Préservation du Chêne-liège en Algérie
Préservation du Chêne-liège en Algérie
Quelle stratégie pour la préservation des formations de Quercus suber (Chêne liège) en
Algérie occidentale tellienne ?
What strategy for safeguarding the forests of Quercus suber (Cork oak) in
Western Tellian Algeria?
Abstract : The Cork oak formations in the Oran area are located in the forests of Hafir (Tlemcen), Nesmoth
(Mascara) and N’Sila (Oran). Some remnants persist in wilayas of Mostagadem, Mascara, Tiaret, Sidi Bel
Abbes, Relizane and Aïn Temouchent. They compose rather special groupings from an ecological point of view;
their conservation is essential for preserving biodiversity. Unfortunately, their situation continues to deteriorate
under combined effects of drought and human pressure. It’s therefore be necessary to develop a method for
safeguarding that biological potential and, then, for extending their protected area by natural regeneration.
Résumé : Les formations de chêne liège en Oranie sont localisées dans les forêts de Hafir (Tlemcen), Nesmoth
(Mascara) et M’sila (Oran) ; quelques vestiges persistent encore dans les forêts relevant des wilayas de
Mostaganem, Mascara, Tiaret, Sidi Bel Abbes, Relizane et Ain Témouchent. Elles constituent tant du point de
vue écologique que phytosociologique des groupements assez particuliers. Leur préservation est indispensable au
regard de leur impact en matière de biodiversité.
Malheureusement leur état ne cesse de se dégrader sous l’effet conjugué de la sécheresse, des exploitations, de
l’absence d’aménagement adapté et des pressions anthropozoogènes qui s’y exercent.
Mettre au point une approche méthodologique devant servir de référentiel pouvant dans un premier temps
préserver ce potentiel biologique et dans un second temps étendre leur superficie et encourager la régénération
naturelle est l’objectif de la présente communication.
INTRODUCTION
Tous les peuplements de chêne liège sont confrontés, depuis quelques décennies, à une perte de
vigueur, à une absence de régénération naturelle et à un dépérissement qui menacent la pérennité de
cette espèce endémique à la Méditerranée occidentale. Le rôle écologique et socioéconomique que les
subéraies ont joué s’estompe avec le temps sous l’effet des perturbations des conditions naturelles
(climat, sol, végétation), anthropiques (incendies, coupes, exploitation, parcours) et des attaques
parasitaires.
Dans le pourtour méditerranéen, la suberaie serait d'environ 2.289.000 hectares (BENABID,
1989), répartie exclusivement sur sept pays : Portugal 650.000, soit 28,5% ; Espagne : 500.000 (22%)
; Maroc : 350.000 (15,3%) ; Algérie : 480.000 (21%) ; Tunisie : 100.000, (4,4%) ; Italie : 100.000,
(4,4%) ; France : 100.000, (4,4%). La situation actuelle est qualifiée de préoccupante dans les divers
pays d’Afrique du Nord et seuls des programmes ambitieux de gestion écologique intégrée
permettront de sauver les lambeaux de forêts qui subsistent, ou de préserver quelques zones qui sont
encore restées miraculeusement à l’abri de ces destructions (QUEZEL, 2000).
______________________________________
[email protected] [email protected]
(*)
Laboratoire de Géo-Environnement et développement des Espaces
Université de Mascara B.P. 350 Sidi Said Mascara 29000 (Algérie)
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La superficie des forêts de chêne liège a connu une régression inquiétante ; en l’an 2007 il est
encore quasiment impossible de donner un chiffre fiable. Dans l’ouest algérien la superficie occupée
par la suberaie est estimée à 9 400 ha par THINTOIN, (1948) et seulement 6 500 ha en 2003 selon
BOUHRAOUA (2003).
Aspects phytosociologiques
La suberaie fait partie d’un espace forestier difficilement classable comme forêt stricto sensu.
