BAUDELAIRE (1)
Charles Baudelaire (1821-1867)
Le remariage de sa mère avec un général le révolte : il ne s’entend pas avec son beau-père et
est mis en pension, notamment au célèbre lycée Louis-le-Grand à Paris.
C’est un élève cynique, singulier, qui éprouve de lourdes mélancolies.
Toit d’abord, il mène une vie de bohème littéraire à Paris ds le quartier latin où il fréquente
notamment Théophile Gautier qui incarne à ses yeux l’artiste idéal.
Pour l’arracher à cette vie scandaleuse, sa famille l’embarque sur un voilier sur lequel il s’isole
orgueilleusement et indifférent à tout ce qui n’est pas littérature. En réalité ce voyage enrichit sa
sensibilité et l’éveille à la poésie de la mer, du soleil et de l’exotisme.
De retour, il se lance ds l’existence dorée de la bohème riche. C’est sa période du dandysme : il
est vêtu avec recherche et affiche un esprit supérieur. C’est la période heureuse de sa vie ; il a
une liaison avec une mulâtresse Jeanne Duval.
Sa famille l’oblige à réduire son train de vie. Désormais, il vivra misérablement.
1848 : court épisode d’activité politique. C’est la littérature qui l’intéresse.
Critique d’art pendant des années avant de se consacrer à l’écriture.
Fasciné par l’américain Edgar Poe qu’il traduit.
Les Fleurs du Mal paraît en 1857. Baudelaire est condamné pour immoralité. Ils remplacent les 6
poèmes incriminés et publie une seconde édition remaniée en 1861.
« Dans ce livre atroce, j’ai mis toute ma pensée, tout mon coeur, toute ma religion, toute ma
haine »
L’unité du recueil réside ds la confession sincère que dresse l’auteur de son mal être, de ses
espérances , de ses défaillances, de sa déchéance.
A travers sa propre expérience, le poète a voulu retracer la tragédie de l’être humain, celle de
l’homme double : créature déchue et objet d’un perpétuel conflit entre le Ciel et l’ Enfer ;créature
aspirant à se rapprocher de l’Idéal mais aussi soumise à des chutes qui la plonge ds le mal
moral ( ou spleen) fait d’ennui/mélancolie, tristesse, accablement, affaiblissement de la volonté.
L’être humain est sans cesse en proie à une dualité, à une double aspiration.
Ds la section Spleen et Idéal, Baudelaire s’adresse tour à tour à la Poésie, puis à l’Amour pour
guérir son âme (= dissiper le spleen) mais ces remèdes sont impuissants. Il se tourne alors vers
d’autres moyens d’évasion : le spectacle de la ville et la communion avec ses semblables
(Tableaux Parisiens) ; les paradis artificiels ( le vin), le vice mais elles sont inefficaces. Lorsqu’il a
épuisé toutes les possibilités terrestres, il se tourne vers le dernier remède, vers un autre monde,
vers la mort.
Cette section parle de la condition du poète et de la mission de la poésie.
-Le poète est incompris de ses semblables
-Dans notre univers déchu, en proie au Spleen, où l’âme est engluée ds le péché et soumise à
l’attirance infernale, le poète est en proie à la douleur.
Elle lui permet d’ accéder au monde supérieur de la Beauté, reflet de la perfection divine. Son
esprit se plaît ds les hautes sphères de l’Idéal où il établit des correspondances entre le monde
visible (le matériel) et les réalités supérieures (le spirituel) – voir Elevation
La poésie permet au poète de comprendre intuitivement les secrets de la nature et d’ atteindre la
connaissance de l’au-delà divin. La révélation d’un monde supérieur permet d’échapper au
spleen. C’est une évasion hors du réel.
Le poète peut alors communiquer aux autres hommes la vision extatique du Beau.
-Mais à ces élans vers l’Idéal s’opposent les obstacles du réel que sont : la maladie, la pauvreté,
l’ennui et les tortures de l’artiste toujours insatisfait de son œuvre.
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Le Spleen : ce mot anglais, entré ds le voc français au XVIII siècle, désigne un état
mélancolique sans cause apparente, pouvant aller de l’ennui, de la tristesse vague au dégoût de
l’existence.
Les synonymes sont : l’ennui et la mélancolie.
Le spleen désigne la rate, organe qui produit la bile noire. Dans la théorie des humeurs de la
médecine ancienne, cette bile noire s’évacuait difficilement, et engendrait la morosité et
l’affaiblissement de la volonté.
Le spleen baudelairien trouve d’abord son origine ds la détresse de Baudelaire confronté à des
ennuis matériels, la maladie, les tourments de sa vie amoureuse, l’obsession de la vieillesse et
de la mort.
Devant ces maux qui l’oppressent, le poète tente désespérément de s’évader vers les sphères
de l’Idéal mais sans cesse le réel freine ses élans et les rechutes rendent sa détresse plus
intolérable.
Pour Baudelaire, tout élan vers le bien est entravé par un élan contraire. Chaque acte, chaque
expérience, chaque intention, chaque sentiment, sont simultanément porteurs d’un signe positif
et d’un signe négatif : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées,
l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. »
Cet échec pour atteindre l’ infini dû aux limites du fini humain aboutit au découragement, à la
nostalgie d’une âme exilée et au sentiment d’inutilité de tout effort libérateur.
Le spleen se marque par : une sensation d’étouffement et d’impuissance ( à créer)
la solitude morale
le sentiment d’ennui
des pensées macabres et cruelles
des malaises et hallucinations poussées jusqu’aux limites de la folie
Le dandysme : ce mot vient de l’anglais et date du XVIII siècle.
A l’origine, il désigne un homme à la mode, superficiel, très soucieux de sa personne.
Ce n’est que progressivement que le terme se charge de plus de noblesse.
Baudelaire a donné une définition très personnelle du dandy : pour lui, le dandy est le
représentant d’une philosophie des apparences.
Le dandy se caractérise par sa distinction ( double sens: élégance + différence ). Or Baudelaire
recherche l’originalité.
Le dandy aime la beauté et pas seulement ds la tenue vestimentaire. Or Baudelaire recherche
« le beau » qui doit toujours être « bizarre » voire laid ou de mauvais goût.
Le dandy oppose le culte de la beauté à celui de l’utile ( l’art pour l’art)
Le dandy a une relation à l’autre très distante. Il offre une apparence lisse et cache ses
faiblesses et ses souffrances sous un masque impassible.
Il est détaché (d’où sa distance vis à vis des autres voire son refus de contact avec les autres)
Il est aussi détaché intellectuellement, indifférent aux spectacles du monde car il est animé de
scepticisme et de pessimisme.
Baudelaire insiste sur la dimension héroïque du dandy. Il est pour lui l’homme parfait,
souverainement indépendant, ne relevant que de lui même et régnant sur le monde en le
dédaignant.
Pour Baudelaire, le dandysme n’est pas un effet de mode. C’est une pratique, une esthétique et
une éthique de vie.