, personne
ne vous a cherché aussi. Vous n’avez pas de
famille sur Dakar ?
Les yeux de la jeune fille s’inondèrent de
larmes. Elle les laissa couler et finit par éclater
en sanglots. Rachid prit peur et s’avança vers
elle.
– S’il vous plaît, ne me faites pas ça. Je voulais
juste prévenir votre famille pour ne pas qu’elle
s’inquiète, dit-il perturbé par les larmes de
Salma
– Je n’ai plus de famille. Mes parents m’ont
reniée et mes frères m’ont demandée de ne
plus m’approcher de la maison au risque de
me faire tuer
Il ne dit rien et la laissa sortir son chagrin.
Salma pleurait encore et encore.
– Tu sais Rachid, j’ai entendu chaque mot que
tu as prononcé quand j’étais inconsciente. J’ai
entendu tes prières, les sourates que tu
récitais. Le plus étonnant, je t’ai vu en rêve. Je
ne voyais pas ton visage mais je sais que
c’était bien toi. Tu m’as pris la main et
ensemble nous avons pris le chemin de la
mosquée, une très belle mosquée qui se
trouvait au milieu de l’océan. On portait tous
les deux des habits de couleur blanche mais
d’une blancheur éclatante. Abdoullah Rachid
Bathily m’avait soufflé l’Imam de la mosquée…
Rachid je compte sur toi pour guérir…
– Vous êtes déjà guérie Salma. Vous êtes
sortie de cet accident sans séquelles, que
voulez-vous de plus ? Questionna Rachid,
méfiant
– Tu peux me tutoyer Rachid Bathily, je ne suis
pas Geneviève de Fontenay ndaw sou liw
bobou ! On dirait qu’elle a toujours froid cette
dame-là !
Rachid éclata de rire…
– D’accord !
– Je sais que les médecins ne t’ont rien dit
mais je suis toxicomane. Je suis accro à la
drogue, c’est pour cela que ma famille a coupé
tous liens avec moi…
Rachid s’étouffa, n’en croyant pas ses oreilles.
En plus d’être alcoolique, elle se drogue et elle
fume. Il baissa les yeux encore, ne sachant
pas quoi répondre.
– Pourquoi as-tu choisi ce chemin ? Finit-il par
demander refusant de la regarder
– J’avais 16 ans quand je suis rentrée ivre pour
la première fois, commença-t-elle. Et pour la
première fois aussi, j’ai vu les larmes de mon
très cher papa. Il m’a donné le nom de
Hadjara l’épouse du prophète Ibrahim ‘Aleyhi
Salam tellement qu’il l’aime. J’ai toujours été
sa préférée et en un seul jour j’étais devenue
la poubelle de la maison. J’ai arrêté mais peu
de temps après j’ai rechuté et j’étais devenue
incontrôlable. Mon père m’a demandé de
quitter sa maison, c’est comme ça que je me
suis retrouvée chez une de mes copines. Hier
c’était son anniversaire, je me suis bien
défoncée en me disant que c’était la dernière
fois que je me soulerai malheureusement je
me suis retrouvée ici. Ce matin quand je me
suis réveillée mes pensées sont allées vers ma
famille et je me suis rendue compte combien
c’était important d’avoir une personne sur qui
compter. Je me retrouve seule ici sans amis, ni
famille. J’ai parlé à mon père le jour de
l’accident, je lui ai demandé pardon. Il souffre
à cause de moi et ça je ne me le pardonnerai
jamais. Je ne suis pas mauvaise Rachid, je ne
sais pas comment faire pour m’en sortir. Finit-
elle en forçant un sourire
– Et ta copine alors ? Elle a appelé et je lui ai
dit pour l’accident mais elle a raccroché sans
poser de question
– Euh je ne sais pas. De toute façon, ça ne me
surprend pas d’elle. Mais je lui serais toujours
reconnaissante de m’avoir offerte un toit où
dormir
– Tu sais que la vie que tu es en train de
mener n’est pas des toutes saines ?
– Je sais Rachid, je sais ! Mais je ne peux pas. A
chaque fois que je décide d’arrêter, je sombre
de nouveau…
-Ne t’inquiètes pas Salma je vais t’aider. Mais
avant tout donne-moi un numéro où je
pourrais joindre ta famille pour les prévenir
– Non… non ! Cria-t-elle
– Mais pourquoi ?
– Je ne rentrerai chez moi que lorsque je serai
totalement guérie. Guérie de mon alcoolisme
et de ma dépendance aux stupéfiants ! S’il te
plaît Rachid. Dit-elle au bord des larmes
Rachid adorait comment Salma prononçait
son nom. A chaque fois que son nom sortait
de la bouche de Salma, il ne pouvait
s’empêcher de sourire. C’est décidé, il allait
personnellement s’occuper de son cas,
promit-il
– D’accord ! Mais je ne veux pas que tu
retournes chez ta copine
– Mais où est-ce que je vais aller vivre ?
– Je vais m’occuper de tout ça ! Tu me fais
confiance ?
– Entièrement beau gosse ! Dit-elle
innocemment
Salma n’était pas consciente de sa beauté. Elle
fait partie de ces personnes qui ont une joie
de vivre débordante. Elle ne se fâche que
rarement. Très sincère et franche. Elle adore
taquiner les gens et faire rire tout le monde,
c’est pourquoi elle était la préférée de sa
famille. Tout le monde l’adorait chez elle, en
particulier son père qui l’appelait « prunelle de
mes yeux ». Elle est d’une générosité et d’une
bonté sans égale. Elle est pure Salma. Son
seul défaut c’est la naïveté. Elle est naïve
comme pas possible, mais bon quand on est
comme Salma on croit que tout le monde se
ressemble que les gens qui nous entourent ne
pourront jamais nous faire du mal. Ce qu’elle
ne savait pas c’est que ce monde est rempli de
personnes sans âmes, qui n’hésitent pas à
vous poignarder dans le dos au moment où
vous y attendiez le moins.
