Appendicite aiguë : Antibiotiques vs Chirurgie
Appendicite aiguë : Antibiotiques vs Chirurgie
Appendicite aiguë
Antibiotiques ou chirurgie
; Philippe Wind
(u) Service de chirurgie digestive, cancérologique et bariatrique. Groupe hospitalier Paris-SSD, Université Paris XIII,
Hôpital Avicenne, 125 rue de Stalingrad, 93000 Bobigny. France
E-mail : [email protected]
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GASTROENTÉROLOGIE
L’appendicite aiguë est le premier appendicites aiguës sur des patients
motif d’intervention en chirurgie sélectionnés [3-7], alors que parallèle-
digestive en France. On estime que la ment, les taux d’échecs et de récidives,
probabilité de développer une appen- qui sont les deux points traditionnel-
dicite aiguë au cours de la vie est de 9 % lement redoutés du traitement non
mais seulement 20 % se présenteront opératoire, ne semblent pas étayés par
avec une forme compliquée [1, 2]. C’est les résultats des études observation-
la notion de risque évolutif entre les nelles récentes comprenant des suivis
formes non compliquées et compli- à long terme [8].
quées qui a conduit à prôner l’interven-
tion urgente et systématique de toutes Le traitement non opératoire des
appendicites aiguës diagnostiquées. Si appendicites aiguës conceptualise une
le traitement de référence de l’appen- vraie rupture paradigmatique car il fut
dicite aiguë reste chirurgical, on peut enseigné à toutes les générations
estimer que sa place tient avant tout à d’étudiants en médecine que toutes
son historique antériorité avec une appendicites aiguës diagnostiquées
mise au point et une diffusion de la devaient être opérées en urgence. En
technique à une époque où l’antibio- France, Henri Mondor a contribué à
Objectifs pédagogiques thérapie était inexistante [3]. diffuser cette attitude en la justifiant
Finalement, la pratique habituelle de par le fait qu’il n’y avait pas de paral-
– Quand peut-on proposer un traite- l’appendicectomie en urgence resterait lélisme anatomo-clinique, c’est-à-dire
ment antibiotique ? plus une habitude héritée du passé qu’un malade avec peu de signes pou-
qu’une pratique validée par les don- vait en fait avoir une forme grave, et
– Connaître les modalités et les résul-
nées de la littérature. que l’évolution était imprévisible, fai-
tats du traitement par antibiotiques
sant courir à tout patient le risque
– Connaître les indications thérapeu- d’évolution vers une péritonite.
tiques en cas de récidive Cependant, diffusé à une époque où le
Histoire naturelle diagnostic d’appendicite aiguë restait
de l’appendicite aiguë clinique, le dogme que toute appendi-
cite aiguë devait être opérée est devenu
pour une bonne partie des médecins
Avec l’apparition et le développement que « toute douleur de la fosse iliaque
de l’antibiothérapie, de multiples droite devait être appendicectomisée »,
pathologies infectieuses intra abdomi- conduisant ainsi au milieu des années
nales ont pu être traitées avec succès 80 au fait qu’il y avait trois fois plus
(sigmoïdites, salpingites…) sans aucun d’appendicectomie en France qu’en
recours systématique à la chirurgie. Allemagne, pourtant plus peuplée.
Mais dans ces pathologies, le traite-
ment médical premier est justifié par Dans l’immense majorité des cas, l’ap-
la lourdeur, les complications et les pendicite est créée par une obstruction
conséquences d’un éventuel traite- luminale, soit externe comme une
ment chirurgical, alors que par opposi- hyperplasie lymphoïde, soit interne,
tion l’appendicectomie reste considé- par des matières ou un stercolithe
Conflit d’intérêt rée comme une opération simple et (Fig. 2). L’obstruction intra-luminale
bénigne et n’entraînant aucune conduit à une hypersécrétion de
Aucun séquelle ou infirmité. Ces dernières mucus, qui accroît la tension pariétale,
années, plusieurs études randomisées et à une prolifération bactérienne. Ce
Mots clés : appendicite aiguë, et des méta analyses ont souligné la mécanisme induit une diminution du
traitement antibiotique, faisabilité et la sécurité à court terme flux sanguin et lymphatique respon-
appendicectomie du traitement non opératoire des sable d’une nécrose ischémique puis
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quées représenterait la moins coûteuse
des options thérapeutiques [25].
