LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
Jean-Claude HAELEWYCK
Université dee Louvain, Louvain-la-Neuve
Les vieilles versions syriaques des Évangiles 1 ont été transmises par
trois manuscrits, à savoir les mss Londres, British Library, Add. 14451,
Sinaï, syriaque 30 et Sinaï, Nouveau Fonds syriaque 37 + 39. Leur texte est
apparenté et antérieur à celui de la Peshitta. La première version, la
curetonienne (C ou syrc), est désignée du nom de son premier édition
William Cureton ; la seconde, la sinaïtique (S ou syrs), du nom du
monastère où elle fut découverte ; à la troisième, S. Brock a attribué le
sigle NF pour New Finds (ou Nouveau Fonds).
Les manuscrits et les éditions
La vieille version syriaque Curetonienne (C ou syrC)
Parmi les manuscrits du monastère de la Virgo Deipara de Deir es-
Surian (Égypte) acquis en 1842 par l’archidiacre Tattam se trouvaient des
fragments de même dimension (env. 30 cm x 24 cm) appartenant à un
manuscrit ayant contenu les quatre Évangiles. Ces fragments étaient
reliés avec d’autres pour former un recueil factice des Évangiles. Après
que le manuscrit fut entré à la British Library le 1er mars 1843, les
1
En tradition directe, aucun vestige de vieille(s) version(s) syriaque(s) n’a été conservé
pour les Actes et pour Paul. On en a cependant des traces dans la tradition
patristique : pour les Actes, dans un commentaire d’Éphrem († 373) connu par une
chaîne arménienne (texte proche de D.05) et pour Paul dans des citations d’une
quinzaine d’auteurs dont Éphrem (traduction arménienne d’un commentaire de
Paul ; texte proche du Boernerianus). Les Épîtres catholiques et l’Apocalypse ayant
mis du temps à s’imposer dans les Églises syriaques, il est normal qu’elles n’aient
laissé aucune trace dans les vieilles versions syriaques. Sur ces questions, voir les
contributions de D. Phillips et de J.-L. Simonet dans ce même volume.
Le Nouveau Testament syriaque, J.-Cl. HAELEWYCK (éd.), Paris 2017 (Études syriaques 14), p. 000-
000.
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
fragments appartenant au même manuscrit des Évangiles ont été séparés
des autres et reliés à leur tour pour former l’actuel manuscrit Add.
14451 2. En 1848, William Cureton, conservateur assistant à la British
Library, en donna d’abord une édition à tirage limité destinée à circuler
parmi les spécialistes 3. Dix ans plus tard, en 1858, parut son édition
princeps contenant une première analyse des principales variantes par
rapport au texte de la Peshitta 4. Dans son catalogue de 1870, William
Wright 5 en donna une première description codicologique complète. Peu
de temps après, trois folios supplémentaires du ms. furent découverts à
Berlin : Staatsbibliothek Ms. Orient. Quart. 528 (fol. 1, 128, 129) 6. Ils ont
été édités d’abord par Roediger en 1872 7 et plus tard par W. Wright 8. En
1904, Burkitt 9 édita tout ce qui était connu jusqu’alors. Son édition resta
longtemps l’édition de référence, jusqu’à la découverte par
McConaughy 10 en 1987, au monastère même de Deir es-Surian, d’un
dernier folio du manuscrit (contenant Lc 16, 13 – 17, 1).
Le recueil factice contient au fol. 88r une note indiquant que les
manuscrits appartenant au couvent de l’église de la Deipara des Syriens
ont été réparés en l’année 1533 des Grecs, à savoir en 1221/1222 11. On a
donc la date à laquelle les fragments ont été réunis pour constituer le
recueil factice. Une autre note, au fol. 1r, écrite dans une cursive du Xe
siècle, signale que le ms. a appartenu à un moine nommé Ḥabibai qui en a
fait don au monastère 12. Ce sont là les seules indications chronologiques
contenues dans le manuscrit. Toutefois l’écriture, aux dires des
spécialistes qui ont étudié le manuscrit, date du Ve siècle. Mais, quand il
2
Les autres fragments ont été ajoutés aux manuscrits auxquels ils appartenaient
originellement.
3
CURETON 1848 ; les variantes sont discutées p. vi-lxiii.
4
CURETON 1858.
5
WRIGHT 1870, Part I, p. 73-75 (cod. CXIX).
6
Voir [Link]
7
ROEDIGER 1872.
8
WRIGHT sans date.
9
BURKITT 1904a.
10
MCCONAUGHY 1987 ; il s’agit du folio 2 du 17e cahier. Voir BROCK & VAN ROMPAY 2014, p.
379 (fragment 9).
11 ܐ
ܟܬܒ̈ ܕܕܝܪܐ ܕܒܝܬ ܠܝܿܕܬ ܐܠܗܐ ܕܣܘ̈ܪܝܐ ܕ
ܝܐ ܐܬܚܿܬܘ ܢ
̈ܕܝܘ ܫܢܬ ܐܢܠܓetc.
12
ܝܬܘܗܝ ܟܬܒܐ ܗܢܐ ܕܚܒܝܒܝ ܕܝܪܝܐ ܕܫܟܢܗ ܠܕܝܪܐ ܩܕܝܫܬܐ ܕܒܝܬ ܝܠܕܬ ܐܠܗܐ ܕܣܘ̈ܪܝܝܐ ܕܒܡܕܒܪܐ ܕܐܣܩܝܛܐ
etc.
2
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
s’agit de préciser, des divergences apparaissent : Burkitt 13 le situe au
début du Ve siècle, Cureton 14 vers le milieu et Wright 15 vers la fin.
Le manuscrit contient 88 folios écrits en estrangelo sur deux colonnes
(de 22 à 26 lignes). Des folios manquent après les fol. 38, 40, 51, 52, 53 et
72. Les folios 12-15 et 88 sont des additions postérieures (des XIIe et XIIIe
siècles) qui complètent à partir de la Peshitta les passages manquants
respectivement de Mt (8, 23 – 10, 31) et de Lc (24, 44-53) ; le dernier folio
(88) est palimpseste 16. Les cahiers étaient signés avec des lettres
syriaques (ainsi au fol. 43r). On estime le nombre originel des folios à 180
répartis en 18 cahiers 17. C’est donc un peu moins de la moitié du texte des
Évangiles qui nous a été conservé. Et dans l’ordre inhabituel Mt – Mc – Jn
– Lc. En voici le contenu :
Matthieu : 1, 1 – 8, 22 ; 10, 32 – 23, 25a
Marc : 16, 17b-20 suivi immédiatement de
Jean : 1, 1-42 ; 3, 5b – 8, 19a ; 14, 10b-12a.15b-19a.21b-24a.26b-29a
Luc : 2, 48b – 3, 16a ; 7, 33b – 24, 44a
Par chance le titre de l’ensemble a été conservé en tête de l’Évangile
de Mt 18. On lit en effet au fol. 1v les mots ܐܘܢܓܠܝܘܢ ܕܡܦܪܫܐ ܡܬܝ, à savoir
17F
« Évangile des (livres) séparés. Matthieu » 19. Évangile des livres séparés
18F
par opposition à « Évangile des livres mélangés » ()ܐܘܢܓܠܝܘܢ ܕܡܚ̈ܠܛܐ, à
savoir le Diatessaron.
La vieille version syriaque Sinaïtique (S ou syrS)
Le manuscrit Sinaï, syriaque 30 est un palimpseste du monastère
Sainte Catherine du Sinaï contenant en écriture inférieure le texte des
13
BURKITT 1904a, vol. 2, p. 13.
14
CURETON 1858, p. iv.
15
WRIGHT 1870, p. 73.
16
Le texte inférieur contient Lc 1, 65-80 sous forme peshitta.
17
Voir la répartition en cahiers et en folios dans BURKITT 1904a, p. 9-12.
18
Les titres courants, les explicit et incipit, quand ils sont conservés, lisent soit
« Évangile de » soit simplement « de » suivi du nom de l’évangéliste.
19
Le fait que le mot ܕܡܦܪܫܐsemble être écrit sans les seyome du pluriel et que le ms. soit
légèrement abîmé devant le nom de l’évangéliste avait conduit Cureton (CURETON
1858, p. vi) à traduire les mots par « Évangile distinct de Matthieu » (il restituait un
ܕavant )ܡܬܝ, qu’il interprétait comme renvoyant à une répartition de l’Évangile de
Matthieu selon le cycle liturgique annuel. L’hypothèse a été rapidement écartée,
car le ms. ne possède aucune caractéristique liturgique. BURKITT 1904A, p. 33, a par
ailleurs montré que les seyome se trouvaient non sur le riš, mais sur le mim (un des
deux points est encore visible).
3
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
quatre Évangiles (avec des lacunes, voir plus loin). Il a été repéré pour la
première fois par Agnes Smith Lewis et par sa sœur Margaret Gibson qui
en prirent des photos en 1892. Lors d’une nouvelle campagne en 1893,
d’autres photos furent prises, tandis que Bensly, Rendel Harris et Burkitt
transcrivaient sur place le texte en s’aidant de réactifs. Leur édition
parut en 1894 20. Cette même année, A. Smith Lewis donna une
description plutôt succincte du manuscrit dans son catalogue des
manuscrits syriaques du Sinaï 21, ainsi qu’une traduction anglaise 22. Entre
1895 et 1906, A. Smith Lewis retourna plusieurs fois au Sinaï pour
compléter et améliorer, grâce à de nouveaux réactifs, ses lectures
antérieures ; ces révisions ont débouché sur de nouvelles publications 23.
En 1910 parut enfin son édition définitive 24 qui devint l’édition de
référence 25. Pour être complet, il faut signaler aussi qu’en 1930 A. Hjelt
publia une édition photographique du manuscrit 26. Il n’est plus possible
aujourd’hui de vérifier les leçons du texte car les réactifs ont
irrémédiablement endommagé le manuscrit 27.
Le texte supérieur du manuscrit est daté (fol. 181v) de 1009 des Grecs,
à savoir de 697/698 de notre ère, selon A. Smith Lewis ou de 1090 des
Grecs, à savoir 778/779 de notre ère, selon Harris et Burkitt 28. Il a été 27F
écrit par Jean le Reclus « au monastère de Ma‘arrat Mesren dans le
district d’Antioche ». Il contient des ܬܫܥܝ̈ܬܐ ܡܓܒ̈ܝܬܐ ܕܥܠ ܢܫ̈ ܐ ܩܕܝ̈ܫܐ
(« Histoires choisies à propos de saintes femmes »). Pour ce faire, Jean le
Reclus a utilisé des parties de cinq manuscrits plus anciens, dont 142
folios d’un Evangelion da-Mepharreshe 29 qui, d’après la paléographie, date
28F
du début du Ve siècle, voire plus probablement de la fin du IVe siècle.
20
BENSLY –RENDEL HARRIS – BURKITT 1894. C’est sur cette édition qu’Albert Bonus a
entrepris sa comparaison des deux vieilles versions syriaques, voir BONUS 1896.
21
SMITH LEWIS 1894a, p. 43-47.
22
SMITH LEWIS 1894b.
23
SMITH LEWIS 1896 et 1897.
24
SMITH LEWIS 1910.
25
Elle remplace celle de BURKITT 1904a, qui n’a pas bénéficié des corrections ultérieures
de Smith Lewis.
26
HJELT 1930.
27
Toutefois de nouvelles techniques mises en œuvre au monastère Sainte-Catherine
permettraient d’améliorer certaines lectures, voir [Link].
28
Il y a en effet une lacune à la fin de la ligne après le mot « ܬܫܥ9 ». Harris et Burkitt
supposent qu’il faut compléter le mot et lire « ܬܫܥܝܢ90 », tandis que Smith Lewis
(SMITH LEWIS 1910, p. x) fait l’hypothèse (acceptée par HATCH 1946, p. 97) que le mot
se terminait par une fioriture (elles sont fréquentes dans le ms.).
29
S’y ajoutent 4 folios contenant des fragments de l’Évangile de Jean en onciales
grecques du IVe ou du Ve siècle, 20 folios contenant les Actes de Thomas en syriaque
4
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
Les 142 folios actuels sont ce qui reste des 166 folios du manuscrit
originel. Ils se répartissent sur 17 cahiers comprenant de 8 à 10 folios 30
avec un texte écrit sur deux colonnes. Voici ce qui a été conservé du
texte des Évangiles (dans l’ordre Mt – Mc – Lc – Jn) 31 :
Matthieu : 1, 1 – 6, 10a ; 8, 3b – 12, 4a ; (12, 4b-6a) ; 12, 6b-25a ; (12, 25b-
30a) ; 12, 30b – 16, 15a ; 17, 11b – 20, 24 ; 21, 20b – 25, 15a ; (25, 15b-
17a) ; 25, 17b-20a ; (25, 20b-25a) ; 25, 25b-26a ; (25, 26b-31) ; 25, 32-
33a ; (25, 33b-37) ; 25, 38 – 28, 7a
Marc : 1, 12b-44a ; 2, 21b – 4, 17a ; 4, 41b – 5,26a ; 6, 5b – 16, 8 [omission
de 16, 9-20]
Luc : 1, 1-16a ; 1, 38b – 5, 28a ; 6, 12b – 24, 52
Jean : 1, 25b-47a ; 2, 16 – 4, 37 ; 5, 6b-25a ; 5, 46b – 18, 31a ; 19, 40b – 21,
25.
Le colophon du manuscrit a été conservé (fol. 139v). Je n’en retiens
que les premiers mots (avant l’habituelle demande de pardon de la part
du copiste) : ܫܘܒܚܐ �ܠܗܐ ܘܠܡܫܝܚܗ ܘܠܪܘܚܗ.ܠܡ ܐܘܢܓܠܝܘܢ ܕܡܦ�ܫܐ ܐ̈ܪܒܥܐ ܣܦ�ܝܢ
ܩܕܝܫܬܐ. Encore une fois « Évangile des (livres) séparés », par opposition
au Diatessaron. On remarquera aussi la forme insolite de la doxologie :
« Gloire à Dieu et à son Messie et à son Esprit ‘Sainte’ », avec l’Esprit-
Saint au féminin. Cette formulation non conventionnelle suggère que la
copie a été réalisée avant les grandes controverses qui ont secoué l’Église
syriaque au Ve siècle. Tant la paléographie que le colophon indiquent
donc que le manuscit de la vieille version syriaque sinaïtique ne peut pas
avoir vu le jour après le début du Ve siècle.
On peut noter quelques caractéristiques remarquables du texte des
Évangiles dans la Sinaïtique. La finale longue de Mc (Mc 16, 9-20) est
absente, de même que la péricope de la femme adultère en Jn 7, 53-8, 11,
de même encore que la parole Jésus sur la croix « Père, pardonne-leur car
ils ne savent pas ce qu’ils font » en Lc 23, 34a. En Jn 18, 13-24, péricope
qui relate la comparution de Jésus devant Anne et le reniement de Pierre,
l’ordre des versets est bouleversé ([Link].19-23.16-18) et présente les
faits dans un ordre plus satisfaisant du point de vue logique. Toujours en
Jn, le verset 5, 4 qui mentionne la présence de l’ange à la piscine de
du Ve siècle, 4 folios d’un Transitus Mariae syriaque du Ve ou du VIe siècle, et 12 folios
contenant des fragments grecs d’homélies non identifiées datant du VIe siècle. Voir
BURKITT 1904A, vol. I, p. 22.
30
BURKITT 1904a, II, p. 23-27.
31
Entre parenthèses les passages en partie illisibles.
5
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
Béthesda, pourrait être absent dans la Sinaïtique 32. Ces différences seront
encore évoquées plus loin quand on présentera la question des rapports
entre les témoins de la vieille syriaque et entre ceux-ci et le Diatessaron.
Signalons enfin que la Sinaïtique et la Curetonienne ont été rééditées
en 2002 par Kiraz sous forme synoptique ligne à ligne ; leur texte est
comparé à celui de la Peshitta et de la Harkléenne 33. Wilson, la même
année, a réédité ces deux textes qu’il a accompagnés d’une traduction
anglaise 34. Il existe également une concordance syriaque de ces textes 35.
Les manuscrits du Nouveau Fonds (New Finds)
Dans un article prémilinaire tout récent, S. Brock 36 signale qu’il a pu
identifier le texte inférieur de deux manuscrits palimpsestes comme
étant des fragments d’un même manuscrit de la vieille version syriaque.
Le Sinaï, NF syr. 37, daté du VIIIe siècle, est constitué de six folios
transmettant en écriture supérieure la traduction syriaque des Sentences
d’Évagre sur la Prière 37. L’écriture inférieure contenant les fragments de
la vieille syriaque peut être datée du VIe siècle. 38 Le second manuscrit,
Sinaï, NF syr. 39, à dater du Xe siècle 39, comprend dix-sept folios et demi
et donne la traduction syriaque des Chapitres sur la Perfection de Diadoque
de Photicée (texte syriaque autrement inconnu, à l’exception de
quelques citations). Le texte inférieur avec les fragments de la vieille
syriaque est de la même main que le NF syr. 37. Il est certain que les deux
témoins appartenaient au même manuscrit comme le montrent des
raccords exacts entre les deux textes. En voici le contenu :
32
Le folio est manquant dans la Sinaïtique, mais on peut calculer qu’il n’y a pas assez
de place pour copier le v. 4. Il est cependant absent dans la Curetonienne. Le
témoignage de la Sinaïtique à l’appui de l’absence de ce verset n’est plus indiqué
dans Nestle & Aland26 (voir Nestle & Aland28).
33
KIRAZ 2002.
34
WILSON 2002. On observera toutefois que la traduction anglaise qu’il propose du
Notre Père en Mt 6, 9-13 ne suit pas le texte syriaque de la Curetonienne (la seule
vieille version syriaque attestée là), mais, paradoxalement, le texte grec ou la
Peshitta : « your will » (singulier), « our daily bread », « as we also forgive », do not
bring us » (voir ci-dessous). Dans la parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31), sa
traduction de la Curetonienne correspond au texte de la Peshitta au vs. 24. On ne se
fiera donc pas entièrement à cette traduction.
35
LUND 2004.
36
BROCK 2016.
37
Le texte sera publié par P. Géhin, mais voir déjà GÉHIN 2009.
38
PHILOTHÉE 2008, p. 405, propose une datation trop optimiste au troisième ou au
quatrième siècle.
39
Selon GÉHIN 2009, p. 82.
