Reproductibilité de La Relation Fréquence Cardiaque - Consommation D'oxygène
Reproductibilité de La Relation Fréquence Cardiaque - Consommation D'oxygène
ÉTUDES ET
Reproductibilité
de la relation fréquence
cardiaque--consommation
d’oxygène
François Trudeau
Danielle R. Bouchard
R-466 RAPPORT
TRAVAILLENT POUR VOUS
NOS RECHERCHES
travaillent pour vous !
MISSION
Dépôt légal
Bibliothèque et Archives nationales
2006
ISBN 13 : 978-2-89631-053-1 (version imprimée)
ISBN 10 : 2-89631-053-3 (version imprimée)
ISBN 13 : 978-2-89631-054-8 (PDF)
ISBN 10 : 2-89631-054-1 (PDF)
ISSN : 0820-8395
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Cette étude a été financée par l’IRSST. Les conclusions et recommandations sont celles des auteurs.
CONFORMÉMENT AUX POLITIQUES DE L’IRSST
SOMMAIRE
mesurée en laboratoire est couramment utilisée pour estimer la dépense énergétique d’un poste
ou d’une tâche de travail. En déterminant cette relation en laboratoire sous forme d’une équation
de régression, il est ensuite relativement facile et peu coûteux de mesurer sur le terrain la
Cependant, la fréquence cardiaque est par la suite évaluée à des moments de la journée qui ne
d’être modifiée à cause de l’effet potentiel de la dérive cardiovasculaire et de générer des erreurs
consommation d’oxygène à mesure qu’un travail physique se poursuit pendant une période
prolongée.
Ainsi l’évaluation de la dépense énergétique des postes de travail se fait pour l’instant
sans prendre en considération le moment de la journée où la mesure est prise. On peut dès lors se
demander s’il existe une différence dans la relation consommation d’oxygène/ fréquence
une journée de travail sachant que la dérive cardiovasculaire pourrait potentiellement changer la
ii Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
fréquence cardiaque et la consommation d’oxygène même pour une tâche d’intensité similaire.
potentielles non seulement sur la recherche en ergonomie mais aussi sur les évaluations
Soixante et onze (n=71) sujets divisés en plusieurs groupes selon le sexe, l’intensité de
travail (modérée, plutôt lourde) et l’ambiance thermique de travail (neutre, chaude) ont participé
à l’étude. Un groupe de travailleurs/euses de nuit a aussi été étudié. Chaque sujet s’est présenté
trois fois au laboratoire, une première fois pour compléter les données anthropométriques et
effectuer une période de familiarisation avec l’équipement. Lors des deux autres séances, les
sujets se sont présentés avant et après une journée de travail. À chacune de ces deux présences,
d’effort, la perception de l’effort était demandée au sujet. Durant la journée de travail séparant
perception de l’effort varie significativement et ce surtout chez les femmes ou les groupes avec
de travail en particulier à des fréquences cardiaques inférieures à 125 battements par minute
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène iii
(bpm). Au-delà, il peut dans certaines conditions y avoir une différence entre avant et après le
travail suite à un même effort sur tapis roulant. Ces résultats indiquent donc que la dérive se fait
peu ressentir aux intensités de travail retrouvées généralement en milieu de travail mais que
l’interpolation pour des valeurs de fréquences cardiaques de 125 bpm et plus peut induire une
erreur d’estimation.
iv Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
REMERCIEMENTS
Les auteurs sont reconnaissants à Mme Carole Bellazzi, conseillère scientifique à l’IRSST
pour son méticuleux travail de révision et ses conseils judicieux dans l’accomplissement de ce
projet. Nous aimerions aussi remercier les participants et participantes pour leur contribution à ce
projet.
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène v
SOMMAIRE ...........................................................................................................................i
REMERCIEMENTS.............................................................................................................iv
CHAPITRES
1. INTRODUCTION …………………………………………………………………..1
2. HYPOTHÈSES ……………………………………………………………………………………6
3. OBJECTIFS DE RECHERCHE ………………………………………………………………7
4. MÉTHODOLOGIE ………………………………………………………………………………8
4.1 Sujets ………………………………………………………………………………………8
4.2 Description des tests et des mesures ………………………………………9
4.2.1 Mesure de la consommation d’oxygène …………………………………9
4.2.2 Mesure de la fréquence cardiaque ………………………………………..10
4.2.3 Pression artérielle de repos ……………………………………………….10
4.2.4 Mesures anthropométriques ………………………………………………..11
4.2.5 Température tympanique ………………………………………………….12
4.2.6 Mesure de l’hématocrite ………………………………………..12
4.2.7 Accélérométrie .…………………………………………………12
4.2.8 Perception subjective de l’effort …………………………………..12
4.3 Analyse statistique …………………………………………………………13
5. RÉSULTATS …………………………………………………………………….14
5.1 Données descriptives …………………………………………………….14
5.2 & O2 / Fc …………………………………………………………15
Relation V
5.2.1 Sexe ………………………………………………………………..16
5.2.2 Intensité de l’occupation …………………………………………..18
5.2.3 Ambiance thermique de travail …………………………………….19
5.2.4 Horaire de jour vs. de nuit …………………………………………21
5.2.5 Autres variables mesurées …………………………………………21
vi Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
6. DISCUSSION …………………………………………………………………….24
6.1 & O2 /Fc entre le début et la fin
Variation de la relation V
d’une journée de travail ………………………………………………….24
6.1.1 Différences selon le sexe ………………………………………….25
6.1.2 Différences selon l’intensité de travail …………………………….26
6.1.3 Différences selon l’ambiance thermique de travail ………………..27