Apparition de pus Appendicite suppurée
À l’inverse, les risques principaux du
traitement médical sont l’échec du trai-
tement initial et la survenue d’une
Distension appendiculaire par sécrétion de mucus
récidive. Les échecs à la phase aiguë
peuvent être dus à une erreur diagnos-
Ischémie pariétale Appendicite gangréneuse
tique, à la méconnaissance d’une
appendicite compliquée ou encore à
l’évolution vers une forme grave d’une
Perforation Péritonite localisée ou diffuse appendicite initialement non compli-
quée. L’utilisation du traitement non
opératoire des appendicites aiguës
demande de définir à qui s’adresse ce
traitement, quels sont les critères de
succès, quelles sont les fréquences et la
Abcès Rupture
gravité des échecs thérapeutiques ou
des récidives. Dans tous les cas, la bio-
logie n’a aucune utilité dans le choix
Figure 2. Physiopathologie classique de l’appendicite aiguë d’un traitement médical ou chirurgical.
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complète de la symptomatologie. Un
contrôle biologique (NFS, CRP) peut être
utilisé sans qu’il existe de recomman-
dations particulières. Le contrôle ulté-
rieur par TDM n’est pas validé. Dans
une étude, le traitement médical des
appendicites non compliquées repré-
sentait la moins coûteuse des options
Figure 6. Appendicite aiguë compliquée avec abcès thérapeutiques [25].
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À un an du traitement médical, environ 30 % des patients sont
finalement appendicectomisés pour échec ou récidive.
Le traitement médical des appendicites aiguës non compliquées
consiste en une antibiothérapie initiée en milieu hospitalier par
voie intra-veineuse pendant 2 jours puis poursuivie per os à domicile
pendant une durée totale de 10 jours.
Question 1
Concernant l’évolution des appendicites aiguës (une réponse vraie)
❏ A. Une appendicite aiguë non compliquée évolue toujours vers une forme compliquée en l’absence de traitement.
❏ B. Il n’est pas certain que les appendicites compliquées et non compliquées soient la même entité vue à des stades différents.
❏ C. La gravité de l’appendicite aiguë est toujours corrélée au retard à l’intervention.
❏ D. Les appendicites aiguës ne peuvent pas être spontanément résolutives.
❏ E. Chez l’enfant, le dogme de l’appendicectomie en urgence n’a jamais été remis en cause.
Question 2
Concernant les conditions du traitement médical des appendicites aiguës (une réponse vraie)
❏ A. La tomodensitométrie est inutile car elle n’aide pas à distinguer les formes compliquées et non compliquées d’appendi-
cites aiguës.
❏ B. Débuter le traitement d’une appendicite aiguë par une antibiothérapie induit un sur-risque de péritonite par rapport aux
patients opérés d’emblée.
❏ C. Le traitement médical de l’appendicite aiguë concerne uniquement les appendicites non compliquées.
❏ D. Les appendicites aiguës avec un stercolithe sont une bonne indication du traitement médical.
❏ E. Le traitement antibiotique est efficace mais ne permet pas de réduire les complications par rapport à la chirurgie.
Question 3
Chez un patient traité par antibiotique pour appendicite aiguë (une réponse vraie)
❏ A. Le traitement antibiotique doit toujours être administré par voie intraveineuse pendant toute la durée du traitement.
❏ B. Une durée du traitement d’une dizaine de jours est suffisante chez la majorité des patients.
❏ C. L’hospitalisation est obligatoire pendant toute la durée du traitement.
❏ D. Le risque de récidive pendant la première année concerne la majorité des patients.
❏ E. La durée totale du traitement ne doit pas être inférieure à trois semaines.
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