6
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
Matthieu : 15, 4 – 16, 20 ; 19, 28 – 21, 21 ; 27, 35-64
Marc : 1, 32 – 2, 14 ; 6, 3 – 6, 52 ; 10, 47 – 11, 22
Luc : 1, 50-80 ; 6, 23-48 ; 7, 21-43 ; 9, 47 – 10, 31 ; 12, 27 – 14, 25 ; 18, 31 –
19, 47 ; 23, 8-36
Jean : 1, 39 – 2, 12 ; 9, 8-32 ; 13, 2-30.
La plupart de ces passages se retrouvent dans la Sinaïtique ou la
Curetonienne, voire dans les deux. Deux sections sont cependant
nouvelles : Mc 1, 44 – 2, 14 et Jn 1, 47 – 2, 12a. Brock les édite, en donne
une traduction anglaise et en commente certaines variantes 40.
La Curetonienne (C), la Sinaïtique (S) et les fragments du Nouveau
Fonds (NF), témoins de la vieille version syriaque des Évangiles
Ces différents témoins du IVe/Ve siècle ou du VIe siècle, malgré leurs
divergences dont il sera question plus loin, présentent un texte syriaque
qui a beaucoup de points communs 41. Depuis Zahn 42, on s’accorde à
penser qu’ils sont le reflet d’une seule et unique traduction qui a dû être
réalisée au début du IIIe siècle (précisions plus loin). Bewer est le seul à
s’être élevé contre cette affirmation et à détailler ses arguments 43. Bewer
a en effet relevé de nombreuses divergences grammaticales,
lexicographiques et phraséologiques entre S et C, et on ne peut pas
toutes les expliquer, dit-il, comme étant des différences dialectales. En C
des mots grecs sont de temps à autres utilisés en transcription 44 ; en
revanche en S on lit le terme syriaque exact. Les omissions et les
40
BROCK 2016, p. 13-19.
41
Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir l’édition synoptique de KIRAZ 2002.
Sur les différences syntaxiques et lexicales entre la Sinaïtique et la Curetonienne,
voir WILSON 2002, p. xxxi-xxxviii. BROCK 2016, p. 10-12, analyse une série de
variantes montrant que le troisième témoin (NF) est bien un manuscrit de la vieille
syriaque, et non un manuscrit de la Peshitta ayant conservé quelques leçons
vieilles syriaques. Les informations données ici dans les pages qui suivent
concerneront surtout la Sinaïtique et la Curetonienne. Il faudra attendre l’édition
des fragments du Nouveau Fonds, que S. Brock prépare en collaboration avec D.
Taylor, pour compléter ces informations.
42
ZAHN 1895, col. 17 ; HOLZEY 1896, p. 10 ; BONUS 1896, p. III ; BURKITT 1904a, p. 164 ;
LAGRANGE 1920, p. 332-333. Plus récemment, METZGER 1977, p. 39-44.
43
BEWER 1900, p. 66-78.
44
Ainsi μόδιος (Mt 5, 15), τέτραρχος (Mt 14, 1), στολή (Mt 14, 36), ἀνάγκη (Mt 18, 7),
πρόσωπον (Mt 18, 10), αἰρέσεις (Lc 23, 25).
7
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
additions – de S par rapport à C 45 ou des deux par rapport au grec – sont
dans beaucoup de cas soutenues par des témoins grecs, en particulier des
témoins du texte « occidental » 46. On ne peut pas non plus exclure
l’utilisation d’un modèle grec différent 47. Toutes ces observations de
Bewer sont exactes, mais on a critiqué la conclusion qu’il en tire, à savoir
qu’il s’agit de deux traductions du grec faites de manière totalement
indépendante, les ressemblances s’expliquant par le fait que leurs
auteurs ont été formés dans une même école de traduction. Pour Hjelt 48,
qui suit Lewis, c’est l’arbre qui cache la forêt ! En effet, de larges portions
du texte évangélique sont identiques en S et C : mot pour mot, ligne pour
ligne. Il en veut pour preuve le libellé du chapitre entier en Lc 23 où, à
quelques mots près, les deux textes se correspondent. Il s’agit bien de
deux recensions d’un même texte. Les différences s’expliquent par le fait
qu’entre l’archétype de la vieille version syriaque (début du IIIe siècle) et
les deux témoins qui sont parvenus jusqu’à nous, deux siècles se sont
écoulés 49. Il y a probablement eu d’autres copies aujourd’hui perdues. Au
45
Voici une liste des versets absents en S mais présents en C : Mt 1, 8b ; 4, 24b ; 5,
25.30.47 ; 6, 5 ; 8, 5* ; 23, 14 ; Mc 16, 9-20 ; Lc 8, 43 ; 9, 55.56 ; 12, 38b ; 22, 43.44 ; 23,
12-14.34 ; Jn 5, 12 ; 14, 10.11. Les additions de S par rapport à C sont moins
nombreuses : Lc 11, 36 ; 14, 13 ; 19, 32 ; 23, 20 ; Jn 6, 13 ; il s’agit chaque fois de
quelques mots (pas de versets entiers).
46
Le détail en est donné en BEWER 1900, p. 73-75. Quelques exemples d’omissions : Mt 1,
25* (avec k) ; 4, 24 (Ss seul) ; 5, 30 (avec D.05) ; 5, 47 (avec k) ; 6, 5 (Ss seul) ; 9, 34
(avec D.05 a k et Hilaire de Poitiers) ; 10, 13* (avec D.05) ; etc. Bien sûr il ne reprend
pas ce qui est inutile pour un syriaque, à savoir les explications données pour les
lecteurs grecs : Mt 4, 18 (τὸν λεγόμενον Πέτρον) ; 27, 33 (ὅ ἐστιν Κρανίου Τόπος) ;
27, 46 (τοῦτ´ ἔστιν Θεέ μου, θεέ μου, ἵνα τί με ἐγκατέτιπες). Voir aussi Mc 3, 17 ; 7,
34 ; 15, 34 ; Jn 1, 38.41 ; 4, 25 ; 9, 7 ; 11, 16 ; 20, 16.24 ; 21, 2. Il en a toutefois laissé
deux : Mt 1, 23 (« Emmanuel, ce qui se traduit Dieu avec nous ») et Jn 1, 42
(« Céphas, ce qui veut dire Pierre »). Parmi les additions, qui sont beaucoup moins
nombreuses, je note surtout Mt 10, 23 (+ « et si dans une autre on vous poursuit,
fuyez dans une autre » avec D.05 VL et d’autres témoins) et Lc 23, 37 (« salut, roi des
Juifs » au lieu de « si tu es le roi des Juifs », + « le couronnant aussi d’une couronne
d’épines » avec D.05 et c) qui ont vraiment du poids ; les autres sont moins
significatives. Voir aussi LAGRANGE 1920, p. 333-334.
47
Bewer signale en particulier Mt 5, 2 (καὶ ἀνοίξας τὸ στόμα αὐτοῦ ἐδίδασκεν αὐτοῖς
λέγων) où C correspond au grec, mais où S suppose une leçon de ce type : καὶ
ἤρξατο λέγειν αὐτοῖς. La variante est signalée dans la synopse de Nestle & Aland9
(1976), mais elle est absente dans l’apparat de l’édition du texte grec en Nestle &
Aland28 (2012).
48
HJELT 1903, p. 83-95.
49
Cette distance chronologique avait déjà été soulignée par BAETHGEN 1885, p. 9-11, qui
ne connaissait que C.
8
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
fur et à mesure que le texte a été transmis, des modifications sont
apparues. Dès lors, rien d’étonnant à ce qu’il y ait des divergences
grammaticales, lexicographiques et phraséologiques entre S et C (contre
le premier argument de Bewer). On peut expliquer aussi qu’à un moment
donné de l’évolution de la traduction de la vieille version syriaque, le
besoin se soit fait sentir de mieux correspondre au grec (contre le 2e
argument de Bewer). Le 3e argument de Bewer ne tient pas non plus : les
deux traductions de Lc 23 en S et C reposent en définitive sur le même
texte grec. Les différences entre les deux peuvent s’expliquer par des
révisions qu’auraient subies S et C comparés à l’archétype de la vieille
version syriaque, comme Joosten l’a du reste souligné plus récemment 50.
J. Joosten 51, dans son étude sur Mt, a analysé des passages où S et C
partagent des leçons qui résultent d’une mauvaise compréhension du
grec. Ces deux textes sont donc bien apparentés. Et comme ces variantes
ne se retrouvent dans aucun autre témoin de Mt (ou des parallèles
synoptiques), il en conclut qu’elles proviennent de l’archétype de la
vieille version syriaque.
• Mt 2, 18 : « Rachel pleure ses enfants ». En grec le participe (κλαίουσα)
fonctionne comme le prédicat de la phrase, ce que S et C n’ont pas
compris : ils l’ont rendu par un participe ( )ܕܒܟܝܐqu’ils ont rattaché au mot
« voix » qu’ils ont ajouté (« une voix est entendue en Rama…la voix de
Rachel qui pleure ses enfants). Cette leçon isolée remonte à l’archétype de la
vieille version syriaque.
• Mt 5, 32 « quiconque répudie sa femme…hormis le cas de fornication » : le
παρεκτὸς λόγου πορνείας a été rendu par « ܕ� ܐܬܐܡܪ ܥܠܝܗ ܓܘܪܐsans
qu’il soit parlé d’adultère à son propos », une traduction isolée qui suppose
une source identique, à savoir l’archétype de la vieille version syriaque de
Mt.
• Mt 8, 9 « ainsi moi je suis soumis à une autorité avec des soldats sous
mes ordres » (καὶ γὰρ ἐγὼ ἄνθρωπος εἰμι ὑπὸ ἐξουσίαν, ἔχων ὑπ´ ἐμαυτὸν
στρατιώτας) : le texte de S ( ܐܦ ܐܢܐ ܓܝܪ ܓܒܪܐ ܐܢܐ ܕܐܝܬ ܠܝ ܫܘܠܛܢܐ
)ܘܣܛܪܛܝܘܬܐ ܐܝܬ ܬܚܝܬ ܐܝܕܝrésulte d’une mauvaise compréhension du
grec : ὑπὸ ἐξουσίαν a été rattaché à ἔχων « j’ai sous mon autorité des
soldats ». C reproduit S mot pour mot, mais ajoute quelques additions qui
veulent mieux correspondre au grec.
• Mt 15, 22 « or voici qu’une Cananéenne, étant sortie de ce territoire (de
Tyr et Sidon), se mit à crier » : S et C ont compris que la Cananéenne était
50
JOOSTEN 1995, p. 29-30.
51
JOOSTEN 1995, p. 6-10.
9
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
venue exprès de Tyr et Sidon pour rencontrer Jésus ( ܘܗܐ ܐܢܬܬܐ ܟܢܥܝܢܝܬܐ
)ܢܦܩܬ ܡܢܗܘܢ ܡܢ ܬܚܘ̈ ܡܐ ܗܢܘܢ. Cette interprétation, possible en grec si on ne
lit que le verset, mais impossible dans le contexte et d’après le // de Mc 7,
25s, s’origine dans l’archétype de la vieille version syriaque.
• D’autres variantes mineures (Mt 1, 21 ; 2, 2 ;12, 34.35b ; 18, 29 ; 20,
11.21.23 ; 21, 30 ; 23, 5.8) montrent que S et C dérivent d’une seule et
unique version vieille syriaque antérieure. Ces variantes ne sont pas
occasionnées par le grec de Mt ni par les passages parallèles des
synoptiques, et on ne les retrouve pas dans les passages parallèles en S ou
en C (ni en P). Même si on ne peut pas avec certitude indiquer la cause des
ces variantes, il est probable que la plupart dérivent de la vieille version
syriaque.
Mais, de S et C, quelle est la forme la plus ancienne ? Un consensus
s’est établi autour de cette conclusion : S est plus ancien, en raison du
caractère plus libre de sa traduction ; C est plus récent, car on constate
en outre qu’il a subi par endroits une révision sur le grec. Ainsi, en Lc 22,
la mention de la présence d’un ange à Gethsémani (v. 43) et celle de la
sueur de sang (v. 44), absentes en S, ont été rétablies en C ; de même les
mots « Jésus prit la parole et dit : Père, pardonne-leur car ils ne savent
pas ce qu’ils font » en Lc 23, 34 ont été rétablis en C 52. Mais l’exemple le
51 F
plus frappant est l’absence de la finale longue de Mc (16, 9-20) en S et sa
présence en C. Il y a encore d’autres exemples (Mt 3, 3 [citation d’Is 40].4
[miel des montagnes] ; 4, 9 ; 18, 20 ; Jn 6, 10-13 [multiplication des pains],
etc.).
On peut comparer Mt 1, 18-25 53 (toutes les variations sont soulignées) :
52F
52
Ils sont aussi dans le Diatessaron, d’après le commentaire d’Éphrem qui cite ces mots
à trois reprises : voir LELOIR 1966, p. 192, 375-376 et 384.
53
« 18Voici quelle fut la naissance du Messie. Marie, sa mère, était promise à Joseph. Or,
avant qu’ils se soient approchés l’un de l’autre, elle se trouva enceinte par le fait de
l’Esprit Saint. 19Joseph, son mari, parce qu’il était juste (C : Joseph, parce qu’il était
un homme juste), ne voulait pas diffamer Marie et résolut de (C : était résolu à) la
répudier secrètement. 20Il avait résolu cela, lorsqu’un ange du Seigneur lui apparut
dans une vision (C + nocturne) et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de
prendre (chez toi) Marie, ton épouse (C : ta promise), car ce qui va naître d’elle
vient de l’Esprit Saint, 21elle t’enfantera un fils et tu l’appeleras (C : et il sera appelé)
du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple (C : le monde) de ses fautes ;
22
tout cela arrivera afin que s’accomplisse ce qui a été prononcé (C : dit) par le
Seigneur par le (C : par la bouche du) prophète Isaïe : 23Voici que la vierge concevra
et enfantera un fils, on l’appellera (C : il sera appelé) du nom d’Emmanuel, ce qui se
traduit ‘Notre Dieu avec nous’. 24Lorsque Joseph se réveilla de son songe, il fit ce
que l’Ange du Seigneur lui avait ordonné : il prit (chez lui) son épouse (C : Marie),
25
et elle lui enfanta un fils qu’il appela du nom de Jésus (C : 25et il habita avec elle
10
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
Sinaïtique Curetonienne
18 ܝܠܕܗ ܕܝܢ ܕܡܫܝܚܐ ܗܟܢܐ ܗܘܐ ܟܕ ܡܟܝܪܐ ܝܠܕܗ ܕܝܢ ܕܡܫܝܚܐ ܗܟܢܐ ܗܘܐ ܟܕ
ܗܘܬ ܡܪܝܡ ܐܡܗ ܠܝܘܣܦ ܟܕ � ܢܬܩܪܒܘܢ ܡܟܝܪܐ ܗܘܬ ܡܪܝܡ ܐܡܗ ܠܝܘܣܦ ܟܕ
� ܢܬܩܪܒܘܢ ܚܕ ܠܘܬ ܚܕ ܐܫܬܟܚܬ ܚܕ ܠܘܬ ܚܕ ܐܫܬܟܚܬ ܒܛܢܐ ܡܢ ܪܘܚܐ
ܒܛܢܐ ܡܢ ܪܘܚܐ ܕܩܘܕܫܐ ܕܩܘܕܫܐ
19 ܝܘܣܦ ܕܝܢ ܒܥܠܗ ܡܛܠ ܕܟܝܢ ܗܘܐ � ܝܘܣܦ ܕܝܢ ܡܛܠ ܕܓܒܪܐ ܗܘܐ ܟܐܢܐ �
ܨܒܐ ܗܘܐ ܕܢܦܪܣܝܗ ܠܡܪܝܡ ܘܐܬܪܥܝ ܨܒܐ ܗܘܐ ܕܢܦܪܣܝܗ ܠܡܪܝܡ ܘܐܬܪܥܝ
ܕܒܗܝ�ܝܬ ܢܕܠܠܝܗ ܗܘܐ ܕܒܗܝ�ܝܬ ܢܕܠܠܝܗ
20 ܟܕ ܗܠܝܢ ܕܝܢ ܐܬܪܥܝ ܐܬܚܙܝ ܠܗ ܟܕ ܗܠܝܢ ܕܝܢ ܐܬܪܥܝ ܐܬܚܙܝ ܠܗ ܠܝܘܣܦ
ܡ�ܟܐ ܕܡܪܝܐ ܒܚܙܘܐ ܘܐܡܪ ܠܗ ܡ�ܟܐ ܕܡܪܝܐ ܒܚܙܘܐ ܕܠܠܝܐ ܘܐܡܪ ܠܗ
ܝܘܣܦ ܒܪܗ ܕܕܘܝܕ � ܬܕܚܠ ܠܡܣܒ ܝܘܣܦ ܒܪܗ ܕܕܘܝܕ � ܬܕܚܠ ܠܡܕܒܪ ܠܡܪܝܡ
ܠܡܪܝܡ ܐܢܬܬܟ ܗܘ ܓܝܪ ܕܡܬܝܠܕ ܡܢܗ ܡܟܝܪܬܟ ܗܘ ܓܝܪ ܕܡܬܝܠܕ ܡܢܗ ܡܢ ܪܘܚܐ
ܡܢ ܪܘܚܐ ܗܘ ܕܩܘܕܫܐ ܗܘ ܕܩܘܕܫܐ ܒܛܝܢ
21 ܬܐܠܕ ܠܟ ܕܝܢ ܒܪܐ ܘܬܩܪܐ ܫܡܗ ܬܐܠܕ ܠܟ ܕܝܢ ܒܪܐ ܘܢܬܩܪܐ ܫܡܗ ܝܫܘܥ
ܝܫܘܥ ܗܘ ܓܝܪ ܢܚܝܘܗܝ ܠܥܡܗ ܡܢ ܗܘ ܓܝܪ ܢܚܝܘܗܝ ܠܥܠܡܐ ܡܢ ܚܛܗܘ̈ܗܝ
ܚܛܗܘ̈ܗܝ
22 ܗܕܐ ܕܝܢ ܕܗܘܬ ܕܢܬܡ� ܡܕܡ ܗܕܐ ܕܝܢ ܕܗܘܬ ܕܢܬܡ� ܡܕܡ ܕܐܬܐܡܪ
ܕܐܬܡܠܠ ܡܢ ܡܪܝܐ ܒܐܫܥܝܐ ܢܒܝܐ ܡܢ ܡܪܝܐ ܒܦܘܡ ܐܫܥܝܐ ܢܒܝܐ ܕܐܡܪ
ܕܐܡܪ ܗܘܐ ܗܘܐ
23 ܗܐ ܒܬܘܠܬܐ ܬܒܛܢ ܘܬܐܠܕ ܒܪܐ ܘܢܬܩܪܐ ܗܐ ܒܬܘܠܬܐ ܬܒܛܢ ܘܬܐܠܕ ܒܪܐ
ܫܡܗ ܥܡܢܘܐܝܠ ܕܡܬܬܪܓܡ ܐܠܗܢ ܥܡܢ ܘܢܩܪܘܢ ܫܡܗ ܥܡܢܘܐܝܠ ܕܡܬܪܓܡ
ܐܠܗܢ ܥܡܢ
24 ܟܕ ܩܡ ܕܝܢ ܝܘܣܦ ܡܢ ܫܢܬܗ ܥܒܕ ܐܝܟ ܟܕ ܩܡ ܕܝܢ ܝܘܣܦ ܡܢ ܫܢܬܗ ܥܒܕ ܐܝܟܢܐ
ܕܦܩܕ ܠܗ ܡ�ܟܐ ܕܡܪܝܐ ܘܕܒܪ ܕܦܩܕ ܠܗ ܡ�ܟܐ ܕܡܪܝܐ ܘܕܒܪܗ ܠܡܪܝܡ
�ܢܬܬܗ
25 ܘܝܠܕܬ ܠܗ ܒܪܐ ܘܩܪܐ ܫܡܗ ܝܫܘܥ ܘܕܟܝܐܝܬ ܥܡܪ ܗܘܐ ܥܡܗ ܥܕܡܐ ܕܝܠܕܬܗ
ܠܒܪܐ ܘܩܪܬ ܫܡܗ ܝܫܘܥ
Mises à part les variations orthographiques ou lexicales mineures
signalées dans la traduction, on observe que C évite de mentionner que
Joseph et Marie étaient mari et femme et qu’ils ont eu commerce
),ܒܥܠܗ( charnel, en particulier au v. 19 où C corrige « Joseph, son époux
)ܓܒܪܐ( parce qu’il était juste » en « Joseph, parce qu’il était un homme
juste », au v. 20 où C corrige « ne crains pas de prendre Marie, ton
épouse » en « ne crains pas de prendre Marie, ta promise », au v. 24 où C
remplace « il prit (chez lui) son épouse » par « il prit (chez lui) Marie ».
dans la pureté jusqu’à ce qu’elle lui enfante un fils qu’elle appela du nom de
» Jésus).