6.1.4 Variables secondaires ……………………………………………..27
[Link] Température tympanique …………………………………27
[Link] Pourcentage d’hématocrite ……………………………….28
[Link] Pression artérielle…………………………………………28
6.1.5 Fréquence cardiaque mesurée en continu …………………………29
6.2 Limites de l’étude ……………………………………………………….29
7. CONCLUSION …………………………………………………………………..30
8. APPLICABILITÉ DES RÉSULTATS ……………………………………………31
8.1 Recommandations de recherche …………………………………………..32
8.2 Recommandations pratiques …………………………………………….32
9.RÉFÉRENCES …………………………………………………………………………..34
Tableau Page
Figures Page
Figure 4. Limite d’astreinte cardiaque utilisée pour déterminer l’intensité de travail ….……11
Figure 7. Relation chez les hommes (A) et les femmes (C) et la perception
de l’effort correspondante (B-D) pour les fréquences cardiaques
100-125-150 bpm au début vs fin de la journée ….……………………………..17
Figure 10. Fréquence cardiaque par heure (A) et par minute (B) de travail pour
l’échantillon au complet ……………………………………………………………23
Figure 11. Compte de mouvements par minute (CPM) compilés par heure de
travail pour l’échantillon au complet ……………………………………………….23
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 1
1. INTRODUCTION
fréquemment utilisées pour déterminer les exigences physiques de la tâche. Toutefois, compte
tenu que la mesure directe de la dépense énergétique suppose l’utilisation d’appareils coûteux et
encombrants, les ergonomes recourent le plus souvent à des estimations basées sur des tables de
coûts énergétiques. Bien que ces tables présentent l’avantage d’être facile d’utilisation, elles
comportent aussi une limite importante. Elles reposent sur une relation entre la fréquence
qui peuvent varier sensiblement des conditions réelles d’exécution de la tâche. En déterminant
cette relation en laboratoire, sous forme d’une équation de régression, il est ensuite relativement
facile et peu coûteux de mesurer sur le terrain la fréquence cardiaque et de prédire, par
être faussée par le phénomène de dérive cardiovasculaire qui s’installe graduellement au cours de
de la demande en oxygène avec la durée de la tâche et ce, même si celle-ci est maintenue à une
intensité constante (Ekelund et Holmgren, 1967; Lajoie, Laurencelle et Trudeau, 2000). Or, à
l’heure actuelle, il existe très peu d’information documentant ce phénomène sur une grande plage
pourrait avoir pour effet de modifier la pente de cette relation, puisque la dérive de chacune de
ces variables ne se produit pas nécessairement au même moment et n’atteint peut-être pas le
2 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
même pourcentage. Une telle disproportion des variations pourrait ainsi générer des erreurs dans
& O2 / Fc en laboratoire devrait s’effectuer dans les conditions les plus semblables
la relation V
possibles à celles du milieu de travail. Un exemple d’erreur de spécificité est lorsqu’une courbe
les jambes pour ensuite être utilisée pour évaluer un poste de travail employant plus ou moins le
laboratoire devrait donc simuler davantage la réalité du poste de travail, car il existe des
différences significatives dans les réponses cardiovasculaires selon l’intensité de la tâche entre
les deux types de travail (Vokac, Bell, Bautz-Holter et Rodahl, 1995). La grossesse est un autre
La dérive cardiovasculaire est définie de différentes façons mais selon Coyle et Gonzalez-
apparaissent à différents moments, à partir d’environ 5-10 minutes lors d’un exercice à intensité
augmentation de la fréquence cardiaque pour maintenir un débit cardiaque constant (Figure 2).
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 3
Les causes de ce phénomène restent à être pleinement expliquées. Selon Coyle (1998),
une des raisons majeures de l’apparition de cette dérive est la déshydratation. De plus, il ajoute
qu’il est évident que la dérive cardiovasculaire classique n’est pas due à l’augmentation du débit
sanguin cutané. Par contre, selon Rowell (1986) la dérive cardiovasculaire serait la conséquence
augmente.
4 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
(Coyle et Gonzalez-Alonso, 2001; Rowell, 1986). Ces facteurs peuvent agir de façon individuelle
ou en interaction (Coyle, 1998). De plus, il a été démontré que la position orthostatique (position
debout prolongée) favorise aussi la dérive par une faible implication de la pompe musculaire ce
qui caractérise plusieurs types d’emplois comme les caissières, les cuisiniers, les serveurs, etc.
pooling veineux et un œdème des membres inférieurs. Ces phénomènes génèrent d’autres
problèmes comme l’hypoxie, l’étirement des ligaments et le stress des disques intervertébraux
surtout lorsque le travail est effectué en position debout (Messing et Kilbom, 2001).
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 5
pourrait potentiellement nuire à la validité de l’estimation des charges de travail par le biais des
tables de coûts énergétiques. La dérive cardiovasculaire pourrait expliquer que certaines tâches
de travail seraient de moins en moins bien supportées à mesure que la journée progresse si
physiologique devenant plus élevé, le travailleur est obligé de trouver des stratégies
Haentjens, 1993).
cardiovasculaire semble être attribuable à un déclin du recrutement des fibres musculaires lentes
devenues fatiguées et une augmentation du recrutement des fibres rapides qui sont moins
efficaces car elles nécessitent plus d’oxygène pour réaliser le même travail (Reggiani,
Il nous semble inapproprié d’utiliser une variable mesurée chez une personne le matin et
neuromusculaires.
