LU
Relations internationales,
géopolitique et géoéconomie
Eugène Berg
1. Les Négociations internationales à travers le prisme des
sciences sociales
Franck Petitville & Delphine Placidi-Fort
Presses de Sciences Po (2013)
Sous la direction de Franck Petitville et Delphine Placidi-Fort, 225
professeurs de science politique, le premier à Sciences Po Paris,
la seconde à l’université de Poitiers, un copieux groupe d’auteurs
examine dans toutes ses dimensions l’art et la technique de la
négociation. Disons-le d’emblée : nous sommes en présence de
l’ouvrage de synthèse le plus complet en langue française, qui ait été
écrit sur la question, tant il est vrai que la négociation internationale
en élargissant sans cesse son domaine, est devenue l’une des modalités
essentielles d’exercice de la diplomatie. Mais en quoi la négociation
internationale diffère-t-elle de la négociation interne, celle entre
employeurs et syndicats par exemple ? Delphine Placidi-Fort, y
répond dans Les négociations internationales à travers le prisme des
sciences sociales. La dimension internationale désigne tout à la fois
un changement d’échelle (à l’international), un changement d’objet
(négocier l’international) et un changement de style et de culture
(négocier internationalement). Cette dimension culturelle c’est-à-
dire les différences dans la façon de se comporter, de négocier fait
l’objet d’une autre étude, riche d’enseignements. La négociation
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internationale ne doit cependant pas être opposée à la négociation
interne, car toutes deux comportent maintes analogies, et au surplus,
les négociations internationales portent également sur des aspects
internes. Pourtant, la négociation internationale s’en distingue par
trois traits. En premier lieu, elle est encore fréquemment assimilée
à la diplomatie. Toutes deux partagent la même étymologie, puisque
« négociation », terme apparu au XIVe siècle désignait à l’origine le
travail des diplomates, le terme « diplomatie » inventé par Edmund
Burke (diplomacy) ne fut utilisé qu’à partir du XVIIIe siècle. La
deuxième analogie concerne la négociation et la résolution des conflits
(conflict resolution), avec en filigrane le rapport de la négociation à la
violence. Or les deux notions ne sont pas interchangeables. Certains
confits s’achèvent sans avoir affaire à la négociation et celle-ci peut se
dérouler hors des contextes de violence (physique et/ou symbolique).
Enfin, la négociation est souvent assimilée à la médiation. Celle-ci
– dont les modalités, les formes et le déroulement sont analysées en
226 détail dans un autre article – fait intervenir un tiers dont l’objectif
est de faciliter l’échange de vues alors que la négociation s’effectue
directement entre les parties, que celles-ci soient au nombre de deux
(bilatérales) ou plus de trois (multilatérales). Ces différents types de
négociations font l’objet d’autres articles, circonstanciés et fortement
documentés.
Dans sa préface, Bertrand Badie éclaire les enjeux de la négociation
internationale à travers les âges, en mettant l’accent sur le passage
progressif de la « négociation de puissance » à la « négociation
globale » qu’il nomme également « négociation de gouvernance » car
elle ne vise pas à préserver les intérêts des pays individuels mais à
définir un bien commun. La négociation classique, longtemps simple
modalité de la compétition multilatérale entre États, s’est précisée
dans l’histoire européenne avec l’apparition de l’État-nation. Elle
n’était alors pas l’antonyme de la guerre : car faite de bilatéralisme, de
puissance et d’égoïsme. Il note d’ailleurs, non sans dépit, que ce lien
entre négociation et politique de puissance (power politics) a le plus
grand mal à disparaître. Ce qui explique les difficultés actuelles des
négociations multilatérales dans la recherche d’un bien commun de
l’humanité. Ce type de négociation de puissance est abondamment
étudié dans le corpus de l’ouvrage, par Lucien Bely qui traite de
la paix de Westphalie – négociation qui a duré presque sept ans,
puisque les préliminaires avaient débuté dès 1641, puis Pierre
Grosser, qui décrit les confits du XXe siècle, montrant que le Congrès
de la Paix de Versailles (1919) s’apparente plus aux anciens congrès
qu’à la diplomatie multilatérale qui n’émergea par la suite qu’avec la
SDN. Les négociations classiques de puissance n’avaient pas pour
but de fixer un ordre international, mais de retirer ou d’ajouter des
territoires. Un premier tournant fut pris avec le Congrès de Vienne
(1814-1815), qui décide de conférences régulières, d’initiatives
concertées, de finalités nouvelles, comme le « bien commun » et le
« maintien de la paix en Europe ». Cette préhistoire de la gouvernance
se mêlait encore intimement à une grammaire de la puissance. De
cette hybridation naquit la diplomatie de club qui s’est épanouie aux
cours du temps. Les clubs, les cercles retreints, les groupes, du type 227
P5 (les Cinq permanents du Conseil de Sécurité), les deux Grands,
le P2 (États-Unis/Chine), le G7, G8, G20 reflètent bien les différents
hiérarchies internationales de leur temps.
