ENSEIGNEMENT DES NOMBRES DÉCIMAUX A L’ECOLE PRIMAIRE
ET ENVIRONNEMENT ALGÉRIEN
Mounira IGHIL AMEUR* – Rachid BEBBOUCHI**
Résumé – Les compétences futures des élèves concernant les nombres décimaux se jouent à l’école
primaire ; cela a poussé de nombreux didacticiens à faire des recherches dans ce domaine. Nous nous
sommes intéressés dans notre travail à l’enseignement des décimaux à l’école primaire algérienne, et en
analysant les manuels scolaires officiels nous avons constaté que l’enseignement des décimaux en Algérie
est basé essentiellement sur une approche numérique, et afin d’en faciliter l’apprentissage, nous avons fait
quelques remarques et propositions.
Mots-Clefs : nombre décimal, fraction décimale, fraction ordinaire, approche numérique, approche par
mesures
Abstract – The future competences of students concerning decimal numbers is played in primary school;
this pushed many didacticians to make research in this area. We are interested in our work in the
education of decimals in the Algerian primary school , and by analyzing official scholar books we noticed
that the education of decimals is essentially based on a numerical approach. We give some remarks and
suggestions in order to facilitate the learning of decimal numbers.
Key-words : decimal number, decimal fraction, ordinary fraction, numerical approach, approach by
measures.
I. INTRODUCTION
Tout en étant une étape incontournable dans l’acquisition de notre culture mathématique, les
nombres décimaux font partie de notre environnement. Ils servent à exprimer des mesures.
Les exemples sont nombreux dans notre vie quotidienne (longueur, masse, température,…...).
Malheureusement, des obstacles sont rencontrés lors de leur apprentissage, ce qui crée des
difficultés pour l’utilisation de ces nombres par les élèves.
Une étude en France faite en 1998 a montré que sur 1742 élèves français de la troisième
année de l’enseignement secondaire général, seulement 74,6% étaient capables d’ordonner
correctement les nombres suivants 8,10 – 8,01 – 8,121 et 8,6. Alors qu’en est-il des élèves
du primaire ?
*
Usthb – Algérie [email protected]
**
Usthb – Algérie- [email protected]
Ighil Ameur M., Bebbouchi R. (2015) Enseignement des nombres décimaux a l’école primaire et
environnement algérien. In Theis L. (Ed.) Pluralités culturelles et universalité des mathématiques : enjeux et
perspectives pour leur enseignement et leur apprentissage – Actes du colloque EMF2015 – GT4, pp. 403-410.
EMF2015 – GT4 404
Cela nous pousse à penser à une approche réfléchie qui facilite l’enseignement de ces
nombres que nous appelons les DECIMAUX.
II. UNE PETITE HISTOIRE DES NOMBRES DECIMAUX (LE PASSAGE A LA
VIRGULE)
Les avancées les plus précoces vers les nombres décimaux ont été faites par les savants
arabes. Le premier manuel arabe connu pour avoir présenté les nombres décimaux est Kitab
al fusul fi-l-hisab al hindi écrit par Ibrahim al Iqlidisi (920-980). Ce dernier les notait avec les
chiffres indiens d’une manière semblable à celle de nos jours, mais surmontée d’un trait : le
nombre 89 ,532 par exemple se notait 89'532.
Il explique que sa notation sans dénominateur permet d’effectuer plus rapidement les
multiplications et les divisions en passant par les puissances de 10(non encore définies
comme telles).
Deux siècles plus tard, Yahya al Samaw’al (1130-1180) indique qu’en faisant une division
ou en calculant la racine carrée d’un nombre, on peut aller au-delà des entiers. Il utilise un
tableau pour montrer que le chiffre des unités est une séparation entre les chiffres des
dizaines, des centaines…... et les chiffres des dixièmes, des centièmes……
En 1427, le célèbre astronome de Samarkande, Jemshid al Kashi, affirme dans Miftah al-
hisab (La clé de l’arithmétique) avoir découvert les fractions décimales. Il expose leur théorie
et montre comment décomposer toute fraction en somme de fractions décimales.