2. HYPOTHÈSES
Une première hypothèse du projet est que la dérive cardiovasculaire cause une distorsion
d’oxygène pour réaliser une même tâche pourrait augmenter mais la fréquence cardiaque
ainsi une erreur d’interpolation de la dépense énergétique si cette dernière est effectuée à l’aide
& O2 / Fc prise à un autre moment de la journée. Une seconde hypothèse est que la
d’une courbe V
dépense énergétique risquent de se produire. Des hypothèses secondaires ont aussi été étudiées,
et les hommes, B) selon que le travail se fait dans une ambiance chaude ou neutre et C) selon que
3. OBJECTIFS DE RECHERCHE
une journée de travail sachant que la dérive cardiovasculaire fait changer la fréquence cardiaque
et la consommation d’oxygène, même pour une tâche d’intensité constante. Notre hypothèse est
devrait pas être utilisée pour prédire la dépense énergétique à un autre moment que celui où la
4. MÉTHODOLOGIE
4.1 Sujets
Les sujets étaient des travailleurs et travailleuses recrutés (es) selon cinq types d’occupation
1) dépense énergétique modérée avec ambiance thermique neutre (e.g. travail de bureau
ambiance climatisée, enseignement…), 7 hommes et 7 femmes.
4) dépense énergétique plutôt lourde avec ambiance thermique chaude (e.g. travail en
buanderie ou plongeur dans cafétéria, cuisinier…), 7 hommes et 7 femmes.
Un cinquième groupe a également été constitué pour prendre en compte le travail de nuit :
(50% femmes et 50% hommes). Nous avons finalement évalué 71 sujets (voir détails à l’annexe
A). Il est à noter que les 2 groupes de nuit ont seulement été classés par sexe et non par l’intensité
était confirmée après l’analyse de la moyenne de leur fréquence cardiaque durant la journée de
travail par rapport à la fréquence cardiaque de repos. Pour être dans la catégorie plutôt lourde, la
par minute (bpm) au-dessus de la fréquence cardiaque de repos du sujet (Frimat, Chamoux, De
Gaudemaris, Cantineau et Amphoux, 1989). Sous ce seuil, l’intensité de travail était considérée
comme modérée (25 bpm et moins). L’âge des différents groupes a aussi été contrôlé pour
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 9
minimiser les trop grands écarts entre les fréquences cardiaques maximales théoriques des
différents groupes étudiés. Pour ce qui est de l’ambiance thermique du milieu de travail, le sujet
Chaque sujet a dû se présenter 3 fois au laboratoire. Les sujets devaient présenter une
bonne santé en général. Lors de la séance 1, l’état de santé a été estimé à l’aide des procédures de
la Société canadienne de physiologie de l’exercice: 1) une Fc de repos < 100 bpm, 2) une
pression artérielle de repos <144/94 et, 3) et un questionnaire sur l’aptitude à l’activité physique
(QAAP) sans réponse positive. Les sujets ont aussi rempli le questionnaire de participation à des
pour nous aider à déterminer le choix du protocole (actif ou sédentaire) sur tapis roulant (voir
annexe C). Lors des séances 2 (avant la journée de travail) et 3 (à la fin de la journée de travail),
les sujets passaient un test progressif sur tapis roulant pendant lequel, la fréquence cardiaque et la
d’effort, la perception de l’effort était demandée au sujet. Pour participer à notre projet les sujets
devaient avoir des quarts de travail préférablement d’une durée de 6 à 10 heures. Le projet avait
4.2.1 Mesure de la consommation d’oxygène. Les gaz expirés ont été analysés avec un
analyseur métabolique Vacumed Gas Analyser (Ventura, CA) afin de mesurer la consommation
4.2.2 Mesure de la fréquence cardiaque. Au début de chacune des séances, une mesure de la
fréquence cardiaque de repos a été prise pour s’assurer qu’elle se situait sous 100 bpm pour
continuer nos mesures (SCPE, 2003). Durant le test aérobie sur le tapis roulant, la fréquence
cardiaque a été enregistrée à l’aide d’une ceinture de transmission Polar couplée à un récepteur
branché au système d’acquisition de données (Polar S810 i, Finlande). Une montre réceptrice à
mémoire (Polar S810 i, Finlande) a été utilisée simultanément afin de valider les mesures de
fréquence cardiaque. La même montre était portée par le travailleur tout au long de la journée
suite à la séance 2 au laboratoire jusqu’à son retour pour la séance 3 après la journée de travail (1
lecture par minute). Pour évaluer l’intensité de travail des sujets nous avons utilisé la table
maximale théorique aurait aussi pu être utilisé mais cette façon de faire est douteuse car le 220 –
artérielle a été mesurée à l’aide d’un sphygmomanomètre (Tycos Healthometer, USA) pour
s’assurer qu’elle était sous 145 et 95 mm Hg, sinon nous aurions arrêté notre évaluation et
Figure 4. Limite d’astreinte cardiaque utilisée pour déterminer l’intensité de travail. La colonne
CCA indique le nombre de battements au-dessus de la fréquence cardiaque de repos (Tiré de
Meyer, 1996).
4.2.4 Mesures anthropométriques. Les mesures anthropométriques ont été réalisées selon les
directives de la SCPE (1996). Le poids des sujets a été mesuré avec une balance à fléau (Detecto-
medic, Detecto Scales Inc. Brooklyn, N.Y., USA). Les sujets devaient se tenir debout et
immobile au centre de la plate-forme de la balance. Le poids a été enregistré aux 100g près. Un
stadiomètre a été utilisé pour mesurer la taille des sujets (Healthometer, Bridgeview, IL). Ces
derniers se tenaient debout sans chaussures, les pieds joints, avec le dos et les talons touchant au
mur. Un ruban à mesurer d’une longueur de 150 cm a été utilisé pour faire la mesure du tour de
taille des sujets. Finalement, les mesures de plis cutanés et de pression artérielle ont été prises sur
le côté droit du corps suivant la méthode suggérée par la SCEP (1996). Les plis cutanés ont été
mesurés avec une pince de type Harpenden (John Bull, England). Le pourcentage de graisse a été
4.2.5 Température tympanique. Le but de cette mesure n’était pas de suivre les variations de
température corporelle tout au long de la journée de travail, il s’agissait plutôt de vérifier si lors
début des séances 2 et 3 (Thermoscan, Braun) après 15 minutes en position assise afin de vérifier
la température corporelle.
