Chapitre 2 : Magnétostatique
La magnétostatique est l’étude des champs magnétiques crées par une distribution permanente de
courant (courant volumique, surfacique, filiforme).
Les applications industrielles des champs magnétiques sont nombreuses. Aussi le calcul des champs
magnétiques créés par des courants constitue-t-il une partie importante de l’électrotechnique, notamment
depuis le développement de méthodes numériques performantes.
I. Notion de champ magnétique
Plusieurs expériences mettent en évidence les phénomènes magnétiques.
- deux aimants placés l’un à côté de l’autre se repoussent si les pôles identiques sont en regard ou
s’attirent si les pôles contraires sont en regard.
- un fil parcouru par un courant électrique fait dévier l’aiguille d’une boussole ou toute autre
aiguille aimantée placée à proximité (expérience d’Oersted 1820).
- deux fils parcourus par un même courant s’attirent ou se repoussent ; c’est l’interaction du
courant électrique mise en évidence par Biot et Savart (1821).
- la trajectoire d’un faisceau d’électrons est déviée lorsqu’on approche un aimant.
Les phénomènes précédemment cités sont dus à l’existence d’un champ d’induction magnétique ou
champ magnétique. Il règne un champ magnétique dans une région de l’espace lorsqu’une aiguille
aimantée y subie des actions mécaniques et prend une direction bien définie.
Le sens du champ magnétique est le sens SN (Sud-Nord) de l’aiguille aimantée. Le champ magnétique
est une grandeur vectorielle notée B . L’espace environnant un aimant ou une charge électrique en
mouvement est le siège d’un champ magnétique.
II. Champ magnétique crée par des courants
C’est à partir de l’étude des forces exercées entre conducteurs parcourus par des courants que Biot et
Savart ont énoncé la loi qui porte leur nom et qui permet d’exprimer le champ magnétique créé par un
courant en un point M de l’espace.
1. Champ magnétique créé par un conducteur filiforme parcouru par un
courant
Soit un conducteur filiforme parcouru par un courant I. Soit une portion dl orientée dans le sens du
courant I qui le parcours. Le champ magnétique élémentaire dB crée par l’élément de courant I.dl en un
point M situé à la distance r est donné par l’expression :
0 I dl PM
d B(M ) = ou encore
4 PM 3
0 I dl uPM
d B(M ) =
4 PM 2
μ0 =4π.10-7 S.I permittivité magnétique du vide. dB
s’exprime en tesla (T) ou (Wb.m-2)
Pour obtenir le champ total en un point M il faut ajouter vectoriellement la contribution de tous les
éléments de courant constituant le circuit. On a alors :
0 I dl u PM
B(M ) = d B(M ) = (5.2)
C
4 C
PM 2
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Remarque : Le champ magnétique en un point est inversement proportionnel à la distance au carré
séparant l’élément de courant et le point considéré :
d B(M ) = k m
I
2
dl u PM avec km = 0 4 = 10−7 S.I
PM
2. Détermination du sens de d B
- Le sens de d B est tel que le trièdre formé par
(dl, u , d B) soit direct, c'est-à-dire dans le
r
même sens que (i, j , k ) (figure 5.2a)
- Règle des trois doigts de la main droite (figure
5.2b)
III. Champ magnétique crée par quelques circuits
1. Champ magnétique crée par un circuit rectiligne infini
Calculer le champ magnétique crée par un fil rectiligne infini et parcouru par un courant d’intensité I,
en un point M situé à la distance a du fil.
0 I .dl r
Un élément dl du circuit, centré au point O, crée un champ élémentaire d B = perpendiculaire
4 r3
au plan défini par M et le fil: d B à la même orientation et le même sens quel que soit le point O et,
dans ce cas l’addition vectorielle des d B (qui nous donne B ) se ramène à une addition algébrique.
En intensité dB =
0 Idl r
4 r 3
( )
Idl
4 r
sin dl , r = 0 2 sin( ) mais sin( ) = sin + = cos( ) et cos( ) =
2
a
r
Idl
d’où : dB = 0 2 cos 3 ( ) ,
4 a
D’autre part : l = atg( ) soit
dl dtg( ) a
=a = finalement
d d cos2 ( )
0 I
dB = cos( )d
4 a
Pour obtenir le champ magnétique total au point M,
il faut intégrer le champ élémentaire sur l’ensemble
du fil.
