Transcontinentales
Sociétés, idéologies, système mondial
8/9 | 2010
Des migrations aux circulations transnationales
Migrations et relations internationales
Les apories de la gestion multilatérale des migrations internationales ?
Migration and international relations. The pitfalls of managing international
migration multilaterally
Hélène Thiollet
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/transcontinentales.787
ISBN : 978-2-7351-1557-0
ISSN : 1775-397X
Éditeur
Editions de la maison des sciences de l'homme
Édition imprimée
Date de publication : 31 décembre 2010
ISSN : 1950-1684
Référence électronique
Hélène Thiollet, « Migrations et relations internationales », Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010,
document 2, mis en ligne le 31 décembre 2010, consulté le 08 septembre 2020. URL : http://
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787
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Migrations et relations internationales 1
Migrations et relations
internationales
Les apories de la gestion multilatérale des migrations internationales ?
Migration and international relations. The pitfalls of managing international
migration multilaterally
Hélène Thiollet
1 À l’occasion du Dialogue de haut niveau sur les migrations organisé à New York le
15 septembre 2006, les organisations multilatérales au premier rang desquelles l’ ONU
avaient cru s’emparer de la question des migrations internationales. Le Dialogue avait
été préparé de longue date avec le lancement en 2001 d’une vaste consultation sur les
migrations par le secrétaire général Kofi Annan et la création d’une Commission
globale sur les migrations internationales1. Point d’orgue de cette consultation,
l’événement voté en 2003 par l’Assemblée générale2 devait permettre à l’O NU de
reprendre la main face aux organisations économiques internationales (Banque
mondiale, Fonds monétaire international, Organisation mondiale du commerce) dans
l’énonciation des grandes tendances d’une politique publique des migrations
internationales. Le Dialogue avait mobilisé l’Assemblée générale de l’ ONU, des experts
d’organisations internationales gouvernementales – comme l’Organisation
internationale des migrations – et non gouvernementales, des groupes de travail
incluant des représentants des grands pays d’immigration et d’émigration, et avait
impliqué les agences onusiennes (PNUD, UNICEF, UNESCO, etc.) qui avaient toutes lancé
des programmes spécifiques liant leurs secteurs d’activité à la migration. L’association
des thèmes migrations et développement devait permettre à l’O NU d’attirer l’attention
des États là où le discours sur la protection des droits des migrants a échoué. L’O NU
devait en outre proposer une architecture politique globale et multidimensionnelle de
gestion des migrations internationales. Les différentes conférences accompagnant
l’ouverture de la soixante et unième session de l’Assemblée générale ont largement
réaffirmé que les migrations sont un jeu où tous sont gagnants et que l’O NU était le
partenaire naturel de l’élaboration des politiques migratoires à l’échelle nationale et
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régionale. Mais, à l’heure où les pays occidentaux, États-Unis et France en tête,
réaffirment la « souveraineté » de l’État – celui du pays d’accueil particulièrement – sur
la gestion des migrations, quel est l’avenir de cette louable et difficile tentative de
multilatéralisation des politiques migratoires ?
L’échec de l’approche juridique et sociale
2 La Convention sur les droits des travailleurs migrants et de leur familles votée en 1990
n’a pu entrer en vigueur que le 1er juillet 2003, lorsqu’elle a atteint le seuil minimal de
20 ratifications. L’échec cuisant de ce texte mesure montre la faiblesse de la pression
onusienne sur la question des migrations et augure mal de l’avenir du magistère
politique de l’ONU sur la gestion des migrations internationales3.