11
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
L’intervention la plus manifeste apparaît au v. 25 où C ajoute « il habita
avec elle dans la pureté » 54.
Hjelt est le seul à s’être posé la question de la pluralité éventuelle des
traducteurs en S 55. Ne serait-il pas possible que les différents Évangiles
aient été traduits par différentes personnes et à des époques différentes ?
Hjelt étudie des passages parallèles des Évangiles synoptiques, en
particulier les parallèles entre Mt et Mc 56.
Mt Mc
Mt 4, 17 ; Mc 1, 15 ἤγγικεν ܩܪܒܬ ܡܛܝܬ
Mt 4, 18 ; Mc 1, 16 ἁλεεῖς ܨܝܕܐ ܕܢܘ̈ܢܐ ܨܝ̈ܕܐ
Mt 4, 21 ; Mc 1, 19 καὶ προβάς ܘܩܪܒ ܬܘܒ ܘܟܕ ܗܠܟ ܬܘܒ
Mt 8, 31s ; Mc 5, 11.13 ἁγέλη ܡܪܥܝܬܐ ܒܩܪܐ
Mt 8, 33 ; Mc 5, 14 οἱ βόσκοντες ܪܥܘܬܐ ܗܢܘܢ ܕܪܥܝܢ
Mt 12, 16 ; Mc 3, 12 ἵνα μὴ φανερὸν αὐτὸν ܕ�ܢܫ � ܢܐܡܪܘܢ ܕ� ܢܫܬܘܕܥܘܢܗ57
56 F
ποιήσωσιν
Mt 13, 4 ; Mc 4, 4 τὰ πετεινά ܚܝܘܬ ܟܢܦܐ ܦܪܚܬܐ
idem κατέφαγεν αὐτά ܠܩܛܬܗ ܐܟܠܬܗ
Mt 13, 7 ; Mc 4, 7 καὶ ἀνέβησαν ܘܣܠܩܘ ܘܥܝܘ
Mt 14, 19 ; Mc 6, 39 χόρτος ܝܘܪܩܐ ܥܣܒܐ
Mt 14, 26 ; Mc 6, 19 ἐπὶ τῆς θαλάσσης ܥܠ ܓ̈ܠܠܝ ܝܡܐ ̈ܥܠ ܡܝܐ
Mt 14, 32 ; Mc 6, 51 ἐκόπασεν ܦܣܩܬ ܫܠܝܬ
Mt 15, 6 ; Mc 7, 13 ἠκυρώσατε ܒܛܠܬܘܢ ܿܡܣܠܝܢ
Mt 15, 16s ; Mc 7, 18 καὶ ὑμεῖς ἀσύνετοι ἐστε; ܐܦ� ܐܢܬܘܢ ܐܦ ܐܢܬܘܢ ܥܛܠܝܢ
οὐ νοεῖτε � ܡܣܬܟܠܝܢ ܐܢܬܘܢ � ܐܢܬܘܢ
ܝܕܥܝܢ ܐܢܬܘܢ ܡܣܬܟܠܝܢ ܐܢܬܘܢ
Mt 15, 17 ; Mc 7, 19 εἰς τὸν ἀφεδρῶνα ܡܫܬܪܐ ܒܬܕܟܝܬܐ ܡܫܬܪܐ ܠܒܪ58
57 F
ἐκβάλλεται
54
Mots empruntés au Diatessaron, puisqu’ils sont attestés dans le commentaire
d’Éphrem au Diatessaron, voir LELOIR 1966, p. 65-68. Le passage a fait couler
beaucoup d’encre, depuis FARRAR 1895 (qui renvoie à Conybeare) jusqu’à LENZI
2006b, p. 137-143, qui a repris le dossier.
55
HJELT 1903, p. 95-101.
56
Le tableau qui suit reprend tous les exemples signalés par Hjelt (sauf ceux de Mt 20,
23 // Mc 10, 40 et de Mt 27, 46 // Mc 15, 34 concernant la traduction de ἀλλ´ οἷς
ἡτοίμασται et de ἡλεί ἡλεί car les divergences s’expliquent par une variante
grecque, respectivement ἄλλοις et ἐλωί ἐλωί). La critique de LAGRANGE 1920, p.
333 (« Hjelt a seulement montré qu’un même mot n’est pas toujours traduit de
même. Mais cette liberté est un des caractères de la traduction »), n’épuise peut-
être pas la question.
57
Le traducteur de Mc (« afin qu’ils ne le fassent pas connaître ») colle au texte grec, ce
que ne fait pas celui de Mt (« afin qu’ils ne le disent à personne »).
58
Le traducteur de Mc n’a pas traduit εἰς τὸν ἀφεδρῶνα (« dans la fosse septique »),
peut-être parce qu’il trouvait l’expression choquante. En Mt le mot ܬܕܟܝܬܐsignifie
purification mais aussi excréments.
12
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
Mt 15, 26 ; Mc 7, 27 οὐκ ἔστιν καλόν �� ܘ � ܫܦܝܪ
idem λαβεῖν τὸν ἄρτον τῶν ܠܡܣܒ ܠܚܡܐ ܕܒܢܝܐ ܠܡܣܒ ܠܚܡܐ ܕܒܢܝܐ
τέκνων καὶ βαλεῖν τοῖς ܪܡܝܢ ܠܟܠܒܐ ܘܠܡܪܡܝܘ ܠܟܠܒܐ
κυναρίοις 59
58F
Mt 17, 19 ; Mc 9, 28 ἐκβαλεῖν αὐτό ܠܡܐܣܝܘܬܗ ܠܡܦܩܘܬܗ
Mt 19, 7 ; Mc 10, 4 βιβλίον ἀποστασίου �ܐܓܪܬܐ ܕܕܘܠ ܟܬܒܐ ܕܫܘܒܩܢܐ
Mt 19, 22 ; Mc 10, 22 ἦν γὰρ ἔχων κτήματα ܡܛܠ ܕܥܬܝܪ ܗܘܐ ̈
ܡܛܘܠ ܕܢܟܣܐ
πολλά ܣܓܝܐܐ ܐܝܬ ܗܘܐ ܒܢܟܣܐ ܛܒ
ܠܗ
Mt 20, 23 ; Mc 10, 40 οὐκ ἔστιν ἐμὸν δοῦναι � ܗܘܬ ܕܝܠܝ ܠܡܬܠ � ܗܘܐ ܠܝ ܕܐܬܠ
Mt 21, 33 ; Mc 12, 1 καὶ ἐξέδετο αὐτόν ܘܐܫܠܡܗ ܘܐܘܚܕܗ
idem ἀπεδήμησεν ܘܐܙܠ ܘܥܢܕ
Mt 22, 16 ; Mc 12, 14 ἐν (ἐπ´) ἀληθείᾳ ܒܩܘܫܬܐ ܒܫܪܪܐ
Mt 22, 23 ; Mc 12, 18 ἀνάστασιν ܚܝܬ ܡܝ̈ܬܐ60
59 F ܩܝܡܬܐ
Mt 23, 6 ; Mc 12, 39 πρωτοκαθεδρίας ܡܘ̈ܬܒܐ ܡܝܩܪܬܐ ܪܫ ܡܘܬܒܐ
Mt 24, 24 ; Mc 13, 22 ψευδοπροφῆται �ܢܒ̈ܝܐ ܕܓ ܢܒ̈ܝܐ ܕܟܕܒܘܬܐ
Mt 24, 29 ; Mc 13, 24 καὶ ἡ σελήνη οὐ δώσει � ܘܢܘܗܪܗ ܕܣܗܪܐ � ܘܣܗܪܐ ܢܘܗܪܗ
τὸ φέγγος αὐτῆς ܢܢܗܪ ܢܚܿܘܐ
Mt 24, 31 ; Mc 13, 27 ἀπ´ ἄκρων (ἄκρου) ܡܢ ܥܒܪܐ ܕܫܡܝܐ ܢ ̈ܪܫܐ ܕܐܪܥܐ
Mt 26, 10 ; Mc 14, 6 τί κόπους παρέχετε ܡܢܐ ܡܐܠܝܢ ܡܢܐ ܡܗܪܝܢ
Mt 26, 24 ; Mc 14, 21 ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου ܡܫܬܠܡ ܒܪܗ ܕܐܢܫܐ ܡܫܬܠܡ ܐܢܐ
παραδίδοται
Mt 26, 27 ; Mc 14, 23 εὐχαριστήσας ܘܐܘܕܝ ܥܠܘܗܝ ܘܒܪܟ
Mt 26, 29 ; Mc 14, 25 ἐκ τοῦ γενήματος τῆς ܡܢ ܦܐܪܐ ܕܓܦܬܐ ܡܢ ܝܠܕܐ ܕܓܦܬܐ
ἀμπέλου
Mt 26, 37 ; Mc 14, 33 ἀδημονεῖν ܡܨܦ ܡܬܬܥܩܘ
Mt 26, 39 ; Mc 14, 35 καὶ προελθὼν μικρόν ܘܫܢܝ ܡܢܗܘܢ ܩܠܝܠ ܘܦܪܩ ܩܠܝܠ
Mt 26, 47 ; Mc 14, 43 μετὰ μαχαιρῶν ܒܣ̈ܝܦܐ ܟܕ ܫܩܝܠܝܢ ܣܦܣ�ܐ61
60 F
Mt 26, 58 ; Mc 14, 54 ἕως τῆς αὐλῆς τοῦ ܥܕܡܐ ܠܕܪܬܗ ܕܪܒ ܥܕܡܐ ܠܒܝܬܗ ܕܪܒ
ἀρχιερέως ܟܗܢܐ ܟܗܢܐ
Mt 27, 26 ; Mc 15, 15 φραγελλόω �ܢܓܕ ܒܦܪܓ ܟܕ ܡܬܢܓܕ
Mt 27, 35 ; Mc 15, 24 βάλλοντες κλῆρον ܘܢܦܣܘ ܥܠܝܗܘܢ ܘܐܪܡܝܘ ܥܠܝܗܘܢ
̈
ܦܣܐ
Mt 27, 46 ; Mc 15, 34 ἐβόησεν/ἀνεβόησεν ܓܥܐ ܩܪܐ
Mt 27, 48 ; Mc 15, 36 περιθεὶς καλάμῳ ܘܩܛܪ ܒܩܢܝܐ ܘܐܘܫܛ ܘܣܡ ܒܩܢܝܐ
ἐπότιζεν αὐτόν ܠܗ ܠܡܫܬܐ ܘܐܫܩܝܗ
Mt 27, 51 ; Mc 15, 38 καὶ (ἰδοὺ) τὸ ܘܒܗ ܒܫܥܬܐ ܐܨܛܪܝ ܘܐܨܛܪܝ ܐ̈ ܦܝ ܬܪܥܐ
καταπέτασμα τοῦ ναοῦ ܐ̈ ܦܝ ܬܪܥܐ ܕܒܝܬ ܗܝܟ� ܠܬ̈ܪܝܢ ܡܢ
εσχίσθη (ἀπ´) ἄνωθεν ܡܩܕܫܐ ܡܢ ܕܥܠ ܪܝܫ ܠܥܠ ܘܥܕܡܐ ܠܬܚܬ
ἕως κάτω εἰς δύο
Bien qu’il y ait des passages où Mt et Mc soient identiques (Mt 19, 4 //
Mc 10, 14), les variantes sont si nombreuses qu’on doit même exclure, dit
59
L’ordre des mots varie en Mc.
60
Cette expression déroutante (« la vie des morts ») pour rendre le mot résurrection
revient encore en Mt 22, 30, mais est absente des autres Évangiles.
61
Le mot ܣܦܣܪܐpour traduire glaive décalque le grec σαμψήρα qui a son tour
reproduit le persan šamšer.
13
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
Hjelt, que le traducteur de Mc ait connu et utilisé la traduction de Mt. La
liberté de traduction de Mt confirme son ancienneté. Il faut en
particulier remarquer l’exactitude du traducteur de Mt en ce qui
concerne les habitudes juives. Ainsi Mt 9, 18 « chefs » est rendu par ܪܒ
« ܟܢܘܫܬܗܘܢle chef de leur synagogue » ; Mt 23, 5 « ils font bien larges
leurs phylactères » est rendu par « ܡܦܬܝܢ ܥ�ܩܐ ܕܬܦܠܝܗܘܢils font bien larges
les liens de leurs tephillim » (le traducteur non seulement connaît les
tephillim mais sait bien que l’orgueil des pharisiens apparaît dans la
largeur des courroies des tephillim) ; au même verset « les franges de
leurs vêtements » est rendu par « ܬܟ̈ܠܬܐ ܕܡܪܛܘܛܝܗܘܢles (bords) bleu-
pourpre de leurs manteaux » (il connaît la couleur de ces franges !) ; Mt
18, 17 « communauté » est rendu par ( ܟܢܘܫܬܐterme technique pour la
synagogue juive) ; Mt 22, 24 « sans avoir d’enfants » est rendu par ܘܠܝܬ ܠܗ
ܒܪܐqui correspond à Dt 25, 5 ; Mt 14, 19 « herbe » est rendu par ܝܘܪܩܐ
« herbe fraîche verte » (il connaît les saisons). Il est donc probable que le
traducteur soit un judéo-chrétien (peut-être originaire de Palestine) ; ce
qui concorde avec le fait que la plus ancienne communauté d’Édesse était
judéo-chrétienne en lien avec la Palestine, ainsi qu’avec la tradition qui
veut que l’Évangile de Mt ait été écrit pour des Juifs et des Judéo-
chrétiens de Palestine 62. 61F
Hjelt se livre ensuite 63 à une comparaison entre Mt et Lc pour
62F
conclure que le traducteur de Lc n’est pas identique à celui de Mt. Et il est
hors de doute, selon lui, que la traduction de Mt est plus ancienne que
celle de Lc. Il donne aussi vingt-deux exemples qui montrent que les
traducteurs de Lc et de Mc sont différents. Et le traducteur de Lc semble
plus récent que celui de Mc. Quelques exemples suffiront.
Mt Lc
Mt 3,11 ; Lc 3,16 ἰσχυρότερός μου ܪܒ ܡܢܝ ܕܡܢܝ ܚܝܠܬܢ
Mt 4,5 ; Lc 4,9 τὸ πτερύγιον τοῦ ἱεροῦ �ܩܪܢܐ ܕܗܝܟ �ܟܢܦܐ ܕܗܝܟ
Mt 8,5.8 ; Lc 7,2.6 ἑκατοντάρχης ܟܠܝܪܟܐ ܩܢܛܪܘܢܐ
Mt 8,9 ; Lc 7,8 64
63F καὶ γὰρ ἐγὼ ἄνθρωπος εἰμι ܐܦ ܐܢܐ ܓܝܪ ܐܦ ܐܢܐ ܓܝܪ
ὑπὸ ἐξουσίαν (τασσό- ܓܒܪܐ ܐܢܐ ܕܐܝܬ ܓܒܪܐ ܐܢܐ
μενος), ἔχων ὑπ´ ἐμαυτὸν ܠܝ ܫܘܠܛܢܐ ܕܡܫܥܒܕܢܐ ܬܚܘܬ
στρατιώτας ܘܣܛܪܛܝܘܛܐ ܐܝܬ ܫܘܠܛܢܐ ܘܐܝܬ
ܬܚܝܬ ܐܝܕܝ ܬܚܝܬ ܐܝܕܝ
ܣܛܪܛܝܘܛܐ
Mt 14,1 ; Lc 9,7 τετραάρχης ܪܫܐ ܪܒܝܥܝܐ ܛܝܛܪܟܐ
Mt 21,42 ; Lc 20,17 εἰς κεφαλὴν γωνίας ܠܪܝܫ ܙܘܝܬܐ ܠܪܝܫ ܩܪܢܐ
62
Hjelt renvoie à ZAHN 1899, II, p. 262, 267ss, 289, 296ss.
63
HJELT 1903, p. 102-104.
64
Exemple étudié plus haut.
14
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
Se pose alors la question de savoir si le traducteur plus tardif de Lc a
utilisé les traductions de Mt et Mc. Dans l’ensemble le caractère de la
traduction de Lc oriente plutôt vers une réponse positive. Il y a plus
d’accords entre Mt et Lc qu’entre Mc et Lc, lesquels ne peuvent
s’expliquer autrement que par une dépendance directe.