4.2.6 Mesure de l’hématocrite. La mesure du taux de globules rouges dans le sang a été prise
avant le test sur tapis roulant au début des séances 2 et 3 après 15 minutes en position assise, pour
avoir un indice de déshydratation des sujets après leur journée de travail (Micro-Capillary
4.2.7 Accélérométrie. Les sujets ont porté un accéléromètre à la ceinture en même temps que
travail (entre les séances 2 et 3) pour estimer la quantité de mouvements effectués durant une
période donnée (Washburn, Cook et Laporte, 1989). Les résultats sont exprimés en comptes de
4.2.8 Perception subjective de l’effort. Les sujets ont été interrogés sur la perception de
l’effort à chacun des 3 paliers d’exercices réalisés avant et après la fin de la journée de travail.
Extrêmement difficile
10
9
8
Très difficile
7
6
Difficile
5
Un peu difficile
4
Modéré
3
Léger
2
Très léger
1
Très très léger
0,5
Rien
0
& O2 , les
Les données sont exprimées sous forme de moyennes ± écart-type (X ± ET). La V
Fc ainsi que les résultats de l’échelle de Borg obtenus lors des tests sur tapis roulant ont été
rapportés à des Fc fixes (100, 125 et 150 bpm) pour faciliter l’analyse des résultats mais aussi car
la majorité du temps au travail elles se situent dans ces plages. En effet, chez aucun de nos 71
sujets, la fréquence cardiaque n’a dépassé 130 bpm. Nous avons donc calculé la relation
façon efficace de déterminer si la relation entre les 2 variables a changé. Les différences entre les
& O2 / Fc obtenues lors des 2e et 3e rencontres ont été comparées avec des
pentes de la relation V
tests-t. Plusieurs tests de corrélation ont été effectués entre les données anthropométriques et la
différence de consommation d’oxygène pour mieux expliquer les résultats. Pour vérifier les
14 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
minute (CPM) entre les groupes nous avons utilisé des analyses de variances. Finalement, pour
évaluer les différences de fréquences cardiaques ou les CPM entre les heures de travail, nous
avons utilisé une analyse de variance et des tests de dominance relative. Les résultats ont été
considérés comme statistiquement significatifs si P< 0,05. Les résultats ont été analysés avec les
5. RÉSULTATS
les femmes que chez les hommes sauf le groupe d’hommes de la condition plutôt lourde-neutre,
qui était plus âgé, avait un tour de taille plus grand et était aussi moins actif. Des corrélations ont
été effectuées entre l’âge, l’IMC, le tour de taille, la fréquence d’activité physique et le % de
fin du quart de travail. Un groupe sur les dix avait une moyenne d’âge plus élevée (moy = 34,14 ±
10,54) que les autres (moy = 27,13 ± 3,09). Pour vérifier si l’âge influence la consommation
d’oxygène une corrélation a été effectuée entre la demande énergétique et l’âge. La corrélation
s’est avérée faible (r = 0,18, NS) indiquant que l’âge n’influence pas l’impact de la dérive
5.2 & O2 / Fc
Relation V
& O2 tend à être plus élevée après une journée de travail lors du test sur tapis roulant
La V
aux fréquences cardiaques de 125 et 150 battements par minute (bpm), mais de façon non
significative lorsque analysée chez tous les sujets (Figure 6A). Pour ce qui est de la perception de
l’effort selon l’échelle de Borg, il existe une différence significative entre le début et la fin de la
journée à une fréquence cardiaque de 125 et 150 bpm (p<0,05) (Figure 6B). Lorsqu’on regarde
ou l’ambiance thermique de travail on remarque dans certains groupes des différences entre le
A) B)
5
*
Perception de l'effort
4
2,50
2,00 3 * avant
VO 2(L/min)
1,50 2 après
1,00 avant
0,50 après 1
0,00
0
100 125 150
100 125 150
FC (bpm ) FC (bpm)
Figure 6. V& O2 (A) et perception del’effort (B) à 100-125-150 bpm début vs fin de la journée
pour tous les sujets (n = 71). *P<0,05.
5.2.1 Sexe. Lors de l’analyse comparative des deux sexes on remarque des différences
significatives dans la perception de l’effort. La perception de l’effort chez les femmes (Figure
7D) est généralement plus élevée après le quart de travail à 125 et 150 bpm (P<0,05). La seule
la journée se retrouve chez les hommes à la fréquence cardiaque 125 et 150 bpm (P<0,05)
(Figure 7A).
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 17
A) B)
3 avant
1,5 avant
2 après
1 après
1
0,5
0
0 100 125 150
100 125 150
FC (bpm )
FC (bpm )
C) D)
VO2 chez les fem m es Échelle de Borg fem m es
2,5
Perception de l'effort 5 *
2 4
*
VO 2(L/min)
1,5 avant
3 avant
après
1 2 après
0,5 1
0 0
100 125 150 100 125 150
FC (bpm ) FC (bpm )
& O2 / Fc chez les hommes (A) et les femmes (C) et perception de l’effort
Figure 7. Relation V
correspondante (B pour hommes et D pour femmes) pour les fréquences cardiaques 100-125-150
bpm début vs fin de la journée. * P<0,05.