Les modèles d’occupation de l’espace où est présent le Chêne-liège varient du peuplement irrégulier
plus ou moins dense, jusqu’aux différentes combinaisons incluant le pâturage permanent, le pâturage
en rotation avec des cultures agricoles ou d’autres aménagements forestiers. La diversité des
associations végétales rencontrées dans les suberaies dépend principalement des conditions de la
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station – déterminée par des facteurs climatiques, pédologiques, orographiques et anthropiques – et du
couvert forestier.
La suberaie climacique est une forêt sclérophylle dense (80% de couvert) et plus ou moins haute
(15-20 m) où la strate arborescente est dominée par Quercus suber mais à laquelle s’associent
d’autres espèces sclérophylles telles le Chêne vert (Quercus ilex), le Houx (Ilex aquifolium), le
Laurier-tin (Viburnum tinus), le Nerprun alaterne (Rhamnus alaternus), l’Oléastre (Olea sp.), le
Pistachier térébinthe (Pistacia terebinthus). Certaines espèces secondaires, bénéficiant de conditions
stationnelles favorables, sans atteindre la taille du chêne-liège, arrivent aisément à la strate arborée et
la concurrencent. Outre cette strate arborescente, on peut repérer des espèces arbustives et sub-
arbustives, des arbrisseaux et sous-arbrisseaux, et quelques espèces herbacées vivaces et annuelles
formant le cortège floristique suivant : Arbutus unedo, Calycotome spinosa, Cistus monspeliensis,
Cistus salvifolius, Clematis flammula, Daphne gnidium, Erica arborea, Erica scoparia, Helichrysum
stoechas, Lavandula stoechas, Lonicera implexa, Osyris alba, Phyllyrea angustifolia, Pistacia
lentiscus, Rhamnus alatemus, Ruscus aculeatus, Sarothamnus scoparius, Smilax aspera, Viburnum
tinus.
Aspects dendrométriques
Les éléments les plus importants dans ce volet restent l’accroissement en hauteur et en diamètre
des jeunes sujets lors des opérations de régénération ainsi que l’accroissement du liège. En matière de
croissance en hauteur et en diamètre les données dans la région sont quasiment inexistantes à
l’exception de quelques observations partielles. L’exploitation de ces dernières permet d’avancer un
accroissement moyen en hauteur et en diamètre sur 20 ans de 10 cm et 1.5 cm.
Les travaux de DEHANE (2006) confirment que l’accroissement moyen extrême en diamètre du
liège des subéraies de l’ouest algérien n’est que de 0.95 à 2.6 mm annuellement, confirmant ainsi l’état
de dégradation des conditions du milieu se répercutant sur le développement des arbres.
Aspects économiques
Quelle superficie retenir ? Le tableau qui suit en donne un récapitulatif. Cette liste pourrait
s‘allonger, en mettant en relief la méconnaissance des superficies forestières et des aires occupées par
la végétation naturelle en Algérie. Il y a lieu de noter que la différence entre les chiffres récemment
publiés entre 1997 et 2005 reste important, soit 263.000 ha !
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Tableau 1 : Situation des superficies de chêne liège
Sources Superficie Année Différence
G.G.A* 470 000 1894
MARC 440 000 1930 - 30 000
BOUDY 429 000 1950 - 11 000
BOUDY 401 000 1952 - 28 000
ZERAIA 480 000 1982 + 79 000
SEIGUE 440 000 1985 - 40 000
SAMPAIO 200 000 1988 - 160 000
BENABID 480 000 1989 + 280 000
GHAZI 463 000 1997 - 17 000
VEUILLON 200 000 1998 - 263 000
ANE 229 000 2000 + 29 000
D.G.F** 230 000 2004 + 1 000
I.M.L*** 375 000 2005 + 45 000
Moyenne 365 000 - - 50 000
*Gouvernement Général d’Algérie
**Direction Génale des Forêts
***Institut méditerranéen du Liège
Aperçu général
A l’échelle régionale, les suberaies ne sont en réalité que des peuplements reliques et isolés
coïncidant avec des aires de climat sub-humide ou intermédiaire entre semi-aride et sub-humide dont
la pluviométrie annuelle moyenne oscille entre 400 et 700 mm.