Qu’en est-il pour l’Évangile de Jean ? Comme il y a peu de parallèles
avec les synoptiques, la réponse est moins claire. Il y a toutefois quelques
particularités lexicographiques qui permettent une conclusion. Ainsi, en
Jn, δαιμόνιον est toujours rendu par ܫܝܕܐ( ܕܝܘܐplus régulièrement dans
les synoptiques), πάσχα par ( ܦܛܝ�ܐsyn. )ܦܨܚܐ, etc. Jn a donc
vraisemblablement été traduit par une autre personne. Mais le caractère
plus libre de sa traduction, surtout dans son rendu des expressions
concernant la Pâque 65, indique que la traduction a été faite à une date
64F
ancienne ; le traducteur n’est pas le dernier en date. Il utilise aussi des
expressions rares et originelles : σημεῖα rendu par ܢܝܫ̈ ܐ, ὑγιής par ; ܡܪܝܪܕ
ὄχλος par « ܩܘܦܝܐfoule » ; τὰ ἐγκαίνια par ܥܕܥܝܕܐ ܕܡܬܩܪܐ ܐܝܩܪ ܒܝܬ ܡܩܕܫܐ
« la fête appelée Gloire du Sanctuaire » (gloire correspond à l’hébreu
hanukkah) ; συνέδριον par « ܐܦܪܣܢܐcomplot, stratagème, réunion » qui
correspond sans doute plutôt à συμβούλιον ; en Jn 35 fois on lit ܡܪܢau
lieu de ( ܝܫܘܥܕcette traduction est quasiment régulière jusqu’au début du
chap. 6, ensuite elle n’est plus qu’occasionnelle ; cela signifie qu’au début
le traducteur s’est servi de ܡܪܢ, le titre traditionnel dans l’Église, et
qu’ensuite il s’est conformé à l’usage de ses devanciers dans la traduction
des Évangiles, sans toutefois être conséquent). Un phénomène semblable
est attesté en Mt : ܡܪܢest utilisé 19 fois à la place de ܝܫܘܥ, et
régulièrement dans les chap. 8 et 9, plus occasionnellement aux chap. 10
et 11. En Lc, on n’en trouve qu’une seule occurrence (8, 40) ; aucune en
Mc.
Au terme de sa démonstration, Hjelt propose pour la traduction des
Évangiles dans la Sinaïtique l’ordre chronologique suivant : Mt, Mc, Jn
puis Lc. Il observe que c’est précisément l’ordre des livres dans la
Curetonienne (mais pas dans la Sinaïtique). Pour la traduction des
différents livres, la Curetonienne aurait donc conservé l’ordre
chronologique original 66. Hjelt n’a pas été suivi : les spécialistes
65F
expliquent ces variations tout simplement par la liberté des traducteurs.
65
HJELT 1903, p. 105-106.
66
HJELT 1903, p. 107.
15
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
La date et le milieu d’origine de la vieille version syriaque
Abordons maintenant la redoutable question de la date et du milieu
d’origine de la vieille version syriaque. On présentera les quatre types
d’arguments qui ont été avancés, d’abord les arguments d’ordre
historique, ensuite l’analyse des citations du texte évangélique, puis
l’étude des rapports entre les deux témoins de la vieille version syriaque
et les autres versions, en particulier la Peshitta de l’Ancien Testament et
surtout le Diatessaron, et enfin l’analyse de la langue en particulier des
‘anomalies linguistiques’ dans les témoins de la vieille version syriaque.
Souvent les arguments sont inextricablement liés, ce qui ajoute encore à
la difficulté.
Les arguments d’ordre historique
Burkitt 67 a proposé une explication historique dont il est le premier à
reconnaître le caractère hypothétique. Il suppose que l’introduction dans
l’Église syriaque des quatre Évangiles sous forme séparée a dû
représenter un événement considérable, surtout dans une communauté
où existait déjà un rival jusque là incontesté, à savoir le Diatessaron. Il
cherche à retrouver dans l’histoire de l’Église syriaque des traces d’une
rupture telle qu’elles pourraient être l’indice de l’inauguration d’un
nouvel ordre des choses. D’après lui, dans l’Église d’Édesse, dont nous
connaissons la succession des premiers évêques 68, une véritable rupture
a eu lieu avec Palut (vers 200), successeur d’Aggaï, lui-même successeur
d’Addaï. Palut, qui n’a pas pu être ordonné par Aggaï à cause d’une
persécution dont ce dernier fut une victime, l’a été par Sérapion, évêque
d’Antioche de 190 à 203. Burkitt présente ainsi l’histoire de
l’évangélisation d’Édesse : une première mission avec Addaï-Aggaï au
milieu du IIe siècle, une mission qui d’abord réussit puis est écrasée par
une persécution ; ensuite vient la mission de Tatien, dans le dernier
quart du IIe siècle, où apparaît le Diatessaron ; en troisième lieu, un
nouveau départ est donné sous Palut vers 200 qui reçoit sa mission des
mains de Sérapion d’Antioche, dont nous savons qu’il a été actif dans la
promotion de l’usage des Évangiles séparés 69. Les origines des Évangiles
67
BURKITT 1904a, p. 206-210. Voici comment il introduit sa recherche : « In offering
now a conjecture concerning the historical circumstancies which gave birth to that
version of the Gospels I am well aware of its precarious nature in the present state
of knowledge » (p. 206).
68
Il renvoie à TIXERONT 1888, p. 140ss, 149, 151.
69
Je ne sais d’où Burkitt tire cette information. Certainement pas d’Eusèbe de Césarée,
HE VI 12, qui nous rapporte seulement que Sérapion avait réfuté les allégations de
16
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
séparés sont en lien avec la politique de Sérapion et la mission de Palut
vers 200.
Lagrange 70 a proposé de situer l’apparition des Évangiles séparés non
plus en Syrie, mais en Égypte. Il explique le peu d’influence de la vieille
version syriaque sur le monde syrien tout simplement par son
inexistence avant le temps d’Eusèbe de Césarée (mort en 339). Dans sa
Lettre à Carpien, Eusèbe reprochait à ce dernier d’avoir ruiné l’ordre
naturel des Évangiles en créant une synopse, un document apparenté
aux harmonies des Évangiles. Les Évangiles séparés s’inscrivent dans ce
même mouvement de réaction contre les harmonies. La modernité
relative de la vieille version syriaque est encore indiquée par les
rapprochements avec Origène, maître d’Eusèbe. Pour Lagrange, la vieille
version syriaque a dû voir le jour dans la première moitié du IVe siècle à
la périphérie du monde syrien, dans quelque monastère d’Égypte, à
l’époque d’Eusèbe, peut-être même sous son influence, dépendant de
celle d’Origène. L’enracinement égyptien est confirmé, d’après Lagrange,
par les liens avec le codex de Freer (W.032), témoin de la diffusion du
texte « occidental » en Égypte 71.
Les citations
Les arguments d’ordre historique relèvent essentiellement de
l’argument de vraisemblance. On est peut-être en terrain plus assuré
avec l’analyse des citations. Burkitt a montré que dans la grande prière
de Thomas en prison vers la fin des Actes de Thomas, les n° 144-146
pouvaient fournir de précieux indices de datation des vieilles versions
syriaques 72. On y lit en effet une série d’allusions à des paraboles
évangéliques, en particulier à la parabole des Mines (Mt 25, 14-30 // Lc
19, 11-28) et à celle des invités au banquet (Mt 22, 1-10 // Lc 14, 15-24).
« Ton argent que tu m’as donné, je l’ai jeté sur la table : éprouve-le et
donne-le-moi avec les intérêts, comme tu t’y es engagé (Mt 25, 27 ; Lc
19, 23). Avec ta mine, j’en ai gagné dix : qu’elle soit ajoutée à ce qui
m’appartient, comme tu l’as promis (Lc 19, 16.24). À mes débiteurs j’ai
remis la mine : qu’elle ne soit pas réclamée dans ma main qui l’a
remise (Mt 18, 23ss) ! Au banquet je fus invité et je suis venu aussitôt ;
l’Évangile de Pierre, particulièrement honoré par certains chrétiens de l’Église de
Rossos.
70
LAGRANGE 1920-1921.
71
Voir plus loin la section relative au type de texte grec transmis par la vieille version
syriaque.
72
BURKITT 1904a, II, p. 101-106.
17
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
au champ, à la charrue et à la femme, j’ai renoncé ; que je ne sois pas
rejeté de la noce sans y goûter (Lc 14, 17-20.24) ! Je fus invité à la noce
et j’ai revêtu des vêtements blancs ; que j’en sois digne, qu’on ne me lie
pas les mains et les pieds et que je ne sorte pas dans les ténèbres
extérieures (Mt 22, 11.8.12-13) ! Ma lampe brille de sa lumière : que son
maître la garde jusqu’à ce qu’il quitte la salle de la noce, et que je la
reçoive (Lc 12, 35-36) ; que je ne la voie pas vaciller par faute d’huile
(voir Mt 12, 20) » (146, 2-3) 73.
Alors qu’on n’est pas assuré du libellé même du texte du Diatessaron,
on est certain de son agencement des péricopes évangéliques. On sait
ainsi que dans le Diatessaron les paraboles des mines (Lc 19) et des talents
(Mt 25) étaient notées séparément à différents endroits, alors que celles
du festin nuptial (Mt 22) et des invités au banquet (Lc 14) étaient
fusionnées. Un utilisateur du Diatessaron suivra cette disposition. C’est
précisément ce que fait Aphraate 74. On constate en effet que chez
Aphraate les références aux paraboles des mines/talents de Lc 19 et Mt
25 sont séparées par des allusions à la parabole des vignerons homicides
(Mt 21, 33-46 // Mc 12, 1-12 // Lc 20, 9-19). Mais quand il traite du
vêtement des invités au banquet, qui est une donnée propre à Mt 22, 12-
13, Aphraate y mêle deux éléments empruntés à Lc 14, en particulier la
notion d’excuse (Lc 14, 18-19 : « je t’en prie, excuse-moi » revient deux
fois) et l’expression « goûter de mon dîner » (Lc 14, 24). Qu’en est-il dans
la citation des Actes de Thomas ? On constate d’abord que les paraboles du
festin nuptial (Mt 22) et des invités au banquet (Lc 14) ne sont pas
fusionnées, mais bien distinctes, comme dans les Évangiles séparés 75. En
accord avec les Évangiles séparés, et contre le Diatessaron, les excuses des
invités (champ et épouse) sont rattachées au banquet (Lc 14), de même
que la malédiction de l’hôte offensé (Lc 14, 24). D’un autre côté, l’épisode
du vêtement et de l’invité rejeté est conservé en lien avec la noce (Mt 22,
12-13). On peut en conclure que les Actes de Thomas ne suivent pas le
Diatessaron. Mais pas davantage la Peshitta, comme Burkitt va le montrer
dans la foulée.
Ayant indiqué que les Actes de Thomas ne suivent pas le Diatessaron,
Burkitt se tourne en effet vers la citation du Notre Père (Mt 6, 9-13) qui
apparaît en Actes de Thomas 144, 1. Il s’agit d’une citation in extenso et son
73
POIRIER & TISSOT 1997, p. 1454. J’ai ajouté, avec Burkitt, les références bibliques.
74
BURKITT 1904a, II, p. 101-102.
75
Contrairement à ce qu’affirme LAGRANGE 1920, p. 338. Mais à l’instar de SMITH LEWIS
1904, II, p. 236-237, Lagrange ne fait pas la distinction entre le banquet et la noce :
tous deux traduisent par banquet et donc ne rendent plus visible la distinction faite
entre les deux récits évangéliques.
18
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
texte concorde avec celui de la Curetonienne 76 et du Diatessaron 77, mais
pas avec celui de la Peshitta, comme le montre le tableau qui suit.
C + Diat. Actes de Thomas P
ܐܒܘܢ ܕܒܫܡܝܐ ܐܒܘܢ ܕܒܫܡܝܐ ܐܒܘܢ ܕܒܫܡܝܐ
ܢܬܿܩܕܫ ܫܡܟ ܢܬܿܩܕܫ ܫܡܟ ܢܬܿܩܕܫ ܫܡܟ
ܬܐܬܐ ܡܠܟܘܬܟ ܬܐܬܐ ܡܠܟܘܬܟ ܬܐܬܐ ܡܠܟܘܬܟ
ܘܢܗܘܘܢ ܨܒ̈ܝܢܝܟ ܘܢܗܘܘܢ ܨܒ̈ܝܢܝܟ ܘܢܗܘܐ ܨܒܝܢܟ
78
ܒܐܪܥܐ ܐܝܟ ܕܒܫܡܝܐ ܕ
F7 ܒܐܪܥܐ ܐܝܟ ܕܒܫܡܝܐ ܐܝܟܢܐ ܕܒܫܡܝܐ ܐܦ ܒܐܪܥܐ
ܕ79 ܘܠܚܡܢ ܐܡܝܢܐ ܕܝܘܡܐ ܗܒ ܠܢ
F 78 ܘܗܒ ܠܢ ܠܚܡܐ ܐܡܝܢܐ ܕܝܘܡܐ ܗܒ ܠܢ ܠܚܡܐ ܕܣܘܢܩܢܢ ܝܘܡܢܐ
ܘܫܒܘܩ ܠܢ ܚܘ̈ܒܝܢ ܘܫܒܘܩ ܠܢ ܚܘ̈ܒܝܢ ܘܚ̈ ܛܗܝܢ ܘܫܒܘܩ ܠܢ ܚܘ̈ܒܝܢ
ܐܝܟܢܐ ܕܐܦ ܐܢܚܢܢ ܢܫܒܘܩ ܕܐܦ ܚܢܢ ܢܫܒܘܩ ܠܚ̈ܝܒܝܢ ܐܝܟܢܐ ܕܐܦ ܚܢܢ ܫܒܩܢ ܠܚ̈ܝܒܝܢ
ܕ80 ܠܚ̈ܝܒܝܢ
ܘ� ܬܿ ܝܬܝܢ ܠܢܣܝܘܢܐ ܘ� ܬܿ ܝܬܝܢ ܠܢܣܝܘܢܐ ܘ� ܬܿ ܥܠܢ ܠܢܣܝܘܢܐ
F79
ܐ� ܦܨܢ ܡܢ ܒܝܫܐ ܐ� ܦܨܢ ܡܢ ܒܝܫܐ ܐ� ܦܨܢ ܡܢ ܒܝܫܐ
ܡܛܠ ܕܕܝܠܟ ܗܝ ܡܛܠ ܕܕܝܠܟ ܗܝ
ܡܠܟܘܬܐ ܘܬܫܒܘܚܬܐ ܡܠܟܘܬܐ ܘܚܝ� ܘܬܫܒܘܚܬܐ
ܠܥܠܡ ܥܠܡܝܢ ܐܡܝܢ ܠܥܠܡ ܥܠܡܝܢ
On remarquera en particulier les expressions suivantes :
• « que tes volontés adviennent ( » )ܘܢܗܘܘܢ ܨܒ̈ܝܢܝܟau lieu de « que ta
volonté advienne (» )ܢܗܘܐ ܨܒܝܢܟ
• « sur la terre comme au ciel » au lieu de « comme au ciel, de même
sur la terre »
• « le pain durable ( )ܐܡܝܢܐ81 du jour, donne-le-nous » au lieu de
80F
« donne-nous le pain de notre nécessité (» )ܕܣܘܢܩܢܢ
• « pour que nous aussi nous remettions ( )ܐܝܟܢܐ ܕܐܦ ܐܢܚܢܢ ܢܫܒܘܩà
nos débiteurs » au lieu de « comme nous aussi avons remis ( ܐܝܟܢܐ
)ܕܐܦ ܫܒܩܢà nos débiteurs »
76
La sinaïtique n’est attestée que pour le v. 9 et le premier mot du v. 10, là où il n’y a
aucune divergence entre les textes. Voir KIRAZ 2002, ad loc. Le commentaire
d’Éphrem ne cite du Notre Père que les premiers mots (« Notre Père qui es aux
cieux », LELOIR 1966, p. 392).
77
ORTIZ DE URBINA 1967, ad loc.
78
D’après le commentaire d’Éphrem, le Diatessaron lit ܢܗܘܘܢ ܨܒ̈ܝܢܝܟ ܐܝܟ ܕܒܫܡܝܐ ܐܦ
( ܒܐܪܥܐLELOIR 1990, p. 70).
79
Diatessaron : ( ܘܗܒ ܠܢ ܠܚܡܢ ܐܡܝܢܐ ܕܝܘܡܐLELOIR 1990, p. 70).
80
Diatessaron : ( ܘܫܒܘܩ ܠܢ ܚܘܒ̈ܝܢ ܐܝܟ ܕܐܢܚܢܢ ܠܚܝ̈ܒܝܢLELOIR 1990, p. 72). Le v. 13 ne présente
pas de divergences d’avec C.
81
L’expression se rencontrera encore chez Éphrem et même chez Jacques de Saroug,
voir BURKITT 1904a, II, p. 117-118.
19
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
• « ne nous amène pas ( )ܘ� ܬܿ ܝܬܝܢà la tentation » au lieu de « ne
nous fais pas entrer ( )ܘ� ܬܿ ܥܠܢdans la tentation ».
Si, comme Burkitt l’a démontré, les Actes de Thomas ne suivent pas le
Diatessaron, ils ne peuvent suivre que la Curetonienne (même si les deux
textes, Diatessaron et Curetonienne, sont identiques). L’argumentation est
assez subtile, mais l’hypothèse est confirmée par trois autres points de
contact remarquables : l’emploi de ܦܛܪen Lc 12, 36 (« lorsqu’il quittera la
noce ») correspond à S et C au lieu de «( ܦܢܐlorsqu’il reviendra de la
noce » P) ; de même, quand Actes de Thomas 59, 3 renvoie aux ποικίλαις
νόσοις de Mt 4, 24, il emploie l’expression « maladies pénibles/
chroniques » (� )ܘ̈ܪܗܢܐ ̈ܥܛcomme en S et C alors que la Peshitta utilise
« maladies diverses » ( ; )ܘ̈ܪܗܢܐ ܡܫܚ̈ܠܦܐenfin, dernier exemple, la liste des
apôtres reprise au début des Actes de Thomas (n° 1) correspond à celle de S
en Mt 10, 2-4 et à celle-là seulement 82. Les Actes de Thomas, qui nous sont
81 F
parvenus en syriaque (langue originale) et en grec, ont été « rédigés sans
doute à Édesse dans la première moitié du IIIe siècle » 83. On sait donc que
82F
les vieilles versions syriaques étaient connues au début du IIIe siècle. C’est
l’hypothèse qui prévaut aujourd’hui.