18 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
5.2.2 Intensité de l’occupation. Lorsqu’on divise les sujets selon l’intensité (modérée vs
de la journée. Par contre, il existe une différence significative dans la perception de l’effort pour
les fréquences cardiaques de 125 bpm (P<0.05) et 150 bpm (P<0.01) lorsque la journée de travail
A) B)
VO2 groupes intensité m odérée
Échelle de Borg groupes intensité
m odérée
2,5
2
Perception de l'effort
5
VO 2(L/min)
1,5 avant 4
1 après 3 avant
2 après
0,5
1
0
0
100 125 150
100 125 150
FC(bpm )
FC (bpm )
C) D)
5
2
VO2(L/min)
4
1,5 avant
3
* avant
1 après
2 après
0,5 1
0 0
100 125 150 100 125 150
FC (bpm )
FC (bpm )
Figure 8. Relation V& O2 / Fc chez les groupes travaillant à une intensité modérée (A) et plutôt
lourde (C) ainsi que la perception de l’effort correspondante (B-D) pour les fréquences
cardiaques de 100-125-150 bpm début vs fin de la journée. * P<0.05.
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 19
A) B)
Perception de l'effort
5
2
VO2(L/min))
4
1,5 avant 3 avant
1 après
2 après
0,5 1
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm) FC(bpm)
C) D)
2
5
*
VO2(L/min)
4
1,5 avant
3 avant
1 après
2 après
0,5 1
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm) FC(bpm )
Figure 9. Relation V& O2 / Fc chez les sujets travaillant en ambiance neutre (A) et en ambiance
chaude (C) et la perception de l’effort correspondante (B-D) pour les fréquences cardiaques 100-
125-150 bpm début vs fin de la journée. * P<0.05.
20 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
Cependant, on remarque que la perception de l’effort varie de façon significative pour les
sujets travaillant en ambiance chaude mais seulement à une Fc de 150 bpm (Figure 9).
groupes. Comme expliqué plus haut, il est possible dans certains cas de voir un changement de la
(Tableau 2).
&O % BORG
% V 2
GROUPE 100 bpm 125 bpm 150 bpm 100 bpm 125 bpm 150 bpm
5.2.4 Horaires de jour vs. de nuit. Chez les travailleurs de nuit, la perception de l’effort était
plus élevée à 125 bpm lors du test à l’effort en fin de journée par rapport au début de journée
(Annexe E).
5.2.5 Autres variables mesurées. La température tympanique (To) augmente à la suite d’une
journée de travail chez les sujets en ambiance chaude et ceux à intensité modérée alors que le %
d’hématocrite (HCT) diminue significativement suite à une journée de travail à intensité plutôt
Pendant la journée de travail les sujets portaient une montre Polar et un accéléromètre
pour vérifier: 1) l’intensité de travail et 2) la relation entre le nombre de comptes par minute
corrélation entre les CPM et la Fc sujet par sujet, la relation est significative pour la plupart des
sujets (Voir Annexe F). Lorsque les sujets sont évalués par sous-groupes, les corrélations sont
22 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
significatives (Tableau 4). Par contre, si on évalue les résultats grâce à la moyenne par heure des
CPM et de la Fc la corrélation entre ces variables devient non significative (r = -0,03). L’analyse
de la fréquence cardiaque moyenne par heure avec tout le groupe nous démontre que la Fc est
Tableau 4. Corrélations (r) entre les comptes d’accélérations (CPM) et la fréquence cardiaque par
minute pour différents regroupements de sujets
N Corrélations (r)
SEXE
Femmes 28 0,31*
Hommes 29 0,33*
AMBIANCE
Neutre 28 0,34*
Chaude 29 0,32*
INTENSITÉ
Modérée 29 0,37*
±lourde 28 0,28*
*P< 0,01
Par contre, le test de dominance relative révèle que cette prédominance de la première heure
n’apparaît pas significative dans tous les sous-groupes. En plus d’avoir normalement une Fc plus
élevée lors de la première heure, les premières minutes de cette heure de travail semblent aussi
plus intenses, tel que révélé par une fréquence cardiaque plus élevée (Figure 10 B). La figure 11
montre que la septième heure de travail semble être l’heure durant laquelle les travailleurs
bougent davantage (CPM) montrant que la relation entre la Fc et les CPM évaluée par heure est
faible car la Fc la plus élevée est la première heure de travail. De façon générale, il existe une
corrélation significative entre la Fc et les CPM lorsqu’on calcule minute par minute la
corrélation, mais non significative lors d’un calcul de la même corrélation heure par heure.
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 23
105
100
95
Fc
90
85
80
1 61 121 181 241 301 361 421
Minute
Figure 10. Fréquence cardiaque échantillonnée par heure (A) ou par minute (B) de travail pour
l’échantillon au complet. * différent des autres heures.
900
CPM
600
300
0
1 2 3 4 5 6 7 8
he ure
Figure 11. Comptes de mouvements par minute (CPM) par heure de travail pour l’échantillon au
complet.