Elles sont réparties entre 2 grands secteurs à savoir le littoral et la montagne. Ces suberaies couvraient
à l’origine une superficie globale de l’ordre de 14.000 ha (1,7% du total) (BOUDY, 1955), seul un
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tiers environ de cette superficie demeure actuellement productive tandis que le reste est inexploitable
du fait de son état de dégradation avancée.
Elles fournissaient un volume annuel de liège de qualité excellente, surtout celui provenant
d’Oran à M’Sila et de Tlemcen à Hafir (BOUDY 1955), oscillant entre 1 500 Qx (1898 -1915) et
3000 Qx (1939 -1951) d’après les archives forestières. Actuellement, cette production est très faible,
soit environ 760 Qx/an.(DGF, 2004). Le rendement moyen des suberaies de l’ouest algérien n’est que
de 10 kg par an, chiffre dérisoire justifiant de s’intéresser plutôt à la valeur phytoécologique qu’à
l’impact économique des celles-ci. C’est un élément de réflexion déterminant dans la stratégie de
préservation et d’extension des suberaies dans l’ouest algérien.
Ils sont nombreux et diversifiés, seuls les plus déterminants seront passés en revue qui
permettraient d’asseoir une stratégie de préservation de la subéraie en Oranie.
La gestion
Souvent on avance comme causes principales de la dégradation des suberaies les facteurs
écologiques ; or, c’est plutôt la mauvaise gestion et une pression anthropozoogène pesante et
permanente qui sont à l’origine de cette situation alarmante qu’elles connaissent. L’autre volet et non
des moindres en matière de gestion c’est le choix des concessions, sans aucune maîtrise de la
dynamique phytoécologique et éco-physiologique des peuplements. A cela, il faut ajouter l’absence de
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professionnels de récolte du liège et de sylviculteurs chevronnés aguerris aux milieux de l’Oranie. Les
techniques sylvicoles appliquées sont celles des peuplements de l’étage bioclimatique subhumide. Des
autorisations d’exploitation sont attribuées sans aucune connaissance de la densité et de la répartition
des âges (perches, petit bois, bois moyens, gros bois), ni des conditions climatiques (bilan hydrique) et
édaphiques (bilan carbone et matière organique), ni des conditions sanitaires des arbres.
Le climat
L’affaiblissement des arbres et des peuplements du chêne-liège (Quercus suber L.) dans la
région oranaise résulte de l’action défavorable de certains facteurs naturels
Les fluctuations climatiques sont assez significatives et agissent sur la physiologie des arbres ; le
tableau qui suit en donne quelques valeurs.
La composition floristique
C’est un facteur naturel découlant des diverses pressions et qui entrave un développement
équilibré de la suberaie. Le sous bois est relativement dense à l’origine d’un maquis composé
d’espèces xérophiles comme Amelodesma mauritanica, Calycotome villosa, Chamaerops humilis
Cistus salvifolius, Cistus ladaniferus, Erica scoparia, Helianthemum halimifolium, Lavandula
dendata.
Le sous bois dense et xérophile constitue un facteur écologique qui agit doublement : il protége
le sol et maintient sa fertilité mais concurrence l’espèce principale. (ZERAIA, 1982).
Le tableau qui suit donne un aperçu sur la composition floristique où les espèces les plus fréquentes
sont recensées.
