Renforcer le soutien aux étudiants et aux
entreprises en matière de conciliation
études-travail-famille – Synthèse
Avril 2019
Michaël Gaudreault
Suzie Tardif
Luc Laberge
enforcer le soutien aux étudiants et aux entreprises
en matière de conciliation études-travail-famille
Avril 2019
SYNTHÈSE
Mise en contexte et objectifs du projet
Une ère de plein emploi au Québec
Le taux de chômage a atteint 5,5 % en 2018, soit son plus bas niveau au cours des 40 dernières années
(ISQ, 2019; MTESS, 2018).
La proportion de la population qui est âgée de 20 à 64 ans devrait passer de 61 % à 54 % (−7 points de
pourcentage) au cours des 15 prochaines années (ISQ, 2018a).
Les conséquences du plein emploi se traduisent par une rareté ou une pénurie de main-d’œuvre, des
besoins accrus durant les congés et l’embauche précoce de jeunes avant l’obtention d’un diplôme.
Des jeunes plus nombreux sur le marché du travail
Au secondaire, 1 élève sur 2 a un emploi rémunéré durant l’année scolaire (+10 points de pourcentage
en six ans), les petits boulots laissant graduellement la place à des emplois dans des entreprises
formelles à partir du 2e cycle du secondaire (ISQ, 2018b).
Au cégep et à l’université, environ 2 étudiants sur 3 ont un emploi (Bonin et Girard, 2017; Gaudreault et
coll., 2013, 2018).
Les avantages et les inconvénients d’occuper un emploi pendant l’année scolaire
Les bénéfices pour l’étudiant sont nombreux : meilleure connaissance de soi et de ses aptitudes,
développement de son autonomie, renforcement du sens des responsabilités, capacité à mieux
communiquer ou à s’adapter à diverses situations, etc. (Roy, 2008).
Les étudiants qui travaillent sont exposés à plus de risques concernant leurs études, leur travail et leur
santé (Laberge et coll., 2014).
Les étudiants issus de milieux défavorisés doivent plus souvent travailler pour subvenir à leurs besoins
et payer leurs frais de scolarité (AFE, 2013; FEUQ, 2011; Kamanzi et coll., 2010).
Un projet provincial, mené par les IRC et ÉCOBES, qui vise à…
Favoriser la mise en place de meilleures pratiques de conciliation études-travail (CET) dans les
organisations qui embauchent des étudiants ainsi que chez les jeunes qui occupent un emploi pendant
leurs études.
Accroître le bassin de main-d’œuvre qualifiée du Québec afin de mieux répondre aux besoins de main-
d’œuvre des entreprises.
Objectifs spécifiques du projet
Informer et sensibiliser les étudiants-travailleurs à l’importance d’une bonne CET.
Identifier les conditions permettant de mieux soutenir la conciliation études-travail-famille.
Assurer le partage de bonnes pratiques en matière de CET au sein des entreprises.
1
Instruments de collecte et précisions méthodologiques
JeConcilie.com
1) Est un outil d’intervention et de sensibilisation sur
la conciliation études-travail-famille développé en
2013 par ÉCOBES, le réseau des IRC et l’IRSST.
2) A été adapté pour le Québec et le Nouveau-
Brunswick.
3) Contient cinq sections : ma situation générale,
mes études, ma famille, mon travail et ma santé.
4) Fournit une rétroaction à l’étudiant sur sa
situation.
5) Offre des pistes de réflexion et des liens vers des
ressources externes.
6) Permet de conserver les réponses des étudiants
à des fins de recherche.
Financement du projet
Pour télécharger le rapport, consulter
ecobes.cegepjonquiere.ca/nouveautes ou
employeursenagages.ca
2
Les conséquences associées à une conciliation études-travail difficile
Près de la moitié des répondants présente une conciliation1 études-travail facile tandis que le quart témoigne d’une CET
difficile. Les résultats sont éloquents à l’effet qu’une conciliation études-travail plus difficile va de pair avec des risques accrus
concernant les études, la santé et la sécurité au travail.
Les études
Comparativement aux jeunes pour qui la CET s'avère facile, ceux qui parviennent plus difficilement à
concilier les études et le travail sont :
3 X plus nombreux à avoir souvent pensé abandonner leurs études (21,4 % contre 8,1 %);
plus souvent désengagés sur le plan scolaire (21,2 % contre 14,3 %).