3 Il faut dire que le principe de la convention est audacieux. Il consacre la non-
discrimination entre nationaux et travailleurs migrants dans l’application des droits
humains en général et dans le respect de droits spécifiques. Il mentionne le droit des
migrants de former des associations et des syndicats (Art. 40), de prendre part aux
affaires publiques et aux élections de leur État d’origine (Art. 41), de vivre en famille
(Art. 44), les droits de l’enfant à un nom, à l’enregistrement de sa naissance, à une
nationalité, à l’accès à l’éducation (Art. 29, 30), la prohibition d’expulsion collective
(Art. 22), etc. Il promeut la non-discrimination entre travailleurs en situation régulière
ou irrégulière et, partant, fait du travailleur migrant, quel que soit son statut juridique,
un sujet du droit. Résidents, travailleurs étrangers sous contrat, immigrés clandestins
ne sont plus définis par leur statut administratif dans le pays d’accueil mais par leur
situation de travailleurs migrants. L’ethos migratoire prime sur le statut individuel et la
mobilité elle-même devient, avec ce texte, un critère de qualification juridique 4.
4 La convention va plus loin : elle identifie non seulement le travailleur mais aussi sa
famille comme sujet des droits énumérés. Le texte de 1990 fait de la mobilité le critère
d’accès à un régime de protection international et reprend les termes de conventions
antérieures (droits de l’homme, droits de l’enfant, droits de la femme, droits des
travailleurs) pour les appliquer à une catégorie nouvelle. Et la définition de cette
catégorie (migrant légal ou clandestin) fait justement le caractère révolutionnaire d’un
texte qui remet en cause la souveraineté de l’État sur le territoire et les citoyens au
profit d’une lecture trans-nationale des droits des individus quel que soit leur statut
(travailleurs migrants et leurs familles).
Migration et développement : les succès de l’approche
économique ?
5 Le lien entre migration et développement est au cœur des réflexions de l’O NU : la
migration et les flux financiers qu’elle génère (remises migratoires) sont-ils un
adjuvant ou un obstacle au développement des pays les plus pauvres ? Deux questions
cristallisent le débat : le brain drain (ou brain gain, selon le point de vue) et les remises
migratoires. Les enjeux économiques de la migration se déclinent en termes de capital
humain et de capital financier5.
6 Alors qu’elle développe depuis plusieurs années un agenda liant aux migrations et
programmes de micro-finance les risques et les bénéfices de la migration et des remises
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migratoires, la Banque mondiale refuse de considérer ces sources privées comme des
substituts aux politiques de développement menées par les États, les estimant bien
comme un complément de celles-ci. Cette précaution n’est pas sans importance. Les
remises migratoires relèvent des finances privées, souvent via des canaux informels,
tandis que le développement est « une affaire d’État » (qu’il s’agisse de l’allocation des
financements ou des plans de développement). Sur les remises migratoires, les États
n’ont longtemps eu comme levier d’action que la manipulation des taux de change et
des frais de transferts par le secteur bancaire officiel. Ces prélèvements et le coût des
intermédiaires financiers dans le contexte de pays souvent marqués par la corruption
et les incertitudes financières expliquent en partie l’importance des transferts
informels.
7 En 2004, les remises enregistrées étaient supérieures à l’investissement privé et public
dans 36 pays en développement, elles dépassaient en valeur les exportations les plus
importantes dans 28 pays. En 2006, elles étaient plus importantes que les revenus du
tourisme au Maroc et de l’exportation du thé au Sri Lanka, et elles représentaient plus
de 35 % du produit intérieur brut (PIB) de la Moldavie, du Tadjikistan et du Tonga, 25 %
de celui du Lesotho6, 23 % de celui du Liban, de la Jordanie et d’Haïti. Au-delà de ces
aspects quantitatifs, les flux de remises étaient considérés comme moins dépendants
des cycles économiques que d’autres sources de revenus et représentaient un facteur de
stabilité en période de crise financière (comme durant la crise en Thaïlande et en
Indonésie en 1998). La crise financière de 2008 a certes entraîné une diminution des
revenus et la chute des investissements et de l’activité à l’échelle globale. Elle est
essentiellement due à la diminution des flux migratoires liée à des politiques anti-
immigration des pays riches et aux fluctuations des taux de change 7. En Asie du Sud,
comme en Afrique et au Moyen-Orient, les remise ont augmenté en 2008 même si leur
croissance a été moins forte que prévue.