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Tableau 4: Composition floristique des principales suberaies
M’sila Hafir Nesmoth
Strate arborescente 1 2 3 1 2 3 1 2 3
Quercus suber 4 3 2 4 3 2 3 2 1
Quercus faginea - - - 1 + - - - -
Pinus halepensis 2 1 + - - - 2 1 -
Quercus rotundifolia 1 + - - - - - - -
Strate arbustive
Quercus suber 2 1 + 2 1 + 3 2 1
Quercus faginea - - - 1 + - - - -
Quercus rotundifolia - - - 1 + - 1 + -
Pinus halepensis 3 2 2 + - - 2 1 +
Olea europea 1 + - - - - 1 + -
Juniperus oxycedrus - - - + - - - - -
Fraxinus oxyphylla - - - + - - - - -
Strate sous arbustive
Quercus suber + - - 2 1 + 3 2 1
Quercus faginea - - - 1 + - - - -
Quercus rotundifolia - - - 1 + - 2 1 +
Juniperus oxycedrus - - - 1 + - 1 + -
Arbutus unedo 2 1 + 1 + - - - -
Genista tricuspidata 2 1 + 1 + - - - -
Calycotome spinosa - - - 1 + - 2 1 +
Phillyrea angustifolia 2 1 + 1 + - - - -
Cistus monspeliensis 3 2 1 4 3 2 - - -
Ampelodesma maurit. 1 + - 4 3 2 4 3 2
Chamerops humilis 1 + - 1 + - 3 2 1
Les suberaies sont depuis longtemps des forêts exploitées par l’homme, souvent de manière
permanente au regard des produits qu’elles offrent : le liège, le bois de chauffage, le charbon de bois,
le liège mâle (extrait lors du premier écorçage ou démasclage) ou le tan (écorce). Les tailles ont été
souvent abusives afin de rentabiliser l’exploitation de ces produits. Celles-ci sont néfastes pour l’arbre,
qui en sort affaibli et plus sensible aux dégâts dus à la sécheresse, aux maladies et aux insectes
ravageurs. En outre, la taille abusive éclaircit excessivement le houppier, à tel point que le sous-bois
est envahi par des espèces héliophiles qui dégradent la suberaie, provoquant la diminution de la
production de liège et de glands. (QUEZEL, 2000).
L’élevage est une autre utilisation traditionnelle de la forêt de Chêne liège : dans certains cas, on
a procédé à des éclaircies et remplacé le sous-bois par un pâturage saisonnier. Cette opération change
radicalement l’aspect d’une forêt dense et la transforme en un espace de parcours dégradé. Souvent, on
s’est servi du feu comme instrument pour tenter de constituer des pâturages.
En outre, lors de l’exploitation du liège, un écorçage tardif effectué en été, ce qui n’est pas rare,
peut mettre les arbres dans des conditions très difficiles. La récolte du liège devient
exceptionnellement nocive lors des jours de Chergui, vent chaud venant du Sahara, qui souffle à cette
époque de l’année. Cette pratique peut donc être à l'origine du mauvais état dans lequel se trouvent
certaines suberaies.
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Les incendies
La haute inflammabilité de la plupart des espèces forestières qui forment le cortège floristique
de la suberaie constitue un puissant sous-bois d’essences secondaires inflammables, en premier rang
desquelles se rangent la bruyère arborescente et l’arbousier. Ce sous-bois, généralement très dense,
constitue en fin d’été et en automne, notamment à l’époque où souffle le « Sirocco », un des meilleurs
éléments de propagation du feu. Les incendies s’y développent avec une effrayante rapidité ravageant
parfois, en quelques heures, des milliers d’hectares.
L’absence de statistiques fiables identifiant les causes réelles des incendies ne permet pas de
cibler si elles sont d’origine criminelle ou naturelle. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut considérer ces
derniers comme négligeables, souvent provoqués pour diverses raisons : réalisations de parcours en
forêt, vengeances, différends avec l’administration…
Une carte de sensibilité des formations forestières à l’incendie réalisée sur base de
l’inflammabilité des différentes espèces forestières et des conditions climatiques, s’avère capitale.
LAMEY, forestier du 19ème siècle et grand subériculteur rapportait dans un ouvrage portant sur
le chêne liège : « on peut conclure que si un incendie survenait pendant les 3 premières années qui
suivent l’écorçage, la plus grande partie des arbres écorcés pourrait être considérés comme perdue ».
Techniques organisationnelles.