La santé
Les jeunes qui concilient difficilement les études et le travail sont nettement plus nombreux à
rapporter un niveau élevé de détresse psychologique (55,3 % contre 17,9 %) et un niveau
élevé de fatigue (56,5 % contre 18,3 %) comparativement aux étudiants qui ont une CET facile.
Ils se perçoivent aussi en moins bonne santé et disent ne pas dormir suffisamment pour
combler leurs besoins de sommeil.
La sécurité au travail
La proportion de jeunes déclarant avoir subi un accident de travail dans le cadre de leur emploi
actuel est plus élevée chez ceux qui concilient difficilement les études et le travail que chez ceux
qui concilient harmonieusement ces deux activités (24,6 % contre 16,7 %).
L’employeur, un acteur de premier plan
Les étudiants qui disent bénéficier d’un soutien social élevé de la part de leur supérieur immédiat (être attentif à ce que
disent ses employés, faciliter la réalisation du travail, réussir à faire travailler les gens ensemble, éviter les situations
conflictuelles, etc.) estiment concilier plus facilement les études et leur emploi.
Par contre, ceux qui disent être soumis à une forte demande psychologique dans le cadre de leur emploi (quantité
excessive de travail demandée, temps imparti insuffisant pour accomplir les tâches, recevoir des demandes
contradictoires de la part des autres, etc.) rapportent nettement plus fréquemment une CET difficile.
Les conséquences d'une conciliation études-travail difficile sont nombreuses et peuvent nuire
autant à la santé de l'étudiant, à sa réussite scolaire qu'à son rendement et sa persévérance
dans son emploi. L’employeur peut jouer un rôle important pour favoriser la CET de ses
employés en leur offrant un environnement de travail favorable (soutien social élevé de la part
de l'employeur, demande psychologique de l'emploi modérée, etc.).
1 Le degré de conciliation études-travail est mesuré à l’aide d’une échelle de conflits études-travail (Tanguay, 2003) comportant les six énoncés suivants : après
le travail, je n’ai pas l’énergie pour faire mes travaux scolaires et étudier; j’aurais de meilleurs résultats scolaires si je ne travaillais pas; je suis souvent trop
fatigué à l’école à cause des choses que je dois faire au travail; mon travail m’empêche de consacrer le temps que je souhaiterais à mes études; mes
préoccupations concernant mon travail nuisent à ma concentration dans les études; je passe tellement de temps au travail que j’ai du mal à trouver du temps
pour étudier. Si un étudiant est en accord avec au plus un énoncé, sa conciliation études-travail est considérée comme facile tandis qu’elle est considérée
comme difficile s’il est en accord avec quatre énoncés ou plus.
3
L’important cumul d’activités des étudiants
L’un des principaux constats qui se dégagent des analyses est
l’important cumul d’activités des étudiants. Les employeurs consultés
reconnaissent que l’emploi du temps de leurs employés aux études
est chargé et ils sont conscients des efforts que ces derniers
déploient pour concilier l’ensemble de leurs obligations.
Les étudiants qui travaillent un plus grand nombre d’heures ou par obligation, qui consacrent davantage de temps
à leurs travaux scolaires ou qui ne bénéficient pas d’au moins une journée de congé par semaine arrivent plus
difficilement à concilier leurs études et le travail. La CET des étudiants du cégep ou de l’université s’avère par ailleurs
plus difficile que pour les étudiants des autres niveaux scolaires sondés.
Relation entre le nombre d’heures consacrées à un travail rémunéré et le degré de conciliation études-travail
100 % 6,9 % 10,3 %
13,9 % 21,0 % 28,0 % Conciliation
21,0 % 34,6 % difficile
80 % 45,0 %
28,0 %
27,9 %
60 %
29,4 % Conciliation plus
27,1 % ou moins facile
79,2 %
40 % 68,7 %
51,1 % 44,2 %
36,0 % Conciliation
20 % 27,9 %
facile
0%
Moins de 5 5à9 10 à 14 15 à 19 20 à 24 25 ou plus
Nombre d'heures de travail rémunéré
D’autre part, le fait d’offrir une plus grande flexibilité en ce qui concerne l’horaire de travail (consulter les étudiants avant
d’établir l’horaire de travail, offrir la possibilité de limiter son temps de travail, de s’absenter au besoin ou pouvoir s’entendre
avec des collègues pour modifier son horaire, etc.) facilite la conciliation études-travail, mais représente un défi permanent
pour les employeurs. Interrogés sur les stratégies à mettre en place pour soutenir davantage leurs employés sur leur CET,
les employeurs répondent que leur principal besoin est lié au recrutement du personnel. D’ailleurs, ce résultat fait écho aux
difficultés généralement rapportées par les entreprises du Québec (Détail Québec, 2016; Groupe Agéco, 2011).