Par ailleurs, il montre l’analogie des calculs dans les systèmes de numération décimale et
de numération sexagésimale et donne les règles de conversion d’un système à l’autre. Al-
Kashi utilise les nombres décimaux dans la résolution de quelques problèmes algébriques et
dans les calculs d’aires et incite à leur usage pour la vérification des calculs dans le système
sexagésimal.
Si les nombres décimaux tardent à venir en Occident, c’est tout simplement parce que
l’écriture décimale des nombres a mis du temps à s’imposer. En 1579 , François Viète (1540-
1603) incite l’usage des fractions décimales plutôt que celui des fractions sexagésimales .
C’est au belge Simon Stevin (1548-1620) qu’on attribue la découverte des nombres
décimaux, et ceci pour deux raisons essentielles, d’abord parce qu’il semble que Stevin ait
conçu sa théorie indépendamment des travaux antérieurs réalisés par les savants arabes,
ensuite parce que le système de Stévin s’est répandu d’une façon très rapide et a été adopté
en une dizaine d’années.
L’ouvrage de référence s’intitule « La Disme ». Stevin l’a écrit en 1585 sous la forme
d’une petite brochure de trente-six pages. Il note par exemple le nombre 89,532 :
89(0)5(1)3(2)2(3)
L’avantage de cette écriture est d’éviter les calculs lourds de fractions pour se ramener aux
règles opératoires d’arithmétique utilisées sur les entiers.
En 1592, un italien, Giovanni Antonio Magini (1555-1617), propose une notation proche
de la nôtre et qui est encore utilisée dans les pays anglo-saxons : 89.532. En 1595, le suisse
Jost Bürgi (1552-1632) fait surmonter le chiffre des unités par un petit rond : 89°532
Enseignement des nombres décimaux à l’école primaire et environnement algérien 405
C’est au début du XVIIème siècle que le néerlandais Willerbrord van Roijen Snell (1530-
1626), aussi connu sous le nom de Snellius, puis l’écossais John Napier (1550-1617),
utilisèrent la virgule dans l’écriture des nombres décimaux.
III. UN ETAT DES LIEUX DANS LE SYSTEME EDUCATIF ALGERIEN :
L’enseignement des nombres décimaux dans l’école primaire algérienne commence à partir
de la quatrième année, la cinquième année étant la dernière année de l’enseignement primaire
(élèves de 9 à 11 ans) ; il s’appuie essentiellement sur une approche numérique.
Le manuel scolaire de quatrième année comporte quatre cours sur les nombres décimaux
précédés de trois cours sur les fractions :
Cours N°1 : intitulé « La partie entière et la partie décimale » (p. 100–101)
Objectif : Découvrir les fractions décimales.
Cours N°2 : intitulé « Nombres décimaux 1 » (p.102–103)
Objectif : Ecriture avec la virgule des fractions décimales.
Cours N°3 : intitulé « Nombres décimaux 2 » (p.104–105)
Objectif : Ordonner et comparer des nombres décimaux.
La règle graduée est introduite.
Cours N°4 : intitulé « Nombres décimaux N3 » (p.110–111)
Objectif : Additionner et soustraire des nombres décimaux.
Le manuel scolaire de cinquième année[3] comporte huit cours sur les nombres décimaux
précédés de quatre cours sur les fractions :
Cours N°1 : intitulé « Nombres décimaux 1 » (p.54–55)
Objectif : Définir les nombres décimaux comme une deuxième écriture de
fractions décimales.
