1.1.1.
Les études pédologiques
Le sol est la formation naturelle de surface à structure meuble et d’épaisseur variable,
résultant de la transformation de la roche-mère sous-jacente sous l’influence de divers
processus physiques, chimiques, biologiques et anthropiques.
Dans le cadre des études simplifiées, nous ne sommes intéressés par le sol que pour les deux
aspects suivants :
l’aptitude du sol à la riziculture ;
l’aptitude du sol pour la réalisation des diguettes en terre compactée.
Bien que les essais soient réalisés habituellement à la tarière à main, le manque de tarières au
niveau des services décentralisés et la dureté des sols en saison sèche, nous font recommander
de réaliser plutôt une fosse pédologique d’une profondeur d’un mètre. Afin d’obtenir une
compréhension représentative des sols du bas-fond, il faudrait réaliser une fosse par profil en
travers. Au premier profil, la fosse sera choisie vers la rive gauche, au deuxième profil sur
l’axe du bas-fond et au troisième profil en travers la fosse sera réalisée vers la rive droite.
En premier lieu, l’observation de la face éclairée par le lumière du soleil s’impose. Le travail
consiste ensuite à déterminer les différents horizons. Une fois ces horizons identifiés, la
détermination de la texture des différents horizons permet d’obtenir une bonne idée de leur
aptitude vis à- vis de la riziculture et du compactage.
Photo 1 : CFPI, Fosse pédologique dans un bas-fond du Burkina-Faso
L’argile limoneuse ou le limon argileux, avec ou sans présence de sable, s’avère être les plus
aptes. Le limon et le sable ne conviennent pas à la réalisation d’un compactage correct. Même
après compactage, les digues resteraient perméables donc instables et peu fonctionnelles.
Photo 2 : CFPI, techniciens des DPAHRH réalisant le diagnostic
tactile de la texture du sol
Sur une coupe verticale (une des parois de la fosse par exemple), la plupart des sols montrent
un profil constitué de couches superposées, appelées horizons.
L’identification des différents horizons se fera principalement selon des critères de couleur,
couleur de la matrice (couleur générale, du fond) et couleur des tâches. On s’attachera
également à déterminer la nature des tâches et concrétions présentes dans l’horizon : tâches
rouilles d’oxydoréduction (alternance de phases d’aération et d’engorgement du sol), tâches
grise verte caractéristiques des gleys (phase d’engorgement prolongé du sol), présence de
concrétions ferro-manganiques,... Leur présence caractérise l’évolution de l’eau dans le sol
(fluctuations de la nappe). Les transitions entre horizons sont également importantes, leur
observation n’est pas toujours facile, car les limites sont plus ou moins visibles (facile pour
l’horizon cultural, lieu du labour, très caractéristique, plus difficile pour les horizons naturels).
La différence entre la limite supérieure et inférieure constitue l’épaisseur de l’horizon. Donc
pour distinguer deux horizons, on peut se baser sur la netteté, distance de transition entre deux
couches :
limite tranchée (transition sur 1 à 2,5 cm)
limite distincte (transition sur 2,5 à 5 cm)
limite graduelle (transition sur 5 à 10 cm)
Pour identifier la texture des différents horizons du sol en place, la méthode de la
détermination tactile sera utilisée. On apprécie sur le terrain la composition granulométrique
du sol grâce à des tests mécaniques. Bien que relativement imprécise, elle a l’avantage d’être
rapide et simple et de donner de bons ordres de grandeur.
Sur un prélèvement d’un morceau de sol, issu de l’horizon dont l’on désire déterminer la
texture, on identifie quel élément entre le sable, le limon et l’argile sont en plus grande
quantité. Tout d’abord en sec, la cohésion du sol et l’apparition de surfaces lissées indique la
présence d’argile; un toucher doux, onctueux, semblable au talc et qui s’immisce dans les
nervures de la peau indique la présence de limon; en écrasant l’échantillon, le sable crisse
sous les doigts, si l’on ne le détecte pas au toucher, l’on peut essayer à l’oreille.
Il est recommandé d’humidifier ensuite le sol pour faciliter les essais d’identification. Une
fois l’échantillon humidifié (pas trop !), la présence de sables (seuls ou toujours cohérents
avec le sol) se détecte facilement; en malaxant le sol la réalisation d’un boudin est possible :
La proportion d’argile est d’alors au moins 10 à 15%, si avec ce boudin la réalisation d’un arc
de cercle ou d’un fer à cheval est possible alors l’argile compose de 20 à 25% de ce sol. Selon
la facilité à réaliser cet arc de cercle (cassures, fissures, etc.), on se situera en dessous ou au-
dessus de ces 20-25% d’argile. L’échantillon humide permet de retrouver très facilement
l’onctuosité du limon, de plus si la proportion de limon est importante, le sol se délite
facilement, entre deux doigts rien de cohérent, le limon reste sur les deux mains et les
tapisse...elles deviennent tout de suite totalement brun clair à jaunâtre.