Afin d’enrichir leurs analyses plutôt théoriques, relevant de la
science politique, plutôt que de la pratique diplomatique, les auteurs
de l’ouvrage ont procédé à de nombreux interviews auprès de
diplomates chevronnés du Quai d’Orsay afin de cerner les contours
de la diplomatie multilatérale, qui, constatation d’évidence, s’est
épanouie au cours du dernier demi-siècle avec l’essor de l’ONU,
de la CEE puis de l’Union européenne, de l’OMC, FMI et autres
organisations internationales. À l’étonnement de l’interviewer,
Guillaume Devin, les vétérans de la diplomatie française ont tous
déclaré que la diplomatie multilatérale ne requérait aucune formation
spécifique, mais relevait surtout de la pratique, tous ayant été formés
sur le tas. Le rôle de l’expérience dans le talent du négociateur
apparaît essentiel et opère un différend entre ceux qui l’ont et ceux
qui ne l’ont pas. Guillaume Devin observe sur ce point que les
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retours d’expérience ne se sont guère développés au Quai d’Orsay.
Enfin, la diplomatie multilatérale, du fait qu’elle porte sur des sujets
vastes et complexes, chevauchant plusieurs secteurs d’activités, et
de nombreux intérêts collectifs, a modifié les règles habituelles de la
pratique diplomatique, en utilisant un intense travail de préparation,
à la fois multi-niveaux et multi-acteurs. La diplomatie multilatérale
plus incertaine que la bilatérale, requiert une vigilance permanente,
elle implique une stratégie de nature parlementaire (recherche de
rapprochements, formation de majorités, mobilisation de soutien,
etc.), mais son véritable dessein reste, au-delà de l’intérêt national de
chacun des États, la recherche d’un intérêt commun.
Cette approche générale de la négociation multilatérale n’en reste
pas là : elle est considérablement approfondie dans la suite de l’ouvrage
surtout sa troisième partie, où des spécialistes décrivent par le menu
une série de grandes négociations portant sur de grandes questions
internationales – ce qui couvre près de la moitié de l’ouvrage. De
228 manière fort détaillée sont analysées tour à tour les négociations sur la
non-prolifération – rapports entre puissance et expertise par Georges
Le Guelte, les négociations multilatérales à l’OMC, l’épuisement d’un
modèle par Franck Petitville –, soit le type de négociation spécifique
qui est le mode d’être naturel de l’Union européenne, qu’analyse Andy
Smith en la qualifiant de « pratique fortement institutionnalisée » ou
au sein du Conseil de Sécurité que décrit David Ambrosetti. Enfin,
François Gemenne décrit les négociations sur le climat qu’il désigne
« d’histoire sans fin ». Ce dernier exemple démontre les limites, pour
ne pas dire les échecs de la diplomatie multilatérale, depuis celui
de Copenhague de 2009 qui a acté l’incapacité collective à trouver
une solution à un problème mondial. À cette occasion les États, ont
clairement refusé le principe d’un accord global, préférant donner
la priorité à une logique de coordination des politiques nationales.