2 Figure 5.3 Champ magnétique créé par un fil
I I
B = dB = 0 cos ( )d = 0 rectiligne en un point M situé à la distance a de son
4 a
2 a
− axe.
2
2. Champ magnétique crée par une spire circulaire en un point de son axe
On considère une spire circulaire conductrice de centre O, d’axe z’Oz caractérisée par son rayon R et
parcourue par un courant I (figure). On cherche à exprimer le champ magnétique créé par ce courant I
en un point M situé sur l’axe de la spire. Le point M est repéré par son abscisse OM = z.
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Figure 5.4 Champ magnétique créé par une spire circulaire en un point M de son axe.
0 I .dl PM
L’élément de courant Idl crée au point M le champ élémentaire d B = de
4 PM 3
module dB =
0 Idl
4 PM 2
( ) (
)
avec dl PM = dl PM sin dl , PM = dl PM car sin dl, PM = sin = 1 .
2
L’élément de courant Idl symétrique de Idl par rapport à O, crée au point M le champ élémentaire
0 I dl P M Idl
dB = de module dB = 0 .
4 P M 3
4 P M 2
dl’ étant le symétrique de dl par rapport à O alors on : dl=dl’, PM=P’M et dB=dB’.
Le champ magnétique résultant au point M est dBT = dB + dB
La projection de cette relation vectorielle dans le repère (M,z,y)
dBTz = dB sin( ) + dB sin( ) = 2dB sin( )
dBTy = dB cos( ) − dB cos( ) = 0
Le champ magnétique résultant est porté par l’axe (M, z) soit
dBT = 2 dB sin( ) e z
Le champ magnétique au point M est donné par l’intégrale:
B = dBT = 2 dB sin( ) e z
1 2C
2 I sin( ) 2 I sin( )
B == 0
4 PM 1 2C2 dl e z = 0
4 PM 2
R e z
En utilisant la relation sin( ) =
R
l’équation précédente peut se mettre sous la forme:
PM
I
B = 0 sin 3 ( ) e z (5.3)
2R
En faisant α=π/2, on obtient le champ magnétique au centre O de la spire :
I
B = 0 ez
2R
En utilisant la relation sin( ) =
R R
= l’équation (5.3) peut aussi se mettre sous la forme:
PM R + z2
2
0 IR 2
B= ez
(
2R +z 2
)
2 32
Soit M = I S = I R 2 le moment magnétique dipolaire du circuit, on a:
0 M
B=
2 (R 2 + z 2 )
32
Lorsque le circuit est très petit, de sorte que le rayon R peut être négligé devant la distance z, on a:
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0 M 0 (2 M )
B= = (5.4)
2z 3 4z 3
En rappel, la composante radiale du champ électrostatique crée par un dipôle électrique en un point situé
hors de son axe est :
cos( ) (5.5)
2p
Er =
40 r 3
Le long de l’axe du dipôle électrique où ϴ=0on a
2p
Er = (5.6)
4 0 r 3
Si on compare l’équation (5.4) à l’équation (5.6) on voit que le champ magnétique le long de l’axe d’une
spire de courant de faibles dimensions est identique au champ électrique d’un dipôle
électrique le long de son axe si l’on fait
correspondre (μ0/4π)M à p/4πε0.
Le circuit est appelé pour cette raison dipôle
magnétique. Nous pouvons donc appliquer les
équations du dipôle électrique à un dipôle
magnétique, ce qui permet de calculer le champ
magnétique en dehors de l’axe. Ceci donne
0 2 M cos( ) 0 M sin( )
Br = , B = (5.7)
4 r 3
4 r3
Figure 5.5 Champ magnétique au point P créé par
une spire assimilée à un dipôle magnétique
IV. Propriétés du champ magnétique
1. Relation entre le champ et les sources : théorème d’Ampère
a. Enoncé du théorème d’Ampère
Soit (𝓒) un contour fermé orienté et une surface S s’appuyant sur ce contour. Soit I1, I2, …, In les
courants enlacés par le contour fermé, la circulation du champ magnétique le long du contour orienté est
égale au produit de la perméabilité μ0 du vide par la somme algébrique des intensités des courants
enlacés par le contour.
