INTRODUCTION
L es couleurs nous entourent et nous transmettent leur
énergie, qu’elle soit ressentie comme positive ou au
contraire comme néfaste. Suivant les lieux et les circons-
tances, nous avons intégré dans notre culture quelles
couleurs sont les plus appropriées, car elles répondent à
des codes complexes que nous vous invitons à découvrir
dans cet ouvrage.
Tout un monde de symboles
Chaque civilisation et chaque religion ont donné aux
couleurs des sens profonds liés aux croyances les plus
intimes. Si le bouddhisme consacre la couleur orangée,
l’islam met à l’honneur le vert. En associant certaines enti-
tés spirituelles à des couleurs bien précises, les cultures
ont fait des couleurs le support de valeurs qui influencent
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Le langage secret des couleurs
beaucoup nos comportements. Les théories ésotériques se
sont aussi emparées des couleurs pour leur associer des
valeurs et imaginer des réseaux de correspondances avec
les planètes, les pierres précieuses ou les types humains.
Ce livre vous aidera à vous repérer dans cette symbolique
parfois complexe, qui explique parfois les superstitions
liées aux couleurs.
À chaque culture sa couleur majeure
Une enquête toute simple demandant « Quelle est
votre couleur préférée ? » donne des réponses massi-
vement semblables dans une même aire géographique.
Dans les pays occidentaux, plus de la moitié des
réponses donnent le bleu, par exemple, alors qu’au
Japon, le rouge est plébiscité.
On peut y voir la preuve que nos goûts les plus person-
nels sont en réalité dictés par notre culture, et les couleurs
n’échappent pas à la règle. Chacune correspond à un
réseau de significations précises, élaboré au fil des siècles,
voire des millénaires. Si depuis le Moyen Âge, le bleu
illustre en Occident l’infini, le rêve, elle se trouve inves-
tie d’une puissance considérable. Nous sommes donc en
partie conditionnés par les représentations de ceux qui
nous ont précédés depuis des siècles.
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Introduction
Des codes sociaux assez stricts
Figées par nos codes sociaux, les couleurs sont-elles à
jamais prisonnières de leur image ? Sans doute pas, mais
ce domaine connaît à l’évidence des évolutions très lentes.
Ainsi, les circonstances les plus marquantes d’une vie se
retrouvent liées à des couleurs auxquelles on échappe
difficilement.
La robe de mariée en Occident est aujourd’hui blanche,
le deuil se porte en noir. Sous d’autres latitudes, c’est le
blanc ou le jaune qui seront associés au deuil. Les sociétés
restent très conservatrices sur ces usages, qui sont autant
de repères. Les historiens sont formels, les phénomènes
de mode – très ponctuels – disparaissent souvent sans
laisser de traces. Les vrais renversements de tendance
sont beaucoup plus lents, mais plus inexorables aussi.
Les couleurs nous parlent
Chaque couleur possède des significations précises et
nos choix en la matière en disent long sur nous-mêmes et
ceux qui nous entourent. Si nous nous y intéressons de
plus près, nous pouvons aisément commencer à en jouer.
Une chambre peinte en bleu ou en vert, teintes sereines et
reposantes, favorise la relaxation. En revanche, quelques
touches d’un rouge tonique dans une cuisine ou un bureau,
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Le langage secret des couleurs
lieux d’activités par excellence, participent à la vitalité
familiale ou professionnelle.
De même, la signalétique associe spontanément certaines
couleurs au danger, comme le rouge, d’autres à la santé,
comme le vert et le blanc. Les spécialistes de l’image, les
sémiologues, sont ainsi capables de conseiller sur le choix
des couleurs d’un logo ou de la dominante d’une campagne
de communication. Les professionnels du marketing, eux,
jonglent avec les couleurs, mais ne prennent guère le risque
de détourner les codes, sous peine de faire baisser les ventes.
Aujourd’hui encore, la plupart des marques préfèrent ancrer
leur image en reprenant strictement les codes des couleurs.
Et nous nous révélons par la couleur
Deux domaines sont particulièrement attentifs à l’emploi
des couleurs : la mode et la décoration. Chaque saison voit
apparaître de nouvelles tendances, mais il s’agit souvent de
jeu sur les nuances. La valeur majeure des couleurs peut être
décryptée. Les couleurs dévoilent également bien des traits
de personnalité. Apprendre à déchiffrer ce langage offre de
nombreux atouts. Lorsqu’on choisit quelle pièce de sa garde-
robe on va arborer pour une soirée ou un rendez-vous, on se
met déjà dans un état d’esprit et une humeur que les autres,
s’ils sont un peu attentifs, pourront observer. Si on enfile une
robe rouge écarlate, on affirme haut et fort qu’on possède
beaucoup d’énergie, voire un soupçon d’autorité. On envoie
ainsi un message à son entourage. De même, les couleurs
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Introduction
dont on s’entoure dans son environnement familier disent
aussi quel rapport on entretient avec le monde extérieur.