24 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
6. DISCUSSION
& O2 /
L’objectif principal du projet était de vérifier la fidélité de la droite de régression V
Fc en fonction du moment de la journée de travail. Une telle fidélité s’avère importante afin
Fc sur le terrain à tout moment de la journée pour interpoler la dépense énergétique à partir d’une
coût énergétique d’un poste ou d’une tâche de travail n’est pas fidèle à 100%. Cette relation
pourrait en effet subir une distorsion à mesure que la journée de travail avance. La dérive
différent, est le mécanisme physiologique qui soutenait l’hypothèse de départ. Dans les études
pourcentage que la consommation d’oxygène ce qui pouvait faire varier la pente de la droite de
& O2 /
Cependant, les résultats de notre étude montrent que lorsque la droite de relation V
Fc est mesurée avant et remesurée après une journée de travail, la consommation d’oxygène
augmente rarement de façon significative. Cette augmentation est significative dans quelques
groupes (hommes travaillant à intensité modérée en ambiance neutre à 125 et 150 bpm; hommes
travaillant à intensité plutôt lourde en ambiance chaude à 125 bpm). Même si la consommation
d’oxygène n’augmente pas beaucoup, la perception d’un même effort répété après une journée de
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 25
travail augmente significativement chez certains groupes de sujets. Ainsi, les sujets masculins
travaillant à intensité plutôt lourde en ambiance chaude ainsi que les femmes travaillant à
intensité plutôt lourde en ambiance neutre ressentent l’effort comme étant plus difficile après une
journée de travail selon l’échelle de Borg à 150 bpm, lors du test sur tapis roulant (Tableau 2).
Pour les femmes avec travail plutôt lourd et ambiance chaude, c’est à 125 bpm que la perception
Nos hypothèses secondaires avançaient qu’il pourrait exister une différence de variation
& O2 / Fc: entre les femmes et les hommes, entre le travail en ambiance chaude ou
de la relation V
neutre, et entre le travail à intensité modérée ou plutôt lourde. Contrairement à ce que l’on
groupes.
augmenté chez les femmes suite à une journée de travail. Dans notre échantillon, 21 femmes sur
horticultrices, etc. En Amérique du Nord, une grande proportion d'emplois occupés par des
femmes dans les usines ou le secteur des services (vendeuses, coiffeuses, caissières) sont
caractérisés par de longues périodes en position debout qui occasionnent des problèmes musculo-
squelettiques et une fatigue accrue (Vézina et al. 1994). Ceci pourrait en partie expliquer
pourquoi les femmes perçoivent l’effort comme plus intense à une même fréquence cardiaque.
Lorsqu’il y a un travail statique en position debout, les muscles posturaux sont contractés
phasiques qui prennent la relève, mais ils ont la caractéristique d’être plus fatigables et de
Dans notre échantillon, les hommes dépassent leur Fc de repos un peu plus que
les femmes durant leur quart de travail. En effet, les hommes ont une moyenne de Fc de 27,12
bpm de plus que leur Fc de repos et les femmes une moyenne de 24,25 bpm de plus qu’au repos
(P< 0,05). Nos résultats se rapprochent de ceux de Pokorski, Oginski et Kuleta (1991) qui
indiquent que les hommes ont en moyenne une intensité de travail plus élevée que les femmes
comparé à leur Fc de repos lors d’un quart de travail. D’après ces résultats, il serait normal de
prédire une plus grande fatigabilité chez les hommes que chez les femmes après un quart de
travail. Cependant, suite à une journée de travail, nos résultats démontrent une perception de
Oginska, Pokorski et Oginski (1993) affirment que les femmes tolèrent moins la fatigue
liée au travail à cause: 1) d’une durée de sommeil moins longue et de moins bonne qualité que les
hommes, 2) d’une plus grande somnolence lors de la journée de travail et 3) d’une intensité de
travail plus élevée que les hommes dans leurs temps libres. Ceci pourrait nous aider à
comprendre pourquoi les femmes montrent une augmentation de 0,73 unités comparativement à
0,44 chez les hommes concernant la perception de l’effort selon l’échelle de Borg entre le début
& O2 / Fc
L’intensité de travail ne provoque pas de variation significative de la pente V
durant la journée de travail. Par contre, une variation significative a été mesurée dans la
perception de l’effort suite à une journée de travail aux fréquences cardiaques de 125 et 150 bpm
remarque que l’intensité de travail pourrait influencer davantage la perception de l’effort suite à
150 bpm lorsqu’on analyse les données selon l’intensité de travail mais seulement significative à
150 bpm pour la perception de l’effort selon l’ambiance thermique du milieu de travail.
Il avait aussi été avancé que l’ambiance thermique (chaude ou neutre) puisse influencer
significative de la consommation d’oxygène entre le début et la fin de la journée que ce soit chez
les sujets qui travaillent en ambiance chaude ou en milieu neutre tous groupes combinés.
une journée de travail à 150 bpm. Ces résultats se rapprochent de ceux de Chen et al. (2003) qui
suggèrent que les travailleurs en ambiance chaude augmentent leur chance de fatigabilité suite à
[Link] Température tympanique. Le but de cette mesure n’était pas de suivre les variations de
température corporelle tout au long de la journée de travail, il s’agissait plutôt de vérifier si lors
confondant. Pour avoir des données plus valides de la température du milieu de travail, il aurait
fallu la mesurer sur le site. Contre toute attente, la température tympanique a augmenté
28 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
(+0.14°C) de façon significative chez les gens ayant un travail d’intensité modérée et non chez
les travailleurs ayant un travail d’intensité plutôt lourde. Une variation significative (+0.25°C) de
la température tympanique a aussi été remarquée chez les sujets travaillant en ambiance chaude.
déshydratation augmente la dérive cardiovasculaire. En général, nos sujets ont démontré un taux
d’hématocrite stable ou plus bas à la fin de la journée (Tableau 3). Suite à ces résultats, il nous
est permis de croire en une bonne hydratation de nos sujets pendant leur journée de travail ce qui
pourrait expliquer en partie la faible variation entre le début et la fin de la journée au niveau de la
consommation d’oxygène. Les diminutions les plus marquées du pourcentage d’hématocrite ont
été observées dans les groupes travaillant à intensité plutôt lourde et chez les travailleurs en
ambiance chaude. Ces résultats sont étonnants car normalement on aurait cru observer une
[Link] Pression artérielle. Dans nos résultats aucun groupe ne présentait de différence
diminution de la pression artérielle en ambiance chaude ce qui n’a pas été le cas dans notre étude.