Il importe d’éviter la perte des éléments écologiques fondamentaux de la suberaie qui lui
permettent de fonctionner comme un écosystème source de vie et de s’adapter aux changements de
l’environnement en évaluant et en minimisant l’impact environnemental des actions réalisées dans cet
écosystème. A cet effet il y a lieu d’établir :
• une connaissance parfaite des conditions du milieu et de leur impact sur le végétal,
• la réponse physiologique et physionomique du chêne liège face aux conditions du milieu et aux
techniques d’exploitation
• un inventaire descriptif et précis de la suberaie,
• une cartographie axée sur les zones homo-écologiques et évaluation des potentialités
• un zonage détaillant la compatibilité de toutes les interventions et utilisation de la suberaie avec la
régénération du peuplement,
• un plan d’amélioration tenant compte de la qualité du liège ; l’amélioration devra porter sur tous
les aspects nécessaires, notamment le sol et le peuplement (du point de vue qualitatif et
quantitatif),
• une étude de la dynamique du chêne liège face aux essences concurrentes
• un plan d’amélioration génétique axé sur les volets phénotype et génotype pour toute plantation
(semis ou plants),
• une expérimentation de comportement avant tout programme de grande envergure
• des essais de démasclage selon l’état des arbres et des conditions du milieu
Options stratégiques
• Le semis ou les plants : Plusieurs études portant sur une comparaison entre le taux de réussite
de comportement des plants de chêne liège issus de semis directs et de plantules élevées en
pépinière permettent d’avancer que la croissance du diamètre au collet est nettement plus
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importante pour les plants que pour les semis. La proportion d’arbres vivants au bout de 5 à 6
ans est également nettement supérieure pour les plants. Plus de 80% des arbres plantés
persistent quand ils sont protégés alors que, si la levée des glands semés est souvent bonne, le
nombre d’arbres issus de ces glands diminue au cours des années qui suivent pour aboutir à
une proportion d’arbres vivants rarement supérieure à 50%. Les sujets plantés avec des
protections sont plus droits et surtout mieux élagués sur 1,50 m car les branches n’ont pas
poussé à l’intérieur des abris. Il a été constaté aussi que le tronc est coudé à la sortie de l’abri
car la tige très fragile est déformée par le vent. Les arbres vigoureux sortent rapidement des
abris (en une ou deux années de végétation) mais dès la sortie, ils ont du mal à s’adapter à
leurs nouvelles conditions de croissance (vent, froid, etc.) d’autant plus qu’ils sont fortement
déséquilibrés comme suite à un rapport hauteur/diamètre défavorable.
• La régénération : Il est constaté que la régénération naturelle constitue la meilleure option
d’amélioration et d’augmentation de la production de liège dans une bonne partie de l’aire
naturelle de la suberaie. Si l’objectif principal de gestion de la suberaie est combiné en
production de liège et couverture forestière, la densité minimale souhaitable est de 40 à 60%
de couvert. Le feu ne détruit pas entièrement tous les arbres, qui peuvent être simplement
léchés par les flammes et une bonne évaluation constitue un pilier de réussite. La régénération
par rejets de souches, des peuplements incendiés, est d’une extrême facilité. Le feu est même
un auxiliaire précieux pour la reconstitution des peuplements mourant de vieillesse. Bien que
le chêne-liège rejette jusqu’à un âge avancé, certains vieux sujets ne jouissent plus
normalement de cette propriété dans des conditions stationnelles marginales. Un recepage est
recommandé sur tous les sujets chétifs et voués au dépérissement car très souvent la souche et
les racines conservent leur vitalité et leur faculté de rejeter ou de drageonner. Un peuplement
incendié, recépé dans de bonnes conditions peut fournir des rejets susceptibles d’être mis en
valeur au bout de 10 à 15 ans et de donner 20 à 25 ans après l’incendie, des lièges de
reproduction. (BEN JAMAA & ABDELMOULA, 2004). Une évaluation prédictive des
risques (incendie, attaque parasitaire, sécheresse) constitue un aspect fondamental de tout plan
d‘aménagement. Par exemple, une parcelle fortement embroussaillée et située dans un secteur
non sécurisé ne doit pas être écorcée sans avoir pris auparavant un certain nombre de
précautions comme le débroussaillage. Le taux d’embroussaillement est d’ailleurs un des
principaux critères d’appréciation de l’écorçabilité d’une parcelle. Cette situation paradoxale
étant bien connue de nos anciens qui pratiquaient l’écorçage partiel au tiers ou au quart :
l’écorçage au tiers consiste à lever 1 arbre sur 3 tous les 5 ans afin de limiter la perte du
potentiel de production au tiers du capital en cas d’incendie. AMANDIER (2004) concluait
son étude sur les incendies des forêts de Chêne liège à juste titre par cette constatation :
« Chaque été catastrophe est l'occasion de remettre sur la table le sujet des incendies, d'en
parler entre spécialistes, chercheurs, conseillers, gestionnaires, représentants des financeurs
institutionnels… Mais tant qu'une position officielle de nature politique n'est pas prise au plus
haut niveau, rien ou presque ne se passera : un peu de mise en sécurité ici, un peu de gommage
paysager par là, un zeste de sylviculture si, par acrobatie administrative, quelques miettes
peuvent être détournées de la DFCI… ». La rénovation de la subéraie fait peur car elle coûte
cher. Mais n'est-elle pas un rempart plus efficace contre les incendies, à comparer avec le coût
exorbitant de la lutte déployée contre ceux-ci.