La présence de chaque élément sera estimée en %, sachant que % d’argile+% de limon+% de
sable = 100% (hors graviers, cailloux, etc.).
Un exemple de report des sondages pédologiques simplifiés est présenté dans le tableau ci-
dessous :
Tableau 3.6 : Report de sondage pédologiques simplifiés
Bas-fond de Pouleba
Sondage pédologique
Profil en long PL2
N° section Situation prof. en cm Sols
0-10 argile
pt1 Centre 10-30 Argilo-limoneux
30-100 Argilo-sableux
0-30 Sablo-argileux
pt2 rive droite 30-60 argile
60-100 argile
0-20 Limono-sableux
pt3 centre 20-70 Limono-argileux
70-100 Limono-argileux
0-10 argile
pt4 rive gauche 10-50 argile
50-100 argile
0-40 Limono-argileux
pt5 centre 40-70 Limono-argileux
70-100 Argilo-sableux
1.2. LE TRAITEMENT DES DONNEES
Les mesures effectuées sur le terrain devront ensuite être dépouillées, traitées en vu de leur
exploitation et de la constitution du dossier final d’études simplifiées.
1.2.1. Le choix des échelles
Une des difficultés majeure rencontrée par les agents des DPAHRH est le choix de l’échelle
de représentation des données recueillies sur le terrain et plus particulièrement les
représentations des profils en travers et des profils en long.
Les deux tableaux ci-dessous présentent les échelles les plus appropriées pour la
représentation des profils en long et en travers des levés topographiques dans les petits bas-
fonds :
Choix de l’échelle verticale sur papier A4
Tableau 3.7 : Différentes échelles verticales pour le format de papier A4
Dénivelée Echelle recommandée
<4m 1 : 20
< 2m 1 : 10
Choix de l’échelle horizontale sur papier A4
Tableau 3.8 : Différentes échelles horizontales pour le format de papier A4
Distance cumulée Echelle recommandée
> 3000 m 1 : 20.000
< 3000 m 1 : 10.000
< 1500 m 1 : 5.000
< 600 m 1 : 2.000
< 300 m 1 : 1.000
A ces échelles sur format A4, on peut ajouter aussi les échelles sur le format A3 (papier utilisé
pour les demandes manuscrites) qui peuvent être utilisées si l’on veut avoir des graphiques
aérés et faciles à exploiter.
Choix de l’échelle verticale sur papier A3
Tableau 3.9 : Différentes échelles verticales pour le format de papier A3
Dénivelée Echelle recommandée
< 5,6 m 1 : 20
< 2,8 m 1 : 10
≤1,4 m 1 :5
Choix de l’échelle horizontale sur papier A3
Tableau 3.10 : Différentes échelles horizontales pour le format de papier A3
Distance cumulée Echelle recommandée
< 4000 m 1 : 10.000
< 2000 m 1 : 5.000
< 800 m 1 : 2.000
< 400 m 1 : 1.000
1.2.2. Calcul de la pente
La pente est le moteur de l’écoulement donc pour ne pas avoir des vitesses trop fortes dans le
bas-fond qui pourraient endommager les aménagements, on choisit une pente minimale.
De plus la pente détermine l’espace inter-diguette, cf. ci-après, donc plus la pente est faible
plus les diguettes en courbes de niveau sont éloignées les unes des autres et plus
l’aménagement est rentable (coût de l’aménagement par hectare faible). A l’inverse, plus la
pente est forte, plus les diguettes sont rapprochées et pour mettre en valeur le même nombre
d’hectares, on devra construire plus de diguettes.
Donc, rappelons-nous que la pente globale du bas-fond ou d’une section de bas-fond est un
critère de sélection pour être aménagé (rappel : la pente doit être inférieure à 6 pour mille).
La pente se calcule en divisant la dénivelée par la distance.
Pente = dénivelée (hauteur du point haut, amont de la section identifiée-hauteur du point bas,
aval de la section) / distance (entre ces 2 points)
Pente = dénivelée/distance
1.2.3. La délimitation des zones à aménager
Un bas-fond présente souvent différentes sections ayant chacune des caractéristiques bien
distinctes. Avant de procéder au dimensionnement des ouvrages, il y a lieu de sélectionner les
zones aptes à l’aménagement. Toutes les sections ayant des contraintes comme des fortes
pentes, un lit mineur ou l’absence d’argile seront éliminées.
La délimitation des zones à aménager se fait sur la base de la visite de reconnaissance
(détermination des sections lors diagnostic!), des levés topographiques (profil en long et
profils en travers) et enfin les sondages pédologiques.