L’auteur y voit un infléchissement majeur de la négociation : d’une
logique de coopération avec un cadre global qui s’imposait ensuite
à tous, on bascule vers une logique de simple coordination, un
processus bottom-up, qui se fonde sur les politiques nationales plutôt
que sur un cadre global négocié, constat assez semblable à celui que l’on
peut dresser à propos des négociations de Doha dans le cadre de l’OMC.
Cette étude globale sur les négociations internationales, fera donc
date, par ses analyses pertinentes et la richesse de sa documentation
(chaque article est doté d’une biographie thématique qui couvre
parfois six à sept pages), ainsi que par sa hauteur de vues. Il ne reste
qu’à espérer qu’il servira à enrichir la pratique de la diplomatie
qu’elle soit multilatérale ou classique (une forte étude porte sur les
négociations israélo-palestiniennes).
2. L’attraction mondiale
Frédéric Ramel
Presses de Science Po (2012)
Frédéric Ramel est professeur des Universités en sciences
politiques à Sciences Po Paris rattaché au CERI, il exerce également
229
les fonctions de directeur scientifique de recherche stratégique
de l’École militaire. Il explore un domaine laissé en friche par les
philosophes, celui du champ international. Auteur de Philosophie des
relations internationales (Presses de Sciences Po, 2011), il poursuit
dans cette voie avec L’attraction mondiale (Presses de Sciences Po,
2012). À la suite de Kant, Jaspers, Kojève, Habermas et bien d’autres
penseurs contemporains, il explore les chemins épistémologiques
et praxéologiques qui pourraient mener à l’élaboration d’une unité
politique à l’échelle du monde entier. Cet objectif prend à ses yeux
l’effet d’un attracteur, terme peu commun qui doit être perçu dans
son sens entier physique, moral, éthique. Penser cet attracteur, lui
semble être au cœur de la philosophie des relations internationales.
Il convient de remarquer en effet que rares ont été les philosophes à
avoir pensé le monde international qui se situait en dehors de la Cité
grecque (horizon indépassable pour Platon et Aristote), de l’Empire,
de la nation. À rebours de Machiavel, premier penseur d’envergure à
avoir conceptualisé les rapports entre différents entités souveraines ou
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quasi souveraines, Emmanuel Kant a été le premier à avoir envisagé
une unité politique à l’échelle mondiale. D’autres philosophes,
comme Habermas qui a systématisé à l’échelle mondiale sa théorie du
patriotisme constitutionnel, cherchent à aller encore plus loin. Mais
le chemin pour y aboutir semble bien long et semé d’embûches. Les
objections que l’on peut présenter à une telle conception (utopique)
sont multiples.Un tel État mondial négligerait peu à peu, amoindrirait,
sinon supprimerait les diversités culturelles, ethniques, traditions qui
constituent la richesse de l’humanité. Il conduirait au despotisme et
serait enfin efficace. Supprimerait-il en définitive les guerres, celles-
ci deviendraient civiles et non plus « étrangères ». Parmi tous les
penseurs des relations internationales qu’examine Frédéric Ramel
c’est l’Américain Michael Walzer qui paraît le plus réaliste avec ses
six configurations politiques possibles allant de l’anarchie (pluralité
d’État, la guerre serait le seul moyen de régulation), en passant
de manière graduelle à la société internationale faible (pluralité
230 d’organisations internationales et d’États, configuration la plus
proche de la situation actuelle. C’est dire que les autres configurations
sont encore éloignées : société civile internationale forte dans laquelle
les organisations internationales incorporeraient tels acteurs de la
société civile et non plus seulement ceux des États, afin d’en renforcer
l’esprit démocratique ; la fédération mondiale d’États, qui supposerait
le transfert de certaines compétences à cette fédération ; enfin l’État
mondial unifié, qui serait une organisation composée de citoyens
titulaires des mêmes droits et obligations. Réaliste, Walzer plaide
pour une septième option celle d’un pluralisme de haute densité qui
consisterait à créer des centres alternatifs type Union européenne,
doublés d’un réseau de grande densité de liens sociaux qui traverse
les frontières nationales. On pourrait lui répliquer que ce réseau de
liens transnationaux est à l’état d’ébauche depuis deux millénaires
(Église) et qu’il n’a fait que se densifier, qu’il peut véhiculer le
meilleur et le pire, comme les noyaux « transnationaux du type Al-
Qaïda, ou les mafias, Frédéric Ramel, qui préfère l’analogie musicale
voudrait que l’on pensât les relations internationales, à partir des voix
humaines, de façon à faire émerger le ‘‘collectif ’’ dans notre monde »,
objectif qui va au-delà du « concert des nations », puisqu’il s’agirait
d’une nouvelle orchestration mondiale.