Les rapports avec les autres versions
Une troisième voie pour dater la vieille version syriaque fait
intervenir deux autres versions, à savoir la Peshitta de l’Ancien
Testament et surtout le Diatessaron.
La Peshitta de l’Ancien Testament
Burkitt est le premier à avoir montré que les Évangiles séparés
dépendent de l’Ancien Testament syriaque 84. La dépendance est en
83F
particulier visible dans les généalogies, où les noms apparaissent sous
leur forme sémitique correcte, et non sous leur forme grecque 85 (les 84F
généalogies sont absentes du Diatessaron), mais aussi dans les citations de
l’Ancien Testament 86. La Peshitta de l’Ancien Testament étant pour
85 F
l’essentiel une traduction directe de l’hébreu faite par des savants juifs et
acceptée, peut-être après légère révision sur la LXX, par la plus ancienne
82
BURKITT 1904a, II, p. 104 ; POIRIER & TISSOT 1997, p. 1331 (en note).
83
POIRIER & TISSOT 1997, p. 1324.
84
BURKITT 1904a, II, p. 201-206.
85
SCHWEN 1911 ; BURKITT 1911-1912.
86
Voir aussi JOOSTEN 1990 ; JOOSTEN 1995, p. 25-27 et WILSON 2002, p. xxxviii-xlvii. Les
exemples avancés en sens contraire par WILDEBOER 1880, p. 34-35 et BAETHGEN 1885,
p. 31, sont trop ténus pour être convaincants (voir supra).
20
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
communauté chrétienne d’Édesse vers la fin du IIe siècle, la vieille
syriaque, qui la suit pour les généalogies et pour les citations vétéro-
testamentaires des Évangiles, doit lui être postérieure.
Le Diatessaron
Avant d’en venir au Diatessaron, une remarque préliminaire s’impose.
À l’époque où la plupart des recherches ont été menées sur les rapports
entre la vieille version syriaque et le Diatessaron, la connaissance de ce
dernier était moins avancée qu’aujourd’hui. On connaissait le Diatessaron
par une traduction latine de la version arménienne du commentaire
d’Éphrem 87, et par la version arabe du Diatessaron dans l’édition de Ciasca,
elle-même accompagnée d’une traduction latine. Les travaux de Leloir, à
partir des années 1950, ont rendu caduques bien des réflexions menées
par ces devanciers 88.
Avec le Diatessaron, dont la composition par Tatien peut être située
vers 170 de notre ère, nous avons un point de repère historique solide. La
question est de savoir alors si la vieille version syriaque précède ou suit
le Diatessaron. Sur cette difficile question qui a commencé à être abordée
dès la publication de la Curetonienne, trois théories sont en présence :
soit la vieille version syriaque précède le Diatessaron, soit la vieille
version syriaque lui est postérieure, soit l’un de ses deux témoins, la
Sinaïtique, précède le Diatessaron, l’autre, la Curetonienne, le suit.
Une manière de présenter ici la problématique aurait été de passer en
revue chronologiquement les auteurs avec leurs arguments 89. La
présentation aurait été fastidieuse étant donné les nombreuses
répétitions inévitables dans ce genre de présentation. J’ai préféré opter
87
AUCHER & MOESINGER 1876 ; CIASCA 1888 (voir aussi la contribution de J. Joosten au
présent volume).
88
Voir déjà supra les notes que j’ai ajoutées à l’analyse du Notre Père par Burkitt.
89
A la manière de ce qu’a fait LENZI 1998, pour qui la recherche s’est développée en
trois grandes phases. La première phase du débat se déroule entre 1858 et 1888,
après la publication de la Curetonienne, et oppose en particulier Zahn et Baethgen.
Elle débouche sur l’affirmation de l’antériorité du Diatessaron sur la Curetonienne.
La découverte de la Sinaïtique a relancé la discussion. S’ouvre alors, à partir de
1895, une nouvelle phase qui va durer environ un siècle et voir s’opposer en
particulier Burkitt, Bewer, Hjelt, Lewis, Torrey, Kahle, Vogels, Vööbus et Black. Elle
aboutit au consensus actuel en faveur de l’antériorité du Diatessaron sur la vieille
syriaque. Les travaux de Bertrand et Howard en 1980 inaugurent la troisième phase
qui va ébranler les certitudes concernant le Diatessaron, en montrant que d’autres
harmonies ont eu cours avant celle de Tatien. Pour une rapide présentation de la
question des rapports entre les vieilles syriaques et le Diatessaron, voir METZGER
1977, p. 45-48.
21
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
pour un exposé systématique des principaux arguments avancés en
faveur des différentes hypothèses.
Le premier argument est un argument de critique textuelle. Il
consiste à analyser une série de lieux variants de la vieille version
syriaque et du Diatessaron dans le but de mettre en lumière la chronologie
relative des deux formes du texte. Zahn et Baethgen, à la suite de
Cureton, y ont eu largement recours dans leur évaluation de la
Curetonienne, le seul témoin qu’ils connaissaient de la vieille version
syriaque. Burkitt et Smith Lewis ont fait de même pour la Sinaïtique ou
pour les deux.
Il est impossible ici d’entrer dans le détail des variantes. Reprenons
seulement quelques-unes des différences massives qui ont été repérées.
Le verset attestant la présence de l’ange à la piscine de Béthesda en Jn 5,
4 est absent de la vieille version syriaque et présent dans le Diatessaron.
On conçoit difficilement que l’épisode ait été sciemment supprimé par
l’auteur de la vieille version syriaque ; ce dernier doit donc être antérieur
au Diatessaron. Dans la Sinaïtique, l’ordre des versets en Jn 18, 13-24 (qui
relatent comparution de Jésus devant le grand-prêtre Anne) est meilleur
que celui des manuscrits grecs ; l’auteur de la vieille version syriaque ne
peut avoir pris cela du Diatessaron, qui doit donc être postérieur. La
parole du Christ en croix en Lc 23, 34a (« Père, pardonne-leur car ils ne
savent pas ce qu’ils font ») est absente de la Sinaïtique et présente dans le
Diatessaron. Pourquoi l’auteur de la vieille version syriaque aurait-il
supprimé cette admirable parole s’il l’avait lue dans le Diatessaron ? La
même observation peut être faite à propos de la mention de la sueur de
sang en Lc 22, 43-44, deux versets absents de la Sinaïtique mais attestés
par le Diatessaron. La finale longue de Mc (16, 9-20) est absente de la
Sinaïtique, mais pas dans le Diatessaron 90. Pourquoi l’auteur de la vieille
version syriaque l’aurait-il supprimée s’il l’avait trouvée dans le
Diatessaron ?
On peut faire quelques observations sur cette recherche qui part de la
critique textuelle.
1. Zahn 91 a choisi une cinquantaine de lieux variants pour prouver
l’antériorité de la vieille version syriaque sur le Diatessaron. Baethgen 92 a
démoli chacune des observations de Zahn, a fait le choix d’autres lieux
variants et a abouti à la conclusion inverse que le Diatessaron précède la
vieille version syriaque. Même si en fin de compte Zahn s’est déclaré
90
Comme on peut le voir, dit BURKITT 1904a, II, p. 194, par les allusions dans Aphraate
et la Doctrine d’Addaï.
91
ZAHN 1881, p. 225-232.
92
BAETHGEN 1885, p. 72-95.
22
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
convaincu par les arguments de Baethgen, on voit que la méthode ne
permet pas de conclure de façon définitive. Dans cette même ligne, on
peut opposer plus récemment Joosten et Wilson. Le premier, on l’a vu
plus haut, à partir d’une série de lieux variants montre que la Sinaïtique
et la Curetonienne ont en commun des leçons qui ne s’expliquent que
par une mauvaise compréhension du grec. Le second, à partir d’une autre
série de lieux variants, entend montrer que l’auteur de la vieille version
syriaque a travaillé, non pas sur le grec, mais sur un modèle araméen 93.
On pourra toujours reprocher aux auteurs le choix qu’ils ont fait des
lieux variants, plus précisément d’avoir choisi des lieux variants en
fonction d’une hypothèse préconçue. Du point de vue méthodologique, la
méthode employée en 1994 par Lyon est meilleure 94. Au lieu de choisir
tout au long des quatre Évangiles une série de lieux variants, il analyse
des péricopes entières tirées de chacun des quatre Évangiles (Mt 18, 1-
20 ; Mc 7, 31-37 ; 10, 17-25 ; Lc 16, 19-31 et Jn 3, 1-15). Toutes les données
(Diatessaron, vieilles versions syriaques et Peshitta) sont alors prises en
compte, dans quelque sens qu’elles aillent. Il échappe ainsi davantage au
reproche de subjectivité. À l’encontre du consensus actuel, il aboutit
même à la conclusion que la vieille version syriaque est antérieure au
Diatessaron 95. Subjectivité dans le choix des variantes, mais aussi dans
l’analyse. Telle traduction semble à l’un plus ancienne. Telle expression
possède pour l’autre une saveur sémitique plus prononcée : il la
considère donc comme plus ancienne. On pourrait multiplier ces
formulations vagues.
2. On a reconnu, depuis Burkitt déjà, que les deux témoins que sont la
Sinaïtique et la Curetonienne n’étaient pas des représentants purs de la
vieille version syriaque. En effet, entre le moment où la vieille version
syriaque a été réalisée et la copie des deux témoins qui nous en sont
parvenus, deux siècles se sont écoulés. Un temps suffisant pour qu’il ait
pu y avoir contamination entre ces témoins et le Diatessaron. On admet en
effet que dans la Sinaïtique et surtout la Curetonienne des leçons
diatessariques se sont réintroduites avec le temps.
3. Certaines des observations 96 sont parfois faites en ne considérant
que les deux formes du syriaque, sans prendre suffisamment en compte
93
WILSON 2002, p. liii-lxii.
94
LYON 1994.
95
WILLIAMS 2004, p. 12-13, se prononce aussi, mais avec prudence, en faveur de
l’antériorité des vieilles versions syriaques sur le Diatessaron.
96
En particulier celles que Smith Lewis a faites à propos de Jn 5, 4 ; Lc 23, 34a et la
finale longue de Mc.
23
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
la multiplicité des variantes et des types de texte du grec, une
multiplicité qui vient souvent brouiller les pistes.
Il y a cependant un type de variantes qui mérite toute l’attention. Ce
sont les leçons harmonisantes. Déjà Cureton avait repéré la présence de
telles leçons dans la Curetonienne, en Lc principalement, mais aussi en
Mt, et même en Jn 97. Zahn et Baethgen ont fourni d’autres exemples 98.
Bewer a été parmi les premiers à en identifier certaines dans la
Sinaïtique 99. Vogels a été le seul à se livrer à une analyse systématique de
ces leçons 100 ; il a recensé 1605 cas (546 en Mt, 466 en Mc, 550 en Lc et 43
en Jn) dans la Sinaïtique et la Curetonienne. Plus récemment Howard et
Joosten ont examiné certaines de ces leçons harmonisantes de la
Sinaïtique et de la Curetonienne (le second en puisant ses exemples chez
Mt 101). Voici quelques exemples de ces leçons harmonisantes en Lc 8.
• Lc 8, 10 S et C : « À vous il est donné de connaître les mystères du
Royaume de Dieu, mais à ceux du dehors il n’est pas donné de connaître, pour
cette raison (= Mt 13, 11) cela leur est dit en paraboles ».
• Lc 8, 18 C : « Faites donc attention à la manière dont vous écoutez. Car à
celui qui a, il sera donné et il sera dans la surabondance (= Mt 13, 12) ».
• Lc 8, 19 C : « Vinrent auprès de lui sa mère et ses frères et ils se tenaient
dehors (= Mt 12, 46), mais ils ne pouvaient le voir à cause de la foule ».
• Lc 8, 27 C : « Comme il descendait à terre, vint à sa rencontre un homme
de la ville qui avait des démons. Depuis longtemps il ne portait plus de
vêtements et ne demeurait pas dans une maison mais dans les tombeaux
poussant des cris et se déchirant avec des pierres (= Mc 5, 5) ».
• Lc 8, 43 C : « Il y avait là une femme qui souffrait d’hémorragies depuis
douze ans ; elle avait dépensé tout son avoir en médecins et aucun n’avait
pu la guérir ; elle se disait en elle-même : si seulement j’allais toucher les
vêtements de Jésus, je serais sauvée (= Mc 5 ,28) ».
97
CURETON 1858, p. lxvi-lxvii, énumère les additions qui apparaissent dans les passages
suivants de la Curetonienne : Lc 8, [Link].[Link].45.52 ; 9, 17.29.40 ; 11,
17.47.51 ; 12, 29 ; 17, 23 ; 18, 19.30 ; 22, 34.38 ; 23, 37 ; Mt 4, 11.24 ; 10, 33 ; 19, 29 ; 21,
9.13 ; Jn 4, 50 ; 5, 8 ; 6, 10. Ou encore l’utilisation en Lc d’un terme emprunté à un
autre : Lc 7, 35 ; 8, [Link].50 ; 9, [Link] ; 11, [Link] ; 22, 42 ; 23, 46.
Rappelons qu’en Mc la Curetonienne n’est attestée qu’à partir de 16, 17.
98
ZAHN 1881, p. 225ss ; BAETHGEN 1885, p. 73-76.
99
BEWER 1900, p. 87-88.
100
VOGELS 1911, p. 71-140.
101
HOWARD, 1980 ; JOOSTEN 1995, p. 13-15.
24
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
Alors qu’on s’attend à trouver des leçons harmonisantes chez Tatien,
en principe elles ne devraient pas apparaître dans les Évangiles séparés.
Si on en trouve, elles ne peuvent provenir que du Diatessaron qui doit
donc être antérieur aux vieilles versions syriaques 102. Sur ce point Vogels
a développé une hypothèse originale 103. Pour lui, le fait que la Sinaïtique
et la Curetonienne contiennent des leçons harmonisantes en quantité
variable et à des endroits différents est l’indice que ces leçons se
trouvaient déjà dans la vieille version syriaque et qu’elles ont été
progressivement éliminées. La Curetonienne ayant davantage de ces
leçons harmonisantes que la Sinaïtique, et la Curetonienne étant à son
avis plus ancienne que la Sinaïtique, Vogels voit l’histoire du texte de la
vieille version syriaque comme un processus d’élimination progressive
des tatianismes 104. Des voix se sont cependant élévées pour souligner que
les leçons harmonisantes ne doivent pas nécessairement toutes provenir
du Diatessaron. Elles naissent en effet sous la plume des copistes. Le
phénomène est attesté dans la tradition grecque. Il n’est pas nécessaire
de les attribuer à l’auteur de la vieille version syriaque : elles peuvent
avoir été le fait de ses copistes ultérieurs, en particulier ceux qui ont
donné naissance aux témoins que nous connaissons 105. Et celles que l’on
peut déceler dans le travail original du premier traducteur peuvent
éventuellement provenir du modèle grec utilisé. Malgré ces objections,
déjà formulées anciennement 106, l’argument qui fait intervenir les leçons
harmonisantes a convaincu des générations de critiques. Des doutes sur
la force de l’argument ont toutefois commencé à apparaître avec les
travaux de Bertrand et Howard parus en 1980 107. Ils ont en effet montré
que l’idée d’une harmonie des Évangiles était dans l’air au IIe siècle.
Bertrand a fait l’hypothèse qu’avant Tatien existait déjà une harmonie
des Évangiles, l’Évangile des Ébionites composé dans la première moitié du
IIe siècle. Howard a étudié les leçons harmonisantes dans les vieilles
versions syriaques et a établi quelques distinctions. Il a classé les leçons
harmonisantes en trois groupes : celles attestées dans le Diatessaron,
celles absentes du Diatessaron, et celles présentes dans le Diatessaron, mais
102
À moins qu’il ne s’agisse, comme le pense HOLZHEY 1896, p. 36-47, d’une rétro-
influence du Diatessaron. Holzhey soutient en effet l’antériorité de la Sinaïtique,
mais pense que dans le cours de la trasmission de la vieille version syriaque des
leçons diatessariques s’y sont introduites.
103
VOGELS 1911.
104
VOGELS 1911, p. 142.
105
BEWER 1900, p. 86-89 ; WEIR 1969, p. xxii-xxiii.
106
Ainsi BURKITT dans le Guardian du 30 octobre 1884.
107
BERTRAND 1980 ; HOWARD 1980.
25
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
déjà attestées chez Justin et chez d’autres Pères de l’Église. Il est donc
possible, pour Howard, que les Mepharreshe ont emprunté certaines
formulations harmonisantes à une tradition d’harmonisation antérieure
au Diatessaron. Le pivot chronologique que l’on croyait si assuré, à savoir
la date de composition du Diatessaron vers 170, s’est finalement
révélé moins solide qu’on ne le pensait.
Zahn avait dans un premier temps opté pour l’antériorité de la
Curetonienne sur le Diatessaron en se fondant sur l’argument suivant : il
est impossible en partant du Diatessaron de reconstituer les Évangiles
séparés 108. Certes, disait-il, des péricopes entières de Mt et de Jn peuvent
être reprises telles quelles, mais ce n’est pas possible pour Lc. On lit
encore l’argument dans certains ouvrages de référence actuels 109. Il n’est
pourtant pas difficile de contrer l’argument : pourquoi supposer que
l’auteur de la vieille version syriaque n’a utilisé que le Diatessaron ? Il a dû
se servir surtout de modèles grecs. Mais habitué qu’il était à lire et à
entendre dans la liturgie le texte du Diatessaron, c’est le libellé syriaque
de ce dernier qui revient naturellement sous sa plume.
Baethgen pour confirmer son hypothèse que la Curetonienne est
postérieure au Diatessaron fait appel à la théologie 110. Il décèle en effet un
109F
certain nombre de leçons à caractère dogmatique qui s’enracinent dans
les conceptions encratites de Tatien : on trouve en particulier de part et
d’autre des formulations visant à préserver la virginité de la mère de
Jésus. La vieille version syriaque aurait emprunté ces formulations au
Diatessaron. L’exemple le plus frappant est Mt 1, 16 Ἰακὼβ δὲ ἐγέννησεν
τὸν Ἰωσὴφ τὸν ἄνδρα Μαρίας « Jacob engendra Joseph, l’époux de
Marie »] «( ܝܥܩܘܒ ܐܘܠܕ ܠܝܘܣܦ ܗܘ ܕܡܟܝܪܐ ܗܘܬ ܠܗ ܡܪܝܡ ܒܬܘܠܬܐJacob engendra
Joseph à qui était promise la vierge Marie »).