• Quelle densité ?: Les potentialités du milieu (sol et climat) conditionnent la densité qui reste
régie par la notion d’espace vital. Le dépérissement observé dans toutes les suberaies de
l’ouest algérien connaît un accroissement inquiétant et ne peut se justifier, hors des attaques
parasitaires, que par la recherche d’un espace vital. La densité diminue avec l’âge en Oranie et
oscille entre 60 et 120 sujets à l’hectare en moyenne. Toute une réflexion doit être entreprise
en matière de choix d’une densité optimale permettant une réhabilitation des peuplements à
travers des opérations de reboisement.
• La protection : L’option parc, réserve, espace protégé est-elle recommandée pour préserver
des formations forestières menacées ? La réponse est sujette à supposition car tout dépendra
de l’espace et du plan de développement et du schéma régional d‘aménagement de la zone.
Sans un schéma cohérent et intégré les parcs et réserves naturelles ne semblent pas être une
solution technique acceptable au vu des résultats obtenus. L’expérience nous apprend que la
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protection soutenue par des sanctions n’a jamais donné des résultats positifs en matière de
préservation des écosystèmes forestiers en Algérie.
Il est difficile de répondre à cette question avec précision à défaut de données crédibles et
d’expérimentation. Toutefois la mise en place d’une stratégie de préservation et de réhabilitation des
suberaies suppose la mise au point d’une approche reposant sur l’élaboration d’études permettant
d’entreprendre une politique fiable.
La définition la plus correcte semble être celle de GOODLAND et LEDEC en 1987 (in
BENABDELI, 1992) : « Le Développement durable est un modèle de transformation de la Société et
des structures économiques qui optimise les bénéfices économiques et sociaux disponibles
immédiatement sans compromettre le potentiel qui permettra d’obtenir des bénéfices analogues à
l’avenir ».
Les préalables à la mise en place d’une stratégie reposant sur le concept de développement durable
sont dans un ordre chronologique :
• Apurement du foncier
Cet apurement signifie que tous les terrains du domaine forestier soient immatriculés. Les
contestations foncières seront réglées à l’amiable ou par la justice ; les demandes d’autorisations
d’occupation temporaire n’auront plus de raison d’être ; les occupations illicites disparaîtront ; le
bornage et les limites du domaine forestier ne seront plus contestés ; la domanialité des terrains du
domaine forestier sera légitime aux yeux de tous.
• Inventaire et cartographie des potentialités des espaces forestiers
• Cartographie des formations végétales
• Cartographie de l’occupation des espaces
• Schéma directeur d’aménagement
• Typologie des espaces
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subéraies clairsemées, des peuplements artificiels d'essences exotiques qui sont réputées très rentables
à court terme.