Des palettes inoubliables
Ce sont sans conteste les peintres qui sont les virtuoses
de la couleur, spécialistes des pigments et de leur mélange.
Les artistes savent jouer sur des palettes de couleurs parti-
culières. Ils perçoivent sans doute encore mieux que le
commun des mortels la vibration secrète de chacune d’elle.
Impressionnistes et pointillistes en particulier savent
mettre à l’unisson des coloris complémentaires pour créer
l’émotion chez le spectateur du tableau. Certains artistes
comme Kandinsky ont même théorisé leurs conceptions.
D’autres encore ont su trouver leur couleur « signature »,
comme Klein avec le bleu ou Soulages avec le noir.
Les couleurs forment des systèmes
Cet ouvrage est construit en chapitres centrés sur
les couleurs majeures pour en repérer les valeurs et les
symboles, pour analyser les faits culturels qui leur sont
liés et pour en comprendre les ressorts psychologiques.
Mais il ne faut pas négliger que chaque couleur existe
aussi par rapport aux autres et forme même le plus
souvent un ensemble cohérent dans un système. Ainsi
reliées entre elles par un réseau complexe d’interactions
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Le langage secret des couleurs
et de significations, les couleurs se dévoilent parfai-
tement lorsqu’on les examine ensemble. Aussi, entre
chaque chapitre, nous avons conçu des « intermèdes » qui
permettent d’observer les couleurs entre elles lorsqu’elles
composent un langage secret.
Il est maintenant temps de partir avec nous à la décou-
verte d’un monde foisonnant, fascinant, bariolé qui vous
en apprendra beaucoup sur vous-même.
LE BL ANC
L e blanc est-il une couleur ? La question peut
sembler saugrenue, mais le blanc a toujours connu
un curieux destin. Tantôt il est considéré comme une
non-couleur, une forme de neutralité absolue, tantôt il
représente au contraire la somme de toutes les couleurs
confondues. Au fond, les deux extrêmes se rejoignent et,
toujours gouverné par l’ambivalence, il exprime à la fois
l’origine et la fin, la naissance et la mort.
Au commencement était le blanc
Le soleil ne perce pas encore. Une pâle lumière enve-
loppe la campagne… Pour la plupart des peuples, le blanc
est avant tout la couleur de l’aube, quand la lumière,
même encore un peu blafarde, triomphe de l’obscurité.
Et c’est à partir de cette observation de la nature que
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Le langage secret des couleurs
s’est fondée une grande partie de sa valeur symbolique.
Le premier matin, empli des promesses du jour, réunit
ces instants magiques où rien n’est encore accompli, où
tout reste à créer, comme se plaît à le rappeler le peintre
russe Vassily Kandinsky : « Le blanc regorge de possibi-
lités vivantes. C’est un rien, plein de joie juvénile… Un
rien avant toute naissance, avant tout commencement. »
Le blanc est donc d’abord lumineux et brillant, lié aux
notions de pureté et d’innocence, à la virginité de tout ce
qui n’a pas encore été réalisé.
La plupart des utilisations du blanc témoignent d’ail-
leurs de ce potentiel, de cette énergie en devenir. Ainsi
le blanc se veut le symbole des premiers jours de la vie,
à l’image de la blancheur du lait maternel. Dans le même
esprit, il demeure également la couleur traditionnelle des
robes de celles qui vont vers le mariage, en signe d’in-
nocence et de pureté. Car une fois l’union consommée,
l’usage du blanc disparaît.
La couronne blanche
de l’Égypte
La couronne de la Haute-Égypte se nomme Hedjet,
qu’on peut traduire par « la Blanche » ou « la
Brillante », sorte de bonnet rétréci en pointe avec un
renflement au sommet. Elle est en lien avec la déesse
vautour Nekhbet, qui l’a choisie comme emblème.
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Le blanc
Cette couleur à la fois blanche et brillante (hedj)
symbolise la puissance, mais aussi la joie. Elle est
associée à la pureté, car elle rappelle la blancheur de
l’aube qui triomphe de la nuit. Dans l’Égypte antique,
elle représente aussi l’or blanc, qui est la matière dont
les dieux sont faits.
Oser porter du blanc
La robe blanche des mariées est une tradition somme
toute récente, qui date seulement de la fin du xviiie siècle.
Auparavant, on n’utilisait pas la couleur de la tenue de
la promise pour afficher sa virginité. Elle se devait avant
tout de revêtir sa plus belle robe, traditionnellement rouge
à cause de l’éclat de cette teinture, réputée inaltérable et
coûteuse.