Cours N°2 : intitulé : « Nombres décimaux 2 » (p.56–57)
Objectif : Rencontrer les nombres décimaux par une situation de mesure
(longueur)
Cours N°3 : intitulé : « Nombre décimaux 3 » (p.60–61)
Objectif : Ordonner et comparer des nombres décimaux
Cours N°4 : intitulé : « Nombres décimaux 4 » (p.64–65)
Objectif : Découvrir que fraction décimale et nombre décimal étaient deux
écritures de même nombre
Cours N°5 : intitulé : « Nombres décimaux 5 » (p.66–67).
Objectif : Additionner et soustraire des nombres décimaux.
Cours N°6 : intitulé : « Nombre décimaux 6 » (p.73–74)
Objectif : Multiplier un nombre décimal par un nombre naturel
Cours N°7 : intitulé : « Nombres décimaux 7 » (p.75–76)
Objectif : Multiplier un nombre décimal par 10,100,1000.
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Cours N°8 : intitulé : « Nombres décimaux 8 » (p.94–95)
Objectif : Diviser un nombre décimal par 10,100,1000
L’analyse des livres scolaires officiels de la quatrième et de la cinquième année montre que
l’apprentissage des nombres décimaux est basé sur le champ numérique. Ces ouvrages
s’intéressent d’abord aux fractions ordinaires, puis aux fractions décimales. Les nombres
décimaux sont définis comme une deuxième écriture des fractions décimales et sont ensuite
situés sur la droite numérique graduée. Cette droite permet aux élèves de comparer des
nombres décimaux.
Dans le livre scolaire officiel de quatrième année, l’approche est exclusivement numérique.
Aucune référence aux grandeurs n’est indiquée. Pour étudier les nombres décimaux vingt
activités ont été proposées et aucune d’entre elles ne fait appel à la mesure de grandeurs. Par
contre, dans le livre de cinquième année, le concept de prix apparait dans quelques activités,
ainsi que des situations de mesures de grandeurs telle que la longueur, ce qui permet
d’approfondir les connaissances des élèves. En fin de cycle primaire, les élèves sont
théoriquement capables de :
• placer des nombres décimaux dans le tableau du système décimal de position
• placer les nombres décimaux sur la droite numérique graduée
• ordonner et comparer des nombres décimaux
• additionner et soustraire des nombres décimaux
• multiplier un nombre décimal par 10, 100, 1000
• diviser un nombre décimal par 10, 100, 1000
• et multiplier un nombre décimal par un entier naturel
IV. QUELQUES REMARQUES SUR L’ENSEIGNEMENT DES NOMBRES
DECIMAUX A L’ECOLE PRIMAIRE ALGERIENNE
En analysant les livres scolaires officiels de quatrième et cinquième année, on constate que
les fractions et les nombres décimaux sont les deux apprentissages importants dans le
domaine des nombres, mais un lien immédiat est mis entre fraction et nombres décimaux, ce
qui ne laisse pas le temps à un enfant de bien maitriser les fractions.
Montrer que fraction et nombre décimal étaient deux écritures d’un même nombre n’a pas
été un objectif que l’élève devait atteindre en fin de cursus primaire mais un apriori avec
lequel il démarre son apprentissage.
L’utilisation du contexte monnaie a facilité l’apprentissage des nombres décimaux (dans
quelques cas), par exemple dans les pays qui utilisent l’euro. Beaucoup d’enseignants ont
affirmé qu’après l’arrivée de l’euro, les élèves comprennent plus vite les nombres décimaux.
Mais, dans l’enseignement algérien, l’utilisation des prix ne contribue plus à approfondir les
connaissances des élèves car, ces dernières années, après la dégradation de la valeur du dinar
algérien, des prix du style 480,60DA, 68,03DA ne représentent plus des valeurs correctes sur
le marché algérien (alors qu’on remarque que dans le livre de cinquième année plusieurs
activités ont été proposées). Seul l’exemple du prix des médicaments mentionné sur les
vignettes reste valable, des nombres à virgule y figurent.