POSSIBILITES D’EXTENSION
Par son comportement à l'égard des facteurs climatiques, le Chêne-liège se place parmi les
essences les plus plastiques tant du point de vue des températures que de la pluviométrie. Toutefois, il
marque ses préférences pour des températures douces de l'ordre de 13 à 18 °C et craint les basses
températures de l'ordre de -9 °C. Les suberaies s'accommodent de précipitations moyennes annuelles
minimales supérieures à 350 mm. La quasi-totalité de ces peuplements sont localisés dans la portion
littorale, qui est soumise en outre aux influences marines. La durée de sécheresse estivale absolue peut
largement y dépasser trois mois, mais elle est alors compensée sur le littoral par l'humidité
atmosphérique. Ces caractéristiques écologiques justifient la présence de Chêne liège en Oranie dans
les wilayas d’Oran, Tlemcen, Tiaret et Mascara. Faire le point sur la situation des superficies permet
d’appréhender les possibilités d’extension des suberaies.
La présence de vestiges de Quercus suber est un indicateur très intéressant pour une extension
de la superficie de la suberaie. L’exploration des zones où persistent encore des sujets de Chêne liège
ou des espèces indicatrices de son cortège floristique permet de justifier une opération de
réintroduction de Quercus suber sur une superficie de l’ordre de 50 000 ha au moins.
Il sera possible d’augmenter la superficie du Quecetum suberis dans la région occidentale littorale de
l’Algérie de 8 000 ha. Ce chiffre a été calculé en prenant en considération les éléments suivants :
• la présence de Quercus suber dans l’espace forestier
• la disponibilité de superficie vide sur sol à dominance sableuse
• la possibilité de repeuplement
• la présence de pépinières et de peuplements porte graines en étage subhumide
Le choix des peuplements de prélèvement des glands et les techniques de reboisement et de gestion à
adopter sont des facteurs de réussite déterminants.
En respectant les recommandations suivantes:
• des plantations axées sur une préparation du sol en trous de 60 x 60 x 60 cm,
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• un apport de compost au niveau des racines,
• une fertilisation minérale à base de NPK (30.30.30),
• le choix de plants très développés (minimum de 50 cm de haut, un diamètre de plus de 1.5
cm),
• un apport d’eau de 30 litres par sujet durant les 2 premières années après plantation
• une densité moyenne de 500 plants par hectare
• une protection du plant par un grillage enfoui à 0.30 cm ;
CONCLUSION
La réhabilitation de la suberaie algérienne doit passer par sa rénovation, dans le cadre d’une
démarche globale d'aménagement de l'espace. Les volets de la protection anti-incendie et de la
régénération des peuplements après assainissement doivent occuper une place de choix dans le plan
d’action. La relance de la filière liège dans sa globalité doit être entreprise. Enfin, une part importante
doit être réservée à une recherche scientifique axée sur les techniques de production de plants et
d’amélioration génétique de l’espèce en vue de son adaptation aux conditions écologiques régionales
(BENABDELI, 1992).
Selon LETREUCH-BELAROUCI (2002), les fluctuations climatiques et les pressions
permanentes exercées par l’homme constituent les deux facteurs à l’origine de la situation actuelle de
la suberaie algérienne. Comment y remédier à court, moyen et long terme ? En engageant un plan
d’action pratique dont les objectifs sont :
• sauver les peuplements existants par une connaissance phytoécologique appropriée et établir une
cartographie aussi précise que possible de ceux-ci,
• réhabiliter tous les peuplements et en assurer un renouvellement soit par un repeuplement par
plants ou par une aide à la régénération naturelle
• engager un programme de recherche appliquée pour maîtriser les techniques aussi bien sylvicoles
que d’aide à la régénération en y associant tous les acteurs de la filière
• mettre au point et lancer rapidement un programme de recherche en matière de sélection de taxons
adaptés aux conditions écologiques tout en préservant la qualité du liège
• améliorer les techniques de transformation du liège et de tous ses dérivés et déchets par une
valorisation intelligente des produits
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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naturelle des subéraies. Vivexpo 2004. 13 p.
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BENABDELI, K., 1992. Quelle avenir pour les forêts de chêne liège en Algérie ? Revue El Ardh , 20 : 38-42
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