D’autre part, Ha et al. (2001) rapportent une augmentation de la pression artérielle en relation
avec la durée du quart de travail. Cependant, dans cette dernière étude la pression artérielle était
prise de façon ambulatoire tandis que nous avons mesuré la pression artérielle avant le travail et
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 29
lors du retour au laboratoire ce qui explique peut-être la différence entre les résultats.
L’analyse de la Fc moyenne par heure ou par minute de travail nous a fait remarquer que
lors de la première heure de travail, la Fc est significativement plus élevée que lors des autres
plages horaires. Lorsque l’échantillon de salariés vient de situations de travail variées, les
régressions entre les différents paramètres cardiorespiratoires sont assez précises (Horwat et
Meyer, 1998). Ceci nous permet d’avancer que la première heure de travail n’est peut-être pas la
meilleure période pour évaluer la dépense énergétique d’un poste de travail à l’aide de la
fréquence cardiaque. Cette fréquence cardiaque plus élevée à la première heure de travail,
pourrait être due à plusieurs facteurs. Le premier facteur est le stress habituel de la circulation ou
du transport vers le lieu de travail (Peters et al. 2004). Le deuxième facteur potentiel de stress
inhabituel serait d’être venu en laboratoire et d’avoir à porter une ceinture cardio-fréquencemètre
et un accéléromètre pendant la journée de travail. Il faut aussi noter que lors de la séance 2, les
sujets semblaient stressés à l’idée d’arriver en retard au travail ou pour bien comprendre la
procédure de l’utilisation de l’équipement (e.g. arrêter la montre par erreur). Ces petits stress
supplémentaires ajoutés à ceux d’une journée de travail ont peut-être contribués à faire
augmenter la Fc lors de la première heure de travail. Néanmoins nous croyons que cette question
la chaleur ressentie par le sujet lui-même. De plus, la température du milieu de travail n’était pas
30 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
toujours constante (e.g. pour le sauveteur à la piscine entre 10h et 16h). Les sujets devaient se
rendre au laboratoire suite à leur journée de travail et le temps écoulé entre la fin du quart de
travail et l’heure d’arrivée au laboratoire a varié entre les sujets. Certains sujets étaient au
laboratoire dans les 15 minutes suivant la fin du quart de travail tandis que d’autres, à cause de
raisons telles que la distance ou le transport, pouvaient seulement se présenter au laboratoire dans
l’heure qui suivait la fin du quart de travail. Une autre limite de l’étude est le moment de la
journée des quarts de travail. Les horaires de nos sujets étaient pour la plupart entre 6 :00 et
24 :00 mais la durée du travail variait entre 7 et 12 heures, ce qui pourrait avoir influencé les
résultats. De plus, les gens qui débutaient leur travail très tôt semblaient plus fatigués le matin
que le soir. Par exemple, un sujet travaillant à 5:00 a évalué son effort à 6 sur l’échelle de Borg le
matin pour seulement 4 pour le même effort lors de son retour du travail. Les variations de la
perception de l’effort, mesurée sur l’échelle de Borg, auraient potentiellement été encore plus
marquées si les quarts de travail des sujets avaient tous débutés à la même heure et pour une
durée égale.
7. CONCLUSION
Les résultats obtenus dans le cadre de la présente étude semblent indiquer qu’il n’existe
conditions de travail analysées ici. Les situations où il faut être prudent avec l’interpolation
concernent les tâches impliquant des Fc dépassant 125 bpm. À partir de 125 bpm on augmente
& O2 / Fc de façon
travail. La dérive cardiovasculaire ne semble pas affecter la relation V
significative probablement parce que 1) l’intensité observée au travail est trop faible pour induire
plus élevées, et 2) le fait que nous ne contrôlions pas la cadence de travail. En effet, il est
probable que durant la journée de travail, l’intensité de travail soit auto-ajustée par le travailleur
dernière explication.