Dans cette même ligne, Bewer, qui lui connaît aussi la Sinaïtique,
précise les relations entre les témoins de la vieille version syriaque et le
Diatessaron en supposant que la Sinaïtique est antérieure au Diatessaron et
la Curetonienne postérieure à ce dernier 111. Il fait observer que les
10F
arguments en faveur de l’antériorité de la Sinaïtique ne valent pas pour
la Curetonienne. Et précisément dans les passages où les choix
dogmatiques interviennent (Mt 1, 19-25), la Curetonienne est si proche
du Diatessaron que la seule conclusion possible est : la Curetonienne est
basée sur le Diatessaron. Elle contient en outre la finale longue de Mc,
108
ZAHN 1881, p. 225-232 ; voir aussi BEWER 1900, p. 82.
109
Voir METZGER 1977, p. 46.
110
BAETHGEN 1885, p. 93-95 ; voir aussi BEWER 1900, p. 83-84.
111
BEWER 1900, p. 90.
26
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
ainsi que l’épisode sur la sueur de sang en Lc 22, 43-44, comme dans le
Diatessaron. L’ordre chronologique est donc : Sinaïtique – Diatessaron –
Curetonienne – Peshitta.
Se fondant également sur des arguments théologiques, Lenzi en est
arrivé à une position originale. Pour lui les vieilles versions syriaques et
le Diatessaron sont des œuvres totalement indépendantes l’une de l’autre.
Dans la question de la naissance virginale de Jésus et de la paternité
légale de Joseph, les deux œuvres ont des positions opposées ; de même
sur la question de l’encratisme : cette position apparaît dans le
Diatessaron, mais pas dans les vieilles versions syriaques 112.
On s’est fondé également sur l’enracinement profond du Diatessaron
dans l’Église syriaque pour affirmer son antériorité. Comment en effet le
Diatessaron aurait-il pu jouir d’une telle prééminence et d’une telle
diffusion dans l’Église syriaque s’il n’avait pas été, chez les Syriaques, la
première forme utilisée des Évangiles ? S’il est apparu après, comment
expliquer qu’il ait complètement évincé les Évangiles séparés 113 ?
Bewer 114 fait toutefois observer que rien ne prouve que les Évangiles
séparés ont cessé d’être utilisés. Et les travaux de Vööbus semblent lui
donner raison : Vööbus a en effet découvert des traces d’utilisation des
vieilles versions syriaques jusqu’à la conquête arabe 115. De plus une
harmonie a beaucoup d’avantages pratiques, en particulier dans la
liturgie, et cela seul peut expliquer sa large diffusion. Enfin, dit encore
Vööbus, est-il vraisemblable que la première communauté chrétienne
syriaque ait dû attendre le troisième quart du IIe siècle pour disposer d’un
texte évangélique ? Si on pense qu’un texte évangélique 116 a existé avant
112
On a beaucoup utilisé le passage de Lc 2, 36 où la Sinaïtique affirme qu’Anne n’est
restée que sept jours (au lieu de sept ans d’après le grec) avec son mari après sa
virginité, pour y déceler des tendances encratites. LENZI 2006a, p. 142, y voit non
pas une exhortation à la virginité, mais plutôt un signe de compassion envers cette
femme qui n’est restée que sept jours avec son mari avant de devenir veuve.
113
Comme l’affirme BURKITT 1904a II, p. 165.
114
BEWER 1900, p. 81-82.
115
VÖÖBUS 1951, p. 37-43. BLACK 1972, p. 132, souligne que, lorsque Théodoret, évêque
de Cyr (entre 423 et 457), demande qu’on élimine tous les exemplaires du
Diatessaron et qu’ils soient remplacés par un tétraévangile, rien n’indique que le
nouveau texte soit la Peshitta ; il s’agirait bien plutôt d’un texte « presque
certainement identique au type de texte et de traduction des Évangiles séparés
dont deux copies ont survécu dans la Sinaïtique et la Curetonienne ».
116
Et pas seulement un ensemble de péricopes utilisées dans la liturgie, comme le
proposait HAASE 1920, ainsi p. 270 : « Je considère donc comme hautement probable
que les premiers missionnaires d’Édesse avaient réalisé des traductions syriaques
27
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
le Diatessaron, il faut encore s’interroger sur sa forme. S’agit-il
nécessairement d’un tétraévangile, comme le pensent Bewer, Hjelt et
Torrey 117 ? Vööbus n’en est pas convaincu 118. À d’autres endroits de la
chrétienté, dit-il, un seul livre était utilisé : l’Évangile des Égyptiens en
Égypte (selon Clément d’Alexandrie) 119, une version révisée de Matthieu
en Palestine (selon Irénée) 120, l’Évangile de Jean dans certaines
communautés d’Asie Mineure (d’après le Canon de Muratori) 121. Marcion
n’admettait que Luc, et Valentin seulement Jean. Il faut se souvenir aussi
qu’Irénée 122 a eu toutes les peines du monde à imposer l’utilisation des
quatre Évangiles. Vööbus pense que les premiers Chrétiens de
Mésopotamie et de Perse ont utilisé l’Évangile des Hébreux connu par
Hégésippe, Eusèbe et Jérôme, et non un tétraévangile, les Mepharreshe.
Les caractéristiques linguistiques de la vieille version syriaque
Lyon a été le dernier en date à souligner le caractère archaïque de la
langue de la vieille version syriaque et en particulier de la Sinaïtique 123.
Mais déjà Cureton et Burkitt ont noté que les vieilles versions syriaques
utilisent des mots et des constructions absents du syriaque littéraire
standard (au mieux représenté par Aphraate, par exemple). Schulthess,
Torrey, Kahle, Beyer, Black et Joosten ont discuté le phénomène, mais ne
sont pas arrivés aux mêmes conclusions 124. Pour les uns (Burkitt), les
‘anomalies linguistiques’ de la Sinaïtique sont des vestiges d’une forme
plus ancienne du syriaque. Pour d’autres (Torrey, Black), certaines de ces
caractéristiques linguistiques, qui ne semblent attestées qu’en araméen
palestinien, plaident en faveur d’une origine palestinienne du ou des
auteurs de la vieille version syriaque 125. Beyer a montré qu’il y avait au
moins deux sortes d’anomalies dans la vieille version syriaque : celles qui
pour l’utilisation liturgique, et que le Diatessaron ne représente donc pas la
première traduction syriaque des évangiles ».
117
BEWER 1900, p. 90-91, 353-356 ; HJELT 1903, p. 157ss ; TORREY 1936, p. 277.
118
VÖÖBUS 1951, p. 16-17, où on lira les références aux auteurs patristiques. Voir aussi
VÖÖBUS 1951a.
119
CLEM. ALEX., Stromates (éd. O. STÄHLIN 1907, p. 225, 238).
120
IRÉNÉE, Hérésies I, 26 ; III, 11.
121
Florilegium patristicum, (éd. G. RAUSCHEN 1905, t. III, p. 24s).
122
IRÉNÉE, Hérésies III, 11.
123
LYON 1994. Ses observations sont résumées p. 197-200.
124
SCHULTHESS 1905-1906 ; SCHULTHESS 1922 ; TORREY 1936, p. 245-270 ; KAHLE 19592 ;
KAHLE 1960 ; BEYER 1966 ; BLACK 1972 ; JOOSTEN 1991 ; JOOSTEN 1992 ; JOOSTEN 1994.
125
TORREY 1936, p. 245.
28
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
proviennent de l’araméen plus ancien (araméen d’empire) 126 et un petit
nombre qui semblent être occidentales. Pour d’autres encore (Joosten),
les anomalies proviennent de Tatien qui a incorporé dans son travail des
textes judéo-araméens repris ensuite par les vieilles versions syriaques.
Joosten énumère en particulier dix-sept items qu’il considère comme
étant de l’araméen occidental. Certains le sont en effet dit Lyon 127 : ܐܒܐ 126F
’abba pour « mon Père », l’équivalence « vivre – être sauvé » ( ܚܝܐḥaya) 128, 127F
l’emploi de ܢܝܣܐniso au lieu de ’ ܐܬܐoto pour « miracle », l’utilisation des
emprunts judéo-chrétiens que sont ܫܠܝܚܐšeliḥo « apôtre », ܬܠܡܝܕܐtalmido
« disciple », ܓܢܬ ܥܕܢgannat ‘eden « paradis ». Mais d’autres ne sont
certainement pas palestiniens : ܠܝܬlayt + pronom personnel séparé
équivalent de la copule négative « je ne suis pas » 129, ou ܫܠܚšelaḥ au sens
128F
de « envoyer quelqu’un » 130. Certains de ces palestinismes proviennent
129F
probablement de Palestine, soit qu’ils aient été conservés dans le
kérygme oral utilisé dans les plus anciennes assemblées de langue
araméenne, soit qu’ils aient été empruntés à des textes judéo-chrétiens
écrits en araméen judéen (oriental ou occidental). Tatien semble avoir
parfois traduit littéralement de tels documents et on ne peut pas exclure
la possibilité que les logia judéo-araméens circulaient dans la vallée de
l’Euphrate.
Lyon a signalé en outre la présence d’éléments qui ne sont ni
édesséniens, ni palestiniens, ni des vestiges d’araméen d’empire 131. 130F
L’exemple le plus parlant, mais pas le seul 132, est l’adverbe ’ ܐܝܠܟܐayleko
13F
« où » utilisé vingt fois par la Sinaïtique et qui ne revient pas ailleurs. La
Curetonienne et la Peshitta l’ont chaque fois remplacé. Cette forme
dialectale est enracinée dans la langue du plus ancien traducteur des
Évangiles syriaques, à savoir dans un dialecte araméen très proche du
dialecte d’Édesse, sans pour autant lui être identique.
126
Qu’il s’agisse de vestiges de l’araméen d’empire n’a rien d’étonnant dans le cas de
textes écrits avant que le dialecte d’Édesse devienne langue littéraire.
127
LYON 1994, p. 198-199.
128
Voir déjà TORREY 1936, p. 264 (qui renvoie à DALMAN 1905, p. 353). En revanche, pour
LENZI 2006a, cet emploi s’enracine plus largement dans le nord-ouest sémitique.
129
Voir NÖLDEKE §302.
130
Aphraate l’utilise trois fois sur une page, voir Patrologia Syriaca II, col. 100, l. 8, 16 et
25.
131
LYON 1994, p. 199-200.
132
Voir aussi l’emploi de ܡܢ ܝܬܝܪmen yattir en Mc 7, 37, l’emploi réflexif de ܠܒܫlebaš en Lc
16, 19, ainsi que l’orthographe particulière de bon nombre de mots listés dans
Burkitt.
29
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
Pour Lyon, nous n’avons aucun texte syriaque qui puisse égaler en
archaïsme la Sinaïtique. Une comparaison avec les citations du
Diatessaron montre, d’après lui, que la langue de la Sinaïtique est aussi
plus archaïque que celle qui apparaît dans les citations bibliques de tous
les Pères syriaques. Les nombreux archaïsmes dans la graphie, les formes
inhabituelles des suffixes dans la Sinaïtique, qu’on rencontre rarement
chez Aphraate (mort vers 344), ne peuvent pas être contemporains ou
plus récents que ce dernier. Lyon illustre cela par le cas du pronom
personnel indépendant de la première personne du pluriel. Il apparaît
sous trois formes : ’< ܐܢܚܢܢenah>nan, < ܚܢܢhe>nan et < –ܢܢ-nan> directement
attaché à un participe. La première correspond à l’orthographe de
l’araméen ancien, la seconde à celle du syriaque édessénien, la troisième
est aussi acceptée en édessénien mais moins commune dans la Bible bien
qu’elle soit fréquente chez les écrivains du Ve siècle. Voici le tableau des
fréquences dressé par Lyon 133 : 132 F
ܐܢܚܢܢ ܚܢܢ ܢܢ-
Sinaïtique 85 3 0
Curetonienne 35 14 0
Peshitta 6 72 19
[Diatessaron 9 22 6]
La forme la plus longue ne se trouve que dans les manuscrits les plus
anciens. La vocalisation de la Peshitta indique une prononciation
identique pour les trois formes (comme signalé ci-dessus), mais elle
reflète en cela une pratique plus tardive. Les trois formes se rencontrent
au IVe siècle chez Aphraate et Éphrem, tant dans leurs citations bibliques
que dans leurs écrits originaux. L’orthographe de la Sinaïtique n’a
vraisemblablement pas été normalisée, car sur d’autres points elle
fluctue. Par ailleurs la Sinaïtique manifeste déjà des indices d’une
révision ultérieure en fonction des standards du syriaque. Dès lors,
l’absence complète de la troisième forme et les rares occurrences de la
deuxième orientent vers une date de composition où seule la première
était employée et, peut-être, encore prononcée. L’emploi majoritaire de
la forme la plus longue et l’absence de la forme la plus courte ne
s’expliquent pas par une date de composition au IVe, ou même au IIIe
siècle, mais par une date plus haute encore. À la suite d’autres, Lyon se
prononce en faveur d’une origine juive du traducteur. Rien de
surprenant, dit-il, puisque le Christianisme est arrivé dans la vallée de
l’Euphrate grâce à des Judéo-chrétiens parlant araméen, peut-être
133
Les chiffres du Diatessaron sont notés seulement pour comparaison, car ils reflètent
la pratique de plusieurs auteurs, voire de plusieurs siècles.
30
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
d’abord via l’Adiabène (selon Kahle et Segal) 134 ou directement de
Palestine (comme l’affirme la tradition syriaque).
Brock, dans son article préliminaire à l’édition des fragments du
Nouveau Fonds, signale aussi la présence de caractéristiques archaïques
dans ceux-ci 135. La plupart se retrouve dans les deux autres témoins, mais
à des endroits différents. Il signale en particulier le mot nesse « signes,
miracles », le démonstratif halok, la particule ‘ud, le maintien du olaph
initial à l’impératif des verbes ’ezal et ’eto, l’orthographe mḥ’wt’ avec olaph
interne et l’attestation exceptionnelle des formes pleines kwl et mṭwl.
La vieille syriaque et le texte grec des Évangiles
Bien-fondé d’une rétroversion en grec
Puisque la vieille version syriaque est une traduction du grec 136,
certains auteurs ont cru possible de retrouver derrière les formulations
de la vieille version syriaque le libellé grec, voire de le reconstituer
entièrement.
Baethgen 137 s’est ainsi livré à une rétroversion grecque à partir de la
Curetonienne 138. De son côté Merx 139 a écrit un commentaire des
Évangiles fondé uniquement sur le texte de la Sinaïtique qu’il considère
comme « le plus ancien texte connu des Évangiles canoniques », la
Sinaïtique constituant un témoignage plus ancien que celui des plus
anciens manuscrits grecs, car son modèle est un texte grec du IIe siècle.
Merx considère en outre que la Sinaïtique est une traduction verbatim du
grec, alors que Baethgen avait clairement montré que ce n’était pas le
cas. Plus prudent que Merx, Baethgen commence par une longue
introduction cherchant à justifier ses choix en se fondant sur une analyse
détaillée de la manière dont le traducteur syriaque aborde son modèle
grec. Bien avant l’analyse purement descriptive de Joosten consacrée aux
134
KAHLE 1959, p. 277-278 ; SEGAL 1970. L’Adiabène est la région de Mésopotamie située
entre le Grand Zab et le Petit Zab, deux affluents du Tigre, autour d’Arbèles.
135
Brock 2016, p. 12-13.
136
WILSON 2002, p. liii-lxii, pense plutôt à un original araméen.
137
BAETHGEN 1885.
138
CURETON 1848, p. xciii, considérait que, pour l’Évangile de Mt, le texte syriaque
représentait « les termes et les expressions que l’apôtre lui-même avait employés »,
un optimisme vite étouffé par BURKITT 1904a II, p. 16, qui notait déjà que le dialecte
syriaque d’Édesse est différent de l’araméen de Palestine.
139
MERX 1897-1911 (le premier volume est consacré à une traduction allemande de la
Sinaïtique, les trois suivants au commentaire suivi des Évangiles).
31
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
techniques de traduction des vieilles versions syriaques et de la Peshitta
de Mt 140, Baethgen a été ainsi le premier à systématiser les
caractéristiques de la traduction des vieilles versions syriaques. Certes il
n’a travaillé que sur la Curetonienne, la seule version qu’il connaissait à
l’époque, mais ses remarques valent en grande partie aussi pour la
Sinaïtique et elles n’ont rien perdu de leur pertinence. Il aboutit à cette
conclusion que la traduction a été faite à une époque où le sens avait plus
d’importance que la lettre. Il reproche d’ailleurs à ses devanciers,
Crowfoot, Wildeboer et Tregelles, soit de ne pas avoir reconnu que le
traducteur s’était davantage laissé guider par le génie de sa propre
langue plutôt que par la fidélité au texte grec, soit de s’être appuyé sur
des observations incomplètes 141. Après le relevé des variations
orthographiques 142, finalement sans grande portée, Baethgen entre dans
le détail des observations 143. J’en reprends ici les grandes lignes avec
quelques-uns de ses exemples. On complètera aisément les observations
de Baethgen par celles de Joosten pour Mt et de Carrega pour Lc 144.
1. En général la traduction d’un texte aussi facile que celui des
Évangiles n’a pas dû causer de grandes difficultés. Le sens du texte
évangélique a donc été bien rendu. Il est toutefois des passages que le
traducteur n’a pas compris, qu’il a mal découpés ou mal accentués.
• Lc 12, 58 δὸς ἐργασίαν] « ܗܒ ܠܗ ܗܢܝܢܐdonne-lui l’avantage » : le
latinisme (operam dare) n’a pas été compris (« fais en sorte d’en avoir fini
avec lui »).
• Lc 14, 18 ἀπὸ μιᾶς] «( ܡܚܕܐaussitôt ») : le sens est « unanime-ment ».
140
JOOSTEN 1995.
141
Pour lui le travail de Crowfoot (CROWFOOT 1870) est sans valeur du point de vue
critique. Son jugement est plus nuancé pour Wildeboer (WILDEBOER 1880) qui a
analysé les écarts de la Curetonienne par rapport à la Peshitta. Wildeboer classe ces
derniers sous les catégories suivantes : écarts qui sont de simples fautes, variations
linguistiques, variations exégétiques, ajouts, omissions, modifications dogmatiques,
écarts dans les citations de l’Ancien Testament, parenté avec des manuscrits grecs,
écarts dus au hasard. Les observations sont loin d’être complètes. C’est aussi le
reproche qu’il fait au travail de Tregelles (TREGELLES 1857) qui a inclus dans son
édition du Nouveau Testament des variantes de la Curetonienne. Non seulement il
n’en a noté qu’une petite partie (dont il n’a pas toujours donné la restitution en
grec ; pour les cas difficiles il se contente d’une traduction latine), mais il a
considéré comme variantes ce qui en réalité n’en était pas ; de plus sa mauvaise
connaissance du syriaque est plus d’une fois visible (exemples dans BAETHGEN 1885,
p. 3).