3. Introduction à la géopolitique, Histoire, outils, méthodes
Olivier Zajec
Éditions Argos (2013)
Les éditions Argos lancent une collection « Géopolitiques »,
constituée d’ouvrages de taille réduite, moins de 200 pages, à la
cartographie précise bien que de petit format, comportant encarts,
schémas et biographie précieux. Oliver Zajec, diplômé de Saint-
Cyr et de Sciences Po Paris, agrégé d’histoire, directeur adjoint de la
revue Stratégie, dirige la collection ouvre le ban avec son Introduction
à la géopolitique, Histoire, outils, méthodes (Paris, Argos, 2013). En
s’appuyant sur les quelques auteurs français ayant écrit sur la question
231
il offre sa définition de la géopolitique « Étude des inerties physiques
et humaines qui affectent et guident le comportement interne
et externe des États. Elle éclaire ainsi les fondements politiques
des actions pacifiques ou guerrières qui, par le biais de stratégies
militaires, économiques et politiques à visées territoriales défensives
ou offensives, cherchent à assurer la pérennité d’une communauté
dans l’Histoire » Description un peu longue par rapport à celle d’Yves
Lacoste, « Étude des rivalités de pouvoir sur un territoire ». Olivier
Zajec décrit les trois Écoles géopolitiques traditionnelles (l’allemande,
l’anglo-saxonne et la française) décrypte l’action des États, des Empires
et nations. Sa description des instruments de l’analyse géopolitique
est fouillée. Après avoir évoqué l’analyse multi-scalaire propre aux
géographes, il développe quelques exemples de déterminisme
géographique (ouverture et fermeture des espaces : enclavement,
frontières, barrières naturelles, dualité terre-mer). L’étude des
populations, perçue sous l’angle des ethnies, des langues, des
religions et de dynamisme démographique, donne matière à de plus
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larges développements (conflits ethniques, hétérogénéité ethnique,
géopolitique des grandes religions, diasporas, etc.). Il s’interroge sur
la géopolitique à l’heure des mutations du contexte géostratégique
où il aborde la géopolitique des ressources (pétrole, eau, terres
rares). Cette Introduction à la géopolitique démontre une fois de plus
l’extraordinaire vie de ce concept.
4. Géopolitique de la Méditerranée
Bouchra Rahmouni Benhida & Younes Slaoui
Éditions PUF, collec. Que sais-je ? (2013)
Bouchra Rahmouni Benhida, professeur des universités, directeur
de l’Institut de recherche en géopolitique et de géoéconomie à l’École
de management de Casablanca et Younes Slaoui, co-fondateur du
Think Tank Institut Amadeus, ont cosigné le livre Géopolitique de la
232 Méditerranée (Que sais-je ? n°3975, PUF, 2013, 128 pages) qui précise
les développements précédents. Marqué par une hétérogénéité
démographique, culturelle et économique, le bassin méditerranéen
reste porteur à la fois d’un idéal commun et de la peur de l’autre. D’où
leur espoir, que la convergence économique et la vitalité retrouvée de
sociétés civiles donne corps à une communauté méditerranéenne des
peuples. De fait la Méditerranée est à la fois fracture et unificatrice.