8 En bref, les remises migratoires sont une manne financière deux fois plus importante
que l’aide au développement consentie par les pays développés 8 et elle attire la
convoitise des États. L’enjeu est de taille pour l’organisation intergouvernementale
qu’est l’ONU : les gouvernements tentent de revenir sur le caractère privé de la rente
migratoire, avec pour appui théorique, par exemple, la proposition de Jagdish Bhagwati
en 1976, taxing the brain drain, qui permettait de résoudre le dilemme du brain drain et
des remises migratoires d’un coup de politique fiscale 9.
Régionalisation ou internationalisation ?
9 Les migrations touchent 224 millions de personnes à l’échelle de la planète mais les
manifestations du phénomène sont inégales, dépendantes de facteurs économiques et
sociaux discernables à l’échelle individuelle, nationale, régionale et internationale. Vus
de Sirius, les taux d’émigration les plus fort sont à chercher dans les pays à revenus
intermédiaires (3,3 % de migrants en 2006 contre 2,9 % dans les pays les moins avancés
[PMA]10). Selon une loi bien connue des sociologues de la migration, bouger demande
des ressources, financières, humaines, informationnelles, et ce ne sont pas les plus
démunis qui parviennent à migrer. À l’échelle internationale, les pays à revenu
intermédiaire et les pays de l’Organisation de coopération et de développement
économique (OCDE) à fort revenus montrent les taux de mobilité internationale les plus
élevés.
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10 Les migrations sont majoritairement des phénomènes intrarégionaux. Le nombre de
migrants qui partent d’Afrique est bien moins important que celui des migrants qui
circulent en Afrique, ou en Asie. Les taux, mais aussi l’historicité de ces flux
intrarégionaux (et des diasporas qui en résultent), sont un facteur souvent oblitéré par
la prégnance des modèles de migrations économiques Nord-Sud (vers l’Europe ou les
pays occidentaux d’immigration, les États-Unis, le Canada, l’Australie).
11 Les débats des différents bureaux régionaux du Conseil économique et social de l’ ONU
reflètent les différences entre les processus d’intégration régionale. Sur la question du
rôle des remises migratoires dans le développement, l’Afrique prône une approche
intergouvernementale résolument étatique portée par le Nouveau partenariat pour le
développement de l’Afrique (NEPAD), l’Union africaine et les groupements
infrarégionaux (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [C EDEAO], la
Communauté de développement d’Afrique australe [SADC], etc.) : les États doivent être
partie prenante dans la gestion des migrations et de l’argent des migrants pour en faire
une source de développement équilibrée et productive. L’Asie partage les analyses de la
Banque mondiale en matière de libéralisation des flux financiers, d’abaissement des
coûts de transfert de remises, et de transparence des institutions bancaires. Le
désengagement de l’État n’est modéré que par la nécessité de trouver des moyens de
protéger les travailleurs asiatiques à l’étranger (particulièrement les femmes), et
notamment dans le Golfe.
12 Les échelles de gestion régionale et internationale sont transitives : les migrations
peuvent comporter plusieurs étapes, ne sont pas nécessairement linéaires, et le
politique participe à la complication des schémas migratoires. En Afrique australe,
l’émigration des personnes qualifiées, notamment le brain drain médical qui touche la
Zambie et le Zimbabwe, a donné lieu à un accord en 2006 11, interdisant aux pays les plus
riches de la région (l’Afrique du Sud et le Nigeria) de débaucher le personnel médical
des autres pays. Mais les médecins et les infirmières zambiens et zimbabwéens ont déjà
prévenu que ce type de pratiques risquait d’augmenter l’émigration vers la Grande-
Bretagne. La coercition est rarement efficace, qu’il s’agisse de fermer les frontières
pour empêcher d’entrer ou de partir.