142
Voir aussi WILSON 2002, p. xxix-xxxi.
143
BAETHGEN 1885, p. 11-32.
144
JOOSTEN 1995 ; CARREGA 2013.
32
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
• Lc 19, 44 τῆς ἐπισκοπῆς σου] « ܕܪܒܘܬܟܝde ta grandeur » au lieu de « de ta
visite » ( ; )ܕܣܘܥܪܢܟܝle mot a été compris au sens de « charge, fonction,
dignité » 145.
14F
• Lc 23, 9 ἐν λόγοις ἱκανοῖς] « ܚܟܝܡܬܐavec des paroles sages », au lieu de
« avec force paroles » ; le traducteur ne connaît pas le sens de ἱκανός ici.
• Mt 4, 24 τοὺς κακῶς ἔχοντας ποικίλαις νόσοις] le traducteur a rendu
l’expression « maladies diverses » par « maladies chroniques » (�ܥܛ̈ ).
L’exemple a déjà été cité plus haut.
• Jn 4, 38 a été mal découpé : il a lu ἀλλ´ οἳ κεκοπιάκασιν ( ܐ� ܐܝܠܝܢ
ܕ�ܝܘ, « mais ceux qui ont peiné ») au lieu de ἄλλοι κεκοπιάκασιν
(« d’autres ont peiné »).
• Jn 6, 63 146 ἡ σὰρξ οὐκ ὠφελεῖ] au lieu de l’article ἡ il a lu la conjonction
145F
ἤ, d’où sa traduction : «( ܐܘ ܦܓܪܐ � ܡܕܡ ܐܗܢܝou bien la chair n’est utile
en rien »).
2. Ne visant pas à une traduction littérale, le traducteur a souvent
rendu le même mot grec par différents mots syriaques.
• ποιέω est rendu habituellement par ܥܒܕ, mais aussi par ܦܠܚou ܝܗܒ. On
peut comparer la traduction de Jn 5, 19 (ὁ υἱὸς ὁμοίως ποιεῖ « le Fils le fait
pareillement ») dans la curetonienne plus libre ( « ܒܪܐ ܒܗ ܡܬܕܡܐle Fils lui
ressemble ») et la Peshitta plus servile ()ܒܪܐ ܐܟܘܬܗ ܥܒܕ.
• σάρξ est tantôt rendu par ܒܣܪܐtantôt par ܦܓܪܐ, θέλω par ܨܒܐou par
( ܩܒܠ ܒܥܘܬܗMt 18, 30), ἔνδυμα par ܠܒܘܫܐou ܢܚܬܐ. On pourrait multiplier
les exemples. La Peshitta est plus cohérente sur ce point.
3. On peut relever nombre d’exemples où la traduction de la
Curetonienne a une saveur plus sémitique en comparaison de celle de la
Peshitta.
• Mt 1, 25 καὶ οὐκ ἐγίνωσκεν αὐτὴν (« mais il ne la connut pas »)] ܘܕܟܝܐܝܬ
«( ܥܡܪ ܗܘܐ ܥܡܗil vécut avec elle dans la pureté »), P : ܘ� ܚܟܡܐ.
• Mt 5, 32 παρεκτὸς λόγου πορνείας (« excepté pour cause de
fornication »)] «( ܕܠܘ ܐܬܐܡܪ ܥܠܝܗ ܓܘܪܐsauf si on a parlé à son sujet
d’adultère »), P : ܠܒܪ ܡܢ ܡܠܬܐ ܕܙܢܝܘܬܐ.
• Lc 10, 17 ἐξ οἰκίας εἰς οἰκίαν (« (ne passez pas) de maison en maison »)]
«( ܡܢ ܒܝܬܐ ܠܚܒܪܗd’une maison vers sa compagne »), P : ܡܢ ܒܝܬܐ ܠܒܝܬܐ.
145
Nul besoin de supposer chez le traducteur un attachement à la dignité épiscopale,
comme l’affirment CURETON 1858, p. lix et WILDEBOER 1880, p. 23.
146
« C’est l’esprit qui fait vivre, la chair ne sert de rien ».
33
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
4. Souvent un mot grec est traduit par deux mots syriaques pour
mieux rendre toutes les nuances du grec. C’est surtout le cas pour les
verbes grecs composés.
• Lc 20, 16 μὴ γένοιτο (« que cela ne soit pas » au sens de « jamais de la
vie ! »)] ܚܣ ܘ� ܢܗܘܐ.
• Lc 24, 15 ἐγγίσας (« s’approchant »)] ܡܛܝ...ܐܬܐ.
• Jn 7, 26 λαλεῖ (« le voilà qui parle ouvertement »] ܩܐܡ ܘܡܠܠ. On pourrait
traduire « il se met à parler » 147.
146F
• Mt 15, 7 ἐκβάλλεται (« est rejetté »)] ܡܢ ܬܡܢ ܡܫܬܕܐ.
• Lc 10, 39 παρακαθεσθεῖσα (« Marie s’étant assise aux pieds du Seigneur »]
«( ܘܐܬܬ ܝܬܒܬelle vint et s’assit »).
5. Il arrive aussi fréquemment que le traducteur ajoute des mots
absents du grec dans un but de clarification. Point n’est besoin d’y
chercher une variante grecque.
• Mc 16, 20 τοῦ κυρίου συνεργοῦντος (« le Seigneur agissant avec eux »)]
«( ܟܕ ܡܪܝܐ ܥܡܗܘܢ ܒܟܠalors que le Seigneur était avec eux en toutes
choses »).
• Mt 3, 12 τὸ πτύον ἐν τῇ χειρί (« la pelle à vanner [est] dans sa main »)]
«( ܗܘ ܕܐܚܝܕ ܪܦܫܐ ܒܐܝܕܗlui qui tient la pelle à vanner dans sa main »).
• Mt 6, 18 τῷ πατρί σου τῷ ἐν τῷ κρυφαίῳ (« ton Père qui [est] dans ce qui
est caché »)] «( �ܒܘܟ ܕܝܕܥ ܒܟܣܝܐton Père qui sait dans ce qui est caché »).
• Lc 2, 52 προέκοπτεν σοφίᾳ καὶ ἡλικίᾳ καὶ χάριτι (« Il avançait en sagesse,
en taille et en grâce »)] «( ܪܒܐ ܗܘܐ ܒܩܘܡܬܐ ܘܣܓܝ ܒܚܟܡܬܐ ܘܒܛܝܒܘܬܐIl
grandissait en taille et croissait en sagesse et en grâce »).
6. Dans certains cas le traducteur précise par un complément un
verbe grec de sens général. Il est inutile de supposer ce complément dans
le modèle grec, comme l’a trop souvent fait Cureton.
• Mt 1, 20 τὸ γὰρ ἐν αὐτῇ γεννηθὲν ἐκ πνεύματος ἐστιν ἁγίου (« ce qui a
été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint »)] ܗܘ ܓܝܪ ܕܡܬܝܠܕ ܡܢܗܿ ܡܢ ܪܘܚܐ
«( ܗܘ ܕܩܘܕܫܐ ܒܛܝܢce qui a été engendré en elle a été conçu de l’Esprit-
Saint ») : l’ajout du verbe « a été conçu » en syriaque ne suppose pas la
présence d’un même verbe en grec.
• Mt 2, 20 οἱ ζητοῦντες τὴν ψυχὴν τοῦ παιδίου (« ceux qui cherchaient
l’âme de l’enfant ») «( ܕܒܥܝܢ ܗܘܘ ܢܦܫܗ ܕܛܠܝܐ ܠܡܥܕܝܘceux qui cherchaient
l’âme de l’enfant pour le tuer »).
147
En donnant au verbe ܩܐܡun sens inchoatif.
34
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
7. Souvent un sujet ou un objet non exprimé ou exprimé seulement
par un pronom, est clairement identifié.
• Mt 1, 19 μὴ θέλων αὐτὴν δειγματίσαι (« ne voulant pas la dénoncer
publiquement »)] «( � ܨܒܐ ܗܘܐ ܕܢܦܪܣܝܗܿ ܠܡܪܝܡne voulant pas dénoncer
publiquement Marie »).
• Mt 1, 20 ἄγγελος κυρίου κατ´ ὄναρ ἐφάνη αὐτῷ (« l’Ange du Seigneur lui
apparut en songe »)] «( ܐܬܚܙܝ ܠܗ ܠܝܘܣܦ ܡ�ܟܐ ܕܡܪܝܐ ܒܚܙܘܐl’Ange du
Seigneur apparut à Joseph en songe »).
• Mt 14, 5 ὅτι ὡς προφήτην αὐτὸν εἶχον (« car ils le prenaient pour un
prophète »)] «( ܕܐܝܟ ܕܠܢܒܝܐ ܐܚܝܕܝܢ ܗܘܘ ܠܗ ܠܝܘܚܢܢcar ils tenaient Jean pour
un prophète »). On pourrait multiplier les exemples 148. 147F
8. Un mot en apposé explique souvent soit un nom propre soit un
substantif :
• Mt 2, 15.19 : « le roi Hérode » au lieu de « Hérode ».
• Mt 3, 5 ; 4, 15 : « le fleuve Jourdain » au lieu de « Jourdain ».
• Mt 8, 2 : « un homme lépreux » ( )ܓܒܪܐ ܚܕ ܓܪܒܐau lieu de « un
lépreux ».
• Mt 2, 18 φωνὴ ἐν Ῥαμὰ ἠκούσθη...Ῥαχὴλ κλαίουσα τὰ τέκνα αὐτῆς (« En
Rama une voix s’est fait entendre…c’est Rachel qui pleure ses enfants »)]
ܿܩ� ܕܪܚܝܠ ܕܒܿܟܝܐ ܗܘܬ ܥܠ ܒܢܝܗ... «( ܩ� ܐܫܬܡܥ ܒܪܡܬܐEn Rama une voix se
fait entendre…c’est la voix de Rachel etc. »). Il n’est pas nécessaire de
supposer l’existence d’une variante ἡ φωνὴ τῆς Ῥαχήλ comme le prétend
Crowfoot 149.
148F
9. On notera aussi les nombreux ajouts de pronoms personnels,
possessifs ou démonstratifs. Ces derniers peuvent correspondre
simplement à un article grec.
• Ainsi, en Jn 1, 1, ܗܘ ܡܠܬܐpour ὁ λόγος.
10. ܟܠest parfois ajouté sans qu’il ne faille supposer un πᾶς en grec 150. 149F
• Jn 6, 47 ; 7, 38 ὁ πιστεύων (« celui qui croit »)] «( ܟܠ ܡܢ ܕܡܗܝܡܢquiconque
croit »).
• Lc 11, 10 ὁ ζητῶν εὑρίσκει καὶ τῷ κρούοντι ἀνοιγήσεται (« qui cherche
trouve et à qui frappe on ouvrira »] ܟܠ ܐܢܫ ܕܫܐܠ ܢܣܒ ܘܟܘܠ ܕܒܥܐ ܡܫܟܚ
(« quiconque cherche…à quiconque frappe… »).
148
À plus d’un endroit l’ajout a été conservé dans la Peshitta.
149
On comparera avec ce que dit JOOSTEN 1995 de ce passage (voir supra p. xxx).
150
Cette rubrique de Baethgen n’est pas pertinente. Il n’y a en effet aucun autre moyen
en syriaque de rendre le grec que de recourir à l’expression kul man d.
35
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
11. Il y a aussi nombre de passages où le texte est abrégé, souvent par
souci de concision.
• Mt 14, 28 ; Jn 1, 26 ; 3, 27 ; 4, 10 etc. : les expressions ἁποκριθεὶς εἶπεν ou
ἀπεκρίθη λέγων sont rendues par un simple ܐܡܪ.
• Mt 2, 10 ἐχάρησαν χαρὰν μεγάλην σφόδρα (« ils se réjouirent beaucoup
d’une grande joie »)] «( ܚܕܘܬܐ ܪܒܬܐ ܚܕܝܘils se réjouirent d’une grande
joie ») : l’adverbe σφόδρα n’est pas rendu car il est superflu.
• Mt 15, 29 ἁναβὰς εἰς τὸ ὄρος ἐκάθητο ἐκεῖ (« ayant gravi la montagne, il
s’assit là »)] «( ܘܣܠܩ ܝܬܒ ܠܗ ܒܛܘܪܐil gravit (et) s’assit dans la montagne »,
équivalent au français « il monta s’asseoir dans la montagne »).
12. On peut analyser ensuite la traduction des conjonctions et des
particules.
• καί simple conjonction de coordination est rendu par ܘ, sauf quand il
signifie « aussi » : il est alors rendu par ܘܐܦ. Mais il arrive fréquemment
qu’un ܘsoit attesté alors qu’il n’y a pas de καί en grec ; il équivaut alors à
une simple virgule.
• δέ est rendu par ܕܝܢmais il est très fréquemment omis ou rendu par ܘ.
Quand il a une nuance adversative, il est traduit par �ܐ. Mais le �ܐ
apparaît parfois sans qu’un ἀλλά lui corresponde.
• οὖν est traduit habituellement par ܗܟܝܠquand il exprime une véritable
conséquence. Ce même ܗܟܝܠrend parfois un μᾶλλον. Mais là où le οὖν est
simple conjonction (comme c’est le cas fréquemment en Jn), il est soit omis
soit rendu par un simple ܘ.
• ὄτι est rendu par ܕ, mais on trouve fréquemment ܕlà où il n’y a pas ὅτι,
en particulier en introduction du style direct (Mt 15, 11 ; 19, 5 ; 21, 25, etc.),
ce qui est normal en syriaque.
• γάρ est traduit par ܓܝܪ, mais aussi par ܡܛܠ. Parfois ܓܝܪn’a aucun
correspondant grec (Mt 10, 39 ; 11, 5 ; Jn 3, 29.30.31, etc.).
• ἰδού est rendu par ܗܐhabituellement (Mt 1, 23 ; 2, 1 ; 3, 16, etc.), mais il
est parfois remplacé par une forme verbale, ainsi en Mt 2, 9 καὶ ἰδοὺ ὁ
ἀστήρ ὃν εἶδον (« et voici que l’étoile qu’ils avaient vue… »)] ܘܐܬܚܙܝ ܠܗܘܢ
«( ܟܘܟܒܐet leur apparut l’étoile… »). Voir aussi en Mt 3, 17 ; 17, 5 ; Lc 13,
11 ; 22, 47, etc. Il arrive aussi qu’on lise un ܗܐsans qu’un ἰδού lui réponde
en grec (Mt 3, 11 ; 11, 5 ; 19, 20, etc.).
• L’adverbe ܬܘܒrend tantôt πάλιν tantôt ἔτι, mais parfois il est ajouté
sans correspondant en grec (Mt 19, 25 ; Lc 8, 37 ; 9, 37).
• ἤδη tantôt n’est pas traduit (Mt 5, 28 ; Jn 3, 18, etc.) tantôt est traduit
par une circonlocution, ainsi en Lc 21, 30 ὅταν προβάλωσιν ἤδη (« dès
36
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
qu’ils bourgonnent »)] «( ܕܡܐ ܕܫܪܝܘ ܡܦܪܥܝܢdès qu’ils commencent à
bourgeonner »).
13. Concernant la traduction des formes verbales et l’emploi des
verbes chez le traducteur syriaque, on peut faire les observations
générales suivantes. L’aoriste et le parfait grecs sont habituellement
rendus par le perfectif syriaque. Au présent grec correspond un participe
syriaque éventuellement accompagné d’un pronom. L’imparfait grec est
le plus souvent traduit par un participe suivi par le verbe ܗܘܐ. Au futur
grec répond un imperfectif syriaque. Le perfectif syriaque est souvent
accompagné du verbe ܗܘܐqui le renforce et lui donne le sens d’un plus-
que-parfait (Mt 2, 9 ὁ ἀστήρ ὅν εἶδον, voir ci-dessus] ܟܘܟܒܐ ܗܘ ܕܚܙܘ
« ܗܘܘl’étoile qu’ils avaient vue » ; la peshitta supprimera le ܗܘܘ.), mais il
arrive qu’il soit ajouté sans nécessité 151 (Mt 1, 19 ἐβουλήθη λάθρᾳ
150F
ἀπολῦσαι αὐτήν « il voulut la répudier en secret »] ܐܬܪܥܝ ܗܘܐ ܕܒܗܝ�ܝܬ
ܿ)ܢܕܠܠܝܗ. On pourra rencontrer aussi des infinitifs absolus à nuance
emphatique (Mt 6, 16 ὅπως φανῶσιν τοῖς ἀνθρώποις νηστεύοντες « [ils
prennent une mine défaite] pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent »]
… « ܕܢܬܚܙܘܢ ܠܒ̈ܢܝ ܐܢܫܐ ܕܡܨܡ ܨܝܡܝܢqu’ils jeûnent bel et bien » 152 ; voir aussi
15F
Mt 6, 18 ; Jn 7, 47 ; Lc 8, 50, etc.). Ces observations générales connaissent
toutefois de nombreuses exceptions.
• Un présent grec est de temps à autre rendu par un perfectif suivi ou non
de ܗܘܐ, ainsi en Jn 4, 7 (« arrive une femme de Samarie pour puiser de
l’eau ») où ἔρχεται est rendu par ܐܬܬ ܗܘܬ. Lui correspond parfois aussi un
participe avec ܗܘܐ, ainsi en Jn 1, 5 (« la lumière brille dans les ténèbres »)
où φαίνει est rendu par ܡܢܗܪ ܗܘܐ.
• À l’inverse, le participe syriaque rend souvent un aoriste ; c’est en
particulier le cas avec le verbe εἶπον rendu par ܐܿ ܡܪܝܢ: il n’est pas
nécessaire de supposer une variante λέγουσιν. Des verbes comme ἕστηκα,
ἤλπικα, οἶδα, ἔγνωκα sont fréquemment rendus par un participe (Jn 5, 45 ;
Lc 8, 46).