Enseignement des nombres décimaux à l’école primaire et environnement algérien 407
Après la réforme du système éducatif faite par le Ministère de l’Education Nationale en
2003et basée sur l’approche par compétences, des cours sur l’utilisation de la calculatrice sont
proposés, ce qui permet à l’élève de rencontrer les nombres décimaux en faisant des divisions.
Les cours de soutien de mathématiques pour les élèves, particulièrement ceux du primaire,
sont devenus un phénomène qui s’est propagé d’une façon spectaculaire ces dix dernières
années dans notre environnement algérien. Est-ce là la preuve que les élèves rencontrent des
difficultés d’apprentissage à l’école ?
L’enseignement des nombres décimaux a évolué dans le monde, des logiciels ont été
développés pour améliorer leur apprentissage. Malheureusement, pour des raisons
économiques, une telle technique est loin d’être applicable dans plusieurs de nos écoles
algériennes.
L’arabisation des mathématiques dans le système éducatif algérien, qui a été faite par des
inspecteurs, a causé des difficultés d’apprentissage chez les élèves. Par exemple, pour le cas
de la lecture des nombres décimaux :
125,53 est lu en arabe : cent, cinq et vingt virgule trois et cinquante.
125,03 est lu en arabe : cent, cinq et vingt virgule zéro trois.
Une telle lecture crée des confusions chez les élèves et ne peut être imputée à la traduction
arabe.
V. UNE APPROCHE DIDACTIQUE DES NOMBRES DECIMAUX
L’analyse de quelques manuels scolaires belges, français, suisses et allemands faite par une
équipe du Centre de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques CREM, a montré que
les approches des nombres décimaux pouvaient être variées. On peut regrouper ces manuels
en quatre catégories :
Les manuels qui se basent essentiellement sur une approche numérique
Ces manuels procèdent parfois avec des approches différentes, certains s’intéressent d’abord
aux fractions ordinaires puis aux fractions décimales et l’équivalence entre un nombre
décimal et une fraction décimale est ensuite donnée ce qui est le cas par exemple pour la
collection « A la conquête des maths », les auteurs proposent pour la première activité
d’apprentissage une fiche où les élèves doivent (relier les fractions aux nombres décimaux),
puis(relier chaque nombre décimal à sa situation sur la droite graduée), d’autres manuels
n’insistent pas immédiatement sur les liens entre les fractions et les nombres décimaux. Les
nombres décimaux naissent de l’extension du système décimal de position par la suite des
fractions et des nombres décimaux étant situés sur une droite graduée, des égalités vont
apparaitre (l’écriture en fraction d’un nombre décimal et son écriture avec la virgule sont
situées au même endroit sur la droite graduée).
Les manuels qui se basent essentiellement sur les mesures de grandeurs
Ces manuels s’appuient sur l’approche par les mesures qui est bien évidement importante et
ne peut être absente d’un dispositif d’enseignement des nombres décimaux, ce qui est le cas
par exemple pour la collection « Faire les maths ».Les auteurs proposent dès la première page
une situation où les nombres décimaux sont solutions de calculs de prix en euros. Les élèves
doivent lire des étiquettes où le prix et le poids sont exprimés par un nombre à virgule. Il leur
est ensuite demandé d’écrire les poids dans l’abaque, puis avec la virgule. Des situations de
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mesures de longueur et de transformation de l’unité permettent aussi d’approfondir les
connaissances des élèves.
Les manuels qui s’appuient sur ces deux domaines complémentaire
La collection « Corome » et la collection « J’apprend les maths » s’appuient sur une approche
mixte et complémentaire. La collection Corome propose une situation numérique à partir de
laquelle les élèves vont constater que les nombres naturels, ne suffisent plus à résoudre des
situations d’addition ou de soustraction. Ensuite des situations font appel à la mesure de
grandeurs ou à la multiplication de nombres à l’aide de la calculatrice. Le lien avec les
fractions n’apparait que plus tard dans le cursus. Celui-ci est construit à partir de la droite
numérique.