13 L’espace de libre circulation organisé par la CEDEAO a constitué une réponse et les
migrations économiques intra-africaines se sont développées avec l’essor de certaines
sous-régions (par exemple, les Nigérians au Burkina Faso). Mais, ce type de réponse
n’est envisageable que dans un cadre coopératif et dans un contexte de croissance
économique…
14 La diffusion des « meilleures pratiques » semble compromise par la spécificité des
contextes régionaux. Le politique revient encore et toujours dans le champ de mire des
négociateurs et des experts de l’ONU. L’exemple de l’Afrique illustre largement les
obstacles que rencontre une gestion consensuelle et multilatérale des flux de
personnes. Si une grande partie des pays africains semble « ne pas avoir de politique
migratoire »12, les migrations sont, particulièrement en Afrique, un enjeu de sécurité
nationale, régionale. Avec 14 % de la population de la planète, l’Afrique comptait 33 %
des réfugiés reconnus par le Haut commissariat aux réfugiés (H CR) en 2005 et 20 % fin
200813 ; on dénombre plus de 17 millions de migrants sur le continent. Migration et flux
de réfugiés sont difficiles à comptabiliser en Afrique comme ailleurs. Pourtant, la
démographie et les mouvements de populations sont un élément clé des conflits
étatiques ou infra-étatiques et de la politique régionale à l’échelle infrarégionale,
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comme le démontrent encore aujourd’hui la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale 14.
Instrumentalisés dans les conflits, enjeux de luttes politiques au niveau national et
international, les réfugiés et les migrants participent à la stabilisation et à la
transnationalisation du politique. À l’échelle mondiale, la mobilité est un produit de la
violence autant que des crises économiques, des conditions environnementales, mais le
contexte politique la rend « durable ». En Afrique, quelques Eldorado peuvent accueillir
les circulations transfrontalières (l’Afrique du Sud, le Nigeria…) mais les ressources du
continent restent minces. La permanence de conflits provoque la mobilité et
hypothèque sa résorption : la question de la gouvernance supranationale des
migrations – au niveau régional ou international – est intimement liée à la résolution
des conflits qui touchent le continent.
Conclusion
15 La Commission globale sur les migrations de l’ONU affirmait en 2005 que les possibilités
et les limites de l’intervention de l’État en matière migratoire devenaient de plus en
plus claires, mais le texte restait très flou et précautionneux quant aux moyens réels de
pression et d’action des organisations internationales ou régionales sur la politique des
États15. À observer les murs et autres dispositifs de contrôle se multiplier sur les
frontières américano-mexicaine, israélo-palestiniennes, yéméno-saoudiennes, à étudier
les textes de lois récemment adoptés sur l’immigration ou la nationalité en France
comme ailleurs, on peine à distinguer les marques d’une quelconque multilatéralisation
de la question migratoire. Les partenariats noués entre les pays du Nord et du Sud sur
les questions de circulation des personnes ne font que confirmer la nature bilatérale et
assurément inégale du processus d’élaboration des politiques migratoires.
16 Au-delà du partage d’informations, d’expériences, entre experts internationaux des
différentes organisations, délégués régionaux ou spécialistes, le but du Dialogue de
haut niveau est de convaincre les États que la coopération internationale est le meilleur
outil de maximisation des profits de la migration. De cela, les 34 États signataires de la
convention de 1990 – tous des pays dits « du Sud » – sont convaincus, mais les grands
pays d’immigrations sont loin de l’être…
NOTES
1. Franck Petiteville et Andy Smith, « Analyser les politiques publiques internationales », Revue
française de science politique, vol. 56, 3/2006 : 357-366. URL : [Link]/revue-francaise-de-
[Link].
2. Dans sa résolution 58/208 du 23 décembre 2003, l’Assemblée générale de l’ ONU a décidé de
consacrer un dialogue de haut niveau aux migrations internationales et au développement. La
discussion devait permettre d’identifier les moyens de maximiser les bénéfices de la migration et
de minimiser ses impacts négatifs sur les pays d’origines comme sur les pays d’accueil. Le
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dialogue devait avoir une orientation nettement politique dans la ligne des Objectifs du
millénaire.
3. [Link] Convention votée le
18 décembre 1990. En 2009, la Convention a été ratifiée par 44 États parties.