C = B.dl = 0 I int (5.8)
C
avecIint>0 s’ils sont dans le même sens que
n (vecteur normal à la surface S) si non les
Iint sont négatifs.
C = B.dl = (I 2 − I 1 − I 3 )
C 0
Remarque
- Le théorème d’Ampère est à la
magnétostatique ce que le théorème de
Figure 5.6 Courants enlacés
Gauss est à la l’électrostatique :un outil Figure 5.7 Lignes de
par un contour orienté
efficace pour obtenir champ magnétique
rapidementl’expression du champ
magnétique crée par un ou plusieurs courants lorsque certaines conditions de symétrie sont respectées.
-
Application : reprenons le conducteur rectiligne infiniment long, précédemment étudié en appliquant la
loi de Biot et Savart.
a) Nature de la courbe d’Ampère : cercle de rayon r et centré sur le fil.
Cours d’électrostatique, Pr M. ZOUNGRANA Page 4
b) Pour calculer le champ en un point donné, choisir un contour fermé passant par ce point, pour
lequel la direction du champ est tangente et le module B constant (figure 5.7)
c) Circulation du champ magnétique le long de la courbe d’Ampère :
C = B .dl = Bdl = B dl = B 2r
C
C C
d) Courants intérieurs à la courbe d’Ampère : I int = +I
e) Application du théorème d’Ampère : C = 0 I int soit B 2r = 0 I et B(r ) = 0 I
2r
Remarque :
- Pour un conducteur rectiligne infiniment long : Le sens du champ magnétique est donné, par exemple,
par la règle de la main droite.
- Les lignes de champ magnétique sont des lignes fermées.
- L’intensité du champ magnétique augmente avec le resserrement des lignes de champ.
b. Forme différentielle du théorème d’Ampère
En exprimant le courant électrique comme le flux de la densité de courant I = j .n.dS on peut
S
exprimer le théorème d’Ampère sous la forme: C = B.dl = 0 I = 0 j ndS
C S
(S) étant une surface quelconque limitée par le contour fermé (𝓒).
C S
()
D’après le théorème de Stokes C = B.dl = rot B ndS = 0 j ndS , soit
S
()
rot B = 0 j (5.9)
Les lignes de champ magnétique se renferment sur elle-même.
L’équation (5.9) établi une relation locale entre le champ magnétique en un point et la densité de courant
j au même point de l’espace. Les courants électriques sont les sources du champ magnétique.En
()
l’absence de courant électrique rot B = 0 .
B
On définit le vecteur excitation magnétique par la relation : H = soit
0
( )
rot H = j
2. Conservation du flux du champ magnétique
Le champ magnétique élémentaire crée par un élément de courant I .dl en un point M situé à la distance
0 r
r de l’élément à pour expression : dB = .I dl 3
4 r
0 r
Si le circuit est fermé B =
4 dl 3 .
r
I
()
On montre que : div B = 0 div dl 3
4 r
r
= 0 soit div B = 0 (5.10)
()
Par analogie avec la forme différentielle du théorème de Gauss, on pourrait dire qu’il n’existe pas de
charges magnétiques mais plutôt des pôles magnétiques.
Le théorème de Green-Ostrogorski permet d’écrire : div(B )d = B.ndS = = 0
S
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= B ndS = 0 (5.11)
S
Le flux du champ magnétique à travers une surface fermée quelconque est toujours nul. On dit que le
champ magnétique est à flux conservatif.