Les manuels qui ne déterminent pas de choix mais juxtaposent des activités
Les auteurs de la collection « Archi m’aide » et « Cracks en maths » ne définissent pas
vraiment une approche structurée.
Les difficultés d’apprentissage des nombres décimaux ont été étudiées par des didacticiens
et des chercheurs (notamment Brousseau , Douady ) et vers 2007, certains s’interrogent
encore sur l’intérêt d’une approche réfléchie des nombres décimaux pour permettre aux élèves
de comparer , ordonner des nombres décimaux et opérer sur ces nombres plus facilement
qu’auparavant .
On constate que la notion de nombre décimal ne peut naître ni exclusivement de la notion
de système décimal de position, donc du contexte numérique, ni exclusivement de la mesure
de grandeur. Pour rencontrer les nombres décimaux, on a choisi de proposer aux élèves une
situation qui leur pose problème, une situation qui crée un déséquilibre au niveau de leurs
savoirs, de leur conception. On a proposé par exemple de travailler sur les aires des carrés oǔ
on demande de trouver la longueur du côté d’un carré dont l’aire est 8cm².
On propose donc aux élèves une situation problème pour laquelle les nombres naturels ne
suffisent pas. Pour pouvoir la résoudre, il est nécessaire aux élèves d’en utiliser d’autres : Les
Nombres Décimaux.
Cette même équipe de recherche a développé, en collaboration avec un groupe
d’informaticiens, un outil informatique d’évaluation diagnostique nommé : DECIVAL.
Ce logiciel permet de mettre en évidence la manière avec laquelle les élèves traitent des
tâches relatives aux nombres décimaux.
DECIVAL propose des tâches relatives à :
• La comparaison de deux nombres décimaux (l’ordre).
• L’addition de deux nombres décimaux.
• La soustraction de deux nombres décimaux.
• La multiplication de deux nombres décimaux.
L’utilisation de ce logiciel figure actuellement dans le programme scolaire français.
Et afin de remédier à certaines difficultés rencontrées par les élèves du primaire lors de
l’apprentissage des nombres décimaux, ce serait intéressant de privilégier, dans un premier
temps, le travail sur le sens pour amener ensuite la technique et l’automatisation, et comme
Enseignement des nombres décimaux à l’école primaire et environnement algérien 409
les nombres décimaux sont rarement vus comme une partie de plaisir chez les élèves de
primaire, ce serait intéressant aussi d’ajouter un coté ludique aux activités . Plusieurs activités
qui se basent sur le jeu ont été proposées par (Brissiaud 2012, pp.38-93).
VI. L’ENSEIGNEMENT DES NOMBRES DECIMAUX A L’ECOLE PRIMAIRE
ALGERIENNE DE 1830 A NOS JOURS
Les travaux de S. Stevin amènent les mathématiciens et les autorités universitaires en Europe
à s’intéresser à l’enseignement des nombres décimaux dés le seizième siècle.
Selon G. Brousseau, il a fallu deux siècles pour franchir le pas, et un siècle encore pour
que cela soit traduit dans des pratiques d’écoles, où ce sont essentiellement les mécanismes
indépendamment des justifications mathématiques qui sont enseignés.
De 1830 à nos jours, l’enseignement des nombres décimaux a évolué, mais il n’est devenu
applicable aux algériens qu’après l’élargissement à l’Algérie des lois dites « lois de Ferry »en
1883, car de1830 à 1883 plus de 90% des algériens ont dȗ suivre leurs études dans les
mosquées et les zaouiates. (Kadri 2007, pp.19-39).
Dans les premiers programmes, les poids et les mesures constituaient un champ privilégié
pour l’apprentissage des nombres décimaux car dans cette période là, l’enseignement des
mathématiques à l’école primaire avait pour objectif de préparer à la vie courante, les élèves
quittaient tôt l’école pour aller travailler avec ou pour leurs familles. Après les guerres, en
plus de la préparation à la vie courante, il s’est avéré nécessaire d’ajouter une préparation à la
poursuite des études.