Par principe de précaution, il serait bon d’évaluer les intensités de travail à la même heure
de la journée pour tous les sujets étudiés et non d’extrapoler une mesure prise le matin à
ergonomie pour restreindre les dépenses. Ceci est d’autant plus important si on évalue un poste
& O2 / Fc. La première heure d’un quart de travail ne semble pas bien refléter
relation V
évaluer la quantité de mouvements par jour, il serait important d’évaluer la journée complète et
non seulement une heure pour en faire la moyenne par la suite car d’une période à l’autre, il existe
une différence importante. Comme l’avance Rodahl (1989), la description globale d’une tâche ne
Dans des occupations diverses, il existe plusieurs facteurs qui influencent la charge de
travail comme le type de tâche, l’horaire de travail et même le support social au travail (Evans et
Steptoe, 2001). La dépense énergétique ne suffit donc pas à bien décrire la charge de travail
puisqu’elle néglige les pointes de dépense énergétique. C’est en partie pour ces raisons que nous
croyons qu’il est toujours mieux d’évaluer les tâches journalières sur une journée de travail
estimation de l’effort déployé par le travailleur. Aussi, la dépense énergétique ne peut être le seul
indice d’évaluation d’une charge de travail, car pour une même fréquence cardiaque on arrive
parfois à une perception de l’effort (échelle de Borg) plus élevée pour une tâche de même
intensité. Les indices psychophysiologiques doivent être aussi considérés dans l’estimation de
consommation d’oxygène à une fréquence cardiaque donnée sont ceux qui maintiennent leur
cadence de travail durant la journée. Cela devrait probablement se faire par des études
d’observation directe combinée à des mesures physiologiques. Une étude semblable pourrait
étudier la variation de consommation d’oxygène entre les sujets travaillant sur des quarts de 8
heures comparativement à ceux qui travaillent sur des quarts de travail de 12 heures. Finalement,
il serait aussi intéressant d’étudier la dérive cardiovasculaire chez des employés oeuvrant dans
une même tâche mais ayant une différence d’expérience pour voir si les travailleurs plus
2. Pour avoir une bonne évaluation de l’intensité de travail avec l’accéléromètre il faut évaluer
toute la journée de travail car il n’existe pas de constance entre les heures de travail et le
4. Lors des pointes de fréquence cardiaque au-dessus de 125 bpm, il y a une augmentation des
risques d’erreur dans le sens d’une sous-estimation. C’est dans cette zone que nous avons
& O2 plus élevés pour une même fréquence cardiaque. Donc, si on s’attend à avoir
obtenu des V
9. RÉFÉRENCES
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IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 37
ANNEXE A
Constitution des groupes étudiés
HOMMES
±lourde neutre ±lourde chaude Groupe de nuit
Modérée neutre Hommes Hommes Modérée chaude Hommes Hommes
entraîneur enseignant journalier en usine cuisinier journalier
enseignant cuviste en usine journalier en usine journalier papetier
chercheur (bureau) caissier soudeur en usine papetier agent de sécurité
chiropraticien journalier en usine entretien industriel sauveteur agent de sécurité
chercheur (bureau) entretien ménager sauveteur cuisinier portier
chercheur (bureau) serveur journalier en usine cuisinier soudeur
directeur de production journalier en usine journalier en usine serveur/terrasse soudeur
sauveteur
FEMMES
±lourde neutre ±lourde chaude Groupe de nuit
Modérée neutre Femmes Femmes Modérée chaude Femmes Femmes
vendeuse entraîneure cuisinière cuisinière analyste en laboratoire
entraîneure enseignante garderie/dehors travail en buanderie agente de sécurité
physiothérapeute coiffeuse machiniste en usine serveuse barmaid
enseignante enseignante horticultrice horticultrice analyste en laboratoire
chercheure (bureau) entraîneure serveuse/terrasse sauveteure garde de sécurité
bouchère monitrice d’aérobie entretien en ville cuisinière agente de sécurité
infirmière éducatrice en garderie sauveteure sauveteure journalière
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 39
ANNEXE B
Questionnaire de participation à des activités physiques santé (Tiré de SCEP, 1996)
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 41
ANNEXE C
Séance 1
Séance 2
2- Si sujet actif
Palier Temps Vitesse Pente
1 0-5 min 3.2 km/h 0%
2 5-10 min 6.4 km/h 3%
3 10-15 min 9.6 km/h 6%
NB: On peut voir à la pratique si on doit déplacer un client à l’autre protocole
Pression artérielle et échelle de Borg à la fin de chaque palier.
• Douche si désirée
o Installation de la montre Polar et de l’accéléromètre
Séance 3
42 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
Protocole :
Si sujet sédentaire
Palier Temps Vitesse Pente
1 0-5 min 3.2 km/h 0%
2 5-10 min 4.8 km/h 3%
3 10-15 min 5.6 km/h 6%
Si sujet actif
Palier Temps Vitesse Pente
1 0-5 min 3.2 km/h 0%
2 5-10 min 6.4 km/h 3%
3 10-15 min 9.6 km/h 6%
o Douche si désirée
o Téléchargement des données de la montre Polar et de l’accéléromètre
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 43
ANNEXE D
* *
Perception de
3 6
VO2 (L)
l'effort
2 matin 4 matin
1 soir 2 soir
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm ) FC(bpm )
3
Perception de
6
VO2 (L)
2 matin
l'effort
4 matin
1 soir 2 soir
0
0
100 125 150
100 125 150
FC(bpm )
FC(bpm )
3 6
VO2 (L)
l'effort
2 matin 4 matin
1 soir 2 soir
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm ) FC(bpm )
*
Perception de
3 6
VO2 (L)
l'effort
2 matin 4 matin
1 soir 2 soir
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm ) FC(bpm )
44 Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène - IRSST
Perception de
3 6
VO2 (L)
l'effort
2 matin 4 matin
1 soir 2 soir
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm ) FC(bm p)
Perception de
3 6
VO2 (L)
l'effort
2 matin 4 matin
1 soir 2 soir
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm ) FC(bpm )
3 6
Perception de
*
VO2 ( L)
2 * matin
l'effort
4 matin
1 soir soir
2
0
0
100 125 150
100 125 150
FC(bpm )
FC(bpm )
6
VO2 (L)
2 matin *
l'effort
4 matin
1 soir
2 soir
0 0
100 125 150 100 125 150
FC(bpm ) FC(bpm )
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 45
ANNEXE E
& O2 / Fc et variation de perception de l’effort pour les deux groupes de nuit
Relation V
Échelle de
6
Borg
Borg
4
2 2
0 0
100 125 150 100 125 150
Fc
Fc
3 3
2 Début 2
VO2
Début
VO2
1 Fin 1 Fin
0 0
100 125 150 100 125 150
Fc Fc
IRSST - Reproductibilité de la relation fréquence cardiaque–consommation d’oxygène 47
ANNEXE F
Corrélations (r) entre accélérations et fréquence cardiaque par minute pour chacun des sujets (n =
57)
Données manquantes : Les sujets ont perdu le signal de la Fc durant un court laps de temps lors de la journée
de travail