Fiche documentaire n°2 : Les modalités
De la violence génocidaire nazie en Europe occupée
Document n°1 : Carte des opérations conduites par les Einsatzgruppen en Union Soviétique
La ligne de front figurée en pointillés est celle de décembre 1941 ; celle apparaissant en trait plein est celle
de novembre 1942.
Document n°2 : Rapport de Reinhard Heydrich au sujet de l’action du Einsatzgruppe A en Lituanie
« Commandos spéciaux n° 3. Affaires du Reich Kauen, le 1er décembre 1941. Secret.
Le commando EK3 est entré en action le 2 juillet 1941 pour accomplir une mission spéciale et assurer la
sécurité. Conformément à mes instructions et à mes ordres, les patriotes lituaniens1 ont procédé aux
exécutions suivantes :
4-7-41 Kauen - Fort VII 416 Juifs, 47 Juives [...]
6-7-41 Kauen - Fort VII 2 514 Juifs
9-7-41 Vendziogala 32 Juifs, 2 Juives, 1 Lituanien, 2 comm. lit., 1 comm. russe
15 et 16.8.41 Rokiskis 3 200 Juifs, Juives, et enfants j., 5 comm. lit., 1 Polonais, 1 partisan
23.8.41 Panevezys 1 312 Juifs, 4 602 Juives, 1 609 enfants juifs […] [Suivent six pages détaillant le bilan
des opérations. Total : 137 346 personnes tuées] Aujourd’hui, il m’est possible d’affirmer que le EK3 a
atteint l’objectif fixé, il a résolu le problème juif en Lituanie. Il n’y a plus de Juifs dans le secteur. »
1. Patriotes lituaniens : membres de la population locale collaborant avec l’Allemagne nazie
Source : Compte rendu du commandant de la SD, Reinhard Heydrich, sur l’action des Einsatzgruppen, cité
par Emst Klee, Willy Dressen et Volker Riess, Pour eux « c’était le bon temps ». La vie ordinaire des
bourreaux nazis, Paris, 1990
1
Document n°3 : Le récit d’un policier allemand déployé en Pologne en novembre 1942
Heinrich Bocholt fait partie du 101e bataillon de réserve de la police allemande, déployé en Pologne, qui
accomplit des missions semblables à celles des Einsatzgruppen :
« De ma position, je pouvais voir comment les Juifs étaient amenés, nus, des baraques, par des
membres de notre bataillon… Les tireurs des pelotons d’exécution, qui étaient assis au bord des fosses juste
en face de moi, faisaient partie de la SD1. Derrière chaque tireur se tenaient plusieurs autres hommes de la
SD, qui remplissaient constamment les chargeurs des mitraillettes et les remettaient au tireur. Un certain
nombre de tireurs étaient affectés à chaque fosse. […] Je me souviens très bien qu’on amenait les Juifs
dénudés directement dans les fosses et on les forçait à se coucher juste sur la pile de ceux qui avaient été
fusillés avant eux. Le tireur arrosait alors de balles les victimes couchées… Combien de temps a duré notre
action, je ne pourrais pas le dire avec certitude. Probablement toute la journée, car je me souviens que j’ai
été relevé une fois de mon poste. Je ne peux donner aucune précision sur le nombre des victimes mais il y en
avait énormément. »
1. Sicherheitsdienst : Service de renseignement et de maintien de l’ordre de la SS
Source : Christophe R. Browning, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police
allemande et la solution finale en Pologne, Paris, 1994
Document n°4 : Des membres d’un Einsatzgruppe en action en Union Soviétique durant l’été 1941
Quelques-unes des unités composant les Einsatzgruppen ont documenté leur action en Union Soviétique, à
partir de juin 1941, par l’enregistrement de films et la prise de photographies. Ces documents révèlent un
mode opératoire assez constant : les habitants d’une localité considérés comme juifs sont réunis à l’extérieur
de celle-ci puis conduits dans un lieu isolé où il leur est demandé de creuser une fosse puis de se déshabiller,
avant que les soldats allemands ne les exécutent par balles. Ces massacres ont parfois donné lieu à la mort de
dizaines de milliers de personnes comme à Babi Yar, dans le nord de l’Ukraine, en septembre 1941.