L’analyse du profil en long permet d’éliminer des zones non propices, comme
les mares,
les zones d’emprunt de briques,
les sections ayant une pente trop forte (>0,6%).
De même l’étude des profils en travers aide à déterminer les sections difficilement
aménageables, comme ceux indiquant :
la présence d’un lit mineur important,
des pentes transversales fortes,
de largeur de bas-fond plus petite que 100 m
la présence de mares
la présence de butes
Les limites de bas-fond doivent être reportées sur le profil en travers.
Les fosses pédologiques permettent de façon sommaire d’identifier des zones ayant une
texture non propice pour l’aménagement. Les zones à texture sablonneuse sont proscrites,
tandis que celles ayant une texture limoneuse sont aptes à la riziculture mais nécessitent
l’utilisation d’apport de matériaux argileux donc sont à proscrire. Seuls les sols argileux sont
favorables à l’aménagement.
Pour chaque zone ou bief aménageable il y a lieu de déterminer la longueur, la largeur
aménageable moyenne et la pente longitudinale.
La largeur aménageable
La largeur aménageable correspond généralement à la largeur du bas-fond. Il est fiable de se
référer à la délimitation entre sols hydromorphes et les sols du versant, effectuée sur le terrain.
En n’oubliant pas que d’autres indicateurs, comme les changements de pente, les
changements de végétation, la connaissance des limites d’inondation par les exploitants du
bas-fond, peuvent vous aider à déterminer ces limites.
Ci-dessous sont présentés trois cas de profils en travers. A l’aide de ces profils, les sections
qui ont une forme trop concave ou qui sont trop étroite seront éliminées.
pt3
310.000
309.500
309.000
largeur
aménageable
m
308.500
308.000
307.500
307.000
0.00 50.00 100.00 150.00 200.00 250.00
m
Figure 3.2 : Profil en travers N°3 du bas-fond de Soumoussou
Bas fond ayant un fond plat mais trop étroit pour être facilement aménageable. Comme la
largeur est inférieure à 100m, on recommande de supprimer cette zone ou section.
Profil en travers PT1
309.500
309.000
308.500
Altitude (m)
308.000
307.500
307.000
0 50 100 150 200 250 300
Distance cumulée (m)
Profil en travers Largeur
Figure 3.3 : Profil en travers N°1 du bas-fond de Soumoussou
Bas fond plutôt large et concave. Bien que la forme concave entraîne des sur longueurs des
diguettes sur la rive gauche, on peut aménager cette zone.
Profil en travers Pt7
313.00
312.50
312.00
Altitude (m)
311.50
311.00
310.50
310.00
0.00 20.00 40.00 60.00 80.00 100.00 120.00 140.00 160.00 180.00 200.00
Distance cumulée (m)
Profil en travers
Largeur du bas-fond
Figure 3.4 : Profil en travers N°7 du bas-fond de Soumoussou
Bas fond plat et modérément large (100-120m). Cette section est facilement aménageable.
Exemple de profil en long du bas-fond de Nayamtenga :
Profil en long (Nayamtenga)
100.5
100
99.5
Altitude (m)
99
98.5
98 Altitude
97.5
97
96.5
96
95.5
0 100 200 300 400 500 600
Distance cumulée (m)
Figure 3.5 : Profil en long du bas-fond de Nayamtenga
Pour ce bas-fond, la pente moyenne est calculée comme suit :
Pente=Dénivelée / Distance = (100-97,315) / 512 = 0,0052, soit 5,2 0/00
On peut observer que la pente entre le point « distance cumulée » 200m et le point « distance
cumulée » 300m s’approche de 10 0/00. Bien que le bas-fond ait été identifié comme
aménageable, ce tronçon risque d’avoir une pente trop forte pour être aménagé. Il est donc
recommandé d’éliminer la section entre le point « distance cumulée » 220m et le point
« distance cumulée » 300m.
1.2.4. Les métrés des travaux d’aménagement
Les travaux d’aménagement consistent essentiellement dans la réalisation de petites diguettes
à courbes de niveau en terre compactée. Ces diguettes sont recouvertes d’un substitut de
géotextile et de cailloux (moellons). Le géotextile est la toile de polypropylène tissée qu’on
utilise pour confectionner les sacs d’engrais en plastic, disponible sur chaque marché au
Burkina Faso.
Chaque diguette est munie d’au moins deux ou plus pertuis de vidange en béton dosé à 250
kg/m3 (gros béton). Les pertuis de vidange ont un dispositif simple pour permettre de retenir
ou vider la lame d’eau se trouvant en amont de la diguette. On essayera, autant que faire se
peut, de positionner les pertuis aux endroits où ils pourront permettre la vidange correcte et
facile de la lame d’eau stockée à l’amont de la diguette. Ces zones de points bas seront à
identifier.
On recommande à partir de 10 ha de doter toutes les diguettes, se trouvant en aval des 10 ha,
de trois pertuis.