La gestion du temps est un enjeu de taille pour les étudiants qui occupent un emploi durant
l'année scolaire. Bien que le nombre d'heures de travail rémunéré soit fortement associé au
degré de CET, d'autres facteurs doivent être pris en considération comme le niveau scolaire, le
fait de devoir travailler par obligation et la flexibilité de l'horaire de travail. Plusieurs employeurs
sont, par ailleurs, d’avis que les étudiants auraient avantage à développer des stratégies leur
permettant de mieux gérer leur temps.
4
Les étudiants ayant des enfants à charge : des défis qui leur sont propres
Les étudiants qui ont des enfants à charge se distinguent de façon importante des autres étudiants quant aux caractéristiques
de leur emploi et à leur degré de conciliation études-travail.
Ils sont généralement plus âgés (80 % ont 25 ans ou plus) et travaillent moins souvent dans des secteurs d’emploi
traditionnellement associés aux emplois étudiants (vente, restauration, épicerie).
Ils consacrent un plus grand nombre d’heures à leur emploi, ont un horaire de travail moins flexible et sont plus
fréquemment soumis à une demande psychologique élevée.
Les étudiants-parents travaillent plus souvent pour subvenir aux besoins de la famille et plus rarement pour
développer une expérience de travail ou pour accroître leur autonomie.
Ils présentent souvent une conciliation études-travail difficile (44,8 % contre 27,3 % pour ceux sans enfants).
Ils pensent plus souvent mettre un terme à leurs études (24,0 % contre 11,9 % pour ceux sans enfants).
Parce qu’ils ont des obligations familiales, les étudiants-parents sont nombreux à ne pas consacrer
le temps voulu à la préparation de leurs examens (57,3 %) ou à manquer des cours (40,6 %).
Les étudiants-parents sont invités à utiliser différentes stratégies comme celles proposées par l’Université Laval (2019)
pour mieux concilier les études et leurs obligations familiales. Ils peuvent planifier efficacement leur vie de famille et le
temps consacré aux travaux scolaires (réserver chaque semaine des périodes pour les travaux scolaires et l’étude,
étudier à l’avance pour éviter d’être pris au dépourvu au cas où un enfant tombe malade, etc.), déléguer certaines tâches
domestiques ou avoir recours à de l’aide externe pour pouvoir se concentrer sur leurs études et utiliser les TIC pour
leur permettre de travailler à distance, de communiquer avec leurs professeurs ou de réaliser leurs travaux d’équipe à
l’aide d’outils collaboratifs. Plusieurs de ces mesures sont utilisées par les étudiants-parents qui ont pris part à l’étude.
Les employeurs rencontrés considèrent que les obligations familiales des étudiants-parents ont peu d’influence sur leur ren-
dement au travail et ils attribuent généralement de belles qualités professionnelles à ces employés (motivation, assiduité,
etc.). Pour certains employeurs cependant, la charge mentale de ces étudiants est élevée et les résultats recueillis témoi-
gnent d’un réel effort mis en place par les employeurs pour les épauler afin de faciliter leur conciliation études-travail-famille.
Les résultats obtenus auprès des étudiants-parents semblent concorder puisqu’ils sont nombreux à considérer que l’attitude
de leur supérieur immédiat facilite la réalisation de leur travail (87,5 %) ou qu’il prête attention à ce qu’ils disent (86,4 %).
Vu leurs plus grandes difficultés à concilier les études, le travail et leurs obligations
familiales, il apparaît important de proposer aux étudiants-travailleurs qui sont aussi parents
des stratégies efficaces pour honorer les différentes obligations qui leur incombent. Les
employeurs peuvent également offrir davantage de flexibilité quant à l'horaire de travail ou
permettre certains accommodements occasionnels comme la possibilité de faire du télétravail
ou d’amener un enfant au travail. Ces mesures pourraient, par ailleurs, être bénéfiques pour
tous les employés.
5
RÉFÉRENCES
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collégial et de l’université. Québec. Consulté le 5 décembre 2018 à http://www.afe.gouv.qc.ca/fileadmin/
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apprentissage/concilier-la-famille-et-les-etudes-mission-impossible/