Source : United States Holocaust Memorial Museum, National Archives and Records Administration,
College Park, photographie n°89063, http://collections.ushmm.org/search/catalog/pa19151
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Document n°5 : La mise à mort des déportés décrite par le commandant du camp d’Auschwitz
« L’exécution au gaz avait lieu dans les cellules du Block 11. Protégé par un masque à gaz, j’y ai
assisté moi-même. […] Les Russes se déshabillèrent dans une antichambre et franchirent très tranquillement
le seuil : on leur avait dit qu’ils allaient à l’épouillage. Lorsque tout le convoi se trouva rassemblé, on ferma
les portes et on laissa pénétrer le gaz par les trous. […] D’abord des voix isolées crièrent : ‟Les gaz !ˮ et
puis, ce fut un hurlement général. Tous se précipitèrent vers les deux portes mais elles ne cédèrent pas sous
la pression. On ouvrit la pièce au bout de quelques heures seulement et c’est alors que je vis pour la
première fois les corps des gazés en tas. […] Je dois avouer en toute franchise que le spectacle auquel je
venais d’assister avait produit sur moi une impression plutôt rassurante. […] J’avais horreur des exécutions
par balles, surtout quand je pensais aux femmes et aux enfants. […] Désormais, j’étais rassuré : nous
n’assisterions plus à ces bains de sang. […] Selon la volonté d’Himmler, Auschwitz était destiné à devenir le
plus grand camp d’extermination de toute l’histoire de l’humanité. […] Il y avait certes, dans cet ordre,
quelque chose de monstrueux qui surpassait de loin les mesures précédentes. Mais […] je n’avais pas à
réfléchir ; j’avais à exécuter la consigne. Du moment que le Führer lui-même s’était décidé à une solution
finale du problème juif, un membre chevronné du Parti national-socialiste n’avait pas de question à se poser,
surtout lorsqu’il était un officier SS. »
Source : Rudolf Hoess, commandant en chef d’Auschwitz-Birkenau, témoignage écrit lors de son procès à
Nuremberg, avril 1946
Document n°6 : Un témoignage du tri des déportés après leur arrivée à Auschwitz
« Nous découvrîmes un large quai, éclairé par des projecteurs. Un peu plus loin, une file de camions.
Puis tout se tut à nouveau. Quelqu’un traduisit les ordres : il fallait descendre avec les bagages et les déposer
le long du train. En un instant, le quai fourmillait d’ombres ; mais nous avions peur de rompre le silence, et
tous s’affairaient autour des bagages, se cherchaient, s’interpellaient, mais timidement, à mi-voix. Une
dizaine de SS, plantés sur leurs jambes écartées, se tenaient à distance, l’air indifférent. À un moment donné
ils s’approchèrent, et sans élever la voix, le visage impassible, ils se mirent à interroger certains d’entre nous
en les prenant à part, rapidement ‟Quel âge ?
En bonne santé ou malade ?ˮ et selon la Document n°7 : Plan du camp d’Auschwitz-Birkenau
réponse, ils nous indiquaient deux directions
différentes. […]
Aujourd’hui pourtant, nous savons que
ce tri rapide et sommaire avait servi à juger si
nous étions capables ou non de travailler
utilement pour le Reich ; nous savons que les
camps de Buna-Monowitz et de Birkenau
n’accueillirent respectivement que quatre-
vingt-seize hommes et vingt-neuf femmes de
notre convoi et que deux jours plus tard il ne
restait de tous les autres – plus de cinq cents –
aucun survivant. Nous savons aussi que même
ce semblant de critère dans la discrimination
entre ceux qui étaient reconnus aptes et ceux
qui ne l’étaient pas ne fut pas toujours
appliqué, et qu’un système plus expéditif fut
adopté par la suite on ouvrait les portières des
wagons des deux côtés en même temps, sans
avertir les nouveaux venus ni leur dire ce qu’il
fallait faire. Ceux que le hasard faisait
descendre du bon côté entraient dans le camp ;
les autres finissaient à la chambre à gaz. »
Source : Primo Levi, Si c’est un homme, Paris,
1987
3
Document n°8 : Le sort des déportés jugés non-aptes au travail à Auschwitz
Française de confession juive, Ginette Kolinka est arrêtée en mars 1944 à Paris et déportée à Auschwitz.
« On nous oblige à nous déshabiller jusqu’à la nudité totale – pour moi cela a été affreux, j’étais
honteuse […]. Et les femmes qui font ça, c’étaient des déportées, elles sont passées par où vous passez. On
devient vite inhumaine. […]. Maintenant on n’a plus de cheveux […]. Chaque fois qu’on nous emmène, on
reçoit des coups parce qu’on marche pas comme ils veulent, on va pas assez vite. […] On nous chasse,
‟allez, foutez le campˮ, Raus1, et on se retrouve dans une salle où toutes les vitres sont cassées en attendant
les groupes […]. Pendant l’attente des vêtements, il y en a qui parlent.
Elles ont posé des questions, parlé la même langue avec les dames qui les tatouaient : ‟Alors, quand
est-ce qu’on va voir les nôtres qui sont montés dans les camions ?ˮ […] Et l’une, c’est sa mère qui est
montée dans les camions, l’autre c’est son père […]. L’usine où il y a la fumée et l’odeur, j’apprends que ce
n’est pas là où je vais travailler, j’apprends que c’est l’usine de la mort. On nous apprend que cette fumée,
cette odeur, c’est pas des produits chimiques, c’est toutes les personnes qui ont été désignées pour monter
dans les camions […]. On les a assassinées et maintenant c’est leurs corps qui brûlent et c’est ça qui donne
cette odeur. »
1. Raus : Dehors, en allemand ; dans ce contexte, « dégagez », « foutez le camp »
Source : Retranscription d’extraits du témoignage filmé de Ginette Kolinka, le 11 février 2019
Document n°9 : Carte du système concentrationnaire nazi
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Questions :
1. Que sont les Einsatzgruppen ? Quelle est leur mission ?
2. Où et comment agissent-ils ?
3. Quelles sont les différentes missions assignées au camp d’Auschwitz-Birkenau ?
4. Que deviennent les déportés qui arrivent au camp ?
5. Auschwitz-Birkenau est-il le seul camp de ce type ? Détaillez et nuancez votre réponse.