• Il arrive qu’à un présent grec corresponde un imperfectif, ainsi en Lc 12,
40 « c’est à l’heure que vous ignorez que le Fils de l’homme va venir (litt.
vient) » où ἔρχεται est rendu par ( ܢܐܬܐla Peshitta lira )ܐܿܬܐ.
• Le participe est aussi employé quand il s’agit d’exprimer une vérité
générale où le grec utilise un futur. Le participe syriaque peut en effet
avoir un sens futur (en Mt 6, 34 « ne vous inquiétez pas du lendemain : le
151
Il pourrait toutefois s’agir d’une vraie variante : « il voulait » (duratif) au lieu de « il
voulut ».
152
La Peshitta supprimera ces infinitifs.
37
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
lendemain s’inquiètera de lui-même » μεριμνήσει est rendu par ܝܨܦ,ܿ
comme en P).
Pour interpréter correctement la nuance du grec, le traducteur est
parfois obligé d’avoir recours à une circonlocution.
• Ainsi en Lc 8, 42 pour exprimer au mieux l’imparfait de conatu 153 αὐτὴ152F
ἀπέθνῃσκεν (« elle se mourait »)] «( ܘܩܪܝܒܐ ܗܘܬ ܠܡܡܬelle était près de
mourir »).
• Ou en Lc 9, 53 ὅτι τὸ πρόσωπον αὐτοῦ ἧν πορευόμενον εἰς Ἰερουσαλήμ
(« parce qu’il faisait route vers Jérusalem », litt. « sa face était faisant route
vers Jérusalem »] «( ܡܛܘܠ ܕܦܪܨܘܦܗ �ܘܪܫܠܡ ܣܝܡ ܗܘܐ ܠܡܐܙܠparce qu’il
avait dirigé sa face vers Jérusalem pour y aller »).
Le traducteur préfère une tournure active devant une formulation
passive en grec.
• Mt 2, 17 τὸ ῥηθὲν διὰ Ἰερεμίου (« ce qui a été dit par Jérémie »)] ܡܠܬܐ ܗܝ
« ܕܐܡܪ ܐܪܡܝܐla parole que Jérémie a dite » 154.
153F
• Mt 3, 6 ἐβαπτίζοντο ἐν τῷ Ἰορδάνῃ ὑπ´ αὐτοῦ (« ils étaient baptisés par
lui dans le Jourdain »)] «( ܿܡܥܡܕ ܗܘܐ ܠܗܘܢ ܒܝܘܪܕܢܢil les baptisait dans le
Jourdain »).
• Jn 14, 21 ὁ δὲ ἀγαπῶν με ἀγαπηθήσεται ὑπὸ τοῦ πατρός μου (« celui qui
m’aime sera aimé par mon Père »)] … «( ܢܪܚܡܝܘܗܝ ܐܒܐmon Père l’aimera »).
14. Il n’est pas rare qu’une proposition subordonnée introduite par
ἵνα, ὅτι, ὅπου etc. soit rendue par une simple proposition coordonnée.
• Lc 3, 10 (D.05) τί οὖν ποιήσωμεν ἵνα σωθῶμεν (« que nous faut-il donc
faire pour être sauvés ? »)] ( ܡܢܐ ܢܥܒܕ ܘܢܚܐlitt. « que devons-nous faire et
nous vivrons ? »).
• Mt 2, 23 ὅπως πληρωθῇ τὸ ῥηθὲν (« afin que s’accomplisse ce qui a été
dit [par les prophètes : il sera appelé Nazaréen] »)] ܘܐܬܡܠܝܬ ܡܠܬܐ ܕܐܡܝܪܐ
«( ܒܢܒܝܐ ܕܢܨܪܝܐ ܢܬܩܪܐet s’accomplit la parole dite par le prophète etc. »).
On ne peut se fonder sur cette traduction pour soutenir l’existence d’une
variante καὶ ἐπληρώθη.
15. Le contraire est également attesté : une proposition coordonnée
par καί est rendue par une subordonnée introduite par ܕ.
• Mt 4, 6 καὶ ἐπὶ χειρῶν ἀροῦσίν σε (« [il donnera des ordres à ses anges]
et ils te porteront sur leurs mains »)] ܕܪܥܝܗܘܢ ܢܫܩܠܘܢܟ̈ … «( ܕܥܠafin qu’ils te
portent sur leurs mains ») (citation de Ps 91, 11-12).
153
BLASS – DEBRUNNER – REHKOPF, 2001, § 326.
154
La Peshitta conservera la tournure passive : ܡܕܡ ܕܐܬܐܡܪ ܒܝܕ ܐܪܡܝܐ.
38
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
• Mt 12, 18 καὶ κρίσιν τοῖς ἔθνεσιν ἀπαγγελεῖ (« [je mettrai mon Esprit sur
lui] et il annoncera le droit aux nations »] ܠܥܡܡܐ̈ … «( ܕܢܟܪܙ ܕܝܢܐafin qu’il
annonce etc. ») (dans une citation d’Is 42, 1-4).
16. La liberté du traducteur apparaît aussi dans l’ordre des mots :
contrairement à la Peshitta il n’y a pas correspondance exacte avec le
grec. Les exemples se lisent quasiment à chaque verset.
17. Les citations vétérotestamentaires correspondent majoritairement
avec le texte Peshitta de l’Ancien Testament (Mt 2, 15 ; 10, 36 ; 11, 10,
etc.) 155, mais il y a quelques rares cas de réminiscences du texte LXX.
154F
L’exemple avancé ici par Baethgen n’est pas probant 156. 15F
• Mt 2, 18 κλαυθμὸς καὶ ὀδυρμὸς πολύς (« [En Rama une voix s’est fait
entendre], des pleurs et une longue plainte »)] ܐܠܝܐ ܘܒܟܝܐ ܘܬܢ̈ ܚܬܐ
«( ܣܓܝܐ̈ ܬܐune plainte, des pleurs et de nombreux soupirs »), avec trois
termes comme dans la LXX en Jr 38 (TM 31), 15. L’exemple est bien ténu.
18. On peut citer quelques cas de modifications dogmatiques de la
part du traducteur 157.
156F
• En Mt 1, 20 (« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi
Marie, ton épouse »), il n’a pas traduit τὴν γυναῖκά σου par ܐܢܬܬܟ, mais
par « ܡܟܝܪܬܟta fiancée ».
• En Mt 16, 22 (« Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander, en disant,
etc. »), le verbe « réprimander » a été reporté au v. 23 ; ce faisant, ce n’est
plus Pierre qui réprimande Jésus, mais Jésus qui réprimande Pierre
(« Jésus, se retournant, réprimanda Simon, etc. ») ; le traducteur
sauvegarde ainsi l’autorité de Jésus.
• En Mt 1, 21 (« tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera
son peuple de ses péchés »), la formulation a dû paraître trop restrictive au
traducteur qui a remplacé « son peuple » par « le monde » ( ܗܘ ܓܝܪ ܢܚܝܘܗܝ
)ܠܥܠܡܐ ܡܢ ܚ̈ ܛܗܘܗܝ.
Bien sûr on ne cherche plus aujourd’hui à reconstituer le modèle grec,
toutefois les leçons des vieilles versions syriaques sont de temps à autre
notées dans l’apparat critique des éditions du Nouveau Testament grec.
Mais à quelles conditions est-on en droit de le faire ? Brock a bien mis en
garde les textualistes 158. Et Lyon a précisé les observations de ce
157F
155
On l’a vu plus haut.
156
WILDEBOER 1880, pp 34-35, cite quelques autres exemples, tout aussi peu
convaincants. Les observations faites par WILSON 2002, p. xxxviii-xlvii, aboutissent à
la conclusion que ces citations ne reposent pas sur le texte LXX.
157
WILDEBOER 1880, p. 31-33.
158
BROCK 1976 ; BROCK 1977.
39
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
dernier 159. Williams a formulé une série de règles simples qui
garantissent une utilisation correcte des leçons des vieilles versions
syriaques pour la critique textuelle du Nouveau Testament 160. La 27e
édition du Nestle-Aland renvoie fréquemment à la vieille version
syriaque. Williams a analysé ces renvois et a abouti à la conclusion que
ces références sont erronées parce qu’on n’a pas tenu compte des
techniques de traduction de la vieille version syriaque. Dans cette même
ligne et tout récemment, Carrega a analysé environ 300 passages de
l’Évangile de Luc qui font apparaître toute la liberté du traducteur de la
vieille version syriaque. C’est donc avec prudence qu’il faut utiliser cette
version dans le cadre de la critique textuelle du Nouveau Testament grec.
• On peut en toute sécurité citer les vieilles versions syriaques dans le cas
d’additions ou d’omissions longues. Les omissions et additions courtes
doivent être examinées en tenant compte de leurs occurrences ailleurs
avant d’affirmer qu’elles viennent à l’appui d’une leçon grecque.
• En revanche, les vieilles versions syriaques ne doivent généralement pas
être citées dans les cas suivants 161 :
• présence ou absence de particules et de conjonctions grecques,
• présence ou absence d’articles, de pronoms possessifs et
démonstratifs,
• singulier ou pluriel de démonstratifs, relatifs non spécifiques, ou de
leur équivalent,
• emploi des temps du grec,
• ordre des mots,
• distinction des synonymes grecs.
Les vieilles versions syriaques et les types de texte grec des Évangiles
La liberté du traducteur ayant été ainsi mise en évidence 162, que peut-
on dire de son modèle grec ? Pour les Évangiles, on considère
traditionnellement qu’il existe quatre types de texte : un texte dit
159
LYON 1994.
160
WILLIAMS 2004. Il distingue ainsi trois niveaux : celui de la Vorlage, celui de la
traduction et celui de la transmission. Appliqué à la vieille version syriaque, cela
conduit à s’interroger d’abord sur le modèle grec (type dit occidental), sur les
techniques de traduction (libre ou miroir) et sur les différences entre la Sinaïtique
et la Curetonienne en tant que deux vecteurs de la transmission du texte. Il
importe de bien distinguer les niveaux.
161
Cette liste complète celle de BROCK 1977.
162
Voir aussi BROCK 1998.
40
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
occidental (transmis essentiellement par D.05 W.032 [en partie] et les
vieilles versions latines), un texte césaréen (transmis principalement par
Θ.038 W.032 [en partie] 28 f1 f13, quand tous ces témoins ont des leçons
qui ne correspondent pas aux autres types de texte, auxquels s’ajoutent
les versions arméniennes et géorgiennes), un texte alexandrin (transmis
principalement par p75 א.01 B.03 W.032 [en partie] et les versions coptes)
et un texte byzantin (transmis en premier lieu par A.02, puis par la
majorité des minuscules grecs ; c’est le textus receptus). Le texte
alexandrin représente une recension égyptienne des environs de 200, le
texte césaréen doit dater du milieu du IIIe siècle, le texte byzantin
n’apparaît pas avant le IVe siècle. Le texte dit occidental est
problématique, mais ses plus anciens témoins sont les versions vieilles
latines dont les premières traces apparaissent en Afrique du nord vers
200. Voilà les points de repère chronologiques généralement acceptés.
Disons-le d’emblée, on ne découvre dans les vieilles versions
syriaques aucune leçon typiquement byzantine. Déjà Cureton 163 avait 162F
relevé que des phrases entières, caractéristiques du textus receptus,
n’apparaissent pas dans la Curetonienne, et que pour ces leçons la
Curetonienne est soutenue par d’autres témoins, en particulier B.03, et
surtout par D.05 et les témoins vieux latins dont les vieilles versions
syriaques sont si proches 164, dit-il. Il arrive toutefois que la Curetonienne
163F
s’écarte de D.05 ; dans ce cas, elle correspond au texte de Justin, des
Clémentines, d’Irénée, d’Origène ou de Cyprien. Burkitt 165 a analysé le
164F
texte grec des deux témoins de la vieille version syriaque. Il confirme le
peu d’affinité entre la vieille version syriaque et le textus receptus. Il note
ensuite que quelques accords remarquables existent entre elle et le texte
alexandrin (א.01 et B.03) et le texte césaréen. Il s’interroge ensuite sur la
présence ou non des « Western Non-Interpolations » dans la vieille
version syriaque. En général, le texte dit occidental est caractérisé par un
texte plus long que le texte alexandrin. Il y a pourtant des passages où il
a préservé un texte court : ce sont les « Western Non-Interpolations » 166. 165F
On peut suspecter que c’est alors le texte alexandin qui a été interpolé.
Comme la vieille latine, la vieille version syriaque est relativement
exempte de ces interpolations. On en retrouve cependant certaines dans
ses deux témoins, mais davantage dans la Curetonienne que dans la
163
CURETON 1858, p. lxvii-lxviii.
164
CHASE 1895 n’hésitera pas à parler de texte syro-latin, dont il situe l’origine dans la
première moitié du IIe siècle, voir p. 132-134.
165
BURKITT 1904a, p. 223-254 (sur le texte dit occidental, voir p. 234-244).
166
On en lira la liste dans WESTCOTT & HORT 1881-1882, Introduction §§ 240 et 383. Voir
BLACK 1972, p. 130-131.
41
LE NOUVEAU TESTAMENT SYRIAQUE
Sinaïtique, où elles se sont réintroduites, dit Burkitt, à partir de
manuscrits grecs de type byzantin. Mais c’est bien avec le texte dit
occidental que la vieille version syriaque a le plus d’affinité. Pour Burkitt,
le fait s’explique par l’influence du Diatessaron sur la vieille version
syriaque, et de lui seul :
« Le Diatessaron lui-même a été fait à Rome, ou à tout le moins est
l’œuvre d’une personne qui y a vécu de nombreuses années ; rien de
surprenant donc à ce que le texte du Diatessaron soit de façon
prédominente occidental. Et quand on sait qu’une large partie du texte
de la vieille version syriaque est une adaptation directe du Diatessaron,
on peut aisément expliquer l’origine de ces éléments occidentaux : les
leçons occidentales ne représentent pas nécessairement le texte des
quatre Évangiles tel qu’il était lu à Antioche vers 170, mais le texte du
Diatessaron ; à son tour le texte du Diatessaron reflète les quatre
Évangiles tels qu’ils étaient lus à Rome vers 170. Dans de tels passages,
et ils sont nombreux, on ne peut pas considérer comme
immédiatement décisif l’accord entre l’Orient et l’Occident. Il est
beaucoup plus sûr de considérer le texte oriental dans ces passages
comme non-existant, et de traiter les données de la vieille version
syriaque comme un élément d’un groupe appartenant à l’Occident »
(p. 235).
L’origine purement diatessarique des leçons occidentales attestées
par la vieille version syriaque, telle que défendue par Burkitt, s’est vite
révélée intenable à partir du moment où d’autres témoins grecs et coptes
ont été découverts qui eux aussi attestent le texte dit occidental, en
particulier en grec le Codex de Freer (W.032 ou Washingtonensis du IVe/Ve
siècle) ou en copte le Codex Glazier G 67 pour les Actes des Apôtres. Ces
témoins prouvent l’enracinement du texte dit occidental en Orient, et
c’est ce texte grec dit occidental qui peut avoir influencé les vieilles
versions syriaques. Sanders, le premier édieur du Codex de Freer en 1918,
et Lagrange 167 ont d’ailleurs été les premiers à montrer les contacts
étroits existant entre la vieille version syriaque et le Codex de Freer
(pour Mc 1, 1 – 5, 30). On s’accorde à dire aujourd’hui 168 que le texte de
ces deux témoins que sont la Curetonienne et la Sinaïtique est en partie
représentatif du texte dit occidental (en raison des nombreux accords
avec D.05 et la Vetus Latina) ; il a cependant bien d’autres leçons (ainsi Mt
167
SANDERS 1918, p. 69-70 ; LAGRANGE 1920-1921. SANDERS 1918, p. 64-73, souligne
combien sont étroits en W.032 les contacts entre Mc 1,1 – 5,30 et les vieilles
versions latines d’une part et la Sinaïtique d’autre part (seule vieille syriaque
attestée en Mc).
168
AMPHOUX 2014, p. 103.
42
LES VIEILLES VERSIONS SYRIAQUES DES ÉVANGILES
10, 3 où la Sinaïtique ne cite, parmi les disciples de Jésus ni Thaddée ni
Lebbée, mais Judas fils de Jacques, voir Lc 6, 15), des accords avec le texte
alexandrin (omission de la finale longue de Mc dans la Sinaïtique,
omission de Mt 16, 2-3 et de 17, 21 dans la Sinaïtique et la Curetonienne,
et de Mt 18, 21 dans la Sinaïtique), et quelques leçons de type césaréen
(Mt 27, 16-17 : Jésus Barabbas). Mais ceci est une autre histoire qui
concerne essentiellement la critique textuelle du Nouveau Testament
grec. Qu’il suffise ici d’avoir indiqué que la vieille version syriaque est
aussi en partie un des témoins du texte dit occidental et que ses leçons de
type occidental ne proviennent pas nécessairement du Diatessaron.
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C : vieille syriaque Curetonienne (aussi syrc)
S : vieille syriaque Sinaïtique (aussi syrs)
NF : Nouveau Fonds du Sinaï
P : Peshitta
Manuscrits grecs des Évangiles :
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A.02 : Londres, Brit. Libr., Royal 1 D. VIII (Ve siècle)
B.03 : Città del Vaticano, Bibl. Vatic., Vat. gr. 1209 (IVe siècle)
D.05 : Cambridge, Univ. Libr., Nn. 2. 41 (Ve siècle) ou Codex de Bèze,
l’un des principaux témoins du type de texte grec dit occidental des
Évangiles
f1 : les manuscrits de la famille 1
f13 : les manuscrits de la famille 13
p45 : papyrus 45 : Dublin, Chester Beatty Libr/, P. Chester Beatty I +
Vienne, Öster ; Nationalbibl., Pap. G. 31974
W.032 : Washington, Smithsoniam Inst., Freer Gall. of Art, 06.274
(IVe/Ve siècle) ou Washintonensis ou encore Codex de Freer.
Θ.038 : Tbilisi, Inst. des Manuscrits, Gr. 28 (IXe siècle)
א.01 : Londres, Brit. Libr., Add.43725 (IVe siècle)
Manuscrits vieux latins (en italiques) et Vulgate (droit) :
a : Vercelli, Bibl. Capitolare (sans numéro) (IVe siècle) ou Vercellensis.
c : Paris, Bibl. nat. de France, lat. 254 (XIIe/XIIIe siècle) ou Colbertinus.
k : Turin, Bibl. Naz., G. VII. 15 (IVe/Ve siècle) ou Bobiensis (de Bobbio)
s : Milan, Bibl. Ambros., O. 210 sup. (VIe/VIIe siècle)
49