C’est seulement à partir du xxe siècle que les tenues
de mariées devinrent immanquablement blanches. Cette
coutume a la vie dure et, hormis le jour de son mariage,
aucune femme aujourd’hui n’ose s’habiller en blanc de
pied en cap, sous peine d’être un peu ridicule… Seule
exception notable dans l’histoire du costume moderne :
la période de la Révolution française et de l’Empire, où
le néoclassicisme triomphait. Le blanc cassé est alors
devenu à la mode pour les robes des femmes élégantes, en
référence aux tenues grecques et latines. Ces femmes qui
dévoilaient beaucoup leur corps par transparence dans
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Le langage secret des couleurs
des tenues blanches fluides et peu corsetées furent appe-
lées « Merveilleuses ».
Jusqu’au xixe siècle, les sous-vêtements pour hommes
comme pour femmes furent toujours blancs dans un
souci d’hygiène, puisqu’on pouvait les faire bouillir pour
les laver. On utilisait beaucoup le lin blanc. La lingerie
n’arbora d’autres couleurs qu’à partir de 1850, lorsqu’on
connut des pigments capables de résister à la lessive. Il
en était de même pour les draps et autres éléments du
trousseau. Des colporteurs récupéraient ensuite les pièces
de tissu usées pour les revendre à des moulins qui en
faisaient de la pâte à papier : ils proposaient aux particu-
liers d’échanger leurs draps effilochés contre des articles
neufs impropres au recyclage dans l’industrie papetière.
Une opération gagnant-gagnant !
Dans les fourrures, une place toute particulière est
réservée à l’hermine. En effet, c’est la plus noble et la plus
recherchée. Elle symbolise la pureté et la droiture et on la
retrouve encore sur les épitoges (sorte d’écharpe portée
sur la toge) de certains magistrats et avocats.
La couleur religieuse par excellence
Symbole de l’initiation par excellence, le blanc est indis-
sociable de la dimension religieuse. Depuis les premières
heures du christianisme, il reste ainsi la couleur dévolue
aux baptêmes et aux communions.
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Le blanc
L’Antiquité associait déjà le blanc aux moments
mystiques. Si les prêtres égyptiens sont revêtus de lin
blanc, les Grecs et les Latins font aussi un usage particu-
lier des vêtements blancs dans l’initiation aux mystères et
dans la pratique du culte, mais aussi dans la vie publique
en général. Ainsi les vestales, les prêtresses de la déesse
Vesta, qui faisaient vœu de chasteté pour se consacrer à
la protection du feu sacré de Rome, étaient toutes vêtues
de lin blanc, tunique, châle et voile. Chez les Romains,
le blanc est aussi la couleur de Jupiter, le roi des dieux,
et au premier jour de janvier, mois qui était consacré à
cette divinité, le consul, vêtu d’une tunique blanche,
chevauchait un cheval blanc et montait au Capitole pour
célébrer le triomphe du dieu de la lumière sur les forces
des ténèbres. Autre exemple, les Romains arboraient deux
sortes de toges : la toge dite « prétexte », que portaient
certains magistrats et les jeunes garçons de 7 à 17 ans.
Elle était blanche avec des bords pourpres. La toge dite
« virile », que portaient les hommes de manière géné-
rale, était toute blanche. Lorsque quelqu’un postulait pour
une charge publique, il devait adopter une tenue blanche
– candidus en latin – qui nous a donné en français les
mots « candidat » ou « candidature ». Elle était le symbole
de la pureté de ses intentions et de sa probité.
On notera aussi quelques mythes où le blanc appa-
raît comme une couleur rare, lumineuse et séduisante.
Ainsi, c’est sous la forme d’un taureau blanc que Zeus-
Jupiter choisit de séduire et d’enlever la belle Europe. Une
légende veut aussi que la déesse de la pleine lune, Séléné,
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Le langage secret des couleurs
ait été séduite par le dieu Pan, qui lui offrit un troupeau
de bœufs blancs.
Au fil de l’Antiquité, le blanc est toujours davantage
valorisé parmi les élites et quand le christianisme émerge,
il s’impose comme couleur pure et non mélangée, symbole
de la sainteté.
Le pape immaculé
Le pape n’a pas toujours été habillé de blanc. Le
premier à choisir cette couleur est Pie V. Élu en 1566,
il faisait à l’origine partie de l’ordre des dominicains,
qui portent une soutane blanche. Il a conservé cet
habit une fois devenu pontife.
Chez les religieux, plusieurs ordres portent des habits
blancs : les dominicains, mais aussi les prémontrés
et les chartreux, ainsi que les missionnaires envoyés
dans des pays chauds. Mais le pape est le seul à
arborer une calotte blanche et une petite cape
blanche (appelée camail) sur sa soutane immaculée.
Sa ceinture moirée est aussi de la même couleur,
avec ses armoiries brodées sur chacun des deux
pans. Lorsque le pape s’est doté d’un véhicule appelé
familièrement la « papamobile », c’est naturellement
le blanc qui a été choisi, comme tous les accessoires
du Saint-Père.
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