De part le fait qu’en théorie les diguettes aient une hauteur constante, on obtient les volumes
de remblais et déblais en multipliant la section de la diguette par la longueur totale des
diguettes. Par expérience, on obtient la longueur d’une diguette à courbe de niveau en
multipliant la largeur aménageable par un coefficient 1,5.
Tableau 3.11 : Volume de travaux par mètre linéaire (ml) de diguette
Désignation Volume travaux par ml de
diguette (m3 /ml)
Remblais compacté 0,1435
Déblai des diguettes revêtues 0,1625
Enrochement 0,4509
Le calcul des cubatures consiste à estimer le volume total des remblais et déblais nécessaires
pour la réalisation des travaux de confection de diguettes. Connaissant :
la pente (p) du bas-fond (déduit du profil en long);
soit la dénivelée entre deux diguettes consécutives (20 cm pour le type 7), soit la
longueur du bas-fond aménageable;
la largeur (l) et longueur (L) moyennes du bas-fond.
Le type d’aménagement : Les travaux effectués par le groupement auront une hauteur
de diguette à courbe de niveau le plus petit possible, plus précisément 25 cm et le
dénivellement entre deux diguettes sera de 20 cm.
Sur la base de ces données, il faudra déterminer dans l’ordre suivant :
L’espacement entre les diguettes
Le nombre de diguettes
La largeur moyenne aménageable du bas-fond
La superficie de l’aménagement
La longueur totale des diguettes
1.2.4.1. Nombre total de diguette Nd
Le nombre de diguettes est égal à la dénivelée totale divisé par la dénivelée unitaire N d =H/h.
1.2.4.2. La largeur moyenne aménageable du bas-fond (la)
Lors des levés topographiques des profils en travers du bas-fond, le technicien veillera à bien
indiquer les limites gauche et droite entre versant et le bas-fond. La distance entre ces deux
points est généralement retenue comme largeur aménageable du bas-fond.
La largeur moyenne aménageable est donc obtenue en prenant la moyenne des largeurs de la
section trouvée aménageable. Ainsi, si dans une section que vous jugez aménageable selon les
critères du PAFR, vous êtes amené à effectuer plusieurs profils en travers, vous prendrez la
moyenne des largeurs obtenues dans cette section. Il est bien évident que les largeurs
déterminées dans les sections non aménageables, ne sont surtout pas à prendre en compte.
1.2.4.3. La superficie de l’aménagement (Sa)
La superficie de l’aménagement est le produit de la longueur de la section aménageable (L a)
par la largeur moyenne aménageable (la).
Superficie de l’aménagement Sa = La x la
1.2.4.4. Longueur totale des diguettes LT
On obtient la longueur totale des diguettes (L T) en multipliant la largeur moyenne
aménageable (Ia) par le nombre de diguettes (Nd) par un facteur égale à 1,5.
Longueur totale de diguettes LT = 1,5 x Nd x la (exprimé en m)
Exemple : soit une section de bas-fond au sein de laquelle on veut réaliser 3 diguettes
et de 220m de largeur moyenne.
Longueur totale de diguettes= 1,5x3x220= 990 mètres de diguettes
1.2.4.5. Volume total de remblai
Volume total de remblai = Volume de remblai par mètre linéaire de diguette x L T.
Les valeurs de volume de remblai par mètre linéaire sont présentées dans le tableau ci-dessus.
1.2.4.6. Volume total de déblai
Volume total de déblai = Volume de déblai par mètre linéaire de diguette x L T
Les valeurs de volumes de déblai par mètre linéaire sont présentées dans le tableau ci-dessus.
Notons que seulement les diguettes revêtues nécessitent du déblai. En effet, celui pris en
compte dans les calculs est uniquement le déblai pour le buttage des moellons ; le prix du
déblai d’emprunt étant pris en compte dans le remblai compacté.
Le volume total de pose de moellons de protection
Volume total de moellons de protection à poser = Volume de moellons de protection par
mètre linéaire x LT.
Les valeurs de volumes d’enrochement par mètre linéaire sont présentées dans le tableau de la
page 23.
1.2.4.7. Le volume total de moellons de protection à ramasser et transporter
Volume total de moellons de protection à ramasser = Volume total de moellons / 0,7
En effet, l’expérience a démontré que pour poser 0,7 m 3 il faut transporter 1 m3 de cailloux
pour tenir compte des pertes et des besoins de remplir les vides par des petits cailloux ou du
concassé.
1.2.4.8. Le nombre total de mètres linéaires du polypropylène
Le polypropylène est vendu par rouleau de 2,5 mètres de large. Cette bande couvre toute la
largeur des deux types de diguettes, ainsi que la zone de buttage.
Longueur totale des rouleaux en polypropylène tissé = longueur totale des diguettes LT