V. Equations du champ électromagnétique statique
Electrostatique magnétostatique
Flux à travers une surface Théorème de Gauss
fermée S qint
B .dS = 0
E.dS =
S
S
0 ()
div B = 0
()
div E =
0
Circulation le long d’un Théorème d’Ampère
E .dl = 0
contour fermé C B.dl = 0 I int
() ()
C
rot E = 0 rot B = 0 j
VI. Travail des forces électromagnétiques
1. Forces magnétiques créées par un champ magnétique uniforme
a. Forces magnétiques s’exerçant sur une charge en mouvement
La force exercée par un champ magnétique sur une charge en mouvement est proportionnelle à la charge
électrique, à sa vitesse et la direction de la force est perpendiculaire au plan v, B . ( )
F = q v B (6.1)
( )
Le sens de la force magnétique est telle que v, B, F forment un trièdre direct si q>0.
Cette force est appelée le plus souvent force de Lorentz.
Lorsque la particule se déplace dans une région où règnent un champ magnétique et un champ électrique
c'est-à-dire un champ électromagnétique, la force totale est la somme de la force magnétique et de la
force électrique.
( )
F = q E + v B (6.2)Force de Lorentz.
b. Force magnétique agissant sur un conducteur : loi de Laplace
Soit un conducteur parcouru par un courant
électrique I constant et soumis à un champ
magnétique uniforme.
Comme le courant I n’est rien d’autre qu’un
déplacement de charges à l’intérieur du conducteur,
de par la force magnétique qui s’exerce sur chaque
charge en mouvement, le conducteur lui-même va
subir une force due à la présence du champ Figure 6.1 Conducteur parcouru par un courant et
magnétique. soumis à un champ magnétique
La force élémentaire dF qui s’exerce sur un élément dl du conducteur parcouru par un courant
électrique I a pour expression:
dF = Idl B (6.3) Loi de Laplace
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Dans le cas d’un conducteur rectiligne placé dans un champ magnétique uniforme on a :
F = dF = Il B (6.4)
c. Forces d’interaction entre deux conducteurs rectilignes
Soient deux conducteurs rectilignes (C1) et (C2) de longueur infinie, parallèles, séparés par une
distance r et parcourus par des courants d’intensités positives I1 et I2.
Le conducteur (C1) crée au point M2 un champ
magnétique B1 d’intensité B1 = 0 I1 .
2 r
Si on considère une portion du conducteur (C2) de
longueur l2 et centré sur M2, celle-ci est soumise à
une force de Laplace F1 due à la présence du champ
magnétique B1 : F1 = I 2l2 B1 ou en intensité
I
F1 = 0 1 I 2l2 (6.5).
2 r
Figure 6.2 Forces d’interaction entre deux conducteurs rectilignes parcourus par des courants
Le même raisonnement montre qu’une force de Laplace F2 due à la présence du champ magnétique B2
s’exerce sur un segment du conducteur (C1), de longueur l1et centré sur M1 : F2 = I 1l1 B2 ou en
intensité
0 I 2
F2 = I1l1 (6.6)
2 r
Les deux forces ont même direction mais des sens opposés : ce sont des forces d’attraction. On obtient
des forces de répulsion lorsque les deux courants sont de sens contraire.
Les relations (6.5) et (6.6) sont importantes, car elles servent à définir l’ampère, unité d’intensité du
système international. Dans le cas particulier où r = l1 = l2 = 1 m et I1 = I 2 = 1A on a:
F1 = F2 = 2 10 −7 N .
Par définition, l’ampère est l’intensité du courant passant dans deux fils parallèles, rectilignes, de
longueur infinie, de section négligeable et séparés, dans le vide, par une distance de un mètre, quand ils
s’attirent avec une force , exercée sur un mètre de fil, égale à 2 10 −7 N .
2. Travail des forces de Laplace en fonction du flux : Théorème de
Maxwell
Soit un circuit Cparcouru par un courant I et plongé dans un champ magnétique B .
Le travail des forces électromagnétiques appliquées à un circuit indéformable parcouru par un courant
constant et se déplaçant dans un champ magnétique constant est égal au produit de l’intensité du
courant par la variation du flux du champ magnétique à travers le circuit.
WL = I (6.7)
Remarque
Dans le cas d’un travail élémentaire, le théorème de Maxwell s’écrit : dWL = Id c
dΦc est le flux du champ magnétique à travers la surface balayée par l’ensemble du circuit.
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