L’histoire et ses différents legs l’ont plus fractionnée que rapprochée
aux cours des siècles. Les deux auteurs, explorent les facettes de ces
identités multiples, les sociétés, les modes de vie et les cultures. Tirant
un premier bilan du Printemps arabe, ils espèrent que le mouvement
de démocratisation et de maturation des sociétés civiles contribuera
à l’émergence de sociétés plus égalitaires, plus développées en
phase avec la mondialisation. Ils examinent plus en détail les
deux problématiques de l’eau et de l’énergie. L’eau, inégalement
répartie, est un facteur à risque – le secteur agricole en étant le
principal consommateur avec 60 % de la demande. La poursuite
de l’urbanisation et de l’industrialisation suscitera des tensions
croissantes. L’énergie pourrait consister un vecteur de coopération et
de sécurité. Quatre pays (Algérie, Libye, Égypte et à moindre mesure
la Syrie) fournissent plus de 20 % et 35 % des importations de gaz du
pourtour méditerranéen.
Poids et rôle des medias, décentralisation de l’éducation, rôle
de la vigne et de l’olivier, comme celui du cannabis, autant de sujets
qu’abordent les auteurs qui, pesant les divers éléments d’évolution,
hésitent à opter pour l’une ou l’autre des options qu’ils exposent
au final : crise environnementale, sécheresse, pénuries d’eau,
catastrophes naturelles, situation qui pourrait donner naissance à
une nouvelle dynamique de la coopération régionale et à l’émergence
d’une gouvernance méditerranéenne et territoriale, mouvement de
réforme politique, institutionnelle et économique permettant un
décollage de la rive sud de la Méditerranée, désarticulation de la
Méditerranée, espace fragmenté par les luttes d’influence, renaissance
arabe et méditerranéenne mondiale qui donne naissance à une jeune
croissance économique forte. 233
5. Philosophie du développement durable : enjeux critiques
Franck Burbage
Éditions PUF (2013)
Frank Burbage, docteur en philosophie, membre du comité
de rédaction des Cahiers philosophiques, examine la question du
développement durable (PUF, 2013, 152 pages). En revisitant la
série des résolutions adoptées par l’ONU depuis le premier sommet
de la Terre à Stockholm (juin 1972), il estime que le terme anglo-
saxon sustainable est plus riche que le concept français « durable »
car il dépasse la simple articulation des besoins dans le temps entre
les générations présentes et les générations futures, en se référant
également à la traditionnelle question sociale « celle de la répartition
des richesses entre les générations présentes et à venir, comme au
sein des générations présentes et entre les différentes nations ». C’est
adopter un critère fort ambitieux, celui d’un développement durable,
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soutenable et équitable. À la suite d’auteurs tels que Castoriadis, Ignacy
Sachs, Jeffrey Sachs, et surtout Amartya Sen, il prône une vision plus
large, celle de l’expansion des libertés humaines. Dans cette optique, le
développement n’apparaît plus seulement sous son angle économico-
technique ou même historique mais revêt une dimension biologique,
anthropologique existentielle. Placer au cœur du développement
durable, l’objectif du développement humain et le principe d’une
économie au service de la civilisation c’est renouer avec bien des
utopies de l’espérance, y compris la marxiste, qui n’ont guère été
capables d’inscrire de telles finalités dans les institutions ou dans les
mœurs. Une telle finalité, pourrait même conduire, sans l’appui d’une
foi religieuse ou d’une éthique, à une forme de totalitarisme de type
nouveau. Au terme de son analyse l’auteur constate qu’en définitive,
le développement durable, apparaît plus comme un problème qu’une
solution et que sa définition même reste incertaine. Tout un chacun
voudrait en finir avec le mal-développement. Mais quel est le bon ?
234 De quels moyens dispose-t-on pour le mettre en œuvre ? Quelles sont
les vraies richesses ou les vrais biens, dont les prix marchands, par
définition, éludent la mesure ? Plus encore, le développement durable
fait question car en en parlant, on reste attaché à la perspective du
développement, au point de vouloir le prolonger pour toujours et
de l’ériger en principe et en norme de l’action collective. Il n’existe
donc pas de philosophie de développement durable, au sens d’une
doctrine, il ne subsiste qu’un embarras proprement philosophique à
propos de cette injonction désormais mondialisée. Si le philosophe
se retire ainsi de la Cité, laisse-t-il la place à l’économiste ou aux
politiques ? Sage humilité.