4. Les progrès d’un ordre juridique international fondé sur le respect de la personne et de ses
droits avaient déjà permis l’avènement d’une forme d’indifférenciation entre citoyens et non-
citoyens : c’est le fait d’être une femme, un enfant, un travailleur, et non la citoyenneté, qui fait
de l’individu un sujet du droit (droit de l’homme, de l’enfant, de la femme, droit du travail etc.).
5. Plus précisément, la migration de travailleurs qualifiés est-elle une perte ou un gain pour les
pays d’origine, et l’argent que les émigrés renvoient chez eux est-il un bien ou un mal pour le
développement de ces mêmes pays ?
6. Banque mondiale, Global Economic Prospects, 2007.
7. « Migration and Remittance Trends 2009. A better-than-expected outcome so far, but
significant risks ahead », Migration and Development Brief, n° 11, Banque mondiale, 3 novembre
2009.
8. Devant les remises et l’aide internationale, la première source de fonds des pays en
développement est l’Investissement direct étranger (IDE) : en 2003, les pays en développement
ont reçu en tout 130 milliards de dollars d’IDE et environ 75 milliards de remises migratoires.
Richard H. Adams Jr., « Migrations, remittances and development : The critical nexus in the
Middle East and North Africa », Nations unies, 18 avril 2006 : [Link]
population/publications/EGM_Ittmig_Arab/P01_Adams.pdf [site visité le 22 novembre 2006].
9. Jagdish Bhagwati et John Wilson, Migration and Income Taxation, Cambridge, MIT Press, 1991.
10. Recueil de statistiques 2008 sur les migrations et les envois de fonds, Banque mondiale.
11. International Migrations and Development : Implications for Africa,Nations unies, Economic
commission for Africa, 2006 : 36.
12. O NU Division de la population, Rapport sur les migrations internationales, 2000. L’O NU y évalue
les politiques migratoires et le degré de satisfaction des États vis-à-vis des leurs flux migratoires.
Voir aussi, Hania Zlotnic, « Migrants’ rights, forced migrations and migration policy in
Africa »,Conference paper, 2003 : [Link]
[Link].
13. Source : Agence des Nations unies pour les réfugiés (U NHCR), 2010.
14. Pour ne prendre qu’un exemple, les déplacés et les réfugiés du Darfour sont, depuis 2003, au
cœur de la dynamique du conflit tchado-soudanais et des logiques de guerres civiles soudanaises.
En 2004, le Tchad a reçu plus de 131 000 réfugiés soudanais alors que le pays lutte pour assurer la
survie d’une partie de sa population.
Les populations déplacées peuvent être victimes et otage des diplomaties, instruments de
négociation avec les organisations internationales et les organisations non-gouvernementales
(ONG).
15. Les migrations dans un monde interconnecté, nouvelles perspectives d’action, rapport de la
Commission globale sur les migrations internationales, 2005 : [Link]
[Link] [site visité le 22 novembre 2006]
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RÉSUMÉS
Les migrations internationales sont aujourd’hui un des enjeux majeurs de la gouvernance
globale. Elles restent pourtant l’objet de politiques régaliennes où dominent les accords
bilatéraux sans que s’impose un régime de gestion multilatéral. Les migrations sont une des
pierres d’achoppement du multilatéralisme et leur gestion est revendiquée par les États comme
une dimension inaliénable de leur souveraineté (économique, territoriale…). Les institutions
multilatérales tentent de proposer des modalités de gouvernance multilatérale des migrations
comme phénomène social global. À l’ONU, le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) s’occupe des
réfugiés et l’Organisation internationale du travail (OIT) des migrants en leur qualité de
travailleurs. La Banque mondiale et le FMI sont particulièrement actifs sur la question des
migrations et des transferts financiers qui les accompagnent alors que l’U NICEF s’intéresse aux
conséquences sociales de la mobilité sur les familles dans les pays d’origine ou d’accueil.