A la fin des années soixante, les mathématiques modernes apparaissent dans les
programmes et suite à la révolution structuraliste des mathématiques, le lien entre les nombres
décimaux et plus globalement les rationnels et les grandeurs, s’appauvrit : l’approche
numérique est donc privilégiée.
Dans les années 1980, après la réforme du système éducatif algérien faite après
l’indépendance (création de l’école fondamentale) et après l’abandon de la réforme dite
« mathématiques modernes », le travail à partir des problèmes s’accentue, le rapport à la vie
quotidienne comme élément de découverte est à nouveau mis en avant (on s’appuie donc sur
une approche mixte).
Lier les mathématiques à la résolution des problèmes de la vie courante reste une
préoccupation dans les derniers programmes parus après la réforme faite en 2003 basée sur
l’approche par compétences, mais cette fois tout en emmenant les élèves à s’interroger et à
réfléchir sur des « questions de structure ».
VII. NOS PROPOSITIONS
Pour améliorer l’apprentissage des nombres décimaux dans l’école algérienne il faut agir sur
leur enseignement initial. Pour cela, nous proposons :
• d’introduire les nombres décimaux en quatrième année comme nombres à virgules
sans faire appel à des fractions, une notion que les élèves voient aussi pour la première
fois, tout en respectant l’approche didactique citée ci-dessus, et de laisser
« l’équivalence entre un nombre décimal et une fraction décimale » comme un objectif
à atteindre en fin de cinquième année.
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(un élève de primaire est plus à l’aise devant un nombre à virgule que devant une
fraction).
• d’agir sur les activités proposées aux élèves en faisant un choix réfléchi pour
permettre aux élèves de construire des savoirs persistants.
• d’agir au niveau de la formation des enseignants (initiale et continue) car il est utile
qu’ils aient en tête les différentes approches possibles et qu’ils puissent ajuster leur
activité enseignante en fonction des difficultés des élèves, et il est nécessaire aussi que
les enseignants puissent distinguer les difficultés « normales » des difficultés dues
aux obstacles didactiques, et plus particulièrement aux obstacles épistémologiques .
Et pour conclure, nous confirmons ce qu’a dit N. Rouche que s’il est vrai que toute théorie
répond à une question, ne nous arrive-t-il pas trop souvent d’enseigner les réponses ? C’est-à-
dire la théorie avant les questions, avant que les élèves aient suffisamment éprouvé la
nécessité de la théorie.
REFERENCES
Abdeljaouad M. (2005) Les arithmétiques arabes. Tunis : Collection quol lana.
Brissiaud R. (2012) Apprentissage des fractions et des décimaux. Polynésie Française :
PIUFM 2012.
Brousseau G. (1998) La théorie des situations didactiques. Grenoble France : La pensée
sauvage.
Grégoire J., Michaux C., Rouche N., Desmet L., Skilbecq P., Fanuel J., Soille S., Pliez G.,
Randour M. (2010) L’apprentissage et l’enseignement des nombres décimaux. Nivelles :
Rapport final d’une recherche CREM 2010.
Kadri A. (2007) Histoire du système d’enseignement colonial en Algérie. Lyon : ENS
éditions.
Rouche N. (1992) Le sens de la mesure. Bruxelles : Didier Hatier.
Saidan A.S. (1985) Uklidisi , al-fusul-fi-l-hisab al-hindi (les sections sur le calcul indien).
Alep : Université d’Alep, institut d’histoire des sciences arabes.
Http://www.maths-et-tiques.fr/ : un site Web.
MANUELS SCOLAIRES
Livre scolaire algérien de quatrième année : les maths dans notre vie. ONPS avril 2006.
Livre scolaire algérien de cinquième année : les maths dans notre vie. ONPS mars 2007.