– Bon Salma je dois retourner au bureau. Je
repasse ce soir In Shaa Allah. Appelle-moi s’il y
a le moindre souci, dit-il en lui remettant son
portable et sa carte de visite
– C’est mon numéro de téléphone sur la carte.
A ce soir !
Rachid sortit de l’hôpital sourire aux lèvres. Il
n’a fait que penser à Salma toute la journée. Il
s’était précipité pour sortir de la banque pour
rejoindre sa voiture. Il a hâte de la revoir
– Rach tu peux me déposer à la maison. Ma
voiture est en panne et papa est déjà parti,
demanda gentiment sa soeur
– Prends un taxi, Khaliya. Je dois aller quelque
part, répondit-il en montant dans sa voiture
– Khana danga am guél ? Tu as une petite
amie ?
– Oui !
Il démarra sa voiture après avoir fait un clin
d’œil à sa sœur. Il arriva à la clinique 15
minutes après et se précipita dans la chambre
de Salma. Il y trouva le médecin
confortablement assis sur le canapé en face
du lit.
– Salam ‘Aleykum ! Salua Rachid
– M. Bathily vous allez bien ! Je tiens
compagnie à ma patiente préférée. En tout
cas, on ne s’ennuie pas avec elle, dit le
docteur
Rachid lui lança un regard froid avant de se
tourner vers Salma.
– Tu vas bien ?
– Oui je vais beaucoup. A part cette jambe qui
me démange comme ce n’est pas permis et
une légère migraine, je vais beaucoup mieux,
merci ! Et toi comment s’est passée ta journée
? Demanda-t-elle sourire aux lèvres
– Bien Alhamdoulillah ! Je voudrai te parler,
c’est possible ?
– Bien sûr !
– Je vous laisse alors, dit Dr en se levant
– Justement Dr, quand est-ce qu’elle pourra
sortir ?
– Dans deux jours In Shaa Allah !
– Bien alors. Merci !
Le toubib sortit de la chambre avec un air de
chien battu et Rachid le remplaça sur le
canapé.
– Je voulais savoir si tu n’as pas besoin de
quelque chose. Des habits, des trucs de
femme en fait…
– Je vais appeler Raky pour qu’elle m’amène
mes affaires, répondit Salma
– Non ! Je ne veux plus que tu sois en contact
avec tes amis. Tu vas me noter ici tout ce dont
tu auras besoin et je vais te les trouver.
N’oublies pas de mettre les tailles aussi,
proposa Rachid en lui tendant une feuille et
un stylo
– D’accord !
– Mais dis-moi comment tu faisais pour vivre
ou c’est ta copine qui t’entretenait ?
Questionna encore Rachid
Cette question était juste pour confirmer les
dires des vigiles le jour de l’accident. Il voulait
une confirmation de la bouche de Salma. Il
reprit sa place et fixa son regard sur Salma,
gênée, elle ne savait pas par où commencer
– Euh… je…
– Soit franche, je ne te jugerai pas !
Elle regarda à son tour le jeune homme. Elle
ne put s’empêcher de regarder ses belles
lèvres pulpeuses et rosâtres. Elle ferma les
yeux plus d’une seconde avant de les rouvrir.
Rachid était toujours en train de le regarder,
d’un regard intimidant.
– Euh je vivais du »mbarane » ! Finit-elle par
sortir la tête baissée
– Je n’ai pas compris ! Cela veut dire quoi ? Dit
Rachid feignant ne rien comprendre
– Je sortais avec des hommes riches et c’est
eux qui s’occupaient de moi. Ils me payaient
après chaque soirée…
– Ah, je comprends ! Sortit-il l’air dégoûté
Remarquant la mine de son bienfaiteur, Salma
repris très vite mais en bégayant encore
– Ce n’est pas ce que vous croyez… je ne suis
pas une prostituée, lâcha-t-elle les larmes aux
yeux
– Comme je l’ai dit, il ne m’appartient pas de
te juger. Tu veux vraiment changer Salma Siby
?
– C’est tout ce que je désire, Rachid !
– Kone bakhna ! J’aimerais juste que tu saches
d’avance que je serai intransigeant ! Menaça-t-
il presque
Salma fit un oui de la tête toujours en
pleurant. Elle voulait changer c’est clair et elle
avait foi, énormément foi en Rachid.
Elle finit par s’endormir, fatiguée par les
pleurs. Rachid en profita pour la contempler, il
a trouvé belle, trop belle même. Elle a un
visage très radieux même sans maquillage. Il
ne cessait de la regarder.
– Imam je suis émerveillé ! Je ne sais pas
pourquoi, je me dis qu’elle n’a rien
d’extraordinaire mais en même temps son
visage donne de l’espoir. Comment dire sans
exagérer, il y a une pureté en elle… elle est…
oh là comment la décrire sans exagérer ?
Imam ne pouvait se retenir, il l’écoutait décrire
Salma riant
– Ndeysane tu te rends compte que tu ne la
connais que depuis 72 heures Rachid. Tu ne
peux pas tomber amoureux d’elle aussi
facilement ?
– Amoureux diam ? Non, elle n’est pas mon
genre en plus… loin de moi l’idée de la juger
mais avec tout ce qu’elle vient de me dire, je
ne pense pas qu’elle ferait une bonne épouse,
rétorqua-t-il sans grande conviction
– Tu crois ?
– Oui Khalifa ! Elle est belle mais… moy lolou
quoi !
– Hum baxna alors. On verra ce que l’avenir
nous réserve !
– In Shaa Allah !
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