L’Organisation internationale des migrations travaille quant à elle en marge de l’ ONU. L’ONU n’est
pas parvenu à imposer la Convention sur les droits des migrants de 1990 et ne parvient pas à faire
émerger une ligne d’action collective dans l’arène multilatérale sur la question migratoire.
Pourtant, dans la sphère onusienne et au-delà, les organisations internationales négocient
l’émergence d’une agence spécialisée dans les migrations. À partir de la stratégie historique du
HCR dans le champ multilatéral et d’une innovation juridique récente – le concept de
« migrations mixtes » –, on décrit une des tentatives de gestion juridique de la mobilité forcée et
volontaire. En 2006, le concept émerge avec l’expérience des migrations sub-sahariennes à
travers la Méditerranée. On s’intéresse ici à son utilisation dans le cas de migrations depuis la
corne de l’Afrique vers le Yémen. Le concept de « migrations mixtes » permet d’observer les
prémisses de la remise en question de la partition entre réfugiés et migrants économiques. Cette
analyse nous permet de mettre en lumière les apories contemporaines des conditions juridiques
et statutaires de la mobilité et les réponses pragmatiques qui y sont apportées. À partir de sa
compétence de terrain sur les populations réfugiées et d’innovation organisationnelles récentes,
le HCR se positionne dans le champ politique international comme gestionnaire potentiel de la
mobilité internationale face à l’OIT ou à une agence non-onusienne comme l’OIM.
Today, one of the biggest issues facing global governance is international migration. It is
nevertheless dominated by national policy and bilateral agreements, and lacks a multilateral
management system. Indeed, migration is one of the stumbling blocks of multilateralism,
because most countries consider migration management is key to national sovereignty (in
economic and territorial terms). Multilateral institutions attempt to suggest multilateral
migration governance mechanisms as a global social phenomenon. At the UN, the High
Commission on Refugees (UNHCR) was created to deal with refugee issues, and the International
Labour Organisation (ILO) for migrant workers. The World Bank and the International Monetary
Fund (IMF) are very active in issues affecting migrants and remittances, while UNICEF focuses on
the social consequences of this mobility on families in home and host countries. The
International Organisation for Migration (IOM) works on the fringes of the UN. The UN was
unable to impose the Convention on the Rights of Migrants in 1990, and has had difficulty in
developing a joint programme of action for the multilateral management of migration.
Nevertheless, on the UN level and above, international organisations are negotiating the creation
of an agency specialising in migration. Using the HCR’s past multilateral strategy and a recent
legal innovation – the concept of mixed migration – we describe a legal attempt to manage forced
and voluntary mobility. “Mixed migration” first appeared in 2006 to describe Sub-Saharan
migration through the Mediterranean region. We examine how it is applied to migrant flows
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from the Horn of Africa to Yemen. The concept of mixed migration can be used to observe the
ways in which the difference between refugees and economic migrants are being broken down.
This highlights the pitfalls in the legal and statutory conditions affecting mobility, and the
practical solutions put forward to overcome this situation. With its experience in dealing with
refugee populations and recent organisational innovations, the UNHCR seems better placed than
the ILO or the IOM to manage international mobility in the global political context.
INDEX
Keywords : HCR, hign devel dialogue, migrants workers, migration, mobility, UNO
Mots-clés : dialogue de haut niveau, flux migratoires, HCR, mobilité, ONU, travailleurs migrants
Thèmes : migration, mobilité
AUTEUR
HÉLÈNE THIOLLET
École des affaires internationales (Sciences Po), Maison française d’Oxford ( MFO-UMIFRE
11, [Link] Elle a été chercheur invitée au Centre français pour
l’archéologie et les sciences sociales (CEFAS-UMIFRE 5, [Link] à Sana’a,
Yémen en 2005, et a participé de 2007 à 2010 au projet Anr « Golfe arabo-persique et
Europe : violences et contre-violences », sous la direction de François Burgat ( IFPO,
Beyrouth-Ireman, Aix-en-Provence)
[Link]@[Link]
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